La danse reste le lieu où la création rebondit, hors cadres institutionnels rigides. Paris demeure le soleil dans l'univers chorégraphique. Mais on y repère évidemment d'importants satellites.
PARIS reste en effet, malgré la décentralisation, le lieu de la consécration. Hélas ! la réussite d'un chorégraphe contemporain se négocie trop exclusivement au Théâtre de la Bastille ou au Théâtre de la Ville. Un flop dans un de ces deux lieux peut être pardonné, pas deux... sous peine de recevoir un aller simple pour Beaubourg, le Théâtre 14, ou le Café de la Danse. Régine Chopinot l'a bien compris qui, pour échapper à cette malédiction, plante systématiquement ses décors ailleurs : Grande Halle de La Villette, Théâtre des Champs-Elysées, Pavillon Baltard à Nogent-sur-Marne, etc.
Commençons par le Théâtre de la Ville. Après le Poids de la main de Wim Vandekeybus, qui a inauguré la nouvelle année, Jean-François Duroure s'y produit pour la première fois avec Cosmono Nox. Ce chorégraphe fait partie de cette génération montante dont les Óuvres sont teintées de spiritualité, voire d'un certain sens du sacré ou de religiosité. Catherine Diverrès le suit immédiatement avec Fragments, esquisse d'une morale qui se forgerait dans une orgie pasolinienne comme dans les sermons de Bossuet. Bigre ! Duroure et Diverrès attirent à eux les meilleurs danseurs. Leur univers poétique, souvent raffiné, pèche encore par excès d'images, d'intentions.
Bien qu'ils aient le même âge, Joëlle Bouvier et Régis Obadia font figure de vétérans. Le temps d'un duo, Welcome to Paradise, ils se retrouvent. Installés au Centre chorégraphique de Basse-Normandie (Le Havre) pour se préserver et garder leur énergie intacte, Bouvier et Obadia font une confiance illimitée à leur corps pour que surgissent dans notre imagination les mondes sauvages et désolés qui les hantent.
Welcome to Paradise est une pièce volée au bonheur, issue d'un courant chorégraphique qui n'a de cesse de rassembler la mémoire perdue du corps, glorifiant l'instinct, source de connaissance, de savoir immémorial. Leur danse est marquée par des influences japonaises, l'art martial, le mime, la narration cinématographique. La danse est devenue un art des frontières qui fait feu de tout bois, mais dont le corps, le geste restent les épicentres.
De son côté, le Théâtre de la Bastille présente deux jeunes femmes : Sidonie Rochon et Brigitte Farges. Interrogée sur Chronique du gravier, le titre de sa pièce, Sidonie Rochon s'explique : " Il y a trop de carcasses, parfois superbes, mais vides. Je veux montrer qu'il y a aussi matière à travailler sur l'infiniment petit, le banal. La danse s'est mise à marcher, elle aussi, à l'Audimat. Il n'y a plus de relation entre la qualité et le succès. Il n'y a plus de regard non plus. On entend dire depuis deux ou trois ans qu'il ne se passe plus rien, que les chorégraphes se répètent. Quelle méconnaissance de la lenteur du processus de renouvellement chez l'artiste ! Il faut être patient : trop de talents forcés ont ainsi avorté. Il est difficile de résister aux médias, aux programmateurs, aux critères qui déterminent les spectacles exportables. "
Daniel Larrieu se retire dans le silence. Reconnu dès ses débuts, il a joué à fond le jeu avec la presse. Par conviction et pour défendre la danse. Aujourd'hui, il a l'impression d'avoir été dévoré, il est insatisfait des deux premiers volets de sa dernière création, la Route de la soie... malgré leur succès public et critique. Qui lui donnerait tort ? Derrière la belle machine, il n'avait que peu de chose à nous dire. De sa part, on a du mal à croire à un tel amoindrissement de la pensée.
Cette fameuse Route de la soie, objet de tant de tracas, sera l'invitée de " Danse émoi ", une manifestation organisée à Limoges par le chorégraphe Dominique Petit. Prenant de l'ampleur, " Danse émoi " invite des têtes d'affiche, François Verret, Josef Nadj, mais n'oublie pas pour autant des spectacles plus secrets, Brigitte Assoulineau, qui danse sur des poèmes de Daniel Doebbels, Christine Gérard qui évolue sur des textes de La Fontaine et de... Gilbert Lascault. Voilà qui va relancer le faux débat animé par des esprits inquiétés par une dérive théâtrale qui guetterait la danse.
On entendra bientôt parler de dérives cinématographiques puisque les chorégraphes passent derrière la caméra : Pina Bausch a réalisé la Plainte de l'impératrice, son premier long-métrage, Jean-Claude Gallotta fini de monter Rei Dom et l'Etreinte et la Chambre, deux courts métrages filmés par L'Esquisse sont primés dans tous les festivals. " Danse émoi " a choisi de les montrer à son tour ainsi que Derrière le mur, le film de Raoul Ruiz d'après une chorégraphie de la compagnie.
Aux 9es Rendez-vous chorégraphiques de Sceaux, l'accent a été mis sur la volonté actuelle de la danse de renouer avec la création musicale, voire de mettre les musiciens sur scène. Quelques duos chorégraphes/musiciens en perspective : Vandekeybus et Thierry de Mey, Mathilde Monnier et Joëlle Léandre, Michèle Rust et Kasper Topeliz, Christian Trouillas et Louis Sclavis. On y retrouvera aussi les compagnies de Josette Baiz, l'Esquisse, et Roxane Huimand en solo.
Au Théâtre d'Ivry, Odile Duboc donne Repères, un nouveau spectacle après ses Insurrections qui ont fait d'elle une des héroines des spectacles du Bicentenaire.
Retour à Paris pour l'Homme qui parlait aux oiseaux, un spectacle de Jean-Marc Mathos, qui choisit le cadre " familial " du Café de la Danse pour faire sa rentrée parisienne ; et pour Paul Taylor, qui s'installe au palais Garnier avec deux programmes et beaucoup d'inédits. Il laissera sa place à Christina Hoyos, qui fera blêmir d'indignation les balletomanes intégristes : ils ont oublié que Diaghilev et Serge Lifar ont fait appel, il y a bien longtemps, aux grands danseurs espagnols pour quelques-uns de leurs plus beaux ballets.
Rien de nouveau ? Si justement, et à l'Est. La Grande Halle de La Villette fera donc la fête pendant trois jours et trois nuits aux artistes de la RDA, quelques jours après que Beaubourg aura accueilli la compagnie d'Angelin Preljocaj, fils de réfugiés albanais, qui dansera A nos héros, pour les orphelins d'Arménie. La recette doit servir à créer un lieu de vie dont l'installation sera assurée par la compagnie elle-même.
Jean Vauthier écrit peu, mais un théâtre insolite, lyrique, excessif. Il est un élisabéthain du XXe siècle. Pour l'inauguration de sa nouvelle salle, le Centre dramatique d'Aquitaine présente son adaptation de " Roméo et Juliette " et lui rend hommage.
LE 12 janvier, est inauguré le Théâtre du Port de la Lune, centre dramatique national d'Aquitaine, dirigé par Jean-Louis Thamin. A vrai dire, sa première salle, car depuis qu'il a été nommé, il erre d'un endroit à l'autre, de la salle du Conservatoire à une chapelle désaffectée. Il a visité tous les lieux possibles, est tombé en arrêt devant un entrepôt, où est aménagée une salle de cinq cents places, en attendant une plus grande. Ce n'est pas trop, car Jean-Louis Thamin compte sur les habitants du grand Bordeaux et les étudiants du campus - il y aura des navettes. Et le Centre dramatique doit devenir un centre européen - Bordeaux est déjà jumelé avec Madrid - pour tout ce qui est spectacle vivant. Le but étant d'associer au théâtre la musique, toutes les musiques, et la danse. Carolyn Carlson doit s'y installer.
Mais pour l'heure, l'inauguration de cette salle qui va porter le nom de l'enfant du pays, Jean Vauthier, se fait avec son adaptation de Roméo et Juliette. Ce sera la première étape d'un hommage que lui rendent le théâtre et la ville.
" Suis-je bordelais ? dit Jean Vauthier. C'est vrai, je tiens de ma mère - pur produit de la région, famille dans les vins - une ruine. Mais je suis né en Belgique, il ne faut pas le cacher; j'ai des attaches belges du côté de mon père. Il était ingénieur et travaillait à Leningrad, Saint-Pétersbourg à l'époque. Et c'est sur la route du retour que ma mère m'a mis au monde. Nous sommes d'abord allés au Portugal, toujours pour le travail de mon père. J'avais six ans, quand je suis arrivé à Bordeaux. Ma mère avait le mal du pays.
" Et puis est arrivée cette catastrophe, vous savez. Mon frère est tombé d'un arbre de douze mètres de haut. Quand on va à Bordeaux, avant d'arriver à Libourne, on voit un tertre, avec des arbres. C'est là que c'est arrivé. Nous avons vu tous les chirurgiens possibles. Il est resté paralysé à partir de la taille, et ma mère l'a soigné. Il était extrêmement pur, avec une telle limpidité dans le regard. Je l'ai beaucoup aimé. Il a fallu veiller sur lui pendant dix ans.
" Nous vivions à 9 kilomètres de Bordeaux, à Gradignan. Je suis allé au lycée jusqu'en troisième. Puis j'ai eu des cours particuliers, avec l'abbé Bertrand, parce que je voulais peindre, écrire. Ma mère jouait du piano et s'occupait de mon frère. C'est pathétique tout ça. Elle m'a poussé à écrire ; mon père n'y a pas fait objection. Dans sa famille, il y a eu des artistes. Un Prix de Rome, mais très bon graveur de médailles.
" Par la suite j'ai beaucoup lu, puisque j'avais une grande liberté de temps. Claudel, Rimbaud, Gide, son Journal surtout dont j'admire la sincérité, Baudelaire, les Fleurs du mal. J'étais très classique, je n'ai découvert personne. Il n'y avait pas chez nous énormément de livres, beaucoup de choses étaient restées dans les garde-meubles, mais je fréquentais la bibliothèque municipale de Bordeaux. J'y passais des journées, j'allais déjeuner dans un restaurant pas loin... C'est là que j'ai lu Proust, pas tout : des morceaux choisis. C'est dangereux, les meilleurs passages ont été choisis, si bien qu'après on risque la déception.
" C'est là aussi que j'ai lu Shakespeare pour la première fois, de mauvaises traductions en vers, dans des petits livres à couverture orange. J'ai tout de suite écrit pour le théâtre. Au théâtre, mon premier choc a été au Vieux Colombier, Meurtre dans la cathédrale, avec Jean Vilar. Plus tard quand il a repris la pièce au TNP, il n'a pas adapté la mise en scène, et ça n'allait pas. Mais c'était bien joué, sans complaisance. Je crois qu'auparavant j'avais vu l'Ecole des femmes, avec Jouvet, dans les décors de Christian Berard. Je dois avouer, je n'en suis pas fier, que j'avais sifflé son précédent spectacle, une pièce de Jules Romains, la Scintillante. C'était idiot, une provocation de gamins.
" J'ai écrit Roméo et Juliette à la demande de Jacques Lemarchand, qui était ma conscience littéraire. Je sautais dans le vide, je ne connais pas l'anglais. J'ai acheté tout ce que j'ai pu trouver d'éditions bilingues, de traductions intégrales. La plupart sont fausses. Je me souviens, ce n'était pas dans Roméo et Juliette, mais dans le Roi Lear. Le texte anglais disait littéralement " roi pouce " et c'est tout. La traduction donnait " Roi de la tête aux pieds ". Pourtant, il suffisait de regarder la page de gauche. Moi j'ai écrit " Chaque pouce de mon corps est roi ". Jacques Lemarchand a aimé. Lui aussi était d'une totale sincérité, généreux, avec quelques morsures aussi. Quand il a été atteint, et il le savait puisqu'on lui faisait des rayons, il venait malgré tout me voir à l'hôpital où j'étais alité pour une sciatique.
" Dans mon travail, je me suis également servi de ses mot-à-mot. Il commençait sa journée comme ça, en traduisant du Shakespeare, ça l'amusait. Il m'a passé ses cahiers, je les avais rangés dans un tiroir difficile d'accès pour ne pas être tenté de recopier, ça m'évitait juste de chercher dans le dictionnaire.
" J'ai cru, très franchement, m'être montré humblement fidèle à Shakespeare sans laisser aucune trace de moi. Je peux avoir des naivetés enfantines. Roméo et Juliette est une pièce d'une liberté incroyable. En la relisant, j'ai les larmes aux yeux. Tout y est : les quiproquos, les dialogues, les numéros d'acteur, le western, les morts à n'en plus finir, et tout passe, c'est excellent. Il parait que je suis proche de ce côté excessif, tant mieux.
" J'ai rencontré Jean-Louis Thamin à Bordeaux, où il présentait sa mise en scène du Mal court, d'Audiberti, dans la salle du Conservatoire. J'avais été subjugué, je suis allé lui parler. J'avais aimé sa modestie, son goût du détail, ainsi - et ce n'était pas un ajout, ça ne changeait rien - les voiles de mariée qui s'envolent, on ne voit pas les fils, c'est très beau. Par la suite, j'ai appris qu'il me cherchait, il avait écrit chez Marcel Maréchal, à La Criée, pour avoir mon adresse. Je lui ai laissé Roméo et Juliette, et il organise une soirée en mon honneur. J'aimerais que tous mes amis puissent y assister. "
Le Fonds national d'art contemporain présente ses achats de l'année dernière. L'occasion est bonne de mesurer la grandeur, et les périls, d'une politique tout entière consacrée aux artistes vivants.
QUI achète des Óuvres contemporaines depuis plus d'un siècle, en possède des dizaines de milliers, les prête volontiers et n'est cependant ni un collectionneur ni un musée ? Le Fonds national d'art contemporain, FNAC en abrégé, la plus méconnue des institutions artistiques françaises, et cependant l'une des plus actives. Chaque année une commission de conservateurs et de connaisseurs examine séance après séance, vote après vote, les Óuvres que soumettent à sa sentence artistes et galeries, tous naturellement soucieux d'obtenir un flatteur - et rémunérateur - " achat de l'Etat ". Depuis 1875, en se fondant sur un principe intangible, n'acheter que des travaux d'artistes vivants, le Fonds a ainsi réuni une collection de 65 000 Óuvres. Il y a celles, les plus précieuses, qu'il dépose dans les musées français soucieux de compléter une collection ou de remédier à une lacune gênante. Il y a celles, aux destinées parfois aventureuses, qui vont orner les murs des préfectures, des mairies et des tribunaux et vont et viennent du salon au grenier selon la fantaisie et les goûts de Mme la préfète A... ou de la générale B...
D'autres, aux destins plus imprévisibles encore, partent vers les ambassades de France et s'exposent à tous les climats, même les plus nocifs. Et d'autres enfin, celles que nul ne réclame, les damnées de la famille, vieillissent dans des magasins encombrés, toiles suspendues à des cimaises coulissantes, sculptures entassées, toutes époques, écoles et esthétiques pêle-mêle. Celles-ci, nul ne les voit jamais, exception faite de ceux qui administrent leur nécropole, logée dans les caves gigantesques du palais de Tokyo. Il faut les avoir parcourues, ces cavernes ombreuses, au risque d'être blessé par un bronze agressif, par un cadre qui dépasse et percé par un clou tombé d'une caisse, pour mesurer l'effort accompli par le Fonds.
Il fallait, plutôt, puisque le Fonds s'expose désormais et montre ses butins d'une année sur l'autre. En trois expositions successives, trois parce qu'il achète largement et que les salles de la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques sont trop petites, il revèle ses achats de 1989. Tous ses achats ? Pas exactement. Il s'agit d'une " sélection " qui contient - dixit le communiqué officiel - la " grande majorité des acquisitions ". Autrement dit, avec moins de diplomatie, tout ce qui est présentable et avouable. Et ce qui ne l'est pas et qui a été acheté néanmoins, pour d'obscures raisons, quelquefois bonnes, quelquefois mauvaises ? Eh bien, ce qui ne l'est pas finit dans les catacombes infinies de Chaillot, abandonné à la curiosité des historiens du goût, qui trouvent partout matière à commentaires.
Telle quelle, émondée, corrigée, cette " sélection " a assez fière mine et parait faire part égale aux artistes illustres et aux nouveaux venus. Elle alterne achats de prestige, coûteux, inévitablement coûteux, et paris plus audacieux. On soupçonne qu'il s'est agi parfois de rendre justice un peu tard à telle Óuvre étrangement négligée jusque-là, et même, à l'occasion, d'une justice à titre posthume. Comment expliquer autrement que figurent dans la liste des " acquis " les noms du sculpteur américain d'origine française Louise Bourgeois, qui est née en 1911, et celui du peintre Gérard Gasiorowski, décédé il y a quatre ans ? Autre dessein, clairement confessé celui-ci : posséder tant qu'il en est encore temps, avant la prochaine hausse du marché, la prochaine foire, le Cucchi, le Judd, le Morris ou le Garouste qu'aucun musée de province n'a plus les moyens de s'offrir et que, peut-être, dans un an ou un mois, le FNAC lui-même ne pourrait plus payer. Car telle est l'une des conséquences de l'absurde renchérissement actuel des Óuvres : les institutions publiques font désormais figure de gueuses réduites à attendre un don ou une dation si elles veulent obtenir à bon compte une pièce d'un homme à la mode.
La conséquence de cette conséquence suit immédiatement : le FNAC, à l'instar des fonds régionaux d'art contemporain - les FRAC - et des musées d'art moderne, n'hésite pas à collectionner des Óuvres d'artistes de plus en plus jeunes, certains à peine âgés de trente ans. Le bénéfice d'une telle politique est peu douteux. D'une part, le fonds évite de s'entendre accuser de passéisme et de timidité et joue les avant-gardistes - ce qui a plus de charme que de jouer les réparateurs et de remédier aux oublis d'autrefois. De l'autre, il peut multiplier et diversifier ses achats, puisque les prix des jeunes peintres n'excédent pas - pas encore ? - ses moyens. Le risque n'est pas plus douteux que l'avantage : c'est de se tromper comme s'abusent tant de conservateurs, par peur de manquer une mode, de méconnaitre une révolution, de sous-estimer une extravagance. Par conformisme moderniste en somme, lequel n'est pas moins dangereux que l'académisme d'autrefois.
Des Óuvres présentées aujourd'hui, lesquelles feront donc bonne figure dans quatre ou cinq décennies ? Lesquelles paraitront terriblement datées ? Les laborieuses plaisanteries conceptuelles des quelques duchampiens dans le vent que le FNAC a cru devoir acquérir, on supposerait volontiers qu'elles auront depuis longtemps fait long feu. Et qu'à l'inverse Dezeuze, Buraglio, Champion-Métadier, Rousse et Zuber, pour citer des noms en désordre, auront des amateurs, comme les sculpteurs Baquié et Briggs. Et comme ces peintres aux noms encore peu connus, Saint-Jacques, Gouery, dont le FNAC a eu l'excellente idée d'acheter bien vite des peintures. N'aurait-il accompli que ces bienfaits, ce serait assez pour justifier son existence et souhaiter qu'il conserve les moyens de sa politique.
Les cinémas Action proposent jusqu'au 6 mars un festival littérature et cinéma. Chaque jour, les Action rive gauche et le Mac Mahon présenteront un film tiré d'une Óuvre littéraire : le Carrosse d'or (Mérimée-Renoir), les Diaboliques (Boileau-Narcejac-Clouzot), Hiroshima mon amour (Duras-Resnais), Plein Soleil (Highsmith-Clément), les Bostoniennes (H. James-Ivory), Rebecca (D. Du Maurier-Hitchcock), Macbeth (Shakespeare-O. Welles), ou encore la Rose tatouée (T. Williams-D. Mann) et le Monde selon Garp (J. Irving-G.R. Hill). Le cycle sera également organisé à Bordeaux (fin janvier), Rennes (fin février), Angers et Besançon (avril). Enfin, l'Action Chritine programmera des rééditions jusqu'en décembre 1990 : Bel Ami (Maupassant-A. Lewin), A l'Est d'Eden (Steinbeck-Kazan), Guerre et Paix (Tostoi-K. Vidor) ou Reflets dans un Óil d'or (C. McCullers-J. Huston).
Action rive gauche (43-29-44-40). Mac Mahon (43-29-79-89). Action Christine (43-29-11-30).
Organisée par les Cahiers du Cinéma jusqu'au 14 janvier à l'Auditorium du Louvre, la Semaine du cinéma soviétique présentera des Óuvres récentes réalisées sous l'ère Gorbatchev : les Incendiaires, d'Alexandre Sourine, la Femme du vendeur de pétrole, d'Alexandre Kaidanovski, le Visiteur de musée, de Constantin Lopouchanski. Elle proposera aussi des courts métrages et des documentaires, et permettra de découvrir des metteurs en scène inconnus du public français : Valéri Ogorodnikov (les Yeux de papier de Privchine), Serge Ovtcharov (Ca), Jakhongir Faizief (Qui es-tu ?). Le programme des longs métrages sera repris au Triomphe de Paris du 17 au 23 janvier ; du 24 au 30 janvier au Trianon de Bordeaux ; du 31 janvier au 6 février au " Cinéma " de Lyon et du 4 au 10 avril au Café des images d'Hérouville-Saint-Clair.
Auditorium du Louvre (40-20-52-99), 20 F ; abonnement pour tout le cycle : 180 F.
J'ai beaucoup apprécié la lettre de Jacques de Lanversin (le Monde du 26 décembre 1989) rendant à Pierre Sudreau le mérite d'avoir fait ravaler les façades de Paris. Pour tenter de mieux cerner l'histoire, je voudrais ajouter un correctif et le rappel d'un autre acteur de ce ravalement.
Si le décret faisant obligation de nettoyer les façades tous les dix ans date bien du 26 mars 1852, le mérite en revient, non à Haussmann, alors préfet de la Gironde, mais à Berger, nommé préfet de la Seine par le prince-président quatorze jours après son élection le 10 décembre 1848, et poussé au Sénat par le même prince devenu empereur, le 22 juin 1853.
Quant à la résurgence de l'idée dans les temps modernes, ne faut-il pas en donner au moins une petite part à Fernand Léger, qui écrivait dans Art d'aujourd'hui en 1949 : " J'avais pensé, en 1937, pendant l'Exposition, à utiliser les 300 000 chômeurs à gratter toutes les maisons de Paris. Le projet était de créer un " événement d'étonnement " pour les visiteurs : Paris tout blanc, et le soir, des avions et des projecteurs inondant la ville de couleurs vives et mobiles. Pourquoi pas ? Mon projet ne fut pas accepté, c'était pourtant le seul moyen de créer un événement nouveau à l'échelle d'une exposition internationale.
Le parc-autos de la Cité des sciences de La Villette est équipé d'appareils de péage automatique dont les instructions sont exclusivement en anglais : Insert your card, take your money, etc. On justifie cela par le fait que la langue du " pays techniquement le plus avancé doit l'emporter ". Aurons-nous donc droit, bientôt, à des appareils en japonais ?
L'action se passe à la fin des années 40 dans le quartier chinois de New-York, mais pas chez les gangsters, chez de braves immigrants. Ils font venir leurs enfants dans l'idée de les marier. Seulement, le jeune époux, accablé de travail et de soucis, devient impuissant et sa femme se console ailleurs. Tranches de vie et humour tranquille.
- Après les déclarations de Mr Pierre Mauroy, premier secrétaire du PS, qui a souhaité, dimanche 7 janvier, que les résidents étrangers puissent voter pour les prochaines élections municipales, le bureau politique du FN a publié un communiqué lundi pour affirmer notamment que les socialistes " n'ont pas renoncé à compenser leur perte d'audience chez les Français par l'apport massif de voix étrangères ". Le FN appelle les Français à rester " plus que jamais (...) vigilants autour de Jean-Marie Le Pen dont les analyses se trouvent chaque jour vérifiées par les faits ".
- Le président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) cité dans l'article du Monde du 9 janvier sur " SOS-Racisme " est Mr Jean Pierre-Bloch et non Mr Jean-Pierre Pierre-Bloch, comme il était indiqué par suite d'une " coquille ".
Au terme de neuf mois de consultations et d'enquête, la commission sur l'égalité sociale et le développement économique dans les DOM, composée de douze personnalités et placée par le ministre des DOM-TOM, Mr Louis Le Pensec, sous la présidence de Mr Jean Ripert, a rendu public, lundi 8 janvier, un rapport très dense préconisant un projet global, assorti de cinquante-huit propositions, afin de remédier aux dysfonctionnements économiques et sociaux qui caractérisent les quatre départements d'outre-mer (la Réunion, la Guyane, la Guadeloupe et la Martinique). Les conclusions de la commission soulignent, à l'adresse conjointe du gouvernement et des responsables locaux, une quadruple nécessité : " valoriser les ressources humaines et accroître l'égalité des chances " ; " réduire les inégalités de revenus " ; " renforcer l'efficacité de l'économie " ; " adopter et développer les moyens au service de la politique domienne ". Elles proposent aussi un calendrier pour la mise en oeuvre de ses propositions dont l'adoption permettrait, selon les auteurs du rapport, d'atteindre progressivement à l'égalité sociale entre les DOM et la métropole en deux étapes de trois ans chacune.
Aux onze " travaux d'Hercule " qu'il s'était assignés à la fin de l'été dernier, selon l'expression des oracles rocardiens, le gouvernement peut désormais en ajouter un douzième. Et encore... Il n'est même pas sûr que Hercule puisse suffire à la tâche si le gouvernement accepte de relever le formidable défi auquel l'invite la commission Ripert.
L'ancien directeur général des Nations unies pour la coopération économique internationale et ses onze coéquipiers, chargés de mener, le 18 avril 1988, une redoutable opération-vérité sur la face cachée des réalités de la France d'outre-mer, ne font pourtant que tirer lucidement les conclusions qui s'imposent à quiconque s'interroge honnêtement sur les moyens d'empêcher que les DOM ne demeurent voués aux inégalités en tout genre.
Ils confirment que le pire y existe dans le domaine social et ils ont le mérite de présenter un rapport qui appelle un chat un chat en soulignant combien il serait illusoire de se borner à des décisions ponctuelles, si l'on prétend effacer ces ultimes séquelles de la colonisation, alors que tout appelle " un projet d'ensemble situant, dans une perspective à long terme, la place des DOM dans l'ensemble national ". Le problème relève, certes, de la quadrature du cercle, puisqu'il s'agit tout à la fois de réduire de scandaleux écarts de revenus, d'effacer des inégalités sociales indignes de la France contemporaine et de mettre la fragile économie de chacun des DOM en état d'affronter l'échéance du marché unique européen de 1993. Mais il n'existe pas d'autre voie que celle du purgatoire si le gouvernement de Mr Michel Rocard a assez de courage pour s'engager dans une entreprise qui a, jusqu'à présent, toujours découragé les rares téméraires.
Si l'on veut accroître l'égalité des chances pour que les sociétés " domiennes " ne soient plus des sociétés à vitesses variables, il faut notamment, indique le rapport Ripert, se fixer deux priorités absolues : l'éducation, dont les retards sont " dramatiques ", de l'école maternelle à l'Université - surtout à la Réunion - et le logement social, les moyens mis en oeuvre actuellement étant notoirement insuffisants et inadaptés. Cela implique au moins treize mesures d'urgence parmi lesquelles la suppression des bidonvilles de Pointe-à-Pitre, Fort-de-France, Cayenne, la construction de 50 000 logements sociaux entre 1991 et 1995, la mise en place des allocations-logement dans le secteur privé avant 1991. Et cela justifie de transférer aux conseils régionaux, comme le demande en particulier le maire de Fort-de-France, Mr Aimé Césaire, toutes les compétences et tous les crédits relatifs à la formation professionnelle.
Si l'on veut vraiment réduire, outre-mer, les inégalités de revenus, en profitant de l'absence d'échéances électorales prochaines et du reflux généralisé des courants indépendantistes, désormais privés de modèles idéologiques, il ne faut plus tourner autour du pot. Il faut aligner progressivement, de 1990 à 1996, les SMIC locaux sur le SMIC métropolitain, en réduisant les écarts actuels de moitié avant 1993, ce qui signifie une augmentation d'environ 10 % aux Antilles et en Guyane et de 14 % à la Réunion. Il faut soumettre les cotisations des exploitants agricoles employeurs de salariés au même régime qu'en métropole.
Il faut aborder franchement la question des sur-salaires des fonctionnaires, et, sur ce dossier conflictuel la commission Ripert n'y va pas par quatre chemins en formulant plusieurs propositions précises : " Pour les fonctionnaires à nommer dans les DOM, par exemple à partir de 1991, réduire le complément de rémunération à 25 %, supprimer l'indemnité d'éloignement (...). Pour les fonctionnaires actuellement en poste dans les DOM, limiter le complément de rémunération, soit par le gel en valeur absolue des 40 % actuels, soit par leur réduction à 25 % en dix ans (...). Modifier le régime des congés bonifiés (...). Mettre fin à l'avantage de 35 % servi aux fonctionnaires retraités à la Réunion... ", etc. Bien sûr, il faut aussi aligner, avant 1993, les prestations familiales des fonctionnaires sur celles servies en métropole, sans oublier de supprimer, avant 1996, la réfaction de l'impôt sur le revenu en engageant, d'ici 1993, " une première étape réduisant de 50 % les avantages fiscaux actuels. "
Si l'on veut, parallèlement, renforcer le développement des économies locales, il convient notamment d'élargir les marchés des entreprises, de développer la concurrence - y compris parmi les transporteurs aériens -, de mettre au point de nouveaux systèmes de financement, d'aider les organisations de consommateurs, de renforcer les directions départementales de la répression des fraudes, etc.
Enfin, au niveau national, la réalisation de ce grand dessein exigerait, entre autres, l'installation d'un comité interministériel permanent " chapeauté " par " un haut conseil de l'outre-mer présidé par le chef de l'Etat et associant au gouvernement des représentants des élus domiens. "
Bref, le rapport Ripert n'a peur d'aucun tabou. Les dirigeants socialistes, si partageux dans leurs discours mais si souvent velléitaires, oseront-ils, cette fois, dire " chiche " ?
Mr Michel Mouillot, maire PR-UDF de Cannes, dont l'élection a été invalidée par le Conseil d'Etat, a annoncé, lundi 8 janvier, qu'il briguerait de nouveau ce mandat le 28 janvier à la tête d'une liste d'union UDF-RPR. Un conseiller sortant CDS, Mr Lucien Jarry, conduira également une liste sur laquelle figurera, en dernière position, Mme Anne-Marie Dupuy, maire RPR battu en mars 1989 par Mr Mouillot.
L'efficacité trouvera peut-être son compte dans la constitution d'une liste commune UDF-RPR pour l'élection municipale de Cannes le 28 janvier. Mais les deux partis de l'opposition s'étaient si rudement affrontés sur la Croisette en mars 1989 que Mme Anne-Marie Dupuy, maire sortant RPR, se considérant outragée par les propos, jugés par elle diffamatoires, de son concurrent UDF, Mr Mouillot, avait obtenu réparation devant les tribunaux.
En clair, Mme Dupuy considérait que son adversaire n'avait dû son succès qu'à la tromperie et ne méritait pas de porter l'écharpe tricolore. Qu'en quelque sorte c'est elle qui aurait dû être réélue. En bonne logique - et aussi pour que la morale triomphe, - l'affront n'aurait pu être effacé définitivement que si Mme Dupuy avait décidé de retrouver son siège au terme d'une nouvelle élection. En effet, ne serait-il pas cohérent qu'un candidat malheureux conteste la victoire de son adversaire en s'engageant à briguer de nouveau le mandat litigieux ? Rien dans la loi ne l'y oblige aujourd'hui, mais une réforme dans ce sens contribuerait à une moralisation de la vie publique.
A Cannes les état-majors des partis - comme cela se produit souvent ailleurs et dans tous les camps - ont décidé de pratiquer charitablement le " pardon des offenses " ou de faire preuve, plus prosaïquement, de " mémoire courte ". Au risque de montrer une fois de plus que, décidément, morale et politique ont bien du mal à cohabiter. Mme Dupuy, lâchée par son parti, n'a pas accepté cette froide logique de l'efficacité. Elle a donc préféré sauver son honneur dans une candidature kamikaze en position symbolique.
Le Conseil d'Etat a rendu, lundi 8 janvier, plusieurs décisions à la suite de requêtes lui demandant l'annulation d'élections municipales du mois de mars 1989. Dans la plupart des cas, il a confirmé les résultats alors proclamés. Il en va ainsi pour Palaiseau et Le Plessis-Robinson (Essonne), pour les deuxième et quatrième secteurs de Paris, où il n'a pas retenu l'argumentaire des candidats socialistes, MM Pierre Schapira et Maurice Benassayag. En revanche, le Conseil a considéré que l'envoi aux locataires de l'office public d'HLM d'Arcueil (Val-de-Marne), par son président, d'une lettre les invitant à renouveler le mandat du maire communiste sortant, sans que la liste de droite ait eu les moyens de répondre " efficacement ", avait permis à la liste de gauche d'obtenir un siège de plus ; il le lui a donc retiré, sans, toutefois, l'attribuer à ses concurents. Surtout, une fois encore, le Conseil d'Etat a été conduit à annuler les élections municipales de Sarcelles (Val-d'Oise), où en mars dernier la droite ne l'avait emporté que grâce à une triangulaire imposée par le PC au PS.
La tradition doit commencer à peser aux habitants de Sarcelles. Comme lors des élections municipales de 1971 et de 1983, comme lors des cantonales de 1985, le Conseil d'Etat, confirmant la décision du tribunal administratif de Versailles, a annulé les résultats du mois de mars dernier. Le maire, Mr Raymond Lamontagne (RPR), et son conseil municipal vont donc devoir quitter l'hôtel de ville, en attendant que d'ici à deux mois les électeurs retournent une nouvelle fois aux urnes. Dans cette cité, véritable " ville nouvelle ", sans en avoir le statut, de la grande banlieue parisienne, ces " partielles " ne pourront avoir qu'un retentissement important.
Les élections municipales du printemps dernier s'y étaient déjà déroulées dans un climat particulièrement tendu. Les communistes, qui avaient géré la ville jusqu'en 1983, avaient si mal accepté de devoir laisser la tête de la liste de gauche à un socialiste, en l'occurrence Mr Dominique Strauss-Kahn, député de la circonscription depuis 1988 et président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, qu'un accord n'avait pu être trouvé entre PC et PS. Mme Marie-Claude Beaudeau, sénateur communiste, avait donc maintenu sa présence au second tour, alors même que sa liste avait été largement devancée par les socialistes au premier tour : 20,64 % des suffrages exprimés contre 26,78 % à Mr Strauss-Kahn.
La situation avait été tout aussi curieuse à droite. Bien qu'il ait obtenu le droit de se maintenir (il avait recueilli 10,67 % des suffrages exprimés au premier tour), le responsable du Front national, Mr Roger Lapetouille, décidait de se retirer, en contradiction avec les consignes nationales de son parti. A la veille du second tour, un tract était même distribué, portant la signature du FN, appelant à voter pour Mr Lamontagne et détaillant les termes d'un accord qui aurait été passé avec lui.
C'est cette distribution tardive que le Conseil d'Etat, sur requête de Mr Strauss-Kahn, a jugé " de nature à modifier le résultat du scrutin ". En effet, le candidat du RPR ne l'avait emporté que de 281 voix, obtenant 43,54 % des suffrages exprimés contre 41,89 % à Mr Strauss-Kahn et 14,55 % à Mme Beaudeau. La consternation régnait à la mairie après cette décision. Mr Lamontagne affirmait : " Il s'agit pour moi d'un déni de justice, car mon équipe n'a commis aucune irrégularité. Ce tract, à l'évidence, avait été fait par mes adversaires pour me nuire, principalement auprès de l'importante communauté juive. "
La satisfaction était, en revanche, totale chez les socialistes. Immédiatement, Mr Strauss-Kahn tentait de prendre contact avec le PC, car il souhaite conduire une liste " regroupant toutes les forces de progrès ". Il reconnaît que le plus difficile sera, probablement, de mobiliser les électeurs. Mais la fédération du PC se mure, pour l'instant dans son silence.
L'intérêt pour cette nouvelle campagne est particulièrement vif au Front national. Il a déjà décidé de changer de tête de liste, de tenter de profiter de l'effet " Dreux ", en axant sa campagne sur l'immigration. Son responsable départemental, Mr Gilbert Cottinet, prévient déjà : " Cette fois, nous irons jusqu'au bout. Mr Lamontagne aimerait que nos sypathisants votent pour lui, mais il ne veut pas que cela se sache pour ne pas froisser les immigrés... ". Dans ce " melting pot ", qu'est Sarcelles, cette campagne pourrait bien être explosive.
Mr Louis Mermaz, président du groupe socialiste de l'Assemblée nationale, a indiqué, lundi 8 janvier, sur France-Inter, qu'il soumettrait son propre texte au vote des militants avant le congrès du PS à Rennes. Mr Mermaz a précisé qu'il entend effectuer un " travail de fédérateur ". Indiquant ses craintes face à " une dérive, un véritable éclatement, une guerre des chefs, une bataille de clans " au PS qui risque de " faire passer au second plan le débat d'idées ", le président du groupe socialiste a déclaré vouloir " recoller les morceaux ". " Nous voulons fédérer et si nous ne pouvons le faire avant le comité directeur du 13 janvier, il va falloir tout faire au moment du congrès, à la mi-mars à Rennes. "
Confirmant son intérêt pour la fonction de premier secrétaire du PS, Mr Mermaz a estimé que " si ce travail de fédérateur réussit ", il pourrait être " dans cette situation ". " Nous devons ensemble, en y associant Mr Pierre Mauroy, faire en sorte que ce parti soit plus présent sur le terrain, plus imaginatif, plus inventif. " " C'est un immense projet ", a souligné le président du groupe socialiste.
" C'était prévisible ! " : l'Humanité du mardi 9 janvier accuse la presse d'avoir utilisé " en grand et sans vergogne, la remarque lapidaire et profondément injuste de Petre Roman sur le PCF et le stalinisme ". Dimanche, le premier ministre roumain avait estimé sur TF 1 que ce parti n'avait " pas fait une analyse complète, à fond, de son stalinisme ". Mme Francette Lazard, membre du bureau politique, indique que " le mépris des faits et la manipulation des mémoires vont toujours de pair ", avant de souligner qu'" en renonçant avec éclat à la notion de dictature du prolétariat, notre vingt-deuxième congrès (1976) se dégageait définitivement de toute référence à tout modèle autoritaire du socialisme ". Le jugement de cette dirigeante est publié comme un " commentaire " et ne semble donc pas être une " déclaration " du bureau politique.
Réagissant aux propos de Mr Roman, l'ancien coordinateur des rénovateurs communistes, Mr Claude Llabres, qui anime désormais le Forum progressiste, a estimé que " l'essentiel n'est pas de savoir qui chez les communistes est plus ou moins stalinien, mais (...) de mettre sa culture d'ancien communiste, en l'assumant de façon critique, au service de la gauche, du progrès et de la démocratie ". Ancien membre du comité central du PCF, Mr Llabres a été exclu de ce parti en 1987.
Pour sa part, le MRC (Mouvement des rénovateurs communistes) juge " comme un acte nécessaire de salubrité et de dignité politique l'actuelle campagne menée par nos camarades reconstructeurs visant à la démission collective de la direction du PCF et à la convocation d'un congrès extraordinaire ". Cette volonté de voir convoquer rapidement un congrès a été réaffirmée, samedi, par les opposants " reconstructeurs " qui souhaitent également, entre autres, la réintégration des militants exclus ainsi que la publication des effectifs réels du parti.
Lentement, méthodiquement, le sacré revient dans la peinture. Il en avait été banni depuis les années 60, depuis que Rothko et Newman avaient achevé leurs cycles bibliques abstraits et que le minimal et le conceptuel avaient imposé leur formalisme têtu. Par lassitude de trop de géométries muettes, de plus en plus d'artistes jeunes leur opposent désormais symboles, allusions et signes cabalistiques.
Ainsi Angie Anakis, dont c'est la première exposition personnelle. Sa peinture a beau paraitre absolument abstraite, ses toiles en diptyque ont beau juxtaposer et opposer monochromes et harmonies de blancs, elles ne doivent rien à Ryman, mais au Newman de Pale fire. Dans le blanc, sous le blanc, affleurent des traces plus sombres, cendreuses, des sortes de balafres, de lignes de fracture et de cicatrices. Une lumière pâle sourd par ces brisures à peine visibles et des formes indécises transparaissent, où l'Óil croit reconnaitre des esquisses d'anatomie.
Faut-il penser que ces corps se dégageant de la matière sont autant d'allégories incomplètes, craintives presque ? Sur les toiles monochromes, le crayon a dessiné au trait, sans insister ni appuyer, des ovoides ou un fragment de cercle, comme autant de signes ésotériques. Ignorerait-on qu'Angie Anakis a longtemps placé dans ses compositions des croix et des symboles religieux avant d'en arriver au dépouillement d'aujourd'hui, l'on sentirait néanmoins combien son art aspire au sublime et à l'effusion. Il n'y atteint pas à tout coup, mais assez souvent pour que l'on ait confiance en lui et en son devenir.
C'est une étrange idée que d'avoir accroché dans la même galerie, face aux toiles vibrantes d'Angie Anakis, les tableaux assemblages du jeune Américain David Webster. Non que Webster soit maladroit ou ennuyeux. Dans chacune de ses Óuvres, il y a une habileté et une surprise. Dans le genre, aujourd'hui en faveur, du bricolage teinté de dérision, c'est parfait. Mais le genre a ses limites, qui sont vite touchées.
C'était en 1989, la célébration du Bicentenaire. On montait des spectacles, on tournait des films qui, tous, traitaient de la Révolution. Les comédiens s'habillaient en sans-culottes ou en seigneurs à perruques poudrées, les comédiennes profitaient de la mode du temps pour dévoiler leurs gorges soutenues par des corsets.
Rien d'étonnant à ce que des apprentis acteurs soient recrutés pour une de ces Óuvres de circonstances. Ils ont passé des auditions et arrivent dans un vrai château d'époque, où les attend un metteur en scène qui n'est certainement pas Orson Welles, et une scripte très gentille mais mal à l'aise.
Le film est manifestement fauché, le réalisateur semble ne pas trop savoir où il va, et les délégués de production semblent s'en ficher complètement. Pourtant ils surveillent avec grande attention. Ils ne perdent rien de ce qui se passe entre les apprentis acteurs, entre le groupe et l'équipe du film, et pas seulement pendant le travail.
En fait le château est truffé de caméras vidéo, car le film sur la Révolution est un prétexte à réunir cet échantillon extrêmement typique - pour ne pas dire convenu - d'une jeunesse à l'affût de la vie. Il s'agit, en vue d'un livre, d'étudier leurs comportements. Seulement, l'un des garçons découvre l'arnaque et à partir de là rien ne va comme l'avaient prévu les cyniques socio-publicitaires.
Bal perdu est le premier film de Daniel Benoin, directeur du Centre dramatique de Saint-Etienne. Il a été tourné dans un château de la région avec un petit budget et une grande ambition. Plusieurs thèmes s'y entremêlent, car, comme dans ses mises en scène de théâtre, Daniel Benoin rejette le " récit linéaire ". Mais les différents plans se lisent de façon plus claire, plus simple, dans un spectacle vivant où l'on choisit son angle de vision, que dans le cadrage imposé des images. Les fragments ont alors du mal à se rejoindre, on a finalement un récit en lambeaux, et l'on s'y perd.
Daniel Benoin prend bien soin de varier - au sens propre comme au figuré - les points de vue, et il a du mouvement. Il s'intéresse visiblement davantage à la seconde partie, mieux centrée sur les jeunes comédiens - ses élèves pour la plupart - à qui il a laissé une certaine liberté d'interprétation. Ils donnent des rapports exploitants-exploités, dominants-dominés, et du jeu et de la liberté une idée curieusement soixante-huitarde. Ce n'est plus la Révolution que l'on célèbre, ce sont les utopies des années 60. Et comme les socio-publicitaires du film, on se demande ce que ça va pouvoir donner.
Tant qu'à consacrer presque deux heures à la vie et aux Óuvres d'un videur de boite de nuit, on aurait bien aimé voir revivre le film de bagarre, porté au rang d'un art majeur par John Ford. Mais le temps est loin où John Wayne et Victor McLaglen enchainaient peignées sur raclées pour des prétextes aussi minces que l'amour d'une femme ou un sens de l'honneur un peu trop chatouilleux.
Dalton (Patrick Swayze), le héros de Roadhouse est un yuppie de la castagne, un consultant en baston, le meilleur sur le marché, et le plus cher. Engagé pour nettoyer un bouge des environs de Kansas-City (c'est-à-dire n'importe où en Amérique profonde), il se heurte, dans l'accomplissement de ce contrat, au nabab local (Ben Gazzara) qui possède la ville.
Quand, pour la quatrième fois, les hommes de main de Gazzara arrivent à la boite de nuit pour recevoir leur trempe des mains de Dalton, on croit voir passer, sur les traits mâles de Patrick Swayze, comme un nuage de lassitude, et l'on compatit. C'est que les bagarres de Roadhouse n'ont plus rien avoir avec les chorégraphies charmantes où l'on atterrissait au bout d'une orbe gracieuse sur une table en contreplaqué qui volait obligeamment en éclats. Ici, on saigne, on cultive l'hématome et l'hémorragie interne comme le blé en Beauce, intensivement.
Pour remplir les intervalles entre les pugilats, il a fallu recourir aux ingrédients réglementaires : histoire d'amour ; la génèse de sa carrière de videur (il a une maitrise de philo et, quand même, à plusieurs morceaux interprétés par le Jeff Healey Band, dans le rôle du groupe maison.
Le guitariste compose avec une sobriété inhabituelle un petit florilège du rock américain, du Roadhouse Blues des Doors à Travelling Band de Creedence. C'est le seul signe distinctif d'un film où même Ben Gazzara renonce à faire valoir sa qualité d'acteur, souriant finement à chaque ignominie commise. Patrick Swayze a le torse plus expressif que le visage.
Exception faite de Rodin, les sculpteurs modernes attirent médiocrement les maisons d'édition. On n'aurait pas fort à faire pour établir la liste des oubliés et des négligés, mal célébrés par d'anciens catalogues et de sommaires monographies. Jusqu'à cet hiver, Joseph Bernard y figurait en bonne place, en compagnie de la plupart de ceux qui, comme lui, ont cherché à conserver la tradition rodinienne au vingtième siècle, qu'ils se nomment Bourdelle ou Maillol, Bourdelle attend que l'on remette à neuf son musée, Maillol que s'ouvre enfin le sien, depuis longtemps annoncé. Bernard, lui, connait la gloire d'un catalogue qui enregistre en deux cent soixante-quatorze numéros la totalité de son Óuvre. Tout y est, plâtres, pierres et bronzes, rangé suivant une chronologie méthodiquement reconstituée par Lucien Stoenesco.
Bernard a commencé par s'inspirer du sculpteur de la Porte de l'Enfer, auquel il a pris le goût de la gestuelle expressive. Puis l'exemple de l'archaisme grec et de l'Egypte l'a incité à plus de raideur et à cultiver une monumentalité statique assez singulière. Certaines des pièces des années 20 que révèle le catalogue, un Boxeur, un Homme portant une haltère, sont un étrange mixte de moderne et d'étrusque. On peut néanmoins leur préférer les têtes de nymphes et d'allégories où Bernard suggérait la puissance d'un principe par des modèles un peu lourds, des traits ronds et des bouches sensuelles. Le catalogue est précédé d'une étude historique de René Jullian, la seule publiée à ce jour sur l'Óuvre de l'un des bons sculpteurs français du premier tiers du siècle.
Paul Landowski n'a pas manqué de s'inspirer de lui, et ses bas-reliefs pour les fontaines de la porte de Saint-Cloud rappellent fortement la Danse de son prédécesseur. Mais les figures de Bernard ont plus de volupté, et ce qui était monumental chez lui devient solennel chez Landowski. Le livre consacré à l'auteur du Christ rédempteur de Rio, qui vient de paraitre, a beau défendre son héros avec la plus noble énergie, le Mur de la Réformation à Genève et le tombeau de Foch aux Invalides ne sont pas d'absolus chefs-d'Óuvre.
Le souci de l'architecture et de l'effet y règne en tyran, à tel point que rien ne bouge, que rien ne dérange les plis des manteaux et des capotes. C'est cette dignité empesée qui a plu néanmoins et rapporté à Landowski les honneurs officiels et toutes sortes de commandes, y compris celle d'un Sun Yat-sen gigantesque pour Nankin, rare exemple de pompiérisme sino-romain.
Car tel semble le mal dont souffre son art : il ne voit le présent que déguisé en faux ancien, Sun Yat-sen en Auguste et Georges Carpentier, dont Landowski fit une statue en 1920, en héros grec. On ne lit pas sans effarement qu'il aurait pratiqué un " naturalisme " et qu'il jugeait que Maillol et Bourdelle souffraient d'une " absence de souffle ". Que l'on veuille rendre justice à un artiste, même de second ordre, est légitime, et l'histoire de l'art gagne à de telles entreprises. Encore faut-il ne pas tomber dans l'hagiographie pure et simple.
Ce défaut, poussé au paroxysme de la rhétorique, gâche la lecture du Brancusi, de Radu Varia, que publie Gallimard. On le regrette d'autant plus que, sans ces excès, l'ouvrage serait admirable. Il est servi par une illustration exemplaire. Chaque Óuvre a été photographiée de manière à rendre sensibles volumes et textures, et la mise en pages est d'une impeccable élégance. La documentation est abondante, les citations précieuses, les comparaisons souvent convaincantes.
Mais pourquoi faut-il que pullulent des effets de style dans le genre de celui-ci, à propos de quelques cristaux dans une pierre que Brancusi taillait : " ce mystérieux nid d'abeilles aurifères (...), cet Ilot Solaire persiste à jamais en haut de la joue gauche de la créature féminine à la fois irradiante et domptée " ? On croyait ce style périmé depuis Henri de Régnier. A tort apparemment, car Radu Varia raffole de cette langue et de cette pensée obscures où un ovoide peut sans peine devenir " une nouvelle porte d'accès à l'horizon d'une certaine ouverture d'infini vers le Tout Cosmique " - de rien moins. Mieux vaut donc regarder cet ouvrage magnifique sans trop en lire le texte. C'est dommage.
Ellipse, filiale de production de Canal Plus, s'apprête à augmenter son capital. L'apport de fonds doit servir à financer l'important développement que connait la société : création d'une unité de fabrication de dessins animés employant soixante personnes, production de grandes séries d'animation (Babar, Tintin, Charlot) et de fiction (Zorro) pour le marché international.
A la faveur de cette augmentation de capital, Ellipse cherchait un partenaire qui lui apporte un savoir-faire et un réseau de distribution international. Les négociations ont abouti avec le groupe américain Hearst qui, à côté de son empire de presse, possède des stations de radio et de télévision, des chaines câblées (Arts and Entertainment, Lifestyle), des sociétés de production et de distribution (King Features). Le groupe Multimedia devrait souscrire environ 18 % du capital d'Ellipse.
Parallèlement les responsables de Canal Plus souhaitent avoir pour partenaires les trois grands câblodistributeurs français : la Compagnie générale des eaux, la Caisse des dépôts et la Lyonnaise des eaux. Les négociations sont sur le point d'aboutir, et chacun des trois groupes pourrait prendre 7 à 8 % du capital d'Ellipse. A l'issue de l'augmentation de capital, la part de Canal Plus devrait tomber à 30 %, le reste des parts étant détenu par les cadres de la chaine payante.
L'extraordinaire voyage des Tsiganes à travers les siècles, quittant le nord-est de l'Inde pour arriver en Europe vers le dixième siècle et pénétrant sur le continent selon un tracé en zigzag, s'ordonne naturellement autour d'événements historiques. Les premiers pas des Tsiganes en Bohême, en Grèce et en Serbie ont lieu au quatorzième siècle. Cent ans plus tard, les Tsiganes se retrouvent aussi en Saxe, en Bavière, en France, en Italie et en Angleterre et y laissent des traces, singulièrement dans la musique populaire.
Il y a quinze ans, deux musiciens, l'un d'origine arménienne (le guitariste et chanteur Dan Gharibian), l'autre français (le violoniste Bruno Girard) attiré par une musique chargée de mythes et de mystère, ont créé un groupe (Bratsch) avec l'idée folle de prolonger le voyage tsigane, de dépasser les frontières du temps et de permettre l'épanouissement d'une tradition musicale populaire remplie d'éléments de provenance diverse : harmonies méditerranéennes, rythmes et méliques arabes, nuances maures et juives.
Constitué bientôt avec trois autres musiciens (le clarinettiste Nano Peylet, le contrebassiste Pierre Jacquet et l'accordéoniste François Castiello), Bratsch a collecté des thèmes musicaux venus de Russie, de Yougoslavie, de Roumanie, de Hongrie, de Bulgarie, d'Arménie, de Grèce et aussi de la culture yiddish.
Le groupe a adapté des chansons évoquant évidemment le voyage, l'exil et le déracinement quotidien, l'amour et la fête. Il s'est amusé au jeu de bascule des influences et il a fait un joyeux mélange : pour mieux exprimer l'âme tsigane dans toute sa force et sa fantaisie.
Dans le beau petit théâtre rénové de l'Espace européen, les musiciens de Bratsch - tous de merveilleux instrumentistes, avec un son naturel - proposent donc aujourd'hui de raconter en musique l'aventure d'un peuple éparpillé en Europe. La musique est superbe.
Ce numéro spécial fait le point sur l'histoire des deux Allemagnes depuis la fin de la guerre jusqu'à l'ouverture de la porte de Brandebourg, à partir d'articles parus dans le Monde avec, en complément, des cartes, des chronologies et des photographies.
Un premier cahier retrace la fin de l'empire nazi, avec la prise en main par les vainqueurs, puis la conférence de Postdam avec ses décisions et les partages que celles-ci provoquent. Très vite se pose une question : une ou deux nations ? Question qui déborde largement le sort du pays occupé, car elle s'inscrit dans le prolongement d'une autre interrogation sur le concept même d'Allemagne : est-ce un espace où est parlée la langue allemande ou un damier dont les délimitations sont le fruit de la guerre et des choix politiques ?
Le début des années 50 voit germer l'idée européenne dans le contexte du rapprochement franco-allemand, mais aussi du durcissement soviétique : blocus de Berlin, révolte du 17 juin 1953. La fin de l'état de guerre, proclamée le 9 juillet 1950, entérine une évolution, l'Allemagne passe de l'état de tutelle à celui d'allié, dans des conditions juridiques complexes. Parallèlement, au cours des années 60, les deux Allemagnes se consolident et les deux blocs s'y opposent. Le rideau de fer s'abaisse, le mur de Berlin s'élève.
En mars 1970, la rencontre d'Erfurt entre Willy Brand et Willi Stoph marque les débuts d'une nouvelle étape, l'Ostpolitik. Un tour d'horizon culturel et une chronologie terminent ce premier cahier.
Ce sont, bien sûr, les événements de ces derniers mois qui font l'objet de la seconde partie de ce numéro, intitulée " Retrouvailles allemandes " : depuis la fuite éperdue des habitants de la RDA vers l'Ouest et la visite de Mr Gorbatchev, lors des cérémonies du quarantième anniversaire, jusqu'à l'écroulement du mur de Berlin, en passant par la chute d'Erich Honecker, le règne éphémère d'Egon Krenz et la visite du chancelier Kohl à Dresde. Reportages, analyses, commentaires historiques et politiques permettent de mieux comprendre comment et pourquoi l'explosion a eu lieu.
Lundi 8 janvier, soixante-quatorze motos et cent soixante-neuf autos et camions ont pris le départ, à Agadez (Niger), de la dixième étape du douzième rallye Paris-Dakar. Le secteur sélectif de 198 kilomètres, programmé avant l'arrivée à Tahoua, n'a pas modifié le classement général.
Les dunes ont fait place à la végétation, les villes deviennent plus nombreuses. Tahoua avant Niamey, la capitale, le rallye retrouve ses points de passage obligés. Les concurrents s'éloignent du désert, mais ce dernier n'a pas fini de les harceler. De l'étape précédente, on a encore beaucoup parlé dans une course qui se complait à nouveau dans les querelles.
Toute la journée de dimanche, des rumeurs contradictoires avaient parcouru villas et restaurants d'Agadez. Cyril Neveu, lui-même acteur, avait participé à ce grand déballage. N'affirmait-il pas, le petit héros du Dakar, qu'il avait préféré emprunter la route plutôt que la piste, après ses ennuis de moteur entre N'Guigmi et Agadez (le Monde du 9 janvier) ? Certes, au fil des heures et des remontrances des responsables de l'équipe Yamaha France, l'enfant râleur modifiait son discours. Il affirmait même son désir de continuer la course pour aider son compagnon d'écurie, Gilles Picard, son assistant vaudrait-il mieux écrire, devenu par le hasard des abandons et des pannes le leader de " l'équipe bleue ".
Pendant tout ce temps, les commissaires se réunissaient et réfléchissaient. En fonction depuis deux ans, ces représentants du pouvoir fédéral savent prendre leur temps. Ils cherchaient "des preuves irréfutables" dans une course où presque tous les coups semblent permis. Qu'une voiture de l'organisation TSO ait été doublée sur la route goudronnée par plusieurs motards ne leur suffisait pas. Ils voulaient "une identification par des officiels internationaux". Ces preuves "accablantes", ils les ont trouvées pendant la nuit de dimanche à lundi. Un miracle, apparu entre le pastis et le couscous. Qui leur a permis de sanctionner, lundi matin, au moment du départ d'Agadez.
Le directeur de course adjoint, Jean-Pierre Demaret, a choisi ce moment pour signifier la décision de mettre "hors course" trois motards pour "non-respect de l'itinéraire prescrit". Les coupables se nomment : Cyril Neveu, Gilles Castella et Christian Cateloy. Trois pilotes de Yamaha. Une vedette et deux "poireaux", ainsi que l'on nomme sur le rallye les "privés persévérants".
L'ancien vainqueur de l'épreuve ne pouvait être surpris de cette mesure. Ses cris de protestation ne trompaient personne. Jean-Claude Olivier, le directeur de l'équipe ne critiquait que la méthode "d'un pouvoir sportif qui agit brutalement" et "prépare ses coups dans la nuit".
La faute existait, tous étaient bien forcés de l'accepter. Prendre une route goudronnée plutôt que la piste qui passe par le massif de Termit, même si l'on est en retard à la suite d'une panne, n'a jamais valeur d'exemple.
Dès dimanche, Gilbert Sabine avait déclaré : " La situation de Cyril Neveu est trouble. " Le directeur de TSO ne pouvait en dire plus puisque maintenant son épreuve est sous la haute surveillance du pouvoir sportif. Il donnait néanmoins une indication à des commissaires quelque peu assoupis par la chaleur ambiante. Car les petites entorses aux règlements ont été nombreuses depuis le début de l'épreuve. Elles viennent des concurrents, mais parfois aussi des organisateurs. " Un Tango a aidé la 205 d'Ambrosino, de la même façon que ces médecins le font pour d'autres concurrents ", affirme Gilbert Sabine. Ce véhicule a-t-il tiré la " Lionne " parce qu'elle obstruait la piste, ou pour l'aider à se sortir des sables ? Personne ne s'empresse de répondre à cette interrogation. Ici, sur le Dakar, la limite entre ce qui est permis et ce qui est interdit a toujours été floue.
L'étape du jour en a encore fourni une belle illustration en ce qui concerne la course des autos. Les commissaires avaient prévu un temps imparti de deux heures. Hélas ! Quatre concurrents ont mis moins de temps pour couvrir la distance de 198 km. Résultat : deux Peugeot, la Mitsubishi de Cowan et une Nissan se retrouvent ex aequo à la première place. Un beau tir groupé qui ne réjouit pas les responsables des équipes concernées.
Les rumeurs, les soupçons, associés à la fatigue, ont redonné au rallye ses couleurs d'antan. Il reste encore beaucoup de kilomètres à parcourir. Mais Cyril Neveu ne sera plus là pour faire entendre ses récriminations. Gilles Lalay, le vainqueur de l'an passé, sera lui aussi absent des confrontations à venir. Lundi soir, il a décidé d'abandonner. Son poignet le faisait trop souffrir.
Il y a quatre ans, presque jour pour jour, le 3 janvier 1986, Mr Jean-Charles Lignel, PDG du Progrès de Lyon depuis 1979, annonçait qu'il avait vendu son journal à Mr Robert Hersant. Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire Stratégies du 8 janvier, l'ex-patron du quotidien lyonnais lève un coin de voile sur les circonstances et les conditions de cette cession.
Les difficultés du Progrès, selon Mr Lignel, étaient dues à une " transition brutale " : " J'aurais dû faire bouger très lentement le " fond de journal ", son côté régional, quitte à écrire tous les jours des éditos de gauche (...). Certains lecteurs sont partis. " Mr Lignel se reproche aussi de s'être contenté d'une seule banque. " C'est une chose, note-t-il, que Robert Hersant a, lui, toujours comprise. "
Hormis lui-même et les syndicats qui ont mené au Progrès des " grèves très dures, à des moments où les choses étaient encore réversibles ", Mr Lignel tient un autre homme pour responsable : Mr André Rousselet, proche de Mr Mitterrand et alors PDG d'Havas. " J'étais en procès avec lui sur la question de la régie publicitaire, raconte-t-il, procès que j'ai gagné, ce qu'il ne m'a pas pardonné. Il m'a alors dit : " je vous ruinerai. " Pour atteindre son objectif, il a été jusqu'à menacer le Crédit lyonnais, ma banque, de l'assigner en soutien abusif. "
Toutefois, en refusant de préciser le prix de vente, Mr Lignel assure " avoir très bien vendu " le Progrès. Deux personnes avaient entamé des négociations avec lui : Sir James Goldsmith, alors PDG de l'Express, et Mr Hersant. "Je n'ai jamais eu de proposition de mes "amis", y compris Jean-Luc Lagardère, ni aucune aide de mes amis politiques", affirme l'ancien patron du quotidien lyonnais.
Le 30 décembre 1985, l'opération était bouclée avec le patron du Figaro. Par deux lettres, celui-ci accordait à Mr Lignel un droit de préemption en cas de revente du Progrès et un soutien journalistique au cas où il s'engagerait dans une carrière politique, deux points que la presse avait évoqués à l'époque sans en avoir reçu confirmation.
Interrogé à la suite de la parution de cet entretien, Mr Lignel nous a indiqué que "le prix de vente était légèrement inférieur à 300 millions de francs". Il nous a confirmé qu'il demeurait propriétaire des immeubles rédactionnels du Progrès à l'exception de l'usine d'impression de Chassieu, mais qu'il venait de vendre, pour 32 millions de francs, l'immeuble abritant l'édition locale du Progrès, dans le centre de Lyon, aux chantiers Dumez.
Interrogé à propos des rumeurs concernant un montage financier auquel il participerait en vue du rachat du Progrès, Mr Lignel oppose un démenti. "Robert Hersant ne vendra jamais quoi que ce soit de son vivant, assure-t-il. Ce qui l'intéresse, c'est plus le goût du pouvoir que celui de gagner de l'argent. Mais je suis sûr que le droit de préemption jouera un jour."
Dopée sans doute par les éloges qui ont salué sa couverture intensive des événements en Roumanie, la Cinq joue la carte de l'information et n'hésite pas à prendre des risques. Dès le 5 février, elle proposera chaque jour, en prime-time, une session non-stop d'informations (18 h 55-20 h 30) et cassera le sacro-saint rendez-vous de 20 heures en faisant démarrer son journal à 19 h 45.
Un pari double : à la fois sur l'appétit des téléspectateurs en matière d'informations, sur leur disponibilité, voire leur aspiration à une plus grande souplesse horaire, et sur la capacité des équipes de la Cinq à se mobiliser pour faire du créneau Infos une véritable spécialité.
L'émission démarrera à 18 h 55 par un court journal en images, résumé de l'actualité du jour, suivi par une version de trente minutes du magazine " Reporters " (contenant trois reportages axés plus volontiers sur des sujets français), une virgule humoristique (un sketch rapide) et le journal de Guillaume Durand. " Un journal plus long de quinze minutes, mais pas artificiellement allongé ", précise son animateur, qui pense organiser la tranche en trois journaux successifs et ciblés : le tour de la planète, l'événement du jour, le " cadeau de la 5 " (débats, grands reportages, etc.). La matinée du samedi (9 h 30-13 heures) sera, quant à elle, entièrement consacrée à l'information. Une sélection des meilleurs reportages diffusés la semaine dans le cadre de " Reporters " est programmée de 12 h à 13 h.
Des moyens nouveaux devraient, dit-on, être adaptés à cette nouvelle grille, qui verra d'ailleurs l'arrivée de Jean-Yves Boulain comme nouveau chef des informations au sein d'une rédaction qui compte quatre-vingt-cinq membres, hiérarchie et cameramen inclus. De quoi dynamiser la Cinq et son personnel, auxquels l'actualité fait oublier le conflit - encore non tranché - entre les actionnaires : l'affaire opposant les clans Seydoux-Berlusconi et Hersant passera en appel le 23 janvier.
Le directeur général, Mr Philippe Ramond, n'entend pas, en effet, lever le pouce en attendant l'arbitrage des juges. Non content, selon son expression, de " mettre le turbo sur l'info ", il se bat aujourd'hui pour accélérer le développement de son réseau d'émetteurs. " 60,6 % des Français reçoivent la chaine dans de bonnes conditions " et " 4 992 000 nouveaux téléspectateurs pourraient la recevoir ", écrivait-il le 12 décembre 1989, dans une lettre au CSA, auquel il était demandé d'" inscrire ce dossier parmi ses plus expresses priorités ".
- Jean-Pierre Farkas, directeur de la rédaction de l'Agence centrale de presse (ACP) depuis juin 1987, a quitté ses fonctions le 1er janvier. Il est parti dans le cadre des 18 licenciements préconisés par l'administrateur judiciaire de la seconde agence de presse française, en dépôt de bilan depuis début décembre 1989.
Avant l'ACP, Jean-Pierre Farkas avait dirigé les rédactions de plusieurs radios (RTL, France-Inter) et journaux (Combat, Elle, le Journal du dimanche, VSD).
Rendu à la veille des fêtes, l'avis du Conseil d'Etat sur les projets de décrets réglementant la programmation des chaines aux heures de grande écoute ainsi que les rapports entre producteurs et diffuseurs est resté jusqu'ici, pour l'essentiel, confidentiel. Signe, sans doute, de l'embarras du gouvernement dont les textes, aujourd'hui soumis à d'ultimes arbitrages, ont été sensiblement " corrigés " par les " sages " du Palais-Royal.
" Au regard du droit, l'avis du Conseil d'Etat est indiscutable. En pratique, il aggrave les contradictions dans lesquelles se débat le gouvernement, en prônant des dispositions impraticables ", commente un professionnel. Les " retouches " recommandées par les " sages " bouleversent, en effet, l'économie générale des textes, et particulièrement celle du projet de décret réglementant la diffusion. Le gouvernement avait en effet distingué trois catégories de diffuseurs aux obligations décroissantes : les chaines hertziennes nationales en clair, les " autres " télévisions hertziennes et les chaines par satellite. Le Conseil d'Etat, lui, demande que la loi générale s'applique à tous, les dispositions particulières ne devant relever que des seuls cahiers des charges. Une recommandation qui soulève l'ire de Canal Plus, menace l'avenir de la télévision locale et pèse sur celui des programmes par satellites.
Le Conseil d'Etat modifie ensuite de fond en comble les modes de calcul des quotas de diffusion : il y réintroduit, d'une part, les heures de nuit et élargit sensiblement, d'autre part, la notion d'heure de grande écoute en la portant de 18 heures à 23 heures et y ajoute les mercredi, samedi, dimanche et jours fériés ! Une extension particulièrement gênante pour les grandes chaines généralistes.
Les " sages " remanient aussi la définition de l'Óuvre ainsi que celle de " film inédit en France ". La notion d'Óuvre européenne disparait au profit de celle, plus restrictive, " d'Óuvre communautaire ", conformément à la loi mais au détriment des possibilités de coopération entre les chaines françaises et les télévisions des pays de l'Est...
C'est donc bien l'ensemble du décret diffusion - de ses définitions à son mode d'application - qui est bouleversé. Le sort réservé à celui réglementant les rapports entre producteurs et diffuseurs n'est guère plus enviable. Compte tenu de son " étendue " et de sa " complexité ", le Conseil d'Etat demande d'abord que son application soit reportée au 1er janvier 1991. Il modifie ensuite l'une des principales dispositions en supprimant le complexe dispositif anti-concentration élaboré par le gouvernement. Comme le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) l'avait souhaité en novembre 1989, le Conseil d'Etat souhaite que seul le droit commun de la concurrence s'applique.
Les réflexions des " sages " du Palais-Royal ont plongé ministres et conseillers dans un mutisme presque total. Ces derniers affirment simplement que les textes définitifs seront arrêtés dans les prochains jours. Le dilemme du gouvernement est en tout cas très difficile. Suivre le Conseil d'Etat, c'est s'exposer aux critiques des chaines l'accusant d'adopter des mesures anti-économiques. S'en détacher, c'est prendre le risque de perdre devant les instances judiciaires lorsque les chaines privées y porteront l'affaire...
Vue du Pont-Neuf et des quais du Louvre à Paris (photographe anonyme).
Homme d'affaires, d'images et d'illusions, peintre, créateur du Diorama, situé boulevard du Temple, Louis-Jacques Mandé Daguerre améliore, exploite et commercialise quatre ans après la mort de Niepce, en 1833, le procédé d'héliogravure mis au point par celui-ci qu'il baptise "daguerréotype" en 1837.
La légende dit que Daguerre, aphone, resta sans voix quand il dut expliquer son invention aux académiciens de l'Institut lors d'une séance présidée par Chevreul. En fait, il s'agit d'une plaque d'argent ou de cuivre argenté, lisse et polie. Variant selon l'angle du regard, cette surface miroitante a pour propriété d'être à la fois positive et négative, d'où l'extrême difficulté de son exposition.
Apte à copier avec la netteté du dessin, ce procédé merveilleux connait un succès populaire immédiat. Portés par la "daguerréotypomanie", anonymes et amateurs se ruent à l'assaut du réel, que la plaque sensible saisit avec une multitude infinie de détails. Son seul inconvenient est de ne pas pouvoir fixer le mouvement. Le premier personnage de l'histoire de la photo est un quidam qui fait cirer ses bottes. L'éternité n'a retenu que ses pieds et ses jambes. Vu la longueur du temps de pose (de 20 à 30 minutes), les chevaux et les piétons en mouvement n'ont pas été gravés.
Suivant la double contrainte de l'éclairage et de l'immobilité, on choisit donc en premier lieu des sujets qui déjouent les problèmes techniques. Les toits sont d'excellents points de vue. Ils permettent de profiter d'une belle lumière, d'autant que le lourd matériel est malaisément transportable.
Sans ingérence humaine, l'architecture, élément stable, mais aussi les quais de la Seine, les vues urbaines, les édifices et les monuments sont des sujets d'élection pour ces ingénieux artisans, guidés par la passion du détail, qui relèvent avec minutie la topographie des lieux.
Piquetés, mouchetés, abrasés, leurs joyaux chatoyants restituent le visage médiéval de la capitale avant les travaux d'Haussmann. On découvre avec émotion l'Hôtel de Ville avant l'incendie de 1871, le pont Neuf et ses boutiques bâties par Soufflot, Notre-Dame avant restauration. C'est tout à la fois une visite guidée, une plongée dans le temps, une leçon d'histoire et un régal muséographique qui ressuscite par magie les fragments d'un passé disparu.
A l'image du Panthéon perdu dans la brume, ou de la place des Vosges, Paris parait pourtant bien peu différent d'aujourd'hui. Les spectaculaires panoramiques le prouvent avec une précision sidérante, et que dire des vues stéréo-scopiques qui, en créant l'illusion du relief, apparentent le réel à son reflet ? Ces vertiges optiques n'interdisent pas de traiter l'actualité, qu'il s'agisse de l'exposition universelle de 1855 ou des journées révolutionnaires de 1848, figurées par les barricades et surtout par ce portrait tragique d'un jeune insurgé mort.
La vogue foudroyante du daguerréotype fut de courte durée. Ne permettant de tirer qu'une épreuve unique, non multipliable, le procédé est abandonné en France dès 1860. Et remplacé par l'impression sur papier. Hormis Bayard, Poitevin, Mayer et Pierson, il n'aura fourni ni Óuvre ni grand auteur. Reste la finesse admirable de ces petits chefs- d'Óuvre valorisés par une scénographie qui offre une visibilité parfaité grâce à un ingénieux système de fibres optiques. Cet hommage de la technologie moderne aux inventions du passé est rythmé par la lueur bleutée de moniteurs vidéos et par des voyants rouges et verts qui, hélas ! apparentent davantage ce dispositif à une traversée du tunnel du mont Blanc qu'à une chambre noir géante.
Pour ponctuer cet ensemble, Françoise Raynaud a eu la belle idée d'inviter trois daguerréotypistes contemporains à fixer le Paris d'aujourd'hui. Si le faux panoramique ancien réalisé par Patrick Bailly-Maitre-Grand laisse froid, le travail des Américains Irving Pobboravsky et Grant Romer est par contre étonnant. La place de la Bastille et l'Opéra, le Louvre et sa Pyramide, Beaubourg et le Forum des halles, sont visualisés selon le procédé du dix-neuvième siècle. Déroutantes et astucieuses, ces images passées du futur convient à les imaginer tels qu'elles seront vues en l'an 2100.
La Chine a acheté, le 8 janvier, 300 000 tonnes de blé américain à un prix subventionné, livrables en mai. Cette vente annoncée lundi par le département américain de l'agriculture (USDA) fait partie d'un contingent de 1 million de tonnes de blé autorisé à la vente par Washington le 5 décembre dernier. Avec cette dernière commande, la Chine a acheté au total 5,4 millions de tonnes de blé au titre de la campagne 1989-1990 commencée en juin.
L'USDA a précisé que cinq firmes privées de négoce s'étaient partagé la transaction de 300 000 tonnes, qui s'est effectuée dans le cadre du programme fédéral de promotion des exportations agricoles américaines lancé en 1985 par l'administration Reagan pour contrecarrer la concurrence jugée déloyale de la CEE.
JVC, le géant japonais de l'électronique grand public, annonce la mise au point d'une nouvelle technologie audio-numérique qui permettra aux magnétoscopes Super-VHS de reproduire des sons de très haute qualité. L'inventeur du VHS précise que cette technologie est d'ores et déjà " prête à l'emploi " pour les professionnels, de même que pour les appareils à usage domestique. " Celle-ci, assure-t-on chez JVC, promet d'être un facteur de premier plan pour la promotion des Super-VHS ". La qualité du son des magnétoscopes équipés de ce nouveau système sera, parait-il, aussi différente que le son des disques compacts ou des magnétophones digitaux et celui des magnétophones conventionnels. Les nouveaux équipements comportent quatre canaux au lieu de deux, autorisant ainsi des possibilités pour les doublages en plusieurs langues. La technologie repose sur un système d'enregistrement, dit " depth-multiplex ", qui permet aux signaux audio-vidéo d'être enregistrés simultanément sur les différentes couches de la bande magnétique, et non sur une couche unique.
Le VHS (Video Home System) avait été mis au point par JVC en 1976. Il avait progressivement éliminé tous ses autres concurrents, pourtant de meilleure qualité, à savoir le Betamax de Sony et le V-2000 de Philips. Le Super-VHS, qui en dérive, a été lancé en 1986. Il offre une image quasi haute définition avec une résolution horizontale d'au moins quatre cents lignes (à peine deux cent cinquante pour le VHS).
L'excédent commercial de la RFA s'est contracté en novembre pour le deuxième mois consécutif ; il s'est établi à 10,6 milliards de marks (36 milliards de francs) contre 13,1 milliards en novembre 1988, soit une baisse de 19 % en un an. Cette diminution, qui ne devrait pas empêcher d'enregistrer un excédent commercial record en 1989 (140 milliards de marks environ), a été provoquée principalement par le renchérissement des importations. Celles-ci ont atteint 44,4 milliards de marks en novembre, en progression de 17 % sur un mois. Les exportations, dont le montant s'est élevé à 55,05 milliards, ont, pour leur part, augmenté de 7,6 %.
A la veille de l'ouverture, mardi 9 janvier à Sofia, de la réunion du COMECON (Conseil d'assistance économique mutuelle, qui regroupe dix payx à économie centralisée), le vice-premier ministre hongrois, Mr Peter Medgyessy, a proposé la création d'une " unité d'intégration entre la Pologne, la Tchécoslovaquie et la Hongrie ".
Dans un entretien publié par le journal du nouveau Parti socialiste hongrois, Nepszabadsag, Mr Medgyessy a estimé que ces trois pays, économiquement comparables, devraient renforcer leurs liens dans un cercle économique étroit orienté vers l'économie de marché, formant ainsi un " noyau dur " au sein de l'organisme.
Le premier ministre de Tchécoslovaquie, Mr Marian Calfa, a déclaré lundi à Prague que la délégation de son pays ne proposerait pas à Sofia la dissolution de l'organisation commerciale, mais plutôt une " restructuration fondamentale des activités du COMECON, afin de le transformer en une organisation économique moderne qui aidera ses membres à s'intégrer dans l'économie mondiale ".
L'inflation en Argentine a approché 5 000 % en 1989 (4932,3 % exactement), atteignant 40,1 % en décembre. Le gouvernement argentin a annoncé un plan draconien de lutte contre l'inflation qui prévoit notamment une stricte limitation de la masse monétaire. Cette décision a placé de nombreux investisseurs dans l'impossibilité d'honorer les ordres passés lors de la dernière séance de Bourse de l'année. Après une suspension des transactions pendant deux jours, la Bourse de Buenos-Aires a réouvert lundi 8 janvier dans un climat désastreux, enregistrant une baisse de 54 %, malgré les appels au calme lancés par les autorités du marché.
L'ancien directeur général de la poste, Mr Gérard Delage, chargé depuis le mois de juillet 1989 de se pencher sur la recherche d'une coopération efficace entre les services financiers postaux européens, a présenté, lundi 8 janvier, une série de propositions en ce sens au ministre des postes, des télécommunications et de l'espace (PTE). Il préconise, entre autres, un renforcement de la coopération entre les différentes postes européennes afin d'offrir un service unique pour les transferts de fonds et les moyens de paiement dans toute la Communauté.
En outre, selon Mr Delage, il faut créer et commercialiser des SICAV et des produits d'assurance par des accords multilatéraux avec différentes postes européennes. Pour concrétiser cette volonté de coopération, Mr Delage propose la création d'un groupement européen d'intérêt économique auquel adhéreraient les services financiers postaux européens. Le ministre des PTE a demandé à la poste d'examiner les propositions susceptibles d'être rapidement mises en Óuvre.
Le Trésor américain envisage l'émission d'obligations à taux privilégié pour le Mexique. - Afin d'apporter son soutien à l'accord de réduction de dette passé entre le Mexique et ses banques créditrices, le Trésor américain envisage d'émettre des obligations à coupon zéro, à un prix inférieur aux conditions actuelles du marché. Cependant, le porte-parole du département du Trésor a démenti, lundi 8 janvier, que cette vente de titres se traduirait pour les contribuables, comme l'a affirmé le quotidien américain Wall Street Journal, par un coût de 300 millions à 500 millions de dollars.
Les obligations à coupons zéro sont émises à un prix très inférieur à leur valeur nominale, et leurs intérêts ne sont versés qu'à maturité. La vente au Mexique de tels titres, à un prix avantageux, permettrait au pays, selon le Wall Street Journal, de réunir les quelque 500 millions de dollars nécessaires au bouclage définitif de l'accord avec les banques.
Le projet de loi sur les entreprises qui sera examiné par le Parlement est-allemand à la fin de la semaine comprend d'importantes restrictions au fonctionnement des sociétés mixtes. Si l'existence de telles sociétés devrait être prochainement légalisée, le projet du gouvernement prévoit néanmoins la limitation de la participation étrangère à leur capital à 49 %. En outre, seules les entreprises d'Etat et les coopératives pourraient participer à la formation de sociétés mixtes, et le secteur financier serait exclu.
Pendant trois jours et trois nuits, du 19 au 21 janvier, la Grande Halle de La Villette sera transformée en gigantesque atelier pour donner champ libre à deux cents jeunes artistes de RDA. Cinéastes, dramaturges, stylistes, écrivains ou danseurs, les organisateurs ont convié une centaine d'artistes, la plupart méconnus, qui exerçaient leurs talents dans les caves, appartements à défaut de galeries ou de salles de théâtre. " L'autre Allemagne hors les murs " présentera donc des projections, des lectures, des expositions, des concerts. Des tables rondes et des débats compléteront le programme.
QUARANTE-CINQ ans après la fin de la seconde guerre mondiale, cinq ans après l'arrivée au pouvoir de Mr Gorbatchev, l'Asie demeure l'ultime bastion de la guerre froide. La signature d'un traité de paix entre Japonais et Soviétiques reste bloquée par un conflit territorial; Coréens du Nord et du Sud continuent de se faire face, baionnette au canon, de part et d'autre du 38e parallèle. La guerre se poursuit au Cambodge. Quant à la Chine, elle reprend des accents maoistes pour dénoncer l'hérésie gorbatchévienne.
Cette Chine qui, hier encore, donnait des leçons de libéralisme au Kremlin, est redevenue le conservatoire d'un communisme sclérosé qui a pratiquement disparu d'Europe avec la mort de son vieil ami Ceausescu. La Chine, la Corée du Nord et le Vietnam forment, avec Cuba, le dernier carré des nostalgiques du régime policier hérité de Staline. L'obstination nouvelle des uns, ancienne des autres, bloque tout processus de désarmement et de détente dans la région. Plus grave, les gérontes de Pékin, de Hanoi ou de Pyongyang servent désormais de référence aux derniers conservateurs du bloc soviétique, tentés par la "méthode Tiananmen".
TOKYO, au contraire, tout en se refusant à "succomber à l'offensive de paix" de Mr Gorbatchev, découvre avec intérêt la nouvelle donne est-européenne. C'est l'un des principaux thèmes de la visite qu'effectue présentement sur le Vieux Continent le premier ministre nippon, Mr Kaifu, attendu jeudi à Paris. Certes, en accordant une aide à Budapest et à Varsovie, le Japon montre que la dimension économique et commerciale de ce nouveau marché ouvert à la concurrence internationale ne lui a pas échappé et qu'il entend bien en tirer profit, suivant par là même l'exemple de la Corée du Sud.
Mais, cette fois, les dirigeants nippons semblent voir plus loin et vouloir profiter de cette nouvelle situation pour mieux affirmer leur place sur l'échiquier mondial. Le Japon veut sortir de l'image caricaturale dans laquelle il s'était longtemps enfermé, à la fois géant économique et nain politique, ainsi que de sa position de puissance régionale, afin de participer à part entière aux grandes décisions intéressant la communauté internationale. Pour cela, il ne peut se permettre d'être absent de la partie du monde la plus fertile en rebondissements, qui plus est à un moment où elle est tentée par les sirènes du capitalisme.
LA détente en Europe orientale aura-t-elle un effet de ricochet en Asie ? Combien de temps l'isolationnisme dogmatique pourra-t-il survivre en ces temps où un vent de liberté souffle à nouveau en Europe ? D'autant que les anciens " pays frères " et l'URSS n'ont plus guère les moyens de subventionner à fonds perdus des économies stagnantes ni d'armer des régimes déjà suréquipés et aux ambitions imprévisibles.
L'actuelle réunion du COMECON pourrait, par exemple, montrer à Hanoi que le temps est venu d'ouvrir ses fenêtres au changement.
Les Français sont majoritairement favorables à une série de mesures comme l'augmentation du prix du tabac ou le non-remboursement par la Sécurité sociale des médicaments tranquillisants et des somnifères, que réclament de nombreux spécialistes de la santé publique. Tel est le principal enseignement d'un sondage publié, mardi 9 janvier, par le quotidien la Croix (1).
On apprend ainsi que 50 % des personnes interrogées (contre 35 %) souhaitent " une forte augmentation du prix des boissons alcoolisées " et que 56 % (contre 32 %) souhaitent une forte augmentation du prix du tabac pour freiner la consommation. Cette proportion passe à 55 % (contre 39 %) en ce qui concerne le non-remboursement par la Sécurité sociale des tranquillisants et des somnifères, sauf en cas de maladie de longue durée.
Ces résultats soulignent très clairement l'importance accordée aux méfaits du tabac, mais aussi du tabagisme passif. Ainsi, 80 % des personnes interrogées souhaitent une réglementation stricte sur les lieux de travail limitant les endroits où il est possible de fumer, ainsi que la mise en place de zones particulières pour les fumeurs dans les restaurants. 90 % souhaitent qu'on interdise aux adultes de fumer en présence des élèves dans les écoles et 69 % (contre 16 %) souhaitent l'interdiction de toute publicité pour les cigarettes.
De la même manière, une majorité de Français (60 % contre 20 %) souhaitent que l'on interdise toute publicité (télévision, radio, cinéma, presse écrite et affichage) pour les boissons alcoolisées y compris pour la bière.
Ce sondage fait suite au rapport sur la santé publique qu'avait demandé Mr Claude Evin, ministre de la santé, aux professeurs Dubois, Grémy, Got, Hirsch et Tubiana, ainsi qu'à l'appel lancé par ces derniers dans nos colonnes (le Monde des 14 et 15 novembre 1989). " Il serait grave pour l'avenir de la démocratie que le gouvernement et le Parlement ne respectent pas ce souhait de bon sens de défendre une liberté essentielle : ne pas être conditionné à des consommations qui font mourir prématurément plus de cent mille Français chaque année, écrivent dans la Croix ces cinq spécialistes de la santé publique. Nos gouvernants doivent avoir le courage de prendre des décisions conformes aux désirs de la majorité malgré les pressions des intérêts particuliers. "
A l'usine Rhône-Poulenc de Chalampé (Haut-Rhin), 600 ouvriers de la fabrication peuvent théoriquement être concernés par une opération de requalification, avec la création d'un nouveau métier, celui de " technicien de fabrication ". Un exemple de cette "évaluation formative " qui est pratiquée par trente et un sites français de Rhône-Poulenc.
A Chalampé, dans le Haut-Rhin, l'usine Rhône-Poulenc regroupe quelque 1 300 personnes, dont environ 600 " fabricants " (ouvriers). " Pour la requalification, explique Roland Arnold, délégué CFDT et secrétaire du comité d'établissement, des négociations sont en cours avec la direction, et nous nous sommes mis d'accord pour passer en revue, filière par filière, tous les métiers pratiqués dans l'entreprise. Nous avonc commencé par la fabrication, et il a été décidé de créer un nouveau métier de " technicien de fabrication. "
Celui qui accédera à ce nouveau métier gardera pour l'essentiel sa fonction actuelle dans la production, mais il se verra confier des tâches et des responsabilités supplémentaires, par exemple le diagnostic de certaines pannes. Et il sera formé en conséquence. " Il va ainsi faire un premier pas vers ce qui sera peut-être le métier de conducteur d'appareil, d'ici cinq ou dix ans. "
Pour y parvenir, l'usine de Chalampé s'est associée avec l'éducation nationale dans le cadre d'une démarche qui, depuis environ six ans, a largement fait ses preuves sur d'autres sites du groupe Rhône-Poulenc : celle de l'" évaluation formative ". Pour le moment, on en est à la phase de préparation. Une équipe de formateurs - des professeurs du GRETA (1) de Haute-Alsace - a étudié avec la direction de l'usine les objectifs à atteindre en matière de compétence et les moyens à mettre en Óuvre.
Le personnel concerné, la hiérarchie, les partenaires sociaux, ont été informés du projet. " Cette étape est décisive, souligne Jean-Michel Texier, l'un de ceux qui ont créé la formule dans le cadre du GRETA de Niort et qui en pilotent aujourd'hui le développement à travers la France. Chaque site est un cas particulier. Nous refusons d'aller trop vite. "
" En ce moment, explique Roland Arnold, des groupes de travail qui rassemblent fabricants et hiérarchie, et qui sont animés par le GRETA, se réunissent régulièrement pour définir avec précision les tâches du futur technicien de fabrication, et les compétences dont il aura besoin. " Ensuite, une trentaine de volontaires se prépareront à ce nouveau métier ; suivis sans doute par un nombre équivalent d'autres, chaque année pendant quatre à cinq ans.
A l'heure actuelle, trente et un sites français de Rhône-Poulenc vivent à l'heure de la requalification, et ils devraient être une quarantaine d'ici un à deux ans. L'usine de Melle, dans les Deux-Sèvres, qui a démarré la première en 1983, témoigne de l'ampleur du projet. Condamnée à disparaitre, elle avait été sauvée in extremis par le recours à des technologies nouvelles. Mais pas un seul de ses trois cents ouvriers de production n'avait un CAP de chimie. Ils ont été les premiers concernés par la requalification. Depuis deux ans, l'opération a été étendue aux salariés de l'entretien et de la maintenance. En 1990, elle le sera aux services administratifs.
Peu à peu, la méthode s'étend à des salariés de niveaux plus élevés. A Pont-de-Claix, par exemple, près de Grenoble, on s'est mis à former agents de maitrise et techniciens, après une étape consacrée aux ouvriers. Au CRC, Centre de recherche de Saint-Fons, dans la région lyonnaise, on entreprend de requalifier des techniciens supérieurs. Plus récemment encore, l'évaluation formative a atteint les informaticiens. Seuls, les cadres ne sont pas touchés, mais ce n'est probablement que provisoire.
Selon une étude portant sur mille cas, 85 % des personnes concernées (une population âgée de trente à quarante-cinq ans, parfois plus) acceptent de se lancer dans la démarche de formation proposée, et 12 % font un véritable bond en avant professionnel, passant par exemple du CAP au BP ou même au BTS. Les 15 % qui refusent le font en général parce que leur centre d'intérêt principal se trouve ailleurs qu'au travail.
A la fin des années 70 et au début des années 80, le groupe Rhône-Poulenc a vécu de multiples restructurations et fermetures de sites. Et c'est dans la tourmente de cette période qu'il s'est choisi une orientation que ni les changements de dirigeants ni la prospérité revenue n'ont fait varier : requalifier les salariés aux compétences dépassées plutôt que les licencier pour les remplacer par des personnes de niveau supérieur. " Si aujourd'hui nous savons former, affirme Gilbert Hyvernat, le directeur de la formation, c'est à cause des plans sociaux et des reconversions qu'ils prévoyaient. Il nous a fallu faire passer un très grand nombre de personnes d'un travail sur un site à un autre travail sur un autre site. "
" La tâche a été difficile mais, ajoute-t-il avec un petit sourire, nous y avons gagné une expérience que toutes les entreprises françaises n'ont pas. " Et celle-ci constitue aujourd'hui un atout pour répondre à un nouveau défi : ajuster en permanence les compétences de chacun à une production en perpétuelle recherche d'améliorations de tous ordres.
Dans ce contexte, c'est une conception très novatrice de la formation qui a prévalu. Quand, en 1983, les enseignants du GRETA de Niort viennent offrir leurs services aux responsables de l'usine de Melle, et qu'ensemble ils tentent de redonner un avenir professionnel aux OS victimes de l'évolution technologique, ils inventent une démarche dont on n'a pas fini de mesurer la fécondité. Elle a notamment le mérite de bannir l'échec et l'exclusion, et d'être très économe en heures de formation.
Au départ, on dresse un inventaire des compétences acquises au travers de la vie professionnelle. On recrée ainsi la confiance en soi indispensable à qui - informaticien ou ouvrier - découvre que son savoir a vieilli et va devoir être mis à jour. Cet inventaire est ensuite confronté aux évolutions qu'imposent les techniques et l'organisation de l'entreprise. Chacun y mesure ce qu'il doit apprendre : peu ou beaucoup selon les cas.
Celui qui décide de s'y mettre (il faut être volontaire) s'insère dans un dispositif collectif. Mais il prend sa propre formation en main. Il apprend uniquement ce dont il a besoin, au rythme qui lui convient. Les formateurs ne sont pas là pour lui donner des cours mais comme " personnes-ressources ", lui apportant aide et explications.
Réalisée en continu pendant le temps de travail, cette formation ne peut réussir que si la direction du site, la maitrise, l'encadrement s'y impliquent fortement. Au début, en effet, il faut vaincre l'inquiétude et la méfiance des salariés, puis il faut leur laisser du temps pour se former. Et surtout, il faut être prêt à accueillir les importants changements d'attitude qu'une pédagogie axée sur l'autonomie fait surgir : " Les gens se révèlent, y compris à eux-mêmes, dit Gilbert Hivernat. Ils ne parlent plus de la même manière avec leur agent de maitrise, avec leur ingénieur. Ils se sont mis debout. Et notre management doit le prendre en compte. Une difficulté... magnifique ! "
La Société française de production (SFP) connait des mutations techniques qui remettent en cause de nombreuses situations. Celle des monteurs en est une illustration. Monteurs film ou monteur vidéo ? Aujourd'hui le choix semble dépassé. Question de survie.
Jusque dans les années 80, la polyvalence des monteurs de la SFP, au montage film ou au montage vidéo, se posait en termes simples puisqu'elle n'existait pratiquement pas. Tous les monteurs étaient des monteurs film, et fiers de l'être. N'étaient-ils pas à juste titre les collaborateurs directs, voire les partenaires, du réalisateur avec lequel ils choisissaient les séquences du film qui devaient être conservées ou supprimées ?
Il est vrai qu'actuellement le monteur film, qui n'a pas disparu, assure encore une responsabilité de taille dans le résultat final. Les professionnels n'aiment-ils pas rappeler qu'" un mauvais montage peut détruire un film, un bon montage peut améliorer un mauvais tournage " ? Ses participations nombreuses et essentielles en font un rouage indispensable dans la fabrication du film. Outre le travail de montage strict, le choix des musiques, des bruitages, des commentaires éventuels relève de son domaine de compétence. De surcroit, en aval, le mixeur reçoit du monteur toutes ses indications de travail.
En 1981, avec l'apparition et l'utilisation croissante de la vidéo, les données du problème se sont trouvées bouleversées. Le film cinéma en 35 mm exige toujours l'intervention de monteurs film, mais en matière de téléfilms qui font appel à une vidéo infiniment plus employée, le monteur a dû suivre une formation ou risquer le choix d'une activité qui ne garantit pas l'emploi permanent.
C'est ce qu'explique Janine Rannou, chargée d'études au Centre d'études et de recherches sur les qualifications (CEREQ) : " La télévision, qui utilise les deux supports, film et vidéo, a traité différemment la question du montage sur l'un et sur l'autre de ces supports. Du coup, elle a fait du monteur film un collaborateur technico-artistique important et appartenant à la filière " production " au même titre que les directeurs de photographie ou les chargés de production. En revanche, s'agissant du montage vidéo, elle a fait appel à des opérateurs magnétoscope, privilégiant l'aspect technique par rapport à l'aspect technico-artistique. "
Si dans le premier cas le travail du monteur est surtout manuel, mécanique ou artisanal et s'effectue sur une table de montage traditionnelle, dans l'autre cas tous les recours s'effectuent sur ordinateur. Une technique qui permet d'économiser du temps et de l'argent mais qui réduit d'autant l'intérêt du travail du monteur et son pouvoir de décision.
A la SFP précisément, c'est une voie médiane qui a été suivie. La Société française de production n'a mis en place l'ensemble des systèmes vidéo que progressivement. Dès avant 1980, selon Marc Chanal, responsable du département post-production vidéo à la SFP, elle a fait appel à des " outils d'avant-garde comme le CMX ", un ordinateur géant de montage. Et puis, poursuit-il, " les reproches que les monteurs film ne manquaient pas d'adresser au support vidéo - imprécision, manque de performances.
La SFP emploie à ce jour vingt-trois monteurs vidéo, dont un tiers proviennent du film, quarante-six monteurs film ne travaillant que sur pellicule.
Mais sur Antenne 2 ou FR 3, c'est bien la vidéo qui a irrémédiablement pris le pas. Libres au monteur de suivre ou de partir.
En 1989, les performances technologiques du support vidéo ne sont plus à démontrer. Avec en plus un allégement considérable des matériels, qui modifie pour le bonheur de tous les conditions de travail de chacun. Un exemple : la Bétacam, qui est une caméra à laquelle a été couplé un magnétoscope, ne mesure que 50 centimètres sur 15 centimètres et ne pèse qu'une petite dizaine de kilos. Elle remet ainsi complètement en cause l'équipe traditionnelle de télévision en reportage. Là où deux journalistes, un rédacteur, un reporter-cameraman, deux techniciens, un preneur de son et un éclairagiste, devaient être présents pour couvrir l'événement, une seule personne suffit désormais : le journaliste, caméra à l'épaule.
Un changement primordial et lourd de conséquences pour les monteurs notamment. Car, grâce ou à cause de la Bétacam, selon Marc Chanal, " les émissions de télé, tournées en film jusque-là, sont passées à la vidéo. Le film de quatre-vingt-dix minutes, qui exigeait dix semaines de montage et cinq cents raccords, a été remplacé par la vidéo. Alors que l'émission de Jacques Martin, qui occupe une bonne partie du dimanche, ne demande que huit heures de travail au monteur vidéo et une dizaine de raccords seulement ".
Actuellement, de nombreux monteurs présentent parfois l'un ou l'autre profil : monteur film ou monteur vidéo, parfois les deux. Mais tous affirment que l'important est de monter un produit. Les uns et les autres revendiquent leur appartenance à une même famille professionnelle fondée sur la nature de leur intervention et non sur le support. Conflit de générations ?
Il reste que le montage vidéo pose un problème d'adaptabilité de savoirs et de savoir-faire face à des équipements et à des supports nouveaux. Les deux exigent une capacité artistique à utiliser les performances techniques des équipements, et une capacité technique à mettre en Óuvre ces mêmes équipements. Dans les deux cas un lourd investissement de formation, qu'elle soit initiale, continue ou " sur le tas ", est inévitable. Le monteur, qui faisait partie de la moins technique des familles professionnelles de l'audiovisuel, perd désormais sa spécificité Sans que soit apporté un terme à la situation contradictoire où les entreprises éprouvent des difficultés à trouver des monteurs pour des travaux de post-production, qui, ironie du sort, se font de plus en plus en vidéo ; même lorsque le tournage a été réalisé en film. Et où les monteurs film se démènent massivement dans un chômage sans fin parce qu'ils n'ont pas voulu, ou pas su, s'adapter aux exigences nouvelles.
La question préoccupe. En mars dernier, les professionnels ont éprouvé le besoin de réunir les premiers Etats généraux de la transmission d'entreprises. Plus de six cents experts-comptables, conseils juridiques, notaires, ont affiné leurs chiffres, les ont vérifiés, bref, ont dressé un constat précis de la situation.
Aujourd'hui, un chef d'entreprise sur deux a plus de cinquante ans. D'ici à l'an 2000, un million de PME-PMI, sur les 2,7 millions recensées, changeront de dirigeants. Selon les dernières statistiques du Conseil national du patronat français, " chaque année, ce sont plus de 2 000 entreprises qui disparaissent et 300 000 emplois qui sont menacés ".
En volume, le nombre des entreprises à transmettre va de 73 000 pour l'Ile-de-France à 7 000 pour l'Alsace. L'hémorragie touche en priorité les entreprises moyennes. " Les groupes sont cotés en Bourse, les héritiers ont donc la possibilité de réaliser une partie du capital pour payer leurs droits, explique Brigitte Marigault, chargée de mission à l'Agence nationale pour la création d'entreprises (ANCE). Quant aux petites, leur valeur, peu élevée, permet de supporter les droits de succession. "
Ce tableau noir irrite certains : " Voilà d'excellentes statistiques qui permettent à un lobby comme celui du patronat français de faire bouger les textes sur la fiscalité, assure Mr Manon, du cabinet Societex, spécialiste en fusions et acquisitions depuis 1952. Soyons clairs, le marché est actuellement totalement déséquilibré. Une affaire à vendre... pour trente, voire quarante offres. Je peux vous assurer qu'une entreprise qui a une utilité économique trouve un repreneur quelle que soit sa taille ou quel que soit le montant de son chiffre d'affaires. "
Un optimisme qui ne règle pas tous les problèmes. C'est une réalité : les entreprises qui réalisent moins de 10 millions de chiffre d'affaires ont peu de chances d'intéresser les repreneurs professionnels. 30 millions de chiffre d'affaires semblent, à écouter les spécialistes, un seuil incontournable " à moins de tomber évidemment sur le créneau technologique à forte rentabilité ".
Deuxième obstacle : l'entêtement psychologique des chefs d'entreprise à se croire éternels. " On a heureusement évité le pire lors de la succession de Jean Mantelet à la tête de Moulinex, finalement repris par ses salariés, constate un responsable de cabinet d'audit. Je dois mes plus beaux cauchemars aux patrons de soixante-dix ou soixante-quinze ans qui me demandent de leur trouver un repreneur. Dans neuf cas sur dix, ils s'accrochent et tournent casaque au dernier moment, refusant de vendre. "
" Vous avez affaire à une génération d'hommes qui ont monté leurs affaires en 1945. Des patrons simples, issus de milieux modestes, très souvent d'excellents techniciens, mais qui refusent de céder la place pour ne pas avoir à être confrontés à la mort ", décrit très simplement Janine Courrège, secrétaire générale de la Société financière de crédit et de gérance (SFCG).
Les héritiers sont soit inexistants, soit trop nombreux. Ils se trouvent souvent incapables de prendre en charge une succession qui pose d'importants problèmes fiscaux, ce qui apparait comme un obstacle majeur selon la majorité des sondages réalisés auprès des chefs d'entreprise. " La fiscalité est la question numéro un, confirme Brigitte Marigault. J'ai en tête le cas précis de sociétés connues dont le chiffre d'affaires est supérieur à 30 millions de francs, et qui vivent toujours sous le statut d'entreprises individuelles. Elles n'ont pas voulu se transformer en SA ou en SARL afin de ne pas tomber sous la régime fiscal de l'impôt sur les sociétés et rester sous celui de l'impôt sur le revenu. " Des cas particuliers qui restent des exceptions. Le plus souvent, les patrons accompagnent juridiquement le développement de leur entreprise. Ce qui n'évite en rien la question fiscale.
" La législation française reste au stade du " pourrait mieux faire ", confirme Bernard Monassier, notaire et président de l'Association pour la promotion des rapprochements d'entreprises (APRE). Mais, c'est indéniable, depuis 10 ans, l'évolution est " nettement favorable ", et les recettes connues de tous désormais : le RES (reprise de l'entreprise par ses salariés), la donation-partage, l'exemption de l'imposition des plus-values via la création préalable d'une société holding, ou les abattements consentis en cas de cession du fonds de commerce.
" Il y a encore d'excellentes dispositions dans la loi de finances 1990, retient Brigitte Marigault, notamment celles concernant les droits d'enregistrement pour les fonds de commerce. Ou encore les nouveautés apportées au régime fiscal de l'impôt sur les sociétés. " Des améliorations qui ne satisfont pas totalement le CNPF, qui régulièrement revient à la charge pour pousser dans son sens la législation en vigueur. Dernière idée en date, avenue Pierre Ier de-Serbie, siège de l'organisation patronale : la création d'une sorte de REH (reprise de l'entreprise par les héritiers) dont la clé serait la constitution d'une holding assortie d'avantages fiscaux.
Une lutte classique qui permet de faire bouger les mentalités petit à petit. " Depuis trois ans, reconnait Janine Courrège, la tendance n'est plus la même. La question de la transmission est encore délicate, mais nous considérons l'avenir sous de meilleurs auspices, et ce malgré des statistiques toujours aussi peu favorables. "
Trois raisons expliquent ce regain d'optimisme. Il y a d'abord la " chute " des barrières psychologiques. Les chambres de commerce, les banques, l'ANCE, organisent régulièrement des sessions de travail à l'usage des " vieux " patrons pour les familiariser à la transmission d'entreprise, des séminaires qui sont illustrés par des brochures pédagogiques à usage immédiat. " Il y a dix ans, se souvient Bernard Monassier, le chef d'entreprise refusait de parler de son problème de succession. Aujourd'hui il arrive à se confier à son conseil juridique ou à son correspondant à la chambre de commerce. C'est un progrès ".
Deuxième réalité : l'émergence d'" une nouvelle race de chefs d'entreprise ", comme aiment à le souligner les cabinets de consultants. C'est le cas type du manager de quarante-quarante-cinq ans qui ne veut pas attendre sa retraite tranquillement, mais au contraire veut réaliser une plus-value immédiate en vendant son entreprise et repartir alors vers d'autres secteurs, voire une autre profession.
" Ce renouvellement est très sensible, assure Brigitte Marigault. J'ai sur mon bureau plusieurs dossiers de ce genre. Tel cet entrepreneur d'Antibes qui vient de vendre sa PME (chiffre d'affaires de 25 millions de francs) pour créer une nouvelle entreprise. Ou encore cet autre qui vient de céder son entreprise lorraine de toiture industrialisée à un grand groupe, uniquement pour réaliser sa plus-value. "
Dernière carte, et non des moindres : l'Acte unique et l'échéance européenne de 1993. " Comment analyser autrement la formidable extension en quelques années, constate Mr Manon, du marché des mergers and acquisitions ? Les groupes veulent savoir comment se positionner dans trois ans. " Ils envoient leurs limiers dans tous les pays de la Communauté pour essayer d'être les premiers à mettre le grappin sur l'affaire allemande ou anglaise qui aurait pu échapper aux nationaux.
" Parlant couramment allemand, explique ainsi cet ancien ingénieur de Polytechnique, j'ai été chargé par une grande banque d'affaires française de recenser pour sa holding industrielle toutes les PME d'outre-Rhin bientôt à vendre. Cette chasse est aujourd'hui systématique, ce qui n'était pas le cas il y a encore trois ans. "
Une guerre ouverte qui amène bien évidemment des " chasseurs " communautaires sur les terres françaises, à l'affût d'entreprises familiales qui font figure de gibier facile. Surtout si les héritiers ne s'entendent pas et que les problèmes de succession n'ont pas été évoqués.
Il y a des principes qui paraissent tellement naturels qu'il vaut encore mieux les énoncer. Lorsque de nouvelles technologies font irruption dans une entreprise, mieux vaut employer sur les nouveaux postes les salariés déjà présents que d'aller systématiquement chercher à l'extérieur des qualifications adaptées parfois aussi aléatoires qu'introuvables. Même si, pour y parvenir, la moitié du personnel ouvrier doit changer de métier.
Déjà en 1988, allant à l'encontre de politiques de réduction aveugle des effectifs - par exemple pour les ouvriers de plus de 55 ans, - le rapport d'Antoine Riboud sur la modernisation des entreprises préconisait la mise en place de formations permettant de " ne pas changer d'hommes parce que l'on change de techniques d'information ".
Plus récemment, à l'occasion de la signature, le 21 décembre 1989, d'un accord-cadre pour le développement de l'apprentissage industriel avec l'organisme patronal, l'Union des industries métallurgiques et minières (UIMM), Jean-Pierre Soisson soulignait : " Nos besoins en main-d'Óuvre qualifiée sont considérables. La principale faiblesse de notre pays face à ses concurrents réside non dans l'insuffisance de ses équipements, de ses capacités de financement ou d'innovation mais dans son retard de qualification. " Même si le mot est encore peu employé, la requalification des salariés est à l'ordre du jour : il faut améliorer les qualifications (et donc les compétences) des salariés qui ont, en arrivant dans l'entreprise, le plus faible niveau de formation ou qui vont, au fil de leur carrière, se trouver ballottés dans l'abstraction à travers les changements rapides de technologies.
Nouveau passeport des nouveaux temps modernes de cette fin de siècle, la requalification a donc de nombreuses justifications. Mieux vaut préserver et faire fructifier son capital de compétences que de se séparer systématiquement des salariés qui paraitront a priori dépassés par les nouvelles techniques. Mieux vaut également gérer ses "ressources humaines" en assurant à chacun un véritable déroulement de carrière, quitte à le faire changer de métier en cours de route, plutôt que de laisser miroiter à un OP1 (ouvrier professionnel) qu'il deviendra peut-être OQ1 (ouvrier qualifié) juste avant de faire valoir ses droits à la retraite.
Alors que l'expérience professionnelle - et donc le savoir-faire - est plus rémunérée en haut de l'échelle hiérarchique, ce sont principalement les qualifications qui font la différence en bas. Une étude d'Economie et Statistique, en mai 1989, a montré, à partir de l'enquête sur la structure des salaires en 1986, que "le salaire par tête croit régulièrement avec le niveau de qualification. Les ouvriers de niveau 7, les plus qualifiés, perçoivent une rémunération moyenne supérieure de 55% à celle des ouvriers de niveau 1, les moins qualifiés".
Dans l'ouvrage collectif l'Enjeu humain, publié dans la collection "Les enjeux de l'entreprise", Dominique Thierry, délégué général de Développement et Emploi, a bien cerné l'ampleur du défi de la requalification. "Brutalement, écrit-il, les chefs d'entreprise prennent conscience que l'essentiel des enjeux de compétitivité ne se joue pas seulement sur leur capacité à trouver, gérer et garder des cadres supérieurs "pointus" et compétents, mais également sur une augmentation rapide de la qualification de tous les salariés. " " Une gestion de l'emploi, ajoute-t-il, attachée trop exclusivement à réduire les effectifs nuit à une bonne gestion des compétences et des qualifications." Or, ce sont les salariés qui sont actuellement au travail dans les entreprises qui constitueront "l'essentiel des effectifs, et donc des compétences, disponibles à un horizon de moyen terme", de 5 ans par exemple.
Pour Dominique Thierry, plusieurs conditions devraient être remplies pour assurer le passage "de la qualification des emplois (plus de contenu) à la qualification des salariés (plus de compétences) " : une communication précise sur l'évolution des emplois et des métiers permettant aux salariés "une meilleure lisibilité"; un recours régulier au conseil et à l'orientation à partir d'un bilan professionnel individuel; une formation liant "formation théorique de base, apprentissage pratique et mise en Óuvre concrète"; enfin des organisations du travail "plus qualifiantes".
Or c'est là que le bât blesse. Si ce mouvement de requalification, autour duquel un consensus englobe milieux politiques, patronaux et syndicaux, ne connait pas plus d'essor (au-delà des discours), c'est parce que nombre d'entreprises ne vont pas jusqu'au bout d'une logique qui dans le but d'enrichir le contenu des emplois et des métiers " passe toujours par une remise en cause de l'organisation du travail, tant au niveau de la ligne hiérarchique qu'à celui des services fonctionnels ". Dominique Thierry estime ainsi qu'" on peut citer un certain nombre d'échecs liés à la difficulté ou à l'impossibilité de " repenser " au fond l'organisation du travail ".
Pourtant, il serait injuste de tirer un bilan négatif d'un mouvement à peine amorcé. Comme le montrent nos exemples sur Merlin-Gerin, Rhône-Poulenc et quelques autres entreprises, il y a des sociétés qui bougent et qui prennent le problème à bras-le-corps, souvent en concertation avec les syndicats ou les institutions représentatives du personnel. Dans le cadre de la " modernisation négociée ", chère à Jean-Pierre Soisson, pour qui l'Etat doit apporter son concours à de telles innovations, des conventions " de formation qualifiante " souvent prometteuses ont été conclues.
En septembre 1986, la société OCE-France SA (matériels de reprographie), dont le siège est à Noisy-le-Grand et qui compte 930 salariés, a signé un accord paritaire national prévoyant une évaluation des connaissances et compétences des techniciens dans le but d'établir un plan de formation pluriannuel. Le diagnostic, délivré par une société extérieure, a révélé que 176 personnes " se trouvaient à un niveau très inférieur à celui nécessaire pour l'adaptation aux nouveaux matériels ". Résultat : une action de formation a été menée en priorité sur 70 techniciens.
L'entreprise Electrifil Industrie SA (composants et faisceaux d'allumage, 550 salariés, à Miribel, dans l'Ain) s'est lancée aussi dans une opération de formation qualifiante afin de " préserver l'emploi d'une population d'ouvriers et ouvrières spécialisés dont près de 30 % sont d'origine étrangère, éprouvant de très sérieuses difficultés (illettrisme ou analphabétisme) à assimiler les nouveaux modes opératoires et nouvelles procédures imposés par le programme de qualité totale ". L'action engagée auprès des 90 salariés d'un atelier de capteurs vise notamment à " identifier les savoir-faire et les potentiels d'évolution et d'apprentissage de chaque opérateur pour construire des parcours de formation sous forme de modules adaptés aux besoins de chacun ".
Aux Papeteries Canson et Montgolfier, à Annonay (Ardèche), où 548 salariés sont employés à la fabrication de papier, la finalité de l'action de formation qualifiante, lancée avec le concours d'un consultant extérieur mais avec la participation du comité d'entreprise et des syndicats CFDT, CGT, FO et CGC, est clairement de " conforter l'emploi dans les entreprises existantes ", en raison d'un contexte local difficile. Pendant trois ans, 391 salariés doivent bénéficier d'actions d'" adaptation aux techniques modernes ". L'entreprise devrait y consacrer plus de 7 % de sa masse salariale. Comme chez OCE-France et chez Electrifil Industrie, une convention de formation - prévention avec le FNE permettant de bénéficier de fonds publics - est prévue.
Mais, hors du cadre de la modernisation négociée, d'autres entreprises se sont préoccupées de la requalification de leurs salariés. Depuis plusieurs années, Peugeot a engagé une opération de " reprofessionnalisation " de son personnel de l'usine de Sochaux qui est destinée d'abord aux 8 000 salariés de moins de 35 ans. Mais, au préalable, l'idée est de relever le niveau général de formation pour passer d'une situation où 70 % des salariés ont un niveau inférieur au CAP à une proportion identique de niveau bac. Dans 10 ans ?
Plus généralement, l'UIMM est une des organisations patronales de branche les plus en pointe sur cette question, en prenant le problème à la base... Le 21 décembre dernier, elle a signé un accord-cadre avec le ministère du travail pour développer l'apprentissage industriel dans les 58 centres de formation d'apprentis de l'industrie. L'UIMM va également participer " à la définition et à la mise en Óuvre des nouvelles formations d'ingénieurs, notamment par la voie de l'apprentissage " et envisage d'ouvrir une négociation sur la formation des plus de 45 ans...
A moyen terme, dans plusieurs années sans doute, l'objectif est un flux annuel de 1 000 apprentis...
Cette même UIMM devrait aussi signer prochainement avec plusieurs syndicats un accord favorisant le déroulement de carrière des techniciens. Il deviendrait possible d'obtenir un " diplôme d'ingénieur des techniques " par le biais de la formation continue... Même dans le secteur public, un mouvement s'ébauche. Ainsi, EDF voudrait encourager ses salariés à s'atteler à des formations qualifiantes, afin de tenter d'obtenir, en dehors du temps de travail, un diplôme de l'éducation nationale (CAP, BP, baccalauréat, DUT). Bonus de temps et prime de diplôme pourraient pousser les volontaires à franchir le pas. Même timidement, la quête du nouveau passeport des temps modernes est bel et bien lancée...
Plus le temps passe, plus Bertrand Schwartz fait figure de précurseur. Ce qu'il voulait déjà réaliser au plus fort de la crise avec les jeunes les plus démunis devient d'une troublante actualité au moment de la reprise. Confrontés à la difficulté d'embaucher, les employeurs sont en train de découvrir que de la main-d'Óuvre sans qualification peut être utilisée là où on ne l'attendait pas et, aussi bien, que le personnel en place est capable d'évolution. Lancée aux temps difficiles, l'opération " Nouvelles qualifications " prend tout son sens aujourd'hui.
En septembre 1988, le gouvernement Rocard relance l'opération "Nouvelles qualifications" qui vient justement d'arriver à son terme. Son initiateur, le professeur Bertrand Schwartz, retrouve le rôle de trublion qu'il jouait depuis 1982, quand Pierre Mauroy, à l'époque premier ministre, lui demandait un rapport criant de vérité sur le sort qui attendait les jeunes sans diplôme dans une économie contrainte à la modernisation. La parenthèse libérale refermée, c'est reparti...
Que lui demande-t-on ? De vérifier, à grande échelle cette fois, la capacité d'une méthode particulière de formation à répondre aux besoins en personnel qualifié des entreprises, obligées de s'adapter. Une nouvelle mission est créée, qui sera confiée à François Beaujolin, ancien de la métallurgie CFDT. A charge pour elle de traduire dans les faits les intuitions de Bertrand Schwartz, testées jusqu'alors sur quatre cent quatre-vingts jeunes sans diplôme, à 82% embauchés ou à leur propre compte six mois après l'expérience, titulaires d'un CAP - certificat d'aptitude professionnelle - obtenu pour un nouveau métier qu'ils avaient contribué à définir (le Monde du 4 octobre et du 16 décembre 1988).
Plus d'un an plus tard, le bilan est encore modeste, mais prometteur. Au total, quarante-six actions d'insertion ont été lancées, qui ont mobilisé six cent cinquante jeunes de moins de vingt-six ans et quatre cents entreprises, essentiellement petites et moyennes, surtout présentes dans les secteurs du bâtiment et des travaux publics ou de l'environnement (traitement des eaux, tourisme rural, agriculture de montagne, entretien des espaces naturels). Parallèlement, et à destination de la main-d'Óuvre en place, pour un effectif de cent cinquante salariés, deux actions de requalification ont été montées dans des grandes entreprises industrielles, Thomson et Lesieur, afin de permettre l'évolution du personnel peu qualifié, plutôt que d'avoir à le licencier. Au premier trimestre de 1990, la mission devrait disposer de moyens plus importants, grâce à la mise en place d'un réseau de quatre-vingt-dix personnes, dispersées sur le territoire national, à l'écoute des demandes formulées dans les bassins d'emploi ou les branches professionnelles.
Actuellement, étant entendu que le programme initial sera respecté, les projets portent sur quarante-quatre opérations d'insertion et quatre opérations de requalification, notamment dans le tertiaire marchand et l'administration. D'ici à la fin de l'année, la mission devrait conduire cinq cents actions d'insertion, pour les jeunes, et cinquante actions de requalification, pour les salariés sans diplômes, l'objectif étant que dix mille personnes soient formées, dont les deux tiers seront des jeunes, les autres étant soit des salariés, soit des chômeurs de longue durée ou des adultes en situation de reconversion.
Plusieurs constats justifient la démarche que l'évolution récente rend encore plus indispensable. Malgré les efforts accomplis, cent mille jeunes sortent encore chaque année de l'école sans diplôme, qui viennent s'ajouter aux huit millions de salariés sans qualification reconnue. Sur le marché du travail, ceux-là sont les plus vulnérables, que la modernisation des moyens de production conduit au chômage puis à coup sûr à la marginalisation, leurs capacités n'étant pas compatibles, en théorie, avec les nouvelles technologies et les exigences de la compétitivité.
Déjà, plus de 40% des moins de vingt-cinq ans demandeurs d'emploi sont de niveau scolaire VI ou V bis (sorties de sixième, cinquième, quatrième, CEP, CPPN, CPA ; sorties de troisième, classes du second cycle court avant l'année terminale). Pratiquement 100% des chômeurs de longue durée, jeunes et adultes, sont sans qualification alors que les travailleurs non qualifiés ne représentent que 40% de la population active. Sauf à se résoudre à laisser s'instaurer une société duale qui les écarterait définitivement de l'emploi, et à admettre que l'évolution technique condamne une partie de la population, parmi la plus démunie, à être continuellement à l'écart d'une activité professionnelle reconnue, il faut agir contre ce qui parait inéluctable afin de permettre l'insertion et la requalification de ces catégories.
Non seulement Bertrand Schwartz veut apporter une réponse mais, sur ce point précis, il s'oppose aux raisonnements traditionnels. Il n'est pas vrai, prétend-il, que ces publics défavorisés soient incapables de se former, pourvu que l'on se donne les moyens d'une pédagogie adaptée. La situation de travail produit une dynamique et révèle des atouts à partir desquels on peut construire un parcours d'acquisition qui devra être individualisé pour correspondre à chacun. Il n'est pas davantage vrai, ajoute-t-il, que l'introduction des nouvelles technologies doit systématiquement se traduire par l'embauche des seuls qualifiés ou formés. Or, on constate que, par souci de disposer de la main-d'Óuvre la mieux à même d'intégrer les techniques les plus modernes, voire d'évoluer avec elles, les employeurs commettent souvent l'erreur de recruter des gens surqualifiés par rapport aux postes proposés, qui soit finiront par n'utiliser qu'une infime partie de leur savoir, étiolé, soit en concevront une légitime amertume.
Ce qui relevait de la saine opposition au climat ambiant, aux temps sombres de la crise, et trouvait ses racines dans le souci, louable, d'éviter le désastre social pour les plus démunis est devenu un sentiment partagé quand se sont confirmés les premiers effets de la reprise de l'emploi, sous la dynamique de la relance économique. Aujourd'hui, nombre de chefs d'entreprise ont eu l'occasion de connaitre les chocs en retour de leur politique de recrutement. Ils ne cessent, de plus, d'en découvrir les conséquences sur le marché du travail, la surenchère sur les diplômes ayant eu pour résultat d'entrainer une inflation des salaires d'embauche. Surtout, et l'évolution démographique aidant, ils s'aperçoivent peu à peu qu'il ne sera pas possible de poursuivre longtemps sur cette voie, pour les plus conscients d'entre eux du moins.
Dès lors, nombreux sont ceux qui prêtent attention aux thèses de Bertrand Schwartz et commencent à y voir une solution à leurs problèmes. Permettre le recrutement de jeunes non qualifiés ne relève pas que de la bonne conscience sociale, s'il apparait qu'ils peuvent utilement remplacer de mieux formés ; faciliter l'adaptation du personnel en place peut être de bonne politique quand la pénurie de main-d'Óuvre formée menace. D'abord jugée comme une expérience de laboratoire, l'opération "Nouvelles qualifications" intéresse.
Ce n'est pas par hasard si les entreprises du bâtiment font partie des premiers adeptes : dans ce secteur, qui a si longtemps débauché, on manque maintenant d'ouvriers qualifiés et d'agents de maitrise. "C'est là, malheureusement, la sanction pour une profession qui a trop pleuré son passé et pas assez investi dans l'avenir", déclare par exemple Mr Dominique Ravetto, gérant de la Société nouvelle Ravetto à Dijon, qui vient justement de se lancer dans une action "Nouvelles qualifications", en soulignant que "chaque chantier doit devenir un lieu de formation".
Désormais, l'enjeu est clair. Dans la lignée de ce qui avait été tenté à titre expérimental entre 1985 et 1987, des opérations seront menées qui démontreront que des jeunes peuvent trouver leur place dans les nouvelles méthodes de production et plus encore dans les nouveaux métiers en train de naitre. C'est le cas pour les agents de traitement de l'eau formés à Mèze et à Chambéry - qui, sinon, auraient été des bac + 2. Sur la base de ce qui a été conduit, avec l'aide du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, auprès de cent personnes appartenant à la chaine mastic en peinture et à la présellerie en garnissage de l'usine Maubeuge Construction Automobile (MCA), filiale de la Régie Renault, il va être possible de réussir la requalification de salariés qui, en toute logique, risquaient de perdre leur emploi, faute de capacités.
L'exemple de MCA, dont le bilan n'a pas encore été fait après dix-huit mois d'expérimentation, est à lui seul probant, malgré le coût élevé de l'opération (1,5 million de francs) et l'importance de la logistique rassemblée. A raison d'une journée de formation tous les quinze jours, organisée à la manière d'un cercle de qualité, l'ensemble de l'atelier a construit son programme en fonction de ses besoins propres, et plus encore de sa situation réelle de travail. Ce qui a été acquis en connaissances a été immédiatement réinvesti dans le travail, la définition des postes ayant évolué en même temps qu'avançait le groupe dont la motivation, collective, se construisait dans cet aller et retour.
Du coup, les conditions de travail, pour les salariés, et la qualité de la production, pour l'entreprise, se sont améliorées, chacun y trouvant son compte tant dans l'accomplissement de sa tâche que dans l'augmentation de la productivité. De basse qualification à l'origine, les opérateurs sont maintenant capables d'analyser et de résoudre par eux-mêmes les pannes, les incidents ou les dysfonctionnements. Ils expriment leurs souhaits en formation et étudient les matières qui leur sont utiles ; ce qui leur permet aujourd'hui de faire et d'interpréter des graphiques ou de calculer des pourcentages, la statistique étant devenue un élément essentiel pour la conduite de la production.
Ainsi se trouve démontrée l'option de Bertrand Schwartz selon laquelle "la modernisation des entreprises et l'accroissement de leur compétitivité ne passent pas par l'exclusion des salariés les moins qualifiés (...) il n'existe aucune incompatibilité entre l'économique et le social". Un discours qui commence à être entendu. Les résultats de l'opération "Nouvelles qualifications" en témoignent.
Plusieurs institutions ouvrent ou développent des départements de mobilier contemporain, comme le Kunstmuseum de Düsseldorf, le Wintertur museum aux États-Unis (Delaware). Mais l'intérêt culturel accordé au marché de " l'art de vivre " révèle un autre type de préoccupation. Les nouveaux musées du design ont été créés par des hommes d'affaires soucieux d'embellir une image de marque : à Londres, Terence Conran (président de la chaine de magasins Habitat et de la branche immobilière du groupe Storehouse dont dépend tout le quartier du Butlers Wharf - (le Monde du 23 août 1989). A Bâle, c'est Rolf Fehlbaum, président du groupe Vitra (lire notre encadré) qui opère.
Un autre projet est actuellement en cours à Milan, dans l'ancienne usine Ansaldo, située près de la porte de Gênes. Confié par la municipalité à Renzo Piano, ce nouveau Musée du design, financé par l'Association des industriels de Lombardie (Pirelli, Alfa Romeo, Fiat), devrait être présenté à Turin en juillet... Mais l'un des concepteurs, Manolo di Giorgio, architecte et journaliste à Domus, prévient : " Nous aborderons uniquement le design italien. Le design, c'est avant tout une tradition du dessin. " Cette tradition-là ne semble pas poser de problèmes à Bâle et Londres, où les meubles passent aisément de la vie de tous les jours au "musée" : ils ne sont pas présentés comme des Óuvres d'art mais bien comme des éléments quotidiens, assortis d'une fiche descriptive. A Londres, quelque quatre cents objets de la Study Collection illustrent l'évolution de la consommation au vingtième siècle : machines à écrire (de l'Olivetti de grand-père à la Canon ultrasophistiquée en version "or"), rasoirs, mixers, casseroles, stylos. De tels lieux ont d'abord une vocation pédagogique.
Il est vrai qu'en Angleterre, en Allemagne (et bien sûr en Italie), le mot "design" a fait l'objet d'études, de théorisations liées aux rapports "justes" à trouver entre la forme, la fonction, la matière. Le design s'identifie à un projet global (dessin, maquette, prototype, production) qui concerne aussi bien le graphisme, l'architecture que la mode, l'emballage, les arts ménagers. Hélas, cet "américanisme" (Le Robert) n'a pas d'équivalent en français. Le mot design, qu'on a traduit par "style" dans les années 60 (l'époque du baby-boom, du prêt-à-porter et de la prospérité), est devenu une formule valorisante pour les décorateurs, voire un adjectif plaqué sur tout ce qui est un peu noir, dépouillé et métallique : "C'est très design !"
Les professionnels eux-mêmes ne s'accordent pas sur le contenu du terme. Leurs divergences tiennent souvent à des critères esthétiques. Il y a au moins trois familles de design en France : celle qui concerne l'équipement de bureau et que défend l'Association pour le développement du design et ses seize galeries spécialisées (Airborne, Unifor, Knoll...). Celle qui se collectionne et se photographie (les séries limitées, les pièces uniques de chez Néotu, Yves Gastou. En attendant les barbares. Enfin, il y a le design qui voyage : entre 1983 et 1989, le VIA (Valorisation de l'innovation dans l'ameublement), créé à l'initiative du ministère de l'industrie en 1979, a organisé quelque quarante manifestations dans le monde, de New-York (Blomingdale's, Cooper Hewitt museum) à Tokyo. En avril 1990, une rétrospective aura lieu au Musée des arts décoratifs à Paris. Une première en France.
Pourtant cet événement ne doit pas faire illusion sur la réalité du design en France : " Il n'y a pas de vrai mouvement ", déclare Yvonne Brunhammer, conservatrice en chef du Musée des arts décoratifs, qui déplore la méfiance des industriels face au mot, synonyme de risque : " Or c'est grâce à des petites séries expérimentales que le design italien a pu vivre. Les industriels français sont immédiatement paralysés par la production de masse. "
Cette fragilité explique sans doute tous les décalages : en France, ce sont aujourd'hui les " culturels " qui revendiquent le contrôle d'un territoire difficile à cerner, et dont a fortiori ils n'ont pas la même vision. Un Centre de création industrielle avait bien été créé en 1969 au Musée des arts décoratifs. Mais son transfert à Beaubourg en 1977, les divisions politiques de la capitale aidant, n'ont fait que morceler l'ambition de départ. Voici venu le temps des duels à fleuret moucheté. En avril dernier, François Burkhardt, directeur du CCI, annonçait la constitution d'une collection intégrée à celle du Musée d'art moderne. On vit des machines à écrire Olivetti côtoyer un ensemble vidéo de Bruce Nauman, un moteur de formule 1 de Matra... L'exposition inaugurale avait pour titre " Culture de l'objet, objet de culture ". Un parti pris infiniment conceptuel.
Quelques jours plus tôt, Yvonne Bruhammer remettait au ministère de la culture un projet de six pages concernant un futur musée du design conçu comme " une suite logique des Arts décoratifs ", " un musée de l'environnement prenant en compte la production industrielle dans l'habitat ". Aménagé rue de Rivoli, il profiterait de l'extension du Louvre pour s'installer sur une superficie d'un minimum de 3 000 mètres carrés.
Le public fait aujourd'hui les frais des disputes de clocher et de ce manque de coordination : ainsi on a exposé Carlo Mollino, inventeur des années 50, au Centre de création industrielle.
Le jeune Sylvain Dubuisson, élu " créateur de l'année " au Salon du meuble 89 se retrouvait, lui, au Musée des arts décoratifs, condamné à se prendre pour un artiste...
Conscient de toutes ces guerres de chapelle, de tous ces rendez-vous ratés avec l'époque, le Musée de l'industrie et le ministère de la culture ont demandé à Bernard Hanon (ex-président de Renault) et à l'un de ses collaborateurs, Sébastien de la Selle, un rapport sur la situation. Il a été remis le 15 octobre dernier... " Il va falloir qu'on mette de l'ordre dans tout cela ", annonce Christian Dupavillon, chargé de mission auprès de Jack Lang : " Un centre du design doit faire partie d'une chaine dans laquelle on intègre la culture, le commerce et l'artisanat, l'industrie... "
En marge d'une véritable politique du design en France qui prendrait en compte la production, la distribution, l'aide à la création, la conservation (en 1989, le budget d'acquisition du Musée des arts décoratifs ne dépassait pas 100 000 F), une nouvelle génération d'éditeurs, de distributeurs déjà reconnus internationalement ouvrent la voie : le mensuel Intramuros inaugure à partir de ce mois-ci une série de dossiers thématiques portant sur la sélection de cent objets (chaises, luminaires, bibliothèques) acompagnés d'une description technique, historique, commerciale.
Deux ans après sa création, le catalogue de vente par correspondance Catalogia, spécialisé dans le design, affiche son succès auprès des particuliers et des entreprises : le dernier numéro, tiré à 250000 exemplaires, représente 1 250 références.
Catalogia, installé à Strasbourg, met actuellement au point plusieurs projets avec les Musées de Stuttgart, Cologne, Francfort : coéditions, publications de catalogues, créations de labels... " En France, les musées se retranchent derrière le manque d'argent, mais ne semblent pas vouloir en gagner. Ils ne chassent que le sponsoring et l'assistanat ", déplore Jean-Louis Siegfried, à la suite d'une expérience avec l'Association des amis des musées d'art moderne, qui gère les boutiques Paris-Musées. " Il y a un fonds extraordinaire qui n'est pas exploité. C'est une question de personnes. A Beaubourg, on n'a jamais la même au bout du fil... "
La boutique-bijou de Philippe Starck au Centre Pompidou fait pâle figure à côté des activités commerciales des musées étrangers : à Londres, le Victorian and Albert Museum vient de créer un département : V.A Enterprises (coéditions récentes avec Habitat). A New-York, le MOMA (Musée d'art moderne) a ouvert en décembre une boutique située en face du musée, 53e rue. Il est vrai que ce musée possède une solide expérience en la matière : il fut le premier à créer en 1932 un département " Design et architecture ", suivi par le Stedelijk museum à Amsterdam en 1934.
En France, le succès des boutiques de la Réunion des musées nationaux (40 tonnes de cartes postales, 25 millions de francs de catalogues d'exposition vendus entre le Louvre, le Grand Palais, Orsay, etc.) devra sans doute inciter les pouvoirs publics à développer des initiatives dans le cadre d'un " musée du design ", où le beau est également utile. Encore faudrait-il dépoussiérer le terme de musée, identifié à conservation et souvenirs artistiques.
A l'heure où l'art est religion, où les musées s'élèvent comme les cathédrales d'antan, rien ne semble échapper à ce phénomène de sacralisation. Même le design, dont la vocation est a priori utilitaire, fait son entrée dans la nef. Ainsi en 1989-1990, les ventes aux enchères, la naissance de deux musées (Londres, Bâle), remettent en cause l'idée que l'on se fait de l'objet usuel : " Une chaise n'est pas seulement une chaise ", avait affirmé Philippe Starck au début de la décennie, " elle sert aussi à poser son manteau ".
Aujourd'hui, on est passé à l'étape suivante : on enlève son manteau, et on regarde la chaise. Voici le produit par essence reproductible élevé au rang de pièce unique à travers la mise en valeur d'un prototype, d'une maquette, de tout ce qui a précédé la série. Les particuliers collectionnent, les entreprises embellissent leur image de marque : le design devient un véritable outil de communication. En France, les projets révèlent les divisions entre la Ville de Paris et le ministère de la culture, mais aussi la fragilité d'un domaine lié à la fois à la culture, au commerce, et à l'industrie.
La feuille est envahie de chiffres et de colonnes numérotées. Affichée au cours de l'année 1988 dans l'atelier de saisie de la société de services informatiques SST à Paris, elle avait attiré l'attention d'un inspecteur du travail.
Renouvelée tous les matins, elle recensait avec précision le travail réalisé la veille par les opératrices : le nombre d'heures passées devant l'écran, le nombre d'erreurs relevées dans les enregistremens et le nombre de caractères saisis, accompagné de la moyenne horaire du jour. Le tout précédé d'un numéro de code correspondant à chacune des opératrices. Infraction à l'article 29 de la loi de 1978 sur l'informatique, en conclura l'inspecteur du travail : " N'y a-t-il pas là communication d'information nominatives à des tiers non autorisés ? "
En outre, la société qui procédait là au traitement automatisé d'informations nominatives avait négligé de déclarer son fichier à la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL).
" Nous ne savions pas qu'il fallait déclarer notre fichier, expliquera la gérante de la société SST, Jeanine Arnoult, au président de la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, Mr Alain Lacarabats. Le logiciel livré par le fabricant prévoyait ces opérations. Nous les avons donc faites. "
Peut-on, malgré tout, parler de "communication aux tiers non autorisés"? L'avocat de la SST le contestera en précisant que les codes d'identification des opératrices étaient secrets. Nul ne pouvait y avoir accès. A l'exception, bien sûr, de l'employée elle-même, qui était informée de son "numéro informatique". "La publicité donnée à ces chiffres de rendement dépendait de chacun", plaidera Me Bernard Vatier. "Si les opératrices ne souhaitaient pas que leurs performances soient publiques, il leur suffisait de garder leur numéro pour elles."
Aujourd'hui, le fichier a été déclaré à la CNIL et la feuille de statistiques journalières a disparu de l'atelier de saisie. Une évolution soulignée par la représentante du ministère public, Mme Edith Dubreuil-Pajot, qui demandera la condamnation de la société SST à une peine d'amende.
"L'affichage de ces données est prohibé par la loi, rappellera-t-elle. Il est néfaste car il pourrait créer dans l'entreprise un esprit de compétition qui va au-delà de ce que la conscience professionnelle exige de chacun. Ce genre de tableau ne peut pas entretenir dans les entreprises un esprit positif."
Jugement le 5 février.
Le comédien britannique Terry-Thomas est mort lundi 8 janvier à l'âge de soixante-dix-huit ans. Terry-Thomas a joué dans plus de cent comédies, dont Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines, de Ken Annakin, ou le Mur de l'Atlantique, de Marcel Camus.
Le Louvre ne sera plus gratuit le dimanche. A partir du 4 février, les visiteurs devront acquitter le tarif réduit (14 francs). Cette décision intervient après un relèvement général des tarifs au moment où le musée bénéficie d'un succès d'affluence spectaculaire (+ 46 % en 1989).
Indiana Jones et la dernière croisade et Rain Man sont les deux grands triomphateurs de l'année 1989 dans les salles françaises. Les deux films américains ont dépassé la barre des 1,5 million et demi d'entrées à Paris. Ils sont suivis à distance respectueuse par Un poisson nommé Wanda (865 200, Paris). Neuf films américains comptent parmi les dix meilleures entrées en 1989. Seul Trop belle pour toi, de Bertrand Blier, se hisse à la cinquième place (574 142). On estime que, pour obtenir le nombre d'entrées pour la France entière, les chiffres de la capitale doivent être multipliés par 3,3.
L'acteur américain Arthur Kennedy est décédé vendredi 5 janvier à Branford (Connecticut) d'une tumeur au cerveau. Il était âgé de soixante-quinze ans. Acteur fétiche d'Arthur Miller, il avait remporté un Tony Award en 1949 pour le rôle de Biff dans Mort d'un commis voyageur. Au cinéma, le comédien est apparu dans Lawrence d'Arabie, de David Lean, ou l'Ange des maudits, de Fritz Lang.
- En approche finale, suivie au radar, de la piste de sa base de Dijon-Longvic (Côte-d'Or), un avion de défense aérienne Mirage-2000 s'est écrasé, lundi 8 janvier, pour une raison inconnue, dans la forêt de Citeaux au cours d'un vol d'entrainement. Le pilote, le capitaine Nicolas Romanoff, vingt-quatre ans, a été tué. L'enquête devra déterminer pourquoi il y a eu brutalement perte de contact avec le radar sans que le pilote, qui venait d'arriver en escadre, ait pu signaler quoi que ce soit à sa radio.
- " Vers l'an 2000 " sera le thème annuel de l'Académie des sciences morales et politiques. Voici le programme des communications.
Première partie : " Où en seront les autres ? " 15 janvier : Mr Alain Peyrefitte ; 22 janvier : Mr Raymond Barre ; 29 janvier : Mr Alfred Grosser ; 5 février : Mr Michel Drancourt ; 12 février : Mr Guy Sorman ; 19 février : Mr Thierry de Montbrial ; 26 février : Mr Samy Ketz ; 27 février : Mr René Pomeau ; 5 mars : Mr André Lévy-Lang ; 12 mars : Mme Hélène Carrère d'Encausse.
Deuxième partie : " Le champ des techniques ". 19 mars : Mr Hubert Curien ; 26 mars : Mr Frédéric d'Allest ; 2 avril : Mr Serge Tchuruk ; 23 avril : Mr Joël de Rosnay ; 24 avril : Mr Pierre Messmer ; 4 mai : Mr Jacques Chevallier ; 21 mai : Mr Pierre Faure ; 22 mai : séance solennelle sous la Coupole : " L'An 2000 sous les regards de l'Académie des sciences morales et politiques. "
Troisième partie : " Les réponses de la médecine et de la chirurgie ". 28 mai : Mr Jean Bernard ; 11 juin : Mr Maurice Tubiana ; 18 juin : Mr le professeur Luc Montagnier ; 25 juin : Mr Christian Cabrol ; 2 juillet : Mr Jérôme Lejeune.
Les séances ont lieu à 14 h 45 précises.
Mme Véronique Neiertz, secrétaire d'Etat à la consommation, a inauguré, mardi 9 janvier, la première station- service à l'enseigne des centres Leclerc, sur l'autoroute A-31, près de Dijon. Sur un marché captif entièrement tenu par les grands raffineurs, c'est l'arrivée d'un concurrent réputé pour casser les prix. La concurrence n'avait pu vraiment être réalisée, malgré les panneaux annonçant aux automobilistes les prix pratiqués. La venue d'un trublion n'apporterait un changement significatif que si les pompes distribuant de l'essence à prix cassés se multipliaient. Mais le jeu subtil des attributions d'autorisations, la durée de celles-ci, les prérogatives des sociétés d'exploitation d'autoroutes, laissent craindre que le marché concurrentiel de Dijon ne soit qu'un micro-marché vitrine.
Les Français qui achètent des billets de la Loterie nationale jouent au Loto, au Loto sportif ou au Tapis vert, ne bénéficieront pas de la baisse de la TVA sur ces jeux, dont le taux a été ramené de 28 % à 25 % depuis le 1er janvier. En effet, cinq arrêtés publiés au Journal officiel daté du 7 janvier instaurent un droit de timbre supplémentaire d'un montant équivalent. Ainsi, les recettes globales que l'Etat retire des prélèvements sur les jeux ne diminuent pas et le joueur dépense la même somme.
Le groupe BIS, une des premières entreprises de travail temporaire en France, avec plus de 7 milliards de francs de chiffre d'affaires en 1989, a annoncé lundi 8 janvier avoir acheté la totalité du capital de d'Erom-France, société de services aux entreprises qui réunit des agences de travail temporaire, de sécurité et de gardiennage et de sous-traitance industrielle dont le chiffre d'affaires est de 500 millions de francs.
Cette acquisition confirme le développement et la diversification de BIS SA, qui avait, en juin 1989, pris 80 % de Todepa (417 millions de chiffre d'affaires) présent, dans les mêmes secteurs, puis en décembre, racheté Omnimanu Ottoneto, spécialisée dans le nettoyage et la manutention (190 millions de chiffre d'affaires) à Calberson ainsi que la Caisse foncière de crédit (filiale du Crédit chimique).
Le tribunal de commerce de Nanterre, saisi en référé par les entreprises du BTP du groupe TML, (Trans Manche Link) travaillant pour le tunnel sous la Manche, a mis, lundi 8 janvier, l'affaire en délibéré et a invité TML a parvenir à un accord avec Eurotunnel, TML réclamait à Eurotunnel le paiement d'un total de 400 millions de francs pour des travaux en cours ou achevés. Eurotunnel entendait verser dans l'immédiat 40 % de la somme et le reste plus tard. Surtout, il voulait obtenir un accord des entreprises sur le coût de l'ensemble des travaux du tunnel sous la Manche. L'assignation en référé a entrainé lundi une baisse de l'action Eurotunnel de 3,3 % à la Bourse de Paris.
Le ministre des affaires étrangères, Mr Moshe Arens, n'est pas amusé par les remous qui secouent aujourd'hui son ambassade en France et qui commencent à faire les choux gras de la presse israélienne. Il a adressé, lundi 8 janvier, un double avertissement au personnel d'une ambassade parisienne qu'il aurait souhaité plus discret - conformément aux règles du métier - dans l'exposé de ses différends.
Le premier avertissement vise deux diplomates de haut rang, convoqués pour " explications " à Jérusalem après que l'ambassadeur, Mr Ovadia Soffer, eut fait, ici, l'objet d'une série d'articles particulièrement critiques. Mais l'ambassadeur, aussi, est directement concerné par l'intervention du ministre, puisque Mr Arens rappelle, à l'occasion, qu'il ne permettra à aucun diplomate israélien, fût-il chef de mission, de rester à l'étranger plus de trois ou quatre ans. Cela fait près de dix ans que Mr Soffer est à l'étranger - en Suisse puis en France - et de très bonnes sources nous ont indiqué que son retour était prévu pour cet été.
La semaine dernière, l'hebdomadaire Kol Hair et le quotidien Yedioth Aharonot ont consacré de longs articles à la manière dont Mr Soffer exerçait son mandat parisien. Le numéro deux de l'ambassade et ministre plénipotentiaire, Mr Itzhak Aviran, et son collègue Yehoshoua Amishav, premier secrétaire et porte-parole, y sont largement cités. Ils affirment que Mr Soffer a "neutralisé" et mis à l'écart une partie de son équipe et qu'il règne à l'ambassade "une atmosphère de morosité et de totale rupture avec l'ambassadeur". Les journaux indiquent que l'ambassadeur n'est pas très en cour à l'Elysée. On lui reprocherait d'avoir tenté de mobiliser certains secteurs de la communauté juive française contre le président de la République au moment de la visite à Paris de Mr Yasser Arafat, au début de mai dernier.
Mr Soffer dément l'ensemble de ces informations, affirme "avoir de bonnes relations avec tout le monde à Paris" et maintient que son ambassade "marche très bien" et qu'il a obtenu des "résultats impressionnants".
Ce qui "impressionne" surtout les collègues de Mr Soffer aux affaires étrangères à Jérusalem, c'est la longévité de sa carrière à l'étranger, qui constitue une entorse au règlement et un record dans les annales du ministère. Depuis quelque temps déjà, Mr Arens aurait souhaité rapatrier l'ambassadeur mais, se serait heurté au premier ministre, Mr Itzhak Shamir, qui aurait, jusqu'à présent, pris le parti de Mr Soffer.
Il y eut jadis le " tigre de papier " et même le " cul du tigre " qu'il ne fallait pas avoir peur de toucher... La première critique ouverte de Pékin depuis la normalisation sino-soviétique à l'encontre de la politique étrangère de détente avec Washington menée par Mr Gorbatchev aura pris la forme d'une parabole animalière bien dans la note du langage truculent des grognards de la Longue Marche.
" Quand deux éléphants combattent, écrivait lundi 8 janvier l'agence Chine nouvelle, l'herbe sous leurs pieds en pâtit. Quand ils font l'amour, c'est encore l'herbe sous leurs pieds qui en pâtit. " Moralité : le tiers-monde - et en particulier la Chine - risque d'être la victime du rapprochement soviéto-américain, copulation éléphantesque qui n'est pas du goût des dirigeants chinois.
L'agence, par le biais de son hebdomadaire Perspectives, reproche à Moscou d'avoir changé de politique aux Nations unies sur un certain nombre de questions internationales : soutien au projet américain de résolution sur la démocratisation des systèmes politiques, pressions sur les pays arabes contre l'accession de l'OLP au statut de membre à part entière.
Sans accuser explicitement l'URSS de trahison, Chine nouvelle note que Moscou souhaite, par cette politique, bénéficier de l'assistance économique de l'ONU, en principe destinée au tiers-monde, dont elle a cessé d'être l'" allié naturel ". Celui-ci doit en conséquence " s'en remettre à ses propres moyens, renforcer sa coopération interne afin de sauvegarder son indépendance ", unifier ses positions s'il ne veut pas servir de litière aux mastodontes.
Cette critique a été publiée dix jours après le départ de Pékin de Mr Valentin Falin. Selon toutes les informations officieuses qui ont circulé depuis cette visite (le Monde du 30 décembre), le chef du département des relations internationales du PC soviétique a été reçu par une direction chinoise peu complaisante à son égard.
Contrairement à Mr Scowcroft, l'envoyé du président Bush, il n'a pas rencontré Mr Deng, qui se trouvait pourtant, semble-t-il, à Pékin. Le chef officiel du PC chinois, Mr Jiang Zemin, aurait administré à son visiteur des reproches polis mais fermes, tenant l'URSS pour le responsable indirect de l'effondrement des pouvoirs communistes en Europe de l'Est.
Mr Deng aurait tranché pour que l'aspect idéologique du différend avec Mr Gorbatchev fasse l'objet de rapports secrets et non de critiques publiques. Il cherche visiblement à préserver ainsi l'aura de sa propre rencontre avec le chef du Kremlin, afin de ne pas affaiblir la position du successeur qu'il s'est choisi depuis, Mr Jiang. D'autres vieillards historiques, dont le vice-président de la République, Mr Wang Zhen, auraient reproché au patriarche sa timidité face à l'encombrant réformiste de Moscou, se prononçant pour une nouvelle campagne de critique contre le " révisionnisme ". Le terme, pour l'instant absent du langage officiel, rappelle évidemment les diatribes chinoises de l'époque maoiste.
Les relations sino-soviétiques sont donc au plus bas, sept mois après leur normalisation effective. Quel serait l'effet d'une nouvelle rupture avec Moscou sur ce terrain miné qu'est l'idéologie, à l'heure où des dizaines de Chinois n'hésitent pas, en dépit de la répression, à écrire à l'ambassade de Roumanie pour exprimer leur solidarité avec la révolution qui a abattu Nicolae Ceausescu, le défunt ami des orthodoxes du PCC ?
" Ils filent sous nos yeux comme des balles. On dirait qu'ils veulent se donner la mort ou la donner aux autres. " Sous une tente de nomades, non loin de Tombouctou, c'est l'heure où la timbale de lait caillé passe de main en main, avant le verre de thé brûlant.
Allongés ou accroupis sur les nattes, une vingtaine de touaregs ont ajusté leur turban et conversent à mots couverts. La voix de Mohammed, l'alphabétiseur, s'imprime sur leurs conciliabules : " On discute du rallye, confie-t-il avec un sourire. Il évoque le " Paris ", comme on parle, en France, du " Dakar ". A chacun son exotisme. " Ce spectacle est enrichissant pour nos jeunes qui n'ont jamais vu de tels engins. La nuit, quand les camions allument leurs six phares, cela ressemble au jour. " Après une pause et un nouveau sourire, il se ravise un peu : " C'est une fête, mais une fête qui fait peur. Il faut la regarder de loin. "
Un homme raconte l'histoire d'un crieur villageois qui, huit jours avant le passage de l'épreuve, avertissait à tue-tête la population des dangers à trop s'approcher. C'est lui que le convoi a écrasé. " Une fête qui apporte la mort n'est plus une fête " (1), lâche Nasser, le chef Targui. " Nous aimons les compétitions, les courses de chevaux ou de chameaux. Mais le Paris-Dakar est un spectacle regrettable. Au début, tout le monde se précipitait. Après les accidents, on a appris à se méfier. " Aux premiers bruits de moteur, les enfants sont tenus de rester à proximité des habitations. Les pâturages proches du circuit sont délaissés pour la journée. Inutile de perdre une bête ou un pasteur.
Les touaregs ont gardé le souvenir d'un motard hollandais accidenté près de leur campement, en 1985. " Il souffrait d'une plaie ouverte au genou. Nous l'avons soigné à la nomade, avec une feuille de l'arbre à tanner et de l'eau très chaude. Il est reparti sur sa Yamaha 600. Il pense à nous envoyer tous les ans un cadeau. " Depuis son incursion par le nord du Mali, en 1978, le Paris-Dakar n'est rien d'autre, pour les autochtones, qu'une péripétie sans grand intérêt.
" J'ai vu un jour un camion rempli de motos cassées et de gens blessés comme s'ils revenaient de la guerre ", s'étonne le commandant du Cercle (préfecture) de Diré, sur le fleuve. " Il parait qu'il faut verser beaucoup d'argent pour participer. Nous, si nous en avons, nous le donnons à une vieille tante. "
Dans sa bouche revient le reproche d'une population que le rallye ignore. " Les concurrents s'intéressent aux performances de leurs engins. Mais nous qui vivons là, ont-ils le temps de nous apercevoir ? On aimerait créer des liens. Le Mali est un pays de coutume. Un adage dit que nous devons être l'esclave de notre étranger. Mais ils passent si vite... "
Un expert malien du développement compare le Paris-Dakar à une manifestation de violence. BI " On parle beaucoup des morts sur le tracé. Les organisateurs prétendent que la responsabilité revient aux personnes qui marchent dans les rues. Mais si une chose n'est pas à sa place, dans les villages, ce sont les véhicules lancés à cent kilomètres heure. Beaucoup de Maliens se fichent du rallye. Ils ont l'impression que les Européens viennent ici pour se moquer d'eux.
Tout au long du parcours, entre Gao et Bamako, les incompréhensions s'accumulent (" on ne sait même pas qui est là-dessous ! ), tempérés par quelques images éblouissantes. " Si on leur indique la bonne directiion, assure un jeune, ils sont très généreux. Ils donnent un paquet de cigarettes ou une boite d'allumettes, des biscuits et même un peu d'argent. " Générosité ? Les pilotes contraints à l'abandon vendent parfois sur place leurs casques, des pièces endommagées ou des véhicules entiers. " Ils demandent trop cher ", se plaint un mécanicien.
A Diré, la carcasse blanchâtre d'un camion ressemble à un gros insecte étrillé. " Un gars du village l'a acheté à une équipe, il y a plusieurs années, pour une bonne somme, explique un coopérant. Il a fait confiance aux Blancs, mais le camion n'a jamais marché ! " Pour récupérer la prime d'assurance, certains coureurs brûlent sur place leur auto accidentée, devant un attroupement de badauds.
Les Maliens les plus débrouillards récupèrent des bidons de carburant bon marché auprès de la caravane qui se déleste d'étape en étape. La " fidélité " du Paris-Dakar sur parcours a incité la Shell a placer des pompes fixes en des points très isolés. Une mince retombée dont ne profitent que les rares propriétaires de véhicules, l'armée et les antennes d'organisations humanitaires. Pour le reste, le rallye amène espoir et désillusion. Les artisans de Tombouctou ruminent leur déception de 1989.
"Les voitures ont été rassemblées sur la piste de l'aéroport. On n'a eu aucun contact avec les participants, regrette Akourou, le cordonnier chef de la fédération de l'artisanat. Ceux qui sont venus dans nos boutiques refusaient de payer. Ils voulaient échanger nos poignards et nos objets traditionnels contre des tee-shirts du Paris-Dakar ou des blue-jeans. C'était décourageant."
Depuis le "vol" de la voiture d'Ari Vatanen à Bamako, en 1988, les concurrents sont coupés de la population. Ils s'annoncent par un soulèvement de poussière, laissent derrière eux des pistes et des ponts de bois endommagés, quelques feux de brousse et, si les "dieux blancs" sont tombés sur la tête, un ou deux corps inanimés.
Le Mali n'exige pas officiellement de contrepartie au passage du Paris-Dakar. "J'avais suggéré à Thierry Sabine de choisir un projet de développement et de demander aux concurrents de renoncer à certaines primes. Sabine est mort et l'idée n'a pas été retenue ", témoigne Yves Gazzo, un responsable du Fonds européen de développement à Bamako.
Le Paris-Dakar, instrument de l'aide aux populations " visitées " ? Mirage. Même les garagistes de la capitale ou de Tombouctou sont désÓuvrés au passage de la caravane. " Le premier rallye nous a donné du travail pendant 72 heures, jour et nuit ", se souvient un employé de Renault, " pour des tâches de soudure et de manutention, essentiellement ". Il arrive que les nationaux donnent la main pour démonter un moteur ou un train avant. Mais ils sont vite dépassés. " Maintenant, ce sont des véhicules exceptionnels qui nous embarrassent, reconnait un mécano. Les tableaux de bord des voitures ressemblent à des ordinateurs ou à des commandes d'avion, avec un volant minuscule et tous ces boutons... C'est beau ! ". Il reste rêveur devant l'assistance technique déployée, et ces équipes qui savent démonter et remonter en une nuit des engins si complexes.
Au centre d'auto-démolition du Mali (sic), filiale d'une société bretonne installée à Bamako, le concessionnaire admet le peu d'engouement pour l'épreuve. " J'aimerais que notre pays, qui est exploité sur le terrain de l'aventure, soit payé en retour avec des médicaments ou des vivres (2). Je n'en aurais pas honte car nous sommes pauvres. Prendre de l'argent au rallye ne m'intéresse pas. J'attends une prise de conscience des organisateurs. "
Fin novembre, la nouvelle s'était propagée par radio que l'édition 90 traverserait une fois encore le Mali. Entrée par Gao. Sortie par Kayes. " N'attendez pas de grande cérémonie, a dit, résolu, un artisan de Tombouctou. " Le Paris-Dakar, c'est une petite récolte ".
L'Association des anciens élèves de l'université Paris-9 Dauphine organise en 1990 un cycle de " Rencontres communication marketing ". Le premier de ces débats aura lieu le 11 janvier à Paris-9, amphi Raymond-Aron, à 19 heures, et portera sur le thème des achats en communication.
Le troisième Forum européen des techniques avancées se déroulera les 15 et 16 janvier à l'hôtel Foresthill, Aquaboulevard de Paris, sur le thème " Entreprises 93 : des risques, des opportunités ". La rencontre, organisée par l'Ecole nationale supérieure des techniques avancées (ENSTA), comprendra différents débats consacrés aux effets sociaux, économiques et techniques de l'Acte unique.
DITES, les enfants, vous avez pas l'occasion d'aller faire un tour en RFA, là, en ce moment? Non, je vous demande ça parce qu'ils ont découvert un truc épatant contre le sida, les Allemands. Enfin, pas exactement contre le sida, contre les risques de contamination. Alors, si vous pouviez m'en rapporter une petite provision, ça me rendrait service.
C'est plus particulièrement destiné aux automobilistes, tous obligés d'avoir une boite de secouriste à bord, au cas très improbable où, passant devant une bagnole écrabouillée sur l'autoroute de leur week-end, ils auraient dans l'idée - désÓuvrement, curiosité malsaine, - de stopper et de se pencher sur un corps sanguinolent et disloqué.
L'intérêt de cette invention géniale ne s'arrête pas là. Elle est appelée à un formidable avenir commercial. Déjà vendue en pharmacie pour à peine 15 balles, elle ne devrait pas tarder à rejoindre les capotes dans tous les distributeurs automatiques. Léger, souple, ce masque transparent est facile à glisser dans une poche de veston, un sac à main ou un tiroir de table de nuit en prévision d'une folle partie de jambes en l'air.
Il va y avoir bientôt des tenues pour ça, pareil que pour le ski ou la plongée sous-marine, vous verrez. Avec des salons de prêt-à-aimer où les grands couturiers pourront rivaliser d'imagination en mariant les couleurs et les formes des capuchons, des protège-baisers et des longues chemises style grand-mère, garnies d'une simple fente. A porter avec des gants et des bottes de chirurgien. Roses ou noirs. Le vert, ça fait un peu salle d'op.
L'Histoire. - On me dit que la librairie et les spectacles ne se portent pas très bien, ces temps-ci. Ça ne vous gêne pas trop que je fasse tant parler de moi, que j'occupe la scène ?
L'Art.- Occupez, ma chère, occupez ; j'ai l'éternité pour moi.
L'Histoire. - C'était vrai quand les livres attendaient sur les rayons que la postérité les déniche, mais maintenant que leur vie en librairie dure quelques mois, si je monopolise la curiosité, vous ne craignez pas ma concurrence ?
L'Art. - J'ai tout mon temps, vous dis-je.
L'Histoire. - Un exemple : j'ouvre le prochain roman de Kundera, l'Immortalité. On s'attend qu'il traite des mouvements de libération à l'Est, et il parle de quoi ? D'un club de gymnastique sur les toits de Paris. A sa place, je serais gênée ; pas vous ?
L'Art. - " On s'attend " ; qui " on " ? Qu'il " traite de " ? Un roman ne " traite " pas de quelque chose, dois-je vous l'apprendre ? Le romancier englobe tous les sujets, il ne s'arrête pas à la réalité, il va bien au-delà.
L'Histoire. - La fiction aurait-elle remplacé la métaphysique ?
L'Art. - Mais bien sûr, vous ne saviez pas ?
L'Histoire. - Mettons qu'il arrive à l'Art de tomber mal au moment où il apparait.
L'Art. - Des exemples ?
L'Histoire. - En pleine Commune, en plein siège de Paris, est-ce bien le moment de publier les Chants de Maldoror ou les Lettres du voyant ?
L'Art. - Des circonstances rêvées, au contraire ! Vous auriez voulu quoi ? Que les Lautréamont et Rimbaud fassent paraitre des reportages sur les voyages en ballon ou les pâtés de rat ?
L'Histoire. - Je doute que Gide ait été ravi de sortir ses Caves du Vatican en 1914.
L'Art. - Il aurait pu s'en dispenser, en effet, mais parce que ce n'est pas son meilleur livre. Les romans de tranchées viendraient à leur heure.
L'Histoire. - Vous souvenez-vous de ce qui s'écrit en 1916, quand la bataille de Verdun fait rage ?
L'Art. - La Métamorphose, de Kafka : qui dit mieux ? Attendez que je réfléchisse : Dedalus, de Joyce ; l'Introduction à la psychanalyse, de Freud. J'oubliais la Jeune Parque, de Valéry. Fallait-il que tous les esprits et les talents chaussent des bandes molletières ? Je trouve salubre et encourageant que le long terme garde ses droits, que la nécessité intérieure du poète ignore les péripéties.
L'Histoire. - Il n'empêche : au printemps 1968, les cris des étudiants ont failli étouffer Belle du seigneur. C'est seulement à l'automne que le public a découvert le livre-monument d'Albert Cohen.
L'Histoire. - Etes-vous sûr que Malraux a été fier, après coup, d'avoir tranquillement écrit en famille, pendant la guerre, et rallié tardivement les maquis ?
L'Art. - Dans le cas contraire, on n'aurait jamais lu les Noyers d'Altenburg, et la Libération n'en aurait pas été avancée d'un quart d'heure, pour reprendre un de ses arguments en faveur de la retraite travailleuse. Quant à Drieu...
L'Histoire. - Eh bien ?
L'Art. - Il aurait mieux fait de ne pas céder à vos avances de maitresse délaissée.
L'Histoire. - Restons courtois, voulez-vous ?
L'Art. - Sous prétexte que l'époque portait à accorder ses actes avec ses pensées, quel gâchis de brio et de bravoure ! On a connu les mêmes fourvoiements par la suite, quand le marxisme vous a prêté un sens unique et a fait honte aux intellectuels de ne pas grimper dans vos wagons plombés.
L'Histoire. - Ma parole : vous voilà revenu à l'Art pour l'Art. Tourner le dos à son temps conduit à d'autres bévues pas plus reluisantes.
L'Art. - Mieux vaut une impasse esthétique que l'exécution de poètes pour cause d'égarement politique.
L'Histoire. - Si Sartre vous entendait !
L'Art. - Sartre n'était pas loin de penser ainsi. Comme Malraux, il a beaucoup écrit sous l'Occupation ; plus qu'il n'a tiré le canon. Maladroit comme ils étaient l'un et l'autre, c'était sans doute mieux pour tout le monde.
L'Histoire. - Et l'" engagement ", qu'en faites-vous ?
L'Art. - Je conçois que l'artiste crie, quand il ne s'accepte plus silencieux ; mais à condition de n'obliger personne, ni les confrères ni le public, à en faire autant. Qu'un seul lecteur risque l'honneur ou la vie à cause d'une de mes phrases, voilà ce qui m'épouvanterait le plus, si j'écrivais.
L'Histoire. - L'artiste ne doit même pas aller voir sur place, là où je m'écris dans le sang ?
L'Art. - Quoi ? Faire du tourisme chez les peuples soulevés, leur dire : " Me voici, j'ai bon cÓur, n'est-ce pas ? Allez-y, conformez-vous à ce que j'ai dit avant tout le monde, faites ceci, cela... " ? Je sais que quelques prophètes mégalomanes osent encore, croyant effacer leurs erreurs anciennes ; mais quelle obscénité !
L'Histoire. - Sans donner de leçons, vous ne pensez pas que vous devez encore témoigner ? Vous ne préférez pas les prises de position de Ionesco sur la Roumanie au mutisme de Beckett sur l'Irlande ?
L'Art. - Chacun se débrouille selon sa nature. Il y a un droit aussi sacré que celui de s'exprimer : c'est celui de se taire. Au vrai, le public se passe de nos conseils. Il reçoit à domicile des images du monde entier. Il les prend pour la réalité même. Quand nous revenons d'avoir vu, il nous raconte l'effet que lui a fait sa télévision. Il ne demande plus rien d'autre.
L'Histoire. - Si, un jour, les peuples renoncent à décider de leur sort, s'ils s'en remettent aux services secrets et à leurs manipulations, vous serez tenu pour complice.
L'Art. - J'ai l'habitude d'être accusé de ce que je ne pouvais éviter.
L'Histoire. - Vous êtes forcément impliqué. Chaque fois que vous vous êtes contenté de servir le Beau, vous avez couvert la barbarie. Parce que vous vous occupez de l'essentiel, vous êtes responsable de tout. C'est votre honneur. Vous n'êtes jamais si inspiré et glorieux que quand je vous persécute.
L'Art. - Vous êtes trop bonne. En attendant, nous ne nous trompons pas plus que vous sur ce qui importe et sur ce qui comptera plus tard. Pourquoi les surenchères du sensationnel devraient-elles interrompre nos songes, qui aident mieux les hommes à vivre que les meilleurs reportages ? L'intemporel finit toujours par être de circonstance. Les dictateurs ont plus peur de Shakespeare que de nos pamphlets.
L'Histoire. - Il n'y a pas d'intemporel, vous le savez bien. Il n'y a que des manières de sentir, qui changent avec les latitudes et les époques.
L'Art. - Laissez-nous juges ; et laissez-nous dater, le jour venu. A propos de concurrence entre nous, connaissez-vous cette lettre de Flaubert à la veille de 1870 ?
L'Histoire. - Le mardi 16 novembre 1869, à midi ?
L'Art. - Bravo ! Je vois que vous vous intéressez encore aux dates. " Mon bouquin parait demain, écrit Flaubert à George Sand. La politique va-t-elle me faire du tort ? J'en ai peur...
L'Histoire. - ... A moins qu'elle ne me fasse du bien. "
L'Art. - Quelle mémoire ! Et le bouquin, c'était ?
L'Histoire. - L'Education sentimentale. Effectivement, dans un cas pareil, l'auteur n'a rien à craindre de mes soubresauts.
L'Art. - Nous voilà d'accord. Au fait, qui était président de la République quand Proust a commencé à écrire la Recherche ?
L'Histoire. - Heu...
L'Art. - Votre ignorance m'enchante, et elle est excusable. C'était Fallières. Je n'ai pas de mérite : je m'en souviens à cause de la Phosphatine, qui était ma madeleine à moi.
L'Histoire. - Il ne tient qu'à vous de m'opposer des chefs-d'Óuvre.
L'Art. - Je ne vous le fais pas dire.
Les quelque trois mille étudiants congolais en France ont créé, en décembre dernier une coordination nationale " sans distinction tribale, ethnique, régionale, idéologique, religieuse " pour protester contre " les conditions inhumaines " de leurs études. Après avoir occupé les locaux de leur ambassade à Paris fin novembre, ils dénoncent, dans un communiqué, le non-paiement par les autorités de Brazzaville de leurs bourses (environ 1 500 F par mois) " depuis huit mois pour certains, cinq mois pour d'autres ". Ils réclament le rétablissement de leur couverture sociale, " suspendue depuis cinq ans ", et le paiement des frais de scolarité, " impayés depuis six ans ".
Devant le mutisme des autorités de leur pays, les étudiants congolais en France ajoutent à leurs revendications " le départ immédiat du ministre de l'éducation nationale " et " invitent la jeunesse congolaise à se lever en masse ". La coordination organise un rassemblement national des étudiants congolais en France le 14 janvier à Paris. Inspirés par les bouleversements récents en Europe de l'Est, les leaders de cette fronde estudiantine entendent militer pour le " multipartisme " et l'organisation d'élections " libres et démocratiques " au Congo.
Une curieuse affaire a été plaidée le 8 janvier au tribunal fédéral américain de Reno, dans le Nevada. Un ancien agriculteur, Mr Don Nonella, a réclamé 8,7 millions de dollars (près de 50 millions de francs) de dommages et intérêts à la marine des Etats-Unis dont les avions, volant au-dessus de son ranch, avaient selon lui gêné la reproduction de son cheptel bovin, causant sa faillite.
Mr Nonella a affirmé que les avions décollant d'une base voisine de 100 kilomètres avaient empêché 344 de ses 800 vaches, en bonne santé et bien nourries, de se reproduire en mai 1985. " Je pouvais voir que le pilote portait des lunettes, tant j'étais proche de lui ", a déclaré au tribunal l'ancien agriculteur à présent reconverti comme chauffeur de camion.
L'US Navy estime de son côté que ce ne sont pas les bruits émis par ses avions mais la mauvaise gestion de l'intéressé qui sont à l'origine de ses problèmes. On peut, cependant, s'interroger sur l'effet produit par des avions de la marine sur les vaches très attachées à leur plancher...
Aider les pays d'Europe de l'Est à reconstruire leurs économies, tous les industriels occidentaux... et japonais y sont prêts. Une chose est certaine cependant : ils ne le feront pas par philanthropie, mais dans l'intérêt bien compris de leurs entreprises. L'enthousiasme pour le moins modéré des banques françaises à l'égard des pays d'Europe de l'Est s'explique sans doute ainsi : les perspectives de profit y sont encore très incertaines. Parmi les industriels, l'ouverture de l'Europe de l'Est commence à provoquer une certaine inquiétude.
Certes, les marchés potentiels - en Hongrie comme en Pologne, en RDA comme en Roumanie y apparaissent importants. Mais avant de vendre à l'Est, l'Est ne va-t-il pas nous vendre et... mettre sinon en péril du moins en difficulté certains secteurs industriels occidentaux. La crainte était diffuse. Elle commence à émerger.
Mr Francis Mer, président d'Usinor-Sacilor - le numéro deux mondial de la sidérurgie, - a ainsi décidé de dire tout haut ce que de nombreux industriels français, et plus généralement européens, pensent tout bas. L'ouverture des frontières de la CEE aux sidérurgistes hongrois et polonais " serait de nature à faire rebasculer le marché dans une atmosphère de dumping ", a-t-il ainsi déclaré, lundi 8 janvier à Bruxelles. Cette ouverture, préconisée en novembre dernier par la Commission européenne pour venir en aide aux économies d'Europe de l'Est, aurait pour conséquence de créer de " nouveaux problèmes aux sidérurgistes de la CEE ".
On sait que, dans le cadre de l'aide de la CEE à l'Est, les Douze ont décidé d'accélérer l'ouverture de leurs marchés, notamment sidérurgiques et textiles, aux produits hongrois et polonais. Un coup d'accélérateur devrait être donné à cette libéralisation. Le risque est faible - tant le marasme des économies est-européennes est grand - de voir la CEE inondée de produits de l'autre Europe. Mais il est vrai que dans certains domaines l'Est bénéficie de coûts salariaux réduits. La Hongrie et la Pologne ne sont plus seules à vouloir un accès libre au marché occidental.
Il reste qu'une fois de plus les Japonais ont compris les nouvelles occasions ainsi ouvertes. Suzuki devrait annoncer mardi à Budapest l'installation prochaine d'une unité de montage de voitures particulières en Hongrie. Une partie de la production devrait être réeexportée. Vers les pays de la CEE ?
A la suite des informations selon lesquelles la France projetait de rouvrir son ambassade à Kaboul ( le Monde daté 7 et 8 janvier), des sources diplomatiques occidentales à Islamabad (Pakistan) ont annoncé que les Etats-Unis ne comptaient pas en faire autant et auraient manifesté un certain " mécontentement " en apprenant l'initiative française. Le gouvernement des moujahidins a, pour sa part, vivement critiqué la décision française, la qualifiant de " geste inamical ". Quant au Pakistan, où Mme Edwige Avice, ministre délégué auprès du ministre des affaires étrangères, est arrivée lundi 8 janvier, il a pris acte de la décision française, dont il avait été informé au préalable, tout en s'inquiétant, selon un haut fonctionnaire, de la " crédibilité " ainsi offerte au régime du président Najibullah.
On rappelle, cependant, à Paris que la décision française n'a pas de caractère politique et ne répond qu'à des considérations pratiques. La dégradation des conditions de sécurité avait justifié la fermeture de l'ambassade à Kaboul en février 1989. Leur amélioration explique sa réouverture pour des raisons techniques, indique-t-on de source officieuse française.
La micro-informatique a changé les mentalités du monde du bureau. De plus en plus diplômées et spécialisées, les nouvelles secrétaires aspirent à assumer davantage de responsabilités, même à devenir cadres. Si cette attitude est encouragée chez IBM France, où l'on songe à les promouvoir " techniciennes en bureautique ", en réalité, peu d'entreprises leur laissent le champ libre. Dans l'ensemble, d'ailleurs, les salaires d'embauche restent bas pour des personnels qui ont souvent atteint un niveau d'études bac + 2 ou bac + 3. La meilleure productivité du tertiaire est pourtant l'une des clés de l'avenir des entreprises.
" En 1995, l'idéal serait de n'avoir que des cadres dans le tertiaire. Pour y parvenir, nous devons pousser les personnels administratifs vers le haut... " Serge Vigier, directeur administratif d'IBM France, n'a pas recruté de secrétaires depuis trois ans. Leurs effectifs diminuent de 5 % l'an depuis 1983 au sein du groupe, et beaucoup ont quitté les postes de secrétariat classique pour occuper des fonctions plus qualifiées dans les filières commerciales ou techniques. Cent soixante secrétaires des agences régionales de la compagnie ont suivi en 1982 une formation à l'administration des ventes et au recouvrement de créances, dispensée au siège parisien.
D'autres ont été promues cadres. Comme Annie Tesquet, ancienne secrétaire du directeur de la communication, aujourd'hui ingénieur marketing. " La bureautique et les techniques de traitement de texte m'ont donné envie de faire autre chose que du secrétariat ", dit Annie. Dans ses nouvelles fonctions, elle initie universitaires, parlementaires et journalistes au maniement de la publication assistée par ordinateur (PAO).
Quant à Christiane Girard, entrée à vingt ans dans un obscur service de facturation d'IBM avec pour seul bagage un bac littéraire, la voici, à quarante-sept ans, ingénieur technico-commercial en bureautique. Elle avait gravi tous les échelons d'une carrière de secrétaire, et risquait de plafonner quinze années durant au poste d'assistante de la direction générale. Elle décida alors de suivre pendant un an et demi des formations internes, sanctionnées d'examens, pour changer de statut et progresser à nouveau.
Mais ces success stories du secrétariat ne doivent pas masquer la réalité administrative de l'entreprise ! " Nous aurons toujours besoin de secrétaires ", reconnait Serge Vigier. Il rêve cependant de réformer cette profession aux contours bien vagues en la scindant en deux catégories : " Les techniciennes et les polyvalentes de groupe ".
Aux techniciennes reviendrait une nouvelle fonction de logistique de bureau, tandis que les polyvalentes se verraient confier des activités plus traditionnelles, de planification, d'accueil et d'administration. Toutefois, elles ne seraient plus les secrétaires du directeur mais les vecteurs de communication du service. Car la filiale française du géant américain de l'informatique a énormément développé la bureautique en son sein, manière de montrer qu'un cordonnier peut être bien chaussé. Les cadres tapent eux-mêmes leur courrier sur les consoles à traitement de texte, et transmettent les notes internes à l'aide de la messagerie électronique.
Ainsi, quand un ingénieur commercial revient au bureau, il consulte en priorité son écran de travail pour lire les messages enregistrés durant son absence. A son tour, il va inscrire ses dates prévisionnelles de congés sur le système, afin que ses collègues puissent en prendre connaissance pour planifier leur emploi du temps. Ce faisceau de communications internes, qui, selon la direction du groupe, " transite dans les deux sens, de l'agent d'exécution au PDG - c'est ça l'esprit IBM ! ", s'opère à travers une série d'outils informatiques et une multitude de codes de fonctionnement. De nombreuses tâches autrefois attribuées aux secrétaires ont été transférées aux cadres qui doivent faire face à la complexité de la bureautique.
C'est le talon d'Achille du système. Car l'encadrement n'a bien souvent qu'une connaissance approximative de ce qui, pour lui, n'est qu'un outil parmi tant d'autres. D'où la création d'une unité de secrétaires techniques, des " SOS support bureautique ", comme les définit Serge Vigier. Celles-ci rempliraient une fonction de conseil en micro-informatique, évitant aux cadres de se décourager devant le " monstre technique ", utilisé généralement au quart de ses possibilités.
Sans doute, cette nouvelle organisation du travail de bureau apportera une aide précieuse aux décideurs. Mais, en contrepartie, ne risque-t-on pas de confiner les secrétaires dites " techniques " dans des activités de mécaniciennes en bureautique ? " Pas du tout ! répond Serge Vigier. Au contraire, leur connaissance de la micro-informatique leur ouvrira un nouvel univers, celui de la filière technique, où elles pourront progresser. Les plus performantes deviendront même, pourquoi pas, ingénieur système ! "
La scission entre les techniciennes et les polyvalentes n'a pas encore été décidée chez IBM, mais, affirme Serge Vigier, " on n'y échappera pas, car, de fait, nous fonctionnons déjà de la sorte... "
L'éclosion de la micro-informatique a bousculé le quotidien poussiéreux des secrétaires, longtemps composé de stencils et de photocopies. La bureautique limite les tâches répétitives. Le temps moyen consacré à la frappe dactylographique, de trois heures par jour en 1985, a baissé de quarante minutes en dix ans, selon une étude du cabinet de consultants Rémy Genton International. Ce gain de temps permet de mener des activités plus valorisantes : préparation de réunions ou rédaction de notes de synthèse.
Le métier est donc tiré vers le haut. La dernière étude de l'INSEE sur la structure des emplois fait apparaitre qu'entre 1984 et 1987, le nombre des secrétaires de direction a progressé de 3,6 % par an, tandis que celui des dactylos et sténodactylos a baissé de 7,4 % l'an.
Autre signe des temps, le secrétariat s'ouvre à l'ère européenne. Le centre de formation de la chambre de commerce et d'industrie de Paris (CPSS), crée à la rentrée un cycle d'enseignement supérieur d'assistant en management européen, le CESAME. Les candidates, mais aussi les candidats - puisque, fait exceptionnel, l'école sera aussi ouverte aux hommes ! - devront passer un concours d'entrée et être titulaires d'un BTS de secrétariat, ou d'un bac suivi de trois années d'expérience professionnelle. En sus d'une formation à la micro-informatique et au traitement de l'informatique, les trente élus, moyennant des droits de scolarité de 12 500 francs, étudieront pendant six mois le droit communautaire économique et social et le commerce international.
Exit les BEP et la sélection par l'échec, voici le temps des diplômes ! " Les trois quarts des étudiantes qui suivent actuellement notre formation d'assistante de direction ont un niveau bac + 3 minimum, et nous avons même des bac + 5 ! " affirme Martine Baumard, directrice d'études du CPSS. Pour ces licenciées en histoire, en droit ou en langues, la réussite est au bout. " Nous n'avons pas assez d'élèves pour répondre aux demandes des sociétés ", dit-elle. Les écoles privées Pigier tiennent le même discours : " A Paris, nous recevons davantage d'offres d'emplois des entreprises que ce que nous pouvons fournir ! " constate Dominique Lafleur, directrice pédagogique.
Les secrétaires diplômées d'un BTS deviendraient-elles les nouvelles stars de l'entreprise ? Les figures de proue du management de l'an 2000 ? C'est peu probable, et il faut bien reconnaitre que la vraie raison de ce déséquilibre entre l'offre et la demande est tout autre. En dépit de la création, en 1987, du bac professionnel bureautique, censé épauler le vieux bac GI obtenu après trois années de frappe intensive sur des redoutables machines mécaniques Ericsson ou Japy, malgré la multiplication des instituts privés de formation au bac + 2, le secrétariat n'intéresse plus beaucoup les jeunes filles.
" Les effectifs des bac GI et des BTS bureautique diminuent chaque année, dans l'enseignement public comme dans le privé, reconnait Dominique Lafleur. Les métiers de la vente, très médiatisés, séduisent davantage les jeunes. Les BTS action publicitaire sont de plus en plus prisés par les étudiants. " " C'est dommage, renchérit Henri Shu, directeur du réseau de franchise Pigier, car les métiers du secrétariat offrent des perspectives d'évolution qui n'existaient pas il y a cinq ans. Beaucoup de jeunes femmes sont attirées aujourd'hui par les activités du tourisme alors que ce secteur ne paie pas et qu'il n'y a pas d'emploi ! "
L'image de la dactylo modèle ne passe plus, le bureau parait trop triste. A qui la faute ? Longtemps, les secrétaires ont été confinées, et le sont encore, dans des tâches rébarbatives de simples exécutantes soumises à " leur " patron, un homme bien évidemment. Si l'on en croit l'étude du cabinet Rémy Genton International, 60 % des 1,6 million de personnes affectées en 1985 à des activités de secrétariat n'ont pas été consultées par leur chef de service quand il a fallu renouveler le matériel de bureau !
Peu responsabilisées, beaucoup d'entre elles sont également mal rémunérées. Les brillantes exceptions - le salaire brut moyen des secrétaires d'IBM France s'élève à 13 000 francs mensuels - ne doivent pas dissimuler le fait que le salaire d'embauche d'une titulaire d'un BTS de secrétariat est de 6 000 francs à Paris et de 5 200 francs en province. " Le rang BTS n'apparait pas dans les conventions collectives des secrétaires ", se plaint Dominique Lafleur.
Il reste donc beaucoup à faire dans la gestion des relations humaines des entreprises pour abolir la terrible définition du Larousse. " Secrétaire (de secret) : personne chargée d'écrire sous la dictée de quelqu'un... "
Les routiers sont peut-être sympas mais ils sont très rarement polyglottes. La connaissance de l'anglais reste l'exception, y compris chez les " inters ", ces conducteurs au long cours, qui livrent et chargent à l'étranger et n'en finissent plus de sillonner l'Europe. Jusqu'ici, les patrons transporteurs n'y voyaient pas matière à problèmes. Aujourd'hui, les plus dynamiques et les plus ambitieux d'entre eux s'en inquiètent. Les liaisons internationales fournissent désormais l'essentiel de leur activité. Et la concurrence entre routiers européens s'exacerbe. Plus question pour un chauffeur de perdre du temps au poste frontière, sur le lieu de livraison ou de chargement. La compréhension immédiate du douanier - comme du client - est devenue un gage de rapidité, un atout commercial. Les stages linguistiques spécialement destinés aux routiers ont donc commencé à faire leur apparition.
" Mes gars savent se débrouiller. Dans les ports, sur les quais, à l'usine, bref sur n'importe quel lieu de chargement, ils trouvent toujours quelqu'un qui parle français, voire un copain qui sert d'interprète. " Serge Prévost se surnomme lui-même " le patriarche ". Avec ses quatre fils, il dirige une entreprise de transports internationaux dans la banlieue parisienne.
Ses quarante " bahuts " assurent des convois sur toute l'Europe. Parfois, les " remorques " poussent plus loin : le Moyen-Orient, le pôle Nord pour les tests froid des nouveaux modèles de voiture, et autres destinations lointaines. Fort en gueule, Serge Prévost, le père, ancien routier lui-même, mène ses troupes à la baguette. Le patron transporteur a le parler clair. Primo : on ne demande pas à un routier de connaitre les langues étrangères. Secondo : les bribes d'anglais, d'espagnol nécessaires, un gars dégourdi les acquiert sur le tas.
Dans les salles d'embarquement de Douvres, ou au poste frontière d'Irun, bref dans tous ces lieux où les conducteurs vident une bière ou grillent une cigarette, on peut grappiller les rudiments indispensables pour mener sa cargaison à bon port comme pour se débrouiller dans les à-côtés non professionnels. Les Transports Prévost jugent donc les stages linguistiques un peu accessoires : " Chez nous, l'argent est surtout passé à améliorer le confort des conducteurs. Les cabines sont chauffées, équipées de sonos, les camions montés sur coussins d'air. "
Pour l'AFT - Association pour le développement de la formation professionnelle dans les transports, - ce type de discours " vieille école " tend à se marginaliser dans le monde de la route. Du moins ses responsables l'espèrent-ils. L'AFT n'a-t-elle pas lancé à l'automne dernier, en coopération avec les centres d'études de langue des chambres d'industrie et de commerce (CCI), le premier module d'apprentissage d'anglais tout particulièrement conçu pour les chauffeurs routiers ?
Ce stage de trente heures se veut ultra-opérationnel. Pas question de s'attarder sur les subtilités de la langue. On y apprend à remplir ses formulaires administratifs, à lire les panneaux indicateurs, à convertir des gallons en litres de diesel, à calculer en miles, à désigner les différents types d'emballages, palettes, ballots et autres conteneurs, soit un bagage minimum d'un petit millier de mots et d'une cinquantaine de phrases. Proposés dans tous les centres de langues des CCI de la région parisienne, du Nord, de la Normandie, ces dispositifs " spécial routiers " sont loin d'avoir fait le plein. Un module fonctionne depuis trois semaines à Caen, et de façon expérimentale.
" Cette formule, nous l'avons mise sur pied à la demande des transporteurs eux-mêmes, assure Sally O'Farrel, chargée des programmes linguistiques à l'AFT. Il s'agissait de mettre en place une formation rapide, adaptée à un public pouvant avoir des difficultés d'apprentissage avec des objectifs clairement identifiés. En fait, nous voulons armer les routiers pour leur permettre de répondre à des interlocuteurs étrangers dans des contextes bien précis : à la douane, lors de contrôles techniques effectués sur la route par la police, à l'arrivée chez le client. Nous avons réalisé un véritable audit de leurs problèmes linguistiques. "
Des étudiants ont en effet accompagné une poignée de " routiers-pilotes " tout au long de l'été. Leur mission consistait à dresser un inventaire des situations pour lesquelles la non-maitrise d'un anglais de survie s'avérait préjudiciable. Une dizaine de cas de figure types ont ainsi pu être identifiés. Cas classique : au détour d'un village autrichien, suisse ou néerlandais, le conducteur est arrêté par la gendarmerie locale. L'officier le questionne sur son trajet, ses pauses, ses heures de route, avant de vérifier ses dires en examinant le chronographe, sorte de boite noire qui équipe désormais obligatoirement tous les camions.
Dans la plupart des cas, le conducteur, un peu perdu, se débat dans des réponses contradictoires et plutôt confuses, ne parvenant pas à s'exprimer. Résultat : le gendarme prendra alors tout son temps pour examiner minutieusement les relevés sur disque du chronographe. " Surtout, on s'est rendu compte que les passages en douane pouvaient nettement s'accélérer lorsque le conducteur arrivait à se faire comprendre du douanier ", précise Jean-Marie Haupert, formateur au centre d'études de langues de Rouen, coordinateur national du programme.
Les patrons transporteurs sont assez sensibles à ce genre d'argument. " Sur un groupe de camionneurs donné se présentant à la frontière, les routiers britanniques ou néerlandais s'en sortent souvent les premiers, assure Jean-Marie Haupert. La raison en est simple : eux, ils n'attendent pas sagement leur tour. Ils vont discuter, plaisanter, négocier avec les équipes des douanes... en anglais. Résultat : les types les contrôlent plus vite. Et ces routiers gagnent parfois jusqu'à une heure sur l'horaire. "
Les plus hardis entendent bien se mettre au cabotage, c'est-à-dire profiter d'une liaison internationale (par exemple un Paris-Cologne) pour effectuer du trafic intérieur (un Cologne-Munich avant de regagner Paris). Ce qui suppose d'avoir des chauffeurs plutôt à l'aise à l'étranger.
" Sur le principe de la formation, 70 % d'entre eux sont d'accord, affirme Sally O'Farrel. C'est la mise en disponibilité de conducteurs pour le stage qui leur fait peur. Il faut leur laisser le temps de s'organiser. "
De leur côté, les routiers sont plutôt preneurs, surtout les jeunes. Serge, vingt-six ans, mène sa benne à grains chaque semaine sur les routes en direction de l'Italie. " Avec ce pays, pas de problème. La langue ressemble au français. Et puis, je me suis acheté une méthode. Je me repasse la cassette sur l'auto-radio en attendant de franchir la douane. Mais pour toutes les autres destinations, c'est sûr qu'un minimum d'anglais m'aiderait, pour me diriger et pour passer le temps lorsque je suis bloqué à l'étranger pendant le week-end. " La formule ne démarre pas au quart de tour. L'AFT espère y voir un peu plus clair lorsque les transporteurs auront défini leur budget formation pour l'année prochaine. L'organisme prévoit déjà d'enseigner aux routiers l'espagnol, l'allemand et - pourquoi pas ? - le néerlandais.
La formation continue dans le commerce et la réparation de l'auto, du cycle et du motocycle n'est pas une mince affaire. Imaginez quelque cent dix mille entreprises, dispersées à l'extrême, avec en moyenne moins de quatre salariés par entreprise. Dans la plupart des cas, les ressources financières sont limitées. Et, sauf exception, les patrons et les salariés fuient pour la plupart tout ce qui a un goût d'école. En tout état de cause, il leur est très difficile de partir en stage, parce qu'ils travaillent en toutes petites équipes.
La chance de la profession, dans cette difficile situation, est de s'être dotée d'un organisme de formation aujourd'hui très vivant : l'Association nationale pour le développement de la formation professionnelle du commerce et de la réparation automobile, du cycle et du motocycle (ANDFPCRACM, à lire ANDFRAM). Sous l'impulsion de son actuel délégué général, Pierre Gilson (voir encadré), cette dernière est devenue, dans les années 80, le pivot d'un effort de rénovation globale de la branche, et en concentre notamment toutes les ressources financières - malheureusement très minces - en matière de formation continue.
Aujourd'hui, l'ANDFPCRACM ne finance que les formations concernant des points repérés comme prioritaires, comme l'" électronique embarquée ", la vente automobile, le contrôle technique des véhicules de plus de cinq ans... " Nous sommes très directifs, commente Yves Terral, le secrétaire général, parce que nous n'avons pas les moyens de ne pas l'être. " L'association pratique également le dialogue avec les pouvoirs publics : la branche professionnelle a été l'une des premières à signer un contrat d'études prévisionnelles (CEP), ce qui lui a permis de partager avec le secrétariat d'Etat à la formation professionnelle les frais d'une analyse approfondie de ses perspectives économiques et de ses besoins en formation, à court et moyen terme.
Dans la foulée, elle s'apprête à négocier un autre type de contrat avec les pouvoirs publics : un " engagement de développement de la formation " qui devrait lui apporter un complément de ressources sur plusieurs années pour réaliser certains objectifs prioritaires, en l'occurrence la formation des artisans et des salariés du secteur artisanal.
A l'heure actuelle, l'ANDFPCRACM propose plus de deux cents types de stages, techniques ou de gestion. Et elle affiche un bilan de 350 000 heures/stagiaire pour 1989, le résultat d'un effort d'imagination assez étonnant en matière de pédagogie, d'organisation, et même d'invention institutionnelle. Ainsi un avenant à la convention collective de la branche, signé en mai 1988, a-t-il supprimé la prime d'ancienneté pour les salariés embauchés au 1er juillet de cette année-là, ou n'ayant pas trois ans d'ancienneté à cette date, pour lui substituer une " prime de formation-qualification ".
Tout stage de formation agréé par la commission paritaire de l'emploi donne droit désormais à une prime mensuelle, versée au salarié concerné aussi longtemps qu'il reste chez le même employeur. Par exemple, un stage de trois jours en " allumage-carburation ", de niveau C (technicien), donne droit à dix points, soit actuellement 105 F par mois. Pour les syndicats qui, comme FO, la CFDT et la CGC, ont ratifié cette incitation à la formation proposée par les patrons, il est apparu nécessaire d'enrayer la montée du risque de chômage lié à la déqualification.
L'ANDFPCRACM dispose de quelques centres de formation en propre. Mais elle va le plus possible au devant de ses " clients ". Ses formateurs se rendent de lycées professionnels en centres de formation d'apprentis (CFA), accompagnés de camionnettes bourrées de matériel, pour réaliser leurs stages aux quatre coins de France. Un véhicule-école dont les parois s'écartent pour former une salle de travail tout équipée (y compris avec une bibliothèque) augmente encore cette mobilité.
Un enseignement par correspondance a également été mis en place pour la préparation aux CAP et aux BP. On peut s'y inscrire à tout moment et choisir son rythme de travail. Mais il n'existe pas encore de " menu à la carte " tenant compte des connaissances déjà acquises. En revanche, on peut entrer en contact avec son correcteur pour lui demander des explications et des regroupements ainsi que des stages pratiques qui complètent et facilitent le travail par correspondance. Enfin, des cours du soir sont expérimentés actuellement dans la région parisienne, pour la préparation de BP, BT et BTS, avec le concours financier du conseil régional. Si leur succès se confirme, des cours équivalents devraient être mis en place dans les autres grosses agglomérations.
Comme le minitel n'est pas encore suffisamment entré dans les mÓurs, l'information sur les formations proposées se fait essentiellement par courrier, ce qui coûte très cher. Les responsables de l'ANDFPCRACM veillent donc avec grand soin à ce que " le message arrive au bon moment ". Il faut, par exemple, éviter l'été, période de surcharge, saisir au vol les moments où surgit un problème : à ces moments-là, en effet, la résistance à la formation, si ancrée dans le milieu, s'atténue, et l'on voit affluer les inscriptions.
La clé du succès réside dans une multitude de précautions : annoncer les stages ni trop tôt ni trop tard ; ne jamais proposer de stage de plus de deux ou trois jours, même si l'on sait qu'il en faut six pour acquérir le savoir recherché, car personne ne s'inscrirait (une fois présents, les intéressés demanderont d'eux-mêmes à revenir) ; ne pas proposer des stages de premier degré dans les techniques traditionnelles, car chacun, fort de son expérience, croit pouvoir s'inscrire d'emblée en deuxième degré, etc. Cela peut paraitre presque dérisoire. Mais l'avenir de 350 000 salariés en dépend peut-être plus que de toute autre mesure.
La formation est vraiment un sujet qui passionne Pierre Gilson. Délégué général de l'Association nationale pour le développement de la formation professionnelle du commerce et de la réparation de l'automobile, du cycle et du motocycle (ANDFPCRACM), n'est-il pas également président de la commission enseignement-formation du CNPF et de la CGPME, membre du haut-comité éducation-économie et membre du conseil supérieur de l'éducation nationale ?
Le devenir des PME est au centre de ses préoccupations : " Jusqu'à deux ou trois cents salariés, elles ne sont pas armées pour analyser et prévoir les bouleversements actuels des techniques et des comportements. Elles les découvrent au jour le jour et s'y adaptent à coups de réajustements tardifs et mal préparés. " Il faudrait, estime-t-il, que le nécessaire travail d'anticipation soit pris en charge par les fédérations professionnelles : " Après avoir longtemps joué un rôle de défense des intérêts des différentes branches, ces fédérations peuvent trouver une nouvelle raison d'être en aidant leurs adhérents à repérer et à réaliser les évolutions nécessaires. "
Le CEP est une formule élaborée par le secrétariat d'Etat à la formation professionnelle qui associe financièrement les pouvoirs publics et une branche, dans un double projet : réaliser une étude qui identifiera les besoins de cette dernière en qualification ; et définir à partir de là les priorités à donner à la politique de formation professionnelle dans le secteur. " Cette démarche est excellente car elle permet à une branche de savoir quels dangers guettent les entreprises qui la composent. Elle est alors en bonne position pour les informer et les mobiliser ; elle peut également agir au niveau collectif - par exemple en matière de formation - pour le compte de celles qui n'ont ni le temps ni les moyens de le faire. "
Le secteur de la réparation automobile, du cycle et du motocycle a été l'un des premiers à signer un CEP. Huit branches professionnelles l'ont fait en 1989, dix autres s'y préparent. Mais la CGPME en compte quelque trois cents. Et il y a urgence à ce que le processus s'enclenche car 1993 approche et " il faut bien cinq ans, estime Pierre Gilson, pour passer de la sensibilisation d'un milieu professionnel aux premières transformations ".
Rentrée à la SFP en 1972, Sylvie Agard, chef monteur, a passé huit années en montage film et entame sa neuvième année au montage vidéo. Pour elle, la polyvalence entre les deux supports, film et vidéo est à sens unique. " Le monteur film, déclare-t-elle, a la possibilité de travailler au montage vidéo, mais, une fois cette décision prise, il ne pourra revenir en arrière que difficilement. Et dans ce cas, il n'est plus question pour lui de retoucher à la vidéo. "
Le plus regrettable à ses yeux est le " manque de contact avec le réalisateur lorsque le montage s'effectue en vidéo ". " Le professionnel n'est sollicité que pour toucher aux claviers des ordinateurs. De décision à prendre, de participation réelle à la construction du film, point. Il serait souhaitable, comme cela se pratique avec les scripts, les cadreurs ou les preneurs de son, que les monteurs aient la possibilité de passer d'un support à l'autre sans bouleverser aucunement leurs méthodes de travail. "
Pour l'étudiant qui choisit le montage pous en faire son métier - l'école la plus prestigieuse dans ce domaine est la Fondation européenne des métiers de l'image et du son (FEMIS), qui a remplacé l'IDHEC, - la réalité est sensiblement différente.
Là il n'est plus question de distinguer le montage film du montage vidéo. Les deux se fondent dans un programme unique appelé " image " et que propose l'école. Le délégué aux enseignements de la vidéo, Philippe Bernard, qui est aussi réalisateur, travaille indifféremment la vidéo ou le film 35 mm. Il n'y a pour lui qu'un seul métier. L'enseignement, déclare-t-il, " est partagé en trois parties égales : un tiers du temps est consacré à la pellicule, un tiers à la vidéo et le troisième tiers est en tronc commun ".
Une pédagogie qui devrait armer le mieux possible ses étudiants à vivre les évolutions technologiques que la vidéo elle-même subira dans les prochaines années.
En 1984, alors que de nombreuses entreprises licenciaient leurs salariés les moins qualifiés et en embauchaient d'autres mieux formés, Merlin-Gerin adopta une politique plus ambitieuse : ce fut l'opération Mille = Mille.
Constatant que dans les trois années à venir un millier d'emplois allaient disparaitre dans des secteurs comme la fonderie, la mécanique ou la chaudronnerie, mais qu'en revanche un nombre équivalent allaient voir le jour dans l'électronique, l'informatique et les automatismes, le PDG de l'époque, Jean Vaujany, décida de former un millier de salariés travaillant dans les premiers pour passer dans les seconds.
Certes, le coût risquait d'être élevé, mais cette entreprise de matériels électriques, désormais multinationale mais toujours terriblement grenobloise, entendait être digne de son fondateur. Paul-Louis Merlin n'avait-il pas instauré l'apprentissage dès 1924, suivi des premières formations continues en 1937 ? Face à une telle tradition, même Didier Pineau-Valenciennes et l'état-major de Schneider, majoritaires chez Merlin-Gerin depuis 1976, ne pouvaient que s'incliner.
Bénéficiant également de l'accord de tous les syndicats, l'opération démarra début 1985 à partir d'un principe simple : avant d'entrer en formation, les salariés, volontaires, doivent passer un test. Les titulaires d'un CAP ou d'un BEP qui réussissent cette épreuve effectuent un stage de deux mois de mise à niveau. A la fin de cette période, après un nouveau test, ils sont alors admis à suivre un stage de préparation de trois mois, où ils acquièrent une culture technique de base. Les titulaires d'un brevet professionnel ou technique peuvent alors les rejoindre. Enfin, ceux qui réussissent ce parcours peuvent gravir le dernier échelon, la formatin de spécialiste, qui permet d'atteindre le niveau bac + 2.
A l'heure du bilan, fin 1988, un double constat s'impose. Certes, cette opération a prouvé aux salariés que la formation était une impérieuse nécessité et que l'entreprise y affectait les moyens nécessaires, lui consacrant 6 % de la masse salariale contre 3 % en 1984, mais la reconversion ne s'est pas toujours effectuée sans difficultés. Ainsi, sur les 1 499 inscrits volontaires (soit 20 % des effectifs de Merlin SA), 907 ont pu intégrer un ou plusieurs stages. La sélection opérée par l'entreprise a donc touché le tiers des candidats.
Par ailleurs, 95 salariés seulement ont accompli le parcours dans son intégralité. Il est vrai qu'ils n'étaient que 187 à avoir été admis en stage de mise à niveau. Parmi les titulaires d'un CAP, la moitié ont donc réussi leur reconversion. En fait, la grande majorité des stagiaires avaient déjà une formation de base et ont donc accédé directement aux deuxième et troisième niveaux.
L'âge a constitué un autre critère déterminant de réussite : 44 % des stagiaires avaient moins de trente ans alors qu'ils ne représentaient que 19,5 % des effectifs. Comme le constate René Bardone, responsable de la formation : " D'une part, les gens âgés ne se portent plus volontaires, et les stagiaires capables de suivre les formations de spécialiste sont ceux qui avaient une culture générale en math et en français relativement fraiche. " Cet ingénieur, pur produit Merlin puisqu'il y est entré muni d'un simple CAP, est d'ailleurs formel : " Aujourd'hui, la sauvegarde de l'emploi implique le maintien d'une culture générale de niveau bac. En dessous, on ne peut pas parler de reconversion, mais seulement d'adaptation. "
Conscients très tôt de ces difficultés, direction et syndicats ont réfléchi dès 1986 à la façon d'y remédier. Sont alors apparues les formations modulaires de base (FMB). Leur but est de " permettre à toute personne désireuse de faire évoluer son travail, de retrouver, d'acquérir ou de développer des connaissances et des capacités pour accéder, à moyen terme - deux à quatre ans - soit à un cursus de promotion sociale diplômant, soit à un stage de spécialisation proposé par l'entreprise ".
En liaison avec l'éducation nationale, Merlin-Gerin propose donc à ses salariés de se perfectionner dans quatre matières (anglais, mathématiques, physique, expression-communication), elles-mêmes divisées en cinq niveaux. La souplesse est de mise : un salarié peut très bien s'inscrire dans le premier niveau de mathématiques et dans le quatrième niveau d'anglais, sachant que de toute façon chaque module dure quatre-vingts heures par an et que 40 % de cette formation s'acquiert sur le temps personnel.
Constatant que 600 personnes s'étaient inscrites en 1987, 800 l'an dernier et près de 1 000 cette année, la direction se félicite de ce succès. Pourtant, les syndicats font remarquer que le taux d'abandon est également très élevé, environ 40 %. En fait, le volontariat, principe de base de ces formations modulaires en constitue à la fois la force et la faiblesse. Motivés, les salariés n'hésitent pas, au début, à leur consacrer une partie importante de leurs loisirs.
Mais au bout d'un an ou deux, alors que les concepts mathématiques et les formules de physique commencent à devenir complexes, un certain nombre de volontaires déchantent. Comme en fin de parcours la promotion, même probable, n'est pas garantie et comme entre-temps la production à flux tendu s'accommode mal des absences à répétition, les abandons s'expliquent aisément.
Pourtant, selon la direction, ces formations de base constituent " la clé de voûte " du système de formation. Selon ses estimations, les salariés non titulaires du baccalauréat auront intérêt à suivre pendant environ trois ans tout ou partie de ces FMB avant de préparer leur bac professionnel en cours du soir. Une perspective qui n'enthousiasme sans doute pas les 3 000 salariés de Merlin-Gerin qui ne sont pas bacheliers mais qui savent très bien que les ouvriers, qui constituaient 54 % des salariés en 1970, n'en représentent plus que 25 % aujourd'hui et sans doute 20 % demain.
Entre eux, ils s'appellent des chasseurs de " truffes ". " La " truffe, c'est la bonne affaire familiale, entreprise de taille moyenne à valeur ajoutée intéressante, cible favorite de toute une profession qui n'aime pas parler d'elle ni de ses missions.
Certains se spécialisent dans la " chasse à l'homme ". Il s'agit alors de trouver la perle rare, cadre supérieur ou membre d'une profession libérale, seul capable de reprendre en main une entreprise devenue orpheline à la mort de son patron de toujours. D'autres servent uniquement d'intermédiaires pour les capitaux, connaissent parfaitement le marché, les groupes acheteurs et se chargent de rapprocher les deux parties. Quelques-uns, c'est plus rare, remplissent les deux missions simultanément.
Ils sont en tout cas de plus en plus nombreux à chasser sur ce terrain de prédilection qu'est la transmission d'entreprises. Il y a d'abord les " anciens ", ceux qui avaient déjà flairé le créneau depuis trente, voire quarante ans, donc bien avant 1986, année fatidique pour la folie des " fusions-acquisitions ".
" Notre société existe depuis soixante ans. J'ai quarante ans de métier, reconnait Janine Courrège, secrétaire générale de la SFCG. Nous réussissons en moyenne 35 affaires par an. Mais nous menons l'opération de A jusqu'à Z. Nous participons à l'ensemble des négociations. "
A côté d'eux, les " mitigés ", ceux qui en font discrètement une activité annexe pour profiter des ventes favorables. C'est le cas de nombreux cabinets de chasseurs de têtes qui courent après " le " successeur possible d'un PDG de droit divin qui réalise tardivement qu'il n'est pas éternel.
Et puis il y a aussi les opportunistes, qui ne veulent rester en dehors d'un champ de bataille aussi prometteur. Exemple type : Finance partenaires, filiale du groupe immobilier Jean Thouard. " Nous faisons jouer les synergies commerciales, précise François Germain (Finance partenaires). Nous orientons nos clients, si opération immobilière il y a, vers Jean Thouard, et réciproquement. Nos collègues de la maison mère nous signalent les entreprises " limites ", celles qui commencent à mettre en vente des immeubles parce qu'elles ont un urgent besoin de liquidités. "
Dernières intéressées en date : les banques de dépôt qui se mettent à suivre avec des centaines de longueurs de retard la voie de leurs ainées en la matière : les banques d'affaires. " Le Crédit lyonnais vient ainsi de mettre en place, explique Brigitte Marigault, chargée de mission à l'ANCE, une structure élaborée, appelée " Bureau industriel et financier ", dont l'objet est bien de s'occuper de transmission d'entreprises. C'est à ma connaissance une première. "
Une " première " plutôt discrète. Car tous ces spécialistes souhaitent vivre cachés pour vivre heureux. La confidentialité est leur règle d'or. Tout leur monde de fonctionnement repose sur cet adage. " Vous ne pouvez pas constituer de fichiers précis des transmissions d'entreprises présentes et futures. La CNIL s'y opposerait, constate Mr Manon (Societex). Et puis, quel fichier ? Vous n'arrivez pas à connaitre l'âge des dirigeants d'entreprises, car nos fichiers ne peuvent pas être croisés avec ceux de l'URSAFF. "
Le secret, c'est bien évidemment un réseau de relations patiemment tissé autour de quelques professions charnières : les experts-comptables, les conseils juridiques, les notaires. Bref tous ceux qui sont amenés, un jour ou l'autre, à conseiller un chef d'entreprise qui se sent menacé, par l'âge ou par une situation économique défavorable. " Une mine en or, reconnait ce professionnel, ce sont bel et bien les commissaires aux comptes. Mais l'ensemble de ces " indicateurs " en viennent à se concurrencer farouchement. Les bagarres sont dures dans le milieu. "
Même les institutions officielles font très attention. Les chambres de commerce et d'industrie publient un bulletin d'opportunités qui est vierge de toutes coordonnées. " Certains chefs d'entreprise, les vieux de la vieille, refusent même catégoriquement de s'y inscrire, constate un permanent d'une CCI. Ils ont trop peur de se faire repérer. " Ils savent qu'au bout de l'affaire conclue il y a parfois des honoraires équivalents à 5 % du prix de la cession de l'entreprise. " Les tarifs sont dégressifs, précise Brigitte Marigault. Si l'opération est très importante, ce pourcentage va considérablement diminuer, évidemment. "
La concurrence est rude. Le marché est aujourd'hui très porteur, surtout dans certains secteurs de prédilection, comme l'agro-alimentaire, la sous-traitance automobile, l'hôtellerie, les laboratoires pharmaceutiques ou encore la cosmétologie. Mais, comme le suggère François Germain, " ce n'est tout de même pas un eldorado. Intrinsèquement, la transmission d'entreprises est limitée. Il faut donc essayer de calmer le jeu dans une profession qui compte de plus en plus de nouveaux cabinets qui se disent les spécialistes des fusions et acquisitions. " Surtout à l'approche de 1993 qui précipite les événements et qui attire sur le marché français les professionnels étrangers, anglo-saxons, essentiellement, le plus souvent des banques, qui connaissent aussi bien que les spécialistes français les questions micro-économiques.
Les chaises ne laissent pas insensibles les collectionneurs français venus de la mode, de l'architecture et des affaires.
La Kitchen de Tom Dixon, sorte de gazelle formée de pièces récupérées, soudées en métal brut est une sculpture, tout comme Clair de lune de Gilles Chabrier, chaise en verre spécialement créée pour cette vente (de 10 à 12 000 F). Proche de l'art primitif, le trône totem Brancu-Brancu de Pucci di Rossi est estimé entre 10 et 15 000 F. Eric Schmitt, représenté par la galerie En attendant les Barbares a déjà une cote. Le prix pour Anneaux de 1988 en fer forgé, martelé, patiné et ciré est de 10 000 F.
Ces estimations se tiennent loin du prix des " classiques ", tels la Chaise longue de Le Corbusier, Perriand et Jeanneret (120 000 F), le fauteuil Wassily 1927-1928 de Marcel Breuer (120 000 F) ou encore la paire de fauteuils en bois naturel brut Kratstoel de Gerrit Rietveld de 1934 estimés à 25 000 F. Il y a encore quelques années, ces Óuvres figuraient en dernière position dans les ventes art déco plus prisées pour les bois précieux d'un Ruhlmann ou les laques-miroir d'un Dunand.
Les expositions à Amsterdam, Munich et New-York ont quelque peu réhabilité ces parents pauvres des années 30. Les prix n'ont pas tardé à suivre pour les plus belles pièces, particulièrement celles qui sont historiques. Elles vont rejoindre les collections privées ou muséales aux Etats-Unis, en Allemagne, en Suisse ou en Hollande. Quelques maisons d'édition en profitent pour monter leur propre fonds. C'est le cas de Tecta en Allemagne qui réédite déjà un ou deux fauteuils de Jean Prouvé. Quant à la France, elle est, semble-t-il, à la traine de ses partenaires européens. Quelques marchands auraient constitué un stock important de leur production, et feraient monter artificiellement les prix afin de négocier leurs trésors au plus haut avec les musées étrangers.
Que l'on ne s'y trompe pas. Cette spéculation, fictive ou non, s'applique seulement aux pièces uniques ou à tirages limités. A Verrières-le-Buisson, en novembre dernier, une salle à manger avec six chaises de Carlo Mollino, éditées selon l'expert à de nombreux exemplaires, partaient pour 130 000 F. En revanche, une seule chaise en noyer Casa de Orengo est estimée au même prix dans la vente du 29 janvier prochain. La chaise mandoline en marqueterie (1950) de Pio Ponti parait bien sobre face au canapé en mousse (1969) représentant un pied long de deux mètres, de Gaetano Pesce. Edité à peu d'exemplaires, il est estimé à 15 000 F.
Les artistes français à la même époque font preuve de moins d'invention. Le fauteuil Culbuto de Marc Held par Knoll en 1970, avec sa coque en fibre de verre et polyester n'avait pas connu le succès escompté. Il est aujourd'hui modestement estimé entre 2 000 F et 3 000 F. Les gonflables aux couleurs violentes n'ont pas, quant à eux, suvécu aux outrages du temps. On en trouvera donc pas dans la vente.
" Certains réservent leur collection pour le dimanche. J'avais envie d'en profiter tous les jours. " dit Rolf Fehlbaum. Président du groupe Vitra (1 200 personnes), 965 millions de francs de chiffres d'affaires, dont la moitié est réalisée par le mobilier, il a fait construire un musée... juste en face de l'usine située entre Bâle et Mulhouse. Les deux unités (700 et 9400 m2) ont été conçues par Franck Gehri (l'architecte du futur centre américain de Bercy).
" Le projet à coûté 13 millions de francs, soit 1 à 2 % de plus que s'il avait été réalisé localement ", déclare Rolf Fehlbaum, personnage poétique abrité derrière un grand manteau noir " Comme des garçons ", tenue très inattendue pour un industriel. Il avait déjà demandé à Claes Oldenburg d'installer une sculpture sur le site et vient de faire appel à Tadao Ando pour un nouveau pavillon. Franck Gehri, aussi à l'aise dans l'espace qu'un poisson dans l'eau, a eu carte blanche, faisant jaillir de ces formes organiques en béton blanc des rampes serpents, des boites, un toit cruciforme qui donne notamment au musée une allure d'église futuriste. A l'intérieur, les meubles sont rangés dans des " chaisothèques ", d'autres, nés prématurément, flottent sous forme de minerves, de carcasses en bois, en métal.
La visite est dépaysante, à cause de l'étrangeté du lieu (ni ville, ni campagne, ni banlieue) et des nouveaux rapports qu'elle instaure entre industrie, commerce, culture.
L'ensemble, auquel s'ajoute une grande partie de l'héritage de Ray et Charles Eames (édité par Vitra), représente plus de 1 200 pièces (90 % de chaises). Il offre un véritable panorama de la création au vingtième siècle, d'Adolf Loos à Shiro Kuramata. Car pour assouvir sa passion, Rolf Felhbaum a créé un département "Vitra Edition", atelier de recherche fabriquant de manière artisanale des séries limitées voire des pièces uniques.
Pourtant ici, l'"art" cohabite avec des réalités plus "matérielles" : Vitra programme des séminaires, des publications, des expositions.
Le nouveau géant de la chimie française, Atochem (groupe Elf Aquitaine), va investir 200 millions de francs à Lavéra (Bouches-du-Rhône) pour y construire une unité de polybutadiène hydroxylé, un produit principalement utilisé dans l'industrie spatiale.
Cette nouvelle unité aura une capacité initiale de 4 000 tonnes par an, qui pourra être doublée en fonction des besoins mondiaux. Elle sera approvisionnée en butadiène par le complexe pétrochimique de Lavéra.
Atochem est le premier producteur mondial de polybutadiène hydroxylé avec deux usines, l'une installée aux Etats-Unis, l'autre au Japon en association avec la firme japonaise Idemitsu. Le polybutadiène hydroxylé est un polymère liquide utilisé principalement pour la fabrication des combustibles destinés aux propulseurs des engins spatiaux, la formulation de mastics pour les doubles vitrages, la confection de vernis, l'isolation de câbles téléphoniques et la fabrication de revêtements étanches et anticorrosion.
Accor, premier groupe hôtelier français, a l'intention d'investir 2 milliards de francs en 1990. La volonté de mener une politique active d'investissements explique l'augmentation de capital par émission d'actions à bons de souscription d'actions (ABSA) annoncée par le groupe à la fin de la semaine dernière. Celle-ci lui apportera, dans une première phase, de 1,81 à 2,35 milliards de francs.
Ce n'est pas un " trésor de guerre ", selon les deux coprésidents du groupe, MM Paul Dubrulle et Gérard Pélisson, et pourtant c'en est un. " Nous n'avons pas besoin de ce capital en 1990, ni même en 1991 ou en 1992, explique Mr Pélisson. Mais les conditions du marché sont excellentes pour une telle opération financière. "
Ainsi, Accor sera prêt, en toute hypothèse : " Dans les trois à cinq ans, il va se passer des choses très importantes dans l'hôtellerie et le tourisme ", souligne Mr Dubrulle. Et Mr Pélisson de renchérir : " Avec bientôt 20 milliards de capitalisation boursière, nous commençons à compter. Quand il se passera quelque chose dans le tourisme, Accor figurera dans le peloton de tête, même sur le plan mondial. "
Pour l'instant, cependant, aucune opération précise n'est programmée, comme en particulier un rachat éventuel toujours évoqué de Pullmann, le deuxième groupe hôtelier français, même si Mr Pélisson ne serait pas fâché de prendre sa revanche sur 1985 quand Frantel est passé sous le contrôle des Wagons-Lits. " Si les Wagons-Lits vendent, nous serons bien sûr candidats, déclare Mr Dubrulle. Ce n'est pas un mauvais nom : Pullmann a réussi à faire d'un amalgame un concept réel et possède des équipes qui en valent la peine. Mais notre opération n'est pas faite pour cela. " Une hypothèse que, du côté des Wagons-Lits, on se refuse même à démentir.
Une reprise de Pullmann " ferait gagner deux ans " seulement au groupe Accor, qui entend de toute façon continuer son développement en ouvrant une centaine d'hôtels par an. Sur la seule année 1990, Accor va investir 2 milliards de francs dont les trois quarts dans l'hôtellerie (1,6 milliard) essentiellement pour les chaines Novotel et Ibis et 80 % en Europe, le reste en Asie ou, pour les loisirs, sur le pourtour du bassin méditerranéen. L'augmentation de capital doit notamment permettre au groupe de constituer des réserves foncières ou d'acheter des établissements comme les trois hôtels Holydays Inn récemment acquis en France pour 250 millions de francs. " Nous entendons avoir une politique patrimoniale et conserver une part importante de propriété contrairement aux grands groupes américains ", affirme Mr Pélisson, même si Accor cède de temps en temps un établissement.
Parallèlement, le groupe va développer une activité de tour-opérateur en utilisant son réseau d'hôtels en Europe (bientôt 800) pour de courts séjours, dans un rayon de deux à trois heures de transport. Une vingtaine de destinations vont être proposées dès cette année à la clientèle, dans les restaurants et les hôtels du groupe ou par l'intermédiaire de grandes cartes de crédit : d'abord en France, puis en RFA et en Grande-Bretagne. Selon Mr Pélisson, les " petites vacances " offrent un " créneau porteur ", et Accor compte dépasser les deux cent mille clients dans les trois ou quatre années à venir.
Dans le domaine de la restauration, le groupe vient de vendre la chaine Churrasco en Allemagne, qu'il estime " ne pas avoir la capacité de développer et d'internationaliser ". En revanche, il va tester la création de restaurants Pizzas del arte dans des sites indépendants des centres commerciaux, avec l'intention, si les résultats sont positifs, de créer rapidement deux cent cinquante établissements.
Lundi 8 janvier 1990, pour saluer le début de l'année, les banques américaines ont diminué leur taux de base (prime rate), le ramenant de 10,50 % à 10 %.
Ce taux avait déjà été abaissé de 11 % à 10,50 % à la fin du mois de juillet dernier, en liaison avec un assouplissement de la politique de la Réserve fédérale des Etats-Unis, soucieuse d'éviter un ralentissement trop rapide de l'économie américaine. Un nouvel assouplissement ayant eu lieu en novembre, à l'intention de cette même Réserve fédérale, qui avait abaissé de 8,75 % à 8,25 % son taux d'intervention sur le marché interbancaire, une nouvelle diminution des taux de base des banques était attendue.
Mais seul un petit établissement de Saint-Louis, la South West Bank, se décida à sauter le pas en ramenant son taux de 10,50 % à 10 % : n'étant pas suivi, celui-ci dut revenir sur sa décision trois semaines plus tard. Cette fois-ci, la Réserve fédérale a laissé glisser d'un quart de point supplémentaire les taux sur le marché interbancaire, revenus à 8 1/4 %, et même moins, toujours avec le souci d'éviter la récession : à la veille du week-end, un net fléchissement des créations d'emplois outre-Atlantique a été annoncé. Du coup, les banques ont consenti à réduire leur taux de base, ce qui diminue les coûts de financement dans le pays.
Ce phénomène a provoqué un nouvel affaiblissement du dollar, dont les cours sont revenus, brutalement, de 1,69 DM vendredi 5 janvier à 1,66 DM lundi en fin de journée, chutant, à Paris, de 5,73 F à 5,68 F, avant de se raffermir un peu, mardi matin, à 1,6750 DM et 5,7150 F. Par un mouvement de bascule, les taux d'intérêt européens se sont tendus. C'est d'Allemagne qu'est venue l'impulsion : à Francfort, le mini-remaniement du système monétaire européen (SME), limité à une dévaluation de la lire italienne, a déçu, les milieux financiers tablant sur une réévaluation générale du mark, susceptible de contribuer à la lutte contre l'inflation en réduisant le coût des matières premières et des produits importés.
En conséquence, les rendements des emprunts d'Etat allemands, bon baromètre de la confiance, se sont encore élevés, passant de 7,45 % à 7,52 % au plus haut depuis cinq ans. Immédiatement, ce mouvement s'est répercuté sur Paris, où le rendement des emprunts d'Etat à dix ans a dépassé 9,60 % contre 9,50 % il y a huit jours, à la consternation du marché, notamment le Matif, le cours de l'échéance mars retombant à son plus bas niveau depuis un an, à 102,30, avant de se redresser un peu.
Le yen non seulement a suivi le dollar dans sa baisse mais a même fléchi par rapport à la monnaie américaine, qui s'est revalorisée à Tokyo, passant de 143 yens à 145 yens. Le résultat a été qu'en Europe les cours de la devise nippone ont poursuivi leur chute, retombant, à Paris, à 3,94 centimes après avoir cassé le seuil des 4 centimes la semaine dernière. En un an, ces cours, toujours en Europe, ont chuté de 20 %, calculés " en dedans ", ou de 25 % calculés " en dehors " : en janvier 1990, le yen valait 5 centimes. Pour les industriels européens, cette dépréciation équivaut à une véritable " dévaluation compétitive ", qui laisse désarmée la " forteresse Europe ", et risque de se montrer dévastatrice dans des secteurs sensibles comme l'automobile, en donnant aux constructeurs nippons un avantage de prix considérable.
On sait que le Japon, soucieux avant tout de ne pas réveiller le protectionnisme des Etats-Unis, prend grand soin de stabiliser sa monnaie vis-à-vis du dollar, en évitant de la dévaluer par rapport à cette devise, ce qui favoriserait ses exportateurs. Mais ce faisant, le yen suit le dollar dans sa baisse, comme on l'a vu, ce qui permet aux exportateurs japonais d'être de plus en plus compétitifs sur l'Europe. Apparemment, la Commission de Bruxelles prête bien peu d'attention à ce phénomène, particulièrement pervers. Jacques Calvet, président de PSA, aurait pu ajouter cet argument à sa charge sur " l'Europe forteresse de sable (le Monde du 6 janvier).
Certaines firmes pharmaceutiques font preuve à l'égard du corps médical d'une sollicitude excessive qui peut aller jusqu'à " l'achat de prescriptions ". Ainsi, le ministère de la solidarité et de la santé a indiqué, mardi 9 janvier, son intention de déposer une plainte contre les laboratoires Squibb, auxquels il reproche de s'être mis en infraction avec le code de la santé publique, qui interdit de proposer aux médecins des avantages matériels.
Fin octobre, la société américaine a fait parvenir dans les cabinets médicaux un dépliant proposant aux praticiens d'adhérer gratuitement au club Elite d'or offrant aux praticiens " de nombreux services privilégiés " (réductions sur l'achat d'une automobile, de matériel hi-fi ou d'équipements médicaux, réservations d'hôtels et de locations de vacances). Ces propositions étaient formulées " dans le cadre du lancement " d'un nouveau médicament, dénommé Elisor et destiné à combattre l'hypercholestérolémie.
Selon les services de Mr Claude Evin, ministre de la solidarité, cette pratique est contraire à l'article R 5046.1 du code de la santé publique. Celui-ci interdit " aux officines ou autres établissements pharmaceutiques de donner des primes, objets ou produits quelconques ou avantages matériels directs ou indirects de quelque nature que ce soit " aux prescripteurs que sont les médecins.
Les laboratoires pharmaceutiques, pourra-t-on objecter, se livrent régulièrement à des prati, formateur au centre d'études de langues de Rouen, coordinateur national du programme.
" Sur un groupe de camionneurs donné se présentant à la frontière, les routiers britanniques ou néerlandais s'en sortent souvent les premiers, assure Jean-Marie Haupert. La raison en est simple : eux, ils n'attendent pas sagement leur tour. Ils vont discuter, plaisanter, négocier avec les équipes des douanes... en anglais. Résultat : les types les contrôlent plus vite. Et ces routiers gagnent parfois jusqu'à une heure sur l'horaire. " Les patrons transporteurs sont assez sensibles à ce genre d'argument.
Les plus hardis entendent bien se mettre au cabotage, c'est-à-dire profiter d'une liaison internationale (par exemple un Paris-Cologne) pour effectuer du trafic intérieur (un Cologne-Munich avant de regagner Paris). Ce qui suppose d'avoir des chauffeurs plutôt à l'aise à l'étranger.
" Sur le principe de la formation, 70 % d'entre eux sont d'accord, affirme Sally O'Farrel. C'est la mise en disponibilité de conducteurs pour le stage qui leur fait peur. Il faut leur laisser le temps de s'organiser. "
- Mr Claude Evin, ministre de la solidarité et de la santé, a déclaré, lundi 8 janvier, que la suppression du remboursement de la plupart des préparations pharmaceutiques par la Sécurité sociale correspond au souci de " mieux lier la prise en charge à l'efficacité thérapeutique ". Depuis le 1er janvier, seules une soixantaine de substances - déterminées par les experts médicaux de la Commission de la transparence - sont désormais prises en charge. La phytothérapie, la médecine à base de plantes, en est exclue ainsi que toute une gamme de produits " maison " bénéficiant de " préparations ancestrales " dont l'efficacité thérapeutique n'a pas été démontrée, selon le ministre. Ces mesures devraient se traduire par une économie de quelque 400 millions de francs.
Mr Jean-Yves Haberer, président du Crédit lyonnais, explique dans un entretien à la Tribune de l'Expansion du 9 janvier son projet pour la banque qu'il dirige : " Nous voulons être, pour un certain nombre de sociétés françaises et à notre échelle, ce que les banques allemandes peuvent être pour certaines entreprises industrielles ", ce qui signifie devenir un " partenaire actif " dans le capital des entreprises. Cette volonté s'est matérialisée dernièrement par l'intervention active du Crédit lyonnais dans la défense du capital de la Mixte, attaqué par Paribas. " Nous avons montré aux entreprises cotées dont nous sommes actionnaires que le banquier est là lorsqu'elles sont attaquées. " Cette stratégie suppose que l'Etat, actionnaire du Crédit lyonnais, n'ait pas de vues divergentes du management sur la stratégie à suivre.
" Depuis quinze mois que je suis arrivé au Crédit lyonnais, l'Etat ne m'a pas demandé de faire ou de ne pas faire telle ou telle chose " affirme Mr Haberer. Sur la Cinq, où le Crédit lyonnais se trouve en position d'arbitre entre Mr Hersant et MM Seydoux et Berlusconi, Mr Haberer ajoute : " Quant aux pouvoirs publics, ils ne nous ont pas dit un mot sur la Cinq. Je ne vois pas au nom de quoi ils pourraient le dire. Et je ne vois pas au nom de quoi je pourrais en tenir compte. " L'Etat est toujours le principal actionnaire du Crédit lyonnais, dont il possède directement 60 % du capital.
La Compagnie financière Edmond de Rotschild a annoncé, mardi 9 janvier, son entrée par augmentation de capital dans la société Maud Frizon, spécialiste depuis 1970 de la chaussure haut de gamme. Après la reprise de Jacques Fath en décembre dernier, la Compagnie financière confirme ainsi sa politique de capital-risque dans le secteur de la mode. Son intervention se manifeste par un apport en fonds propres (34 % du capital) et par une réorganisation de la société rachetée.
Ainsi, le groupe Maud Frizon sera réorganisé en trois sociétés : un holding financier, une société commerciale et une société de production qui fabrique en Italie la maroquinerie et les accessoires Maud Frizon. Les deux partenaires espèrent que cette restructuration permettra un développement de l'entreprise,qui a réalisé un chiffre d'affaires de 70 millions de francs en 1989 et comme de légères pertes depuis 1988. L'objectif est d'atteindre en 1990 un chiffre d'affaires d'environ 75 millions de francs et une introduction au second marché de Paris dans les trois ou cinq ans à venir, qui permettrait à la Compagnie financière de récupérer sa mise.
Les Assurances générales de France et Diners club France (groupe Bolloré) viennent de conclure un accord dit de " partenariat ". Celui-ci se matérialisera tout d'abord par la création d'une carte AGF-Diners, qui sera commercialisée à partir du mois d'avril auprès des trente mille collaborateurs des AGF puis auprès du million de clients des AGF.
Cette carte offrira aux adhérents un certain nombre de services (réservations, tarifs privilégiés) et surtout leur permettra de retirer des espèces dans 12 000 distributeurs automatiques répartis dans le monde (dont 9 000 aux Etats-Unis). En France, les titulaires n'auront pas accès au réseau Carte bleue, ils devront se rabattre sur les guichets de la BNP. Pour les AGF et Diners, ce premier accord concrétise le début d'une collaboration. Les discussions vont se poursuivre sur la manière de développer des ventes croisées destinées aux clientèles respectives des deux entreprises.
La Société des Bourses de France (SBF) a rendu publics, lundi 8 janvier, les résultats définitifs de l'OPA-OPE que Paribas a lancée sur la Compagnie de navigation mixte. Au total 1 698 639 actions ont été apportées à l'offre, ce qui porte la participation de la compagnie financière au sein de la Mixte à 40,27 % du capital. Plus d'un million d'actions ayant été apportées à l'offre publique d'échange, Paribas a décidé de n'en accepter que 849 319 pour respecter les termes de son offre, le reste étant réglé en espèces au prix de l'OPA. Pour financer cet échange, la compagnie financière va devoir créer près de 2,5 millions d'actions nouvelles. Une assemblée générale extraordinaire devra être convoquée pour l'occasion.
La publication des résultats par la SBF a pour effet principal de clore définitivement l'OPA et de faire sortir Paribas du carcan de la réglementation. Désormais les achats - ou les ventes - de titres Mixte de la compagnie financière sont libres tant en volume qu'en prix. Néanmoins, si Paribas souhaitait reprendre les hostilités, il devrait lancer une nouvelle OPA. La loi indique que l'assaillant ne saurait acheter plus de 2 % des titres de la compagnie cible dans l'année qui suit le lancement d'une OPA.
Le chef historique du Congrès national africain (ANC), Mr Nelson Mandela, a mis à profit, lundi 8 janvier, le soixante-dix-huitième anniversaire de ce mouvement nationaliste noir pour annoncer, depuis sa prison, par l'intermédiaire de son épouse, qu'il serait libéré dans les prochaines semaines. " Ce n'est plus une affaire de mois. Sa libération surviendra plus tôt que cela ", a déclaré Winnie Mandela à l'issue d'un entretien d'environ trois heures et demie avec son mari. Un porte-parole de Mme Mandela a indiqué que Mr Mandela avait fait venir son épouse pour discuter avec elle des " arrangements préalables concernant sa libération ".
C'est dans le bâtiment de l'ancienne ambassade japonaise à Berlin, rénovée et transformée en centre culturel germano-nippon, que le premier ministre, Mr Kaifu, devait prononcer, mardi 9 janvier, le grand discours de politique étrangère de la tournée européenne qu'il vient d'entreprendre.
L'ancienne ambassade japonaise rappelle symboliquement une ambition de puissance fondée sur la conquête, lorsque, membre du pacte tripartite de 1940 avec Berlin et Rome, Tokyo participait à un partage du monde lui laissant les mains libres pour asservir l'Asie. Le premier ministre nippon a mis l'accent sur la volonté de son pays de se solidariser davantage avec l'Occident et de sortir d'un statut de puissance régionale en apportant sa contribution à la transition qui s'opère en Europe.
Mr Kaifu ne pouvait trouver un lieu plus évocateur que Berlin, au cÓur de l'Europe, pour insister aussi, avec force, sur l'identification de la nation japonaise aux valeurs occidentales, précisément à un moment où le Japon est accusé, aux Etats-Unis en particulier, d'être un pays " atypique ", voire de constituer une nouvelle et obscure menace, succédané inopiné à l'Union soviétique.
Superpuissance économique, curieusement en retrait lorsqu'il s'agit d'initiatives politiques, aujourd'hui orphelin de la détente à cause de sa présence dans une partie du monde toujours marquée par les stigmates de la guerre froide, le Japon tente, comme le souligne un haut fonctionnaire du ministère des affaires étrangères, de " se placer dans le courant d'une transformation irréversible " de l'ordre mondial. Si la puissance économique du Japon est légitimement reconnue, sa place sur la scène politique mondiale l'est beaucoup moins, et c'est une occasion de l'affirmer, poursuit notre interlocuteur.
L'une des tâches de Mr Kaifu consistera aussi à indiquer au dirigeants du Vieux Continent comment le Japon perçoit les changements de la situation en Europe, et les conséquences que ceux-ci peuvent avoir en Asie. Le premier ministre proposera aussi des initiatives pour installer la détente dans cette région.
Assiste-t-on, comme le soulignent certains quotidiens, à un véritable " démarrage de la diplomatie japonaise " ?. Le dialogue entre le Japon et l'Europe, qui n'a commencé qu'au début des années 80, a jusqu'à présent manqué de substance. Les changements intervenus dans cette partie du monde et les conséquences qu'ils ne manqueront pas d'avoir sur l'Europe de 1993 rendent aux yeux des Japonais un renforcement des liens d'autant plus nécessaire.
Bien qu'on assiste à Tokyo à un débat sur l'opportunité pour le Japon, puissance asiatique, de s'engager en Europe de l'Est, un consensus se dégage sur la nécessité, pour la première puissance financière du monde, de jouer un rôle mondial et de renforcer le troisième, et le plus faible, côté du triangle Japon-Etats-Unis-Europe.
Mr Kaifu devrait proposer la mise sur pied d'un nouveau cadre pour les rapports nippo-européens, un pacte global se substituant à des accords ponctuels. Une reprise des consultations ministérielles, un moment interrompues, entre Tokyo et la CEE, est également envisagée.
Au sein du camp occidental, le Japon était resté le plus en retrait, voire sceptique, sur l'évolution de la politique soviétique sous Mr Gorbatchev. Mr Kaifu compte expliquer à ses interlocuteurs pourquoi Tokyo n'a pas encore " succombé à l'offensive de paix " du Kremlin et, en même temps, comme le souligne une source diplomatique japonaise, les inciter à porter plus d'attention à l'Asie.
Tel est le sens d'un message envoyé au président Bush par Mr Kaifu à la veille de son départ. Le premier ministre y souligne la nécessité de conjuguer ouverture et fermeté dans le dialogue avec l'URSS et de faire en sorte que l'évolution des rapports Est-Ouest soit globale et n'exclue ni l'Extrême-Orient ni le Pacifique.
Jusqu'à présent, les relations nippo-soviétiques ont été empoisonnées par le problème des quatre iles du sud des Kouriles, occupées par l'URSS depuis la fin de la guerre. Ce contentieux est à l'origine de l'absence d'un traité de paix entre les deux pays ainsi que des réticences japonaises à se lancer dans une coopération économique de grande envergure avec Moscou et encore plus dans des négociations en vue d'une réduction des armements en Extrême-Orient.
La différence de contexte géopolitique entre l'Europe et l'Asie explique que la détente n'ait pas encore atteint cette dernière région. Le contentieux nippo-soviétique, la division de la Corée où deux armées sur le pied de guerre se font face, épaulées au Sud par 40 000 soldats américains et au Nord par des traités garantissant l'intervention de la Chine et de l'URSS, l'absence d'une identité asiatique comparable à celle de l'Europe, mais aussi d'une claire définition des camps, conduisent, soulignent nos interlocuteurs japonais, à un enlisement de la situation.
C'est en tenant compte de ces particularités et dans un souci de stabilité régionale que le Japon, tout en condamnant la répression dont a été victime le mouvement démocratique en Chine, cherche à ne pas isoler son grand voisin. Tokyo voudrait inciter ses partenaires à se rallier à son analyse. Constatant un assouplissement de leur position, Tokyo vient d'ailleurs d'annoncer la reprise prochaine de son aide publique à la Chine.
Les Japonais prévoient, comme les dirigeants des autres pays d'Asie, que les bouleversements en Europe ne feront que renforcer un " eurocentrisme " des puissances occidentales qui se traduira par un certain désintérêt pour l'Asie. Un vide qu'ils entendent combler. Tel était le sens du message du ministre des affaires étrangères nippon, Mr Nakayama, aux ambassadeurs japonais dans la région, réunis la semaine dernière à Kuala Lumpur : tout en développant la coopération nippo-américaine en Asie, le Japon doit se dégager de son alignement traditionnel sur Washington et mettre sur pied une politique régionale indépendante.
La visite de Mr Kaifu en Europe comporte cependant plusieurs limites. Décidée il y a plusieurs mois, elle répondait alors surtout à des considérations de politique intérieure : le souci de valoriser la personnalité d'un premier ministre intérimaire à la veille des élections générales de février, cruciales pour le parti conservateur.
Le Japon donne aussi l'impression de prendre une nouvelle fois le " train en marche ". Son effort financier en faveur de la Hongrie et de la Pologne aurait pu être plus substantiel : il aurait par exemple pu devenir la cheville ouvrière d'une sorte de " plan Marshall " de reconstruction de l'Europe de l'Est. Les initiatives japonaises ne sont pas fracassantes. Elles n'en sont pas moins significatives d'une volonté plus affirmée de s'insérer dans le jeu des puissances mondiales par une percée dans une région d'où le Japon était pratiquement absent.
Mr Jacques Chirac a estimé qu'il devait y avoir " un débat international sur le droit d'assistance et d'ingérence " dans le cadre des Nations unies. Parlant lundi 8 janvier sur Europe 1, le président du RPR a déclaré : " Un pays ne peut pas s'arroger le droit de s'ingérer dans les affaires d'un autre pays, car cela, ouvrirait la porte à tous les abus (...). Les Nations unies devraient pouvoir améliorer leurs procédures pour pouvoir s'ériger en sorte de tribuanl moral cautionnant une action internationale. "
A propos des déclarations de Mr Roland Dumas qui avait suggéré une intervention soviétique en Roumanie, Mr Chirac a affirmé : " Je n'ai jamais souscrit, et je l'ai même condamnée, à la prise de position du ministre des affaires étrangères qui relevait de l'impréparation et de l'irréflexion ". Pour lui, une intervention soviétique en Roumanie appuyée par la France et les Etats-Unis " aurait été une erreur et un précédent fâcheux ".
Interrogé sur l'intervention américaine à Panama, Mr Chirac a estimé qu'un " pays ne peut pas s'arroger le droit de s'ingérer dans les affaires d'un autre pays ". Mais, a-t-il poursuivi, " il y a des situations tout à fait exceptionnelles et Panama était un cas limite : Noriega était une crapule et un trafiquant de drogue ".
Annoncé cette semaine par le constructeur américain Hewlett Packard, le premier grand ordinateur à architecture RISC sera disponible d'ici à la fin de l'année. Il contribuera à populariser une technologie plus simple et donc moins chère que les architectures d'ordinateurs traditionnels.
Imaginez deux restaurants. L'un n'a qu'une grande carte. L'autre propose, à côté de cette même grande carte, un menu composé des plats les plus souvent demandés par ses clients. Ces plats attendent tout prêts en cuisine. Inutile d'avoir fait l'école hôtelière pour se douter que le second est capable de servir plus de clients pendant le même laps de temps que le premier. Plus facile à préparer, le menu est proposé à un prix attractif. L'addition est moins élevée. Le restaurateur n'en diminue pas ses marges pour autant.
Les concepteurs d'ordinateurs ont découvert les vertus du menu. Constatant que ce sont pratiquement toujours les mêmes ordres qui sont donnés à un ordinateur (20 % des instructions lui sont demandées dans 80 % des cas), ils ont mis au point des machines avec une unité centrale (le cerveau de la machine) simplifiée.
Baptisées machines RISC (reduced instruction set computer), ces ordinateurs, comme leur nom l'indique, sont conçus autour d'une unité centrale qui n'intègre qu'un petit nombre d'instructions. Lorsque des ordres plus exotiques sont donnés à cette unité centrale, elle va en chercher la recette dans des mémoires spéciales, les registres, auxquelles elle peut accéder rapidement. Son architecture diffère donc fondamen- talement de celle des unités centrales d'ordinateurs traditionnels, les machines CISC (complex instruction set computers). Ces derniers avaient été conçus dans les années 70 à une époque où les mémoires étaient chères et lentes et où l'on cherchait donc à réduire leur utilisation au maximum ; ce qui s'était traduit par une complexification de l'unité centrale.
Plus simples et donc moins chères à fabriquer, les machines RISC sont pourtant encore peu nombreuses sur le marché. Pour des raisons techniques et stratégiques. Comme l'explique Daniel Carpentier, directeur du marketing produit pour les activités systèmes et réseau de Hewlett Packard, " les constructeurs d'ordinateurs sont prisonniers des choix faits il y a cinq ou six ans ". Quand, au début des années 80, HP décida de concentrer ses efforts de recherche sur les architectures RISC, beaucoup crièrent casse-cou. A la suite de cette décision, le constructeur traversa d'ailleurs des années noires. Il était difficile de savoir à l'époque si ce pari serait payant. Difficile même de le savoir aujourd'hui. Jo Cohen, un consultant spécialisé, s'avoue encore " réservé sur l'issue de la bataille, car les utilisateurs ne choisissent pas un ordinateur en fonction d'une technologie mais en fonction du logiciel disponible ". Or, pour la plupart des constructeurs, il n'est pas possible de transférer sur les machines RISC les programmes développés pour leurs systèmes d'exploitation traditionnels. Seul HP propose pour l'instant une architecture RISC polyvalente, c'est-à-dire qui fonctionne sous deux systèmes d'exploitation : le sien propre et Unix, système qui tend à se standardiser et est adopté par tous les constructeurs.
Soucieux de protéger leur base installée, les constructeurs, à l'exception de HP, ne se sont guère empressés de développer le RISC. Mais confrontés à une stagnation du marché (les ventes de grands ordinateurs n'augmentent que de 3 à 6 % par an), ils sont contraints d'offrir plus de puissance pour des budgets identiques. Pour ne pas réduire leurs marges davantage, les machines RISC sont une bonne solution. Selon Daniel Carpentier, le coût de production d'une machine RISC dont le prix de vente est de 5 millions de francs n'est pas plus élevé que le coût nécessaire pour produire une machine CISC vendue 2 à 3 millions de francs. Il faut certes ajouter à ce chiffre les coûts de développement de logiciels qui, comme on l'a vu plus haut, sont fondamentaux surtout si l'on veut assurer une certaine compatibilité entre les machines RISC et les ordinateurs traditionnels, et les coûts de recherche et développement : le processeur RISC annoncé cette semaine par HP a nécessité un investissement de recherche et développement de plus de 2,5 milliards de francs, le coût de R et D le plus élevé que cette firme ait jamais consacré à un projet. Mais ces investissements s'amortissent sur toute la gamme des ordinateurs concernés. L'architecture RISC pourrait donc permettre à HP d'améliorer ses marges tout en mettant ses concurrents en difficulté. Car, comme l'analyse Jo Cohen, " ces annonces vont peut-être contraindre les autres constructeurs à baisser leurs prix ".
Or ceux-ci sont aujourd'hui à la traine. IBM, qui fut pourtant un précurseur en la matière (John Cocke, l'inventeur du RISC en 1975 était un chercheur de chez IBM), n'a pas ou peu donné suite à ses travaux, freiné par l'importante base d'ordinateurs traditionnels installée chez sa clientèle. A tel point que Joel Birnbaum, directeur des laboratoires de HP, qui est à l'origine de la stratégie RISC de ce constructeur est un ancien IBM qui quitta le numéro un mondial pour n'avoir pu y faire fructifier ses idées. IBM ne propose donc actuellement qu'une machine RISC, une station de travail graphique dont un successeur devrait être annoncé d'ici quelques mois. Une concession faite à cette architecture sur un créneau limité : les stations de travail sont des systèmes très doués pour faire du calcul et des graphiques et donc essentiellement utilisés par des ingénieurs dans le domaine de la conception assistée par ordinateur et de l'intelligence artificielle. Un créneau qui fut défriché par des nouveaux venus sur le marché de l'informatique, comme Sun ou Apollo (racheté il y a quelques mois par HP), qui optèrent dès le départ pour des machines RISC et y ont donc imposé cette architecture. Pour accentuer ce phénomène et tenter d'ériger son processeur RISC (le SPARC) en standard de fait, Sun le vend à d'autres constructeurs (Philips, Xerox, Texas en particulier) qui se sont regroupés pour décider des développements en commun. Selon la revue spécialisée le Monde informatique (voir numéro du 13 novembre 1989), Sun détiendrait actuellement 43 % du marché des microprocesseurs RISC.
Conscients qu'ils avaient tout intérêt à diffuser au maximum leur architecture pour favoriser les développements de logiciels, tous les constructeurs de processeurs RISC (à l'exception d'IBM) ont adopté, à une plus ou moins grande échelle, cette politique de diffusion. Ce qui était normal pour des fabricants de composants comme Intel ou Motorola, mais l'était moins de la part de constructeurs d'ordinateurs. Dans cette deuxième catégorie, Mips, un constructeur né en Californie il y a cinq ans est celui qui a conclu le plus grand nombre d'accords. Qu'il s'agisse de licences, de ventes de composants ou de systèmes complets. Digital Equipment est son principal client, à côté de Control Data, Siemens, etc.
Il a signé récemment avec Bull ; le constructeur français devrait mettre à son catalogue un ordinateur RISC utilisant la technologie Mips d'ici à la fin de l'année. Hewlett Packard a opté pour une ouverture limitée, ne cherchant pas à vendre sa technologie au plus grand nombre. " Les accords de transfert de savoir-faire ne doivent pas être à sens unique ", explique Daniel Carpentier. HP en a négocié deux pour l'instant. Avec le constructeur coréen Samsung qui transférera la technologie RISC de HP sur des ordinateurs bas de gamme, de moins de 60 000 F. Et avec le japonais Hitachi, qui, grâce à sa maitrise de la technologie de composants Bi-C Mos, utilisera la technologie RISC de HP pour des ordinateurs de grande puissance.
RISC contre CISC, la guerre des puces ne manquera pas d'agiter le petit monde de l'informatique dans les années 90.
Créée pour développer des logiciels informatiques destinés aux handicapés, Logicom, une association de recherche en psychologie, pédagogie et informatique, met désormais son expérience au profit des enfants et des personnes âgées. Pour éduquer ou rééduquer leur mémoire et favoriser leur développement intellectuel. Elle présentait ses travaux, le mois dernier, lors d'un colloque organisé à Rezé (Loire-Atlantique) sur l'informatique et le développement intellectuel.
Sa lecture a permis à Jacques, en associant petit à petit des pictogrammes à un phénomène puis à un mot puis à une phrase, d'écrire : " Maman je t'aime ", son premier message. L'ordinateur, quant à lui, se pilote grâce à un dispositif de commandes conçues pour exploiter les capacités résiduelles motrices et sensorielles des utilisateurs. Jacques pianote sur les touches du clavier avec une longue tige fixée à un casque frontal. Un myopathe dépourvu de force musculaire a recours à des contacteurs mono ou multitouches. Un paralysé dispose d'un tube placé au coin de la bouche et communique ses ordres en faisant varier par son souffle la pression interne de l'air... Ce logiciel qui se couple à une synthèse vocale, un numérisateur de voix humaine, un scanner d'images et un contrôle d'environnement, se greffe sur tout PC IBM ou compatible équipé de 512 kilo-octets de mémoire vive.
Ses concepteurs de la première heure, qui ont fondé, en 1987, l'association Logicom, ont aujourd'hui développé toute une série de logiciels propres à stimuler la capacité d'apprendre de chacun. Ils considèrent, comme Piaget, le psychologue de la petite enfance, que le processus de développement intellectuel est identique chez tous les êtres humains, handicapés ou non. " Ayant choisi comme premier terrain d'application des apprenants déficients intellectuels, nos produits ont été un socle éducatif très large et s'adressent à tous les publics dès l'âge de deux ans, explique Annie Barré. Ce challenge, qui marie toujours la voix, le son, l'image et le texte, donne à l'ordinateur des capacités éducatives attrayantes, sans risque d'échec ou de culpabilisation. " Il a débouché sur la confection de 50 logiciels, dont plus de la moitié respectent les besoins affectifs et cognitifs des enfants jusqu'à l'âge de douze ans.
Ainsi, une série de jeux éducatifs conçus pour des adultes polyhandicapés profonds - dont les capacités intellectuelles sont au stade présymbolique - s'est avérée tout à fait adaptée aux enfants normaux de un à deux ans. A base de graphismes colorés ou à colorier, ces exercices consolident les réflexes à la lecture d'une image, entrainent ceux de la mémorisation et accroissent les capacités motrices.
Les enseignants ou éducateurs peuvent adapter ou créer des exercices ou des jeux répondant aux différents niveaux de leurs élèves. Avec la gamme " Scan-auteur ", l'ordinateur devient même un outil de rééducation, d'apprentissage et de lutte contre l'échec scolaire. Par exemple, la machine à mots, avec son défilement progressif d'images, permet l'association d'idées et la relation de cause à effet ; Jim et Jimmie, les deux souris prisonnières d'un labyrinthe, éveillent les facultés de décision et d'anticipation ; le Pic-mot, où il faut rétablir l'ordre des phrases, favorise l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Le petit dernier, le langage Imagic, propose à tout béotien, via une puissante boite à outils, la possibilité de développements complémentaires et personnalisés : il a même été utilisé en milieu professionnel, à la Caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) de Nantes, en particulier, pour illustrer l'un de ses services.
Convaincus de l'intérêt de ces travaux, EDF et la technopole de l'Ouest ont octroyé des aides à la société Logicom. Ce qui permettra à son comité scientifique, composé de biologistes, neurologues, linguistes, informaticiens, de poursuivre ses recherches. Ils expérimentent des logiciels pour stimuler les fonctions psychosensorielles des traumatisés crâniens - évaluer la mémoire chez les personnes âgées, - expertiser les fonctions cognitives des personnes aphasiques, myopathes ou atteintes de la maladie d'Alzheimer.
Actuellement, 150 établissements de l'éducation spécialisée sont pourvus de logiciels Logicom ; une configuration complète sur Amstrad PC coûte moins de 20 000 francs. Et des contrats se signeraient par-delà l'Hexagone.
Chaque jour, Fraternité-matin, le quotidien officieux, annonce le nouveau record de la collecte " pour la sécurité et la paix " que le président Houphouët-Boigny a ouverte auprès des entreprises et des particuliers à l'automne : plus de 20 millions de francs à la fin de l'année. L'initiative est diversement commentée. Les uns y voient un aveu d'impuissance de l'Etat qui se décharge de ses responsabilités en en appelant au portefeuille de ses administrés pour lutter contre un banditisme général, lui-même sécrété par la crise sociale et économique. Les autres parlent d'un geste symbolique - " comme vos quêtes pour la recherche contre le cancer " - destiné à frapper les esprits.
" Depuis quelques mois, il y a dans ce pays une formidable prise de conscience, assure un diplomate. Les problèmes sont aussi nombreux et graves que naguère, mais il y a la volonté d'y faire face, même au prix de sacrifices. Le changement a commencé cet été, après un long séjour en Europe qui a ouvert les yeux au président Houphouët-Boigny. "
A son retour au pays, le chef de l'Etat décida que les doléances de ses concitoyens pourraient s'exprimer au cours des Journées du dialogue qui se tinrent à Abidjan en septembre. Ses vÓux furent exaucés au-delà de ce qu'il avait imaginé, et la situation échappa en partie au contrôle du Parti démocratique de Côte-d'Ivoire (PDCI), la formation gouvernementale chargée d'encadrer le grand défoulement de deux mille représentants de l'administration, des syndicats et de la classe politique. La presse ivoirienne a pratiquement fait le silence sur les vingt-huit discours prononcés en sa présence à huis clos, mais certaines interventions circulent sous le manteau.
Peut-être stimulé par la mésaventure de son épouse qu'avaient éconduite les militantes de l'Association des femmes ivoiriennes, dont elle est la présidente, Mr Joseph Aka Anghui, président de l'Union patronale de Côte-d'Ivoire, a exposé sans fard les craintes des chefs d'entreprise, dénonçant la fraude, la vénalité des juges, l'inefficacité de l'administration et les carences de l'Etat dont les impayés à l'égard des banques et des entreprises nationales dépassent les 6 milliards de francs.
Le plus long discours fut celui du professeur Marcel Ette, secrétaire général du SYNARES, syndicat de l'enseignement supérieur resté autonome. Il a évoqué la baisse du pouvoir d'achat des salariés et des paysans, les inégalités croissantes (10 % de la population possède 43 % des richesses selon un rapport de la Banque mondiale), la fuite des capitaux à l'étranger et - ces propos firent le plus de vagues - la nécessité d'appliquer la Constitution en vigueur depuis l'indépendance qui prévoit le multipartisme (tout comme le règlement de l'Assemblée nationale parle de l'organisation de groupes parlementaires qui n'ont jamais existé...).
A cela, Mr Houphouët-Boigny a répondu que le multipartisme, en l'état actuel des choses, était " une vue de l'esprit ", et, lui emboitant le pas, la majorité des députés a clamé que la fin du monopole du PDCI conduirait " au tribalisme et au régionalisme ". Dans les sphères du pouvoir, on fait valoir qu'à défaut de multipartisme il existe déjà un " pluralisme ", en raison de nombreux courants au sein d'un parti gouvernemental ouvert aux débats.
De fait, la réforme électorale de 1980, qui a remplacé la liste unique nationale par le scrutin uninominal majoritaire à un tour, permet qu'un seul siège soit brigué par plusieurs candidats du PDCI. Ils étaient 650 pour 147, il y a dix ans, et un familier du président nous assure l'avoir vu pleurer en apprenant la défaite de certains amis de sa génération, puisqu'il y eut 120 nouveaux élus. Bien que le renouvellement ait été moins important en 1985, le Parlement n'est pas complètement aux ordres, les électeurs prenant généralement un malin plaisir à éliminer les caciques au profit d'hommes moins marqués.
Ces considérations n'empêchent pas une partie des intellectuels, notamment dans le corps enseignant, de demander pourquoi l'Afrique n'aurait pas droit aux mêmes libertés que les autres continents. En l'absence de véritable opinion publique, il parait peu probable que les événements d'Europe de l'Est aient un effet déstabilisateur, mais ils sont déjà présents dans certains esprits.
Chef du Front populaire ivoirien (FPI), parti non reconnu mais dont on parle beaucoup à Abidjan, Mr Laurent Gbagbo vient d'adresser " aux responsables de partis et aux leaders d'opinion en Europe " un texte appelant à " une transition pacifique vers la démocratie ". " Le dégel Est-Ouest, y lit-on, les transitions démocratiques en cours en Amérique latine, en Afrique du Nord et dans l'Europe de l'Est peuvent nous aider sur ce chemin. "
Quand le ministre français de la coopération, Mr Jacques Pelletier, invite l'Afrique à " la construction de l'Etat de droit " (le Monde daté 7-8 janvier), il emploie des mots utilisés par Mr Gbagbo dans son manifeste. Ce langage est nouveau à Paris et, qu'on l'admette ou non officiellement, de nature à encourager les opposants modérés qui se manifestent aujourd'hui en Côte-d'Ivoire et dans d'autres pays africains.
Le cas de Mr Gbagbo, rentré en Côte-d'Ivoire en septembre 1988 et reçu par Mr Houphouët-Boigny après un exil de six ans, est une illustration de " l'absolutisme à visage humain " du doyen de l'Afrique francophone. Un homme d'affaires bailleur de fonds du FPI, Mr Innocent Anaky, a été interpellé en 1988, enfermé quelques jours dans la résidence privée du chef de l'Etat puis incarcéré et condamné pour " non-paiement de charges sociales et de droits de douane ". Mais, pour sa part, Mr Gbagbo touche un salaire de chercheur en histoire à l'université bien qu'il soit " placardisé " et il se sent assez intouchable, en ce moment, pour nous tenir à très haute voix des propos incendiaires dans la cour de sa villa.
Corruption, incohérence, tout y passe : " Les ministres, j'en connais beaucoup depuis l'université ; ils sont de mon âge et je sais d'où ils viennent. Vous trouvez normal qu'ils soient milliardaires au bout de quelques mois ? (...) A l'Est on adhère au PC, ici c'est un parti dit de masse. On est tous membres d'office. Il y a une retenue à la source pour la cotisation de tous les salariés : un dixième du salaire mensuel prélevé une fois par an. Donc moi, opposant, je cotise au PDCI, j'ai ma carte ! "
Ce fait et quelques autres sont mentionnés dans une étude qui fait grand bruit à Abidjan, celle d'un cabinet de consultants français (1) qui, sous le titre " L'après-Houphouët ", formulent plusieurs hypothèses sur la succession, depuis le consensus sur un nom dans la classe dirigeante jusqu'aux émeutes urbaines ou au putsch.
Agé de quatre-vingt-quatre ans, Mr Houphouët-Boigny ne parait pas décidé à se retirer. En nous déclarant : " Si j'ai la force de tenir, je reste " (le Monde du 28 décembre 1989), il a probablement mis un terme aux spéculations sur sa candidature pour un nouveau mandat à l'automne prochain. Il ne reste plus aux prétendants possibles à la succession qu'à cacher leurs rivalités derrière un unanimisme de façade dans l'exaltation de la pensée présidentielle.
Pour le moment, malgré son grand âge, le chef de l'Etat reste capable d'exercer sa fonction, en se ménageant. Mais, à la lumière de ce qui s'est passé en Tunisie, des députés ne s'interdisent plus d'évoquer l'hypothèse où " le président déclinerait comme Bourguiba ". Ces propos ne sont évidemment pas tenus en public. Lors des Journées du dialogue, les élus ont simplement prié Mr Houphouët-Boigny " de bien vouloir accepter une révision des dispositions de la Constitution au regard de l'article 11 ". Celui-ci stipule que le président de l'Assemblée nationale - actuellement Mr Henri Konan Bédié - assure l'intérim en cas de vacance du pouvoir, à charge pour lui d'organiser une élection présidentielle dans les soixante jours. Le prochain congrès du parti pourrait décider que le successeur intérimaire termine le mandat présidentiel, pour éviter une élection dans la confusion et la précipitation.
Pays relativement prévoyant et organisé, apparemment à l'abri d'un putsch en raison de la méfiance de Mr Houphouët-Boigny à l'égard de l'armée qui ne dispose que de 3 % du budget national pour ses dépenses d'équipement, la Côte-d'Ivoire souffre sur le plan politique de la peur de l'inconnu en cas d'empêchement brutal du chef de l'Etat. Celui-ci ne fait rien pour arranger les choses quand il fulmine : " Ceux qui sont prêts à me voir partir, je leur dis de faire très attention, j'ai une couronne (mortuaire) pour eux. "
La première erreur de Mr Houphouët-Boigny a été d'engager en 1987 un combat juste mais inégal contre la spéculation mondiale sur le cacao et le café, principales ressources du pays, celles qui provoquèrent son euphorie quand les cours triplèrent entre 1975 et 1977. Croyant en la poule aux Óufs d'or, les Ivoiriens multiplièrent les surfaces cultivées, sans se soucier du rendement ni d'un début de concurrence asiatique. Les immenses " tours ministérielles ", dans les ascenseurs desquelles des milliers de fonctionnaires se pressent comme dans le métro, rivalisaient en hauteur avec l'immeuble de la fameuse " Caistab ", la Caisse de stabilisation des produits agricoles, dont les profits finançaient 40 % du budget d'investissement ivoirien.
N'admettant pas l'effondrement des cours, à partir de 1986, le " président-planteur ", celui qui avait fait confiance aux paysans, contrairement à tant de ses pairs africains, décida la " grève des ventes " sur le marché international. Ce fut pour s'apercevoir, après des péripéties diverses, que l'on pouvait se passer de son pays. " La mort dans l'âme ", il s'est ravisé en octobre, ne garantissant plus aux 200000 producteurs ivoiriens qu'un prix réduit de moitié.
Les récoltes stockées ont été vendues à un cours inférieur à ce qu'il était il y a deux ans. Celle de la campagne 1989-1990 n'atteindra pas les 800000 tonnes de cacao dont on parle généralement. Les experts tablent sur 650000 tonnes, "la production s'étant déjà adaptée au marché". Les paysans, désemparés, ne cultivent plus comme avant, les exportateurs trainent les pieds en attendant que la "Caistab" leur verse les quelque 2,6 milliards de francs qu'elle leur doit sur la campagne précédente.
Tout en demandant la baisse des prix artificiellement garantis aux paysans, le FMI et la Banque mondiale - dont le concours est indispensable pour faire face aux énormes "besoins de financement" ivoiriens - ont songé quelque temps à une dévaluation de la monnaie, le franc CFA. Refroidies par ce qu'une expérience analogue - mais hors zone franc - leur a coûté au Ghana, les institutions de Bretton Woods ont un nouveau dada : la "réduction des coûts de production" dans tous les secteurs.
En principe, un plan d'assainissement, comportant la privatisation d'entreprises publiques et le renforcement de l'administration fiscale combiné avec la réduction des charges salariales dans la fonction publique, devrait déboucher sur un "programme de relance" dans deux ans. Le secteur privé français, qui n'investit pratiquement plus en Côte-d'Ivoire, est passablement sceptique, mais, au niveau de l'Etat, la France est associée à cette opération de sauvetage. Elle a promis deux prêts d'ajustement structurel d'un montant total de 1,3 milliard de francs pour la période 1989-1990.
"Les chiffres ne doivent pas masquer l'aspect politique, dit un responsable français. Les Pays-Bas et la Grande-Bretagne font preuve d'une hostilité systématique à la Côte-d'Ivoire dans les instances financières internationales." Les anciennes puissances tutélaires de la Malaisie et de l'Indonésie, principaux concurrents d'Abidjan pour le cacao et le café, ne seraient pas fâchées de voir s'effondrer la "vitrine de la décolonisation française" en Afrique. Paris parait toujours sensible à cet argument, mais certains Ivoiriens admettent eux-mêmes qu'ils ne pourront en jouer indéfiniment sans un propre effort de redressement.
Le comité directeur du Parti socialiste, qui se réunit à la fin de la semaine, aura pour tâche d'examiner la possibilité d'une synthèse entre les contributions générales soumises, depuis l'automne dernier, à l'attention des militants. Ces contributions étaient au nombre de neuf, mais nous ne présentons, ci-dessous, les principales propositions que de huit d'entre elles, Mr Olivier Stirn, ministre délégué au tourisme, ayant annoncé, le 7 janvier, son ralliement à Mr Laurent Fabius. Le premier ministre, Mr Michel Rocard, n'a pas signé lui-même le texte présenté par ses amis. Mr Pierre Mauroy, premier secrétaire du PS, n'a pas signé, lui non plus, de contribution, mais ses amis sont signataires, derrière Mr Michel Delebarre, ministre de l'équipement, de celle que ce dernier avait élaborée avec Mr Lionel Jospin. La réunion du comité directeur devrait confirmer l'impossibilité d'une synthèse et déboucher sur la présentation de plusieurs motions au vote des militants, en vue du congrès qui se réunira à Rennes à la mi-mars. Mr Fabius a confirmé son intention d'en déposer une, ce qui amènera MM Jospin et Mauroy, d'une part, Mr Rocard, de l'autre, à faire de même. Mr Louis Mermaz, président du groupe socialiste de l'Assemblée nationale, a indiqué, lundi 8 janvier, qu'il entend présenter la sienne. MM Jean Poperen, ministre des relations avec le Parlement, et Jean-Pierre Chevènement, ministre de la défense, déposeront chacun la sienne. Enfin, Mr Julien Dray et Mme Marie-Noëlle Lienemann, tous deux députés de l'Essonne, pourraient soumettre leurs idées au vote des militants soit séparément, soit, peut-être, ensemble.P. J.
- POLITIQUE ECONOMIQUE ET SOCIALE.
Rocardiens : assurer le juste partage à travers le pacte de croissance, développer de nouvelles solidarités par la revalorisation des revenus les plus bas, aller vers plus de justice dans les prélèvements sociaux et fiscaux, notamment par l'instauration du prélèvement social généralisé, rénover le service public.
Jospin-Delebarre : " faire du partage notre loi ", en redonnant aux salaires une dynamique plus forte que celle des revenus non salariaux, en faisant une place plus large à l'extension du salaire différé par le recours aux fonds salariaux ; conduire une grande réforme de la fiscalité, revoir la structure des prélèvements locaux et sociaux, établir une nouvelle fiscalité du patrimoine.
Fabius : rééquilibrer la croissance des revenus au profit des revenus du travail, réformer la fiscalité ; négocier et mettre en Óuvre rapidement un plan de modernisation et de revalorisation de la fonction publique, étendre les lois Auroux, mener une action en faveur de l'égalité professionnelle entre hommes et femmes, présenter au Parlement, chaque année, un bilan social de la nation.
Mermaz : réactualiser les procédures d'arbitrage et de médiation de l'Etat dans les conflits sociaux, réformer la fiscalité, établir une contribution sociale généralisée progressive sur l'ensemble des revenus, améliorer le service public, permettre au secteur public d'accéder au marché financier, assurer l'application des lois Auroux et créer un statut de l'élu social.
Poperen : créer les conditions d'un " nouveau compromis social " par une négociation biannuelle entre les pouvoirs publics, les chefs d'entreprise et les salariés au sein d'une commission centrale de partage du revenu national ; cette négociation porterait sur la redistribution du temps de travail et sur les salaires, dont la référence serait une indexation sur la croissance économique.
Chevènement : " fermer la parenthèse libérale " soit en " réorientant de l'intérieur la construction européenne ", soit en " jouant " mondial " le jeu de la France " ; assurer une répartition plus équitable des fruits de la croissance entre le capital et le travail, en liant contractuellement les revenus de ce dernier à la croissance économique ; relancer la politique industrielle ; réformer la fiscalité ; admettre que le secteur public ait des contours mouvants.
Dray : réformer la fiscalité, en accroissant notamment l'impôt sur les successions et l'impôt sur la fortune et en renforçant la progressivité de l'impôt sur le revenu ; réduire l'écart des salaires par leur augmentation différenciée ; réduire le budget de la défense afin de dégager des moyens financiers pour d'autres investissements ; définir une véritable politique industrielle et créer un capital public risque.
Lienemann : " redistribuer le pouvoir économique " dans l'entreprise et dans l'ensemble de l'économie, notamment en renforcant les règles qui garantissent la concurrence et limitent les ententes ; reconvertir l'industrie d'armement et abandonner progressivement la production d'énergie nucléaire ; assurer le partage du travail sur la base de trente-cinq heures hebdomadaires, privilégier les fonds salariaux et les salaires différés dans la redistribution de la croissance.
- LAICITE, IMMIGRATION.
Rocardiens : " la laïcité reste la valeur essentielle des socialistes " face à la montée des intolérances, des fanatismes, des intégrismes, des exclusions et des racismes.
Jospin-Delebarre : laïcité de l'école et de l'Etat contre les fanatismes et les intolérances, intégration des immigrés, " promouvoir " leur droit de vote aux élections locales.
Fabius : contrôler l'immigration en empêchant les entrées clandestines, accepter les immigrés en situation régulière et respecter leurs différences ; inscrire automatiquement sur les listes électorales les jeunes qui y ont droit ; " la laïcité est un ciment et un rempart ".
Mermaz : donner des moyens financiers à la politique d'intégration et lutter contre les ferments du racisme et de la xénophobie, accorder aux immigrés, après un temps de résidence en France, le droit de vote aux élections locales et accélerer les procédures de naturalisation.
Poperen : avancer hardiment sur la voie de l'intégration en en créant les conditions sociales et juridiques, notamment l'accélération des procédures de naturalisation ; envisager éventuellement l'octroi d'un droit de vote aux immigrés pour certaines élections locales ; lutter contre les progrès de l'intégrisme en assurant la liberté d'expression de toutes les croyances.
Chevènement : " la laïcité est la culture de la République " ; l'enracinement de nouvelles générations d'immigrants est une chance pour la vitalité de la France si les moyens sont pris d'une véritable intégration, qui passe par une politique massive systématique et rapide de naturalisation.
Dray : opposer une nouvelle dynamique laïque à la montée des fanatismes, assurer l'égalité des droits en accordant aux immigrés le droit de vote aux élections locales ; accès à la nationalité française pour tous les étrangers en situation régulière résidant en France depuis cinq ans.
Lienemann : préparer le droit de vote des immigrés aux élections locales par l'association de représentants des immigrés élus aux conseils municipaux.
- ENVIRONNEMENT.
Rocardiens : faire la synthèse entre le socialisme et l'écologisme, entre la croissance et l'environnement ; définir les conditions d'une croissance plus économe d'énergie, de matières premières et d'espace ; mettre en place un " corps de veille écologique " et un conseil national de l'écologie scientifique.
Jospin - Delebarre : intégrer pleinement les impératifs écologiques dans l'économie par des mesures législatives visant à assurer la sécurité de la production d'énergie nucléaire et la limitation de l'émission de gaz carbonique ; repenser l'aménagement du territoire et la gestion des ressources naturelles.
Fabius : le PS doit devenir le premier parti écologiste de France ; créer un observatoire des grands équilibres écologiques, un institut national de recherche et de formation sur les problèmes d'environnement et une agence pour la gestion et la maîtrise des ressources en eau.
Mermaz : préserver et entretenir le milieu naturel par une politique de l'environnement, un aménagement équilibré du territoire, la préservation et l'entretien des ressources fondamentales.
Poperen : respecter l'équilibre entre l'homme et la nature menacé par la logique productiviste du capitalisme comme par celle de la bureaucratie du Gosplan ; les socialistes doivent prouver que leur orientation et leur politique répondent aux préoccupations de l'opinion en matière d'environnement.
Chevènement : récuser le catastrophisme, mais contrôler les logiques à court terme par un développement planifié qui tienne compte du patrimoine commun (biosphère, atmosphère, espace, forêts, etc.) ; tenir un discours écologique capable de devenir hégémonique.
Dray : rechercher une alliance avec les Verts comme avec les anciens communistes ; l'Etat doit faire contrepoids à la course au profit lorsqu'elle détruit l'environnement et engendre de profonds déséquilibres dans l'aménagement du territoire.
Lienemann : l'écologie est le nouveau mode de développement à l'échelle de la planète ; renouveler la conception et la gestion de ressources communes, remettre en question le choix de l'énergie nucléaire en raison des risques majeurs qu'elle comporte.
- POLITIQUE ETRANGERE ET DEFENSE.
Rocardiens : " il nous faut gagner la bataille pour l'organisation de la planète " ; faire de l'Europe un espace économiquement puissant, progressivement unifié au plan monétaire et correctement protégé des formes sauvages et déloyales de concurrence internationale ; soutenir les forces qui, à l'Est, veulent conduire avec responsabilité la mutation de leur pays vers des sociétés démocratiques et solidaires.
Jospin-Delebarre : équilibrer les forces du marché en Europe par des institutions puissantes et démocratiquement contrôlées, et par une forte action communautaire ; élaborer un espace social, respecter les diversités régionales, développer des politiques structurelles ; les apports de capitaux aux pays de l'Est doivent être garantis par l'Etat ou par la Communauté ; " la France doit être au cÓur des initiatives qui feraient décroître la course aux armements " ; " garantir prioritairement le cÓur de notre dissuasion ".
Fabius : lutter pour l'instauration d'un ordre économique international plus juste et plus respectueux de la nature ; avancer vers le maximum de désarmement compatible avec la sécurité ; introduire plus de démocratie dans la vie de la Communauté européenne ; " la dimension sociale doit être la matrice de la Communauté " ; il faut renforcer la construction européenne et la réorienter " à gauche ".
Mermaz : les priorités de la construction européenne doivent être la dimension sociale, l'union économique et monétaire et la coopération dans le domaine de l'audiovisuel ; mener une action concertée au niveau européen en faveur des pays de l'Est ; contribuer à l'émergence d'un ordre économique international plus juste et plus solidaire ; participer activement aux négociations sur le désarmement sans, pour autant, que la France " baisse sa garde ".
Poperen : le PS doit agir pour harmoniser les positions et le comportement des diverses composantes du mouvement social de l'Europe des Douze ; proposer à l'ensemble de la gauche européenne une campagne pour le développement de l'emploi par une nouvelle répartition du temps de travail ; en choisissant la voie social-démocrate, l'Europe répondra aux aspirations des peuples qui, à l'Est, sortent du carcan bureaucratique.
Chevènement : l'Europe doit être réorientée économiquement, politiquement, culturellement ; la formule politique la plus adaptée est celle d'une confédération d'Etats démocratiques ; il faut donner corps à l'idée d'un " môle européen de défense ", fondé sur la dissuasion, afin d'aboutir à un niveau stable de sécurité, à un niveau d'armement réduit, en Europe ; il faut apporter aux évolutions à l'Est une réponse politique globale.
Dray : la solution aux problèmes que crée la construction européenne est dans le développement de l'Europe elle-même ; la libre circulation des capitaux ne peut être autorisée sans garantie ni contrepartie ; le Parlement européen doit devenir le véritable lieu de décision de la Communauté ; créer un parti socialiste transnational ; remettre en cause l'organisation de la défense.
Lienemann : démocratiser et redistribuer le pouvoir au sein des instances internationales ; réorganiser la politique de coopération ; remettre en cause le système de défense en réduisant les crédits militaires ; relancer l'union européenne vers la création des Etats-Unis d'Europe, en proposant au Parlement de Strasbourg un projet de constitution européenne.
- LE PARTI.
Rocardiens : élargir la base populaire du PS ; renforcer la démocratie interne, en appliquant la règle ( un suffrage militant égale un mandat " décentraliser les procédures de désignation des candidats aux élections, notamment européennes ; accorder plus de responsabilité au Mouvement des jeunes socialistes (MJS) ; associer davantage les sympathisants à la vie du parti ; renforcer l'action internationale du PS.
Jospin-Delebarre : respecter et renforcer le PS, abaisser les cotisations, notamment pour les jeunes et les chômeurs, décentraliser l'organisation, accueillir les sympathisants, renforcer les capacités de réflexion et d'expertise, notamment par la création d'une fondation de recherche et l'élargissement du groupe des experts ; resserrer le secrétariat national, élargir le comité directeur à l'ensemble des premiers secrétaires fédéraux.
Fabius : abaisser les cotisations, progresser vers la parité hommes-femmes dans les organes internes à terme de dix ans, organiser les sympathisants, instituer des conventions d'initiative militante, adopter le principe " un militant présent égale une voix ", créer un institut de formation national et international, réorganiser la fédération des élus, améliorer la coordination au niveau européen comme au niveau régional.
Mermaz : harmoniser les cotisations, respecter le quota féminin, organiser des conventions nationales ou départementales, associer les premiers secrétaires fédéraux aux travaux du comité directeur, accueillir les sympathisants lors de réunions de section publiques, améliorer le fonctionnement de la fédération des élus, renforcer la formation, développer les sections d'entreprise, créer une fondation servant à promouvoir un centre international de recherche, de rencontre et de formation.
Poperen : abaisser " drastiquement " les cotisations, associer les sympathisants à la vie du congrès, calculer les mandats sur la seule base des adhérents présents aux réunions de section, créer un bulletin quotidien et un centre de réflexion et d'études auquel serait associé un centre d'édition et de diffusion.
Chevènement : respecter le rôle des courants de pensée qui doivent élire leurs représentants à tous les niveaux ; resserrer et réorganiser le bureau exécutif et le comité directeur, réunir une convention nationale chaque trimestre, lancer une campagne d'adhésions massive, créer une organisation spécifique d'étudiants, améliorer la formation, adopter le principe " un militant présent égale un mandat ".
Dray : adopter le principe " un adhérent présent égale une voix " ; " il faut que la morale retrouve son compte dans le fonctionnement de notre parti ".
Lienemann : rendre le pouvoir aux militants, adopter le principe " un militant présent égale un mandat ", généraliser le vote à bulletin secret, permettre que mille adhérents répartis dans vingt fédérations puissent provoquer la réunion d'une convention nationale, diviser les grosses sections, limiter les cumuls, régionaliser et décentraliser l'organisation du parti, limiter à 50 % le nombre de membres du comité directeur choisis sur la base des courants, les autres l'étant sur celle des secteurs thématiques et des régions, associer les sympathisants, progresser vers un PS européen transnational.
Avec une espérance de vie supérieure à cinquante-sept ans, la Côte-d'Ivoire se classe honorablement parmi les pays à revenu intermédiaire, grâce notamment à d'efficaces campagnes de vaccination et à un approvisionnement satisfaisant des populations rurales en eau potable. Le budget de la santé y est presque le double de la moyenne des pays au sud du Sahara, mais les effets de la crise se font de plus en plus sentir dans le domaine hospitalier. On délivre des ordonnances, mais les médicaments sont à la charge du malade, sauf pour les cas de tuberculose et de lèpre. Pour se faire opérer, il faut apporter ses antibiotiques et ses produits d'anesthésie...
Une mutuelle des fonctionnaires palliait partiellement l'absence de sécurité sociale, mais elle est en cessation de paiements. Achevé au printemps, l'hôpital de Yopougon, troisième CHU d'Abidjan, n'avait pas encore ouvert ses portes à la fin de l'année parce qu'il manquait 8 millions de francs pour constituer le stock de médicaments indispensables.
Dans de telles conditions, l'arrivée du sida prend la tournure d'une catastrophe nationale, que les responsables ne cherchent plus à dissimuler. L'homme qui a pris le problème à bras-le-corps, le professeur Koudou Odéhoury, travaille au CHU de Treichville, l'ancien quartier des plaisirs nocturnes, aujourd'hui en sommeil à cause de l'insécurité et des autres malheurs du temps.
Le spectacle des familles de malades leur préparant les repas en plein air, au milieu du linge séchant à plat sur les pelouses, prévient tout de suite du caractère très relatif de la notion de service public. Mais ce joyeux désordre cesse aux abords du pavillon des maladies infectieuses. Les cadavres ambulants qu'on y débarque ne laissent aucun doute sur la nature du mal. Les cent lits du bâtiment sont occupés par les " pestiférés " de la dernière décennie du millénaire, et la " rotation " est rapide vu l'état de phase terminale dans lequel arrivent la plupart des victimes.
" Il y a déjà des problèmes pour se procurer de la nivaquine, alors, l'AZT, vous imaginez bien qu'il n'en est pas question, nous dit le professeur Odéhoury. Rien qu'ici, il y a trois nouveaux cas par jour. Il faut espérer qu'on trouvera un vaccin ou un médicament efficace, sinon nous allons vers un drame majeur. "
Les premiers chiffres officiels ont été donnés en octobre ; 1 500 sidéens pour une population de 12 millions d'habitants et 400 000 séropositifs. Selon une enquête réalisée en février 1989 sur 5 000 personnes, le taux de prévalence atteint 5 % dans les campagnes et 7,3 % dans les villes. " On a fait les examens à partir de l'âge de quinze ans, ce qui aboutit à une impasse sur les enfants nés de mères séropositives, et, croyez-moi, ça fait du monde ", avoue un haut fonctionnaire au ministère de la santé. Officiellement, on présente comme un fait étonnant qu'il y ait quatre hommes pour une femme parmi les malades recensés. " C'est tout simplement parce que la femme ne va pas à l'hôpital aussi facilement que l'homme, il n'y a là aucun mystère scientifique ", explique froidement le même responsable.
Faute de pouvoir offrir aux sidéens autre chose qu'un mouroir, l'accent est mis sur la prévention et l'information. Avec l'aide de la CEE, un dispositif de contrôle pour éviter la contamination par le sang devrait être en place d'ici à février. L'OMS contribue à la mise en service de petits centres de dépistage, où un examen revient à moins de 20 francs. L'US Aid a fourni plus de trois millions de préservatifs qui ont été distribués ; elle en a promis cinq millions supplémentaires.
Hélas devenu banal, le sida reste une maladie " honteuse ". " Je reviens de l'enterrement du fils d'un ami, nous dit un élu d'Abidjan. Tout le monde savait à quoi s'en tenir, mais on a fait comme si c'était la tuberculose. " Cependant le péril est maintenant présent dans les esprits. Les préservatifs sont exposés près de la caisse des pharmacies. Les femmes acceptent de plus en plus difficilement le " deuxième bureau " (la maitresse) de leurs maris. Jusque dans les lycées des affiches préviennent : " Le sida est là, il tue. " Une campagne confiée à une agence de publicité a été interrompue à Abidjan parce que l'image hallucinante d'un malade exposée devant les feux rouges de la ville a été jugée " mauvaise pour le tourisme ". Mais, sur les murs, à la radio et à la télévision, d'autres mises en garde vont avoir lieu.
Une équipe spécialisée répond aux appels au numéro 33-14-68, " Sida direct ". Elle a du travail. " Les gens admettent maintenant la réalité du problème ", dit un responsable. On appelle même des pays voisins...
Alors que l'élection présidentielle doit avoir lieu en avril, Mr Alan Garcia, l'actuel président péruvien, a décidé de relancer l'activité du pays, qui vit une crise financière profonde.
Depuis quatre ans et demi qu'il préside aux destinées du Pérou, Mr Alan Garcia a mené une politique économique hétérodoxe, très différente de celles que conseille généralement le Fonds monétaire international.
Le résultat n'a pas été merveilleux, c'est le moins qu'on puisse dire : après deux années de croissance forte provoquée par une relance de la demande, l'accélération de l'inflation a obligé le gouvernement à multiplier les mesures d'austérité. Le résultat ne s'est pas fait attendre : le Pérou a connu une grave récession, sans pour autant que se ralentisse une hausse des prix devenue vertigineuse.
L'élection présidentielle d'avril 1990 a donc toutes les chances de se dérouler dans un contexte économique désastreux. Candidat le mieux placé, l'écrivain Mario Vargas Llosa, droite libérale et adepte du libéralisme économique, a annoncé crûment son programme : lutte contre l'hyperinflation avec comme objectif de ramener la hausse des prix actuelle (presque 3 000 % par an) à 10 % seulement. Mario Vargas Llosa compte assainir l'économie et les finances publiques en vendant des entreprises d'Etat et en fermant la moitié des ministères. Les prix seraient libérés et, d'une façon générale, l'Etat interviendrait beaucoup moins dans l'économie.
Pour "ranimer la production et la consommation", Mr Alan Garcia a, de son côté, décidé de céder aux importateurs une partie des 700 millions de dollars de réserves de devises du pays et de les céder au cours officiel, c'est-à-dire au tiers de leur valeur sur le marché parallèle. Cette politique, qui facilite les achats à l'étranger et relance l'activité, est la même que celle qui avait été adoptée en juillet 1985 et qui provoqua la crise dans laquelle le Pérou se débat actuellement. Pourquoi donc Mr Garcia la reprend-il ? Ultime coup de poker ou tactique machiavélique ?
C'est cette seconde hypothèse que croit discerner la droite, qui accuse l'actuel président de compliquer délibérément la tâche qu'aura à assumer Mr Vargas Llosa, le futur "sauveur du Pérou". Critique sans fondement sérieux puisque rien ne dit que Mario Vargas Llosa pourrait l'emporter en cas de second tour sur une alliance des formations de gauche et de centre gauche qui soutiendra le candidat le mieux placé, celui-ci pouvant être Luis Alva Castro, du parti de Mr Garcia.
Les mesures de relance économique qui vont être prises ont probablement une explication plus simple : avant d'abandonner le pouvoir, en juillet 1990, l'actuel chef de l'Etat cherche à regagner quelques points de popularité, cela pour revenir sur le devant de la scène dans cinq ans.
Cette tactique peut échouer. Pour qu'elle réussisse, il faudrait en effet que les milieux d'affaires, les gros industriels - ceux que l'on appelle ici les douze apôtres - jouent le jeu et importent des produits et biens utiles à l'économie. Ils pourraient faire le contraire et spéculer avec les devises bon marché mises à leur disposition par le gouvernement. Après tout, les milieux d'affaires ont basculé dans le camp de l'opposition depuis que Mr Alan Garcia a essayé d'étatiser le sytème financier en juillet 1987.
La situation économique du Pérou apparait donc particulièrement noire. Un rapport du département de recherches économiques de la banque centrale de réserve a, par ses prévisions apocalyptiques, accru le malaise de l'opinion publique. Selon ce rapport, si le gouvernement maintenait sa politique actuelle qui consiste à tout bloquer (les prix, les tarifs, les taux de change...), le déficit des entreprises publiques serait tel que l'Etat ne pourrait bientôt même plus payer les salaires de ses fonctionnaires. De même serait-il impossible de faire fonctionner les services publics indispensables et d'importer les produits alimentaires essentiels à la vie quotidienne.
La crise grave - pénurie et banqueroute de l'Etat - qui en résulterait pourrait signer l'arrêt de mort de la démocratie lors du second tour de l'élection présidentielle.
Cette analyse souvent faite au Pérou apparait d'autant moins invraisemblable que le pays accepterait difficilement de voir la crise s'aggraver alors que, déjà, 1989 a été une mauvaise année. Le produit national a chuté de 13 %, et le niveau de vie des Péruviens est redescendu au niveau où il se trouvait au cours des années 60 ; tout cela allant de pair avec une aggravation du chômage.
Tel est le coût de la politique très peu orthodoxe menée par Mr Alan Garcia. Un coût tel que la question se pose de savoir si l'actuel président pourra tenir jusqu'au 28 juillet prochain...
Pour les passagers étrangers débarquant à l'aéroport d'Addis-Abeba, la surprise était de taille, jeudi 4 janvier : la salle des arrivées était pratiquement déserte. Pas un chat aux guichets où l'on délivre d'habitude, après moult questions et vérifications, les visas de transit. Personne pour fouiller les bagages que l'on contrôle, d'ordinaire, avec un soin paranoiaque, jusqu'au bouchon de stylo et à la brosse à dents.
Personne pour vous obliger à remplir la déclaration de devises. Personne non plus derrière la vitre du bureau des changes. Pas même la silhouette d'un de ces policiers en civil si aisément reconnaissables, qui vous suivent ostensiblement du regard jusqu'à l'achèvement des formalités.
Pour qui a déjà goûté à la fouille sévère et tatillonne des douaniers, militaires et autres fonctionnaires, la situation a quelque chose d'inoui et d'un peu angoissant. D'un haussement d'épaule, un soldat en treillis vous le confirme pourtant : aujourd'hui, c'est " entrée libre " en Ethiopie. Le régime marxiste du colonel Mengistu aurait-il été renversé ?
Non, bien sûr, et les rues de la capitale où les passants se pressent nonchalamment comme si de rien n'était, en témoignent. La statue de Lénine n'a pas quitté son socle. Mais, le gouvernement, pour la première fois depuis bien des années, aura été massivement nargué : selon des sources bien informées, un appel à la grève générale avait été lancé à Addis-Abeba en début de semaine, comité ad hoc et distribution de tracts à la clé. Un appel que les employés de l'aéroport ont suivi sans hésiter.
D'autres secteurs de l'Etat ont-ils été touchés par cette vague contestataire ? Il est trop tôt pour le dire. Cette grève inédite n'a fait, évidemment, l'objet d'aucun commentaire de la part des autorités.
Un élément défaillant sur le satellite Spot-2 a entrainé un nouveau report du trente-cinquième vol du lanceur européen Ariane, qui n'aura probablement pas lieu avant la fin de ce mois. Comme son prédécesseur, Spot-1, ce satellite doit transmettre des photographies de la Terre, utilisables par exemple pour la cartographie ou la gestion des ressources agricoles.
Prévu à l'origine pour la nuit du 10 au 11 janvier, le tir d'Ariane-4 avait déjà été retardé à la suite d'une anomalie dans la centrale inertielle, servant au guidage du lanceur (le Monde daté 7-8 janvier). Les tests se poursuivent, et la fusée devrait être déclarée bonne pour le service le 12 janvier s'il s'agit d'un problème de logiciel, ou le 16, au plus tard, si la centrale doit être changée, affirme-t-on à la société Arianespace.
Mais les techniciens qui procèdent aux dernières vérifications avant le lancement sur le pas de tir du centre spatial guyanais de Kourou ont détecté par ailleurs un mauvais fonctionnement de l'un des deux enregistreurs du satellite Spot-2 que devait lancer Ariane. " La bande magnétique n'a pas répondu immédiatement à un ordre de rembobinage. Lors de ce blocage, l'énergie électrique de commande s'est dissipée dans l'enregistreur. L'échauffement qui en est résulté a conduit à déclarer cet équipement inapte au vol ", annonce le Centre national d'études spatiales (CNES), dans un communiqué publié le 8 janvier.
Le remplacement de l'appareil nécessite le démontage du satellite, qui se trouve sous la coiffe du lanceur, et son retour dans les bâtiments de préparation proches du pas de tir. La nouvelle date de vol n'a pas encore été fixée, mais l'ensemble de ces opérations, le remontage de Spot-2 et les nouveaux essais exigeront probablement deux à trois semaines. Cependant, précise Arianespace, ce report " aurait peu d'impact sur le programme des lancements suivants ", dont le premier est prévu fin février. L'enregistreur magnétique, fabriqué par la firme américaine Odetics, est une sorte de magnétoscope utilisé par les satellites de télédétection Spot pour garder en mémoire les photos prises par leurs caméras, avant leur retransmission aux stations terrestres. Il avait déjà été modifié à la suite d'ennuis du même ordre rencontré sur Spot-1, prédécesseur et " jumeau " de Spot-2. L'un des deux enregistreurs de ce satellite avait, en effet, rendu l'âme prématurément, peu après le lancement, en février 1986. Le second, en revanche, commence aujourd'hui seulement à donner des signes de fatigue, alors que Spot-1 a déjà dépassé de près d'un an sa durée de vie nominale.
Les cosmonautes soviétiques Alexandre Viktorenko et Alexandre Serebrov, qui séjournent depuis le 8 septembre 1989 à bord de la station orbitale soviétique Mir, ont effectué, dans la nuit du mardi 9 janvier, une sortie de trois heures dans l'espace. Cette promenade extravéhiculaire, qui, selon le centre de contrôle spatial de Moscou, s'est déroulée sans incident, a permis aux deux hommes d'installer deux capteurs stellaires, destinés à améliorer la précision du système d'orientation de la station.
Placés sur le module d'astrophysique Kvant (arrimé le 6 décembre 1989), les capteurs ont été branchés sur le réseau des appareils automatiques du train orbital. Avant de regagner l'intérieur de Mir, les cosmonautes ont recueilli plusieurs échantillons du revêtement extérieur de la station, afin d'étudier l'action des rayonnements cosmiques. Quatre sorties dans l'espace devraient encore avoir lieu avant le retour sur Terre de l'équipage actuel, prévu en mars.
Deux Palestiniens, dont un garçon de onze ans, ont été tués, lundi 8 janvier, par les tirs de soldats israéliens lors de heurts avec des manifestants à l'occasion d'une opération de ratissage dans le village de Beit-Rima, en Cisjordanie, a-t-on indiqué de sources palestiniennes. Dans la région de Ramallah, près de Jérusalem, les autorités ont fait détruire cinq maisons de Palestiniens accusés d'avoir attaqué des " collaborateurs " présumés. L'armée a, en outre, procédé à une centaine d'arrestations.
D'autre part, à la suite de l'interdiction faite par les autorités à l'une des principales personnalités nationalistes des territoires occupés, Mr Fayçal Husseini, ainsi qu'à plusieurs syndicalistes palestiniens, de se rendre à l'étranger pendant trois mois, le Département d'Etat américain s'est déclaré " extrêmement inquiet ". " Au moment où toutes les parties devraient travailler à l'ouverture d'un dialogue israélo-palestinien, cette mesure envoie un mauvais message aux Palestiniens favorables au dialogue plutôt qu'à l'affrontement et à la violence ", a déclaré lundi le porte-parole du Département d'Etat, exprimant l'espoir que les autorités israéliennes reviendraient sur leur décision.
Membre du Likoud - le parti du premier ministre Itzhak Shamir - le maire de Tel-Aviv, Mr Shlomo Lahat, s'est, quant à lui, déclaré favorable à l'ouverture d'un dialogue entre Israël et l'OLP de Mr Yasser Arafat.
Nairobi, (AFP.). - La guérilla de l'Armée de libération du peuple du Soudan (APLS) a remporté " l'une des plus grandes batailles de la guerre " contre le pouvoir de Khartoum en détruisant, dans le sud du Soudan, une" brigade renforcée " de plus de trois mille soldats, a affirmé samedi 6 janvier la radio des rebelles.
L'unité Etoile brillante (Bright Star) de l'APLS a défait la brigade, jeudi, après six jours de combats, l'empêchant de rejoindre la garnison de Kajo-Kaji, dans la province de l'Equatoria de l'Est, a précisé la radio, qui, ajouté que la brigade était commandée par le général Isayah Paul, responsable de la zone militaire de toute la province de l'Equatoria de l'Est. La junte au pouvoir à Khartoum plaçait de grands espoirs dans l'envoi de cette force destinée à relever la garnison de Kajo-Kaji. Selon les rebelles, il avait fallu trois mois pour former cette unité de trois mille hommes équipés de matériel militaire sophistiqué. Si elle est confirmée par des sources indépendantes, l'anéantissement de cette force a effectivement détruit la " base " de la junte militaire de Khartoum dans l'Equatoria de l'Est.
La bataille de Kajo-Kaji - qui se trouverait actuellement sous le contrôle de l'APLS - est le premier affrontement d'importance depuis l'échec d'une seconde négociation de paix, le 5 décembre, entre Khartoum et les rebelles du colonel Garang. Elle démontre la futilité de toutes les démarches de paix dans le Sud, tant que la junte de Khartoum demeurera au pouvoir.
Une réunion sur la situation au Cambodge des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne et URSS) aura lieu les 15 et 16 janvier à Paris, siège de la Conférence internationale sur le Cambodge d'août dernier. Cette réunion, au niveau des vice-ministres des affaires étrangères, a été proposée par le secrétaire d'Etat américain, Mr James Baker, alors que les Khmers rouges ont lancé une offensive contre Battambang, la deuxième ville du Cambodge. Elle a pour but de trouver une solution afin de débloquer la situation dans ce pays en guerre depuis vingt ans.
" Bonne nuit ma douce femme, mon amour... Dieu t'a rappelé non pas pour t'enlever à moi, mais pour t'arracher à la cruauté et à la violence du monde. " Ce message pathétique de Charles Stewart fit pleurer les centaines de personnes qui assistaient aux obsèques de son épouse Carole, enceinte de sept mois et assassinée à ses côtés en voiture par un mystérieux jeune Noir, le 23 octobre, à Boston. Le 4 janvier, Charles Stewart s'est donné la mort en se jetant dans les eaux glacées de la rivière Mystic, dans la banlieue de la ville. Le mari modèle allait être arrêté pour le meurtre de sa femme.
Ce crime, digne d'une production d'Hitchcock a pris une résonance inattendue en raison des véhémentes protestations des leaders de la communauté noire de Boston. Ces derniers demandent des excuses, sinon même la démission du maire de la ville et du chef de la police. Ils s'en prennent également aux médias pour avoir sans hésitation accepté le récit de Stewart accusant un Noir d'avoir tué sa femme. Plus tard Stewart identifie un jeune noir, Bennet, qui avait déjà eu des démêlés avec la police. Ses dénégations n'avaient aucun poids par rapport à la parole de Stewart, la " victime " pleurant son épouse chérie qui, elle, était issue de la moyenne bourgeoisie blanche de la banlieue de Boston, la plus snob des cités américaines. Bennet fut arrêté. Après tout le récit de Stewart était plausible : à un feu rouge, un Noir avait bondi sur la voiture des Stewart, avait pris le sac de Carole, puis avait fait feu. Tirant d'abord une balle dans la nuque de la jeune femme, puis une autre dans l'estomac de Charles. Grâce au téléphone dans son véhicule, Charles alerta la police qui emmena le couple à l'hôpital. Carole devait mourir le lendemain, après avoir mis au monde par césarienne un enfant baptisé Christophe qui devait décéder quelques jours plus tard. Charles, quant à lui, s'en tira, non sans avoir subi plusieurs opérations.
Pour la police, se fondant sur ce récit, tous les Noirs de la banlieue devenaient des suspects, qu'il fallait interroger par les méthodes les plus vigoureuses. Les policiers s'y employèrent, soutenus par la presse qui dans son ensemble dénonçait le nouveau crime d'un Noir.
Le suicide de Stewart a évité à Bennet d'être inculpé, mais l'affaire reste encore obscure. Aucune arrestation n'a été opérée bien que, selon les autorités, Stewart ait pu être aidé par un membre de la famille pour l'exécution de ce crime longuement prémédité. Le mobile ? Apparemment, Stewart aurait voulu encaisser les 80 000 dollars de l'assurance-vie contractée pour Carole et dont il était le bénéficiaire en cas de décès.
Entre-temps les journaux, qui ne voulaient pas être en reste dans cette cascade de révélations et de contre-vérités, ont mené leur propre enquête. Ainsi, d'après certains articles Stewart aurait acheté des bijoux pour une jeune blonde travaillant avec lui. Un autre journal affirme que les frères et les sÓurs de Stewart, de connivence, avaient tué la jeune femme. Boston est devenue la proie de la rumeur. Les bruits les plus incroyables circulent. Certains concernent la victime : et si le père de l'enfant avait été un Noir ? D'autres se concentrent sur l'assassin : Charles était-il un cocainomane, avait-il d'énormes dettes de jeu ? En tout cas la jeune femme aurait dû savoir à quel genre d'homme elle avait affaire... Bref, le public, ayant eu le sentiment d'avoir été trompé, traine maintenant le couple dans la boue après l'avoir porté aux nues.
En tout cas l'affaire Stewart intervient après une série d'incidents au cours de l'année passée, dont l'assassinat d'un jeune Noir par des Blancs à Brooklyn au mois d'août, ou la vague de colis piégés dans les Etats du Sud, qui a fait deux morts le mois dernier. Et c'est assez pour que les dirigeants des communautés noires dans tout le pays s'inquiètent à nouveau d'une recrudescence potentielle du racisme aux Etats-Unis.
Les retombées diplomatiques de l'intervention américaine se multiplient. Saisie par le Nicaragua, l'Organisation des Etats américains (OEA) a estimé, lundi 8 janvier, dans une résolution, que la fouille de la résidence de l'ambassadeur nicaraguayen au Panama, opérée par les forces américaines le 29 décembre dernier, était une " violation des privilèges et de l'immunité diplomatique ". A Panama, la foule a pris d'assaut, lundi, l'ancien QG des forces militaires, tandis qu'un nouvel incident se produisait à l'ambassade du Pérou, où les troupes américaines ont encerclé pendant plusieurs heures la résidence de l'ambassadeur, où se trouveraient plusieurs collaborateurs du général Noriega. Par ailleurs, le nouveau président panaméen, Mr Endara, a demandé, dans une lettre adressée à Mr George Bush, une aide économique " d'urgence " de deux milliards de dollars.
" Allez-y ! C'est à vous ! " L'officier américain n'a pas le temps de terminer sa phrase : des centaines de personnes se sont déjà ruées à l'intérieur de l'ancien quartier général de l'armée panaméenne, en plein cÓur de la capitale. Le grand pillage commence et, en quelques heures à peine, lundi 8 janvier, il ne restera plus que les murs de cette gigantesque caserne, en partie détruite par l'aviation américaine dans la nuit du 19 au 20 décembre.
" Je n'avais jamais rien volé, dit, avec un grand sourire, un jeune ébéniste, Rigoberto Broce. Je vais prendre tout ce que je peux pour le vendre et gagner quelques dollars. J'ai quand même un peu peur : on va peut-être m'arrêter... " Et il éclate de rire en voyant la mine amusée d'un soldat américain qui récupère des grenades lacrymogènes abandonnées près de là. " On a besoin des gringos pendant quelque temps pour aider notre nouveau gouvernement et en finir avec les quelques petits groupes armés qui appuient Noriega ", ajoute-t-il. Sentiment visiblement partagé par de nombreux Panaméens qui n'hésitent pas à exprimer leur sympathie pour les " envahisseurs " , qui les ont libérés de la dictature du général Manuel Antonio Noriega.
Une véritable fourmilière dépèce méticuleusement les bâtiments et leur contenu. Beaucoup sont venus avec leurs outils : marteau, tournevis et même chalumeau ! On emporte les tables et les chaises du réfectoire, les lits métalliques à deux étages pris dans les dortoirs, les cuisinières, les réfrigérateurs, les climatisateurs, les vitres épargnées par le souffle des bombes, ect. Une armée de déménageurs improvisés dévale les quatre étages du principal bâtiment. Certains ont revêtu des uniformes trouvés sur place. La plupart des enfants ont un casque militaire sur la tête et d'autres portent même un masque à gaz. Les chassis des fenêtres, les portes, les lavabos, la robinetterie, la tuyauterie... rien ne résiste à la voracité des pilleurs. Le bureau général Noriega, emprisonné la semaine dernière aux Etats-Unis, excite la curiosité des visiteurs mais les Américains sont déjà passés par là et ont emporté tous les documents qui s'y trouvaient.
Tout se passe dans la plus grande harmonie, sans agressivité. Chacun travaille dans son coin et choisit son butin.
Sur le toit, près des énormes trous laissés par les bombes, un homme démonte une gigantesque antenne de télévision. Un peu plus loin, une dizaine de personnes dévissent les tôles de zinc du toit. L'église, qui se trouve un peu à l'écart, n'est pas épargnée non plus. Les belles portes de cèdre ont disparu comme les vitraux, la cloche et même l'autel.
Les plus malins ont pris possession du garage où se trouvent plusieurs centaines de véhicules : voitures de police, camions et même ambulances. Des mécaniciens s'affairent dans cette véritable mine d'or, démontent les roues, enlèvent les moteurs et abandonnent les caracasses. La plupart préfèrent procéder ainsi plutôt que d'emporter les véhicules, sachant que les autorités pourraient tenter de les récupérer par la suite.
Seule note discordante dans cette grande fête populaire : un sergent panaméen, responsable du garage, est atterré par ce qu'il considère comme un " gaspillage monstrueux ". " Les Américains, dit-il, ne nous ont même pas avertis qu'ils allaient abandonner la protection des lieux. J'essaie de sauver ce que je peux, mais les gens me disent : on récupère ce que le gouvernement corrompu avait volé au peuple. Ils n'ont pas tout à fait tort. " De fait, la plupart des pilleurs vivent dans les quartiers pauvres de la capitale, en particulier dans le " chorillo " qui entoure la caserne et a été en partie détruit pendant les combats de la fin décembre. " L'invasion a été terrible, reconnait un peintre en bâtiment, Roberto Gonzalez, mais elle était nécessaire. Certains ont perdu leur maison et il y a eu beaucoup de morts, mais nous avons gagné la liberté et on nous respecte aujourd'hui. " Il en tremble d'émotion et il cherche ses mots pour expliquer sa présence dans cette caserne - symbole de la dictature et de la répression : " Pour moi et pour tous ceux qui sont ici, dit-il soudain, c'est comme la prise de la Bastille ! "
L'administration Bush a, semble-t-il, ajourné son projet de surveillance navale au large des côtes colombiennes, pour freiner le trafic de la drogue. Le porte-avions américain John-Kennedy et le croiseur Virginia, qui ont fait mouvement, jeudi 4 janvier, en direction de la Colombie, " ont procédé à de simples exercices d'entrainement ", a déclaré, mardi 9 janvier, le porte-parole du département d'Etat, Mme Margaret Tutwiller, qui a ajouté, dans le but manifeste de rassurer les autorités colombiennes réticentes à l'égard de ce projet : " Nous n'envisageons pas un blocus. " Le Pentagone se proposait d'annoncer le plan de surveillance navale, en même temps que d'autres mesures antidrogue, telles que l'installation de radars au Pérou et en Bolivie, ainsi qu'un programme d'entrainement par les militaires américains d'unités antidrogue dans plusieurs pays d'Amérique latine.
Par ailleurs, en Colombie, de nombreuses rumeurs circulent sur l'imminence de la démission du ministre des affaires étrangères, Mr Julio Londono, qui serait en désaccord avec l'attitude de son gouvernement à propos de l'intervention américaine.
Les Etats-Unis ont fait savoir, lundi 8 janvier, leur satisfaction après l'annonce par le président Cristiani des poursuites engagées contre les militaires salvadoriens soupçonnés de l'assassinat de six prêtres jésuites et de deux autres personnes, à l'université de San-Salvador, le 16 novembre dernier. Quarante-sept militaires ont été consignés dans leur caserne et font l'objet d'une enquête, a indiqué, lundi, un officier à San-Salvador.
" Mr Cristiani a fait preuve de beaucoup de courage. Nous sommes satisfaits qu'il soit allé de l'avant dans l'enquête ", a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Mr Marlin Fitzwater.
Tandis qu'était ajourné le sommet africain sur le processus de paix en Angola qui devait se tenir à Luanda, le chef du premier mouvement nationaliste sous la colonisation portugaise, celui qui donna le signal de la révolte dès le début des années 60, Mr Holden Roberto, fondateur du Front national de libération de l'Angola (FNLA), a proposé un plan de paix au cours d'une conférence de presse à Paris, lundi 8 janvier.
Parce que " les événements en Europe de l'Est dévoilent les aspirations profondes des peuples à se doter librement d'institutions de leur choix ", celui qui a toujours fait profession d'anticommunisme malgré une alliance tactique avec Pékin, à l'époque de la rivalité sino-soviétique, veut que son pays s'engage dans un processus analogue à ce qui s'est passé en Namibie. Mr Holden Roberto propose l'organisation d'une table ronde réunissant " les représentants historiques du peuple angolais, signataires des accords d'Alvor " par lesquels, en 1975, le Portugal accorda l'indépendance après des discussions avec les différents mouvements nationalistes, dont faisait partie le FNLA. En vue d'élaborer une charte créant les conditions pour l'instauration d'institutions démocratiques et d'élections libres, il demande " la constitution d'une force multinationale des Nations unies composée de pays ayant toujours adopté une attitude de neutralité absolue dans le conflit angolais ".
Ensuite, pendant une période de transition de dix-huit mois, Mr Holden Roberto propose que le président Dos Santos " continue à assurer la continuité de l'Etat, en consultation permanente avec les leaders de l'UNITA et du FNLA, jusqu'aux élections libres sous la supervision du secrétaire général de l'ONU ".
Agé de soixante-sept ans, Mr Holden Roberto n'a jamais renoncé à jouer un rôle en Angola, bien que ses troupes, naguère actives, aient abandonné la lutte armée, après l'arrêt de l'aide américaine. Il s'appuie sur les Bakongos, qui peuplent le nord de l'Angola et la région frontalière du Zaire. Détenteur, nous a-t-il dit, de " plusieurs passeports de pays amis ", il séjourne en Europe, aux Etats-Unis et en Afrique. Son dernier voyage au Zaire remonte à juillet 1989 et il était en Côte-d'Ivoire de septembre à novembre. Bien qu'il ne dispose guère de moyens militaires, ceux qui le soutiennent en Europe font valoir qu'il pourrait aider à sortir de l'impossible tête-à-tête entre MM Savimbi et dos Santos.
Le ministère de l'intérieur a délivré, lundi 8 janvier, au mouvement islamique Ennahdha l'autorisation de publier un hebdomadaire dont le titre sera Al Fajr (l'Aube) et le directeur Mr Hamadi Jebali.
Mr Jebali est l'un des six membres du comité exécutif d'Ennahdha. Le mouvement espère avoir la possibilité de transformer par la suite l'hebdomadaire en quotidien. Al Fajr paraitra évidemment en langue arabe mais la publication de suppléments en français et en anglais est envisagée.
Si satisfaction est ainsi donnée à l'une des revendications des islamistes, la reconnaissance de leur mouvement en tant que parti politique ne parait pas pour autant très proche puisque les autorités ont, jusqu'ici, refusé d'enregistrer leur demande. Le contenu du futur hebdomadaire pourrait servir de test avant que ne soit franchi ce nouveau pas.
Le général Ibrahim Babangida a déclaré, lundi 8 janvier, qu'" il n'y a pas de fissures dans le mur" du Nigéria, répondant ainsi aux commentaires suscités par les importants changements qu'il a décidés, le 29 décembre, au sein de son gouvernement et du haut commandement militaire. Pourtant, lundi, les chrétiens de l'Etat d'Ondo, au sud du pays, près de Lagos, ont manifesté contre la "mainmise islamique" qui caractérise, selon eux, les nouvelles nominations. Ces manifestations ont été "contrôlées" et n'ont pas fait de victime.
Le redéploiement dans le haut commandement militaire a été marqué notamment par l'éviction du chef d'état-major interarmes, le général Domkat Bali, un chrétien de l'Etat de Plateau à qui le général Babangida lui-même a pris le fauteuil de ministre de la défense.
Le président Babangida a lancé un appel à l'unité lors de l'investiture du nouveau ministre de l'intérieur, le commodore Lamba Dung, et souligné qu'" il n'y a pas de problème" entre lui-même et le général Bali.
L'annonce du départ du général Bali, militaire le plus gradé du Nigéria et numéro trois du régime, consacre néanmoins un renforcement des pouvoirs du président Babangida, et on le compare déjà à un "coup d'Etat en douceur", notent les observateurs de Lagos. Ce départ, s'il s'accomplit avec dignité, est généralement considéré comme une disgrâce.
L'amplitude de ces changements et leur caractère inattendu pourraient laisser penser que le général Babangida a pris ces décisions pour parer à une "urgence" face à des contestations internes, soulignent les observateurs. "Pourquoi un président qui a déjà programmé son départ aurait-il besoin de renforcer à ce point son autorité?", concluent ces mêmes observateurs en rappelant que le général Babangida vient encore de réaffirmer sa décision de rendre le pouvoir à un président civil élu le 1er octobre 1992.
Le président somalien, le général Syad Barre, a dissous son gouvernement avant de procéder à un remaniement, a annoncé, mardi 9 janvier, Radio-Mogadiscio. Cette mesure intervient après la publication, vendredi, par Ogaal, l'organe du Parti socialiste révolutionnaire de Somalie, le parti unique au pouvoir, d'un appel en faveur de la démission du gouvernement, accusé de n'avoir pas réussi à faire face aux problèmes économiques et sociaux du pays. - (Reuter.).
Le comté de Nimba, dans le nord-est du Libéria, était toujours coupé, lundi 8 janvier, du reste du pays tandis que des dizaines d'habitants de cette région continuaient de fuir les violences, pour se réfugier en Côte-d'Ivoire ainsi qu'en Guinée.
Les forces gouvernementales sont engagées dans des opérations de " nettoyage " depuis le 24 décembre, date à laquelle des " dissidents ", accusés de venir de Côte-d'Ivoire, ont tenté de se soulever contre le pouvoir central. Les affrontements et la répression ont fait plusieurs centaines de morts, essentiellement des civils, selon les informations obtenues auprès des autorités libériennes et les témoignages de réfugiés.
L'assistance internationale s'organise pour venir en aide aux pays qui ont accueilli les réfugiés libériens. L'organisation humanitaire française Médecins sans frontières (MSF) vient ainsi de dépêcher deux équipes médicales et du matériel d'urgence dans la région de Danané, à l'ouest de la Côte-d'Ivoire, où se sont réfugiés plusieurs milliers de Libériens.
Le président Chadli a reçu lundi 8 janvier, à sa demande, Mr Abassi Madani, président du Front islamique du salut (FIS), principale formation islamiste en Algérie, autorisée à se constituer en parti politique. C'est la première rencontre officielle entre le chef de l'Etat et le " cheikh ", qui avait décliné une invitation à l'ouverture du dernier congrès du FLN, fin novembre.
Selon la radio algérienne, Mr Chadli a jugé cet entretien très utile pour " clarifier l'avenir ". Pour sa part, Mr Madani a déclaré à l'AFP que la rencontre entre le chef de l'Etat et le leader d'un parti qui revendique trois millions d'adhérents " ouvre de nouvelles perspectives et montre le niveau de la maturité politique atteint par l'Algérie ". Il a notamment été question des prochaines élections communales et provinciales, sur le bon déroulement desquelles Mr Chadli a donné des " assurances " au chef du FIS.
Cette audience a eu lieu dans un contexte politique et social caractérisé par la recrudescence d'actes de violence et d'intolérance attribués aux intégristes et dénoncés par les médias et les associations de femmes et d'intellectuels.
Le quotidien El Moudjahid de lundi rapporte qu'un étudiant de l'institut agrovétérinaire de Tiaret a été hospitalisé après des heurts avec des islamistes qui s'opposaient à la présence d'une jeune fille de la sélection nationale de judo dans une salle d'entrainement. Dans cette université, plusieurs concerts ont été annulés " sous la pression d'une catégorie d'étudiants qui réglementent tous au lieu et place des responsables ", rapporte El Moudjahid. A Alger, un concert de la chanteuse portugaise Linda de Suza avait été récemment annulé en raison de pressions analogues.
Dimanche, à Constantine, un colloque sur la démocratie a été annulé peu après son ouverture parce que des étudiants empêchaient de parler Mr Hocine Ait-Ahmed, chef du Front des forces socialistes, qui multiplie les meetings depuis son retour au pays et rassemble un public nombreux.
" C'est tout de même un comble : on a fait voter un mort ! Un électeur, décédé il y a cinq ans, a téléphoné à la commission électorale pour qu'on lui apporte une urne à la maison afin d'accomplir son devoir... " L'affaire, qui remonte au premier tour des élections locales en Lettonie, début décembre, nous est relatée par Anatoli Alexeiev, l'un des chefs de file du Front international (Interfront), l'organisation qui défend les intérêts de la minorité russophone. Il affirme que toutes les lois électorales ont été violées, que les listes ont été truquées et que les bulletins bidon foisonnaient. Dans un quartier de Riga, il a quand même obtenu l'annulation du scrutin ! " On parle de démocratisation mais c'est du bavardage car ce sont les mêmes pratiques que sous Staline et Brejnev, il faudra bientôt ériger des murs pour protéger les lois ! "
Alexandre Alexeiev est arrivé à Riga en 1935, avant la guerre, il avait cinq ans. Aujourd'hui, il constate que les Russes, les Biélorusses et les Ukrainiens immigrés (officiellement, pour fournir la main-d'Óuvre nécessaire à la réalisation des plans d'industrialisation extensive) sont victimes de discrimination à tous les niveaux : scolaire, universitaire, culturel et sur les lieux de travail. Le gouvernement ne gouverne que " pour une partie de la population, les Lettons. (...). On décide que Noël, le 25 décembre, sera désormais une fête d'Etat chômée. Mais les 48 % d'orthodoxes de la République fêtent Noël le 7 janvier, et ce jour-là, eux doivent travailler ! " A ses yeux, l'indépendance ne peut conduire qu'à la catastrophe : " Imaginez un peu ce que nous pourrions vendre à l'étranger : des arbres, du sable, de la boue ? On produit moins de viande qu'avant et on veut l'exporter vers la CEE qui en a déjà trop ? C'est absurde, ce n'est pas une centaine d'artistes excités qui vont décider de la sortie de la Lettonie de l'Union soviétique ! "
Même son de cloche en Estonie. Sur une population d'environ 1,5 million d'habitants, on compte 900000 Estoniens et 600000 immigrés (dont 26 % de Russes). L'Interfront local note que les emplois les moins qualifiés sont réservés aux Russes. Sauf bien sûr dans les entreprises " stratégiques " (nucléaire, armement), où ils sont en très large majorité, peut-être par sécurité... Dans l'administration, explique Alexandre Tarazykyn, on ne trouve pas de travail si l'on ne parle pas l'estonien. Il y a douze théâtres estoniens et un seul russe. " Ils sont chauvins et nationalistes, dit un autre, ce n'est pas la démocratisation, c'est l'apartheid. Dans le tramway, il ne faut pas trop attirer l'attention sur soi. Sinon, on peut être traité de " chien de Russe ! " En Estonie, Interfront a retiré 37 de ses candidats aux élections locales. " Curieusement, remarque Sergey Pasko, un Ukrainien, il fallait dans notre circonscription 60000 voix pour être élu. Dans les autres quartiers, à majorité estonienne, il en fallait entre 25 et 30000. C'est inadmissible. " Si les relations entre autochtones et immigrés sont parfois tendues, elles ne prennent jamais toutefois l'allure de rixes ou de batailles rangées. On vit plutôt chacun de son côté.
- Face à l'ampleur des destructions systématiques de son identité culturelle qu'a connues le peuple roumain au cours des dernières décennies, une Association pour la sauvegarde du patrimoine artistique et culturel roumain a été créée le 8 janvier à Genève. Ses animateurs sont d'ores et déjà en contact avec les autorités culturelles de Bucarest afin de déterminer en commun les besoins les plus urgents en ce domaine. Cette association, qui tient à marquer son caractère apolitique, s'est assurée des collaborations sur le plan international afin de réunir les moyens financiers et techniques nécessaires à son Óuvre de conservation et de reconstruction. Elle est placée sous le haut patronage de la princesse Margarita de Roumanie, fille ainée de l'ex-roi Michel.
Le premier des tribunaux militaires d'exception, dont la création a été annoncée à Bucarest (le Monde du 9 janvier) a siégé à Sibiu et prononcé sa première condamnation. Parallèlement, la répartition de l'aide humanitaire, considérable, parvenue dans le pays, s'organise et se rationalise peu à peu.
" Beaucoup avaient déjà revêtu des habits civils et ils nous avaient laissés tout seuls, comme des rats, monsieur le juge ! " Rien à faire. Pour sa première séance publique, le tribunal militaire d'exception, qui siégeait lundi 8 janvier à Sibiu, n'a pas retenu les circonstances atténuantes. Reconnu coupable de tentative de meurtre sur la personne d'un jeune officier de l'armée qu'il a blessé à la jambe avec son pistolet de service, Ion Bunda, cinquante ans, ex-major de la milice locale, a été condamné à vingt ans de prison et 600 lei d'amende (environ 350 F).
Moustache épaisse, Óil torve et visage flasque encadré par deux rouflaquettes trop longues, l'ancien officier de " police " - ainsi nomme-t-on désormais les hommes de la milice reconvertis - a bien tenté d'amadouer le tribunal militaire avec quelques larmes mais, peu servi par un physique de tyranneau de village, il a échoué. Plusieurs témoins sont venus à la barre affirmer que c'était bien lui, qu'ils l'avaient vu de leurs yeux tirer sur un groupe de soldats. Ion Bunda a encore essayé d'expliquer que son arme était partie toute seule : " Je n'ai jamais voulu faire ça !, s'est-il exclamé, Je n'ai jamais voulu tuer personne. On me traite comme un criminel et je n'en suis pas un. " Le procureur militaire le coupe : " Tu es sorti des bâtiments de la milice l'arme au poing ! Tu voulais donc tuer ! C'est une tentative de meurtre avec préméditation. " Finalement, l'avocat de la défense, le seul du tribunal en civil, a pris la parole : " On peut juger mon client pour tentative de meurtre. Je ne dis pas qu'il n'aurait pas pu tuer, mais je demande qu'on ne retienne pas la préméditation. La punition doit refléter la réalité des faits qui lui sont reprochés. " Fin de la plaidoirie.
A en juger par la version présentée lundi soir à la " télévision roumaine libre ", aucun témoin à décharge n'a été cité à comparaitre, aucune reconstitution du crime n'a été opérée et le fait que les événements en cause ont eu lieu le 22 décembre, le jour de la grande confusion nationale qui a précédé le départ du dictateur, semble plutôt avoir joué un rôle aggravant pour le sort de l'inculpé. Qu'il se soit laissé désarmer sans violence après son geste, alors qu'il restait onze balles dans son pistolet, et qu'il semblait pétrifié par son geste semble, en revanche, avoir été retenu par ses juges. " Le jugement est équitable et reflète la volonté du peuple ", a expliqué à sa sortie du tribunal un vieil avocat en retraite admis sur les bancs du public.
" On a été trop gentil avec lui ", ronchonnait un autre, camionneur de son état.
Les procès de ce genre vont se poursuivre. D'après les journaux de Bucarest, l'opinion publique les réclame et elle souhaiterait aussi y voir déférer non pas des lampistes, mais quelques têtes connues. " On prépare activement le procès de Nicu Ceausescu et d'autres ", précise-t-on au ministère de la justice.
Pendant ce temps, l'image de l'armée nationale, grâce à la télévision, monte au pinacle. Les jeunes " soldats du peuple " et leurs officiers, tous leurs officiers, sont présentés à longueur de journée comme de valeureux héros. Ils sont partout. Devant les ministères, certes, mais aussi sur les routes, dans les aéroports et ce sont eux qui veillent sur les stocks immenses de vêtements, de produits alimentaires et pharmaceutiques qui arrivent encore de l'étranger.
La ruche de l'hôtel Intercontinental de Bucarest, déserté ces derniers jours par un grand nombre de journalistes, est désormais prise d'assaut par des groupes de gens bien intentionnés, artistes, écrivains, disc-jockeys, des Français surtout, qui débarquent plusieurs semaines après la bataille, avec de l'aide d'urgence dont on voit mal que faire. " Si cela continue, ironisait une jeune femme médecin de la ville, nous allons devenir le premier exportateur mondial de produits pharmaceutiques ". La dernière idée à la mode, dans le hall du grand palace, était d'aller livrer en personne des médicaments en Moldavie. Là où pas un coup de feu n'a été tiré...
Stockée, pour l'essentiel, au parc des expositions de la capitale, l'aide internationale suscite évidemment les convoitises d'une population pour l'essentiel déshéritée. La télévision, qui a encore parfois des relents staliniensgênants, a présenté, lundi soir, la " confession " de deux pauvres bougres quinquagénaires pris la main dans le sac. L'un d'eux était précisément chargé de la garde d'un dépôt. " Des gens se présentaient comme médecins, infirmiers ou membres du Front, a-t-il raconté. Et tout le monde se servait. Je me suis dit, si c'est pour le peuple, c'est aussi pour moi. "
La répartition des produits semble désormais en voie d'amélioration. Les dispensaires, les hospices de vieillards, les crèches et les écoles primaires sont servis en premiers. Les produits alimentaires et les vêtements chauds qui restent sont affectés par la police économique et emballés par l'armée, puis expédiés dans les magasins et vendus. Le produit est versé sur un fonds spécial d'aide aux victimes de la révolution. Les choses, après le cafouillage bien naturel des premiers jours, semblent donc aller un peu mieux de ce côté.
Certes, affirme le général Bitlan, chef de la police de Bucarest, " beaucoup d'éléments n'ont pas encore compris les impératifs de la révolution ". En clair, " il y a encore des actes antisociaux, des petits vols surtout ". Mais ce qui préoccupe d'abord le grand général sous son épaisse chevelure grisonnante et bouclée, " ce sont les gens qui ont récupéré des armes pendant les événements et qui ne sont toujours pas venus les rendre ".
Pour autant et malgré les apparences un peu forcées, c'est moins la sécurité nationale qui pose problème au gouvernement du Front que l'économie. Poursuivant son Óuvre de libéralisation générale, le Conseil du Front de salut national (CFSN) a, par exemple, annoncé, lundi soir, un nouveau décret qui fait désormais de l'obtention d'un passeport un droit et non plus un privilège, ce qu'il était de facto sous la dictature. D'ici trois mois tous les citoyens qui en font la demande aujourd'hui se retrouveront titulaires du précieux document et pourront se rendre librement à l'étranger.
" Nous étudions en ce moment même les modalités financières de sortie à l'étranger ", a précisé un porte-parole. La question de savoir quel sera le montant de devises autorisées pour chaque voyageur est donc renvoyée à plus tard. Renvoyées à plus tard aussi les éventuelles diminutions d'horaires, sans réduction de salaire, réclamées par les mineurs roumains.
Ancien mineur de fond lui-même, le nouveau ministre de l'industrie a déclaré qu'il allait essayer de garantir, à l'avenir, " au moins deux jours consécutifs de repos par semaine à ceux qui descendent au fond ", révélant au passage que, dans certaines mines, le travail n'avait toujours pas repris lundi 8 janvier. Le responsable a également promis aux travailleurs concernés que les heures d'embauche, les dimanches et les jours de fête, seront désormais payées double. Invitant les mineurs à mettre de côté leurs rancunes personnelles contre les cadres - " Je suis bien placé pour savoir que c'est la dictature qui vous obligeait à travailler toujours plus pour respecter le soi-disant plan " - il a dénoncé le " système diabolique " qui globalisait la production et les salaires et il a promis l'introduction dans ce secteur d'un certain degré de méritocraytie.
Moscou (AFP). - Le journaliste soviétique indépendant Serguei Kouznetsov, qui avait été condamné à trois ans de camp de travail en novembre 1989 pour avoir notamment " calomnié " des responsables locaux du KGB, a été libéré lundi 8 janvier à Sverdlovsk (Oural), a annoncé l'un de ses proches, Mr Andrei Mironov.
Lors d'un appel téléphonique à l'AFP, Mr Mironov a précisé que le tribunal de Sverdlovsk n'avait finalement retenu à l'encontre de Mr Kouznetsov que le motif d'accusation d'" outrage à une personne ", passible d'un maximum de six mois de prison. Le journaliste ayant déjà passé dix mois en prison, il se trouve désormais libre. L'accusation de " calomnie " (de responsables du KGB) et de " résistance à la milice ", retenue à l'origine contre Mr Kouznetsov, a été levée, selon Mr Mironov.
Mr Kouznetsov, collaborateur à Sverdlovsk des bulletins dissidents Glasnost et Express-Khronika, avait été arrêté il y a un an. Relâché en août, puis à nouveau arrêté en octobre et condamné le mois suivant, le journaliste avait entrepris une grève de la faim, et son état de santé, selon Mr Mironov, est actuellement fragile.
Le Front de salut national envisage de convoquer une table ronde avec les nouveaux partis politiques de Roumanie pour préparer les élections libres, toujours prévues pour le mois d'avril. Selon le porte-parole du Front, Mr Aurel Munteanu, toutes les formations auront librement accès à la radio et à la télévision, et la tâche de la table ronde sera de définir le mode d'élection - au suffrage direct ou à la proportionnelle - des futurs députés. Le Front soutiendra des listes de candidats dans différents partis mais ne briguera pas en tant que tel les suffrages des électeurs, a indiqué Mr Munteanu, qui a toutefois précisé qu'il ne s'agissait pour le moment que d'" intentions ".
L'une des dissidentes les plus connues de l'époque Ceausescu, Mme Doina Cornea, a exprimé l'opinion que la révolution roumaine " risque d'être contrôlée par d'anciens communistes " et que l'heure est venue pour la population de manifester pour assurer " la continuation du changement ". Dans une interview accordée lundi 8 janvier à Cluj, cet ancien professeur de français affirme que des dirigeants de la Securitate circulent toujours dans les rues de sa ville - " Ils sont pratiquement libres " - et que des ouvriers avaient reçu des menaces indirectes leur demandant de " rester tranquilles et de ne pas fomenter des troubles ", ajoutant : " Personne ne sait d'où viennent ces menaces mais elles commencent à terroriser les gens. "
Par ailleurs, Mr Silviu Brucan, membre du bureau exécutif du Conseil du front de salut national, a déclaré, lundi 8 janvier, que dix mille personnes au maximum auraient été tuées au cours de la révolution roumaine. Le chiffre de soixante mille victimes qui avait été avancé correspondait, a-t-il précisé, à l'ensemble des exécutions opérées durant les vingt-cinq ans de pouvoir de Ceausescu.
- Une opération portes ouvertes " Livres pour la Roumanie - Aide aux bibliothèques " aura lieu les 20 et 21 janvier à la Maison de l'UNESCO à Paris. Un appel est lancé aux éditeurs, libraires, organismes scientifiques et culturels, étudiants, écrivains ainsi qu'au grand public afin qu'ils participent, par des dons de livres, à l'aide aux bibliothèques roumaines, gravement affectées durant plus de deux décennies de dictature et lors des récents événements.
Une table ronde consacrée à la question de la minorité musulmane de langue turque s'est ouverte lundi 8 janvier à Sofia, afin de calmer l'agitation qui a gagné la Bulgarie après la décision des nouvelles autorités de restituer aux membres de cette minorité leurs noms turcs.
Cette table ronde, dénommée " conseil social ", réunit les autorités officielles, des représentants de l'Union des forces démocratiques - qui regroupe onze mouvements indépendants et partis d'opposition - et des nationalistes d'une douzaine de villes où des troubles ont eu lieu la semaine dernière (le Monde du 9 janvier). Ces derniers, qui exigent notamment un référendum sur la question nationale, ont constitué un " comité populaire pour la défense des intérêts nationaux ".
Les travaux de la table ronde, qui se poursuivront pendant toute la semaine, doivent aboutir à l'élaboration d'un document de compromis qui sera soumis à l'Assemblée nationale lundi 15 janvier.
Les ministres des affaires étrangères bulgare et turc, MM Bovko Dimitrov et Mesut Yilmaz, par ailleurs sont arrivés lundi à Koweit afin de s'entretenir de la situation de la minorité de souche turque vivant en Bulgarie ou exilée en Turquie depuis l'été dernier.
Par ailleurs, la direction du Parti communiste a totalement réhabilité politiquement trente responsables du parti victimes de purges sous le régime de l'ancien numéro un, Mr Todor Jivkov, selon l'agence officielle BTA.
La situation reste tendue dans les Républiques caucasiennes de l'URSS. De nouveaux incidents ont été enregistrés au Nagorny-Karabakh, où, selon l'agence Tass, " les prises d'otages sont devenues plus fréquentes ". Le blocus de l'approvisionnement par voie ferrée de Stepanakert, le chef-lieu de la région, a repris la semaine dernière, et une explosion a endommagé, dimanche, un pont ferroviaire près de la ville d'Agdam, à proximité du Karabakh.
La tension s'est également étendue à l'Ossétie du Sud, une région autonome intégrée à la Géorgie. Selon l'agence de presse géorgienne, Grouzinform, jointe par téléphone à Tbilissi, " un bébé de neuf mois, de père géorgien et de mère ossète, a été exécuté de deux coups de fusil devant ses parents par des individus masqués " dans la nuit du 3 au 4 janvier, dans un village de la région autonome non loin de Tskhinvali. Selon un journaliste de l'agence, " presque tous les enfants géorgiens de la région ont été évacués ". Par ailleurs, un Ossète a été tué, dimanche, par l'explosion d'un engin explosif lancé sur sa maison, située en Géorgie, a-t-on appris, lundi, auprès du Front populaire d'Ossétie du Sud.
Commentant cette tension, le journal de Téhéran Ettelaat écrit que les responsables iraniens " regardent avec méfiance les tentatives de la propagande occidentale d'attribuer à l'intégrisme musulman l'origine des troubles dans les provinces soviétiques frontalières de l'Iran et d'évoquer ses graves conséquences sur l'intégrité territoriale de l'URSS ". Washington, poursuit le journal, " n'a rien à espérer de l'écroulement de l'URSS ni de la confrontation entre, d'une part, le peuple de ce pays et, d'autre part, son armée et son gouvernement ".
Tous ces événements renforcent les protestations des conservateurs. Tandis qu'une société de " Défense de Staline " se constituait à Gori, la ville natale du dictateur, en Géorgie, selon le journal local Molodej Gruzii, l'écrivain Alexandre Prokhanov écrit dans l'hebdomadaire conservateur Literatournaia Rossia que " l'URSS est aujourd'hui faible comme jamais ". Selon l'auteur, la suppression de l'idéologie " a privé les peuples (soviétiques) d'un avenir commun " et favorisé les mouvements nationalistes, tandis que les structures économiques, mais aussi l'armée soviétique, sont visées par ces processus de " destruction ".
Alexandre Prokhanov estime encore que la " théorie sentimentale de l'Europe, notre maison commune ", défendue par Mr Mikhail Gorbatchev, n'a conduit qu'à " détruire l'équilibre des forces intérieures en Europe, avec des conséquences imprévisibles ". Il déplore en particulier l'effondrement des partis communistes en Europe de l'Est ainsi que l'" unification inévitable de l'Allemagne " et conclut en dénonçant la " pensée libérale, nourrie d'une autre culture et d'une autre science politique ", qui se livre à " une expérience irresponsable " en URSS.
Leipzig était au rendez-vous, comme Karl-Marx-Stadt, Cottbus, Schwerin et d'autres villes encore : plusieurs dizaines de milliers d'Allemands de l'Est sont descendus lundi 8 janvier dans les rues pour reprendre les rassemblements qui avaient été suspendus pendant les fêtes. A quatre mois des élections, le gouvernement est averti : la pression pour un changement radical de système ne se relâchera pas.
A Leipzig, la ville-héros d'où étaient parties les premières grandes manifestations contre le régime Honecker en septembre, on se pressait comme aux beaux jours sur la place Karl-Marx, heureux de se retrouver là. Les groupes d'opposition et les comités de citoyens qui avaient organisé les rassemblements à la fin de l'année dernière avaient renoncé pourtant à tenir cette fois un meeting avant le défilé du Ring, craignant les surenchères. Qu'à cela ne tienne ! A défaut de micros, la foule scandait sur l'air des lampions : " A bas le SED ! " en battant la semelle en mesure dans la neige gelée. La clique des réunificateurs, avec sa marée de drapeaux noir, or, rouge, donnait comme d'habitude de la voix devant les caméras de télévision, et faisait interminablement reprendre en chÓur : " Deutschland ! Deutschland ! "
" Modrow démission ! " crie-t-on à Leipzig. On réclame la publication des comptes du parti, voire même la confiscation de ses biens. La promesse de ses dirigeants de donner des locaux et des moyens de communication à l'opposition, qui a été renouvelée lundi lors de la réunion de la table ronde entre les partis au pouvoir et l'opposition, n'est pas jugée suffisante. La lenteur du gouvernement à procéder à la dissolution de l'ancienne sécurité d'Etat (STASI), sa volonté de recréer tout de suite une nouvelle police de renseignement accentuent la méfiance. Beaucoup pensent que le SED n'a pas àenoncé à contrôler la société.
L'opposition a menacé lundi de quitter la table ronde si elle n'obtenait pas la preuve des intentions du gouvernement de liquider immédiatement l'ancienne STASI. Le rapport présenté devant la réunion par le chargé de mission du gouvernement pour la dissolution de la police de sécurité d'Etat - d'une imprécision notable, il est vrai - a été qualifié par ses représentants de véritable provocation. Ceux-ci ont exigé la convocation sur-le-champ du premier ministre, Mr Modrow, et de son ministre de l'intérieur afin d'obtenir des explications. Ils ont finalement accepté de donner un répit au chef du gouvernement jusqu'au lundi 15 janvier. En attendant, les travaux de la table ronde ont été suspendus. Les autres questions importantes à traiter, notamment la préparation de la nouvelle loi électorale, ont été renvoyées à des temps meilleurs.
Mr James Baker, le secrétaire d'Etat américain, se rendra les 6 et 7 février prochain à Moscou pour essayer d'aplanir les difficultés sur la voie d'un traité réduisant les forces nucléaires stratégiques, ont indiqué lundi 8 janvier des responsables américains. La visite de Mr Baker, qui envisage également de faire une visite à Prague, est la première de trois rencontres que le secrétaire d'Etat devrait avoir avec son homologue soviétique, Mr Edouard Chevardnadze, avant le sommet américano-soviétique qui doit avoir lieu cet été à Washington.
Les deux hommes se reverront, notamment le 13 février, à Ottawa, où s'ouvrira une conférence sur le projet " Cieux ouverts ", permettant à des avions d'observation des deux alliances de pénétrer l'espace aérien adverse.
Par ailleurs, un porte-parole de l'OTAN a rejeté officiellement lundi la proposition du Parti communiste est-allemand de réduire de moitié les forces armées des deux Etats allemands (le Monde du 9 janvier). " Nous cherchons des solutions globales aux problèmes de sécurité et de stabilité en Europe, et non la création de zones spéciales ", a-t-il affirmé. De son côté, Mr Hans Klein, porte-parole du gouvernement de Bonn, sans rejeter formellement ces propositions, a déclaré : " Nous ne prenons pas particulièrement au sérieux les propositions de Mr Gysi, qui n'a été élu à aucun poste gouvernemental. " " Mr Gysi serait mieux inspiré de s'occuper des problèmes actuels de l'Allemagne de l'Est, plutôt que de formuler des propositions spectaculaires ", a-t-il ajouté.
Le chef du Parti des républicains (extrême-droite) ouest-allemand, Mr Franz Schönhuber, a été refoulé lundi 8 janvier par les gardes-frontières de RDA, alors qu'il tentait de passer de Berlin-Ouest à Berlin-Est au passage de la Postdamer Platz. Les républicains avaient annoncé avec fracas ces dernières semaines qu'ils disposaient déjà en Allemagne de l'Est de militants organisés.
Les autorités est-allemandes ont de leur côté fait savoir qu'elles s'opposaient à la participation de tout parti d'extrême-droite aux prochaines élections. Cela n'empêche pas certains militants ouest-allemands de tenter de faire campagne en RDA. Lundi soir, lors de la manifestation de Leipzig, plusieurs d'entre eux étaient venus distribuer des tracts dans la foule.
- L'ancien numéro un Est-Allemand Erich Honecker, qui souffre d'un cancer des reins, a été hospitalisé dimanche 7 janvier à la clinique urologique de la Charité, à Berlin-Est, où il sera prochainement opéré. Mr Honecker avait subi la semaine dernière une tomographie des reins dans la même clinique. Selon des patients, " il semblait bien se porter, étant donné les circonstances ".
Malgré l'accession prochaine de la Namibie à l'indépendance vis-à-vis de l'Afrique du Sud, la société De Beers entend bien conserver et accroitre ses intérêts dans les mines de diamant du pays. Bien qu'en voie de raréfaction, les pierres restent d'une qualité exceptionnelle pour la bijouterie. En 1989, le groupe sud-africain a enregistré une baisse globale de 2 % de ses ventes de diamants non taillés, qui ont représenté un montant de 4,086 milliards de dollars (23,5 milliards de francs), contre 4,172 milliards de dollars (25 milliards de francs) en 1988, année record.
Bien protégée dans une vitrine, la représentation géographique de la Namibie éblouit sous les projecteurs. Des milliers d'éclats de lumière jetés par les centaines de diamants qui forment la carte de ce pays promis à l'indépendance très prochainement. L'une des principales richesses de cette nation en devenir, exploitée par CDM (Consolidated diamond mines), filiale à 100 % de la De Beers, la société diamantifère sud-africaine.
Oranjemund est le fief de CDM. Une ville de 7 500 habitants créée de toutes pièces en 1936 pour récupérer les précieuses pierres disséminées sur le littoral de cette côte désertique. Une étendue lunaire de 360 kilomètres de long jusqu'au nord du port de Luderitz et percée au sud par le lit de la rivière Orange qui marque la frontière avec l'Afrique du Sud. La cité minière a été édifiée, comme son nom l'indique, à l'embouchure du fleuve. Un gros bourg où l'on n'accède qu'avec un permis comme d'ailleurs dans toute la zone, profonde de 100 kilomètres, de la Sperrgebiet, sur laquelle CDM détient les droits exclusifs jusqu'à la fin de l'année 2010. Un secteur de 36 000 kilomètres carrés, vide d'habitants et étroitement surveillé par des patrouilles et des hélicoptères.
En fait, l'exploitation n'a lieu que sur le rivage, sur un ruban d'une centaine de kilomètres seulement, où les rivières ont déposé au fil des millénaires un butin charrié sur des centaines de kilomètres depuis les cheminées diamantifères au centre du sous-continent. Des cailloux convoités, aujourd'hui enfouis sous des mètres de sable ou d'eau qu'il faut aller dénicher. Les premiers ont été découverts en 1908 dans les environs de Luderitz, à même le sol. Après épuisement, les recherches se sont orientées plus au sud où, vingt ans plus tard, en 1928, les prospections ont été fructueuses.
CDM avait repris le relais du colonisateur allemand chassé par les Sud-Africains au début de la première guerre mondiale, en 1915. D'ici 2010, la plupart des diamants auront été extraits et ceux qui resteront coûteront trop cher à exploiter. A moins que pendant cette période de nouveaux moyens techniques permettent de récupérer au fond de l'eau un trésor gisant dans les algues et la boue. Les méthodes d'aspiration se sont révélées aléatoires, coûteuses et d'un rendement incertain, d'autant que l'océan Atlantique est très souvent agité.
On a bien essayé de faire reculer la mer en construisant un mur de sable impressionnant qui permet d'accéder aux fonds marins. Un travail de titan au cours duquel 13 millions de tonnes de sable ont été déplacées pour gagner 300 mètres sur une longueur de 600 mètres. Une construction précaire qu'il faut sans cesse renforcer et réparer après les assauts répétés d'une mer jalouse de son territoire.
Le littoral du désert namibien est sillonné d'énormes engins dont la tâche pratiquement unique est de déplacer le sable d'un endroit à un autre pour mettre à nu les rochers recouverts il y a bien longtemps par l'océan. Une exploitation systématique mètre par mètre, carré par carré, jusqu'à ce qu'une armée d'ouvriers équipés de pelles et de balais déblayent la dernière couche.
Toutes les infractuosités sont minutieusement nettoyées à la brosse afin de ne pas laisser échapper les pierres lumineuses qui auraient pu s'y glisser. C'est le seul moyen sûr que l'on ait trouvé pour opérer un ratissage parfait des poches ou fissures devenues autant d'écrins. Tous les autres se sont révélés peu appropriés sur ce terrain accidenté. Étonnant spectacle que ces chasseurs de trésor armés de balayettes opérant sous la surveillance de gardiens pour éviter la fauche. Difficile de savoir combien de diamants disparaissent dans les poches des quelque cinq mille employés. La direction se refuse à donner un chiffre, estimé entre 5 % et 10 % de la production totale.
Trois cent trente-six machines, dont une gigantesque pelleteuse, véritable usine mouvante, capable de déplacer un million de tonnes par mois, grignotent une couche de sable d'une profondeur moyenne de 20 mètres, souvent sédimentée, pour accéder aux joyaux ensevelis depuis des millions d'années. En 1988, 43 millions de tonnes ont été ainsi remuées pour pouvoir traiter 16 millions de tonnes de déblais permettant de récupérer 934 242 carats, soit environ 200 kilos de diamants (un carat égale 0,2 gramme). Au fil des ans la rentabilité diminue. Il faut désormais traiter cinq fois plus de matériaux pour obtenir la même quantité de diamants, par rapport à 1950. Les richesses s'épuisent mais les pierres restent d'une exceptionnelle qualité. Presque 99 % d'entre elles sont des gemmes, c'est-à-dire destinées à la bijouterie. Comme le souligne un responsable de la De Beers : " Le tri a déjà été fait par les rivières. "
Pour bien montrer qu'elle a confiance dans l'avenir du pays, la Société sud-africaine va ouvrir, vers le mois de juin de cette année, un nouveau site à Auchas, à 40 kilomètres au nord d'Oranjemund, pour exploiter le lit de la rivière. Une petite unité qui ne devrait rapporter que 43 000 carats chaque année. En revanche, un autre projet, plus au nord, à Elizabeth Bay, à 40 kilomètres au sud de Luderitz, devrait, dès la mi-1991, permettre de récolter 224 000 carats (44 kilos).
Autre preuve d'une certaine assurance en ce qui concerne cette nation en cours de gestation, le bâtiment de la CDM à Windhoek, la capitale, a été aménagé en juillet 1988 pour le tri et l'évaluation des diamants produits dans le pays. Auparavant, ces opérations s'effectuaient à Kimberley en Afrique du Sud. CDM continue toujours d'investir en Namibie, comme le prouve également l'ouverture à la fin de l'an dernier d'une mine d'or à Navachab, près de Karibib, au centre du pays. Une mine à ciel ouvert, dont CDM détient le tiers des parts, et qui permettra de produire près de 2 tonnes d'or chaque année.
Le directeur général de CDM, Mr Keith Whitelock, ne semble pas très inquiet pour l'avenir. Il voit d'un bon Óil une participation du futur gouvernement namibien dans le capital de CDM. Il espère simplement qu'il ne sera pas trop " gourmand ". " Je trouverais raisonnable une formule comme celle pratiquée au Botswana ", souligne-t-il. L'Etat y détient la moitié du capital à parité avec la De Beers. Un juste milieu afin de ne pas tuer la poule aux Óufs d'or. "
Les profits de CDM sont imposés à hauteur de 75 % et contribuent pour 15 % au budget de la Namibie. Cette société participe pour un quart aux recettes d'exportation et pour un peu plus de 10 % au PIB. Ses dirigeants affirment qu'ils injectent plus de 50 % de leurs investissements dans l'économie namibienne. De quoi faire réfléchir Mr Sam Nujoma, le futur président, et son organisation la SWAPO (Organisation du peuple du Sud-Ouest africain), qui, d'ici à la fin du premier trimestre de cette année, vont diriger l'ancienne colonie sud-africaine. Mr Nujoma a dit et répété qu'il était opposé aux nationalisations massives.
Reste à savoir comment les nouvelles autorités vont décider de partager le pactole du diamant illustré par cette carte de Namibie composée de cailloux scintillants. Elles ont besoin de la technologie et des capitaux de leur ancien tuteur pour ménager les perspectives d'avenir. On ne voit pas comment les futurs dirigeants pourraient se passer de ceux qu'ils ont si souvent par le passé accusés de piller les richesses de la nation.
Les nouveaux dirigeants communistes est-allemands, notamment le premier ministre, Mr Hans Modrow, et le président du parti, Mr Gregor Gysi, ont été violemment critiqués, lundi soir 8 janvier, par des manifestants en RDA, particulièrement nombreux à Leipzig. Des slogans sur la réunification de l'Allemagne ont été entendus à la même occasion. D'autre part, faute d'un accord sur la liquidation de l'ancienne police politique, la STASI, la table ronde entre le PC et l'opposition a été suspendue pour une semaine.
En France, la météo a ses spécialistes, qui tiennent la vedette dans les journaux télévisés. Au Brésil, ce sont des experts d'un autre genre qui apparaissent sur le petit écran, à l'heure du diner : ceux de la météo financière. Ils parlent de black, d'overnight, de bons du Trésor, de cours de la Bourse, avec la certitude d'être compris. Le Brésilien n'a pas plus qu'un autre la bosse des affaires. Mais comme la monnaie se dévalorise de 2 % par jour, il doit tout faire pour l'empêcher de se volatiliser. Il s'intéresse donc au cours de l'or et du dollar, qui sont des valeurs-refuges, et sait que le black, c'est la cotation de la devise américaine au marché noir. Il suit attentivement le taux de l'overnight, qui est le rendement au jour le jour de l'argent dans les banques.
Plus qu'ailleurs, les banques sont le nerf du pays. Bien avant l'ouverture de leurs portes, à 10 heures, des queues s'allongent sur les trottoirs. Elles sont aussi " populaires " que les magasins d'alimentation dans les économies de pénurie. L'argent ne pouvant pas dormir, il faut, sans cesse, le faire travailler, et décider, chaque jour, de la part qu'on retire pour ses besoins et de celle qu'on investit. Les clients ordinaires font la queue devant les guichets. Les autres, de leur bureau, parlementent chaque matin au téléphone avec leur banquier. Même situation au niveau des entreprises. Elles ont leurs " analystes " chargés de gérer la trésorerie. Plus que jamais, time is money. " Chaque heure compte, quand on a des liquidités ", dit un PDG.
Dans le commerce, autre gymnastique. Le client perd la tête devant la valse des étiquettes. Encore heureux quand les prix sont affichés. Souvent, il faut demander à l'intérieur ce qui n'est pas dit en vitrine. Le vendeur regarde alors le numéro de code de l'article choisi, et consulte un barême, qui change de plus en plus souvent. Il y a toujours deux prix. L'un, pour les paiements en espèces ou par chèque, et l'autre, gonflé de 40 ou 50 %, pour les paiements à crédit.
En France, la météo a ses spécialistes, qui tiennent la vedette dans les journaux télévisés. Au Brésil, ce sont des experts d'un autre genre qui apparaissent sur le petit écran, à l'heure du diner : ceux de la météo financière. Ils parlent de black, d'overnight, de bons du Trésor, de cours de la Bourse, avec la certitude d'être compris. Le Brésilien n'a pas plus qu'un autre la bosse des affaires. Mais comme la monnaie se dévalorise de 2 % par jour, il doit tout faire pour l'empêcher de se volatiliser. Il s'intéresse donc au cours de l'or et du dollar, qui sont des valeurs-refuges, et sait que le black, c'est la cotation de la devise américaine au marché noir. Il suit attentivement le taux de l'overnight, qui est le rendement au jour le jour de l'argent dans les banques.
Plus qu'ailleurs, les banques sont le nerf du pays. Bien avant l'ouverture de leurs portes, à 10 heures, des queues s'allongent sur les trottoirs. Elles sont aussi " populaires " que les magasins d'alimentation dans les économies de pénurie. L'argent ne pouvant pas dormir, il faut, sans cesse, le faire travailler, et décider, chaque jour, de la part qu'on retire pour ses besoins et de celle qu'on investit. Les clients ordinaires font la queue devant les guichets. Les autres, de leur bureau, parlementent chaque matin au téléphone avec leur banquier. Même situation au niveau des entreprises. Elles ont leurs " analystes " chargés de gérer la trésorerie. Plus que jamais, time is money. " Chaque heure compte, quand on a des liquidités ", dit un PDG.
La course contre l'inflation conduit à de hautes performances dans l'informatisation bancaire. Pas question, comme en France, d'attendre, pour un relevé de compte, un examen par microfilm et une photocopie. Quelques numéros frappés sur un ordinateur, et le relevé apparait sur-le-champ.
Dans le commerce, autre gymnastique. Le client perd la tête devant la valse des étiquettes. Encore heureux quand les prix sont affichés. Souvent, il faut demander à l'intérieur ce qui n'est pas dit en vitrine. Le vendeur regarde alors le numéro de code de l'article choisi, et consulte un barême, qui change de plus en plus souvent. Il y a toujours deux prix. L'un, pour les paiements en espèces ou par chèque, et l'autre, gonflé de 40 ou 50 %, pour les paiements à crédit.
Au supermarché, les clients font leurs achats dans le bruit des machines à agrafer les prix, qui sont sans cesse au travail. Les étiquettes s'accumulent sur les emballages et provoquent des confusions à la caisse. Y a-t-il encore des prix, d'ailleurs ? Réflexion courante : " Il n'y a plus de prix ! " Des différences de 50 %, voire de 100 %, existent d'un magasin à un autre, selon les dates de livraison, et la façon d'anticiper l'inflation. Autant, sinon plus, que la valeur réelle des marchandises, les facteurs psychologiques déterminent les prix, et les dérèglent. Un téléviseur, produit sophistiqué par excellence, peut coûter moins cher qu'un complet en lin, de bien moindre valeur ajoutée, parce que ses acheteurs se recrutent dans toutes les catégories sociales, alors que le second article n'intéresse qu'une clientèle privilégiée.
Si l'overnight sert à se protéger de l'inflation, il n'y a, pour la majorité des gens, aucun recours possible. Carlos, qui est chauffeur, et qui gagne deux fois le salaire minimum - le prix de deux kilos de viande ou de huit litres de lait par jour - dit qu'il reçoit sa paie le 10 de chaque mois, et que deux jours après, il est fauché. " J'achète aussitôt le riz, les haricots, l'huile du mois, je paie mon loyer et l'électricité, je rembourse le boucher qui m'a fait crédit, et je n'ai plus un sou. " Aussi, comme tous ses pareils, il emprunte. Mais à qui, si ses amis sont aussi pauvres que lui ? " A ceux, par exemple, qui ne paient pas de loyer, parce qu'ils sont propriétaires de leur baraque. " Il existe, au Brésil, une solidarité entre les plus démunis. Dans les favelas, celui qui n'a rien donne à celui qui possède encore moins.
Les hommes politiques, qui aiment les images, disent que les prix montent " par l'ascenseur " et les salaires " par l'escalier ". Les traitements étant réajustés chaque mois en fonction de l'inflation écoulée, toujours inférieure à celle qui est en cours, les pertes sont considérables pour les salariés. Seules les entreprises puissantes ou soucieuses de leur personnel - notamment les multinationales - s'efforcent de compenser la hausse des prix. D'un réajustement à un autre, les tensions sociales sont extrêmes. Elles le sont aussi dans le commerce, quand les prix sont réglementés, et donnent lieu à mille supercheries. On voit la quantité de lait diminuer dans les berlingots et, dans certains taxis, les compteurs tourner plus vite parce qu'ils sont " dopés ".
Le nouveau cruzado, lancé il y a moins d'un an avec fracas, à parité avec le dollar, n'en vaut plus que le trentième. Il coexiste de plus en plus avec d'autres monnaies. Les bons du Trésor réévalués chaque jour suivant l'inflation le remplacent comme unité de référence. " Nos clients utilisent pour leurs transactions des certificats de dépôt bancaire et des lettres de change ", dit Mr Germano de Brito Lyra, vice-président du Banco Nacional, l'un des principaux établissements du pays. La monnaie de substitution la plus fréquente, bien sûr, est la devise américaine, dont le taux officiel est inférieur de 60 % à celui du marché. Dans l'immobilier, on ne parle plus qu'en dollars, et les dentistes, avant de vous arracher une dent, font leurs devis dans cette monnaie.
Plutôt que d'hyper-inflation, celles-ci préfèrent parler de super-inflation, contribution originale des grandes surfaces au vocabulaire de l'économie. Grâce à l'indexation, les contrôles continueraient de fonctionner. " Nous sommes sur un escalator, dit un chef d'entreprise, où tout le monde monte en même temps " : les prix, les salaires, les retraites, les loyers, l'épargne, les valeurs financières. A ce titre, l'inflation réelle, selon notre interlocuteur, ne dépasserait pas la différence entre le taux du mois en cours et celui du mois antérieur. Une façon optimiste de voir les choses...
Pour beaucoup, l'indexation est une drogue, une anesthésie : le malade ne meurt pas, mais il ne guérit jamais. L'Etat est le premier coupable : pour financer un déficit public grandissant (9 % du PNB), il offre ses titres à des taux d'intérêt réel de plus en plus élevés. " Chez nous, en effet, c'est l'Etat qui définit les taux d'intérêt, au contraire des Etats-Unis, où ils sont établis par le marché ", dit Mr Germano de Brito Lyra. Le rendement effectif de certains placements bancaires atteint 30 % à l'année.
Résultat : beaucoup d'entreprises gagnent plus d'argent avec leurs applications financières qu'avec leurs ventes. Le premier groupe privé brésilien, Votorantim, a tellement d'argent de caisse qu'il paie comptant certaines de ses commandes - " ce qui ne se fait jamais ", dit l'un de ses fournisseurs. Les firmes peuvent s'autofinancer, mais la constatation s'impose que " la spéculation rapporte plus que la production " : beau slogan de campagne électorale, tarte à la crème de la plupart des candidats, pendant la récente course à la présidence.
Si beaucoup de PDG sont prospères, ils savent que leur bonheur est fragile. Ils ont de plus en plus de mal à utiliser leur machine à calculer. " La plupart des sous-traitants gonflent leurs devis, explique Mr René Vergne, délégué général d'Alsthom au Brésil. Ils prennent leurs précautions, ce qui aboutit à des distorsions de 30 ou 4O % dans les prix. Pour des investissements de longue durée, comme les nôtres, c'est dramatique : car la déformation initiale s'amplifie au cours des réajustements qui sont faits pendant les deux ou trois ans que dure, par exemple, l'équipement d'un barrage. Nous ne sommes plus compétitifs. "
Chacun est conscient que la " ronde financière " ne peut plus durer. L'argent brûlant les doigts, la consommation s'est accrue, au détriment de l'épargne, il y a eu surchauffe de l'économie. La dette publique interne s'est démesurément amplifiée. Conjuguée avec la dette extérieure, elle mène le pays à l'asphyxie. Tous les spécialistes recommandent des mesures draconiennes pour stopper la spirale : celles-ci n'iront pas sans sacrifices, autrement dit sans récession. On attend avec perplexité les premières décisions de Fernando Collor, le président nouvellement élu, qui prendra ses fonctions le 15 mars, et qui s'est illustré davantage, jusqu'à présent, par ses bravades que par ses idées.
L'inflation n'a cessé de grimper depuis quinze ans. " Quand elle a été de 50 % par an, j'ai cru que c'était la catastrophe ", dit Mr Alain Cole, l'un des directeurs de la succursale brésilienne d'Essilor. " Chaque fois, des seuils psychologiques ont été fixés, qui paraissaient infranchissables ". Les Brésiliens ont une grande capacité d'adaptation, mais celle-ci a ses limites, assurément.
La capitale de l'Estonie est sous la neige en cette fin d'année et la nuit tombe vers trois heures de l'après-midi. Malgré le froid - le mercure est largement au-dessous de -15o, - des files d'attente s'allongent devant presque tous les magasins, à peine éclairés. Les passants se pressent pour discerner ce qu'il y a sur les rayons car, de l'extérieur, on ne voit strictement rien : les vitrines sont recouvertes de buée ou de glace. Mais dans cette ville d'environ cinq cent mille habitants, avec une bonne dose de patience, on trouve l'essentiel : pain, lait, beurre, fromage, farine, sucre et charcuterie. Il y a du savon, un article qui n'existe plus à Léningrad depuis plusieurs mois ! Côté habillement et biens de consommation courante, c'est aussi plutôt mieux qu'ailleurs et c'est même du luxe par rapport à d'autres Républiques.
Longtemps du reste, les Soviétiques n'hésitaient pas à faire des centaines de kilomètres en train et en voiture pour aller faire leurs courses dans les pays baltes d'où ils rapportaient vêtements, aspirateurs et même des médicaments ! Mais les autorités estoniennes, lettones et lituaniennes ont mis le holà à ce "pillage". Pour acheter certains articles, on demande aujourd'hui au client de montrer son passeport. La solidarité socialiste a ses limites...
"Bien sûr, beaucoup de choses nous manquent, on ne trouve pas de bière, par exemple, depuis des semaines... Mais ce qui nous manque le plus, c'est la démocratie !" Mr Uelo Kaevats est l'un des responsables du Front populaire d'Estonie (FPE), le premier d'URSS, fondé et enregistré officiellement en octobre 1988. "Il fallait, dit-il, puisque Gorbatchev avait entrouvert la porte, créer de nouveaux mécanismes démocratiques, regrouper divers mouvements dans les domaines politique, économique et culturel, pour contrer les forces de la stagnation et le parti unique. Il fallait aussi défendre les aspirations de notre peuple à l'autonomie, à l'indépendance, à la fin de l'occupation." Dans l'esprit des Baltes, l'occupant ou l'immigrant, c'est bien entendu "le Russe", le pouvoir stalinien qui a annexé les trois Républiques en 1940 en vertu du pacte Molotov-Ribbentrop et mis fin à une vingtaine d'années d'indépendance (durant lesquelles la démocratie ne fut pas toujours la règle). En 1944, l'Estonie était peuplée de 95 % d'Estoniens. Ils ne représentent plus aujourd'hui que 60 % de la population. En Lettonie, il n'y a plus que 52 % de Lettons et Riga est une capitale "colonisée par les Russes, les Biélorusses et les Ukrainiens", qui ne sont guère aimés. Plus au sud, la Lituanie est, elle, pratiquement homogène, la proportion d'"étrangers" étant d'environ 15 %. Cela explique sa hardiesse par rapport à ses voisines et la décision récente de son PC de rompre avec le Parti communiste d'URSS, malgré les mises en garde de Moscou.
Il est évident que la Lettonie et l'Estonie doivent davantage tenir compte de cette communauté non balte qui fut encouragée à s'installer sur leurs territoires, principalement dans les années 50 et 60. Selon Mr Uelo Kaevats, " la plupart des immigrés russophones pensent que l'URSS est un ensemble absolument indivisible et uniforme". "Bref, ils croient au système alors que nous n'y croyons plus du tout. L'ennemi le plus redoutable, c'est la politique colonialiste de l'URSS. "
Le Front populaire d'Estonie, qui s'est taillé un beau succès aux élections locales de décembre, est une vaste mosaique de mouvements qui ont tous pour objectif à terme l'indépendance et la souveraineté. Les divergences portent sur les moyens de l'obtenir. Les plus radicaux, comme le Parti de l'indépendance nationale, voudraient faire vite et recourir au droit international pour tirer un trait définitif sur l'" occupation ", le pacte germano-soviétique et ses protocoles secrets. D'autres, modérés, sont partisans de la méthode parlementaire classique avec un référendum. Plus farfelu, le Parti royaliste a demandé le 27 septembre au roi de Suède, Carl XVI Gustav, d'adopter les Estoniens, qui furent sujets suédois au dix-huitième siècle. Mais ce nouveau royaume demeurerait membre de l'Union des Républiques socialistes soviétiques... " Nous savons que nous marchons sur le fil du rasoir, admet Mr Uelo Kaevats, mais si Gorbatchev veut vraiment démocratiser, alors prenons-le au mot : un Etat de droit en URSS suppose la libération des peuples baltes. Toutefois, personnellement, je pense que sa préoccupation première, aujourd'hui, est de préserver l'empire. "
Dans un premier temps donc, on fonde ses espoirs sur l'autonomie financière qui est entrée en vigueur le 1er janvier. " Il faut, disent les Verts qui jugent le Front populaire " trop mou ", que l'Estonie récupère le contrôle de 100 %, de ses industries et non pas seulement de 10 % comme aujourd'hui, le reste étant subordonné à Moscou. Dans les secteurs des transports, de l'énergie et des télécommunications, nous pouvons très bien conclure des accords commerciaux avec Moscou et l'administration centrale. Il faut que les liens avec l'URSS soient justes et non plus de type colonial ! (...) Dans la perspective de l'indépendance, on peut même envisager le maintien de bases militaires soviétiques sur notre sol. " Peu importe les " autres " et les " immigrés ", à ses yeux, " car ceux qui ont des racines dans un pays doivent être respectées". "Les Estoniens existent depuis cinq mille ans ! "
Ecartelé entre ces revendications nationalistes et l'inquiétude croissante des russophones, le Parti communiste estonien est sur la défensive. Partagé entre " libéraux " et " conservateurs ", il tente laborieusement de jouer la conciliation. L'article 6 de la Constitution sur son rôle dirigeant va être aboli. De l'avis même de ses responsables, le parti ne peut survivre que s'il devient socialiste et moins communiste. " Face à la vague de romantisme et aux illusions qui fleurissent de toutes parts, le PC doit être un élément stabilisateur. " Il veut rejeter tous les extrémismes, comme l'idée lancée par certains membres du Front populaire d'organiser un référendum sur l'indépendance. Seuls les Estoniens d'avant 1940 et leurs descendants pourraient voter. Toujours est-il que les communistes baltes, dont beaucoup ont rejoint le Front populaire, semblent à la dérive. A Tallin même, la section du PC comprend 70 % de russophones.
On retrouve les mêmes " idées séparatistes " et la même " hystérie nationaliste ", pour reprendre quelques formules récentes de la presse de Moscou, en Lettonie et dans la capitale Riga. Au sein du PC, où le mécontentement s'était longtemps exprimé sous le manteau et traduit par un désintérêt total des jeunes pour la politique, les idées pluralistes font leur chemin mais se heurtent à des réticences. Les nostalgiques et inquiets rendent leur carte. Les "optimistes" pensent que le PC peut favoriser la démocratisation. Beaucoup estiment que le comité central ne défend pas suffisamment les thèses de l'autonomie et de l'indépendance. Jusqu'à présent, le PC letton a opté officiellement "pour la souveraineté au sein d'une fédération soviétique renouvelée". Vice-président de la commission idéologique, Mr Jiris Goldmanis estime qu'à l'avenir "il faudra tenir compte des particularités historiques de chaque République de l'URSS et mettre fin à la centralisation économique, source des maux actuels". "En parlant de souveraineté et d'indépendance, on a toujours essayé de nous discréditer en rappelant notre passé bourgeois !"
Mr Goldmanis n'exclut pas une scission du PC letton. "Mais pour l'heure, ajoute-t-il, personne ne veut partir car laquelle des deux formations gardera les imprimeries et l'appareil technique ? Donc, tout le monde reste et c'est le statu quo. Les choses changeront peut-être lors du congrès de 1990."
Le Front populaire de cette République, fondé en 1988, est lui beaucoup plus musclé que la " filiale du PCUS ". Il est partisan d'un Etat souverain en dehors de l'URSS, après référendum. Mais, dit Mr Janis Dinevics, vice-président du Parti social-démocrate reconstitué, " nous devons prendre en considération et respecter les droits des minorités (48 % en Lettonie)". "En fait, en cas de consultation, ce sont elles qui décideront. (...) On ne peut améliorer le niveau de vie que dans un Etat " indépendant ". Sans pour autant couper les liens avec Moscou et ça, toutes les nationalités confondues commencent à le comprendre."
Les trois Républiques baltes ont entamé une partie de bras de fer avec le pouvoir " lointain " à Moscou. Mais, jusqu'à présent, force est de constater qu'elles ont obtenu à peu près ce qu'elles voulaient. A commencer par l'autonomie financière si contestée au départ dans les autres régions. On dit aussi que Mr Gorbatchev serait finalement disposé à entériner la rupture des liens entre le PC lituanien et le PCUS, puisque les dirigeants de Vilnius entendent ainsi accélérer la perestroika et montrer comment un PC local peut se renouveler et redevenir populaire. Ce pas, compte tenu de la composition ethnique différente de leurs Républiques, communistes estoniens et lettons ne paraissent pas disposés actuellement à le franchir mais les contacts se multiplient avec les Lituaniens. Leurs congrès respectifs auront lieu en février et en mars. " On a deux mois pour voir... ", murmure-t-on avec le sourire à Tallin et Riga. En dehors de quelques esprits surexcités qui réclament déjà la formation d'un " gouvernement alternatif " pour remplacer le " gouvernement d'occupation " actuel, les Baltes semblent avancer habilement. Notamment, disent-ils, grâce à des opérations de lobbying haut de gamme dans toutes les instances du parti, du Soviet suprême et du Congrès des députés du peuple à Moscou.
- La navette américaine Columbia a décollé, mardi 9 janvier à 7 h 35, heure locale (13 h 35, heure de Paris) du pas de tir 39-A de Cap Canaveral (Floride). Le lancement avait été retardé depuis la veille par le temps nuageux. L'équipage de cinq personnes doit larguer un satellite de communication militaire et tenter de récupérer un satellite d'observation scientifique, le LDEF, en orbite autour de la Terre depuis six ans.
Quarante-huit heures après l'arrivée à Paris de soixante-deux enfants roumains adoptés par des familles françaises, Marc Hourtal, quarante-deux ans, agent commercial, comparaissait, lundi 8 janvier, devant la 11e chambre correctionnelle du tribunal de Créteil (Val-de-Marne), pour avoir tenté d'escroquer onze familles, en demandant 30 000 F à chacune, en juillet 1989 afin de financer une accélération des formalités d'adoption.
Depuis samedi, Jean-Claude Eisnitz est souriant. Il est allé à Orly accueillir l'enfant qu'il attendait depuis si longtemps, et tout le reste lui apparait maintenant comme une suite de mauvais souvenirs. Aussi, c'est sans passion qu'il explique aux juges comment il a rencontré Hourtal. " Depuis le début de l'année 1989, aucun enfant ne sortait plus de Roumanie. On s'est battu, intervenant au plus haut niveau ", raconte Mr Eisnitz, qui était en relation avec l'Elysée et les affaires étrangères.
Mais, quand on lui a parlé d'un personnage plus obscur, disposé à apporter son concours, il n'a pas hésité : " Nous étions prêts à essayer toutes les possibilités. " Marc Hourtal le reçoit une première fois, sans lui parler d'argent. Au deuxième entretien, il dit à Mr Eisnitz qu'il avait rencontré Mr Chaban-Delmas à Bordeaux, qui a lui-même pris contact avec le secrétaire général de l'Elysée. Une mission diplomatique, dont Hourtal ferait partie, doit s'envoler le surlendemain pour Bucarest, et l'affaire est donc en bonne voie.
Dernier détail : afin d'amadouer les fonctionnaires roumains, il faut que chacune des onze familles pour lesquelles il interviendra lui verse 30 000 F par enfant, dont 15 000 F dans l'immédiat. " Cela ne me choquait pas, admet Mr Eisnitz, c'est tout à fait dans la mentalité roumaine. "
Toutefois, l'attitude de cet homme qui a le bras si long, l'inquiète et, tout en invitant les familles à se rendre au rendez-vous de ce précieux intermédiaire dans un hôtel d'Orly, il donne plusieurs coups de téléphone : à Bordeaux, comme à l'Elysée, on lui répond que l'on ne connait pas ce Mr Hourtal, et la police judiciaire est prévenue. " J'avais des possibilités, j'avais des contacts politiques ", insiste Marc Hourtal, en affirmant : " J'avais le vÓu et le souhait d'intervenir. "
Avant la révolution roumaine, il a écrit, depuis sa prison, à Me François Massot, le conseil de Mr Eisnitz et de l'association Enfance et Familles d'adoption, partie civile, pour se justifier en ces termes : " Mes pensées étaient saines, j'étais sensibilisé et motivé. "
Me Massot n'en croit pas un mot et considère Hourtal comme " un individu qui torturé les familles ". C'est aussi l'avis de Mr Georges Alexandre, substitut du procureur de la République, qui demande trois ans de prison, en s'adressant à Hourtal : " Vous avez souillé les sentiments les plus sacrés : la confiance des familles, leur détresse et l'innocence des enfants. Vous vous êtes servi de tout cela pour faire de l'argent. "
Marc Hourtal n'est-il donc qu'un escroc? Ce n'est pas le sentiment de son avocat, Me Daniel Richard, qui présente son client sous un éclairage différent, tant est fréquent de rencontrer ces personnages " atteints du virus de la politique ", toujours prêts à proposer une intervention, une recommandation avec un solide appui, sur un simple coup de fil.
Entre 1977 et 1983, Hourtal aurait été, selon son avocat, conseiller municipal et adjoint au maire de Signy-Signets, en Seine-et-Marne. Depuis, il a, en vain, sollicité d'autres mandats qui auraient pu le faire accéder aux " hautes sphères " de la politique. Alors, il collectionne les réponses des ministres à ses vÓux de Nouvel An pour en faire des montages destinés à le valoriser ; et, en 1986, Hourtal vendait de fausses cocardes tricolores aux mandataires des Halles qui voulaient emprunter la voie prioritaire pour se rendre à Rungis.
" Il a voulu jouer dans la cour des grands, alors qu'il n'en a pas les moyens, explique son avocat. Il est de ceux qui gravitent dans le troisième cercle de la politique. C'est la malencontreuse occasion qui a fait le larron. "
Jugement le 22 janvier.
- Le schéma qui illustrait l'article de Mr Jacques Testart dans le dernier supplément "Sciences-médecine" (du 3 janvier) était tiré de la revue médicale Gyn-Obs (numéro daté du 1er novembre 1989).
Ils sont revenus, les fameux pistolets de Pouchkine qu'Amboise avait dû offrir à l'Union soviétique, à l'occasion de la venue de Mr Mikhail Gorbatchev le 4 juillet 1989. Les deux armes dans leur coffret voyageaient par la valise diplomatique et l'ambassade soviétique à Paris aurait joué un grand rôle dans l'heureuse conclusion de cette affaire. Les pistolets, qui ont passé six mois dans une bibliothèque du musée Pouchkine à Leningrad, sont attendus tout prochainement à Amboise, et le maire, Mr Chollet, a l'intention d'organiser à cette occasion une cérémonie solennelle.
Les armes devraient retrouver leur place dans la vitrine du Musée de la poste, où elles étaient exposées depuis vingt ans. " Les Soviétiques ont tenu leur promesse. Ils n'ont pas fait preuve de légèreté, car le prêt se terminait au début de cette année ", commentait, lundi 8 janvier, le maire, qui, en plus, devrait voir revenir le livre de construction du château d'Amboise, un manuscrit du quinzième siècle vendu aux enchères pendant la Révolution et enfoui dans une bibliothèque de Leningrad.
Cette rocambolesque affaire d'emprunt russe avait fait grand bruit dans l'Hexagone ainsi qu'à Amboise, la ville qui était alors déchirée par les suites des élections municipales. Mr Michel Debré, l'ancien maire, avait été le premier à crier " au voleur ". Il est vrai que le principe de l'enlèvement avait paru cavalier, puisque le conseil municipal n'avait pas eu le temps de se réunir pour en débattre.
Son successeur avait eu toutefois la prudence de prendre un arrêté qui fixait bien à six mois la durée du prêt. Les armes qui ont servi au duel lors duquel le poète russe Pouchkine trouva la mort à Saint-Petersbourg en 1837 étant de retour comme promis, Amboise devrait normalement récupérer deux tableaux de Picasso que le ministère de la culture française lui avait promis en échange du prêt.
Proche de Tulle, la communauté catholique du village de Saint-Clément (Corrèze) est en émoi. La chapelle des Plats, propriété privée depuis la Révolution, mais frappée de la "servitude" d'ouverture au culte paroissial, a été vendue par son propriétaire, Mr Marcel Bordas, qui ne pouvait plus en assurer l'entretien. La vente a été faite à une association de catholiques traditionalistes proches de Mgr Lefebvre.
La municipalité (communiste) de Saint-Clément, surprise par la rapidité de la transaction, n'a pas eu le temps d'envisager l'acquisition. L'évêché de Tulle a tenté - trop tard - de se porter acquéreur. Le vendeur assure que la "servitude" d'ouverture au culte catholique figure dans l'acte de vente, mais les villageois redoutent que l'accès de la chapelle ne se ferme, au seul profit des intégristes.
Les nouveaux propriétaires vont célébrer leur acquisition, le 21 janvier, par un office solennel à l'occasion de l'anniversaire de la mort de Louis XVI.
Le Père Meyssignac, délégué épiscopal à l'information de l'évêché de Tulle, a publié un communiqué très sec sur cette affaire : "L'accord de l'évêque de Tulle n'a pas été demandé. Le vendeur averti n'en tient aucun compte. Seule la responsabilité de celui-ci est en cause. En dépit de leurs affirmations, les candidats à l'achat ne sont pas catholiques. En effet, aux termes des plus élémentaires définitions, être catholique suppose un lien avec le pape et les évêques unis au pape. Ce n'est manifestement pas le cas.
Hospitalisée à Marseille, Maud Crose, une enfant de sept ans, originaire de Santa-Lucia-di-Moriani (Corse) attend depuis plusieurs jours une greffe de poumons sans laquelle elle ne pourra survivre. Atteinte de mucoviscidose (1), Maud est actuellement sous respiration artificielle dans le service du professeur Michel Carcassonne (service de chirurgie infantile, hôpital de La Timone). L'affection dont elle souffre ayant atteint un stade très évolué, seule la technique mise au point il y a peu par deux équipes de chirurgiens parisiens et marseillais (le Monde du 16 janvier 1989) permettrait de la sauver. Cette technique, qui consiste à implanter deux poumons, est d'autant plus délicate qu'elle concerne des enfants amaigris et fragilisés.
L'appel lancé par les parents de Maud était, mardi matin, resté sans réponse. Il faut, en effet, pour tenter de sauver l'enfant, parvenir à prélever deux poumons sur un enfant immunologiquement compatible en état de mort cérébrale et de mensurations équivalentes. L'accord des parents est de plus nécessaire avant que les chirurgiens ne procèdent au prélèvement.
La direction médicale d'une clinique située dans l'est des Pays-Bas a décidé d'interrompre, lundi 8 janvier, l'alimentation et l'hydratation d'une femme de quarante-sept ans, plongée dans le coma depuis près de seize ans. Les médecins s'attendent au décès de Mme Ineke Stinissen dans les quinze prochains jours.
Pour les partisans de l'euthanasie, la malade ne va pas mourir, elle est déjà morte. Mme Stinissen est dans le coma depuis le 30 mars 1974, jour où elle accoucha par césarienne de son premier enfant. Cet accident était la conséquence d'une erreur d'anesthésie, un tube respiratoire ayant été placé dans l'Ósophage et non dans la trachée. Une seconde faute fut commise quarante-huit heures plus tard, lorsque la patiente fut victime d'un arrêt respiratoire qui ne fut pas détecté suffisamment tôt pour éviter l'apparition de lésions cérébrales irréversibles.
Depuis mars 1974, Mme Stinissen " végète ", couchée dans la position du fÓtus, sans pouvoir communiquer, totalement inconsciente. Elle respire naturellement, mais les sondes qui ont assuré son alimentation et son hydratation pendant quinze ans et neuf mois ne servent désormais plus à rien : le maintien en survie artificielle vient d'être suspendu.
L'annonce en a été faite par l'avocat de Mr Stinissen. La détermination de celui-ci à obtenir que son épouse soit " délivrée " n'a pas peu contribué, procès après procès, de menaces de mort en menaces de prise d'otage, au débat sur l'euthanasie et à donner un retentissement national à un drame personnel. L'affaire Stinissen a notamment mis en lumière deux aspects du problème. Il y avait d'abord l'incapacité physique et psychique de la patiente à exprimer directement sa volonté de mourir. Or c'est sur le principe de la manifestation par le malade lui-même du désir d'en finir que repose en partie la jurisprudence compréhensive des tribunaux néerlandais en matière d'euthanasie. Aucune juridiction saisie par Mr Gérard Stinissen n'a d'ailleurs admis de faire pour lui une exception.
La question du droit à l'euthanasie des malades incapables de s'exprimer reste donc entièrement posée : elle concerne aussi bien les comateux que les nouveau-nés gravement handicapés ou les vieillards déments.
Au cours d'une émission télévisée consacrée au cas de Ineke et Gérard Stinissen, l'avocat général du parquet de La Haye avait annoncé, en novembre 1989, que le ministère public allait poursuivre un neurologue qui avait " administré " la mort douce à une femme de soixante et onze ans tombée dans le coma à la suite d'un accident de la circulation. Le médecin avait agi après avoir consulté ses confrères et la famille de la victime et avait déclaré son geste à la justice comme le prévoit la loi. On estime entre 90 % et 95 % la proportion des médecins pratiquant l'euthanasie (de cinq mille à douze mille cas par an) qui se dispensent de cette démarche qualifiée, en l'occurrence, de " courageuse " par le magistrat.
Le deuxième aspect exemplaire du cas Stinissen concerne la nature des soins pratiqués sur la comateuse : l'administration de nourriture et d'eau était-elle ou non un traitement médical ? Une cour d'appel a admis, fin octobre dernier, qu'il s'agissait d'un traitement médical susceptible d'être stoppé au cas où le médecin traitant considérerait qu'il n'aurait plus de sens. La direction de l'établissement où séjourne Mme Stinissen a finalement fait sienne cette analyse et décidé de la " débrancher ".
Cette décision lui vaudra un nouveau procès, intenté cette fois par l'Association néerlandaise des patients. Revendiquant quarante-deux mille membres, cette organisation estime qu'un traitement médical " n'a pas de sens si l'ensemble des fonctions physiques essentielles ne peut être assuré qu'à l'aide d'appareils. Mais on reste un être humain quand bien même on ne peut manger ou boire de façon indépendante ".
On a le droit de critiquer la justice et même ceux qui la rendent : c'est le sens du discours prononcé par Mr Pierre Drai, premier président de la Cour de cassation, au cours de l'audience de rentrée solennelle, le 8 janvier. " L'absolu judiciaire " est un " mythe ", a estimé Mr Drai, qui souhaite que les magistrats, tout en restant plus ouverts sur l'extérieur, ne se transforment ni en " hommes de politique " ni en " hommes de théâtre ".
Avoir la voix enrouée n'empêche pas forcément de parler haut et clair. Mr Pierre Drai, premier président de la Cour de cassation, en a fait une parfaite démonstration, au cours de ce rendez-vous obligé de l'" après-fêtes " que le monde judiciaire se fixe à chaque début du mois de janvier. Mr Pierre Drai n'aime pas ronronner. Et, quand le plus haut placé des magistrats du siège parle, c'est un peu comme s'il tonnait. Lui qui, l'an dernier, appelait les magistrats - face aux attaques dont ils sont régulièrement l'objet - à plus de sérénité, a usé, cette fois, d'un ton différent, proche de la mise en garde, dans un discours doublement intitulé : " Prière pour nos juges, prière à nos juges. "
On peut, a dit Mr Drai, " contester ou dénigrer " le juge. Sans jamais faire directement allusion aux turbulences qui ont récemment secoué la justice - chacun étant censé s'y reconnaitre comme il lui plaira, - Mr Drai a édicté quelques règles bien simples, dont il pense qu'elles devraient être plus rigoureusement respectées.
Le juge ne peut véritablement représenter " l'objectivité, l'impartialité, la loyauté " que s'il ménage son " capital de confiance ", une confiance qui " ne se donne que lentement " et " se perd vite ". Aussi, alors qu'il est discuté, critiqué parfois de manière acerbe - " l'absolu judiciaire " étant un " mythe " - le juge " doit, en toutes occasions, envisager de voir ses actes scrutés, auscultés, mis en cause ". " Veillons à nous enrichir de la critique ", a dit le premier président de la Cour de cassation. " Les juges qui subissent (des attaques) se disqualifieraient et cesseraient d'être juges s'ils devaient être contraints de descendre dans l'arène et de porter eux-mêmes des coups. Que cette extrémité leur soit épargnée. "
Le respect, lorsque c'est nécessaire, une fois reconquis, les juges devraient être mieux formés, plus ouverts sur le monde et correctement payés. Enfin, le juge, non pas " un juge-Dieu, seul apte à tout savoir et à tout faire ", mais un juge serein, " chercheur de vérité et de paix ", devra avoir " l'intelligence de ses pouvoirs et de ses limites " et ne pas se croire dépositaire d'" une mission ". " Ni hommes de politique, ni hommes de théâtre, les juges doivent être seulement, mais pleinement, des juges. "
La tâche, sans doute, est ardue : Mr Pierre Truche, procureur général près la cour d'appel de Paris, qui, à son tour, prenait la parole, en est bien conscient. " La justice a connu, cette année, des séismes d'importance variable sur l'échelle des médias. " Agacé par la polémique partie de la quatorzième section du parquet chargé de la lutte antiterroriste (le Monde des 14 et 23 décembre), le procureur général a tâché de démonter le " scénario-catastrophe " qui voudrait que " la France soit livrée au terrorisme, pendant que les magistrats sont occupés à préparer leur réveillon ". La justice, en fait, " tourne ", et pas trop mal, selon Mr Truche, qui n'est pas mécontent d'annoncer que, sous son impulsion, les juges, même s'ils " pestent " un peu, se mobilisent et parviennent, lorsqu'ils s'en donnent la peine, à rendre la justice plus rapide.
Autre grief, le roulement excessif des juges d'instruction : ainsi a-t-on vu quatre juges se succéder en cinq ans dans une affaire de responsabilité médicale. " Mais on peut agir ", a affirmé, optimiste, Mr Truche, qui a décidé, en utilisant des moyens modernes de gestion, et notamment l'informatique, de secouer les pesanteurs de la justice et d'apprivoiser la gestion du temps.
Partenaire quotidienne du procureur général, Mme Myriam Ezratty, premier président de la cour d'appel, a voulu, elle aussi, s'éloigner du misérabilisme et du fatalisme, si répandus dans les milieux judiciaires. " Au risque de contrarier les esprits chagrins, je suis convaincue, a-t-elle dit, qu'un tournant positif est pris. (...) L'institution judiciaire est déjà entrée dans la voie de la rénovation, trop discrètement peut-être, et c'est dans sa nature, ce qui explique qu'on souligne plus souvent ses imperfections que ses avancées. "
Mais les imperfections demeurent, et, à écouter les commentaires de couloir, il n'était pas tout à fait sûr que l'énergie et la bonne humeur du premier président se communiqueraient à l'ensemble des magistrats de la cour d'appel, qu'elle a pour mission de chaperonner.
- L'organisation séparatiste basque a revendiqué, lundi 8 janvier, dans un communiqué, trois attentats commis ces derniers mois dans les Pyrénées-Atlantiques. Dissoute en juillet 1987, l'organisation Iparretarrak s'attribue la responsabilité des récentes " actions réalisées contre le véhicule de France-Télécom à Saint-Jean-Pied-de-Port le 19 novembre, le bureau de vente d'un complexe touristico-immobilier à Anglet le 24 décembre, et les locaux de la direction régionale à l'industrie et à la recherche, à Morlaas le 31 décembre ". Ces attentats n'avaient pas fait de victimes mais avaient provoqué des dégâts matériels.
- L'attentat qui a détruit dimanche 7 janvier deux restaurants de la société Codil, dans l'ile de Cavallo (Corse-du-Sud), a été revendiqué lundi 8 janvier par l'ex-FLNC. Dans un communiqué transmis à Ajaccio, l'organisation clandestine, qui dédie l'action à Etienne Cardi, mort carbonisé en plaçant une bombe le 10 janvier 1984, indique que la société Codil " participe à l'expropriation de la terre corse ". Dénonçant " le colonialisme et ses relais locaux ", l'ex-FLNC ajoute que le tourisme devrait être " un atout pour notre développement et non une finalité spéculative ".
- Mme Noëlle Monteils, magistrat à la cour d'appel de Versailles (Yvelines), a été blessée au visage par un jet de pierre lundi 8 janvier, à la fin de l'audience de la treizième chambre sociale consacrée au parc de Mirapolis. Le président de la chambre, Mr Etienne Doze, venait d'ajourner à huitaine l'arrêt de la cour sur la désignation de l'administrateur provisoire chargé du redressement judiciaire du parc de Cergy-Pontoise. Furieux, une douzaine de forains du parc présents dans la salle interpellèrent la cour, qui se retira dans une pièce voisine. Une pierre lancée à travers la fenêtre venait alors frapper Mme Noëlle Monteils sous l'Óil droit. Souffrant d'une plaie ouverte à la joue droite, le magistrat a été hospitalisé. Les forains ont pris la fuite avant l'arrivée de la police.
Le feuilleton a dégénéré en roman noir, pour s'achever en conte cruel. Dimanche vers 2 heures du matin, David Hosansky s'est jeté du 17e étage de la résidence Marina-Baie-des-Anges, à Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), (le Monde du 9 janvier). Il avait dix-huit ans et demi. Son corps a été retrouvé à quelques mètres de l'endroit où, le 6 février 1988, sa maitresse, âgée de trente-sept ans - qui était son professeur d'anglais et l'épouse d'un armateur britannique - avait, sous ses yeux, fait le grand saut, depuis leur studio du 6ème étage. Cet orphelin lyonnais richissime et prodigue s'était laissé dévorer par la fièvre du jeu puis emporter dans un tourbillon médiatique. Depuis quelques mois, il avait été placé " sous le régime de la sauvegarde de justice" sur l'initiative d'un de ses oncles paternels.
" Pauvre petit garçon riche ", la formule, qui fit la " une " de certains journaux et lui paraissait naturellement " réductrice ", pourrait pourtant résumer, comme une épitaphe, la vie de David. Lorsqu'au terme d'un été de cigale, au cours duquel il avait " flambé " plus de 3 millions de francs dans les casinos de la région Rhône-Alpes et de la Côte-d'Azur, le jeune homme se trouva privé de la gestion de son héritage, il réagit moins en enfant gâté qu'en enfant perdu. Livrant son existence en pâture, avec cette rage faussement désinvolte qu'il mettait à jeter les plaques d'un " bâton " sur les tapis verts, David Hosansky s'accrocha au mythe du vedettariat comme à une ultime bouée.
Le 11 octobre 1989, un juge du tribunal de Lyon, engagea sur la demande d'un de ses collègues de Mulhouse, lui-même sollicité par un oncle et ancien tuteur de David, une procédure de " mise sous tutelle ou curatelle " et confia la gestion des biens du " réputé prodigue " à un mandataire spécial chargé de percevoir ses revenus, recevoir son courrier et signer ses chèques. David, qui ne peut encaisser chez son notaire un chèque de 2 millions de francs - représentant la vente d'un appartement à Lyon, - fait établir un constat d'huissier, réclame une expertise psychiatrique, qu'il obtiendra, et, faute de pouvoir engager un recours en justice, " saisit " la presse.
Pour riposter à ce qu'il considère comme une " intolérable atteinte " à sa vie privée, il choisit de la déballer. Au risque de passer pour un mythomane.
Il raconte ainsi, en vrac : le mariage d'argent de sa mère, fille d'une marchande foraine de l'Ain, avec un médecin issu d'une famille polonaise fortunée ; son enfance de fils unique-prince héritier, entouré de nurses, sous les lambris d'une ancienne demeure des frères Lumières ; la mort de son père lorsqu'il a sept ans ; la vengeance de sa mère qui, pour s'être toujours sentie rejetée par sa belle-famille, " en tant que non-juive ", aurait fait enterrer son défunt mari dans une fosse commune ; la chasse au trésor qu'elle engagea alors pour retrouver " deux coffres métalliques renfermant vingt-cinq lingots et des milliers de pièces d'or ".
David relate la singulière équipée dans laquelle il fut entrainé, en 1981, pour enterrer à nouveau ce magot dans le jardin d'une maison de campagne de l'Ain. Et puis sa deuxième vie, dans le sillage d'une veuve, " pétillante et frivole ", qui fait de lui son confident et son " complice ", de palaces en casinos. La mort brutale de cette " maman " qu'il appelait " Jeannette ", le 5 septembre 1982.
David n'oublie pas son enfance : orphelin à onze ans, il est placé sous la tutelle de ses oncles, tandis que d'anciennes relations de sa mère s'emploient à occulter une partie de son héritage. Sa terrible expérience dans une pension pour enfants attardés, à Megève, son transfert dans des internats de luxe, pour surdoués, en Normandie, puis à Sophia-Antipolis. Les luttes d'influence et les intrigues dont il est l'enjeu de la part d'un conseil de famille " qui ne relâche pas son étreinte".
Sur sa lancée, David évoque son étrange liaison, à quinze ans, avec son professeur d'anglais, qui devient sa seule protectrice puis fait de lui son petit amant du week-end. On peut penser qu'il affabule lorsqu'il raconte la fin tragique de celle-ci, un soir de déprime : " Nous avions beaucoup bu, elle était dans un état de surexcitation extrême. Soudain, je l'ai vue emjamber la jardinière de la terrasse. Je revois sa robe légère. J'ai voulu la retenir, elle m'a échappé et s'est écrasée au pied de l'immeuble ". Mais, dimanche, par son geste fatal, David Hosansky a aussi authentifié cette phase de sa vie. L'un des gendarmes qui ont procédé aux constatations d'usage a reconnu David pour l'avoir entendu après la mort de son amie...
Le samedi 16 décembre, il était ainsi tombé dans un guet-apens tendu, sur l'autoroute, par des compagnons de hasard. Réussissant à leur échapper et ayant alerté la police, celle-ci put arrêter les trois détrousseurs qui, opiniâtres, attendaient l'héritier devant son domicile.
Trois jours avant cette mésaventure, David avait insulté copieusement une guichetière de la gare de La Part-Dieu, à Lyon, puis deux gardiens de la paix venus à la rescousse. " J'étais très énervé car je me rendais à Paris pour l'enregistrement d'une émission sur TF 1 et je craignais de manquer mon TGV ", devait-il expliquer à la barre du tribunal correctionnel de Lyon, où il comparaissait, vendredi 5 janvier, pour "outrages à représentants de la force publique ". Il fut condamné à quinze jours de prison avec sursis et 10 000 F d'amende.
Le lendemain, après avoir avalé des barbituriques, David téléphonait, en pleurs, au bureau de Lyon de l'AFP. Transporté par les sapeurs-pompiers au service des urgences de l'hôpital Edouard-Herriot, il réussit à s'échapper dans la soirée pour sauter dans un avion à destination de Nice. Derniere errance sur la promenade des Anglais, derniers verres au piano-bar du Negresco, dernier appel à l'AFP : " Cette fois, je vais en finir ". Il était 10 heures, dimanche, lorsqu'un gardien découvrit le corps du jeune homme à qui un juge avait naguère lancé : " A dix-huit ans vous avez vécu autant qu'un homme de quatre-vingts ans ".
Sans qu'il lui soit nécessaire de modifier son appellation, la Caisse des Français de l'étranger (CFE) pourra prochainement affilier à la Sécurité sociale... les salariés étrangers ne travaillant pas en France, à condition toutefois qu'ils soient liés par un contrat de travail à une entreprise française ou à une de ses filiales.
Jusqu'à présent, le régime volontaire de Sécurité sociale des salariés expatriés était exclusivement réservé aux personnes de nationalité française qui pouvaient ainsi contracter une assurance pour les risques maladie, invalidité, accidents du travail et vieillesse. Or, selon la loi portant diverses dispositions relatives à la Sécurité sociale (DDOS) adoptée fin décembre, la CFE est désormais autorisée à prendre en charge des étrangers.
Certes, les entreprises peuvent déjà accorder à leurs salariés, quelles que soient leur nationalité, le statut de " détaché " qui consiste à les affilier directement à une caisse française de Sécurité sociale, comme s'ils résidaient sur le territoire français. Toutefois, ce régime ne s'applique pas aux contrats locaux et, ouvrant droit à des remboursements plus avantageux, est souvent jugé dissuasif par les entreprises.
Selon les évaluations de la CFE, la formule du détachement est d'ailleurs " trois fois plus chère " que celle de l'expatriation. Pour la maladie-invalidité, la différence est de 25 000 francs par an pour une personne cotisant sur la base d'un salaire mensuel de 15 000 francs. De ce fait, certaines sociétés exportatrices ont préféré se tourner vers les produits proposés par les assureurs.
La CFE, qui ne dispose pas d'une " clientèle captive ", et évolue sur un marché où la concurrence du privé est très active, va désormais disposer d'un argument commercial supplémentaire. Accepté par le gouvernement, l'amendement déposé par Mr Jean-Pierre Cantegrit, sénateur (Union centriste) représentant les Français de l'étranger, devrait lui permettre de disposer d'atouts supplémentaires. Les modalités pratiques de cette extension du champ d'intervention de la CFE feront prochainement l'objet de décrets d'application. Ceux-ci devront prévenir toute " tentation d'extension abusive " en prévoyant notamment que le dispositif ne vaudra qu'en dehors du pays d'origine des collaborateurs étrangers. En d'autres termes, un Espagnol ne bénéficiera pas de la Sécurité sociale française s'il travaille pour une entreprise française installée en Espagne. Par ailleurs, ce dispositif ne pourra concerner qu'une proportion donnée (environ 10 %) du personnel expatrié affilié par l'employeur français.
Mr Charles Pasqua, ancien ministre de l'intérieur, et Mr Philippe Seguin, deputé des Vosges, qui est l'un des chefs de file des "rénovateurs" de l'opposition, ont décidé de présenter aux assises du RPR, le 11 février prochain, une proposition commune pour un "Nouveau Rassemblement" qu'ils souhaitent "renouvelé, transformé, élargi, dans lequel les Français se retrouveront parce qu'ils y reconnaitront le goût renaissant de la France."
Dans une déclaration publiée, mardi 9 janvier, le président du groupe RPR au Sénat et le maire d'Epinal affirment que, à quelques semaines de ces assises nationales, le RPR "n'a toujours pas retrouvé la confiance en lui-même et par conséquent n'a jamais semblé aussi éloigné de regagner celle des Français (...). Il apparait incapable aujourd'hui de tracer un nouvel objectif, c'est à dire une ambition collective à proposer aux Français (...). L'abandon de notre identité a été d'autant plus rapide que certains, chez nous, s'en sont facilement accomodés, quand ils ils n'ont pas chercher à y contribuer eux-mêmes."
"JE pense que nous devrions arriver à rester leader mondial du marché des lancements de satellites civils à la fin de la décennie qui s'amorce. " Mr Frédéric d'Allest, président d'Arianespace, aborde les années 90 avec un moral d'acier. Il a des raisons pour cela. Mais si la prééminence de la firme européenne de transport spatial ne risque effectivement pas trop d'être menacée à court terme (trois ans), la concurrence américaine, mais aussi japonaise, soviétique et chinoise, affûte ses armes...
Pour Arianespace, 1989 a été un bon millésime. L'entrée en service commerciel d'Ariane-4, la nouvelle version - lourde - du lanceur européen, s'est déroulée sans problème, et la société, qui fêtera ses dix ans en mars prochain, se porte mieux que jamais. Son carnet de commandes compte trente-deux satellites, autant qu'elle en a mis sur orbite depuis sa fondation, et " les perspectives sont sérieuses pour la signature de dix à douze autres contrats en 1990 ", indiquait Mr d'Allest, jeudi 3 janvier, en exposant les résultats de sa société. Arianespace a réalisé en 1989 un chiffre d'affaires de 3,79 milliards de francs, pour un résultat net de 130 millions de francs. Dix satellites ont été lancés, avec sept fusées (dont six tirées entre janvier et août). Parmi eux, le plus gros satellite commercial jamais construit, Intelsat-6 (4,24 tonnes). Et surtout les premiers engins des toutes nouvelles sociétés privées de télécommunications spatiales japonaises JCSat et SCC, qui avaient choisi Ariane pour leurs lancements inauguraux. Une référence de choix ! Concrétisation de cette belle santé, Arianespace n'a pas craint de passer commande, en février dernier, de cinquante Ariane-4 aux industriels européens, un contrat de 18 milliards de francs, qui constitue une première mondiale dans le domaine des lanceurs civils.
Pour Mr d'Allest, l'Atlas-2, qui pourra emporter des charges utiles de 2,5 à près de 4 tonnes, risque de constituer le concurrent le plus sérieux pour Ariane. Les Titan-3 auraient, eux aussi, pu être extrêmement dangereux, mais la firme Martin Marietta semble avoir décidé de se replier en priorité sur le marché militaire. Quant au Thor-Delta, " c'est lui aussi un très bon lanceur, mais il est un peu à bout de souffle techniquement, et McDonnell Douglas devra faire de très gros investissements " pour le rendre vraiment compétitif dans les années à venir, estime Mr d'Allest. A moins de se cantonner sur le créneau de plus en plus réduit des " petits " satellites, de 1 200 à 1 500 kilos.
Le Japon, quant à lui, a sous-estimé la croissance de la taille des satellites :son lanceur LH-1 (550 kilos de charge utile en orbite géostationnaire) est trop peu puissant, et le LH-2, qui pourrait concurrencer Ariane, ne sera probablement pas prêt avant 1995. En revanche, une concurrence sérieuse apparaît à l'Est. L'URSS offre les services de son lanceur Proton, qui fonctionne comme une horloge et dont la réputation n'est plus à faire, mais qui, estime Mr d'Allest, " montre quelques problèmes de fiabilité et de précision d'injection en orbite géostationnaire ". Pour le président d'Arianespace, la Chine constitue en revanche un concurrent beaucoup plus dangereux. Son lanceur Longue Marche, d'une architecture comparable à celle d'Ariane, semble promis à une belle carrière. Les Chinois viennent d'ailleurs d'obtenir du gouvernement américain l'autorisation d'exportation indispensable pour qu'ils puissent lancer prochainement trois satellites de fabrication américaine. Chinois et Soviétiques inquiètent les opérateurs de fusées occidentaux en raison des tarifs qu'ils proposent. " Des prix de dumping qui n'ont rien à voir avec le marché ", affirme Mr d'Allest. Les Américains et les Européens s'efforcent actuellement de faire accepter à leurs concurrents de l'Est des " règles de conduite " qui leur imposeraient de respecter les lois de l'offre et de la demande " capitalistes ", faute de quoi des mesures de rétorsion pourraient être prises, comme, par exemple, le refus systématique de l'autorisation d'exportation des satellites.
Mais tout cela n'ébranle pas le bel optimisme du président d'Arianespace, persuadé d'être en tête pour longtemps dans la lutte pour le marché des lancements. " Les Chinois et les Soviétiques peuvent arracher des marchés grâce aux prix de dumping, mais leurs lanceurs sont adaptés à leurs programmes propres, et ils n'ont pas les mêmes critères commerciaux que nous ", explique Mr d'Allest. Les fusées américaines, qui ont fait leurs preuves, n'en sont pas moins dérivées de missiles militaires. Et si le Pentagone, client principal des firmes privées d'outre-Atlantique, apporte des revenus sûrs et réguliers, son hégémonie rend difficile - revers de la médaille - une gestion efficace : le premier lancement commercial d'un Titan-3, le 31 décembre dernier, a ainsi été reporté pour laisser la place à des tirs militaires, prioritaires.
" A contrario, souligne Mr d'Allest, nous sommes les seuls au monde à avoir une politique cohérente de produit. Les lanceurs Ariane sont développés avec pour souci majeur de coller aux besoins du client, exactement comme chez les constructeurs d'automobiles. " Cela peut même aller très loin : Ariane-5, la version qui succédera aux Ariane-4 actuelles, ne volera qu'en 1995 au plus tôt. Mais, révèle Mr d'Allest, " Arianespace a déjà mis sur pied une équipe qui court le monde pour la présenter aux futurs clients, des discussions sont en cours avec les fabricants de satellites, et les premières propositions de lancement d'Ariane-5 en prévision de la signature de contrats pourraient poindre dès l'an prochain ".
DANS quelques jours, à compter du 18 janvier, le commerce de l'ivoire en provenance d'Afrique devrait cesser dans le monde entier. Les derniers éléphants (trois cent cinquante mille, selon certains experts) sont donc sauvés. Ainsi en ont décidé à la majorité des deux tiers les représentants des cent trois pays réunis à Lausanne en octobre 1989 (le Monde du 19 octobre). Leur vote devait en effet devenir exécutoire après un délai de trois mois. Cette décision historique, obtenue à l'arraché après des années de tergiversations, a eu des répercussions immédiates sur les marchés mondiaux. A Paris, par exemple, les rares boutiques où l'on fabrique et répare encore des objets d'ivoire voient leur chiffre d'affaire grimper en flèche. " Les gens ont soudain pris conscience de la valeur des ivoires qu'ils possèdent et me les apportent pour les réparer, explique Pierre Heckmann dont la famille officie depuis trois générations dans une échoppe du sixième arrondissement. " Certains clients me demandent même de sculpter leur buste en ivoire. Je travaille soixante heures par semaine. " Chez les antiquaires, les prix flambent. Un jeu d'échecs ancien, qui valait 40 000 francs il y a un an, s'est vendu récemment 400 000 francs ches Sotheby, à Londres.
En revanche, le cours des défenses s'effondre en Afrique. On annonce que l'ivoire brut, qui s'échangeait naguère à 1 200 francs le kilogramme, ne vaut plus que 400 francs au Zaïre. Les marchands qui, en Afrique et en Asie, notamment à Hongkong, ont constitué des stocks de plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines, de tonnes, se demandent à qui ils vont pouvoir, désormais, les céder. Les pays qui, comme Taïwan ou la Côte-d'Ivoire, n'appartiennent pas au club des cent trois de Lausanne, se comptent sur les doigts d'une seule main, et il est probable que leur commerce va être particulièrement surveillé. Les dizaines de milliers d'artisans et de commerçants qui, à travers le monde, travaillaient et négociaient l'ivoire s'interrogent sur leur avenir. Ils connaissent bien les succédanés dont certains existent depuis fort longtemps : la galalite et les celluloïdes qui firent florès il y a des décennies, les résines d'aujourd'hui, l'os, les bois de cerf japonais et même le corozo, cet " ivoire végétal " produit par un palmier amazonien. Mais ces ersatz ne remplaceront jamais la superbe matière blonde tirée de la défense d'éléphant. Reste l'ivoire fossile des défenses de mammouth...
Ces géants débonnaires, bossus et couverts de poils, ont brouté les steppes de l'hémisphère nord pendant des millénaires. Ils arboraient d'énormes défenses recourbées, dont certaines pèsent jusqu'à 125 kilos pièce. Les tribus de Neandertal et plus tard de Cro-Magnon qui convoitaient leurs biftecks les faisaient trébucher dans des fosses où ils périssaient. Déjà leur ivoire servait à sculpter des statuettes, comme cette Vénus découverte à Lespugue (Haute-Garonne) et vieille de vingt-cinq mille ans. Or, pour des raisons encore mal élucidées, les précieux pachydermes ont disparu de la surface du globe en moins de quinze siècles, vers 10 000 avant Jésus-Christ. Ne restent d'eux que les gravures qui, par centaines, ornent les parois des grottes sanctuaires et, dans le sol, leurs dépouilles. Quelques dizaines d'entre elles, quasiment intactes, ont été retrouvées dans les boues gelées du permafrost sibérien. La plus spectaculaire, assise sur son énorme séant, fait l'orgueil d'un musée de Leningrad. Le muséum de Paris lui-même a la chance de posséder un fragment de tête parcheminée qui étonne toujours les visiteurs.
Les restes de mammouth les plus courants sont leurs ossements parmi lesquels, bien sûr, on retrouve des défenses. Charriés par les immenses fleuves sibériens en crue et déposés dans des anses, ces débris se sont accumulés en de véritables cimetières. L'un d'eux a livré huit mille ossements et des dizaines de défenses appartenant à cent vingt individus.
Ces gisements sont exploités de très longue date. Six mille ans avant notre ère, les Ukrainiens de la préhistoire utilisaient ces massifs et indestructibles vestiges pour édifier leurs huttes. Bien plus tard, Alexandre le Grand connaissait fort bien ce qu'on appelait alors " l'ivoire extrait de la terre " pour le différencier de celui porté par les éléphants. La prospection, le travail et le négoce de cette " ressource naturelle " font partie depuis des siècles de l'économie des tribus sibériennes. Le trône de l'un des empereurs tartares était entièrement sculpté dans des défenses de mammouth.
La conquête de la Sibérie par les cosaques, au dix-septième siècle, a donné un coup de fouet à cette activité ancestrale. Les annales rapportent qu'entre 1825 et 1914 les indigènes apportaient sur le marché de Yakoutsk, capitale de la Sibérie orientale, plus de 20 tonnes de défenses chaque année. Les artisans français se souviennent parfaitement que leurs pères travaillaient l'ivoire russe, tenu alors pour un succédané bon marché de l'ivoire africain.
En effet, les défenses de mammouth conservées dans cette espèce de congélateur qu'est le permafrost ont traversé les millénaires sans dommage. A condition de les garder dans un local humide elles se différencient fort peu des défenses actuelles, sinon par leur " peau " plus épaisse, leur grain un peu plus grossier et leur taille plus conséquente. " Même en les observant au microscope, il faut vraiment être un connaisseur pour les identifier ", explique Pierre Heckmann.
Or, depuis la Révolution de 1917, la source sibérienne s'est tarie. Voulant préserver leur patrimoine national, les autorités soviétiques n'exportaient plus. Les grands chantiers, comme le percement du Transsibérien-bis puis la pose des gazoducs, s'étant multipliés en Sibérie, les découvertes ont dû aller de pair. En 1977, par exemple, on a exhumé un bébé mammouth entier et, en 1983, des ouvriers du bâtiment ont fait scandale en donnant à manger à leurs chiens de la viande de mammouth que leurs engins avaient tirée du sol.
On ignore quelles sont aujourd'hui les réserves d'ivoire fossile détenues par les Soviétiques. Eux-mêmes reconnaissent qu'elles sont " importantes " et que les recherches continuent. Déjà, les rumeurs les plus folles commencent à courir. Aux Etats-Unis et au Canada, la valeur de défenses de mammouth serait passée de 300 dollars (1 800 F) le kilo à 800 dollars (4 800 F) en quelques mois. Dans ce cas, les Soviétiques détiendraient un fabuleux trésor, qu'ils sont d'autant plus tentés de valoriser que leur économie est chancelante. Leur politique de non-exportation d'ivoire brut a même failli changer cap pour cap. Il y a trois ans, par la discrète entremise de Finlandais, ils proposaient plusieurs tonnes de défenses à certains commerçants français. Il y a quelques mois, c'est aux tableteurs allemands de la vallée de l'Odenvald (RFA) menacée de fermeture qu'ils offraient un marché portant sur la fourniture annuelle d'une tonne d'ivoire fossile. Les Japonais ont immédiatement dressé l'oreille. En 1988, ils ont en effet importé 106 tonnes de défenses africaines servant à confectionner des touches de pianos et surtout des sceaux qui font fureur là-bas. Le dernier cri consiste pour un particulier à faire graver sa signature sur un tampon d'ivoire. 2 millions de sceaux ont été fabriqués l'an dernier.
Comment alimenter une telle activité, maintenant que le commerce de l'ivoire ordinaire est mort ? Pourquoi ne pas acheter massivement l'ivoire des mammouths sibériens ? Devant la montée des cours et la ruée vers leurs réserves, les Soviétiques semblent s'être ravisés. Ce qu'ils vont proposer à la délégation nippone qui s'apprête à partir de Tokyo, c'est plutôt la création d'une entreprise mixte de fabrication de sceaux d'ivoire. Elle serait financée au moins partiellement par des capitaux japonais, mais resterait en Yakoutie et emploierait des artisans locaux.
Déjà les protecteurs des éléphants s'indignent. L'ivoire fossile n'est protégé par aucune convention internationale. Son négoce servira-t-il à couvrir en réalité un trafic illicite d'ivoire africain ? Le pillage d'un patrimoine paléontologique irremplaçable va-t-il prolonger celui d'une ressource renouvelable et vivante ? Ce serait absurde. Aussi en France a-t-on exhumé un décret du ministère de l'agriculture en date du 12 mars 1950 et totalement oublié depuis. Seule la défense d'éléphant peut être vendue chez nous sous l'étiquette ivoire. Celle de mammouth devra se passer de ce prestigieux label.
Le contrôle par les pairs, via les publications de renom international, constitue-t-il bien le système universel de sécurité contre l'erreur scientifique ? De l'" affaire " de la " mémoire de l'eau " à celle de la fusion froide, la question, essentielle, n'a pas manqué de se poser au cours de ces dernières années. Elle revient aujourd'hui par le biais de la génétique, avec une double histoire de spermatozoïdes : d'une part, la mise en évidence contrôversée du gêne de la différenciation sexuelle (lire ci-contre), d'autre part, l'annonce, plus récente, d'une nouvelle technique qui permettrait d'introduire des gènes étrangers dans des ovules par l'intermédiaire du sperme.
Parue le 2 juin dernier dans la très sérieuse revue scientifique Cell, la nouvelle fit aussitôt grand bruit dans le milieu scientifique (le Monde daté 4-5 juin 1989). Et il est vrai que l'expérience décrite, menée sur des souris par l'équipe italienne du docteur Corrado Spadafora, à l'université de Rome, avait de quoi faire rêver plus d'un biologiste : en faisant simplement " tremper " des spermatozoïdes de souris dans un milieu de culture contenant plusieurs milliers de copies d'un gène étranger (en l'occurrence bactérien), les chercheurs seraient parvenus, en moins de trente minutes, à leur faire " absorber " ce gène. Près de un tiers des souriceaux nés de la fécondation d'ovules par les spermatozoïdes ainsi modifiés auraient à leur tour intégré le gène étranger dans leur patrimoine héréditaire - soit un rendement trois à cinq fois supérieur à celui offert par les techniques actuellement employées pour obtenir de tels animaux " transgéniques ".
Aussi simple qu'efficace, la technique avait donc de quoi séduire. Las ! Dès le mois d'octobre, la même revue Cell publiait les résultats de huit équipes internationales. Toutes, de Budapest à Pasadena, s'étaient essayées durant l'été à reproduire la prometteuse expérience. Huit tentatives (portant sur plus de mille trois cents souriceaux nés selon le protocole des chercheurs italiens), huit échecs. Y compris de la part des Américains Ralph Brinster et Richard Palmiter, les " pères " de la première souris transgénique " géante ",née en 1982 après avoir intégré dans son patrimoine le gène de l'hormone de croissance de rat.
Pour la plupart des biologistes, qui, depuis juin dernier, se sont penchés sur leurs éprouvettes pour tenter en vain de reproduire l'expérience italienne, la bonne foi de Corrado Spadafora et de son équipe ne peut cependant être mise en doute. Quant à leurs résultats, personne, à l'heure actuelle, ne s'est autorisé à les juger faux ou invraisemblables : ils restent simplement impossibles à reproduire - malgré l'utilisation, dans un certain nombre de cas, des réactifs d'origine fournis de bonne grâce par le laboratoire romain.
Artefact de manipulation ? Absence d'une information indispensable à la réussite de l'expérience qui, involontairement, aurait été omise du protocole ? " Nous poursuivons nos recherches, et notre travail pour le moment semble confirmer que les spermatozoïdes peuvent agir comme vecteurs de gènes étrangers ", affirmait récemment Corrado Spadafora, en précisant que les modalités de traitement du sperme pouvaient constituer une étape critique pour la réussite de la fécondation ultérieure. Cette piste, qui reste à explorer, permettra-t-elle d'éclairer l'échec jusqu'alors enregistré par les autres équipes ?
Avec le développement des techniques de biologie moléculaire et la possibilité qu'elle offre, cette exploration de l'" intimité " du patrimoine héréditaire, la découverte de ces mécanisme - c'est-à-dire l'identification du ou des gènes en cause - apparut vite comme un objectif pouvant être atteint. Un objectif considérable dans la mesure où cette découverte permettrait de détenir un gène capable de régler et de diriger des processus de différenciation aussi complexes que ceux qui sont liés à la sexualité.
Il y a eut d'abord une première percée en 1983 avec la mise au point, grâce notamment aux travaux des équipes de Mr Jean Weissenbach et du docteur Marc Fellous (Institut Pasteur de Paris), de méthodes permettant d'établir des cartographies génétiques très précises de certains malades souffrant d'ambiguïté sexuelle. Plusieurs cliniciens et généticiens avaient déjà décrit de nombreux cas de sujets chez lesquels la présence du chromosome Y ou de deux chromosomes X ne correspondait pas, curieusement, au sexe attendu. On connaissait ainsi des " hommes XX " (individus stériles d'apparence normale, à l'exception parfois d'anomalies dans le volume des testicules et d'une hypertrophie mammaire) et des femmes " femmes XY " souffrant également de stérilité.
C'est l'étude génétique de ces anomalies cliniques qui devait permettre de progresser dans la quête du " gène du sexe ". En 1987, l'équipe de Mr Weissenbach et celle, américaine, de Mr David C. Page (Cambridge, Massachusetts), annonçaient avoir établi que ces anomalies étaient la conséquence d'un échange anormal de matériel génétique entre le chromosome Y et le chromosome X au moment de la formation, chez le père, de cellules germinales (le Monde du 1 août 1987). Ainsi, en cas d'échange anormal, le chromosome X devient porteur de l'information génétique qui détient la clé de la masculinité (d'où l'existence de sujets mâles apparemment X-X). A l'inverse, le chromosome Y privé de cette information explique l'existence de sujets féminins X-Y.
Pour importante qu'elle soit, cette approche ne fournissait pas encore l'identification et l'isolement du gène contenu dans le matériel génétique anormalement échangé entre Y et X. Ce fut, du moins le crut-on, chose faite à la fin de l'année 1987, avec la publication - dans la célèvre revue américaine Cell (daté du 24 décembre) - des résultats de Mr David C. Page qui, à partir du balayage à l'échelle moléculaire de matériel génétique recueilli sur une centaine de malades, annonçait (non sans quelque triomphalisme), avoir isolé le fameux gène (le Monde du 6 janvier 1988). Or, un an plus tard, tout était remis en question avec la publication, dans le dernier numéro de la revue scientifique Nature (datée 21-28 décembre 1988), d'un article franco-britannique apportant la démonstration génétique que le gène découvert en 1987 aux Etats-Unis ne peut pas être considéré comme étant celui de la détermination du sexe (1).
Cette étude n'a pu être menée au départ que grâce à l'étroite collaboration de pédiatres français et algériens à partir de l'analyse du matériel génétrique de quatre malades mâles XX ou hermaphrodites, ne possédant apparemment aucun matériel génétique provenant du chromo- some Y. " Nous avons pu démontrer que nos quatre patients étaient porteurs d'un très petit fragment d'ADN, de 30 à 60 kb, issu de la région frontière du chromosome Y, proche de la partie pseudo-autosomique. Or ce petit fragment d'ADN ne contient pas la région du gène isolé par le docteur Page ", écrivait, quelques jours avant la publication dans Nature, le docteur Marc Fellous, dans la revue Médecine-Sciences. Nature publie, par ailleurs, dans le même numéro un autre article qui, à partir des résultats physiologiques obtenus chez la souris, tend également à exclure le rôle déterminant du gène isolé par David Page.
D'autres récentes observations allaient déjà également dans le même sens. Il s'agit notamment de l'existence, sur le chromosome nécessaire de l'espèce humaine, d'un gène homologue à celui identifié sur le chromosome Y, gène qui semble échapper au phénomène d'inactivation. Il s'agit encore de la découverte du fait que l'équivalent du gène humain n'est plus chez certains animaux (les marsupiaux) porté par le chromosome Y mais par un chromosome nonsexuel, situation d'autant plus problématique que la détermination du sexe chez ces animaux obéit a priori aux mêmes règles que celles connues chez les mammifères.
" Toutes ces données font que l'on ne sait plus très bien où l'on en est, tout apparaissant aujourd'hui, en définitive, beaucoup plus complexe que l'on pouvait l'espérer ", note Mr Jean Weissenbach. Il restera malgré tout à l'avenir à expliquer les véritables raisons qui ont pu amener un chercheur aussi compétent et aussi réputé que David Page à se tromper et, avec lui, l'ensemble de la communauté spécialisée.
Quoi qu'il en soit, pour le docteur Fellous, les nouveaux résultats " relancent la course désespérée au gène de détermination du sexe, que l'on sait contenu dans cette région de 30 à 60 kb d'ADN !" " Ces résultats soulèvent aussi une série de questions, explique-t-il. On est pratiquement revenu à la case départ et tout, désormais, est à nouveau possible. Soit la détermination du sexe est directement dirigée par un seul gène présent dans la région en question ; soit ce gène de structure n'existe pas et il s'agit d'un gène de régulation qui en active un autre situé sur le chromosome Y, mais à distance du premier. Il pourrait aussi s'agir d'un mécanisme encore plus sophistiqué, dans lequel une région du chromosone Y serait impliquée... "
En toute hypothèse, seule l'analyse moléculaire d'un séquençage de la région identifiée par l'équipe franco-britannique permettra d'avancer. Ce séquençage est d'ores et déjà en cours, à la fois dans l'équipe américaine et, à Londres, dans celle que dirige Mr P.N. Goodfellow (Imperial Cancer Research Fund), qui travaille en liaison avec l'équipe française. Grâce à l'automatisation des techniques d'ADN, un résultat pourrait être connu dans les prochains mois. On saura alors si l'énigme de la détermination du sexe dans l'espèce humaine est en passe d'être résolue ou, au contraire, s'il faudra attendre encore longtemps avant que l'homme ne parvienne à décrypter ce mécanisme essentiel à la pérennité et à l'évolution de son espèce et, au-delà, à celle du vivant.
LES tragiques événements de Roumanie ont fait naître dans différents lieux de l'opinion l'idée d'un droit, voire d'un devoir, d'intervention dans les affaires d'un Etat qui violerait d'une façon flagrante les droits de l'homme, comme ce fut le cas du régime communiste de Ceausescu. Combinant, car c'est la mode à Paris et à Washington, l'idée d'une responsabilité particulière des superpuissances dans leurs " blocs " respectifs, et la confiance dans les bonnes intentions libérales et démocratiques, de Mikhaïl Gorbatchev, certains occidentaux en sont même venus à souhaiter publiquement une intervention de l'Union soviétique pour mettre fin aux massacres perpétrés par le dictateur contre son propre peuple. La " doctrine Brejnev " qui avait servi à justifier l'intervention des troupes du pacte de Varsovie à Prague en 1968 recevait ainsi, curieusement, une légitimation tardive au moment où elle était, en apparence, abandonnée par l'actuel maître du Kremlin. Abandonnée en apparence seulement, car il faut être aveugle pour ne pas voir la série des interventions gorbatchéviennes qui, il est vrai, se font d'une manière très différente de celles pratiquées par ses prédécesseurs. Car comment qualifier la non-intervention des troupes soviétiques stationnées en Pologne, en RDA et en Tchécoslovaquie, sans parler de la Hongrie, sinon d'intervention à rebours, destinée à remplacer par des gorbatchéviens les proconsuls usés jadis nommés par Brejnev ? Comment qualifier le discours menaçant de Gorbatchev lors de la célébration du quarantième anniversaire de la RDA, dans lequel il était question de la punition que l'histoire réservait à ceux qui se mettaient en retard sur elle, menace suivie, peu de jours après les festivités, de la mise à l'écart d'Erich Honecker ?
Et comment ne pas voir que Gorbatchev n'a cessé d'intervenir effectivement et efficacement en Roumanie, en laissant des Roumains combattre le tyran, sans que, là encore, des troupes soviétiques y soient mêlées, jusqu'à ce qu'un certain Iliescu, " condisciple " de Gorbatchev, puisse sortir miraculeusement d'un long exil intérieur, aussi miraculeusement que cet autre " condisciple " de Gorbatchev, Valtr Komarek, devenu, lors du dernier changement de gouvernement à Prague, premier vice-président du conseil des ministres ?
Iliescu s'est trouvé prêt " par hasard " à remplacer Ceausescu, visiblement fou mais depuis longtemps, sur un autre plan, entré en dissidence par rapport à la direction moscoutaire. Le Conducator n'avait-il pas maintenu des relations officielles avec Israël, alors que tous les pays du bloc communiste suivaient l'URSS sur la voie de la rupture ? N'avait-il pas refusé de participer à l'expédition contre le " printemps de Prague "? A présent, la Roumanie va sans doute, après ce long interlude, rentrer dans ce qui est actuellement le droit commun de l'Europe orientale gorbatchévienne.
Et comment ne pas voir la main du maître derrière les magouilles et les manigances qui ont précédé la présentation de l'extraordinaire document, visiblement " arrangé ", sur le prétendu " procès " de Ceausescu, comment ne pas y voir à l'Óuvre une volonté, à la fois très sûre d'elle-même et très pressée d'éliminer le plus vite possible un témoin extrêmement gênant de quarante ans d'histoire du monde communiste ?
Dans les trois cas cités, Gorbatchev n'intervient, à sa manière, qu'une fois que s'est déclenché un formidable mouvement populaire de mécontentement, un formidable soulèvement de masse contre le pouvoir communiste local. Gorbatchev entre en action pour limiter les dégâts, avec cet art de transformer en force ses faiblesses qui est le sien. De cette manière, tout en conservant au communisme les chances d'un avenir, il parvient à gagner les applaudissements d'une grande partie des dirigeants occidentaux.
Imagination courte Car nous avons l'imagination aussi courte que la mémoire. Comment, s'il n'en était pas ainsi, aurait-on pu écrire récemment à Paris que rien, depuis les crimes hitlériens, depuis la barbarie hitlérienne n'avait égalé en horreur le " génocide " de Timisoara ? N'avons-nous donc jamais entendu parler des milliers de morts laissés dans les rues de Budapest par les chars soviétiques en 1956 ? Non seulement Mr Gorbatchev est parvenu à se faire prier par les Occidentaux, Etats-Unis en tête, de bien vouloir intervenir en Roumanie parce que c'est là " sa " partie du monde, son " aire " (vive Yalta !), mais il efface du même coup tous les souvenirs des crimes et des " procès " qui ont si longtemps servi à préparer et à maintenir le pouvoir communiste - depuis les procès de Moscou des années 30, jusqu'au procès Rajk à Budapest ou le procès Koztov à Sofia (sans parler de tous les " procès " de " contre-révolutionnaires " du type Mihajlovic à Belgrade) ?
Ce sont pourtant ces souvenirs-là qui éclairent ce qui s'est passé le 25 décembre dans une caserne au nord de Bucarest !
Il est vrai que, si Washington a paru envisager avec faveur une intervention soviétique en Roumanie, c'est qu'il était lui-même engagé dans l'intervention au Panama, et qu'il comptait bien - et il avait raison de le faire - sur la " compréhension " gorbatchévienne. Le choix des mots n'est jamais indifférent. " Ingérence " signifie que l'on intervient dans les affaires d'autrui parce que l'on est en quelque sorte partie prenante à ces affaires, parce qu'il existe entre nous et cet autrui une sorte d'identité de nature et non seulement d'intérêt. L'intervention, par contre, est un acte venant d'un pouvoir extérieur et qui demeure extérieur et étranger même si ses intérêts ou sa volonté lui commandent d'intervenir. Brejnev avait en fait réclamé le droit d'ingérence pour maintenir le caractère socialiste d'un pays une fois que celui-ci avait choisi (ou avait été contraint de choisir) de faire partie du " camp socialiste ". Aide légitime ou crime ?
Pour un démocrate, l'aide apportée à des démocrates est légitime, et le soutien d'une insurrection fasciste par d'autres fascistes un crime. S'ingérer dans les affaires d'un autre Etat démocratique pour le défendre contre une attaque venant de forces extérieures ou intérieures antidémocratiques qu'il ne parvient pas à repousser, ou soutenir des démocrates qui veulent renverser un régime dictatorial, quoi de plus légitime pour un gouvernement démocratique ? Encore faut-il que le rapport des forces rende une telle ingérence réaliste. De toute façon, ces distinctions sont de nature politique ou éthique et sans valeur juridique, car il existe toujours des Etats qui rejettent aussi bien la démocratie que les droits de l'homme tels que nous, les Occidentaux, les avons définis. Il existe aussi de nombreux Etats qui mettent sous ces vocables des contenus contraires à ceux que nous y mettons. Dans le monde tel qu'il est, ce n'est pas la même chose que d'intervenir pour renverser Dubcek ou pour renverser Noriega.
Le droit d'ingérence ne fait pas partie de l'ordre juridique international actuel, et il ne saurait en faire partie sans un ordre constitutionnel mondial, s'imposant à tous les Etats, fondé sur les droits de l'homme et garanti par une cour appliquant les principes de ces droits, une juridiction qui émettrait des sentences exécutoires. Il est évident que nous n'en sommes pas là.
Dans l'état actuel du monde, le droit d'ingérence ne peut donc jouer qu'à l'intérieur des " blocs " de toute nature, qui réunissent plusieurs Etats, et pour leur consolidation, et de ce fait seulement comme un droit d'ingérence du plus fort dans les affaires des plus faibles. C'est le droit d'ingérence du Congrès de Vienne par lequel Metternich, au prix d'une bonne dizaine d'expéditions militaires, a pu maintenir, tant bien que mal, entre 1815 et 1848, une espèce d'ordre moral, sans cesse menacé par les subversions nationalistes et démocratiques. C'est, dans un autre contexte, le système de la doctrine Monroe par laquelle les Etats-Unis interdisaient aux Etats européens d'intervenir en Amérique latine alors qu'eux-mêmes se réservaient le droit de s'ingérer dans les affaires des autres pays du Continent occidental. Et si, de nos jours, l'on a pu approuver le président Reagan d'avoir empêché Grenade de tomber sous une dictature communiste, les troupes américaines qui débarquaient dans l'île n'étaient pas porteuses d'un mandat international, elles n'exécutaient la sentence d'aucune cour suprême. Celle de La Haye existe, certes, mais elle ne peut instruire une affaire que si celle-ci lui est soumise par les Etats intéressés, et elle n'a pas compétence pour sanctionner la violation des droits de l'homme ou les crimes commis contre la démocratie et l'Etat de droit dans la vie intérieure des Etats. Tout différente serait la situation d'une Europe qui, franchissant l'état associatif qui est actuellement le sien, se constituerait en un véritable Etat fédéral. Le droit d'ingérence et le droit d'intervention deviendraient alors un élément de l'ordre constitutionnel interne de la Fédération, que les organes du maintien de l'ordre seraient chargés de protéger ou de rétablir sous le contrôle de la loi et de la justice.
C'est là, bien entendu, la seule garantie réellement efficace contre le renversement par la force ou la menace de l'ordre démocratique, de l'Etat de droit, et du règne des droits de l'homme dans un des Etats membres. Les textes constitutifs de notre Communauté européenne ont soumis l'entrée d'un Etat dans cette Communauté au respect du droit et de la liberté. C'est au nom de ces principes que l'entrée de l'Espagne, du Portugal et de la Grèce a été subordonnée à l'établissement dans ces pays d'institutions démocratiques et à la reconnaissance des droits de l'homme, qui se matérialise par l'adhésion à la convention européenne et à la reconnaissance de la juridiction de la Cour européenne des droits de l'homme. Cependant, comme la Communauté n'est pas encore un Etat fédéral, des règles ne peuvent s'appliquer qu'à l'admission de nouveaux membres, négociée par les Etats, encore souverains en la matière, et soumise à la règle de l'unanimité.
Si demain un Etat membre s'écartait du respect de ces principes, et refusait d'exécuter les sentences de la Cour des droits de l'homme, nous ne disposerions encore d'aucune possibilité de contrainte à son égard, sinon de la suspension de ses droits de membre de la Communauté qui pourrait être décidée (mais elle aussi à l'unanimité) par les autres Etats membres.
Cette question n'est pas de pure théorie. Aucun pays n'est aujourd'hui à l'abri de convulsions radicales (qu'on imagine par exemple l'état de l'opinion publique en cas d'attentats terroristes massifs et fréquents), et si un jour les pays de l'Europe orientale venaient rejoindre notre communauté devenue Union - ce que nous devons tous souhaiter - elle pourrait prendre rapidement de l'actualité dans des sociétés encore ébranlées par des décennies de terrorisme d'Etat. Un tel ordre impliquerait bien sûr l'existence d'une armée européenne commune et d'une police com mune. Une telle perspective ne choquera pas les partisans convaincus d'une Europe fédérale, dont nous sommes, mais il est difficile d'imaginer qu'elle pourrait devenir rapidement une réalité, bien qu'il nous appartienne d'y travailler de toutes nos forces. En attendant, il vaut peut-être mieux ne pas parler d'un droit d'ingérence ou d'intervention, car un droit sans loi qui le fonde, ni institutions judiciaires pour l'appliquer. ni forces de l'ordre pour faire respecter les décisions de justice, un tel " droit " n'est pas un vrai droit. L'Europe a besoin d'un ordre constitutionnel commun pour établir tout cela. Le monde aussi, bien sûr, mais commençons par ce qui est à notre portée.
DANS les derniers jours de 'année 1989,on a beaucoup parlé,à propos des événements de Roumanie,de droits de l'homme et d'ingérence ou de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats.
Les droits de l'homme avaient été à l'honneur en 1988,à l'occasion du quarantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme,comme ils l'ont été en 1989,à l'occasion du deux centième anniversaire de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Les manifestations qui ont eu lieu à ces occasions ont certainement contribué à une plus large prise de conscience du problème. Mais les seules incantations n'ont guère,à notre époque,d'effet immédiat. Il faut bien davantage. Et même les nombreux traités internationaux adoptés en la matière ne sont pas ratifiés -et encore moins pleinement appliqués -par les Etats principalement concernés.
On n'a pas manqué,à propos de la Roumanie,comme on l'avait fait il y a quelque temps à propos d'autres pays,d'invoquer la difficulté réelle qu'il y aurait à " s'ingérer " dans les affaires des Etats. Certains ont conclu en l'excluant, d'autres en faisant des appels du pied à des Etats volontaires, quelques-uns en parlant d'" intervention d'urgence ".
La question n'était certes pas facile mais il faut de toute manière en finir, à cette occasion, avec le mythe de la " non-ingérence ". Lorsqu'il s'agit du désir authentique et de la nécessité réelle de protéger les droits de l'homme gravement atteints, on ne saurait s'abriter derrière un prétendu principe. Ecarter une telle objection n'est pas seulement un impératif d'ordre moral et politique (au sens large du terme), cela correspond aussi à l'état actuel du droit international.
" Article premier. - Les droits de l'homme sont l'expression directe de la dignité de la personne humaine. L'obligation pour les Etats d'en assurer le respect découle de la reconnaissance même de cette dignité que proclament déjà la Charte des Nations unies et la Déclaration universelle des droits de l'homme.
" Cette obligation internationale est, selon une formule utilisée par la Cour internationale de justice, une obligation erga omnes ; elle incombe à tout Etat vis-à-vis de la communauté internationale dans son ensemble, et tout Etat a un intérêt juridique à la protection des droits de l'homme. Cette obligation implique au surplus un devoir de solidarité entre tous les Etats en vue d'assurer le plus rapidement possible une protection universelle et efficace des droits de l'homme. " Article 2. - Un Etat en violation de l'obligation énoncée à l'article premier ne peut se soustraire à sa responsabilité internationale en prétendant que ce domaine relève essentiellement de sa compétence nationale.
" Sans préjudice des fonctions et pouvoirs que la Charte attribue aux organes des Nations unies en cas de violation des obligations assumées par les membres de l'Organisation, les Etats, agissant individuellement ou collectivement, sont en droit d'adopter, à l'égard de tout autre Etat ayant enfreint l'obligation énoncée à l'article premier, des mesures diplomatiques, économiques et autres, admises par le droit international et ne comportant pas l'emploi de la force armée en violation de la Charte des Nations unies. Ces mesures ne peuvent pas être considérées comme une intervention illicite dans les affaires intérieures de l'Etat. " Les violations de nature à justifier le recours aux mesures visées ci-dessus doivent s'apprécier en tenant compte de la gravité des violations dénoncées ainsi que de toutes les circonstances pertinentes. Des mesures propres à assurer la protection collective des droits de l'homme sont tout spécialement justifiées lorsqu'elles répondent à des violations particulièrement graves de ces droits, notamment des violations massives ou systématiques, ainsi qu'à celles portant atteinte aux droits auxquels il ne peut être dérogé en aucune circonstance. "
Il ne saurait donc, dans des cas aussi flagrants, continuer à être question de " non-ingérence ". On a même parlé, non sans raison, de " devoir d'ingérence " (voir le Devoir d'ingérence de Mario Bettati et Bernard Kouchner, Paris, Denoël, 1987).
Que l'on cesse donc de répéter les formules traditionnelles qui offrent naturellement l'avantage de laisser les Etats se reposer sur le mol oreiller du " réalisme " politique et des souverainetés prétendument abolues. Il existe, tant bien que mal, une communauté mondiale et des organisations européennes qui ne devraient plus tolérer les violations caractérisées des droits de l'homme ni se limiter à des réprobations platoniques (pardon, Platon !), quand ce n'est pas à un silence gêné. Elles devraient prendre ou laisser ses Etats membres prendre des mesures efficaces, admises par le droit international, en vue de mettre fin à de telles violations. Certes, cela posera des problèmes difficiles, mais la difficulté n'est pas une raison pour ne rien faire.
Dans le cas concret, le peuple roumain a, à ce qu'il semble, résolu lui-même le problème. Mais qu'aurait écrit l'Histoire au sujet de l'Europe et du monde de 1989 de ceux qui, après deux années de célébration des droits de l'homme, auraient laissé la tyrannie continuer à faire " régner l'ordre " dans le sang à Bucarest comme, en d'autres temps, ils l'ont laissé faire à Varsovie ?
COMMENT diminuer la mortalité liée au cancer de la prostate, la deuxième cause de décès par cancer chez l'homme (environ neuf mille décès par an en France) ? Une conférence de " consensus ", organisée sous l'égide de l'Académie de médecine avec le soutien en particulier de l'Assistance publique, de l'Association française d'urologie, de l'UNAFORMEC et de l'Institut Schering, a eu lieu sur ce thème le mois dernier à Paris. La principale question posée au jury, présidé par le professeur Didier Sicard (hôpital Cochin, Paris), était : " Quelle population serait susceptible de bénéficier du dépistage du cancer localisé de la prostate ? " En d'autres termes, est-il légitime de préconiser un dépistage systématique de cette forme de cancer ?
A vrai dire, la réponse ne faisait guère de doute. La prostate est une glande sexuelle de l'homme qui ne joue pas un rôle fondamental dans l'organisme. Sa fonction essentielle consiste à produire un liquide qui fluidifie le sperme. De ce fait elle n'est indispensable qu'à la reproduction, et on peut donc la retirer sans altérer aucune des fonctions vitales de l'homme. Pour autant, les pathologies liées à la prostate sont extrêmement fréquentes. Quel médecin n'a pas entendu un jour, dans son cabinet, un de ses patients lui confier qu'il avait " un problème de prostate " ? Le plus souvent, il s'agit d'une hypertrophie bénigne de la glande... parfois, d'un cancer.
Dans un cas sur trois, ce cancer est découvert à l'occasion d'un examen systématique chez un asymptomatique. Dans environ 40 % des cas, c'est parce que le malade souffrait de signes fonctionnels urinaires qu'un cancer a été découvert. Dans ces conditions, comment réduire la mortalité ? Trois types d'approche sont envisageables : la prévention primaire ; l'amélioration du traitement ; un diagnostic précoce.
En l'absence de causes ou de facteurs " favorisants " connus, la prévention primaire est impossible. Pour ce qui est du traitement, rien ne permet d'espérer à court terme une amélioration sensible du pronostic. Reste donc la possibilité de faire un diagnostic plus précoce de manière à accroître la survie. Ce qui, en toute hypothèse, reviendrait à organiser un dépistage de masse du cancer de la prostate.
Sur ce dernier point, le jury est formel : " Aucun argument scientifique fondé sur une étude randomisée ne permet de recommander un tel dépistage (...). Si l'on envisage un dépistage de masse, aucune population n'est susceptible de bénéficier du dépistage du cancer de la prostate. " C'est pourquoi, estime-t-il, " la pratique d'un geste ou d'un examen de dépistage chez un homme ne présentant pas de symptômes urologiques et consultant pour un autre motif doit résulter d'une décision individuelle. Celle-ci doit tenir compte des souhaits de la personne examinée, informée des avantages et des inconvénients de cette démarche ".
Trois examens, cliniques ou para-cliniques, peuvent être utiles pour ce dépistage individuel. Le toucher rectal tout d'abord qui, estime le jury, " a surtout sa place chez les hommes de soixante à soixante-dix ans ". Le dosage de l'antigène spécifique de prostate (PSA), le seul marqueur sanguin spécifique du tissu prostatique, ne doit être prescrit " que s'il existe une suspiscion clinique ". Quant à l'échographie transrectale, " elle n'est pas justifiée en première intention, mais elle est utile pour guider la biopsie de la prostate ".
Reste maintenant à savoir si de telles recommandations auront une incidence sur un phénomène relativement récent caractérisé par une forte augmentation du nombre d'échographies prostatiques et de dosages de PSA. Une évolution dont le coût, en terme d'économie de la santé, est loin d'être négligeable.
COURTE et violente. Telles sont, selon les premiers bilans, les caractéristiques de la vague de grippe 1989. L'épidémie, en voie de régression, a causé cet hiver deux fois plus de décès qu'en 1988 chez les plus de soixante-cinq ans. Responsable : un des nombreux virus grippaux, le A H3N2. Absent depuis quelques années, son retour a fait des ravages dans une population mal immunisée.
Face à une maladie bénigne dans la grande majorité des cas, mortelle pour certaines couches fragilisées de la population (personnes âgées, frappées de troubles cardio-vasculaires ou pulmonaires, alcooliques, grands fumeurs, etc.), le vaccin reste l'arme principale des médecins. Car si la grippe, comme toute maladie virale, ne se guérit pas, elle se prévient de plus en plus. Cet hiver, plus de 7 millions de doses de vaccin ont été distribuées, soit 20 % de plus que l'année dernière. La couverture vaccinale protège aujourd'hui 11 % des Français (mais 60 % des plus de soixante-cinq ans) : un record mondial. Le vaccin, gratuit pour toutes les personnes à risques doit être inoculé entre octobre et novembre. Son efficacité - difficile à évaluer car, sur le terrain, on confond souvent grippe et syndrome grippal, dû au virus syncitial respiratoire, varie entre 70 % et 80 % selon les années. Au total, cinq millions de personnes auront été atteintes cette année, contre un peu plus de quatre millions l'an dernier.
Pour mettre à la disposition du public, le 1 octobre, un vaccin aussi sûr, médecins et chercheurs s'attèlent à la tâche dès les premiers froids. En ce mois de janvier il faut déjà songer à la formule pour 1990. Un exploit renouvelé tous les ans, car, chaque automne, un nouveau vaccin sera réinjecté. En quelques semaines, l'exercice imposé consiste à cerner les caractéristiques saisonnières d'un virus toujours changeant. Une sorte de virus caméléon, d'autant plus difficile à saisir qu'il se modifie sans cesse, le plus souvent très progressivement (par " glissements ") mais parfois aussi de façon brutale et soudaine (par " cassures ").
L'éventualité attendue par les virologues n'est pas pour autant prévisible. En France, la dernière épidémie importante - correspondant à des mutations par cassures et à l'irruption d'une forme de grippe nouvelle et donc dangereuse - remonte à l'hiver 1968 et elle avait fait plus de 16 000 morts. " On a pensé un moment que les grandes épidémies revenaient à un rythme régulier, assure le professeur Hannoun. Après les avoir observées en 1947, 1957 et 1968, on a été très vigilant en 1978... Mais il ne s'est rien produit et on attend toujours. "
Mr Charles Millon ne veut pas renoncer. Chef de file des " rénovateurs " du printemps 1989, Mr Charles Millon s'est déclaré, dimanche 7 janvier, déterminé à " favoriser, dans les semaines qui viennent, une initiative pour accélérer l'union et la rénovation de l'opposition ".
Partisan " d'une grande formation unie, décentralisée et pluraliste ", le président du groupe UDF de l'Assemblée nationale pense que cette rénovation devra se faire avant la fin 1990 ou ne se fera jamais. A la fin de l'année dernière, Mr Millon avait déjà manifesté une certaine impatience en lançant notamment, le 30 novembre sur TF 1, cet avertissement : " Soit les chefs, nos chefs, s'unissent, se rénovent, changent d'option, soit il faut changer de chefs. "
On ignore pour l'instant quel genre d'initiative Mr Millon se propose de prendre, dans la mesure où il semble toujours en être au stade des consultations. Il est possible aussi que par cette déclaration d'intention impromptue, le président de la région Rhône-Alpes ait voulu d'entrée étouffer certaines vélléités personnelles que la rumeur accorde en particulier à Mr Michel Noir. Il est probable également que, nourri par l'expérience du printemps dernier, Mr Millon veuille mener l'entreprise sans être placé sous les feux constants des projecteurs de la presse.
En tout état de cause, son pari ne paraît guère plus facile à tenir que l'an dernier. Le RPR et l'UDF ont entrepris, chacun à sa façon et à son rythme, leur propre rénovation. Le RPR réunit, mardi 9 janvier, sa commission de synthèse. L'UDF doit tenir, mercredi 10 janvier, un premier conseil national consacré particulièrement aux problèmes des pays de l'Est. Le Conseil de coordination de l'opposition se réunira jeudi 11 janvier.
Ces deux formations sont également lancées sur les rails des " états généraux " de l'opposition dont la première convention - consacrée à l'éducation - sera organisée les 20 et 21 janvier à Marne-la-Vallée. Interrogé lundi 8 janvier sur Europe 1, Mr Jacques Chirac a, d'ailleurs, déjà proposé une sorte de fin de non-recevoir à l'appel de Mr Millon en rappelant que la constitution d'un parti unique de l'opposition demeurait à ses yeux un projet " un peu prématuré ".
Le président du RPR se montre de toute évidence moins inquiet que Mr Millon sur l'état de l'opposition. " Rien d'essentiel, a-t-il relevé, ne sépare les différentes formations de l'opposition en dehors d'ambitions partisanes ou personnelles contradictoires. " Reflétant le sentiment d'une grande partie des centristes, Mme Simone Veil a, de son côté, expliqué dimanche 7 janvier, au Forum FR 3-RMC, qu'elle demeurait favorable à la constitution de deux grands partis de l'opposition, l'un conservateur, l'autre centriste.
" Chaque jour qui passe, constate Mr Millon, est un jour perdu pour la crédibilité de l'opposition. " Chaque jour qui passe, pourrait-on plutôt faire observer, multiplie les interprétations sur ce registre de la rénovation.
La Fédération nationale des élus socialistes et républicains a organisé, du vendredi 5 au dimanche 7 janvier, à Paris, une rencontre entre les élus socialistes originaires du Maghreb, des membres du gouvernement et des responsables du parti pour débattre des problèmes de l'intégration. Mr Pierre Mauroy, premier secrétaire du PS, a plaidé vigoureusement en faveur du droit de vote pour les résidents étrangers à l'occasion des prochaines élections municipales. Mr Jacques Chirac, président du RPR, Mr Charles Millon, président du groupe UDF à l'Assemblée nationale, et le RECOURS, organisation de rapatriés d'Algérie, ont vivement critiqué cette prise de position. Mr Chirac a déclaré, lundi 8 janvier à Europe 1, que les propos de Mr Mauroy sont " provocateurs et irresponsables ".
Il y avait urgence. Les interventions de nombreux élus de Marseille ou de Dunkerque, en porte à faux entre les aspirations des communautés dont ils sont membres et les silences gênés du Parti socialiste (qui ont souvent constitué sa seule réponse aux problèmes concrets de ces communautés), l'ont montré : il était temps que les socialistes prennent position alors que fleurissent à l'Assemblée nationale comme au Sénat les missions d'information sur les questions liées à l'immigration et à l'intégration. La présence de sept ministres, et non des moindres, celle de Mr Michel Rocard, ainsi que le message de Mr François Mitterrand ( " Je me réjouis de cette initiative. (...) J'attends de vos travaux (...) des suggestions fécondes pour le grand chantier de l'intégration auquel le gouvernement se consacre "), ont attesté de l'intérêt soulevé par l'initiative de Mr Georges Morin, délégué national auprès de Mr Mauroy, chargé des Français originaires du Maghreb.
Les tables rondes organisées sur des thèmes extrêmement concrets (le logement, l'emploi, le rôle des médias, la justice, l'islam en France, l'armée, l'école, l'enseignement des civilisations et l'intégration politique) ont donné l'occasion aux principaux responsables socialistes d'énoncer un certain nombre de principes sur lesquels pourrait s'appuyer une véritable politique d'intégration.
Première idée force, énoncée entre autres par Mr Jean-Pierre Chevènement : l'intégration requiert une " double volonté ". D'une part celle de la société française et d'abord de l'Etat, d'autre part celle des Français originaires du Maghreb. Cette intégration - Mr Michel Rocard l'a souligné - " n'est pas l'assimilation ; chacun doit pouvoir continuer à porter sereinement sa propre culture ". Mais l'intégration n'est pas pas non plus " la coexistence, où chacun côtoie l'autre en l'ignorant superbement, où un prétendu respect des différences n'est en fait que le stade suprême de l'apartheid ".
Deuxième idée issue des débats : la politique d'intégration des Français maghrébins issus de l'immigration ou de la communauté harkie (les pieds-noirs ayant été par comparaison beaucoup mieux intégrés) ne doit pas se faire par le biais de mesures spécifiques, qui pourraient donner l'impression aux laissés-pour-compte de la société française d'un traitement de faveur susceptible d'alimenter un vote pour le Front national. " Il faut une politique d'intégration pour ceux qui sont originaires du Maghreb, a affirmé avec force Mr Mauroy, mais il en faut une aussi pour ceux qui vivent avec eux. La meilleure intégration ne se fait pas à coup d'exceptions. "
C'est ce même souci qui a poussé le premier ministre à préciser que le Haut Conseil d'intégration qui vient d'être créé ne concerne pas les seuls Français originaires du Maghreb mais bien " tous les Français " marginalisés. Mr Rocard a pris soin de rappeler que " la France ne peut plus être une terre d'immigration nouvelle " et qu'elle ne peut pas accueillir " toute la misère du monde ".
Mr Mauroy a traité, pour sa part, du droit de vote des résidents étrangers aux élections locales. " Avoir passé sa vie (dans une commune) et ne pas pouvoir voter sur les problèmes (de celle-ci) c'est véritablement une atteinte à la dignité ", a-t-il déclaré.
" Sur ce sujet, le président a raison, le PS a raison, mais je comprends que le gouvernement ne puisse agir en ce sens. Nous devons faire de la pédagogie pour que la prochaine fois (les municipales de 1995) ils (les résidents étrangers) puissent voter ", a ajouté Mr Mauroy, qui a convenu que l'effort pédagogique reste important. Il a estimé que les maires socialistes devaient y participer en mettant sur pied dans leurs communes des commissions extramunicipales ou des conseillers associés.
Cette question du droit de vote ne fait pas l'unanimité au sein du Parti socialiste. Elle pourrait même devenir une ligne de reclassement à l'occasion du congrès de Rennes. Mr Lionel Jospin, qui y est pourtant favorable contrairement à Mr Chevènement ou à Mr Jean Poperen, a pris soin de se démarquer des propos de Mr Mauroy. " Je ne suis pas sûr que ce soit possible aux prochaines élections ", a-t-il indiqué sur Europe 1. " Cette mesure sera mise en Óuvre quand l'opinion l'acceptera ", a-t-il ajouté .
Mr Laurent Fabius a confirmé, dimanche 7 janvier, devant mille cinq cents de ses partisans réunis à Créteil, dans le Val-de-Marne, son intention de présenter sa propre motion au vote des militants pour le congrès du Parti socialiste, en mars prochain, à Rennes, ce qui laisse entendre qu'il refusera une synthèse préalable lors de la réunion du comité directeur, les 13 et 14 janvier. Le président de l'Assemblée nationale estime nécessaire de " clarifier " les orientations que les socialistes souhaitent voir mises en oeuvre et de " revitaliser " le parti. Il a proposé que les composantes du courant mitterrandiste passent un " pacte d'unité ", par lequel elles s'engageraient à s'accorder entre elles à la veille du congrès, avant de rechercher une synthèse avec les autres courants. Mr Lionel Jospin a déclaré, au " Club de la presse " d'Europe 1, qu'il n'est " pas bien grave " que les mitterrandistes présentent des textes différents, mais qu'il existe, néanmoins, un danger de " fragmentation " du PS et que l'attitude de Mr Fabius " risque d'empêcher la synthèse ". Mr Jean Poperen a confirmé, pour sa part, qu'il déposera sa propre motion. Les amis de Mr Michel Rocard ont annoncé qu'ils feront de même, tout en souhaitant qu'un accord puisse être obtenu au comité directeur.
Sans jamais employer lui-même le terme de " motion ", Mr Fabius a justifié la présentation d'un tel texte, après la prochaine réunion du comité directeur, en répondant aux arguments de ceux qui plaident pour que cette réunion aboutisse, au contraire, à une synthèse. Pour le président de l'Assemblée nationale, il faut " laisser la parole et la décision aux militants " et, s'il est vrai que " les points de vue, depuis un certain temps, se sont rapprochés ", le débat, " en réalité, s'est déplacé ". Ensuite, s'il convient de la nécessité d'être " attentif " à ne pas déstabiliser le gouvernement, Mr Fabius refuse de considérer que les socialistes ne pourraient " débattre et avancer " que lorsqu'ils sont dans l'opposition. Il a souligné, enfin, que le PS n'avait pas connu de " véritable " débat depuis plus de dix ans et qu'il faut y " faire circuler le sang nouveau ".
Plusieurs orateurs, s'exprimant avant Mr Fabius, avaient souhaité que l'heure de la motion arrive, ou constaté qu'elle était arrivée. " Nous sommes, maintenant, courant de pensée ", a affirmé Mr Marcel Debarge, membre du secrétariat national, en invitant les fabiusiens à débattre " avec la passion nécessaire, les pulsions normales, et la maîtrise qui va de pair ". Mr Jacques Mellick, ministre délégué chargé à la mer, a assuré à Mr Fabius que " la fédération du Pas-de-Calais, dans sa large majorité, (lui) apportera son appui ". Mr Olivier Stirn, ministre délégué au tourisme, a annoncé le retrait de sa contribution et son ralliement à " la motion Egalité ". Mr Pierre Bérégovoy a, lui aussi, exprimé son soutien à la " motion ". Le ministre de l'économie, qui prenait la parole pour la première fois devant les militants fabiusiens et qui a été accueilli chaleureusement, a invité ses auditeurs à ne pas perdre de vue la " priorité " que doit être, pour les socialistes, la lutte contre le chômage.
Les fabiusiens ont, en effet, renforcé, dans le texte de ce qui n'est encore que leur contribution, les passages relatifs à la justice sociale . Le titre " Egalité " " sous-entend : plus d'égalité ", a souligné le président de l'Assemblée nationale. Mr Thierry Mandon, député de l'Essonne, présentant les amendements issus des réunions organisées le 9 décembre dans quatre-vingts fédérations, avait évoqué le souhait d'un " puissant effort de justice sociale ". Pour Mme Frédérique Bredin, député de la Seine-Maritime, qui a rendu compte des travaux de la commission consacrée à cette question, c'est un " plan d'urgence " qui est nécessaire, car " non seulement les inégalités existent, mais elles s'aggravent ".
Mr Fabius et ses amis souhaitent, désormais, qu'un " plan de modernisation et de revalorisation de la fonction publique " soit " négocié, décidé, puis mis en oeuvre rapidement ". Ils réclament l' " extension " des lois Auroux sur les droits des salariés et proposent que l'attribution d'aides publiques aux entreprises soit soumise à la présentation, par celles-ci, d'un " plan d'égalité professionnelle " entre hommes et femmes. Ils demandent qu'un " bilan social de la nation " soit présenté et discuté, chaque année, au Parlement. Ils s'inquiètent de la " dégradation " du système de santé. Ils se prononcent pour un " plan d'urgence " en faveur des universités et pour une augmentation rapide du nombre des bénéficiaires du congé-formation.
Le texte fabiusien comportera, en outre, des paragraphes consacrés à la laïcité - " un rempart et un ciment, une exigence avec laquelle on ne peut pas transiger ", a dit Mr Fabius - et à l'intégration des immigrés, qui suppose notamment, selon Mme Bredin, le " droit de vote ". Il insistera sur l'importance des problèmes d'environnement et de cadre de vie, en proposant la création d'institutions de contrôle et de recherche et celle, au sein du PS, d'un secrétariat national chargé de ces questions.
S'ils souhaitent " clarifier " les positions au sein du PS, le président de l'Assemblée nationale et ses amis insistent plus encore sur la nécessité, selon eux, de " revitaliser le parti ", afin, selon les termes de Mr Alain Claeys, premier secrétaire de la fédération de la Vienne, de " reconquérir notre électorat, rassembler la gauche, retrouver notre âme, reprendre un esprit d'initiative ". " Le moment est venu de mettre les choses à plat et de prendre un nouveau départ ", a déclaré Mr Fabius. Entre autres propositions, les fabiusiens suggèrent l'organisation régulière de " séminaires " associant le gouvernement, le parti et les groupes parlementaires, et ils avancent l'idée d'un " contrat " avec les militants, sur les orientations que la direction du parti serait chargée de mettre en oeuvre, contrat dont l'exécution serait contrôlée par des conventions nationales réunies entre les congrès.
Mr Lionel Jospin, qui avait réuni, samedi, les principaux signataires de la contribution qu'il avait rédigée avec Mr Michel Delebarre, a déclaré, dimanche, au " Club de la presse " d'Europe 1, à propos de la démarche de Mr Fabius, qu'il n'est " pas bien grave " que les mitterrandistes présentent des textes différents. " Sur le fond des problèmes, nous sommes en gros d'accord, a-t-il dit, et nous devrions pouvoir nous rassembler : ceux qui ont constitué le courant majoritaire du PS et puis, ensuite, au-delà. "
Mr Jospin souhaite, néanmoins, que le congrès de Rennes ne soit pas " le congrès de la fragmentation du PS ". " Je ne suis pas sûr, a-t-il dit, qu'un grand parti, le parti au pouvoir, le premier parti de France, puisse se permettre d'avoir sept ou huit textes sur lesquels les militants doivent se prononcer. Je ne voudrais pas que l'on fasse tourner la roue de l'histoire à l'envers et que l'on aboutisse à fragmenter le PS. "
Pour le ministre de l'éducation nationale, l'attitude de Mr Fabius " risque d'empêcher la synthèse ". Il estime que le PS " ne doit pas être un parti qui soit lié à un homme ", mais " exister quelles que soient les conditions politiques " et qu'il " doit être un parti de militants, pas une machine électorale rassemblés autour d'un homme ". Selon Mr Jospin, rien n'empêche le courant Rocard d'être dans la majorité du parti. Il juge, d'autre part, que le PS devrait " avancer au congrès " sur la question sociale, qui " continue à exister en France ". Il propose une augmentation des salaires, puisque " nous sommes revenus à un certain niveau de croissance ", et que le gouvernement, " dans les années qui viennent, s'efforce de donner davantage aux revenus salariaux qu'aux revenus du capital ".
Mr Jean Poperen a réuni, de son côté, à Paris, trois cents animateurs de son courant, avec lesquels il a confirmé sa volonté de présenter sa propre motion, ce qu'il n'avait pas fait depuis le congrès de Grenoble, en 1973 (le Monde daté 7-8 janvier). Le ministre des relations avec le Parlement va déposer un texte sensiblement modifié par rapport à celui de sa contribution, afin de tenir compte des événements internationaux et des débats de l'automne dernier, en France, à propos de la laïcité et de l'immigration. Il propose, en outre, de " préparer des assises du mouvement socialiste ", qui réuniraient autour du PS la mouvance des anciens communistes et celle des écologistes, selon une méthode intermédiaire entre le congrès d'Epinay, en 1971, et les Assises du socialisme, qui, trois ans plus tard, avaient accueilli au PS la " deuxième gauche " rocardienne. Ecartant tout " complexe de force d'appoint ", Mr Poperen et son second, Mr Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes, parient sur un score de 15 % des mandats. Ils estiment être " les seuls qui proposent au parti un axe stratégique ", constitué par leur proposition de " contrat pour le progrès social " et par celle des assises. A leurs yeux, le congrès de Rennes doit être " un congrès d'orientation et un congrès de militants ", car " un congrès socialiste n'est pas fait pour régler le destin de quelques personnalités, si éminentes soient-elles ou se jugent-elles ".
Les rocardiens, réunis, eux aussi, à Paris, déposeront, eux aussi, une motion si la synthèse, qu'ils jugent " souhaitable ", se révèle impossible, à la fin de cette semaine, au comité directeur. Refusant de " s'engager dans des combats de personnes " et déplorant " le climat de tension qui s'est installé dans le parti ", les amis du premier ministre entendent " participer à la reconstitution d'un pôle de stabilité " au sein du PS et affirment attendre " avec confiance le vote des militants ".
Mme Marie-Noëlle Lienemann, député de l'Essonne, membre du bureau exécutif du PS, a réuni, dans sa mairie d'Athis-Mons, ses amis, qui l'ont mandatée pour déposer au comité directeur la motion du courant Sésame ( " Sensibilité européenne pour unsocialisme autogestionnaire, mondialiste et écologiste "). L'ancienne néo-rocardienne et ses amis estiment que leur proposition de " redistribution du pouvoir pour transformer la société " est, avec celle du courant Socialisme et République de Mr Jean-Pierre Chevènement, " nationaliste, antieuropéen et militariste ", et le texte " antirocardien " de Mr Julien Dray, la seule qui propose un véritable choix d'orientation.
Mr Pierre Mauroy, qui réunit, le 10 janvier, les responsables de contribution se réclamant du courant mitterrandiste, ne doit guère se faire d'illusion sur la possibilité de les convaincre d'accepter une synthèse préalable. Les fabiusiens parient, de leur côté, sur sept motions au congrès de Rennes.. comme à ceux d'Epinay et de Metz.
Guadeloupe : canton de Capesterre-Marie-Galante (1 tour). Inscr., 3 227 ; vot., 1 875 ; abst., 41,89 % ; suffr. expr., 1 843. MM Benoît Camboulin, div. g., 1 156 voix (62,72 %), RÉÉLU ; Rémy Boulogne, PS, 427 (23,16 %) ; Jean-Marc Pasbeau, div. g., 232 (12,58 %) ; Marcel Morvany, ext. g., 21 (1,13 %) ; Ernest Coudoux, PCG, 7 (0,37 %).
Bien que le nombre des suffrages exprimés soit en augmentation de 345 unités, le candidat du Parti communiste guadeloupéen, Mr Coudoux, perd un tiers de ses électeurs et 1,03 point de pourcentage.
Le premier ministre roumain, Mr Petre Roman, invité, dimanche 7 janvier, de l'émission " 7 sur 7 " de TF1, a notamment affirmé, à propos du PCF : " Si je suis indifférent au sort du PC roumain, alors imaginez un peu pour le Parti communiste français... Néanmoins, je connais tout de même un peu l'histoire du Parti communiste français. Mon père était journaliste en France pendant la période du Front populaire, juste avant d'aller combattre dans les Brigades internationales en Espagne. A l'époque (...) le Parti communiste était un grand porteur d'espoir. Cela, je crois que tout Français le sait.
" Les liaisons que le Parti communiste avait, était obligé d'avoir, avec Staline, avec le stalinisme, lui ont causé un tort peut-être irrémédiable. Je m'excuse devant les communistes français (...) pour ce que je dis maintenant. J'ai un peu l'impression (...) que le Parti communiste français n'a pas fait une analyse complète, à fond, de son stalinisme. " Mr Roman a précisé qu'il avait déjà émis ce jugement lorsqu'il était en France, comme étudiant, il y a une quinzaine d'années.
L'Humanité de lundi réagit à ces propos en affirmant : " Rappelons (...) que les communistes français avaient rejeté, en théorie et en pratique, les conceptions staliniennes lors du 22 congrès et à chaque congrès suivant ".
De son côté, Mr Félix Damette, l'un des chefs de file des " reconstructeurs " du PCF, a affirmé dimanche, sur France-Infos après l'émission " 7 sur 7 " : " On peut dire que le Parti communiste français a raté le coche de la déstalinisation en 1956, alors qu'au contraire le parti communiste italien s'y est lancé, lui, très vigoureusement et que, depuis cette date, le Parti communiste français traîne un boulet considérable et qu'il en voit bien aujourd'hui les effets. "
Alors que la contestation continue au sein du PCF, et singulièrement contre son secrétaire général, la direction, après avoir publié une nouvelle déclaration du bureau politique (le Monde daté 7-8 janvier), semble organiser sa contre-attaque à la fois envers MM François Mitterrand et Charles Fiterman, des " reconstructeurs " communistes et des dirigeants socialistes.
" Contre les communistes, le déchaînement s'amplifie chaque jour. Les titres se téléscopent. Le Monde et Libération rivalisent. Mensonges et mauvaise foi, falsifications et censure sont monnaie courante." Mr Roland Leroy, membre du bureau politique du PCF, directeur de l'Humanité, s'en prend aux journaux, lundi 8 janvier, dans l'éditorial du quotidien communiste, alors que la contestation se développe au sein de son propre parti et que le premier ministre roumain, Mr Petre Roman, a contribué, dimanche 7 janvier, à l'alimenter. Mr Roman a fait état, lors de l'émission " 7 sur 7 ",sur TF1, des difficultés qu'éprouve le PCF à se défaire de son stalinisme (lire ci-dessous). La veille à Pantin (Seine-Saint-Denis), à l'occasion de l'inauguration - perturbée par le Front national - de la rue Timisoara, Mr Jacques Isabet, maire de cette ville de l'ancienne " ceinture rouge " de la capitale, avait réclamé - après quelques autres élus communistes, dont MM Théo Vial-Massat, député de la Loire, et Marcelin Berthelot, maire de Saint-Denis -un changement à la direction du parti.
Adepte d'un langage direct bien moins académique que celui de Mr Berthelot, Mr Isabet a dit de Mr Georges Marchais : " Je souhaite qu'il s'en aille ; je suis pour la retraite à soixante ans. "
La direction du PCF n'a de cesse depuis une dizaine de jours de dénoncer l'Elysée, le gouvernement et le PS comme promoteurs supposés d'une campagne anticommuniste " abjecte ". Comme il se doit, " écriture automatique " oblige, cette campagne est qualifiée, comme de coutume en pareilles circonstances, de " sans précédent ", ainsi que Mr Leroy l'écrit. On trouve, dans cette dénonciation, les ingrédients habituels : " L'intolérance, la haine, la violence, la perversité, l'hypocrisie. " Et pour tout dire, Mr François Mitterrand en est le deus ex machina... depuis 1972 car il avait affirmé, quelques jours après la signature du programme commun de gouvernement de la gauche, sa volonté, selon l'Humanité, " d'affaiblir le PCF afin de déblayer la voie à une puissante force social-démo crate ".
Mais, reconnaît Mr Leroy : " Il faut bien constater que quelques camarades prennent leur part à cette campagne. " Sans le citer, il critique Mr Félix Damette et il concentre, en le citant, sa contre-attaque sur Mr Rigout accusé de s'être exprimé dans le Figaro-Magazine pour donner une " troisième interview de la semaine ". Le choix n'est pas fortuit car l'ancien ministre fut déjà l'auteur d'une charge, en 1984, contre Mr Marchais baptisé " homme de l'échec " aux yeux des communistes et qu'il suggère, en 1989, de " changer d'analyse, de méthode et d'équipe " en envisageant l'arrivée de Mr Charles Fiterman au poste de secrétaire général . " Ainsi, écrit Mr Leroy, il est clair que l'enjeu est bien le même qu'en 1984 : le changement de direction viserait à une autre politique, celle du consensus avec le PS et le grand capital, et à construire un autre parti, de type social-démocrate. "
Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que Mr Fiterman, qui fut le chef de file des ministres communistes entre 1981 et 1984, est " ainsi " désigné comme cible principale de la contre-offensive conduite par la direction du parti. Si certains membres du bureau politique, même parmi ses plus fidèles partisans, semblent se montrer très circonspects sur l'avenir politique de Mr Marchais et si des alliances nouvelles se nouent au sein de cette instance, une volonté fondamentale unit toutes les factions qui la constitue : barrer la route du secrétariat général à l'ancien ministre d'Etat, à défaut d'un accord sur le nom d'un éventuel successeur.
Cette animosité envers Mr Fiterman trouve son expression dans un article de l'Humanité du même jour sous la signature de Mr Rémy Auchedé, premier secrétaire de la fédération du PCF du Pas-de-Calais . Ce dirigant rapporte un souvenir - de ces " épisodes qu'on préfère enfouir au plus profond de soi-même " mais qu'on sait fort bien déterrer pour l'édification des masses - qui remonte à la Fête de l'Humanité de 1984, celle qui suivit la mise en cause de la direction lors d'une réunion du comité central en juin 1984 après l'échec électoral du PCF aux élections européennes. Mr Auchedé dit avoir rencontré Mr Damette qui l'entretint de la situation du parti en ces termes : " Il faut changer la direction, il faut enlever Georges Marchais ; il y en a beaucoup qui sont d'accord. " Le dirigeant nordiste, prouvant que la question était effectivement d'actualité à ce moment-là dans les rangs du parti, s'enquit de savoir par qui son interlocuteur voulait remplacer le secrétaire général. " Charles Fiterman ", répondit Mr Damette. Membre du comité central, Mr Auchedé précise qu'il avait informé la direction de ces faits qu'il qualifie de " véritable putsch civil " et de " complot sournois ". Fallait-il une meilleur illustration de ce " stalinisme " à la française évoqué par un premier ministre roumain?
Il y a vingt ans déjà que le succès à cueilli Julien Clerc. La fougue, la spontanéité, le talent de mélodiste, une voix aux inflexions multiples ont porté Julien Clerc au premier rang des chanteurs de sa génération. Julien Clerc a adopté la chanson comme mode d'existence plus que comme un métier. Et il a assumé cette passion avec un goût du bonheur qui est un héritage de ses origines antillaises. Comme dans la chanson que lui écrit alors Etienne Roda-Gil, le piano, son piano, est un " éléphant dans la jungle d'un appartement. C'est sa mémoire et son printemps ".
Son plus grand succès survient assez tard : à trente-neuf ans, il est le premier chanteur français à présenter pendant onze jours un spectacle au Palais omnisports de Bercy. Cette réussite sans trucages l'amène curieusement à produire un album minutieusement élaboré avec l'ordinateur Fairlight. " En me frottant aux machines, dit Julien Clerc, je me suis frabriqué des barrières à une sorte de folie que j'ai en moi. Je l'ai d'autant plus compris qu'on me l'a répété mille fois et d'une façon insistante. "
Avec le nouvel album réalisé à New-York par l'Américain Phil Ramone et imaginé pour les paroles par Jean-Claude Vannier, Françoise Hardy, David McNeil, Thierry Séchan, Jean-Louis Bergheaud et Maurice Vallet, l'ami des débuts, Julien Clerc a voulu offrir l'image d'un homme de la quarantaine, plus mûr, dont la réalité ne correspond plus aux photos qu'on laisse trainer derrière soi. Il a souhaité aussi renouer avec une tradition (mélodies à charge émotionnelle, textes d'auteur) qui a été celle de la première partie de sa carrière. Il a abandonné une certaine froideur, une trop grande pudeur, un certain repli sur soi et, comme le dit une de ses dernières chansons, il a " levé le verrou qui nous retient. (Car) tout nous porte à frémir, au désir, au plaisir ".
Suivant les directives de Phil Ramone, l'album a été conçu autour de la pulsation vocale d'un chanteur. Phil Ramone a demandé à Julien Clerc de chanter assis devant un piano, c'est-à-dire de se retrouver en studio dans la situation du compositeur chez lui, devant son instrument. Seul, et content de l'être.
Julien Clerc a ainsi trouvé un nouveau souffle. Il chante et s'emporte. Il court de nouveau après la vie et, à l'exemple d'un " animal tardif ", il est mieux dans sa peau de quarante ans que dans sa peau de jeune homme. Il roule en accord avec lui-même. Il fait éclater une musique métissée, puisant d'avantage qu'autrefois dans ses racines antillaises.
La petite traversée du désert qu'il a subie a permis à Julien Clerc d'échapper au déroulement de plus en plus mathématique d'une carrière dans le show biz. Contrairement aux lois en vigueur dans l'industrie musicale, aucun spectacle n'est prévu après la sortie de cet album, aucune salle n'est retenue. Tranquille, presque fataliste, Julien Clerc navigue désormais à vue. En prenant le temps de vivre. Et sans avoir honte d'être heureux.
Les visiteurs du Musée des Offices de Florence, découvriront à partir du 11 janvier un chef-d'Óuvre de Botticelli, le Couronnement de la Vierge qui n'avait pu être exposé depuis 1940 en raison de la sévère dégradation de son support.
L'Óuvre représente sur fond or, le paradis où Dieu couronne la Vierge, entourée de chérubins, au milieu de guirlande de fleurs et de nuages, dans un savant mélange de tons bleus, gris, safran et pourpre.
Leopold Godowsky fut l'un des pianistes les plus admirés de son temps et le compositeur qui, après Chopin et Liszt, révolutionna la technique de son instrument. Né en Pologne en 1870, il mourut à New-York en 1938.
Godowsky a joué dans le monde entier, jusqu'en Chine, au Japon et à Java, s'est lié avec les plus grandes personnalités de son époque : Einstein (assez bon violoniste, comme on le sait), Saint-Saëns (qui voulut l'adopter), Gounod (à qui il fit découvrir la Sonate " Appassionata "... en 1890), Fauré, Ferdinand de Lesseps (le constructeur du canal de Suez), Rachmaninov, Charlie Chaplin, Grieg, Chaliapine, Caruso, André Gide, Ravel, la pianiste Guiomar Novaes. Il a gravé de nombreux disques et rouleaux de piano mécanique, écrit des dizaines d'Óuvres à peu près oubliées aujourd'hui, qui influencèrent cependant Kaikhosru Shapurji Sorabji, Darius Milhaud et Conlon Nancarow, avant de mourir ruiné. Pour la petite histoire, l'un de ses fils fut co-inventeur du Kodachrome et sa fille, Dagmar, fut une star du cinéma muet à Hollywood.
La musique de Leopold Godowsky est d'une incroyable complexité. Dans ses études, ses paraphrases de concert, ses suites, il atteint, par la superposition des rythmes et des mélodies, un degré de complexité qu'aucun autre compositeur n'avait osé imaginer avant lui. Mais la virtuosité déployée dans ses Óuvres ne produit pas de grands effets sur le public.
A la différence de celles de Listz ou de Rachmaninov, pour ne prendre que ces deux exemples, les Óuvres pour piano de Godowsky exigent une grande indépendance des mains et des doigts, une absolue décontraction musculaire et un grand sens de la couleur, bien davantage qu'une expression flamboyante. Exception faite, bien sûr, de ses ébouriffantes Métamorphoses symphoniques pour piano sur l'ouverture de " la Chauve-Souris ", de Johann Strauss, que seul, ou à peu près, Nelson Freire ose jouer en concert de nos jours (d'après Jorge Bolet, ce serait l'Óuvre la moins "jouable" de toute la littérature pianistique).
La composition des Cinquante-trois études d'après vingt-six Études de Chopin s'est étendue sur vingt et une années (1893-1914). Le but avoué de Godowsky était d'"enrichir l'art pianistique de nouveaux moyens mécaniques, techniques et esthétiques"; de "contribuer au développement de la nature particulière de l'instrument, si accessible aux combinaisons polyphoniques et poly-dynamiques"; de "multiplier enfin les ressources de coloris de l'instrument (...), car les difficultés exceptionnelles, tant physiques qu'intellectuelles, que renferme cet ouvrage, contribueront à développer les qualités pianistiques de l'exécutant et lui feront acquérir une haute maitrise de l'instrument ". " Ma musique n'est pas difficile ; certains passages peuvent être difficiles à lire, mais je maintiens qu'elle n'est pas difficile à jouer. J'ai de petites mains et j'écris ma musique de sorte qu'elle soit pianistique et s'adapte à la main. " Y est-il arrivé ? Il semble que oui, même si, l'auditeur éprouve parfois quelque écÓurement à écouter ces études tout à la suite (elles ne sont assurément pas faites pour cela).
Pour les enregistrer, il fallait un pianiste qui aime les défis ; Geoffrey Douglas Madge n'aime que les défis : l'Opus Clavicembalisticum, de Sorabji, ne lui fait pas plus peur que les grandes pièces de Feruccio Busoni, qu'il donne régulièrement en concert.
Il fallait aussi - et surtout - un éditeur assez toqué pour oser produire ce qui, a priori, est invendable : la musique inconnue, d'un compositeur inconnu, jouée par un pianiste qui n'est pas une star.
Cet éditeur existe, et à Paris. Fondé par Jean-Louis Percot et Bruno Saint-Germain, " Dante " produit des enregistrements qui ne sont pas tout à fait comme ceux des autres compagnies. Une intégrale de l'Óuvre pour piano de Scriabine, jouée par Joseph Villa, un jeune pianiste américain. Il utilise un Steinway des années 50, transfiguré par un accordeur (une accordeuse, en fait, qui a eu l'idée de remplacer les têtes des marteaux par des modèles datant du début du siècle). Une intégrale des Sonates de Scarlatti et une bonne partie de l'Óuvre pour piano de Godowsky par Madge.
Madge joue, lui, sur un Steinway de concert de 1926, un piano comme on n'en entend plus dans les salles de concert, un piano dont la sonorité n'est pas sans évoquer celle des grands Erard d'autrefois, dont les basses étaient si brillantes et profondes, le médium si coloré, cuivré sans être nasal ou dur, les aigus si lumineux, dont la mécanique était si rapide, si souple, les capacités dynamiques au moins aussi grandes que la faculté de chanter.
Parfois, il peine un peu... lorsque Godowsky superpose deux Études de Chopin ou lorsqu'il confie à la seule main gauche, une autre Étude déjà injouable lorsque ses difficultés se répartissent aux deux mains dans la version originale. D'autres fois, il émerveille par la beauté de sa sonorité, la simplicité de ses phrasés et l'aisance avec laquelle il restitue la polyphonie la plus inextricable.
En tout cas, après un tel marathon, personne n'aura le cÓur de reprocher à Geoffrey Douglas Madge ses quelques imprécisions, puisqu'il s'agit, le plus souvent, de prises directes, sans correction, ou presque...
Ils sont trois, viennent de Nancy, circulent probablement en GS Citroën, et ont choisi de se placer sous le signe d'une prise de catch, une clé particulièrement douloureuse pour la victime. Ce qui ne porte pas spécialement à conséquence. Double Nelson avance masqué, en crabe et à couvert. Il suffit de regarder la pochette pour s'en convaincre. Au verso, on les entrevoit derrière le pare-brise sale du véhicule cité plus haut, au recto un animal bleu et sommaire s'énerve devnt un trou creusé au milieu d'un paysage rudimentaire et orange. Ce n'est pas à l'intérieur qu'on comprendra mieux ce qui se passe. Ceux qui l'ont fait est un moment étrange. L'attention n'est jamais laissée en repos, de Nani, dub de traviole, à Michelle King Size, slow claustrophobe, mais on n'est pas toujours sûr que le jeu en vaille la chandelle. Le fouillis (le son est très synthétique brut, low tech) sert de camouflage mais surtout d'exutoire à un trop plein d'idées et - c'est l'essentiel - de sentiments. Ceux qui l'ont fait est peut-être le premier pas d'un beau parcours, c'est de toute façon une jolie photo de baptême, un moment émouvant et exaspérant.
La célèbre tour penchée de Pise (Toscane) a été fermée au public dimanche 7 janvier, pour la première fois depuis sa construction au XIe siècle. L'état du monument ne permet plus d'assurer la sécurité des nombreux visiteurs (plus de huit cent mille par an).
La déclaration d'utilité publique de l'autoroute A 14 a été publiée au Journal officiel du 6 janvier. Le tronçon d'une longueur de 15 kilomètres reliera, au nord-ouest de Paris, l'axe de La Défense à l'autoroute A 13 près d'Orgeval. Ce sera la première autoroute urbaine à péage. Son ouverture est prévue pour 1994.
Le projet, et surtout le tracé, ont suscité de vigoureuses protestations des riverains et de plusieurs municipalités, en particulier celles de Saint-Germain-en-Laye, le Mesnil-le-Roi, Montesson et Carrières-sur-Seine. Les contestataires ont obtenu quelques satisfactions : la traversée de la forêt de Saint-Germain se fera en tranchée recouverte ou en souterrain et celle de la plaine maraichère de Montesson sera en tranchée plus profonde que prévu initialement, ce qui atténuera le bruit et permettra un recouvrement ultérieur.
En revanche, le franchissement de la Seine aura lieu non en sous-sol mais en viaduc, au pied de la terrasse historique du château de Saint-Germain.
Mr Lionel Jospin a confirmé lors du " Club de la presse " d'Europe 1, dimanche 7 janvier, son intention de mettre en Óuvre un " plan d'urgence ", puis un " plan à moyen terme ", pour accueillir le nombre croissant de jeunes qui veulent faire des études supérieures (le Monde du 6 janvier).
Sans dévoiler le détail du plan d'urgence, qui doit être arbitré lundi 8 janvier et présenté au conseil des ministres de mercredi, le ministre de l'éducation nationale a fait part de son intention de construire, pour la rentrée universitaire de l'automne 1990, 200 000 mètres carrés de locaux supplémentaires. Pour atteindre cet objectif ambitieux, " il faudra que tout le monde m'aide ", a-t-il précisé : le gouvernement, l'administration, mais aussi les collectivités locales, qu'il propose d'associer " dans un véritable partenariat " à la politique universitaire.
Quant au financement de ce plan d'urgence, comme des projets à moyen terme, Mr Jospin reprend à son compte une formule récente du premier ministre : " Pour cet effort exceptionnel, il faudra des ressources exceptionnelles. "
Enfin, le ministre a annoncé que des discussions allaient être engagées dans les prochains jours avec les organisations syndicales d'étudiants. Au programme : la définition d'un plan social destiné à accroitre le nombre des bourses et des prêts aux étudiants.
Après Antenne 2 (le Monde du 21 décembre), FR3 - où l'éviction de Jean-Marie Cavada a entrainé quelques retards - achève sa grille de programmes. Un double accouchement qui n'est pas sans douleurs. De nombreux producteurs se plaignent de voir leurs émissions repoussées en fin de soirée, comme " L'heure de vérité ", purement et simplement supprimées, comme le magazine "Haute curiosité", de l'académicien Maurice Rheims, ou encore suspendues à des arbitrages qui tardent, comme le c'est le cas pour " Résistances ", de Noël Mamère. Enfin, il en est d'autres... entre deux chaines.
C'est une histoire absurde. Absurde et désolante. Une histoire qui témoignerait à merveille du dysfonctionnement du service de l'audiovisuel, à moins de penser qu'il s'agit d'un faux pas et d'espérer que la communication passera mieux désormais entre les deux chaines concernées. Mais une histoire qui risque de coûter la vie à l'un des magazines les plus primés de ces dernières années, "Cinéma-cinémas" qui, après avoir été encensé par tout le monde, réclamé sur FR3 et regretté sur A2, n'est plus programmé nulle part.
Début novembre, les producteurs de "Cinéma-cinémas" sont contactés par Jean-Marie Cavada, alors directeur d'antenne de FR3. Le magazine - mensuel depuis sept ans sur Antenne 2 - l'enthousiasme au plus haut point et il souhaiterait l'intégrer sur un rythme bimensuel dans sa programmation du jeudi soir dont la thématique est précisément le cinéma. Surpris et flattés, Michel Boujut, Anne Andreu et Claude Ventura ont alors un premier rendez-vous à la direction de FR3. Ils s'y font expliquer la cohérence de la soirée cinéma (où leur magazine alternerait avec l'émission de Pierre Tchernia et la " Dernière séance ", juste après le film de 20 h 20) ainsi que la stratégie du directeur de l'antenne, lequel fait " son affaire " des questions relatives au budget et aux relations avec Antenne 2.
Influencés par le discours du président Guilhaume sur l'harmonisation de la " maison " commune A2-FR3 et persuadés qu'il s'agit d'une stratégie concertée et globale, ils font confiance à Jean-Marie Cavada, lequel affirme d'ailleurs être en contact permanent avec son homologue de la 2, et un accord est conclu pour une première diffusion le soir du 18 janvier. Le transfert du magazine est dès lors quasi officiel : son nom figure sur un projet de grille émanant de la présidence; et lors d'un appel téléphonique purement amical, Eve Ruggiéri - qui affirme regretter son départ d'Antenne 2 - souhaite bon vent au trio de producteurs.
Las! Jean-Marie Cavada saute dès le début janvier - "Ce monsieur ne travaille plus à FR3", répond désormais le standard en oubliant qu'il y conserve tout de même une émission - et Jacques Chancel prend les rênes des programmes. Un Jacques Chancel angoissé par l'urgence de bâtir une grille attendue de toutes parts, décidé à la marquer de son empreinte - "J'en suis le seul maitre" - et affolé de découvrir les promesses et engagements - non contractuels - de son prédécesseur, sans rapport, dit-il, avec les contraintes du budget.
"Cinéma-cinémas" est dans ce cas. Deux fois plus coûteux qu'un magazine moyen de FR3, il ne figure donc plus sur aucun projet. "Je découvre l'affaire, affirme Jacques Chancel, et je suis tout neuf dans l'histoire. Mais personne ici, tant à la programmation qu'à la production, n'attendait ce magazine. La légèreté et l'inconséquence de la promesse me semblent ahurissantes... Trop cher, vraiment. Voyez sur Antenne 2, leur maison."
Sur Antenne 2? Mais le magazine n'y est plus! "Pensez-vous sérieusement qu'une case reste vide plusieurs semaines et qu'on puisse se permettre d'entrer et sortir d'une grille comme d'un hall de gare?, demande Eve Ruggiéri, visiblement navrée. J'ai annoncé ma grille, pris de nombreux engagements."
Voilà. Tout espoir n'est sans doute pas perdu puisque chacun affirme sa volonté de contribuer à trouver une solution. Rendez-vous est également pris avec Marcel Jullian, au niveau de la structure commune. Mais l'histoire qui, murmure-t-on, est loin d'être isolée, est absurde. Vraiment.
Les deux cent cinquante journalistes du Figaro, du Figaro Magazine, du Figaro Madame et du Figaro littéraire vont être appelés à voter, le 18 janvier, sur la nouvelle société de gestion du titre qui sera mise en place dans le courant du mois de janvier. Créée en 1971 pour dix-neuf ans, cette société de gestion avait été mise en place après une grève de la rédaction du quotidien qui voulait s'opposer à la main-mise de Jean Prouvost, alors patron du Figaro. Cette structure, chargée de la gestion, de l'administration et de la rédaction, se compose de deux entités : le directoire, formé de cinq membres (dont deux titulaires de la carte de presse, MM Jean Miot et André Gillet) et présidé par Mr Robert Hersant, et le conseil de surveillance, où siègent douze membres (sept représentants du propriétaire, quatre de la rédaction, et un cadre).
Mr Robert Hersant, en rachetant le Figaro en 1976, avait conservé cette structure jusqu'au bout de sa durée de vie juridique. Compte tenu de l'échéance de celle-ci en 1990, des discussions avaient lieu depuis plusieurs mois entre la direction du Figaro et la société des rédacteurs, créée en 1965. Pour Mr Hersant, deux solutions étaient possibles. Soit la société de gestion disparaissait au profit d'une société anonyme classique, soit il maintenait le système actuel. C'est cette deuxième solution qui a été retenue, après "de nombreuses discussions, parfois houleuses", souligne un mMao, Pol Pot, Ceausescu et Compagnie, on ne sait à qui décerner le prix Nobel de la guerre contre son peuple. L'idéologie, qu'elle soit fasciste, communiste ou intégriste, n'a-t-elle pas été dans ce vingtième siècle finissant le mal absolu ?
La construction européenne suppose, pour la France comme pour les autres pays de la Communauté, de modifier des habitudes : c'est vrai aussi pour le secteur des télécommunications. Mais écrire qu'elle nous conduit à rompre avec une logique de service public et d'opérateur public fort n'est conforme ni à la réalité de ce que nous avons défendu ni au contenu de ce qui a été décidé.
En ce qui concerne les télécommunications, dossier que je connais bien pour avoir participé, à la tête de la délégation française, au conseil européen du 7 décembre dernier qui y était consacré, la réalité est moins simple que celle que l'on voudrait présenter.
Nous ne partons pas, en effet, d'une situation aussi fermée que celle qui est décrite. Le monopole des télécommunications - qui n'est d'ailleurs qu'un monopole de fait, puisque l'opérateur public n'a jamais été en France protégé par un droit exclusif - a peu à peu cédé du terrain, ces dernières années, parfois plus largement que dans d'autres pays européens. C'est ainsi que la fourniture des terminaux a été libéralisée au début des années 80, que l'offre des services à valeur ajoutée, qui associent transport et traitement de données informatiques, a été organisée dans un contexte concurrentiel. Autant de décisions importantes que la France a prises seule, sans y être contrainte par des décisions communautaires.
La direction dans laquelle nous allons n'est pas, non plus, aussi extrême que celle qui est décrite. Rappelons que ni le monopole sur les infrastructures ni le monopole sur le service téléphonique, qu'il soit offert sur le réseau d'aujourd'hui ou sur le réseau du futur - Numéris, - ne sont remis en cause : il n'est pas inutile de rappeler qu'actuellement 90 % des recettes de l'opérateur public proviennent de cette activité. Et si les douze Etats membres de la Communauté ont, à l'unanimité, accepté d'abolir les monopoles nationaux sur les services de transports de données informatiques (4 à 5 % du marché des services de télécommunications dans les pays comme la France ou l'Italie), c'est à la condition expresse que, comme le proposait le compromis présenté par Mr Paul Quilès, qui présidait le conseil des ministres, les Etats puissent assujettir l'offre de ces services à une autorisation fondée sur le respect d'un cahier des charges de service public.
Il ne s'agit donc pas d'une libéralisation sauvage, mais d'une ouverture maitrisée à la concurence, permettant de préserver la mission d'intérêt général confiée à l'opérateur public et de prémunir ce dernier contre les risques d'" écrémage ", c'est-à-dire la tentation des prestataires privés de ne satisfaire que la partie rentable de la demande.
Si un accord unanime a pu être trouvé sur un sujet qui avait jusqu'alors opposé la Commission à une forte majorité d'Etats-membres, ce n'est pas à la suite d'une " concession " de la France : celle-ci n'a rien cédé sur l'essentiel, c'est-à-dire la reconnaissance au niveau européen du caractère de service public de la transmission de données informatiques. Tout au contraire, si le dossier a pu être débloqué, c'est parce que la Commission a accepté des modifications à son projet de directive qu'elle avait refusées jusque-là.
De surcroit, il est important de souligner que la partie de l'accord relative à la libéralisation a été complétée par une décision très importante relative à l'harmonisation des réseaux en Europe : les Douze, en adoptant la directive ONP (offre de réseau ouvert), se sont engagés à mener un effort sans précédent d'harmonisation technique auquel tant les opérateurs publics que les prestataires de services privés seront conviés à participer, y compris pour des services du futur tels que le Réseau numérique à intégration de services ou les " réseaux intelligents ".
Cet effort est à rapprocher des décisions concrètes que nous avons prises au conseil des ministres européens pour lancer de nouveaux services à l'échelle européenne (par exemple la radio-messagerie unilatérale avec la directive Ermes) ou pour donner une forte impulsion à l'action de recherche et développement communautaire dans le domaine crucial des services intégrés large bande, c'est-à-dire des services qui pourront véhiculer aussi bien des images de qualité télévision haute définition que la voix et les données.
Le gouvernement irakien projette de réduire sa dette extérieure de trois milliards de dollars (environ 18 milliards de francs) en 1990, a annoncé dimanche 7 janvier le ministre irakien des finances par intérim, Mr Mohammed Mahdi Saleh, précisant que le budget adopté pour l'année en cours a été conçu dans cet objectif et prévoit notamment une compression des dépenses de l'Etat.
L'Irak a accumulé pendant la guerre une dette extérieure énorme, estimée à une quarantaine de milliards de dollars, sans compter l'aide apportée par les pays arabes du Golfe alliés de Bagdad. Cet endettement, dont le service dépasse 3 milliards de dollars par an, constitue pour le gouvernement, engagé dans un vigoureux effort de reconstruction, un handicap de plus en plus lourd, les principaux pays créanciers rechignant à consentir de nouveaux crédits tant que Bagdad refuse de recourir au FMI et maintient un embargo total sur toutes ses statistiques budgétaires, économiques et financières.
Le gouvernement indonésien a assuré, samedi 6 janvier, aux compagnies privées, nationales et étrangères, qu'elles ne seraient pas obligées de vendre une part de leur capital aux coopératives, comme le laissait supposer un discours prononcé, deux jours auparavant, par le président Suharto. " Il s'agit d'un appel (au secteur privé) et non d'une nouvelle politique ", a précisé le ministre chargé de la coordination économique, ajoutant que cet " appel " ne serait pas suivi d'une loi.
Le président indonésien avait surpris les milieux financiers en annonçant, dans son discours annuel de présentation du budget, que les entreprises devraient céder 25 % de leur capital aux quelque 34 000 coopératives qui produisent et distribuent des produits, notamment agricoles, dans le pays, regrettant que celles-ci soient restées à l'écart de la croissance récente du pays.
Source : Automotive Resources Inc.
Le marasme qui sévit dans l'industrie automobile américaine depuis plusieurs mois aura été particulièrement néfaste pour les " big three ", qui ont vu leurs ventes s'effondrer en fin d'année. Au cours du dernier trimestre 1989, la chute a dépassé les 20 % pour les voitures particulières pour General Motors, Ford et, surtout, Chrysler, qui effectue un plongeon préoccupant. Sur l'ensemble de l'année, la firme de Lee Jacocca a fortement reculé ; y compris sur le marché des " mini-vans ", où elle enregistrait pourtant de très bons résultats depuis plusieurs années. Au total, les ventes de voitures particulières et de véhicules commerciaux légers ont baissé de 6,5 % en 1989. Les " trois grands " ont vu leur part de marché reculer de 69,3 % à 67,9 % d'une année sur l'autre, dans le secteur voitures particulières. Au profit de leurs concurrents japonais, en progression de 22,8 % à 25,3 %. En revanche, la part des quatre constructeurs nippons a légèrement baissé (de 15,1 % à 14,9 %) sur les vans et les pick-up, dont les groupes américains détiennent encore 85 % du marché.
Délaissant Detroit et les froides contrées du Michigan pour Los Angeles et le climat californien, Mr Roger Smith, le patron de General Motors, avait choisi cette autre métropole tout en longueur pour présenter le 3 janvier sa dernière innovation : la voiture électrique de GM.
Baptisé Impact, ce nouveau véhicule est capable de passer de 0 à 90 km/h en l'espace de 8 secondes. Il ne comporte pas moins d'une douzaine de brevets témoignant de la capacité d'innovation des ingénieurs, qui se sont vu assigner la mission de produire une voiture électrique répondant à trois exigences : " prendre en compte les désirs de nos clients, la protection de l'environnement et s'affirmer comme le leader technologique dans cette industrie ". En Europe, Peugeot nourrit une même ambition.
L'Impact, qui a conservé quelques-unes des caractéristiques de la Sunraycer, un véhicule à énergie solaire précédemment mis au point par GM, devrait être commercialisée en priorité en Californie, un Etat-pilote en matière de réglementation antipollution atmosphérique, souvent supérieure aux normes fédérales. Mais GM n'en est pas encore à ce stade. Pour l'heure, la firme de Detroit n'a produit qu'un seul exemplaire de cette voiture. Et il faudra du temps avant qu'elle fabrique 100 000 unités qui, de l'aveu de son président, feraient de ce prototype un véhicule compétitif face aux traditionnelles voitures à essence.
Pour l'heure, l'Impact souffre encore de deux handicaps majeurs. En dépit de l'extension de sa zone d'autonomie à 180 km (à une vitesse moyenne de 80 km/h), celle-ci est encore trop limitée. " Pour rester dans Los Angeles, c'est très bien mais impossible d'aller jusqu'à New York... ", admet Roger Smith. De plus, la recharge des volumineuses batteries de 320 volts (elles pèsent plus de 400 kg...) est une opération longue et coûteuse. Elle demande environ deux heures ( " Alors qu'il suffit de cinq minutes à une pompe à essence ", souligne un détracteur). Et elle revient deux fois plus cher qu'un modèle traditionnel. Tant en raison du coût de la consommation électrique lors de la recharge que du prix des batteries (1 500 dollars, soit environ 8 000 F) qu'il faut remplacer tous les deux ans.
Mais Roger Smith ne se laisse pas démonter. Les recherches se poursuivent pour allonger la durée de vie des batteries et pour réduire les coûts, affirme-t-il. " Et l'important est d'avoir vu l'Impact battre la Nissan 300 ZX et la Mazda Miata lors des tests d'accélération " , ajoute-t-il. Une assurance qui devrait rasséréner Peugeot. Le constructeur s'acharne à " électriser " sa 205 dans le cadre de son programme VERT (Véhicule électrique routier à turbine). En butant sur les mêmes obstacles que General Motors, notamment une autonomie limitée à une centaine de kilomètres.
Soutien enthousiaste et inconditionnel à la révolution, aide énergétique importante aux populations frigorifiées et meilleurs vÓux de réussite "aux nouveaux camarades dirigeants" de Roumanie. Il était vain, samedi 6 janvier à Bucarest, d'essayer de déceler dans les propos de Mr Edouard Chevardnadze la moindre réserve, la plus infime circonspection soviétique à l'égard des événements roumains. Pour ce premier contact direct et officiel entre Moscou et Bucarest - précédé la semaine dernière d'un coup de téléphone de Mr Gorbatchev aux nouveaux dirigeants, - louanges réciproques et congratulations mutuelles étaient évidemment de rigueur. Et si le caractère éminemment anticommuniste de la révolution prend chaque jour, au moins dans le peuple, une ampleur grandissante, le chef de la diplomatie du Kremlin n'en a laissé paraitre à aucun moment le moindre ombrage.
"Dans la mesure du possible, a-t-il promis, l'Union soviétique prêtera assistance politique, morale et matérielle aux sages objectifs de la nouvelle direction roumaine." D'ores et déjà, Moscou a parfaitement compris ou accepté la suspension décidée aux premières heures de la révolution de l'exportation de produits alimentaires roumains vers l'Union soviétique. "Nous avons, a ajouté Mr Chevardnadze, accordé une aide d'urgence d'un montant de 1,2 million de roubles" livrée sous la forme de "cent trente wagons de produits alimentaires et médicaux". Au surplus, le rythme d'acheminement de gaz soviétique en Roumanie est passé de 16 à 22 millions de mètres cubes par jour et "il fait si froid ici que nos livraisons atteindront 390000 tonnes pour le seul mois de janvier". Il était difficile, au cours du week-end, d'obtenir à Bucarest les chiffres comparables précédents et l'on ignore donc encore si l'aide soviétique a ou non le caractère "massif" souhaité par les dirigeants roumains. Il fait également très froid cet hiver dans la campagne russe et l'on sait que Moscou éprouve déjà certaines difficultés à honorer les engagements d'exportation de gaz et de pétrole vers la Pologne et la Tchécoslovaquie.
La Roumanie, avec sa révolution si particulière, peut-elle obtenir de Moscou un statut privilégié alors qu'ailleurs, à l'Est, les partis frères communistes ont au moins survécu aux bouleversements? Pour l'instant, mystère. On peut certes remarquer que la majorité des membres actuels du Conseil du front de salut national (CFSN) étaient et sont peut-être restés des gorbatchéviens bon teint. Que certains d'entre eux, comme le premier ministre et le président du Conseil, ont fait de longues études à Moscou et que la plupart n'avaient aucune difficulté à donner, samedi soir, des interviews en impeccable russe aux journalistes soviétiques qui accompagnaient leur ministre. Ce sont des indices pour le présent et non des garanties pour l'avenir.
De toute façon, a dit l'homme du Kremlin, "chaque nation est libre de choisir le système politique qui lui convient. (...) La révolution roumaine, qui est d'importance mondiale, est parfaitement compatible avec la nôtre, celle que nous appelons la perestroika."
Pour le reste, c'est clair : Moscou est " opposé à toutes les dictatures, qu'elles soient communistes, soi-disant communistes ou bourgeoises ".
" Jamais encore, a ajouté Mr Chevardnadze, je ne m'étais rendu dans un pays avec un tel sentiment d'émotion. " Les rencontres avec Ceausescu étaient " éprouvantes et nous en sortions toujours accablés ". Ce fut, en revanche, " un réel plaisir " de discuter toute la journée de samedi avec " les nouveaux camarades dirigeants ", qui sont " si intelligents et chaleureux ". Un dernier petit coup d'encensoir et le ministre soviétique, entouré d'une garde militaire roumaine casquée et armée de kalachnikovs, a poursuivi sa conférnce de presse à l'Intercontinental de Bucarest.
D'abord une mise au point, précédée d'une intervention impromptue de Mr Sergiu Celac, son homologue roumain, sur le thème " voici-ce-qu'il-faut-dire ". Bien entendu, a donc répété Mr Chevardnadze, " le gouvernement soviétique n'a pas eu le moindre contact avec le CFSN avant le 22 décembre puisque celui-ci n'existait pas ". Curieux, curieux comme les meilleurs diplomates - et Mr Celac, le polyglotte, en est un excellent - aboutissent parfois, en cherchant à trop prouver, à renforcer le doute...
Passons. Les énigmes de la révolution roumaine sont trop nombreuses pour en dresser aujourd'hui l'inventaire. L'essentiel, pour l'URSS comme pour la Roumanie nouvelle, est que les relations bilatérales, " désormais ouvertes à de larges possibilités ", demeurent " fondées sur le respect mutuel et l'esprit de bon voisinage ". Or, s'il faut en croire les deux parties, elles le seront. COMECON, pacte de Varsovie et Acte final d'Helsinki : selon le ministre soviétique, " il y a (sur ces trois sujets), une large convergence de vues " entre Moscou et Bucarest. Nul besoin, pour appartenir à l'alliance militaire de l'Est, " que nous sommes en train de moderniser ", d'adopter chez soi un système communiste, " perestroiké " ou non. " Nous avons, a encore affirmé pourraient bien être reportées de quelques mois...
- La Bibliothèque nationale roumaine, qui a été incendiée au cours de la révolution, a perdu 500000 volumes dans les flammes, selon l'agence Rompres. Les fonds de livres rares et d'exemplaires uniques ont été détruits en leur totalité. Parmi les ouvrages disparus les plus connus se trouvent le Nouveau Testament de Balgrad, la Bible de Se Ban Cantacuzino, le Livre de préceptes de Jassy, l'Evangile de Bucarest et la Bible de Buda.
D'autre part, le Conseil du Front de Salut National (CFSN) à annoncé la création de tribunaux militaires d'exception qui seront chargés de juger, selon une procédure d'urgence, les personnes reconnues coupables d'activités terroristes ainsi que les crimes de " non-dénonciation et d'aide aux terroristes ". La radio a rappelé que la peine de mort avait été abolie en Roumanie depuis l'exécution du couple Ceausescu et qu'elle a été remplacée par une peine de réclusion à perpétuité. Tandis que le ministre soviétique des affaires étrangères, Mr Edouard Chevardnadze, apportait samedi 6 janvier l'entier soutien de l'URSS à la jeune révolution roumaine - ainsi qu'une invitation à Mr Ion Iliescu à se rendre, fin janvier, en visite officielle à Moscou - des manifestations d'étudiants ou de partis d'opposition se poursuivaient et se prolongeaient dimanche à Bucarest ainsi que dans plusieurs villes de province, notamment à Sibiu et en Transylvanie. Elles semblent cependant n'avoir donné lieu à aucun incident notable et le pouvoir s'applique à désamorcer par le dialogue les tensions qui pourraient devenir menaçantes. Ainsi a-t-il donné satisfaction à diverses revendications des étudiants et envisage-t-il de repousser, comme le souhaitent les partis d'opposition, la date des élections prévues pour le mois d'avril.
Dans les déclarations qu'il a faites dimanche soir à TF 1 (voir page 48), le premier ministre, Mr Petre Roman, a enfin évoqué certains aspects des récents événements de Roumanie. Il a notamment affirmé que la révolution roumaine " a les mains libres " car elle s'est faite " sans aucune aide étrangère ". Contrairement à ce qui paraissait établi, il a également déclaré qu'il n'était " pas prouvé " que l'armée ait tiré sur les manifestants à Timisoara au tout début des affrontements, le 16 décembre, et émis l'hypothèse que " des officiers de la Securitate se sont (alors) habillés en militaires ".
En Bulgarie, de nouvelles manifestations ont eu lieu, dimanche 7 janvier, pour protester contre la décision du gouvernement de rendre ses droits à la minorité turque du pays. La seconde session des entretiens turco-bulgares sur ce sujet doit s'ouvrir mardi à Koweit. En Roumanie, en dépit de la persistance des manifestations, la situation semble en voie de stabilisation. Les autorités s'appliquent à apaiser les tensions, tant avec les étudiants qu'avec les partis politiques d'opposition.
L'université Pierre-et-Marie- Curie (Paris-VI) organise des stages d'initiation à la production et à l'utilisation d'outils destinés à l'enseignement assisté par ordinateur (EAO) et à la vidéo. D'une durée de trois semaines, ces sessions sont destinées aux formateurs et aux enseignants.
Renseignements : (1) 43-36-25-25 poste 58-49 ou 58-50.
L'organisation Aigles propose d'aider les étudiants français à trouver une entreprise anglaise susceptible de les accueillir pour un stage. Inscription : 2 750 F.
Renseignements : Aigles, 4 bis, rue de Staël, 75015 Paris. Tél. : (1) 40-56-07-03.
Climat polaire et effervescence politique : le temps de loup qui transit la Roumanie tout entière depuis quelques jours (- 20 degrés à Bucarest) n'était pas parvenu, lundi 8 janvier, à engourdir l'enthousiasme révolutionnaire qui habite encore les principaux acteurs des événements des dernières semaines. Le gouvernement du CFSN travaille, les sept partis politiques d'opposition qui se sont constitués s'opposent et les étudiants contestent. Autour des braseros des grands carrefours, c'est un monde nouveau qui bouillonne.
Ils étaient quatre mille à cinq mille jeunes, dimanche, qui avaient voulu manifester sous la neige, aller crier leurs slogans de liberté sur les boulevards patinoires de la cité, place de la Victoire, devant le siège du gouvernement provisoire. Mais celui-ci les en avait empêchés puis, en acceptant certaines de leurs revendications, il les avait convaincus de se replier vers l'Institut polytechnique.
Discours improvisés ou écrits, phrases grandiloquentes et revendications corporatistes : les étudiants veulent l'autonomie des universités, des congés plus longs, des heures de cours moins nombreuses ; ils veulent des bourses d'Etat, des contacts avec les facultés étrangères et l'abrogation de l'obligation d'assister aux cours. Ils veulent tout simplement un peu plus de liberté.
Entre les cris et les acclamations, les chevelures trop longues et les anoraks multicolores, les désordres foisonnants et la chaleur dans les regards, l'Institut polytechnique, pendant quelques heures de ce dimanche de Saint-Jean orthodoxe, avait un côté Nanterre cuvée 1968. Petite différence cependant : même si un jeune " héros " de Timisoara, emporté par son élan, se laissa aller à promettre au micro une nouvelle révolution pour le cas où les autorités n'accéderaient pas aux revendications, il n'y eut aucun slogan anti-gouvernemental. Un étudiant barbu se risqua même à louer " le travail extraordinaire " de son ancien professeur, actuellement premier ministre, sans déclencher autre chose que des applaudissements.
Mr Petre Roman, puisque c'est de lui qu'il s'agit, poursuit, sous la conduite du CFSN, son travail d'assainissement général à la tête du gouvernement. Chaque jour qui passe apporte sa moisson de nouveaux décrets et tous, pour l'instant, vont plutôt dans la bonne direction. " la Télévision roumaine libre " continue, pour sa part, de jouer avec les tâtonnements et les insuffisances de néophytes son rôle de grand amphithéâtre public et national. Retournée comme un gant au profit de la " grande révolution populaire ", la langue de bois fleurit pourtant encore, ici et là, dans la bouche des présentateurs. " On devrait les changer, nous dira une jeune femme, professeur de Bucarest. Non parce qu'ils seraient plus coupables que nous, mais parce que les mêmes voix ont tendance à produire les mêmes réactions de rejet. Ils étaient l'environnement sonore de la dictature, ils ne peuvent être celui de la liberté. "
Dimanche, après l'un de ces innombrables dessins animés américains qui resteront curieusement associés pour les générations futures à la période révolutionnaire, les représentants des deux plus grands partis d'opposition ont eu soudainement accès à l'écran. Ils réclamaient ce privilège depuis une semaine et ne se sont pas privés de le rappeler. Le Parti national paysan, majoritaire en Roumanie avant sa dissolution par les communistes en 1947, a attaqué le gouvernement provisoire (infesté de communistes), à qui il est reproché de s'arroger tous les pouvoirs et d'influencer l'opinion publique.
Le porte-parole du Parti libéral reprend grosso modo les mêmes critiques et, coup de théâtre, réclame en direct la constitution d'une monarchie constitutionnelle avec le retour du roi Michel. Nul doute que le monarque, septuagénaire en exil à Genève, est désormais en contact avec ses thuriféraires ressuscités. L'éventualité de sa réinstallation sur le trône, cependant, ne suscite pour l'heure que des sourires ironiques. Dans l'intelligentsia comme dans la jeunesse. Mais si le CFSN échouait sur toute la ligne, qui sait?
Il faut le dire pourtant, l'équipe provisoire en place conduit les affaires avec prudence et manÓuvre avec une certaine habileté. Les partis embryonnaires sont également enregistrés et se sont vu offrir des locaux et quelques moyens techniques pour se développer, tandis que l'on donnait aux étudiants du matériel typographique pour s'exprimer.
Tous les indices de confiance cependant ne sont pas à la hausse. Le dollar américain, qui était tombé sur le marché noir à 60 lei il y a une semaine - contre 9 lei pour un dollar officiel - était remonté dimanche à plus de 100 contre un. Sur le marché couvert de la capitale, les consommateurs tout éberlués trouvaient de la viande, du fromage, du café. Certains stockent tout ce qu'ils peuvent. Ceux qui les suivent ne trouvent plus ce dont ils ont besoin et une certaine grogne populaire se fait jour.
Le ministre de l'économie, le général Stanculescu, est intervenu dimanche soir pour rappeler ses concitoyens à la raison. Celui de l'énergie a fait de même sitôt après et a invité les consommateurs à économiser l'électricité et le chauffage pendant les heures les moins glaciales de la journée. Il a indiqué au passage que, pour servir les demandes des particuliers, plusieurs complexes sidérurgiques ont vu réduire leur approvisionnement de plus de la moitié. Les problèmes économiques ne font que commencer.
" Il faut que chacun, ouvrier, technicien et paysan, fasse preuve de patriotisme, retrousse ses manches et se remette au travail ", a déclaré dimanche soir le président du CFSN, Mr Ion Iliescu. " D'inévitables improvisations ont pu se produire ", a-t-il reconnu, mais il faut désormais tenir les démagogues à distance (...). Les conseils (du Front) dans les entreprises ne doivent pas se mêler de la gestion " mais, au contraire, " aider les cadres à accomplir leur tâche (...). Nous devons tous rester unis pour être dignes de la révolution (...) et pour démontrer qu'un peuple libéré est capable des meilleures performances. "
Souriant, mais ferme, le numéro un roumain a ensuite averti ses concitoyens qu'il " n'était pas possible d'augmenter les salaires " dès ce mois-ci. " Nous avons encore de grandes difficultés, a-t-il expliqué. C'est toujours plus facile de détruire que de reconstruire. " Cela dit, " une nouvelle étape constructive de la révolution " est amorcée. Et, pour la réussir, " il n'y a pas de recette miracle ". " La Roumanie a besoin d'organisations efficaces et d'hommes compétents. " Faites-donc confiance au Front, a conclu Mr Iliescu, et " n'ajoutez pas foi aux rumeurs alasmistes qui détruisent l'unité ". " L'armée nationale est avec nous (...). Notre seul objectif est de créer une société ouverte à tous, sans discrimination et sans a priori idéologique. "
A écouter ces propos, on pouvait avoir l'impression que la campagne électorale pour la première consultation démocratique depuis un demi-siècle était déjà ouverte. Mais, samedi déjà, le président du Front avait laissé entendre que, pour rassurer les partis qui craignent de ne pas avoir le temps suffisant pour s'organiser, les élections annoncées pour avril prochain pourraient bien être reportées de quelques mois...
Comment faire entrer l'Europe dans les programmes universitaires ? La commission des communautés européennes souhaite encourager les universités à adapter le contenu des enseignements de sciences humaines (droit, économie, histoire, sciences politiques et sociales) aux développements communautaires, en leur proposant une aide par l'intermédiaire de l'Action Jean Monnet. Il s'agit de créer des postes d'enseignants et des cours obligatoires appelés symboliquement chaires européennes, ainsi que des modules européens pour mettre en place des structures durables d'enseignement sur l'intégration européenne. " L'objectif final est d'inciter les universités à inscrire les matières " européennes " dans les cursus universitaires. " Parallèlement, la Commission des communautés souhaite " développer les capacités de recherche des universités dans le domaine de l'intégration européenne ", en renforçant les structures de recherche établies auprès des enseignements européens existants ou auprès des nouvelles " chaires européennes ".
L'Action Jean Monnet propose pour cela des cofinancements. Un million d'écus ont été dégagés pour 1990, considérée comme une année pilote. Les universités et les établissements d'enseignement supérieur sont invités à adresser, avant la mi-janvier 1990, une " manifestation d'intérêt " à la Commission des Communautés européennes, direction générale information, communication et culture, information universitaire (Action Jean Monnet), rue de la Loi-200, B. 1049. Bruxelles. Belgique. En retour, ils recevront un formulaire de candidature. La date limite des dépôts de candidature est fixée au 26 février.
Pour ce qui est du foie gras, le Sud-Ouest et l'Alsace, principaux producteurs français, et la Hongrie, numéro un mondial, ne doivent pas craindre pour leur place : la Haute-Loire ne la leur disputera pas. Cependant, la production de ce département, tard venu sur ce marché bien particulier, représente un plus non négligeable pour la quarantaine d'agriculteurs qui l'assurent, deux ou trois en vivant presque exclusivement.
Certains exportent vers la Suisse et vers Monaco, deux pays où les consommateurs ont la réputation d'avoir les moyens de s'offrir des produits de qualité.
La production de la Haute-Loire s'est élevée en 1989 à 10 000 palmipèdes (95 % de canards et 5 % d'oies), soit quelque 4 tonnes de foie gras. Il y a désormais un marché au foie gras à Yssingeaux (480 pièces) et au Puy-en-Velay (150). Le prix moyen a été de 300 francs le kilo.
Le groupe SEKITEI, filiale d'un des leaders japonais de l'assurance, vient d'acquérir, pour 220 millions de francs, le grand hôtel du cap Ferrat, qui compte, avec soixante-six chambres de grand luxe, un terrain de 7 hectares, parmi les établissements hôteliers les plus huppés de la Côte d'Azur.
Le palace a été racheté à un assureur new-yorkais, Mr Steinberg, qui en était devenu propriétaire en 1985. SEIKITEI, propriétaire depuis peu de l'hôtel Bel-Air de Los Angeles, se serait engagé à poursuivre l'exploitation de l'hôtel, nonobstant la médiocrité des résultats financiers actuels. Mais il n'est guère douteux que c'est la propriété foncière qui l'intéresse au premier chef. Il est vrai que le mètre carré de terrain au cap Ferrat, qui sépare les baies de Villefranche et de Beaulieu-sur-Mer, n'a littéralement pas de prix.
Les Japonais auraient des vues sur d'autres hôtels de la Riviera. La rumeur court selon laquelle le Negresco à Nice pourrait leur être vendu pour 700 millions de francs, de même que le Gonnet et le Carlton à Cannes, actuellement propriété de SEIPU-SAISON et de SAS (Scandinavian Air System).
Déjà bien implantés sur la Côte d'Azur, où ils possèdent une centaine d'immeubles et une part non négligeable de la technopole de Sofia-Antipolis, les Japonais lorgnent aussi vers le haut pays. Ainsi, Mitsubishi n'est-il pas insensible aux attraits de la station de ski d'Isola 2000, à moins de 100 kilomètres de Nice, où ils auraient l'intention de beaucoup bâtir.
Le producteur Joop van den Ende, pionnier de la télévision commerciale aux Pays-Bas, vient de tourner définitivement le dos à la chaine TV 10, qu'il avait portée sur les fonts baptismaux il y a moins d'un an. Deux mois après s'être retiré du capital de TV 10, il a rendu public, le 5 janvier, un accord de coopération avec la Compagnie luxembourgeoise de télédiffusion (CLT), principal actionnaire de la chaine néerlando-luxembourgeoise RTL-Véronique. Sa concurrente, TV 10, a immédiatement tiré la seule conclusion possible de la " trahison " de son père spirituel et principal pourvoyeur de programmes : elle a annoncé sa cessation d'activité et le licenciement de ses cinquante salariés.
Dans son avis de décès, TV 10 fait également part de l'échec des pourparlers de la dernière chance menés depuis plusieurs mois avec des sociétés de télévision étrangères, tel le groupe américain NBC, et TF 1. Ainsi s'achève un compte à rebours fatal déclenché fin septembre par la décision du commissariat aux médias, le gendarme de l'audiovisuel aux Pays-Bas, d'interdire aux sociétés de télédistribution la diffusion de TV 10.
RTL-Véronique n'en finit pas de profiter des déboires de sa concurrente malheureuse. Après s'être engouffrée dans la brèche juridico-politique ouverte par Joop van den Ende, elle avait reçu le feu vert des pouvoirs publics néerlandais. Emettant depuis le 2 octobre, elle a conquis 10% des téléspectateurs des Pays-Bas et commence à attaquer le gâteau publicitaire. Ses atouts sont, aujourd'hui, plus que solides : Joop van den Ende apporte à la CLT les vedettes, ce que l'on appelle ici son "écurie". Celle-ci accueille la quasi-totalité des étoiles du petit écran néerlandais, qui sont sous contrat avec la société van den Ende Productions, dont l'avenir, un moment menacé, est assuré.
En passant avec armes et bagages du côté de RTL-Véronique, le producteur le plus efficace des Pays-Bas place une bombe à retardement dans le jardin des chaines "publiques" néerlandaises. Il travaillait hier pour elles, il produit désormais contre elles. Il donne également à la CLT les moyens de concurrencer, dans la partie flamande de la Belgique, la chaine publique VTM.
Les récents événements en Europe de l'Est ont entrainé une forte demande de liaisons par satellite, pour les besoins des télévisions internationales. Eutelsat, l'organisation européenne de télécommunications par satellite, a ainsi réalisé pour les seuls mois de novembre et décembre 1989 près de 800 heures de transmissions, soit une augmentation d'environ 60 % du trafic.
Près de 400 heures venant de Roumanie (où cinq stations terriennes mobiles ont été installées à Bucarest, Arad et Timisoara), plus de 200 de Berlin, une centaine d'heures de Prague, 40 heures de Varsovie et de Gdansk ont ainsi transité par les satellites d'Eutelsat, sans compter les transmissions prévues d'événements comme le sommet de Malte ou le Paris-Dakar.
POUR la première fois depuis le retrait militaire vietnamien de septembre, des saboteurs khmers rouges se sont infiltrés, le week-end dernier, dans Battambang, tandis que six attentats semaient la panique à Phnom-Penh, sans toutefois y faire de victimes. On ignorait encore, lundi, l'étendue des dommages, mais un constat s'impose d'ores et déjà : l'insécurité a gagné les deux plus grandes villes du Cambodge.
Les Khmers rouges, puissamment armés par la Chine et qui ont déjà repris pied dans les zones rurales du centre du pays, constituent une grave menace pour l'armée de Phnom-Penh, laquelle fait preuve pour sa part d'un manque tout aussi patent d'agressivité.
IL n'est sans doute pas fortuit que ces opérations de commandos, dont l'impact psychologique ne peut être sous-estimé, aient lieu au moment où la diplomatie australienne tente de relancer, sur de nouvelles bases, une négociation dans l'impasse depuis l'échec, au début du mois de septembre, de la conférence internationale de Paris. Devant l'impossibilité d'un accord entre Cambodgiens sur un gouvernement provisoire de coalition, Canberra propose, pour l'essentiel, de confier l'administration du pays aux Nations unies jusqu'à la tenue d'élections générales.
Simultanément, l'ONU serait chargée de s'assurer du respect d'un cessez-le-feu et de la réalité du retrait militaire vietnamien. Les Khmers rouges ont déjà signifié leur hostilité à ce plan. Ils n'ont pu le faire qu'avec l'aval de Pékin, où l'on garde le silence sur une proposition soviétique, émise la semaine dernière et approuvée par Washington, de moratoire sur les aides militaires à toutes les factions cambodgiennes.
LES attaques du week-end ne font que souligner le refus de toute solution qui exclurait une participation des Khmers rouges au pouvoir pendant une phase de transition. En outre, elles montrent à quel point la marge de manÓuvre du prince Sihanouk est limitée. Ce dernier clame que, faute de pouvoir éliminer militairement les Khmers rouges, il faut les intégrer, car ils seront balayés à l'occasion d'élections libres. Comment peut-on encore envisager que la deuxième force politico-militaire du Cambodge, une fois associée au pouvoir à Phnom-Penh, accepterait de se faire hara-kiri en tolérant un scrutin libre dans un Etat sans réelle tradition démocratique, dont les dernières élites s'entre-déchirent, et où le fusil tient lieu, depuis vingt ans, de carte d'électeur ?
" Il faut prendre les Khmers rouges au mot ", répète à l'envi le prince Sihanouk à propos de leur engagement de respecter un processus démocratique. Mieux vaudrait les juger aux actes. Après avoir, quand ils étaient au pouvoir, massacré plus d'un million de personnes, ils tentent aujourd'hui de reconquérir le pays. Pour les Occidentaux, il serait temps de vaincre une myopie qui revient à les considérer comme un mal nécessaire. Sinon, jamais la Chine ne renoncera à leur fournir l'aide qui leur permet de poursuivre, comme ils le font depuis trois mois, la reconquête de leur " empire ".
Les statistiques officielles des courses plates en France pour 1989 marquent de façon impressionnante la suprématie de l'écurie du cheikh Al Maktoum (émirat de Dubai), qui, avec plus de 15 millions de francs de gains, devance de loin l'Agha Khan (6,7 millions) et MM Niarchos, Wildenstein, Wertheimer, qui atteignent tout juste la barre des 5 millions. Un seul propriétaire français, Mr de Moussac, figure dans les quinze premiers. Et aucun pru-sang n'est consacré champion de l'année.
Seules les courses de groupe I, un label international officiellement conféré aux plus importantes épreuves dans le monde, permettent de valoriser un cheval. Pour le vainqueur, c'est le gage d'une fructueuse seconde carrière au haras.
Au printemps dernier, Robert Touflan, modeste entraineur de Maisons-Laffitte, sur le point de prendre sa retraite, possédait l'oiseau rare : Kendor, un charmant petit cheval gris qui s'était révélé en octobre 1988 en enlevant le Grand Critérium, championnat des deux ans. A l'intersaison, en avril, il effectuait une rentrée probante dans le Prix de Fontainebleau, confirmée aussitôt par un second succès dans la poule d'essai, tremplin vers la consécration. Hélas ! le nouveau champion allait manquer deux autres rendez-vous importants : deuxième seulement du Prix d'Harcourt, il était largement battu dans le Grand Prix de Paris en juin. Décision était prise alors de le retirer du circuit pour " fatigue prématurée ".
Le jeune audacieux n'avait pas respecté la loi du milieu qui veut désormais que les grandes courses se disputent sans train pendant le parcours et se jouent au sprint sur un démarrage comme chez les pistards en cyclisme. Kendor avait refusé cette partie de cache-cache. Il ne connaissait qu'une tactique : mener de bout en bout, tirant comme un fou, malgré les efforts de son cavalier, Maurice Philipperon, qui voulait le tempérer un peu. Le matin, au travail, il était tout aussi pétulant : aucun de ses petits camarades de box ne pouvait rivaliser avec lui. Aussi, lorsque son propriétaire, Mr Adolph Bader, se décidait à lui adjoindre ce que l'on appelle un leader ou un cheval de jeu, Corviglia, pour l'accompagner dans sa préparation ou lui ouvrir la voie sur les pistes, il était trop tard, il n'en voulait plus.
Pour les petits propriétaires qui n'ont pas les moyens de réinvestir sans cesse, les espoirs de gains et même de rentabilité d'une écurie sont rares. Pour les grands investisseurs internationaux, l'hypothèse est la même au départ mais... pas à l'arrivée. Ainsi, l'écurie Al Maktoum, pour terminer l'année largement "tête de liste", a dû faire courir du 15 février au 11 novembre derniers sur les hippodromes de France soixante-sept chevaux différents disputant deux cent douze épreuves pour soixante victoires et quatre-vingt-huit places, d'où 15 790 945 francs de recettes. La méthode fondée sur l'achat massif de tous les yearlings (chevaux d'un an) les plus chers du monde finit forcément par payer. Cela en fonction de la loi des grands nombres, quelques sujets d'élite émergeant forcément du creuset.
Cette année par exemple, le meilleur élément de l'écurie de Dubai n'était certainement pas celui qu'on attendait initialement le plus : Old Vic, entrainé en Angleterre chez Henri Cecil, solide mais encore très vert. Il se présentait dans le Prix du Jockey-Club à Chantilly en juin avec pour seul bagage quelques petites victoires outre-Manche. Or, du départ à l'arrivée, il dominait, gagnant de sept longueurs, ce qui est très rare. Il avait littéralement laissé en route tous ses adversaires plus titrés.
Les observateurs criaient immédiatement au génie, voyaient en lui le cheval de la décennie sinon du siècle et au minimum le futur gagnant de l'Arc de triomphe à l'automne. Or, comme Kendor et bien d'autres météores (Pearl Bracelet, Local Talent, Lady in Silver, In the Wings, Along all), Old Vic n'a pas terminé l'année : vainqueur du Derby irlandais dans la foulée de notre Jockey-club, il se déclarait ensuite forfait dans tous ses engagements. Souffrant du dos sans que les meilleurs vétérinaires puissent le guérir ou même discerner exactement son mal. La colonne vertébrale est particulièrement délicate chez les galopeurs : toute la masse repose en suspension pendant l'effort (60 kilomètres/heure) sur l'épine dorsale, jouant aussi le rôle de balancier.
La fragilité des pur-sang européens a d'autres causes : élevés dans le coton, plus ou moins artificiellement, ils sont ensuite préparés pour un seul objectif. Ils disputent des courses creuses avec peu de partants et manquent complètement d'endurance et d'habitude à l'effort. Ils claquent comme du verre. Tout cela au détriment de l'esprit sportif, du spectacle et de la sélection de la race. Pourtant la fuite en avant risque de durer bien longtemps.
Passionné, aimant les défis, le cheikh Al Maktoum a déjà annoncé la couleur : il veut en 1990 absolument gagner toutes les courses de groupe I en France et a envoyé pour cela chez son entraineur cantilien, André Fabre, un contingent de jeunes sujets de valeur exceptionnelle, parait-il. Montés par le meilleur jockey du monde, Cash Asmussen, ils risquent de ne guère trouver d'opposition et de faire le vide. A moins que Bleu de France à lui seul relève le défi. Ce poulain de trois ans promet beaucoup. Il appartient au baron Guy de Rotschild, qui, avec un effectif réduit maintenant devant les colosses du Proche-Orient, fait figure de modeste artisan du turf.
Les salles des collections permanentes du Musée d'art moderne de la Ville de Paris seront fermées du 9 au 15 janvier en raison d'un nouvel accrochage. Les expositions Kupka et Sophie Taueber restent néanmoins ouvertes au public.
Homeland aurait pu aussi s'écrire au pluriel : Tish Hinojosa chante les Etats-Unis, la patrie d'aujourd'hui, et le Mexique, celle de ses parents, celle des wetbacks qui franchissent à pied le Rio Grande. La chanteuse, qui a composé la quasi-totalité de l'album, s'est trouvé un son, un ton qui collent bien à l'intention première : avec l'assistance de Steve Berlin, qui a laissé son emploi habituel de saxophoniste au sein de Los Lobos pour produire Homeland, elle a réalisé un album de country texane.
C'est-à-dire qu'elle rend copieusement hommage à la tradition tex-mex, en allant et venant de l'espagnol à l'anglais, en invitant un notable de la musique du coin, l'accordéoniste Flaco Gimenez. Mais la production reste exrêmement claire, presque aseptisée, comme il sied à un album de country contemporaine. On retrouve les figures imposées du genre, chansons de cow-boy, de cheminot, exécutées avec grâce et puis, par moments, une passion sérieuse et désarmante qui étonne et séduit.
Caché dans le giron de l'Institut national de l'audiovisuel (trop caché, puisque la présidente de l'INA n'a pas su en découvrir le repaire pendant les trois années de son mandat !), le Groupe de recherches musicales, toujours dirigé par François Bayle, poursuit inlassablement son activité de création. A côté des anciens, bientôt à l'âge de la retraite pour certains, émergent des nouveaux, nés à l'époque ou après les premiers travaux de Pierre Schaeffer et Pierre Henry. Si le GRM n'existait pas, où ces jeunes talents trouveraient-ils à travailler, à s'épanouir et à se faire entendre ?
Deux de ces " nouveaux " inauguraient vendredi le cycle acousmatique 1990 de Radio-France. Philippe Leroux (1959), sous le titre Tournoi, fait en effet tournoyer des sons crispés, des oiseaux électroniques, une machine au rythme saccadé qui rappelle les mécaniques primitives recueillies par Pierre Henry dans Futuristie ; des images sonores développent leurs vitualités avec un certain bonheur, jusqu'à une sorte de bref cataclysme. Pourtant les matériaux et les procédés ne sont guère originaux et la " réexpositon " des motifs de départ se fait sans trop de logique musicale.
Présentant ses Allées de sable, Rémy Carré (1954), qui a travaillé surtout aux studios de Bourges et de Vierzon, situe l'action dans " un parc zoologique, avec ses allées qui nous mènent au plus près de l'animal " ; un ours peut-être ? Le scénario importe peu, mais on est saisi d'emblée par le côté très brut, très concret de cette musique : palissades fracassées, déluges de rochers, les sons, les attaques, les rythmes ont une prégnance et un relief formidables, y compris, dans une seconde partie, les résonances ectoplasmiques qui s'évanouissent, le vent de l'au-delà, les pas sur le sable, des crachements et crépitements qui se fondent peu à peu dans un brouhaha très impressionnant.
Dans les cinq dernières de ces quelque vingt minutes, le développement se perd, les sons s'émiettent, le geste musical devient échantillonnage. Mais quel tempérament !
Le maitre des lieux, François Bayle, " résistait " vaillamment à ce voisinage volcanique. Son nouveau Théâtre d'ombres (quarante minutes) est au contraire tout en finesse. Il commence devant un rideau sonore, par une sorte de petit concert qu'on dirait joué par des lutins dans les tuyaux de l'orgue de Messiaen. C'est léger, bondissant, chatoyant et il s'y mêle bientôt quelques coups de mailloche ou de sabot, comme si Maitre Hans Sachs était dans les parages.
Le discours devient plus serré et voici que se mettent en branle des vols de canards électroniques, dignes du Carnaval des animaux, puis des cigales et divers autres personnages en un scherzo fort savoureux. Suit un grand adagio mystérieux, des jeux de souffle, de flûte, un orage lointain, un arc-en-ciel, des craquements qui se répandent comme un feu de forêt...
Le commentaire s'épuise à suivre une Óuvre insaisissable, toute en métamorphoses. " L'histoire, écrit Bayle, est celle de personnages-sons en lutte avec les espaces où ils se déploient, espaces bénéfiques ou maléfiques, résistants, hérissés ou au contraire harmonieux et lisses. " Mais la musique passe à travers les murs les plus opaques, comme ces voix aériennes qui souvent reviennent jouer avec les nuages.
A Agadès (Niger), une journée de repos était prévue, dimanche 7 janvier, pour les concurrents du douzième rallye Paris-Dakar, mais les organisateurs n'avaient pas imaginé que cette journée serait aussi celle des changements. L'étape de la veille, longue et difficile en navigation, a modifié les classements et alimenté la polémique.
Le vent s'est mis à souffler et il a fait naitre une sorte de folie. Le rallye a basculé au moment où il devait se reposer. Les invités des sponsors, qui étaient venus les 6 et 7 janvier passer un week-end au soleil de l'Afrique, pouvaient être satisfaits : pour eux, la course a fait peau neuve.
Dans la ville aux minarets de terre rouge, on ne s'attendait pas à un tel cadeau. Pour recevoir ses habitués, Agadès s'était faite belle. Les hôtels avaient augmenté le nombre de leurs chambres, les commerçants refait leurs stocks et les taxis majoré leurs tarifs en prévoyant la dime prélevée par les autorités. Le glacier italien était toujours là, les vendeurs de souvenirs aussi. Seul l'hôtel Agreboun avait abandonné son ancienne ruelle du centre pour s'expatrier à la périphérie. Un léger changement pour les habitants de la ville, une fierté pour le propriétaire des lieux, un pincement au cÓur pour l'habitué des chambres bleues. Agadès se modernise, devient de plus en plus touristique, montre qu'elle est capable de gérer les retombées d'une course qui l'a rendue célèbre.
Bref, tout était en place pour recevoir le rallye et ses invités. Les cuisiniers s'affairaient, dans les villas louées à prix d'or. Autour des méchouis géants, les voyageurs aux visages pâles se dirigeaient vers l'arrivée de l'étape, là-bas, à la limite de la cité, sur la route de Zinder. Mais ce qui devait être un samedi de fête se transforma en une journée étrange où se mêlèrent abandons, accidents et retards.
L'étape du jour n'était pas parmi les plus faciles. Entre N'Guigmi et Agadès, les concurrents devaient affronter, pendant 780 km, les sables du Ténéré et passer à proximité du célèbre massif de Termit. Un parcours long et difficile où " l'herbe à chameau " cachait de nombreux pièges.
Dès le départ, la situation se compliquait. Par suite d'une erreur de parcours, les premiers motards empruntaient tous une mauvaise piste. " Un fouillis ", selon l'expression de Gilbert Sabine, se produisit alors. Le directeur de TSO prit la décision de rejoindre la tête de ces égarés en hélicoptère. Il les rattrapa pour leur signifier leur erreur et leur conseilla de regagner la bonne piste, tout en constatant que beaucoup de ces coureurs n'avaient pas pris le temps de lire le livre de route et naviguaient sans compas en état de fonctionner. Cette promenade supplémentaire laissa des traces. Gilles Lalay raconte : " J'ai ainsi effectué 80 km de plus, en comptant la distance aller et retour. J'ai donc décidé de revenir au point de départ pour faire de l'essence. " Une décision sage, mais à la limite de ce qu'autorisent les règlements.
D'autres concurrents tentèrent malgré tout l'aventure avec des réserves de carburant déjà entamées. La situation s'aggravait au kilomètre 280, endroit où est situé un contrôle de passage. Face aux coureurs qui réclamaient du carburant, les commissaires décidèrent de n'accorder que 5 litres par moto, pour permettre aux coureurs d'atteindre le point prévu pour le ravitaillement. Lors de cette opération, Stephan Peterhansel a perdu malencontreusement 2 litres pendant le transfert. Du carburant qui lui aurait été précieux quand il s'est égaré de la piste principale peu de temps après. Hélas ! Eloigné de 28 km du point de ravitaillement principal, l'un des leaders de la course n'a eu d'autre solution que de déclencher sa balise de détresse. Le rallye était terminé pour le pilote de la Yamaha.
Il a failli l'être également pour son compagnon d'équipe, Cyril Neveu, lorsqu'il a cassé sa boite de vitesse sur la piste. Heureusement, son camion d'assistance a pu le dépanner et le vainqueur de cinq Paris-Dakar a rejoint Agadès en empruntant une route plus courte. Mais les 3 heures de pénalité qui lui ont été infligées le mettaient "hors course" pour la victoire finale.
Jean-Claude Olivier, le responsable de l'équipe Yamaha-France, estime que son pilote a eu raison de ne pas abandonner : "Il suivra Gilles Picard, son porteur d'eau au départ, qui le mérite bien après tous les services qu'il a déjà rendus."
Neveu dans les profondeurs du classement, Peterhansel rentré à Paris et Gilles Lalay, vainqueur de l'édition 1989, blessé à la main après une chute à la nuit tombée, l'Italien Edi Orioli semblait assuré de rester en tête du classement général.
Mais la journée des grands bouleversements ne devait pas épargner les autos. Avec une mauvaise surprise pour les personnalités acheminées de Paris par la société Peugeot. Pour une fois, ce n'est pas la 405 de Ari Vatanen qui franchissait la ligne d'arrivée première. La victoire est revenue au Japonais Shinozuka sur Mitsubishi, plus habile dans sa navigation dans les dunes, ou moins retardé par un départ précipité sur une mauvaise piste. Quant à la 405 de Bjord Waldegard, elle s'est ensablée et il a fallu une heure et demie pour la faire repartir. Une journée en demi-teinte pour les lionnes, entachée par l'aide apportée par une voiture de TSO à la 205 d'Ambrosino, " scotché " dans le sable.
Dimanche soir, alors que les commissaires sportifs se penchaient sur tous les problèmes de l'étape de la veille, Gilbert Sabine souriait. " Thierry aurait bien rigolé de toutes ces péripéties ", déclarait-il ravi de cette étape " digne du Dakar ". Le Ténéré a réveillé une course ronronnante. Le sable, la nuit, le vent et les problèmes d'essence ont transformé la journée de repos à Agadès en moment de fièvre. Mais il fallait sans doute tous ces éléments pour permettre à l'épreuve d'attaquer sa deuxième phase avec quelques chances de crédibilité.
Agadès a joué son rôle a contrario. Il n'y a pas eu pause mais relance de l'action dans la cité des Touaregs. Reste ces agressions dont ont été victimes cinq motards, délestés de leur argent, sur la piste, dans la nuit de samedi à dimanche. " La police mène l'enquête ", comme l'on dit aussi de ce côté de la Méditerranée, mais la réputation d'accueil de la population en souffrira.
Le théâtre-forum ou théâtre de l'opprimé, selon la formule de son initiateur et théoricien Augusto Boal, est né au Brésil dans les années 70. Dans un premier temps, les comédiens jouent un texte : le " modèle ", un événement, une situation où les protagonistes sont pris au piège d'un mécanisme d'oppression - politique, sociale, familiale... Dans le modèle, ils n'arrivent pas à s'en sortir. Un autre comédien entre alors en scène ; c'est le " joker ", sorte de meneur de jeu. Il lance une seconde représentation qui démarre comme la première, avec les mêmes acteurs, mais, cette fois, le public peut à tout moment crier " Stop ! " et intervenir.
Quand un spectateur juge qu'un personnage fait fausse route, il monte sur scène et joue sa proposition. En réponse, les comédiens improvisent la relation nouvelle et la poussent au bout de sa logique. Le joker compare, commente, interroge le public et l'invite à corriger sans cesse ce nouveau déroulement, à modifier les personnages, à explorer et à mettre en lumière tous les possibles d'une situation qui paraissait bloquée.
En octobre 1988, à Limoges, pendant le Festival international des francophonies, plusieurs compagnies théâtrales pratiquant cette technique s'étaient penchées sur un quartier malade, Beaubreuil, pour ausculter son mal-vivre. Aucun remède miracle ne fut trouvé, mais l'aventure révéla le besoin de confronter les méthodes et les expériences.
Le Franco-Forum qui vient d'avoir lieu au Burkina-Faso en décembre résulta de ce besoin. Organisée par Jean-Gabriel Carasso et François Campana (Théâtre Contact International), avec le concours de la Commission internationale du théâtre francophone, du ministère français de la coopération et du développement et du secrétariat d'Etat burkinabé à la culture, la rencontre a réuni, pendant quinze jours à Ouagadougou, l'Atelier-Théâtre burkinabé (ATB), qui a assuré l'intendance sur le terrain, Théâtre and Co (France), le Théâtre Sans Détour (Québec), la Compagnie du Brocoli (Belgique), le groupe Nyogolon (Mali) et Augusto Boal, venu en coup de vent entre deux tours des élections présidentielles au Brésil.
Chaque compagnie a joué un ou deux spectacles dans des lieux et devant des publics différents : le Centre culturel français, une place publique, sans autre équipement que des nattes et des bancs pour matérialiser l'espace scénique, le Théâtre populaire de Ouaga et celui de Koudougou, une petite ville à 100 kilomètres de la capitale.
Tous étaient très curieux du travail des autres. Les artistes africains éprouvent un immense besoin de sortir de leur isolement, et les Occidentaux étaient impatients de voir comment leurs pièces seraient accueillies.
Le public burkinabé est entré de plain-pied dans le conflit familial présenté par la Compagnie du Brocoli : la difficulté pour une adolescente de faire accepter à ses parents sa propre perception du monde et ses choix pour l'avenir ; malgré la différence dans les rapports mère-fille, le forum a proposé des voies à expérimenter pour élargir le champ de vision des parents. De même, le propos de Théâtre and Co sur l'utilisation ou non du préservatif par les jeunes quand arrive une nouvelle relation amoureuse est d'actualité au Sud comme au Nord.
En revanche, le spectacle du " Sans Détour " a mis en évidence une énorme distance entre la situation au Burkina et les préoccupations des Nord-Américains (les tensions, la frustration et l'agressivité dans la vie de couple après le raz de marée du féminisme) et n'a pas provoqué de propositions très positives.
A l'inverse, les pièces africaines ont suscité une formidable adhésion du public, surtout lorsqu'elles ont été jouées en langues nationales. Dès la présentation du " modèle ", les spectateurs se manifestent, commentent l'action, encouragent ou invectivent les interprètes, avant de reprendre leurs rôles avec beaucoup de spontanéité et d'aisance dans le jeu. Les comédiens occidentaux ont été impressionnés par la force de la communication entre les troupes africaines et leur public.
Les problèmes abordés sont aigus, urgents, dramatiques, mais le spectacle n'est jamais triste. Des séquences directement pédagogiques - le planning familial, la réhydratation orale, la rééducation des enfants atteints de polio, etc. - succèdent aux moments d'émotion et à des scènes de comédie efficaces.
Les compagnies travaillent pourtant dans des conditions très difficiles. Aucune troupe n'est subventionnée au Burkina. Chacun occupe un emploi pendant la journée et se consacre au théâtre le soir et les week-ends. Malgré tout, les équipes pratiquant le théâtre d'intervention, et particulièrement le forum, ont vu depuis peu leur situation s'améliorer grâce aux commandes que leur passent des structures officielles qui interviennent dans les domaines de la santé ou de l'action sociale, des organismes comme l'Unicef ou encore des organisations non gouvernementales qui veulent utiliser l'impact du théâtre pour modifier les mentalités et accélérer la sensibilisation de la population aux thèmes du développement.
A côté des spectacles et du contact avec le public, des échanges d'un autre ordre se sont produits dans le cadre d'ateliers. Les participants au Franco-Forum et des comédiens de l'Unedo (l'union qui regroupe les ensembles dramatiques de Ouaga) ont participé à des séances de travail inspirées de la méthode Boal : mise en images de situations, exercices sur l'écriture, l'improvisation, la technique du joker... Un stage, animé par Théâtre and Co (Lorette Cordrie et Bernard Grosjean) et pris en charge par l'Unicef, a réuni vingt participants venant de dix régions - enseignants responsables de troupes locales, agents sociaux ou animateurs culturels - désireux d'acquérir une formation permettant d'utiliser l'outil théâtre dans leur travail de développement.
A la fin de ces ateliers, comédiens et stagiaires Unicef ont exprimé avec insistance le vÓu qu'une coopération durable puisse s'instaurer dans ce domaine, car il n'y a aucune structure de formation aux métiers du théâtre au Burkina (1).
Le mois de décembre au Burkina s'est révélé exceptionnel dans le domaine de l'activité cinématographique avec trois tournages simultanés.
Moins d'un an après la sortie de Yaaba (Prix spécial du jury et Prix du public au Fespaco (1), Prix de la critique internationale, à Cannes), Idrissa Ouédraogo réalise son troisième long-métrage, Question d'honneur, qui met en évidence la rigidité du code de l'honneur dans la société traditionnelle et l'impossibilité pour l'individu de s'y soustraire. C'est une coproduction entre la France, la Suisse et le Burkina. Idrissa Ouédraogo n'a jamais eu autant de moyens. Il veut les mettre à profit pour aller plus loin et refuse de se laisser enfermer dans le cinéma à impact socio-éducatif. Son seul but est de toucher le public, tous les publics.
Le troisème tournage, sur un médecin militaire de l'époque coloniale, Eugène Jamot, et son combat contre la maladie du sommeil et contre l'administration coloniale, est lui aussi le fruit d'une coproduction, cette fois entre la France, le Burkina, le Cameroun et le Sénégal. Il est aussi l'objet d'une coréalisation franco-africaine, fait beaucoup plus rare.Les deux partenaires sont enchantés de leur aventure, Gérard Guillaume parce que cette collaboration apporte au film vérité humaine et émotion dans les scènes africaines, Gaston Kabore parce qu'il a pu s'enrichir professionnellement au contact d'autres méthodes et de moyens techniques nouveaux pour lui et parce qu'il a découvert le plaisir de tourner sans être accablé par tous les problèmes d'un cinéaste-producteur africain.
Plusieurs autres réalisateurs ont des projets en route dont certains sont déjà très avancés et doivent démarrer dès le début de cette année. D'autres en sont encore à la recherche de coproducteurs. Si tous ces projets aboutissent, le Burkina pourra présenter sept films au prochain Fespaco, ce qui ne s'est jamais vu. Il y a également plusieurs films en cours de réalisation au Sénégal et en Côte-d'Ivoire.
Le comédien britannique Ian Charleson est décédé samedi 6 janvier à Londres du sida. Il était âgé de quarante ans. Connu pour avoir incarné l'athlète Eric Lidell dans les Chariots de feu, de Hugh Hudson, Ian Charleson venait d'interpréter le rôle d'Hamlet au National Theater de Londres.
Après un accord avec la direction, la rédaction du Sport a repris le travail lundi 8 janvier. Le mouvement de grève avait été lancé jeudi 4 (le Monde du 6 janvier). L'accord porte sur le remplacement de journalistes démissionnaires, l'embauche définitive de certains rédacteurs, une augmentation de salaire et la communication des comptes de la société éditrice à un expert choisi par l'intersyndicale. La rédaction a aussi obtenu la promesse que le PDG du journal, Mr Robert Lafont, " ne s'immisce plus dans la conduite rédactionnelle ". L'intersyndicale souligne que le " vote de la rédaction ne remet nullement en cause la défiance de celle-ci à l'égard de Mr Lafont. " La direction de l'hebdomadaire déclare pour sa part qu'elle " manifeste sa confiance renouvelée dans une équipe rédactionnelle qui a fait le succès " du titre, dont la diffusion, selon elle, est de 65 000 exemplaires.
Le nouveau PDG de Radio France International (RFI), Mr André Larquié, vient de nommer directeur de l'information de la station Mr Christian Billmann, jusqu'alors rédacteur en chef à Radio France, où il a mené l'essentiel de sa carrière. Mr Billmann remplace Mr Pierre Cayrol, nommé conseiller du PDG pour l'antenne et les opérations spéciales, et à ce titre chargé du dossier d'une fréquence FM sur Paris pour RFI. Les services de la promotion et des affaires commerciales, et de la communication, sont regroupés en une direction du développement et de la communication, confié à Mr Denis Louche. Mr Patrick Jacquin est nommé chef du service de la communication. Enfin, un comité stratégique - dont le président sera désigné d'ici quelques jours - est créé auprès du président de RFI pour réfléchir sur une réforme des programmes et de l'organisation de la radio.
- Les syndicats CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC et CSL ont signé vendredi 5 janvier un " accord de méthode " relatif au plan social rendu nécessaire par la fermeture progressive de l'usine Renault de Boulogne-Billancourt, d'ici à 1992. Seul, la CGT a refusé de parapher ce document qui entend " promouvoir une politique de mobilité basée sur le volontariat " dont le suivi sera assuré par un organisme paritaire. Les 3 860 salariés que comptait Billancourt au 1er janvier 1990 pourront bénéficier de mises en préretraite FNE, de mesures de reclassement à l'intérieur comme à l'extérieur de la Régie. Les ouvriers immigrés auront également la possibilité d'obtenir des aides à la reconversion dans leur pays d'origine.
Devant les difficultés rencontrées par les stations de ski françaises touchées par le manque de neige, " le gouvernement ne restera pas les bras croisés ", a déclaré à l'AFP, samedi 6 janvier, Mr Olivier Stirn, ministre du tourisme. Parmi les mesures qui pourraient être prises par un comité interministériel devant se tenir cette semaine, Mr Stirn a cité des facilités de trésorerie, un étalement de certaines charges financières, des dispositions en faveur des salariés au chômage. Le ministre du tourisme a annoncé qu'avant la fin du mois il se rendrait en Savoie pour mesurer l'ampleur des pertes économiques et que le Conseil national de la montagne se réunirait autour de Mr Michel Rocard.
- Le groupe américano-suédois Lexmar et la CGT ont signé dimanche 7 janvier un accord portant sur l'embauche des cent cinq salariés qui occupaient le site de La Ciotat depuis le 8 octobre 1988 et seront chargés de la remise en état du chantier naval. Embauché avec un contrat à durée déterminée, ce personnel conservera son salaire antérieur, " comme si l'entreprise ne s'était pas arrêtée ", a déclaré le représentant français de la Lexmar, Mr Benoit Bartherotte. Celui-ci a précisé que le plan de sa société serait mis en place " le plus tôt possible, dans un mois et demi ou au plus dans six mois ". Le plan prévoit la construction de trois bateaux par an sur 25 hectares de l'ancien chantier de la Normed. Les salaires seront compris entre 6 500 francs et 12 000 francs par mois.
En Hongrie, à l'issue d'un conseil des ministres qui s'est tenu dimanche soir 7 janvier, de fortes hausses de prix ont été rendues publiques, qui sont entrées en vigueur dès lundi.
Ces relèvements, dont le principe était connu, avaient tellement inquiété les Hongrois que les magasins et les stations d'essence avaient été littéralement pris d'assaut par des consommateurs désireux de faire des provisions aux prix anciens. Les syndicats, de leurs côtés, faisaient savoir qu'ils préparaient des grèves de protestation dans tout le pays.
Le prix de la viande a augmenté de 32 %, le lait et les produits laitiers de 42 à 43 %, le pain de 26 %, les cigarettes, la bière et certains alcools de 20 à 25 %, a annoncé Radio-Budapest.
La hausse des prix est ou va être de 25 % pour les voitures et de 10 à 14 % pour l'essence. Les transports en commun augmentent leurs tarifs de 22 à 25 %. Le prix de l'eau et de l'évacuation des poubelles augmentera même de 336 %. A partir du 1er février, les loyers seront augmentés de 35 %.
Ces décisions entrainent une hausse du coût moyen de la vie d'au moins 1 300 forints par mois (environ 130 F) pour un salaire moyen brut de 8 300 forints (750 F environ), le minimum mensuel étant fixé à 3 850 forints (350 F environ). Plus de 2 millions d'habitants sur 10,6 millions vivent déjà au-dessous du seuil de pauvreté.
Ce coup dur avait déjà été précédé en décembre par des augmentations des prix de 15 à 20 % pour la viande et certains alcools. Les personnes bénéficiant des revenus les plus bas (retraité, familles nombreuses) recevront des compensations dont l'importance n'est pas encore connue.
Le Hongrois moyen ne peut cependant pas compter sur une augmentation de son salaire, du fait des importantes économies imposées par le Fonds monétaire international (FMI) à la Hongrie comme condition pour l'attribution d'un nouveau crédit indispensable au redressement de l'économie en crise.
L'appel de l'haltérophile britannique Dean Willey, convaincu de dopage en octobre dernier lors des épreuves de sélection pour les prochains Jeux du Commonwealth (27 janvier au 2 février à Auckland), a été rejeté, samedi 6 janvier, par la fédération britannique d'haltérophilie. Après qu'un taux de testostérone anormalement élevé eut été décelé dans ses urines, l'haltérophile avait reconnu avoir pris des produits interdits pour " soigner une blessure à une cheville ". Dean Willey, qui est âgé de vingt-sept ans, avait remporté des médailles d'or aux Jeux du Commonwealth en 1982 et 1986 et avait terminé septième aux Jeux olympiques de Séoul.
Le poète et romancier Gaston Criel est décédé des suites d'une crise cardiaque, le vendredi 5 janvier, à l'âge de soixante-seize ans, à Seclin, dans la banlieue de Lille.
La cigarette aux lèvres et vêtu, hiver comme été, d'un blue-jean, Gaston Criel, qui ponctuait presque toutes ses phrases de tonitruants éclats de rire, aura gardé jusqu'à la fin une allure de blouson noir.
Né le 30 septembre 1913 à Seclin, il était avant tout un homme d'amitié et de rencontres. Venu à Paris à l'invitation de Paul Eluard, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il deviendra quelques mois, grâce à Jean Paulhan, le secrétaire d'André Gide et rencontrera Jean-Paul Sartre qui, en échange d'un paquet de gauloises par mois, lui louera une chambre de bonne, rue Bonaparte. L'OAS, en plastiquant l'appartement du philosophe au début des années 60, mettra fin à ce sympathique contrat de location.
Gaston Criel n'habitera jamais vraiment Paris, mais le village de Saint-Germain-des-Prés. Il y vivra au jour le jour, consacrant l'essentiel de son énergie à la poésie et au jazz. Dès ses premières plaquettes de poèmes - Etincelles (Denoël), Gris et Amours (La Hune), KG (Seghers), - il habille sa révolte de tendresse.
En 1952, la gloire littéraire le frôle lorsqu'il publie La Grande Foutaise (Fasquelle), un roman autobiographique pour lequel il s'invente un double littéraire, Robert Reynaud, un marginal sympathisant de l'" inaction française ". " C'est un langage vivant, plein du mordant et des sortilèges de la misère qui l'a produit ", lui écrira Henry Miller dans une longue lettre enthousiaste.
" A Paris, on ne vit plus, on achète ", disait volontiers Gaston Criel pour justifier son départ de la capitale. Après bien des mésaventures, il deviendra barman à La Voie lactée, un bar pour noctambules de Lille où il vendait, à l'occasion, ses livres. Après des romans - Sexaga et Phantasma (Plasma), Circus (Vrac), Gaston Criel avait renoué, en 1988, dans l'Os quotidien (Est), avec le personnage de Robert Reynaud.
Une rencontre à Paris autour de la création artistique africaine.
Fondé en janvier 1949 pour faire contrepoids à l'Europe du plan Marshall, le Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM, plus connu sous le sigle anglais de COMECON) reproduisait, à l'échelon du bloc de l'Est, le système de la planification centralisée soviétique. Il avait pour objectif d'abord la reconstruction, puis l'intégration économique de pays très différents : l'URSS de Staline, dominait, par sa taille et par les " sociétés mixtes " qu'elle contrôlait entièrement, les pays industrialisés comme l'Allemagne de l'Est et la Tchécoslovaquie, et les pays agricoles comme la Bulgarie et la Roumanie.
Le COMECON a été relativement efficace pendant ses deux premières décennies dans son Óuvre d'homogénéisation des mécanismes économiques (planification centralisée et monopole d'Etat du commerce extérieur) et pour le développement de l'industrie lourde. Le projet - soviétique - d'instaurer une véritable " division internationale socialiste du travail " n'a pas abouti. Le COMECON n'a enfin jamais réussi à satisfaire les besoins en produits de consommation, ni quantitativement ni qualitativement, pas plus qu'à empêcher chaque pays de poursuivre des buts différents, de développer ses propres structures de prix et de salaires et d'avoir, en fin de compte, sa propre politique économique.
On a souvent appelé le COMECON le " Marché commun des pays de l'Est ", mais il n'a jamais été plus qu'une zone d'échanges administrés. Pour justifier le mot de marché, il a toujours manqué à cette organisation trois éléments fondamentaux : la demande, la monnaie et les prix.
En guise de demande, le COMECON ne connait que les besoins définis ex ante par les plans quinquennaux. La rigidité d'un tel système est aggravée par les goulots d'étranglement des appareils productifs, d'où les pénuries constatées un peu partout qui, bien souvent, ne peuvent être compensées que par des importations des pays tiers payés en devises fortes. C'est la première faille d'un système conçu à l'origine pour fonctionner en circuit fermé.
La " monnaie " des échanges au sein du Comecon est le " rouble transférable ", appellation trompeuse, car ce rouble n'est justement pas convertible. Les échanges sont en général réalisés entre deux pays, en vertu d'un grand nombre de contrats annuels ou quinquennaux, et visent l'équilibre comptable. Quand il y a des excédents, ils ne peuvent être employés pour acheter des produits auprès d'un troisième pays (avec lequel le commerce extérieur est aussi "ligoté" dans une autre série de contrats bilatéraux). Avoir des excédents en roubles transférables n'offre donc aucun intérêt, ce qui explique la colère des Hongrois qui accumulent depuis deux ans d'importants excédents vis-à-vis de l'URSS, cette dernière ne fournissant pas les quantités prévues par les contrats bilatéraux d'énergie et de matières premières. La valeur du rouble transférable est calculée en convertissant les prix mondiaux d'un produit en roubles au cours officiel, qui est toujours parfaitement arbitraire. Le débat sur la convertibilité - bilatérale ou multilatérale - sera central dans les tentatives de réforme du COMECON.
L'autre facette de cette question est le problème des prix. Le COMECON a toujours artificiellement fabriqué ses prix en s'inspirant des prix mondiaux. Mais la planification à moyen terme obligeait à bloquer pendant cinq ans les prix d'une période antérieure, ce qui a conduit à des aberrations, par exemple dans le cas du pétrole. Dans les années 70, l'URSS n'a pu répercuter la hausse des cours mondiaux qu'avec retard : elle a alors fortement subventionné ses partenaires, à tel point qu'une révision du système des prix glissants a dû être adoptée au début des années 80. Mais quand les cours mondiaux du brut se sont orientés à la baisse, le pétrole soviétique est resté facturé plus haut, au détriment cette fois des autres pays membres.
D'autres distorsions graves ont été introduites par ce système de prix. Les produits industriels sont en règle génrale surévalués à l'intérieur du bloc, alors que les matières premières sont sous-évaluées (par rapport aux cours mondiaux), d'où les risques de gaspillage d'énergie et la tendance à vendre des matières premières peu ou pas transformées sur les marchés occidentaux (près du tiers des exportations de la RDA - pays industriel - vers l'Ouest sont des réexportations d'hydrocarbures).
Le COMECON a largement failli à sa mission de développement du commerce entre pays de l'Est. Surtout depuis une dizaine d'années, la stagnation des échanges à l'Est contraste cruellement avec le dynamisme du commerce mondial. En outre, les échanges de chaque pays du COMECON avec l'Occident croissent davantage que les échanges avec ses partenaires. Si les contraintes des contrats à moyen terme sont levées, et si, comme les Russes eux-mêmes le souhaitent, le commerce s'effectue bientôt en devises fortes, le risque n'est pas mince de voir le COMECON se disloquer dans un sauve-qui-peut général.
Mais cela ne se produira pas du jour au lendemain. Aucune économie de l'Est n'est en mesure d'affronter la concurrence occidentale en se privant des fournitures de matières premières et des commandes de l'Union soviétique. Le géant du COMECON, même affaibli, reste, pour l'instant, maitre du jeu.
La dévaluation de la lire, décidée à la fin de la semaine dernière, a été saluée par une légère détente au sein du SME, lundi 8 janvier. Au cours du week-end, le gouvernement italien a annoncé quelques mesures d'accompagnement. Mais les milieux financiers estiment déjà que, malgré ce petit remaniement, le problème des parités monétaires n'est toujours pas réglé.
Maniement plus fréquent et plus ample de l'arme des taux d'intérêt, rigueur budgétaire : telles seront les deux conséquences les plus directes de la décision prise, samedi 6 janvier, par les autorités italiennes de dévaluer la lire.
Les trois ministres, du trésor (M. Guido Carli), du budget (M. Cirino Pomicino), des finances (M. Rino Formica), se sont réunis dimanche 7 janvier pour mettre au point - comme il est d'usage dans ce cas - une politique accompagnant le réaménagement monétaire qui vient d'avoir lieu. L'exécution de la politique budgétaire sera plus rigoureuse encore, ont déclaré en substance les ministres, Mr Formica rappelant que le budget de 1990 prévoyait le gel de tout nouvel emploi dans la fonction publique.
Sur les marchés des changes, la dévaluation de la lire, décidée à la fin de la semaine dernière, a été saluée par une légère détente au sein du Système monétaire europen (SME), dans les premières cotations du lundi matin 8 janvier. A Milan, le cours du mark est retombé de 752 lires, record historique établi à la veille du week-end, à 747 lires, tandis qu'à Francfort le cours du franc français se raffermissait vis-à-vis d'une devise allemande qui ne valait plus, initialement, que 3,4075 F contre 3,4175 F le vendredi 5 janvier. En même temps, le dollar se redressait un peu, à 1,6940 DM contre 1,6840 DM précédemment. Dans le courant de la matinée du 8, toutefois, une correction s'opérait, le cours du mark remontant à 3,4125 F et celui du dollar fléchissant à 1,69 DM environ.
En fait, les milieux financiers internationaux, tout en donnant un coup de chapeau poli à la cohésion du SME et à la déclaration d'intention du gouvernement italien, affichent un scepticisme poli et discret. Même s'ils donnent un bon point à ce gouvernement pour ses bonnes intentions et sa volonté de réduire les déséquilibres (budget, commerce extérieur et inflation), ils mettent en doute sa capacité à mettre fin rapidement aux errements antérieurs, faute de cohésion politique. Pour eux, le corset monétaire imposé à l'Italie par la réduction des marges de fluctuation de la lire, ramenées de 12 % à 4,50 %, est trop étroit, ce qui tôt ou tard engendrera de nouvelles tensions.
Plus généralement, ils estiment que le problème des parités monétaires, tant au sein du SME qu'à l'échelle planétaire, n'est pas vraiment réglé. La dévaluation de la lire était réclamée par tout le monde en Europe, y compris par les Italiens, et s'est donc effectuée sans difficulté. En revanche, la RFA n'a pu obtenir ce qu'elle désire, publiquement ou secrètement, à savoir une réévaluation générale du mark. Surtout, les milieux financiers internationaux s'attendent à une nouvelle baisse du dollar, au bénéfice de la devise allemande, ce qui provoquerait de nouveaux tiraillements dans le SME. Ils salueront, toutefois, la détermination de la France pour maintenir ses parités, en se demandant quel prix elle devra payer à cet effet, et sous quelle forme.
Plus de dix mille personnes ont de nouveau manifesté dimanche 7 janvier à Sofia pour protester contre la récente décision du gouvernement bulgare de restituer ses droits à la minorité turque et musulmane du pays. Le premier ministre, Mr Guerogui Atanasov, le ministre de l'intérieur, Mr Atanase Senerdgiev, et le vice-président de l'Assemblée nationale, qui étaient venus appeler la foule " à la raison et à la retenue " ont été conspués. D'atures manifestations se sont déroulées dans plusieurs villes du nord-est du pays.
A Sofia, les manifestants ont annoncé la création d'un comité exécutif du Front pour la défense des intérêts nationaux. Selon ses membres, l'annulation des mesures coercitives de bulgarisation des patronymes imposées ces dernières années par le régime de Todor Jivkov à la minorité de langue turque aboutit à accorder à cette communauté une " semi-autonomie ".
Ces manifestations sont intervenues à la veille de l'ouverture, mardi 9 janvier à Koweit, de la deuxième session des entretiens entre la Turquie et la Bulgarie sur le sort des Turcs de Bulgarie. Plus de trois cents mille d'entre eux s'étaient réfugiés l'été dernier en Turquie. Depuis, entre quatre-vingt et quatre-vingt-dix mille ont regagné leurs foyers. Les autorités bulgares réfutent l'hypothèse selon laquelle ces mouvements de protestation ne seraient pas " spontanés " mais viseraient à renforcer la position bulgare dans les pourparlers.
Cinq semaines avant le sommet anti-drogue du 15 février à Carthagène, le porte-avions américain John-F.-Kennedy a été choisi pour participer à la lutte contre la drogue au large des côtes de la Colombie. La décision finale sur l'envoi de ce bâtiment à cette fin n'a cependant pas encore été prise, a- t-on indiqué, samedi 6 janvier, au département américain de la défense. Un porte-parole du Pentagone a indiqué que le porte-avions et une frégate qui l'accompagne, Virginia, ont quitté jeudi leur base de Norfolk en Virginie pour des exercices de routine dans l'Atlantique. Le porte-parole s'est refusé à préciser la localisation actuelle des deux bâtiments, invoquant les raisons classiques de sécurité.
Un responsable de l'administration américaine, qui a requis l'anonymat, a, d'autre part, démenti qu'un quelconque blocus américain soit en train de se mettre en place, précisant que des consultations étaient toujours en cours à ce sujet avec la Colombie. Les radios colombiennes, citant des sources officielles, ont indiqué samedi que la Colombie refusait la mise en place par les Etats-Unis dans ses eaux territoriales d'un blocus aérien et maritime destiné à empêcher le départ de ce pays de cargaisons de drogue.
Selon ces radios, ces déclarations répondent à des rumeurs selon lesquelles un blocus américain aurait commencé à être appliqué dans l'Atlantique, face au littoral colombien. Les plans définitifs concernant une proposition du Pentagone sur un éventuel blocus aérien et maritime au large des côtes colombiennes, pour aider ce pays à lutter contre les exportations de drogue, sont toujours à l'étude, ont assuré des sources du Pentagone.
L'organisation clandestine des " extradables " multiplie pour sa part les attentats et a menacé d'assassiner Mr Alvaro Diego Montoya, l'un des fils du secrétaire général à la présidence enlevé en décembre.
Des duels d'artillerie ont éclaté, samedi 6 janvier, sur la ligne de démarcation à Beyrouth, faisant deux morts (deux civils), au lendemain de l'installation à Beyrouth-Ouest - le secteur musulman sous contrôle syrien - du président Elias Hraoui, qui résidait jusque là dans une caserne de l'armée libanaise de la Bekaa, également sous contrôle syrien (le Monde daté 7-8 janvier).
Ces échanges, considérés par un porte-parole de la police libanaise comme " la plus grave violation " du cessez-le-feu conclu en septembre, n'ont pas empêché les partisans du général Michel Aoun de former une chaine humaine entre le palais présidentiel de Baabda - où réside l'homme fort du camp chrétien - et la nonciature apostolique située à Harissa, à près de vingt kilomètres au nord-est de Beyrouth. Cette initiative était destinée à attirer l'attention sur les conditions de détention de prisonniers libanais en Syrie. Elle est intervenue le jour même où le nonce, Mgr Pablo Puente, présentait ses lettres de créance à Mr Hraoui, levant les doutes que le silence du Vatican entretenait jusqu'à présent sur la reconnaissance par le Saint Siège de la légitimité du président Hraoui.
Le général Aoun a, pour sa part, violemment critiqué les représentations diplomatiques au Liban. " Il est regrettable et pitoyable, a-t-il dit, de voir les ambassadeurs du monde libre ramper pour présenter leurs lettres de créance à un gouvernement formé par l'occupation syrienne ".
Député et ancien ministre de l'intérieur iranien, Mr Ali Akbar Mohtachemi, a justifié, dimanche 7 janvier, dans un entretien accordé au quotidien de langue anglaise Tehran Times, les prises d'otages au Liban. " Les Libanais sunnites, chiites, druzes et chrétiens sont les otages des Etats-Unis, d'Israël et d'autres puissances occidentales. C'est donc leur droit naturel de prendre des otages pour infliger de lourdes défaites à leurs ennemis ", a-t-il déclaré.
Pour sa version 1990, le Salon automobile, qui se tient à Detroit depuis 1899, a vu les choses en grand. Ouvert au public le samedi 6 janvier pour une semaine, le North American International Auto Show présente une quinzaine de nouveaux modèles. Et autant de mannequins court vêtus susurrant à longueur de journée, au micro, les vertus cachées sous les rutilantes carrosseries. Debbey Turner, Miss America 1990, s'efforce aussi d'honorer chaque stand de sa présence. Sans oublier les majorettes venues marteler la moquette du Cobo Hall pour signifier l'importance de l'événement.
Mais derrière les sourires de circonstance, on sent bien qu'à la différence de l'année dernière le cÓur n'y est pas. Detroit a le blues. La capitale de l'automobile fête ses voitures. Et pendant ce temps, loin des paillettes, ses ouvriers se croisent les bras... Bien malgré eux. Mettant à profit les fêtes de fin d'année, General Motors, Ford et Chrysler ont fermé des usines. Une cinquantaine au moins. Et mis leurs ouvriers au chômage technique. Plus de 140 000 " cols bleus " - près de la moitié des effectifs dans la région - sont invités à prolonger leurs vacances. Pour une durée indéterminée. Motif : des stocks de six mois pour la plupart des modèles, au lieu des deux mois habituels.
Les derniers chiffres viennent de tomber, confirmant la mévente qui affecte les modèles des " Trois Grands ". En dépit d'une guerre des prix - marquée par une politique de rabais systématiques - et d'une campagne de marketing sans précédent, les parts de marché se réduisent comme peau de chagrin.
Si Ford résiste tant bien que mal à la diminution de la demande, General Motors, le numéro un mondial (et premier groupe international avec un chiffre d'affaires de plus de 120 milliards de dollars, dont 10 % à l'exportation) n'en finit pas de reculer.
En trois ans, sa part du marché (voitures particulières) de General Motors est tombée de 41 % à 35 %. Six points de baisse en trois ans contre 3 points au cours des six années précédentes !
Quant à Chrysler, talonné par les voitures de Toyota, désormais quatrième groupe " américain ", la firme n'a ni la surface financière de GM ni les bases européennes de ses deux concurrents pour pouvoir courber le dos aussi longtemps qu'il le faudra afin de résister à l'offensive dévastatrice des constructeurs japonais.
" Nous sommes dans un marché très concurrentiel... ", se contente de dire Mr Bob Lutz, l'un des responsables de Chrysler, lorsqu'on lui demande les raisons des contre-performances de sa société et les moyens d'y remédier. " Face à la compétition croissante, nous devons globaliser notre action ", affirme, sans être plus convaincant, Mr Don Petersan, au nom de Ford, dont chacun loue, il est vrai, les progrès de compétitivité accomplis dans ses usines. Quant à Mr Robert Stempel, le numéro deux de GM, il met l'accent sur les nouveaux modèles lancés par la firme et sur les améliorations apportées aux anciens, un programme d'investissement qui a dépassé les 5 milliards de dollars pour se présenter convenablement à l'actuel Salon de Detroit.
Autant de modèles qui vont s'ajouter aux quelque six cents que compte déjà le marché américain. Et sur lesquels les constructeurs ont le plus grand mal à tenir les marges. Ainsi, Chrysler, qui a longtemps gagné 5 000 dollars sur la vente de chacun de ses " vans ", n'en tire plus, péniblement, que 3 000 dollars. Un seul marché reste rentable, celui de l'automobile de luxe, sur lequel les Japonais tentent de faire main basse aux Etats-Unis avec les modèles Infinity (Nissan) et Lexus (Toyota) venus concurrencer les traditionnelles marques de prestige de l'industrie automobile américaine.
D'où l'empressement des " majors " à chercher en Europe le salut qu'ils ne trouvent plus sur le sol natal, sur ce Vieux Continent où existe un marché de taille identique (plus de 13 millions d'immatriculations en 1989) promis à une croissance plus forte qu'aux Etats-Unis. En novembre dernier, Ford faisait main basse sur le britannique Jaguar. Un mois plus tard, General Motors prenait 50 % du suédois Saab. " Une excellente opération et un modèle à suivre ", assure aujourd'hui Bob Eaton, le patron de GM Europe. Certes, mais le marché est bien saturé... Les grands noms (Ferrari, Alfa Romeo, Maserati, Lamborghini) ont déjà été repris soit par Fiat (pour les deux premiers), soit par Chrysler (pour les deux autres). C'est donc un cran plus bas qu'Américains, Européens et Japonais vont se livrer une dure bataille à l'horizon 1993. Certains constructeurs de Detroit dénonçent les quotas instaurés par certains pays (dont la France et l'Espagne) pour contrer les firmes nippones qui ont déjà établi de solides têtes de pont en Grande-Bretagne et en Espagne. C'est au nom de ce libéralisme que les Etats-Unis ont ouvert leurs portes il y a dix ans.
En pensant que les quatre colosses nationaux (American Motors faisait partie de la liste à l'époque) faisaient le poids. Sûrs d'avance de la capacité de résistance d'une industrie qui avait su garder sa suprématie mondiale en dépit de deux chocs pétroliers. Avec le résultat que l'on voit...
Comment éviter qu'un bourg rural déserté ne perde définitivement toute vie ? Le conseil municipal d'une petite commune bretonne a trouvé une solution originale en transformant une salle de la mairie en un café qui accueille les consommateurs après la messe du dimanche.
" Il ne nous restait plus qu'un commerce, le bistrot. Quand celui-ci a fermé l'an dernier, on a compris qu'il n'y aurait plus rien pour animer la commune. Alors, on a décidé d'accueillir les gens dans une salle de la mairie ", explique Eugène Domagné, un solide sexagénaire, maire de La Selle-en-Luitré, près de Fougères, dans le nord de l'Ille-et-Vilaine.
Les choses se sont rapidement organisées dans ce village qui ne compte plus que trois cent soixante-dix habitants, et c'est une association familiale rurale qui assure le service pendant près d'une heure chaque dimanche grâce à des bénévoles.
Paradoxe : la " truffe du Périgord " aura son université non pas en Dordogne mais... à Carpentras. Si le Vaucluse est moins connu que le Périgord pour ce cryptogame que le grand gastronome Brillat-Savarin appelait " le diamant de la cuisine française ", il n'en est pas moins l'un des premiers producteurs. En effet, 75 % des tonnages extraits du sol national proviennent aujourd'hui du Sud-Est de la France, et notamment de la région de Carpentras. En 1988 on a vendu sur le marché de cette ville une tonne de truffes par semaine.
Avec son université de la truffe, la première dans le monde, Carpentras deviendrait ainsi la capitale de ce mets de choix. Après des années d'études et de rencontres à travers la France, le projet a pris de la consistance avec la mise en place d'un conseil d'administration de vingt membres, présidé par Paul Bonnet, animateur du conseil technique de la truffe du Comtat.
L'université française de la truffe sera non seulement une " structure de rencontre, de concertation et d'action ", mais aussi un instrument de promotion, à partir de " la recherche, la commercialisation et la préparation culinaire du produit ". En tout cas, elle ne sera pas une machine de guerre des trufficulteurs provençaux - plus actifs - contre leurs confrères périgourdins - plus indolents. On y voit au contraire le signe d'une alliance entre le Sud-Ouest et le Sud-Est.
Dans la perspective de l'ouverture des frontières à l'intérieur de l'Europe, les producteurs du Périgord et du Vaucluse, comme ceux de la région de Digne, où est organisée depuis deux ans une fête célébrant la récolte du diamant noir, ont compris qu'ils avaient tout intérêt à se regrouper pour faire face aux importations provenant d'Italie et d'Espagne.
MM Marvin Traub, président de Bloomingdale's, et Jean-Pierre Raffarin, président UDF du conseil régional de Poitou-Charentes, viennent de signer un accord pour que les dix-sept grands magasins de la chaine américaine réalisent une campagne de promotion de la région française et de ses produits spécifiques aux Etats-Unis.
Selon Jean-Pierre Raffarin, "ce type d'accord passé avec la grande distribution présente un double intérêt. Cela permet de conjuguer la communication de la région et la vente de ses produits. Elle confirme que Poitou-Charentes peut avoir une démarche internationale crédible, avec ambition, mais sans prétention ni dispersion ".
L'ancien hôpital de Sète, qui donnait des signes désespérants de vieillesse, vient de trouver une nouvelle jeunesse. Une médiathèque a pris sa place, dans des locaux rénovés, avec ses 2 000 mètres carrés voués à la lecture, mais aussi à toutes les nouvelles techniques de la communication, pour un coût global de 23 millions de francs répartis entre la ville, le département et la région.
Elle occupe trois niveaux. Au rez-de-chaussée, le service d'accueil qui est aussi le domaine de l'image : 4 000 cassettes audio et vidéo, 5 000 disques compacts, un auditorium pour les écoutes collectives.
Le premier étage est réservé aux livres avec près de 30 000 volumes, un service de prêt pour adultes, une salle de consultation de 5 000 volumes et 90 titres de périodiques.
A l'usage des enfants un étage spécial renferme 12 000 volumes pour le prêt, 25 titres de périodiques et 2 300 volumes à consulter sur place. Une bulle-amphithéâtre est réservée à la lecture.
La région toulousaine consomme en moyenne 186 000 mètres cubes d'eau par jour. Cette eau est prélevée à plus de 90 % dans les eaux de surface, notamment dans la Garonne. C'est dire l'importance du fleuve, qui peut à tout moment subir de graves pollutions d'autant plus dommageables que le niveau est bas, comme il le fut cet été.
Pour prévenir ces risques, l'Agence Adour-Garonne, gestionnaire de l'eau pour tout Midi-Pyrénées, a fait procéder à une coloration volontaire des eaux de la Garonne afin d'étudier, grandeur nature, la propagation d'une éventuelle nappe polluante. Ce produit rouge, de la rodamine B, sans danger pour la flore et la faune et facilement éliminé par les stations de pompage, devait permettre d'étudier le niveau de dégradation temporaire des eaux et les mesures à prendre pour parer le plus efficacement à toute éventualité.
Mais au-delà de la prévention des accidents écologiques, un important programme hydraulique a été décidé pour l'ensemble du bassin garonnais. 40 millions de francs viennent ainsi d'être affectés à la gestion des ressources en eau. 60 millions vont aider à lutter contre les pollutions industrielles et domestiques, dont plus de 35 millions pour la construction de stations d'épuration. Premières bénéficiaires, les villes de Pau, de Castres et de Graulhet dans le Tarn, où les activités mégissières constituent une très importante source de pollution.
La pollution directe des cours d'eau n'est pas le seul problème de Midi-Pyrénées. Les décharges, contrôlées ou non, demeurent d'importants foyers de contamination des nappes phréatiques. Ces décharges sont d'autant plus dangereuses que certains industriels n'hésitent pas, pour des raisons économiques le plus souvent, à y abandonner les déchets de leurs entreprises. Ces pratiques sont interdites et sévèrement réprimées. Encore faut il savoir où mettre les déchets industriels ?
En 1988, le centre d'incinération de Bassens, en Gironde, a traité 21000 tonnes de déchets provenant de cent cinquante-quatre établissements de la région. Selon les responsables de l'Agence Adour-Garonne, ce tonnage représente les deux tiers des déchets produits dans la zone de leur compétence. Pour mieux répondre à la demande et aider les industriels, l'Agence a donc décidé la révision de son Ve programme pour les années 1990 et 1991.
Axée jusqu'alors sur les piscicultures de truites landaises et l'ostréiculture d'Arcachon, l'aquaculture aquitaine va développer en 1990 au moins une nouvelle filière : l'élevage d'esturgeons. La ferme du Blayais utilisera les eaux chaudes de la centrale nucléaire de Braud-et-Saint-Louis.
La viabilisation du site devrait commencer au printemps 1990 par l'intermédiaire d'une société d'économie mixte constituée par le conseil général de la Gironde. On prévoit 22 millions de francs d'investissements, financés par EDF, le département de la Gironde, la région Aquitaine et la mairie de Braud-et-Saint-Louis ainsi que par des entreprises qui intalleront d'une part des élevages d'esturgeons, d'autre part la première pisciculture de bars de la côte aquitaine. Les alevins d'esturgeons proviendront d'une écloserie en cours d'installation à quelques kilomètres de Braud-et-Saint-Louis.
L'étude réalisée par la SOFRETU, une filiale de la RATP, à la demande des élus de la communauté urbaine de Bordeaux (CUB) relance le débat sur le tracé du métro et sur son insertion dans le système de transports de l'agglomération.
Tout avait pourtant commencé dans une ambiance très consensuelle. En décembre 1986, Mr Jacques Chaban- Delmas, président de la CUB, propose aux élus des vingt-sept communes de l'agglomération de se doter d'un VAL, le métro automatique conçu par la société Matra. Sur le principe, c'est l'unanimité vite troublée par des différends entre chabanistes et socialistes sur le tracé de ce métro. Dès 1987, le Parti socialiste, fort mécontent, découvre en effet que le VAL ne franchira ni les limites de la ville centre ni surtout la Garonne pour desservir les quartiers populaires de la rive droite. Longue de 10 kilomètres, la première ligne de métro équipée de seize stations relierait la gare de Bordeaux au quartier d'affaires du Lac, ainsi qu'au centre hospitalier universitaire. Le coût de sa construction est évalué à 3,820 milliards de francs.
En juillet 1989, un nouvel équilibre politique s'installe à la communauté urbaine, toujours présidée par Jacques Chaban- Delmas mais où sont désormais associés les socialistes. Le problème du métro revient à l'ordre du jour. Sous la pression du PS, la CUB commande une enquête sur les déplacements urbains dans l'agglomération. La SOFRETU donne au début de décembre 1989 un premier diagnostic, assorti d'une analyse détaillée du réseau VAL première tranche.
Le constat est sévère : soit on s'en tient au tracé initial, dit en substance la SOFRETU, et il faut rapidement investir 2,220 milliards de francs supplémentaires pour prolonger la première ligne ; soit on s'oriente vers un nouveau réseau " à caractéristiques plus performantes en termes de services rendus à l'agglomération ". Ce nouveau tracé desservirait le campus universitaire et la rive droite de l'agglomération bordelaise.
La société d'études n'est pas tendre avec les options initiales de la majorité chabaniste : " Le confinement de la première phase du VAL au centre-ville de Bordeaux handicape lourdement les possibilités de rabattement " des passagers des autres modes de transports, en particulier les voitures individuelles ; or, s'il n'est pas accompagné de " mesures qualitatives sur l'ensemble des déplacements, l'essai VAL sera limité à une minorité et créera un réseau de transports à deux vitesses ". Bref, le Val n'améliorerait pas la qualité de la circulation en général dans l'agglomération.
La SOFRETU invite donc la CUB à saisir l'occasion " probablement unique " de " repenser l'ensemble du système de transports ". Ce système est également passé au crible. L'automobile a été royalement traitée par la CUB, qui lui a jusqu'alors consacré " 84,5 % de ses ressources " et a consenti " des efforts hors normes " pour le stationnement. Le réseau de bus urbains, emprunté par 13 % des habitants de l'agglomération, n'échappe pas à la critique. Il fut, affirme la SOFRETU, " fondé au fil du temps sur le concept du tout-desservir et oppose des lignes performantes à des lignes à très faible rendement ".
Les élus ont accueilli ce rapport fort peu complaisant comme une remise en question " salutaire ". Les Verts bordelais demandent que soit organisé un référendum sur l'ensemble des problèmes de transport dans l'agglomération. En attendant, Mr Jacques Chaban-Delmas a pris unilatéralement l'initiative d'annoncer publiquement que le VAL franchirait la Garonne...
Mr Paul Graziani, sénateur RPR des Hauts-de-Seine, président de l'Institut de la décentralisation, a adressé le 12 décembre dernier à Mr Jacques Chirac, président du RPR, une lettre dans laquelle il explique quelle devrait être, à son avis, l'attitude de l'opposition lorsque le projet de loi sur l'administration territoriale viendra en discussion devant le Parlement. Mr Paul Graziani a toujours été un fervent défenseur de la décentralisation, à laquelle il a consacré en 1985 un essai intitulé " Le nouveau pouvoir ".
" Je souhaite attirer votre attention, écrit notamment Mr Paul Graziani, sur l'importance du texte qui va nous être présenté, dont les quelques élus et experts que j'ai consultés semblent estimer qu'il s'agira, non pas d'une simple série d'aménagements techniques, d'une portée limitée et d'intérêt mineur, mais bien d'un projet d'ensemble, d'une réelle portée. Concernant tous les niveaux de collectivités territoriales, intégrant la perspective européenne et l'impératif de modernisation du service public, il semble, en fait, que ce projet de loi traduise une volonté globale de faire franchir, en 1990, de nouvelles étapes à la décentralisation.
" Si tel était le cas se poserait alors, de manière tout à fait fondamentale, la question de l'attitude qui sera celle de l'opposition nationale, et notamment du mouvement gaulliste. Si certaines considérations d'ordre " tactique " pourraient, en effet, nous conduire à nous opposer globalement à ce texte (et cela d'autant plus aisément qu'il ne sera probablement pas exempt de propositions avec lesquelles nous serons en désaccord), le moment me parait venu, en effet, de nous interroger sérieusement sur l'appréhension qui est la nôtre du mouvement de décentralisation.
" Trois considérations, à cet égard, me paraissent devoir être prises en compte : la logique " gaulliste " dans laquelle s'insère, en tout cas à mes yeux, la décentralisation ; le bilan globalement très positif des premiers volets de la réforme, et la nécessité désormais de la poursuivre, face, notamment, aux échéances européennes ; le fort ancrage territorial, enfin, de l'opposition nationale, localement majoritaire...
" ... Pour ma part (...), je crois hautement souhaitable que l'opposition (et singulièrement le mouvement gaulliste, vingt ans après le référendum sur la régionalisation, voulu par le général de Gaulle) adopte, alors même que la décentralisation fait aujourd'hui l'objet d'un large consensus, une attitude radicalement différente de celle qui avait prévalu en 1982, au moment des débats et des votes des grandes lois Defferre.
" Il ne saurait, bien entendu, être question de taire, le moment venu, nos désaccords avec tels ou tels aspects du ou des projets qui seraient avancés, et je suis tout disposé, en ce qui me concerne, à prendre part pleinement aux discussions parlementaires. Mais je crois indispensable que nous, gaullistes, sachions contribuer à l'instauration d'un débat d'envergure, et refuser, par conséquent, tout enfermement dans une logique d'opposition systématique a priori. Il serait, à l'évidence, par trop sommaire, ici, de considérer, en effet, que le choix à effectuer se situe entre la résistance à la gauche ou la complicité, alors qu'il se situe, en réalité, entre, d'une part notre fidélité aux idéaux du gaullisme et le sens de l'intérêt national, et, d'autre part, un nouveau sacrifice rituel aux lois des pesanteurs partisanes, que les Français désormais sont de plus en plus nombreux à récuser... "
La répartition socioprofessionnelle des maires évolue dans le temps : c'est ce que l'on constate en analysant les résultats des trois derniers scrutins municipaux de 1977, 1983 et 1989.
Le dernier bulletin statistique de la direction générale des collectivités locales apporte plusieurs précisions sur cette évolution.
La part traditionnellement élevée du nombre d'agriculteurs parmi les maires (28,5 % en 1989, alors qu'ils ne représentent que 7 % de la population active) est en régression constante : - 27,6 % de 1977 à 1989. Cette évolution tient tant à la diminution du nombre d'agriculteurs dans la société française qu'à l'apparition, sensible depuis 1977, de nouvelles catégories d'élus.
La disponibilité dont disposent les retraités peut expliquer la forte progression de leur représentation parmi les maires (+ 37 % entre les deux dernières élections) : près de un sur quatre est un retraité en 1989.
On note une forte progression des fonctionnaires et des enseignants, et une tendance à la désaffection des chefs d'entreprise, artisans et commerçants. Cette dernière catégorie, qui constitue 8 % de la population active, demeure néanmoins bien représentée parmi les maires (un sur dix), représentation proportionnellement supérieure à celle des fonctionnaires ou des salariés des entreprises publiques ou privées, mais moindre que celle des membres de professions libérales (5 % des maires pour seulement 2 % de la population active) ou celle des enseignants (9 % des maires pour 5 % de la population active).
En l'an 2000, la Bretagne disposera d'un réseau autoroutier qui aura le statut de LACRA (liaison assurant la continuité du réseau autoroutier). Du péage de La Gravelle à Rennes et Brest, de Brest à Nantes et de Nantes à Rennes et Avranches, les usagers pourront circuler à 130 km/h sans avoir à s'acquitter d'un quelconque péage.
D'ici là et de façon progressive des travaux de mises aux normes, de suppression de tous les carrefours, d'élargissement des voies express, de rectification des virages, d'aménagement et de limitation des bretelles d'accès et de sortie auront été réalisés.
Dès la fin de 1990, il n'y aura plus de carrefour sur la RN 12 dans le département des Côtes-du-Nord. L'amélioration des conditions de circulation routière passe également par la réalisation des routes express (110 km/h) Rennes - Saint-Malo, Rennes - Lorient et Vannes - Ploermel, qui seront entièrement achevées en 1994, selon les services de l'équipement.
Ce rallye est une course étrange. Sur la piste, les actes de solidarité côtoient les petites lâchetés. Certains concurrents ralentissent lorsqu'ils croisent des collègues en difficulté, d'autres font semblant de ne rien voir. Thierry Ranou n'hésite jamais à faire profiter d'autres motards du contenu de son réservoir, des camionneurs refusent parfois de dépanner des véhicules immobilisés à quelques kilomètres de l'arrivée.
Michel Berry, pilote du camion Bridgestone, raconte comment, dans l'étape Dirkou-N'Gourti, il a aidé, avec ses plaques, les occupants d'une voiture " plantée dans les dunes ". Ensuite ce sont des Allemands effondrés devant leur Mitsubishi en flammes, qu'il a réconfortés en leur offrant des rations, de l'eau et quelques vêtements. " Plus loin, nous avons vu le camion Liaz des Soviétiques arrêté, poursuit Michel Berry, Nous avons parcouru une boucle pour voir s'il n'avait besoin de rien, malheureusement leur moteur avait rendu l'âme. "
Ce saint-bernard des pistes a encore donné de l'eau pour un radiateur à sec, avant de fournir 50 litres de gasoil à un camion espagnol en panne. " Au cours de cette journée, j'ai vu plusieurs concurrents refuser de filer le petit coup de main qui peut tout changer ", explique le chauffeur, désabusé. Car Michel Berry est amer. Le résultat de cette journée de " dépannages en tout genre " a été la mise hors course du véhicule Mercedes numéro 534, pour être arrivé dix minutes après le temps imparti. " Tous les soirs au bivouac notre camion, équipé de deux bancs de montage, apportait une assistance aux Mitsubishi officielles, mais aussi à tous les privés qui le désiraient, explique le pilote, maintenant tout cela est terminé, nous mettons le cap sur Niamey et Dakar pour embarquer vers la France. "
Une rencontre autour de la création artistique contemporaine en Afrique dans les domaines du spectacle - théâtre, danse, musique, chanson -, de l'audiovisuel - cinéma, radio et télévision - et des arts plastiques va avoir lieu à Paris les 15 et 16 janvier à l'initiative du ministère de la coopération et du développement.
Au cours de ces journées " Afrique en création(s) ", une quarantaine d'artistes et de producteurs africains rencontreront les responsables culturels des services français en Afrique, les organismes favorisant en France la diffusion des Óuvres africaines et les artistes français travaillant avec leurs homologues d'outre-mer, pour établir ensemble un inventaire de la création, éclairer les conditions - difficiles étant donné le faible équipement culturel des pays du tiers-monde - de la production et de la diffusion et essayer de dégager des axes d'action.
En analysant des créations récentes nées d'une coopération franco-africaine réussie, les participants s'interrogeront sur le choix des voies à suivre ou à ouvrir pour dynamiser la production.
De façon générale, les Óuvres africaines sont trop peu diffusées, et dans certains secteurs - le cinéma en particulier - les créateurs ont impérativement besoin de recourir à des participations extérieures pour arriver à produire leurs Óuvres. Ces journées vont permettre de faire le point des possibilités offertes dans ces domaines.
Enfin, en présence de nombreux responsables de centres culturels français et de leurs autorités de tutelle, on pourra confronter les différents points de vue sur le rôle de ces centres : ont-ils pour mission exclusive de diffuser à l'étranger une culture française qui ne concerne pas forcément le public local (certaines tournées théâtrales ou musicales n'intéressent strictement que les résidents français) ou bien doivent-ils encourager l'expression de la culture locale en ouvrant largement aux artistes africains les portes des centres culturels ?
Mr Nicholas Ridley, ministre britannique de l'industrie, a décidé vendredi 5 janvier de soumettre à la commission des monopoles deux acquisitions de parts dans les compagnies privées de distribution d'eau : la première concerne General UtilitieS, filiale à 100 % de la Générale des eaux, qui, en mars 1989, a porté sa participation dans la Mid Kent Water Company de 15 % à 29 % ; la seconde, la société régionale privatisée Southern Water, qui, en février 1989, a porté de 14,8 % à 25,05 % sa part dans Mid Sussex. Par extension de la loi sur les fusions, les acquisitions impliquant des sociétés ayant des actifs supérieurs à 30 millions de livres (280 millions de francs), peuvent être soumises à la commission : pour les sociétés de distribution d'eau, le délai expirait en janvier. La commission doit rendre sa décision pour le 12 avril.
Mr Bernard Arnault, président de LVMH (Moët-Hennessy Louis-Vuitton), a trouvé un nouveau motif pour guerroyer devant les tribunaux contre Mr Henry Racamier, PDG de Louis-Vuitton. Le vendredi 5 janvier, le groupe LVMH a en effet décidé de demander en référé au tribunal de commerce de Paris le report de l'assemblée générale de Louis-Vuitton convoquée pour le 25 janvier. Mr Racamier avait organisé cette réunion pour s'expliquer devant ses actionnaires sur l'affaire de la société Bluebell Asia, partenaire commercial de Louis-Vuitton en Asie du Sud-Est.
Mr Arnault conteste la teneur des contrats par lesquels le malletier aurait racheté ses parts à Bluebell Asia afin de récupérer le contrôle de sa filiale asiatique. D'après LVMH, ces contrats s'"avèrent contraires à l'intérêt social du groupe LVMH, tout en portant sur des montants financiers très élevés et n'ont de surcroit pas été mentionnés dans les comptes 1988". A cela, les dirigeants de Louis-Vuitton répondent que "les commissaires aux comptes ont été chargés d'établir un rapport détaillé sur tous les points faisant l'objet des allégations contenues dans les plaintes récemment déposées".
L'homme d'affaires australien Alan Bond a décidément du mal à éponger ses dettes. Les négociations qui se sont déroulées pendant le week-end à New-York avec les créanciers américains n'ont pas abouti. Ceux-ci, qui ont avancé à Bond Corporation Holdings quelque 650 millions de dollars australiens (2,9 milliards de francs), semblent pressés de récupérer leurs fonds et ils ne sont pas disposés à accorder à Mr Bond le mois de délai supplémentaire qu'il réclame.
En revanche, Mr Bond a échappé à la mise en liquidation. La Cour suprême de l'Australie occidentale a en effet rejeté, vendredi 5 janvier, la demande de la Western Australia's State Government Insurance Commission, l'organisme financier du gouvernement.
Par ailleurs, Mr Peter Lucas, porte-parole du groupe australien, a indiqué que des négociations étaient en cours avec Mr Jeff Reynolds, un homme d'affaires américain basé au Texas et sur la côte ouest des Etats-Unis, qui serait disposé à investir 250 millions de dollars (1,2 milliard de francs) dans la compagnie australienne à condition d'en reprendre le contrôle.
Transmanche Link (TML), qui réunit les entreprises participant à la construction du tunnel sous la Manche, a décidé d'attaquer en justice la société Eurotunnel, responsable de la construction. Elle a assigné celle-ci en référé devant le tribunal de commerce de Nanterre (Hauts-de-Seine) pour obtenir le paiement des travaux engagés par les groupes de BTP (Dumez, SAE, Bouygues, Spie-Batignolles, SGE du côté français et leurs homologues britanniques) : un total de 416 millions de francs reconnus par Eurotunnel.
Celle-ci aurait dû payer ces sommes le 2 janvier 1990. Mais le 28 décembre 1989, elle avait demandé aux constructeurs de ne payer que 40 % du montant dans un premier temps et d'échelonner le reste du paiement. Elle demandait aussi un accord sur le montant du surcoût des travaux, en discussion depuis plusieurs mois entre Eurotunnel, TML et les banques. Le rapport remis le 15 décembre par les cabinets Setec et Atkins, chiffrant à 10 milliards les dépassements de devis (le Monde du 19 décembre 1989), n'a pas mis fin aux polémiques sur ce sujet et sur la répartition du fardeau entre les différents partenaires.
Le navigateur sud-africain Bertie Reed (Grinaker) a annoncé, dimanche 7 janvier, son abandon dans le Vendée Globe Challenge. Le vétéran de cette course autour du monde en solitaire a indiqué aux organisateurs qu'il faisait route vers Le Cap, où Philippe Poupon est arrivé samedi 6 janvier. Le navigateur sud-africain, toujours très discret lors des vacations radio avec le PC de la course, aurait cassé sa bôme et son vis de mulet et n'aurait plus disposé de pilote automatique pour traverser les océans Indien et Pacifique. Au moment de son abandon, il occupait la huitième place à près de 1 500 milles de Titouan Lamazou (Ecureuil-d'Aquitaine). Avec Philippe Jeantot (Crédit-Agricole), Bertie Reed était le seul à avoir participé aux deux BOC Challenge, la course autour du monde en solitaire en quatre étapes. Lors de la dernière édition, il avait miraculeusement échappé à la mort. Assommé par une bosse de ris, il avait été éjecté de son bateau, mais s'était retrouvé accroché à la bôme lorsque le bateau s'était redressé.
Jean-Yves Terlain (UAP 1992), qui avait pris la septième place à Bertie Reed dans la journée de dimanche, a démâté, lundi 8 janvier, à 1 heure GMT (2 heures en France). Il progressait au portant à 14-15 nÓuds avec des vents de 30 nÓuds (55 km/h) et des vagues de 4 à 5 mètres lorsque son espar s'est brisé en trois morceaux.
Le navigateur français a ensuite coupé ses haubans à la scie pour éviter que le gréement ne perce la coque. Il devait ensuite essayer d'établir un gréement de fortune pour rejoindre les côtes sud-africaines.
Après ces deux abandons venus s'ajouter à celui de Philippe Poupon, il ne reste plus que dix solitaires en course au tiers du parcours. Alain Gauthier (Générali Concorde), inquiet lui aussi pour son mât, a décidé de réduire sa voilure et Patrice Carpentier (Nouvel Obs), qui ne dispose plus que d'un pilote électrique en état de marche, s'interroge pour savoir s'il peut raisonnablement poursuivre la course.
Après les turbulences qui avaient entouré l'équipe de France de rugby lors de la tournée australienne, les sélectionneurs nationaux ont bâti un XV conforme à leur logique complexe pour le match d'ouverture du Tournoi des cinq nations contre le Pays de Galles, le 20 janvier à Cardiff.
Le retour des anciens Serge Blanco, Laurent Rodriguez, et du capitaine Pierre Berbizier, la rentrée-surprise du centre Denis Charvet, la présence des jeunes Olivier Roumat et Thierry Devergie, le déplacement de Marc Andrieu à l'aile et l'absence de Franck Mesnel, suspendu par son club, sont les grandes lignes de ce XV à la porte duquel Eric Melville, le Sud-Africain naturalisé, devra patienter. La difficulté du compromis entre la sécurité et l'innovation est illustrée par le rôle promis à Laurent Rodriguez : avec le numéro 7 (flanker), il poussera en position de numéro 8 (sa position de prédilection) sur les introductions françaises en mêlée.
Les sélectionnés sont : Serge Blanco (Biarritz) - Marc Andrieu (Nimes), Philippe Sella (Agen), Denis Charvet (Stade Toulousain), Patrice Lagisquet (Bayonne) - (o) Didier Camberabero (Béziers), (m) Pierre Berbizier (cap.) - Laurent Rodriguez (Dax), Olivier Roumat (Dax), Eric Champ (Toulon) - Dominique Erbani (Agen), Thierry Devergie (Nimes) - Jean-Pierre Garuet (Lourdes), Louis Armary (Lourdes), Pascal Ondarts (Biarritz). Remplaçants : Dominique Bouet (Dax), Marc Pujolle (Nice), Thierry Maset (Stade Toulousain), Henri Sanz (Narbonne), Thierry Lacroix (Dax), Jean-Baptiste Lafond (RCF).
Un virage puis un autre. Pouvait-on rêver plus beau tableau de Noël que cette godille-là. Pour hésitante qu'elle soit encore, en trois jours de stage sur les pentes de Tsarkadzov, la principale station de sports d'hiver arménienne, Anna maitrise désormais les virages rapprochés, et il n'est pas besoin de la regarder longtemps pour se rendre compte que sa vie a déjà changé.
S'agissant de tout autre adolescent, l'émerveillement serait incongru. Mais Anna a perdu ses deux jambes dans le tremblement de terre de 1988 et si elle peut skier c'est grâce à un uniski, superbe machine à skier importée de France pour les besoins de ce stage par Médecins sans frontières.
Enseigner le ski des jours durant à quinze enfants qui ont laissé dans les décombres un ou deux de leurs membres n'était pas gagné d'avance. Vaincre successivement le scepticisme et l'inertie, héritages du système soviétique et de ses prolongements arméniens, et ...les télésièges, véritables appareils à estropier leurs utilisateurs, a nécessité autant d'astuce que de persévérance de la part de Taren, le chirurgien arménien initiateur du projet, et de la poignée d'éducateurs grenoblois spécialisés dans le sport pour handicapés, rameutés en quelques jours.
Qu'importe ! Les résultats sont là. Les gamins d'Erevan avalent la piste avec autant d'appétit que n'importe quel frimeur de Val-d'Isère et, au cours du toast du repas de Noël - que les Arméniens, conformément aux rites de leur Eglise apostolique, fêtent le 6 janvier, - l'infirmière du groupe a fait presque pleurer son monde en disant de grands mots banals sur le bonheur, l'immense bonheur de vivre malgré tout.
Disons-le, à Erevan comme sur toute la terre d'Arménie, ce fut le plus beau Noël depuis longtemps. Pas seulement, bien sûr, parce que la télévision d'Erevan a offert à son public l'opéra Jésus-Christ super-star en version anglaise sans sous-titres, ni parce que Charles Aznavour, qui a débarqué à la tête d'une cargaison de fours à pain, couveuses, magnétoscopes, électro-cardiogrammes pour enfants, a été accueilli comme le Père Noël par tout un peuple.
Simplement, pour la première fois depuis 1970, ceux qui se définissent fièrement comme la plus ancienne nation chrétienne du monde - depuis la conversion en l'an 301 du roi Tiridate III, premier souverain à embrasser le christianisme - ont pu fêter Noël publiquement (1).
C'est tout et c'est énorme. Les autorités ont bien tenté de sauvegarder ce qui pouvait l'être, c'est-à-dire bien peu, de l'idéologie officielle. Ainsi, c'est une étoile rouge qui surplombe le sapin "gouvernemental" dressé par le gouvernement sur la place Lénine. Dans l'indifférence générale, les militants préfèrent se rassembler quelques centaines de mètres plus loin, sur la place de l'Opéra, théâtre privilégié des manifestations nationalistes de l'an dernier, où les militants du mouvement arménien ont dressé un sapin plus grand que celui de l'an dernier. Détournant un vocable à la mode, tout Erevan s'est aussitôt baptisé " alternatif ". Ainsi appelle- t-on désormais les candidats non officiels des élections.
Pour occuper le terrain ainsi conquis, les nationalistes ont organisé dans les jours précédant Noël des libations gratuites sur cette même place. Un jour, c'est un gâteau de 4 tonnes qui a été servi à la population. Le lendemain, on pouvait déguster vin et côtelettes en provenance du Karabakh, cette enclave à majorité arménienne en territoire d'Azerbaidjan que se disputent les deux Républiques. Les paysans ont dû y abattre nombre de leurs bêtes faute de pouvoir les nourrir, en raison du blocus azéri. Toutes les côtelettes gratuites ! Béni soit pour une fois le blocus ! " Les années précédentes, nous avons eu assez de raisons de pleurer, résume Karen, un militant nationaliste. Cette année, nous voulons signifier que nous en avons marre des tragédies et montrer à nos ennemis qu'on ne peut pas casser le peuple arménien. "
Certes, l'histoire ne progresse pas partout uniformément, et ce droit d'ériger leur propre sapin octroyé aux citoyens d'Erevan-la-Turbulente a été refusé à Leninakan, la plus grande ville touchée par le séisme. Refusé par qui ? L'histoire est confuse. A peine les nationalistes avaient-ils manifesté leur volonté d'installer l'arbre symbolique que quarante veuves de victimes de la catastrophe - manipulées par les communistes, accusent les nationalistes - manifestaient bruyamment leur refus. Alors qu'on venait à peine de mettre en bière leurs disparus, l'idée même de fêter Noël n'était-elle pas indécente ? Il n'y eut donc pas de sapin à Leninakan. L'incident n'a pas empêché les dizaines de milliers de sinistrés de célébrer la nativité dans leurs domiks, ces cubes préfabriqués où ils s'entassent à six ou huit dans 30 mêtres carrés en attendant la reconstruction. Sur toute la zone sinistrée, le territoire en est recouvert. Il y a des domiks en plastique ou en bois, des élémentaires et des améliorés composés de plusieurs pièces. Il y a des domiks en rase campagne et d'autres dans la cour même des immeubles qui, sans être effondrés, on été déclarés inhabitables. Depuis un an, toute l'énergie des rescapés a été employée à restaurer ces modules de bois, à y aménager des sanitaires, des coins cuisines, des salles de bains ou autres minuscules dépendances.
De fait, si, vue de l'extérieur, avec ses rues défoncées et boueuses et ses alignements de tubes, Leninakan évoque un abominable bidonville, dès que l'on passe le seuil des domiks, on est saisi par l'ingéniosité déployée pour rendre douillets, presque accueillants, ces cubes de plastique. Ce ne sont que napperons, bibelots, friandises, sapin de Noël dans le coin - peut-on dire la chambre - des enfants. Et, hormis pendant les coupures de courant, assez rares semble-til, il fait chaud, le radiateur électrique étant en permanence branché au maximum.
Pour ceux dont les décombres ont englouti la dernière cuillère, un rien suffit, un poster de Mickey, un vélo dans un coin, pour rendre joyeux ces quelques mètres cubes de malheur. On entre, on se présente, on est tout de suite invité à s'asseoir. En trois minutes, comme par magie, du café fume dans les tasses. Les gateaux traditionnels du nouvel an sortent de la boite. On commence à parler et tout d'un coup la voix de l'hôte s'assourdit, les yeux de l'interprète s'embuent. Invariablement, on replonge dans ces 45 secondes du 7 décembre 1988 qui séparèrent les deux secousses. On revoit les escaliers alors dévalés, les enfants sauvés en les jetant dans les rues, mais aussi les vieux parents sacrifiés ou le fils lui-même abandonné à la colère de la terre.
C'est cela aujourd'hui Leninakan, les milliers de cauchemars chaque soir revécus dans des boites de plastique alignées sous la neige. Et cela promet de durer encore longtemps. De l'homme de la rue à l'homme de chantier, du médecin à l'ingénieur, il n'est plus personne qui ne pense, sans au minimum sourire, à la promesse de Mr Gorbatchev, au lendemain des séismes, de tout reconstruire en deux ans. "Il a dû être mal conseillé", assurent les plus indulgents.
Selon les prévisions les plus optimistes, il faudra plutôt autour de trois ans à dater d'aujourd'hui pour que soit entièrement rebâtie, si elle l'est un jour, la zone sinistrée. Même sous la neige, l'ardeur des ouvriers venus de toutes les Républiques de l'Union en échange d'un confortable salaire, ne parait pas faiblir. Les constructeurs étrangers, eux, ont tenu leurs délais. Les Italiens ont livré à Spitak un village d'une centaine de maisons préfabriquées qui ont aussitôt trouvé preneurs. Cent autres maisons construites par les Autrichiens à Leninakan attendent aussi leurs habitants, mais elles ne risquent pas de les recevoir de sitôt. Les canalisations d'égout qui incombaient à la municipalité ont pris plusieurs mois de retard.
La cause de ce retard-là et de tous les autres, à en croire les autorités? Le blocus, bien sûr, ce maudit blocus provoqué par les Azéris qui empêcheraient les trains de charger les matériaux de reconstruction et le ravitaillement de parvenir jusqu'en Arménie. Le blocus et les sabotages : les vitres arriveraient brisées, le ciment mélangé d'eau, la nourriture moisie.
En fait, si le blocus, tout au long de l'été, a incontestablement provoqué des retards - une moitié des matériaux envoyés du Kazakhstan, pour ne prendre qu'un exemple, n'est jamais arrivée, - ils semblent bien avoir cessé avec l'arrivée du froid.
Ses conséquences à retardement, bien sûr, se font encore sentir, mais il est surtout un commode prétexte aux autorités pour masquer les inévitables défauts d'organisation provoqués par l'immensité du chantier et la multiplicité des intervenants. Le choix de laisser chaque République maitresse de ses travaux sans supervision moscovite n'a pas été sans conséquences surprenantes. Ainsi les Ouzbeks qui ont construit un magnifique village sur les hauteurs de Spitak ont-ils tout simplement oublié d'installer les sanitaires dans les appartements. Tradition locale, parait-il...
Difficilement évaluables, les détournements auxquels se sont livrées les équipes de reconstruction, ont encore contribué à ralentir le rythme. Nombre d'Arméniens racontent comment des ouvriers moscovites, kazakhs, biélorusses ou autres, sont venus leur proposer, au noir bien entendu, béton ou structure métalliques, ce qui accessoirement peut faire douter de la qualité des futurs logements.
Les détournements ne sont d'ailleurs pas réservés aux matériaux de reconstrucion. Sourires en coin, les habitants de Leninakan se souviennent comment des stocks entiers de vêtements en provenance de France, destinés à l'aide humainitaire, se sont retrouvés l'an dernier... vendus dans les magasins d'Etat. Ce sont quelques épisodes de cet ordre qui auraient d'ailleurs coûté son poste voici quelques mois au ministre arménien du commerce.
Sur le plan de l'inorganisation, l'aide humanitaire internationale n'est pas en reste, à l'image de ces camions de l'association lyonnaise Equilibre qui, au milieu de produits de première nécessité convoient, parfois jusqu'en Arménie des cargaisons dont personne n'a véritablement besoin. Ainsi est destiné à moisir ce millier de pots de compote arrivés peu avant Noël alors que chaque famille arménienne, traditionnellement, prépare elle-même sa compote. Ainsi encore ces quarante maisons préfabriquées en provenance de la région de Marseille, et que l'on peut admirer inhabitées, posées en plein champ à la sortie de Léninakan. Ni les convoyeurs, ni les autorités locales ne s'étaient apparemment souciés de les raccorder à l'eau et à l'électricité.
Tout est dit. Et notamment que dans sa détresse, cette paranoia est peut-être le seul piment de ce peuple, sa seule issue, la seule façon de garder la foi malgré tout. Car, de quelque côté qu'ils se tournent, l'avenir parait bien terne aux Arméniens, à l'image de leur paysage quotidien où ne chatoie aucune couleur, où prédominent les gris et les beiges sales, des murs des villes aux robes des femmes.
Certes, ici comme ailleurs, le gorbatchévisme a relativement détendu l'atmosphère politique. Depuis la libération l'an dernier des membres du comité Karabakh, on peut dire à peu près ce que l'on veut dans les manifestations publiques et quand le mouvement arménien a décidé d'investir, pour en faire un siège permanent, les locaux d'une école professonnelle située quasiment en face du siège du parti, personne, et surtout pas ce dernier, n'y a trouvé à redire.
Certes le KGB contrôle toujours chaque semaine les hôtels pour étrangers mais on peut aller où l'on veut, rencontrer qui l'on souhaite, sans craindre d'être suivi, et les envoyés des organisations humanitaires ont cessé de chercher l'agent du KGB derrière chaque interprète... L'an dernier on a même vu des miliciens arméniens se joindre aux manifestants qui réclamaient le rattachement du Karabakh et l'on ne cache pas qu'il y ait eu des sanctions.
Il en faudrait pourtant davantage pour dissiper le scepticisme général quant à la sincérité de la libéralisation politique. Les prochaines élections prévues au mois de mars ? " Elles seront truquées ", pronostiquent sombrement les nationalistes. Mais, pour la première fois, la pluralité des candidatures n'y sera-t-elle pas admise ? Cela ne représente-t-il pas un spectaculaire progrès ? Interrogés, les militants regardent le visiteur comme s'il arrivait de la planète Mars. Poser ces questions, répondent-ils, c'est ne pas soupçonner de quelles ruses sont capables les appareils communistes pour s'accrocher au pouvoir ni par quels moyens ils savent s'attacher des clientèles. Les dernières élections municipales de Leninakan n'ont-elles pas été organisées le jour de Pâques si bien que mobilisées par leurs célébrations religieuses, nombre de chrétiens n'ont pu y participer ? Des histoires de cet ordre, chacun peut en raconter. De toute façon, la déliquescence idéologique du parti communiste qui a progressivement fait siennes toutes les revendications nationalistes - à commencer par le rattachement du Karabakh voté l'automne dernier par le Soviet suprême d'Arménie, en contradiction avec la constitution de l'URSS, - parait, aux yeux des Arméniens, réduire singulièrement l'enjeu du scrutin. L'Arménie, c'est la seule certitude, n'a pas fini de donner du fil à retordre à Moscou.
Catastrophe ou pas, la Nomenklatura soviétique garde ses droits et ses petits privilèges. Ainsi, les hauts cadres moscovites qui supervisent la reconstruction de Spitak ont-ils eu comme premier souci, alors que les sinistrés s'entassaient encore dans les domiks, de se faire construire à leur usage personnel un luxueux hôtel en bois style isba, d'une cinquantaine de chambres, dont une suite ministérielle agrémentée d'une piscine et d'un sauna. " Une toute petite piscine et un sauna miniature, nuance avec embarras Evgueni Akimov, ingénieur en chef moscovite chargé de la reconstruction à Spitak. Que voulez-vous, notre ministre vient ici une ou deux fois par mois. Il faut bien l'accueillir ! Et quand nous repartirons, cet hôtel profitera au peuple. "
Un " peuple " qui, pour l'instant, ne se doute guère du cadeau qui l'attend, l'existence de cet hôtel étant le secret le mieux gardé de Spitak. Le confort tout occidental de l'établissement posé au milieu des ruines ne choque pas l'ingénieur en chef qui sort à toute occasion sa calculette électronique et se souvient encore avoir payé 150 dollars une chambre d'hôtel lors d'un voyage en Allemagne fédérale.
Ce secret s'ébruiterait-il qu'il ne ferait sans doute même pas souffler un vent de révolte dans la population, toute repliée qu'elle est sur sa douleur et sa résignation.
Pour la première fois après les événements qui ont transformé la vie politique en Europe de l'Est, les dirigeants des dix pays membres du COMECON (Conseil d'assistance économique mutuel) (1) se réunissent, les mardi 9 et mercredi 10 janvier à Sofia (Bulgarie) pour discuter de l'avenir de l'organisation qui régit leurs relations économiques depuis 1949. Les critiques sur le fonctionnement du COMECON ne viendront pas uniquement des Polonais, les seuls représentés par un gouvernement non communiste issu d'une élection.
A la veille de cette 45e session du COMECON, le ministre tchécoslovaque des finances, Mr Vaclav Klaus, fait sensation en annonçant son intention de demander la dissolution du Comecon, propos qu'il a amendé depuis. Le ministre polonais du commerce extérieur, Mr Marcin Swieciski, s'est contenté de dire que le COMECON est une organisation " dépassée ". Le premier ministre soviétique, Mr Nikolai Ryjkov - qui dirige la délégation soviétique - a annoncé une révision fondamentale des mécanismes du COMECON en se prononçant en faveur d'échanges en monnaie convertible entre les pays membres à partir de 1991.
- A l'occasion de la fête de Noël, qui était célébrée dimanche 7 janvier par les Russes orthodoxes, la télévision et la radio soviétiques ont diffusé, pour la première fois, un message aux croyants lu par le patriarche Pimen, chef de l'Eglise orthodoxe. De nombreux fidèles ont assisté aux offices, a rapporté l'agence Tass, selon laquelle plus de trois mille églises ont été rendues au culte et vingt monastères réouverts depuis les célébrations du millénaire du christianisme en Russie au printemps 1988.
La proposition présentée samedi 6 janvier par Mr Gregor Gysi, président du PC est-allemand (SED-PDS), de réduire de moitié les forces armées des deux Allemagnes doit être étudiée dans la per- spective de l'accord de désarmement conventionnel qui devrait être signé cette année à Vienne, estime-t-on de sources proches de l'OTAN à Bruxelles. Pour sa part, Mr Jean-Pierre Chevènement, ministre de la défense, a estimé que cette proposition devait " se comprendre à la lumière des prochaines élections " en RDA et que ce n'était " pas notre problème ".
Selon l'agence ADN, Mr Gysi a présenté sa proposition lors d'une réunion de la direction de ce parti à Berlin-Est. Cette initiative, baptisée " modèle pour la sécurité 2000 ", prévoit que les forces des deux Allemagnes soient réduites de moitié dans un délai maximal de deux ans et que leurs alliés retirent pendant ce temps tout armement chimique et nucléaire de leurs territoires. Elle s'accompagne d'une demande de retrait des deux Allemagnes des troupes alliés du pacte de Varsovie et de l'OTAN d'ici à l'an 2000.
Parallèlement, toute modernisation des armements et équipements militaires serait arrêté d'ici à 1991 et le service militaire serait ramené à douze mois dans les deux Allemagnes. Le 4 janvier, le ministère est-allemand de la défense avait annoncé qu'un projet de loi réduisant la durée du service militaire de dix-huit à douze mois serait élaboré au mois de janvier et soumis à la Chambre du peuple (Parlement).
Les deux Etats allemands devraient encore désarmer à leur frontière commune, ne laissant pas d'unité supérieure à la compagnie dans une bande de territoire de 50 à 80 kilomètres de part de et d'autre de la frontière. Ils y démantèleraient également tout terrain d'entrainement et de manÓuvres. Les vols à basse altitude y seraient supprimés immédiatement, tandis que les sous-marins et bateaux de débarquement seraient retirés de la Baltique, selon la proposition du PC est-allemand.
" De l'Atlantique à l'Oural, il ne devrait y avoir aucune fusée nucléaire, aucune arme biologique ou chimique, aucun char, aucun canon, aucun bombardier et aucun hélicoptère de combat. Les blocs militaires d'une telle Europe doivent être dissous ", a dit Mr Gysi, avant d'ajouter : " Si on ne met pas fin à la rivalité militaire entre les deux Etats allemands, aucune discussion sur l'unité de la nation n'est crédible. "
L'armée de la RDA (NVA) dispose de 173000 hommes et est donc numériquement très inférieure à l'armée ouest-allemande, dont les effectifs s'élèvent à environ 490000 hommes, pouvant être renforcés par quelque 770000 réservistes. En cas de mobilisation, les forces armées de la RDA peuvent être portées rapidement à 619000 hommes, que viennent renforcer quelque 400000 Soviétiques. La RFA héberge pour sa part 264000 soldats américains, 67000 Britanniques et 50000 Français, auxquels s'ajoutent 11000 militaires occidentaux à Berlin-Ouest.
Il y a un an, la RDA de Mr Honecker avait annoncé une série de mesures de désarmement, dont une réduction des effectifs de la NVA de 10000 hommes et une diminution de 10 % des dépenses pour la défense nationale d'ici à la fin de l'année 1990.
L'Iran a dépêché une mission diplomatique à Moscou, samedi 6 janvier, pour tenter d'apaiser les troubles frontaliers dont se sont rendus responsables, en Azerbaidjan, des habitants azéris, a indiqué l'agence iranienne Irna. Selon cette agence, la délégation iranienne était conduite par le vice-ministre des affaires étrangères, Mr Mahmoud Vaezi.
L'agence iranienne Irna a par ailleurs annoncé que l'Iran et l'URSS ont signé un accord vendredi afin de faciliter le franchissement de leur frontière commune pour les Azéris vivant dans les deux pays. Le Teheran Times a, pour sa part, invité Moscou à ouvrir la frontière d'Azerbaidjan et à "apaiser l'intense émotion de ceux qui veulent voir la terre de leurs ancêtres et rendre visite aux parents dont ils sont séparés depuis longtemps". Pendant une semaine, des Azéris de la région soviétique de Nakhitchevan se sont attaqués aux installations frontalières.
Samedi encore, selon des journalistes sur place, les déprédations se poursuivaient malgré un appel lancé la veille, par une délégation officielle, en faveur du remplacement des postes-frontières dégradés. Dimanche, plusieurs centaines d'Azéris ont continué à se rassembler - pour le huitième jour consécutif - de part et d'autre du fleuve frontalier Arras en scandant des slogans islamiques. Un député iranien, Mr Karim Shaféi, leur a conseillé, depuis la rive iranienne, de s'adresser à leurs responsables et a qualifié leurs manifestations d' "infructueuses".
Samedi soir, des nationalistes ont exigé l'ouverture de la frontière soviéto-turque, à l'occasion d'une petite manifestation à Nakitchevan, la capitale de la République autonome du même nom, située entre l'Arménie et l'Iran, mais dépendant de l'Azerbaidjan. Le Nakitchevan longe la frontière soviéto-iranienne sur cent soixante-dix kilomètres et la frontière soviéto-turque sur une dizaine de kilomètres.
" Les problèmes se sont accumulés dans cette région depuis plusieures dizaines d'années ", reconnaissait dimanche le quotidien Izvestia, citant Mr Rafik Nichanov, président de la chambre des nationalités au Soviet suprême, envoyé sur place par le Kremlin.
Dans la ville d'Agdam, en Azerbaidjan, deux personnes ont été tuées et deux autres blessées par une explosion à la gare. Selon les premières informations - qui demandent cependant à être confirmées - l'explosion a été provoquée par une fuite de gaz. Agdam est situé à proximité du Haut-Karabakh, région rattachée à l'Azerbaidjan mais revendiquée par l'Arménie voisine, où de violents heurts se produisent depuis deux ans. L'agence Tass n'a cependant établi aucun lien entre ces tensions et l'explosion.
Par ailleurs, un Arménien a été tué jeudi dans un affrontement entre Azéris et Arméniens, dans la région de Khanlar, à l'ouest de l'Azerbaidjan, a rapporté samedi Interfax, une publication de Radio-Moscou. Interfax a précisé que les voies routières et ferrées qui mènent au Haut-Karabakh font l'objet d'un nouveau blocus.
Pour la première fois dans l'histoire de l'OTAN et du pacte de Varsovie, un avion militaire canadien a survolé longuement, samedi 6 janvier, des bases militaires hongroises et soviétiques en Hongrie, avec la bénédiction des autorités de Budapest. Des experts hongrois avaient pris place, aux côtés de l'équipage canadien, à bord de l'avion, un Hercules C 130, désarmé et débarrassé de tout son équipement électronique. L'opération, qui s'inscrivait dans le cadre de la doctrine " ciel ouvert ", initialement proposée par Mr Bush pour créer un climat de confiance entre l'OTAN et le pacte de Varsovie sera suivie dans les prochaines semaines du survol du Canada, dans les mêmes conditions, par un avion hongrois ou soviétique.
Le nouveau comité central du Parti communiste tchécoslovaque (PCT) a élu, samedi 6 janvier, un comité exécutif politique qui constitue la nouvelle direction collégiale du mouvement. Composé de vingt-quatre personnes, ce comité est présidé par Mr Ladislav Adamec, soixante-trois ans, qui sera assisté par le premier secrétaire, Mr Vasil Mohorita, trente-sept ans. Le comité central a par ailleurs élu trois nouveaux secrétaires. Mr Frantisek Adamek, trente-cinq ans, employé d'une entreprise de bâtiment de Prague, sera chargé des questions sociales et économiques. Mr Jiri Machalik, quarante-quatre ans, professeur de marxisme-léninisme à l'université d'Olomouc, s'occupera des questions idéologiques et culturelles, et Mr Ondrej Saling, quarante-neuf ans - le seul " survivant " avec Mr Mohorita de l'ancien présidium du PCT - travaillera dans le domaine de l'organisation et de la vie interne du parti.
Sept commissions du comité central ont été mises en place, dont une chargée de l'enquête sur les abus de pouvoir commis par d'anciens responsables du PCT. Par ailleurs, le numéro deux du PCT, Mr Vasil Mohorita, a présenté un plan d'urgence en quatre points, qui vise à " en finir avec la panique et le chaos " au sein du parti et à le " restructurer ".
Le premier week-end après la trêve des fêtes a été largement consacré par les différentes forces politiques est-allemandes à préparer une campagne électorale qui démarre, sinon dans la clarté, du moins sur les chapeaux de roue. Plusieurs partis ou groupes politiques avaient réuni, samedi 6 et dimanche 7 janvier, leurs instances dirigeantes en vue des premières élections libres, le 6 mai prochain. Parmi ceux-ci figuraient notamment le Parti communiste (SED) et Neues Forum, qui a décidé de rester un mouvement plutôt qu'un parti politique, et de présenter des candidats sous sa propre bannière.
Les hostilités avaient déjà été ouvertes quelques jours plus tôt par le SED, avec sa tentative d'utiliser les tendances ultra-nationalistes qui se sont manifestées ces dernières semaines sur le thème de la réunification pour dénoncer un complot néofasciste et reconstituer derrière lui-même un front commun des forces progressistes du pays.
Les divers groupes d'opposition continuent d'accuser le SED, qui détient toujours les rênes du gouvernement, de trainer des pieds dans la liquidation de l'ancien régime et de refuser de leur donner les moyens de faire campagne sur un pied d'égalité avec lui. Ils disposent sur ce point d'une formidable caisse de résonance à l'Ouest où le gouvernement du chancelier Kohl se voit reprocher aujourd'hui de ne pas exercer suffisamment de pressions sur Berlin-Est pour accélérer la démocratisation et de faire le jeu de l'équipe au pouvoir.
Cette table ronde, qui avait quelque peu ronronné au cours de sa première séance, a commencé à connaitre un peu d'animation la semaine dernière après la menace de Neues Forum de s'en retirer si elle ne pouvait jouer un véritable rôle de contrôle, comme cela avait été décidé au départ. C'est dans ce vent de polémique que se réunissait lundi, pour la sixième fois, à Berlin-Est, la table ronde de toutes les formations politiques est-allemandes.
On devait y aborder pour la première fois la question de la nouvelle loi électorale qui doit être adoptée pour le scrutin. Cette loi doit définir sur quelles bases les formations politiques pourront ou non présenter des candidats. Une controverse a d'ores et déjà éclaté ce week-end après la divulgation des grandes lignes de l'avant-projet de texte préparé au Parlement. Celui-ci prévoit notamment l'interdiction de toute aide matérielle venant de pays étrangers, c'est-à-dire en fait d'Allemagne fédérale. Plusieurs formations, notamment le Parti social-démocrate, qui comptent bien obtenir un concours de la RFA pour leur campagne ont immédiatement violemment protesté.
" Havel au Château ! " criaient un mois auparavant les manifestants sur la place Venceslas. Un défi, ils étaient encore loin d'y croire. Mais, depuis le 29 décembre, l'" ami Vaclav " est devenu " Monsieur le président " par une brusque accélération de l'Histoire et un véritable coup de théâtre, le célèbre dramaturge siège au château de Prague, entouré dans son cabinet d'une majorité de collaborateurs issus, comme lui, du monde des arts et des lettres.
Quoi de plus normal, dans ces conditions, que ce soit un autre homme de théâtre qui, dès la semaine suivante, vienne de l'étranger lui rendre visite ? Le ministre français de la culture, Mr Jack Lang, a été, dimanche 7 janvier, le premier membre d'un gouvernement d'Europe occidentale reçu par le nouveau chef de l'Etat.
" Je me réjouis de voir que mes amis de théâtre ont pris le pouvoir en Tchécoslovaquie ", a déclaré Mr Lang, en précisant qu'il s'agissait de " retrouvailles " étant donné ses nombreuses relations avec les milieux artistiques de ce pays depuis les années 60 et 70, époque durant laquelle il animait le Festival de Nancy et y accueillait fréquemment troupes et spectacles venus de l'Est.
Samedi, le ministre a fait un pèlerinage aux hauts lieux de cette " révolution de velours " qui, en douceur ou presque (à l'exception de rudes matraquages policiers au début), a changé un pays jusqu'alors en retard sur ses voisins dans le mouvement de l'Est vers la démocratie. Ce coup de force tranquille qui, en quelques jours, a eu raison de l'hégémonie du Parti communiste tchécoslovaque, amenant celui-ci à accepter la formation avec l'opposition d'un gouvernement d'entente où il est minoritaire, qui a permis le retour d'exil intérieur de Mr Alexandre Dubcek, l'homme du " printemps de Prague ", élu président du Parlement, et qui, enfin, a poussé à la tête de l'Etat un Vaclav Havel encore en prison l'été dernier.
Sous la conduite de Milan Knazko, comédien vedette du Théâtre national slovaque de Bratislava, promu " premier conseiller " du président Havel, Mr Lang s'est rendu sur la place Venceslas, là où tout s'est joué en novembre, là où se sont rassemblées des foules qui n'avaient jamais été aussi nombreuses de mémoire de Tchécoslovaque.
Milan Knazko était l'un des principaux acteurs de ces manifestations aux côtés des autres dirigeants du Forum civique, coalition de l'opposition au PC. " Il faut se pincer, dit-il, pour réaliser aujourd'hui que l'on a pas rêvé. Une révolution somme toute paisible. Pas une vitrine brisée, pas une voiture renversée. "
Dans les rues froides de l'hiver pragois, il fait remarquer la buée qui couvre les vitres des cafés : " C'est le signe, note-t-il avec un sourire, que les conversations sont beaucoup plus animées que les années précédentes. Après quarante ans de silence, les gens parlent... " Au centre de la place de la Vieille Ville, l'association Pour un avenir plus joyeux continue sa propagande malgré le vent de liberté qui souffle sur le pays. Ce groupe d'étudiants a été l'un des pionniers de la contestation du " triste régime " avec des " happenings " si humoristiques ou ésotériques qu'il a souvent déjoué la répression.
A la taverne du Calice - où ce héros national et imaginaire qu'est le brave soldat Sveik donnait rendez-vous " à 6 heures, après la guerre ", - on retrouve Michael Laznovski, autre dramaturge du Forum, qui vante les mérites de la " révolution polie et gaie ", tout en redoutant des lendemains moins sereins pour la " prochaine étape " : la préparation des premières élections libres depuis 1948. A sa table, la cinéaste Vera Chytilova soutient qu'il faut préserver une certaine forme de contrôle d'Etat comme garantie de qualité pour la production artistique. Mr Lang acquiesce et se laisse volontiers entrainer à l'assemblée de l'Union des gens de cinéma, une de ces multiples réunions où, en ce moment, chaque catégorie de citoyens tente de refaire la Tchécoslovaquie.
Sous les applaudissements, le ministre donne ce conseil : " Gardez le meilleur de ce que vous avez. Pour vous délivrer du pire que vous avez pu vivre ici, n'adoptez pas le pire de ce qui existe en Occident. (...) Surtout, méfiez-vous des mirages et des séductions des télévisions commerciales. Au nom de la liberté, elles imposent une autre forme de dictature, celle de la médocrité et de la rentabilité immédiate. Elles (...) écrasent les cultures. ".
Autre taverne, autres rencontres. Celle, par exemple, de cet architecte qui vient de sortir de prison et qui témoigne de la diversité des opinions au sein du Forum civique. Il est monarchiste et pour cela assez seul. Mais il l'est beaucoup moins quand il se dit " thatcherien " et affirme son souhait d'une économie totalement libérée selon les canons de la Dame de fer. Il souligne, d'autre part, " l'inexpérience ", " le côté amateur " et " la relative inorganisation " du Forum. Il est interrompu par l'entrée, remarquée, de Jiri Bartoska, star de la scène et de la révolution. Il emmène tout le monde au Théâtre de la Balustrade, où débuta Vaclav Havel en qualité de machiniste puis d'auteur. Ce fut, comme tant d'autres théâtres du pays, l'un des principaux foyers de la contestation " sous l'ancien régime ". Il relate avec talent et plaisir la " fête du grand soir " après l'élection du président Havel. Sur les murs de la salle, des traces de champagne sont pieusement conservées comme souvenir de la " douce révolution ".
Mr Ladislav Chudik, comédien célèbre, lui aussi, et nouveau ministre slovaque de la culture, explique que les théâtres ont toujours été en Tchécoslovaquie plus qu'ailleurs en Europe de l'Est des " lieux de liberté ". " Nous sommes des porte-parole professionnels, ajoute-t-il, nous avons le contact avec le public, aussi nous sommes-nous mis à son service pour exprimer ce qu'il avait à dire quand la parole n'existait pas. Nous avons accueilli les étudiants, notamment, qui sont un élément moteur. "
Au Château, les collaborateurs que le président présente à Mr Lang sont très jeunes pour la plupart, et les jeans de plusieurs d'entre eux leur donnent des airs de " sans-culottes " dans ces salons où l'apparat de l'ancien régime est pesant. Mr Lang rappelle l'idée du président Mitterrand d'une confédération européenne et souligne que l'Europe tout entière est déjà une entité culturelle sur laquelle on peut et doit bâtir rapidement. Il indique son intention d'organiser à Paris, le mois prochain, un " sommet " des ministres de la culture de toute " l'Europe nouvelle ". Mr Havel approuve et, pensant dans l'immédiat à son pays, déclare : " Je dois bannir de notre conscience tout ce que le système totalitaire y a mis. "
La dernière pièce de Vaclav Havel, le moraliste, s'intitule l'Assainissement.
Deux bateaux polonais ont été attaqués en mer Rouge, au large de l'Erythrée. L'Adam-Asnyk a essuyé, vendredi, des coups de feu tirés depuis le rivage, peu après avoir découvert le cargo Boleslaw-Krzywousty, échoué et en feu à 50 milles du port érythréen de Massaoua. Selon la compagnie d'assurance Lloyds, l'Adam-Asnyk a constaté que les trente membres d'équipage du Boleslaw-Krzywousty avaient disparu.
Le conseil électoral de Haiti a annoncé, samedi 6 janvier, la date des élections législatives et présidentielle. Les deux tours des législatives auront lieu les 22 juillet et 12 août prochains, tandis que des élections municipales et locales sont prévues pour le 19 avril. Le premier tour de l'élection présidentielle a été fixé au 28 octobre et, s'il y a lieu, un second tour aura lieu le 25 novembre. Le nouveau président haitien entrera en fonction le 7 février 1991.
Un soldat jordanien a été tué, dimanche 7 janvier, en Israël, par les tirs de soldats israéliens, au sud-est du lac de Tibériade, à l'issue d'une semaine qui a vu se multiplier les échanges de coups de feu de part et d'autre de la frontière. Le militaire jordanien était en possession d'un fusil d'assaut M-16 de fabrication américaine lorsqu'il a été tué par une patrouille israélienne.
Peu après que cet incident eût été connu, l'armée jordanienne a fait état de la " disparition d'un conscrit, en possession de son arme individuelle ". De son côté, un mouvement palestinien dissident du Fath de Yasser Arafat, le " Fath-Intifada " du colonel Abou Moussa, a revendiqué, depuis Damas, la responsabilité de deux " attaques " contre des unités israéliennes à partir du territoire jordanien.
D'autre part, un Palestinien de dix-huit ans a été tué par balle dimanche en Cisjordanie et un autre est mort des suites de blessures reçues le 27 décembre lors d'une manifestation à Bethléem. - (AFP).
Le premier ministre israélien, Yitzhak Shamir, a rencontré le roi Hussein de Jordanie en 1987, selon les révélations d'un livre à paraitre en janvier aux Etats-Unis, a rapporté, dimanche 7 janvier, le quotidien Hadashot. Selon le livre Derrière l'Intifada : Israéliens, Jordaniens et Palestiniens, écrit par deux journalistes, MM Yossi Melman et Dan Raviv, la rencontre a eu lieu à la suite de pressions américaines. Elle s'est déroulée en territoire israélien dans une caravane spécialement aménagée à cet effet dans la région désertique de la Aravah, près de la ligne de cessez-le-feu israélo-jordanienne.
Plus de deux mille policiers ont été mobilisés, samedi 6 janvier, pour tenir à distance une manifestation d'une cinquantaine de membres du Ku Klux Klan à Atlanta. Il s'agissait d'empêcher que la manifestation ne dégénère en bagarre avec une centaine de contre-manifestants, en raison de la tension provoquée dans le sud des Etats-Unis par une vague d'attentats racistes au colis piégé, qui a fait deux morts, ces dernières semaines.
Margaret Kelly, mère de la défunte princesse Grâce de Monaco, est morte, samedi 6 janvier, à Linwood (New-Jersey), d'une pneumonie, à l'âge de quatre-vingt-onze ans.
Le président salvadorien Alfredo Cristiani a reconnu, dimanche 7 janvier, la participation de membres des forces armées à l'assassinat de six jésuites et de deux employées de l'université de San-Salvador, le 16 novembre dernier, dans la capitale. S'adressant au pays par la radio et la télévision, le président Cristiani a déclaré que " certains éléments des forces armées ont été mêlés " à l'assassinat des religieux. Il n'a toutefois pas révélé l'identité des militaires impliqués.
" Cette nuit nous voulons annoncer au peuple salvadorien et en particulier à la communauté religieuse que l'enquête de la commission des faits délictueux a permis de déterminer que des militaires ont participé à cet abominable crime ", a déclaré le président. Quelques heures auparavant une radio salvadorienne avait annoncé que plusieurs individus, parmi lesquels des membres de l'armée salvadorienne, venaient d'être arrêtés pour leur participation à l'assassinat.
Les six jésuites assassinés, cinq Espagnols et un Salvadorien, avaient été abattus le 16 novembre dans l'enceinte de l'UCA (université centraméricaine de San-Salvador). Parmi eux se trouvaient le recteur de l'université, Ignacio Ellacuria, et son vice-recteur, Martin Baro. Ces deux hommes avaient été accusés à plusieurs reprises par des hauts responsables militaires d'être les " idéologues de la guerilla ". L'assassinat, qui, selon des témoins, a été commis par un groupe d'une trentaine d'hommes vêtus en civil, a eu lieu au sixième jour de l'offensive déclenchée par la guérilla du Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN), la plus importante depuis dix ans.
Faisant suite aux propos tenus dès vendredi par Mr George Bush - qui se défendait d'avoir opéré, avec l'intervention américaine au Panama, un retour à la "politique de la canonière", - le secrétaire à la défense, Mr Richard Cheney, a estimé, samedi 6 janvier, que l'opération "Juste cause", qui avait pour but premier de renverser le général Noriega, ne devait pas être interprétée comme l'annonce d'une "nouvelle doctrine Bush"; selon celle-ci, les Etats-Unis seraient enclins à intervenir à l'étranger lorsque la démocratie n'est pas respectée. Mr Cheney a fait cette réponse alors qu'on l'interrogeait sur l'attitude qu'adopterait Washington dans le cas où le gouvernement de Mr Daniel Ortega ne respecterait pas le résultat des élections prévues pour la fin du mois de février au Nicaragua.
La préparation du procès de l'ancien "homme fort" du Panama continue, elle aussi, à provoquer des remous. Et l'un de ses avocats, Me Frank Rubino, a écarté dimanche l'éventualité d'un marché entre son client et les autorités américaines, destiné à éviter la publication de documents secrets, peut-être embarrassants pour le gouvernement, en échange de l'abandon des charges retenues contre Noriega.
A ce propos, l'hebdomadaire Newsweek publie dans sa dernière édition des extraits d'un livre écrit par le journaliste Frederick Kempe, Divorcing the Dictator, à paraitre en mars, dans lequel on apprend que Mr Noriega était bien payé par la CIA, du temps où Mr Bush la dirigeait (1976). Son "salaire" était de 110000 dollars par an, pour, entre autres, garder le silence sur l'existence de réseaux d'écoutes américaines au Panama. Malgré cela, d'après ce livre, Mr Noriega aurait par la suite tenté d'"acheter" à son tour des responsables de la CIA et, surtout, il aurait été impliqué dans des attentats à la bombe contre des objectifs américains.
Sir Percy Cradock, conseiller diplomatique de Mme Thatcher, s'est rendu secrètement à Pékin, au début du mois de décembre pour discuter avec les dirigeants chinois du problème de Hongkong. D'autre part, le gouverneur de Hongkong, sir David Wilson, est attendu à Pékin, mercredi 10 janvier. Le secrétaire au Foreign Office, Mr Douglas Hurd, doit quitter Londres, vendredi, pour une visite de quatre jours à Hongkong.
Les Khmers rouges ont annoncé, dimanche 7 janvier, avoir attaqué Battambang, la deuxième ville du Cambodge. Phnom-Penh a attendu lundi pour démentir ces attaques, mais diverses sources confirment que la principale ville de l'ouest cambodgien a, effectivement, été l'objet d'opérations de commandos tandis que Phnom-Penh était le théâtre de six attentats qui n'ont, toutefois, fait aucune victime.
Dans ce qui semble être leur action la plus ambitieuse depuis le retrait, en septembre, des troupes vietnamiennes, les Khmers rouges ont mené plusieurs raids à l'intérieur de Battambang, une agglomération de quelque deux cent mille habitants. Selon leur radio, le quartier général des forces gouvernementales, le marché et l'aéroport, situé à 4 kilomètres au sud-est de la ville, auraient été notamment attaqués. La radio a même ajouté que, samedi à l'aube, plusieurs incendies s'étaient déclenchés en ville. A Phnom-Penh, un porte-parole officiel a affirmé lundi : " Il y a eu de petites attaques nocturnes dans la province de Battambang, mais tout est normal dans la capitale provinciale. " Il a également qualifié de " propagande " l'information selon laquelle la voie ferrée et la route reliant Battambang à Phnom-Penh avaient été coupées. Il a, enfin, confirmé que six explosions s'étaient produites à Phnom-Penh dans la nuit de samedi à dimanche, sans faire toutefois de victimes et en ne causant que de légers dégâts. La sécurité a été néanmoins considérablement renforcée dans la capitale du Cambodge, dimanche, à l'occasion du onzième anniversaire de la création du régime. En outre, le premier ministre, Mr Hun Sen, s'est rendu à Svay-Rieng, dans l'est du pays, pour y rencontrer un émissaire australien, Mr Costello, avec lequel il a eu des entretiens dimanche et lundi. A l'origine, le vice-ministre australien des affaires étrangères, qui vient de se rendre également à Hanoi et à Bangkok, devait rencontrer le premier ministre cambodgien à Phnom-Penh.
Selon diverses sources, des commandos de Khmers rouges auraient effectivement pénétré dans Battambang après avoir, au cours des deux derniers mois, quadrillé la campagne avoisinante. Ces opérations, comme les attentats à Phnom-Penh, auraient pour objectif de prouver aux populations la vulnérabilité des défenses de l'armée de Phnom-Penh. Ces dernières semaines, les Khmers rouges, qui forment - de loin - la guérilla la plus forte et la mieux armée de la coalition présidée par le prince Sihanouk, ont déjà nettement renforcé leur présence dans au moins deux provinces du centre du pays, celles de Kompong-Thom et de Kompong-Chhnang, qui encadrent le Tonlé-Sap. De petits groupes de Khmers rouges se déplaceraient également aux alentours de Phnom-Penh mais rien ne prouve encore qu'ils soient les auteurs des attentats du week-end dernier dans la capitale.
Pour le régime de Phnom-Penh, le bilan des combats depuis le retrait militaire vietnamien n'est pas encore inquiétant. Les trois composantes militaires de l'opposition armée (Khmers rouges, sihanoukistes et FNLPK de Mr Son Sann) ont dégagé une bande de terrain sur la frontière thailandaise, dans l'extrême ouest du pays. Les Khmers rouges ont, en outre, repris pied dans leurs anciens bastions ruraux. Mais le régime de Phnom-Penh conserve le contrôle de la majeure partie du pays, notamment de toutes les grandes villes. Le plus inquiétant, cependant, pour Mr Hun Sen et ses amis, est l'immobilisme dont semble faire preuve leurs troupes, qui demeurent cantonnées sur des positions défensives alors que, depuis deux mois, la saison sèche est censée jouer en leur faveur. A plusieurs reprises, Phnom-Penh, qui bénéficie d'un armement lourd d'origine soviétique, a annoncé des contre-offensives. Ces dernières ne se sont toujours pas matérialisées.
L'agence Chine nouvelle a accusé, dimanche 7 janvier, la Fédération pour la démocratie en Chine (FDC), regroupant les dissidents en exil, de s'être livrée à " des actes de sabotages antigouvernementaux ", d'avoir " essayé de s'infiltrer en Chine ", " répandu des rumeurs " et de " s'être associée aux services secrets taiwanais ". D'autre part, le Quotidien du peuple a publié samedi une violente attaque contre l'écrivain opposant Wang Ruowang, actuellement incarcéré, indiquant que la répression contre les dissidents " n'était pas terminée ". - (AFP, UPI.).
Le ministère nippon des affaires étrangères a annoncé, samedi 6 janvier, la prochaine visite de Mr Zou Jiahua, ministre chinois du plan, à Tokyo, où il devrait s'entretenir avec le premier ministre nippon, Mr Kaifu. Selon le quotidien Mainichi du 8 janvier, ce dernier devrait annoncer aux dirigeants qu'il rencontrera au cours de la tournée européenne qu'il vient d'entreprendre son intention de lever les sanctions économiques prises par son pays à l'encontre de la Chine l'an dernier. Les négociations pourraient reprendre sur un prêt de 810 milliards de yens (5,6 milliards de dollars) sur six ans.
Et qu'est-ce que je vois ? Des experts de l'Institut de pédiatrie de Pékin ont découvert des similitudes génétiques entre les Tibétains et la majorité des Chinois, les Han. Mais voici mieux : leurs antigènes sont différents de ceux des Népalais ou des Indiens ! Donc ils font partie de la nation chinoise, je cite. Donc le Tibet est un territoire chinois, je cite encore. Donc les quelques séparatistes tibétains qui revendiquent l'indépendance, je cite toujours, veulent ignorer les irréfutables données de la science.
Moi, si. Les théories nazies. Personne, jamais, ni avant Hitler ni depuis, n'avait osé justifier l'annexion pure et simple d'un pays en s'appuyant sur de prétendues similitudes raciales dont chacun sait qu'elles ne tiennent pas debout. Le Führer, lui, en a tiré argument pour occuper l'Autriche et la Tchéco. A ce compte-là, je me demande un peu ce qu'on attend pour retraverser le Channel sur les talons de Guillaume le Conquérant, vu qu'entre les British et les Normands, question gènes, ça doit être à peu près kif-kif.
Que le marxisme-léninisme finisse par donner, au bout d'un demi-siècle d'obscurantisme, la rime à nazisme, personne ne s'en étonnera. Reste que dans le cas précis, si tous les Tibétains sont chinois, tous les Chinois sont tibétains. Alors je vois vraiment pas pourquoi Deng ne céderait pas ses palais de la Cité interdite, à deux pas de la place Tiananmen, au dalai-lama.
Une PME du Vaucluse, la société Savroly (9 salariés), aurait en 1989 réalisé un chiffre d'affaires de 7 millions de francs en vendant 250 millions de tickets pour files d'attente et aurait ainsi pris 95 % du marché français de la " gestion des files d'attente " dans les administrations et les magasins, selon son PDG. Mais celui-ci, tout en se félicitant du succès de son entreprise, a constaté que la consommation française ne s'élève qu'à 5,5 tickets par personne et par an, au lieu d'un vingtaine pour les Suédois ou les Américains. Le marché, estime-t-il, est " largement ouvert ". Peut-être l'ouverture économique à l'Est va-t-elle lui apporter un nouveau créneau encore plus vaste ?
Les Américains n'ont pas été capables d'arrêter la déferlante japonaise. Malgré les milliards de dollars investis par les énormes machines industrielles des " trois grands " (General Motors, Ford et Chrysler), les constructeurs automobiles nippons ont continué leur progression sur le marché américain. Les ventes y sont bonnes ? Ils gagnent des parts. Reculent-elles, comme en 1989, de 6,5 % ? Ils avancent encore.
On peut être tenté de conclure de cet échec que les Japonais sont invincibles tout simplement parce qu'ils trichent. En étant protectionnistes chez eux notamment. Ceux, aux Etats-Unis, qui le pensent voient leurs rangs grossir au même rythme que la xénophobie montante à l'encontre des Japonais. En France, telle est la position de Mr Jacques Calvet, le PDG de Peugeot, qui vient d'en exposer les arguments dans nos colonnes (le Monde du 6 janvier).
Ces arguments ne sont pas négligeables, et l'Europe ferait bien de les étudier de près, avec objectivité, avant d'ouvrir ses frontières. Il est dommage de voir, d'ailleurs, combien peu d'économistes sont mobilisés sur la question et qu'en définitive la réponse soit, comme toujours à Bruxelles, issue d'un compromis politique bancal, et d'un arbitrage entre les intérêts nationaux.
Les questions sont pourtant sérieuses. Les groupes américains ne sont-ils pas responsables d'une partie de leur échec ? Les profits énormes engrangés pendant le regain des ventes et à l'abri d'un quota accepté par Washington ont-ils été gaspillés ? Tokyo n'a-t-il pas raison de dire que le capitalisme américain est victime de ses excès financiers et boursiers, qui créent une obsession du bénéfice à court terme ? A l'autre bout : pourquoi les syndicats américains ne réussissent-ils pas à s'imposer dans les usines des constructeurs japonais bâties aux Etats-Unis ? Pourquoi celles-ci sont-elles plus productives que celles de Ford ou de GM, même après leurs complètes rénovation et robotisation ?
En Europe, les traditions sont différentes, mais toutes ces questions se posent aussi. Elles se résument en une seule interrogation : peut-on construire ici un système industriel aussi efficace que celui des Japonais mais sans en reprendre les relations sociales aliénantes ? Ford a perdu contre Toyota. Volvo peut-il gagner ?
Au bout de ces réflexions, la réponse est simple. Si l'on croit que ce " modèle européen " est possible, il faut tout faire pour en préserver la construction. Il faut être protectionniste (raisonnablement) et jouer de toutes les armes disponibles, notamment du niveau du yen. Si l'on ne croit pas ce " modèle " viable - tel est l'avis de Mme Thatcher - alors... vive les Japonais ! C'est soit l'un, soit l'autre : tel est le choix de société que posent symboliquement les voitures japonaises.
Désormais, chaque fois qu'il voit un tracteur, Vitorio, bambin de trois ans, se met à pleurer. Sa cousine, Freda, âgée de treize ans, ne pourra jamais non plus oublier cette nuit de novembre au cours de laquelle des habitants de Priziac (Morbihan), juchés sur leurs engins, sont venus les intimider pour les faire partir, elle et sa famille. Elle se souvient toujours avec effroi de ces mains qui frappaient rageusement contre les vitres du véhicule où elle s'était réfugiée avec ses sÓurs et ses cousins.
Le cauchemar de Freda n'en finit pas puisque, de nouveau, dans la nuit du jeudi 4 au vendredi 5 janvier, des voitures sont venues rôder autour de leurs quatre caravanes stationnées en demi-cercle sur le parking du terrain de sport, en bordure de l'étang du Bel-Air. Les habitants de Priziac n'ont donc pas désarmé en dépit de la décision rendue, mercredi, par le tribunal de grande instance de Lorient. Ce dernier a, en effet, débouté le maire, Mr Paul Lavolé, de son action en référé visant à expulser les nomades stationnés sur le périmètre de la commune, quitte à recourir à la force publique (le Monde du 5 janvier).
Le maire de Priziac s'estime " bafoué " par cette décision de justice et l'a d'ailleurs immédiatement contestée en appel, relançant du même coup la croisade qu'il mène depuis la rentrée scolaire contre les gens du voyage.
Elu en mars 1989, Mr Paul Lavolé et le conseil municipal avaient, en effet, décidé de faire appliquer strictement un arrêté municipal du 19 février 1985 diposant que " le stationnement des nomades est limité à quarante-huit heures sur le territoire de la commune ". Or, depuis la fin de l'été, les quatre caravanes des familles Chevalier et Pougin sont installées sur le terrain vague réservé aux gens du voyage à la sortie du village et quatorze de leurs enfants sont inscrits à l'école publique de Priziac.
Une demi-surprise pour Mme Catherine Denis, directrice de l'établissement, qui avait déjà accueilli, au dernier trimestre l'an passé, sept petits Tziganes. " Cela s'était très bien passé avec les autres enfants de l'école, une vingtaine au total, rappelle Mme Catherine Denis, et cela a convaincu les parents de me ramener leurs enfants à la rentrée. "
Mais Mr Paul Lavolé ne veut pas entendre parler de cette semi-sédentarisation hivernale. " Je ne suis pas contre la scolarisation des enfants à l'école publique, explique-t-il, mais que ces nomades aillent s'installer ailleurs qu'à Priziac ! " Joignant le geste à la parole, le maire de Priziac a décidé de déloger ces indésirables.
Premier acte : le conseil municipal décide, le 20 septembre, de transformer le terrain spécialement acheté pour le stationnement des gens du voyage - sans eau courante ni électricité - en terrain d'entrainement de football. Deuxième acte : le maire ayant fait appel à la gendarmerie pour faire respecter l'arrêté municipal, les deux familles tziganes abandonnent, le 4 octobre, le terrain qui est aussitôt remblayé. Troisième acte : les quatre caravanes reviennent quarante-huit heures plus tard et s'installent sur le parking du terrain de sport en attendant de réintégrer le terrain remblayé.
Depuis lors, les choses se sont envenimées. En réponse à la constitution d'un comité de soutien aux gens du voyage, le maire a organisé, le 12 novembre, un référendum municipal, " sans aucune valeur juridique bien sûr " , tient-il à préciser aujourd'hui. Plus de 95 % des votants (54 % des inscrits) se sont alors prononcés en sa faveur. Trois jours plus tard, c'est au tour de SOS-Racisme de venir défendre à Priziac les gens du voyage en y donnant symboliquement le départ de la tournée nationale de son " bus de l'intégration ".
Le comité de soutien aux Tziganes rappelle que la législation oblige les communes à accueillir les gens du voyage pendant une durée minimal de quarante-huit heures mais qu'elle ne prévoit pas de seuil maximal. A l'opposé, Mr Lavolé fait valoir qu'il s'agit de préserver " la vocation touristique " de la commune : " Depuis que les nomades se sont installés sur le parking du terrain de tennis, se lamente-t-il, plus personne ne veut aller y jouer. "
Sans compter que cette bataille d'arguments se joue dans un climat délétère. Rumeurs, effractions bizarres et, surtout, résurgence de la guerre des écoles mettent à vif les nerfs des mille deux cents habitants de Priziac. " N'oubliez pas qu'ici l'école publique, c'est l'école du diable ! ", rappelle une maman écÓurée.
Dans ces circonstances, les gens du voyage ont adopté un profil bas. Les parents de Vitorio, Joanito et Patricia, qui se sentent " tout autant Bretons que Tziganes ", en ont assez de passer pour des " sauvages ". " On préfère acheter des poules tout emballées plutôt que de les voler ", ironise Joanito en réponse aux accusations dont ils sont l'objet. Leur souhait à tous les deux : se poser quelque part et permettre aux enfants d'apprendre, à lire et à écrire. Et Patricia, qui en " a marre de tourner en rond sur les routes de Bretagne ", se prend même à rêver : " Ce doit être plus facile dans une maison... "
Dans le CESSNA des douanes françaises pourtant bourré d'électronique, les pilotes naviguent à vue. " Tiens, là-bas, on dirait des irisations ", lance le pilote, Michel Dutrey, ancien militaire devenu contrôleur divisionnaire des douanes. " Non, ce sont seulement des zones de calme, coupe le copilote, lui aussi ancien militaire. Ou peut-être des lignes de courant. " Même pour des spécialistes, la reconnaissance du pétrole perdu en mer n'est pas évidente. Surtout après trois semaines de dérive, de tempête et d'abandon aux courants. Il était facile, au début, de suivre le sillage du Kharg 5 lorsque le superpétrolier iranien perdait encore son brut. Il est beaucoup plus malaisé, aujourd'hui, de suivre à la trace le pétrole abandonné au gré des flots de l'Atlantique.
Nos trois agents des douanes, pourtant, ne sont plus des novices. Voici maintenant un an qu'avec leur nouvel avion spécialement équipé, ils s'efforcent de faire appliquer la convention MARPOL sur la pollution des mers par les hydrocarbures. Trois ou quatre jours par semaine, ils survolent la Méditerranée, l'Atlantique ou la Manche à la recherche du pétrolier qui s'aviserait de dégazer en pleine mer au lieu de nettoyer ses soutes au port - ce qui coûte cher. Mais cela peut coûter encore plus cher d'être surpris en flagrant délit par l'avion des douanes, comme cela est arrivé à un navire reliant Le Havre à l'Angleterre. " Nous l'avons immobilisé plusieurs semaines avant de lui infliger une amende ", explique Michel Dutrey. Il n'est pas près de recommencer ! "
Pour se livrer à cette traque, les douaniers disposent d'un avion pourvu d'un matériel ultramoderne : un radar latéral (de fabrication danoise) qui peut détecter jusqu'à 20 milles (36 kilomètres) une discontinuité quelconque à la surface de l'eau. Lorsqu'une anomalie est ainsi repérée, le CESSNA survole la zone suspecte avec son détecteur infrarouge qui, lui, décèle toute différence de température entre l'eau et un corps étranger. Même une couche de pétrole d'une épaisseur d'un micron apparait sur l'écran du détecteur sous forme de zone noire, tandis qu'une couche plus épaisse apparait en blanc - comme les navires. Pour pouvoir enregistrer les observations, le détecteur est pourvu d'une cassette enregistreuse qui inscrit toutes les variations sur une surface de mer d'environ 1 kilomètre de large lorsque l'avion vole à 500 mètres d'altitude.
Ce samedi 6 janvier, au large de Rabat, le CESSNA survole davantage de bateaux de pêche que de pétrole, car les pêcheurs profitent du beau temps pour chaluter et jeter leurs filets. Lorsqu'ils avisent un pétrolier libérien en route vers le Nord, les douaniers retrouvent leur instinct de chasseur. " On va faire un passage pour lui faire peur : certains profitent des marées noires pour venir dégazer gratis. " Mais non, celui-ci est irréprochable. Sur l'écran du détecteur infrarouge, la coque blanche apparait sans la moindre zone d'ombre dans son sillage.
A une soixantaine de kilomètres de la côte apparaissent les premières trainées de pétrole, qui se présentent aujourd'hui sous deux formes : les " irisations ", ces flaques ou filets aux reflets irisés, qui trahissent la présence d'hydrocarbures en très fine couche ; les " galettes ", ces grosses flaques couleur de rouille, que la houle réduit en chapelets de " gouttes de chocolat ". Chaque galette, poussée par le courant, traine derrière elle un sillage qui s'effiloche au fil des jours et finit par disparaitre, digéré par la mer.
Une fois parvenu dans la zone polluée - environ 70 kilomètres de long sur 30 kilomètres de large, mais avec une pollution très dispersée - le CESSNA multiplie les passages à basse altitude pour que le détecteur infrarouge filme les galettes. Installé au fond de l'avion en grand uniforme, le capitaine de corvette de la marine royale marocaine suit attentivement les opérations sur les écrans. " D'après ma carte, il y a un déplacement de la nappe d'une dizaine de milles vers le nord-ouest, dit-il. C'est très bon pour nos côtes. " En fait de " nappe ", on ne découvre du ciel que des filaments plus ou moins effilochés, dont on voit mal aujourd'hui comment ils pourraient provoquer une marée noire.
A une centaine de kilomètres au large de Casablanca, on aperçoit une masse immergée qui souffle. Une baleine ! " Un rorqual commun ", précise le pilote. Le CESSNA vire pour tenter de fixer la scène sur film infrarouge, et l'on a tout loisir d'observer l'animal qui file à bonne vitesse, apparemment pas incommodé par les relents de pétrole qui souillent l'Atlantique.
- Les biologistes du Nord-Pas-de-Calais, de la Somme, de l'Aisne et de l'Oise observeront une grève des dosages de cholestérol à compter du 8 janvier, pour une durée illimitée, afin de protester contre " la baisse de tarification des examens ". Selon l'association des biologistes des régions du Nord, " les mesures récentes, prises sans concertation par le ministère de la santé, vont conduire de nombreux laboratoires à fermer ". Des mouvements de grève similaires se sont produits récemment dans plusieurs régions, notamment en Haute-Normandie, en Ile-de-France, dans les Pays de Loire et en Midi-Pyrénées.
La menace de marée noire sur les côtes marocaines semblait complètement dissipée lundi 8 janvier. Le maintien du vent à l'est repoussait les traces de pétrole vers le large. La zone polluée la plus proche du littoral se trouvait à une cinquantaine de kilomètres des villes d'El Jadida et Azemmour. Néanmoins, avions et hélicoptères continuaient à surveiller le pétrole en dérive depuis les bases de Rabat et Safi.
Le plus préoccupant, aujourd'hui, reste le sort du Kharg-5. Le superpétrolier iranien et ses 200 000 tonnes de brut continuent à être remorqués en haute mer par plusieurs navires qui se relaient. Lundi 8 janvier, le Kharg-5 se trouvait à plus de 700 kilomètres des côtes marocaines et à près de 300 kilomètres des Canaries, qui ont refusé d'accueillir le navire-épave, comme aussi le Maroc et le Portugal. A leur tour, le Sénégal et les iles du Cap-Vert ont annoncé leur refus de recevoir le Kharg 5 dans leurs eaux territoriales.
La société néerlandaise de renflouage Smit Tak, qui a pris en charge le navire, est à la recherche d'une zone d'eaux calmes - pas de vagues de plus de 50 centimètres - pour mettre le Kharg-5 à couple avec un navire allégeur et transvaser le pétrole. La compagnie nationale Iranian Oil Company a déjà envoyé dans les parages un pétrolier vide, le Shir-Moon, pour tenter de procéder à cette opération - délicate lorsqu'elle est effectuée en haute mer.
Soixante-deux enfants roumains adoptés par des familles françaises, mais retenus par Ceausescu, sont arrivés samedi 6 janvier, vers 18 heures, à Paris.
L'avion de la Croix-Rouge française, responsable du convoiement, avait décollé d'Orly vers 10 heures avec, à son bord, un membre de chaque famille et des représentants du ministère des affaires étrangères, du secrétariat d'Etat à la famille, des associations France-Roumanie et Enfance et familles d'adoption, ainsi que le responsable des actions d'urgence à la Croix-Rouge, le docteur Michel Joli.
A l'arrivée à Paris, Mme Hélène Dorlhac, secrétaire d'Etat à la famille, a remercié les nouvelles autorités roumaines. Pour les familles qui attendent encore leur enfant, Mme Dorlhac a souligné la bonne volonté du gouvernement roumain et promis que les discussions allaient continuer pour que la situation se débloque rapidement.
" Elle joue, elle chante, elle danse... Tout va bien, vraiment tout va bien ! ", répète Pierre Labrosse, un grand gaillard de la région lyonnaise. Lui, tellement sociable d'habitude, ne trouve plus ses mots pour décrire ce premier dimanche passé en famille avec sa femme, son fils, Luc, sept ans, et Laure, trois ans et demi, qui est enfin arrivée de Roumanie. Ces dernières semaines, et plus particulièrement les dernières quarante-huit heures, ont été trop éprouvantes. Il ne sait plus qu'une chose : elle est là, bien là.
Laure avait trois mois quand, avec sa femme, il l'a vue la première fois. C'était en 1986. La procédure d'adoption avait été particulièrement rapide. Avec la direction départementale de l'action sanitaire et sociale, en France, le dossier n'avait pas mis un an à être bouclé. Un ami de Lyon, lui-même parent adoptif de deux petits Roumains, leur avait conseillé de s'adresser à ce pays où, à cause d'une politique très sévère contre la contraception et l'avortement ainsi que des conditions de vie extrêmement difficiles, un grand nombre de parents ou de femmes seules abandonnaient leurs enfants. L'ami donna le nom de son avocat. Celui-ci, trois mois après avoir été contacté, annonça qu'une petite fille née d'une mère célibataire les attendait. Ils se rendirent donc à Bucarest où, munis de la déclaration d'abandon et de l'accord du conseil populaire, ils purent signer les papiers devant un notaire.
L'attente commença pour obtenir l'autorisation de sortie du territoire. Jusqu'à fin 1987, ils purent se rendre régulièrement en Roumanie pour voir la petite. Mais, début 1988, Ceausescu, qui avait décidé de prendre les enfants en otage pour faire pression sur les Etats, interdit toute sortie, mais aussi toute visite des parents adoptifs. Mr Labrosse fit une tentative, en vain, en 1988. Il parvint toutefois en 1989, grâce à des complicités roumaines, à rencontrer la fillette.
Mme Huet, dimanche, ne tarissait pas d'éloges sur sa petite Vérane, quatre ans et demi, qu'elle attendait depuis plus de trois ans (le Monde daté 31 décembre-1er janvier). " Elle est mignonne, affectueuse, dégourdie. " A son arrivée, samedi soir, père, mère et grande sÓur lui ont fait visiter la maison. Dimanche, elle allait de pièce en pièce, comme si elle avait toujours habité là. Les Huet ont même eu droit à un petit caprice : " Elle va nous observer pendant quelques jours pour voir nos limites ", explique la maman, qui, à l'évidence, a été préparée à l'accueil de ces enfants qui ont déjà subi plusieurs traumatismes : abandon de la mère, passage dans plusieurs crèches, liens irréguliers avec les parents adoptifs.
Il est vrai que, pour eux, l'adoption n'est pas quelque chose de nouveau, puisque leur ainée, Mariana, est elle-même d'origine roumaine. Mariana prend très au sérieux son rôle de grande sÓur. Elle a voulu que Vérane dorme pour la première nuit avec elle et lui a fait visiter le voisinage. Seul petit problème : la gamine, qui n'a jamais vu d'animal domestique, est terrorisée par le chat de la maison et a fui à grandes jambes en entendant aboyer le chien du voisin...
Mme Huet se souviendra longtemps de ce voyage en Roumanie. A cette arrivée à Bucarest où on leur avait dit que les parents retrouveraient leurs enfants dans l'intimité, en fait, une horde de journalistes attendaient. A la pagaille due à la presse, s'ajoutait un petit désordre dû à l'arrivée d'autres parents, italiens cette fois, venus eux aussi chercher leurs enfants. Après un moment d'hésitation, on demanda aux Français de rebrousser chemin et d'attendre dans une salle. On les fit venir ensuite, chacun à son tour, pour prendre qui sa fille qui son fils.
Bien que toute à sa joie, Mme Huet, membre de l'association Enfance et familles d'adoption, qui a lutté sans relâche pour la venue des enfants, pense aux autres familles, aux autres enfants qui ne sont toujours pas réunis. Les causes sont multiples. Quatre enfants ont été repris par leur famille d'origine, le gouvernement ayant voulu que, chaque fois que cela était possible, les parents naturels confirment l'abandon. Quelques-uns, confiants dans un nouvel avenir pour le pays, ont décidé de revenir sur leur décision.
" Nous sommes heureux pour ces parents et ces enfants ", déclarent avec cÓur Mr et Mme Goacalou, qui attendaient une petite fille de deux ans, que sa mère a reprise. Mr Goacalou est toutefois revenu de Roumanie avec Florian, trois ans et demi, qu'il a également adopté. Le couple a l'espoir de pouvoir revenir dans quelque temps en Roumanie, car le gouvernement a promis à tous ceux qui sont dans ce cas de leur permettre d'adopter un autre enfant. Une promesse importante, quand on sait que les nouvelles autorités roumaines ont décidé de freiner les adoptions des étrangers, pour améliorer les accueils en Roumanie.
D'autres parents ont eu la douleur d'apprendre que leur enfant était mort ou n'était plus adoptable parce qu'il avait subi une maladie grave ou un fort traumatisme. D'autres devront attendre que les communications avec le reste du pays soient meilleures.
Enfin, des parents français, compte tenu de la longueur de l'attente, ont renoncé à prendre avec eux des enfants qu'ils avaient pourtant adoptés. Ils ont probablement été effrayés par la rencontre avec des gamins déjà grands.
- Le groupe canadien de distribution Campeau, lourdement endetté, a renoncé à vendre la chaine de magasins Bloomingdale's, principal actif de Federated Department Stores, qui doit rembourser d'ici à la fin d'avril 1,15 milliard de dollars (environ 6,7 milliards de francs). Le groupe canadien, qui avait été notamment en discussion avec les japonais de Tokyu, n'a pas obtenu le 1,5 milliard de dollars qu'il souhaitait obtenir pour la vente de la chaine. Citibank, principale banque de Campeau, a demandé un projet de restructuration du groupe au plus tard pour la mi-janvier.
- Deux Óuvres du peintre italien du dix-huitième siècle Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto, ont été découvertes dans un casier de consigne de la gare de Metz (Moselle). Ces deux huiles sur toile viennent, semble-t-il, d'un cambriolage commis en mars 1988 dans le Bas-Rhin. Le SRPJ de Strasbourg, chargé de l'enquête, s'est refusé à révéler le nom du propriétaire de ces Óuvres et les conditions dans lesquelles elles ont été retrouvées.
Au cours d'une opération de commando, deux restaurants de l'ile de Cavallo, au large de Bonifacio (Corse-du-Sud), ont été détruits, dimanche 7 janvier vers 3 heures du matin. Après avoir ligoté et éloigné les employés, une dizaine d'hommes armés et porteurs de cagoules ont placé des charges explosivres qui ont dévasté les bâtiments. Le signe FLNC a été tracé sur les murs, et l'attentat a été revendiqué au nom de l'ex-Front de libération nationale de la Corse auprès des journalistes d'Ajaccio, ce qui représente une forme inhabituelle de revendication.
Cet attentat semble s'inscrire dans la stratégie actuelle de l'organisation dissoute, qui observe une trêve dans ses opérations " militaires " depuis juin 1988. L'ex-FLNC a décidé, depuis lors, de diriger ses actions contre certains types d'installations touristiques. Le 6 novembre dernier, un commando avait ainsi détruit deux immeubles à Santa-Lucia-de-Porto-Vecchio. Le 11 décembre, un complexe touristique de Calvi avait été dévasté par des explosions. Dans ces deux cas, les projets immobiliers avaient soulevé des protestations de la part d'associations de riverains, et l'ex-FLNC avait revendiqué les attentats. " La meilleure façon pour combattre la spéculation immobilière, c'est de respecter l'état de droit ", a déclaré lundi 8 janvier Mr Jean-Gilles Marzin, préfet de la région Corse, à propos du dernier attentat. " Il y a des règles, des tribunaux, et lorsqu'il y a des infractions au code de l'urbanisme, ce n'est pas en plastiquant que l'on peut faire justice soi-même, a-t-il ajouté en précisant que la société CODIL, propriétaire des deux restaurants, a " construit dans un espace autorisé, de façon tout à fait légale, à l'intérieur d'une zone d'aménagement concerté ".
Les deux restaurants de l'ile de Cavallo appartiennent à la société CODIL SA (Compagnie des iles Lavezzi). Constituée notamment avec des capitaux italiens et suisses, cette dernière société a prévu de bâtir sur l'ile un complexe résidentiel de cent trente logements et un port de deux cent trente places. Située dans l'archipel des Lavezzi, classé en zone protégée, l'ile de Cavallo est devenue " un paradis pour milliardaires ", selon de nombreux insulaires. C'est dans cette même ile qu'avait éclaté, en août dernier, l'affaire impliquant Mr Jacky Setton, le PDG de Pioneer-France poursuivi en justice pour avoir aménagé un port privé sans autorisation de construire (le Monde du 19 décembre), et dont le jugement est mis en délibéré jusqu'au 2 février.
Le SRPJ d'Ajaccio a été chargé de l'enquête sur l'attentat de l'ile de Cavallo.
Condamné en 1983 à vingt ans de réclusion pour le viol et le meurtre, le 16 juillet 1981, de Monique Soubeyran, vingt-cinq ans, une infirmière de l'hôpital d'Hauteville-Lompnès (Ain), Yves Ponthieu, quarante-trois ans, a bénéficié, vendredi 5 janvier, d'un décret de grâce présidentielle. Cette mesure lui a permis d'être immédiatement libéré de la prison de Loos-lès-Lille (Nord) où il était incarcéré. Yves Ponthieu a indiqué qu'il demanderait la révision de son procès.
Ancien économe de l'hôpital de Hauteville-Lompnès (Ain), Yves Ponthieu avait été condamné à vingt ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Bourg-en-Bresse, pour le viol et le meurtre d'une infirmière de cet établissement, Monique Soubeyran, le 16 juillet 1981. Le cadavre de la victime, qui était partie en auto-stop faire des démarches administratives à Bourg-en-Bresse, avait été retrouvé, en partie calciné, près du col de la Berche.
A proximité, les enquêteurs avaient découvert deux livres pornographiques, ce qui les avait conduits à arrêter Yves Ponthieu, un libraire d'Hauteville ayant affirmé lui avoir vendu l'un de ces ouvrages. Après avoir reconnu les faits au cours de sa garde à vue devant les enquêteurs et devant le juge d'instruction, Yves Ponthieu était ensuite revenu sur ses déclarations et n'a cessé depuis de clamer son innocence.
Cette attitude, maintenue, avec véhémence, devant ses juges, et jamais démentie depuis, avait suscité, nous indique notre correspondant à Bourg-en-Bresse Laurent Guigon, la formation d'un comité de soutien, créé par sa femme Annie et un prêtre, ami de la famille, le père Jean-Hubert Vigneau, curé de la paroisse de Marquette-lès-Lille (Nord), ville dont la famille Ponthieu est originaire. Ce comité, le COSYP, fort de six cents membres et du soutien de nombreuses personnalités comme l'écrivain Gilles Perrault, le chroniqueur judiciaire Frédéric Pottecher, les avocats Henri Leclerc et Francis Serres, avait tout mis en Óuvre pour obtenir la révision du procès. L'action du comité qui a publié un document de contre-enquête et réalisé un film, tous les deux intitulés 20 ans, le prix de l'innocence, n'avait pas abouti puisque la demande de révision, transmise à Mr Albin Chalandon, alors garde des sceaux, le 15 juin 1987, avait été jugée irrecevable par la forme en septembre 1988 par la cour de cassation.
Yves Ponthieu, qui a rejoint dès vendredi sa femme et ses enfants dans une commune de l'agglomération lilloise, bénéficie en fait d'une seconde grâce présidentielle. La première, portant sur cinq années, avait été signée au début de l'année 1989. Elle aurait pu permettre une libération conditionnelle (qui ne peut intervenir qu'à partir du moment où le détenu a purgé au moins la moitié de sa peine), mais le juge et le tribunal d'application des peines avaient rejeté sa demande de mise en liberté.
En accordant sa grâce à deux reprises, à un an de distance, le président de la République a ramené la peine d'Yves Ponthieu à quinze puis à douze ans de réclusion criminelle. Par le jeu des remises de peine (accordées pour " bonne conduite " et à l'occasion de l'élection présidentielle), Yves Ponthieu pouvait être immédiatement libéré, ayant purgé sa peine.
Pourtant, cette mesure de clémence ne met pas un terme à cette affaire : " Je crie mon innocence, a déclaré Yves Ponthieu à sa sortie de prison. Il me faut encore me battre pour obtenir la révision de mon procès et mon acquittement. "
" Cette grâce présidentielle est pour nous la reconnaissance implicite, de la part des autorités, du doute qui plane encore sur cette affaire, a déclaré pour sa part Jean-Hubert Vigneau, président du comité de soutien. Nous continuerons notre action pour aboutir à la révision du procès et à la réhabilitation d'un homme injustement condamné. "
- Une charge explosive de faible puissance (50 à 100 grammes) a brisé, vendredi soir 5 décembre, la vitrine d'une boucherie musulmane à Ghisonaccia (Haute-Corse). Appartenant à Mr François Cervetti et gérée par Mr Lucien Costa, qui emploie un Marocain, Mr Minoun El Iousfly, la boucherie, où viennent s'approvisionner les Maghrébins de la région, est spécialisée dans la vente de la viande hallal (viande d'animaux abattus selon les rites musulmans). En septembre et octobre 1989, une vingtaine d'attentats visant la communauté maghrébine ont déjà été commis dans cette commune. Le ou les auteurs de ces actions racistes n'ont jamais été identifiés.
Le corps de David Hosansky, un jeune millionnaire lyonnais âgé de dix-huit ans, a été retrouvé, dimanche 7 janvier, au pied de l'immeuble de la résidence Marina-Baie-des-Anges où il habitait, à Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes). Selon les enquêteurs, David Hosansky se serait suicidé, mais, compte tenu de l'histoire du jeune homme (le Monde du 21 décembre 1989), ils n'écartent pas l'hypothèse d'une agression.
Orphelin à quatorze ans, David Hosansky était l'unique héritier de la fortune de son père, médecin à Lyon. Il était entré en possession de son héritage le 16 juin 1989, le jour de ses dix-huit ans, et avait passé l'été à jouer dans les casinos où il aurait perdu 3 millions de francs. Le 11 octobre, un juge du tribunal d'instance de Lyon avait engagé une procédure de mise sous tutelle et placé ses biens " sous le régime de la sauvegarde de la justice ". David Hosansky, qui affirmait que le cercle de famille s'était à nouveau refermé sur lui, avait alors continué à dilapider son argent dans les casinos, où il s'exhibait avec d'épaisses liasses de billets, qui provenaient, disait-il, d'une vente d'or.
Il y a deux ans, en février 1988, David Hosansky avait rencontré l'épouse d'un armateur britannique. Après quelques mois de vie commune, la jeune femme s'était jetée du sixième étage de cet immeuble au pied duquel le corps de David Hozansky a été retrouvé. Une autopsie devait être pratiquée lundi 8 janvier, à Cagnes-sur-Mer.
Le ministère ouest-allemand de l'intérieur a rendu publics, vendredi 5 janvier, les chiffres des réfugiés de souche allemande venus de RDA et d'autres pays de l'Est au cours de l'année 1989. Celui ci s'élève à 720 000, un niveau jamais atteint depuis la création de la République fédérale en 1949, et qui est même trois fois plus élevé qu'en 1988.
Les statistiques distinguent les réfugiés venus de RDA (Ubersiedler) dont le nombre s'élève à 343 854, contre 39 832 en 1988, et les personnes de souche allemande qui ont quitté les autres pays de l'Est (Aussiedler) : 377 055, soit 174 000 de plus que l'année précédente. On assiste à une augmentation continue du flot de ces migrants, dont le plus gros contingent vient de Pologne (250 340), suivie de l'URSS (98 134) et de la Roumanie (23 387). Quelques milliers d'Allemands ont par ailleurs quitté la Hongrie, la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie. Cet afflux a nécessité le doublement de la capacité des centres d'accueil : 46 000 nouvelles places ont été créées, en utilisant notamment des casernes de la Bundeswehr et des gardes-frontières touchés, eux, par des réductions d'effectifs.
L'accueil et l'intégration de ces réfugiés posent des problèmes qui inquiètent les autorités régionales et municipales, qui en supportent - décentralisation oblige - le poids le plus lourd. Le ministre-président de Bavière, Mr Max Streibl, s'est adressé la semaine dernière au gouvernement fédéral pour qu'il augmente ses subventions aux Länder, communes et associations qui s'occupent des réfugiés. Le ministère des finances a promis que dans le cadre du collectif budgétaire qui va être proposé au vote du Parlement, de nouveaux moyens seront mis à la disposition des collectivités territoriales. D'autres revendications se font jour, liées à l'afflux de visiteurs est-allemands dans les villes frontalières. Le bourgmestre de Hof, en Bavière, une ville située tout près de la fontière de la RDA, demande que soit mis en place d'urgence un système de transports en commun reliant Hof aux localités voisines en Allemagne de l'Est : ses administrés protestent de plus en plus contre les nuisances provoquées par les gaz d'échappement des innombrables Trabant qui envahissent les rues, et se plaignent de voir les parkings occupés sans arrêt par les véhicules des " frères " de l'autre Allemagne.
Si l'organisation des premiers jours de la vie de ces migrants dans leur nouveau pays se passe relativement bien dans le cadre des camps d'accueil répartis sur le territoire, il n'en va pas de même pour la suite : les tensions sur le marché du travail, et surtout le manque de logements sociaux rendent souvent difficile l'accès de ces nouveaux arrivants à une vie " normale " au sein de la société ouest-allemande. Certains vivent depuis plusieurs mois dans des hôtels réquisitionnés à cet effet, dans l'attente de la mise à leur disposition de logements dont la construction à été lancée en toute hâte dans le dernier trimestre de l'an passé.
Une étude de la Commerzbank analyse les perspectives de ces migrants sur le marché du travail. La structure démographique de ce groupe est notablement différente de celle de l'ensemble de la République : les migrants sont plus jeunes que la moyenne de la population ouest-allemande - 80 % d'entre eux ont moins de quarante-cinq ans et sont demandeurs de travail. L'étude distingue nettement les personnes venues de RDA, dont la formation et les connaissances linguistiques facilitent l'accès à l'emploi, des personnes venues des autres pays de l'Est, notamment les Polonais, dont la grande majorité n'ont, en arrivant, que de vagues notions d'allemand, et qui ont besoin d'un recyclage linguistique et professionnel avant de pouvoir prétendre à un emploi.L'étude souligne cependant que " la motivation au travail de ces migrants, qui correspond à celle des Allemands de l'Ouest des années cinquante ", laisse bien augurer de leur avenir. Les techniciens hautement qualifiés - on cite souvent l'exemple des contrôleurs est-allemands de la sécurité aérienne qui ne connaissent pas un jour de chômage - ont plus de facilités à s'intégrer que des universitaires qui souffrent de l'encombrement des facultés et des différences entre les sytèmes d'enseignement en vigueur dans les deux pays.
Le gouvernement est bien en mal de faire des prévisions sur l'évolution de cette " grande migration " des Allemands. Il constate que le rythme actuel des arrivées s'est stabilisé à la fin décembre autour de 1 200 par jour, ce qui, en toute logique, devrait donner au bout de l'année 1990 un chiffre de migrants nettement inférieur à celui enregistré en 1989. Mais si l'on se réfère à l'exemple de l'an passé, on pourrait assister à de nouvelles vagues de migration liées à la situation dans les pays dont ils sont originaires. Le potentiel des " Allemands " vivant hors des frontières de la RFA et susceptible, d'utiliser leur droit au retour est loin d'être épuisé. On s'attend notamment à un afflux prochain en provenance de Roumanie, ou l'importante communauté allemande de Transylvanie pourrait fournir de gros contingents (on parle de 200 000 candidats au départ). La libéralisation des autorisations de sortie d'URSS devrait aussi favoriser l'émigration des Soviétiques de souche allemande.
La chute du mur de Berlin et la possibilité des voyages illimités vers l'Ouest vont-elles tarir la principale source de migrants vers la RFA, celle des citoyens est-allemands désireux de goûter au bien-être de la société ouest-allemande ? Tout dépend, bien sûr, de la rapidité avec laquelle les nouveaux dirigeants de la RDA, aidés par ceux de Bonn, organiseront cette " communauté contractuelle " destinée à améliorer la condition morale et matérielle des gens vivant entre l'Elbe et l'Oder. On peut actuellement constater un changement de nature de cette émigration, qui s'apparente de plus en plus à un déménagement à l'intérieur d'un même pays. Les touristes est-allemands qui viennent en masse en RFA ne se contentent pas de lécher les vitrines et de visiter les monuments célèbres : ils se renseignent au passage sur les possibilités de logement et de travail,et ne prennent la décision de quitter leur pays qu'après avoir organisé leur nouvelle vie.
Le fait de pouvoir revenir en visite dans sa région d'origine dédramatise aussi un départ qui, l'an passé encore, se traduisait par une rupture totale des relations avec la famille et les amis restés en RDA. Cette nouvelle émigration Est-Ouest, moins spectaculaire que les occupations d'ambassades ou les passages en masse par la frontière hongroise, n'en est pas moins préoccupante pour les autorités de la RDA , car elle concerne en priorité des personnes dont la qualification professionnelle manquera cruellement au pays. Dans le grand bouleversement interallemand, on peut également constater des phénomènes que les consultations RDA-RFA vont s'attacher à supprimer : celui par exemple de ces " faux émigrants de RDA " qui utilisent des lois ouest-allemandes pour améliorer de manière sensible leur niveau de vie. Un retraité de RDA peut ainsi, lorsqu'il passe en RFA, percevoir sa pension comme s'il avait effectué sa carrière dans ce pays. Certains d'entre eux se sont fait domicilier chez des amis en Allemagne de l'Ouest tout en conservant leurs papiers est-allemands. Ils venaient ainsi une fois par mois en RFA pour toucher leur retraite (en marks-ouest), la changer au noir contre des marks-est, ce qui permettait de s'assurer un revenu plus que confortable au regard des normes en vigueur en RDA. Ce tour de passe-passe ne sera désormais plus possible : les nouveaux migrants ne recevront désormais de papiers ouest-allemands que contre la remise de leurs pièces d'identité est-allemandes.
Il sera en revanche plus difficile de contrôler le travail noir effectué dans des régions ouest-allemandes frontalières et à Berlin par des ressortissants est-allemands. La menace d'une suppression du passeport pour les contrevenants ne peut se révéler efficace que si les autorités de Bonn collaborent dans ce domaine avec celles de Berlin-Est. Cette coopération a déja commencé dans le domaine judiciaire : les citoyens est-allemands surpris à voler dans les magasins de Berlin-Ouest sont désormais traduits devant les tribunaux de Berlin-Est. Ceux-ci sont beaucoup plus sévères que leurs homologues occidentaux dans la répression des " délits d'atteinte à la propriété capitaliste ".
Les temps sont durs pour le quotidien du Parti communiste britannique, The Morning Star. L'Union soviétique a brutalement mis fin à des décennies de subventions indirectes qui permettaient à ce journal de survivre. Mejkniga, un organisme d'importation spécialisé, achetait chaque jour 11 000 exemplaires, soit environ la moitié du tirage. Le reste était vendu en Grande-Bretagne où subsiste un public fidèle, mais déclinant, de militants ouvriers, petits employés, professeurs et intellectuels.
Le vol régulier d'Aeroflot emportait quotidiennement ces 11 000 exemplaires à Moscou. On les retrouvait ensuite, à côté de l'Humanité ou de Granma, l'organe du PC cubain, dans les boutiques des hôtels pour étrangers et les kiosques de la capitale. Les acheteurs étaient rares et les numéros s'empilaient. Et puis on les jetait. Certaines écoles et bibliothèques municipales avaient aussi leur contingent obligé. Plus d'un lycéen soviétique a appris l'anglais à travers le prisme assez particulier du Morning Star...
Tout cela s'est terminé récemment lorsque Mejkniga a décidé d'appliquer les nouvelles règles concernant la rentabilité des entreprises. L'achat de la moitié du tirage du quotidien coûtait fort cher en devises et ne rapportait à peu près rien.
Pour le Morning Star, c'est la catastrophe. Il est possible que le journal communiste, fondé en 1930 (il s'appelait alors le Daily Worker) ne s'en remette pas. Le manque à gagner, selon l'Independent qui a révélé cet étonnant avatar de la perestroika, est de 400 000 livres par an, sur un chiffre d'affaires de 1,5 million de livres (15 millions de francs). Le prix de vente au numéro est très bas, 30 pence (3 francs) et la publicité presque absente.
Le Morning Star suit toujours fidèlement la ligne de Moscou, quelle qu'elle soit. Il est donc gorbatchévien comme il a été brejnévien. La tradition anglo-saxonne de stricte séparation du fait et du commentaire est cependant si forte qu'on peut souvent lire dans ses colonnes des comptes rendus honnêtes et complets des événements du jour.
Le Morning Star a dû vendre ses locaux il y a trois ans à la suite d'une grave crise financière due à l'érosion de ses lecteurs. Loin des 100 000 exemplaires de l'après-guerre, le tirage oscillait alors entre 30 000 et 40 000. Il a encore baissé depuis.
- Le chef de la police de Telpice, ville située au nord de Prague, Mr Josef Petracek, s'est donné la mort, a annoncé, samedi 6 janvier, l'agence CTK. Mr Petracek ne supportait plus d'être tenu pour responsable de la répression contre des manifestants écologistes, selon une lettre rédigée avant sa mort. Jeudi, Mr Jiri Becvar, un policier de Prague, s'était déjà donné la mort et, le lendemain, un ancien membre du bureau politique du PCT avait fait une tentative de suicide (le Monde du 6 janvier).
Le comité central du Parti ouvrier unifié polonais (POUP-communiste), réuni en plénum samedi 6 janvier à Varsovie, a examiné la déclaration de programme et les statuts d'un " nouveau Parti de la gauche " appelé à remplacer le POUP, qui doit disparaitre lors de son onzième congrès, le 27 janvier.
Ce congrès, a déclaré samedi Mr Rakowski, premier secrétaire du POUP, doit se transformer en " congrès fondateur d'un nouveau parti ", pour lequel plusieurs noms sont proposés, comme Parti socialiste ou Parti social-démocrate de Pologne.
Mr Rakowski a souligné " la nécessité de tout faire " pour sauvegarder l'unité de la gauche polonaise. Il est important, a-t-il dit, que ce prochain congrès ne débouche pas " sur des querelles et des réglements de comptes ", mais qu'il " donne naissance à un nouveau parti unique ".
Les statuts, dont le projet a été soumis au comité central, prévoient notamment une direction bicéphale de la nouvelle organisation, avec un président et un secrétaire général, ainsi qu'une structure régionalisée et la possibilité de créer des fractions, une idée honnie de tout parti marxiste.
Le programme du nouveau " parti de gauche " dresse un bilan très lourd du passé : " Le POUP, y lit-on, a trahi les principes de la démocratie, il porte la responsabilité des crimes staliniens, des conflits avec la classe ouvrière et de l'actuelle crise socio-économique " en Pologne.
La déclaration se propose de rompre avec tous les dogmes du marxisme-léninisme, comme la " dictature du prolétariat ", le " collectivisme " et le centralisme démocratique ". Elle se prononce en faveur du " multipartisme " et de la " démocratie parlementaire ", avec pour source unique de pouvoir " la volonté d'un peuple, exprimée lors d'élections libres et démocratiques. ".
La fête est finie. SOS-Racisme, cette formidable machine à mobiliser les foules sur fond de musique rock, compte aujourd'hui ses amis. Tous n'ont pas déserté, loin de là, mais l'association que préside Harlem Désir a perdu de sa séduction. Les années l'ont banalisée, l'affaire du foulard islamique l'a coupée de nombre d'intellectuels, et la rupture est dans l'air avec le gouvernement.
Les déclarations faites dimanche 7 janvier par Mr Pierre Mauroy, premier secrétaire du PS, favorables au droit de vote des résidents étrangers pour les municipales de 1995, ne suffisent pas à assurer une réconciliation. D'autant que Mr Rocard ne cesse de répéter que la France ne peut pas supporter "toute la misère du monde" et ne peut plus être "une terre d'immigration nouvelle" (lire page 10).
Les coups pleuvent, de part et d'autre. Harlem Désir : " Un certain nombre de leaders socialistes n'hésitent plus, aujourd'hui, à surfer sur un racisme de gauche. " Le philosophe Alain Finkielkraut (à Libération) : " L'affaire du foulard sonne le glas de l'hégémonie morale de SOS-Racisme. "
Où s'arrêtera ce jeu de massacre dont certains dirigeants de l'association, comme Bernard Pignerol, commencent à trouver qu'il coûte cher ? " Désormais, il n'est plus absurde d'être de gauche et d'être contre SOS-Racisme. " Un comble !
S'il est clair que SOS-Racisme traverse une passe difficile, cette situation, paradoxalement, la sert. A ne devoir compter que sur ses propres forces, l'organisation fétiche du Tout-Paris qui pense, crée ou cause, l'association chérie de François Mitterrand, a gagné en maturité. La fête est finie, mais SOS-Racisme est au travail. Le mouvement des " potes " n'était pas un feu de paille. Il s'inscrit désormais dans la durée. Pour quoi faire ?
La réponse réside dans ce que fut SOS-Racisme - un feu d'artifice médiatique au service d'une noble cause - et dans sa mue d'aujourd'hui. L'avenir dira si les amis d'Harlem Désir sont capables de surmonter leurs déconvenues, eux qui rêvaient de " ringardiser " Jean-Marie Le Pen et l'observent, impuissants, marquer des points. Eux, aussi que François Mitterrand a traumatisés, en usant, à propos des immigrés, le 10 décembre 1989, sur Antenne2, de l'expression, honnie par eux, de " seuil de tolérance ".
Ebranlée par les succès du Front national, désespérant de la gauche, SOS-Racisme n'a pourtant rien perdu de son punch. La boutique tourne, tandis que le mouvement s'enracine petit à petit dans les cités d'HLM. Ce qu'elle a cédé en scintillement cathodique, l'association d'Harlem Désir l'a gagné en densité. Surgie sans crier gare, il y a cinq ans, du cerveau et des tripes de jeunes vieux routiers du militantisme, elle fait désormais partie du paysage politique qu'elle a bousculé.
Cela justifie qu'on s'intéresse à un mouvement dont la nouveauté saute aux yeux. S'il s'est toujours trouvé des grognons pour railler une " organisation branchée en permanence sur l'Elysée et le Top 50 " (Alain Finkielkraut), il ne fait pas de doute que Harlem Désir et ses amis ont inventé une autre manière de faire de la politique, à l'image d'une jeunesse qui s'en méfie ; un nouveau militantisme est né des méga-concerts organisés par l'association, à la conjonction de l'individualisme d'une génération et des exigences morales de celle-ci.
Comme un miroir tendu aux années qui passent, la geste de SOS-Racisme reflète surtout une époque où se lit l'anxiété de la société française aux prises, pour longtemps sans doute, avec son identité. Erigés en contre-poison d'un racisme défensif (par opposition à celui, offensif, de la colonisation), Harlem Désir et ses " potes " réussiront-ils ? Autrement dit, à quoi sert SOS-Racisme ?
La poignée de jeunes gens qui, à l'automne 1984, font enregistrer à la préfecture de police de Paris les statuts d'une association dénommée " SOS-Racisme, Touche pas à mon pote ", ne doutent, à l'époque, de rien. Il y a là Julien Dray dit " Juju ", qui est probablement le vrai père de " SOS " et fut longtemps son moteur. " Juif pied-noir " aguerri par des années de militantisme effréné à la Ligue communiste révolutionnaire d'Alain Krivine, il est passé au PS en 1981 avant de devenir député en 1988.
A l'origine de " SOS ", il y a aussi Didier François, dit " Rocky ", un " ex ", pareillement, de la Ligue communiste, aujourd'hui correspondant de Libération, et occasionnellement de l'Express, en Afrique du Sud. C'est lui l'inventeur du slogan " Touche pas à mon pote " qui ornera le fameux badge dont SOS-Racisme affirme avoir vendu un million et demi d'exemplaires.
" Juju " et " Rocky " ont en commun un " pote ", un certain Harlem Désir qui, lui, n'a pas besoin de sobriquet. Parce qu'il est de père antillais et que son nom semble tout droit sorti de l'imagination fertile d'un publicitaire, il est propulsé président.
Le noyau fondateur est loin d'imaginer la suite des événements. Les statuts de l'association sont vagues, " consensuels ". Juju et sa bande se proposent de " faire, entreprendre, faire entreprendre toute action humanitaire susceptible de résoudre les problèmes nés du racisme ".
Dans l'esprit de ces pères fondateurs, il ne s'agit nullement de créer l'organisation structurée que " SOS " est devenue depuis, mais de mobiliser l'opinion autour d'un thème porteur, l'antiracisme. Le militantisme traditionnel est inadapté, est convaincu Julien Dray, à une telle campagne, plus civique que politique. Il faut plutôt " jouer à fond la carte des médias, sans honte ", en allant chercher chez elle, " par la voie cathodique ", " la génération de la télévision ". " S'ils suivent, c'est gagné. "
Pour l'heure, en cette fin de 1984, rien n'est joué. Expert ès-" entrisme ", l'ancien trotskiste qu'est Julien Dray s'emploie plutôt à préserver SOS-Racisme d'un éventuel noyautage gauchiste ou communiste. Les statuts ont prévu pour cela que l'association sera dirigée par un conseil où siégeront, de droit, une moitié de " membres fondateurs ",c'est-à-dire Juju, Harlem et une vingtaine d'autres.
Ces autres, chargés de " verrouiller ", en cas de nécessité, le pouvoir, vont d'Eric Montès, aujourd'hui directeur du personnel à l'hôpital psychiatrique de Ville-Evrard (Neuilly-sur-Marne), à Isabelle Thomas. Figure emblématique du mouvement étudiant de 1986, celle-ci est devenue chargée de mission à l'Elysée et membre, comme Harlem Désir, du Conseil économique et social. Les " potes " ont fait leur chemin.
Figurent aussi parmi les fondateurs quelques militants de l'Union des étudiants juifs de France, dont son président de l'époque, Eric Ghebali, l'actuel secrétaire général de SOS-Racisme. Ces étudiants juifs n'appartiennent pas au tout premier cercle, celui qui a conçu " SOS ". Ils ont été appelés en renfort par les premiers " potes " : " Notre idée initiale était de mouiller aussi des militants juifs, à cause du poids moral que représente la communauté " (Bernard Pignerol).
Politiquement, les " potes " du premier cercle sont proches ou membres du PS, y compris Harlem Désir (" J'ai été, quelque temps, animateur des Jeunesses socialistes à l'université de Créteil "). Beaucoup ont appartenu, étudiants, au Mouvement d'action syndicale, puis, après la création de celle-ci, à l'UNEF-Indépendante et démocratique, contrôlés l'un et l'autre par des trotskistes.
Socialement, ils viennent de la petite ou moyenne bourgeoisie. Aucun n'est un " beur ", un handicap lorsqu'on aspire à se faire les porte-parole des victimes du racisme. Handicap vite surmonté : le 24 octobre 1984, Harlem Désir, Rocky et quelques autres débarquent à Lyon dans le bureau du Père Christian Delorme, le " curé des Minguettes ", qui, racontera Harlem Désir, visiblement soulagé, leur assure qu'il est prêt à leur " faire rencontrer des immigrés "...
Encore quelques mois, et le même Christian Delorme reprochera à SOS-Racisme d'avoir étouffé dans l'Óuf, par son succès même, le militantisme " beur ". Là aussi, les choses ont été très vite. Mais elles n'étaient pas acquises.
La première conférence de presse que les militants de SOS-Racisme se risquent à organiser est, de leur aveu même, " un bide presque total ". Il faudra encore quelque temps pour que Bernard-Henri Lévy, qui s'y connait, concocte pour la toute jeune association, " un plan de bataille (médiatique) en or massif ", dixit Harlem Désir. Le Tout-Paris antiraciste - cela fait du monde - se prête volontiers à la manÓuvre : Marek Halter, Coluche, Valérie Kaprisky, Georges Moustaki... Les " potes " ont visé juste. Leur pari est gagné.
SOS-Racisme est désormais à la mode, le badge " Touche pas à mon pote " un must, Harlem Désir une star. Le voilà sacré gourou d'une époque qui se cherche des boussoles. On l'interviewe sur tout et sur rien : " Gorbatchev vous apparait-il comme un homme sincère ? " (l'Express).
Il pose pour Lui dans un costume de Saint Laurent, aux côtés d'un ravissant mannequin (Pierre Bergé, le PDG de Saint Laurent, est un " ami ". Il versera 2 millions de francs pour l'organisation du concert parisien de SOS-Racisme, l'année suivante). La presse internationale commence à s'intéresser au jeune président de SOS-Racisme, jusqu'au prestigieux New York Times (" A black Frenchman organizes a movement to fight racism "). " SOS " s'est non seulement imposée. Elle dispose, pour la suite, d'un exceptionnel atout médiatique, Harlem Désir.
Vous avez dit Harlem Désir ? Pourquoi pas Brooklyn Bonheur ? " Il doit s'appeler Alphonse Bitru comme tout le monde ", prétendra Jean-Marie Le Pen. Le jour de son sacre médiatique, le 19 août 1987, à " L'heure de vérité " sur Antenne 2, le président de SOS-Racisme se sentira obligé de brandir ses papiers : il s'appelle réellement Harlem Désir ! Désir, " un nom martiniquais ", Harlem, " par référence aux Noirs américains qui sont des Noirs en exil ". Aujourd'hui, ce jeune divorcé de trente ans, que le tourbillon des événements ne semble pas avoir gâté mais bonifié et affermi dans ses convictions (" Le racisme ne m'a pas concerné très tôt"), a d'autres soucis en tête : la pérennité de " SOS ".
Cette pérennité repose sur trois cent vingt comités, constitués patiemment depuis l'immense succès du concert de juin 1985 place de la Concorde à Paris (trois cent mille spectateurs venus rocker avec le groupe Téléphone et faire griller des merguez devant chez Maxim's, rue Royale).
Les effectifs de SOS-Racisme tourneraient présentement " autour de dix-sept mille adhérents ", selon Harlem Désir, dont dix permanents, des " pros ", " smicards " ou " tucistes ", qui font rouler la machine en haut d'un escalier raide et glacé de la rue de la Folie-Méricourt à Paris (11e).
Au-delà des frontières, le badge " Touche pas à mon pote ! " a essaimé : " Hands off my buddy ", " Rör intemin kompis ", " Mach'meinen Kumpel nicht an ! "... La Fédération internationale SOS-Racisme regroupe aujourd'hui une douzaine de comités, selon son secrétaire général, le Belge Yanic Samzun, dont deux vrais bastions, en Norvège et en Suède.
Cet énorme et soudain succès n'a pas valu à SOS-Racisme que des amis, y compris parfois à gauche, en particulier à la Ligue des droits de l'homme, au MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) et, au-delà de la gauche, à la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme). Il faut dire qu'avec la fougue du néophyte, Harlem Désir n'avait pas ménagé ces organisations " concurrentes ". " Elles n'ont pas réussi à (...) endiguer la montée (...) du racisme, écrivait-il en 1985. Et puis tout cela est trop officiel, trop lourd, trop bureaucratique." Avec SOS, on allait voir !
Jean-Pierre Pierre-Bloch, le président de la LICRA, le prit très mal : "Certains membres de "Touche pas à mon pote" sont manipulés." Pauvre LICRA qui avait monté en octobre 1982 une permanence juridique baptisée... SOS-Racisme, "née, explique-t-elle, de la volonté d'un groupe de jeunes copains de milieux et de couleurs différents de ne pas rester sans réagir face à la vague montante du racisme" ! (Les choses se sont arrangées, depuis, entre l'association de Harlem Désir et les trois autres).
Devant le formidable succès de SOS-Racisme, les communistes, eux aussi, ont pointé le bout du nez. Dans l'Humanité du 1er mars 1985, Jacques Perreux, secrétaire général du Mouvement de la jeunesse communiste de France, s'emballe : "Nous disons, nous aussi, "ne touche pas à mon pote". Un enthousiasme vite réfréné : au mois de septembre suivant, SOS manifeste à Paris, à la veille de la venue de Mikhail Gorbatchev, au cri de : "Les juifs d'URSS sont aussi nos potes !" L'URSS, s'offusque l'Humanité, qui est pourtant "le seul exemple connu de cohabitation normale de races, de nationalités et de couleurs"... C'en est fini du flirt avec SOS-Racisme. Harlem Désir et ses amis sont rejetés dans les ténèbres, catégorie "simple instrument du PS".
Avec le "ils sont payés par le gouvernement", ce soupçon d'être depuis toujours une marionnette dans les mains de François Mitterrand est le reproche dont SOS-Racisme doit se défendre le plus souvent. Variante, qui conjugue ces deux accusations : des valises bourrées de billets de banque partiraient directement du bureau de Jean-Louis Bianco, secrétaire général de d'Elysée, dans la caisse des "potes".
L'impression que laisse SOS-Racisme est plutôt celle d'une association qui vit chichement, pour ses dix-sept mille revendiqués. Et qui n'hésite pas à ouvrir ses comptes. Selon sa trésorière, son budget pour 1989 aura été de 3 millions de francs, dont une moitié de ressources propres, surtout des dons (de Guy Bedos à Jérôme Seydoux), et une moitié de subventions accordées, comme à beaucoup d'autres associations ayant une action sociale, par diverses administrations.
A ce budget de fonctionnement s'ajoutent 3 millions et demi de francs alloués par le ministère de la culture pour l'organisation du concert de juin 1989, esplanade de Vincennes. Comme le reconnait Harlem Désir, qui nie l'existence de tout financement occulte, SOS-Racisme a des amis bien placés, capables, quand il le faut, de débloquer ou de faire débloquer des fonds, " de Jack Lang à Jean-Louis Bianco et, parfois, ça aide ".
Plus sérieusement, François Mitterrand ne pouvait pas ne pas courtiser une organisation qui, rompant délibérément avec le jeu politique traditionnel, rencontrait un tel succès auprès des jeunes.
La recette de ce succès est simple (mais il fallait y penser) : un mot d'ordre vague, généreux et rassembleur, l'antiracisme ; un discours anti-classe politique, toujours payant (Harlem Désir : " SOS ne s'intéresse pas aux partis (...) parce que plus personne parmi les jeunes ne prend au sérieux leurs leaders sentencieux et leurs querelles ineptes ") ; une organisation souple, " en réseau ", comme dit encore Harlem Désir, qui permetdes formes d'adhésion convenant à chacun, de la communion antiraciste sur fond de concert rock au militantisme de quartier beaucoup plus traditionnel.
Le tout présente aujourd'hui les traits d'un mouvement métapolitique, bien adapté à l'air du temps, que les leaders de la gauche seraient fort sots de ne pas couver (et, de fait, ils se bousculent aux manifestations de SOS-Racisme). Cette affection a été longtemps payée de retour : à la veille de l'élection présidentielle de 1988, Harlem Désir n'a-t-il pas appelé à voter Mitterrand les dizaines de milliers de " potes " réunis sur la pelouse de Reuilly pour un nouveau concert : " Toutes les politiques ne se valent pas. Nous avons toujours pensé qu'un jour viendrait où il nous faudrait choisir. Nous y sommes. "
La première réponse à la question " à quoi sert SOS-Racisme ? " découle de ce " positionnement " politique : comme le mouvement étudiant de 1986 dans lequel " SOS " a jeté toutes ses forces, d'abord dans l'ombre puis ensuite officiellement, l'organisation inventée par Julien Dray et ses amis a (r)amené à la politique une génération qui s'en défiait. (Harlem Désir : " Il est plus que jamais nécessaire de faire de la politique hors des partis puisqu'il y a de moins en moins de militants dans les partis. ") Le succès de l'opération a massivement profité à la gauche : dans une large mesure, la " génération Mitterrand " est une " potes génération ".
La seconde réponse à la même question est fonction du pari que s'est lancé à elle-même SOS-Racisme : ancrer sa présence dans la société française, favoriser l'intégration des enfants d'immigrés, assurer la relève de ses cadres, se doter de ses propres relais politiques, bref durer.
Politiquement, " SOS " a créé, pour ce faire, une organisation satellite, vivier virtuel de militants, la Fédération indépendante et démocratique lycéenne. Selon sa présidente, Carine Seiler, la FIDL (prononcez " fidèle ") grouperait trois mille lycéens. Politiquement encore, les plus aguerris des " potes " sont désormais potentiellement aspirés par la Nouvelle école socialiste de Julien Dray et Jean-Luc Mélenchon, un courant du PS qui prône une alliance " rouge-rose-vert ". Avec le même enthousiasme qui l'animait en 1984, Julien Dray parle de " favoriser, grâce à la Nouvelle école socialiste, l'émergence politique de toute une génération ". La suite de SOS-Racisme en quelque sorte. Mais il s'attaque cette fois à forte partie : les éléphants du PS apprécient modérément qu'on vienne braconner sans permission sur leurs terres.
Sociologiquement, SOS-Racisme a évolué, une évolution dont Harlem Désir s'irrite parfois, comme dans une lettre récente à Passages, qu'elle ne soit pas assez perçue : " Faut-il que je rappelle que les deux vice-présidents sont des jeunes issus de l'immigration maghrébine et que la trésorière l'est également ? " (respectivement Hayette Boudjema, Malek Boutih et Schéhérazade Ouarem).
Ce poids pris à SOS par les Maghrébins d'origine a provoqué quelques frictions dues à la coexistence, au sein de l'association, de pro-sionistes et de pro-Palestiniens. On s'est beaucoup engueulé à propos de l'Intifada, il y a eu quelques ruptures puis les choses sont rentrées dans l'ordre.
" Intégration ! "
Il suffit de circuler dans les banlieues, de la Seine-Saint-Denis aux cités du nord de Marseille, pour se rendre compte que SOS-Racisme colle davantage, depuis cette évolution, à la morne réalité du terrain. C'est aussi l'opinion du Père Delorme, qui, s'il continue de reprocher à " SOS " " d'avoir contribué à précipiter la chute des associations de jeunes issus de l'immigration ", affirme, mais c'est son opinion, qu'elle est aujourd'hui " la seule à regrouper vraiment des jeunes Maghrébins ".
Du coup, " SOS " a changé. Longtemps virtuose du tam-tam médiatique, la voilà désormais aux prises avec le réel moins riant de l'immigration. Si la tâche est titanesque, elle ne semble pas effrayer SOS-Racisme, qui commence à ouvrir ici et là des " Maisons des potes " destinées à prouver que " l'intégration, ça marche quand on s'en occupe ". Mi-maisons de quartier, mi-MJC, ces " Maisons des potes ", comme celles du Luc en Provence (Var), ou de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), offrent aux habitants déracinés des cités d'HLM les services les plus divers : depuis les cours de rattrapage pour gosses maghrébins scolairement en perdition jusqu'à la vente de billets pour concerts de rock.
Ce début d'enracinement dans les banlieues explique que SOS-Racisme n'ait désormais qu'un mot à la bouche, fruit de cet empirisme de terrain : l'intégration. Le temps n'est plus où Harlem Désir, dans la fièvre d'un des grands rassemblements de SOS-Racisme, lançait à la foule : " La jeunesse multiculturelle est (...) la France de demain ! ". Ce que, naturellement, certains comprenaient comme une exaltation du " droit à la différence ". Une revendication peut-être séduisante, mais grosse d'un danger potentiel : la différence de droits.
Le même empirisme explique la réaction de SOS-Racisme à propos du port du foulard islamique à l'école publique, réaction que Harlem Désir s'est époumonné, ces dernières semaines, à exposer : si on laisse faire, " le jeans finira par l'emporter sur le tchador " ; " les religions ne se sont jamais aussi bien développées que dans les catacombes ", etc. Peu sensibles à ces formules, que le président des " potes " usine si bien, nombre d'" intégristes de la laicité ", comme on dit sous cape à SOS-Racisme, se sont éloignés de celle-ci.
Le temps n'est plus où, badge à la boutonnière, les " potes ", qui ne doutaient de rien, partaient sus au racisme en fredonnant l'Aziza (" Ton étoile jaune, c'est ta peau (...). Ne la porte pas comme un fardeau "). Le racisme, qui résiste aux chansons et aux bons sentiments, est toujours là. " SOS " aussi, qui s'est convaincue qu'elle avait affaire à un gros morceau et en a tiré les conséquences, quitte à heurter quelques-uns de ses amis d'hier.
Qui dirige le premier gestionnaire français de titres ? Une femme, une Bretonne (gens de l'Ouest ultime, dressez la tête), Monique Bourven, que beaucoup surnomment " Mlle 300 mil-liards ", montant des capitaux gérés par Segespar-titres, qui vient de fêter le vingtième anniversaire de son entrée au Crédit agricole, la maison mère, en même temps que les vingt ans de cette filiale.
Dans cet univers de mâles qu'était et qu'est de moins en moins la gestion financière, où ces dames tiennent maintenant la dragée haute aux hommes, Monique Bourven a très tôt fait exception. Après avoir préparé une agrégation d'histoire à Montpellier, elle entre à Sciences-Po, d'où elle sortira en 1967, après avoir suivi les cours de Raymond Barre et surtout de Daniel Petit, alors secrétaire général de la Chambre syndicale des agents de change, qui lui fait découvrir les valeurs mobilières et la Bourse. Elle la visitera une des premières en 1967, déclenchant un beau chahut car le palais Brongniart était alors interdit aux femmes : encore un tabou qui est tombé ! Son premier emploi est celui d'analyste financier à la Caisse nationale de crédit agricole, qui l'engage en 1969. A cette époque, la gestion financière à la " banque verte " était encore dans les limbes. " A mes débuts, le service dans lequel je travaillais comprenait à peine dix personnes et nous ne gérions pas un sou : j'ai vu entrer le premier franc ", confie-t-elle.
Petit à petit, son service s'étoffe, avec la création de deux SICAV, mais en 1977 l'équipe ne comprend encore que vingt personnes. Monique Bourven devient alors chef du service " valeurs mobilières " et, cinq ans plus tard, chef du département " marchés financiers et titres ", avant de devenir, en mai 1987, numéro un de la division " marchés de capitaux ", puis en janvier 1989 l'un des trois directeurs généraux adjoints de la Caisse nationale de crédit agricole, fonction qu'elle cumule avec celle de directrice générale de Segespar-titres, le bras séculier de la " banque verte " en gestion mobilière. En avril 1988, elle a été élue au Conseil des Bourses de valeurs.
Toujours souriante, mais pleine d'autorité, elle est réputée avoir " une main de fer dans un gant de velours ". Elle est grande championne de l'éthique professionnelle, qu'elle entend faire appliquer par ses collaborateurs, lesquels, en avance sur la réglementation récente, ont été, dès juillet 1988, tenus de respecter les règles de la déontologie dans le cadre de leur travail avec leurs intermédiaires financiers et les opérateurs sur le marché.
Mélomane enragée, cette femme menue et blonde, à l'Óil bleu, a dû abandonner le théâtre de Vérone, d'Aix et même le palais Garnier, ses horaires de travail ne correspondant pas avec ceux des représentations. Elle en est réduite à écouter ses amis d'Opéra sur sa chaine laser et se console en faisant soutenir par la Segespar-titres l'Orchestre philharmonique de France, première formation privée de France, dirigée par Laurent Petit-Gérard.
FRANCOISRENARD.
La fausse fourrure et les doudounes seraient-elles en train de détrôner les visons, marmottes et autres zibelines ? " La femme jeune et active se désintéresse de la fourrure ", affirme Mr Paul Imbert pour justifier l'annonce de la fermeture le 15 mars prochain des Fourrures de la Madeleine, qu'il avait créées avec son frère jumeau Christian. Depuis le début de la décennie, les magasins à cette enseigne avaient fait de la " démocratisation de la fourrure " une véritable politique de marketing. Et les frères Imbert s'en étaient donné les moyens : budgets publicitaires importants (10 % à 15 % du chiffre d'affaires) et prix compétitifs. Fabriqués pour la plupart en Europe de l'Est ou en Asie du Sud-Est, les pelisses, vestes ou manteaux des Fourrures de la Madeleine étaient vendus nettement moins cher que chez les autres fourreurs. Au grand dam des membres de la profession, toujours prêts à susurrer que la qualité n'était pas toujours parfaite.
Néanmoins, dans ses trois magasins parisiens et ses boutiques de Lyon et de Strasbourg, les Fourrures de la Madeleine réalisaient un chiffre d'affaires de 100 à 120 millions de francs, et, d'après ses responsables, des bénéfices avoisinaient les 10 millions de francs : " Nous avons toujours gagné de l'argent, même quand le chiffre d'affaires baissait. Notamment nous préférions vendre à prix coûtant que financer des stocks. Mais il est vrai que nous avons été pris à notre propre piège. La fourrure était un produit mythique : en la rendant accessible, nous en avons peut-être détourné une partie de la clientèle ", affirme Mr Paul Imbert pour expliquer une chute de 30 % du chiffre d'affaires au cours de l'hiver 1988-1989.
Cette morosité du marché est confirmée par les responsables de la Fédération de la fourrure, qui reconnaissent que les deux derniers hivers n'ont pas été fastes pour eux. " Le krach en 1987 et la clémence de l'hiver dernier sont les principales causes de la baisse du marché, affirme Mr Georges Constant, président du Syndicat de la fourrure. D'ailleurs les vendeurs de pardessus pour hommes ont enregistré un phénomène comparable. Cette année, en revanche, la zibeline et le vison se vendent très bien. " Cette tendance à la demande haut de gamme est confirmée par les Fourrures du Nord : " La grande diffusion pour les jeunes n'a en fin de compte pas très bien marché. Il vaut mieux tirer la clientèle vers le haut ", affirme Mr Edgard Vermont, président des Fourrures du Nord, qui, sans vouloir donner de chiffres, affirme que ses ventes sont en augmentation.
En réalité, les professionnels de la fourrure ne veulent pas que la fermeture des Fourrures de la Madeleine ternisse l'image de leur profession, dont les ventes représentent environ 2,5 milliards de francs par an. Et tout le monde s'empresse de rappeler que les frères Imbert réalisent au passage une belle opération immobilière. En effet, le GAN (Groupe des assurances nationales), propriétaire de l'immeuble du 14, boulevard de la Madeleine, souhaitait y effectuer des travaux de rénovation. Pour récupérer la partie occupée par le fourreur, le GAN a dû verser une " indemnité d'éviction " dont certains murmurent qu'elle s'élèverait à plusieurs millions de francs.
" Notre décision de fermeture est antérieure aux offres du GAN, assure Mr Paul Imbert. Car dès qu'une affaire devient difficile à gérer, nous décidons de l'arrêter. " Il est vrai que depuis vingt ans les frères Imbert ont changé leurs activités au fur et à mesure que celles-ci passaient de mode et que les bénéfices diminuaient. C'est ainsi qu'ils ont abandonné la moquette pour la fourrure d'ameublement, puis pour les manteaux de fourrure. Et ils ont déjà préparé leur reconversion dans deux secteurs bien différents : le contrôle des chèques volés et la création de meubles inspirés de Walt Disney.
Depuis le début de l'année 1969, lorsque la direction des affaires financières de la Caisse nationale du Crédit agricole prit le nom de Segespar, bien du chemin a été accompli. Cette année-là, forte de ses 10000 guichets, permanents ou temporaires, la " banque verte " lançait sa première société d'investissement à capital variable (SICAV).
Forme d'organisme de placement collectif en valeurs mobilières ouverte au public, la première SICAV, créée en 1963, allait connaitre un fort bel essor, avec 15000 milliards de francs de capitaux gérés à l'heure actuelle à l'échelon national.
En 1974, ce fut la deuxième Sicav, Uni-Foncier, spécialisée dans l'investissement en " pierre ". En 1978, la Segespar, devenue Segespar-Titres, profite de la création des SICAV Monory dont le revenu est partiellement dégrevé d'impôt et gère 2,7 milliards de francs de capitaux.
En 1982, un événement majeur se produit avec les restrictions apportées au régime des comptes à terme après l'arrêté du 3 septembre 1981 et la création des SICAV " de trésorerie ", destinées aux particuliers d'abord, aux entreprises ensuite. Segespar-Titres gère plus de 15 milliards de francs, et lance Univar, SICAV de trésorerie à 100 F l'action. Aujourd'hui, Univar est la plus grosse SICAV de trésorerie française, avec plus de 80 milliards de francs de capitaux gérés, et le Crédit agricole via Segespar-Titres occupe le premier rang national dans cette spécialité, avec plus de 120 milliards de francs de capitaux et 16,6 % environ du marché national.
En 1984, Segespar-Titres gère 41 milliards de francs, et Jean-Claude Seys, son directeur général, flanqué de Monique Bouven, directrice de Gestion Actions, (lire l'encadré), met au point une stratégie à long terme. En même temps, une direction du marketing est créée. Confiée à Anne Prugnet, elle adopte des modes de communication adaptés à un réseau de 10 000 points de vente, notamment la vidéo-transmisson, avec des forums finances video qui associent à une table ronde animée de Paris les caisses régionales et leur clientèle (un déposant sur trois dans le système financier français).
En 1985, Segespar-Titres gère 76,5 milliards de francs et en 1989, pour son vingtième anniversaire, ce montant est passé à plus de 300 milliards de francs, avec 22 SICAV et 73 fonds communs de placement collectifs en valeurs mobilières (OPCVM) et 2,1 % du marché mondial (les SICAV capitalisant 219 milliards de francs, les fonds commun de placement 17 milliards de francs et la gestion privée et professionnelle - 90 % en personnes morales - 67,7 milliards de francs).
Outre Monique Bourven, patron de l'ensemble, Anne Prugnet, déjà citée, pour le marketing, l'homme clé est Michel Paradis, Sciences Eco de Lyon, seize ans d'ancienneté au Crédit agricole, analyste financier il y a dix ans et maintenant directeur de la gestion de valeurs mobilières avec neuf services, 230 personnes et toujours les 300 milliards de francs de capitaux gérés.
A ces activités, ajoutons celle de la gestion des sommes collectées par le numéro un français de la " bancassurance ", Predica, filiale du Crédit agricole, qui connait un développement spectaculaire avecplus de 20 milliards de francs de primes collectées en 1989. Enfin, le Crédit agricole est devenu numéro deux français dans l'émission et le placement d'obligations et un opérateur de poids sur le marché des actions, où Monique Bourven a fait racheter, pour sa maison, totalement ou partiellement, trois charges d'agents de change, pardon, trois sociétés de Bourse : Yves Soulié, qui traite des ordres des caisses régionales, Bertrand Michel, pour la clientèle étrangère, et Edmond Richard à Lyon.
Pour l'avenir immédiat, cap sur l'Europe de 1993 : trois nouvelles SICAV à compartiments à partir du Luxembourg et une nouvelle ligne de gestion de fortune, Taurus, pour la clientèle nationale et internationale. " Devenez capitaliste ", propose la " banque verte " dans sa publicité télévisée : il y a loin du Crédit agricole de bon-papa, fournisseur de l'agriculteur, à la première banque d'Europe, qui se déploie aujourd'hui " tous azimut ".
Décidément, les financiers ne perdent pas le nord. A peine les frontières entre l'Est et l'Ouest se sont-elles ouvertes qu'ils " se précipitent " de l'autre côté. Ou presque. Dès le début de cette année, un établissement financier français propose à sa clientèle de particuliers un nouvel instrument de placement orienté vers l'Est. En association avec Cholet Dupont Gestion, Paluel Marmont Banque vient en effet d'annoncer la création d'un fonds commun de placement Europe Centrale Fund, " un véhicule spécialisé sur l'Europe centrale ".
En fait, ce fonds n'ira pas directement placer l'argent de ses clients sur la nouvelle Bourse de Budapest, déjà en fonction, ou sur celles, prochaines, de Varsovie ou de Prague, mais il orientera ses achats de titres sur des sociétés occidentales qui devraient bénéficier de l'ouverture économique des pays d'Europe de l'Est, de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie. Ce fonds sera investi, pour l'essentiel, dans les sociétés cotées d'Europe centrale et plus particulièrement en Autriche. " Europe Centrale Fund s'intéressera, par exemple, aux actions des sociétés allemandes fortement exportatrices en Europe de l'Est ", indique-t-on à la Banque Paluel Marmont.
Quand les Israéliens parlent de leurs relations avec la CEE, le ton est souvent acrimonieux. C'est le reflet du sentiment qu'ils ont d'être mal aimés d'une Europe accusée de n'avoir d'attentions - au Proche-Orient - que pour le monde arabe. Les conversations en cours sur l'échéance 1993 - comment Israël doit-il se préparer au grand marché communautaire ? - n'échappent pas à la règle. Du côté de Jérusalem, on manifeste volontiers une certaine aigreur.
Le débat, d'abord économique et financier, n'est pas exempt de connotations politico-historiques. Ancien directeur général du ministère des affaires étrangères, Mr Arye Levavi évoque, dans le Jerusalem Post, à propos de l'ouverture du marché unique, " la dette sans équivalent dans l'histoire de l'humanité que l'Europe a contractée à l'égard des juifs ". Et de relever, douloureusement, ce qu'il appelle " cette réticence de l'Europe de l'Ouest à coopérer plus avant avec Israël ou à seulement paraitre sympathique à notre égard ". Ancien ambassadeur à Bonn, familier des questions européennes, Mr Yohanam Meroz écrit quelques jours plus tard dans le même journal, et toujours à l'adresse des Européens : " Nous ne sommes peut-être pas des parangons de vertu, mais nos adversaires arabes non plus. " Contrairement aux Européens, dit-on encore à Jérusalem, les Etats-Unis n'ont pas ce ton de donneur de leçons lorsqu'ils s'adressent à Israël.
Voilà pour le climat. Les propos sont plus neutres - même si les arrière-pensées sont les mêmes - chez les hauts fonctionnaires chargés de négocier avec la Commission. Il y a la volonté de ne pas rater un rendez-vous appréhendé, celui de 1993. Faute de débouchés intérieurs dans un pays d'à peine plus de quatre millions d'habitants, l'économie israélienne est extrêmement dépendante de ses capacités à l'exportation. Le marché unique européen - 320 millions de consommateurs - sera férocement compétitif. L'objectif est clair : ne pas être exclu de la " forteresse Europe ", comme disent les Israéliens avec un soupçon de méfiance pour le géant économique en voie de constitution.
Ils entendent aménager dans un sens plus favorable le texte de base organisant leurs relations commerciales avec la CEE, un accord de libre-échange (et totale réciprocité) conclu avec Bruxelles en 1975, auquel sont venus s'ajouter différents protocoles. Depuis janvier 1989, droits de douane et taxes à l'entrée des produits européens en Israël ont été abolis - mais la Commission européenne relève aujourd'hui une très forte tendance du ministre de l'industrie et du commerce, Mr Ariel Sharon, à ériger des barrières non tarifaires. Il reste qu'il y a, en gros, une pleine zone de libre-échange entre les deux parties.
Israël veut des garanties pour absorber le choc de 1993. Contrairement à ce qui est souvent indiqué, " nous ne demandons pas globalement le même statut que celui accordé aux pays de l'Association européenne de libre-échange (AELE), mais un régime identique dans certains domaines spécifiques ", déclare Mr Yaacov Cohen, directeur général adjoint du ministère des affaires étrangères, qui tient à la nuance, et énumère trois revendications : plus de facilités pour certaines productions agricoles ; assouplissement de la réglementation sur les certificats d'origine (Israël veut pouvoir davantage exporter sa production électronique - les industriels de l'AELE ont un libre accès au marché communautaire, même si moins de 40 % de leurs produits sont manufacturés dans le pays d'origine) ; enfin, la possibilité d'être candidats sur les marchés publics (là encore, cela concerne essentiellement l'électronique et l'informatique israéliennes).
Pour avoir un pied dans la " forteresse Europe ", les industriels israéliens veulent s'associer à des partenaires européens. En sens inverse, pour attirer des investissements sur place, ils font valoir la situation particulière d'Israël : signataire d'un accord de libre-échange avec les Etats-Unis, c'est une base pour pénétrer le marché américain ; signataire d'un accord du même type avec la CEE, c'est un point de départ pour les industriels américains qui visent le grand marché communautaire.
Leitmotiv des responsables israéliens : d'une façon ou d'une autre, il faudra impérativement remédier au déficit croissant que le pays enregistre dans ses échanges avec la Communauté. Israël réalise aujourd'hui près de 40 % de son commerce extérieur avec la CEE - 50 % des importations, 30 % des exportations. En 1988, le déficit a atteint 3,5 milliards de dollars. " Cela représente la moitié du déficit des Etats-Unis dans leurs échanges avec la CEE ; aucun pays ne peut longtemps supporter pareil trou ", affirme Mr Yaacov Cohen. Le chef de la délégation des Communautés en Israël, Mr Gwyn Morgan, fait valoir que le déficit n'est en fait " que " de 2 milliards de dollars si l'on prend en compte les réexportations israéliennes de diamants.
Pour expliquer le déficit, Israël incrimine volontiers le boycottage arabe - la menace de se voir inscrit sur la liste noire des pays arabes qui pèse sur tout industriel commerçant avec Israël. " Le plus grave, explique Mr Cohen, c'est ce que j'appelle le boycottage volontaire, quand les industriels s'autolimitent eux-mêmes par peur, allant sans doute au-delà de ce que demandent les pays arabes. " Au moment où reprend le dialogue euro-arabe, les Européens, poursuit-il, seraient bien inspirés s'ils exigeaient de leurs interlocuteurs l'abandon d'une pratique discriminatoire qui heurte profondément l'opinion publique israélienne. Sur l'efficacité de ce boycottage, le représentant des Communautés, Mr Morgan, est plus sceptique : " Les Israéliens sont sûrement de bonne foi quand ils mettent en avant le boycottage pour expliquer le déficit, mais je crois qu'ils se trompent : il n'y a pas de preuve véritable pour avancer cela. Sans boycottage, le déficit serait sans doute du même ordre. "
Autre point de friction : les exportations agricoles en provenance des territoires occupés. Il a fallu que les Européens bataillent et menacent pour que l'Etat hébreu accepte que les agriculteurs de Cisjordanie et de Gaza puissent vendre directement sur le marché communautaire - sans passer par le monopole d'exportation israélien - une production portant de vrais certificats d'origine - et non plus estampillée " made in Israel " comme c'était le cas jusqu'en 1988. Bataille d'emblèmes, bataille politique...
C'est peu de dire que les Israéliens ont trainé les pieds. Lors de la première campagne d'exportations, l'an passé, une partie de la production palestinienne transportée par la compagnie de navigation israélienne Zim n'est curieusement pas arrivée à temps à Marseille ou bien avait pourri dans des réfrigérateurs bizarrement mal réglés. De l'avis de multiples sources concordantes et dignes de foi, l'opération a ressemblé très fort à du sabotage. La deuxième campagne s'annonce sous de meilleurs augures. Les deux premières cargaisons sont, cette fois, parties sur des bateaux étrangers et sans encombre - n'était un incident lors d'un contrôle de sécurité sur le port d'Ashdod, incident que les milieux communautaires ont eux-mêmes qualifié de " très mineur ".
Ce qui compte dans cette affaire des exportations palestiniennes, c'est plus le symbole politique que les volumes ou les sommes en jeu - assez faibles. Pour les Palestiniens, il y a là la reconnaissance - élémentaire - du fait que les territoires sont une entité bien distincte d'Israël. Les Israéliens n'ont voulu y voir que la confirmation de ce qu'ils perçoivent comme des partis pris européens systématiquement pro-palestiniens. Quand le conseil européen met le doigt sur les atteintes aux droits de l'homme dans les territoires - par exemple dans le domaine de l'éducation, - le réflexe israélien est d'affirmer que les Européens ne sont pas si sourcilleux avec leurs partenaires arabes.
Si l'on n'apprécie guère ce que l'on qualifie de " jugement partial ", ni cette manière de lier politique et relations commerciales, on sait aussi qu'il faudra faire avec. Car l'exaspération même des Israéliens témoigne de leur prise de conscience que l'Europe de 1993 sera également une force politique avec laquelle il faudra compter. A parler clair : le dossier des relations économiques sera influencé par l'évolution du conflit avec les Palestiniens.
Il arrive, dit-on, à Mme Anne-Marie Lizin, secrétaire d'Etat belge à l'Europe 1992, de répondre elle-même à l'" Europhone ", une ligne ouverte qui permet à tout citoyen du royaume de se renseigner sur les affaires communautaires. Il faut dire que Mme Lizin commence à bien connaitre " ses " dossiers européens : à quarante ans, elle a passé plus de dix-sept ans dans la mouvance communautaire.
En 1973, elle entre au cabinet de Mr Henri Simonet, vice-président belge de la Commission européenne. " Vous serez la jeune wallonne de l'équipe ", lui dit ce dernier. Equilibre belge oblige : il faudra aussi " un jeune Flamand ". Ce sera Mr Karel Van Miert, qui, aujourd'hui, après avoir présidé aux destinées du Parti socialiste flamand, représente la Belgique au sein de la commission Delors. Après un bref séjour dans le cabinet de Mr Etienne Davignon - qui a succédé à Henri Simonet, - Mme Anne-Marie Lizin rejoint ce dernier lorsqu'il prend le portefeuille des affaires étrangères.
En 1979, elle entre au Parlement européen où elle sera réélue en 1985, avant d'être nommée secrétaire d'Etat en 1988. Mme Anne-Marie Lizin poursuit une carrière politique au sein du Parti socialiste belge francophone. Conseillère communale de sa ville natale de Huy - à proximité de Liège, - elle est élue bourgmestre (maire) en 1983.
Fonceuse, voire pétroleuse, ses manières à l'emporte-pièce surprennent, notamment dans les locaux feutrés de la Commission de Bruxelles ou du Parlement européen. Elle ne s'embarrasse pas de détails. Ainsi, en 1986, au terme d'une aventure rocambolesque, elle tente de ramener d'Algérie les enfants d'un couple mixte séquestrés par leur père. Découverte - elle voyageait sous un faux nom, - elle passera plusieurs jours en résidence surveillée. L'affaire se terminera finalement bien puisque, aujourd'hui, le couple est réconcilié, les enfants sont de nouveau en Belgique et le père algérien a trouvé un emploi... grâce aux interventions de Mme Lizin. Celle-ci, pourtant, aura quelques démêlés avec le ministère belge de la justice, qui lui reproche d'avoir fait fabriquer dans sa propre commune les faux passeports destinés à son équipée algérienne. Les Algériens, eux, lui " pardonnent " d'autant mieux son intrusion qu'elle a toujours été une avocate ardente du Front Polisario.
Tiers-mondiste non repentie, Mme Anne-Marie Lizin s'efforce maintenant de rassurer les pays pauvres - notamment africains - que la construction européenne inquiète. Elle a ainsi organisé, le 26 octobre dernier, en marge de la réunion de l' " Interafricaine socialiste ", un séminaire sur les implications de l'Europe de 1993 pour les pays africains.
Mais sa principale tâche, aujourd'hui, est de " préparer les Belges à utiliser au mieux le futur grand marché européen ". Mme Anne-Marie Lizin reconnait qu'elle travaille sur un terrain privilégié. " Les Belges, dit-elle, sont si peu nationalistes ! " Autre avantage : la meilleure conjoncture économique a coincidé avec le lancement de l'idée du grand marché, " l'Europe est donc perçue favorablement ". Pour convaincre ses concitoyens, mais aussi les responsables politiques, économiques, sociaux du pays, la secrétaire d'Etat travaille par capillarité. Elle a mis sur pied de nombreux groupes de travail - " équivalence des diplômes " pour les étudiants, " marchés publics " pour les édiles locaux - et a lancé l'organisation de " journées 1992 " dans les principales villes du royaume.
En liaison avec le Conseil central de l'économie, elle a créé un comité de quinze experts chargés d'encadrer une série d'études sectorielles. Appuyée par le premier ministre, Mr Wilfried Martens, Mme Anne-Marie Lizin a aussi organisé une réunion des principaux ministres concernés par les affaires européennes. Autres activités du secrétariat d'Etat : l'édition et la diffusion d'Europoches, une série de fascicules expliquant l'impact de 1993 sur certaines catégories sociales. Parmi les premiers titres parus : l'Europe des femmes. Faut-il ajouter que Mme Anne-Marie Lizin est une féministe convaincue ?
Le chef Alain Levasseur, trente-huit ans, adjoint au commandant de la brigade de gendarmerie de La Rochefoucauld (Charente), a été mortellement blessé, vendredi soir 29 décembre, par un automobiliste qui a refusé de s'arrêter et a pris la fuite. Le gendarme s'était avancé sur la chaussée pour intercepter une voiture qui avait été signalée en excès de vitesse. Le chauffard, qui n'a pas été identifié, a accéléré au lieu de s'arrêter, trainant le gendarme sur plusieurs mètres. Transporté à l'hôpital d'Angoulême où il devait subir, dans la nuit, une intervention chirurgicale, Alain Levasseur, a succombé samedi matin à ses blessures.
RENE SEDILLOT Histoire morale et immorale de la monnaie Historien, plus encore que journaliste, mais excellant dans les deux genres, René Sédillot est, sans doute, le meilleur spécialiste, dans le monde, de ce domaine " vulgaire " qu'est la monnaie. Découverte du feu, puis de la roue, enfin, novation suprême, l'invention de la monnaie. Jusqu'à l'écu et à la " carte à puce ", l'histoire ramassée des échanges défile devant nous, parfois surpris, parfois bercés, toujours sous le charme.
Nous ne sommes certes pas tenus de suivre cette marche, plume en main et neurones alertés. Privilège du lecteur, il vole. L'inflation, vous connaissez ? Sous diverses formes et bien avant son baptême, elle se poursuit et désigne aujourd'hui, à tort bien sûr - toute hausse des prix.
Remontons cependant au déluge : que connaissons-nous des Romains ? Les guerres puniques, Mithridate, mais encore ? Rome donne, à la monnaie, sa structure, plus agissante dans l'Histoire que le nez de Cléopâtre. Peut-on se passer de monnaie ? Seul un ermite répondra positivement.
Le loyer de l'argent, le taux d'intérêt ? Rusons avec la vertu. Mais nous voilà plongés dans Marx et du coup... à Sparte ! Impitoyable et audacieux, cet agent de voyage ! Où nous mène-t-il ? Au Pérou des Incas, au Paraguay des jésuites, dans les kibboutz et aussi en URSS et, bien sûr, dans la Chine de Mao.
Bibliographie sérieuse où manquent cependant les noms de la Rochefoucauld-Liancourt et surtout d'Ibn Khaldoun et de Dutot, disciple, combien optimiste, de Law. Illustrations.
Bordas Cultures, Paris 1989, 26,5 cm, 383 p., 295 F.
RENÉ DUMONT Mes combats Nous les avons tous suivis, ces combats, et approuvés, jusqu'au point où nous devions sacrifier quelque chose, ne serait-ce que notre temps. Cet ouvrage, qui devrait être lu par tous, mérite aussi de larges émissions à la télévision, le titre étant remis au singulier, tant cette lutte est une.
Moins originale, peut-être, que le " guerre à la guerre ", mais révélateur, cet exposé : qui de nous n'a pas, quelque jour, tremblé à l'idée d'une guerre nucléaire ? Le sort du monde se joue-t-il, cependant, dans les quinze prochaines années ?
La deuxième partie décrit le schéma d'une démocratie étendue à l'économie. Un droit est ici attaqué : le droit à l'automobile, présenté aujourd'hui, en Suisse, est-il dit, comme un " droit à l'assassinat ". Au lecteur est, presque sur tous les points, proposée une critique franche et précise.
C'est dans l'application pratique que peuvent s'élever des contestations, notamment pour la généralisation de la limitation des naissances, si désirable qu'elle soit. La clef, eût-il été utile de préciser, se trouve dans l'enseignement de la puériculture.
Dès l'instant que des mécanismes économiques ou démographiques échappent à notre pionnier, des relais sont nécessaires. Au-delà des soucis écologiques, faiblement exprimés, le gouvernement ne devrait-il pas lancer une vaste campagne, nationale et européenne ?
Un grand livre, un grand sujet, un grand homme.
Plon, Paris 1989, 21 cm, 239 p., 120 F.
PIERRE GROU Les multinationales socialistes Avant-propos de Carl H. Mac Millan, professeur à l'Université Carleton d'Ottawa.
Réalisé avec le concours de Ph. Bercot, Fatima Hatif, D. Mertens, Liliana Ostos et Nian Wang, cet ouvrage nous informe sur un aspect peu connu des relations entre les deux régimes. Le " rideau de fer ", nous dit l'avant-propos, n'est plus un obstacle à la création d'entreprises situées de l'autre côté que leur siège social. Celles-ci apportent, aux pays de l'Est, de précieuses devises.
De 1980 à 1987, plus de trente-cinq nouvelles sociétés hongroises se sont établies dans les territoires de l'OCDE. Dans l'ensemble, il y a plusieurs centaines de multinationales socialistes. L'auteur va juqu'à employer l'expression " espace multinational ", elle-même dépourvue de sens, mais significative.
Les multinationales socialistes à l'Ouest sont surtout des firmes commerciales et des banques. Le mouvement s'est accéléré depuis 1970, mais, vers 1980, le total investi ne dépassait pas 500 millions de dollars. Premier acte : l'exportation, suivie, si elle est suffisante, d'une acquisition et d'une implantation, surtout commerciale.
Trente-neuf firmes et quatre banques sont implantées en France ; sur les quarante-trois, onze sont soviétiques. C'est surtout la région parisienne qui est choisie. Ces sociétés ont des actionnaires mais sont, pour la plupart, en perte et endettées. Appelé cependant à s'étendre, le mouvement est peut-être la manifestation la plus franche de la normalisation des rapports. L'intérêt prime l'affectivité. Comment s'en plaindre ?
L'Harmattant, Logiques économiques, Paris 1989, 21 cm, 90 F.
CLAUDE ALBAGLI L'économie des dieux céréaliers. Les lois de l'autosuffisance alimentaire Nous serions impardonnables d'ignorer qu'une grande proportion des habitants de l'Afrique noire est sous-alimentée et que cette non-satisfaction des besoins vitaux entraîne des déficiences physiologiques. Le début pouvait donc n'être qu'un très bref rappel.
L'ouvrage commence par une citation de F. Quesnay, qui nous met bien dans le sujet, sans aborder les moyens. Bien acceptable dans une citation, cette insuffisance est regrettable pour un ouvrage consacré au sujet. Certes, plus d'un profane occidental, un peu irrité et peut-être même victime d'un certain remords, souhaite le déclenchement d'une évolution plus favorable et connaître les obstacles techniques et humains qui s'opposent au progrès de la technique agronomique.
L'exemple de l'Afrique contemporaine conduit l'auteur à décrire l'histoire du développement européen, particulièrement celui de l'Angleterre du dix-huitième siècle (rappels de P. Bairoch), mais ce rappel nous éloigne plutôt de la question ; moins utiles encore, les considérations sur l'optimum de population, alors que les moyens de réduire la natalité (puériculture notamment) ne sont pas étudiés.
Faut-il suivre A. Tevoedjre, ancien directeur adjoint à l'OIT, quand il propose une migration de la ville vers la campagne ? Tout au plus pourrait-on espérer l'arrêt de l'exode rural.
Si l'on considère comme prématurée une éducation en vue de la réduction des naissances, à tout le moins eût-il fallu insister sur l'accroissement des rendements et plus particulièrement sur l'enseignement agricole, qui, en Asie, a donné de si heureux résultats.
Il n'y a pas de dieux céréaliers, mais il peut y avoir des maîtres éducateurs quasi providentiels.
Afrique 2000, 1989, 24 cm, 219 p., 130 F.
PHILIPPE J. BERNARD Histoire du développement économique. XVIII-XX siècles L'auteur a été président du département, si important, Humanités-Sciences sociales, à l'Ecole polytechnique. D'où vient l'essor européen aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, que l'on n'appelait pas encore le développement ? L'auteur préfère présenter la suite des mouvements et les commenter.
La fin des famines et la baisse de l'âge au mariage sont citées, mais appelleraient, elles-mêmes, une explication. Par contre, une fois de plus, nous ne voyons pas pourquoi la baisse de la natalité en France a précédé - et de loin - celle des autres pays, et notamment de l'Angleterre.
Il semblerait qu'un bouton a été poussé, provoquant la mise en marche. Le progrès s'est accéléré, entrecoupé de crises passagères, expliquées individuellement, sans présentation d'un mécanisme général autre que l'accumulation des stocks. Vient alors l'inévitable et inutile rappel des prétendus cycles Kondratief, avec présentation des prix de gros aux Etats-Unis alors que ceux d'Angleterre et de France eussent été plus probants.
Un intéressant chapitre sur l'inégalité des régions est suivi d'une curieuse et heureuse estimation de Mr Rodinson : la doctrine de l'islam ne s'oppose pas, directement, au développement. Reprenant notre marche en avant, nous tombons sur la crise des années 30, sans toutefois l'exposé de l'échec du New-Deal de F. Roosevelt, ni la reprise rapide de Paul Reynaud. La guerre sautée, nous voici dans les Trente glorieuses et les chocs pétroliers, aussi familiers que l'emploi abusif du mot crise.
Le développement économique doit se poursuivre. Remarquable parcours.
Ecole polytechnique, Ellipses 1989, 24 cm, 238 p.
"LA santé est un état précaire qui ne présage rien de bon. " La fameuse affirmation du docteur Knock pourrait servir d'épigraphe au livre de Jean-Louis Levet : " Une France sans usines ? " Depuis que nos entreprises vont mieux, qu'elles affichent des bénéfices confortables, que nombre de leurs dirigeants font la couverture des magazines spécialisés, les complaintes sur le déclin économique de notre pays paraissent démodées.
Pas du tout, répond J.-L. Levet. Sans doute, la détérioration de notre puissance productive est-elle plus complexe qu'on a bien voulu le dire jadis, mais elle se poursuit inexorablement et il est dangereux de jouer les autruches.
C'est que nous vivons dans un monde occidental qui bouge très vite et nous nous essoufflons à essayer - en vain - de rattraper un retard qui a pris sa source dans des comportements ancestraux d'enfant gâté et protégé. Depuis 1984, l'aiguille du baromètre de nos échanges industriels descend vers le sombre. Face à une demande mondiale qui a progressé de 19 % au cours des six dernières années, la France a perdu 10 % de ses parts de marché dans le monde, pendant que l'Italie en gagnait 9 %, la RFA 14 % et le Japon 23 %.
Nos faiblesses ? La spécialisation des concurrents est très concentrée alors que l'industrie française reste très dispersée : nos approvisionnements viennent de plus en plus de pays développés et nous tentons de combler notre déficit en développant nos ventes au tiers-monde : nous manquons de grands pôles de compétitivité et les exportations françaises de produits de haute compétitivité sont insuffisantes.
Certes, nous avons des points forts (aéronautique, aérospatial, armement, nucléaire, matériel ferroviaire, pharmacie, agro-alimentaire). Mais ils sont désormais confrontés à une période d'adaptation difficile au cours de laquelle ils devront de moins en moins compter sur les marchés publics et de plus en plus sur l'augmentation de la concurrence mondiale. Sans doute, l'appareil productif français se métamorphose et notre auteur applaudit aux grandes manÓuvres des groupes qui se branchent sur l'industrie mondiale, à l'arrivée d'une nouvelle génération de managers dans les PMI, mais les blocages sont encore loin d'être tous éliminés.
La libération des prix le 1 décembre 1986, la suppression en janvier 1987 du contrôle quantitatif du crédit et du contrôle des changes en décembre 1989, ainsi que la réforme du marché des capitaux vont dans le bon sens, mais malgré ces améliorations, les charges sociales et fiscales sur les entreprises demeurent les plus lourdes de tous les grands pays industriels. D'autres blocages, hélas, ont la vie dure. Les à-coups du budget de la recherche-développement depuis une trentaine d'années sont traumatisants. Et l'on sait à quel point la formation est peu adaptée en France aux nouveaux enjeux industriels. Il ne faut pas exonérer les entreprises du mal-être de l'industrie. Pendant longtemps, la France a eu le triste privilège d'introduire avec retard les innovations technologiques et de saisir sans assez d'empressement les occasions de marché. De même commence-t-elle seulement à percevoir les avantages de la stratégie du partenariat. Aux groupes multinationaux et aux conglomérats rigides succèdent en effet les confédérations d'entreprises indépendantes, liées entre elles par toutes sortes de relations (joint-ventures, consortium, etc.).
" Il reste, écrit notre auteur, que le dynamisme à l'égard de la qualité d'au moins un tiers des entreprises industrielles engendre l'espoir. " Il n'y a pas en effet que de la morosité dans le livre de Jean-Louis Levet. S'il a mis l'accent sur les défaillances de notre appareil productif ce n'est pas par masochisme, mais pour que l'on repère bien où il faut agir.
Un ouvrage qui, sans emphase, avec des analyses très claires et des comparaisons vivantes, donne à réfléchir à ceux qui voyaient déjà un peu trop vite la sortie du tunnel. Il y manque seulement une réflexion sur le sujet suivant : si on essaie de rattraper notre retard à bride abattue, le risque n'est-il pas grand de voir l'écart se creuser un peu plus entre les citoyens d'une France à deux vitesses?
PROJETÉE par-delà la ligne du périphérique, la Géode de La Villette perd ses rondeurs et son brillant pour s'écraser à Aubervilliers dans un vaste triangle. Six voies et un mur antibruit séparent en principe cette banlieue du XIX arrondissement. Mais, grâce à leurs racines métropolitaines, les quelque 70 000 Albertivillariens de la commune se sentent un peu moins méprisés des Parisiens que leurs voisins de " grande banlieue ".
Joseph et Eliane habitent Aubervilliers depuis toujours. Entre les rideaux dentelle du salon, on aperçoit, à 200 mètres à peine et entre deux immenses tours - " des grandes horreurs comme on a fini d'en faire ", - le périphérique nord. De l'autre côté, la rue est calme et triste. Le petit immeuble, avec son dégradé de beiges et ses microscopiques fenêtres, date des années béton. Pas de code, bien sûr, une cage d'escalier bleu hôpital : l'ensemble aurait besoin d'un bon ravalement.
Lui est chaudronnier à Tremblay-lès-Gonesse ; elle, " animatrice maternelle " juste en face, à l'école Francine-Fromond. Les trois enfants les ont quittés, mais eux sont jeunes encore : une petite cinquantaine. Quelques légers problèmes de santé. Avec les enfants " qu'on prend de plus en plus tôt ", Eliane doit " se baisser de plus en plus bas ", et souffre d'une arthrose dorsale. Toutefois, avec leurs 15 000 francs de revenus nets mensuels, ils vivent, disent-ils, " comme des privilégiés ".
Le couple occupe - comme un habitant sur dix à Aubervilliers - une HLM de la ville. Il ne débourse chaque mois, pour le loyer de ce F4 de 110 mètres carrés que 1 700 francs. Voilà qui permet de faire des économies. La 305 a été achetée sans le moindre crédit ; le cadeau de Noël - une chaîne Sony avec platine laser - n'a pas trop dégarni le porte-monnaie. La télé a cinq ans, le lave-linge dix-sept, mais refusent, presque au désespoir de leurs propriétaires, de rendre vie.
Enfin, Joseph et Eliane n'ont pas de grandes envies. Un magnétoscope, un abonnement à Canal Plus ? Ce n'est pas leur fantaisie. Un micro-ondes ? Elle va faire ses courses dans les hypermarchés qui peuplent la ville et ses environs, achète sa viande " à prix records " aux abattoirs de l'Ouest, un peu plus loin dans la rue, et ses légumes aux halles " des Asiatiques ", moins chères que le marché. Elle n'a donc pas besoin de surgelés.
Eliane travaille le samedi et pas le lundi, Joseph le lundi ; mais pas le samedi. Les week-ends sont forcément sages : télé, promenades au parc de La Courneuve ou sur les bords du canal. D'ailleurs, la famille n'aime pas beaucoup les voyages. Avec les enfants, les vacances se passaient en location sur l'Atlantique ou la Manche, des Côtes-du-Nord au sud de la Vendée.
Depuis qu'il est seul, le couple passe son mois d'août en Dordogne " à pêcher et à se reposer ". Les économies réalisées - 650 francs tous les mois sur le Codevi, jusqu'à 2 000 francs par mois à la caisse d'épargne - serviront sans doute à s'acheter une petite maison là-bas. A moins que ça ne soit à Aubervilliers même, parce qu'Aubervilliers leur plaît.
Michel, à quelques rues de là, a fait le chemin inverse. A trente-sept ans, il a dix ans de petits boulots (de la bonneterie aux pneumatiques) et dix autres années " dans les fromages ". Un jour - " un peu tard peut-être ", il décide de monter à Paris. Rue Saint-Denis, il rencontre son futur employeur. Aujourd'hui, il a troqué son SMIC et ses huit heures par jour contre douze heures, mais " au moins 12 000 francs par mois ".
A Aubervilliers, dans son petit studio à 1 800 francs par mois, Michel ne fait que dormir. Et, à part quelques fringues achetées aux Quatre Chemins et un petit apéro le soir au bistrot du coin, il n'y dépense presque rien. Car Michel travaille à Paris, à Château-Rouge, à l'angle du boulevard Barbès et du marché Dejean, c'est-à-dire dans le haut lieu du deal de la capitale : à peine une demi-heure de métro, en changeant à la gare de l'Est. Mais, comme il se lève le matin à 5 heures, il n'a même pas le cÓur, le soir, d'aller au cinéma. Même le soir du réveillon, il s'est couché à 11 heures.
Une drôle de vie peut-être, mais Michel ne s'en plaint pas. Il ne désespère pas un jour, grâce aux économies qu'il peut désormais réaliser, de s'acheter un pied-à-terre, ici, où il a de la famille auvergnate, ou même à Marx-Dormoy.
Les cours suivent la vie à Aubervilliers. Ceux de l'immobilier restent, en regard de la capitale si proche, exceptionnellement bas : entre 8 000 à 10 000 francs le mètre carré dans un immeuble pierre de taille du centre-ville. Ils attirent peu à peu banlieusards et Parisiens.
Aubervilliers demeure, selon le mot d'un bistrotier qui ferme au plus tard à 20 heures, " une ville à la traîne ", fidèle à sa tradition ouvriériste, tissée de PMI et de PME qui recrutent souvent sur place. Quand une entreprise ferme ses portes, comme aujourd'hui les laboratoires Janssen, elle laisse des traces. Le taux de chômage est de 13 %.
Depuis deux ou trois ans, on observe un " léger frémissement ", note un agent immobilier de l'avenue de la République, l'axe principal, constatant que " les salaires augmentent chaque jour un peu plus ". La ville a vécu ses heures douloureuses dans les années 70 et se remet peut-être doucement de cet " assainissement ".
Ailleurs, rue Ferragus, la charcutière se félicite d'avoir vu son chiffre d'affaires des fêtes augmenter de 13,5 % par rapport à l'année dernière. " Les riches sont partis, les autres ont décidé de se gâter. " Certes, la concurrence est chaque année moins grande, car " les Chinois " remplacent peu à peu les commerçants traditionnels. Mais ceux-ci y voient, malgré tout, un signe de prospérité.
La nuit tombe sur Aubervilliers. Les petites rues de garages, de ferrailleries et d'entrepôts, presque désertes le jour, s'éteignent tout à fait. Grises ou marron, les maisons de crépi - les mêmes que celles qu'on peut trouver à Antony, dans le vieux Suresnes ou à Puteaux - s'éclairent.
Odette et Gladys reviennent des Halles où elles ont fait leurs courses, " pour ne pas avoir les mêmes pulls que ceux que tout le monde porte avec des jeans " zoulous " à Robespierre ou à Paul- Bert ". Parfois, elles vont au cinéma, mais rentrent toujours de Paris avant 7 heures. D'autres élèves de leur classe, vont aux Quatre-Chemins ou à la mairie, " là où on est sûr de rencontrer tout le collège et les seuls endroits de la ville où il y a quelque chose à faire ".
Elles ne vont pas à la maison des jeunes, près du square Stalingrad, peut-être parce qu'avant elles habitaient Paris, peut-être seulement... Aujourd'hui, elles vivent dans des petits pavillons et, après une période d'adaptation, considèrent " qu'on est plutôt bien à Aubervilliers ".
Dans quelques années, le métro ira jusqu'à Roissy, le tramway de Bobigny jusqu'à Saint-Denis, et l'A 86 sera certainement achevée. Artificiellement irriguée, l'ancienne région de marécages, si une nouvelle crise ne s'en mêle pas, se remettra doucement de ses malheurs. Même si les roseaux et les poissons rouges du lac de la Maladrerie, dans la cité futuriste des années 80, sont morts, Aubervilliers ne désespère pas.
AVEC le retour d'une expansion annuelle supérieure à 3 % en 1988-1989, le débat public évolue du partage de l'emploi à celui de la croissance. L'enjeu est évidemment politique avant d'être économique ; mais, avec l'abolition récente du contrôle des changes et la baisse de la fiscalité qui se profile dans le contexte du marché unique européen, on peut s'interroger sur la pertinence de ce débat dans une économie dont le déficit commercial va croissant, le taux de chômage reste proche de 10 % et les capacités de production sont insuffisantes pour répondre à la demande.
Est-on assuré de la pérennité de la position économique de la France ? En effet, le partage des revenus ne s'opère pas dans une économie fermée, mais dans une économie ouverte, surfiscalisée et favorisant les inactifs, en voie d'intégration avec un pays, l'Allemagne, à la fois mondialement compétitif, moins fiscalisé et épargnant bien davantage que la France. L'insuffisance d'épargne française ne permet pas l'effort d'investissement nécessaire dans une économie dont la croissance est contrainte par le manque de capacités de production.
Les prélèvements obligatoires (recettes fiscales plus déficit public), qui étaient à un niveau comparable en France et en Allemagne dans les années 70, ont fortement divergé en 1981-1984. En dépit de la reprise en main des dépenses publiques françaises, le différentiel de prélèvements ne s'est que peu réduit de 1985 à 1988 avant d'augmenter à nouveau en 1989 : ce différentiel atteint environ 7 points de PIB (produit intérieur brut) entre la France et la RFA.
Le surplus de cotisations sociales à la charge des seuls employeurs explique l'essentiel du différentiel de prélèvements obligatoires entre la France et son partenaire européen. Ce surplus introduit un déséquilibre grave entre salaires direct et indirect, ce qui réduit la motivation des travailleurs et aggrave le décalage entre les salaires directs versés en France et dans les vastes zones frontalières.
L'ajustement économique en France, incontestable depuis 1983, s'est traduit par une baisse de la part des revenus des ménages dans le PIB en contrepartie essentiellement de la hausse de l'épargne des entreprises. Mais la réduction de 4,5 points de PIB du revenu des ménages en 1983-1988 provient d'une chute de 5,3 points des salaires nets, tandis que les prestations sociales progressaient de près d'un point. Sur la période 1980-1988 les prestations sociales ont même augmenté de près de trois points de PIB. Le partage des revenus dans les années 80, loin de se faire au détriment des inactifs, a été plus que proportionnellement pris en charge par les actifs.
L'effort national d'épargne (mesuré par le taux d'épargne brute en pourcentage du PIB) a été remarquable en France dans les années 1960 et 1970. Du premier choc pétrolier jusqu'en 1980, il dépassait l'effort allemand d'environ deux points de PIB. De 1980 à 1983, il a connu une chute de près d'un cinquième pour se stabiliser ensuite à 19,3 % du PIB en moyenne de 1983 à 1987 et remonter à 20,5 % du PIB en 1988.
En Allemagne, le taux d'épargne brute retrouvait en 1984 son niveau de 1980 puis connaissait une ascension étonnante pour atteindre 24,6 % du PIB en 1988, soit davantage qu'entre les deux chocs pétroliers. Cet effort n'a pas conduit à une remontée du taux d'investissement, qui reste modeste et comparable au taux français (les taux de croissance français et allemand sont peu éloignés sur la période 1984-1988). Mais la différence de taux d'épargne se retrouve dans le solde de la balance courante qui est positif, de l'ordre de 4 % du PIB, en Allemagne en 1987-1988, alors qu'il est légèrement négatif en France.
Compte tenu de la faible progression de l'investissement matériel dans les années 1980 (le taux d'investissement des entreprises, défini comme le rapport de l'investissement à la valeur ajoutée des sociétés et quasi-sociétés, était encore nettement inférieur en 1989 au niveau observé en 1980), l'accroissement du capital productif français a été réduit.
Aussi, en 1988-1989, le taux d'utilisation des capacités de production dans l'industrie manufacturière était-il très élevé ; il limitait les possibilités de répondre à la forte demande en France et à l'étranger, ce qui entraînait de nouvelles pertes de parts de marché.
Pour reconstituer les capacités de production en France correspondant à un sentier de croissance équilibrée supérieur à 3 % l'an, un effort important d'investissement des entreprises s'impose. Cet effort exige une nouvelle progression de l'épargne des entreprises (alors que le taux d'épargne des entreprises devrait avoir baissé de 1988 à 1989) et une nette augmentation de l'épargne nationale.
La diminution imposée des recettes fiscales et du déficit public va évidemment exiger une baisse parallèle des dépenses publiques en pourcentage du PIB. Celles-ci atteignent environ 50 % du PIB, dont 15 % pour la recherche, l'éducation, la justice, l'investissement public et la charge de la dette, toutes dépenses qu'il faut maintenir (ou qu'on ne peut éviter) pour préserver l'avenir du pays. Mais, si le solde (35 %) pouvait être stabilisé en francs constants pendant cinq ans, la croissance économique se maintenant à plus de 3 % en rythme annuel, les dépenses publiques baisseraient sur la période d'environ 5 % du PIB.
Ce solde concerne essentiellement les salaires des fonctionnaires et les transferts publics : la stabilisation de ces dépenses n'est pas nécessairement hors d'atteinte. Les possibilités d'arbitrage sont nombreuses : choix des secteurs prioritaires et nature pas uniquement monétaire des réformes à accomplir, nombre de fonctionnaires et revalorisation des salaires, transferts économiques et prestations sociales...
Dans ce contexte, s'il est juste de parler de la nécessité d'un nouveau partage des revenus, il doit s'opérer en faveur de l'épargne des entreprises, des salaires directs et des revenus des actifs. Et pourtant, ce constat économique que l'analyse impose et qui est nécessaire pour trouver des solutions viables aux problèmes français, n'est politiquement pas acceptable. Que peut-on proposer ?
Il faut d'emblée dire que ce triple problème a la double caractéristique d'être à la fois moins grave et pratiquement insoluble si la croissance internationale s'affaiblissait et d'être très grave mais soluble si la croissance (externe et interne) se maintient dans les cinq ans qui viennent au rythme observé en 1988-1989. Dans le premier cas, les marges de manÓuvre sont nulles mais la nécessité d'investir se réduit. Dans le second cas, une croissance déséquilibrée par excès de consommation serait suicidaire ; mais la croissance permet de résoudre le triple problème posé.
La solution esquissée, dans le contexte d'une croissance se maintenant aux environs de 3 % l'an, grâce à une demande élevée en Europe continentale, consiste à faire évoluer l'économie de manière à résoudre naturellement les deux premiers problèmes ; un mécanisme complémentaire permet d'envisager la solution du troisième problème.
Afin de favoriser l'épargne des entreprises et les salaires directs, la rigueur doit être maintenue, tout en augmentant les salaires réels d'une fraction des gains de productivité réalisés au cours des prochaines années. Cette indexation partielle pourrait se faire en partie sous forme d'intéressement aux bénéfices des entreprises. Pour accélérer le rétablissement du taux d'épargne des entreprises, les cotisations sociales à la charge des employeurs et l'impôt sur les sociétés seraient progressivement réduits (le taux de l'IS passant à 33 %).
Un plan d'épargne retraite fiscalement très favorable permettrait de diminuer l'impôt sur le revenu déclaré, tandis que la réduction souhaitable de la TVA profiterait également aux salariés. Il serait en outre nécessaire d'abaisser rapidement la fiscalité de l'épargne.
Un accord entre l'Etat, les entreprises et les salariés pourrait raisonnablement être envisagé avec une forte probabilité de succès, tout en limitant la perte graduelle de recettes fiscales des administrations publiques à 2 % du PIB sur 4 ou 5 ans hors TVA (3 % du PIB avec une réduction importante de TVA). Cette solution permet tout à la fois de favoriser l'épargne des entreprises, les salaires directs après impôts et l'épargne des ménages.
Ce " miracle " apparent n'est bien sûr possible que parce que les administrations publiques font à leur tour l'ajustement que les entreprises et les actifs subissent depuis 1983. Mais si l'on veut simultanément réduire les recettes fiscales de 2 à 3 % du PIB et le déficit public de 1 % du PIB pour se préparer au marché unique (sans démotiver les salariés et tout particulièrement les cadres), il faut accepter une baisse des dépenses publiques de 3 à 4 % du PIB sur 4 ou 5 ans.
Une telle évolution est possible à condition de stabiliser en francs constants les salaires des fonctionnaires et les transferts publics. Les fonctionnaires bénéficieraient de la baisse de la TVA et de la fiscalité directe, ainsi que de l'effort en faveur de l'investissement et des conditions de travail dans le secteur public. De plus, les gains de productivité dans la fonction publique sont potentiellement considérables et les fonctionnaires devraient y être associés par l'intéressement.
En revanche, il n'y a pas de solution facile envisageable pour les transferts publics ; les seuls transferts économiques pourraient baisser de 0,5 % du PIB en contrepartie de la réduction des impôts et cotisations sociales. Mais pour atteindre un objectif moyen de baisse des dépenses publiques de 3,5 % du PIB en cinq ans, avec des économies de 1 % du PIB sur les salaires et les transferts économiques, il faudrait aussi réduire les prestations sociales, qui atteignent environ 22 % du PIB, de 2,5 % du PIB (1).
Compte tenu des réformes dont la nécessité est généralement admise dans les secteurs santé et famille (voir Rapport Teulade, Commissariat général du plan, 1989) et des économies résultant de la baisse du chômage grâce à la poursuite de la croissance, il est possible de limiter la progression des dépenses dans ces secteurs à un rythme proche de celui de l'inflation.
La situation est évidemment différente pour les retraites qui augmentent avec le vieillissement de la population : les mesures techniques qui pourraient partiellement contrôler cette évolution commencent d'être prises sous l'empire de la nécessité ; l'allongement de la durée requise de cotisation n'est qu'une question de temps. Mais si l'on ne fait rien au-delà de ces mesures, il est acquis que les régimes de retraite ne pourront survivre en l'état.
C'est évidemment ici que la solution proposée se boucle : le puissant système de retraite par capitalisation, évoqué comme moyen de motivation des salariés, permettrait également de compléter le système de répartition. On peut raisonnablement envisager que dans moins de vingt ans, les retraites soient assurées pour un cinquième par la capitalisation et quatre cinquièmes par la répartition sans bouleverser les systèmes actuels. Un tel système permettrait donc simultanément de faciliter la stabilisation des prestations sociales en francs constants, d'assurer la pérennité de la couverture sociale intergénérationnelle et de stabiliser l'épargne en France à un moment de suppression du contrôle des changes.
Le partage des revenus ne saurait être décrété sur la base d'une analyse vieille d'un quart de siècle. Un partage " par le haut " de l'épargne et l'investissement plutôt que " par le bas " de la consommation et des pertes de parts de marché nécessite des décisions courageuses ; mais rien ne semble hors de portée. Comme certains évènements récents l'ont opportunément rappelé, l'immobilisme économique et social n'est pas politiquement payant.
LES statistiques de l'emploi sont folles, et même doublement, si l'on tient compte d'une divergence plus ancienne entre l'INSEE et l'UNEDIC qui, chaque trimestre, publient des estimations de l'évolution des effectifs salariés sans aucun rapport entre elles. De fait, la reprise, désormais manifeste, a introduit des perturbations durables sur le marché du travail, en voie de recomposition, que les indices traduisent mal.
Au point de départ, l'INSEE sur la foi de son enquête annuelle réalisée en mars, révise le taux de chômage qui revient de 10,1 %, en juin, à 9,6 % en juillet, soit 0,5 point de moins, ce qui représente environ 120 000 demandeurs d'emploi. Un détail.
Du coup, toutes les données sont modifiées. Le chômage, mesuré selon les définitions du BIT (qui ne retiennent pas, notamment, toute personne ayant travaillé une heure dans la semaine précédant l'enquête) diminue de 5,3 % entre 1987 et 1988, puis encore de 5,1 % entre 1988 et 1989.
Seulement, ce qui est troublant - malgré les différences de "champ", comme disent les spécialistes, - les statistiques de l'ANPE n'expriment pas la même réalité. La baisse du nombre d'inscrits sur les listes reste notoirement plus faible : 19 000 pour les demandeurs d'un emploi à temps plein entre mars 1988 et mars 1989, et 14 000 pour toutes les catégories de chômeurs (à temps plein, à temps partiel ou à durée déterminée). Ces demandeurs étaient 2 802 000, à comparer aux 2 308 000 au sens du BIT, reconnus par l'INSEE...
Comment peut-on perdre autant de chômeurs - près de 500 000 - en aussi peu de temps ? Les experts ne savent pas vraiment comment répondre à cette question, les conditions générales n'ayant pas à ce point changé. Hommes politiques, responsables patronaux et dirigeants syndicaux commencent à s'interroger sur la crédibilité des chiffrages à un moment où, la reprise de l'emploi s'affirme. Il n'est pas pensable, déclarent-ils en substance, que l'augmentation des effectifs salariés n'ait pas d'effet sur les comptes de l'ANPE.
Aussi des tentatives d'explication apparaissent-elles un peu partout pour reconstruire un ensemble cohérent. Selon Thierry Lacroix, dans la revue Economie et statistique " la croissance fait reculer le chomage ", ce qui est conforme aux résultats obtenus par l'INSEE. Pour le ministère du travail, l'augmentation des demandes d'asile, ralentirait la baisse du chômage, tandis que jouerait le cumul entre une inscription à l'ANPE et l'exercice d'une activité salariée.
D'anecdotique, l'affaire devient sérieuse car elle touche à l'essentiel - qu'a-t-on fait pour l'emploi avec la croissance ? - et réveille des craintes anciennes - l'immigration clandestine ou les faux chômeurs -. Fondamentalement, il semble bien que les statuts de l'emploi se sont modifiés en passant de la crise à la reprise, entrainant des variations que l'instrumentation statistique ne peut plus saisir. Une recomposition serait à l'oeuvre, sous les indices officiels, bien mal en point.
D'une façon ou d'une autre, demandeurs d'asile ou pas, la population active aurait augmenté dans des proportions plus importantes que prévu, soit de 160 000, soit de 125 000 en solde net, en raison de l'arrivée dans la vie active de femmes - moins que par le passé, toutefois - et de jeunes qui jusqu'à présent craignaient le chômage. Changement notable: ces nouveaux candidats à l'emploi contourneraient la case ANPE pour accéder directement à un travail qui n'est pas nécessairement stable.
L'intérim et les contrats à durée déterminée touchent un nombre croissant de jeunes, estime l'INSEE. Les " petits boulots ", l'emploi de courte durée, souvent à temps partiel, s'étendent à nouveau. En mars 1989, 17,3% des jeunes inscrits à l'ANPE déclarent avoir travaillé la semaine avant l'enquête, contre 14,1 % un an plus tôt.
Dans le même temps, l'abandon progressif du traitement social provoque des chocs en retour. La baisse des stages d'initiation à la vie professionnelle, de l'ordre de 60 000 en 1989, n'est pas compensée à plus de 50 % par des embauches et il en irait de même pour d'autres formules, le cas des TUC étant encore plus grave (le recul de 34 000, en 1989, ne serait pas effacé par des recrutements équivalents de la part des collectivités locales). " Le retard à l'allumage " du crédit formation, prévu pour accueillir 100 000 jeunes et qui n'en aurait attiré que 3 000 ou 20 000, n'arrange rien.
Des zones de flou apparaissent à la frontière du chômage. Si le secteur tertiaire reste le principal pourvoyeur d'emploi, les services marchands aux entreprises, sont de loin les plus dynamiques, avec 120 000 emplois crées sur les 240 000, grâce à la croissance du travail temporaire (de l'ordre de 40 % en 1988).
Tandis que, pour la première fois de la décennie, le nombre des emplois stables aurait progressé d'environ 70 000 entre mars 1988 et mars 1989, les " formes particulières d'emploi " (1) se sont parallèlement accrues de 174 000 personnes En plein développement, avec 4 520 000 personnes, elles concernent plus d'un actif occupé sur cinq.
A cette lisière, des limites imprécises peuvent également être franchies. L'INSEE, qui considère que 607 000 des inscrits à l'ANPE ne sont pas des chômeurs aux yeux du BIT, souligne la présence, dans cet énorme groupe, de 310 000 personnes qui seraient réputées avoir une activité, à défaut d'avoir un emploi puisque, une heure de travail suffit. Cela fait quand même 12 % des chomeurs ANPE et 17 % des jeunes de moins de vingt cinq ans.
Il s'agit de la cohorte de tous les "petits boulots", légaux ou illégaux, dont les 5,9 % de chômeurs - soit 150 000 - autorisés à pratiquer une activité réduite en vertu de dispositions, encore améliorées par le " plan emploi " de septembre 1989 qui a porté le contingent maximal d'heures à 750 par an. Toutes les variations sont possibles, de la paire d'heures de travail au mi-temps.
C'est dans cette frange que le cabinet du ministre du travail décèle les cas de cumul d'une inscription à l'ANPE, voire d'une indemnisation par l'UNEDIC, avec la pratique régulière d'une activité déclarée. Impossible à mesurer, le phénomène aurait tendance à s'étendre, d'après les directeurs départementaux de l'emploi. Beaucoup d'intérimaires, toujours entre les deux situations par nature, se maintiendraient en permanence sur les listes de demandeurs d'emploi.
Enfin, il conviendrait d'ajouter toute la partie immergée du travail non déclaré avec cette réserve que, par hypothèse, elle ne se retrouve pas dans les créations d'emploi, mais peut contribuer au maintien officiel dans le chômage. De nombreux élus locaux, - 12 553 lettres ont été adressées au ministre du travail - expliquent les multiples " combines " qui peuvent exister. De même, des chefs d'entreprise évoquent les refus d'emploi de la part de personnes régulièrement inscrites à l'ANPE.
En mai 1989, une opération spéciale, montée entre l'ANPE et le patronat de la métallurgie de l'Isère, a servi d'indicateur. Pour 150 postes proposés, l'Agence retint 236 candidats potentiels dont 104, seulement, se sont présentés. Les autres prétendaient avoir retrouvé un emploi ou un stage, ont été radiés ou, pour 40 d'entre eux, " relevaient plutôt du RMI ".
" Il faut comprendre, précise-t-on au ministère du travail pour nuancer. 180 000 personnes par an retrouvent un emploi grâce à l'ANPE et 500 000 inscrits se placent directement alors qu'on peut évaluer le volume des embauches à 9 millions. Il est clair que l'immense majorité de l'emploi échappe au contrôle et donc aux chômeurs ".
La confusion des statistiques ne serait pas totale si un autre phénomène de brouillage ne consistait pas en sens contraire, soit à accepter la présence dans les listes du chômage de personnes au nom du traitement social, soit à en retirer d'autres, qui pourraient légitimement réclamer de toujours travailler et sont indemnisées pour ne pas le faire. Dans son groupe de 607 000 personnes qui ne sont pas chômeurs au sens du BIT, l'INSEE en compte 300 000 qui devraient être considérés comme inactifs.
Il s'agit des gens (130 000) qui ne peuvent pas travailler pour des raisons familiales ou de santé. Ou, encore, - et c'est plus grave parce que la notion n'avait pas été reconnue en France jusqu'à présent - ceux (170 000) qui ont abandonné toute recherche d'un emploi et dont les perspectives de réinsertion sont incertaines, les " chômeurs découragés ". Leur nombre a doublé en quatre ans, sans que la reprise de l'emploi ait eu une quelconque influence positive. La moitié de ces travailleurs découragés ont cinquante-cinq ans et plus.
Alors que le marché du travail devient plus actif, les chômeurs sont de plus en plus désabusés, passé la cinquantaine. Près de 100 000 personnes de plus de cinquante ans, en mars 1989, reconnaissaient ne pas avoir effectué de démarches pour la recherche d'un emploi, contre 40 000 en mars 1986. Un inscrit sur trois de plus de cinquante-cinq ans ne cherche pas ou plus. Si l'on ajoute ceux qui ont bénéficié d'une dispense de recherche d'emploi, officiellement offerte par les pouvoirs publics pour diminuer le nombre de chômeurs, soit 230 000 personnes de fin 1984 à mars 1989, il faudrait actuellement estimer à 300 000 les travailleurs découragés de plus de cinquante ans...
Que ressort-il de ces notations éparses et contradictoires ? A l'évidence, que la nature de l'emploi a été bouleversée au cours du temps et que, bien loin de ramener à la norme, la reprise s'est alimentée de cette métamorphose. Une adaptation est en cours qui peut la rendre durable et justifie les actuels débats sur le travail temporaire, la précarité ou même le travail clandestin.
Parallèlement joue le fort mouvement de création d'emplois apparu depuis plus de deux ans et qui atteint maintenant l'industrie après s'être longtemps appuyé sur la croissance des services. Aujourd'hui, les ouvriers adultes, y compris non qualifiés, en profitent mieux que les femmes, salariées du tertiaire.
Ironie, également: les comptes de l'emploi sont aussi flous que ceux du chômage. Cette année encore, l'INSEE annonce une augmentation des effectifs salariés de l'ordre de 200 000. L'UNEDIC table sur une croissance d'environ 400 000 . Là encore, qui faut-il croire ?
PIERRE PFLIMLIN, c'est connu, n'a pas beaucoup de tendresse pour les journalistes, surtout " les porteurs de micro... ceux qui ne connaissent rien, débarquent en pensant tout savoir et vous harcèlent de questions souvent stupides ". Il a cependant accepté de se livrer, à sa façon, pudique, à deux éditorialistes des Dernières Nouvelles d'Alsace, Jean-Louis English et Daniel Riot, qui viennent de réunir les longs entretiens qu'ils ont eus au cours des dernières années avec le dernier président du conseil des ministres de la IV République, l'ancien maire de Strasbourg et l'ancien président du Parlement européen.
On se précipite d'abord sur le chapitre consacré à mai 1958, durant lequel Pierre Pflimlin était, suivant les propres termes du président de la République d'alors, " la dernière carte " de René Coty pris dans la tempête des événements d'Algérie. " Lorsque survient le drame, on est seul avec sa conscience. Très seul ", dit Pierre Pflimlin, qui veut encore rester d'une grande discrétion sur l'entrevue qu'il eut, dans la nuit du 26 au 27 mai, chez le conservateur du parc de Saint-Cloud, avec le général de Gaulle.
Les deux hommes ne s'étaient jamais vus. " Je trouve Pierre Pflimlin calme et digne ", écrit le général dans ses Mémoires. Et en écho cette simple confidence de son interlocuteur : " Ce que je peux dire, c'est que cet entretien s'est déroulé de façon très digne, entre deux hommes qui avaient le sens des responsabilités à l'égard de l'Etat. " Et encore : " Nous avions certainement quelque chose en commun à ce moment-là, c'était le souci du respect de la légalité. "
Pierre Pflimlin restera ministre du général de Gaulle jusqu'en 1959 et de Georges Pompidou pendant quelques mois de 1962, jusqu'à ce qu'éclate son désaccord avec les idées européennes du chef de l'Etat.
Il serait faux de penser qu'ensuite, retiré sur ses terres alsaciennes, Pierre Pflimlin allait se consacrer à une paisible retraite. Rien de tel. Il va continuer à mener de front deux grands chantiers : l'aménagement de Strasbourg - dont il sera maire de 1959 à 1983 - et la construction européenne. De ses deux préoccupations - ses deux passions - il parle volontiers. Insistant par exemple sur " le sérieux combat à mener... pour Strasbourg capitale européenne ". Combat, il insiste, qui doit être conduit " en dehors des clivages politiques ". Ancien président du Parlement européen, il cite les sources de son action. " Quand Robert Schuman, dit-il, proposait dès le 9 mars 1950 de créer une communauté du charbon et de l'acier, il ajoutait aussitôt qu'il s'agissait de la première étape vers la fédération européenne. " Quarante ans après, Pierre Pflimlin commente : " Il faudra donc faire un pas en avant considérable : ériger enfin une autorité politique en matière de défense et devenir un partenaire égal des Etats-Unis et de l'Union soviétique. "
La discrétion et la noblesse de caractère de Pierre Pflimlin lui font éviter toute appréciation trop directe sur les acteurs politiques d'aujourd'hui. Il corrige cependant un jugement sur Mgr Elchinger, ancien évêque de Strasbourg : " Il n'est pas l'intégriste réactionnaire que certains croient ou veulent faire croire : c'est un grand chrétien généreux, ouvert. " Il a cette appréciation sur François Mitterrand : " Je l'ai toujours trouvé très intelligent : il a l'avantage de réunir les qualités de l'homme d'Etat, du fin tacticien politique et de l'homme de culture. " Mais il élude les questions sur ses deux successeurs à la mairie, son ami Marcel Rudloff (UDF-CDS), battu par la socialiste Catherine Trautmann : " Chacun est en état d'assumer ses responsabilités. "
Ces quatre cents pages ne sont pas des Mémoires mais, plus modestement, des fragments d'une vie publique. Elles permettent de parcourir un demi-siècle d'histoire à travers le regard d'un homme perspicace, volontaire, souvent attachant et jamais désabusé.
VOICI les Français saisis par la passion européenne. Convertis avec vingt ans de retard à l'idée d'une Europe unie, ils l'idolâtrent au point d'en faire leur dernière idéologie. Demandez à nos hommes politiques de quelle façon traiter nos maux, petits ou grands, ils vous répondront tous : " L'Europe ! L'Europe ! " François Mitterrand, à l'occasion des vÓux du Nouvel An, a donné l'estocade à ces fantasmes. En lançant l'idée d'une confédération paneuropéenne, il a du coup minoré, sinon enterré, celle d'une Europe des Douze, tirant ainsi, sans le dire, les conséquences du chambardement en cours devant lequel les Occidentaux continuent de parler et d'agir comme si rien ne s'était passé.
- Les forces populaires qui y ont imposé la démocratie imposeront demain, de la même façon, leur volonté aux dirigeants, si grands soient-ils, de l'Ouest comme de l'Est. Les tentatives de récupération politique seront vaines, la reprise en main par la force trop coûteuse pour l'URSS.
- La libération en cours va faire surgir de nouvelles nations, conscientes de leur identité, de leur frontière, de leur particularisme, qui, indifférentes à l'ordre moribond de Yalta, vont affirmer leur vocation européenne.
L'Europe des Douze, à ambition supranationale, va se dissoudre dans une Europe des douze nationalités, celle-là même qu'avait tracée en 1920 le traité de Versailles.
Pour la même raison que la Pologne s'est libérée, l'Allemagne va se réunifier. Malgré la divergence des mentalités dans les deux Etats qui la composent, l'unité du peuple allemand l'emportera, et nulle puissance ne pourra s'y opposer ni même en contrôler la réalisation.
Cette perspective donne à l'Allemagne fédérale un visage nouveau. Déjà elle n'agrée plus rien sur le plan communautaire qui ne puisse s'appliquer à la RDA. Déjà, profondément pacifique et tournée tout entière vers la conquête économique, donc vers le monde, elle se sent à l'étroit dans la Communauté. L'axe Paris-Bonn l'intéresse moins. Elle regarde désormais vers une " Mittel Europa " et, au-delà, une URSS qui l'ont déjà choisie comme partenaire privilégié pour assurer leur modernisation.
Le centre de gravité de l'Europe va se déplacer vers l'Allemagne, dont les jeunes générations ne cachent pas qu'elles sont prêtes à sacrifier, s'il le faut, la Communauté des Douze et l'alliance atlantique à sa réunification. L'URSS saura l'exploiter.
C'est de l'évolution interne de l'URSS que va, en dernier ressort, dépendre la carte politique de l'Europe. En laissant les pays satellites se libérer du communisme, et en proposant inlassablement la réduction des armements et le retrait des troupes étrangères d'Europe, Mr Gorbatchev décharge l'économie soviétique d'un fardeau qui la ruine ; mais il rend aussi crédible la " maison européenne " qu'il offre en lieu et place d'une Europe des Douze ainsi déstabilisée.
Voici la Communauté séduite et la gorbimanie à son comble ! Et pourtant, avant de se prononcer, il faudrait attendre que l'URSS, vivant son heure de vérité, nous révèle, enfin qui est Mr Gorbatchev. Va-t-il agir dans son empire comme sur son glacis : décoloniser et laisser dépérir progressivement le communisme ? Ou va-t-il, au contraire - lui ou un successeur plus brutal et plus conservateur, - tenter de consolider à l'intérieur, fût-ce au prix du sang, ce qu'il a abandonné chez les autres ?
Dans le premier cas, la " maison européenne " aura un attrait irrésistible, et l'Europe qu'elle rassemblera sera une Europe des nations. Dans le second cas, elle se fractionnera en plusieurs blocs : Europe de l'Ouest, Allemagne, Europe centrale, URSS.
Devant ces perspectives nouvelles, rien ne peut se faire comme avant, et rien ne peut se décider rapidement. L'achèvement du marché commun, l'abandon des frontières, encore nombreuses, qui limitent son fonctionnement, s'imposent à l'évidence plus que jamais.
L'harmonisation fiscale, budgétaire ou sociale est dans la logique de l'institution. Pourtant, vouloir trop et trop vite uniformiser au sein des Douze des pays radicalement différents ne peut que créer des distorsions et des inégalités insupportables pour eux : les Etats sont encore des garde-fous nécessaires pour protéger les faibles. Il faut ménager les transitions.
L'union monétaire ne dépend que de l'Allemagne. Acceptera-t-elle de prendre en charge la faiblesse des autres ? Rien n'est moins sûr. Le projet d'une union politique soulève des problèmes d'une tout autre nature. Il existe dans l'Europe des Douze deux catégories de pays : ceux qui se sont donné les moyens d'assurer leur indépendance et leur sécurité, et les autres.
Alors que tout va pousser au désarmement de l'Europe, la France dispose des attributs de la souveraineté. Doit-elle l'abandonner à un exécutif européen qui pourrait, à la majorité de ses membres, sacrifiant tout à l'économie et cédant au pacifisme des peuples, renoncer à toute diplomatie active et désarmer unilatéralement l'Europe ?
La configuration potentielle de l'Europe est trop incertaine, l'impuissance des Douze trop manifeste chaque fois qu'ils veulent parler d'une seule voix ou faire progresser leur défense, pour que notre pays accepte l'accélération d'un processus qui le forcerait à abandonner tout ce qui a fait sa force et son originalité au sein de la Communauté et qui l'empêche d'y être marginalisé.
Remettre le destin national entre les mains d'un gouvernement fédéral ne sera légitime que le jour où s'établira clairement un nouvel équilibre des forces en Europe et un accord sur une politique qui en assure la sécurité et l'indépendance.
En attendant, prudence ! Prudence archaïque, diront, bien sûr, ceux qui n'ont connu que la paix et qui rêvent d'une fraternité des peuples. Même si celle-ci semble avoir fait d'immenses progrès en Europe depuis cinquante ans, on ne peut pour autant ignorer les éternels et cruels retours de l'histoire !
DES Jeunesses hitlériennes aux gamins-gardiens des grandes révolutions, tous les régimes totalitaires se sont appuyés sur les enfants. Le totalitarisme, c'est le mariage monstrueux de la politique et de l'enfance.
On était donc en droit d'attendre de la Convention des Nations unies sur les droits de l'enfant qu'elle tire les leçons du siècle et qu'elle prononce à tout jamais la nullité d'un tel mariage. Or elle a fait exactement le contraire.
Qu'a-t-il été décidé, en effet, à l'unanimité et après dix longues années de négociations épuisantes ? Qu'il était temps de mettre un terme à l'inégalité des générations. Que l'adultocratie avait assez duré. Que les privilèges de l'âge étaient aussi scandaleusement arbitraires que les privilèges du sang. Que le droit à l'information, le droit de s'exprimer et de répandre ses idées, le droit de se réunir et de former des associations, le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion qui avaient été monopolisés pendant des millénaires par la caste des grandes personnes devaient être étendus aux moins de dix-huit ans. Bref, que les enfants n'étant pas des mineurs mais les membres d'une minorité, le moment était venu de les libérer de la domination de la majorité, à l'instar de ce qui avait été fait, après des siècles de lutte, pour les femmes, les Noirs, les juifs, les homosexuels et tant d'autres communautés opprimées ou marginales.
Certes, tout n'est pas joué, et la route qui va des principes à leur application est encore longue, même en France, pays évolué, " performant dans le domaine législatif sur la protection physique et morale ", mais, nous dit Mme Hélène Dorlhac, secrétaire d'Etat à la famille, " plus limité sur l'enfance citoyenne (1)". Il n'empêche : une véritable révolution mentale a eu lieu le 20 novembre 1989 à l'ONU. Comme l'écrit Jean-Pierre Rosenczveig, directeur de l'Institut de l'enfance et de la famille, " c'est une approche totalement nouvelle de l'enfant. L'enfant est appréhendé comme une personne. C'est en ce sens que je pense que la Convention est tournée vers le vingt et unième siècle. On sort de l'idée que l'enfant est un petit être fragile à protéger contre autrui et contre lui-même pour lui reconnaître une citoyenneté. Beaucoup de gens disent encore à propos de l'enfant: " Il faut le préparer à être citoyen. " La Convention vient dire : " Non, il est citoyen (2). "
Mais si l'enfant est déjà un homme, comment le soustraire aux pressions que les hommes exercent sur lui ? Le traiter à égalité avec l'adulte, affirmer qu'il est responsable de ses actes, qu'il faut le croire sur parole et prendre ses adhésions pour argent comptant, ce n'est pas le respecter ou le défendre, c'est garantir l'impunité à ceux qui le manipulent. Déclarer que l'enfant n'est pas un être fragile, ce n'est ni lui donner de la force ni lui donner des droits, c'est, au moment même où l'on fait de l'enfance non plus un âge mais un absolu, le priver du droit à l'enfance. Voir en lui une personne achevée et non une personne en devenir, c'est, sous l'apparence du libéralisme le plus généreux, lui dénier férocement la légèreté, l'insouciance, l'irresponsabilité qui sont ses prérogatives fondamentales pour l'exposer, alors qu'il est sans défense, à tous les conditionnements et à toutes les convoitises.
Soumettre chaque problème politique à l'arbitrage des nouveaux venus sur la Terre, c'est faire de ceux-ci non des sujets autonomes, comme le prétendent les journalistes et les sondeurs en plein accord avec la philosophie de la Convention, mais du gibier de démagogues : à modifier aussi spectaculairement la condition enfantine, en effet, on ne ferme pas la chasse à l'enfant, on innocente le chasseur et on incrimine à sa place celui qui s'aviserait encore de vouloir combattre ses agissements.
Pour le dire autrement : l'ennemi des nouveaux amis de l'enfant n'est pas le doctrinaire friand de cervelles fraîches et malléables ni le publicitaire jetant, tout sourire, son dévolu sur Sa Majesté le bébé-client ; l'ennemi des nouveaux amis de l'enfant est le maître d'école voué à la tâche anachronique et désormais sacrilège de former le jugement de ses élèves. Car le propre de l'être humain, c'est de penser. Or - qui osera encore le nier ? - l'enfant est un être humain à part entière. Donc, comme le dit encore Jean-Pierre Rosenczveig, " il pense. Un enfant n'a pas seulement des sentiments, il a des opinions (3) ". L'enfant, pour ses nouveaux amis, est doté des mêmes propriétés que Minerve dans la mythologie gréco-latine : il n'a nul besoin d'attendre sa majorité pour accéder à la maturité ; c'est au complet, tout armé d'intelligence, d'indépendance d'esprit et du badge "Touche pas à mon pote ! " qu'il sort du ventre de sa mère. Et le maître d'école ne révèle à leurs yeux que sa morgue d'adultocrate dès lors qu'il ne se contente pas d'adapter l'enfant aux exigences de la vie professionnelle, mais qu'il prétend l'élever à l'autonomie et lui donner les moyens de penser par lui-même, comme s'il ne les avait pas déjà par droit de naissance.
Qui a dit à propos de l'enfant : " Il faut le préparer à être citoyen ? " Condorcet et Kant. Qui a dit, au contraire : " Non, il est citoyen ? " Hitler, Pol Pot, Mao, Khomeiny et Staline. Les nouveaux amis de l'enfant détestent sincèrement, viscéralement Hitler, Pol Pot, Mao, Khomeiny et Staline. Mais dans leur beau souci de ne pas laisser l'enfant à la porte des droits de l'homme, c'est à Kant et à Condorcet qu'ils déclarent la guerre.
Dans les années 30, en Union soviétique, un enfant-citoyen a dénoncé comme koulaks son père et sa mère. Il s'appelait Pavel Morozov, et l'on peut parier que lorsqu'il se réunissait avec les autres enfants, ce n'était pas pour parler de patins à roulettes ou de hockey sur glace, mais pour parler de l'exploitation de l'homme par l'homme. On peut penser aussi que l'Histoire lui ouvrait les bras, lui murmurait ses mots tendres : " Tu n'es pas un enfant, tu es un homme, viens ! J'ai besoin de toi pour m'aider à édifier le socialisme... ", et que, s'il a livré ses parents, c'est qu'il n'a pas su résister à l'attrait de cette vertigineuse étreinte. Et l'Etat soviétique reconnaissant a dressé une statue à l'enfant-citoyen pour bien montrer que l'autorité parentale était un concept bourgeois dont l'humanité en marche n'avait plus que faire.
Il y a peu, cette statue a été déboulonnée, et Pavel Morozov est tombé, après sa mort, dans la poubelle de l'Histoire où il avait jeté tout vifs son père et sa mère. Pas pour longtemps. Les nouveaux amis de l'enfant viennent de l'en retirer et de lui offrir beaucoup mieux qu'un monument de bronze : une version sur mesure des tables de la Loi.
Après la chute sans violence du mur de Berlin est venu le temps des incertitudes. Après la libération de la Roumanie au prix de sang de ses fils est venu le temps des interrogations.
L'immense élan de solidarité et la découverte, par certains, du grand capital d'amitié dont nous disposons toujours là-bas ne doivent pas permettre d'oublier la question qui s'impose : la France, patrie des droits de l'homme - pour ne pas parler de l'Occident tout entier - est-elle coupable de silence ? Aujourd'hui, nous nous précipitons, mais hier, qu'avons-nous fait pour tenter d'aider le peuple roumain ou, à tout le moins, condamner publiquement un régime inhumain ?
Force est de constater que nos gouvernements de gauche ou de droite, nos intellectuels, nos médias, nos organisations de défense des droits de l'homme n'ont guère brillé dans la dénonciation du système communiste roumain. Durant la vingtaine d'années où le dictateur a plongé son pays dans la terreur et la misère, une voix s'est-elle élevée pour réclamer des sanctions économiques ou un boycott, ou le gel des relations diplomatiques ou sportives ? En 1989 encore, des équipes roumaines sont venues en France sans provoquer la moindre réaction. Le socialisme aux couleurs du nationalisme a servi de manteau de Noé à Ceausescu. Il faudrait à l'avenir, sur le plan des relations internaionales, regarder de plus près ce qui se cache derrière les étiquettes et les détournements de vocabulaire.
Les tueries en Roumanie ne doivent pas faire oublier celles de Chine, d'Algérie, du Cambodge etc., qui étaient elles aussi dans la droite ligne d'une idéologie qui depuis soixante-dix ans prétend instaurer un monde plus juste. Entre Hitler, Staline, Mao, Pol Pot, Ceausescu et Compagnie, on ne sait à qui décerner le prix Nobel de la guerre contre son peuple. L'idéologie, qu'elle soit fasciste, communiste ou intégriste, n'a-t-elle pas été dans ce vingtième siècle finissant le mal absolu ?
MOINS déterminant qu'il ne le fut dans le passé, le poids de l'économie américaine, pour ne parler ici que d'" économie ", reste et restera - quelle que soit la tournure prise par les événements en Europe - suffisamment lourd pour ne pas se faire oublier. Il est une autre raison pour s'intéresser de près à ses points forts mais aussi à ses faiblesses, qui sont à peine moins évidentes.
Soit par mimétisme - cas, en gros, de la France et de la Grande-Bretagne, - soit - cas plus général - en vertu de la logique perverse du système dollar, qui continue à régner sur le monde pliant à ses exigences non seulement les marchés monétaires et financiers, mais aussi, dans une large mesure, les courants d'échanges portant sur les marchandises et services), les faiblesses américaines sont aussi les nôtres. L'évolution récemment constatée sur les marchés des changes en est, hélas ! une illustration presque parfaite.
Dans ce domaine, pourtant, il peut paraitre absurde, à première vue, de parler de faiblesse partagée. Si le dollar baisse, c'est évidemment par rapport aux autres grandes monnaies convertibles, et donc pratiquement par rapport aux monnaies européennes et par rapport au yen, lesquelles sont alors en hausse. Cependant, le deutschemark, une fois de plus en tête du mouvement ascensionnel, est à grand pas en train de devenir une devise " forte " au sens américain du terme. Autrement dit dans un sens très fragile et très relatif.
Le signe presque infaillible de la bonne santé intrinsèque d'une monnaie, c'est des taux d'intérêt bas, sauf, bien sûr, si ce bas niveau est obtenu artificiellement par des interventions systématiques de l'Institut d'émission visant à faire monter le cours des créances, mais dans ce cas le phénomène ne durera pas longtemps. Or, il n'est plus guère que le yen - et encore de moins en moins - pour satisfaire à peu près à cette définition. Emprunter en Allemagne et en Suisse est devenu cher.
Le " consensus ", comme on dit aux Etats-Unis (mais pour ajouter aussitôt, les cuisantes déconvenues du passé aidant : c'est donc autrement que les choses se passeront !), semble s'établir présentement autour d'un pronostic sans éclat : le ralentissement de l'activité, déjà sensible, risque de gagner un secteur après l'autre. Le résultat le plus probable est pour l'année qui commence une croissante faible, voire une légère recession ; la politique, réelle ou supposée, du Fed consistant à relâcher prudemment les rênes du crédit serait ainsi bien partie pour réussir, menant, pour employer le cliché à la mode, à un atterrissage en douceur (soft landing) de l'économie et de la monnaie américaines.
Mais les investisseurs, professionnels ou privés, doivent évidemment être plus précis pour orienter leurs placements. On trouve parmi eux toute la gamme des opinions. Un phénomène nouveau attire l'attention : le très net coup de frein donné par les banques au crédit, dont le formidable essor - cela est enfin très largement reconnu - a été un des traits fondamentaux des sept dernières années d'expansion (et de gains boursiers énormes). Prêteriez-vous encore à Campeau (cette société canadienne qui possède plusieures chaines de distribution aux Etats-Unis et dont les déboires financiers défraient la chronique) demande un bon observateur. Mais cela signifie-t-il que les taux vont monter à cause des énormes besoins de liquidités d'une économie où les débiteurs sont massifs (l'Etat fédéral et ses " agences ", ainsi désormais que beaucoup d'administration locales) et innombrables (sociétés et particuliers), ou bien, au contraire, vont diminuer, beaucoup d'emprunteurs potentiels renonçant à leurs projets de dépenses (tant d'investissement que de consommation) ? Sur cette question cruciale, simple à formuler, difficile à résoudre, les gestionnaires les plus en vue sont divisés.
Quand les commentateurs les plus réputés en étaient encore à ne s'intéresser qu'à l'évolution des grands agrégats de la comptabilité nationale, d'où les notions de capital et d'endettement sont absentes par construction, un petit groupe d'économistes anglophones publiant à Montréal sous la direction d'Anthony Boeckh un bulletin mensuel appelé The Bank Credit Analyst s'était attaché à recueillir et à analyser le maximum d'informations concernant le crédit. Son travail s'inspirait de l'idée, confirmée par l'histoire, que les oscillations du crédit n'ont cessé de régler tout au long des deux cents dernières années la succession des phases d'expansion et de récession (ou de dépression). Dans leur dernier supplément annuel du mois de janvier (" Outlook 1990 "), ils se demandent pourquoi les Etats-Unis sont devenus une nation à ce point " non liquide ", la liquidité étant définie par eux comme la capacité pour un débiteur quelconque de faire face à une soudaine demande de remboursement.
Et d'abord cette remarque préliminaire : " Le processus à travers lequel une économie perd sa " liquidité " est long et complexe. Il reflète tant des changements de structure que des habitudes différentes de la société. Détenir des liquidités implique pour les individus, les sociétés, les banques à la fois un coût et un avantage. Le coût est constitué premièrement par le manque à gagner résultant de la moindre rentabilité des actifs liquides (1) par rapport aux actifs non liquides, et deuxièmement par la renonciation à faire usage en totalité de sa capacité d'emprunt. L'avantage de garder une position d'ensemble liquide est d'une part un moindre risque et une moindre vulnérabilité devant les imprévus désagréables, et d'autre part une marge de manÓuvre accrue pour saisir au vol les occasions favorables qui peuvent se présenter. "
CES lignes se dispensent de commentaires. Elles permettent d'emblée d'identifier la cause première d'une dérive vers un endettement croissant et disproportionné, d'abord synonyme de liberté vis-à-vis des règles d'une gestion trop étriquée et pusillanime, ensuite, à partir d'un certain seuil, paralysante. En termes non financiers, mais ô combien applicables à une certaine pratique des affaires de plus en plus répandue, en tout premier lieu dans le monde anglo-saxon (les golden boys) : l'obsession du " tout, tout de suite ". La tentation est d'autant plus irrésistible que, écrivent encore nos auteurs, " une première phase, l'accroissement des dettes et l'érosion de la liquidité, a un effet stimulant. Ceux qui s'y livrent avec le plus d'entrain paraissent les plus avisés... ".
Ces considérations amènent les analystes de Montréal à constater qu'au fil des ans les Américains en général ont laissé s'émousser un à un les principes d'une saine gestion financière. La formulation qu'ils en donnent pourra paraitre parfois banale, sinon vieux jeu. Il se fait pourtant que, pour l'essentiel, elle rejoint des préoccupations qui refont surface, et apporte de l'eau au moulin au débat que plusieurs économistes de renom, et non des moindres, sont en train, par leurs critiques, de faire revivre sous une forme moderne.
Un premier principe qu'il conviendrait de respecter, écrivent Boeckh et ses amis, est le suivant : " Il devrait y avoir un lien entre l'émission de monnaie et la création de nouveaux biens et services offerts sur le marché. " Rappelons ici que, sous le régime de l'étalon-or, régnait une doctrine selon laquelle une banque ne pouvait porter à son actif que des créances self liquidating. Le modèle en était le crédit accordé à un industriel pour trois mois afin de lui permettre de financer la production d'articles vendus pendant le même délai. Ce système avait ses failles et ses rigidités, mais on s'est porté à l'autre extrême.
Autres principes qu'on a cessé aux Etats-Unis (pas seulement aux Etats-Unis, comme cela va ou devrait aller sans dire) de prendre en considération : " Les institutions financières devraient aligner l'échéancier de leurs engagements (dettes) sur celui de leurs rentrées de fonds liquides, et se garder de la tentation d'emprunter à court terme pour prêter à long terme. Cette dernière pratique, considérée désormais par certains comme inhérente au métier de banquier, nous la dénommons, en France, transformation. "
Maurice Allais, prix Nobel en science économique, y voit une des sources principales, sinon la principale source, du désordre financier ambiant. La solution radicale qu'il propose : interdiction aux banques de dépôts de faire des crédits et obligation faite aux institutions destinées à se spécialiser dans cette dernière activité de financer toute avance de fonds sur des ressources d'échéance plus longue.
SOUS une autre forme et en conclusion d'un raisonnement en partie différent, un expert américain, Mr Lowell Bryan, ayant travaillé notamment pour la firme McKinsey, vient de recommander une solution très voisine dans un ouvrage traduit en français et préfacé par André Lévy-Lang (président de la Compagnie bancaire) qui a fait du bruit dans la profession (2). " On ne devrait se permettre aucun endettement permanent auprès des banques. "
Cette proposition est essentielle, elle fournit la clef de la " liquidité ", tant pour chaque particulier et pour chaque société que pour l'économie tout entière. Mais elle est non seulement ignorée mais délibérément bafouée par ceux qui devraient veiller à son respect. Le perfectionnement de la perversion consiste dans le fait que c'est le créancier, en l'occurrence le banquier, qui, sur une échelle jamais vue, encourage l'endettement permanent avec les résultats qu'on a déjà vus avec le Mexique (le dernier avatar de cette politique, c'est l'essor du " crédit personnel ").
Aussi nous arrêterons là une énumération qui pourrait passer pour un rappel à l'ordre du genre " prêchi-prêcha ". Non toutefois sans avoir cité cette précision donnée encore par le Bank Credit Analyst : " Beaucoup de crédits prétendument à court terme sont accordés à des entreprises qui, elles aussi, ne sont pas liquides et ne seront jamais en mesure de rembourser leurs créanciers. " Cette dernière observation rejoint cette remarque d'Alain Minc faite il y a plus de dix ans : " Le vrai long terme, c'est de nos jours le plus souvent le court terme. "
Les prélèvements obligatoires concernent non seulement les recettes fiscales mais aussi le besoin de financement des administrations publiques (déficit public) qui correspond aux impôts sur les générations futures.
La différence entre le taux d'épargne brute et le taux d'investissement ( formation brute de capital fixe ) n'est pas égale au solde de la balance courante des paiements car d'autres éléments ( comme la variation des stocks , certains investissements autres que la FBCF , etc. ) doivent être pris en compte.
Commencées le mercredi 3 janvier, les cérémonies des vÓux à l'Elysée se sont achevées, vendredi après-midi 5 janvier, avec la réception du personnel de la présidence de la République, qui suivait celle de la presse et des " forces vives ". Le matin, Mr François Mitterrand avait échangé des souhaits de Nouvel An avec les bureaux des assemblées (Sénat, Assemblée nationale et Conseil économique et social), la municipalité de Paris, les autorités religieuses et les armées. A l'occasion de cette série d'échanges, le chef de l'Etat a longuement évoqué la situation internationale, et plus particulièrement l'évolution des pays de l'Est, qu'il a fréquemment rapprochée de 1789. Il a également traité de plusieurs sujets de politique intérieure, et notamment des institutions, refusant, au passage, d'envisager une mesure de grâce en faveur du militant libanais pro-iranien Anis Naccache, qui poursuit sa grève de la faim à la prison de Fresnes après avoir été condamné à la réclusion à perpétuité. Nous publions ci-dessous les principaux extraits des déclarations du président de la République.
Responsabiliser les citoyens. - Mr Mitterrand, recevant les " forces vives de la nation ", (syndicats, associations caritatives et de défense des citoyens) a invité les Français à se sentir " individuellement des citoyens responsables ". Il a incité tous les dirigeants, à tous les niveaux, à " remettre sans cesse leur ouvrage sur le métier ". " Il faut repriser tous les jours le travail fait la veille, car il y a toujours un fil qui part ", a-t-il expliqué.
Intégration et droit d'asile. - Devant les autorités religieuses ( mais en l'absence de représentants de la communauté islamique), Mr Mitterrand a assuré que la tradition de la France d'être une terre d'asile n'est pas remise en cause. Lors d'une conversation à bâtons rompus, selon Mr Védrine, qui en rapportait la teneur, Mgr Lustiger, le rabbin Sitruk et le pasteur Stewart ont insisté sur la nécessaire intégration des étrangers et sur les périls du racisme. Ils ont souligné, parmi les conséquences négatives de la polémique sur le foulard islamique, une " intolérance laïque " qui remettrait en question certaines tolérances religieuses depuis longtemps acquises dans les établissements scolaires, comme l'absentéisme du samedi et le port de la kippa pour les élèves juifs, par exemple.
Le rabbin Sitruk s'est déclaré inquiet de la situation des juifs dans certains pays de l'Europe de l'Est et, en particulier, en Allemagne de l'Est . De son côté, le paseur Stewart a ouhaité qe l'aide nécessaire à ces pays ne se fasse pas au détriment du Tiers-Monde.
Condition militaire, défense et désarmement. - " L'effort indemnitaire sera complété sur le plan indiciaire par des mesures qui s'inscrivent dans le plan de revalorisation de la fonction publique en cours d'élaboration ", a assuré Mr Mitterrand, devant les représentants des armées . Selon Mr Védrine, le général Maurice Schmidt, hef d'état-major des armées, avait auparavant évoqué la " grogne " des personnels militaires et avait souligné que l'armée, si elle veut conserver des " cadres de qualité ", doit " offrir des revenus et des conditions de vie de plus en plus comparables " à ce qu'ils auraient dans le civil.
Le chef de l'Etat a souhaité que, " dans la gendarmerie, où le recrutement et les conditions de travail ont beaucoup changé, la hiérarchie reste bien attentive aux problèmes de la base " (Lire ci-dessous).
Avant de réaffirmer sa " confiance " dans les forces armées, il a énuméré quelques " incertitudes " quant à l'avenir comme " le réveil des nationalités ", la question allemande, les risques de " conflits locaux " en Europe, les aspirations à la neutralisation d'une partie de l'Europe.
A propos du désarmement, Mr Mitterrand a émis l'espoir qu'un traité sur le désarmement conventionnel soit signé " avant la fin de l'année " et qu'un accord sur le désarmement chimique intervienne " le plus vite possible ". Il a réaffirmé que la France n'aurait rien eu à gagner à participer au sommet américano-soviétique de Malte, en décembre dernier, dans la mesure où ces deux puissances ont un problème spécifique de désarmement.
Décentralisation, Paris et cantons. - Alors que Mr Jacques Chirac avait formé le voeu que Paris reste le plus près possible des pouvoirs publics et que la décentralisation, " amplifiée ces dernières années ne soit pas remise en cause ", Mr Mitterrand a, selon Mr Védrine, assuré que " Paris occupe la place qui lui revient qui est immense ". Il a précisé qu' il englobait la réflexion de Mr Rocard sur l'organisation de la région parisienne, dans une réflexion globale sur la décentralisation et a ajouté : " La décentralisation, je l'ai voulue. L'évolution du temps, des esprits, fait apparaître de nouvelles possibilités, de nouveaux moyens d'avancer. Je suis partisan d'accroître les responsabilités des élus les plus proches du terrain. Il faut approfondir et réussir cette réforme fondamentale en résistant aux démons bien français du retour subreptice à la centralisation ".
Devant la presse, le chef de l'Etat a confirmé son attachement au scrutin uninominal pour la désignation des conseillers généraux et " pour le maintien de tous ces petits pays qu'on appelle les cantons ". Il s'est également prononcé en faveur de la création de nouveaux cantons " pour rétablir la justice à l'intérieur des départements ", quitte à "élargir les murs des salles de réunion " des assemblées départementales.
Anis Naccache. - " Anis Naccache a été condamné par la justice française après l'assassinat de deux personnes. Il conduisait un commando de cinq personnes. Il a été condamné à perpétuité (...). Un prisonnier ne peut espérer se libérer par une grève de la faim. La condamnation à la prison à perpétuité est dure, mais les crimes commis sont graves. Il peut toujours espérer être libéré le jour venu. C'est un sujet que j'examinerai mais pas en conférence de presse ". Répondant à une nouvelle question, Mr Mitterrand a ajouté : " Si Anis Naccache décide de mourir en prison et qu'on n'ait pas les moyens de l'en empêcher, ce sera sa responsabilité ".
Panama. - L'intervention américaine au Panama est " un cas limite du droit d'ingérence ", selon Mr Mitterrand, qui a poursuivi : " L'aspect lutte contre la drogue emporte l'adhésion (...). En raison de l'extrême sensibilité des peuples de l'Amérique latine, c'est un sujet qu'il faut traiter avec la plus grande prudence. On ne peut pas régler les dossiers internationaux en intervenant dans la souveraineté des pays, mais en même temps l'état de guerre avait été déclaré contre les Américains (...). Il ne faut pas en faire une habitude. Il est difficile de condamner les Etats-Unis d'un bloc et sans réflexion ".
Droit d'ingérence. - " Il est humanitaire, il peut être économique, il ne peut être militaire. "
L'aide à l'Union soviétique. - Pour Mr Mitterrand, " aider les pays satellites de l'Union soviétique est une façon d'aider Mr Gorbatchev ", de même que la création d'une banque européenne à la gestion de laquelle ces pays participeront.
Racisme. - " Je ne supporte pas le racisme. Il y a toujours eu des époques de grande sensibilité à ce phénomène, avec des hommes de talent capables de se faire entendre. Il y a ceux qui cherchent à exploiter certaines émotions, mais ce genre de tentative n'a qu'un temps ", a indiqué devant la presse Mr Mitterrand qui a rappelé les propos qu'il avait tenus sur l'immigration sur Antenne 2 dimanche 10 décembre.
PS. - Interrogé sur les débats préparatoires au congrés du Parti socialiste, Mr Mitterrand a déclaré : " je ne suis pas de ceux qui pensent que l'âge d'or est derrière nous. De mon temps, c'était tout aussi compliqué. Et çà n'a pas mal fini ! (...) Le PS n'éclatera pas, c'est mon pronostic. " Il a ajouté : " Mr Rocard ne faisait pas partie du courant mitterrandiste, mais il vous dira qu'il l'est, et ce sera sincère. Pourquoi les conflits seraient-ils éternels ? ".
Confédération européenne. - " La confédération européenne se complétera à mesure que chaque pays aura conquis ses institutions démocratiques (...). Va-t-on perpétuer l'Europe de 1945 ? Viendra qui voudra, y compris l'Union soviétique, bien entendu et dommage d'ailleurs de ne pas pouvoir dire d'abord l'URSS (...). Je propose un projet, à l'Histoire de me répondre ", a expliqué le chef de l'Etat, qui a précisé que la différence entre son projet et celui de " maison commune ", envisagé par Mr Gorbatchev, est que ce dernier " n'est assorti d'aucune proposition institutionnelle ". Il a ajouté que " l'objectif numéro un est la construction de l'Europe des Douze. Le reste est à inventer ".
EN deux journées, Mr François Mitterrand a fait le tour des sujets d'actualité... quitte à éluder telle ou telle question comme celle sur la " vie interne du Parti communiste français ", à laquelle il ne s'" intéresse pas ". Celle du Parti socialiste ne le rend guère plus disert. Elle lui donne l'occasion d'ironiser à la fois sur le prétendu " âge d'or " qui aurait marqué l'époque où il en était le premier secrétaire et sur le " mitterrandisme " de son actuel premier ministre.
Ses conseils de " remettre des bûches dans le feu sans lassitude " prodigués à Mr Michel Rocard n'auront pas été une exclusivité réservée au gouvernement. Paternel, le chef de l'Etat, recourant à différentes images, a encouragé tout le monde à ne pas laisser l'élan retomber, à " repriser tous les jours le travail fait la veille ". Ne pas se contenter de l'acquis, ne pas laisser les habitudes provoquer de sclérose, tel est le message présidentiel. Un message sans réelle nouveauté mais qui n'en exprime pas moins une intention claire, la volonté de Mr Mitterrand de dissiper l'impression qu'il réserverait son énergie au seul domaine international.
Les relations entre pouvoir exécutif et pouvoir législatif lui ont ainsi inspiré quelques réflexions sur le recours à l'article 49-3, histoire de montrer surtout qu'en tant qu'ancien parlementaire il avait bien reçu le message critique des députés, sans pour autant vouloir lui-même faire des reproches au premier ministre qui abuserait de cette facilité constitutionnelle.
Plus généralement, c'est le crédit du Parlement qui préoccupe le président de la République. Mr Mitterrand invite donc le gouvernement à ne pas déserter les hémicycles, pour ne pas contribuer à la dégradation de leur image. Et il reprend le vieil adage du " Aide-toi, le ciel t'aidera " en assurant les parlementaires et les " grandes formations politiques " qu'il prendra en compte leurs propositions pour " un meilleur usage des textes ".
Manifestant un intérêt intact à la poursuite de la décentralisation, domaine dans lequel il ne faut pas, là non plus, abandonner l'effort, Mr Mitterrand n'a laissé planer aucun doute sur son attachement au système actuel d'élection des conseillers généraux... Tant pis pour ceux dont les tiroirs sont emplis de projets de réforme. Leur restera la consolation de prendre leurs ciseaux pour redécouper des cantons trop peuplés.
Aiguillon, mais aussi guide. La confédération européenne, dont il conçoit le projet, doit permettre de donner à son action extérieure un but clairement perceptible à l'intérieur. Sans que toutefois soit perdue de vue l'impérieuse nécessité de renforcer la structure communautaire des Douze.
L'année qui commence verra moins le président français à l'étranger, mais il ne renoncera pas pour autant aux voyages... Il a compté : il lui reste douze départements qu'il n'a pas visités depuis 1981 et huit régions sur vingt-deux.
" Je n'ai pas l'impression d'être un rentier qui ronfle devant sa télé ", confie Mr Mitterrand. Une façon de répondre à Mr Raymond Barre qui, en octobre dernier, jugeait qu'" une France pépère s'accommodait fort bien d'une gauche pépère ". Et à ceux qui se demandent ce qui lui resterait à faire pour son second septennat, il répond : " Tout. L'essentiel ".
Le bureau politique du Parti communiste a publié dans l'Humanité du samedi 6 janvier une longue déclaration titrée : " A l'offensive pour le rassemblement, l'action, le renforcement du PCF ". Dans celle-ci les dirigeants communistes réagissent fermement à ce qu'ils appellent " un déferlement anticommuniste sans précédent ", et, sans les citer, répondent à leurs différents contestataires qu'ils n'entendent pas modifier leur politique.
Cette déclaration commence par expliquer que " manipulation de l'information, falsification, censure, tous les coups, même les plus ignobles, sont devenus la règle pour tenter d'affaiblir le Parti communiste français ". Elle en rend particulièrement responsable " le pouvoir socialiste " et " les forces de la grande bourgeoisie ". Ce texte explique ainsi que le PCF " ne prétend pas être exempt d'erreurs et de fautes, avoir eu et avoir raison sur tout, mais il peut regarder avec fierté son combat pour les droits des travailleurs, le progrès économique et social, la liberté, la paix et l'amitié entre les peuples au cours de ses soixante-dix ans d'existence ".
Le bureau politique ajoute : " Aujourd'hui sa politique est nouvelle. Le Parti communiste français a changé. Il s'est dégagé de conceptions erronées et d'une stratégie qui a échoué parce qu'elle éloignait de l'essentiel : ce sont les peuples qui font l'Histoire, et cette histoire doit s'écrire au présent (...) ". Il annonce que " partout, pour tous les communistes, l'heure est à la riposte ", que les comités fédéraux et de section " prennent dès mai ntenant les dispositions pour que toutes les cellules soient réunis, afin que tous les communistes puissent donner leur avis, participer aux décisions, aux actions entreprises. Un tract, diffusé immédiatement à cinq millions d'exemplaires, va permettre de faire connaître (...) l'opinion des communistes sur la nature et les objectifs de la campagne anticommuniste ".
Les dirigeants communistes annoncent aussi " la tenue dans tous le pays, pendant les premiers mois de l'année, de meetings ", les fédérations de la région parisienne étant appelées à accorder " toute son importance " à celui qui aura lieu le 11 mars à Paris avec Mr Georges Marchais.
Ils demandent, enfin, à toutes les cellules d'élire, " dès le mois de janvier ", leur bureau et de procéder à une " rencontre rapide de tous les communistes sans exception pour leur remettre leur carte 1990 ".
En juillet 1958, le général de Gaulle est revenu au pouvoir depuis deux mois. Quarante-neuf intellectuels communistes, encore membres du PCF ou l'ayant quitté, créent le Comité provisoire de liaison pour la réunification du mouvement ouvrier. Guère plus nombreux quand paraît, fruit de leur réflexion, le premier numéro de Tribune du communisme, ils estiment que le Parti communiste porte une lourde responsabilité dans la " défaite sans combat " que vient de subir le mouvement ouvrier, et ils ne croient plus possible de lutter de l'intérieur contre la politique de ce parti.
Leur porte-parole est un jeune universitaire communiste, Mr Jean Poperen. Major de l'agrégation d'histoire à vingt-deux ans, spécialiste de Robespierre, il a dirigé, après la guerre, les étudiants communistes, avant d'être soupçonné de fractionnisme et surveillé par la direction, qui l'a fait espionner par un jeune militant, le futur historien Philippe Robrieux. Le groupe est hétérogène : il va de Serge Mallet, bientôt théoricien de la nouvelle classe ouvrière, à François Furet, l'actuel historien de la Révolution française : l'un et l'autre deviendront des cibles privilégiées des polémiques de Mr Poperen.
En 1960, le groupe fusionne avec le Parti socialiste autonome (PSA) et l'Union de la gauche socialiste (UGS), fusion qui donne naissance au Parti socialiste unifié, le PSU. Les forces sont inégales : environ dix mille adhérents pour le PSA, huit mille pour l'UGS, une centaine, tout au plus, autour de Tribune du communisme, mais la composante " communiste " donne du piquant à la nouvelle formation, et Mr Poperen entre au bureau national. Il crée le courant " unitaire ", dont les feux sont dirigés, pour l'essentiel, contre le courant " moderniste " qu'animent Mr Gilles Martinet, puis Mr Michel Rocard. A l'orientation vers les " couches nouvelles ", il oppose le rassemblement de l'ensemble des salariés ; au " contre-plan ", la conquête du pouvoir d'Etat ; au regroupement de la gauche non communiste sous la direction de la " social-technocratie ", le contrat d'unité entre les diverses composantes de la gauche.
Le courant unitaire est, lui aussi, très hétérogène. Y cohabitent d'anciens trotskistes et d'anciens mencheviks, d'anciens pivertistes et d'anciens mollétistes (1), des hommes issus des combats de la Résistance mais, aussi, des dirigeants étudiants, comme Mr Alain Geismar, que mai 1968 rendra célèbre. Au congrès de 1963, il obtient 31 % des mandats, et la majorité absolue échappe aux modernistes, mais les poperénistes seront constamment minoritaires au PSU, jusques et y compris dans le soutien à la candidature de Mr François Mitterrand lors de l'élection présidentielle de décembre 1965.
Désormais, avec la création de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), l'essentiel se passe ailleurs, et Mr Poperen infléchit ses orientations. Plutôt que la réunification du mouvement ouvrier, il défend le rassemblement de la gauche non communiste, qu'il avait, jusqu'alors, combattu. " La lutte pour l'unité de la gauche passe à l'intérieur de la FGDS ", écrit-il en avril 1967. De nouveau battu au sein du PSU, il crée, en octobre, l'Union des groupes et clubs socialistes (UGCS), est exclu du PSU au mois de décembre de la même année - par Mr Rocard - et s'associe à la FGDS le 20 avril 1968.
Ce choix ne se fait pas sans déchirements. L'aile trotskisante du courant l'avait quitté lors du soutien à la candidature de Mr Mitterrand. D'autres amis cessent de suivre Mr Poperen : Mr Geismar est parti, depuis quelque temps déjà, vivre sa vie de syndicaliste ; Mr Claude Bourdet, compagnon de la Libération, décide de rester au PSU. Deux semaines plus tard, les événements de mai 1968 commencent. Par bien des aspects, l'UGCS se sent proche des aspirations du mouvement. Tel n'est pas le cas de la FGDS dans son ensemble, où la défaite électorale de juin 1968 déclenche une crise aiguë.
Les adhérents de l'UGCS sont, alors, précipités dans la tourmente : la constitution, au congrès d'Alfortville, en mai 1969, du nouveau Parti socialiste, qui se fait sans eux et sans Mr Mitterrand ; l'organisation, avec le CERES de Mr Jean-Pierre Chevènement, de la rencontre nationale de Bagneux, réunissant ceux qui ne se satisfont pas du prématuré né à Alfortville ; la candidature, à l'élection présidentielle de juin 1969, de Gaston Defferre, qu'ils se refusent à soutenir ; la participation à la " deuxième session " du congrès constitutif, à Issy-les-Moulineaux, en juillet, alors que Mr Mitterrand boude toujours. Mr Poperen et ses alliés de Bagneux obtiennent près de 10 % des mandats, mai s ils n'intègrent pas la direction. Il apparaît, alors, comme le réel courant de gauche, et son audience progresse : 20 %, en octobre 1970, contre l'alliance au centre.
Arrive le congrès d'Epinay, en juin 1971, et c'est l'erreur. Mr Poperen, qui a mis l'unité avec le PCF au centre de sa stratégie, ne voit pas par quelles médiations elle passe. Bien des alliances lui paraissent possibles : une alliance à gauche, par exemple, ou une large majorité incluant, à la fois, Guy Mollet et Mr Mitterrand, mais se retrouver avec Gaston Defferre et ce que ce dernier évoque pour lui - l'alliance au centre - contre Mollet que, après tout, il estime, c'est inimaginable. Les 12 % qu'il a obtenus sur sa propre motion forment donc, avec Guy Mollet et le premier secrétraire sortant, Alain Savary, une coalition minoritaire.
Ces 12 % étaient, pourtant, significatifs. Le courant Poperen est faible dans les grands départements, mais il est majoritaire dans vingt-sept fédérations petites ou moyennes, de la Haute-Loire au Val-d'Oise. Ce capital, toutefois, fond aussitôt, car une partie des troupes, les jeunes notamment, n'admet pas l'accord avec Mollet. Avec la signature du programme commun de gouvernement PS-PCF-radicaux de gauche, en juillet 1972, Mr Poperen comprend son erreur, mais il se heurte à une autre partie de sa base, qui souhaite maintenir le bloc mollétiste, d'où un nouvel effritement. Au congrès de Grenoble, l'année suivante, Mr Poperen est décidé à rallier la majorité mitterrandiste. Prié de se compter, le courant atteint péniblement 5, 5 % des mandats. Il participe à la synthèse finale et peut prétendre, à ce titre, entrer au secrétariat national, mais les plaies ne sont pas cicatrisées, et il essuie un refus.
Même diminué, le courant existe . La couche des trente-cinq à quarante-cinq ans y est prédominante, et le poids des salariés plus fort que dans les autres courants du PS : 39 % d'ouvriers et d'employés, 19 % de techniciens et d'ingénieurs, 16 % d'enseignants. L'essentiel de son ancrage syndical est à la CGT . L'UGCS, dissoute, a été remplacée par l'ERIS (Etudes, recherches, informations socialistes), qui publie ses Cahiers. Le courant bataille, en 1974, contre l'entrée au PS du vieil adversaire moderniste, " Rocard d'Estaing ", comme Mr Poperen n'hésitera pas à surnommer le futur premier ministre. Au congrès de Pau, en 1975, Mr Poperen accède, enfin, au secrétariat comme responsable de la propagande, Mr Mitterrand voulant compenser ainsi, sur sa gauche, l'éviction du CERES de la majorité.
De marxiste, Mr Poperen est devenu, avant tout, rationaliste. Au congrès de Valence, en 1981, c'est lui qui met en avant la nécessité du " compromis ", alors que, moins d'un an auparavant, il s'indignait que l'on pût envisager de renoncer à " notre programme de rupture avec le capitalisme ". Pour Mr Poperen, numéro deux du PS, derrière Mr Lionel Jospin, les années Mitterrand pourraient s'annoncer calmes et tranquilles, mais le compromis social qu'il appelait de ses vÓux ne s'organise pas comme il l'espérait. La politique de rigueur l'inquiète, même s'il la soutient sans défaillance. La querelle scolaire le fait monter en première ligne des militants de la laïcité. Il dissimule de moins en moins ses désaccords et il regrette que le parti ne manifeste pas davantage son identité par rapport à la politique gouvernementale. Ses relations avec Mr Jospin commencent à se dégrader. Pressentant la défaite électorale de 1986 et son corollaire, la tentation des alliances au centre, il reforme son courant en réunissant, dès le mois de mars de cette année-là, cinq cents de ses partisans à Paris.
L'Óuvre de Gustave Roud puise à une source unique, nait d'un seul lieu. Lieu dont il ne s'éloigna jamais longuement et où il mourut, à soixante-dix-neuf ans, en 1976 : le Haut-Jorat, autour de Carrouge, dans le canton de Vaud en Suisse.
Rien de plus essentiellement éloigné pourtant du réalisme, de l'instinct de clocher, que cette Óuvre tout entière vouée à l'intériorité. Traducteur de Hölderlin, de Novalis, de Rilke et de Trakl, auteur d'un Óuvre rare (1) où l'invisible intimité et la présence au monde s'échangent sans cesse, Gustave Roud a recherché l'" état de grâce poétique ", désiré se tenir dans le seul " temps de la salutation ".
Cet " état " poétique, l'autoportrait de 1919 qui ouvre l'exposition de l'Óuvre photographique de Gustave Roud au Centre Pompidou le définit d'une manière saisissante : la table de travail, la page écrite, le portrait deviné de Mallarmé, la tête enfin du poète appuyée, les yeux ouverts, sur cette table, semblant rêver, à la frontière de la veille et du sommeil, à un au-delà de la page, à " cette vérité lyrique si peu pareille à la réalité ".
La photographie n'est pas un art de l'introspection, ou ne l'est pas directement. Elle a trop à faire d'abord avec la surface des choses ; surface qu'elle réfléchit sans la pénétrer. On peut imaginer que la photographie, que Roud pratiqua toute sa vie, fut comme le complément, le prolongement de l'écriture. Ce qui est sûr, en revanche, c'est qu'elle renvoie à celle-ci et serait, hors de cette référence poétique, décevante, sujette à une interprétation réductrice.
Cela est vrai pour les natures mortes, les portraits, les très beaux paysages en clair-obscur, faisant jouer la lumière et la transparence... Cela l'est également, et peut-être davantage, pour les portraits de jeunes paysans vaudois. Vibrants, dans leur hiératisme, d'une sensualité triomphante et contenue, ces corps évoquent un univers de licence interdite, de désir réfréné. Pour ne pas s'en tenir à un sourire entendu et afin de rendre justice à la démarche du poète photographe, il faut garder en mémoire sa poétique et sa pensée et se reporter aux passages de son Journal (1). La beauté un peu suspendue et figée des images de Gustave Roud est dans cette ouverture du regard, dans cette quête d'une pleine présence à laquelle son Óuvre écrite donne son juste sens.
En 1988, Christian Bobin a préfacé des écrits posthumes, Air de la solitude (Fata Morgana). Outre un volume de la collection " Poètes d'aujourd'hui " (Seghers, 1968), consacré au poète par son ami Philippe Jaccottet et épuisé, on pourra lire le volume de la collection " Qui suis-je ? " due à Gilbert Salem (La Manufacture, 1986).
Son Journal a été en partie publié par Philippe Jaccottet (Bertil Galland, 1982). Gustave Roud, l'Óuvre photographique, Galerie de la BPI, Centre Pompidou, jusqu'au 5 février. Le 11 janvier à 18 h 30, salle Renoir, se tiendra un débat sur le thème " Photographie et littérature ".
C'est un vieux cliché, et ça tombe bien puisque l'on parle de photo : le rock, ce n'est pas seulement de la musique. Il y aussi les images. On peut débattre pendant des heures sur la date de naissance de la musique, savoir si elle est née à La Nouvelle-Orléans ou à Nashville, à la fin des années 40 ou cinq ans plus tard. Mais personne n'en discutera, il y a une icône originelle : Elvis, sa moue, sa veste cintrée, son déhanchement, sa guitare tenue par une ficelle.
Quinze ans plus tard, Claude Gassian a commencé à photographier les rockers. D'abord les grands du début des années 70, les disparus, Hendrix ou Morrison, et les survivants, Who, Stones. Au fur et à mesure que se succédaient les générations, il les a cadrées, les a tirées : le glam rock comme le punk, les héros de clips comme les bêtes de scène.
Même quand il photographie Patti Smith dans un bac à sable, Gassian photographie du rock'n'roll. Son amour pour la musique et ceux qui la font finit toujours par l'emporter sur l'insolite, la mise en scène. Ce qui ne veut pas dire qu'il soit dupe. Voleur d'instants, il attrape le mythe au moment où il s'écroule : Robert Plant, superstar un peu déchue et horriblement fatiguée, ou Paul Young, touriste perdu dans une suite de palace trop luxueuse. Et ces photos font revivre la magie au moment où elle allait s'évaporer.
Dommage que la mise en page et, surtout, l'impression ne soient pas toujours à la hauteur des images.
VIEILLES d'un quart de siècle, les relations entre la France et la République populaire de Chine traversent une passe particulièrement délicate. Après avoir été à l'avant-garde de l'Occident pour reconnaitre Pékin, Paris, qui a souvent pris position pour la défense des droits de l'homme en Chine, se trouve à nouveau en première ligne, cette fois face à l'ire de Mr Deng Xiaoping.
Goutte d'eau qui risque de faire déborder le vase : après le soutien apporté au dalai-lama et la ferme condamnation de la répression du " printemps de Pékin ", dont plusieurs militants ont trouvé asile à Paris, la France vient d'autoriser la vente à Taiwan de six frégates non armées. Le temps pris par Pékin pour rendre publique sa riposte est sans doute lourd de menaces, et les relations entre les deux capitales pourraient bien être prochainement réduites au niveau des chargés d'affaires.
IL y a plusieurs raisons à cette dégradation. D'abord, le mécontentement devant les déclarations françaises en faveur de la défense des droits de l'homme en Chine comme au Tibet d'un régime qui, après dix années d'ouverture, se replie sur un néo-stalinisme pur et dur. Ensuite, le désir de Paris de développer ses échanges dans tous les domaines, sauf diplomatique, avec Taiwan.
Et pour cause : le régime nationaliste, qui poursuit son lent processus de démocratisation, a, contrairement à son rival du continent, de l'argent sonnant et trébuchant. Il est prêt à payer rubis sur l'ongle des produits français, y compris du matériel militaire. On a ainsi parlé de centrales nucléaires, de TGV, tandis que Taiwan achetait des Airbus...
LONGTEMPS prudente pour ne pas heurter la Chine, la France, qui ne voit rien venir du mirifique marché d'un milliard de Chinois et ne cesse de se faire tailler des croupières par ses concurrents traditionnels, avec la connivence de Pékin, a décidé, pour rétablir une balance commerciale déficitaire, d'aller chercher l'argent là où il se trouve. Tout en prenant la peine d'en informer Pékin, afin d'éviter que cette nouvelle politique n'ait trop de retombées négatives.
D'autant que Paris, sans se faire beaucoup d'illusions sur une amélioration à court terme des relations, politiques comme économiques, avec un régime en pleine crise, continue de croire à l'avenir à long terme de la coopération économique avec la Chine. Comment expliquer autrement l'appui officiel conditionnel, apporté au projet grandiose et quelque peu démesuré de Citroën de monter 300000 voitures par an dans un pays qui est en train de réduire sa propre production aux dépens des sociétés étrangères implantées sur place ?
Mais les explications rationnelles pèsent de peu de poids face aux luttes pour la succession du vieux Mr Deng et à la paranoia anti-étrangère qui prévaut actuellement dans une Cité interdite qui, après ses amis occidentaux, vient de perdre ses derniers alliés communistes européens et se retrouve chaque jour encore plus isolée.
Le comité monétaire de la Communauté européenne a annoncé vendredi 5 janvier dans la soirée un nouveau cours pivot, inférieur de 4 % au cours ancien, pour la lire italienne, qui fluctuera désormais avec une marge de 2,25 % autour de ce taux central, au lieu de 6 % précédemment. Les autres monnaies restent inchangées.
Le cours-pivot de la devise italienne, à compter de lundi, sera de 748,217 lires pour 1 deutschemark, contre 720 lires jusqu'à présent, soit une dévaluation nominale d'environ 4 %. Toutefois, les autorités monétaires ont pu éviter d'employer ce terme de " dévaluation ", dans la mesure où le réalignement ne permettra pas à la lire, du fait de sa marge de fluctuation réduite, de crever un cours-plancher de 765 lires pour 1mark, à peu près le même qu'actuellement. Le cours-plafond sera d'environ 731 lires pour 1 mark.
Le nouveau taux central retenu par les Douze est proche du cours de la lire constaté sur les marchés des changes le 5 janvier, qui était de 752 lires pour 1 mark. Les responsables de la politique monétaire italienne en ont donc pris acte pour faire passer en douceur l'adoption d'une discipline monétaire accrue. Mais ils n'en ont pas profité pour effectuer une dévaluation compétitive, pourtant souhaitée par les exportateurs italiens au vu du déficit croissant du commerce extérieur (80 milliards de francs pour les onze premiers mois de 1989).
Le taux d'inflation de 1989 a été de 6,5 %, soit un demi-point de plus qu'en 1988, et l'objectif pour 1990 est de 4,5 %. Toute dévaluation effective de la monnaie italienne irait dans le sens d'une hausse des prix plus rapide. L'Italie prend le pari de la discipline non seulement pour les prix, mais aussi pour ses finances publiques. Le déficit du budget de l'Etat, qui a atteint près de 11 % du produit intérieur brut l'an dernier, au lieu des 10,2 % prévus, devient un problème de plus en plus aigu puisqu'il oblige les autorités à emprunter sur le marché, et donc à pratiquer des taux d'intérêt élevés.
La cinquantaine venant, le metteur en scène allemand Peter Stein est resté un aventurier. Loin de l'intériorité naturelle et lumineuse des Trois sÓurs, de Tchekhov, que l'on a vu à Paris en 1988, il a mis en scène à Rome Titus Andronicus, de Shakespeare, spectacle rugueux, d'une grande violence émotionnelle (coproduit par le Stabile de Gênes).
Peter Stein aime et connait l'Italie pour y séjourner chaque année. A l'Institut théâtral de l'Université de Rome, il a donné des cours sur les origines de la tragédie, en partant de son propre travail, notamment l'Orestie (1980). Puis il a dirigé des travaux pratiques sur le théâtre élisabéthain. Enfin, il a mis en scène de jeunes comédiens et d'autres très confirmés, commeRaf Vallone, Eros Pagni, Maddalena Crippa, Paolo Graziosi dans ce Titus Andronicus. Entre aboiements de chiens et bruits de chaines, y flamboient l'érotisme barbare et la fragilité nerveuse d'un monde fissuré. Epinglés dans une lumière blanche, en équilibre instable dans un monde tout en trappes dangereuses, des fauves sans états d'âme se déchiquettent à pleines dents. Au festin final, vertus et crimes se consomment jusqu'à satiété, jusqu'à l'écÓurement.
" Shakespeare et ses acteurs, dit Peter Stein, ont beaucoup contribué à introduire l'action au sens physique du terme, sur le plateau. Ne serait-ce que pour se combattre, les acteurs étaient forcés de se regarder. Or, depuis la commedia dell'arte, la tendance de l'école italienne est de jouer face au public, sans se préoccuper de ses partenaires. L'autre caractère du théâtre élisabéthain est la rhétorique. Un art avec lequel les acteurs allemands ont coupé les ponts depuis la seconde guerre mondiale, tant il a été utilisé pour tricher. Les Italiens, en revanche, ont conservé une relation, certes pervertie, mais intéressante, avec cette rhétorique dont l'abandon reflète l'être moderne.
" Qui aujourd'hui s'avance et dit : " Je suis là, où est mon adversaire " ! On ne se montre plus que maquillé, caché, on veut ressembler aux autres, on a peur du singulier. Les acteurs travaillent scrupuleusement le doute, cherchent à justifier leurs paroles. Toutefois, les Italiens savent s'exposer, jusqu'à oser se ridiculiser. J'avais du mal parfois à les suivre pas à pas comme je le fais avec les Allemands. Il y a des fautes, sans doute, dans ce Titus Andronicus, car en travaillant avec un acteur pour la première fois, je reste à distance, je ne le connais pas assez pour avoir de l'imagination, je laisse faire puis j'améliore çà et là, comme je peux.
" Je connaissais bien Titus Andronicus mais j'en avais gardé une image assez traditionnelle. En répétant, j'ai découvert combien shakespeare, dès cette pièce de jeunesse dont la paternité aujourd'hui n'est plus contestée, touche à la base du théâtre. Non à travers le clacissisme, ce qu'il fera souvent par la suite, mais en utilisant des effets banals, triviaux. Il vise un public comparable à celui des vidéo clips. Même quand il exagère, même s'il répète plusieurs fois un effet qui lui plait bien, il atteint le cÓur de la tragédie, le paradoxe tragique, l'impasse totale de l'expérience humaine. On a le sentiment que chaque action doit faillir. La pièce provoque de vraies commotions. Bien sûr, comparé à la brutalité, aux perversions transmises par les médias populaires, ce qui se passe sur le plateau de Titus Andronicus semble pâle. Cependant, je pense que Shakespeare, en utilisant de façon très calculée des effets Grand-Guignol, réussit à créer ce moment d'irritation nécessaire, ce moment où le spectateur ne peut plus s'échapper."
"Pour parler de Rome, Shakespeare utilise une image : la "jungle des tigres". Il n'y a pas de morale dans cette pièce, aucun personnage n'attire la sympathie, le monde est de la merde. Mais au-delà de cette vision à la mode - que partagent les jeunes - se développe une rationalité du Mal. Shakespeare justifie tous les comportements. On voit comment la vertu entraine une catastrophe après l'autre. Représentant des vieilles valeurs, Titus devient très vite le tigre le plus féroce. Il s'obstine à l'horreur autant qu'il s'est obstiné à la vertu. Et cette sauvagerie est admirable. Elle modifie notre jugement sur des actes que, normalement, nous devrions rejeter.
"J'enchaine avec le Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès, que j'avais rencontré il y a deux ans. J'avais admiré le travail de Chéreau sur son théâtre, que je trouvais trop littéraire, trop tenu par une écriture qui se complait dans sa propre " sauce à la française ". Je ressentais un profond manque de dramaturgie.
" Mais je suis toujours à la recherche d'une pièce contemporaine, même si les plus beaux textes ont été écrits par les inventeurs du théâtre, Eschyle, Sophocle. Luc Bondy m'avait raconté l'histoire de Roberto Zucco, et elle m'avait intéressée. Puis Koltès est mort, et j'ai pris un peu de distance. J'attendais la nouvelle pièce de Peter Handke, mais elle m'a déçu, m'a semblé abstraite. J'ai relu Robert Zucco. Certaines scènes sont construites avec une sûreté, un sens incroyable de l'effet théâtral. La structure est très différente de celle des textes antérieurs. Le langage est merveilleux, riche en perspectives, en métaphores, il laisse toujours des plages à découvrir. Koltès mène une réflexion sur la violence - le sujet me tient à cÓur. Sur la fonction du criminel dans notre société. Son personnage de fou meurtrier traverse, telle une comète, une petite famille vaguement pagnolesque sur le déclin. D'où une dramaturgie du passage, très appropriée à notre fin de siècle. "
Les répétitions de Roberto Zucco commencent à Berlin, à la Schaubühne, que Peter Stein a dirigée, qu'il a quittée en 1986 parce qu'il ne se sentait pas une vocation d'organisateur. Depuis, le mur est tombé, et on répète dans une salle à l'Est. Après l'Italie, Peter Stein viendra-t-il travailler en France ? Sans doute pas, bien que ses spectacles y aient toujours été bien accueillis.
" Tout y est tellement superficiel. L'enthousiasme tourne à vide, tombe à plat. J'ai peur d'être consommé, ainsi, comme le foie gras. Je n'aime pas cette tendance à mettre sur le même plan mode, gastronomie, création artistique. En Italie aussi, il y a des problèmes. Tourisme et culture, par exemple, dépendent du même ministère. Je ne veux travailler ni dans la mode ni dans le tourisme. J'ai fait un autre choix voilà trente ans. Mais en Italie, ça me fait rire et, à Paris, ça m'irrite, je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que j'ai vécu à Paris la période la plus solitaire de ma vie. Je sais, je suis un peu diva, je n'ai pas un contact facile. Le seul homme que j'aie rencontré alors, ami, admirateur et maitre à la fois, c'est Roger Planchon. "
Autre mauvais souvenir : Peter Stein devait mettre en scène à l'Opéra Bastille Pelléas et Mélisande, de Debussy, avec Pierre Boulez. Son contrat a été annulé, " sans indemnités, après deux ans de travail ". Mais il reprend le projet à Cardiff, et le spectacle viendra ensuite au Châtelet.
Le flot qui l'apporta (la nouvelle vague flamande) recule épouvanté : Wim Vandekeybus pratique un langage brutal, essentiellement physique, rejetant toute image esthétisante au profit d'une gestuelle "volontairement ordinaire", dit-il, débordée par "un excès, une rage".
Son troisième spectacle, le Poids de la main, joue sans relâche sur la triple idée de performance, de risque et de violence. Les pieds armés d'espèces de faucilles griffues, des danseurs escaladent de hauts troncs d'arbres dressés sur les côtés de la scène. D'autres marchent sur des briques blanches, ou des morceaux de sucre géants, qu'ils déplacent eux-mêmes sous leurs pas au fur et à mesure de leur progression ; suivent des courses folles, au cours desquelles ces briques sont jetées dans les airs et adroitement rattrapées. Une flamme court le long d'un fil, fait tomber un objet blanc : c'est une chemise gelée, qu'on dégèle à grands coups sur des pierres chaudes avant de l'enfiler. Une fille est suspendue la tête en bas pendant une durée qui semble devoir lui être insupportable.
On se précipite furieusement sur des partenaires qui s'esquivent à la dernière seconde, provoquant des chutes terrifiantes. Les plaques de bois carrées qui recouvrent entièrement le plateau, tel un damier, sont déplacées, empilées en des tours qu'on escalade pour choir bruyamment avec elles. On tente de piétiner férocement des corps étendus au sol, qui doivent se convulser avec virtuosité pour échapper à l'écrasement.
Il y a aussi quelques plages (rarissimes) de détente : un jongleur avec une petite balle, ou bien des danseurs qui racontent à tour de rôle une histoire, en diverses langues (coucou, Pina Bausch).
La musique de Thierry de Mey pour le groupe Maximalist ! (douze musiciens en scène, tantôt disposés à gauche, tantôt surélevés au fond, deux pianistes à droite) est assez éprouvante, notamment les stridences répétitives aigues. On préfère ses "musiques de table pour mains" : les percussions des mains d'un musicien (ou d'un trio) assis à une petite table sont amplifiées par micros-contacts.
Le début de chaque séquence captive, mais elles s'étirent en longueur et l'intérêt retombe. Wim Vandekeybus est encore l'un de ces chorégraphes auxquels il faudrait offrir une paire de ciseaux : sur les deux heures que dure le Poids de la main, il y en a une de trop - d'autant plus que sont repris dans la seconde partie les mêmes jeux et les mêmes accessoires, les faucilles à grimper, les briques blanches, etc. Déménageurs et cascadeurs davantage que danseurs, les interprètes déploient une énergie admirable, tandis que peu à peu l'ennui nous tétanise dans notre fauteuil.
La " libéralisation " engagée en Tunisie depuis la mise à l'écart d'Habib Bourguiba trouve de nombreuses limites, notamment sur le plan culturel. Plusieurs exemples éditoriaux ou cinématographiques récents le prouvent. Un cas de censure a particulièrement impressionné l'intelligentsia tunisienne puisqu'il frappe un nouveau cinéaste dont le talent a éclaté ces dernières années avec une force toute particulière : Nouri Bouzid.
Le second long métrage du metteur en scène, les Sabots d'or, histoire (autobiographique) d'un ancien militant de gauche arabe aux prises avec les réalités nationales et familiales actuelles vient d'être l'objet de dix-huit coupures d'un total de quatorze minutes de la part de la censure d'Etat tunisienne : tortures, intégrisme, désarroi devant la montée de l'intolérance, tout ce qui décrit l'histoire récente ou en train de se faire dans le pays a été banni. Selon un journaliste tunisois, qui ne pourra pas l'écrire, " l'Óuvre est mutilée, charcutée, castrée. Trois années de travail et d'efforts de toute une équipe sont bafoués ".
Un membre de la commission de contrôle du cinéma, organe théoriquement non compétent pour censurer mais qui ne s'en est pas privé cette fois, a indiqué en privé : "Le film risquait de déplaire aux islamistes." Ces derniers seraient-ils plus forts en matière culturelle que le président Ben Ali, qui déclarait le 27 octobre 1989 : "Il serait indigne de nous que les créateurs soient frustrés de la parole dans une société démocratique respectant les valeurs fondamentales", avant de décorer Nouri Bouzid...
Né à Sfax, ancien élève de Georges Perec, emprisonné et maltraité de 1973 à 1979 pour "perspectivisme" (courant estudiantin plus ou moins trotskiste aujourd'hui disparu), rangé depuis lors du militantisme, Nouri Bouzid est une véritable vedette dans le monde arabe depuis la présentation en 1986 de son premier long métrage l'Homme de cendres (300 000 entrées en Tunisie), film sur la jeunesse arabe qui avait déjà eu maille à partir avec la censure bourguibienne parce qu'il présente un juif tunisien sous un jour jugé trop sympathique et évoque le viol d'un garçonnet musulman par un de ses coreligionnaires.
L'Homme de cendres, qui rappelle certaines valeurs de Bergman, Pasolini et Chahine mais exprime surtout la personnalité fonceuse et "anti-douceur" de Bouzid, a connu un grand succès aussi en Italie mais n'a pas encore été programmé en France, où la SEPT l'a toutefois acheté.
Au moment où la main de la censure s'abat si rudement sur les Sabots d'or, Nouri Bouzid s'apprêtait à tourner en Tunisie son troisième film, Baiseness, un autre sujet tabou au Maghreb : la prostitution masculine...
A l'Elysée, lors de la traditionnelle cérémonie des vÓux aux armées, Mr François Mitterrand a annoncé, vendredi 5 janvier, qu'un relèvement des indemnités catégorielles versées aux cadres et aux engagés complètera la revalorisation indiciaire de leurs soldes au terme des négociations en cours sur les salaires de la fonction publique. Le président de la République a donné ainsi, comme on le prévoyait (le Monde du 6 janvier), les grandes lignes du plan de revalorisation de la condition des militaires, préparé par le ministre de la défense, Mr Jean-Pierre Chevènement, qui est très attaché à l'aspect indemnitaire, proprement militaire, de ce projet, à côté de son aspect indiciaire, commun à l'ensemble de la fonction publique en France.
Ce volet indemnitaire du plan conçu par Mr Chevènement a été le plus long à mettre au point, en raison de l'opposition de certains services de l'administration, chez le premier ministre ou au ministère des finances et du budget. Des détails restent à préciser encore, en particulier pour tout ce qui concerne l'éventuelle compensation financière des astreintes (gardes de sécurité et permanences) subies par les personnels militaires durant les jours fériés et les dimanches. Au gouvernemnt, on craint, en effet, que l'attribution de ces indemnités ne devienne une revendication générale des différents corps de la fonction publique.
Le plan de revalorisation de la condition des militaires concerne trois points principaux. En premier lieu, les soldes les plus basses, c'est-à-dire celles des gradés engagés, seront relevées de façon à se rapprocher du montant du SMIC, compte tenu, d'autre part, des avantages en nature (nourriture, habillement ou logement) perçus par ces militaires avec leur solde spéciale progressive. En second lieu, des compensations financières seront attribuées aux cadres et engagés exerçant des tâches opérationnelles et astreints à des gardes ou à des permanences les jours fériés et les dimanches, sous la forme d'un complément à l'indemnité pour charges militaires. En dernier lieu, toute une série de primes spécifiques (soldes à la mer, primes de mécanicien d'avion, primes d'officier de police judiciaire, primes pour certains jeunes sous-officiers à cinq ans de service, et primes de qualification pour des sous-officiers supérieurs) sera accordée aux détenteurs de certains emplois.
Dans la seule armée de terre, enfin, il est prévu de doubler le nombre des repas gratuits, dits de service, dont bénéficient en temps normal des cadres ou des engagés sur les lieux de leurs astreintes professionnelles. Un contingent de cent dix à cent vingt repas de service supplémentaires serait ainsi attribué par an aux cadres de l'armée de terre, comme c'est déjà le cas dans les deux autres armées.
Le plan de Mr Chevènement prévoit encore de mettre sur pied les instances de concertation que le ministre de la défense avait proposé de créer après l'agitation épistolaire des gendarmes durant l'été dernier. Les trois armées, la gendarmerie, la délégation générale pour l'armement, le service de santé et le service des essences disposeront de conseils de la fonction militaire, dont les membres, désignés par tirage au sort parmi les volontaires, seront chargés de donner leur avis sur les conditions de vie et de travail dans les formations militaires. Des commissions de concertation seront instituées dans chaque régiment, sur chaque navire de guerre ou sur chaque base aérienne.
Dès son approbation définitive, ce plan sera communiqué par message aux armées, vraisemblablement au début de la semaine prochaine, de sorte que tous les cadres et tous les gradés ou engagés seront informés des indemnités auxquelles ils pourront avoir droit. Cette revalorisation est indépendante d'une autre, à venir, dans le cadre des discussions salariales de la fonction publique entre les syndicats et le ministre de la fonction publique, Mr Michel Durafour. L'amélioration indiciaire dans les armées devrait porter principalement sur les limites d'âge dans la hiérarchie des grades et sur le " pyramidage " de ces mêmes grades, c'est-à-dire sur les facilités d'accès à l'avancement de chacun.
Steinlager, le ketch néo-zélandais vainqueur des deux premières étapes de la Course autour du monde en équipage, s'est encore imposé, vendredi 5 janvier, dans la troisième, disputée entre Fremantle (Australie) et Auckland (Nouvelle-Zélande).
C'est par milliers que les Néo-Zélandais s'étaient massés, vendredi, entre le cap Reinga et Auck-land pour l'arrivée de la troisième étape - la plus courte avec ses 3 400 milles - de la Course autour du monde en équipage. Steinlager et Fischer-and-Paykel, les deux ketchs (voiliers à deux mâts) néo-zélandais qui avaient doublé en tête le cap Nord (extrémité nord des deux iles), étaient talonnés à moins de 10 milles par deux sloops (un mât), le Suisse Merit et le Britannique Rothmans.
La menace était d'autant plus sérieuse pour les Néo-Zélandais que les ketchs, s'ils sont a priori plus rapides aux allures portantes avec 20 % de surface de voile en plus, se retrouvent handicapés au près ou dans la petite brise côtière, par le poids du deuxième mât et de son gréement. Pour compenser ce handicap, Peter Blake et Grant Dalton, skippers respectifs de Steinlager et de Fisher-and-Paykel, pouvaient, heureusement, compter sur leur longue expérience et surtout sur leur parfaite connaissance du plan d'eau à proximité d'Auckland.
Des quelque trois cents navigateurs qui avaient embarqué le 2 septembre à Southampton, Peter Blake était le seul à avoir pris le départ des quatre courses autour du monde précédentes. Et Grant Dalton était son second lors de la dernière édition. Le premier a encore justifié sa réputation de " Tabarly des mers du Sud " en profitant d'une bascule de vent dans le golfe d'Hauraki, à proximité de la ligne, et d'une manÓuvre de spinnaker mal négociée sur Fisher-and-Paykel pour battre son rival de six minutes. Le succès néo-zélandais a d'ailleurs été complété par la troisième place, à soixante et onze minutes, de... Merit, conçu, comme les deux premiers, par l'architecte Bruce Farr.
Cinquième à Fremantle et septième au classement général, Alain Gabbay, skipper de Charles-Jourdan, espérait beaucoup de cette nouvelle étape dans le Grand Sud. A peine plus d'une journée après le départ d'Australie, il avait même profité de la nuit de Noël pour prendre la tête de la flotte - pour la première fois depuis Southampton - et la conserver plus de quarante-huit heures.
Hélas ! Alors qu'il était encore bien placé, en sixième position à 53 milles de Steinlager, le voilier français a heurté une baleine, mardi 2 janvier. " J'étais à la barre et le bateau marchait assez vite, à treize nÓuds, quand il a été soulevé par une vague, raconte Alain Gabbay. En retombant, nous avons heurté une baleine qui nous suivait depuis quelques minutes. Je n'ai rien pu faire. Heureusement, personne n'a été blessé dans le choc. "
En revanche, ce choc a laissé des traces sur la coque et, probablement, sur la baleine. La coque, en tissus préimprégnés carbone-apoxy-termanto, a été délaminée sur une longueur de 3,60 mètres et une largeur de 0,60 mètre sur le côté tribord. Une réparation de fortune a pu être faite avec des plaques d'aluminium, mais le skipper français devait " sous-toiler " son bateau pour ne pas embarquer d'eau en progressant babord amure. Il a ainsi rallié Auckland sans escale mais sans pouvoir faire mieux qu'une neuvième place.
Un éditeur britannique dont l'identité est encore secrète serait sur le point de racheter, pour 25 millions de francs, le groupe de journaux gratuits Bip 41. Fondé par Mr Gilles Baudon, ce groupe comprend neuf titres, diffusés à trois cent onze mille exemplaires dans les départements du Cher, de l'Indre et de la Creuse; il contrôle aussi une imprimerie à Blois (Sograph), deux radios locales et une société de diffusion. Le prix de vente aurait rebuté les groupes français de presse gratuite intéressés par une implantation dans le centre de la France, comme le Carillon (lié à Ouest-France) ou Publival. La vente de Bip 41 à un acheteur anglais serait une première dans le secteur de la presse gratuite.
Le conseil d'administration de Canal Plus a décidé, le 5 janvier, d'augmenter l'abonnement à la chaine cryptée. A compter du 1er avril, son montant passera de 150 francs à 160 francs par mois (nos dernières éditions du samedi 6 janvier). Ce tarif sera le même pour tous les modes de diffusion, que l'on reçoive Canal Plus par voie hertzienne, par le futur canal du satellite TDF1 ou par l'intermédiaire d'un réseau câblé.
L'abonnement de Canal Plus n'avait pas augmenté depuis trois ans et Mr André Rousselet, PDG de la chaine, mettait, jusqu'à présent, un point d'honneur à ne pas s'aligner sur l'augmentation du prix des services. Mais le lourd investissement nécessaire pour tenter l'aventure de la diffusion par satellite l'a obligé à reconsidérer le problème. "L'effort que nous faisons pour utiliser TDF1 pèsera pendant longtemps sur nos comptes, explique Mr Rousselet. Mais Canal Plus croit à l'avenir de la diffusion par satellite : nos envisageons même de transférer, en quinze ans, tous nos abonnés hertziens sur la réception par satellite de meilleur qualité. Pour gagner ce pari, nous devons adopter une politique tarifaire qui ne pénalise pas les abonnés au satellite."
L'augmentation de 10 francs supportée par les 2 850 000 abonnés actuels de la chaine payante permettra donc d'abaisser le coût de l'abonnement au satellite. Théoriquement, un téléspectateur désirant recevoir Canal Plus avec des images D2 Mac et un son numérique, grâce à une antenne TDF 1, aurait dû payer environ 180 F par mois. Il ne déboursera que 160 F, auxquels il faut ajouter le prix de l'antenne (entre 1 000 et 1 200 F selon les estimations de Canal Plus, qui a pris le contrôle du fabricant Tonna), un dépôt de garantie de 500 F et un " droit d'accès ". Ce " droit d'accès ", de 500 F également, permettra à la chaine d'amortir en un an le coût du " Decsat ", le fameux décodeur spécialement conçu pour la norme D2 Mac.
Reste à savoir si le passage de l'abonnement à 160 F n'aura pas de conséquences négatives immédiates sur la commercialisation de Canal Plus. La chaine payante continue de voir affluer les abonnements à une moyenne de 1 000 à 1 500 par jour. Elle a même connu pendant les fêtes de Noël des pointes à 4 000 abonnés par jour. Le taux de désabonnement, lui, ne dépasse pas 7 %. A ce rythme, la chaine devrait atteindre à la fin de l'année le seuil de 3 millions de foyers, limite de la commercialisation fixée par les responsables de Canal Plus. Les nouvelles demandes seront alors dirigées vers le satellite.
Le commerce extérieur des produits agricoles et alimentaires a dégagé, sur les neuf premiers mois de l'année 1989, un excédent cumulé de 35,3 milliards de francs, en progression de 27 % par rapport à la même période de l'année précédente, selon une note de conjoncture du Centre français du commerce extérieur (CFCE) publiée le vendredi 5 janvier.
Au terme des trois premiers trimestres de 1989, les exportations agroalimentaires françaises ont atteint 132 milliards de francs, en hausse de 15 % par rapport à la même période de 1988. Dans le même temps, les importations ont progressé de 11 % pour s'établir à près de 97 milliards de francs.
Dans sa note, le CFCE a souligné la très forte progression (+ 36 %) du solde positif des produits agricoles bruts en raison principalement des céréales.
- Vingt-deux kilogrammes d'héroine ont été saisis dans un camion en provenance de Turquie, jeudi 4 janvier, lors d'un contrôle de routine par les douaniers de Péronne (Somme). Immatriculé en Turquie, le véhicule transportait 16 tonnes de poils de chèvre et, dissimulés sous un faux plancher, des sachets d'héroine non raffinée pour une valeur d'environ 22 millions de francs. Le chauffeur du véhicule a été interpellé par les agents des douanes, ainsi que le commanditaire de l'opération, un résident turc venu spécialement en France pour suivre son déroulement.
Pour soutenir le mouvement de protestation entamé par leurs confrères dans plusieurs parquets, près de 80 % des avocats de Lille ont fait vendredi 5 janvier la grève de l'aide judiciaire (le Monde du 6 janvier).
" Ce système, a déclaré le bâtonnier, Mr Jean-Jacques Triplet, qui ne satisfait ni les justiciables ni les avocats, est totalement déficient. " Les grévistes de Lille ont réclamé la création d'un " fonds d'aide légal ", qui pourrait permettre une rémunération plus décente.
De même, à partir du 8 janvier et pour une semaine, des avocats du barreau de Nimes ont décidé de faire la grève de l'aide judiciaire, à l'appel de l'Union des jeunes avocats, du Syndicat des avocats de France et de la Confédération syndicale des avocats. A l'ouverture de chacune des cinquante-trois audiences prévues, ces grévistes ont décidé d'expliquer leur action au public.
Vendredi 5 janvier, pour la quatrième fois en un mois, le dispositif d'alerte à la pollution a de nouveau été déclenché dans l'agglomération lyonnaise. Cette procédure de prévention ne signifie pas pour autant que la ville soit plus touchée que les autres par les émanations nocives.
Un anticyclone se maintenant au-dessus de la ville, une inversion des températures - froide au sol et chaude en altitude - bloquant l'ascension des polluants, et Lyon vit son neuvième jour de procédure d'alerte en un mois. Mais les passants ne se promènent pas encore avec un masque sur la bouche. Les ingénieurs du Comité de coordination pour le contrôle de la pollution atmosphérique en région lyonnaise (COPARLY) restent sereins.
Cette nouvelle alerte leur confirme l'efficacité du système mis en place en 1984 (1) : soixante-quatorze capteurs, disséminés sur l'ensemble de l'agglomération et reliés à un ordinateur, relèvent tous les quarts d'heure les taux de dioxyde de soufre dans l'atmosphère.
" A partir de 120 microgrammes par mètre cube d'air, soit un seuil bien inférieur à celui fixé par la Communauté européenne, nous déclenchons la mesure réglementaire prévue par arrêté préfectoral ",explique Mr Serge Carpentier, un des ingénieurs du COPARLY. Conscient que le mot " alerte " ne se prête pas à la réalité de la situation, le COPARLY, dans son dernier communiqué, a employé l'expression " procédure de protection de la qualité de l'air ".
Mais le dispositif reste le même. Il impose aux chaufferies urbaines et à neuf industriels (Atochem, Rhône-Poulenc, la raffinerie Elf de Feyzin...), tous implantés dans le couloir de la chimie, au sud de l'agglomération, de réduire immédiatement leurs émissions de fumées nocives. Ceux-ci ralentissent alors leurs productions ou emploient des carburants moins chargés en dioxyde de soufre, et donc plus chers. " Nous pouvons estimer que le coût de chaque jour d'alerte s'élève à 120 000 F pour l'ensemble des neuf entreprises ", explique Mr Henri Bergeron, responsable technique de la Maison de la chimie Rhône-Alpes. Il a précisé que, " en dix ans, les industriels ont divisé par 2,5 leurs émissions toxiques. La volonté de l'agglomération de se doter d'un outil précis d'évaluation est à mettre à son actif ".
Il n'empêche qu'en un mois Lyon s'est fait une vilaine réputation de cité irrespirable. Image d'autant plus injustifiée qu'il est difficile de dresser un tableau comparatif des pollutions urbaines : toutes les villes ne possèdent pas d'organisme de contrôle, les systèmes de mesure ne sont pas identiques, le nombre et la localisation des capteurs influent sur les taux enregistrés.
Ainsi, le réseau du COPARLY ne dispose que de deux capteurs pour mesurer les émanations des pots d'échappement. On peut supposer que l'oxyde d'azote a, lui aussi, été bloqué par l'inversion des températures. Or, mis à part quelques conseils émis par la préfecture du Rhône - limiter l'utilisation du starter, ne pas laisser les moteurs chauffer à l'arrêt, - aucune action n'a été envisagée face à ce type de pollution.
Les élus municipaux de Lyon, dont les deux adjoints chargés des questions d'écologie et de cadre de vie, sont même restés bien silencieux sur ce dossier. Il n'est pas simple de mettre en cause la " reine " automobile, quand on a promis, pendant la campagne électorale, dix mille places de parking supplémentaires et des tunnels en centre-ville.
Les responsables présumés des attentats commis à Paris en 1986 (13 morts, plus de 250 blessés) ont comparu, vendredi 5 janvier, devant le tribunal correctionnel de Paris. Cette audience préliminaire, qui avait un petit air de répétition générale, a été marquée par les imprécations anti-occidentales de Fouad Saleh.
Fouad Ali Saleh, trente et un ans, Tunisien né à Paris et endoctriné en Iran, est un homme calme et fanatique. Le teint pâle, la barbe noire sagement taillée, il a attendu l'entrée des magistrats dans le prétoire pour clamer sa haine, saisi d'une fureur froide d'une puissance ahurissante : " L'Occident crèvera de la main de l'Islam. Préparez vos cercueils ! Vous êtes les bourreaux des musulmans, les assassins des musulmans. A mort l'Occident criminel ! " La voix est percutante, martelante.
Le président Henri Malergue est à peine assis. Le substitut Jacques Fourvel, qui a tout juste eu le temps de gagner le siège du ministère public, demande au tribunal la parole. Fouad Ali Saleh, d'entrée, monopolise l'espace sonore : " Ferme-la, toi ! Les juifs et les chrétiens n'ont pas le droit de parler quand un musulman s'exprime. L'Islam fera ta mort, Dieu t'écrasera. Assassin, fils de porc, bourreau ! Tu manges comme un porc, tu as déchiré le Coran ! Va au diable !" La voix est maintenant coléreuse, pas le visage. La voix éructe.
La sortie est à ce point violente et rapide que le tribunal n'a pas eu le temps de réagir. Le président Malergue a-t-il même eu le temps de déclarer l'audience ouverte ? D'un geste, il commande au chef présumé du groupe terroriste, solidement encadré par les gendarmes, de se taire. Fouad Saleh le pointe du doigt : "Fils d'un chrétien et d'une juive, je suis là pour t'écraser. Tu n'as pas de droit de parler. Tu crèveras comme un porc. Va au diable, va en enfer, je te poursuivrai, j'irai profaner ta tombe, je construirai des chiottes sur ta tombe !" Il articule aussi vite qu'un pistolet-mitrailleur crache ses balles.
Les mêmes mots reviennent, les mêmes blocs de mots, comme des slogans : "porc", "juif", "chrétien". Ces mots que Saleh jetait sans désemparer à la face du juge d'instruction, Mr Gilles Boulouque, dans le secret de son cabinet, et qu'il hurle maintenant devant quarante gendarmes, une dizaine de journalistes, des magistrats et ses neuf codétenus, réduits au silence.
Le président ordonne son expulsion. Saleh se tait et sort. Le président se ravise et fait appeler le prévenu. Saleh se remet à clamer sa rage : " Depuis 1099, date de la première croisade, vous tuez les musulmans. Le président Mitterrand est responsable de deux millions de morts (en Algérie). Allez au diable. Je suis là pour votre malheur. On vous apportera la mort sur un plateau de feu. Dieu vous massacrera ! "
Cela fait cinq minutes que Fouad Saleh prophétise. Le tribunal considère que l'outrage à magistrat est constitué. Le président Malergue ordonne à nouveau l'expulsion du prévenu et se retire avec ses deux assesseurs. Quelques instants après, l'audience reprend.
Cette fois, avant que Fouad Saleh ait pu parler, il lui annonce le prix de sa diatribe : un an d'emprisonnement. Dans le box, à quatre gendarmes de distance, Karima Ferahi, son épouse, les cheveux recouverts d'un voile noir, tente de lui parler. Saleh la coupe : " Tais-toi, Karima ! " Et à l'adresse du président du tribunal : " Va au diable ! Avec ta cape maçonnique, tu ne me fais pas peur ! Au diable ! Toi et l'Occident ! " C'est sur ces paroles définitives que Fouad Ali Saleh quitte le prétoire, lui qui avait ouvert le feu de ses déclarations par une menace en forme de signature : " Le Hezbollah vous massacrera ! "
Mr Malergue fixe alors les dates du procès des dix-huit prévenus (huit sont en fuite) du 29 janvier au 9 février. Deux demandes de mises en liberté sont présentées et rejetées " compte tenu de la proximité des débats et de l'absence de garanties de représentation ". Et l'audience, brusquement bien calme, est suspendue.
- Cinq navires de la marine nationale ont porté assistance au cargo panaméen Pionner-Sea, où un incendie a éclaté dans la salle des machines alors qu'il croisait, jeudi 4 janvier, au large d'Ouessant. Les vingt-deux membres de l'équipage ont été évacués et sept marins hospitalisés à Brest. Le Pionner-Sea, qui transporte du soja, sera remorqué à Brest lorsque l'incendie aura été éteint.
Etape séparée, vendredi 5 janvier, pour le Paris-Dakar, concurrents d'un côté, avions suiveurs de l'autre. De cette façon, on évite de se lamenter sur la domination des Peugeot et on gagne le plaisir de découvrir une ville vierge.
Une carte postale supplémentaire vient enrichir l'album souvenir du douzième Paris-Dakar. Elle porte le nom de Diffa, charmante préfecture du Niger au bord du fleuve Komadougou Yobe. C'est dans cette ville que les organisateurs ont choisi de poser les avions qui accompagnent la course et permettent d'acheminer les transmissions téléphoniques. Mais pas d'y faire arriver les concurrents, cela aurait été trop simple.
L'étape du jeudi 5 janvier s'achève à N'Guigmi, 140 kilomètres plus au nord. La piste d'atterrissage de ce village est, parait-il, en mauvais état. Il faut se satisfaire de Diffa et, encore une fois, suivre la course par procuration. Loin des Peugeot qui caracolent toujours en tête, loin du motard Stephan Peterhansel qui " coiffe " l'Italien Edi Orioli, le vainqueur de la veille à N'Djamena (Tchad).
" Diffa, 13 635 habitants, poste-frontière entre le Niger et le Nigeria. " Mr Amadou M'Dia, employé municipal, décline les références de sa ville à la manière d'un habitué du calendrier des postes françaises. " Ici, monsieur, vivent des agriculteurs et des pêcheurs, ils représentent 80 % de la population ", explique ce diplômé de l'université de Niamey. Il aime sa cité et prend plaisir à la présenter aux visiteurs. Surtout que ces derniers sont rares à descendre si loin dans le sud du pays. " Une fois nous avons vu une caravane de 4 X 4 avec des touristes venus d'Agadez, mais uniquement parce qu'ils s'étaient égarés dans l'erg de Kanouri ", raconte-t-il. Voilà le secret de Diffa, épargnée des envahisseurs venus d'Europe, voilà l'origine de ses charmes.
Ici tout est paisible et le passage de l'étranger ne déclenche que de sympathiques " bonjour ! " de la part des gamins qui se rendent en bande à l'école. Point de vendeurs de souvenirs, point de harcelants " cadeaux, cadeaux ! " lancés par des jeunes en quête de faveurs, Diffa vit au rythme des jours ordinaires.
Le moulin, tout frais sorti d'une usine indienne, moud le mil sans faiblir. " Entre voir ! " crie le meunier, heureux de mettre en avant la qualité de sa machine. Même proposition de la part des tailleurs qui tiennent échoppe quelques mètres plus loin. Ils expliquent pourquoi ils ont abandonné leurs machines à coudre électriques pour de robustes Butterfly à pédale " made in China ". " Elles sont plus faciles à réparer sur place", notent-ils, avant de faire remarquer en souriant qu'ainsi ils peuvent "brancher leur poste de radio". Ecouter les succès musicaux en vogue à Niamey en assemblant des pièces de pantalon semble rendre ces artisans de bonne humeur. Fausse impression ou réalité ?
Le long des bâtisses d'argile, des commerçants ont dressé leurs étals. Légumes verts, riz, pain, piles électriques, cigarettes trônent sur les planches. Plus loin ce sont des bouchers qui font griller des brochettes d'agneau ou du foie sur des bidons transformés en braseros. Comment écrire cette phrase, qui peut paraitre incongrue sur ce continent : Diffa semble prospère. Les images glanées dans les rues, les sourires échangés avec ces femmes en boubous qui lavent leur linge, comme les propos rapportés par les clients du Bar de la Jeunesse, tout parait confirmer ce sentiment.
En écoutant Salifou parler de son troupeau de chèvres, en regardant les passagers embarquer dans le car qui parcourt la route nationale 1 jusqu'à Niamey, la même impression se dégage. Il y a ici une population qui vit, qui étudie et qui se soigne à l'hôpital du département. "Le Nigéria n'est pas loin, donc l'essence n'est pas chère", avoue le chauffeur de taxi qui a oublié de multiplier ses tarifs par trois. Un facteur qui s'ajoute à l'abondance de l'eau et des terres fertiles et explique en partie cette autosuffisance.
Dans la chaleur ambiante, les schémas traditionnels s'envolent. A l'ombre des eucalyptus, une société tranquille se laisse courtiser. Elle accepte la visite des étrangers mais n'attend pas tout d'eux. Finalement, il valait peut-être mieux que le rallye ne vienne pas à Diffa.
La ville n'a pas besoin de ses francs, les enfants se passent aisément des tee-shirts et autres gadgets que distribue cette caravane publicitaire ambulante. " La jeunesse est notre problème numéro un ", confie le maire, qui craint que les générations futures délaissent la terre pour " les mirages de la capitale ".
Merci à Gilbert Sabine d'avoir exilé les avions ici. Sans lui, il aurait été difficile de connaitre cette Afrique souriante.
AUTOS. - 1. Vatanen-Berglund (Fin.-Suè., Peugeot 405 T-16), en 1 h 31 min 4 s de pénalité ; 2. Waldegaard-Fenouil (Suè.-Fra., Peugeot 405 T-16), à 14 min 35 s ; 3. Wambergue-Da Silva (Fra., Peugeot 205 T-16), à 16 min 49 s ; 4. Servia-Puig (Esp., Range Rover), à 26 min 54 s ; 5. Ambrosini-Baumgartner (Fra., 205 T-16), à 27 min 23 s.
MOTOS. - 1. Peterhansel (Fra., Yamaha), en 4 h 45 min 35 s ; 2. Orioli (Ita., Cagiva), à 1 min 19 s ; 3. Magnaldi (Fra., Yamaha), à 2 min 25 s ; 4. Lalay (Fra., Suzuki), à 4 min 40 s ; 5. Picco (Ita., à 8 min 38 s.
AUTOS. - 1. Vatanen-Berglund (Fin.-Suè., 405 T-16), en 11 h 53 min 17 s de pénalité ; 2. Waldegaard-Fenouil (Suè.-Fr., Peugeot 405 T-16), à 1 h 2 min 6 s ; 3. Wambergue-Da Silva (Fra., 205 T-16), à 2 h 23 min 15 s ; 4. Servia-Puig (Esp., Range Rover), à 4 h 4 min 59 s ; 5. Ambrosini-Baumgartner (Fra., Peugeot 205 T-16), à 4 h 32 min 38 s.
MOTOS. - 1. Orioli (It., Cagiva), en 38 h 13 min 26 s ; 2. Peter-hansel (Fr., Yamaha), à 32 min 29 s ; 3. Mas (Esp., Yamaha), à 38 min 51 s ; 4. Lalay (Fra., Suzuki), à 43 min 17 s ; 5. Neveu (Fra., Yamaha), à 59 min 42 s.
Le quotidien du Vatican, l'Osservatore romano a attaqué vendredi 5 janvier, le Paris-Dakar estimant qu'" il ne peut pas, même de loin, être assimilé à une compétition sportive, si le sport est quelque chose de plus qu'un grand Barnum où tout est fonction du spectacle ". Un article intitulé " Le désert du Paris-Dakar " a critiqué notamment " une rhétorique toute nouvelle qui, à des fins affairistes, tend à transformer l'esprit de compétition, l'inventivité, la liberté naturelle des manifestations sportives en un faux esprit d'aventure qui nait et se cimente sous la marque toute mercantile de la sponsorisation exacerbée ".
Tandis que la nappe de pétrole continue de se disloquer et s'éloigne des rivages marocains, 200 kilomètres de côtes font toujours l'objet d'une surveillance étroite. Le pétrolier Kharg-5 devait quitter la zone économique de Madère samedi 6 janvier. Les pays susceptibles de l'accueillir lui ont tous refusé l'entrée dans leurs eaux territoriales, par crainte que les 200 000 tonnes de brut se trouvant encore à bord du pétrolier iranien ne provoquent une nouvelle catastrophe.
Les autorités marocaines ont beau clamer qu'il n'y a plus aucun danger de " pollution massive " du littoral, la surveillance des côtes continuait samedi 6 janvier. Même aux trois quarts évaporée, même disloquée en plusieurs conglomérats de faible importance, la " nappe " abandonnée par le pétrolier iranien préoccupait toujours les responsables.
Rarement 200 kilomètres de côtes auront fait l'objet d'une surveillance quotidienne aussi méticuleuse. Entre Safi, le grand port sardinier, au sud, et Rabat, la capitale, au nord, avions et bateaux ratissent systématiquement la mer, à la recherche du pétrole en dérive.
Le processus est maintenant bien rodé. De Jorf Lasfar, le PC maritime, situé au milieu de la zone vulnérable, partent chaque matin deux remorqueurs de haute mer, qui vont repérer le pétrole et, le cas échéant, l'aspergent de produits dispersants. De Safi, un hélicoptère Puma, de la gendarmerie royale, remonte la côte en alternance avec deux monomoteurs Turbo-Trush. Au retour, ils suivent le cordon littoral, au cas où les premières pelotes de goudron apparaitraient sur le sable - ce qui n'est pas encore le cas. " Aujourd'hui, nous devons d'abord chercher le corps d'une touriste suisse emportée par les rouleaux ", précise le pilote...
Enfin, de Rabat, un C-130 de l'armée de l'air fait le parcours inverse du Puma de Safi, parfois relayé par les hélicoptères. Depuis le 4 janvier, le PC aérien de Rabat dispose d'un Cessna turbo propulsé des douanes françaises, qui fait le relevé par infrarouges des moindres traces de pétrole.
" Les autres avions font du repérage visuel ; nous, nous travaillons au radar et à l'infrarouge ", disent fièrement les deux opérateurs des douanes. Chaque soir, ils décodent leurs rouleaux enregistreurs et fournissent les données au PC de crise, installé à l'état-major de la marine, au centre de Rabat. Le recoupement de toutes ces données permet à la commission de lutte contre la marée noire d'identifier et de positionner très précisément le pétrole en dérive.
Vendredi 5 janvier, grâce à un fort vent de nord-est qui a ramené le beau temps, les deux nappes - en réalité deux ensembles de nappes - avaient reculé vers le large ; leurs pointes avancées restent toujours dirigées vers Rabat au nord et Oualidia au sud, là où se trouvent les parcs à huitres. D'après l'expert du port autonome de Marseille, qui suit les opérations depuis le 24 décembre, Mr Robert Luiggi, il ne resterait plus que 500 tonnes de pétrole sur les 60 000 d'origine. Tout risque de marée noire serait donc écarté pour l'instant, c'est-à-dire tant que le Kharg-5 reste sous contrôle.
En fait, plus que du pétrole, les avions ont survolé des flottilles de pêche, enhardies par le beau temps. A Safi, les chalutiers ont recommencé à entasser sur les quais leurs corbeilles remplies de cinq kilos de sardines fraiches pour la consommation locale. " Bien sûr, disent-ils, nous n'allons plus vers le nord, où il y a des risques de pétrole, mais, vers le sud, on est tranquilles. " A Jorf Lasfar, les pêcheurs au filet sont tous repartis en mer, après avoir ramené leur pêche de la nuit, mais, eux, ne vont pas au-delà de quelques kilomètres, alors que le pétrole se trouve à plusieurs dizaines de kilomètres au large.
Dans les parcs à huitres de Oualidia, une main-d'Óuvre nombreuse s'affaire à séparer les coquilles de leurs supports, comme à l'ordinaire. " Les commandes ont un peu baissé, mais nous avons beaucoup de clients sur place ", dit le patron du parc no 7, celui qui a commencé l'ostréiculture au Maroc en 1952 sous la direction d'un Français.
Un peu plus haut, dans la lagune, les flamants roses s'ébattent dans l'eau saumâtre, comme s'ils se savaient protégés par le gros boudin rouge qui, à l'entrée, barre le passage au goudron. Non, la marée noire n'est pas pour demain.
- Le trente-cinquième vol de la fusée européenne Ariane, qui devait lancer dans la nuit du 10 au 11 janvier le second satellite français de télédétection, Spot-2, a dû être reporté à la suite d'un problème technique. Il s'agit d'" une anomalie de calibration de la centrale inertielle à cardans du lanceur ". Si l'anomalie constatée se situe au niveau du logiciel, le problème pourrait être vite réglé, et le tir pourrait avoir lieu autour du 12 janvier. S'il fallait changer la centrale, le tir pourrait ne pas avoir lieu avant la semaine suivante.
A propos des missiles nucléaires préstratégiques Hadès, qui équiperont l'artillerie française à partir de 1992, le ministre de la défense, Mr Jean-Pierre Chevènement, indique, dans un entretien avec le Point, que "ce type de missiles est au service de l'Europe", et il considère que "ces armes ont un rôle stabilisateur". Le missile Hadès devrait emporter une tête nucléaire de 80 kilotonnes (environ cinq fois la puissance de la bombe d'Hiroshima) sur une distance de moins de 500 kilomètres.
"Ces armes protègent la paix, ajoute Mr Chevènement, et, donc, l'Allemagne elle-même, en dissuadant toute agression conventionnelle, dont nul ne peut se dire à l'abri pour l'éternité." Le ministre de la défense estime que "l'Union soviétique restera une très grande puissance militaire", car "il faut juger les Etats non pas sur leurs intentions mais sur leurs capacités". Il considère que "la doctrine de défense française est la seule qui tienne la route dans l'ébranlement général des blocs, dont les concepts fondateurs sont remis en cause".
Revenant sur les vÓux de Mr Mitterrand aux Français, le ministre de la défense affirme, de son côté, que "l'idée de confédération européenne est enthousiasmante et réaliste".
"Il a toujours été clair, conclut Mr Chevènement, que la dissuasion française avait pour fonction de défendre nos intérêts vitaux. On peut penser que le contenu de ces intérêts aura tendance à s'étendre dans le cadre de la confédération européenne proposée par le président de la République, qui demeure en dernière instance seul à décider."
- La rédaction de l'hebdomadaire le Sport a décidé, vendredi 5 janvier, de poursuivre le mouvement de grève lancé la veille (le Monde du 6 janvier). Les négociations entre le PDG du titre, Mr Robert Lafont, et les délégués de la rédaction à propos de la politique rédactionnelle et de ses objectifs n'ont pas abouti. Les grévistes, qui ont approuvé le mouvement par treize voix contre dix, avec un bulletin blanc, indiquent qu'ils n'ont " aucune confiance " dans les propositions faites par Mr Lafont et continuent à réclamer son départ. Toutefois, les partisans de la poursuite de la grève sont nettement moins nombreux que lors du premier vote : ils étaient alors vingt-quatre sur vingt-cinq rédacteurs présents.
La déprogrammation par TF 1 du téléfilm Un train pour Petrograd, dont la diffusion était prévue lundi 8 janvier, a déclenché de violentes critiques dans l'Humanité, du 6 janvier. Sous le titre " TF 1 déraille ", le quotidien du PCF indique que la déprogrammation de ce téléfilm consacré à un épisode de la vie de Lénine - celui du fameux " wagon plombé " qui le ramène de son exil de Zurich vers Petrograd - constitue " un acte de censure ". " Ce nouvel autodafé cathodique vient s'ajouter aux efforts redoublés du pouvoir et de ses mercenaires médiatiques pour empêcher dans notre pays la rencontre entre les aspirations des gens et tout ce dans quoi ils pourraient puiser espoir et se reconnaitre ", indique le quotidien du PCF.
Selon Mr Etienne Mougeotte, vice-président de TF 1, la décision de déprogrammation a été prise compte tenu du fait qu' " il n'était pas très convenable, par égard à ces peuples en voie de libération (ceux des pays de l'Est) de diffuser actuellement cette Óuvre de qualité, mais complaisante ".
Le téléfilm en question a été produit par TF 1, mais aussi par des télévisions italienne, espagnole, autrichienne et ouest-allemande. A TF 1, on indique que ce téléfilm sera à nouveau programmé quand " tout sera stabilisé " dans les pays de l'Est.
Neuf cents soldats américains ont été rapatriés du Panama vendredi 5 janvier, ce qui porte à près de trois mille le nombre de GI's ayant quitté le pays depuis l'intervention américaine du 20 décembre. Selon le Pentagone, environ vingt-cinq mille hommes restent stationnés au Panama, dont la moitié le sont en permanence. Le gouvernement luxembourgeois a annoncé qu'une banque locale a bloqué 100 millions de francs luxembourgeois (17 millions de francs français) appartenant à la famille du général Noriega. Celui-ci a été destitué vendredi de toutes ses fonctions par le gouvernement panaméen qui envisage, par ailleurs, de demander à la France l'extradition de l'un des principaux conseillers de l'ex-homme fort du Panama, Mr Renato Pereira.
Le directeur de la Documentation française, Mr Jean Jenger, a été élu à la présidence du conseil d'administration de la fondation Le Corbusier. Ancien sous-directeur de l'architecture au ministère de la culture et ancien directeur de l'établissement public constructeur du Musée d'Orsay, il succède à l'architecte André Wogenscky et retrouve une fonction qu'il avait occupée entre 1982 et 1988.
Destinés surtout aux adolescents de douze à seize ans, les premiers volumes, en français et en arabe, du Coran en bandes dessinées viennent de paraitre à Paris. Jusqu'à présent, le livre de la révélation islamique n'avait jamais subi l'épreuve du trait.
Né en 1943 à Tozeur, ancien prof de philo, passé ensuite au journalisme et à l'édition, le Tunisien Youssef Seddik, établi à Paris depuis 1983, avait déjà publié en 1986 à Angoulême un tome de bandes dessinées coraniques en arabe, tentant, à l'intention de la jeunesse arabophone, d'illustrer "d'indéchiffrables incantations".
Cela n'enthousiasma que la Charente libre. De Tunis à Koweit et à Alger, des théologiens musulmans tempêtèrent aussitôt contre l'iconoclaste qui avait osé couper des versets coraniques et les faire illustrer d'un trait jugé "humoristique" ou "confusionniste". En fidèle obéissant, Youssef Seddik rengrangea son ouvrage.
Il ne renonça pas pour autant à son projet, cherchant à l'adapter aux exigences canoniques sans renoncer pour autant à ses buts pédagogiques et distractifs. Il n'était pas question de représenter Mahomet ou les autres prophètes reconnus par l'islam, pas plus que l'archange Gabriel, réputé avoir transmis le Coran à Mahomet de la part de Dieu.
Il s'agissait en revanche d'extraire du livre sacré de l'islam les événements historiques ou imagés (le Coran ne comporte que 20 % de prescriptions législatives) et de les mettre en dessins avec des citations exactes du Coran et des bulles imaginées certes, mais respectueuses de la récitation coranique, celle-ci étant complétée si nécessaire par des emprunts aux chroniques des très orthodoxes historiens arabes Tabari (838-923) et Kortobi (mort en 1112).
Afin de prévenir l'accusation de violation de l'interdit islamique frappant - théoriquement - " la représentation figurative d'êtres vivants ", Youssef Seddik aurait pu invoquer aussi bien les miniatures persanes que la presse contemporaine du monde musulman.
Il a préféré une délicate référence mahométane à la Sunna (Tradition) montrant le Prophète s'intéressant aux marionnettes de sa femme Aicha, épousée encore enfant. Mahomet n'avait pas condamné ces figurines ; on pouvait donc, a estimé notre éditeur, étendre cette tolérance aux bandes dessinées.
Les dessins ont toutefois été confiés à des mains non musulmanes : Gioux, Philippe Teulat, Philippe Jouan, Benoit de Pelloux ont mis en bandes les six premiers volumes. On peut être partagé sur le style des dessinateurs mais le déroulement de l'histoire est attractif, y compris pour le profane adulte. La calligraphie arabe est due à Mekzi, du journal tunisois El Goumhourya, qui a utilisé deux écritures distinctes pour différencier le Coran lui-même du texte des bulles. Dans la version française, les citations coraniques figurent en cartouches.
Prudente, la presse des Etats musulmans n'a pas encore évoqué l'événement que constitue en soi cette " première " dans l'histoire de l'islam. Les docteurs de la foi n'ont en effet délivré pour le moment ni imprimatur ni objection, et Youssef Seddik espère qu'ils se cantonneront dans cette neutralité. Or, en islam tout particulièrement, ce qui n'est pas interdit est permis...
On sait cependant qu'au sein du Conseil islamique de Tunisie, dont font partie des islamistes comme Me Abdelfettah Mourou, la tendance serait plutôt hostile à cette nouvelle façon d'enseignement coranique puisque, selon la Sunna, " Mahomet voua un jour à servir de bois pour le feu des enfers les artistes qui avaient dessiné la figure d'Abraham à l'intérieur de la Kaaba à La Mecque ".
Comme cela a été souvent le cas dans de semblables affaires, il suffirait qu'une institution officielle islamique, surtout celle du pays d'origine du promoteur de cette nouveauté, condamne l'entreprise de Youssef Seddik pour que d'autres organisations de théologiens du monde musulman lui emboitent le pas, arrêtant sans doute derechef cette audacieuse et sympathique tentative d'adaptation coranique au siècle.
La "City" et ses quelque dix pâtés de maisons au cÓur de la capitale, où se concentre l'activité financière de l'Argentine, offraient un étrange spectacle le jeudi 4 janvier. De longues queues serpentaient entre les banques, des milliers d'épargnants se pressaient aux guichets, ouverts pour la première fois depuis six jours après le pont du Nouvel An et une série de "fériés" imposés par l'exécutif.
Comme tant d'autres, Amanda, une jeune femme, attendait depuis plusieurs heures pour tirer 1 million d'australes (au taux du jour : 830 dollars), le maximum autorisé par le gouvernement, pour un placement à sept jours qu'elle avait effectué la semaine dernière; le reste de son avoir sera transféré sur un bon d'Etat, le "Bonex 89" en valeur dollar. Mais comme les "Bonex 89" sont en cours d'impression, elle devra se contenter, selon sa propre expression, "d'un morceau de papier".
Le ministre de l'économie, Mr Erman Gonzales, annonçait en effet, le 1er janvier, la suppression des placements à terme dans le but de réduire la masse monétaire du pays,dont ils représentent les deux tiers.
La dette interne de l'Argentine est ainsi convertie par le biais de la valeur dollar du " Bonex " en dette extérieure.
La manÓuvre de Mr Gonzales a une double ambition : revaloriser l'austral et juguler le déficit fiscal. Les placements à terme, le plus souvent à sept jours, offraient des taux d'intérêt qui, accumulés, atteignaient la semaine dernière de nouveaux records, de l'ordre de 1200 % par an. Leur dépôt rémunéré, obligatoire auprès de la banque centrale, coûtait une fortune à l'Etat, le service de la dette interne se multipliant par deux tous les quinze jours. Celle-ci atteignait 600 millions de dollars par mois en 1989. Mr Gonzales souhaite qu'elle coûte la même somme, mais sur l'ensemble de l'année à venir.
La mesure spectaculaire ne vise pas les petits épargnants comme Amanda, qui ne cherchait guère, par ses investissements profitables, qu'à se préserver de l'inflation estimée à plus de 50 % pour décembre.
Le gouvernement du président Carlos Menem s'en prend bien plus à la "Patria Financiera", les grandes entreprises et les banques, qui, spéculant tour à tour sur les taux d'intérêt ou la cotation du dollar, faisaient fonctionner à plein la juteuse " bicyclette " argentine.
" Avec la fin des placements à terme, la bicyclette a une roue crevée ", commente un banquier étranger. Le dollar a retrouvé un taux plus raisonnable jeudi, à environ 1200 australes. Sa flambée (il s'est coté au marché pendant le week-end à plus de 4000 australes) ainsi que celle des taux d'intérêt pendant les fêtes de fin d'année ont fait vivre au gouvernement la crise la plus grave de ses premiers mois d'administration, selon l'aveu d'un fonctionnaire de la présidence. Dans son discours à la nation du 1er janvier, Mr Gonzales admettait que le pays était retombé dans la spirale de l'hyper-inflation, comme cela avait déjà été le cas en juillet 1989.
Les premiers mois du gouvernement Menem avaient pourtant bien vu une réduction de l'inflation, qui passait de 200 % en juillet à 5 % en novembre. Mais la récupération salariale se faisait attendre et l'émission monétaire continuait d'alimenter le déficit fiscal.
Le dérapage remonte à début décembre. Le ministre de l'économie de l'époque, Mr Nestor Rapanelli, tenta alors de l'éviter en procédant à une dévaluation de la monnaie. Il annonçait une augmentation des tarifs publics, et surtout le report de la dette interne à une échéance de deux ans. Cette décision lui fut fatale. Elle emporta Mr Rapanelli le 15 décembre. Son successeur, Mr Gonzales, annonçait, trois jours après, la libéralisation totale de l'économie avec la fin du contrôle des changes et des prix. Le report de la dette sur les " Bonex " était alors proposé, mais de manière volontaire. Il fut à son tour mis en échec par l'ampleur du déficit " quasi total ", c'est-à-dire le service de la dette interne.
La solution choisie suit les grandes lignes de l'orientation acquise dès juillet dernier : libéralisation, privatisation des entreprises publiques, avec, d'ailleurs, la volonté d'en accélérer le processus, mais elle requérait beaucoup de " courage ", souligne l'un des directeurs de la banque centrale, Mr Manuel Domper.
Elle passe par une offensive directe contre la fameuse " Patria Financiera ", qui, jusqu'à présent, non seulement n'avait pas été touchée par la crise économique, mais avait su, à l'inverse, en tirer les meilleurs profits en gagnant sur les deux roues de la bicyclette. " Les gros opérateurs vont tout juste perdre un peu de ce qu'ils ont gagné ", précise Mr Domper, beaucoup plus inquiet de la récession globale qui ne manquera pas d'accompagner le nouveau plan économique.
Mr Domper explique en substance que celle-ci sera alimentée par la rareté des australes, que les banques pas plus que les épargnants ne détiennent en grand nombre, alors que l'Etat n'émettra plus. Le directeur de la banque centrale prévoit, par ailleurs, que les salaires ne rattraperont pas l'inflation.
Les risques d'explosion sociale sont admis par les responsables du gouvernement, qui travaillent d'arrache-pied sur la contre-partie politique du plan économique, tentant de rallier le Parti justicialiste (péroniste), où la dissidence est importante, et de colmater la scission de la toute-puissante CGT, la centrale ouvrière péroniste, et d'éviter ainsi la surenchère revendicative. " Nous avons un avantage, tout le monde a vu qu'avec un tel déficit fiscal nous retombons dans l'hyper-inflation. Les gens ont eu peur le week-end dernier, nous devons en faire usage ", admet Mr Domper.
- Accusé par des groupes réformistes de n'avoir pas agi assez rapidement contre la corruption, le ministre est-allemand de la justice, Mr Hans Joachim Heusinger, a été remplacé, a annoncé vendredi 5 janvier l'agence ADN. Le premier ministre, Mr Hans Modrow, a désigné pour lui succéder Mr Kurt Wünsche, qui, tout comme Mr Heusinger, appartient au Parti libéral démocrate (LDPD).
MARX et Jaurès, même combat. Et ce combat continue, contrairement au dire de ceux qui le prétendent achevé et dépassé. Non, assure Max Gallo, l'Histoire ne finit pas avec la prétendue " universalisation de la démocratie libérale occidentale comme forme finale de gouvernement des hommes " et l'échec du " despotisme communiste " .
L'écrivain et historien, qui s'exprime, ici, en militant de gauche - il est député socialiste européen, - est allé consulter Marx dans le texte et il en a retenu l'exemple d'un penseur révolté contre l'aliénation de l'individu, un utopiste pour qui " la société future doit permettre le libre développement de l'homme ".
Or, de ce point de vue, il reste à l'évidence beaucoup à faire, ce qui conduit Max Gallo à proposer, à travers " une modeste relecture " du célèbre précédent en la matière, un Manifeste pour une fin de siècle obscure.
Pour combattre une telle puissance de fait, il n'y a plus que la révolte individuelle et violente, ou celle qui s'organise en marge sur le mode criminel (mafia, drogue), ou encore celle qui se fonde sur des pulsions régressives (intégrisme, racisme, terrorisme). Max Gallo propose de donner une rationalité au refus de " la logique actuelle de développement du système mondial ". Si, écrit-il, " c'est Jaurès qui avait raison contre Lénine " , il ne faut pas oublier Marx et sa critique du capitalisme. Selon l'auteur, cette critique doit s'affirmer en termes de refus et non par une intégration à visée réformiste dans le système capitaliste. C'est toute une filiation social-démocrate, en particulier celle qui se réclame du modernisme, qui est, ici, condamnée (difficile de ne pas y reconnaitre, notamment, la gestion rocardienne).
En vertu de ce refus global, et au nom du réalisme et du pragmatisme, Max Gallo rejette aussi " la construction européenne sur le modèle d'une zone de libre-échange " et suggère de s'appuyer sur les Etats-nations, et sur les mouvements du socialisme démocratique des nations européennes, celles de l'Est comprises, pour résister à la pression du pan-capitalisme.
Plutôt qu'à prétendre " changer la société " ou à la gérer mieux que d'autres, la conquête du pouvoir doit, selon l'auteur, viser à maintenir et élargir des zones hors marché, qui échappent aux " logiques courtes " du système marchand, telles celles qui couvrent la formation du citoyen, les liens sociaux, la santé, la solidarité.
Max Gallo aurait-il voulu ajouter sa propre contribution à toutes celles qui s'affronteront au prochain congrès du PS ? Non, car les motions par lesquelles se distinguent les courants de ce parti ne sont pas, à la différence de celle-ci, lisibles par le grand public. Max Gallo s'adresse à l'évidence à toute la gauche qui s'interroge et, peut-être, se renouvelle en France et en Europe : il lui rappelle la primauté de l'individu sur les systèmes et celle du politique sur l'économisme et, paradoxalement, il recadre l'internationalisme dans la matrice de " ces formations sociales à l'existence transéculaire que sont les nations " . Voilà qui, au minimum, donne envie de débattre !
A Erfurt, au cÓur de la Thuringe, la révolution est ouverte, une fois par semaine, le jeudi de 17 heures à 20 heures. Les autres jours, les quelque 215 000 habitants de la ville et de sa banlieue travaillent, s'amusent ou ne font rien. Mais, le jeudi à 17 heures, ils sont des milliers à se rassembler, dans quelques-unes des plus anciennes églises du pays, pour écouter gravement un prêtre. Après avoir reçu les informations du jour, ils se forment en cortèges, qui convergent vers la cathédrale, attirant à eux les passants qui sortent des bureaux. L'allure est pacifique. Ici, ni drapeaux douteux ni slogans agressifs comme à Leipzig. Arrivés devant la cathédrale toute noire, qui, de son promontoire, surveille la ville, les manifestants écoutent les discours. Chaque orateur a droit à cinq minutes. Au terme du temps de parole, une corne signale qu'il faut laisser le micro au suivant. Celui-ci, comme son prédécesseur, donne son nom et parle de ce qui lui tient à cÓur : la réforme de l'éducation dans le cycle primaire, l'état des prisons et les mauvaises conditions de travail de leurs gardiens ou la nécessité d'un syndicat indépendant pour les postiers.
Une fois aussi, il y a deux semaines, un orateur, soutenu par une partie de la foule, a réclamé le départ des travailleurs étrangers, essentiellement vietnamiens, qui travaillent dans l'industrie textile. Quelques centaines de Nord-Coréens étaient, eux, déjà partis, rapatriés par leur gouvernement, qui craint la contagion. Depuis, les représentants des nouveaux groupes politiques s'élèvent régulièrement contre les dérapages de l'extrême droite et les dangers du chauvinisme allemand. A 20 heures, tout est terminé, chacun rentre chez soi. Et il en va ainsi depuis le mois d'octobre, chaque jeudi, tranquillement. Telles sont les apparences.
Et, pourtant, la ville n'a pas été épargnée par le départ de ses habitants vers l'Allemagne fédérale. Selon des chiffres cités par l'opposition, près de deux mille citoyens d'Erfurt ont quitté leur cité et, parmi eux, beaucoup de médecins et d'infirmières.
Dans la mesure du possible, l'armée a remplacé les absents, mais on dit que des médecins viendront bientôt en renfort d'Allemagne de l'Ouest. Curieusement, l'exode a aussi vidé les cuisines et les offices. Les restaurants manquent de chefs, de maitres d'hôtel, de serveurs et de sommeliers. Conséquence : le meilleur restaurant de la ville, le Hohe Lilie, est fermé depuis deux mois.
Et puis, après la longue incubation de l'été, le mur a été ouvert, provoquant une violente poussée de fièvre. En quelques jours, en novembre, la tempête a conduit le premier secrétaire du SED en prison, suscité le remplacement du maire et provoqué le départ du chef de la police politique. La ville s'est aussi offert une explosion de nouveaux projets et a créé son comité de citoyens. Depuis, le pouvoir municipal est évanescent, celui du PC restreint et celui de la police politique inexistant; son nouveau chef, le lieutenant-colonel Horst Schuchardt, explique que plus de mille trois cents hommes ont demandé volontairement à partir. Il lui en reste à peu près autant, mais l'effectif devra encore être réduit.
Le pouvoir est à prendre, mais Erfurt garde la tête froide, faisant mine de respecter un règlement qui ne tient que par la force de l'habitude ou par la peur du chaos. Gerhard Müller était, depuis plus de dix ans, le premier secrétaire du SED de la région, une contrée couverte de forêts et qui fut longtemps le poumon de l'Allemagne. Aujourd'hui, les entreprises métallurgiques déversent sur Erfurt leur épaisse fumée, qui se mélange à celle provenant de la combustion de la lignite dans les poêles en hiver. La ville et ses anciennes maisons à colombage des seizième et dix-septième siècles sont plongées dans une brume suffocante, mais, jusqu'à aujourd'hui, personne ne semblait s'en être préoccupé, comme si l'écologie n'était qu'un luxe de pays riche.
Dans sa région, le camarade premier secrétaire était un seigneur. Membre suppléant du bureau politique du SED, il roulait dans une grosse Volvo, ce carrosse à moteur qu'affectionnaient les hauts bureaucrates du parti est-allemand. Il aimait aussi la chasse. A une cinquantaine de kilomètres de la ville, là où il y avait avant une colonie de vacances, il avait fait aménager un confortable pavillon, ainsi que des bungalows pour le personnel. Pour faciliter l'accès aux nouvelles installations, une route nouvelle avait également été tracée ; 1 800 hectares ont ainsi été transformés en réserve de chasse inaccessible au public. Selon le témoignage du garde-chasse, les bêtes y étaient particulièrement bien soignées ; les habitants d'Erfurt en ont aussitôt déduit que les cerfs du parti étaient eux aussi des privilégiés.
De toutes les turpitudes qui, à tort ou à raison, ont été reprochées à Gerhard Müller, le poids symbolique du pavillon de chasse a pesé le plus lourd. Gerhard Müller a été remercié par la direction régionale du parti. Il a naturellement accepté cette décision, prise à l'unanimité, reconnaissant que tout était de sa faute et que sa mise à l'écart s'imposait. D'ailleurs, il a lui-même officiellement demandé à être déchargé de ses responsabilités. Un peu plus tard, il a été incarcéré et inculpé de corruption, comme ses camarades du bureau politique à Berlin.
Depuis, les quelque trente-cinq mille communistes d'Erfurt (le parti aurait perdu près de cinq mille membres au cours des derniers mois) voient l'avenir avec incertitude. Ils comprennent bien qu'il va leur falloir vivre autrement et partager le pouvoir, mais tant d'inconnues demeurent. Leur quotidien, Das Volk (le Peuple), jusque-là l'" organe de la direction du parti de la région d'Erfurt ", a prudemment changé sa manchette. Il est désormais un " quotidien socialiste pour la région d'Erfurt ". " On est plus libres aujourd'hui, admet l'un de ses journalistes. Ce n'est pas que nous devions présenter chaque article à la direction, mais nous savions alors ce qu'il ne fallait pas écrire. "
Ce changement de style suffira-t-il à sauver le journal ? Subventionné par l'Etat, il est vendu, comme tous les quotidiens du pays, au prix dérisoire de 15 pfennigs, ce qui ne couvre pas la moitié des coûts de fabrication ; l'imprimerie qui le tire n'avait elle-même pas de préoccupation quant au prix de revient. Le parti - c'est-à-dire l'Etat, les deux caisses étant confondues - payait. Mais qu'en sera-t-il après les élections, voire dans trois mois, alors que les autres partis et les comités civiques demandent à mettre le nez dans les comptes ? " Il va falloir se serrer la ceinture, dit encore un journaliste communiste. Certains d'entre nous cherchent à aller travailler à Berlin dans la presse centrale du parti, là où il y a moins de risques de chômage. Et d'autres commencent à dire qu'il faudrait transformer l'imprimerie en entreprise privée, afin qu'elle soit mieux gérée. "
La même morosité règne à l'hôtel de ville, qui a connu une crise identique à celle traversée par le PC. Il est vrai aussi qu'entre les deux maisons il n'y avait guère de cloisons. Rose-Marie Seibert était le maire et Gerhard Müller était son chef. Aujourd'hui, Rose-Marie Seibert - " Rosie la rouge ", comme l'appellent parfois, avec un humour à faire froid dans le dos, certains de ses administrés - n'est plus rien. Elle était maire pour la galerie et ne rendait compte qu'à son parti, c'est-à-dire au premier secrétaire de la région d'Erfurt. Elle est tombée en même temps que lui, remplacée par un nouveau maire, lui aussi communiste, qui survit sans consignes, comme un naufragé perdu au milieu d'un conseil municipal où il ne compte pourtant que des amis.
L'assemblée est un héritage des temps meilleurs, lorsque les élections se faisaient sur une liste unique, regroupant tous les partis du Front national. Communistes, démocrates-chrétiens, libéraux et agrariens étaient alors élus ensemble. A ce " bloc des partis " s'agrégeaient les élus des différentes organisations " de masse " : jeunesse communiste, organisation des femmes, représentants de la culture et de divers regroupements sociaux. En tout, deux cent cinquante élus, dont près de 80 % sont en réalité, sous des costumes divers, membres du PC et toujours élus au conseil municipal. Même aujourd'hui, alors que la crise est profonde au sein des troupes communistes, dont plusieurs membres sont partisans d'un travail avec toutes les forces politiques, les représentants des nouveaux partis n'arrivent pas à faire confiance à de tels élus.
Sur le modèle de ce qui se passe à Berlin pour l'ensemble du pays, ces partis ont donc formé une table ronde, dont la première réunion s'est tenue le 13 décembre. Presque toutes les organisations étaient représentées. Le maire, jaloux de son pouvoir, avait refusé de venir, acceptant seulement de mandater deux observateurs qui coifferaient ceux des syndicats. Cette première séance n'a pas donné grand-chose. En réalité, la campagne électorale est lancée et les nouveaux partis ont surtout exigé qu'on leur procure les moyens de travailler : manque de bureaux - le Parti social-démocrate (SDP) est momentanément installé dans les dépendances de l'église, - de téléphones, de matériels d'impression et de papier. Ils ont demandé que le PC leur fournisse un peu de ses trésors. Chichement, ce dernier, qui cherche à garder le plus d'atouts possible jusqu'aux élections, a concédé au comité des citoyens les locaux du Front national, organisation désormais en déroute. D'autres bureaux, notamment ceux de la Stasi, sont regardés avec convoitise. Les commissions d'enquête, nées après l'occupation des locaux de la police politique (le Monde daté 17-18 décembre), en ont recensé plusieurs, disséminés dans la ville, sous des appellations fictives. Ils étaient jusque-là inconnus.
Demeure enfin la question des communications, problème délicat entre tous. Aucun des nouveaux groupes ne dispose de lignes téléphoniques en nombre suffisant. Mais le PC, privilège exorbitant dans un pays où le téléphone est asthmatique, dispose, lui, d'un réseau privé de transmissions. Jusqu'à présent, malgré les demandes de l'opposition, il a réussi à en conserver le contrôle.
- Le chef des forces armées, le général Sitiveni Rabuka ne fait plus partie du nouveau cabinet formé le 5 janvier par le premier ministre Ratu Sir Kamisese Mara. L'instigateur des deux coups d'Etat de 1987 a choisi de reprendre l'uniforme plutôt que de garder son poste de ministre de l'intérieur, qui est réintégré par le premier ministre. Deux autres officiers supérieurs ont également quitté le gouvernement, qui ne compte qu'un seul représentant de la communauté indienne.
CE lundi 6 janvier 1975, la fête commence aux studios Cognacq-Jay. Yves Mourousi lance à 13 heures les émissions de TF 1, nouveau nom de la première chaine, et Jean Cazeneuve, son président, coupe symboliquement le cordon. Le soir, le tout-Paris se précipite aux Buttes-Chaumont. A 2, fraichement baptisée, reçoit, dans les locaux de la nouvelle Société française de production, Raymond Devos, Yves Montand, Juliette Greco, Guy Béart, Jean Piat et la cantatrice Christa Ludwig. Rayonnant, Marcel Jullian, promu PDG de la deuxième chaine, présente une équipe de choc : Jacques Chancel, Stellio Lorenzi, Jean-Christophe Averty, Armand Jammot, Bernard Pivot, Pierre Bouteiller, José Artur, Guy Lux et Michel Lancelot. Victime d'un budget plus modeste, Claude Contamine célèbre son baptême au centre Devèze, rue François 1er : pas de soirée de gala pour FR 3, mais la diffusion de Peau d'âne de Jacques Demy, puisque la nouvelle vocation de la troisième chaine sera le cinéma.
Il y aura sept baptêmes ce 6 janvier, pour les sept sociétés de l'audiovisuel public nées du démantèlement de l'Office de la radio-télévision française, le célèbre ORTF. C'est justement au siège historique de l'ORTF, le bastion du quai Kennedy transformé en Maison de la radio, que Mr Valéry Giscard d'Estaing a choisi, ce jour-là, de se rendre. Au micro de France-Inter, le président de la République, père de la réforme, entend marquer solennellement le changement d'époque, de style, de conception. Son prédécesseur, Georges Pompidou, avait affirmé : " Qu'on le veuille ou non, la télévision est considérée comme la voix de la France, et par les Français et par l'étranger. " Mr Giscard d'Estaing, lui, se démarque : " Cela a toujours été, à mon avis, une erreur parce que la voix de la France, cela voulait dire qu'il y avait une sorte d'information officielle. Il n'y avait pas d'information officielle et personne n'avait jamais dit que l'ORTF devrait être une agence officielle d'information. (...) Pour moi, ce n'est pas la voix de la France, ce sont simplement des Français qui s'expriment. "
En enterrant l'ORTF, le président de la République veut faire oublier les polémiques qui ont empoisonné les relations entre les médias et le pouvoir depuis mai 68 et ont encore pesé sur la récente campagne électorale. Il le confirmera par écrit aux nouveaux PDG de l'audiovisuel quelques jours plus tard : " Aucune tutelle particulière, aucune intervention extérieure ne doit limiter ou altérer votre responsabilité. " Mais, pour l'heure, Mr Giscard d'Estaing continue à expliquer ce qu'il attend de la nouvelle radio-télévision : " L'idée fondamentale de la réforme, c'est de permettre aux moyens qu'avait l'Etat dans ce domaine de devenir des moyens indépendants et concurrentiels. (...) Je souhaite deux choses : l'indépendance et la qualité. (...) Je souhaite aussi que des grands moyens d'information non seulement n'augmentent pas le poids de nos soucis quotidiens mais, dans une certaine mesure, les allègent. "
L'indépendance, la qualité par la concurrence, la décrispation par le petit écran : la trilogie du libéralisme giscardien est parfaitement en place. Mais la potion n'est pas du goût de tout le monde. L'opposition, Mr François Mitterrand en tête, dénonce déjà la mainmise du pouvoir sur les médias et s'apprête à lancer des initiatives de contre-information (CREPAC de Roger Louis, UNICITÉ du parti communiste) qui prépareront le terrain des radios pirates. Les syndicalistes de l'ex-ORTF constatent que la réforme a laissé sur le carreau 524 techniciens et 261 journalistes. Sous la volonté de " décrispation ", nombre de créateurs voient poindre une télévision aseptisée sacrifiant au culte du consensus. Enfin, dans les rangs même de la majorité, quelques élus ne se cachent pas pour dire que le démantèlement de l'ORTF n'est qu'un compromis fragile entre la sauvegarde du monopole d'Etat et une privatisation rampante.
Ils n'ont pas tout à fait tort. Mr Giscard d'Estaing a longuement hésité sur le sort de l'audiovisuel public. Lorsqu'il est arrivé au pouvoir, quelques mois auparavant, le président de la République a trouvé l'ORTF affaibli par les conflits, les scandales et les dérapages de gestion. En dix ans, l'Office a connu trois modifications de statuts, quatre directeurs généraux et neuf ministres de tutelle. Son directeur, Mr Marceau Long, tente en vain d'imposer la décentralisation décidée en 1972 et se heurte à des grèves répétitives. L'instauration d'une comptabilité analytique permettant de mieux cerner les coûts de fonctionnement de cette immense machine, grosse de dix-sept mille employés, a totalement échoué. L'année précédente, le sénateur André Diligent a dénoncé le scandale de la publicité clandestine. En 1974, une autre commission parlementaire découvre que le déficit cumulé d'exploitation s'élève à 150 millions de francs et que le rétablissement financier de l'Office nécessiterait de strictes mesures d'économie et une forte augmentation de la redevance.
Mais surtout, les proches de Mr Giscard d'Estaing militent ostensiblement pour une solution radicale. Mr Philippe Malaud, qui fut ministre de l'information sous Georges Pompidou, affirme publiquement que la création audiovisuelle est un repaire d'intellectuels communistes et que l'information est aux mains de " soviets de base ". N'a-t-il pas essayé, en vain, d'empêcher la diffusion du Pain noir de Serge Moati, sur les difficultés de la vie ouvrière à Limoges, ou l'évocation de l'affaire Rosenberg par l'équipe Lorenzi-Decaux ? Pour lui, l'affaire est entendue : l'audiovisuel public est devenu ingérable. Le propre frère du président de la République, Mr Olivier Giscard d'Estaing, propose de privatiser la troisième chaine pour dresser face au service public une télévision plus docile au souhait de la nouvelle majorité. Les investisseurs ne manquent pas. Le groupe cinématographique UGC, dirigé par Mr Jean-Charles Edeline, un ami du président, est intéressé. Et Europe 1, majoritairement contrôlé par le holding d'Etat SOFIRAD, présidé par Mr Denis Baudoin, est aussi candidat.
Mr Giscard d'Estaing, séduit un moment par le projet, finit par y renoncer. Son premier ministre, Mr Jacques Chirac, est plutôt réservé, et de nombreux élus gaullistes sont farouchement opposés à la privatisation. De plus, le lobby de la presse écrite, qui estime ses ressources publicitaires menacées par d'éventuelles chaines privées, menace de partir en guerre contre l'initiative. Le rapport de forces politiques est donc loin d'être favorable. Le 3 juillet 1974, le débat interministériel est tranché : le monopole sera maintenu. Mais l'aile dure giscardienne a tout de même marqué des points : l'Office sera démantelé en sept sociétés, ce qui permettra de réduire les bastions syndicaux et de se débarrasser des indésirables.
Mr Jacques Chirac présente alors la réforme comme la dernière chance du monopole public. La concurrence entre les chaines, explique-t-il, garantira une meilleure gestion et la qualité des programmes : une commission répartira en effet la redevance entre TF 1, A 2 et FR 3 en fonction de l'audience et de la qualité des émissions. Un projet de loi est rapidement rédigé, le Parlement convoqué en session extraordinaire en plein mois de juillet. En moins d'une semaine, malgré les protestations des élus contre un débat bâclé, la loi est votée. Les syndicats, pris de vitesse, organisent la grève pour la rentrée. Mais il est trop tard : les nouveaux responsables des chaines sont nommés dès le 16 septembre et entreprennent de se partager les dépouilles de l'ORTF.
L'Office est tombé, victime de deux mauvais procès. L'un, on l'a vu, est purement politique. L'autre, plus pervers, concerne la gestion de l'audiovisuel public. Certes, le gigantisme de l'ORTF, le corporatisme de ses syndicats ont leur part de responsabilité dans les gabegies dénoncées par les rapports parlementaires. Mais le pouvoir politique ne saurait être absous des conséquences d'une croissance mal maitrisée. Entre 1958 et 1967, le nombre de téléviseurs installés en France est passé d'un peu moins d'un million à plus de sept millions, entrainant un accroissement spectaculaire des ressources de la redevance.
Après cet âge d'or où tous les investissements étaient possibles, la croissance du parc et de la redevance est nettement ralentie. C'est pourtant à cette époque que le pouvoir s'est lancé dans deux opérations extrêmement coûteuses : la création de la troisième chaine et la duplication de TF 1 sur un réseau couleur. Le tout sans augmenter en conséquence la redevance et en cherchant des ressources complémentaires mais insuffisantes du côté de la publicité. Comment reprocher dès lors à l'ORTF son déficit, la dégradation de ses programmes ou la détérioration de ses relations économiques avec le cinéma ?
L'Etat n'avait qu'une alternative : assurer sur fonds publics le développement de son audiovisuel ou en confier la responsabilité à l'initiative privée. Faute de choisir, il a préféré mettre en accusation l'ORTF. La loi de 1974 n'a pas réglé la contradiction. Dès le débat parlementaire, le sénateur centriste Jean Cluzel diagnostiquait lucidement le mal : " Le projet de loi actuel réunit, à un correctif près, les conditions mêmes de la dégradation. Les ressources des sociétés nationales de programme dépendront en majeure partie des recettes publicitaires. (...) Les responsables des futures sociétés seront donc - c'est la logique du système - conduits, sinon contraints, à rechercher la rentabilité maximale en cherchant la plus grande audience. Et, pour ce faire, ils ne manqueront pas d'appliquer une recette bien connue qui consistera à programmer systématiquement aux heures de plus grande écoute des émissions populaires dont, hélas, la qualité ne correspond pas exactement à ce que l'on peut attendre d'une émission de service public. "
On connait aujourd'hui la suite inévitable du scénario : la généralisation de la logique commerciale, l'invasion des écrans par des séries américaines achetées à bas prix, la crise de la création audiovisuelle et des rapports avec le cinéma, le déficit chronique de la SFP. Après quinze ans de crise, le pouvoir politique commence à comprendre la leçon. Un PDG unique, la fin de la concurrence entre les chaines publiques, l'harmonisation des programmes, la mise en cause de la seule logique des sondages : n'est-ce pas un timide retour à l'ORTF ?
D'après le New York Times, quelques semaines après son entrée à la Maison Blanche, le président Bush déclarait à un ami : " Peut-être deviendrai-je un Teddy Roosevelt. " Selon ce journal, le terrible " T.R. " exerce une sorte de fascination sur " G.B. ", le nouveau président. Ainsi celui-ci a-t-il installé un portrait de son prédécesseur républicain, lorgnons et moustaches en bataille, dans la salle de réunion du cabinet et lit-il à ses moments perdus la biographie de son héros. Le président se sent probablement des affinités avec l'homme dont l'histoire retiendra la devise : " Parlez doucement et portez un gros bâton. "
En cherchant bien, les points communs ne sont pas si rares : le président Bush est lui aussi chef d'une nombreuse famille, d'un véritable clan installé comme celui de " T.R. " sur la côte est. Les deux hommes ont combattu en se distinguant à l'étranger et ont cherché fortune à l'Ouest. Tous deux ont été des législateurs et ont occupé des postes administratifs. Theodore Roosevelt, comme George Bush, adorait les sports de plein air, se passionnait pour la politique étrangère et la défense de l'environnement. Les deux patriciens ont su évoluer, s'éloigner de leur idéologie conservatrice pour s'adapter au " vent " du changement au point de modifier leurs positions sur des problèmes importants.
Toutefois, la comparaison ne peut être poussée trop loin entre les deux hommes, de personnalités très différentes. Roosevelt, dont le profil est immortalisé dans la roche du mont Rushmore (sud du Dakota), était un extraverti, un chauvin exubérant, un vantard, une force de la nature à l'éloquence brillante et pleine d'humour. On ne peut pas en dire autant du trop policé George Bush. On chercherait en vain chez ce dernier - exception faite de son " coup de sang panaméen " - le même zèle réformateur et l'ardeur des croisades de " T.R. " contre la corruption et les monopoles.
Mais c'est peut-être pour se rapprocher de l'image de son modèle, qui en 1898 partait avec ses cavaliers à l'assaut de la colline San-Juan à Cuba, que George Bush a déclenché la foudre au Panama. Après tout, Roosevelt fut un précurseur au Panama, amorçant les premières négociations sur la construction du canal - dans l'intérêt bien compris des Etats-Unis - en lançant son célèbre : " J'ai pris le canal et j'ai laissé le Congrès parler... " Pourtant cette " juste cause ", avec ses milliers de soldats, ses avions, ses chars, etc., n'a peut-être pas le panache de la chevauchée de Roosevelt, mais le président Bush peut se consoler : dans une biographie récemment publiée, il apparait que la charge commandée par " T.R. " fut peut-être héroique, mais qu'elle se traduisit par d'aussi lourdes pertes qu'au Panama, les fantassins espagnols en embuscade valant bien la résistance des " bataillons de la dignité " du général Noriega.
La livre sterling, l'escudo et le drachme ne font pas partie du système de stabilisation des charges du SME, mais ils sont inclus dans le panier de monnaies qui permet de calculer l'unité de compte du SME, l'écu.
Le ministre de l'industrie, Mr Roger Fauroux, a donné son accord à EDF et GDF pour qu'ils fassent de la publicité commerciale. Néanmoins, cette autorisation - d'une durée de dix-huit mois - est assortie de garde-fous : que la publicité en question fasse référence clairement à la maitrise de l'énergie et que des tests soient opérés a posteriori pour vérifier que ce message est bien passé auprès des consommateurs.
Le cadeau de Noël du ministre (EDF et GDF ont reçu sa lettre le 22 décembre) satisfait une vieille revendication des deux établissements publics, privés de publicité commerciale depuis la fin des années 70 pour cause de cherté énergétique. Seule la publicité dite " institutionnelle " - c'est-à-dire vendant des messages considérés comme étant d'intérêt général - leur était ouverte, ainsi qu'aux pétroliers. A la suite de la levée d'embargo opérée par le précédent ministre de l'industrie, Mr Alain Madelin, en faveur des pétroliers, EDF et GDF avaient redoublé d'efforts pour faire supprimer l'interdiction. Leur message a été entendu, ce qui rendra particulièrement service à EDF, contraint de vendre son électricité à l'étranger en raison du surdimensionnement de son parc nucléaire.
Le groupe VEV-Prouvost a annoncé, le vendredi 5 janvier, la cession de la société Jalla à l'italien Zucchi-Bassetti. Spécialisée dans le linge de maison, Jalla faisait partie des activités de Boussac, reprises par Prouvost en mai 1988. Elle réalise un chiffre d'affaires de 350 millions de francs, avec un résultat " légèrement déficitaire, et un bénéfice escompté pour 1990 " d'après VEV-Prouvost. L'acquéreur est le groupe Zucchi Bassetti, un des leaders européens du linge de maison. Coté à la Bourse de Milan, celui-ci a réalisé en 1988 un chiffre d'affaires de 355 milliards de lires (1,64 milliard de francs). Le montant de la transaction se situerait un peu au-dessous de 200 millions de francs.
Pour le groupe textile français, cette cession est une des étapes de la restructuration engagée par le PDG, Mr Christian Derveloy, dans deux directions : consolidation financière et concentration des efforts sur les positions fortes (filature de la laine, tissus et vêtements notamment). Cette politique se traduit aussi par la discussion avec les syndicats du plan social à La Lainière de Roubaix (Nord), plan qui prévoit la suppression de six cents emplois.
- L'intersyndicale CFDT, FO, SNB-CGC et CFTC de la BNP a appelé, le 8 janvier, à une journée de grève pour le jeudi 11 janvier dans les agences et les centres administratifs à Paris et en province.
Une manifestation nationale est prévue le même jour à 14 h 30 devant le siège social de la BNP, à l'occasion de la séance de négociations réclamée par l'intersyndicale.
Dans un entretien publié par le Figaro du 6 janvier, Mr Marc Blondel oppose une fin de non-recevoir aux propositions de Mr Yannick Simbron, secrétaire général de la FEN, qui proposait dans nos colonnes (le Monde du 5 janvier) d'entamer un processus en vue de la création d'une grande confédération syndicale. " Ce n'est pas en rassemblant les organisations syndicales ou en les entassant l'une sur l'autre que l'on va créer une grande surface ", réplique Mr Blondel. " Pour Force ouvrière, un rapprochement avec la CFDT aurait un effet de désaffection interne au moins aussi grand qu'un rapprochement avec la CGT. Si le pluralisme existe, c'est qu'il correspond à des raisons historiques. " Le secrétaire général de FO ajoute : " Je ne veux pas que l'on assimile FO avec la CFDT ou avec la CGT. "
De son côté, la CFTC, dans un communiqué, " met en garde contre les tendances à un quelconque syndicalisme unitaire ou monopolistique ". Mais, parallèlement, elle " propose une rencontre aux organisations attachées à la construction européenne, à savoir FO, CFDT, CGC et FEN, pour mieux préparer la grande échéance de 1993 ".
Thomson a repris la moitié environ des activités militaires du néerlandais Philips, conformément aux projets annoncés cet été (le Monde des 19 et 24 août). Les deux parties refusent l'une et l'autre de préciser le prix auquel s'est effectuée la transaction, effective le 8 janvier. Le groupe français - bien que nationalisé - précise même dans son communiqué qu'"aucune information ne sera communiquée sur les aspects financiers de cette opération".
A l'issue de l'opération, Thomson détiendra 80% de l'entreprise hollandaise HSA (Hollandse Signaalapparaten BV - plus de 2,7 milliards de francs de chiffre d'affaires), particulièrement forte dans le traitement de l'information sur les navires de guerre. Thomson possédera également 99% des activités de défense du français TRT, ce qui le renforcera dans l'optronique, l'électronique de guidage et les instruments de navigation notamment, soit environ 1,2 milliard de francs de chiffre d'affaires.
Enfin, le groupe français détiendra 49% (et non 40% comme on l'avait d'abord cru) des activités de défense d'une filiale belge de Philips, MBLE, spécialisée dans les télécommunications militaires et affichant un chiffre d'affaires de 150 millions de francs environ.
De sa mairie de Nevers, Mr Pierre Bérégovoy nous a précisé, le samedi 6 janvier, son analyse du réajustement monétaire limité qui vient d'avoir lieu autour de la lire italienne. " Il n'y a pas de débat au sein du gouvernement sur la parité du franc, et encore moins de bataille. Ma conviction est depuis toujours que si l'on met le doigt dans l'engrenage, on est happé par lui. En juillet 1985, où l'on était confronté au même problème d'une dévaluation de la lire, j'avais plaidé que le franc ne devait pas " en profiter " pour se réajuster à la baisse. C'est d'autant plus vrai aujourd'hui. " Le ministre de l'économie et des finances ajoute que les autorités allemandes, notamment le gouvernement, " ont admis que, si le mark avait été réévalué, le franc français, le florin et le franc belge auraient suivi ".
Les seules monnaies qui étaient concernées étaient donc la lire et, éventuellement, la peseta. Mais le gouvernement espagnol ne souhaitait pas toucher au cours de sa monnaie pour ne pas contrarier ses efforts actuels d'ajustement. Mr Bérégovoy se dit donc satisfait d'un mouvement limité qui revient, pour la lire, à faire du taux du marché le taux pivot.
Dans ses commentaires au Monde, le ministre a aussi saisi l'occasion pour justifier sa politique de relèvement des taux d'intérêt, estimant qu'elle n'est pas de nature à casser l'investissement et la croissance économique, qui restent dynamiques. Les taux ont augmenté en France plutôt moins qu'en Allemagne, ce qui traduit, selon Mr Bérégovoy, la volonté du gouvernement de voir la croissance économique se poursuivre.
Selon un rapport publié vendredi 5 janvier par le Centre de recherche, d'étude et de documentation en économie de la santé (CREDES), la consommation médicale totale (CMT) en France a été de l'ordre de 8300 F par personne en 1988. Ce chiffre confirme la nette tendance à la hausse observée depuis la fin de la guerre : si la consommation médicale totale représentait 2,8% du PIB en 1950, elle atteignait 4% en 1960, 5,36% en 1970, 7,06% en 1980 et 8,17% en 1988.
Cette croissance, qui n'est guère surprenante dans la mesure où elle affecte plus généralement l'ensemble du secteur tertiaire, pose néanmoins, note le CREDES, un problème de financement, puisqu'une part importante des dépenses médicales est prise en charge par la Sécurité sociale. Ainsi, depuis 1970, les dépenses de l'assurance-maladie ont été multipliées par onze.
En 1988, la Sécurité sociale a pris en charge 70,7% des dépenses médicales des Français (6550 F par personne), les ménages en assurant 16,1% (soit 1500 F) et les assurances privées 2,7% (soit 250 F par personne). Le rapport constate, par ailleurs, que la part de l'Etat dans cette prise en charge décroit depuis 1970, tandis que celle de la Sécurité sociale, croissante jusqu'en 1980, a tendance à diminuer depuis. Enfin, la part de la mutualité augmente (de 4,5 % en 1970 à 6,4 % en 1988) de même que celle des ménages et des assurances privées (14,7 % en 1980 et 18,8 % en 1988).
Les dépenses médicales des Français se répartissent en quatre grands postes : l'hospitalisation (3 863 F par personne et par an en 1988, soit 46,7 % de la CMT), les soins ambulatoires (2 384 F, soit 28,8 % de la CMT), les biens médicaux (1 663 F, soit 20,1 % de la CMT) et divers actes tels que les transports de malades, la médecine préventive, les maisons de retraite, qui, à eux tous, représentent une dépense moyenne de l'ordre de 361 F par personne.
Le rapport du CREDES aborde aussi le problème de l'" offre " des soins médicaux. Globalement, en 1987, les personnels médicaux représentaient en France 517 000 personnes (soit 9,3 pour 1 000 habitants). Les plus nombreux sont les infirmiers, qui représentent 56,9 % de l'ensemble. Ce sont les spécialistes dont le nombre a le plus augmenté depuis 1970 (+ 157 %), suivis des auxiliaires (94 %), des généralistes et des dentistes (70 %) et des sages-femmes (11 %). C'est dans le sud de la France que l'on observe le plus de généralistes, de même que c'est là aussi que, globalement, les consommations par personne sont les plus fortes.
En 1988, la production par médecin était de 453 000 F, soit, par rapport à 1970, une augmentation en valeur de 353 % et en volume de 15,9 %.
Enfin, selon le CREDES, deux types de facteurs liés à l'âge des patients et à leur situation sociale ont eu une forte influence sur la " demande " de soins médicaux. Ainsi, par exemple, la consommation de soins ambulatoires a-t-elle été multipliée par trois entre 1970 et 1980 pour les 20-29 ans, alors qu'elle était, durant la même période, multipliée par 5,93 au-delà de quatre-vingts ans.
Par ailleurs, la consommation médicale des groupes les moins favorisés socialement est inférieure à celle des groupes les plus favorisés. Ainsi les cadres supérieurs avaient-ils en 1980 une consommation supérieure de 21 % à la consommation moyenne, alors que celle des salariés agricoles lui était inférieure de 14 %. Néanmoins, cette différence a tendance à s'estomper puisque de 1970 à 1980, si la consommation de soins ambulatoires des cadres supérieurs augmentait de 131 %, celle des salariés agricoles augmentait pour sa part de 390 %.
Parallèlement, l'espérance de vie s'est allongée à tous les âges, progressant de 1970 à 1988 de 4,7 ans pour les femmes et de 3,9 ans pour les hommes.
Au total, on constate une augmentation considérable de la production et de la consommation médicale ; un accroissement des effectifs de personnels et une plus grande spécialisation ; un accès aux soins plus égal et une amélioration globale de l'état de santé des Français. Mais, comme le remarque le rapport du CREDES, " les difficultés de financement collectif ont augmenté la part financée par les ménages. Cette tendance risque de se poursuivre au moins dans le court terme " et même de porter atteinte au principe de l'égal accès aux soins pour tous.
Daniel Vernet, rédacteur en chef du Monde depuis cinq ans, va devenir directeur de la rédaction du quotidien, a annoncé, vendredi 5 janvier, André Fontaine, directeur-gérant, qui présentait ses vÓux au personnel.
Daniel Vernet sera assisté de deux rédacteurs en chef : Bruno Frappat et Claude Sales.
Par ailleurs, André Fontaine a annoncé la création, auprès du gérant, d'un comité exécutif qui se réunira chaque semaine, dont feront partie notamment, autour de lui Bernard Wouts, administrateur général, et Daniel Vernet.
Le président Saddam Hussein a proposé, vendredi 5 janvier, à l'Iran un nouveau plan de paix en trois points prévoyant l'ouverture d'un " dialogue direct " sous les auspices de l'ONU et un échange " immédiat " de tous les prisonniers de guerre " malades ou invalides " par l'entremise du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Le chef de l'Etat irakien a aussi proposé l'ouverture des frontières et de l'espace aérien pour permettre aux deux peuples de visiter les lieux saints dans les deux pays.
L'Iran a immédiatement réagi en estimant, dans un communiqué remis dès vendredi aux Nations unies, que les propositions irakiennes relevaient de la pure propagande et présentaient sous ses dehors nouveaux des idées déjà anciennes.
Susan Eisenhower, petite fille de l'ancien président Dwight Eisenhower, épousera, le mois prochain, un expert soviétique de l'espace, a-t-on annoncé, jeudi 4 janvier, dans son entourage. Le futur mari, Mr Roald Sagdeev, est membre du Congrès des députés du peuple. Ancien conseiller de Mr Mikhail Gorbatchev, il était un ami d'Andrei Sakharov, décédé le mois dernier. Le couple, qui a déjà cinq enfants de précédents mariages, a l'intention d'établir domicile à Washington et à Moscou.
Fatigué, mais détendu. Ainsi apparait l'homme qui fut au centre de toutes les tensions et de toutes les négociations de ces dernières semaines. Le nonce apostolique retrouve depuis vendredi 5 janvier une vie plus normale. Recevant quelques journalistes dans le bâtiment qui abrita le général Noriega et quelques-uns de ses proches, Mgr Sebastian Laboa a conté l'histoire de ces dix jours à partir du moment ou il reçut " un coup de téléphone indiquant que le général demandait l'hospitalité " et eut " dix minutes pour réfléchir, avant de prendre une décision, sans avoir la possibilité de consulter le Saint-Siège ". Aux officiers proches du général, dont certains se trouvaient à la nonciature depuis plusieurs jours, il déclare alors qu'il accepte d'accueillir le général.
Selon toute vraisemblance, même si Mgr Laboa n'a fait qu'effleurer ce point, en indiquant qu'il n'avait pas " voulu mettre en danger la vie de quelqu'un qui (lui) est proche ", c'est son propre secrétaire qui est allé retrouver le général pour le conduire à la nonciature. Les armes qui se trouvaient à ce moment aux mains des membres de forces armées ont été remises au secrétaire, car " elles ne (lui) ont jamais plu ". " Quelques uns ne furent pas très honnêtes, dit-il, car ils ne donnèrent leurs armes qu'au moment de leur départ. "
Ainsi le général Noriega cachait " sous son matelas une mitraillette et beaucoup de munitions ". Son arrivée a cependant " permis la fin des combats et surtout évité la création d'une guérilla, même si elle n'a pas apporté la tranquillité ". Mgr Laboa explique qu'il a " très peu parlé au général Noriega - un homme impénétrable par nature, - mais surtout essayé de créer autour de lui un climat de tranquillité, pour le convaincre de se rendre ". Il a, dit-il, été " convaincu depuis le début que le général n'obtiendrait pas de sauf-conduit, pour se rendre dans un pays tiers, de la part du gouvernement panaméen, qui ne souhaitait pas non plus le prendre en charge ". " Ce que j'ai aussi très vite compris, c'est que j'avais hérité d'une pomme de terre brûlante entre les mains ", a ajouté le nonce.
Quant à la vie de tous les jours, Mgr Laboa n'a fait que peu de confidences. La télévision " qui marchait très mal ", le " concert de rock, qui (le) gênait plus que le général, disposant d'une chambre plus éloignée, les deux repas de fêtes, durant lesquels la bonne humeur était absente, malgré les quelques rires " ou encore la messe " dite en présence de tous ". Le général n'a jamais paru prostré ou abattu, " même si certains de ses proches ont redouté qu'il se suicide, à tel point que l'un d'eux m'a demandé de lui remettre la clé de sa chambre, dont il sortait peu ", a ajouté Mgr Laboa.
Le nonce s'est parfois un peu gaussé " du manque de flexibilité des Américains, multipliant les réunions et les consultations ". Il s'amusait aussi des fouilles très complètes de sa voiture, effectuées lorsqu'il sortait de la nonciature, et qui étaient renouvelées à son retour par l'escorte qui ne le quittait pas. Il a déclaré aussi : " Les Américains voulaient des réponses d'une précision quasi militaire alors que je ne pouvais bien evidemment rien promettre. "
L'ambassadeur du Vatican a nié que le général se soit " rendu sous la pression ", ajoutant : " Il n'y a jamais eu d'ultimatum, je lui ai dit jusqu'au dernier moment qu'il pouvait rester ici aussi longtemps qu'il le voudrait, et qu'il ne serait jamais expulsé. La décision était la sienne. " Mais il lui avait aussi affirmé que " sa cause était perdue. Après la propagation d'images détestables à son endroit dans l'opinion américaine, il n'y avait plus rien à faire ".
Le Quai d'Orsay a confirmé, vendredi 5 janvier, que le gouvernement libanais de Mr Sélim Hoss avait effectué une démarche pour obtenir le blocage des comptes bancaires en France du général Michel Aoun. Le porte-parole du ministère des affaires étrangères s'est toutefois refusé à tout commentaire sur le sort qui sera réservé à cette demande, en renvoyant aux déclarations faites la veille par Mr Roland Dumas. Une telle demande devra " suivre les canaux diplomatiques habituels et s'insérer dans notre dispositif judiciaire ", a déclaré le ministre, jeudi (le Monde du 6 janvier).
Par ailleurs, le président Elias Hraoui s'est rendu vendredi, pour la première fois depuis son élection il y a quarante-trois jours, à Beyrouth-Ouest, le secteur à majorité musulmane sous contrôle syrien, où il doit s'installer. Mr Hraoui doit résider dans l'ancien appartement occupé par le président René Moawad, assassiné le 22 novembre, dans le quartier de Ramlet al-Baida, où se trouve le siège du commandement militaire syrien à Beyrouth.
Depuis son élection, Mr Hraoui résidait dans une caserne de l'armée libanaise dans la plaine orientale de la Bekaa, également sous contrôle syrien, et avait, à plusieurs reprises, exprimé son intention de s'installer dans le palais présidentiel de Baabda, en " pays chrétien ", toujours occupé par le général Michel Aoun.
Pour la première fois depuis le début de l'opération " Juste Cause ", le président Bush a admis que l'intervention américaine au Panama avait endommagé les relations des Etats-Unis avec les pays de l'Amérique latine. C'est pourquoi il a décidé d'envoyer dans les prochaines semaines le vice-président Dan Quayle dans la région en vue de " réparer " ces relations. " Nous voulons assurer à tous les pays d'Amérique latine que la politique des Etats-Unis reste celle d'un voisin amical, efficace et respectueux ", a-t-il dit, vendredi 5 janvier.
Certes, les Etats-Unis ont consulté, bilatéralement et multilatéralement, les pays latino-américains, a rappelé le président Bush. A son avis, malgré les votes des Nations unies et les déclarations publiques des dirigeants, l'intervention américaine est comprise et même soutenue par les gouvernements latino-américains. Mais il est important de convaincre ces pays que l'intervention au Panama est un cas unique et ne signifie pas un changement de la politique américaine.
Les Etats-Unis n'envisagent pas de recourir à un " emploi délibéré de la force ", a dit le président. Bref, il exclut un retour à ce qu'on appelle " la diplomatie de la canonnière "... Mais, en même temps, les pays latino-américains doivent comprendre que le président des Etats-Unis a le devoir de protéger ses citoyens menacés, comme la charte des Nations unies lui en reconnait le droit. La tâche prioritaire est de revitaliser l'économie panaméenne, et il a invité les pays latino-américains à coopérer avec les Etats-Unis et le gouvernement du Panama pour " promouvoir la démocratie et la liberté économique ".
Au sujet du général Noriega, le président a indiqué que le gouvernement américain n'envisageait pas de négocier un arrangement avec l'ancien dictateur panaméen - sur la base, par exemple, d'une réduction des chefs d'accusation en contrepartie des indications précieuses que Noriega pourrait fournir sur les activités du cartel de la drogue - mais qu'un tel arrangement ne pouvait venir que de l'accusé, qui a le droit légal de prendre cette initiative. Selon son avocat, le général Noriega en a déjà rejeté l'idée. " Un homme innocent n'envisage pas de négocier ", aurait-il dit.
Le président Bush s'est déclaré optimiste sur l'issue du procès, qui sera "équitable". Mais cet optimisme n'est pas partagé dans les milieux judiciaires qui estiment que le dossier contre le général Noriega n'est pas aussi solide que l'affirme le ministère de la justice.
La loi et la jurisprudence américaines assurent à Noriega la présomption d'innocence, et l'accusation doit faire la preuve "au-delà d'un doute raisonnable" que l'inculpé a bien reçu 10 millions de dollars du cartel colombien de la drogue. Assurément, les avocats vont contester les témoignages à charge douteux des trafiquants arrêtés. Ils peuvent également faire valoir que les troupes américaines ont perquisitionné sans mandat les quartiers d'habitation de Noriega. Les documents saisis au cours de cette perquisition illégale ne pourraient alors servir de preuve.
Les avocats peuvent aussi demander la communication des documents confidentiels importants en supposant - et en espérant - que les services de renseignements s'opposeront à leur divulgation. Le juge serait alors obligé de rejeter une partie des chefs d'accusation. Les avocats peuvent aussi demander que le procès n'ait pas lieu à Miami en faisant état des manifestations de l'importante population cubaine, violemment anti-Noriega.
Enfin, il y a le problème de la publicité préjudiciable à l'accusé. Comment trouver des jurés qui, sous serment, pourront affirmer n'avoir pas été au courant des exactions du général Noriega, alors que le président des Etats-Unis lui-même l'a dénoncé dans les termes les plus vigoureux à la télévision?
Ainsi, le général Noriega pourrait se montrer un adversaire plus coriace dans le prétoire que dans les rues de Panama-City. Ses avocats affirment qu'il est en bonne forme, prêt à livrer bataille contre ses accusateurs. Apparemment, la loi américaine lui sera une arme plus efficace que son sabre...
La décision française d'autoriser la vente éventuelle de frégates à Taiwan place la Chine devant le choix le plus grave qu'elle ait eu à faire sur le plan diplomatique depuis de nombreuses années.
Les conséquences, pour Pékin, de la décision française sont en effet bien plus importantes, compte tenu de l'identité du partenaire concerné, que ne l'avaient été celles du seul précédent de vente européenne d'armement à l'ile nationaliste, l'affaire des sous-marins néerlandais en 1980.
C'est ce qui explique la lenteur observée dans la réaction chinoise à l'annonce par Matignon que ce projet pouvait aller de l'avant (le Monde du 5 janvier). Samedi 6 janvier, Pékin - dont l'ambassadeur à Paris avait été reçu jeudi, " à sa demande ", par Mr Roland Dumas - n'avait encore fourni, par voix de presse, qu'un commentaire n'engageant l'avenir que de manière vague : le titre de l'information publiée décelait " de l'arrogance " dans la décision française.
L'enjeu, pour Pékin, est à la mesure de la victoire diplomatique qu'avait constitué, il y a un quart de siècle, la décision de de Gaulle d'établir des relations diplomatiques avec ce " grand pays peuplé de beaucoup de Chinois ". Dans ses Mémoires (Une vie pour la Chine, Robert Laffont), le général Jacques Guillermaz raconte comment le " coup " gaullien de 1964 avait considérablement renforcé la position de Pékin sur les terrains mêmes où la France jouait des parties difficiles : ses anciennes colonies, l'Afrique, le Sud-Est asiatique... et comment, finalement, Paris fut rarement payé de retour.
L'histoire récente des relations économiques entre les deux pays ne semble pas démentir cette vision des choses. Après s'être fait " souffler " deux projets importants de métro à Shanghai puis à Pékin, la France a récemment été doublée par l'Italie pour un important contrat de radars aériens civils que tentait d'arracher Thomson. Il faut dire qu'entre-temps, les relations politiques entre Paris et Pékin avaient connu, au cours de 1989, une spectaculaire dégradation.
Celle-ci a précédé, chronologiquement, la " grande colère " française causée par la répression du printemps de Pékin en pleine année du bicentenaire de la Révolution française. Déjà, dès le mois de mars, la Chine avait fait savoir à Paris que le projet de construction à Pékin d'une " Maison de France ", à laquelle Mme Danielle Mitterrand tenait particulièrement, devait être oublié. Motif : Pékin n'avait pas apprécié de voir l'épouse du chef de l'Etat cautionner l'action non violente du dalai-lama, le dieu vivant exilé du Tibet. Les offres récentes de construction d'une usine Citroën en Chine (le Monde du 22 décembre) sont considérées par nombre de spécialistes comme un projet fantaisiste.
Les relations culturelles ne sont pas moins délicates. Les milieux intellectuels chinois y tiennent comme à un lien précieux avec le monde extérieur, mais le pouvoir politique les considère avec méfiance car l'impact du bicentenaire de 1789 sur les imaginations n'a pas été pour rien dans le soulèvement du printemps dernier.
Les diplomates chinois sont donc dans la délicate position d'avoir à présenter à leurs dirigeants - dont des vieillards affectés par une vision très passionnelle de la situation mondiale - un " dossier français " catastrophique. Logiquement, Pékin devrait prendre acte de l'accord de Paris pour la vente à Taiwan de ces frégates par une mesure au moins équivalente à celle qui avait frappé les Pays-Bas, l'abaissement des relations diplomatiques au niveau des chargés d'affaires.
La Chine tolère plus facilement les relations privilégiées de Washington avec l'ile nationaliste, car le passé politique lui permet de classer le problème au rang des " grandes questions historiques " dont la solution demande prudence et circonspection. Le fait que ces frégates soient ou non équipées de missiles français ne change rien : pour la Chine, le crime de lèse-majesté a d'ores et déjà été perpétré.
S'abstenir de réagir vigoureusement reviendrait donc à faire comprendre aux autres pays occidentaux que la Chine n'a plus les moyens diplomatiques d'empêcher une amélioration notable de leurs rapports avec le régime prospère des " frères ennemis " taiwanais. Cela ne permettrait vraisemblablement pas non plus de modérer la désaffection croissante envers Pékin de pays du tiers-monde, dont trois - la Grenade, le Liberia et Belize - viennent de rétablir des relations avec Taipeh, cédant ainsi aux offres d'assistance économique que le continent n'est plus en mesure d'offrir. L'Empire du Milieu, déjà isolé en dépit des efforts de Mr Bush, se trouve confronté à la quadrature du cercle.
- Le bilan de la catastrophe ferroviaire la plus grave que le Pakistan ait connue s'élevait, vendredi 5 janvier, à plus de 350 morts. Le premier ministre, Mme Benazir Bhutto, a qualifié cet accident de " tragédie nationale " et n'a pas exclu qu'un acte de sabotage soit à l'origine de la collision.
- La France a pris la décision de rouvrir son ambassade à Kaboul, fermée en février dernier pour des raisons de sécurité, et d'y nommer un chargé d'affaires, a-t-on appris vendredi 5 janvier à Paris. La date de cette réouverture n'a pas été précisée. Cette décision intervient au moment où plusieurs autres Etats occidentaux et asiatiques envisagent de faire de même.
- Mr Gérard Le Gall, secrétaire national du PS, a déclaré vendredi 5 janvier, à son retour d'une mission en Chine, que, " pour le PS, les temps ne sont pas venus de renouer avec le PC chinois le type de relations amicales entretenues de 1981 à 1989. Sept mois après le drame de la place Tiananmen, la répression se poursuit en Chine ". Mr Le Gall, qui a insisté auprès de ses interlocuteurs officiels sur la question des droits de l'homme et de l'asile accordé par la France aux dissidents chinois, a également indiqué qu'il avait " défendu le cas d'un Chinois prisonnier, époux d'une Française, Mme Agnès Gaudu ", journaliste.
- Un juge de Zurich a décidé vendredi 5 janvier de restituer aux Philippines 260 millions de dollars placés en Suisse par l'ancien dictateur Marcos. Le tribunal n'a pas encore décidé s'il rendrait aussi 85 millions de dollars déposés dans le canton de Zurich. Avant que l'argent ne reprenne le chemin des Philippines, il faudra attendre qu'un tribunal philippin déclare qu'il a été obtenu illégalement. On peut aussi s'attendre que la famille du dirigeant déchu fasse appel.
- Mr Lech Walesa a remis le montant de son prix Nobel de la paix 1983 au Fonds national des dons créé la semaine dernière pour collecter les donations aux services publics. Le président de Solidarité a déclaré jeudi 4 janvier remettre le montant de son prix - 200 000 dollars, soit 1,2 million de francs - parce que celui-ci couronnait le syndicat tout entier.
- Le ministre hongrois des affaires étrangères, Mr Gyula Horn, était attendu, dimanche 7 janvier, en Israël, pour une visite officielle de trois jours, à l'invitation de son homologue israélien, Mr Moshe Arens. La Hongrie est le seul des pays d'Europe de l'Est ayant rompu leurs relations diplomatiques avec Jérusalem, à la suite de la guerre de 1967, à les avoir rétablies. Selon un diplomate hongrois, le principal objet de cette visite est d'"explorer les possibilités de relations commerciales entre la Hongrie et des entreprises israéliennes".
- Le gouvernement polonais a annoncé vendredi 5 janvier qu'il se préparait à annuler la décision, prise par le précédent gouvernement communiste, de fermer les chantiers navals de Gdansk, où naquit le syndicat Solidarité. Le porte-parole, Mme Malgorzata Niezabitowska, a précisé que le gouvernement avait l'intention de transformer le chantier - le plus grand de toute la Pologne - en société anonyme dont les actions seront proposées aux 10 000 salariés et à des investisseurs étrangers.
- La police de Kiel a perquisitionné vendredi 5 janvier les locaux de plusieurs firmes ouest-allemandes soupçonnées d'avoir participé à une vente de plans de sous-marins à l'Afrique du Sud. La police, munie d'un mandat de perquisition délivré par plusieurs juges de la région de Kiel, a saisi des documents, notamment dans les locaux du chantier naval Howaldtswerke-Deutsche Werf AG (HDW), la firme qui est au centre du scandale.
Bien qu'il ait ajourné une rencontre qu'il devait avoir à Moscou avec Mr Kinnock, chef du parti travailliste britannique (le Monde du 6 janvier), Mr Gorbatchev n'a pas annulé tous ses rendez-vous internationaux du mois de janvier, a indiqué à l'agence UPI Mr Tcherniaev, collaborateur du président soviétique. Ce dernier " rencontrera certainement Mr Perez de Cuellar, secrétaire général de l'ONU, attendu à Moscou pour une conférence écologique le 15 janvier ", a-t-il précisé. On s'interroge en revanche sur la présence de Mr Ryjkov, chef du gouvernement soviétique, à la réunion du COMECON prévue la semaine prochaine à Sofia. Ce dernier vient en effet de perdre sa mère, et ce décès pourrait entrainer un report de cette visite, selon le porte-parole du ministère soviétique des affaires étrangères.
Toujours à propos de calendrier, des responsables soviétiques haut placés ont confié récemment à l'AFP qu'un débat se déroulait à la direction du parti sur l'opportunité d'avancer à nouveau de plusieurs mois la tenue de son congrès. Ce congrès, qui devait avoir lieu au printemps 1991, a été fixé en octobre 1990, mais il pourrait maintenant être convoqué dès ce printemps.
Environ sept millions d'Azeris vivent en URSS et de 5 à 6 millions en Iran. Jeudi, une importante manifestation réclamant l'ouverture de la frontière avec l'Iran avait rassemblé plus de 100 000 personnes à Bakou. Par ailleurs, Mr Guirenko, secrétaire du comité central du Parti communiste soviétique, qui visite actuellement la République autonome de Nakhichevan, dans le sud du pays, a déclaré vendredi 5 janvier à la télévision que Moscou doit trouver le moyen d'assouplir les contacts entre Azeris soviétiques et Azeris iraniens de part et d'autre de la frontière.
Pour la première fois, la télévision a montré des images des dommages occasionnés par les manifestants, notamment sur des installations frontalières et des systèmes d'alarme électriques. Cette agitation a entrainé le limogeage, annoncé jeudi par les journaux locaux, de Mr Gueidar Isaev, premier secrétaire du Parti communiste de la région du Nakhitchevan, remplacé par Mr Afiaddine Djalilov, ancien chef du parti dans un arrondissement de Bakou, qui avait été nommé en avril dernier chef du gouvernement de la République autonome du Nakhitchevan.
Les problèmes frontaliers de l'Azerbaidjan soviétique sont également à l'ordre du jour des entretiens qu'ouvre ce samedi en Turquie le premier ministre d'Azerbaidjan, Mr Ayaz Niyazoglu Moutalibov. Celui-ci sera reçu, au cours d'une visite officielle de cinq jours, par le président de la République et le premier ministre. La frontière entre la Turquie et le Nakhitchevan n'est que de 12 kilomètres le long du fleuve Aras, mais la Turquie y a déjà inauguré fin décembre un " marché ouvert " des deux côtés à Sarisu.
Le ministre sud-africain des affaires étrangères, Mr Pik Botha, de retour vendredi 5 janvier après une visite de deux jours à Budapest, s'est dit " encouragé " par " les grandes occasions " économiques qu'offrent, selon lui, aux pays d'Afrique australe les récents bouleversements survenus en Europe de l'Est, où des régimes communistes ont fait place à des gouvernements prônant libéralisation et ouverture.
Au cours d'une conférence de presse à l'aéroport Jan Smuts, Mr Botha, premier membre du gouvernement sud-africain à visiter un pays du pacte de Varsovie, a indiqué que l'établissement de relations diplomatiques avec Budapest, mais aussi avec " un grand nombre de pays ", dépendait de l'évolution interne en Afrique du Sud, et plus particulièrement de " certains événements ", dont la libération du dirigeant nationaliste noir Nelson Mandela. A cet égard, le gouvernement agira " vite et bientôt ", a-t-il affirmé.
Mr Botha a confirmé que Prétoria avait déjà des " contacts " avec d'autres pays d'Europe de l'Est, mais s'est refusé à désigner ceux-ci.
Tirant les conséquences du renversement des régimes communistes dans les pays d'Europe de l'Est, il s'est adressé directement à l'ennemi numéro un de Prétoria, le Congrès national africain (ANC, mouvement nationaliste noir illégal), qui recevait un soutien important de tous ces régimes déchus, pour lui demander d'" arrêter de bluffer ".
" L'ANC doit maintenant comprendre que ses " camarades-frères " d'Europe de l'Est et leurs idéologies et politiques ont disparu. Il est temps qu'ils (l'ANC) réalisent que ce qu'ils aimeraient établir en Afrique du Sud vient de mourir en Europe de l'Est et est en train de mourir en URSS ", a-t-il lancé.
En ce qui concerne les résultats concrets de sa visite en Hongrie, au cours de laquelle il s'est longuement entretenu jeudi avec son homologue hongrois, Mr Gyula Horn, Mr Botha a affirmé que les Sud-Africains pouvaient désormais obtenir des visas pour se rendre en Hongrie " sans aucun problème " et que Prétoria devrait adopter une attitude identique vis-à-vis des Hongrois.
Le ministre de la coopération, Mr Jacques Pelletier, a appelé, vendredi 5 janvier, à Paris, l'Afrique à ne pas rester " à l'écart du grand mouvement de liberté " qui secoue l'Europe de l'Est et à s'en inspirer.
" Il n'y a pas de démocratie sans développement, mais il n'y a pas non plus de développement sans démocratie, sans possibilité offerte aux hommes et aux femmes d'exprimer librement leurs capacités ", a déclaré le ministre en présentant ses vÓux à la presse. Il a ajouté : " En restant à l'écart de la révolution démocratique, l'Afrique se condamnerait elle-même à rester à l'écart de la révolution économique, c'est-à-dire de l'établissement d'une croissance durable. "
" Dans ces deux dimensions inséparables que sont la construction de l'Etat de droit et la restructuration économique, les Africains et les amis de l'Afrique devront se montrer plus exigeants dans la décennie à venir, a poursuivi Mr Pelletier. L'assainissement financier, la lutte contre la corruption à tous les niveaux, la rénovation économique, la construction d'Etats de droit, ne dépendent pas de l'aide extérieure et a fortiori de notre responsabilité de partenaire. Notre aide peut accompagner ces réformes, elle ne peut les réaliser. "
La révolte contre le régime du président Samuel Doe aurait fait de très nombreuses victimes dans le comté de Nimba (est du pays), où elle a éclaté le 24 décembre. Les affrontements se poursuivraient dans la région de Saniquellie, la capitale de cette région frontalière avec la Côte-d'Ivoire et la Guinée, selon des témoins.
Il est toutefois impossible de vérifier ces affirmations. La région de Nimba est inaccessible depuis la Côte-d'Ivoire et est reconnue comme très dangereuse par les autorités libériennes, qui prétendent pourtant contrôler totalement la situation.
Le président Doe avait affirmé jeudi que les " dissidents " avaient tué de nombreuses personnes, dont des femmes et des enfants, et qu'ils visaient principalement les responsables du Parti national démocratique du Liberia (NDPL) au pouvoir. Le ministre ivoirien de l'information, Mr Auguste Miremont, a déclaré qu'entre 8 000 et 10 000 Libériens avaient trouvé asile en Côte-d'Ivoire depuis le début des affrontements et a affirmé que la seule implication de son pays dans cette affaire était humanitaire.
Près de 5 000 réfugiés libériens auraient déjà été recensés par les services ivoiriens, a-t-on appris de bonne source. Une centaine sont hébergés à Danané, mais la plupart d'entre eux ont été accueillis dans les nombreux villages et petites localités qui bordent la frontière.
Les autorités ivoiriennes n'avaient pas non plus répondu aux menaces formulées jeudi par le président Doe. Celui-ci avait averti qu'il envisageait d'exercer un droit de poursuite contre ses opposants à l'étranger.
Le Burkina-Faso, également mis en cause par les autorités libériennes, a pour sa part catégoriquement démenti vendredi avoir accueilli sur son territoire des opposants libériens.
Demande d'asile politique. - Le chef d'orchestre soviétique Valeri Kojine, qui devait diriger des représentations du Théâtre Maly de Leningrad du 12 au 31 janvier à Paris, a demandé l'asile politique en France, apprend-on dans son entourage.
Nomination auprès de Mr Gorbatchev. - Le Financial Times croit savoir qu'un économiste réformateur, Mr Nikolai Petrakov, a été nommé conseiller personnel de Mr Gorbatchev. Agé de cinquante-deux ans, Mr Petrakov occupe, depuis les années 70, la fonction de directeur adjoint de l'institut de mathématique économique de Moscou. Il est depuis cet été vice-président de la commission des finances d'une des chambres du Soviet suprême.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dispose actuellement en Roumanie de quatre équipes volantes de secours. Chacune d'elles comprend, entre autres, un délégué responsable et au moins un médecin. L'évaluation des besoins de survie a pu se faire rapidement, dès le 25 décembre.
L'assistance matérielle n'étant donc plus, pour le moment, une nécessité de toute première urgence, le CICR s'est attelé à son autre mission traditionnelle, à savoir la protection des prisonniers politiques. Il a conclu un accord de principe avec les autorités leur promettant d'avoir des entretiens sans témoin avec les détenus et de transmettre des messages aux familles de ces derniers.
Enfin, le CICR, qui assume le rôle de coordinateur de l'assistance prodiguée par les sociétés nationales de la Croix-Rouge, tant à l'Est qu'à l'Ouest, s'est donné pour tâche de renforcer et d'aider dans son activité la Croix-Rouge roumaine.
La Société des Bourses françaises, SBF, vient d'achever une étude sur le mini-krach du 16 octobre dernier, journée durant laquelle, pendant plusieurs heures, de nombreuses valeurs n'ont pu être négociées en raison de l'afflux considérable d'ordres de vente. Ce rapport interne est avant tout un document de travail destiné à corriger les lacunes observées, même si le bilan, selon ses auteurs, se révèle " largement positif ". Comparée avec la précédente secousse vécue le 19 octobre 1987 durant laquelle les valeurs ont perdu en une séance 9,64 % contre 6,29 % deux ans plus tard, la chute est apparue en 1989 comme " moins accentuée et plutôt désordonnée " avec une augmentation considérable du volume de transactions (5,8 milliards de francs sur le marché à règlement mensuel contre 2,9 milliards en 1987). Devant l'afflux exceptionnel d'ordres de ventes, les différents outils techniques de routage (Rona) et de cotation (CAC) ont, selon le rapport, " bien supporté le choc ". Toutefois, les difficultés sont venues de la lourdeur de la gestion et de l'apparition dans le système d'ordres aberrants bloquant les cotations. La gestion du marché ce jour-là par la SBF a été effectuée conformément aux règles en vigueur sur le règlement mensuel en stoppant toutes tentatives de cotations dès qu'elles atteignaient les seuils de 7 %, 10 %, 12 %, 15 %, 17 % et 20 %. Seules les quatre premières limites furent franchies ce jour-là, mais elles ont considérablement perturbé la journée. Les délais sont relativement longs pour franchir, un à un, ces seuils réglementaires. Sans revenir sur cette conception française " de liberté surveillée ", qui empêche, avec ces barrières, le marché de chuter brutalement, Mr Régis Rousselle, président de la SBF, est favorable à un élargissement des écarts. Trois limites pourraient se substituer aux six en vigueur. Elles seraient de 10 %, 15 % et 20 %.
Cette mesure devrait s'accompagner d'une plus grande automatisation des procédures et surtout de la déconcentration des systèmes de surveillance. L'idée préconisée est de revenir à la notion de sociétés de Bourses spécialistes. Ces dernières pourraient profiter de leurs connaissances des entreprises cotées pour assurer, en accord avec elles, une surveillance des cours et aider à les régulariser en cas de crise.
Enfin la SBF, va tenter d'empêcher que ne se reproduisent les ordres aberrants qui, en raison de leur niveau trop bas (1 franc pour une action Lafarge par exemple), ont paralysé les transactions. Parmi les aménagements suggérés figure un meilleur filtrage, à l'entrée du système de cotation assistée en continu (CAC), pour écarter les ordres jugés " fantaisistes ".
Mais comment distinguer à ce niveau les vrais ordres correspondant à une demande de la clientèle de ceux uniquement destinés à bloquer le système ?
Le chirurgien responsable du principal service des urgences de la région londonienne vient de révéler que le nombre de décès enregistrés par son équipe avait augmenté de près de 30 % depuis deux mois en raison de la grève des ambulanciers. Le docteur David Williams dirige le centre de secours aux accidentés de l'hôpital Saint-Thomas, dans le centre de Londres.
Ces propos, tenus jeudi 4 janvier pendant le journal télévisé de la chaine privée ITV, ont brusquement donné une dimension nouvelle à la grève des ambulanciers, le conflit social le plus dur qu'ait connu la Grande-Bretagne depuis le mouvement des infirmières au printemps 1988. Certains conducteurs d'ambulance londoniens sont en grève totale depuis quatre mois. La plupart observent cependant une sorte de grève minimale, opérant un tri dans les appels et acceptant de répondre dès qu'une vie est en danger. L'armée et la police assurent actuellement environ un quart des transports d'urgence vers les hôpitaux dans l'ensemble du pays. Mme Thatcher reste silencieuse, à la différence du ministre de la santé, Mr Kenneth Clarke, omniprésent à l'antenne et sur les écrans.
Comme pour les infirmières (qui avaient d'ailleurs obtenu gain de cause après s'être mises en grève pour la première fois de leur histoire), il s'agit d'une révolte profonde, réfléchie et obstinée, devant des conditions de vie extrêmement difficiles. Les ambulanciers dépendent du service national de santé, l'organisme mis en place après la seconde guerre mondiale, qui assure des prestations totalement gratuites. Ils sont donc des salariés, au même titre que les médecins d'hôpitaux et de quartier.
Ils sont deux mille à Londres, et environ dix mille pour tout le pays. Comme les autres employés de ce service public, ils sont sous-payés et démoralisés. Cela fait après tout plus de dix ans que leur patron, c'est-à-dire le gouvernement, premier ministre en tête, fait l'éloge de la médecine privée. Ils se sentent méprisés.
Mr Clarke n'a pas arrangé les choses en écrivant à une lycéenne qui lui demandait pourquoi il ne cédait pas aux revendications salariales des conducteurs d'ambulance que ceux-ci ne les méritaient pas parce qu'ils n'étaient après tout que des " chauffeurs professionnels ". L'inflation atteint environ 8 %. Les ambulanciers, qui n'ont pas été augmentés depuis longtemps, réclament 11,4 % sur un an. Mr Clarke n'est prêt à accorder que 9 %, étalés sur un an et demi.
Le gouvernement ne veut pas céder parce que la priorité est donnée, depuis plusieurs mois, à la lutte contre l'inflation. Les salaires du secteur privé et, dans une moindre mesure, ceux des fonctionnaires, ont énormement augmenté depuis deux ans. Mr Clarke est chargé de veiller à ce qu'il n'y ait aucun dérapage dans le service national de santé, qui compte un million d'employés.
La tactique du gouvernement est de laisser pourrir le conflit, en espérant que l'opinion, actuellement favorable aux grévistes, se retournera contre eux, notamment si des pertes en vies humaines sont à déplorer. Le Syndicat national des employés des services publics, auquel sont affiliés la plupart des conducteurs d'ambulance et des infirmiers qui les accompagnent, a tenté de contrer cette manÓuvre. Il a laissé planer la menace d'une grève totale. Son président, Mr Roger Poole, qui négocie sans succès depuis quatre mois avec Mr Clarke, a d'autre part annoncé une grande manifestation le 13 janvier à Trafalgar Square, au centre de Londres, et appelé tous les Britanniques à observer une grève de solidarité de quinze minutes avec les ambulanciers le 30 janvier à midi.
- Le Syndicat national des téléphériques et téléskis de France (SNTF) réclame, dans une lettre au gouvernement, quatre mesures d'urgence pour aider les exploitants de remontées mécaniques frappés pour la troisème année par le manque de neige : classement des communes de montagne au titre des catastrophes naturelles ; prêts à taux privilégiés comme aux agriculteurs victimes de la sécheresse ; mesures sociales pour les personnels en situation d'embauche différée ; et grande campagne multimédia en faveur de la montagne et du ski dès la première chute de neige. Actuellement, seules cinq cent cinquante remontées mécaniques sur quatre mille fonctionnent, et près de dix mille saisonniers attendent une embauche problématique ou sont au chômage technique.
- La compagnie aérienne scandinave SAS va acquérir 15,3 % de la compagnie aérienne chilienne Lan Chile pour la somme de 15 millions de dollars (près de 87 millions de francs), selon la société chilienne. L'opération se fera par l'achat de 30 % d'Icarosan, une société chilienne qui a acquis 51 % de la compagnie au moment de sa privatisation en août 1989. Lan Chile possède dix avions qui assurent des liaisons en Amérique latine, et avec les Etats-Unis, l'Europe et Tahiti.
- La compagnie néerlandaise KLM va vendre à une société de leasing de New-York, Apogee Finance Group (dont elle détient 45 % du capital), six biréacteurs moyen-courriers Fokker-100, qui ne correspondent plus aux besoins de la compagnie. De son côté, Apogee Finance Group a conclu un accord de leasing avec la compagnie française régionale Air Littoral.
Le Japon fournira au cours des trois prochaines années une aide d'un montant de près de 2 milliards de dollars (un peu plus de 11 milliards de francs) à la Hongrie et à la Pologne, et il est prêt à apporter " tout le soutien possible " à l'Allemagne de l'Est, à la Roumanie et à la Tchécoslovaquie, en concertation avec les Etats-Unis et l'Europe. La contribution japonaise à la reconstruction de l'Europe de l'Est, dont le montant vient d'être révélé par la presse nippone, sera officiellement annoncée par le premier ministre, Mr Toshiki Kaifu, dans le discours qu'il doit prononcer le 9 janvier à Berlin. Il fera une tournée européenne qui le conduira, à partir du 8 janvier, à Bruxelles, Bonn, Paris, Londres et Rome, ainsi qu'à Varsovie et à Budapest.
Le Japon avait déjà annoncé, en novembre dernier, le montant de sa participation au fonds de stabilisation pour la Pologne (150 millions de dollars) ainsi qu'une aide d'urgence de 40 millions de dollars, couplée à une aide technique du même montant à la Hongrie (le Monde du 25 novembre). A l'occasion de la visite de Mr Kaifu, Tokyo a décidé d'aller plus loin. La Hongrie et la Pologne, qui ont adopté les principes de l'économie de marché, doivent en effet devenir " les modèles de la coopération japonaise avec les pays de l'Europe de l'Est ", précise-t-on au ministère des affaires étrangères nippon.
Au cours des trois prochaines années, l'Exim Bank nippone accordera à ces deux pays des crédits non liés de 1 milliard de dollars (500 millions pour chacun). Le gouvernement a d'autre part décidé de rétablir les assurances sur les transactions commerciales et de garantir (pour 350 millions de dollars dans le cas de la Pologne et 400 millions dans celui de la Hongrie) les exportations nippones, afin d'encourager les entreprises à se tourner vers ces pays. Ces mesures sont notamment destinées à faciliter les implantations japonaises en Hongrie (pour le constructeur automobile Suzuki) et en Pologne (Daihatsu et Asahi Glass).
Bien que substantiel, le montant de l'aide japonaise à la Hongrie et à la Pologne n'a rien d'exceptionnel : il est de l'ordre de celle fournie par Tokyo à des pays comme l'Algérie, avec qui les Japonais entretiennent des contacts suivis.
Sofia. - Confronté à une flambée de grèves et de manifestations hostiles à la minorité turque, le gouvernement de Sofia a lancé vendredi 5 janvier un appel à l'unité. " Il ne peut y avoir d'avenir dans l'isolement. Nous devons vivre au sein de l'Europe et préserver la paix dans les Balkans ", a déclaré Mr Stanko Todorov, président de l'Assemblée nationale, dans un discours télévisé.
Précisant que la Bulgarie " ne peut se permettre l'isolement international créé par Jivkov ", il a ajouté : " Le seul drapeau de la Bulgarie sera le drapeau bulgare, et la langue officielle sera le bulgare. Cela figure dans la Constitution ", tout en faisant valoir que la même Constitution garantit des droits égaux à tous les citoyens.
Mettant un terme à plusieurs décennies d'assimilation, le Parti communiste bulgare avait autorisé la semaine dernière les Turcs à pratiquer l'islam et avait décidé de leur rendre leurs noms ethniques, droits que leur refusait l'ancien dirigeant Todor Jivkov. Toutefois, depuis le rétablissement des droits de la minorité turque, qui regroupe 1,5 million de personnes, l'opposition à cette politique s'est répandue comme une trainée de poudre, malgré un appel à la " réconciliation nationale " lancé en commun jeudi soir par le gouvernement et l'opposition réunis à la " table ronde " (le Monde du 6 janvier).
Pratiquement tous les Bulgares de souche habitant Kardjali, une ville de 55 000 habitants du sud du pays, ont cessé le travail et une manifestation rassemblant plus de 15 000 personnes y a été organisée, selon la radio bulgare. Le mouvement s'est étendu à la ville voisine de Haskovo, où, comme à Kourdjali, vit une importante communauté turque, puis à Stara-Zagora et à Deznia, où est implantée la plus grande usine chimique du pays. La grève a également touché plusieurs villes du Nord-Est, dont Varna, station balnéaire de la mer Noire. Par ailleurs, un important rassemblement anti-turc est prévu dimanche dans la capitale bulgare : un train de 1 000 personnes et un cortège de 150 voitures sont partis vendredi de Novi-Pazar, au nord-est de Sofia, ainsi que de Kardjali, pour arriver dimanche dans la capitale.
La répression sanglante des manifestations musulmanes du printemps dernier, en application de la politique d'assimilation de Mr Jivkov, avait entrainé l'exode de plus de 300 000 Bulgares de souche turque vers la Turquie, dont environ 100 000 seraient retournés depuis lors en Bulgarie. Les manifestants bulgares d'aujourd'hui craignent que cette minorité turque ne constitue une " cinquième colonne " dans le pays, qui a été dominé du quatorzième au dix-neuvième siècle par l'Empire ottoman. Parmi les chefs des manifestants figurent de nombreux membres des sections locales du PC bulgare, qui estiment que le parti et le gouvernement n'auraient pas dû se prononcer sur la question de la minorité sans consulter le peuple.
Soixante-neuf enfants roumains dont l'adoption par des familles françaises avait été contrecarrée par le régime Ceausescu devaient arriver à Paris samedi 6 janvier. Un avion affrété par le ministère des affaires étrangères devait conduire les familles d'accueil à Bucarest et les ramener avec les enfants à Orly, où Mme Hélène Dorlhac, secrétaire d'Etat à la famille, les attendait.
Les soixante-neuf enfants, âgés de trois ans à neuf ans, figurent sur une première liste établie par le Quai d'Orsay en collaboration avec les nouvelles autorités roumaines. En tout, quatre-vingt-trois dossiers d'adoption étaient en attente depuis 1987. Quatorze jeunes Roumains n'étaient pas prévus dans l'avion de samedi en raison de problèmes administratifs mais ils devraient arriver en France prochainement.
Le ministre soviétique des affaires étrangères, Mr Edouard Chevardnadze, qui est attendu samedi 6 janvier à Bucarest pour un premier contact avec le nouveau pouvoir roumain, a réaffirmé dans un entretien publié par la Komsomolskaia Pravda la non-ingérence de Moscou dans les affaires intérieures de ses voisins et alliés. Mr Chevardnadze a également exprimé la volonté soviétique d'aider la Roumanie.
" Les événements roumains étaient spontanés et non préparés à l'avance, personne ne pouvait prévoir leur rapidité ", a-t-il déclaré, répondant de manière implicite aux articles de la presse occidentale sur la préparation depuis plusieurs mois du soulèvement contre Nicolae Ceausescu et sur les liens avec Moscou des membres du Conseil du Front de salut national.
" Nous ne nous faisions aucune illusion sur la nature du régime de Ceausescu ", a ajouté le chef de la diplomatie soviétique, en estimant que " le peuple roumain a abattu un régime totalitaire et a choisi la voie de son développement ".
Les nouveaux dirigeants de Bucarest ont déjà fait savoir qu'ils attendaient une aide rapide et spectaculaire de Moscou dans un domaine où les Roumains souffraient particulièrement de la politique de Ceausescu, celui de l'énergie. L'URSS s'est engagée à accroitre ses livraisons de pétrole et de gaz naturel, ce qui permettra " de surmonter les difficultés de l'hiver ", a déclaré jeudi Mr Silviu Brucan, membre du Conseil du Front de salut national.
Mr Chevardnadze, ministre soviétique des affaires étrangères, est arrivé samedi 6 janvier à Bucarest pour la première visite en Roumanie "libérée" d'un responsable de Moscou. D'autre part, les étudiants, qui ont protesté ces derniers jours en province contre le maintien au pouvoir de responsables du régime Ceausescu, ont appelé à une manifestation dimanche dans la capitale. Le nouveau pouvoir a annoncé vendredi des mesures pour assurer les droits "individuels et collectifs" des minorités nationales.
La Ligue des étudiants roumains a appelé à une manifestation dimanche 7 janvier dans le centre de Bucarest, officiellement pour protester contre le maintien des sessions d'examen le 26 janvier en dépit de la révolution.
Mais trois étudiants de la Ligue ont fait une apparition surprise, vendredi soir, à la télévision pour mettre en doute la représentativité de six membres du bureau exécutif du Conseil du front de salut national (CSFN), présentés par le pouvoir comme des étudiants, et a demandé une démocratie réelle dans le pays.
Il est donc clair déjà que cette manifestation sera l'occasion d'une protestation plus large, d'autant plus que le Parti national paysan chrétien-démocrate, l'une des principales formations d'opposition, a prévu également de manifester dimanche.
Le Parti national paysan chrétien veut protester contre le manque de moyens qui l'empêche de mener campagne en vue des élections d'avril.
Le CFSN a d'ailleurs aussitôt demandé aux étudiants que leur manifestation, autorisée préalablement par la police, se tienne ailleurs que dans le centre de la ville "pour des raisons de sécurité".
Ces tout derniers jours, des manifestations d'étudiants ont été signalées dans plusieurs autres villes de Roumanie. Elles dénonçaient le maintien dans les instances dirigeantes, à Bucarest et en province, de nombreux responsables de l'ancien régime. L'un de ceux-ci, le ministre adjoint de l'économie, Constantin Bostina, a d'ailleurs été limogé pour collusion avec le pouvoir de Ceausescu, a annoncé, vendredi, l'agence Rompress. Un avocat qui fut membre de l'ancien Parti libéral, Mr Milena Marmeliuc, a, d'autre part, été nommé ministre du travail. Proche du vice-président du FSN, Mr Dumitru Mazilu, il avait été radié du barreau de Bucarest en 1948, avant de reprendre ses activités d'avocat en 1975 et de plaider en 1978 pour le premier syndicat libre.
Le CFSN a aussi rendu publiques, vendredi, deux décisions : un décret d'amnistie générale pour les délits politiques et une série de mesures en faveur des minorités nationales.
L'amnistie, assortie d'une grâce pour certains délits de droit commun, découle de l'annulation de toutes les lois adoptées depuis le 30 décembre 1947 pour réprimer les délits politiques.
Par ailleurs, une proclamation a été lue, vendredi soir, à la télévision, par deux membres du CFSN, un Roumain, Mr Victor Magureanu, et un Hongrois, Mr Domokos Gheza, de la nouvelle Union démocratique hongroise. Elle annonce que le nouveau pouvoir va " reconnaitre et garantir les libertés individuelles et collectives " des minorités en Roumanie (Hongrois, Allemands, Serbes, etc.).
Le Conseil va également élaborer une loi sur les minorités nationales devant entrer en vigueur six mois après l'adoption de la Constitution et instituer un ministère ad hoc.
Dans la journée de vendredi, Mr Gheza avait tenu, à Bucarest, la première conférence de presse de son Union démocratique hongroise, exigeant des " droits complets ", culturels et juridiques, mais écartant toute revendication d'autonomie territoriale. Estimée à quelque deux millions de personnes, la minorité hongroise est répartie dans tout le pays, le fief restant la Transylvanie, à la frontière hongroise, où elle formerait de 30 % à 40 % de la population. Mr Gheza et d'autres participants ont stigmatisé la politique d'assimilation forcée de Ceausescu, visant à détruire l'identité hongroise.
Le ministre roumain du tourisme, Mr Mihai Lupoi, a par ailleurs été reçu, vendredi, à Budapest par le ministre d'Etat hongrois, Mr Imre Pozsgay, qui a émis le vÓu que la révolution roumaine ouvre " un chapitre nouveau dans les relations hungaro-roumaines ", particulièrement tendues en raison du sort de la minorité hongroise en Roumanie.
L'agence hongroise MTI a aussi annoncé que le président du CFSN roumain, Mr Ion Iliescu, a été invité, vendredi, à effectuer une visite en Hongrie.
- Les forains, les administrateurs judiciaires et le Club Méditerranée, gestionnaire et détenteur de 4 % du parc de loisirs Mirapolis, situé à Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), ont conclu, jeudi 4 janvier, un accord permettant la réouverture normale du parc en avril prochain. Les forains, associés à l'animation du parc depuis la saison 1989 et qui ont déjà investi 30 millions de francs, vont y ajouter 15 millions de francs pour rénover leurs équipements et apporter de nouvelles attractions. Le parc Mirapolis, dont la fréquentation a baissé en 1989, avait un déficit cumulé de 85 millions de francs et avait été placé sous administration judiciaire le 21 décembre.
Publié le samedi 6 janvier, le taux de chômage des Etats-Unis pour le mois de décembre est demeuré inchangé par rapport au mois précédent. Il s'élève à 5,3% de la population active (contre 5,5% en janvier 1989).
Les créations d'emploi dans les services viennent compenser les pertes importantes enregistrées dans l'industrie. L'essoufflement du secteur manufacturier américain, et surtout de l'automobile, empêche toute amélioration de l'emploi depuis le printemps dernier, et Mr Delos Smith, économiste du Conference Board, a estimé que les chiffres de décembre " tendent à confirmer la réalité d'une économie à deux vitesses ".
La vague de froid explique la faiblesse de la création d'emploi au cours de ce mois où 38 000 ouvriers du bâtiment ont été contraints à l'inactivité.
Al'image de joyeux fêtards au lendemain d'un réveillon, la Bourse s'est sentie un peu fatiguée et lourde en début de semaine. Toutefois, après avoir digéré ses excès, elle repartait de plus belle jeudi. Mais ce mouvement fut de courte durée, et un accès de faiblesse la reprenait en fin de semaine. Au total, le bilan de ces quatre séances se révèle sans éclat. L'indice CAC 40 a terminé vendredi à 1994,36 en retrait de 6,72 points (- 0,33 %) par rapport au 2001,08 enregistré le 29 décembre.
Le chaud et le froid, ou plus exactement l'inverse, auront soufflé sur le marché français durant ces premiers jours de janvier. Mardi, contrairement aux autres places internationales comme Londres ou New-York, Paris faisait grise mine en redémarrant ses cotations. L'indice CAC 40 perdait en fin de journée 0,61 %. Tendance analogue le lendemain en raison des tensions observées sur les taux d'intérêt en Allemagne et la crainte qu'elles ne se répercutent en France. Ces incertitudes n'ont alors pas permis aux valeurs de profiter de l'élan insufflé par Wall Street et par le nouveau record du Dow Jones. Le baromètre se dépréciait encore de 0,45 %.
Jeudi, après avoir ouvert en baisse de 0,09 %, la tendance s'inversait rapidement grâce à la détente observée en matière de loyers de l'argent après le raffermissement du dollar. La décision des autorités monétaires outre-Rhin de ne pas relever finalement leurs taux directeurs encourageait cette reprise. L'indice CAC 40 progressait de 1,34 % et atteignait le niveau record de 2 006,42 points. Le mouvement ne durera toutefois que quelques heures. Dès vendredi, l'inquiétude venant de la Bourse du Japon, après la décision de Mr Gorbatchev d'annuler plusieurs réunions en janvier avec des responsables étrangers pour se concentrer sur la situation intérieure, s'est propagée rue Vivienne.
Toutefois, les boursiers étaient également préoccupés - avant l'annonce de la dévaluation de la lire italienne dans la nuit de vendredi à samedi, - par la possibilité d'un réaménagement des parités au sein du Système monétaire européen (SME). Au fil de la journée, la situation est allée en se dégradant, passant de - 0,28 % à l'ouverture à - 0,60 % à la clôture.
Le feuilleton Paribas-Mixte a connu un nouveau rebondissement jeudi avec la réunion du conseil d'administration de la Compagnie financière de la rue d'Antin et sa décision d'acheter les titres Navigation mixte apportés à l'OPA. Paribas, avec 40 % des actions, devient ainsi le premier actionnaire de ce conglomérat mais n'en prend pas le contrôle. Au lendemain de cette décision, l'effervescence reprenait autour de Paribas, l'action étant vivement recherchée. L'origine de ces achats était attribuée tant aux amis de Mr François-Poncet président de ce groupe, qu'à ceux de Mr Fournier, président de la Mixte, qui avec 12 % du capital est devenu, en l'espace de quelques semaines, le principal porteur de parts de Paribas. Selon de nombreux observateurs, ces escarmouches sont le prélude à des négociations au terme desquelles chacun des deux clans se retirerait progressivement de chez le voisin.
Au chapitre des OPA, les autorités françaises, et sans doute bientôt américaines, accordaient leur feu vert à la proposition de rachat amical effectuée par le groupe Emerson, installé aux Etats-Unis sur Leroy Somer, le premier fabricant européen de petits moteurs électriques. Le montant de cette acquisition, annoncée dès la mi-décembre, s'élève à 2,8 milliards de francs. Sans doute en partie dans la perspective de se protéger de raiders éventuels, les Docks de France et l'Alsacienne de supermarchés ont décidé de se rapprocher en prenant des participations croisées et minoritaires dans les holdings familiaux. Ainsi Docks de France détiendra 32,33 % de l'Alsacienne de contrôle, et l'Alsacienne de Supermarchés 20 % de la firme Marcel Frog'r, holding des Docks de France. L'anticipation de cette opération entrainait une chute des cours de ces groupes exploitant des hypermarchés Mammouth. Le secteur de la distribution est toujours regardé avec intérêt dans la perspective de la poursuite de restructurations. Sur le second marché était évoquée même une cession imminente de Genty-Cathiard, bien qu'elle fût démentie par ses dirigeants.
Dans le secteur des assurances, les AGF ont confirmé avoir porté leur participation dans Pechelbronn, troisième assureur français privée de 17 à 20 % le 29 décembre dernier. Cette mesure leur permet de consolider dans les comptes les résultats de la firme, mais ce n'est pas l'unique motivation. Malgré la transformation de Pechelbronn en société en commandite par actions, la rendant désormais imprenable, il n'est pas exclu de voir les AGF pousser leur part jusqu'à 34 %.
Dans ce marché désorienté, Eurotunnel s'est distingué par sa vigueur. Les rumeurs autour d'un possible accord entre la firme et les banquiers pour le financement du surcoût de la liaison transManche ont véritablement dopé la valeur. Le titre s'est ainsi apprécié de près de 10 % mercredi dans un marché en baisse.
Enfin, deux groupes, BSN et Accor, vont procéder à des appels publics à l'épargne pour respectivement 3,3 milliards et 1,8 milliard de francs. La firme agro-alimentaire d'Antoine Riboud émettra dès le 8 janvier des obligations convertibles en actions au prix d'émission de 900 F et au taux de 6,60 % l'an. L'emprunt émis pour une durée de dix ans sera complètement amorti le 1er janvier 2000. La conversion des obligations pourra se faire à tout moment, à raison d'une action pour une obligation. Cette opération dirigée par Lazard Frères et le Crédit lyonnais est destinée à assurer à BSN " les moyens de poursuivre son développement externe et de consolider une partie des financements bancaires utilisés par le groupe à l'occasion des récentes opérations d'acquisition, tout en réduisant le coût de son endettement ". Les actionnaires de BSN bénéficieront d'un délai de priorité pour souscrire entre le 8 et le 19 janvier à raison d'une obligation pour quinze actions anciennes détenues.
La chaine hôtelière Accor émettra des ABSA, actions à bons de souscriptions d'actions, au prix unitaire de 1 000 F. Toutefois, les modalités de cette émission destinée à financer le développement du groupe devraient être révélées dès le début de la semaine prochaine. La firme de MM Dubrulle et Pélisson envisagerait-elle une future acquisition?