Après trois jours de travaux la première conférence européenne et nord-américaine sur la sécurité et la prévention de la criminalité en milieu urbain a clos ses travaux, le 13 octobre, à Montréal. Convoquée par le Forum des collectivités territoriales européennes pour la sécurité urbaine, la Fédération canadienne des municipalités et le Conférence des maires des Etats-Unis, la rencontre de Montréal a adopté une déclaration finale qui " propose un programme concret d'action pour réduire le nombre d'infractions contre les biens et la délinquance contre les personnes, pour diminuer la demande de drogues ainsi que le sentiment d'insécurité dans les villes ". Le document sera présenté et défendu par ses auteurs au congrès des Nations unies sur la prévention de la criminalité qui devrait avoir lieu en 1990 à La Havane.
Toutes les villes d'Europe et d'Amérique du Nord ont connu, ces vingt dernières années, une croissance significative de la petite et moyenne délinquance suscitant de la part des gouvernements les mêmes réactions : l'augmentation des effectifs de police, la tolérance devant la prolifération des agents privés de sécurité, l'incitation à plus de fermeté de la part de l'appareil judiciaire. Les peines de prison ont nettement augmenté, en nombre comme en durée. Vingt ans plus tard, le bilan n'est guère convaincant.
Stimulées par la consommation des drogues, la petite et la moyenne délinquance sont toujours aussi vivaces dans les centres urbains tandis que les sommes dépensées pour les réprimer semblent l'avoir été en pure perte. Pi, la politique judiciaire menée dans la précipitation et dans l'improvisation a produit des effets pervers, conduisant au surpeuplement carcéral, lui-même générateur de dysfonctionnements supplémentaires.
Tel est le diagnostic autour duquel se sont rassemblés à Montréal, durant trois jours, près de neuf cents personnes venues d'une trentaine de pays, élus, professionnels divers et responsables politiques de haut niveau.
Unanimes sur le constat, les participants à la conférence de Montréal ne l'ont pas moins été sur les mesures à prendre pour faire face. Le document final, approuvé par les participants, souligne ainsi que " c'est au niveau de la cité que doit, avant tout, se mener une politique de prévention. Les autorités publiques de tous niveaux doivent soutenir les efforts de prévention développés au plan local ".
Les congressistes insistent aussi sur le rôle essentiel que doivent jouer conjointement élus, responsables des services sociaux, du logement des loisirs, des écoles, de la police et de la justice " pour mettre en Óuvre des solutions à long terme tout en répondant aux besoins immédiats ". " La prévention est l'affaire de tous, poursuit le texte. Les dirigeants politiques doivent favoriser le développement d'une solidarité entre les membres de la collectivité. "
Réunis en commissions, les congressistes auront également tenté de cerner les causes qui produisent la délinquance urbaine. Aux causes classiques désormais bien identifiées que sont le chômage, la pauvreté, l'absence de logements sociaux, ils ajoutent les déficiences d'un système éducatif inadapté, la marginalisation de larges secteurs de la population, notamment dans la jeunesse, une autorité parentale défaillante et un environnement urbain trop souvent hostile. La toxicomanie joue dans ce contexte un rôle d'accélérateur, à la fois conséquence des facteurs précédents et cause de délinquances encore plus affirmées.
La riposte, estiment les congressistes, doit s'exercer dès le plus jeune âge. Poussés par les Américains, ils insistent sur la nécessité de mener une politique " de la petite enfance incluant des soins pré et postnataux et une assistance nutritionnelle pour les mères et les enfants ".
Témoin de la vigueur du mouvement féministe américain, la déclaration finale contient, aussi, un paragraphe consacré aux violences familiales, agressions sexuelles et mauvais traitements envers femmes et enfants, qui favorisent les délinquances multiples. Aux nécessités d'un logement adapté, les congressistes ajoutent la nécessité de " développer des stratégies cohérentes de prévention et d'éducation " sur la toxicomanie. Ils estiment que " la police doit travailler davantage avec les citoyens pour prévenir le crime et réduire le sentiment d'insécurité ", et souhaitent le développement de procédures de médiation et de conciliation pour " prévenir les conflits ".
Assemblée comportant de nombreux élus, la conférence de Montréal n'a pas omis d'insister sur le fait que " les efforts consentis dans les villes doivent être encouragés par des politiques nationales ", qui acceptent de prendre à leur charge une partie du lourd financement que nécessite la prévention. " Il est temps de créer une banque de données internationales qui informera tous les responsables locaux de nos différents pays sur les programmes pilotes en matière de lutte contre la délinquance ", affirme encore la résolution finale.
Objet de discussion à toutes les conférences internationales où se rencontrent les chefs d'Etat, la drogue aura fait une entrée en force dans les travaux des congressistes. Les élus américains qui ne dissimulent aucune de leurs inquiétudes lorsqu'il s'agit du crack sont parvenus à faire partager une bonne part d'entre elles à leurs collègues européens en leur détaillant le coût humain, social et financier de l'attaque à laquelle ils sont soumis. Personne ne sait si l'épidémie de crack qui déferle sur les Etats-Unis et commence, semble-t-il, à toucher le Canada, atteindra l'Europe et la France. Il y a, néanmoins, fort à parier que la drogue fera, encore longtemps, l'objet de vives discussions dans les milieux qui traitent de délinquance.
Les inconnues sont, en effet, nombreuses, notamment en ce qui concerne les coûts et les priorités à prendre en considération pour lutter efficacement contre l'usage et le trafic de drogue. Secrétaire générale du Conseil de l'Europe, Mme Catherine Lalumière, qui présidait la dernière séance du congrès, confiait ainsi que, si elle acceptait sous réserve l'idée d'une sévère répression du trafic des stupéfiants, elle ne pouvait admettre qu'on oublie le prévention, si difficilement acceptée par l'opinion publique en matière de stupéfiants.
Les trois organisations à l'origine de la conférence de Montréal sont, cependant, décidées à développer leur collaboration en échangeant connaissances et expériences. D'ores et déja elles ont annoncé la réunion d'une nouvelle conférence, en 1991. Entre-temps, un bureau commun pourrait être ouvert à Montréal à une date qui n'a pas été déterminée.
EN clôturant, vendredi 13 octobre, la conférence de Montréal, Mr Gilbert Bonnemaison, député et maire (PS) d'Epinay, président du Forum des collectivités territoriales européennes pour la sécurité urbaine, ne cachait pas sa satisfaction. "Les pays qui appliquent conjointement une politique de répression et de prévention sans complaisance sont les seuls qui ont pu, ici, annoncer une stabilisation voire une diminution de la délinquance urbaine", déclarait-il à la tribune.
Résultats contre résultats, le maire d'Epinay tirait autant le bilan des travaux de la conférence qu'il faisait celui d'une période durant laquelle une répression sans faiblesse était considérée comme le seul moyen efficace pour lutter contre la délinquance.
Car tel est le premier et sans doute le plus important enseignement de Montréal : la conférence a marqué un tournant idéologique, rendant caducs, sans doute définitivement, les discours sur le prétendu laxisme de ceux qui se refusent à voir dans l'intervention policière et la prison la panacée de la lutte contre la délinquance. Rien ne l'aura autant souligné que la présence simultanée à Montréal de hauts policiers soviétiques et de maires américains. Leurs problèmes sont vraisemblablement fort différents, mais tous manifestent le même désarroi devant des phénomènes qu'ils n'ont pas su maitriser alors qu'ils ne manquaient ni de policiers ni d'établissements pénitentiaires.
L'attention qu'ils ont portée aux travaux de la conférence constitue le second enseignement du congrès de Montréal. Les solutions qui y ont été proposées n'étaient pas toujours révolutionnaires. Beaucoup d'expériences échangées lors des travaux en commission sont, depuis des années, le lot commun des spécialistes, sinon des profanes qui interviennent sur le terrain de la délinquance.
La conférence aura montré que la philosophie de la prévention est désormais partagée par beaucoup, sur plusieurs continents. Certes, le désarroi explique parfois mieux que leurs convictions le zèle des nouveaux convertis. Mais le fait est là : le discours sur la prévention de la délinquance est en train d'acquérir son statut, d'apparaitre comme la seule méthode sérieuse de traiter au fond des problèmes trop longtemps discutés sur le mode démagogique.
Le succès est-il pour autant définitif ? L'une des autres leçons de Montréal aura été de souligner qu'on ne fait une bonne prévention qu'avec de bons moyens. Moyens théoriques - la France dispose de quelques réserves - comme moyens financiers. Là réside la difficulté. La prévention efficace est celle qui peut déployer une panoplie diversifiée, permettant d'agir sur tous les fronts à la fois. Technique coûteuse que les communes sont d'autant moins disposées à assumer que pour être devenu un article français d'exportation reconnu, la prévention n'est pas électoralement productive. "Ça ne coûte certes pas de voix, reconnaissait un congressiste, élu municipal d'une importante ville du sud de la France, mais ça n'en rapporte pas non plus. Autant dire que s'il faut engager des millions dans la réhabilitation de HLM et sacrifier pour cela une piscine olympique électoralement plus payante, un maire n'hésitera pas longtemps."
POUR éminemment politique que soit le débat sur le partage social, ses chances de progresser vers un minimum de clarté sont réduites lorsqu'il se trouve projeté sur le devant de la scène, non pas pour lui-même, ni parce que le faire sortir de la clandestinité est une des conditions pour qu'il débouche, mais parce qu'il constitue un terrain propice aux rebondissements des luttes de clans et des tentatives de déstabilisation du pouvoir.
De cette vieille évidence, le climat de dramatisation dans lequel se développe l'analyse, par les médias et par les commentateurs politiques, des conflits sociaux pendants et des discussions préalables aux choix budgétaires, fournit, une fois de plus, l'illustration.
On ne peut, en effet, reprocher au premier ministre d'inviter le PDG de Peugeot à respecter les lois sociales et de réaffirmer, en même temps, son attachement aux disciplines qui sont la condition de la stabilité comme aussi, sans doute, de la consolidation des tendances à la reprise économique enregistrées depuis peu.
Il n'est pas davantage raisonnable de considérer comme mauvais un budget qui concrétise, plus nettement que cela n'a jamais été fait dans le passé, les priorités, notamment l'éducation, que s'est assignées le gouvernement, et qui amorce certaines réformes fiscales de longue date jugées nécessaires, comme celle de la taxe d'habitation.
Que ce budget tire imprudemment, en supprimant certains crédits d'insertion sociale, des conséquences trop hâtives de la mise en Óuvre du RMI ; ou, encore, qu'il renvoie à plus tard les choix nécessaires pour assurer l'équilibre de la Sécurité sociale et s'engager sur une voie nouvelle pour assurer son financement, voilà, assurément, des faiblesses, mais des faiblesses qui peuvent être corrigées.
Le problème - car il y a bien, néanmoins, problème, - se situe, en réalité, ailleurs. Les réactions contradictoires des responsables politiques face au conflit Peugeot, l'affolement perceptible de certains d'entre eux devant la multiplication des mouvements de la fonction publique (infirmières, agents des impôts, police, gardiens de prison), l'absence, jusqu'à nouvel ordre, de véritable conclusion au débat passablement ésotérique ayant opposé, sur la question de la cotisation sociale généralisée, le ministre de l'économie et des finances et le ministre des affaires sociales, témoignent d'une sorte de crise de confiance du pouvoir dans sa propre capacité d'initiative et d'arbitrage.
Or, si un tel état d'esprit trouve dans la réelle fragilité des équilibres - et, quoi qu'on en dise parfois, dans celle du consensus politique, - toutes les justifications convenables, on peut penser qu'il fait exagérément bon marché des urgences sociales. Car ce qu'on découvre, pour peu qu'on ne se soucie pas seulement de science politique et qu'on fasse, aussi, un peu d'analyse sociale, c'est une tendance légère à l'accroissement et à l'approfondissement, au sein de la société française, des lignes de fracture qui la parcourent depuis longtemps.
La crise n'a pas seulement multiplié les situations d'exclusion sociale, auxquelles il ne faut d'ailleurs pas, après avoir hésité à en reconnaitre la spécificité, réduire maintenant le débat social. Ne croyons pas, non plus que le seul RMI, même correctement appliqué (ce qui n'est pas gagné), suffira à y mettre un terme. La crise a renouvelé et aggravé les formes des inégalités, destructrices pour les hommes qui les subissent et le tissu social qui lui préexistait : inégalités dans l'accès à l'emploi ou à la formation, mais, aussi, dans la distribution des patrimoines, des revenus directs et indirects ; inégalités dans l'accès aux services, particulièrement le logement, mais, aussi, la santé. Et l'avenir des personnes très âgées ou dépendantes et des handicapés adultes n'est toujours pas vraiment assuré.
La crise a, enfin largement stérilisé certains des efforts les plus significatifs accomplis par la gauche lors de son arrivée au pouvoir. Ainsi, dans le domaine des relations professionnelles, où les lois Auroux n'ont la plupart du temps, faute de pouvoir s'appuyer sur un rapport de forces suffisamment favorable, pas véritablement fait progresser le dialogue social.
Il est manifeste que, pour atteindre l'objectif de cohésion sociale, à juste titre désigné par le chef de l'Etat, lors de la campagne présidentielle, comme un objectif majeur, dans la perspective notamment de l'unification européenne, on ne pourra durablement se contenter de retoucher à la marge telle ou telle législation sociale. Et qu'il faut prendre le taureau par les cornes. Autrement dit, s'attaquer au remodelage du système de prélèvements fiscaux et sociaux, dans un sens qui le rende, à la fois, plus proche de celui de nos partenaires européens et plus équitable; réamorcer le dialogue entre toutes les parties intéressées sur l'évolution souhaitable du revenu primaire; revenir à une conception plus active de la responsabilité de la puissance politique dans la recherche, par les partenaires sociaux, à tous les niveaux, de solutions négociées aux différentes catégories de problèmes posés par la prévention des licenciements, le travail, etc.
Qui trop embrasse mal étreint. Trop de volontarisme du côté de l'Etat pourrait bien nuire à la cohésion sociale plutôt que de la favoriser. Mais l'Etat, surtout lorsqu'il est animé par un gouvernement socialiste, ne peut se sentir comptable de la compétitivité et de la rigueur sans se sentir également comptable de la justice et du progrès social. Pour rendre les unes et les autres compatibles, il est un maitre-mot qu'on ne doit pas entendre que dans les congrès et qui doit guider, aussi bien au quotidien qu'à long terme, l'action gouvernementale : le mot "redistribution".
Les conditions d'une relance de l'effort social seront, quant au reste, d'autant plus sûrement réunies que l'exécutif pourra s'appuyer, pour la mener à bien, sur un Parlement vivant et imaginatif et sur des administrations attentives à l'usager. La question de la rénovation de l'institution parlementaire, celle du renouveau du service public et celle de la mise à jour de nouvelles structures de dialogue entre les pouvoirs publics et les usagers, propres à ouvrir à ces derniers, en cas d'insatisfaction majeure dans leurs relations avec l'administration, d'autres possibilités que le vote sanction et l'action en justice, sont, par conséquent, de celles que, parallèlement à la réflexion sur la politique sociale, devrait pouvoir aborder le prochain congrès du Parti socialiste.
Voir loin sans confondre les enjeux de société avec les enjeux de pouvoir - même si la transformation de la société passe inévitablement par l'exercice du pouvoir et si, à ce titre, l'exercice du pouvoir est un enjeu estimable, - c'est ce à quoi, non seulement la plupart des socialistes, mais, aussi, les larges franges de l'opinion qui font confiance au Parti socialiste souhaiteraient que le congrès, d'abord, le gouvernement, à sa suite, puissent effectivement s'employer.
Le Crédit foncier de France (CFF) et la Bayerische Vereinsbank, spécialisés, chacun sur leur territoire, dans le financement de l'immobilier, ont signé le lundi 16 octobre un protocole de coopération. Celui-ci se traduira immédiatement par le financement conjoint d'opérations en France et en RFA, et par le développement de prestations de services réciproques (services administratifs et bancaires, expertise immobilière).
A terme, cet accord devrait aboutir à la création de sociétés communes pour favoriser les interventions des deux établissements sur les marchés français et allemand, notamment dans les crédits promoteurs et les crédits à long terme. Les deux partenaires envisagent également la constitution d'un fonds d'investissement immobilier européen.
Cet accord s'inscrit dans la mise en place du grand marché européen, le CFF et la Bayerische Vereinsbank misant sur une politique de partenariat pour consolider et élargir leurs positions dans leur secteur.
La Bayerische Vereinsbank est la première banque hypothécaire ouest-allemande. Son bilan s'élève à 569 milliards de francs, ses fonds propres à 14 milliards et son bénéfice à 682,5 millions. L'encours de ses prêts dans le domaine hypothécaire, qui représente 70 % de son activité, atteint 332,5 milliards de francs.
La politique de partenariat menée en Europe par le CFF s'est déjà traduite par la conclusion en 1988 de deux accords qui ont donné naissance à des sociétés spécialisées dans le crédit hypothécaire : Sociedad iberica de credito inmobiliario en Espagne avec le Banco hypothecario, et le Capital Home Loans Limited en Grande-Bretagne avec la Société Générale.
Londres (Reuter.) - Trois otages britanniques du Liban sont toujours vivants, a annoncé l'Eglise anglicane, dimanche 15 octobre, au millième jour de détention de Terry Waite, émissaire de l'archevêque de Cantorbery au Liban.
L'Eglise anglicane n'a fait, en revanche, aucune référence au quatrième otage britannique, Jackie Mann, pilote d'avion à la retraite, disparu au Liban au mois de septembre dernier, à l'âge de soixante-quinze ans.
" Nous avons obtenu cette semaine, de source iranienne, de nouvelles assurances que les trois otages britanniques - Terry Waite, John McCarty et Brian Keenan - sont vivants ", a déclaré un porte-parole du chef de l'Eglise anglicane. John McCarty, journaliste de télévision et Brian Keenan, professeur originaire de Belfast, en Irlande du Nord, ont été enlevés en avril 1986. Comme Terry Waite, ils seraient détenus par des groupes pro-iraniens.
Les socialistes japonais n'ont rien à envier à leurs adversaires politiques : Mme Doi, la présidente du PS, et son parti sont, à leur tour, au centre d'un scandale financier...
La présidente du Parti socialiste (PS), Mme Takako Doi, a des passe-temps " prolétariens ", et son bureau à la Diète tient du stand de foire tant y sont nombreux les trophées qu'elle a remportés dans des concours de chant ou au pachinko - populaire machine à sous, version nippone des flippers occidentaux. Il est probable que, pour l'heure, Mme Doi préférerait qu'on oublie cette passion pour le pachinko, qui contribua pourtant à la popularité de celle que la presse américaine a baptisée la " femme de l'année " et en qui elle voyait, un peu hâtivement, un futur premier ministre.
La présidente du PS, qui, au cours de l'année écoulée, monta à l'assaut de la forteresse libérale-démocrate pour dénoncer la " politique de l'argent ", est aujourd'hui, ainsi que son parti, au centre d'un nouveau scandale. Il n'a certes pas l'ampleur de l'affaire Recruit mais n'en est pas moins révélateur des pratiques de financements socialistes, qui, semble-t-il, n'ont rien à envier à leurs adversaires en la matière. S'ils sont moins gourmands et si les " contributions " tiennent plus des dessous-de-table que de vastes opérations boursières, c'est peut-être simplement parce qu'ils ne sont pas au pouvoir. Ce nouveau scandale doit faire, ces jours-ci, l'objet d'interpellations à la Diète et d'une enquête du gouvernement.
Une série d'articles publiés depuis le mois d'août par l'hebdomadaire Shukan Bunshun accusent le PS et Mme Doi d'avoir reçu des pots-de-vin de l'association des propriétaires de salles de pachinko (Zenyukai) afin de bloquer au Parlement une réforme du système d'imposition les concernant. Le pachinko est en effet une véritable industrie : 14 000 salles et un chiffre d'affaires total de 1 000 milliards de yens, soit 47 milliards de francs. Une industrie connue aussi pour pratiquer, à grande échelle, la fraude fiscale.
Le secrétaire général du PS, Mr Yamaguchi, a dû reconnaitre, à la fin de la semaine dernière, que neuf membres de son parti avaient reçu quelque 8 millions de yens de la Zenyukai. Selon le Shukan Bunshun, l'association aurait, par ailleurs, fourni 4,2 millions de yens lors d'une réception organisée en 1987 pour fêter l'accession de Mme Doi à la présidence du PS, et elle a décerné à celle-ci un prix Pachinko (1 million de yens), somme que la présidente du PS a remis immédiatement à une association féminine.
Les conservateurs sont partie prenante dans ce nouveau scandale (80 parlementaires libéraux-démocrates émargeaient sur la liste des largesses de la Zenyukai et on estime à quelque 500 à 600 millions de yens les sommes versées au cours des trois dernières années aux politiciens de tous bords, à l'exception des communistes). Mais l'affaire est surtout gênante pour les socialistes. Elle ternit leur image et confirme qu'ils appartiennent à la même " culture " politique, peu regardante sur les principes, que leurs adversaires. Surtout, ce scandale revèle le jeu des lobbies qui gravitent autour du PS et les liens ambigus que celui-ci entretient avec les Coréens du Nord.
On estime que près d'un quart des salles de pachinko appartiennent à des Coréens de l'association pro-Pyongyang, qui sont régulièrement " taxés " par la Corée du Nord pour contribuer aux financements de manifestations telles que l'anniversaire du président Kim Il-sung (une partie des bénéfices étant obtenus grâce aux fraudes fiscales passant ainsi à Pyongyang). Il existe un solide lobby pro-Pyongyang au sein du PS, seul parti japonais à avoir des contacts suivis avec la Corée du Nord. Paralysée par ces antagonismes internes, Mme Doi a d'ailleurs été incapable de définir une politique à l'égard de la Corée du Sud (officiellement, le PS ne reconnait pas le traité de normalisation des relations entre Tokyo et Séoul, qui date de 1965).
Selon l'enquête du Shukan Bunshun, donc, le PS a activement cherché à bloquer au Parlement une réforme permettant d'enrayer la fraude fiscale des opérateurs de pachinko. En retour, l'association Chosensoren (pro-Pyongyang) lui aurait versé des pots-de-vin. Si ces versements ont effectivement eu lieu, ils contreviennent à la loi sur les fonds politiques, Chosensoren étant une association étrangère. Il semble par ailleurs que des opérateurs de pachinko, las d'être l'objet du " racket " de la Corée du Nord, soient à l'origine de certaines de ces révélations, ce qui confirmerait l'existence de sérieuses divergences au sein de l'association des Coréens pro-Pyongyang.
Pour l'instant, le PS a répondu aux accusations dont il est l'objet en déclarant qu'il n'y avait aucune irrégularité dans la perception et l'utilisation des fonds du Zenyukai. Il a, quelque peu maladroitement, accusé les autres partis d'être dans la même situation que lui, sans toutefois répondre sur le fond.
La coopération régionale européenne dans le domaine de l'environnement est au centre de la conférence écologique qui s'est ouverte, lundi 16 octobre, à Sofia, dans le cadre de la CSCE (Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe). Cette réunion, qui est la première des conférences décidées par les accords de Vienne, en janvier dernier, à avoir lieu dans un pays socialiste, comprendra les trente-cinq pays de la CSCE. En effet, la Turquie, dont la participation était moins que sûre, en raison du grave conflit qui l'oppose à la Bulgarie sur le sort de la minorité turque dans ce pays, y assiste finalement.
Les " trente-cinq " se pencheront sur les aspects juridique, pratique et technique de la lutte concertée contre la pollution et discuteront des moyens pour sensibiliser l'opinion publique aux questions de l'écologie. L'objectif principal de cette rencontre est l'adoption d'une convention écologique à la fin de la conférence, fixée au 3 novembre.
Si elle concerne bien évidemment tous les députés libanais, musulmans et chrétiens, réunis à Taëf, la présence syrienne au Liban, sujet le plus délicat du document d'entente nationale proposé par le comité tripartite arabe (Arabie saoudite, Algérie, Maroc), fait depuis quarante-huit heures, l'objet de multiples concertations interchrétiennes et de rencontres de députés chrétiens avec le Comité.
Incontestablement, les menaces réitérées samedi 14 octobre par le général Aoun, demandant aux députés de " refuser toute concession " au sujet de la présence syrienne et affirmant que " le peuple n'épargnera pas ceux qui bradent son avenir ", ont porté sur " trois ou quatre députés ", selon un élu chrétien, les amenant à durcir leur position et à proposer aux Saoudiens des modifications de fond au texte arabe dont le comité a prévenu, dès le début de la conférence, que, objet d'un consensus arabe et international, il n'était pas amendable.
La bataille engagée divise d'abord le camp chrétien, entre les maximalistes qui exigent toujours une programmation claire et précise d'un " retrait " syrien (alors que le texte arabe ne parle que d'un " regroupement " de l'armée syrienne, à échéance maximale de deux ans après le vote constitutionnel des réformes, à l'issue desquelles les gouvernements syrien et libanais s'entendront sur l'avenir de la présence syrienne) et les modérés, enclins par réalisme à accepter le texte avec " quelques éclaircissements et garanties " - par exemple sur la date à partir de laquelle commencera ce regroupement.
La position de la France, qualifiée d'" ambiguë ", fait l'objet de nombreux commentaires au sein du camp chrétien comme dans l'entourage du comité tripartite, où l'on affirme ne pas comprendre pourquoi Paris, qui affirme officiellement soutenir les efforts arabes, ne fait pas tout ce qu'il devrait pour amener le général Aoun à plus de modération. En refusant, comme l'a affirmé Mr Roland Dumas, de faire pression sur lui - estimant que la réalité politique qu'il représente doit être mieux préservée, sans compter que Paris voudrait voir plus sérieusement défendue la souveraineté libanaise, - la France, dit-on ici, donne au général Aoun des espoirs qu'elle n'est pas en mesure de soutenir et complique inutilement la tâche à la fois des députés chrétiens et du comité tripartite.
Les regards se tournent aussi vers le Vatican, où se trouve le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfer, qui a de nouveau été sollicité par des députés pour "raisonner" le général Aoun, ce qu'il aurait promis de faire. Un élu chrétien affirme : " Une déclaration de sa part libérerait les quelques députés qui craignent de rentrer à Beyrouth en se faisant accuser de trahison. "
Troisième partie concernée, l'Irak a de nouveau été sollicité par le roi Fahd d'Arabie saoudite, qui a envoyé un message, le deuxième en dix jours, au président Saddam Hussein.
Pour la première fois depuis seize ans et après une longue brouille qui a failli dégénérer à plusieurs reprises en conflit armé de grande ampleur, le numéro un libyen, le colonel Mouammar Kadhafi, s'est rendu, lundi 16 octobre, en Egypte pour y rencontrer le président Hosni Moubarak. C'est par voie de terre que le colonel Kadhafi, dont la dernière visite sur le sol égyptien remonte à 1973, a fait les 200 kilomètres séparant la frontière commune aux deux pays de Marsa-Matrouh, où la rencontre entre les deux hommes d'Etat a eu lieu (le Monde daté 15-16 octobre).
Les entretiens devaient porter principalement sur les relations bilatérales, qui ont connu une très nette amélioration depuis un an. Le colonel Kadhafi pourrait passer la nuit à Marsa-Matrouh avant de regagner, mardi, la Libye sans le président Moubarak, contrairement à ce qui avait été avancé.
Plus de sept mille " boat-people " vietnamiens ont poursuivi, dimanche 15 octobre, leur grève de la faim dans trois centres de détention de Hongkong, dans l'espoir de ne pas être refoulés vers le Vietnam. Les réfugiés vietnamiens jeûnent et effectuent des sit-in de protestation, depuis vendredi soir, pour attirer l'attention sur leur sort avant la tenue d'une réunion internationale sur ce problème, lundi et mardi à Genève.
Les mauvais souvenirs reviennent ensemble. A l'automne 1987, Wall Street dégringolait alors qu'à Washington, la Maison Blanche et le Congrès semblaient incapables de s'entendre pour réduire le déficit budgétaire. Deux ans plus tard, le New York Stock Exchange est secoué d'un grand frisson d'inquiétude au moment précis où, de nouveau, le processus de réduction du déficit budgétaire, est, provisoirement du moins, enrayé.
L'administration et les élus n'ont pas réussi à boucler dans les délais prévus par la loi un accord qui devait permettre de faire descendre au-dessous de cent milliards de dollars le déficit pour l'exercice budgétaire 1990.
En conséquence, et conformément à la loi dite Gramm Rudman Hollings, des coupes automatiques devraient entrer en vigueur lundi soir 16 octobre, réparties pour moitié entre les dépenses militaires et certaines dépenses civiles. La situation ne doit pas, pour autant, être exagérément dramatisée. Une solution sera selon toute probabilité trouvée avant que ces coupes automatiques n'aient eu un effet vraiment sensible, et les fonds autoritairement retenus seront alors restitués. En outre, la coincidence dans le temps entre les inquiétudes de Wall Street et les affres budgétaires plus ou moins annuelles ne signifie pas qu'il y ait entre ces deux événements un lien de cause à effet. Mais c'est pour le moins une manière de rappeler que l'économie des Etats-Unis est grevée en permanence par une sorte d'hypothèque - l'extrême difficulté qu'éprouve le système politique américain à modérer les dépenses de l'Etat, et plus encore à s'entendre sur les priorités.
La loi Gramm Rudman avait justement pour objet avoué de forcer la main aux partenaires-adversaires, à leur imposer sagesse et rigueur budgétaire : le résultat est pour le moins douteux, si l'on songe qu'entre l'exercice 1987 et l'exercice 1989, le déficit réel s'est accru (de 149,7 à 161,4 milliards de dollars), alors que dans le même temps la loi, qui prévoyait une réduction à 136 milliards en 1989, a été parfaitement respectée !
C'est que cette fameuse loi - censée imposer un retour à un strict équilibre budgétaire en 1993 - est beaucoup moins terrible qu'elle ne le parait.
Elle s'applique uniquement au budget tel qu'il est voté, et non tel qu'il est exécuté. Là n'est d'ailleurs pas son seul défaut. Elle incite aussi les négociateurs du Congrès et de la Maison Blanche à rechercher avant tout des économies à court terme - pour tenir les chiffres de l'année à venir et éventuellement de celle qui suit. Elle pousse même à des pratiques pernicieuses, tels ces jeux d'écriture destinés à " débudgétiser " certaines dépenses coûteuses, ou bien à avancer certaines d'entre elles pour les mettre sur le compte de l'exercice en train de s'achever (et pour lequel le déficit supplémentaire n'est nullement sanctionné), de manière à se donner un peu d'air - dans le budget suivant. Ainsi, cette année, la paie d'une grande partie du personnel des armées a été avancée du 1 er octobre au trente septembre, ce qui a permis de gagner quatre milliards de dollars pour l'exercice 1990.
La situation devient si artificielle que certains crient à la faillite complète de la loi Gramm Rudman, et souhaitent la modifier en profondeur. D'autres préfèrent une sorte de politique du pire : laisser les négociations sur la réduction du déficit aller à l'échec, de sorte que les " coupes automatiques " prévues par la loi entreront véritablement, et douloureusement, en action. En quelque sorte, utiliser pour faire la guerre une arme de dissuasion.
" Faites tomber la hache ", a ainsi lancé, dans un article plein de dépit et de colère, le puissant président de la commission des voies et moyens de la Chambre des Représentants, le démocrate de Chicago Dan Rostenkowski " La triste vérité est que nous avons un président qui refuse de mener et un Congrès qui est institutionnellement incapable de mener - l'effort de réduction du déficit. "
Ces fortes paroles, pourtant, ne font pas tout à fait le bruit escompté. D'abord parce que, malgré tous les travers de la loi Gramm Rudman, et même si c'est en grande partie grâce à la vigueur de l'économie américaine ces dernières années, le déficit a bien diminué, il était, après tout, de 221 milliards de dollars en 1986, de 149, 155 et 161 milliards les trois années suivantes. Même ces récentes aggravations représentent en réalité une diminution en valeur relative, par rapport au produit national.
Conséquence, le déficit n'apparait plus comme un ogre tout prêt à dévorer l'économie américaine. D'autant que nombre de théoriciens s'emploient à atténuer ses vices, sinon à les faire passer pour des vertus, alors que dans le même temps le public se met à nouveau à réclamer des dépenses sociales, sans augmentation des impôts. Comme le disait avec drôlerie un expert cité au début octobre par le Wall Street Journal " les déficits budgétaires sont passés de mode à Wall Street. On ne vous laissera pas entrer à un cocktail à Manhattan si vous commencez à parler de déficit budgétaire ". L'expert aurait sans doute tort pour ce qui est des tout derniers jours, mais de manière plus générale, il semble bien qu'il ait raison. Les questions de déficit continuent à faire grand bruit dans le monde politique washingtonien, mais guère au-delà.
A Washington précisément, les jours à venir seront occupés par des négociations entre les responsables compétents du Sénat et ceux de la Chambre des représentants pour s'entendre sur un projet commun, un projet qui ne risque pas d'être mis en échec par un éventuel veto de la Maison Blanche. L'affaire s'annonce ardue, d'autant qu'un joker particulièrement délicat à manier s'est trouvé mêlé au jeu : le projet de réduction de l'impôt sur les plus-values en capital, projet chéri par le président Bush, qui en avait fait grand usage pendant la campagne électorale.
Le projet de réduction du déficit budgétaire que la Chambre a fait sienne comprend une telle réduction, de 28 % à 19,6 %, des impôts sur les plus-values en capital. Même si, dans la version de la Chambre, cette réduction ne vaut que pour deux ans, ce vote, émis par une assemblée totalement contrôlée par les démocrates, avait constitué un superbe succès politique pour l'administration (le Monde du 30 septembre). Mais ce joli cadeau, (largement motivé par la pression des électeurs et des lobbies), était accompagné d'un emballage fort déplaisant : une série de mesures coûteuses et de privilèges fiscaux accordés à certains intérêts particuliers.
Le Sénat, de son côté (également contrôlé par les démocrates), a refusé la mesure de réduction de l'impôt sur les plus-values, et après avoir envisagé d'accorder des privilèges fiscaux particuliers encore plus exorbitants que ceux de la Chambre, a fini par se ressaisir en votant, vendredi 13 octobre, un texte considérablement allégé - mais qui ne devrait pas être du goût de la Chambre.
On en est là, en pleine confusion, si ce n'est qu'une sorte d'arrangement semble se dessiner entre, d'une part, les démocrates, de l'autre, la Maison-Blanche, pour que l'affaire de la réduction de l'impot sur les plus-values soit séparée de celle de la réduction du déficit budgétaire. Les responsables démocrates ont clairement laissé entendre qu'ils seraient plus accommandants, ou moins intraitables, dans les négociations concernant la budget si la question des plus-values - sur laquelle ils sont eux-mêmes divisés - était remise à plus tard. La Maison blanche n'a semble-t-il, guère d'autre choix que d'accepter, quitte à risquer de voir remettre en cause, plus tard, l'étonnant succès qu'elle avait remporté sur ce sujet. Mais bien des élus républicains, à leur tour, se font tirer l'oreille et ne comprennent pas pourquoi ils devraient à nouveau livrer une bataille qu'ils ont déjà gagnée....
Tout cela forme un jeu presque aussi complexe que celui des opérations à Wall Street et fournit naturellement la matière à des éditoriaux indignés : " Aucun scandale au Congrès cette année n'est plus honteux que la pagaille budgétaire ", écrivait dimanche 15 octobre le New York Times. " Les deux chambres et les deux partis ont manqué à leur devoir de réduire le déficit, et le président Bush n'a pas fait mieux. "
Tout le monde, donc, est coupable, ce qui pourrait être aussi une manière de dire que personne ne l'est vraiment. Et que les " folies budgétaires ", pour reprendre le titre de l'éditorial du New York Times, ne sont pas près de se donner en spectacle.
Le groupe français Thomson-CSF et le groupe britannique British Aerospace ont décidé de soumettre à leur gouvernement respectif un projet d'accord qui vise à réunir leurs activités dans les domaines de la conception des missiles sol-air ou air-air et des équipements de guidage de ces engins.
Connu sous la dénomination de projet " Eurodynamics " et mis à l'étude depuis décembre 1988, cet accord industriel était en réalité en négociation depuis deux ans environ.
Si les deux gouvernements impliqués l'approuvaient, ce projet reviendrait à constituer une société commune (à égalité d'engagement financier) qui serait chargée de rationaliser la production de part et d'autre de la Manche au sein d'une même entreprise regroupant qelque 15 000 salariés pour un chiffre d'affaires de 15 milliards de francs.
D'autres sociétés françaises, comme Aérospatiale ou Matra, ont déjà bâti des accords du même genre avec d'autres entreprises européennes, notamment ouest-allemandes, italiennes ou espagnoles. L'accord entre Thomson-CSF (par le biais de son secteur " électronique des systèmes d'armes " qui intéresse plusieurs filiales) et British Aerospace (par l'intermédiaire de sa filiale BAe Dynamics à Stevenage) est indépendant du projet que forment les deux mêmes sociétés de racheter en commun l'entreprise britannique Ferranti.
" Notre objectif, c'est la conquête de la mégapole parisienne, la première d'Europe, avec ses onze millions d'habitants dont 63 % n'achètent aucun quotidien" : le pari lancé par Mr Martin Desprez, gérant et directeur général du Parisien, devrait être tenu, selon lui, grâce à sa nouvelle formule. Le Parisien nouveau est paru lundi 16 octobre. Son format a été agrandi - il s'agit du format " berlinois " qui est aussi celui du Monde - et sa pagination moyenne accrue (44 pages). Doté d'une maquette plus aérée dans laquelle le volume de la quadrichromie a été triplé et celui des photos doublé, la nouvelle formule du quotidien-vedette du groupe Amaury se divise en plusieurs parties rassemblées en un seul cahier : la première - intitulée " France-Monde " - est consacrée à l'international et à la politique intérieure et fait une plus grande part à l'enquête et au reportage ; la seconde - intitulée " Mégapole " - traite de Paris et de sa région, dont les pages départementales et celles consacrées au sport local, tandis qu'en fin de journal, les lecteurs trouvent les rubriques " Vie pratique ", " Loisirs ", " Immobilier ", etc. vues sous l'angle de la région, ainsi que des articles sur le tourisme et les médias..
Quatre cent mille exemplaires du Parisien seront progressivement imprimés sur les rotatives du Monde à Ivry ; le reste le sera dans son imprimerie de Saint-Ouen, qui sera ultérieurement modernisée. Grâce à cette nouvelle formule, inspirée des expériences du quotidien japonais Yomiuri Shimbun et de l'américain News Day, le journal compte dépasser une vente de 500000 exemplaires d'ici à trois ans. Pour y parvenir, le Parisien, qui a vendu en moyenne 402085 exemplaires, selon son éditeur, pendant le premier semestre 1989 (soit presque 50% de plus que son concurrent France-Soir) privilégie trois axes : l'amélioration systématique de la qualité, le maintien d'un prix de vente bas - le but est de conserver ce prix à 4,50 F pendant sept ans, - le développement des moyens promotionnels et du portage à domicile.
Le journal du groupe Amaury va aussi développer sa publicité (28% de ses recettes aujourd'hui). Il expérimente en outre un hebdomadaire gratuit en Seine-Saint-Denis, qui pourrait être ensuite implanté dans d'autres départements.
Réalisé par deux cent vingt journalistes, âgés de trente-deux ans en moyenne, le Parisien sera soutenu par une campagne d'affiches conçue par RSCG (15 millions de francs).
Les enqêteurs de la police judiciaire ont arrêté, dimanche 15 octobre, les auteurs présumés du double assassinat survenu dans la nuit du 12 au 13 octobre (le Monde du 13 octobre) dans les locaux de la direction technique d'EDF à Grenoble. Deux employés de la société de gardiennage Vigilia, qui faisaient une ronde de surveillance, avaient été tués par des décharges de chevrotines..
Ce sont deux autres vigiles de la même société, Frédéric Borvon, vingt et un ans, et Michel Kasparian, quarante-neuf ans, qui ont organisé un guet-apens. Les deux victimes et leurs assassins auraient eu une altercation quelques heures plus tôt.
Les policiers et les magistrats du parquet refusaient toujours, dimanche soir, de révéler les raisons qui ont conduit les quatre hommes à se quereller puis à en venir au règlement de compte sanglant dans les locaux d'Electricité de France.
UIP a légitimement refusé de donner une suite favorable à la demande de fourniture d'une copie 70 millimètres en version originale formulée par le Max-Linder le 12 juin 1989 (et non en novembre 1988) parce que cette demande modifiait le plan de sortie du film Indiana Jones et la Dernière Croisade de façon injustifiée et préjudiciable à la meilleure diffusion de l'Óuvre. Ce plan de sortie, conforme aux usages de la profession, qui évitait scrupuleusement un envahissement des écrans préjudiciable à l'éventail de choix du public, incluait trois salles dans le quartier des Grands Boulevards : le Rex, la plus grande salle d'Europe, en 70 millimètres et en version française, et, contrairement à ce qui a été indiqué au Monde, le Paramount Opéra en 70 millimètres et en version française, et enfin le Gaumont Opéra en version originale et en 35 millimètres.
En outre, les propos publiés par le Monde tendent à faire croire que le Max-Linder ferait trois fois plus d'entrées que l'autre salle choisie par le distributeur pour diffuser le film en version originale. Cette affirmation est ici encore inexacte, le Max-Linder ayant réalisé en 1988 une moyenne de 4 444 entrées hebdomadaires et la salle du Gaumont Opéra devant projeter le film ayant, à la même période, connu une fréquentation moyenne hebdomadaire de 4 286 entrées (cette moyenne a même atteint 5 084 entrées en 1986). Le distributeur a librement choisi la salle du Gaumont Opéra en tenant compte des caractéristiques et de la localisation des salles concernées, dans un souci d'équilibre de placement du film.
Le Max-Linder, septième salle de France sur 5 000 salles, est singulièrement mal venu de se plaindre d'une prétendue " règle hypocrite qui réserverait les succès commerciaux aux grands circuits et les Óuvres difficiles aux salles indépendantes ". En effet, depuis sa réouverture en décembre 1987, il a notamment projeté des films à important potentiel commercial suivants : le Dernier Empereur, Wall Street, l'Empire du Soleil, Bird, Good Morning Vietnam, l'Ours, les Aventures du baron de Münchausen...
UIP ne peut pas accepter que sa politique de diffusion des films, établie dans l'intérêt des producteurs et auteurs, ses mandants, soit remise en cause par les choix intempestifs du Max-Linder.
Enfin, le Max-Linder n'ignore pas que, dans l'hypothèse où la justice saisie de sa demande n'y ferait pas droit, il lui a été confirmé qu'il pourrait encore mettre à l'affiche un des nombreux films porteurs qui lui avaient été proposés et qu'il avait refusés.
Ni barreaux sciés, ni porte forcée, ni corde retrouvée... Marc Randjel, vingt-sept ans, porté évadé depuis samedi 14 octobre, a quitté la prison des Baumettes, à Marseille, par des moyens encore mystérieux. Les enquêteurs ont d'ores et déjà écarté une première piste, celle d'une fuite à l'issue du match de football qui opposait, samedi après-midi 14 octobre, une équipe de détenus à l'équipe du quartier de Mazargues. Selon l'hypothèse la plus vraisemblable, le détenu aurait réussi à se glisser dans une poubelle. Une seule certitude : Marc Randjel ne se trouve plus dans l'enceinte de la prison, qui a été fouillée de fond en comble.
- Selon les premiers résultats de l'autopsie du corps du général Favreau, repêché, vendredi 13 octobre, dans la Dordogne, l'ancien gouverneur militaire de Paris n'est pas mort noyé. Sud-Ouest dimanche, a affirmé que le général avait été roué de coups avant d'être jeté dans la Dordogne et qu'il était déjà mort au moment de l'immersion ou qu'il a immédiatement succombé à une hydrocution. Pour les enquêteurs, l'hypothèse la plus vraisemblable est celle d'une agression commise par des voleurs de voitures (" pirates de la route ") et qui aurait mal tourné du fait de la résistance que le général aurait opposée aux malfaiteurs.
Le dixième congrès du Syndicat des commissaires et des hauts fonctionnaires de la police nationale, s'est réuni à Saclay (Essonne) du 10 au 13 octobre. Il marque un tournant pour cette organisation qui, depuis 1981, s'est souvent opposée aux gouvernants socialistes, la nouvelle équipe dirigeante faisant le pari de la réforme, du dialogue et de la modernisation. Mr Pierre Joxe est venu dire aux congressistes sa " grandes satisfaction ", après les déclarations du premier ministre sur la sécurité intérieure (le Monde du 11 octobre).
"Désormais, explique Mr Havrin, qui était jusqu'alors directeur départemental des polices urbaines du Lot, nous allons défendre d'abord la police, ensuite l'ensemble des personnels, enfin, et par conséquent, le corps des commissaires. Chefs de service, nous sommes responsables de tout le monde. Même si cela nous coûte, nous devons faire cet effort. Je viens du terrain, et je sais qu'il y a un décalage entre les querelles des états-majors syndicaux et la réalité."
Tournant le dos à l'attitude frileuse de ses prédécesseurs, il n'exclut donc pas des contacts "sereins, sans sectarisme, sans a priori" avec les autres organisations majoritaires, représentant les inspecteurs ou les policiers en tenue. Interrompu depuis près de dix ans, le dialogue pourrait ainsi reprendre avec le Syndicat national autonome des policiers en civil (SNAPC), et surtout avec la Fédération autonome des syndicats de police (FASP).
Quant à la désignation par Mr Michel Rocard, premier ministre, de la police nationale comme "laboratoire de la modernisation du service public", elle reçoit un accueil enthousiaste : "Le labora toire ? On est super d'accord! répond Mr Havrin. Et nous ne voulons pas en être les laborantins, mais les chercheurs, les initiateurs. " A Saclay, ce changement de ton s'est traduit symboliquement par l'absence du commissaire Yves Jobic, dont la défense, il y a encore moins d'un an, avait entrainé le syndicat dans une partie de bras de fer avec le monde judiciaire, et singulièrement avec le Syndicat de la magistrature.
Responsable d'un groupe de travail consacré aux relations complexes nouées par la police, les médias et la justice, Mme Mireille Ballestrazzi assure d'ailleurs que l'affaire Jobic n'y a " pas du tout " été évoquée : " Tout comme le mot " bavure", on l'a laissée de côté ; elle ne peut être considérée que comme une grosse anecdote. " Chef de l'Office central pour la répression des vols d'Óuvres et objets d'art, Mme Ballestrazzi, élue secrétaire aux relations extérieures, fait partie de la nouvelle équipe du syndicat, où l'on remarque également Mr Ange Mancini, chef du RAID, l'unité d'élite de la police nationale. L'une est âgée de trente-cinq ans, l'autre de quarante-cinq, tandis que Mr Havrin approche des quarante-deux ans.
Mais ce sont surtout les idées réformatrices avancées par ce congrès qui illustrent le changement de cap du syndicat. En témoigne un volumineux rapport réalisé sous la direction de Mr Richard Bousquet, délégué de l'Ile-de-France, et intitulé " Dix propositions pour une nouvelle relation police-population ". Partant d'un regard lucide sur " l'image de marque réelle du policier " - " tenue négligée, mauvais accueil dans les commissariats, contraventions injustifiées ", - cette réflexion autocritique voudrait réhabiliter les notions de " solidarité urbaine " et d'" urgence sociale " dans l'action policière.
" Le policier n'est pas seulement un régulateur de la vie sociale, peut-on y lire. Par son action, il contribue à créer ou à renforcer les solidarités sociales. " " Instance de proximité sociale ", la police est au " carrefour de tous les handicaps : l'immigration, la quête d'un premier emploi ou le chômage, l'arriération culturelle, voire l'absence culturelle, etc. ". Cette prise en compte de la fonction d'" alarme " de la sécurité publique face aux " situations d'exclusion sociale " amène les commissaires à mettre en cause aussi bien les conditions de l'accueil fait au public dans les commissariats que la trop faible " association participative des personnels à la gestion du service ".
En découlent des propositions inédites. Ainsi de la création de " comités de concertation ", groupant les " forces vives des commissariats " et les " autorités morales de la cité ", des élus aux associations, qui seraient en quelque sorte " la conscience du commissariat, son forum intérieur " et où la population pourrait exprimer ses griefs à l'encontre de la police. Ainsi également de l'instauration de " cercles de qualité " où les policiers de base pourraient s'exprimer sur " l'amélioration des conditions de travail ", permettant la naissance d'une " véritable culture technique spécifiquement policière ". Ainsi encore des propositions, plus pragmatiques, sur la réorganisation des " espaces d'accueil ", l'écoute attentive des femmes victimes d'agressions sexuelles ou de violences conjugales, ou la possibilité de requérir un hôtelier ou un restaurateur afin d'héberger ou de nourrir une personne en situation de détresse, etc.
Le congrès des commissaires s'est aussi interrogé sur la politique de communication du ministère de l'intérieur ou sur les contraintes du marché unique européen. L'instauration d'une direction de la communication et des relations publiques a été proposée, ainsi que de " journées transparence ", sorte de journées portes ouvertes réservées aux médias. La création d'une direction des relations internationales a été suggérée, accompagnée de la mise en place de " conseillers de sécurité " dans les ambassades.
Autant de démarches qui ne pouvaient que séduire Mr Joxe, partisan depuis 1984 de la modernisation d'une police par trop sous-développée. Dans un minutieux exposé pédagogique de près d'une heure et demie, le ministre de l'intérieur a, cependant, fait comprendre aux commissaires qu'ils n'avaient pas le choix : " Un service public qui n'évolue pas en fonction des besoins de la société, qui ne s'adapte pas, meurt, est remplacé par d'autres. (...) Ceux qui n'adopteront pas cette démarche, par mauvaise volonté ou inaptitude au changement, leur avenir professionnel en sera naturellement fortement influencé. On ne peut pas vouloir diriger un service public sans se diriger dans la direction qui lui a été fixée. "
Celle-ci n'est autre que le " laboratoire " évoqué par Mr Rocard dont Mr Joxe a décliné les objectifs : " revalorisation et rénovation du métier de policier ". Insistant sur " l'extrême avantage que constitue, pour la police, le fait d'avoir un taux de syndicalisation élevé ", le ministre de l'intérieur n'a pas oublié d'annoncer les mesures catégorielles qui, en 1990, accompagneront cet effort de remise en cause et qui, pour les commissaires, concernent aussi bien le logement que l'avancement ou l'ouverture de débouchés vers le corps préfectoral...
Le conseil municipal d'Audun-le-Tiche (Moselle) a réclamé, samedi 14 octobre, la dissolution du Parti national français et européen (PNFE) et de tous les groupuscules néonazis. Cette demande fait suite à l'agression de trois jeunes gens, qui sortaient d'une boite de nuit où s'était produit un groupe punk, par une bande de treize militants néonazis et de sympathisants du PNFE.
Trois membres présumés des Brigades rouges italiennes ont été arrêtés, jeudi 12 octobre, à Maisons-Alfort (Val-de-Marne), après une opération conjointe des policiers de la brigade criminelle et des renseignements généraux de la préfecture de police de Paris.
Né en 1955, Enzo Calvitti était l'objet d'un mandat d'arrêt international émis à Rome le 26 juillet 1982. Sa compagne, Anna Mutini, née en 1956, et Dario Faccio, né en 1959, ont été interpellés en sa compagnie. Ils étaient porteurs de faux documents d'identité. Tous trois ont été présentés, samedi 14 octobre, au juge d'instruction Gilles Rivière, remplaçant le juge Jean-Louis Bruguière actuellement en déplacement en Afrique où il enquête sur l'attentat contre le DC-10d'UTA.
Conformément au mandat italien, Enzo Calvitti a été inculpé d'homicides volontaires, détention et port d'armes. Membre présumé de la direction stratégique des BR, il est accusé par la justice italienne d'avoir participé aux attentats commis en 1981 contre un gardien de prison, un commissaire de police et un ancien directeur de la DIGOS (police politique). Anna Mutini et Dario Faccio ont été inculpés de faux et usage de faux. Ces arrestations font suite à celles, en septembre, de cinq autres brigadistes cachés à Paris (le Monde des 7 et 8 septembre).
Pendant quatre jours, dans le grand forum du Marché international de programmes de communication (MIPCOM), qui s'est achevé le dimanche 15 octobre à Cannes, les télévisions ont annoncé leurs stratégies face à la nouvelle réglementation européenne. Les chaines privées militent toujours pour un marché plus libéral. Sur la défensive, les télévisions publiques cherchent encore les moyens de résister à la concurrence.
Les "transcourants", groupe réunissant depuis quatre ans de jeunes élus appartenant à tous les courants du PS, sauf Socialisme et République, ont élaboré une contribution appelant les socialistes à ne pas faire du congrès de Rennes l'occasion d'un "règlement de comptes". Ils proposent trois thèmes de réflexion : la répartition des points de croissance, la diffusion du pouvoir et l'Europe.
Signée par des fabiusiens (MM Bertrand Gallet et Jean-Yves Le Déaut, députés, respectivement, de l'Eure-et-Loir et de la Meurthe-et-Moselle), des jospinistes (MM François Hollande, député de la Corrèze, Pierre Moscovici, conseiller de Mr Jospin), des mauroyistes (MM Jean-Pierre Balligand et Jean-Yves Le Drian, députés de l'Aisne et du Morbihan, Gérard Weltzer, directeur du cabinet de Mr Mauroy), des rocardiens (MM Bernard Poignant et Jean-Pierre Worms, députés du Finistère et de la Saône-et-Loire, Jean-Pierre Mignard, membre du comité directeur, Manuel Valls, animateur des jeunes rocardiens) et par Mme Ségolène Royal, député des Deux-Sèvres, la contribution des " transcourants " affirme : " Le Parti socialiste s'épuise dans les querelles de clans, les compétitions entre " écuries ", les rivalités de " haras ". Les courants perdent progressivement leur caractère idéologique pour devenir de simples machines à enregistrer des signatures ou des ralliements. Apparaissent même, désormais, des sous-courants, dont l'objectif doit être, sans doute, de préparer des sous-congrès... ".
Les signataires estiment que " la convergence des principaux textes en discussion est mal dissimulée par les conflits, souvent absurdes, mais toujours entretenus pour justifier un éventuel recours aux votes des militants. Et, à l'heure où l'on appelle frénétiquement au débat, les idées disparaissent derrière les rigidités anciennes ou les clivages d'ordre personnel (...). Un congrès du PS n'est pas un règlement de comptes ; c'est un élément de la recherche de notre propre identité. Si confrontation il doit y avoir, convenons qu'elle doit porter sur la nature des transformations sociales à engager ou sur leur rythme plutôt que sur qui doit être candidat à l'élection présidentielle en 1995. "
Sur la répartition des fruits de la croissance, ils écrivent : " Il serait dommage que la totalité des revendications quantitatives pour un meilleur partage nous fasse oublier les autres terrains de la négociation collective. Et, en premier lieu, la durée du temps du travail, seule forme efficace de créations d'emplois en période de croissance modérée et qui favorise en outre une meilleure organisation. De même, un autre élément de la redistribution se situe sur les investissements nouveaux qui pourront être consacrés à l'amélioration des conditions de travail, à l'aménagement du mode de vie (logement, environnement), à la recherche de productions propres ou économes de matières premières. "
Les transcourants jugent " opportune " une révision de la Constitution visant à " redonner au Parlement une plus grande liberté législative, mais surtout à accorder des droits nouveaux aux citoyens dans le contrôle du fonctionnement des grandes institutions ". A propos de l'Europe, ils écrivent : " Le risque d'un centre-Europe neutralisé n'est pas mince. Aussi devons-nous d'abord répondre aux préoccupations allemandes pour réorienter la construction européenne dans un sens plus politique, où les problèmes de défense comme d'écologie devraient être traités prioritairement. "
Invité de l'émission "Sept sur sept" sur TF 1, dimanche 15 octobre, Mr Pierre Bérégovoy, ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et du budget, a déclaré "légitime que le Parti socialiste, non seulement exprime des critiques, mais fasse des propositions" sur le projet de budget pour 1990. Mr Bérégovoy a précisé que son rôle, de même que celui du premier ministre, consiste à faire le tri entre "ce qui est possible" et "ce qui compromettrait la politique économique".
Mr Bérégovoy a rappelé qu'une quatrième tranche doit être créée pour l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et que, en contrepartie de la baisse de l'impôt sur les sociétés pour les bénéfices réinvestis, "les plus-values financières des entreprises (...) pourraient être taxées davantage".
Au sujet du congrès du PS, en mars prochain, Mr Bérégovoy, signataire de la contribution de Mr Laurent Fabius, a déclaré que ce dernier lui "parait représenter une dynamique de rassemblement et de progrès pour le Parti socialiste". "Ce que je souhaite, c'est que, à la fin des fins, tout le monde s'entende, a-t-il dit. On n'est plus en 1979, on est en 1990. Essayons de voir assez loin." Le ministre a ajouté, au sujet de la grève des fonctionnaires des finances, que Mr Michel Charasse, ministre délégué au budget, et lui-même ayant signé la contribution de Mr Fabius, il avait "eu le sentiment" que, s'ils avaient fait chacun un choix différent, ils auraient "divisé les critiques par deux".
Mr Henri Emmanuelli, numéro deux du Parti socialiste, s'interrogeait, de son côté, au "Grand Oral" de Libération et de Pacific-FM, sur les moyens dont dispose le gouvernement pour "agir sur le problème fondamental, qui est celui de la redistribution des revenus".
Mr Emmanuelli a déclaré qu'il est "médiocre de poser les problèmes politiques en termes de personnes". Il a expliqué que, en mai 1988, lors du choix du successeur de Mr Lionel Jospin au poste de premier secrétaire, il avait jugé nécessaire que le PS fût dirigé "par quelqu'un qui ne soit pas présidentiable, de manière à tenir à distance tous les prétendants éventuels". Il a indiqué qu'il n'a pas le "profil de sainte Blandine" et qu'il n'est pas disposé à se "sacrifier" sur l'autel de la réconciliation entre Mr Jospin et Mr Fabius, en renonçant à la place de numéro deux du parti. Il a ajouté : "Je n'estime pas ma personne à un prix tel que tout le congrès doive tourner autour."
Mr Jean Poperen, ministre des relations avec le Parlement, invité du "Forum" de FR 3 et de Radio-Monte-Carlo, dimanche, s'est prononcé sur l'évolution possible du PCF à la suite de la crise du communisme dans les pays de l'Est, en indiquant qu'il n'est "pas trop optimiste" à ce sujet. "Je souhaiterais qu'il y eût un mouvement au sein de cette formation, a dit Mr Poperen, mais je me demande s'il existe encore, à l'intérieur, les ressources pour ce sursaut."
Dans un entretien publié dimanche par le Républicain lorrain, Mr Jean-Pierre Chevènement, ministre de la défense, animateur du courant Socialisme et République au sein du PS, souligne que "M. François Mitterrand n'est la propriété de personne" et que le Parti socialiste "mérite mieux qu'un procès en captation d'héritage". Il estime que le congrès de Rennes doit être l'occasion d'"un grand débat sur l'avenir du pays", susceptible d'intéresser "l'opinion publique tout entière".
Samedi, à Argentan (Orne), Mr Pierre Mauroy, premier secrétaire du PS, avait déclaré inacceptable que "tous ceux qui soutiennent les socialistes et qui les ont portés au gouvernement connaissent la rigueur, alors que tous les autres connaissent la croissance".
Quatre mille personnes selon les organisateurs, deux mille selon la police, ont réclamé samedi 14 octobre, place du Trocadéro à Paris, la levée du "blocus économique" imposé par l'Azerbaidjan à l'Arménie et à la région du Haut-Karabakh, au cours d'un rassemblement auquel participait notamment le chanteur Charles Aznavour.
Le premier ministre yougoslave, Mr Ante Markovic, a qualifié à son retour, dimanche 15 octobre, de " très fructueuse " la visite de travail d'une semaine qu'il vient de faire aux Etats-Unis.
Mr Markovic souhaitait principalement s'assurer un soutien financier de l'ordre de 1 milliard de dollars pour mener à bien son processus de réformes économiques visant à doter la Yougoslavie d'une véritable économie de marché. Le premier ministre, qui s'est entretenu avec le président américain George Bush vendredi dernier, a affirmé à l'issue de cette rencontre que les entreprises américaines devaient profiter des réformes en cours pour investir en Yougoslavie. Mr Bush lui a apporté un " soutien sans réserve ", a-t-il ajouté.
Mr Markovic a également rencontré des représentants du Fonds monétaire international (FMI). Il a indiqué qu'" un cadre de coopération, qui sera élaboré fin octobre à Belgrade, a été mis au point ", en précisant que cet accord " exclut des méthodes administratives ". Mr Markovic s'oppose fermement au blocage des prix et des salaires, mesures généralement prônées par le FMI pour combattre l'inflation, qui a atteint en Yougoslavie plus de 1 000 % l'année dernière.
Le groupe papetier La Rochette a annoncé la semaine passée un quasi-quadruplement de son bénéfice semestriel consolidé (120,5 millions de francs, contre 34,52 millions de francs au premier semestre 1988) et un programme d'investissement de 2 milliards visant à développer sa capacité de production de pâte à papier. Ce programme, que le président de La Rochette, Mr François Blondot, juge " quasi autofinançable ", doit permettre la montée en puissance des unités de production de pâte du groupe, rassemblées dans sa filiale CDRA (La Cellulose du Rhône et d'Aquitaine). La Rochette veut ainsi accroitre sa capacité annuelle de production de pâte de 440 000 tonnes à 600 000 tonnes. 1,5 milliard de francs seront investis dans l'usine de Saint-Gaudens pour lui permettre de " sortir " 320 000 tonnes de pâte l'an (contre 200 000 tonnes actuellement), dont au moins 120 000 tonnes de résineux. L'unité de Tarascon (Bouches-du-Rhône) recevra 350 millions de francs pour sa modernisation qui doit lui permettre de porter à 280 000 tonnes (+ 40 000 tonnes) sa production annuelle.
Au cours des dix derniers jours, son titre, coté à Paris, a fait l'objet de ramassages soutenus, progressant de 18 % en fin de semaine pour s'établir à 180 F le 9 octobre. Mr Blondot a estimé que cette variation était probablement due à " un acheteur voulant réaliser un coup financier ". 40 % du capital de La Rochette sont en circulation sur le marché. Les 60 % restants sont entre les mains du personnel, de Paribas et du Crédit agricole, avec environ 20 % pour chacun.
- Dans la série des commandes géantes qui auront marqué l'année 1989, la compagnie aérienne américaine Northwest Airlines vient d'acquérir quatre-vingt-dix appareils auprès de Boeing, pour un montant total de 5,2 milliards de dollars (33 milliards de francs). Il s'agit de six Boeing 747-400, et de quarante 757 commandés ferme, de quatre Boeing 747-400 et de quarante 757 en option. Les livraisons de ces appareils s'étaleront de 1993 à 1998.
Northwest a été la première compagnie du monde à avoir mis en ligne le nouveau Boeing 747-400 au début de cette année. Elle exploite déjà cinq appareils de ce type et trente-trois Boeing 757.
- Le président de LVMH (Moët Hennessy-Louis Vuitton) vient en effet de céder à Prouvost SA la participation de 27 % qu'il détenait encore dans la Lainière Holding, filiale du groupe Prouvost de Mr Christian Derveloy. Cette cession intervient quelques jours après celle des 21 % que détenait Boussac-Saint Frères dans VEV, le holding du groupe Prouvost. En juillet dernier, Mr Arnault avait déjà vendu les activités industrielles de Boussac-Saint Frères à Prouvost. Moins de cinq ans après avoir repris l'empire Boussac, Mr Arnault s'est donc débarrassé de toutes les activités textiles pour se consacrer exclusivement au luxe et à la distribution. Du groupe constitué par Marcel Boussac, Mr Arnault conserve seulement Christian Dior, Conforama et le Bon Marché.
Mille cinq cents Allemands de l'Est réfugiés à Varsovie devaient être acheminés en RFA par bateau ou par avion à partir de lundi 16 octobre. Un accord est intervenu ce week-end à ce sujet entre les gouvernements polonais et est-allemand. Berlin-Est, qui a accepté de donner aux réfugiés les documents de voyage appropriés pour aller dans le pays de leur choix, souhaitait apparemment cette fois éviter qu'ils ne voyagent en train à travers le territoire est-allemand. Par ailleurs, le flot de réfugiés passant par la Hongrie reste toujours aussi élevé. Près de quatre mille Allemands de l'Est ont emprunté cette voie au cours du week-end pour gagner la Bavière.
Un certain regain de la mobilisation des grévistes était perceptible le lundi 16 octobre dans les usines Peugeot de Mulhouse et de Sochaux, alors que les négociations entre les syndicats et la direction ont repris à 10 heures au siège parisien de PSA. A Mulhouse, près de quatre cents grévistes ont voté la poursuite de l'action, tandis qu'à Sochaux plus de salariés que ces derniers jours ont manifesté dans l'usine (où, pour la première fois depuis le début du conflit, des volontaires ont travaillé samedi matin).
Lundi matin, la direction devait formuler des propositions précises concernant le treizième mois, les bas salaires, et l'intéressement, à l'occasion de la deuxième réunion de négociation. Vendredi, lors de l'ouverture des discussions, elle avait accepté de lever les sanctions à condition qu'aucune entrave à la liberté du travail n'intervienne d'ici au 20 octobre.
La direction a proposé d'inclure les primes liées au poste de travail dans le calcul du treizième mois, ce qui représente de 350 à 800 F par an. Par ailleurs, les absences consécutives à des accidents de travail ou de trajet ne pourront plus réduire le montant du treizièmemois.
- Un double carambolage a eu lieu lundi 16 octobre sur l'autoroute A-6 à 50 kilomètres au nord de Lyon. En fin de matinée, les services de secours avaient déjà dénombré cinq morts et vingt-trois blessés dont plusieurs dans un état très grave. La première collision s'est produite dans un épais brouillard, à 7 h 15 dans le sens Lyon-Paris. Une voiture qui avait pris feu pour une raison inconnue a été heurtée par deux poids lourds provoquant un carambolage mettant en cause quatre autres poids lourds, dont un camion transportant du gaz réfrigéré, et quinze véhicules légers.
Un quart d'heure plus tard, c'est dans le sens Paris-Lyon qu'un accident comparable s'est produit entre deux poids lourds et quatorze voitures.
Le comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé a rendu public, lundi 16 octobre, un avis très attendu concernant la pratique des greffes intra-cérébrales dans le traitement de la maladie de Parkinson. En dépit de quelques résultats positifs qui avaient, semble-t-il, pu être obtenus à l'étranger, le Comité que préside le professeur Jean Bernard estime que ces greffes ne doivent pas être tentées en France. Le Comité a, d'autre part, publié un avis sur le dépistage des toxicomanes dans les entreprises.
On estime que plusieurs centaines de personnes atteintes de la maladie de Parkinson ont, à travers le monde, fait l'objet d'un nouveau traitement expérimental consistant à " greffer " dans une région précise du cerveau des cellules prélevées soit sur le malade lui-même (au niveau des glandes cérébrales) soit à l'intérieur du cerveau d'un fÓtus humain âgé de treize semaines environ. Il s'agit ici, schématiquement, de tenter de corriger grâce à ces greffes cellulaires les troubles souvent très handicapants qui caractérisent cette grave affection dégénérative. Des troubles qui trouvent leur origine dans une anomalie nerveuse cérébrale.
Bien qu'ils soient mis en Óuvre depuis plusieurs années dans différents pays (Mexique, Cuba, Espagne, Suède, Etats Unis, Chine) on ne dispose toujours d'aucune certitude quant à l'efficacité de ce traitement chirurgical. Les informations les plus contradictoires continuent de circuler ; des équipes vantent leurs résultats positifs tandis que de nombreux spécialistes émettent les plus expresses réserves (Le Monde du 18 janvier). " Le Comité a été informé des résultats de ces greffes pratiquées dans plusieurs pays étrangers, peut-on lire dans l'avis. Sauf rares exceptions non confirmées, ces greffes n'ont entrainé que des améliorations minimes généralement transitoires et de surcroit chez une minorité de parkinsoniens seulement. Ces améliorations sont disproportionnées avec le danger que les interventions chirurgicales nécessitées par les transplantations font courir aux malades : fréquentes complications post-opératoires graves, décès ".
En conclusion, le Comité recommande que " pour le moment tout au moins, ces tentatives thérapeutiques ne soient pas entreprises en France ". Il lui parait " qu'il est indispensable de connaitre les résultats des recherches actuellement poursuivies, notamment chez les primates pour savoir si de telles interventions à risques sont éthiquement acceptables ".
Le Comité souligne enfin les dangers inhérents à la nécessité de recourir au tissu embryonnaire " d'autant que l'expérimentation animale a montré que les neurones embryonnaires, pour pouvoir s'insérer dans les structures nerveuses de l'hôte, doivent être greffées à un stade déterminé dans leur développement, ce qui pourrait entrainer des avortements planifiés ".
Même s'il n'a pas force de loi, cet avis coupe court aux projets des équipes qui, en France, souhaitaient, dans un avenir proche, mener ce type d'expériences.
D'autre part, dans un avis rendu public également le 16 octobre sur le dépistage des toxicomanes dans l'entreprise ", le comité national d'éthique se prononce, sous la signature de Mr Pierre Laroque, pour " l'interdiction générale des dépistages systématiques portant sur tous les candidats à l'embauche en ce qui concerne l'usage de la drogue ". Le comité précsise toutefois que, pour certains emplois, un tel dépistage pourra être effectué lorsque l'usage de la drogue peut présenter des risques dans l'exercice de l'activité envisagée. Le comité souligne que le ministère du travail devra prochainement publier la liste des emplois concernés par un tel dépistage.
La libéralisation de l'aviation civile dans la CEE a commencé timidement en décembre 1987. Les Douze sont entrés dans un nouveau débat - très controversé - à l'initiative de la Commission européenne, qui souhaite accélérer le mouvement. Les ministres des transports de la Communauté ont effectué un premier tour de table, le 6 octobre, à Paris. La présidence française a invité à cette occasion les syndicats et les compagnies nationales. Seuls les usagers n'étaient pas représentés.
Les organisations d'usagers de l'aviation n'existent pratiquement pas, notamment en France. A telle enseigne que la Commission européenne veut favoriser la création d'associations, afin de les consulter lors de l'élaboration de la future législation européenne. Les pratiques des compagnies sont tellement hermétiques, voire incohérentes, que cette nécessité devient urgente.
Aéropa (Bruxelles), une des rares organisations européennes d'usagers, a réagi à l'" oubli " de la présidence française. Dans un communiqué elle stigmatise " l'initiative du conseil des Douze, qui est un faux pas révélateur d'un état d'esprit dépassé ". Il est vrai que les gouvernements prêtent avant tout l'oreille aux arguments des compagnies nationales. La difficulté d'UTA à obtenir l'autorisation d'ouvrir de nouvelles routes est significative à cet égard.
La volonté d'Air France, mais aussi de Lufthansa, Iberia ou Alitalia de conserver leur monopole fait que le travail d'éclaircissement attendu depuis deux ans sur la manière dont fonctionne le transport aérien en Europe n'a toujours pas été effectué. Les statistiques de la Commission révèlent par exemple que les prix n'ont pas globalement baissé depuis 1987.
Plus grave encore : qui peut comprendre que, dans les mêmes conditions, le prix du billet d'un Bruxelles-Londres vaut 650 francs et qu'un Paris-Londres coûte 2700 F alors qu'il s'agit de routes comparables? En réalité l'explication est simple : le transport aérien en Europe relève essentiellement d'accords bilatéraux. British Airways ne peut pas baisser ses tarifs pour desservir Paris si elle n'a pas l'accord des autorités françaises.
Autre anomalie symptomatique de l'incohérence actuelle : un Bruxelles-Toulouse vaut 4000 F et un Paris-Toulouse 1400 F. La différence de distance ne justifie pas un tel écart. C'est la tarification internationale, pour la première ligne, qui explique celui-ci.
Les compagnies ne fixent pas un prix correspondant au coût du service. Elles opèrent une compensation entre lignes mais aussi entre catégories de voyageurs. Cette dernière distinction conduit à ce que Mr Pierre Jeandrain, l'animateur d'Aeropa, appelle des " aberrations ".
Tout le monde connait les tarifs réduits accordés lorsqu'on passe la nuit du samedi au dimanche dans le pays de séjour. Il est fréquent de payer moins cher pour un couple que pour une personne seule, même pendant les jours ouvrables. De même, le billet assorti de nuits d'hôtel gratuites (l'ATAP, compagnie portugaise, offre trois nuits) reste à un prix inférieur à une simple place. L'habileté des compagnies à " trouver des trucs " confine parfois à l'absurde. Une des toutes dernières trouvailles est " le vol-camping, qui permet de bénéficier d'un tarif très avantageux; mais de camping, il n'y en a point.
Ces quelques exemples montrent en quoi consiste la politique des compagnies. Les usagers qui sont contraints de se déplacer à des jours précis, pour des raisons professionnelles mais aussi privées - les transporteurs ignorent superbement cette contrainte - paient le prix fort, les autres étant là pour améliorer le taux de remplissage. Quand cette exigence n'est pas satisfaite, il arrive parfois que les entreprises aériennes annulent le vol prévu. Alitalia et Sabena (la compagnie belge) ont déjà effectué ce genre d'opération.
Faire voler les avions au mieux de leur capacité est à juste titre une priorité pour les entreprises. Mais cet objectif a fini par aboutir à des excès. Aujourd'hui, les compagnies européennes font en moyenne une sur-réservation de 25 %. A Bruxelles, on ne connait qu'une compagnie - Maerskm. R., une petite entreprise danoise - qui ne se livre pas à cet exercice. Aussi les passagers dont le départ est retardé parce qu'il n'y a plus de place dans l'avion sont-ils de plus en plus nombreux.
Le problème a pris tellement d'ampleur que la Commission va formuler prochainement des propositions aux Douze afin que les entreprises dédommagent les usagers qui subiront cet inconvénient. Il faut dire que certains voyageurs abusent du fait que la réservation est gratuite et qu'ils ne sont pas pénalisés lorsqu'ils n'annulent pas à temps. Pour être crédibles, les organisations de consommateurs devraient donc, de leur côté, accepter que l'usager acquitte une contrepartie quand il est en tort.
Reste enfin à améliorer la commodité des aéroports. Outre les inconvénients liés à la perte des bagages - qui, dit-on à la Commission, ont été sensiblement réduits - les encombrements et les retards deviennent de moins en moins supportables. Pour Bruxelles, les cent vingt-cinq nouvelles liaisons ouvertes depuis 1987 n'expliquent pas tout : les compagnies nationales très réticentes à modifier leurs habitudes sont également fautives. L'exemple le plus souvent cité est celui de la Lufthansa - plus influente à l'égard de ses autorités, affirment les milieux communautaires, qu'Air France auprès des siennes, - qui veut garder le monopole à Francfort, où sont installés tous ses services centraux, alors que le trafic de Düsseldorf pourrait être développé sans difficulté.
La construction européenne constitue-t-elle une véritable chance pour la presse écrite? A cette question, les trois cents éditeurs, prestataires de services et fonctionnaires de la Communauté, présents à la première journée Presse-Europe organisée dernièrement à Paris par le Syndicat de la presse parisienne (SPP) ont donné une réponse mi-chèvre mi-chou. Il est vrai qu'au gré des huit ateliers consacrés à la construction d'un espace postal européen, à la distribution de la presse en Europe, au statut des journalistes, à la diversité de régimes économiques de la presse etc., la diversité des situations européennes suggérait plus de questions que de réponses et suscitait plus d'inquiétudes que de certitudes.
D'entrée de jeu, Mr Jean Miot, président du SPP, a demandé aux hommes politiques d'" assurer la primauté du droit national " sur une réglementation européenne qui, le cas échéant, pourrait nuire à la liberté de communication, en soulignant " la spécificité du produit presse, reflet de chaque identité nationale ". " Le régime dérogatoire devra être appliqué à la presse quand une décision de la Communauté pourrait remettre en cause son identité et sa mission ", a noté le président du SPP, en indiquant que la voie à suivre était celle " du pragmatisme et de la concertation permanente avec la CEE ".
A propos de la fiscalité de la presse, les éditeurs présents ont à nouveau réitéré leur refus de se voir appliquer le taux de TVA de 4 % à 9 % actuellement proposé par la Commission de Bruxelles. En faisant valoir que huit pays européens sur douze pratiquent un taux de TVA de 0 % à 3 %, ils ont donc manifesté leur préférence pour le taux le plus avantageux qui éviterait d'alourdir encore le prix des journaux, quitte à conserver les taux en vigueur (2,10 % pour la France, par exemple).
Mme Catherine Tasca, ministre délégué à la communication, invitée de cette première journée, a d'ailleurs promis qu'elle défendrait ce taux devant la Commission de Bruxelles. Elle a aussi annoncé le lancement de trois études : l'une portant sur la comparaison des systèmes de distribution de la presse, en France et dans les pays européens; une autre concernant l'incidence de l'évolution des télévisions transfrontières et des satellites sur la réglementation publicitaire et une dernière sur les différents régimes économiques et fiscaux de la presse en Europe.
Enfin, tout en indiquant qu'il faudrait " étudier un jour la question de la concentration au plan communautaire ", le ministre a précisé que l'Europe pouvait " se révéler la bonne dimension pour organiser des espaces de communication libres et pluriels, soutenus par le développement d'entreprises fortes ". Mme Tasca a enfin précisé que si, " les entreprises de presse françaises rencontraient à l'étranger des pratiques discriminantes ", elles devraient en informer le gouvernement.
Un haut fonctionnaire vient d'être chargé par Mr Michel Rocard d'élaborer un projet de Groupement européen d'intérêt économique (GEIE) qui coordonnera, en France, les initiatives d'information européenne d'origine publique.
Comment informer les citoyens des affaires européennes? Ministère des affaires européennes, bureau de représentation de la Commission européenne, du Parlement européen, services du premier ministre... chacun y réfléchit en se lamentant sur l'ampleur et l'urgence de la tâche. Et sans perdre de vue une évidence : inutile de se lancer dans des actions qui feraient double - ou triple - emploi.
D'où l'idée de profiter d'un nouvel instrument de coopération, le GEIE (1), pour mettre en commun idées et moyens. Aux quatre partenaires cités pourraient s'adjoindre d'autres structures (associations d'élus, groupements interprofessionnels, universités, etc.). Le Groupement aura pour mission de coordonner l'ensemble des services d'information européens - publics ou privés - qui disposeraient alors d'un label, après signature d'une convention.
Ce GEIE sera aussi le promoteur d'un grand centre de documentation européen, installé à Paris et particulièrement destiné aux jeunes, étudiants ou non. Outre une salle de consultation et de vente, ce centre, qui pourrait faire partie d'un " Espace Europe-Ile-de-France ", devrait comprendre un bureau de renseignements par téléphone. Son ouverture, comme la création du GEIE, est prévue pour 1990.
Mardi 17 octobre : le président de la Commission européenne, Mr Jacques Delors, doit prononcer l'allocution d'ouverture de l'année académique du Collège de Bruges, tâche dévolue l'an dernier à Mme Margaret Thatcher, dont le discours a fait date.
Jeudi 19 : rencontre de MM François Mitterrand et Jacques Delors à Paris.
Du lundi 23 au vendredi 27 : session budgétaire au Parlement européen, à Strasbourg. En tant que président de la Communauté, Mr Mitterrand prononcera un discours devant les parlementaires le 25.
- Après la décision du gouvernement canadien de bloquer l'OPA de Mérieux sur Connaught (le Monde daté 15-16 octobre), Mr Alain Mérieux, PDG de l'Institut lyonnais, a déclaré samedi 14 octobre que l'offre deposée le 28 septembre au prix de 37 dollars canadiens " reste ouverte jusqu'à la fin des négociations avec le ministre ". Mérieux, qui dispose de trente jours pour faire une autre offre, a souligné qu'il avait donné des garanties sur le maintien et le développement des activités de recherche au Canada et proposé de construire, d'ici cinq à sept ans, un centre de biotechnologie dans l'Ontario.
Comme chaque année à l'automne, la Journée mondiale de l'alimentation organisée à l'appel de la FAO - Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture - a rassemblé lundi 16 octobre tous ceux que préoccupe la faim dans le monde. Quelques heures de réflexion sur un phénomène qui frappe à chaque instant son contingent d'humains : on peut dire que les " metteurs en voix " de cette manifestation n'abusent pas d'une scène médiatique, d'ailleurs peu réceptive à leur endroit.
Cette année, en France, c'est à l'Arche de la Défense, peut-être pour y réparer le rendez-vous manqué du tiers-monde au dernier sommet des grands, qu'on doit parler de la faim. Depuis la mise en place du système des Nations unies en 1945, sur les fragiles fondations de la paix retrouvée, ce thème revient aux lèvres des dirigeants comme une incantation : la faim des hommes est une menace pour la paix du monde. Au Biafra des années 60 répondent l'Ethiopie, le Soudan, les Philippines des années 80. Désolante continuité. Malgré les mobilisations générales, les appels à la générosité, la prolifération des grands et microprojets de développement, la pauvreté est une vis sans fin qui reproduit sous d'autres noms et d'autres lieux ses petits Biafra.
Dans son ouvrage la Crise des Nations unies (1) le professeur Pierre de Semarclens se livre à une critique désabusée d'un système qui ne sait offrir que du papier : " La vie internationale, écrit-il, n'est pas affectée par les travaux, les résolutions ou même les programmes des Nations unies. En 1982, elles ont produit 700 millions de pages de documents et 29 000 heures de réunions sans infléchir le sens de la politique mondiale. " A propos des débats de la commission chargée des affaires économiques et sociales, il rappelle que en 1986, la montagne de papier utilisé n'a " quasi contribué en rien au développement. Les sommes consacrées à la préparation de la documentation qui se chiffrent en millions de dollars auraient permis de prêter assistance à plus de 80 000 enfants pendant un an ".
Tant de moyens employés pour si peu de résultats, voilà qui donne prise aux idées radicales. Celles, ultralibérales, de partisans d'une mise à bas des Nations unies et de leurs ramifications (FAO, UNESCO). Celles de la gauche extrême qui voit dans le spectacle de la faim une entreprise sciemment organisée par les grandes puissances : le complot d'une internationale des riches pour que croisse et se multiplie la pauvreté, lot quotidien du quart de l'humanité. Jeter l'éponge ou jeter la suspicion pour s'abstenir d'aider ou de réfléchir ?
On sent poindre le découragement et déjà l'intolérance devant cette faim qui prend toujours de court les meilleures volontés réduites à l'impuissance. Il est bien sûr plus aisé d'inviter les affamés à "se prendre en main", de suggérer qu'ils sont les premiers responsables de leur sort.
Depuis trente ans, trop d'Etats en voie de développement ont certes sacrifié leur agriculture vivrière aux chimères des cultures de rente, le cacao, le café, l'arachide ou le coton - sans parler de la coca et du cannabis, mais pour le profit de qui ? Les mirages de l'industrialisation et de l'enrichissement rapide par la spéculation ont détourné des peuples entiers d'une priorité pourtant élémentaire, l'autosuffisance alimentaire. Nourrir les siens est le premier des devoirs comme le premier des orgueils. L'Afrique, mais aussi la Chine, l'Inde ou le Bangladesh sont encore loin du compte. La Journée mondiale de l'alimentation rappelle ces données tour à tour pour que jamais la faim ne se banalise. Une sorte de prise de conscience minimale insuffisante. Comme tous les cris d'alarme.
Estimant nécessaire que la Normandie soit reliée non seulement à Paris dans de bonnes conditions, mais aussi aux capitales européennes par la future gare de TGV de Roissy, Mr Laurent Fabius, président de l'Assemblée nationale, député de Seine-Maritime, propose de contourner les hésitations de la SNCF à l'égard d'un TGV normand en créant des sociétés d'économie mixte qui obtiendraient la concession des lignes de TGV.
Selon l'entourage de Mr Fabius, l'affaire est en bonne voie : " Il a obtenu des garanties ", a confié un de ses conseillers. Dans son esprit, la société concessionnaire pourrait avoir comme base les collectivités territoriales concernées et se financer par l'émission d'un emprunt régional spécifique.
Le samedi 14 octobre, le syndicat FO du Trésor public a appelé, à partir de lundi, au " blocage total " des vingt-huit centres informatiques, de la comptabilité publique qui encaissent les recettes et règlent les dépenses de l'Etat, dont le paiement des traitements et des pensions des fonctionnaires. Selon ce syndicat, vingt-quatre de ces centres, qui emploient au total mille six cents agents, étaient bloqués vendredi.
FO veut ainsi protester contre la décision de Mr Bérégovoy de " retenir les journées de grève des agents des finances sur la paie du mois d'octobre ". De son côté, la CGT a proposé, au contraire, que les paies continuent d'être assurées sous la responsabilité exclusive des grévistes, proposition qui, selon l'Humanité de lundi, a déjà été approuvée par la " grande majorité " des agents informaticiens.
Intervenant dimanche sur TF 1, Mr Pierre Bérégovoy a assuré qu'il ne comprenait pas la " surprise " à propos des retenues pour faits de grève : " Il est clair que lorsqu'on fait grève on n'est pas payé. " " Je ne laisserai pas se dégrader l'autorité de l'Etat, a ajouté le ministre de l'économie : Oui à la négociation, non au maximalisme et également non, avec la plus extrême fermeté, à la violence contre les personnes et l'outil de travail. " " Discutons, a poursuivi Mr Bérégovoy, mais avec la volonté d'aboutir et non pas avec des méthodes qui compromettent l'outil de travail. Avec un peu de bonne foi réciproque, on peut trouver un accord à condition de bien distinguer les revendications des personnels des finances des autres revendications de la fonction publique. "
Le ministre des finances a adopté depuis plusieurs jours une attitude de fermeté. En liaison avec le ministère de l'intérieur, il a fait évacuer par les forces de l'ordre plusieurs bâtiments administratifs (centre informatique des douanes à Osny, en région parisienne, gare routière de Rungis, zones de fret de Roissy, direction des statistiques du commerce extérieur à Toulouse, direction interrégionale de Marseille...). Quant aux syndicats, ils multiplient les piquets de grève, préparent une nouvelle manifestation nationale pour jeudi à Paris et menacent ouvertement, comme le Syndicat autonome des impôts (SNUI), de révéler " certaines informations à leurs concitoyens, notamment les dégrèvements particuliers signés par tout ministre du budget. "L'ambiance est malsaine", résume un haut fonctionnaire du Quai de Bercy.
Dans ce contexte, la position de Mr Bérégovoy est inconfortable. Soucieux de ne pas céder aux revendications des grévistes - ce qui, selon lui, aboutirait à remettre en cause les fondements de sa politique économique, - il est néanmoins disposé à recevoir les syndicats séparément, espérant ainsi que les plus conciliants se révéleraient plus ouverts au compromis. Le ministre pourrait ainsi faire miroiter quelques avantages catégoriels, comme l'intégration de certaines primes dans le calcul de la retraite des fonctionnaires (une proposition qui suscite de vives réticences à l'Hôtel Matignon).
Mr Bérégovoy est également pressé par les parlementaires socialistes, dont les permanences reçoivent systématiquement la visite de syndicalistes des finances, fort bien organisés sur ce plan.
Constatant que la mobilisation de leurs troupes ne se dément pas, les syndicats continuent de réclamer une revalorisation générale des traitements de 700 F au minimum, même si certains, comme Force ouvrière, se satisferaient d'une mesure non indiciaire, à condition qu'elle soit "significative". Convaincus que le rapport de forces leur est favorable, ils ne croient guère au recours à des moyens coercitifs (mises en demeure, réquisitions), mais ils doivent aussi constater que la menace qu'ils brandissent de "paralyser la machine administrative" parait exagérée. En dépit du manque à gagner sur les recettes de l'Etat (de 15 à 20 milliards de francs de TVA sont bloqués), qui pourrait contraindre le gouvernement à accroitre ses émissions de bons du Trésor, les pouvoirs publics considèrent avoir les moyens de faire face. Combien de temps ?
Mauvais cru pour l'électronique européenne, dont les positions commerciales ont continué de se dégrader l'an passé : en deux ans, son déficit a plus que doublé, pour se creuser à 33 milliards de dollars (plus de 210 milliards de francs). Aucune amélioration notable n'est à attendre puisqu'il devrait atteindre 50 milliards de dollars en 1994, selon l'Electronics International Corporation (EIC).
Plus que jamais, l'électronique européenne est sous influence, face à l'irrésistible poussée du Japon et à un certain redressement américain. Elle perd sur tous les fronts : en termes de production, d'abord, puisque sa place sur l'échiquier mondial régresse lentement (22 % en 1989, contre 26 % en 1980), au profit d'un Japon qui l'a battue à plates coutures (il fournit 27% de la production mondiale contre 15 % au début de la décennie). En termes commerciaux ensuite : à peine déficitaires en 1979, les échanges du Vieux Continent s'effondrent depuis 1986.
Aujourd'hui, ses exportations ne couvrent plus que 32 % de ses importations avec les Etats-Unis et 5 % seulement avec le Japon, note l'EIC. Et ses excédents avec le reste du monde se réduisent comme peau de chagrin. Déficitaire en 1988 pour la première fois de son histoire dans les matériels de télécommunications, l'Europe n'affiche plus désormais d'excédents que dans trois métiers - les mesures-instrumentations, l'électronique médicale et les matériels professionnels, - qui représentent, ensemble, moins de 20% du marché européen de l'électronique. Les huit autres secteurs sont déficitaires.
Les Etats-Unis, sérieusement déficitaires pour la première fois en 1984, ont réussi à stabiliser leur solde en 1987 et à le réduire à 5,2 milliards de dollars l'an passé, grâce à l'excédent de plus en plus confortable qu'ils dégagent avec l'Europe (17,25 milliards de dollars en 1988, contre 13,67 milliards de dollars en 1987). Contrairement à l'Europe, qui aggrave de 5 milliards de dollars en un an son déficit avec le Japon, les Etats-Unis ont réussi à stabiliser leur solde négatif avec ce pays (à 22 milliards de dollars), aidés par la pause du yen.
Sauf bouleversement de la donne actuelle, le surplus commercial du Japon devrait bondir en 1994 à 93 milliards de dollars. Pour mémoire, il n'était que de 13,2 milliards en 1979. Mais les Etats-Unis, qui ne cessent de voir leur position se dégrader vis-à-vis des Japonais, n'en restent pas moins des acteurs extrêmement puissants sur l'échiquier électronique : parmi les dix-sept firmes détenant plus de 1% du marché mondial, huit sont américaines, six japonaises et trois européennes (Philips, Siemens et Thomson).
Président de l'EIC, Mr Abel Farnoux, chargé de mission auprès de Mme Edith Cresson, ministre des affaires européennes, estime que la situation n'est pas irréversible pour l'Europe dans trois secteurs : le grand public, les télécommunications et le matériel professionnel. En revanche, il se montre infiniment plus inquiet sur la situation de l'informatique européenne : " Elle ne couvre plus que 71 % de son marché, alors même qu'une part très importante est réalisée par des firmes américaines implantées sur son sol " (IBM, DEC, Hewlett-Packard...),note-t-il.
Dans ce secteur, le déficit commercial s'est aggravé (de 12 milliards de dollars en 1987 à 17 milliards en 1988) et l'Europe ne couvre ses importations qu'à hauteur de 17 % avec les Etats-Unis et 4 % avec le Japon. Présente dans les gros ordinateurs, elle n'a pas su prendre le virage des mini- et surtout des micro-ordinateurs, et se fait battre sur les périphériques, trois secteurs qui représentent les deux tiers du chiffre d'affaires total de l'informatique. Elle paie aujourd'hui le prix de son erreur industrielle.
Depuis cet été, Radio-France Internationale (RFI) est relayée en partie par la station FM de New-York WNYE, qui appartient au Board of Education de la ville. En novembre, les programmes en français de RFI atteindront quatre heures journalières, le matin entre 6 h 30 et 8 h 30, le soir après 23 h. Un émetteur sur l'Empire State Building permet une bonne réception dans l'agglomération, sur la fréquence 91,5 MHz. RFI souhaite développer dans d'autres villes nord-américaines des accords du même type ; le programme mondial en français de RFI est déjà repris en partie sur les réseaux câblés abonnés au réseau de télévision universitaire Scola.
Les pionniers de la télévision par satellite peuvent aujourd'hui en témoigner : le public européen ne forme pas une vraie communauté. L'Europe n'est pas devenu village. Et le village, marché. Il n'est plus que quelques rêveurs fortunés dans les couloirs du MIPCOM pour croire encore au triomphe rapide des télévision pan-européennes, inondant une communauté homogène de plus de trois cents millions d'âmes...
Rupert Murdoch, qui était parti le premier à la conquête de l'Europe en lançant dans son ciel Sky-Channel, a perdu entre 1983 et 1988 plus de 500 millions de francs, décidant donc en 1989, d'effectuer un repli stratégique sur la Grande-Bretagne. Montées sur le satellite Astra en février dernier, ses nouvelles chaines thématiques consacrées au cinéma, à l'information et au sport, affichent encore des pertes record.
Richard Branson, le brillant PDG de Virgin, sait lui aussi ce qu'il en coûte aux entrepreneurs trop pressés ou trop confiants dans la télévision européenne. Son rêve de télévision musicale - Music Box - s'est évanoui, fondu dans l'entreprise Super-Channel au format plus généraliste, qui a fait perdre à ses actionnaires plus de 300 millions de francs en dix-huit mois, avant d'être cédée, in extremis, à la compagnie Beta TV appartenant à la famille Marcucci. Forte de la réussite de Videomusic en Italie, celle-ci a totalement restructuré la chaine et réduit ses ambitions publicitaires, consciente de jouer encore les défricheurs.
"C'est une question de foi", répète inlassablement Marialina Marcussi, sa directrice, à la presse professionnelle anglo-saxonne, sceptique pourtant sur ses chances de réussite. "Ma démarche est totalement différente de celle d'entrepreneurs, comme Berlusconi, qui veulent conquérir l'Europe en investissant dans des chaines nationales, marché par marché. Moi, je ne m'attaque pas à ces chaines. Je veux juste les compléter. Et apporter une réponse idéale aux annonceurs désireux d'atteindre une même tranche de public sur tout le territoire européen."
L'ennui, c'est que, justement, les annonceurs n'affluent guère sur Super-Channel comme sur toutes les autres chaines partageant son ambition. Peu nombreux, à vrai dire, sont encore les annonceurs capables de s'adresser immédiatement - et dans un même message - au public européen : quelques américains comme Coca-Cola ou McDonald, quelques japonais à l'image de Sony ou Canon, une poignée d'européens (de Benetton à Nestlé)... Les autres, confrontés à des problèmes de stratégiede communication différente dans chacun des pays, ne sont pas prêts à diffuser simultanément un même spot. Le réservoir potentiel de publicité européenne ne dépasserait donc pas, selon les experts, 5 % à 10% du total des investissements publicitaires à la télévision.
Encore faudrait-il que les chaines puissent revendiquer une audience significative ; qu'elles dépassent les problèmes techniques (liés à la lente pénétration du câble en Europe et à son manque d'attractivité), les différences de style et de rythme de vie (les Anglais se couchent à l'heure où les Espagnols prennent l'apéritif), de culture (les Allemands sont réputés imperméables à l'humour méridional) et, surtout, les barrières linguistiques... " Tout ou presque sépare les Européens, commente Pascal Josèphe, vice-président de Carat TV. Les chaines pan-européennes seront donc thématiques (sport, musique...) ou ne seront pas. " De quoi calmer les utopies.
Mais l'Europe n'est pas figée pour autant. Entre la dimension pan-européenne et le cadre strictement national, les télévisions, pragmatiques ont déjà dessiné discrètement d'autres frontières autour des communautés linguistiques et culturelles. Quatre marchés apparaissent : l'allemand, le plus grand, qui s'étend sur la RFA, la RDA, l'Autriche, la Suisse... et qui réunit ainsi 90 millions d'individus ; le français (France, Wallonie, Suisse) et l'anglais (Grande-Bretagne et Irlande) qui rassemblent chacun plus de soixante millions d'âmes. L'italien, enfin (57 millions), qui grignote la Suisse. Ce sont ces nouvelles frontières que découvrent, aujourd'hui, les grandes télévisions européennes.
" La directive et ses quotas privilégient le cadre communautaire, remarque ainsi le Dr Walter Konrad de la ZDF, la grande chaine publique d'Allemagne fédérale. Mais nos partenaires naturels s'appellent la RDA, l'Autriche et la Suisse alémanique qui, pourtant, n'appartiennent pas à la CEE ! " Ses concurrentes privées, RTL-Plus et Sat-1, ne sont pas en reste, qui sont déjà reçues dans tous les foyers câblés de Vienne, Salzbourg ou Zurich. Et en Wallonie ainsi qu'à Bruxelles, c'est TF 1 qui joue des coudes pour gagner des parts de marché, elle qui y fidélise déjà 20 % des francophones.
Jusqu'à présent, les grandes chaines n'avaient guère cherché à " rentabiliser " le surcroit de télé- spectateurs, offert comme " bonus " à des annonceurs qui ne déboursaient pas un sou pour ces audiences d'au-delà des frontières. Mais aujourd'hui que la concurrence se fait plus vive, les télévisions leaders évaluent attentivement ces " gisements " de recettes potentielles supplémentaires. Et cet appétit soudain sonne pour les petites chaines comme un signal d'alarme. Quelles ressources leur restera-t-il demain, si de grands prédateurs viennent chasser sur leurs terres ? Comment lutter contre ces adversaires qui disposent de trois, quatre ou cinq fois plus de moyens ? Qui peuvent acheter au prix fort, films, séries et retransmissions sportives ? A Berne et à Bruxelles - où les ambitions de TF1 ont provoqué, vendredi 13 octobre, un véritable conseil de guerre - les gouvernants partagent la même inquiétude. Qu'adviendra-t-il quand Belges et Suisses ne regarderont plus que des télévisions étrangères ? L'identité nationale y résistera-t-elle ?
" Ne dramatisons pas, assure pourtant un professionnel. Toujours et partout, le public plébiscite la chaine qui lui est plus familière. Les informations nationales sont de loin préférées à toutes autres et, à qualité égale, la fiction locale emporte toujours la palme. Le téléspectateur ne se laisse détourner que pour aller picorer un grand show de variétés ou un programme de prestige que, seule, une chaine plus riche peut lui offrir. " Les deux programmes publics irlandais tiennent tête à leurs quatre concurrents britanniques, parfaitement reçus pourtant dans l'ile ; la Télévision suisse romande tient à bonne distance TF1 ; et ses homologues alémanique et tessinois font la nique sur leurs territoires respectifs aux premières chaines allemande et italienne. " Une même langue ne gomme pas les différences culturelles. Même pour un match de football, le public préfère s'identifier à un visage connu qui partage... les mêmes préjugés ! "
Face à un secteur public qui resserre les rangs, les grandes chaines privées cherchent à asseoir leur légitimité et se sont dotées d'un groupe de pression au niveau européen. Le 14 octobre, au MIPCOM, la conférence de presse de l'Association des télévisions commerciales (ACT), fondée fin juin à Bruxelles, précédait de peu les déclarations de rentrée des télévisions publiques françaises. Le matin, MM Patrick Le Lay (TF1), Silvio Berlusconi, Richard Dunn (ITV), Werner Klatten (Sat 1) et Jean Stock (CLT) venaient dénoncer la " mentalité provinciale " des autorités européennes et nationales, si promptes à réglementer une industrie qui a besoin de " liberté ".
L'après-midi, un super-PDG, Mr Philippe Guilhaume, venait clamer... " son respect de la loi, de l'esprit de la loi et rien que la loi ". Et pourtant, samedi 14 octobre, le matin comme l'après-midi, il ne fut question que de " l'entreprise-télévision ".
Revendiquant une " légitimité culturelle et économique ", les diffuseurs privés ont demandé aux pouvoirs publics de " laisser jouer la loi du marché ", seule façon, selon eux, de créer une industrie européenne de programmes. Non aux quotas qui ne servent qu'à gonfler artificiellement la quantité au détriment de la qualité ; non aux subventions et aides nationales qui atonisent le marché ; non aux restrictions sur la publicité : " les entreprises ne peuvent travailler avec des contraintes absurdes ", a clamé haut et fort Mr Le Lay, en soulignant que " la concurrence n'attire vers le bas " aucune activité industrielle.
Sa légitimité, Philippe Guilhaume n'en a jamais douté, qui est apparu plus président unique que jamais, entouré de ce qu'un ministre a qualifié, en privé, de " curieux attelage dont on peut tout attendre, même le meilleur " : ses deux directeurs généraux - Dominique Alduy et Jean-Michel Gaillard - et ses deux responsables des programmes - Jean-Marie Cavada et Eve Ruggieri.
Le président d'A2 et de FR3 a livré son diagnostic et ses médications. Le diagnostic ? Des chaines - gérées comme des administrations - qui n'ont pas supporté l'irruption du privé. Les médications ? D'abord une bonne complémentarité des programmes qui devrait permettre aux chaines d'atteindre, dans trois ans, 40 % à 45 % de l'audience. Les premiers réglages de grille, a promis Jean-Marie Cavada, interviendront dès le 10 novembre, avec la programmation " de Thalassa " à 20 h 30 sur FR3, face à une fiction sur A2, Apostrophes, devant elle-même affronter une heure plus tard, le feuilleton " Arsène Lupin ".
Les actualités régionales seront leur apparition le dimanche, au 1er janvier, sur FR3, rebaptisée " chaine de l'information " jusqu'à 20 heures, puis " chaine des audiences spécifiques ". Côté production, le super-PDG, très ferme à l'égard du secteur privé, a affirmé que, à " qualité et prix comparables ", priorité serait donnée au secteur public de prestation audiovisuelle (SFP et FR3), " l'investissement artistique " demeurant, lui, soumis à toutes les concurrences.
Au total, ni grand dessein, ni remède miracle mais un discours encore très général et déjà cent fois répété. Déconcerté et frustré, le personnel, venu nombreux à la conférence de presse, faisait sienne l'introduction du président Guilhaume, tirée du onzième Conte de Canterbury : " Ils ne savaient point où ils étaient, ils ne savaient pas où ils allaient, et, cependant, ils discutaient inlassablement de l'itinéraire "...
Malade, oui, malade. C'est Patrick Le Lay qui avait prévenu l'assistance, laquelle avait senti que quelque chose clochait. La mise élégante mais le regard éteint, Silvio Berlusconi avait oublié de sourire et s'épongeait un front anormalement luisant. La star ainsi hors jeu, la conférence du MIPCON s'annonçait ennuyeuse. Elle le fut mortellement. "Sua Emittenza" ne pouvait tolérer cela. Mr Berlusconi, qu'une partie de bras de fer oppose, aux côtés de Mr Jérôme Seydoux, à Mr Robert Hersant pour le contrôle de la 5, a accepté de répondre à quelques questions. " Un diagnostic sur la 5 ?
- Elle connait un succès d'audience extraordinaire, qui surprend même les Américains. Mais vous connaissez ses résultats économiques... Ils plaident pour un changement à l'intérieur de la chaine. Un changement dans l'harmonie. J'en ai encore l'espoir.
- Quelle stratégie allez-vous adopter ?
- Ne me faites pas parler sur la 5. C'est le juge, maintenant, qui parlera.
- Seriez-vous prêt à négocier avec Mr Hersant ?
- Il faut que nous trouvions à tout prix une sortie logique dans l'intérêt de la société. Il est évident qu'on ne peut pas continuer comme cela. La 5 doit très vite dégager des profits.
- Quel rôle, aujourd'hui, voudriez-vous y jouer ?
- Je voudrais intervenir dans la publicité mais... ce n'est pas une question d'actualité. Je n'ai aucune revendication de présence active. Ce dont je suis sûr, c'est de vouloir rester en France... et dans la 5.
- La 5 n'a guère donné l'exemple en matière de production.
- C'est parce qu'il faut de l'argent pour produire ! Il faut une entreprise saine et profitable ! Et pas cet ensemble inoui de contraintes imposées par les autorités françaises et maintenant européennes - vous voyez, je ne mets pas tout sur le compte des fautes de gestion ! - dans un environnement tracassier.
- Un environnement et des contraintes que vous avez acceptés librement...
- Nous n'avions pas le choix ! La première concession nous avait dispensés de ces contraintes. La compétition ridicule organisée la seconde fois imposait de souscrire tous les engagements possibles pour garder la chaine.
- Vous preniez donc un risque...
- Sans doute, mais nous étions persuadés qu'il y aurait des possibilités d'arrangement et qu'on se montrerait compréhensif. Tout le monde sait pertinemment que nos charges sont impossibles à tenir. Qu'aurait fait n'importe quelle jeune chaine en voyant que le prix d'achat d'une fiction américaine est dix à vingt fois moins élevé que le coût de production d'une fiction française ?
- Avec ce type de raisonnement, la production française devait déjà être morte...
- Au contraire !Car il est de l'intérêt des chaines, dès qu'elles en ont les moyens, d'investir dans la production. A qualité égale, un produit national triomphe toujours sur un produit étranger. Sur ma " 5 " italienne, j'ai supprimé en prime-time tous les produits américains - sauf Dallas, qui arrive en bout de course, et je n'ai acheté cette année à Hollywood que cinq programmes contre quarante habituellement.
- Les Américains ont donc bien raison de se faire du souci !
- Oui, mais pour des raisons autres que les concepts archaiques de la CEE. Je n'ai pas eu besoin de quotas pour devenir le premier producteur TV d'Italie. Il a suffi de faire confiance au marché.
- Vos investissements en France n'ont guère prospéré en quatre ans. N'êtes-vous pas dépité, écÓuré ?
- Jamais. Je suis un amant repoussé mais un amant fidèle. "
L'ancien premier ministre socialiste grec, Mr Andréas Papandréou, est arrivé, dimanche 15 octobre, à Paris, alors que son parti (Pasok) donnait le coup d'envoi de sa campagne électorale en vue des législatives du 5 novembre. Ce voyage imprévu est "une grosse surprise", selon Mr Laliotis, membre du comité exécutif du PASOK. L'agence grecque ANA a indiqué que Mr Papandréou devrait avoir des entretiens avec le président François Mitterrand, avant de regagner Athènes, mardi.
Quinze extrémistes islamistes, déjà condamnés par la Cour de sûreté de l'Etat il y a deux ans, ont comparu dimanche 15 octobre devant la cour d'assise de Blida, à une cinquantaine de kilomètres au sud d'Alger.
Leur pourvoi en cassation, accepté par la Cour suprême, et la suppression de la Cour de sûreté au mois d'avril dernier les ont conduits devant cette juridiction civile ordinaire. Leurs défenseurs, parmi lesquels figurait Me Abdenour Ali-Yahia, président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (LADDH), ont joué l'incompétence du tribunal à statuer en matière de délits politiques et d'opinion. Ils ont eu gain de cause. La cour ayant renvoyé l'affaire, le ministère public devra se ressaisir du dossier, le présenter différemment et le transmettre à la Cour suprême, qui devrait rendre un arrêt de renvoi devant... le tribunal de Blida.
Dès les premières heures de la matinée, plusieurs centaines d'intégristes s'étaient massés aux abords du palais de justice, parfaitement encadrés par le service d'ordre du Front islamique du salut (FIS), dont les membres arboraient un brassard bordé de vert sur leurs djellabas blanches. Les forces de police,très discrètes en ville,contrôlaient strictement les artères bordant le tribunal. A l'intérieur, dans une salle d'audience exiguë, se pressaient une trentaine d'avocats, les témoins, les jurés, une vingtaine de journalistes, quatre gendarmes armés de kalachnikovs, de nombreux policiers en uniforme et en civil et les responsables du FIS, MM Abbassi Madani et Ali Belhadj, le jeune prédicateur des mosquées de Kouba et de Bab-el-Oued. Dès l'entrée des quinze activistes islamistes - dont trois sont condamnés à la peine capitale, quatre à la réclusion perpétuelle et les autres à vingt ans d'emprisonnement, - le cheikh Belhadj s'entretenait avec eux dans une atmosphère plutôt bon enfant.
Aucun des accusés, pas plus que les représentants du FIS, ne se levaient à l'entrée de la cour. Les magistrats firent comme s'ils n'avaient rien vu. Une bataille de procédure s'enclencha. Oui ou non, ces islamistes compagnons de Mustapha Bouyali, tué par les forces de l'ordre le 3 janvier 1987 après une longue traque de deux ans, doivent-ils être considérés comme des " politiques ". Oui, prétendent les avocats en réfutant les jurisprudences étrangères, et particulièrement françaises, invoquées par le procureur général, qui pourtant leur servaient de référence dans leurs plaidoieries devant la Cour de sûreté de l'Etat avant sa suppression. Non, affirme le ministère public, arguant du " critère objectif " qui est " l'atteinte à la personne, à l'intégrité physique et à l'intégrité des biens ". Après une courte délibération en fin d'après-midi, la cour a tranché en renvoyant l'affaire sine die. Peut-être était-ce plus sage. Les responsables du FIS avaient clairement expliqué aux avocats de la défense leur détermination à ne pas laisser le procès aller à son terme si le tribunal s'obstinait à vouloir juger.
Reste à savoir pourquoi les autorités judiciaires et politiques ont pris le risque de faire venir cette affaire en assise, dans un climat social plutôt précaire. Il n'est pas exclu que le président de la République veuille, à l'occasion du trente-cinquième anniversaire du 1er novembre 1954, jouer de sa grâce présidentielle pour libérer la cinquantaine de détenus, considérés comme " politiques ", qui restent encore dans les geôles algériennes. Encore faut-il pour celà que des décisions définitives de justice aient été rendues, ce qui n'est toujours pas le cas pour les quinze intégristes condamnés en 1987, et dont l'affaire vient d'être renvoyée.
Installé dans une somptueuse villa à Roquebrune-Cap-Martin, le président Mobutu poursuit les consultations sur l'Angola qu'il a entamées le 13 octore, en recevant Mr Pedro de Castro van Dunem, ministre des affaires étrangères du gouvernement de Luanda. Le plus grand secret a présidé, dimanche 15 octobre, à ses entretiens avec MM Jonas Savimbi, chef de l'UNITA, et Herman Cohen, secrétaire d'Etat adjoint, chargé des affaires africaines à Washington. Mr Savimbi aurait dit qu'il " faisait confiance " au médiateur, selon une source zairoise. Les deux hôtes de Mr Mobutu n'ont fait aucune déclaration avant de partir pour Paris, où ils resteront quelques jours et rencontreront la presse.
La troisième phase de ces consultations devait avoir lieu lundi avec un entretien entre le président zairois et Mr Pik Botha, ministre sud-africain des affaires étrangères, qui fait une escale en France avant de se rendre en Suisse. A son arrivée à Paris, celui-ci a déclaré être venu en Europe " pour être disponible, en arrière-plan, dans le cas où la contribution sud-africaine serait demandée par le président Mobutu ou toute partie angolaise ".
Comme les Américains, les Sud-Africains pourraient être invités par Mr Mobutu à faire pression sur leur protégé de l'UNITA pour qu'il ait une attitude plus souple que celle qu'il avait adoptée après une première entremise du chef de l'Etat zairois, qui lui avait fait rencontrer Mr Jose Eduardo Dos Santos, le président angolais, lors d'un sommet africain à Gbadolite, au Zaire, le 22 juin. Tous les efforts de Mr Mobutu visent à dissiper " les malentendus " apparus après la poignée de main " historique " alors échangée entre les deux adversaires de la guerre civile qui ravage l'Angola depuis l'indépendance.
Trois trafiquants de drogue colombiens ont été extradés vers les Etats-Unis et un quatrième vers le Canada. L'avion transportant Bernardo Pelaez Roldan, Roberto Peter Carlini et Ana Rodriguez de Tamayo s'est posé samedi 14 octobre à Miami. Richard Howle, réclamé par la justice du Canada, est arrivé vendredi à Montréal. Un premier trafiquant, Eduardo Martinez Romero, avait déjà été extradé le 6 septembre dernier et se trouve actuellement incarcéré à Atlanta en Georgie.
Les autorités américaines ont indiqué qu'elles allaient demander que deux autres responsables du trafic de drogue, José Rafael Silva et Manuel Palma, leur soient livrés. La police colombienne a annoncé au même moment que 170 kilos de cocaine pure avaient été saisis dans un entrepôt de la compagnie aérienne American Airlines, sur l'aéroport Eldorado de Bogota.
Les directeurs de plusieurs grands journaux du monde entier ont, d'autre part, décidé d'offrir la somme de 1 million de dollars au quotidien colombien El Espectador, afin de lui permettre de faire face aux importants dégâts matériels causés le 2 septembre dernier par un attentat à la bombe, attribué aux trafiquants de drogue.
Les autorités panaméennes ont procédé, dimanche 15 octobre, à un remaniement au sein de l'état-major de l'armée, douze jours après la tentative de coup d'Etat contre le général Noriega. Six nominations ont été annoncées à la télévision, notamment celle du commandant Rafael Cedeno, qui devient chef du service de renseignement militaire (G2), en remplacement du colonel Guillermo Wong, arrêté lors du putsch manqué du 3 octobre. De même, le colonel Roberto Armijo, qui commandait jusqu'ici une base militaire, est promu chef des opérations au haut commandement des forces armées, en remplacement du colonel Julio Ow Young, lui aussi incarcéré.
L'envoyé spécial du quotidien espagnol El Pais a, d'autre part, été expulsé samedi du Panama. Antonio Cano, âgé de trente-deux ans, et correspondant du journal à Mexico, s'était réfugié dans son ambassade, afin d'éviter une arrestation pour "propagation de fausses nouvelles". Après l'intervention de l'ambassadeur d'Espagne, le mandat d'arrêt a été transformé en ordre d'expulsion, et le journaliste a quitté Panama en direction du Costa-Rica.
La sûreté fédérale américaine a annoncé, samedi 14 octobre, l'arrestation de Mr Frank Arnold Nesbitt, âgé de quarante-quatre ans, pour avoir tenté de fournir des informations secrètes à l'URSS. Dans une interview au Washington Post, accordée juste avant son arrestation et publiée dimanche, Mr Nesbitt déclarait qu'il voulait être agent double et qu'il avait tenté de tromper ses contacts en URSS. Il est détenu au centre pénitentiaire près de Washington, en Virginie, et devait comparaitre lundi devant un magistrat.
A Berlin-Ouest, les autorités militaires américaines ont indiqué qu'elles avaient arrêté deux officiers soviétiques et un membre de l'armée de l'air des Etats-Unis, toujours pour espionnage. Le soldat américain, dont l'identité n'a pas été communiquée, avait été chargé par deux officiers soviétiques, les commandants Markov et Rakiski, de leur fournir des documents militaires classés "confidentiel défense". Les deux commandants, après avoir été interrogés, ont été remis aux autorités soviétiques avec une protestation officielle.
Ils sont sept, en costume, cravate, le pas hésitant, le poing levé et la mine réjouie. Sept membres de l'ANC, le Congrès national africain, intrigués par le mur de caméras, d'appareils photo et de journalistes qui barrent la vue de mille cinq cents "camarades" venus saluer le retour à la vie civile des "héros". L'église de la Sainte-Croix à Soweto est trop petite. Pas assez vaste pour contenir les flots de chants révolutionnaires, les youyous, le torrent d'acclamations et de cris qui débordent dans les rues du quartier d'Orlando-West.
Ils sont enfin là. Ils sont revenus après un quart de siècle ou plus passé dans les prisons de l'apartheid pour défendre le droit de leur peuple à la dignité. Sept membres de la vieille garde, un peu intimidés, sagement assis devant un parterre de notabilités de la lutte anti-apartheid. Un grand jour, un jour si longtemps attendu pour ces désormais sexagénaires à l'exception du vieux Oscar Meptha, âgé de quatre-vingts ans, invalide, et de Walter Sisulu, qui porte allègrement ses soixante-dix-sept ans. Seul manque à l'appel Jeff Masemola, le plus jeune (cinquante-huit ans), membre d'une organisation rivale, le Pan-African Congress (PAC) pour cette fête à la gloire de l'ANC.
Malgré tout, il aurait pu y avoir plus de monde pour venir rendre hommage à ces sept symboles de la résistance dans une ville qui compte plus de deux millions d'habitants. On aurait pu s'attendre à un raz-de-marée sur la maison de Walter Sisulu, toute proche de l'église. Il n'en a rien été. Soweto a vécu un dimanche presque ordinaire, banal en sorte, si ce n'est dans le périmètre d'Orlando-West.
Les sages de l'ANC n'ont pas fait vraiment recette. Et pourtant, cinq d'entre eux font depuis longtemps partie de la légende, celle du procès de Rivonia qui, en juin 1964, les a envoyés pour la vie au bagne de Robben-Island puis, à partir de 1982, à la prison de Pollsmoor au Cap.
Walter Sisulu ne fut rien d'autre que le bras droit de Nelson Mandela. Ancien secrétaire général de l'ANC, ce fils de paysan fait partie d'une famille honorée, respectée, qui a payé un lourd tribut à la cause. Sa femme, Albertina, est une figure du mouvement anti-apartheid. Un de ses nombreux enfants (huit dont trois adoptés), son fils Zwelakhe, a connu lui aussi la prison à plusieurs reprises et s'est vu interdire par les autorités l'exercice de sa profession de journaliste.
Avec Olivier Tambo, l'actuel président de l'ANC, et Nelson Mandela, Walter Sisulu a largement contribué à revitaliser une organisation qui, par une ironie de l'histoire, a été créée l'année de sa naissance, en 1912. Après vingt-six ans d'emprisonnement, il a déclaré être très heureux de voir que celle-ci était toujours bien vivante, voire même " renforcée ". Son seul vrai regret est que son ami de toujours, venu comme lui de l'actuel homeland du Transkei, Nelson Mandela, ne soit pas là pour partager sa liberté retrouvée. Au début des années 40, c'est lui qui avait guidé le leader historique dans ses premiers pas politiques. C'est lui qui lui a fait connaitre sa première épouse. C'est avec lui qu'il a choisi le chemin de la rebellion puis la voie de la lutte armée en 1961. La lutte les a réunis, la liberté les sépare désormais. Il n'en dira pas plus.
Les huit prisonniers politiques avaient été informés la veille au soir de leur libération, soit quatre jours après son annonce officielle par le président Frederik De Klerk. Ils étaient debout à 2 h 30 du matin. Les formalités de levée d'écrou accomplies, des policiers les ont déposés à bord de fourgonnettes devant leurs domiciles aux premières lueurs de l'aube.
" Cela fait du bien d'être libre ", tels furent les premiers mots de Walter Sisulu avant d'être porté en triomphe sur le seuil de sa porte par une cinquantaine de militants. " Laissez-moi embrasser ma femme ", a-t-il pu murmurer en revoyant le numéro 7372 quitté en avril 1963 pour rentrer dans la clandestinité.
Depuis, la maison s'est agrandie de quelques dépendances. Elle a été briquée, astiquée, repeinte pour le retour de cet homme aux chevaux blancs, qui n'a jamais désespéré. Il savait que la pression en faveur de sa libération montait. Il savait que "le peuple le soutenait, ce qui lui a donné confiance". Mais il était prêt à mourir en prison s'il le fallait.
Walter Sisulu a repris petit à petit contact avec ce qu'il a qualifié de "monde civilisé". Il a appelé les membres de sa famille à Londres, à Lusaka, en Zambie. Il a répondu à un coup de téléphone du secrétariat de Mr Mikhail Gorbatchev à Moscou pour le féliciter avant de retrouver son ancien monde, Soweto, qu'il a parcouru en voiture. En vingt-six ans, sa township n'est plus la même mais il a retrouvé "les vieilles maisons qu'il a connues".
Le regard paisible, un léger sourire sur les lèvres, l'ancien mentor de Nelson Mandela a noté avec satisfaction les nombreuses affichettes noires "Vive l'ANC" qui couvrent certains murs. Il a vu un peu partout autour de lui les couleurs noir, vert et or du mouvement interdit. L'organisation clandestine est désormais présente dans toutes les manifestations. Ses initiales sont scandées en toute liberté, ses couleurs arborées. De l'impensable il y a seulement quelques mois. La succession des défilés, depuis la première marche autorisée le 13 septembre au Cap, a redonné du souffle au mouvement. Samedi, la ville a été le point de ralliement des dix-sept marches qui se sont déroulées à travers le pays pour protester contre une loi des relations du travail qui restreint la liberté d'action des syndicats. Du jamais vu.
La libération des sept membres de l'ANC constitue une autre victoire pour le mouvement en exil. Ces derniers n'étant soumis à aucune restriction. Cela revient de fait à légaliser d'une certaine manière l'organisation nationaliste. Ses chefs relâchés vont pouvoir s'exprimer publiquement en son nom. Ce qu'ils ont déjà fait au cours d'une conférence de presse. Walter Sisulu a reconnu qu'il s'agissait pratiquement de la première intervention publique de l'ANC depuis son interdiction en 1960. Ce qui ne signifie pas qu'elle a entière liberté d'action. Loin de là, surtout sous le régime de l'état d'urgence.
L'ANC a néanmoins pris pied sur le sol sud-africain. Ses sept anciens dirigeants en sont l'avant-garde. Ils ont cependant mis des conditions à l'ouverture de négociations avec le pouvoir et Walter Sisulu a exigé " des efforts substantiels " de la part de Mr De Klerk pour " créer un climat propice au dialogue ". Le ton, toutefois, était à la modération. " La pression sur le gouvernement se fera de manière ordonnée et disciplinée. " Pas question de donner des armes au régime pour favoriser la répression. Pour l'instant, ces sept libérés pensent que la balle est toujours dans le camp des autorités. Ils attendent des gestes, refusant de modifier leur position de principe et de négocier les préalables. Ils ont refusé également d'imposer un calendrier, une échéance.
Quel rôle ces sept hommes seront-ils amenés à jouer ? Pour eux, la lutte si longtemps interrompue reprend. Ils se sont refusés à dire s'ils avaient reçu des consignes particulières du " patron ", Nelson Mandela. Comment s'inséreront-ils dans les structures existantes ? Ils ont prôné l'unité et la discipline sous le leadership de l'ANC. Si l'organisation le désire et s'ils obtiennent des passeports, ils iront à Lusaka, au siège du mouvement en exil. En attendant, tous vont reprendre contact avec la réalité, un monde dont ils ne percevaient que des échos. Et puis surtout, ils vont retrouver leurs proches. Comme l'a dit l'un d'entre eux à qui il était demandé quels avaient été les moments les plus durs en détention : " La prison reste la prison. Toute la vie est difficile en prison. "
EN s'assignant pour objectif, le 23 septembre à Washington, de faire baisser coûte que coûte le dollar, le groupe des Sept (Etats-Unis, Japon, République fédérale d'Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Canada) a-t-il fait une fausse manÓuvre ? La question n'intéresse pas seulement le cercle étroit des cambistes.
L'actuelle euphorie des industriels et des autres milieux d'affaires sur la vigueur et les chances de durée (sur lesquelles on ne s'interroge du reste pratiquement plus) d'une reprise économique que ni les gouvernements ni les économistes n'avaient su prévoir, ne s'accommoderait pas nécessairement d'une instabilité accrue des marchés de change et des taux d'intérêt. Une nouvelle montée de ces derniers pourrait, étant donné le volume des positions spéculatrices prises sur les marchés immobiliers, à la Bourse, sur les objets d'art, etc., faire réapparaitre soudainement les risques d'une récession dans le climat versatile que nous connaissons.
Il y a moins de deux ans, c'était le spectre d'une déflation à la 1930 qui hantait les esprits. Les mêmes esprits sont aujourd'hui convaincus que la crise est finie, et beaucoup d'entre eux sont prêts à croire que s'est ouverte une nouvelle période indéfinie de prospérité.
Une première et affligeante constatation s'impose : les raisons de la manÓuvre tentée, quelle qu'en soit l'issue, réussite ou échec, apparaissent comme de mauvaises raisons. En déclarant, dans leur communiqué du 23 septembre, qu'" ils considéraient la hausse du dollar au cours des derniers mois incompatible à long terme avec les données économiques fondamentales", les sept ministres des finances et gouverneurs de banque centrale avaient certainement en tête le problème, constamment réexaminé mais jamais résolu, du déficit de la balance commerciale et de la balance des paiements courants des Etats-Unis. Un dollar plus élevé serait censé amoindrir la compétitivité des exportateurs américains et, par suite, freiner le réajustement. Cependant, les statistiques disponibles font douter fortement de la justesse de ce raisonnement un peu simpliste.
De mars 1985 au début de 1987, date de la conclusion de l'accord du Louvre sur la stabilisation du dollar, cette monnaie n'a cessé de se déprécier, perdant entre 40 % et 45 % de sa valeur vis-à-vis des deux autres grandes monnaies, le deutschemark et le yen. On n'avait jamais vu dans le passé un réajustement des taux de change aussi rapide et aussi violent. Si le dollar, quand il était à son sommet, était manifestement surévalué, les meilleurs experts s'accordent pour penser que, depuis 1987, il est plutôt sous-évalué si on prend pour critère le pouvoir d'achat des différentes monnaies. Pourtant, le déficit commercial et le déficit de la balance des paiements sont restés du même ordre de grandeur (135 milliards de dollars en 1988 pour la balance des paiements courants contre 154 milliards de dollars, montant record en 1987). Circonstance aggravante, la tendance a vite cessé d'être orientée à la diminution. Personne ne sait au juste aujourd'hui si le déficit tend plutôt à s'accroitre qu'à diminuer, ou le contraire.
LA cause déterminante de la persistance des déficits sur les échanges de biens et de services ne serait-elle pas à chercher ailleurs ? Dans un univers de change flottant, c'est le mouvement des capitaux, dont le volume est quarante à cinquante fois supérieur à celui des transactions purement commerciales, qui donne le ton. Comme les Etats-Unis n'ont cessé de recevoir de l'extérieur d'énormes capitaux (quand en 1986-1987, les placements privés se sont taris, les banques centrales du monde entier ont prêté aux Etats-Unis), ce pays enregistre normalement un fort déficit de ses échanges sur les biens et les services.
En reconnaissant le rôle décisif des mouvements de capitaux, on ne nie évidemment pas l'importance pour une économie du niveau de son taux de change. L'industrie américaine était menacée à terme d'asphyxie par le dollar fort que le président Reagan, pendant son premier mandat (1981-1984),voyait complaisamment comme le symbole de la force retrouvée des Etats-Unis. Mais il est clair que ce n'est pas du taux de change et encore moins d'une variation de 5 % en plus ou en moins de ce dernier que dépend si peu que ce soit l'évolution des soldes de la balance des paiements.
A l'idée américaine que, déficit ou pas, une dévaluation supplémentaire du dollar est toujours bonne à prendre pour des raisons purement mercantiles sinon mercantilistes, correspond une préoccupation allemande qui ne vaut guère mieux. Un deutschemark faible est censé être un facteur d'inflation intérieure par renchérissement des produits importés. C'est là une proposition impossible à soutenir sérieusement. Tant l'expérience que le raisonnement en montrent l'inanité. C'est pendant les années 1982 à 1984 qu'en Europe occidentale la désinflation a pris corps. Or ces années-là étaient caractérisées par un dollar très haut et donc par des monnaies européennes grossièrement sous-évaluées.
La hausse d'un prix particulier ou de toute une catégorie de prix ne pourra se propager dans une économie diversifiée que si, précisément, l'inflation n'est pas contrôlée. Si le crédit et l'émission de monnaie sont bien réglés, la hausse des produits importés déterminera vite une répartition différente entre producteurs nationaux et producteurs étrangers pour l'approvisionnement du marché. Attribuer la responsabilité de l'inflation à une modification des prix relatifs, ce n'est pas aussi grave que de se laisser prendre au pseudo-raisonnement des gouvernements imprévoyants qui, naguère, en France notamment, pratiquaient la politique dite de l'indice - fondée sur l'idée qu'en empêchant de monter quelques prix-clés, on stoppe l'inflation, - mais c'est faire un bout de chemin dans cette fausse direction.
Comme il y a de bonnes raisons de penser que les experts américains connaissent bien l'origine du déficit extérieur de leur pays et que les Allemands, qui, une fois de plus, se sont laissé forcer la main à Washington, savent bien que le taux de change est une chose et l'inflation une autre, force est de se rabattre sur une autre explication pour comprendre la décision des Sept de peser sur les cours du dollar.
C'est une épreuve de force que les Sept ont en réalité engagée afin de prouver au marché que l'accord du Louvre sur la stabilisation du dollar n'était pas mort et que, collectivement, ils conservaient la maitrise des cours du dollar. D'où leur obstination : comme les interventions massives n'ont pas suffi pour faire baisser le dollar ainsi qu'ils l'espéraient, ils procèdent maintenant à un relèvement brutal des taux d'intérêt, déjà élevés. Ce faisant, ils sont en train de créer une situation encore plus complexe et plus difficile à dominer que celle qui prévalait antérieurement.
Apriori, les interventions des banques centrales visant à faire baisser le dollar pourraient être considérées comme salutaires. Ces institutions n'ont-elles pas, notamment pendant les années 1986 à 1988, accumulé d'énormes réserves libellées en monnaie américaine en achetant à tour de bras sur le marché des changes du dollar pour en freiner la chute. On a soutenu dans ces colonnes que ces achats massifs de dollars contre émission de yens, de francs suisses, de livres sterling, de pesetas, etc., avaient été une source intempestive et malsaine de liquidités. Si cela est vrai, l'opération contraire, qui consiste à se défaire d'une partie de ses réserves, ne correspond-elle pas à un assainissement en profondeur ?
Cependant, si la Bundesbank ou la Banque du Japon se débarrassent d'une partie de leurs actifs en dollars, qu'elles peuvent considérer comme surabondant, elles augmentent simultanément, par le jeu, de ces interventions, leur passif. Pour faire peser sur le marché des changes de New-York les cours du dollar, les autorités américaines n'ont pas d'autres moyens que de soutenir le cours du deutschemark et du yen en se portant acheteurs à leur tour, et pour des montants très importants, de ces dernières monnaies.
Chaque fois qu'on essaie de faire baisser le dollar, le deutschemark et le yen jouent un peu plus le rôle de monnaie de réserve. Aujourd'hui, la Bundesbank possède encore à titre de réserves en devises quelque 95,2 milliards de dollars. Mais de ce chiffre, elle défalque sur ses livres 50 milliards de deutschemarks au titre des dépôts effectués par des banques centrales étrangères auprès d'elle.
TANT et si bien que les réserves nettes de la Bundesbank ne se montent qu'à 45,2 milliards de dollars, une somme qui peut paraitre encore confortable (les réserves françaises sont de l'ordre de 20 milliards de dollars). Mais ces statistiques sont elles-mêmes trompeuses. Certains instituts d'émission étrangers détiennent les deutschemarks qu'ils possèdent sous d'autres formes. Au total, les autorités allemandes évaluent à environ 120 milliards de deutschemarks les avoirs étrangers en leur propre monnaie. Encore le compte est-il, assurent-ils, très inférieur à la réalité, car il faut y ajouter les placements effectués sur le marché de l'eurodeutschemark par de nombreuses petites banques d'émission.
Ce qu'il faut bien voir, c'est que les détenteurs de ces réserves en deutschemarks sont en droit d'en réclamer à tout moment le "remboursement" sous forme d'une autre devise, par exemple sous forme de dollars. Tant et si bien que la riche Bundesbank, si l'on exclut ses considérables avoirs en or, a aujourd'hui des réserves négatives. Cette évolution est probablement une des causes majeures de la forte hausse des taux d'intérêt en Allemagne, où l'on a vu le taux d'escompte, en l'espace de dix-huit mois, passer de 2,5 % (le niveau le plus bas enregistré depuis quarante ans) à 6 % aujourd'hui, son niveau le plus élevé depuis sept ans. La France est bien placée pour savoir que cette évolution n'est pas seulement préjudiciable pour nos voisins d'outre-Rhin.
Les qualités mécaniques et chimiques des matériaux progressent à pas de géant. Pour les industriels,l'enjeu est considérable. Mais la formation est encore loin de répondre à la demande.
IL y a vingt ans, la Renault 4 consommait 21 kilos de plastique, soit 2 % de son poids. Aujourd'hui, le poids des matières plastiques dans un véhicule européen type dépasse les 100 kg (plus de 10 % du poids total). Le plastique a renvoyé l'acier dans les limbes de l'âge de fer. Mais demain, il subira le même sort. Il deviendra un matériau " rétro ", largement devancé par les matériaux composites, fibres et autres céramiques.
L'arbre de la high-tech ne doit pas autant cacher la forêt de la rentabilité industrielle : les voitures tout plastique et les moteurs tout céramique ne sont pas pour demain. Car on se heurte là aux limites de la science : l'intérêt des matériaux repose moins sur leur qualités intrinsèque et leurs propriétés physico-chimiques que sur leur coût de fabrication et les applications qu'un utilisateur peut en tirer. Ainsi le groupe PSA a lancé récemment CARMAT, un programme de recherche d'un montant de 420 millions de francs, en association avec des laboratoires du CNRS et d'autres partenaires industriels comme ICI, Bayer, Saint-Gobain, Usinor-Sollac. Objectif du programme : améliorer avant tout les techniques d'utilisation des matériaux actuels, plutôt que d'en introduire de nouveaux.
François de Charantenay, le responsable du projet, tire les premières conclusions : " Les céramiques progressent à petits pas. Les composites intéressent surtout les productions à petites cadences. Et ce sont encore les aciers et les fontes qui évoluent le plus vite dans les applications automobiles. " Le devenir de la technologie des matériaux repose avant tout sur sa capacité à trouver des débouchés et des applications rentables.
Malgré ce handicap, la science des matériaux a un bel avenir devant elle. Comme l'explique Jean-Luc Bourgeois, responsable du département matériaux au ministère de la recherche, " les matériaux constituent de plus en plus le verrou technologique d'un système de production donné ". Conscients de ces enjeux, les grands de la sidérurgie, de la chimie et du plastique se livrent une bataille acharnée en recherche et développement, surtout depuis que l'acier a reconquis ses lettres de noblesse. Pour Henri Faure, directeur des recherches à Usinor-Sacilor, " l'acier est un matériau dont la mise en Óuvre est de moins en moins onéreuse. La révolution technologique que nous préparons repose avant tout sur la recherche de nouvelles solutions attractives, afin d'apporter des valeurs d'usage différentes de celles auxquelles étaient habitués les utilisateurs ".
Ainsi, parmi les recherches en cours, se retrouvent, pêle-mêle, les nouvelles tôles pour carrosseries automobiles (plus faciles à peindre), la relance de l'acier pour l'emballage (au détriment de l'aluminium), les aciers recouverts de plastique, les complémentarités béton-acier... Paradoxalement, les années à venir verront le retour de la sidérurgie...
A Rhône-Poulenc, Maxime Graulier, directeur général adjoint, et Gérard Soula, directeur recherche et développement matériaux, expliquent la bataille tous azimuts qu'ils mènent pour l'avenir : " La recherche dans le domaine des matériaux nécessite un partenariat actif avec les utilisateurs finaux pour définir de manière précise leurs besoins dans les dix prochaines années. " Un travail de prospective qui conduit Rhône-Poulenc à axer ses recherches dans des domaines aussi variés que l'aéronautique (matériaux pour les futurs avions à grandes vitesse), l'électronique (recherche finalisée avec Thomson et la CGE pour la mise au point de supra-conducteurs), le textile, l'électroménager ou encore la médecine.
La technologie des matériaux se trouve donc actuellement à la croisée des chemins. Contrairement à des domaines comme la biotechnologie, elle a fait les preuves de son intérêt et la plupart des recherches fondamentales ont déjà été achevées. Mais elle n'a pas pour l'instant atteint son plein rendement au niveau des applications possibles. Si les industriels suivent de très près les évolutions en cours, force est de constater que les demandes et les prospectives sur le futur sont encore floues et manquent de précision. Les programmes de recherche sont en effet longs : entre le mûrissement d'une idée sur un coin de table et sa commercialisation réelle, il faut compter une petite dizaine d'années. Quand on sait que la plupart des programmes ont démarré au début des années 80, on peut considérer que la science des matériaux n'atteindra sa pleine maturité qu'au cours des années 90.
En attendant, il faut compenser les carences de la formation en science du génie des matériaux. A ce niveau, le constat dressé par la grande majorité des professionnels est simple : " En France, comme dans la plupart des pays, l'enseignement supérieur éprouve quelque peine à répondre à la demande industrielle. " L'OCDE, dans une enquête de diffusion restreinte, dresse un constat d'avenir peu optimiste : " A moyen et long terme, le désajustement offre/demande pourrait devenir plus aigu, si aucun effort particulier n'est fait pour attirer un nombre croissant d'étudiants vers les disciplines SGM (sciences du génie des matériaux). " On estime que le nombre de cadres techniques matériaux représente actuellement 12 % des fonctions étude et 6 % des fonctions de production de l'activité industrielle. Des chiffres nettement insuffisants.
Les causes de ce malaise sont multiples. Les plus citées sont la prise de conscience tardive dans les universités et les grandes écoles - l'option matériau de Polytechnique n'a que deux ans - l'insuffisance du nombre de chercheurs et l'absence d'impulsion donnée par les pouvoirs publics, à l'inverse des Etats-Unis où, dès 1960, l'Avanced Research Project Agency du département de la défense favorisait l'éclosion de laboratoires interdisciplinaires (les IRL) au sein des universités.
La principale difficulté réside dans le caractère pluridisciplinaire de la matière, qui se heurte à l'académisme et à la spécialisation excessive des universités et des grandes écoles. Du côté des entreprises, le manque de collaboration et d'échanges entre les grands groupes industriels (secret de fabrication oblige) aboutit à une rétention d'informations qui nuit à la diffusion des savoirs auprès des industries transformatrices.
Il ne faudrait cependant pas être trop pessimiste, car les initiatives sont nombreuses. Il leur manque seulement unité et cohésion. Le ministère de la recherche a fait un grand pas au cours de ces dernières années : 1,8 milliard de francs ont été consacrés au soutien de projets de recherche liés aux matériaux. Sept groupes d'intérêt scientifiques ont été mis en place, ainsi que vingt centres de transfert vers l'industrie. L'initiative la plus originale est le développement des pôles FIRTECH (formation des ingénieurs par la recherche technologique), qui regroupent universités, grandes écoles, entreprises industrielles et laboratoires autour d'un même thème, et qui bénéficient de fonds publics pour mettre en place des cursus appropriés (DEA + thèse). Les matériaux ont fait l'objet de sept initiatives : Paris XIII-Villetaneuse, INP Grenoble, INSA Lyon, Strasbourg-I, INP Nancy, Lille-I et Bordeaux-I.
André Zaoui dirige le pôle de Paris-XIII, axé sur la mécanique et les matériaux, le premier à avoir été mis en place. " Les FIRTECH, explique-t-il, ont pour objectif principal d'inciter les ingénieurs à suivre une formation par la recherche et à effectuer des travaux qui correspondent à une réalité industrielle. "
Les résultats obtenus sont pour l'instant à la hauteur des ambitions : le DEA de Paris-XIII reçoit plus de cent cinquante candidatures pour une trentaine de places disponibles. 80 % des titulaires du DEA acceptent de continuer vers une thèse. La première génération de thésards vient de sortir et le flux des prochaines années devrait satisfaire nombre d'industriels.
Cette incertitude devant l'avenir est également combattue par Jean-Pierre Trottier, directeur du Centre des matériaux de Corbeil (Ecole des mines) : " Certes, la formation par la recherche n'est pas encore retenue à sa juste valeur, mais dans le domaine des matériaux, la pression du monde industriel est considérable ; 85 % des recherches sont finalisées à moyen et à long terme. " Un chercheur coûte en moyenne entre 700 000 et 800 000 francs par an et les industriels ne s'engagent guère à la légère. Mais les résultats sont parfois à la hauteur des efforts consentis. Ainsi, la SNECMA a mobilisé une véritable équipe à Corbeil, pour mettre au point un " super alliage " destiné au moteur du Rafale. Un projet dont les retombées pourraient intéresser de nombreux secteurs (aéronautique, automobile).
Enfin, du côté des grandes écoles, la prise de conscience est dorénavant réelle : les options matériaux fleurissent et connaissent un succès chaque année plus important. Une trentaine d'écoles offrent une telle option, dont l'université de Compiègne, les INSA de Lyon et de Toulouse, l'Ecole supérieure de mécanique de Poitiers. Il existe sept établissements dispensant une formation initiale spécialisée dans un domaine de la science des matériaux, comme l'Institut des matériaux composites de Bordeaux ou l'Institut de physique et chimie des matériaux de Nantes.
Pour André Pineau, responsable de l'option matériaux à l'Ecole des mines de Paris, l'engouement n'est pas simplement dû à un effet de mode : " Les étudiants sont de plus en plus attirés par le caractère diversifié de la matière. L'image des matériaux s'est considérablement améliorée et a pu se détacher de son contenu sidérurgique. " Mais le nombre de diplômés spécialisés dans le génie des matériaux n'atteint pas encore le millier, toutes écoles confondues. Une situation qui devrait évoluer favorablement dans les prochaines années.
En revanche, pour les techniciens, les efforts de communication ont été moins poussés et la mise en place de cursus spécifiques, en relation avec les avancées technologiques, a été plus tardive. Le problème est plus difficile à résoudre pour les PME/PMI que pour les grands groupes, qui ont recours à des détachements et à des formations internes pour combler les lacunes. Une possibilité que ne peuvent s'offrir les petites et moyennes sociétés de l'industrie transformatrice, qui ont pourtant de plus en plus besoin de spécialistes capables de comprendre les caractéristiques nouvelles des matériaux apparaissant chaque année sur le marché. Des spécialistes capables de faire en sorte que le matériau devienne objet : ski, planche à voile, barquette de conditionnement des fruits, cendrier... De même, les nouveaux matériaux nécessitent de nouvelles machines de transformation, qui doivent être servies par des mécaniciens ou des électroniciens munis de nouvelles compétences.
Micheline Strugo, administratrice déléguée de l'UCAPLAST (Union des industries et de la distribution des plastiques et du caoutchouc), connait bien le problème : " L'industrie des plastiques est une industrie jeune qui a souffert et souffre encore du manque de qualification des jeunes diplômés. Ainsi, le thermoformage, technique de transformation du plastique aujoud'hui largement répandue, n'est enseignée que depuis deux ou trois ans. " En effet, la refonte des programmes de techniciens supérieurs matériaux est récente. Auparavant, largement dominés par la science de la métallurgie, nombre d'établissements ont pris un virage à 180 degrés et, du fameux lycée Arbez-Carme d'Oyonnax à l'Institut de la plasturgie d'Alençon (derrière lequel se cache notamment Moulinex, un des plus gros transformateurs de plastiques français), on trouve une gamme de formation qui englobe dorénavant toutes les grandes catégories de matériaux : céramiques, composites, plastiques...
Les grands fabricants de matériaux, les fédérations et organismes professionnels n'ont pas encore pris entièrement conscience du rôle moteur qu'elles se doivent de jouer auprès des PME. Pourtant, les exemples étrangers ne manquent pas : en RFA, le VDEH (association des professionnels de la sidérurgie) organise pour ses membres des séminaires, cours, visites in situ et conférences sur le développement des nouveaux aciers ; au Canada, on trouve, par grandes catégories de matériaux, des associations professionnelles ou des groupes d'intérêt offrant aux cadres et techniciens de l'industrie des séminaires, ateliers et stages de recyclage.
Là encore, la France se heurte à l'académisme de ses grandes entreprises, qui considèrent que parrainer un thésard suffit pour diffuser le savoir et le savoir-faire. Mais l'avenir des matériaux ne se limite pas au seul problème des " effets d'irridiation, de substitution et d'hydrogénation sur les nouveaux supras ", pour reprendre le titre d'une thèse cofinancée par le CNRS. Il est avant tout entre les mains des techniciens et ingénieurs qui sauront les travailler et les façonner.
Quoique largement banalisé, le plastique n'en est pas moins un " nouveau matériau ". Ses dernières performances (résistance, usure) et ses composites (mélange de plastique et d'autres matériaux) en ont élargi le champ d'application. Le plastique est consommé sous toutes ses formes pour intégrer appareils électroménagers, pare-chocs automobiles et barquettes de beurre ; il intéresse des industriels aussi divers que Moulinex, Valeo, Allibert ou Bridel. Cette réalité industrielle a donné des idées à la chambre de commerce et d'industrie d'Alençon, qui s'est associée avec la Fédération de la plasturgie pour créer en juin 1985, l'Institut supérieur de la plasturgie d'Alençon (ISPA).
L'ISPA est un établissement au fonctionnement particulier : construit à partir de fonds publics (région, département et ministère de l'industrie), il est de statut privé. Mais sa scolarité est gratuite, son fonctionnement étant entièrement financé par la taxe d'apprentissage. L'institut joue donc à fond la carte du partenariat industriel.
Jean-Max Gervais, son directeur, déclare : " Notre objectif est de former des cadres de production de niveau bac+4 qui apportent une véritable plus-value dans les entreprises. " Chaque année, quelque quarante élèves de niveau IUT, BTS ou DEUG rejoignent Alençon pour une formation qui s'étale sur deux ans et qui mêle technique et gestion, théorie et pratique, plus trois stages en entreprise, dont un à l'étranger. Le cÓur du programme reste l'apprentissage des matières plastiques et de leur environnement technologique : connaissance des matériaux et des composites, utilisation des différents procédés de transformation, mise au point d'outillages, de technologie hydraulique, d'automatismes industriels...
Ils jugent leurs enseignants, proposent des intervenants, cherchent des stages, participent à des salons, organisent des colloques et prospectent les entreprises. " Non sans résultats : chaque étudiant reçoit en moyenne, huit propositions d'emploi pour un salaire d'embauche qui dépasse les 140 000 francs brut par an. L'ISPA dispose d'un véritable petit atelier industriel, avec presses à injecter, extrudeuses et machines à thermoformer. Un atelier ouvert aux entreprises qui peuvent, avec la collaboration des étudiants, y effectuer des essais et des tests de contrôle, voire y réaliser des productions en petite série. " Les étudiants sont coresponsables et partenaires dans le fonctionnement de l'école, précise Jean-Max Gervais.
Les industriels ont donc rapidement apporté leur caution à l'initiative. François Gey, directeur des affaires sociales à l'usine Moulinex d'Alençon, a été l'un des promoteurs de ce type de cursus : " Avec 15 000 tonnes de plastique transformé chaque année dans nos usines, les besoins en personnel qualifié sont énormes, et il nous est actuellement difficile de trouver des jeunes qui aient une connaissance parfaite de l'évolution des matériaux. L'ISPA, même s'il ne résout pas tous les problèmes, est un bon exemple de collaboration entre écoles et entreprises. "
La région d'Alençon semble donc engagée dans un processus de spécialisation plasturgique, à l'image de ce qui s'est déjà fait autour d'Oyonnax. Après l'ISPA, ont été créés un CRITT (centre régional d'information et de transfert de technologie) polymères et composites et un IUT génie mécanique et productique, orienté vers les outillages de transformation de matières plastiques. Et d'autres projets sont en cours : ateliers flexibles, centres de recherche, BTS spécialisés.
- Les matériaux supports, comme le silicium (catégorie des semi-conducteurs) et le cuivre (catégorie des conducteurs).
"RIEN n'est plus ludique que les sciences de la vie aujour- d'hui. De science d'observation et de découverte, la biologie est devenue en vingt ans une science interventionniste. " Pour Philippe Kourilsky, chercheur à l'INSERM, la biotechnologie appartient pourtant au monde des disciplines fondamentales, où la connaissance s'acquiert pour la connaissance. Et au-delà de la compréhension du vivant, elle doit mener un jour vers sa domestication.
Mais le " biotechnologue " ne sera pas seulement vêtu de la blouse blanche du chercheur. On le trouvera - on le trouve déjà - dans les usines de l'agro-alimentaire, de la pharmacie. Dans les champs et les serres. Dans les hôpitaux. Petit à petit, les biotechnologies donneront un nouveau visage à de larges pans de l'activité humaine. La " révolution bio " sera culturelle et sociale avant d'être économique. Selon une récente étude de l'OCDE, " les biotechnologies commenceront à devenir une base importante pour la croissance au cours de la troisième décennie du vingt et unième siècle. Mais leur conséquences qualitatives deviendront un des principaux défis de la prochaine décennie " (1).
Nombre d'instituts de recherche ont quand même planché pour évaluer l'enjeu industriel. Leurs très sérieuses prévisions évaluant le marché des produits issus des biotechnologies à l'horizon de l'an 2000 varient de 9 milliards à plus de 100 milliards de dollars. La fourchette montre assez la difficulté posée par cette science qui s'est faite technologie, et qui, sous de multiples facettes, intervient dans tous les secteurs, à tous les stades de la chaine menant de la recherche fondamentale à la production industrielle. Production de vaccins ou de cosmétiques, création de nouvelles espèces florales ou potagères, diagnostic des maladies humaines ou animales, épuration de l'eau et de l'air, autant de domaines qui seront, à des degrés divers, révolutionnés par la biotechnologie. Diffusant partout sans être nulle part, elle échappe à toute évaluation. D'autant qu'elle rassemble en un même combat le biologiste moléculaire ou cellulaire, le généticien des plantes, des animaux, de l'homme, le spécialiste des protéines ou des enzymes, le biochimiste, l'ingénieur en agro-alimentaire ou en génie de la fermentation...
Dans toutes ces disciplines, le progrès des connaissances a été foudroyant, et les facteurs " limitants " n'ont cessé de reculer. " Il y a dix ans le génie génétique était une discipline d'ultrapointe, rappelle Daniel Thomas, professeur de génie enzymatique à l'université technologique de Compiègne et responsable du programme national de biotechnologie au ministère de la recherche. Aujourd'hui, c'est presque un travail de technicien ou de machine. "
Tout a commencé en 1953 avec la découverte de l'ADN, cette molécule qui est le support du patrimoine génétique de tout être vivant. C'est en pensant... aux escaliers de Chambord que Watson et Crick, deux savants anglais, imaginèrent les deux hélices imbriquées l'une dans l'autre. Ainsi, naquit la biologie moléculaire. Vingt ans plus tard, en 1973, le premier brevet de génie génétique est déposé. Une voie qui ouvre des horizons fantastiques. Le principe est simple. Chaque gène " code pour une protéine " - ou un caractère - précis. Ce qui signifie qu'il en commande la production. On peut insérer le gène " intéressant " à un micro-organisme ou à une cellule animale pour lui faire " recracher " la protéine désirée. Peu à peu, on a appris à manipuler ainsi toutes sortes d'êtres vivants, bactéries, levures, cellules animales, végétales et humaines. A exploiter seulement les séquences intéressantes du gène. Et même à créer de nouvelles espèces.
" En terme de produits dérivés, la modulation physiologique de l'animal est peut-être le domaine qui recèle le plus de potentialités ", estime Daniel Thomas. Après l'obtention en 1981 d'une lignée de souris géantes grâce à un gène commandant la fabrication d'une hormone de croissance, pourquoi, en effet, ne pas imaginer des poulets qui deviendraient dodus en quelques jours ou une vache qui produirait du lait humain ? S'ils ne relèvent plus de la science-fiction, plantes et animaux transgéniques butent toutefois sur un vide juridique : pour l'instant il est interdit de sortir des laboratoires un être vivant génétiquement modifié.
Il est vrai que les apprentis-sorciers ont encore des progrès à accomplir : en génie génétique, chaque cas est un cas d'espèce, et certaines tentatives aboutissent à des ratés plutôt savoureux. Quelques chercheurs se mirent ainsi en tête de produire des fruits qui auraient les racines de la pomme de terre et le fruit de la tomate. La pommate naquit bien, mais elle ressemblait à une pomme de terre poussant comme une tomate...
La biotechnologie prend parfois un visage plus futuriste. Déjà des chercheurs japonais et allemands inventent l'électronique moléculaire : il s'agit d'imiter les capacités de stockage et de restitution des informations de la cellule vivante. Cela dit, neuro-ordinateur et bio-circuit ne sont pas près d'entrer dans notre routine quotidienne. " L'avenir est certes radieux, mais le chemin est parsemé d'embûches ", déclare un chercheur. Car en dépit de l'enthousiasme manifesté à la fois par les chercheurs, certains industriels et quelques financiers, les choses ont été plus difficiles que prévu...
En vingt ans, cette biologie au nouveau visage s'est tout de même évadée des tubes à essai pour pénétrer dans les usines. Elle a donné naissance à de nouveaux produits, révolutionné les procédés de fabrication. La " biotechnologie de la première génération " avait déjà fait une entrée en force dans les activités traditionnelles. La fabrication du vin ou du fromage, la sélection des semences, se sont rationalisées, satisfaisant le goût du consommateur pour des produits de plus en plus standardisés. Si on trouve un fromage toujours identique sur les rayons du supermarché, c'est parce qu'on sait sélectionner et " programmer " les bactéries qui réalisent la fermentation. " Comprendre ce qui se passe à l'intérieur de plantes que l'on croise permet de mener à bien les programmes d'hybridation beaucoup plus vite, car la part de hasard diminue considérablement ", explique aussi Jean-Pierre Mégnin, directeur du développement du groupe LVMH (propriétaire de Delbard).
C'est dans le domaine de la santé que l'on trouve le plus de produits biotechnologiques. Ainsi la maitrise de la fusion cellulaire a permis de fabriquer à grande échelle des anticorps monoclonaux (2) qui ont, d'ores et déjà, révolutionné le diagnostic. Et cette révolution devrait s'étendre au diagnostic prénatal de nombreuses maladies. Ces sondes vivantes - à base d'ADN - sont capables de détecter avec précision et rapidité la présence en quantité infime d'un virus, d'un parasite ou de tout autre agent infectieux. Plus de deux cents " kits " sont déjà utilisés pour diagnostiquer les maladies humaines et animales, détecter les agents de contamination sur les chaines de fabrication de l'agroalimentaire.
En 1987, les ventes de monoclonaux se sont élevées à plusieurs centaines de millions de dollars. Et les techniques d'amplification de l'ADN devraient permettre d'affiner encore leur sensibilité et leurs performances : " On pourra détecter les facteurs de risque liés à l'hérédité, explique un chercheur de Mérieux. Si l'on sait qu'un individu comporte dans son patrimoine génétique un risque de diabète accru à cinquante ans, il deviendra possible d'agir par prévention ". Il est, en outre, presque certain que du diagnostic on pourra un jour passer à la thérapeutique génétique. Mais " il est improbable qu'elle puisse être appliquée sur grande échelle d'ici la fin de ce siècle ", estiment les chercheurs de L'OCDE. Quant au programme titanesque visant à dresser la carte du génome humain lancé par des chercheurs japonais, il s'étendra sans doute sur plus de vingt ans.
En revanche, il est déjà possible de produire en quantité illimitée et pure des molécules que l'on devait jusque-là extraire du plasma. Exemple, l'insuline, nécessaire aux diabétiques : avant le génie génétique, la seule voie pour l'obtenir était de purifier l'insuline extraite du pancréas du porc. Aujourd'hui, on sait la faire fabriquer par des micro-organismes, qui, bien programmés, se comportent comme de petites usines. Même évolution dans le secteur des vaccins, que l'on obtenait à partir du sérum de porteurs de la maladie. " Nous devons utiliser le moins possible les dérivés sanguins, souligne Pierre Aubert, patron des biotechnologies à Pasteur. L'avantage d'un produit obtenu par recombinaison génétique est qu'on est certain qu'il ne contient pas de virus ".
Le vaccin recombinant contre l'hépatite B, déjà commercialisé par Pasteur Vaccins, est maintenant fabriqué par des cellules de hamster. Sur le front du sida, des milliers de chercheurs travaillent à l'obtention d'un vaccin à partir de protéines recombinantes. Seule une équipe américaine a choisi de démarrer - comme pour un vaccin classique - du virus HIV. Recherches et parfois expérimentations sont en cours pour obtenir des vaccins recombinants contre la coqueluche, la rage, le paludisme et la bilharziose. " Au lieu d'aller chercher la carotte au milieu d'une soupe, il est plus simple de faire pousser la graine ", résume un chercheur de l'Institut Mérieux. Mais les mécanismes économiques ne jouent pas forcément dans le bon sens : la voie biosynthétique est souvent plus coûteuse que la synthèse chimique, et les populations concernées ne sont pas les plus solvables...
Plus rentable semble la fabrication de molécules nouvelles, aux vertus thérapeutiques reconnues, et susceptibles d'obtenir un brevet. De tels produits constituent en effet un pas prometteur vers le médicament idéal : précis, efficace et dépourvu d'effets secondaires. Les facteurs pro ou anti-coagulants, et surtout l'érythropoiétine, ont déjà fait des envieux... Le marché de cette hormone qui stimule la fabrication de globules rouges est estimé à un milliard de dollars. " C'est le premier produit sur lequel les gens vont vraiment gagner de l'argent ", souligne Jean-Bernard Le Pecq, directeur de l'institut des biotechnologies à Rhône-Poulenc Santé.
Trente ans se sont écoulés entre la découverte du transistor et la calculette à bon marché : or la biotechnologie de la dernière génération date à peine d'une dizaine d'années. Nombre de produits en sont à la phase d'essais dans les champs, d'expérimentation dans les hôpitaux ou de tests dans les fermenteurs-pilotes. Le front principal se situe donc encore dans les laboratoires, industriels ou publics. " Nous en sommes à élaborer de nouveaux outils et l'industrie attend le résultat des recherches ", déclare Pierre Monsan, professeur de catalyse enzymatique à l'Institut national des sciences appliquées de Toulouse, un des pôles les plus actifs dans ce domaine.
Car les dures réalités économiques ont rapidement ressurgi. Quelques faillites retentissantes, aux Etats-Unis notamment, ont refroidi les plus enthousiastes. Et dans les campus, les étudiants se sont lancés un peu vite sur les bio-formations en tout genre. " Il y a une pléthore d'étudiants déçus. Aujourd'hui, l'industrie n'est pas en mesure d'absorber toutes ces formations, reprend Pierre Monsan. Après leur diplôme d'ingénieur ou leur maitrise de biochimie, on leur a conseillé de faire une thèse ; puis on les a poussés à aller préparer un post-doctorat. Arrêtons cette surenchère. Nos ingénieurs trouvent tous un emploi, mais on ne peut pas dire qu'ils croulent sous les propositions ". Quant aux docteurs en biologie au chômage, ils sont légion, même si leur situation s'améliore. " En 1988, 65 % de nos docteurs en biologie ont été embauchés, contre 61 % en 1987, constate avec satisfaction José Ezratty, président de l'Association Bernard Grégory, spécialisée dans l'insertion professionnelle des jeunes chercheurs. Et les écarts de salaires, par rapport aux chimistes notamment, semblent s'estomper. " Des gens capables de cloner les protéines ou de manipuler les gènes des plantes, il n'en faut pas des milliers. Mais il en faut. Bien que personne ne sache vraiment dans quel domaine précis se manifesteront les nouveaux besoins.
En tout cas, pas de généraliste touche-à-tout : ce point semble faire l'unanimité. " Il est illusoire et inutile de prétendre former un biotechnologue qui saurait tout faire ", souligne Pierre Monsan. Plusieurs écoles et universités décernent le titre d'ingénieur en biotechnologie, mais chacune avec sa spécialité : dominante agro-alimentaire et fermentation à Compiègne ; génie biochimique à Toulouse ; forte connotation bio-médicale à Strasbourg. L'école de biotechnologie créée par l'Université Louis-Pasteur bénéficie à la fois de la proximité de Transgène, une des rares entreprises françaises performantes en génie génétique, et de celle des universités de Bâle et de Fribourg, avec lesquelles un programme commun a été mis sur pied. L'idée de base est la même partout : donner une formation spécialisée dans un ou deux domaines, et une " culture " dans les autres. Tout est affaire de dosage.
Mais la volonté affichée par les cercles universitaires de conjuguer recherche et technologie ne suffit pas. Est-ce par frilosité ou manque de moyens ? Toujours est-il que nombre d'entreprises françaises ont pris le train avec retard. Ainsi aucune n'a mis de molécule nouvelle sur le marché. " Nous n'avons pas à rougir de notre potentiel fondamental en biologie, avance Claude Mawas, directeur d'une unité de recherche INSERM en cancérologie et thérapeutiques expérimentales. C'est plutôt la lourdeur de l'industrie pharmaceutique qui est en cause. " Le développement industriel nécessite des moyens que les entreprises françaises ont, plus que leurs concurrentes, rechigné à investir. Ainsi en pharmacie, il faut au moins une dizaine d'années et plus de 100 millions de francs pour passer de la mise au point d'une nouvelle molécule à un produit commercialisable.
" En France on demande à la recherche d'être rentable à court terme, déplore Pierre Monsan. Les Japonais, quand ils lancent un programme de recherche, acceptent d'attendre vingt ans avant de toucher le premier dollar. "
Malgré cela la " culture bio " pénètre dans l'entreprise. Celles qui y étaient le plus étrangères ont acquis un début de background en science de la vie. Même les entreprises de la pharmacie, longtemps chasse gardée des chimistes, ont dû apprendre à travailler avec les biologistes. Après avoir quelque peu boudé le sujet, Rhône-Poulenc affirme aujourd'hui sa volonté d'être présent sur ces marchés.
Au sein du monde industriel, on commence à évaluer tout le parti qu'on peut tirer de la matière vivante. Maintenant qu'on parvient à comprendre son fonctionnement, il devient plus que tentant de l'orienter à des fins productives. Inoculer à une plante le gène qui la rendra résistante aux herbicides et nuisibles aux insectes, accroitre la productivité des levures qui fabriquent des matières premières alimentaires... Les tentatives en tous sens ne manquent pas.
Mais le passage du laboratoire au produit n'est jamais simple. Faire travailler une bactérie dans un petit " erlenmayer " est une chose, l'exploiter dans des fermenteurs de 1 000 litres en est une autre." En biologie, tout saut quantitatif génère de nouveaux problèmes qualitatifs, souligne Pierre Douzou, PDG de l'INRA. Pour passer du millilitre au litre, il faut revoir toutes les conditions. " Au centre de biotechnologie de Rhône-Poulenc, on peut ainsi suivre le cheminement d'une molécule, des laboratoires classiques de purification des protéines à l'atelier de fermentation qui, avec ses machines de 800 à 1 500 litres, constitue presque une usine-pilote. Car le micro-organisme dûment sélectionné et génétiquement modifié ne devient un candidat sérieux à l'industrialisation que s'il recrache la substance désirée en grande quantité, dans la bonne configuration, et dans des conditions parfaitement reproductibles.
Quand on avance vers le stade industriel, les profils nécessaires évoluent. " Très biologiques au départ, ils doivent, au fur et à mesure qu'on remonte la chaine de l'innovation, intégrer la dimension " physico-mathématique " des sciences de l'ingénieur ", affirme Gérard Goma, professeur à l'INSA de Toulouse. " Dès lors que l'on cherche à produire des choses n'existant pas dans la nature, une partie de la biologie relève de la démarche de l'ingénieur ", renchérit Daniel Thomas. Déjà aux Etats-Unis, les entreprises de biotechnologie se plaignent de manquer d'ingénieurs alors qu'elles ont " fait le plein " en chercheurs. " Nous allons voir se créer des postes de bi-ingénieurs capables de concevoir et de gérer les systèmes de production ", annonce Etienne Eisenmann, directeur général de Transgène. Laquelle recrute à l'étranger une bonne partie de son personnel.
Pour exploiter les technologies du vivant, l'intégration entre savoir et savoir-faire devient donc stratégique. Signe des temps, plusieurs écoles d'ingénieurs " généralistes " (Mines, Centrale) ont emboité le pas à Polytechnique, qui a intégré la biologie à ses enseignements fondamentaux. " On envisage même de réintroduire la biologie en classe préparatoire ", remarque Philippe Kourilsky. Mais beaucoup d'établissements sont restés à la traine : paradoxalement, alors que les grands instituts mondiaux de biotechnologie sont issus d'anciennes écoles d'agriculture, ceux qui forment en France les ingénieurs agronomes sont fréquemment accusés d'avoir raté le coche.
A LVMH, où un gros programme de croisement d'arbres fruitiers a été lancé, on déplore d'avoir à recruter des spécialistes en génétique des plantes à Gembloux (Belgique), Sezena (Italie) ou Madison (Etats-Unis). " Dans ces trois écoles, on apprend à produire et à traiter de grandes quantités de plantes, alors qu'en France il y a un énorme saupoudrage ", constate Jean-Pierre Megnin. " Les agros ont mal suivi le développement de la science et de la biologie moderne, affirme avec sévérité Alain Deshayes, directeur de programme à l'INSERM. Au lieu de former des chercheurs dans des domaines de pointe, ils ont préféré s'orienter vers le marketing. "
Pour passer à l'échelle industrielle, il ne s'agit plus seulement de poser des hypothèses scientifiques. On est confronté à la nécessité de résoudre des questions très concrètes. " Parfois on récolte des gens qui ont empilé les diplômes, explique Jacques Latrille, un enseignant qui, en association avec l'université Bordeaux II, a créé une société de transfert de technologie. Nous avons aussi besoin de bricoleurs, capables de se mettre en situation. Une culture de cellules, cela se surveille comme une étable. "
La phase " critique " de l'innovation est donc celle où la mixité des compétences se révèle indispensable. " Si on a d'un côté un universitaire fondamentaliste et de l'autre un ingénieur rompu aux technologies de pointe, cela ne peut pas fonctionner ", résume Pierre Monsan. Le biotechnologue idéal est donc un ingénieur maitrisant parfaitement les systèmes de fabrication, qui a complété son cursus par une formation dans la recherche. Il connait les problèmes industriels. Et parle parfaitement l'anglais...
A défaut de ce mouton à cinq pattes, il est toujours possible de marier les compétences. A condition que tous soient capables de dialoguer. Ce qui est loin d'être toujours le cas. " Aujourd'hui, un bon sélectionneur de semences agricoles et florales est un homme de laboratoire, excellent sur le bricolage de l'ADN, poursuit Alain Deshayes. Mais il doit également savoir ce qu'est une plante. " Ce profil n'existe pas sur le marché. La société Limagrain, quatrième semencier mondial, l'a expérimenté à ses dépens. " Dans le laboratoire que nous avons implanté sur le campus de l'université Blaise-Pascal à Clermont-Ferrand, nous cherchons à faire travailler ensemble des spécialistes des plantes issus des écoles agronomiques ou horticoles, et des biologistes moléculaires et cellulaires, explique Bernard Le Buannec, directeur de la recherche. Le courant commence à passer, mais, les premières années, ils se regardaient vraiment en chiens de faience ! "
Pour les étudiants alliant la créativité du chercheur à la démarche de l'ingénieur, les biotechnologies constituent certainement une voie royale. " Les gens bien formés n'auront aucun problème d'emploi, assure un enseignant. Et si les entreprises françaises ne se réveillent pas, ils auront accès au marché européen. " Mais avant l'explosion, annoncée par l'OCDE pour la deuxième décennie du vingt et unième siècle, le prochain enjeu ne sera pas technologique, mais éthique. Car il s'agit d'abord d'évaluer ce que signifie modifier la vie et l'être humain.
"MAHOMET n'ira plus à la montagne. A la montagne de se déplacer. " Les nouvelles technologies informatiques s'inspirent de ce dicton. Demain, il n'y aura nul besoin de savoir lire et écrire pour utiliser un terminal informatique. Il suffira de s'adresser à l'ordinateur en langage courant. De sa voix synthétique, celui-ci répondra et guidera. Enfantin ! Mais derrière cette apparente facilité se cachent des systèmes de plus en plus complexes. Et des ingénieurs de plus en plus qualifiés.
Aujourd'hui, on ne parle plus d'informatique, mais de système d'information. L'informatique n'est plus un soutien logistique dans l'entreprise. Elle devient un support du système d'information, expliquent Gilles Moutet et Olivier de Conihout, de la société de consultants SRI International. " La survie des entreprises dépend de leur capacité à mettre en Óuvre rapidement des systèmes d'information adaptés à leur stratégie ", précise Gilles Moutet. Système d'information opérationnel, partie prenante du processus de production ou système d'information de pilotage et d'aide à la décision.
Le système d'information, c'est la rencontre entre l'informatique et les télécommunications : les réseaux informatiques tissent leur toile sur la planète. Mais c'est aussi les microprocesseurs. Les puces, tranches de silicium gravées de circuits, sont les véritables " étincelles de vie " de l'ordinateur. " La dynamique de la technologie découle directement de celle des micro rocesseurs, note Jean-Paul Michel, responsable du centre IBM de La Gaude. Or les microprocesseurs sont toujours plus rapides, fonctionnels, fiables et économiques. "
Conséquence directe : les ordinateurs vont devenir de moins en moins chers. Bientôt, grâce à la baisse des prix, on trouvera un micro sur la table de chaque étudiant, de chaque cadre et, peut-être même,de chaque ménagère.
Et de plus en plus puissants. En 1995, un ordinateur aura en mémoire centrale 5 gigaoctets, soit 5 milliards d'octets. Contre 10 millions à l'heure actuelle... Plus de puissance également, grâce à la mise en parallèle de plusieurs unités centrales modestes, principe de base des machines " massivement parallèles ". Et quand on passe de 10 000 à 16 000 processeurs, les possibilités de calcul sont quasi illimitées.
" Ces machines vont changer la manière de penser l'informatique ", s'exclame Jean-Paul Barthès, enseignant à l'université technologique de Compiègne et responsable du laboratoire CNRS HEUDIASYC. Certes, elles peuvent effectuer des calculs finis, comme les prévisions météorologiques. Mais, en dehors de cela, on ignore la portée de ces machines. De l'aveu même de Jean-Paul Barthès, " on ne sait pas leur appliquer l'intelligence artificielle ".
A l'horizon des cinq prochaines années - la technologie n'en concède pas plus au long terme - surgissent deux enjeux. Le premier est celui de la transparence des systèmes. La fin doit ignorer les moyens. L'utilisateur ne doit pas percevoir la complexité du système qu'il manipule. Le concepteur d'application doit, lui aussi, disposer d'outils plus simples d'accès. C'est tout le problème de l'interface homme-machine. Le deuxième enjeu est le choix de l'information. " C'est tout le principe du stream-lining, déclare Olivier de Conihout. A savoir la recherche de l'information la plus intéressante et l'optimisation de son cheminement ", à travers les banques de données et les réseaux.
L'interface homme-machine devient indispensable. Aussi puissante soit-elle, la machine doit respirer au rythme de son interlocuteur. De fait, les constructeurs cherchent à intégrer au maximum les systèmes d'exploitation pour les rendre aussi transparents que possible. Les operating systems sont ces logiciels qui permettent de réaliser l'enchainement des tâches confiées à l'ordinateur. " Le système doit parler à l'utilisateur dans sa langue. Etre déclaratif ", insiste Hervé Gallaire, directeur de l'ECRC (1), qui préfère nettement ce terme à celui de " transparence ".
La machine de demain imite déjà l'être humain. Elle parle, lit, écrit. Dans cette optique, les recherches sur le langage naturel ont le vent en poupe. Le core language engine, littéralement machine du langage naturel, est le dernier-né du Cambridge Computer Science Research Centre (2). La conversation avec ce prototype, qui possède un vocabulaire de deux mille mots, se déroule par écrit, et en anglais. La machine effectue une analyse linguistique et contextuelle (prononciation) de la phrase, avant de la traduire sous une forme logique. La phrase est alors convoyée vers le système, qui lui fait prendre une destination en accord avec l'information qu'elle contient. " Les applications de cet appareil sont illimitées ", remarque Stephen Pulman, directeur du laboratoire de Cambridge.
" L'intelligence artificielle peut, en effet, faciliter la production d'applications, optimiser, filtrer, organiser et planifier l'information échangée ", explique Gérard Roucairol.
L'ECRC vient ainsi de mettre au point un langage de programmation logique par contraintes, Chip, qui permet de réaliser des applications d'ordonnancement ou de gestion. " On énonce les contraintes à l'ordinateur, expose Hervé Gallaire, par exemple, comment arriver à avoir 10 millions de francs dans trois ans, compte tenu des types de placements existants, du taux d'intérêt... " Ces informations étant incluses dans des bases de connaissances contenues dans les mémoires...
Mais la machine de demain fera mieux encore. L'intelligence artificielle ne mime-t-elle pas l'être humain ? Grâce à elle, la machine pourra identifier la voix, l'écriture, la signature, les formes, les empreintes digitales et jusqu'au fond de l'Óil ! La cabine téléphonique Publivox, développée par le CNET (Centre national des études de télécommunication), obéit au son de la voix humaine. Il suffit à l'utilisateur de prononcer par groupes de deux chiffres le numéro appelé pour que la communication soit établie automatiquement. Mais gare à la toux perturbatrice !
De son côté, le Laboratoire d'informatique et de mécanique pour les sciences de l'ingénieur (LIMSIT) travaille au projet Polyglote. Son nom l'indique, c'est un projet multilingue. Développé au sein du programme Esprit et chapeauté par Olivetti, Polyglote tente d'aboutir avant 1992 à un système associant la reconnaissance directe de plusieurs dizaines de milliers de mots isolés et un vocabulaire de synthèse illimité. Objectif : la réalisation à terme de micro-ordinateurs répondant à la voix. Un marché formidable pour la bureautique. En attendant, la reconnaissance de la parole rencontre encore des limites. Notamment, celles de l'homophonie. Comment distinguer " des amis bedonnants " de " des amibes donnant " ?...
Toujours plus d'informations ! L'intelligence artificielle a sa place dans ce foisonnement. Il faut constamment modifier les documents situés dans les bases de données, et celles-là ne cessent de gonfler. Pourquoi ne pas les rendre dynamiques ? " Il vaut mieux mettre l'intelligence dans les bases de données que dans les programmes, explique Olivier de Conihout. Quelle intelligence ? Celle des systèmes experts. Ou bien celle des Triggers ? "
Partie intégrante de la base, les Triggers permettent à l'utilisateur de la modifier lui-même, sans rien changer au logiciel. " Par exemple, l'utilisateur peut se promener sur une représentation graphique du schéma de la base de données et indiquer, au moyen de la souris, les modifications qu'il veut apporter aux données stockées. Ce qu'il exprime graphiquement se répercute automatiquement sur la base de données ", décrit Hervé Gallaire. Ainsi, l'on maitrise aussi bien l'enveloppe (la base) que son contenu (l'information stockée). " Seulement, avance Gilles Moutet, pour rendre le document intelligent, il faut avant tout éditer des règles de normalisation du document, afin de stocker et de retrouver une information dans n'importe quelle base de connaissances. "
Les bases de données dynamiques, ou bases de connaissances, succèdent aux bases de données relationnelles conventionnelles. Demain, elles laisseront la place aux bases de connaissances " orientées objet ", c'est-à-dire multimédias, à l'image de l'information qu'elles contiennent : voix, image et texte.
Les utilisateurs consultent fréquemment les bases de connaissances, grâce à des terminaux permettant d'interroger à distance les ordinateurs. Les informations transitent donc sur des réseaux. " Transporter les documents du futur peut paraitre simple, remarque Jean-Paul Michel. Mais le multimédias requiert une technologie de fibre optique et une technologie de commutation. " La fibre optique a supplanté le satellite par la rapidité de transmission qu'elle permet : celle de la vitesse de la lumière. Seul problème, la technologie des commutateurs ne suit pas encore. " La recherche porte donc sur des " autoroutes " où l'on pourrait mélanger toutes ces données et sur des protocoles de communication ", poursuit Jean-Paul Michel.
Les fibres optiques abolisent les servitudes liées à l'informatique traditionnelle. " Auparavant, il fallait obligatoirement placer la mémoire tout près du processeur pour réduire les temps d'échange, indique Gérard Roucairol. Désormais, grâce à la rapidité de la fibre optique, on peut faire résider des bases de données à des endroits différents. " L'information répartie permet de calquer enfin l'informatique sur l'organisation de l'entreprise, tout en préservant la cohérence du système d'information.
Derrière tous ces bouleversements, il y a des ingénieurs et des chercheurs. En vingt ans, les compétences exigées ont évolué. Sont hors circuit les titulaires de formations courtes et les autodidactes. En raison de la sophistication des technologies, seules les formations longues ont de l'avenir. Les analystes et les programmeurs sont en perte de vitesse. Selon le rapport de la chambre syndicale des SSII, Syntec Informatique, " l'enjeu des années 90 sera de les préparer à une reconversion profonde ".
Les formations se modifient. Toutefois, la logique des universités et des écoles ne colle pas nécessairement aux exigences des constructeurs. " Les constructeurs ont une vision de plus court terme que la nôtre, souligne Mr Mossiere, directeur de l'ENSIMAG. Par exemple, l'enseignement pointu des protocoles de télécommunication ne serait pas à long terme une formation d'avenir. " Pourtant, aux yeux de Bull, l'ingénieur compétent en la matière est un oiseau trop rare, qu'il déplore de ne pas trouver dans les écoles. Il en va de même pour les spécialistes des langages C ou pour les programmeurs en langage ADA.
Néanmoins, des passerelles s'installent entre l'université et l'industrie. L'ingénieur de demain aura une formation générale solide. Mais il aura tâté du terrain et des technologies " éphémères ", en effectuant des stages que ne manquent pas de proposer SSII et des constructeurs. Au besoin, il suivra une formation au sein de l'entreprise pour mieux coller au marché.
" Nous voulons des chefs d'orchestre, pas des hommes- tambours ", confirme Mr Delisse, de Syntec Informatique. Tous les enseignants interrogés s'entendent sur ce point. " Nous enseignons les éléments conceptuels plutôt que technologiques. Nous voulons des généralistes. Le moment venu, ils se formeront sur le tas, grâce à leur ouverture d'esprit. "
Programme de base type de l'ingénieur : physique du solide, mathématiques appliquées, informatique générale, architecture de systèmes et développement d'applications. Auquel s'ajoutent - c'est une grande nouveauté - des enseignements en sciences humaines. " L'informatique devient description de l'environnement, soutient Jean-Paul Barthès, de l'UTC. Il faut donc que l'étudiant dispose de tous les éléments pour le comprendre. "
L'ingénieur aura désormais des connaissances en ergonomie, communication et maitrise du dialogue, design, psychologie cognitive, linguistique et langage des signes. Et 50 % de ses cours seront consacrés à ces matières.
Les universités, de leur côté, n'ignorent pas les nouvelles technologies. L'université de Compiègne change 10 % de son enseignement chaque année. On étudie au ministère de l'éducation nationale un programme de gestion de l'information technique industrielle (qui formera les connecticiens), destiné aux élèves ingénieurs du deuxième cycle. L'ENSIMAG crée deux nouvelles orientations : l'une propose l'étude du parallélisme massif ; la seconde, à mi-chemin entre l'électronique et l'informatique, s'attaque à l'étude de l'architecture des systèmes numériques de l'informatique.
En projet, toujours à l'ENSIMAG, un mastère sur la qualité des systèmes informatiques et électroniques et la création d'un enseignement multimédias.
Mais il reste encore des trous dans la formation offerte par les universités et les écoles. Ainsi, la physique qualitative, qui permet la modélisation du monde extérieur de manière symbolique, ne rentrera dans les cours de modélisation que d'ici deux à trois ans. Faute d'enseignants. " Il n'y a que six personnes en France qui font de la physique qualitative... ", explique Jean-Paul Barthès.
A moyen terme, d'autres technologies informatiques s'inscriront dans les programmes : l'ingénierie de la connaissance (étude des bases de connaissances), le filtrage de l'information, l'informatique industrielle en temps réel, l'information en diagnostic...
Impossible de dresser une liste exhaustive et définitive. Les progrès des nouvelles technologies sont imprévisibles. Leur durée de vie aussi...
LES puces informatiques envahissent chaque jour davantage le paysage boursier. " L'artisanat du fixing, avec ses grouillots, ses tableaux noirs, a fait place au décor futuriste de salles de marché regroupant autant d'écrans que la salle de contrôle d'un centre spatial ", écrit François Bacot, de la société de Bourse Bacot-Allain, dans un livre qui vient de paraitre : le Nouvel Age d'or des marchés français (1). Et l'on s'oriente vers l'utilisation généralisée de la télématique (jusqu'au minitel chez le particulier), des écrans numériques et des transmissions par satellite.
Les marchés de valeurs mobilières se prêtent en effet particulièrement à cette évolution technologique. Leur vie ne repose-t-elle pas sur l'accès à des informations (données macro-économiques et résultats de sociétés, indices, cours,...) et leur traitement ? Il a donc fallu développer à la fois des systèmes de communication, des réseaux parfaitement gérés, mais aussi les logiciels d'aide à la décision. " Les réseaux sont ce que nous maitrisons le moins. Il reste beaucoup de progrès à réaliser pour que nos ordinateurs puissent dialoguer entre eux, souligne Jean-Claude Janik, secrétaire général de la société de Bourse Cheuvreu de Virieu. Les anciens agents de change ont pris conscience tardivement qu'il était indispensable de recruter des équipes d'informaticiens ! "
La croissance exponentielle des volumes traités et l'internationalisation des marchés ont, en outre, rendu nécessaire un véritable " saut technologique ". Entre 1976 et 1986, le volume des transactions boursières a été multiplié par trente-neuf, atteignant 2 085 milliards de francs. En 1987, a commencé la grande aventure du marché continu informatisé (dit CAC). Auparavant, l'utilisation d'ordinateurs puissants avait également rendu possible le développement de marchés dits dérivés, le MATIF (marché à terme international de France) et le MONEP (marché des options négociables).
Cette même année 1987, le progrès technologique est conduit au banc des accusés. Le 19 octobre, alors que l'euphorie boursière est à son comble, les indices s'écroulent. " Toute la machine automatisée et informatisée s'enraye, raconte François Bacot. Les ordinateurs étaient tous programmés de manière identique pour déclencher des ordres de vente à partir de certains seuils déterminés par les analyses graphiques. " En somme, un désastre qui s'autoalimente. Et la révélation brutale qu'une automatisation trop rapide peut provoquer des " cyclones financiers ".
La période de l'après-krach voit naitre une série de prises de conscience : la nécessité d'instaurer des procédures de contrôle fiables et rapides, auxquelles doit s'ajouter une surveillance du respect des règles déontologiques ; mais aussi l'obligation de bouleverser le traitement " administratif " des transactions. La modernisation avait touché le " front-office ", où s'effectuent les transactions, mais pas le " back-office " (livraison et règlement des titres, comptabilité,...) où résident de volumineux gisements de productivité. L'intendance ne suivait pas, et d'énormes retards de traitement s'étaient accumulés (représentant une douzaine de milliards de francs). D'où le projet RELIT (règlement-livraison des titres) dont la mise en place commence en ce moment. Il concerne trois cents banques et sociétés de Bourse.
Cette révolution des back-offices exige de nouvelles compétences. Les anciennes charges d'agent de change recherchent de jeunes diplômés rompus aux techniques financières et fiscales, comptables et informatiques. Une double, voire une triple compétence. Avec l'anglais en prime. " Or les formations initiales n'ont pas suivi les évolutions technologiques ", constate François Bacot. Notamment pour les back-offices.
Pour recruter un cadre, il n'est plus possible de se contenter d'un diplôme de comptabilité, même de niveau bac + 5. Le DESS " Organisme et contrôle des activités de marchés financiers - back-office " de l'université Lumière-Lyon 2 et d'autant plus primé qu'il est encore seul sur le marché. La première promotion de vingt diplômés vient de sortir. Ils étaient déjà pratiquement tous embauchés... avant d'avoir obtenu leur diplôme. " J'ai cette année vingt-trois étudiants, ce qui est largement insuffisant pour répondre aux besoins des banques et sociétés de Bourse, affirme Michel Karlin, maitre de conférences. En outre, elles souhaitent également embaucher de jeunes diplômés de niveau bac + 2 (BTS ou DUT). Un niveau de formation qui n'existe pas pour les back-offices. Pourquoi ne pas concevoir un pôle de formation initiale et continue associant un lycée ou un IUT, une université, et la Place ? " Il est permis d'espérer. Le DESS lyonnais aura d'ailleurs bientôt un concurrent, le " Mastère spécialisé en back-office " (organisation des traitements, contrôle et audit des opérations financières), du CERAM (Centre d'enseignement et de recherche appliqués au management de Sophia Antipolis).
Les nouveaux diplômes sont attendus avec une impatience mal dissimulée. " Lorsque les marchés ont explosé en 1983, les " golden boys " (négociateurs) étaient rares et chers. Il faut éviter le même phénomène de rareté avec les fonctions de back-office et de mesure des risques ", s'inquiète Bruno Gizard, directeur général adjoint à la Société des Bourses françaises. De nouveaux métiers naissent, enfants des bouleversements technologiques. Les délais de traitement imposés par la réforme RELIT obligent la Place à concevoir, par exemple, une nouvelle qualification : le trésorier-titres, chargé des prêts et emprunts de titres. " Les futurs métiers du back-office supposeront des compétences d'organisateur, expose François Bacot, de metteur en Óuvre de systèmes d'information. "
Ne peut-on avoir recours qu'à de jeunes diplômés ? Les employés actuels des back-offices sont-ils capables de s'adapter à la future chaine comptable informatisée ? " Nous avons besoin des deux populations ", estime Jean-Pierre Pinatton, de la société de Bourse Pinatton. Il se souvient d'une jeune fille titulaire d'un DESS de comptabilité, dont il a dû se séparer au bout de quelques mois, "car elle ne comprenait rien à la spécificité de notre métier". A contrario, ajoute-t-il, sur trois spécialistes de "balance-titres" embauchés de longue date, deux ont très rapidement apprivoisé l'outil informatique et sa rapidité de traitement. "Chaque fois que c'est possible, il vaut mieux former un ancien pour bénéficier de sa culture", résume J.-P. Pinatton. "La formation initiale prépare naturellement bien les esprits mathématiques et techniques, mais il leur manque souvent la culture boursière", renchérit Jean-Claude Janik. "C'est une carence de nos écoles de commerce, ajoute Marc Lamy, du cabinet de recrutement Heidrick et Struggles ; la spécialisation boursière n'intervient qu'en troisième année. Trop tard. En outre, les matières les plus en pointe sont enseignées en France avec plusieurs années de retard sur les Etats-Unis."
Les sociétés de Bourse elles-mêmes ont pris du retard. Les révolutions technologiques comme les exigences des nouveaux partenaires que sont les banques imposent de passer d'une méthode de travail artisanale à des processus industriels. Une évolution freinée, au départ, rappelle François Bacot, par "les réticences culturelles, les blocages de générations et de formation, et les féodalités de pouvoir".
La Bourse devient une industrie : on recrute effectivement de plus en plus de jeunes ingénieurs - voire des centraliens et des polytechniciens - pour mener à bien l'organisation informatique. Les écoles de commerce (les Sup de Co, ESSEC ou HEC), Sciences-Po, ou l'université (DESS), ne sont plus les pourvoyeurs exclusifs. Ces diplômés de haut niveau sont aujourd'hui attirés par les perspectives nouvelles de carrières. Les "passerelles" avec les banques se multiplient. L'horizon s'élargit. En sens inverse, les sociétés de Bourse chassent au sein des cabinets d'audit, d'organisation ou de commissariat aux comptes, notamment pour les postes de mesures des risques (suivi des "ratios prudentiels").
Ces vases communicants vont nécessairement bousculer le système de rémunération en vigueur dans la Place. A un salaire fixe s'ajoutent toujours des gratifications et des primes, qui ont atteint de douze à vingt-quatre mois en 1987, pour redescendre à neuf mois en moyenne en 1988. Il faut donc faire cohabiter les "anciens" aux salaires nominaux faibles, mais souvent payés sur vingt à vingt-six mois, et des jeunes "qui ne sont motivés que par un salaire de base confortable, nettement supérieur à ce que leur offrent l'industrie, les services ou les institutions financières", observe François Bacot. Le mythe des golden boys surpayés, chacun propriétaire d'une Ferrari, a la vie dure. "Il est temps que la partie fixe du salaire augmente pour tous, et que les primes ne soient attribuées qu'en fonction d'objectifs atteints par l'entreprise, ajoute le patron d'une société de Bourse. Pour l'instant, on est obligé d'anticiper en garantissant la partie variable de la rémunération des jeunes diplômés." Ces "débutants" peuvent généralement prétendre à des salaires annuels de 120 000 à 160 000 F, auxquels s'ajoute la partie "variable" qui ne dépasse jamais 100 %.
Est-ce suffisant pour attirer les jeunes dont la Place a besoin ? Visiblement pas pour tous les métiers. "Nous avons toujours d'énormes besoins en commerciaux", soupire Jean-Pierre Pinatton. Il se souvient l'avoir confié à un public d'étudiants de l'université Paris-Dauphine. "Effroi dans la salle. L'un d'entre eux s'est écrié : "Alors que nous avons des diplômes, vous nous dites que nous devons faire de la vente ! " Dans leur tête, il n'y a rien de plus dévalorisant que la vente. Comme si je leur proposais de devenir des camelots !". En revanche, s'il recherche un jeune pour concevoir des logiciels très complexes, exigeant des compétences mathématiques et économétriques de haut niveau... il y aura pléthore de candidats.
" Lorsqu'un chasseur de têtes m'a appelé pour me proposer une embauche au service titres de la Société générale, je n'en revenais pas ", se souvient Lionel Desforges. C'était l'an dernier. Il était ingénieur de production à l'usine Peugeot de Metz. Passer de l'automobile à la finance, vers un monde où les produits ne sont pas palpables ? Il a fini par accepter le défi. " La Générale voulait restructurer son service titres, en le dépoussiérant, explique ce centralien (Lyon) de trente-huit ans. Mais c'est en fait le chasseur qui a convaincu la direction de la banque qu'il serait judicieux de recruter un ingénieur qui ait fait de la production, de l'organisation, de la qualité, dans une industrie qui se soit remise en cause. " C'était un risque énorme, mais finalement jugé indispensable par la direction de la banque : " Il fallait un électrochoc... dans un univers trop confortable où l'argent facile ne poussait pas à affiner les coûts. "
" J'amenais des idées neuves, explique l'ingénieur des chaines de montage automobile. J'ai eu le sentiment d'arriver dans une pagaille monstre. Il fallait réorganiser. De brillants cerveaux inventent chaque année de nouveaux produits financiers... sans prévoir la manière de les gérer. " C'est, selon lui, le " coût de la non-qualité " dans l'usine back-office. Et son informatisation ressemble, expose Lionel Desforges, à la robotisation chez Peugeot. " Comme chez mon précédent employeur, j'ai contribué à modifier les processus de commandement : supprimer la cascade de petits chefs sans compétence de management. " La greffe a pris. L'ingénieur se sent bien dans cet univers comptable. A croire qu'une équipe composée d'hommes d'horizons très divers est davantage créatrice qu'un groupe homogène.
Visiblement heureux, Bertrand Patillet a été embauché il y a seize mois comme " responsable de l'audit interne " dans la société de Bourse Cheuvreux de Virieu. Titulaire d'une licence de sciences économiques (mention économétrie) de Nanterre et du diplôme de Science-Po de Paris (économie finance et fiscalité), il a été chassé après trois ans de chez Arthur Young, un grand cabinet d'audit anglo-saxon. Il a vingt-huit ans et son salaire annuel est supérieur à 500 000 F.
Chez Arthur Young, ses missions d'audit l'ont conduit au Club Méditerranée (au siège social, mais aussi dans quelques villages ensoleillés), chez Alsthom, Shell, et dans des sociétés de Bourse, dont Cheuvreux de Virieu. " J'éprouvais comme une lassitude. C'est frustrant, l'audit : on est rivé sur les comptes du passé qui n'intéressent plus personne, se souvient Bertrand Patillet. On ne sait même pas si ses recommandations sont suivies. J'avais besoin d'être opérationnel. "
L'audit interne chez Cheuvreux de Virieu ? Il s'agit à la fois du contrôle des opérations initiées par le personnel pour leur propre compte (surveillance des traders). Et de la recherche de poches de sous-productivité, essentiellement dans les services de back-office. " Nous pouvons faire beaucoup d'économies sur les frais généraux ", affirme Bertrand Patillet, satisfait d'être perçu comme une force de proposition.
De nombreuses écoles d'ingénieurs forment des ingénieurs en biotechnologie au niveau bac + 5. Les plus cotées sont souvent liées à des universités, avec lesquelles elles organisent DEA et formations doctorales.
Toulouse : Elle est une des villes les plus actives, avec l'université Paul-Sabatier et l'INSA, qui forme des ingénieurs en génie biochimique et alimentaire, ainsi qu'en génie biomoléculaire. L'INSA prépare aussi un DEA en génie biochimique avec l'université Paul-Sabatier, et ses enseignants participent au second cycle de biochimie et microbiologie.
Strasbourg : L'Ecole supérieure de biotechnologie de Strasbourg, créée par l'université Louis-Pasteur, forme une vingtaine d'ingénieurs par an. Le contenu est très orienté vers la biologie et la génétique moléculaires (santé). Depuis novembre 1988, elle a signé une convention avec les universités de Bâle, Fribourg et Karlsruhe, pour délivrer un diplôme commun. L'université Louis-Pasteur possède probablement la meilleure formation doctorale en génie génétique (autour du laboratoire de Pierre Chambon).
Compiègne : L'université technologique propose deux filières d'ingénieur (bio-industrie et produits biotechnologiques et alimentaires). La formation par la recherche s'effectue dans le laboratoire de génie enzymatique, en liaison étroite avec le biochimique et l'alimentaire.
Malgré les critiques dont sont l'objet les écoles agronomiques, l'INAPG (Agro-Paris) mérite une mention particulière, ne serait-ce que parce qu'elle possède en commun avec l'INRA un laboratoire de génie des procédés dirigé par Claude Corrieu, ainsi qu'une halle de biotechnologie orientée vers la microbiologie et la fermentation.
Les universités ne proposent généralement pas de formation spécifique en biotechnologie. En revanche, on trouve un panorama assez complet de deuxièmes et troisièmes cycles dans toutes les spécialités des sciences de la vie. On dénombre environ une quinzaine de maitrises comprenant des enseignements de biochimie. Sur les huit cents étudiants ainsi formés, environ 20 % suivent un enseignement spécialisé de troisième cycle.
- Paris-XI Orsay propose des formations doctorales en génie génétique. Centre scientifique d'Orsay - 15, rue Georges-Clemenceau, 91405 Orsay - Tél. : 69-41-67-50.
- Paris-VII et l'Institut Pasteur sont associés pour une formation en microbiologie qui est, dit-on, la meilleure d'Europe. Tél. : 43-36-25-25 poste 4734. Paris-VII propose également un DEA " protéines " (même téléphone).
- Marseille-Luminy abrite un des meilleurs laboratoires d'immunologie. Aix-Marseille-II, 27, Bld Jean-Moulin, 13385 Marseille Cedex 4. Tél. : (16) 91-79-91-10.
- Marseille Saint-Charles est spécialisé en microbiologie. Aix-Marseille-I - 3, place Victor-Hugo, 13331 Marseille Cedex 3. Tél. : (16) 91-95-90-71, poste 503.
- L'université de Nice propose un des seuls DEA spécialisés en pharmacologie. Parc de Valrose, O6034 Nice. Tél. : (16) 93-52-98-98.
Paris-VII propose la seule formation continue en biotechnologie destinée aux salariés des secteurs concernés (chimie, pharmacie, agro-alimentaire) de tous niveaux.
Comme ils utilisent souvent plusieurs techniques, les adeptes des nouveaux médias électroniques, jamais à cours de néologismes, ont forgé des mots composés pour désigner leurs activités.
Ainsi, la télématique fait appel aux télécommunications et à l'informatique. L'infographie marie l'informatique et le graphisme. Il existe toutefois plusieurs types d'images produites ou transformées par ordinateur. Avec des palettes graphiques, on peut créer ou transformer des images fixes. Si l'o, souhaite ensuite animer ces images, c'est-à-dire les enchainer pour reproduire le mouvement, il faut faire appel à des logiciels d'animation. Ces logiciels peuvent être adaptés à l'animation 2D (deux dimensions), qui correspond au dessin animé classique. Ou bien être des logiciels 3D (trois dimensions), c'est-à-dire adaptés à la visualisation dans l'espace de volumes en mouvement.
Autour du mot médias se déclinent aussi une ribambelle d'activités. Les concepteurs d'applications multimédias mélangent pour atteindre leurs buts différents supports, tels que vidéo, son, écrit, photos,... Les hypermédias sont ainsi baptisés parce qu'ils offrent, grâce à de puissantes capacités de stockage, la possibilité de plusieurs niveaux de " lecture " enchainés. Ainsi, à une définition d'un dictionnaire peuvent être associés : l'ensemble de ses synonymes, ou bien une carte géographique, ou un texte d'explication ou encore une photo ou un dessin. L'utilisateur peut ainsi " construire " sa propre lecture en cheminant dans les différentes strates de connaissance, grâce à des logiciels baptisés hypertextes.
- L'ISITEM (Institut des sciences de l'ingénieur en thermique-énergétique et matériaux), 2, rue de La Houssinière, 44072 Nantes Cedex.
A noter que trois de ces sept formations sont proposées par des filières d'ingénieurs dépendant des universités.
- UTC (Université technologique de Compiègne), BP 233, 60206 Compiègne.
On compte trente-six DEA et sept DESS en sciences des matériaux. Les universités en relation avec les filières ingénieurs citées plus haut délivrent les DEA et DESS correspondants (Montpellier, Orsay, Nantes, Grenoble, Metz). Il faut y ajouter les universités de Bordeaux-I et Lyon-I (matériaux composites), Limoges (céramiques), Strasbourg-I (chimie), etc.
ILS n'ont peur ni des souris ni des puces. Ils les ont même apprivoisées, et c'est avec elles qu'ils rêvent à des images inimaginables, qu'ils font vivre sur pellicule des héros inventés, ou nourrissent les encyclopédies du futur. Rassurez-vous, ces souris et ces puces-là sont électroniques, et servent à manier des ordinateurs. Leurs dompteurs sont les enfants de l'informatique, de l'image et des télécommunications.
Ils sont souvent jeunes, comme les techniques qu'ils manient. Qui pouvait, il y a quinze ans, prévoir l'explosion de la télématique ou de l'image de synthèse ? Qui connait, même aujourd'hui, ces " hypermédias " qui sont appelés à compléter ou à remplacer nos dictionnaires et nos encyclopédies, en offrant un accès instantané à des connaissances toujours plus vastes ?
Les entreprises dans lesquelles ils travaillent, elles aussi, sont jeunes, le plus souvent. Ajoutée à l'extrême variété des métiers regroupés sous les mêmes vocables (voir encadré), cette jeunesse explique qu'il y ait encore peu de filières toutes tracées, de place dans les organigrammes pour ces touche-à-tout.
" Je me suis formé chez les constructeurs de la machine que j'utilise, et après sur le tas ", admet Diego Pittalunga. C'est dans la société où ce photographe et réalisateur de cinéma travaillait qu'il a découvert l'infographie, c'est-à-dire l'art de produire des images sur ordinateur. " Mais c'était l'usine : comme les machines sont très chères, il fallait produire, produire. Et on ne peut pas faire de la création avec une montre dans la tête. " Alors, Diego a créé avec un copain sa boite, Tango Periferico. Ses clients sont des studios de publicité, des grandes sociétés pour leurs brochures internes, des maisons de disques comme WEA ou Barclay, pour des pochettes pour albums.
L'expérience de Tango est typique de beaucoup de jeunes sociétés. Il faut du talent, beaucoup de débrouillardise et savoir rentabiliser au mieux des machines très coûteuses et rapidement obsolètes. Après, on s'entraide, et on forme les autres sur le tas.
" Il n'y a pas vraiment de filières. Nous formons donc en interne des équipes, explique Marten De Groot, de Milelec, filiale du groupe Métrologie. Avec des logiciels qui sont de plus en plus faciles, on peut former des graphistes à l'informatique. Même si certains ont du mal à s'adapter, car travailler avec une machine leur semble encore contre nature. "
Comme dans toute industrie de services, il faut faire face à des afflux de commandes, et donc utiliser des infographistes free-lance. " Ça permet de tourner la nuit, en cas de " charrette ", explique Diego Pittalunga. Cela correspond aussi à la mentalité des graphistes, qui sont d'abord des artistes. "
Philippe Le Chevalier, PDG d'Infographis, société de formation et de conseil, a justement créé un département de recrutement, et garde en fiches un " vivier " d'infographistes. " On manque de vrais professionnels ", reconnait-il. Il est vrai que son portrait du bon infographiste tient du mouton à cinq pattes : " Quelqu'un qui soit créatif, sans l'être trop pour ne pas se sentir bridé par les machines ; qui ait une notion de la rentabilité, car les machines sont chères. Bref, qui sache vivre sereinement la contradiction entre le côté artistique et le côté industriel : la motivation est essentielle. " Infographis organise des stages courts, fréquentés essentiellement par des étudiants sortant d'écoles de graphistes comme Estienne ou Olivier-de-Serres. " Après ces stages courts, il est impératif qu'ils complètent leur formation pratique, et nous leur ouvrons accès libre aux machines, quand elles sont libres. " C'est-à-dire souvent la nuit...
Faut-il donc être noctambule pour espérer réaliser un jour des images de synthèse ? A l'opposé de la formation pragmatique, directement opérationnelle, mais sur un logiciel précis, dont parle Philippe Le Chevalier, Edmond Couchot défend les mérites d'une formation de base solide et polyvalente, gage d'adaptabilité future.
Le diplôme de second cycle d'arts et technologies de l'image, dont il est responsable à l'université Paris-VIII (Saint-Denis), existe depuis 1982, et est habilité nationalement depuis 1984. Ouvert à vingt-cinq étudiants par an, venus des DEUG d'arts plastiques, des beaux-arts, de formations à la communication ou, plus rarement, du secteur scientifique, ce diplôme repose sur le principe d'une double compétence approfondie : technique (avec la programmation en langage C) et artistique. Mariant recherche (" car il faut constamment anticiper sur les besoins ") et formation initiale ou continue, avec la pratique du monitorat et l'exigence de stages professionnels, cette formation s'est orientée vers le haut de gamme des images de synthèse : l'animation en trois dimensions. " Attention à ne pas décevoir les étudiants ! prévient pourtant Edmond Couchot. Les débouchés dans le domaine strictement artistique sont aussi rares que ceux des beaux-arts dans la peinture professionnelle. Quant à l'enseignement, mieux vaut ne pas y penser : les machines sont trop rares dans l'éducation nationale. Nous-mêmes avons dû développer nos propres logiciels, car ceux du commerce sont trop chers..."
Les débouchés, pourtant, existent. Les applications techniques connaissent une forte demande de visualisation. Qu'il s'agisse d'industrie automobile, de design, de travaux publics ou d'architecture, l' " habillage réaliste " d'objets est un créneau porteur. On veut voir une autoroute ou un bâtiment avant qu'ils soient construits, faire rouler en images les voitures du futur.
L'Institut national de l'audiovisuel, qui est à la pointe de la recherche en animation 3D, organise des stages annuels réservés aux architectes, sur le thème " Image de synthèse et communication ". L'INA, qui se veut " l'entreprise de toutes les images " a bien d'autres offres de formation : des stages courts de création à l'aide de palette graphique, de réalisation d'images de synthèse 3D, d'initiation à la paint-box ou de dessin animé assisté par ordinateur.
D'autres stages sont plus longs : 105 jours par exemple, pour la formation d'animateurs infographistes 3D, en collaboration avec le CFT Gobelins de la chambre de commerce de Paris. Cette formation passe par une bonne maitrise de l'animation traditionnelle, du dessin animé : comme c'est souvent le cas pour ces nouveaux métiers de la communication, l'informatique n'est pas un but en soi, mais un outil au service d'une technique déjà connue. Les débouchés de ces formations ? Une série de sociétés de production, comme Fantôme, Ex Machina, MacGuff Line, BSCA, Pixibox, fabriquent des courts métrages ou des publicités en image de synthèse 3D. Et ce marché devrait croitre rapidement.
Mais il serait illusoire de penser que la machine peut tout faire : le sens des couleurs ou le génie des formes ne peuvent s'acquérir au simple contact d'un clavier. Rien d'étonnant donc à ce qu'une des formations les plus renommées en infographie soit celle de l'Atelier d'image et d'informatique (A2I) de l'ENSAD, l'Ecole nationale supérieure des arts décoratifs. L'atelier, largement équipé en matériels divers, offre aux étudiants de l'ENSAD des unités de valeur dans leur cursus de premier et second cycle. Il organise un troisième cycle d'un an, avec une vingtaine de places, ouvert aux diplômés de l'ENSAD et à quelques personnes extérieures de niveau équivalent. Il propose aussi une dizaine de stages courts de formation continue, fréquentés par près de huit cents personnes, depuis 1985.
Le mariage de l'ordinateur et de l'image ne se limite pas à la création. Programmes et automates servent aussi à manipuler des images déjà créées. Et toute une série de nouveaux métiers sont en train de naitre dans la " communication interactive multimédias ". C'est-à-dire dans l'analyse des besoins de communication, et dans la mise en place des outils techniques adaptés. Plus qu'une compétence technique précise, ces métiers " d'ensembliers " requièrent des capacités de gestion, d'animateur d'équipe, de respect des délais.
Dans la société Imedia International, par exemple, on conçoit des outils interactifs, notamment des bornes d'information, comme celles qui guident les visiteurs dans le dédale des Galeries Lafayette. Autant ces bornes doivent être simples à utiliser pour le client, autant leur conception fait intervenir des techniques complexes, que personne ne peut maitriser seul de bout en bout : informatique, vidéo, design,... et gestion, car le client n'acquitte pas les factures pour la seule beauté de la technologie.
Parce que ces bornes font cohabiter des disques vidéo, des applications télématiques, des bases de données complexes, le patron d'Imedia, Mr Jean-François Vermont, insiste sur la difficulté de trouver des chefs de projets aptes à synthétiser les " ingrédients " médiatiques des nouveaux outils interactifs. " Plusieurs universités, comme Paris-VIII, Paris-X-Nanterre, Valenciennes, Grenoble, ou l'IMAC de Saint-Denis, offrent des formations de second ou de troisième cycle dans les nouvelles technologies de communication. Mais le risque existe, pour les étudiants, de ne voir que les morceaux du puzzle : ils auront alors un vernis de vidéo, d'informatique, de conception de scénarios, sans maitriser l'ensemble des projets. " En fait, même avec la création de ces filières de formation spécialisée, la formation sur le tas garde tous ses droits.
Et le travail en équipe, entre personnes aux compétences complémentaires, est une nécessité. C'est aussi cette diversité que s'attache à respecter le CRECH (Centre européen de recherches et création hypermédias), qui ouvre ses portes cette année à des étudiants venus d'horizons multiples. Pour ses promoteurs, la conjonction de nouveaux supports (comme les disques optiques numériques effaçables) et de nouveaux logiciels (les hypertextes) permettant de stocker et manipuler beaucoup d'informations de toutes formes (images, sons, données...) impose de maitriser une nouvelle " grammaire ".
Les étudiants de troisième cycle du CRECH doivent être capables de penser les dictionnaires, encyclopédies, banques de données ou d'enseignement assisté par ordinateur de demain. Et pour cela, avant même de se plonger dans les techniques de réalisation (qui évoluent très vite), ils suivront des cours de culture générale européenne, ou de sémantique des scénarios. Le CRECH, qui compte sur le parrainage individualisé d'entreprises pour parfaire sa formation, se veut résolument européen dans ses méthodes et son recrutement.
Une ambition que partage aussi Edmond Couchot, de Paris-VIII. Avec le Middlesex Polytechnic britannique, et l'école des arts d'Utrecht aux Pays-Bas, il prépare un mastère européen faisant circuler une quinzaine d'étudiants entre les trois universités. Le Centre national de la bande dessinée d'Angoulême et le CFT Gobelins doivent s'associer à ce projet, soutenu par les Communautés européennes dans le cadre du programme Media 92. Si les images n'ont pas de frontières, pourquoi leur enseignement en aurait-il ?
Comme ils utilisent souvent plusieurs techniques, les adeptes des nouveaux médias électroniques, jamais à cours de néologismes, ont forgé des mots composés pour désigner leurs activités.
Ainsi, la télématique fait appel aux télécommunications et à l'informatique. L'infographie marie l'informatique et le graphisme. Il existe toutefois plusieurs types d'images produites ou transformées par ordinateur. Avec des palettes graphiques, on peut créer ou transformer des images fixes. Si l'on souhaite ensuite animer ces images, c'est-à-dire les enchainer pour reproduire le mouvement, il faut faire appel à des logiciels d'animation. Ces logiciels peuvent être adaptés à l'animation 2D (deux dimensions), qui correspond au dessin animé classique. Ou bien être des logiciels 3D (trois dimensions), c'est-à-dire adaptés à la visualisation dans l'espace de volumes en mouvement.
Autour du mot médias se déclinent aussi une ribambelle d'activités. Les concepteurs d'applications multimédias mélangent, pour atteindre leurs buts, différents supports, tels que vidéo, son, écrit, photos,... Les hypermédias sont ainsi baptisés parce qu'ils offrent, grâce à de puissantes capacités de stockage, la possibilité de plusieurs niveaux de " lecture " enchainés. Ainsi, à une définition d'un dictionnaire peuvent être associés : l'ensemble de ses synonymes, ou bien une carte géographique, ou un texte d'explication ou encore une photo ou un dessin. L'utilisateur peut ainsi " construire " sa propre lecture en cheminant dans les différentes strates de connaissance, grâce à des logiciels baptisés hypertextes.
Crech, 6, rue Saint-Séverin, 75006 Paris. Tél. : 45-49-06-14.
Atelier d'image et d'informatique, ENSAD : 31, rue d'Ulm, 75003 Paris. Tél. : 43-26-36-35.
Infographis : 75, rue Bayen, 75017 Paris. Tél. : 40-55-04-51.
INA (Institut national de l'audiovisuel) : direction de la formation professionnelle, 4, avenue de l'Europe, 94366 Bry-sur-Marne Cedex. Tél. : 48-75-85-85.
Arts et technologies de l'image : université Paris-VIII, 2, rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis Cedex 02. Tél. : 48-21-63-64, poste 16-40.
Crear, institut de formation aux métiers d'art et de la communication : château de Montvillargenne, 60270 Gouvieux. Tél. : (16) 44-58-21-24. Formation de graphistes.
IMAC (Institut image et communication), place du 8-mai-1945, 93206 Saint-Denis Cedex 1.
THOMSON est un des grands employeurs d'ingénieurs électro-informaticiens. L'enquête, réalisée pour cette entreprise et le Monde, par le BIPE (Bureau d'information et de prévision) auprès de deux cents d'entre eux, révèle les grandes caractéristiques de cette population et des modes de gestion qui lui sont appliqués.
Les ingénieurs, chez Thomson, ont un âge moyen de trente et un ans. Ce sont surtout des hommes (de 75 à 90 % suivant les sites). Cette sous-représentation féminine s'explique peut-être par les secteurs d'activités (armement, espace, métallurgie) réputés comme peu attractifs pour les femmes.
Les ingénieurs viennent principalement des grandes écoles. Toutefois, les ingénieurs d'université (titulaires d'une MIAGE, d'un doctorat ou d'un DESS), arrivés récemment, représentent déjà 33 % des effectifs. Ils sont considérés dans leur ensemble comme moins performants par la hiérarchie, qui estime qu'ils évoluent et sortent du rang moins vite. Thomson réalise un effort de formation important, représentant entre 5 et 7 % de la masse salariale. Les ingénieurs en profitent largement, à la fois pour approfondir leurs connaissances techniques (65 % des formations) et développer leurs capacités d'encadrement et de management. Près de la moitié d'entre eux ont suivi de un à trois stages depuis leur début de carrière (et 36 % depuis leur entrée chez Thomson).
La plupart des ingénieurs exercent un métier très spécialisé et très pointu dans les domaines évolutifs : ingénieur étude (logiciels-projets, logiciel-génie), ingénieur chargé d'affaires, chef de projet, ingénieur développement et ingénieur systèmes.
La majeure partie d'entre eux sont dans la filière informatique depuis quatre à dix ans (38,5 %). Ils semblent en revanche peu attachés au secteur d'activité, puisque la plupart ne travaillent pas dans celui où ils ont commencé leur carrière.
Il n'y a pas d'écart entre la durée moyenne d'ancienneté chez Thomson et dans d'autres entreprises où ils ont travaillé. Le turn-over sur les sites se situe entre 10 et 15 %. La durée critique se situe entre deux et cinq ans pour les populations de trente et trente-cinq ans qui ont déjà une première expérience et où l'attraction du marché est très forte. Ils raisonnent plus, selon les directeurs de ressources humaines, en " termes de marché ", qu'en termes d'attachement à une société. Cependant, la proportion de ceux qui ont fait carrière au sein du Groupe est importante, ainsi que la proportion de débutants sur les sites.
Les éléments déterminants des changements dans leur carrière ne sont pas ceux qu'on attend généralement pour cette filière. Un fort pourcentage considère son évolution comme une " progression normale de carrière " - ce qui peut dénoter une certaine passivité. Si l'élément salaire est important (troisième élément le plus souvent cité), il joue surtout pour les jeunes ingénieurs très mobiles qui atteignent rapidement un sursalaire, et les ingénieurs très spécialisés qui utilisent l'appel du marché.
C'est une population peu mobile géographiquement, la stabilité se renforçant avec l'âge. " Je ne trouve même pas des ingénieurs à envoyer à Silicone Valley ", se plaint un directeur informatique.
Ceux qui ont des perspectives de carrière (les deux tiers des ingénieurs interrogés) souhaitent majoritairement : gérer entièrement un projet (responsable/chef de projet) ou passer chef de service. Ces projets correspondent au désir de quitter la technique pure, pour superviser tous les aspects d'un projet, communiquer plus vers l'extérieur, ne plus faire un travail parcellaire, et quitter les tâches d'exécutant.
Il est clair que l'écart entre les souhaits des interviewés et le constat des DRH sur leur relative immobilité engendre des insatisfactions de part et d'autre, voire un grand malentendu vécu comme tel par les interviewés.
Les DRH mettent en place une politique de fidélisation de leurs effectifs, axée sur l'image de la société ; les outils de travail ; l'intérêt des projets ; l'ambiance interne ; l'esprit d'équipe ; le salaire ; la gestion des carrières.
La formation joue un grand rôle dans cette politique et les DRH souhaitent notamment accroitre la proposition des stages au management et à l'encadrement. Pour leur part, les ingénieurs, qui se considèrent comme des experts sur des secteurs évolués (et évolutifs), attendent plus de reconnaissance, de valorisation, de prise en charge de leur carrière et de rapidité d'évolution dans leur trajectoire professionnelle. La majorité d'entre eux (77 %) souhaitent exercer plus de responsabilités dans leur domaine technique. Ceux qui souhaiteraient évoluer dans un autre domaine sont surtout attirés par le commercial, ce qui selon un DRH correspond à un désir de communication vers l'extérieur, à une certaine volonté d'indépendance et à un " " effet de mode actuel ".
A l'intérieur de Thomson, 23 % souhaitent évoluer au sein de leur division, une proportion importante souhaitant évoluer au sein du groupe qui conserve une image de dynamisme et de synergies professionnelles. Les 30 % pour lesquels la destination au sein de Thomson importe peu peuvent indiquer que les perspectives offertes globalement par la société ne sont pas clairement perçues.
Ils ne souhaitent pas changer de métier pour 74 % d'entre eux, et ceux qui le désirent sont surtout attirés par le commercial. En revanche, 60 % d'entre eux changeraient volontiers de secteur. Ceux qui sont prêts à changer de statut (30 %) souhaiteraient créer leur entreprise.
L'INFORMATIQUE est maintenant partout et le besoin en ingénieurs électro-informaticiens de plus en plus important. S'ils ne représentent encore qu'un peu plus de 1 % des salariés des entreprises françaises, leur nombre a augmenté de 25 % en trois ans, soit 8 % par an. Encore cette estimation est-elle incomplète, car elle ne prend pas en compte les ingénieurs formés à l'informatique, mais occupant des emplois fonctionnels dans la gestion, la comptabilité ou les services financiers.
Plus d'un tiers des informaticiens travaillent dans les services aux entreprises, qui ont connu, depuis trois ans, la plus forte croissance de leurs effectifs (11 % par an). Les biens d'équipement (surtout industries électro-électroniques, mais aussi aéronautique, armement...), qui étaient en tête il y a trois ans, ont progressé plus faiblement (4 % par an). Enfin, 34 % des ingénieurs se répartissent dans les secteurs les plus divers : services non marchands, automobile, chimie, commerce, finance, bâtiment-travaux publics...
Les ingénieurs électro-informaticiens travaillent majoritairement dans le software, 20 % dans la recherche, 20 % dans le commercial et seulement 6 % en fabrication. De tels chiffres s'expliquent par l'importance des fonctions études, conception, mise au point et développement de logiciel dans le SSII (sociétés de services et d'ingéniérie informatiques) bien sûr, mais aussi dans les industries de l'armement ou de la mécanique. Les ingénieurs de fabrication sont surtout présents dans les industries électriques et électroniques, alors que les ingénieurs de recherche et les commerciaux sont dispersés sur l'ensemble des secteurs.
Malgré le prestige de leurs diplômes, de 10 à 30 % des ingénieurs suivant les écoles sont aussi détenteurs d'un diplôme universitaire. Cette proportion est de 30 % pour les ingénieurs SUPELEC et ENSIMAG.
Ces itinéraires se dessinent largement en fonction de l'adaptabilité des individus dans le domaine de la gestion des projets et des ressources humaines. Pour l'aider dans le développement de sa carrière, l'ingénieur bénéficie dans l'entreprise d'une formation permanente importante axée sur l'approfondissement des connaissances techniques (54 % des formations proposées aux ingénieurs), le management (37 %) ou la gestion de projet (9 %).
En moyenne, chaque ingénieur reste cinq ans à un même poste de travail. Il change d'entreprise relativement souvent en début de carrière. Près de 40 % des jeunes ingénieurs travaillent ainsi à un moment ou à un autre dans une SSII, qu'ils quittent toutefois plus rapidement qu'une entreprise industrielle.
Bien que très sollicités par le marché du travail, les ingénieurs ont rarement des plans de carrière. Ils envisagent leur évolution soit par l'approfondissement de leurs compétences techniques, soit comme une " trajectoire fulgurante " marquée par des augmentations de salaire et de responsabilité.
Spontanément, et de manière contradictoire avec l'attente des entreprises, ils envisagent peu d'évoluer dans des emplois fonctionnels ou de direction.
Très marqués par une formation technique de haut niveau, sensibles à l'attention dont ils font l'objet de la part des entreprises, ils hésitent entre le confort du savoir technique, au risque d'une spécialisation frustrante, et l'aventure entrepreneuriale au sein de grandes entreprises ou à leur compte. Les postes de chef de projet satisfont pleinement cette recherche. Sage compromis entre la technique et la gestion...
La science est en train de bouleverser la production et le travail des hommes. Mais les moyens mis en Óuvre pour tirer tout le parti de cette révolution demeurent insuffisants. Qu'ils soient publics ou privés, les laboratoires manquent de chercheurs.
"APRES la mise en place d'une gestion cohérente de leurs ressources humaines, les entreprises françaises devront affronter un nouveau défi : la gestion des ressources technologiques." Bernard Decomps, président du Haut Comité éducation-économie, souhaiterait que ce message soit entendu : la place de la France dans l'économie mondiale dépendra de la capacité de ses entreprises à créer de nouveaux produits et de nouveaux procédés, grâce au transfert des résultats de la recherche scientifique et technique dans l'industrie.
Les biotechnologies, les matériaux et l'informatique constituent les trois secteurs de la recherche qui auront vraisemblablement le plus de retombées sur l'activité économique de la prochaine décennie. Or, en France, le savoir et le savoir-faire dans ces trois domaines sont concentrés d'une part dans les laboratoires publics (universités et grands organismes comme le CNRS), d'autre part dans quelques très grandes entreprises, l'immense majorité du tissu industriel restant encore à l'écart du mouvement qui créera les produits de demain.
Certes l'effort national de recherche s'est considérablement accru en dix ans, passant de 1,7 % du PIB en 1978 à 2,3 % en 1987. L'objectif de 3 % en 1995 ne semble pas irréaliste. Une performance qui a permis à la France de grignoter les quelques points de retard qu'elle avait sur ses principaux concurrents - allemands, américains et britanniques, - dont l'effort a été moindre (les Japonais restant désespérément hors de portée).
Mais la comparaison internationale devient beaucoup plus défavorable si l'on sépare recherche publique et recherche industrielle. En 1985, le rapport entre les dépenses de recherche-développement (RD) de l'industrie et le produit intérieur du secteur marchand (qui mesure l'activité (des entreprises) était de 1,8 % en France, contre 2 % en Grande-Bretagne, 2,1 % au Japon, 2,3 % aux Etats-Unis et 2,5 % en Allemagne. Dix ans auparavant, la France se trouvait à quatre dixièmes de point de l'Allemagne et des Etats-Unis, et devant le Japon : l'écart s'est donc creusé. En 1986 (derniers chiffres disponibles), les dépenses de RD financées par les entreprises représentent 434 % des dépenses totales de RD en France, contre 46 % en Grande-Bretagne, 48 % aux Etats-Unis, 69 % au Japon et 61 % en RFA, dont les entreprises dépensent en valeur absolue deux fois plus d'argent et emploient deux fois plus de chercheurs.
Car ce ne sont pas seulement les moyens qui manquent : ce sont aussi les hommes. La recherche privée française emploie 45 000 personnes, et les organismes et les universités publiques 140 000. Comme le souligne Bernard Decomps, "le nombre de cadres formés par la recherche accédant à des postes de responsabilité sont très peu nombreux". L'industrie française n'est pas encore, globalement, convertie à la culture de la recherche, au moment où celle-ci devient l'enjeu numéro un. Cela pour deux raisons : le transfert des savoirs n'est pas encore suffisant, et le transfert des hommes se fait toujours attendre.
APRES une longue bouderie, le monde de la recherche et celui de l'industrie s'ouvrent cependant l'un à l'autre. Les outils du transfert du savoir se mettent peu à peu en place. " La séparation entre " science noble " et " science appliquée " a de moins en moins cours au sein des laboratoires, note Bernard Decomps. Les chercheurs distinguent plutôt entre ce qui se publie et ce qui se vend... " Rigueur budgétaire aidant, les universitaires ont de moins en moins de complexes à négocier des contrats avec les entreprises, au moment où celles-ci se lancent dans la course aux technologies.
Les grandes écoles, après l'avoir longtemps dédaignée, se lancent à leur tour dans la recherche. Heureuse coincidence, qui tisse peu à peu un réseau complexe de relations d'offre et de demande : un véritable marché du savoir se met ainsi en place, qui succédera vraisemblablement au marché du recrutement.
La chasse au meilleur labo risque de remplacer bientôt la chasse au jeune diplômé dans les priorités de l'entreprise. De leur côté, les pouvoirs publics s'efforcent de favoriser la valorisation de la recherche. Pôles FIRTECH (formation continue des ingénieurs en activité par la recherche technologique), CRITT (centres régionaux d'innovation et de transfert de technologie), clubs CRIN du CNRS (comités des relations industrielles), aides de l'ANVAR (Agence nationale pour la valorisation de la recherche)..., les organismes (et les abréviations) se sont multipliés pour diffuser le transfert de technologie dans les moindres recoins du tissu industriel.
Mais il s'agit surtout de combattre, à la marge, les effets pervers d'une politique massive de " grands programmes " menée pendant des décennies. L'essentiel des dépenses nationales de recherche-développement s'est en effet concentré sur quelques filières : l'électronique, l'aéronautique, le nucléaire. Ce n'est pas un hasard si 10 % des entreprises possédant une activité de RD (187 exactement) emploient plus de 60 % des chercheurs industriels, exécutent 70 % des travaux de recherche et... reçoivent 85 % des financements publics...
Or la caractéristique des découvertes en biotechnologies, en science des matériaux et en informatique est justement de traverser la totalité des secteurs d'activité, et même d'annihiler toute notion de secteur prioritaire. Une révolution mentale difficile à admettre pour tous les acteurs du système, industriels jaloux du secret de fabrication, et universitaires confinésdans le cloisonnement académique. " Tous doivent admettre désormais qu'il est bon, et juste, de copier sur le voisin. Après des décennies de sélection par examen et par concours, ce sera difficile ! ", ironise le président du HCEE. Mais c'est l'indispensable condition de ce transfert de technologie.
TRANSFÉRER les savoirs, mais aussi transférer les hommes. On l'a vu, les effectifs sont insuffisants. De plus, la part des titulaires de thèse, de DEA ou de DESS, parmi les 2 400 chercheurs embauchés chaque année par les entreprises, est très minoritaire: 17 %. En revanche, les ingénieurs sont majoritaires (73 %). Autrement dit, les entreprises n'ont pas l'habitude, même pour leur propre service de recherche, de recruter des diplômés formés par la recherche.
Là encore, l'Etat a multiplié les efforts, se fixant pour objectif à moyen terme le doublement du nombre des thésards (actuellement de 3 000 environ). Les CIFRE (conventions industrielles de formation par la recherche) ont financé plus de 2 000 étudiants ingénieurs ou universitaires, dont 90 % ont soutenu une thèse et 85 % ont été embauchés dans une entreprise. Les organismes publics de recherche augmentent chaque année le nombre de bourses, souvent cofinancés par les entreprises, et le nombre d'allocataires de recherche (bénéficiant de bourses de l'Etat), de 1 900 aujourd'hui, devrait doubler dans les prochaines années. Le but est toujours le même: encourager (financièrement) les diplômés à compléter leurs études par un travail de recherche, malgré le fait que le marché du travail leur offre des rémunérations alléchantes à l'issue d'une quatrième ou d'une cinquième année d'études.
Mais aucune politique ne saurait être efficace si les entreprises ne s'efforcent pas d'attirer elles-mêmes les jeunes diplômés vers la recherche en valorisant les salaires et les carrières de cette fonction, qui reste tout de même l'une des plus mal payées. Comme le dit Bernard Decomps, "Il faudra bientôt admettre dans les entreprises que quelqu'un qui lit dans son bureau n'a pas forcément rien à faire et qu'aller à un colloque n'est pas synonyme de partir en vacances..."
- Université Paris IX-Dauphine : "Marchés financiers nationaux et internationaux, gestion de l'entreprise". "Gestion des organismes financiers et bancaires".
- ESSEC : "Techniques financières".
- HEC : "Finance internationale".
- ESCP : "Management et trésorerie".
- CERAM Sophia Antipolis : "Organisation des traitements, contrôle et audit des opérations financières".
- ESC Lyon : "Ingenierie financière".
- Institut d'études politiques de Paris : " section économique et financière".
LES nouvelles technologies instaurent, plus que jamais, le règne du " toujours plus " : toujours plus de formation, de bacheliers, d'ingénieurs, de diplômes ; mais aussi, toujours plus de compétences, de qualifications et de qualités professionnelles. Cette course effrénée, grisante pour les uns, épuisante pour d'autres, et largement mise en scène par les chantres de la modernité, relève d'une logique élémentaire : meilleure formation = développement plus rapide des industries de pointe et des nouvelles technologies = compétitivité renforcée. Mais elle laisse trop volontiers de côté bon nombre de questions délicates : les mutations techniques en cours font-elles émerger de nouveaux métiers ? Requièrent-elles de nouvelles compétences et lesquelles ? La formation est-elle la seule réponse et la bonne ? Et comment former aujourd'hui, quand on ignore, bien souvent, de quoi demain sera fait ?
" On pourrait mentionner les développements liés à la biologie moléculaire qui diffuse sur toutes les branches de la biologie, ou encore les progrès de la physique des solides et leur impact sur l'élaboration de matériaux nouveaux. Mais il est certain que la tendance lourde, qui fait émerger un nouveau système sociotechnique, résulte de la diffusion et l'assimilation dans toutes les branches d'activité des technologies de l'information. Avec les progrès fulgurants des composants électroniques, le développement du génie logiciel et de l'intelligence artificielle, la numérisation des télécommunications et l'arrivée à maturité de la productique et de la bureautique, nous sommes entrés de plain-pied, depuis le début des années 80, dans la société d'information. " Or, indéniablement, l'ordre des choses décrit par Jacques Lesourne, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), fait apparaitre, au fur et à mesure de son développement, de nouveaux métiers nécessitant la définition de qualifications spécifiques et la mise en place de formations adaptées.
Le plus souvent, ces nouveaux métiers se constituent par collage ou couplage de fonctions et de techniques, jusqu'à présent autonomes et spécialisées. Cependant, au-delà de leur caractère pionnier et un brin futuriste, ces nouveaux métiers ne représentent guère, le plus souvent, qu'une part assez marginale de l'impact des nouvelles technologies. Comme le souligne Jean-Marie Péchenart, directeur de Quaternaire Education, une société de formation continue, " l'explosion de l'ingénierie financière et de ses techniques de plus en plus sophistiquées est évidemment spectaculaire. Mais cela ne représente qu'une part infime de la grande masse des salariés du secteur bancaire et des énormes problèmes de requalification rendue nécessaire par l'informatisation des tâches et la restructuration des métiers de la banque ".
L'enjeu central, pour les entreprises, résulte en effet de la mutation massive des métiers traditionnels. L'installation progressive d'un système de production de plus en plus complexe, reposant sur la circulation en temps réel de masses croissantes d'information et sur des capacités de calcul ou de traitement automatisé en constante progression, bouscule en profondeur les fonctions, les compétences indispensables et les modes d'organisation du travail.
" D'une manière générale, explique Xavier de Bernardi, directeur des relations humaines pour l'ensemble du groupe Rhône-Poulenc, on assiste à une nécessaire élévation du niveau de culture générale technique, plutôt qu'à une réelle modification du métier. " A ses yeux, l'effet des mutations techniques est double. Tout d'abord, les tâches élémentaires et isolées disparaissent rapidement, au profit d'un système fondé sur les connexions entre acteurs. " Cette désimplification des tâches suppose une polyvalence et une capacité de communication beaucoup plus grandes qu'auparavant. "
A tous les niveaux, de l'opérateur à l'ingénieur, il est désormais indispensable de savoir interpréter, trier et transmettre des données complexes, anticiper et réagir aux aléas, aux anomalies ou aux pannes. " D'autre part, estime X. de Bernardi, les métiers de la chimie évoluent de plus en plus du concret vers l'abstrait, y compris pour les métiers de terrain. Il y a vingt-cinq ans, un ouvrier de fabrication tournait une vanne. Il y a cinq ans, il appuyait sur un bouton. Maintenant il tape un mot-clef sur sa console d'ordinateur. Il est obligé de prendre en compte la part du virtuel. "
" Catherine Peyrard, qui a longuement analysé, pour le Centre d'études et de recherches sur les qualifications (CEREQ) l'évolution des rôles des ouvriers qualifiés, techniciens et agents de maitrise dans les industries en cours d'automatisation (notamment l'automobile) aboutit aux mêmes conclusions : " Avec la mécanisation, l'ouvrier manuel est devenu régleur de machine. Avec l'automatisation, il devient surveillant d'installation. Il n'est plus définissable par sa gestuelle, mais par la responsabilité générale qu'il exerce comme surveillant du bon déroulement du processus de production. Cette responsabilité est partagée avec le technicien et l'agent de maitrise, mais aussi avec des fonctions mitoyennes : la maintenance, la conception d'équipements nouveaux ou l'ergonomie des postes de travail.
Non seulement ce processus de recomposition du travail ne fait pas disparaitre l'activité ouvrière, mais il peut favoriser sa revalorisation, s'il est accompagné de mécanismes fins de formation. Il suppose en effet que l'on dépasse la subordination hiérarchique des savoirs et la parcellisation des tâches propres à l'organisation taylorienne et que l'on superpose à la fonction classique d'exécution une fonction d'expertise. Au savoir traditionnel de l'ouvrier qualifié (connaissances des matériaux, des pièces usinées ou des processus) vient donc s'ajouter une maitrise des principes de base de fonctionnement des machines et des réseaux de machines reliées entre elles par des systèmes d'information de plus en plus complexes.
Nicole Maudon, également au CEREQ, analyse, de son côté, les mutations des emplois de bureau. Là encore, l'automatisation bouscule l'architecture même des tâches traditionnelles : la bureautique et l'automatisation des opérations de traitement tranformant les procédures favorisent le développement de nouveaux modes d'administration et permettent d'offrir de nouveaux produits et services à la clientèle. Les répercussions sont diversifiées selon les secteurs et les entreprises : ici des " pans entiers d'activité disparaissent (en particulier ceux correspondant à la circulation traditionnelle des documents et aux cheminements procéduriers), obligeant à de délicates opérations de reconversion ; là se développent, comme dans l'industrie, des fonctions nouvelles de " diagnostic " qui obligent à mieux comprendre la procédure sur laquelle on intervient, à la décortiquer et, finalement, conduit à plus d'exigence vis-à-vis de la spécialité de base ".
" L'horizon temporel d'un guichetier classique se limite à la journée, explique Jean-Marc Pechenart, à Quaternaire Education. A partir du moment où l'ordinateur libère son temps et où vous lui demandez de s'occuper d'une prospection, d'appeler un fichier clients, de définir des prospects et d'organiser un mailing, cela suppose qu'il change complètement son horizon temporel, qu'il se projette dans une durée longue, qu'il s'inscrive dans une stratégie. A ce moment-là, les employés sont souvent incapables de mobiliser leur formation trop lointaine, ils sont déstabilisés et ils s'affolent. "
Pour faciliter ce glissement vers de nouveaux types d'emploi, on considère, à Quaternaire Education, que la seule formation technique ne suffit pas, mais qu'il faut mettre en Óuvre, au préalable, un " réassolement " complet, intégrant à la fois le réapprentissage de méthodes de travail (analyse de problème, entrainement mental, capacité d'expression) et l'apprentissage de l'entreprise elle-même, dont l'organisation et le projet sont rarement perçus globalement.
Au-delà de l'émergence de nouveaux métiers, c'est donc une mutation en profondeur de l'ensemble des modèles d'organisation du travail que provoquent les nouvelles technologies. En transformant les techniques de production et en aiguisant les conditions de la concurrence, elles mettent à nu les pesanteurs et les rigidités du modèle taylorien fondé sur la parcellisation des tâches, la centralisation des pouvoirs, le cloisonnement et la division des fonctions. Elles contraignent de plus en plus les entreprises à mettre en Óuvre des systèmes d'organisation plus souples et plus mobiles, fondés sur la responsabilité et l'autonomie des salariés, sur la polyvalence et le décloisonnement, enfin sur la réduction des niveaux hiérarchiques.
Face à de tels enjeux, la formation ne peut plus se contenter d'apporter de nouveaux savoirs techniques et spécifiques. Elle doit s'attacher à développer des compétences plus larges et des qualités de comportement jusque-là négligées. A être par conséquent l'un des principaux leviers de l'innovation et de la modernisation. Selon les conclusions de l'enquête du CEREQ sur les ouvriers et techniciens, " ce sont surtout les propriétés " comportementales " de la culture technique qui sont de plus en plus recherchées par les entreprises. Elles génèrent des attitudes " positives " du personnel. En ce sens, la culture technique semble, de plus en plus, un moyen d'associer le personnel ouvrier à la prise en charge d'une dynamique du changement, à travers un " projet d'entreprise " partagé ".
Tout se conjugue pour pousser les entreprises à un nouvel usage de la formation, porteur de nouveaux contenus et de modes d'apprentissage originaux. Et comme le soulignent volontiers bien des responsables des ressources humaines dans les entreprises : " Ce n'est pas de l'angélisme ! Ou bien nous réussissons à prendre ce virage, nous trouvons des solutions plus efficientes et nous anticipons sur les besoins à venir. Ou bien nous avons toute chance d'être laminés par la concurrence. " François Ginsbourger, à la mission emploi-technologie du ministère de la recherche, trace, sans ménagements, les contraintes auxquelles les entreprises peuvent difficilement échapper : " Il n'est plus possible de s'en tenir à la main-d'Óuvre Kleenex, d'embaucher massivement des jeunes qualifiés pour remplacer des moins jeunes déqualifiés. Dans le haut de gamme, les entreprises seront bloquées par la pénurie de cadres expérimentés. A l'autre bout du spectre, elles sont coincées par le flux des chômeurs de longue durée. Elles n'ont plus guère d'autre solution que de recomposer leurs compétences en interne, d'inventer des systèmes pertinents de transfert de qualification. "
Et de validation de ces nouvelles compétences. Marie-Odile Paulet, présidente du Centre d'études supérieures industrielles (CESI) et chargée des problèmes de formation à la CFDT, souligne ainsi que bon nombre de tensions actuelles dans les entreprises résultent d'efforts de formation mal reconnus et peu satisfaisants. Dominique de Calon, à l'UIMM, confirme indirectement : " Pour crédibiliser toute notre démarche, il faut toujours qu'une formation ouvre la possibilité de passer ensuite à un niveau de responsabilité supérieur. "
Reste à savoir si le système économique et social français est assez fluide pour accepter ce jeu de billard de l'élévation de compétences à chaque niveau hiérarchique. Pierre Veltz, professeur à l'Ecole des ponts, en doute : " Depuis longtemps en France, on tire trop les qualifications vers le haut, sans se préoccuper de l'équilibre des différentes catégories et de problèmes de carrières. C'est particulièrement sensible pour les qualifications ouvrières très fortement reconnues en Allemagne et négligées en France. " Plus qu'une rupture technologique, on touche là à une rupture culturelle profonde.
Mais François Ginsbourger pousse plus loin la contestation. " Arrêtons de penser que la formation est la solution magique. Les modes classiques de formation ne sont pas du tout la réponse à nos problèmes de déficience productive, alors que ce qui se joue, c'est la capacité au travail collectif et l'émergence de compétences sociales. Le problème des entreprises comme des formateurs, aujourd'hui, n'est plus : comment leur apprendre ? mais : est-ce qu'ils veulent bien apprendre ? On n'a jamais enseigné à sourire. C'est affaire d'impulsions et de motivations." Autrement dit, on entre dans une période où les contenus d'enseignement et les méthodes pédagogiques ne peuvent être recherchés qu'à partir des situations de travail elles-mêmes, dans l'atelier ou le bureau.
Mais on touche là, l'un de ces pesants facteurs de blocage de la société française : dans un pays où le niveau des diplômes structure si fortement la hiérarchie des emplois et prévaut durablement sur la réalité des performances et des compétences, comment reconnaitre et valider des qualifications souvent informelles acquises à l'intérieur de l'entreprise et non dans le système éducatif ou son double trop fréquent, celui de la formation continue ?
Tous les responsables en conviennent : pour relever les défis économiques et sociaux qui l'attendent, la France doit élever le niveau de formation de toute la population.
EXPLOITATION des gisements de matière grise, investissement intellectuel, développement du capital humain, révolution de l'intelligence, stratégie des ressources humaines : au-delà des querelles théoriques qui sous-tendent le recours à telle ou telle expression, l'incantation est devenue unanime. Le relèvement général des niveaux de compétence et par conséquent de formation s'impose comme une évidence, pour affronter la compétition technologique et économique mondiale, pour relever les défis qu'imposent l'accélération des techniques, la mutation des modes de production, la complexité croissante des marchés et des systèmes d'organisation, la sophistication de plus en plus poussée des produits et des services.
Le 8 décembre 1988 à Limoges, le premier ministre, Michel Rocard, énonçait avec vigueur cette nouvelle vulgate : " Nous ne relèverons pas les défis économiques et sociaux du siècle qui vient si nous ne relevons pas le niveau de formation de l'ensemble de la population. " Bref, ce sera, demain, la formation ou la mort ! Le formidable succès du slogan lancé voilà quelques années par Laurent Fabius et Jean-Pierre Chevènement (80 % d'une génération au niveau du bac), sa reprise obligée par toutes les autres grandes familles politiques françaises, son intégration presque immédiate dans les projets et les stratégies des familles démontrent assez la force du postulat.
Ce qui est vrai pour la formation initiale des jeunes et qui s'est traduit, en deux ans, par une augmentation de près de 15 % du budget de l'éducation nationale ne tient pas moins pour les actifs. Les entreprises ont consacré, en 1987, plus de 26 milliards de francs à la formation continue de leur salariés, soit une augmentation de 11 % par rapport à l'année précédente. En dépit des différences très sensibles selon la taille des entreprises, le secteur de production ou les catégories de bénéficiaires, cela représente un effort global de 2,51 % de la masse salariale - plus du double de l'obligation légale de 1,2 %. Ce sont les entreprises les plus performantes, les plus engagées dans la compétition internationale et faisant appel aux techniques les plus modernes, qui investissent le plus dans la formation permanente : jusqu'à 10 % - voire davantage - de leur masse salariale.
Les chômeurs ne sont pas en reste, si l'on peut dire : sur 4,2 millions de demandeurs d'emploi qui sortent au cours d'une année, des fichiers de l'ANPE, environ 630 000 entament une formation. Selon les chiffres cités par Vincent Merle, directeur des études et des statistiques à l'ANPE : " Cet effort met en jeu des sommes très importantes, pour l'année 1987, les actions de formation destinées aux chômeurs et les actions d'aide à l'insertion des jeunes ont représenté 39 milliards de francs ". Ce pari sur l'avenir repose, ajoute-t-il, sur un sophisme convaincant : " Si la probabilité d'être au chômage est inversement proportionnelle au niveau de formation, il faut élever le niveau de formation des chômeurs pour réduire le chômage. " On y reviendra.
Dernier indice, et non des moindres : l'élévation du niveau de formation de la population, souhaitée par le premier ministre, est en train de s'opérer à bonne allure. Certes, selon une enquête récente du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (CEREQ), 40 % de la population active française ne détenait, en 1987, aucun diplôme du niveau de baccalauréat. Mais la masse des non-diplômés reflue régulièrement et rapidement : ils représentaient près de 57 % des actifs en 1975, 48 % en 1982 et 40 % en 1987. " Entre 1983 et 1987, note le CEREQ, alors que 171 000 emplois sont détruits, la proportion de sans-diplômes a reculé de 46,1 % à 40 % et leurs effectifs ont diminué de 1,4 million. " Dans le même temps, le nombre des actifs titulaires d'un baccalauréat ou d'un diplôme universitaire a augmenté de plus de 600 000. Et le mouvement est beaucoup plus rapide parmi les jeunes de moins de trente ans.
Tout a contribué à cette dramatisation de l'enjeu formation. On peut rappeler pour mémoire la prise de conscience, depuis une dizaine d'années, de la redoutable efficacité de l'industrie japonaise, ce pays où, comme le veut la légende, les voitures sont fabriquées par des bacheliers. Depuis, les analyses prospectives ont systématiquement mis en lumière la pénurie de main-d'Óuvre qualifiée dont risquent de souffrir, demain, les entreprises françaises, si un formidable effort de formation n'est pas engagé. En dépit de ses imperfections, le scénario établi il y a deux ans par le Bureau d'informations et de prévisions économiques (BIPE) sur les niveaux de formation à l'horizon de l'an 2000, a eu le mérite de fixer les ordres de grandeur. Il prévoyait un effondrement des flux de recrutement (moins 4 millions d'actifs par rapport à 1982) au niveau de formation le plus faible (le niveau VI qui correspond à des sorties du système éducatif avant la fin du collège). Le niveau V (type CAP, certificat d'aptitude professionnelle) remplacerait, pour une bonne part, le niveau VI, notamment pour les ouvriers et employés. Le niveau IV (baccalauréat) progresserait sensiblement, tandis que les niveaux III, II et I (diplômes universitaires à bac + 2, bac + 4 et au-delà) doubleraient leur poids relatif dans la structure des emplois.
Plus récemment, une étude du Comité national pour le développement des grandes écoles et du Centre d'études sur la formation d'ingénieurs (CEFI) confirmait largement ces prévisions (Le Monde du 5 janvier 1989). Consacrée à l'évolution de " l'emploi technique " entre 1986 et 2005, elle prévoyait une quasi-disparition des ouvriers non qualifiés, une forte diminution en nombre (mais une stabilité en poids relatif) des ouvriers qualifiés et une très forte poussée des techniciens (+ 50 % en effectifs) et des cadres techniques et ingénieurs, dont la population croitrait de 75 % en vingt ans. Et, parmi ces quelque 700 000 cadres techniques des années 2000, 56 %, contre 40 % aujourd'hui, seraient titulaires d'un diplôme d'ingénieur.
Ces projections à long terme sont confirmées par la situation actuelle de l'industrie. " Notre problème crucial aujourd'hui, souligne Dominique de Calan, responsable de la formation à l'Union des industries métallurgiques et minières (UIMM), c'est la pénurie de main-d'Óuvre qualifiée à tous les niveaux, de l'opérateur à l'ingénieur. Alors que nos entreprises emploient 2 millions de personnes, nous estimons à 200 000 la pénurie actuelle. "
Et le représentant de l'UIMM n'a pas été le moins actif, au printemps dernier, dans le groupe de travail présidé par Bernard Descomps, pour préconiser la création d'une nouvelle filière, principalement par la voie de la formation continue, capable rapidement de former, chaque année, une dizaine de milliers d'ingénieurs (contre 14 000 issus actuellement des formations classiques).
Dominique de Calan ne cache pas que, sans même attendre la mise en place officielle d'un tel dispositif, il avance très vite sur ce terrain : une dizaine de chambres syndicales de la métallurgie préparent d'ores et déjà leurs dossiers pour être capables d'ouvrir de telles formations d'ingénieurs dès la rentrée 1990. Ce qui est vrai des cadres techniques ne l'est pas moins des ouvriers et techniciens : " On compte, actuellement, 15 000 apprentis dans l'industrie. L'objectif optimum serait d'atteindre un flux de 50 000 d'ici quinze ans. Cela suppose que se développent les formules qui permettent déjà, par exemple, de passer le bac professionnel en alternance dans l'entreprise. "
Bref, du côté des pouvoirs publics comme des entreprises et des salariés - ou futurs salariés - eux-mêmes, c'est la mobilisation générale. Mais, contrairement au grand bond en avant accompli en matière d'éducation, au début des années 60 pour accompagner le développement de l'économie française, l'effort actuel semble obéir de façon moins prioritaire à une logique économique. Il relève davantage d'une logique technique complexe : c'est pour faire place à l'informatisation de l'ensemble des activités, à l'automatisation de la production, à l'accélération technologique, aux problèmes de maintenance et de qualité que l'on doit relever le niveau général de compétence.
Lorsque le ministre de l'éducation nationale Jean Berthoin élabore, en 1959, sa réforme de l'enseignement secondaire, il parle efficacité et rentabilité. On n'a oublié, aujourd'hui, ni l'une ni l'autre. Mais les maitres mots sont plutôt adaptabilité, autonomie, responsabilité. Les " nouvelles technologies " sont passées par là.
Former les techniciens de laboratoires aux nouveaux matériels, tout en conservant leur savoir-faire professionnel : telle est la tâche à laquelle s'est attelé Rhône-Poulenc, avec l'aide de l'éducation nationale.
"AU départ, il y a deux ans, nous nous sommes engagés dans une réflexion classique en matière de gestion prévisionnelle : compte tenu de l'évolution des techniques, de combien d'emplois et de quels emplois aurons-nous besoin à moyen terme, dans trois à cinq ans ? Ce qui est apparu très vite, c'est un déficit prévisible et massif de techniciens de laboratoire capables d'atteindre un niveau supérieur de qualification. La seule façon de régler ce déficit, c'était la formation. "
Pour Jean-Claude Boursin, directeur du Centre de recherche des carrières de Rhône-Poulenc, le constat tient en quelques données simples. Installé depuis trente ans en bordure de l'autoroute du Sud, à deux pas de Lyon, entre Saint-Fons et Feyzin, au milieu du " couloir " de la chimie, le CRC est l'un des trois centres de recherche du secteur Chimie de Rhône-Poulenc. Il concentre ses activités sur la chimie organique et l'élaboration de matériaux polymères. Sur ses six cent cinquante salariés, le centre compte deux populations sociologiquement très typées. D'une part, deux cents ingénieurs jeunes, très souvent titulaires d'un doctorat et mobiles : pour la plupart d'entre eux, le passage par le CRC n'est qu'une étape de leur carrière à l'intérieur du groupe. A côté d'eux, les trois cent trente techniciens de laboratoire sont plus âgés (quarante-quatre ans en moyenne), installés localement et peu désireux de mobilité géographique ; grâce à leur savoir-faire professionnel acquis au fil des années, ils représentent un précieux capital d'expérience pour le centre. Mais leur formation initiale modeste (niveau baccalauréat en général), et déjà lointaine, rend plus difficile leur progression et leur adaptation aux mutations actuelles et à venir, et elle risque, à terme, de creuser dangeureusement le décalage avec les ingénieurs.
" Ce n'est pas la révolution tous les matins, mais le métier de technicien de laboratoire se transforme progressivement ", souligne Jean-Claude Boursin. L'introduction accélérée de nouveaux matériels, la multiplication des robots, des automatismes, des capteurs, rendent ce travail beaucoup plus abstrait qu'il ne l'était il y a quelques années. " C'est là qu'il y a des gens qui se plantent, explique Jacques Beney, responsable de la gestion des ressources humaines. Jusqu'à présent, le technicien faisait les essais lui-même et réagissait à ce qu'il observait. Aujourd'hui, il faut d'abord qu'il conçoive ses essais, qu'il établisse une stratégie, puis qu'il programme un robot pour réaliser une série d'essais. Cela suppose une plus grande capacité d'analyse logique et de synthèse pour comprendre et maitriser des phénomènes abstraits. Il faut que le technicien raisonne et comprenne les phénomènes sans voir la manip elle-même. "
Capacité d'abstraction donc. Mais aussi d'autonomie : conduire et construire une stratégie d'essais impose un élargissement des contours du poste. D'autant que les techniciens, autrefois maitres de leur matériel d'expérience, sont aujourd'hui obligés de travailler en équipe avec les automaticiens.
Face à ces nouvelles attentes, la direction du centre s'efforce de déterminer ce qui manque aux techniciens en place. Une première analyse est menée avec les animateurs du CESI (Centre d'études supérieures industrielles) de Lyon. Pour chaque poste, trois niveaux de compétence sont passés au crible : connaissances théoriques de base ; savoir-faire ; qualité de communication et de travail en équipe. " Cette première mise à plat nous a permis de comprendre où se situait la principale difficulté : moins dans les connaissances elles-mêmes que dans leur mise en Óuvre, rappelle Paul Nicou, responsable de la formation au CRC. Ça ne sert à rien de donner des cours de chimie à nos techniciens, comme nous le faisons dans les modules classiques de formation continue. Ce qu'il faut, c'est les rendre capables de mobiliser et d'utiliser ces connaissances nouvelles. "
Emerge ainsi une question centrale, qui relève moins des qualifications formelles et du niveau de formation que de la mobilisation du personnel et de son désir de formation : comment motiver l'ensemble de la population concernée ? C'est pour surmonter cet obstacle et amener les techniciens à s'expliquer en profondeur dans une démarche de formation que la direction du CRC lance une opération d'" évaluation formative ".
S'appuyant sur les recherches pédagogiques et les expériences de contrôle continu, de pédagogie par objectifs et de cursus par unités capitalisables, la méthode a été peu à peu mise au point par des enseignants de l'éducation nationale travaillant à la formation d'adultes, dans les GRETA (Groupements d'établissements) en particulier. Expérimentés à l'usine Rhône-Poulenc de Melle (Deux-Sèvres), depuis quelques années, pour requalifier les ouvriers de fabrication et leur permettre de prendre le virage d'une brutale mutation technologique, cette méthode s'est avérée suffisamment concluante pour faire l'objet d'une convention nationale entre la direction générale de Rhône-Poulenc et le ministère de l'éducation nationale. Vingt-neuf usines du groupe sont désormais engagées dans ce processus, avec l'appui de GRETA appartenant à treize académies. D'ici à deux ans, une quarantaine de sites Rhône-Poulenc seront lancés dans l'aventure. L'un des animateurs de l'expérience-pilote de Melle, Jean-Michel Texier a quitté le GRETA de Niort pour rejoindre le rectorat de Poitiers, où il est chargé de la coordination de l'ensemble de ces opérations d'évaluation formative.
" La démarche, explique-t-il, consiste à tirer les gens vers le haut, en fonction de l'évolution de l'entreprise, mais aussi de ce que les salariés peuvent et veulent faire. C'est une démarche de la réussite : quand quelqu'un fait un métier depuis dix ou vingt ans, il accumule un énorme capital de compétences, mais souvent implicite et informel. Il s'agit d'identifier ces compétences, de mieux les asseoir et de les formaliser, puis de construire - à partir de cette reconnaissance concrète des savoirs - un plan de formation individualisé. "
La première condition - assez atypique dans le monde de l'éducation nationale - consiste à partir des compétences effectives de chacun pour déboucher sur des apprentissages et des savoirs formalisés et non l'inverse. Ainsi, au CRC, la première phase de la démarche, qui vient seulement de s'achever, a consisté à demander à chaque technicien de laboratoire de montrer et d'expliquer très précisément son poste et son travail.
Menée pendant trois mois, par petits groupes comprenant deux cadres, deux techniciens, un universitaire spécialiste du secteur de recherche et un animateur du GRETA de Lyon, cette analyse minutieuse permet de déterminer les tâches nécessaires, les conditions de réalisation, les qualités nécessaires, les modes d'organisation du travail et, en bout de course, les connaissances scientifiques associées. C'est ensuite sur la base de ce décryptage très fin que les responsables du GRETA ont construit cinq " référentiels de poste ", formalisant l'ensemble des compétences dans cinq grands champs disciplinaires : chimie de base, chimie organique et biochimie, polymères, méthodes analytiques, mesures physiques.
C'est sur la base de ces " référentiels " que vont maintenant être établis des modules d'évaluation. " Le but de cette deuxième étape est clair ", explique Mirielle Brunet, conseillère en formation continue à la DAFCO (Délégation académique à la formation continue) et coordonnatrice de l'équipe de formateurs qui mène le projet du CRC.
" Il s'agit, à l'occasion d'un bilan de trois jours, de permettre à chaque technicien de mesurer précisément ses compétences et l'écart éventuel entre ses acquis actuels et les besoins de qualifications nouvelles de l'entreprise. A l'issue de ces trois jours, chaque stagiaire fera, avec un cadre, le responsable formation de l'entreprise et un ou deux formateurs de l'éducation nationale, un bilan individuel et formulera ses besoins et le plan de formation qu'il souhaite suivre. " Entreprise et formateurs feront ensuite une synthèse de tous ces entretiens, afin de dégager le plan de formation qui sera proposé à chacun et qui débouchera sur des formules diversifiées de formations qualifiantes ou diplomantes (type brevet de technicien supérieur, par exemple).
Démarche longue et coûteuse à première vue. Mais payante à bien des égards. Ce travail en profondeur accompagné d'une très large information est la condition indispensable pour obtenir une adhésion générale des salariés d'un site (ouvriers, techniciens, cadres, direction). Faute de quoi, souligne Jean-Michel Texier, " la formation reste une rustine ". Ce que le directeur du CRC traduit à sa manière : " Pour que la formation puisse entrer dans les esprits sans être plaquée, il faut, au préalable, une espèce de danse du ventre, pour que les gens aient envie de l'ingurgiter. Avant même qu'une seule heure de formation soit dispensée, nous avons déjà consacré près de trois mille heures de travail à l'information et au débat à l'intérieur des services. "
Pour l'entreprise, l'enjeu est clair. Ou bien elle réussit à faire accéder ses techniciens au niveau de qualification souhaité, ou bien elle s'expose, dans quelques années, à de délicats et coûteux problèmes sociaux. Jean-Paul Boursin pose le problème sobrement : " Grosso modo, un technicien de labo coûte 200 000 francs par an. S'il ne peut plus suivre l'évolution technologique du métier, s'il est largué, cela coûte très cher à l'entreprise, en frais fixes, comme en productivité. "
Au regard de ces risques, la formation, aussi lourde soit-elle, apparait donc comme un investissement productif. D'autant que les retombées de la démarche d'évaluation formative ne sont pas minces. En terme de communication interne tout d'abord. L'ensemble du processus impose la mise à plat des compétences des uns et des autres. Malgré la difficulté d'une démarche qui revient inévitablement à reconnaitre lacunes et insuffisances professionnelles, cette phase est également positive. " Pour les techniciens, souligne Paul Nicou, c'est leur identité professionnelle qui est ainsi reconnue. "
Mais le débat se developpe aussi à l'intérieur de la hiérarchie, entre techniciens et ingénieurs, et améliore la transparence et la fluidité de l'organisation du travail. Enfin, estime Michel Kuntz, chargé de mission à la DAFCO de Lyon, " l'évaluation formative engendre des dispositifs de formation originaux : de moins en moins de stages extérieurs et de plus en plus de tutorat en interne, avec l'appui des ingénieurs. Petit à petit, la démarche conduit à faire de la formation une dimension permanente, quotidienne de l'activité de l'entreprise ".
L'éducation nationale, elle aussi, joue gros dans cette expérience. Il s'agit pour elle de faire la démonstration qu'elle est capable d'une ingénierie pédagogique complexe, avec une part importante d'audit et d'évaluation, et pas seulement, selon la formule de Michel Kuntz, " de faire repasser le certificat d'études aux employés ou aux ouvriers ". Or jusqu'à présent, la méthode a surtout été utilisée pour répondre à des besoins urgents de requalification d'ouvriers de niveau V ou IV (du certificat d'aptitude professionnelle au baccalauréat). Désormais, souligne Jean-Michel Texier, " nous commençons à travailler en anticipation des mutations technologiques et nous abordons le niveau III ", c'est-à-dire celui d'un BTS ou d'un DUT (Diplôme universitaire de technologie).
Délicate évolution, car dans le monde bien hiérarchisé de l'éducation nationale, faire coordonner par un GRETA, qui relève de l'enseignement secondaire, une équipe de formateurs qui comprend des professeurs de lycée, mais aussi des universitaires, des professeurs d'IUT (Institut universitaire de technologie) et des formateurs du CESI (organisme paritaire hors éducation nationale), relève parfois de la haute diplomatie.
La maitrise de l'information scientifique et technique est l'une des clefs du progrès. Une grande politique de la documentation devrait être mise en Óuvre pour doter la France des outils nécessaires.
DANS notre société, une bibliothèque - comme d'ailleurs souvent son architecture de type monumental en est le signe - est une institution avant d'être une fonction. Tout se passe comme si, gardant témoignage de sa vocation première, qui était de préserver un patrimoine culturel et scientifique, elle jouait plus aisément le rôle d'archive du savoir que celui de centre de ressource, pensait plus à stocker qu'à mettre à disposition. Si le personnel des bibliothèques universitaires est (ou considéré comme devant être) affecté essentiellement à des tâches de gestion et d'intendance, c'est bien sous le poids d'une tradition socio-culturelle qui valorise une vision patrimoniale et juridique du document et qui accorde autant, sinon plus, de valeur à ce qu'il peut représenter de ce point de vue qu'à ce qu'il est, un simple support d'informations.
Comment expliquer autrement le retard pris par la France - pourtant le pays champion de la télématique - dans l'établissement de catalogues collectifs accessibles de partout, dans la mise en Óuvre d'un réseau réellement efficace de massagerie et de prêt entre bibliothèques ? Comment expliquer autrement que les BU soient, au total, si peu ouvertes, que les centres de documentation des collèges et des lycées soient fermés après les cours, c'est-à-dire au moment où les élèves sont plus disponibles ? Manque de moyens sans doute, mais aussi histoire de mentalité. Comment s'en étonner dans un pays où la Bibliothèque nationale est amenée, via le Dépôt légal, à conserver pieusement un bulletin d'intérêt local ou nul, plutôt qu'à acquérir tel ou tel ouvrage étranger et difficile à obtenir ?
C'est dire que, dans l'état actuel, proposer des mesures purement quantitatives - davantage de crédits pour l'achat de livres, pour leur traitement, davantage de place pour installer les lecteurs... voire créer une BN bis, la TGB (Très Grande Bibliothèque), - ne saurait constituer des mesures suffisantes, même si elles sont au demeurant indispensables. Elles doivent s'accompagner de mesures d'ordre qualitatif. Car c'est bien un problème de mentalité et de société. S'il est rendu aigu de nos jours, c'est que la confrontation quotidienne avec des pays de tradition socio-culturelle différente (des Etats-Unis au Japon) rend les déficiences plus évidentes.
La fonction essentielle que doit assurer tout service d'information et/ou de documentation - donc les bibliothèques - est de donner à l'utilisateur, dit final, la possibilité de repérer l'information dont il a besoin, que l'on se situe dans le monde de l'enseignement ou de la recherche, de la production industrielle ou des services : il s'agit toujours de mettre à disposition un corpus d'informations potentiellement utiles, qui lui permettra de constituer un savoir, de structurer une pensée, de faire une découverte, de créer un produit industriel ou commercial nouveau, de prendre une décision... Dans une période où prolifèrent, pour des raisons scientifiques, mais aussi économiques, sociologiques et politiques, les documents primaires, le point essentiel est peut-être de savoir où l'on peut trouver tel ou tel document, mais aussi (surtout ?) de savoir quel type - et quel niveau - d'information on peut y trouver, et cela indépendamment du support.
Même si l'ancienneté de notre civilisation et des modèles d'archivage de son passé a conduit à privilégier le stockage de livres, ceux-ci ne sont plus le seul médium par où transite l'information scientifique et technique. Stocker des supports d'information, quels qu'ils soient, sans se donner, en même temps, les instruments de gestion de leurs contenus est mortel à moyen terme. C'est là une constatation que les archivistes font journellement : faute d'élaboration de "guides de recherche", la France se couvrira de lieux de conservation d'archives où il sera de plus en plus difficile de cheminer. Le même danger menacerait le monde des bibliothèques si l'on ne considérait comme premier le contenu en information scientifique et technique plutôt que le contenant.
Il est vrai que nous souffrons de handicaps majeurs, qui sont, eux aussi, le fruit de vieilles traditions socio-culturelles. L'enseignement français se caractérise encore trop souvent par l'accumulation des savoirs et leur présentation rhétorique, qui interdisent tout apprentissage permettant de décoder les processus de constitution, de production, de diffusion du savoir. Certains des reproches adressés par les universitaires au monde des bibliothèques viennent de ce que, étant souvent incapables de modifier leur propre rapport au document et au savoir, d'intégrer dans leurs pratiques scientifiques et pédagogiques un rapport au document et à l'IST d'un ordre différent, ils se confortent dans l'idée que les BU sont la seule cause des problèmes d'IST... et donc de recherche.
Ce problème de l'information scientifique et technique doit donc être saisi globalement dans ses composantes pédagogiques autant que sociologiques, épistémologiques autant qu'économiques. Il est de ce point de vue de bon augure que les "Principes pour une réflexion sur les contenus de l'enseignement" de la commission Bourdieu-Gros (le Monde du 9 mars) émettent maintes recommandations visant à donner à l'élève une "technologie du travail intellectuel" largement centrée sur les problèmes d'IST, ou préconisant de donner à l'enseignement des diverses disciplines un caractère plus épistémologique.
Quelles pourraient donc être les mesures susceptibles de faire évoluer les mentalités et les habitudes? Il faudrait, d'abord, créer des lieux privilégiés d'accès à l'IST. Sans doute existent-ils virtuellement : ce sont les BU, les bibliothèques d'école ou d'institut, voire certains centres de documentation et d'information des collèges et lycées. On pourrait, dans un premier temps, pour les amener à être de véritables centres d'IST, prendre exemple sur les efforts entrepris par Denis Varloot, quand il était directeur des bibliothèques, avec la mise en place d'URFIST, l'instauration d'un ticket modérateur pour les étudiants qui interrogent les banques de données, une politique d'incitation à la création de banques de données, factuelles ou bibliographiques, textuelles ou iconographiques.
Mais ce mouvement devrait s'accompagner d'une distribution des tâches, qui permette de considérer comme première fonction de ces lieux l'aide à la recherche d'IST, et qui place au cÓur du dispositif des personnes aptes à piloter l'utilisateur vers (et dans) l'interrogation d'une banque de données, ou d'un catalogue collectif, d'analyser avec lui une référence ou un ensemble de références ou de données... Les entreprises en cours de catalogues collectifs devraient être au plus vite achevées, afin que toute bibliothèque universitaire ou scolaire devienne un nÓud stratégique d'accès à une information de type primaire ou secondaire. La mise en place de projets (expérimentaux ou non) de transmission de documents numérisés (type Foudre) ou, de façon moins ambitieuse, d'un système efficace de messagerie, les renforcerait dans ce rôle. Les allégements, grâce à l'informatisation, des personnels affectés aux tâches de catalogage et de gestion, devraient permettre, non des compressions, mais leur redéploiement vers ces fonctions centrales.
Encore faudrait-il que ces lieux soient largement ouverts, qu'on y favorise le plus possible l'accès libre aux ouvrages, en assouplissant aussi leur structure juridique. Le décloisonnement induit par la loi de 1984 et le décret de 1985 sur les services communs de documentation permet d'intégrer tous les lieux documentaires d'un site universitaire et d'élaborer une véritable politique documentaire. Pourquoi ne pas aller au-delà, ne pas transformer ces lieux en véritables maisons de l'IST, coopérant avec l'environnement économique local et régional, les agences régionales pour l'information scientifique et technique, les chambres de commerce? Pourquoi ces lieux, trop souvent clos et qui renforcent leur isolement par une définition restrictive et frileuse de leurs missions, ne s'inséreraient-ils pas dans la réalité de la vie sociale? Pourquoi ne pas les inciter à favoriser tout ce qui peut sensibiliser à l'IST : organisation de cycles de conférences ou d'expositions scientifiques, présentations-démonstrations de produits d'information nouveaux ou originaux, installation dans ces locaux de points-presse ou de points-librairies, toutes mesures qui tendraient à en faire, dans la cité, des points de passage obligés?
Parallèlement devraient être redéfinis les profils de formation des personnels et repensée l'organisation - trop souvent hiérarchique et gestionnaire - de ces lieux. Les qualités requises seront, de plus en plus, une capacité à capter l'environnement et ses besoins, à travailler en équipe, avec les partenaires extérieurs, des enseignants aux divers producteurs économiques, à maitriser les contenus du savoir, à pratiquer une certaine transversalité entre ces savoirs, à être ouverts à la culture scientifique et technique. Yves Courier, dans un colloque récent, soulignait que ce qui allait compter de plus en plus pour l'usager dans une période où l'explosion documentaire se poursuit, c'est la plus-value apportée par le système d'information à l'information demandée. Le recrutement à venir a tous les niveaux doit valoriser les qualités de dynamisme et de communication, de goût de l'innovation. Et ces qualités ne seront mises en Óuvre que si la structure de ces lieux est moins pyramidale que polycellulaire.
Ces propositions sont ambitieuses. Une politique qui se donnerait ces objectifs ne peut être menée par des organismes éclatés. La mise en place d'une structure interministérielle serait le signe que l'Etat a conscience qu'il s'agit d'un problème global de mentalité et de société, et manifesterait un souci de cohérence. Une haute instance, qui pourrait être placée aussi haut dans l'organigramme gouvernemental que l'AST (Agency for Science and Technology) japonaise, devrait être à même de relier les efforts des divers ministères ou institutions engagés dans l'IST : les ministères de la recherche (avec le CNRS, la DIST et la Délégation à l'IST), de l'éducation nationale (avec la direction des bibliothèques), de l'industrie (avec le SERICS), France Télécom (avec le projet NUMERIS).
On parle beaucoup de la construction de la " Très Grande Bibliothèque ". Sans doute fallait-il désengorger la BN et marquer, par une opération grandiose, une volonté politique de rattrapage. Mais cette opération ne prendra tout son sens que si elle s'inscrit dans un plan global. La pire des choses serait de " se contenter " de construire un nouveau lieu d'accumulation, une sorte de BN bis, fût-elle abondamment pourvue de terminaux. Il faut, comme la Culture l'a fait pour la lecture publique, constituer sur tout le territoire un réseau de centres IST. Les lieux existent souvent. Il faut les structurer et leur donner une vie nouvelle.
Il faut aussi une politique cohérente d'articulation entre leurs fonctions, leur niveau d'opérationnalité, leurs ressources, une politique de sensibilisation à l'IST qui passe par une prise en compte, dès l'école, de ses modalités, de ses processus, de ses enjeux.
Il est aussi urgent de mettre en Óuvre une politique nationale de l'information secondaire. Il est paradoxal qu'au moment même où l'on parle tant de la TGB, les célèbres Bibliographies françaises des sciences sociales, élaborées par la Fondation nationale des sciences politiques, viennent d'être rachetées par un groupe anglais et que des menaces d'OPA planent toujours sur des monuments de l'Ecole bibliographique française consacrés à l'Antiquité et à la littérature française, sans que cela suscite beaucoup de remous.
Histoire de mentalité sans doute encore, qui donne plus d'importance au stockage qu'à l'utilisation des stocks !
Sans effort dans ce secteur, sans mise au point de systèmes d'informations secondaires de valeur, et donc compétitifs, nous aurions des magasins mais les instruments de recherche et de gestion de l'information - ceux qui donnent au stockage emmagasiné toute sa valeur - nous échapperaient !
Pourquoi ne pas profiter d'avoir à rattraper le passé pour anticiper ? Pourquoi ne pas songer à bâtir, en même temps qu'une bibliothèque qui ne serait qu'une BN bis un véritable Observatoire de l'IST, lieu de production de systèmes d'information, de synthèses, de conseil, de consultation de banques de données, un lieu qui jouerait le rôle de nÓud et de régulateur du réseau national de l'IST. Dans un monde caractérisé par la mondialisation des activités, s'il faut garder des lieux à valeur patrimoniale et culturelle (dépôt légal, BN, bibliographies nationales, archives nationales), il faut aussi créer les lieux où se gèrent les flux d'information à valeur scientifique, technique et économique.
Et que l'on n'oppose pas le monde universitaire (à qui serait vouée cette TGB) et celui de l'activité économique réelle qui serait seule intéressée par l'information scientifique et technique ! Les problèmes sont exactement les mêmes : repérage de l'information, traitement de l'information et création d'outils méthodologiques qui permettent un accès efficace à l'information utile... Les enjeux culturels et économiques se rejoignent aussi. Claude Hagège, dans le Français et les Siècles, souligne que le meilleur moyen de défendre la langue française et la francophonie est de défendre la qualité de la recherche française. De la même façon, la défense de la " compétitivité " et de la culture françaises passe par la mise à la disposition des chercheurs, comme des producteurs ou des décideurs économiques ou politiques, d'outils performants dans le domaine de l'IST C'est la condition sine qua non pour pouvoir affronter sans crainte les échéances à venir.
Le meilleur moyen de se défendre, c'est d'attaquer : c'est surtout de prévoir l'intention de l'adversaire pour mieux la parer. Adage purement guerrier sans doute, mais dont le champ d'application s'est étendu au domaine économique, du fait de la mondialisation des activités dans ce secteur, de l'émergence de l'économie dite de marché et donc de l'instauration, à l'état chronique, de ce qu'il est convenu d'appeler " guerre économique ".
Il aura fallu la prise de conscience de l'avance qu'ont prise, dans ce contexte, des pays comme le Japon ou l'Allemagne pour que l'on comprenne le rôle joué par " le renseignement " et que l'on ne se gausse plus de l'attitude empressée et curieuse de leurs " agents " à l'étranger. On comprit que ce qu'ils faisaient, c'était récolter de l'information sur les marchés potentiels, sur des procédés techniques, sur tout élément virtuellement utile pour le développement de leurs industries.
Certaines grandes entreprises ont, depuis lors, mis en place cette nouvelle fonction, appelée trop souvent (car le terme est réducteur), " veille technologique ". Peu importe, au demeurant, le nom donné à la fonction : l'essentiel, ce sont les objectifs qui lui sont assignés : compte tenu de la stratégie et de la culture de l'entreprise, capter toute information, externe ou interne, technique, financière ou commerciale, susceptible de conduire l'entreprise à renforcer ou à modifier ses choix stratégiques. Ainsi la convergence d'observations et d'analyses faites à partir de la consultation de banques de données de brevets, d'études de type scientométrique sur des banques de données scientifiques ou techniques, de rapports économiques ou financiers, de notes de commerciaux sur le terrain... peut-elle amener le prévisionniste à anticiper sur les ouvertures de marché, sur les orientations des concurrents, sur les attentes des clients potentiels.
Cette fonction exige de celui qui l'exerce des qualités multiples, qui rappellent celles de l'ethnologue de qualité, toujours prêt à intégrer le moindre indice qui lui permette de comprendre le tout de la société dans laquelle il vit et qu'il étudie. Par exemple, une capacité à croiser des informations de natures diverses et souvent hétérogènes, un esprit particulièrement ouvert, et aux aguets, prompt à entendre ce que dit l'environnement, une disponibilité mentale qui lui permette de structurer en information à portée stratégique tout " informème " perçu.
Sans doute faut-il voir dans le poids de nos traditions socio-culturelles les raisons qui ont fait émerger cette fonction dans d'autres pays que le nôtre. Il était plus " facile " de la concevoir dans des sociétés où l'on se préoccupe de gérer une information moins comme un patrimoine que comme une source de gain (au sens large ou étroit du terme), où les formations aux carrières de l'information donnent moins la priorité à la gestion de l'acquis qu'à la maitrise de l'information vivante. Il reste qu'il est sans doute urgent de valoriser cette fonction, ou plus précisément de créer un état d'esprit qui la valorise. Faute, en effet, de cette mutation des esprits, cette fonction, qui ne saurait s'inscrire dans une vision strictement taylorienne de l'entreprise, ne pourrait se développer avec efficacité. Problème difficile qu'il faudra sans doute prendre en charge dès l'école, mais capital : enjeux de demain, défis d'aujourd'hui !
Il faut aussi une politique cohérente d'articulation entre leurs fonctions, leur niveau d'opérationnalité, leurs ressources, une politique de sensibilisation à l'IST qui passe par une prise en compte, dès l'école, de ses modalités, de ses processus, de ses enjeux.
Il est aussi urgent de mettre en Óuvre une politique nationale de l'information secondaire. Il est paradoxal qu'au moment même où l'on parle tant de la TGB, les célèbres Bibliographies françaises des sciences sociales, élaborées par la Fondation nationale des sciences politiques, viennent d'être rachetées par un groupe anglais et que des menaces d'OPA planent toujours sur des monuments de l'Ecole bibliographique française consacrés à l'Antiquité et à la littérature française, sans que cela suscite beaucoup de remous.
Histoire de mentalité sans doute encore, qui donne plus d'importance au stockage qu'à l'utilisation des stocks !
Sans effort dans ce secteur, sans mise au point de systèmes d'informations secondaires de valeur, et donc compétitifs, nous aurions des magasins mais les instruments de recherche et de gestion de l'information - ceux qui donnent au stockage emmagasiné toute sa valeur - nous échapperaient !
Pourquoi ne pas profiter d'avoir à rattraper le passé pour anticiper ? Pourquoi ne pas songer à bâtir, en même temps qu'une bibliothèque qui ne serait qu'une BN bis un véritable Observatoire de l'IST, lieu de production de systèmes d'information, de synthèses, de conseil, de consultation de banques de données, un lieu qui jouerait le rôle de nÓud et de régulateur du réseau national de l'IST. Dans un monde caractérisé par la mondialisation des activités, s'il faut garder des lieux à valeur patrimoniale et culturelle (dépôt légal, BN, bibliographies nationales, archives nationales), il faut aussi créer les lieux où se gèrent les flux d'information à valeur scientifique, technique et économique.
Et que l'on n'oppose pas le monde universitaire (à qui serait vouée cette TGB) et celui de l'activité économique réelle qui serait seule intéressée par l'information scientifique et technique ! Les problèmes sont exactement les mêmes : repérage de l'information, traitement de l'information et création d'outils méthodologiques qui permettent un accès efficace à l'information utile... Les enjeux culturels et économiques se rejoignent aussi. Claude Hagège, dans le Français et les Siècles, souligne que le meilleur moyen de défendre la langue française et la francophonie est de défendre la qualité de la recherche française. De la même façon, la défense de la " compétitivité " et de la culture françaises passe par la mise à la disposition des chercheurs, comme des producteurs ou des décideurs économiques ou politiques, d'outils performants dans le domaine de l'IST C'est la condition sine qua non pour pouvoir affronter sans crainte les échéances à venir.
" Capital humain et efficacité industrielle. Quels hommes pour l'industrie dans l'Europe de demain ? " Tel est le thème des deuxièmes journées prospectives du journal le Monde, qui auront lieu à Lyon, les 18 et 19 octobre (1). Des chefs d'entreprise, des responsables de ressources humaines et des formateurs réfléchiront ensemble - en présence de cadres, de jeunes diplômés et d'étudiants - aux moyens de préparer les entreprises aux défis technologiques et économiques qui les attendent, à la veille de la réalisation du grand marché européen.
Philippe Tibi a de la science à revendre. Entré il y a trois ans dans la société de Bourse Bacot-Allain pour créer le département informatique, il est, depuis sept mois, directeur de l'administration générale, et encadre 70 personnes, soit près du tiers des salariés de l'entreprise. A trente-deux ans.
Avec un CV de jeune prodige. Polytechnicien, diplômé de l'Ecole nationale supérieure des télécom et titulaire d'un DEA en droit. Le tout en sept années. Il a peaufiné sa formation en travaillant quatre ans à la SLIGOS, une SSII (société de services et d'ingénierie en informatique). " Les responsabilités y sont longues à venir, explique Philippe Tibi. Je suis parti, car j'ai souhaité capitaliser mon expérience pour me voir confier la gestion d'un budget. " Pourquoi la finance ? En 1986, ce secteur laissait entrevoir de belles capacités de développement. Et une belle rémunération ? Motus et bouche cousue. " Les salariés de la société ne doivent pas communiquer leurs revenus à l'extérieur ", dit fermement François Bacot, son patron. Est-ce pour éviter de faciliter la tâche aux chasseurs de têtes ?
Ayant la responsabilité de l'informatique, de la logistique et des back-offices, Philippe Tibi est au cÓur des évolutions technologiques. " Il y a trois ans, nous avions quatorze terminaux pour soixante salariés. Aujourd'hui, chacun des deux cents membres du personnel a le sien ", constate-t-il avec satisfaction. Il a en projet une salle de marché équipée d'écrans numériques, ce qui permettra sur chaque poste de travail de disposer d'un grand écran qui rassemblera les fonctions dévolues à plusieurs aujourd'hui. Tout en augmentant le nombre d'informations visualisables en permanence. Le budget prévisionnel est de 5 à 10 millions de francs.
Philippe Tibi recherche pour son service informatique quatre ingénieurs supplémentaires, et de jeunes diplômés pour les back-offices : " Ce ne sont plus les " arrière-cuisines " d'il y a quelques années. On assiste à un phénomène " boule de neige " de revalorisation : la présence de jeunes diplômés suscite des vocations dans les promotions suivantes. " Le tout nouveau directeur ne veut pas être entouré que de jeunes frais émoulus des grandes écoles : " Il faut aussi le cuir tanné des hommes d'expérience, auprès desquels les débutants - même bardés de diplômes - ont beaucoup à apprendre. "
Peut-il y avoir des conflits de génération ? C'est probable. Philippe Tibi se trouve hiérarchiquement au-dessus du responsable des titres qui a un certificat d'études et vingt ans d'ancienneté. " Tous les jeunes autour de lui sont de niveau bac + 3 ou bac + 5 ", ajoute François Bacot, visiblement inquiet. L'arrivée de diplômés de disciplines scientifiques provoque, en outre, l'émergence d'un pouvoir technologique. " C'est le germe de conflits à venir avec les commerciaux ", affirme le dirigeant d'une société de Bourse.
Autre souci majeur : quelle perspective de carrière offrir aux jeunes ? Ces derniers sont de plus en plus nombreux : 49 % des salariés des sociétés de Bourse ont moins de trente ans, au lieu de 26 % cinq ans plus tôt. Les back-offices sont privilégiés, car ils viennent d'embaucher leur première vague de jeunes, parmi lesquels certains pourront encadrer de petites équipes. En revanche, dans les salles de marchés, les jeunes diplômés sont recrutés par des " chefs " qui n'ont que trois ans de plus qu'eux... et il leur faudra beaucoup de patience pour espérer les remplacer un jour.
Si, à Tokyo, l'humeur générale est à la prudence, la chute de Wall Street n'a pas entrainé de nervosité excessive. " Une séance qui n'a rien des allures d'un krach. Et qui ressemble plutôt à une journée de prise de bénéfices ", a résumé Joël Jeuvells de la maison de titre, Sogen Securites (Société générale).
" Nous sommes loin du scénario du lundi noir de 1987 ", a jugé un analyste de Nomura Securities, le premier agent de change japonaise. Encaissant les répercussions de la baisse brutale de 190 points vendredi 13 du Dow Jones à Wall Street, le Nikkei, le thermomètre de la Bourse de Tokyo, a plongé dans les premières minutes. Puis il s'est très rapidement ressaisi pour reperdre légèrement en fin de séance. Finissant avec - 647 yens par rapport à vendredi dernier, l'indice Nikkei a régressé de 1,84 %. Ce recul " modeste " constitue néanmoins le record de baisse de l'année. Le marché obligataire s'est au contraire montré ferme. Les bons du Trésor japonais ont gagné 1,25 %. La Bourse de Tokyo a donc accueilli sans difficulté le recul marqué du Dow Jones, à New-York, vendredi.
Tokyo attend tout de même de voir le comportement de Wall Street. La Bourse américaine ouvre (à cause du décalage horaire) neuf heures après la clôture de Tokyo. Adoptant une attitude défensive, les investisseurs se sont portés sur les titres d'entreprise dépendant du marché intérieur japonais ou à " cycle long de production ". A l'opposé, les sociétés exportatrices ont souffert.
" La semaine sera très probablement volatile ", estime Yamaichi Securities, l'une des quatre grandes maisons de titres japonaises. " Tout dépendra du dollar ". Celui-ci semble decidé à baisser. Il est repassé brièvement pour la première fois depuis le 3 octobre, sous la barre des 140 yens. Puis, regagnant légèrement, il s'est arrêté à la clôture à 140,70 yens contre 143,90 yens, vendredi dernier. La spéculation sur le dollar semble " avoir été refroidie " par les événements de vendredi dernier à Wall Street, juge un cambiste de UBS-Phillips and Drew. Selon le ministre des finances japonais, Mr Ryutaro Hashimoto, les banques centrales coordonnent leurs actions depuis le week-end dernier, laissant entendre qu'elles se tiennent prêtes à intervenir le cas échéant.
C'EST le livre de la rentrée. Innovant, provocant, irritant quelquefois, tonique toujours, à l'articulation, mal explorée, du politique et du militaire, là où le bât blesse, faute souvent de l'investissement intellectuel minimal.
Le domaine de la défense est le royaume des idées reçues, la posture tenant souvent lieu de pensée. Régis Debray avec son Tous azimuts nous offre, à l'inverse, le catalogue des idées dérangeantes. Il prend comme un malin plaisir à les aligner, quitte, à l'occasion, à se contredire lui-même.
Comme l'ironie et la stratégie ont partie liée, de même la culture et la chose militaire : deux cents pages le démontrent, qui valent le détour.
Comme tous les bons livres, celui-ci devance l'événement : au départ réflexion sur " l'Europe stratégique " et l'avenir d'une " défense européenne ", l'essai de Régis Debray anticipe sur le retour du " refoulé national ", dans l'Empire russe et sur ses marches, au cÓur même de notre continent, et nous prévient que l'Europe du grand dégel Est-Ouest risque d'être " plus dangereuse que celle de la guerre froide, car plus déstruc- turée ".
L'auteur nous rappelle que la construction européenne " s'est nourrie de la crise d'identité de certaines nations " (et d'abord de l'Allemagne, à laquelle elle a fourni un cadre de réinsertion), puis nous montre que l'idéologie du " post-national " (" le salmigondis est devenu notre forme définitive " - Enzensberger) risque d'ouvrir la voie à un monde de conflits régionaux, voire au vingt et unième siècle " mystique ", à de nouvelles guerres de religion : " Le refus de l'Etat-nation a son prix : le retour à l'âge où l'appartenance confessionnelle était le seul référent d'identité des Européens " (comme au Liban de nos jours). " Les loups de demain rôdent déjà dans la bergerie intellectuelle d'aujourd'hui. "
Sans doute Régis Debray annonce-t-il un peu vite " la fin de l'Empire russe ". Ce n'est pas parce que le " trend européen " l'emporterait dans l'histoire russe sur le " trend asiatique ", et les " occidentalistes " sur les nouveaux " slavophiles ", que l'URSS cesserait pour autant d'être, pour longtemps encore, une superpuissance militaire. Il observe d'ailleurs lui-même que la perestroika n'a pas encore trouvé une traduction militaire stable et définitive. Et les experts savent qu'il ne faudra guère moins d'une dizaine d'années pour cela.
C'est aller un peu vite en musique que de voir le programme de la conférence Staline-Roosevelt-Churchill de Téhéran (1943) - intégrer tous les Etats alors en conflit dans la grande famille mondiale des Etats démocratiques - déjà en cours d'exécution, et " L'estonisation de l'URSS " prendre le pas sur la " finlandisation " de l'Europe de l'Ouest. Cette vision à la Fukuyama (1), l'irénisme en moins et la claire perception en plus, des fractures qui se dessinent au Sud ne doit pas nous faire jeter le bébé avec l'eau du bain.
Régis Debray observe que le pacte atlantique, conclu il y a quarante ans, a réussi, et rappelle à juste titre l'asymétrie géographique entre les Etats-Unis et l'Europe, qui rend aléatoire, à l'ère de la parité nucléaire, la protection de celle-ci par ceux-là. S'il relève à bon droit les risques du duopôle américano-soviétique et d'une négociation " de bloc à bloc " à Vienne, plaçant les Européens devant le fait accompli d'une sorte de cotutelle, sa critique des relations entre la France et l'OTAN me parait, dans l'état actuel des choses, tout à fait excessive.
La liberté de décision du gouvernement français quant à l'emploi de ses forces, tant nucléaires que conventionnelles, est en effet entière. Le président de la République a toujours clairement marqué que la défense de l'Allemagne en son entier, en cas d'agression, engageait solidairement tous les alliés et d'abord les trois puissances nucléaires : Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, celle-ci se réservant le cas échéant, de défendre ses intérêts vitaux si la stratégie de l'alliance avait préalablement échoué. Mais s'il est vrai que l'atlantisme est dans les têtes et que toute défense européenne passe d'abord par " une réforme intellectuelle et morale " , c'est-à-dire par une décolonisation mentale, alors Régis Debray n'a peut-être pas tout à fait tort de jouer les oies du Capitole. Le paradoxe de la stratégie fera peut-être que le retrait américain d'Europe, qui s'amorce, nous rapprochera des Etats-Unis.
Quoi qu'il arrive, aussi bien, l'alliance atlantique, bâtie sur une communauté de valeurs partagées et que d'autres peuvent rejoindre, reste nécessaire dans un monde de plus en plus multipolaire, où tant de civilisations différentes devront apprendre à vivre ensemble. Régis Debray ne dit d'ailleurs pas autre chose quand il écrit : " Notre Europe peut et doit s'inscrire à côté des Etats-Unis dans l'espace culturel complexe appelé " Occident ", dont eux et nous faisons partie, sur un pied d'égalité, mais qu'aucun continent en particulier, n'incarne, ne symbolise, ni ne dirige. "
Nous voici ramenés au môle européen de défense qu'il s'agit d'édifier pour préserver la paix et la liberté sur notre continent. Seul, en effet, un équilibre de sécurité stable peut fonder un dialogue confiant entre les deux parties de l'Europe.
Avant de parler défense européenne, ce " trou noir où s'engloutissent tant d'intelligences ", Régis Debray pose, à juste titre, la question de ce qu'il y a à défendre. Turquie, Tchécoslovaquie : ces détours font percevoir la pluralité des Europe, politique, économique, culturelle, militaire, dont la France pourrait ambitionner d'être, au XXIe siècle, le dénominateur commun. C'est pourquoi " il serait périlleux pour un Français de 1989 de placer la fiction-Europe au-dessus de la fiction-France. "
Tout cela n'est certes pas dans l'air du temps, car, comme le souligne l'auteur, " les stratégies payantes à long terme sont toujours, dans l'immédiat, les plus ingrates. "
Et pourtant l'indépendance n'est nullement antinomique de la solidarité : " Raser le donjon nucléaire français laisserait sans protection les contre-escarpes conventionnelles du continent. "
Egon Bahr relevait récemment dans ces colonnes qu'il existait entre la France et l'Allemagne " une communauté de destin conditionné, par la géographie " (2) C'est là qu'entre les deux pays l'affaire se corse, si je puis dire. Régis Debray parle de l'axe Paris-Bonn comme de " l'axe des malentendus ". Les Allemands préfèrent une stratégie anti-forces à une stratégie anti-cités parce que, selon Régis Debray, l'ironie de la stratégie (de la dissuasion) veut que la paix soit construite sur des piliers d'incertitudes, chose fort difficile à faire comprendre.
" Le chemin de " zéro mort " effectif passe par le " beaucoup de morts " virtuel, alors que le " moins de morts possible " conduit au " plus de morts " réel. "
L'auteur observe à juste titre qu'il n'est d'ailleurs pas nécessaire que le rayon d'action de la dissuation française soit déclarativement élargi au territoire de la RFA pour s'y appliquer de facto, en fonction du concept des " intérêts vitaux ".
François de Rose parlait, il y a quelques jours, d'une " massue trop lourde " (3). Si toutefois la dissuasion doit être effective, il faudrait que Régis Debray cessât de considérer le Hadès comme un " casse-tête ".
La première est que l'" ultime avertissement " n'est pas un simple " coup de semonce ". Pour dissuader efficacement une agression conventionnelle il doit avoir une " efficacité militaire propre ". Le président de la République a rappelé, le 11 octobre 1988, que l'ultime avertissement ne pouvait s'appliquer qu'à des cibles militaires, sans pour autant en préciser la nature.
La seconde caractéristique de l'ultime avertissement est, comme l'a rappelé Michel Rocard devant l'IHEDN le 7 octobre 1988, qu'il doit dissiper à l'avance chez l'agresseur l'illusion qu'il puisse y avoir de notre part " une démission due à l'épouvante ".
Quant à savoir la forme et le lieu, je dirai, pour être bref, qu'il doit pouvoir être délivré partout, aussi bien sur les concentrations de forces que sur le sol d'un agresseur éventuel, afin de ne l'être jamais nulle part.
Régis Debray conclut son livre par une illustration des complémentarités existant, du point de vue de la défense, entre les différents pays européens. Sa conclusion " grand large plutôt que pré-carré " fera plaisir à nos marins.
Ses arguments ne manquent pas de force. Pour ma part, cependant, je ne crois pas qu'il soit possible à la France de choisir entre la terre et la mer. On peut railler notre panoplie militaire qui ne se compare - du point de vue de la diversité - qu'à celle des superpuissances. C'est oublier que, comme le disait Napoléon, " la politique d'un Etat est tout entière contenue dans sa géographie ". Or la France est à la fois une puissance continentale, une puissance du grand large, ouverte sur le monde, et une puissance méditerranéenne, tournée vers l'Afrique. Et Debray rappelle ce mot de Kissinger : " Toute diplomatie qui n'est pas liée à un emploi plausible de la force est stérile ". Quels que soient les résultats des négociations de Vienne, c'est la solidité du couplage France-Allemagne, donnée essentielle de l'équilibre européen futur, qui nous conduira à maintenir une armée de terre relativement importante, car il n'y aura pas de dissuasion efficace sans barreau conventionnel.
En citant le général Ailleret pour finir, dont l'expression " tous azimuts " fut et reste toujours mal comprise, Régis Debray rappelle à ceux qui seraient tentés de l'oublier que l'effort de la France pour se constituer un système de défense autonome peut seul, " au cours des crises qui peuvent dans l'avenir ébranler le monde, mettre l'Europe en mesure de déterminer librement son destin ".
Je fais entièrement mienne cette conception éminemment républicaine de la défense, même si je ne partage pas toutes les vues d'un livre qui marie heureusement la philosophie, l'Histoire et la réflexion stratégique, et dont je souhaite que quinconque se pique de parler défense prenne la peine de le lire.
LE conflit Peugeot relance avec acuité le débat sur le rôle du juge dans la grève et sur sa capacité à permettre la recherche d'une solution négociée, seul moyen de rétablir le dialogue à l'intérieur de l'entreprise.
Les articles du code de procédure civile sur la conciliation et les moyens du juge des référés, d'une part, le droit de grève et le droit de tout travailleur à participer à la négociation collective des conditions de travail, affirmé dans le préambule de la Constitution et l'article L. 131-1 du code du travail, d'autre part, définissent les droits reconnus aux travailleurs. La mission du juge est de faire de ces principes des droits positifs chaque fois qu'à l'occasion d'un conflit social majeur une partie le saisit.
La grève et l'occupation de la forge de Mulhouse constituaient incontestablement des actions dont l'objectif était de faire aboutir des revendications exposées avant le conflit et non suivies jusqu'à ce jour de propositions concrètes de discussion par la direction de Peugeot.
La recherche par le juge des moyens de favoriser un dialogue entre les parties est un objectif reconnu par une majorité de dirigeants et rappelé par nombre d'entre eux. Si l'action du juge doit être neutre quant au fond, elle doit être active dans la forme pour amener les parties à négocier et pour veiller au caractère loyal des négociations.
Les précédents sont nombreux.
Demande originale, mais non sans précédent, et qui se fonde sur les principes de droit déjà évoqués : Constitution et code du travail rénové par les lois Auroux.
L'intérêt de la demande était, pour le syndicat, de prendre l'initiative et de mettre en lumière l'attitude intransigeante de la direction : l'objectif a été atteint et les motifs de l'ordonnance du 2 octobre soulignaient bien que le blocage provenait du refus de la société Peugeot.
La décision du magistrat est cependant négative et son refus d'admettre, même partiellement, la demande de la CFDT montre son embarras face à l'originalité de la question et les limites qu'il s'assigne dans son rôle social.
Le caractère général de l'article L. 131-1 du code du travail, qui pose le principe de la négociation, constitue pourtant, comme les principes généraux du droit, une source de droit qu'il appartenait au juge de faire entrer dans les faits, comme d'autres de ses collègues l'ont fait et comme s'y attendait une large part de l'opinion.
On pouvait croire que l'ordonnance sur requête ne servait plus qu'à surprendre, à leur insu, des amants dans le lit adultère. On n'imaginait plus possible de faire croire que des grévistes dont le nom s'étale dans les journaux, dont les délégués sont reçus par la direction et que des huissiers surveillent jour et nuit puissent être considérés comme un conglomérat anonyme contre lequel peut être prise une décision arrêtée dans la pénombre d'un cabinet sans qu'ils aient été préalablement informés.
Si cette façon de procéder n'est pas interdite, depuis longtemps les magistrats Óuvrent pour rendre à la décision de justice ce qui en fait la qualité essentielle : le débat contradictoire.
La réponse du juge va à contre-courant d'une évolution judiciaire ancienne. La brutalité de l'ordre d'expulsion choque tout observateur attentif au rôle du juge dans cette situation. Le magistrat de Mulhouse a fait prévaloir sans réserve le droit de propriété sur le droit des salariés d'exiger des négociations par le recours à une modalité de la grève qui avait été supportée jusque-là depuis des semaines et n'avait entrainé aucune atteinte à l'intégrité des personnes ou des biens.
Il a volontairement fait choix d'un camp, inscrivant son ordonnance dans une lutte de classe qu'il n'appartient pas à la justice de mener. Depuis vingt ans, de très nombreuses décisions, confirmées en appel, tentent au contraire de faire du débat judiciaire l'occasion de résoudre les conflits de façon pacifique par la mise en Óuvre, sous le contrôle du juge, d'une médiation qui, seule, peut permettre d'apporter une solution durable au litige.
Ces deux décisions, à des degrés différents, suscitent le même regret. En refusant de reconnaitre aux travailleurs le droit à la négociation et en ordonnant leur expulsion des lieux qu'ils occupaient pour contraindre leur employeur à s'asseoir à la même table qu'eux, ces ordonnances ont conduit à rendre sans efficacité sociale l'intervention judiciaire.
C'est d'autant plus regrettable au moment où la jurisprudence permet aux juges d'être des arbitres reconnus et nécessaires dans la solution de ce type de conflits.
DES mouvements sociaux s'expriment tour à tour ou simultanément dans des secteurs très divers allant des finances aux établissements pénitentiaires ou à l'industrie automobile. Les revendications ("1 500 F pour tous") montrent, par leur généralité, leur extension à des branches et à des catégories très dissemblables, que les arrêts de travail ne sont pas réductibles à cette seule dimension. La grève est un processus complexe et ambivalent. La revendication salariale trouve sa légitimité naturelle dans la constatation d'une perte de pouvoir d'achat de tel ou de tel secteur. Mais à cela se juxtaposent des pratiques et des valeurs non assimilables à une visée essentiellement économique.
Le travail de la grève, c'est de permettre également l'expression de ce qui se tramait durant les jours et les années ordinaires. Alors que l'on n'avait droit ni à l'oreille des médias ni à l'attention des instances dirigeantes. Pour ceux qui n'appartiennent pas à ces milieux de travail, en connaitre les attentes, les dynamiques et les frustrations ne pouvait relever alors que d'un voisinage, d'une fréquentation longue. L'arrêt de travail permet de se rapprocher, de distinguer et de connaitre les visages et les voix, et cela d'autant qu'une volonté d'affirmation "a-institutionnelle" est aujourd'hui plus forte qu'il y a quelques années.
Les salariés souhaitent s'exprimer eux-mêmes, directement et parfois à l'écart de leurs instances élues, ou du moins en exerçant un contrôle réel sur celles-ci. Les syndicats ou les "coordinations" doivent ainsi être au plus près des attentes spécifiées et singulières.
La crise des idéologies estompe dans une certaine mesure les discours où ne prévalaient que le revendicatif économique et socio-politique. Dans ce vide relatif, les dynamiques de l'action individuelle et collective se disent avec les singularités, les valeurs et les pratiques des salariés de telle ou telle profession. On met ainsi au jour le quotidien dans ses spécificités, dans ses mobilisations, ses tensions, ses plaisirs et ses heurts.
Comprendre le pourquoi d'une attitude, d'un refus ou d'une acceptation inattendue de dialogue implique une écoute attentive de ces nouvelles pratiques et valeurs. Aujourd'hui elles n'ont plus à se taire ou à se cacher. Le travail de la grève dévoile le paysage contemporain des rapports sociaux où catégories, professions, secteurs (chauffeurs, postiers, agents de conduite, ouvriers d'entretien...) disent leurs différences. Aux orthodoxies bureaucratiques et aux volontarismes politiques succèdent des zones d'autonomie, des plages de particularisme. Celles-ci prônent l'expression la plus directe, la plus proche des conditions de la quotidienneté et de son dépassement.
Les attentes qui se rattachent au symbolique, à l'existentiel peuvent se déployer comme elles le font dans les conflits. En fait, prévaut le souci de la dignité et l'obsession du mépris. Ces dynamiques concernent tant le collectif en action - contrôleurs aériens, douaniers, postiers, infirmières - que chaque individu qui le constitue et le déborde dans son expression singulière. Les talents, habilités et savoirs quotidiens liés aux tâches et à la vie civile peuvent, dans leur travail de la grève, trouver un lieu et une occasion de dévoiler l'homme ou la femme et non plus seulement l'agent d'exécution.
Les qualités de tel ou tel, réservées antérieurement au petit cercle du bureau ou de l'atelier, se révèlent aux autres, s'échangent et se confrontent dans le temps de la mobilisation. Lorsque celle-ci cesse, l'expressivité singulière reprend, le plus souvent, ses logiques antérieures discrètes, méconnues, mais souvent obstinées et attentives aux prochaines sautes des humeurs sociales.
L'EUROPE ! L'Europe ! L'Europe ! Plus que jamais comme un cabri sur son bloc de calcaire perdu en Méditerranée, le gouvernement maltais piaffe d'impatience à la porte des Douze. En 1990, le "caillou" fêtera ses vingt années d'association avec la CEE. "Les fiançailles ont assez duré, dit-on à La Valette. Le temps des épousailles est venu."
D'ici quelques mois, "en tout cas avant la fin de l'an prochain, précise Edward Fenech-Adami, premier ministre de l'archipel, nous aurons fait une demande en bonne et due forme" pour devenir le numéro treize sur la liste des pays membres. En fait, le rang importe peu.
"L'essentiel, selon Buttigieg Scicluna, l'avocat maltais en charge de la préparation du dossier à Bruxelles, est d'accrocher une fois pour toutes nos iles à l'Europe. Ne serait-ce que pour décourager à l'avenir d'éventuelles mésaventures." L'allusion à la politique, plus arabo-méditerranéenne et tiers-mondiste, du gouvernement précédent est assez claire. "On a vu, par exemple, ce que la CEE a eu comme effet modérateur sur les socialistes grecs", reprend B. Scicluna.
Tombée aux élections de mai 1987, après seize années de pouvoir, l'équipe travailliste de l'époque, tout en conservant le statut d'"associé à la CEE", avait eu tendance à se rapprocher toujours plus d'Etats aussi peu européens que la Libye, la Corée du Nord ou la Chine (voir le Monde du 22 septembre). Tout cela est bien fini.
Le gouvernement démocrate-chrétien d'E. Fenech-Adami a dénoncé, de facto, tous les accords un peu gênants conclus par son prédécesseur, notamment ceux de nature militaire. "Notre place naturelle, juge-t-il, est dans l'Europe. Nous ne cherchons pas à nous faire adopter. Nous ne sommes pas les orphelins de l'Europe, nous faisons déjà partie de la famille."
L'année dernière, lors d'une visite officielle chez l'ancien colonisateur britannique, un peu réticent, semble-t-il, à l'adhésion de son ancien protectorat à la CEE - alors que l'Espagne et l'Italie soutiennent sa candidature, - le premier ministre avait enfoncé le clou : "Je ne pense pas que la Communauté puisse éprouver, comme pour d'autres entités plus grandes, ou moins européennes dans leurs caractéristiques, de grandes difficultés à nous assimiler."
Grande comme un département français (316 kilomètres carrés), surpeuplée (350 000 habitants), mais en voie de développement bien avancé, l'ancienne et légendaire forteresse des chevaliers dispose aujourd'hui d'un revenu annuel, par habitant, d'environ 5 000 dollars. Moins que la moyenne des pays de la CEE certes, mais plus que certains honorables aspirants...
"Nous sommes déjà quasiment intégrés à l'Europe, rappelait récemment Censu Tabone, le président de la République, puisque 70 % de nos échanges se font avec elle." Ajoutons que, depuis les années 70, la Communauté, en tant que telle, a prêté autour de 55 millions d'écus à Malte et que le troisième protocole financier (1989-1993), signé en mars dernier, s'élève à 38 millions d'écus, dont 12,5 millions de don.
"Pas de problème, juge un expert économique étranger. Malte a de gros besoins, notamment dans le domaine des infrastructures qui sont très en retard, mais c'est un pays solvable. Sa balance des paiements est saine et ses réserves couvrent entre quinze et dix-huit mois d'importations !" Les 700 000 touristes (à 85% européens) qui viennent chaque année se délasser sous le soleil maltais sont plutôt dépensiers.
Le tourisme fournit déjà 40% des revenus de l'Etat et un projet de développement du yachting international de luxe, financé par un consortium italo-suisse-allemand, devrait encore augmenter les revenus de ce secteur. Ponton flottant, casino et grand hôtel seront construits sur l'ilot de Manoel. "Monte-Carlo n'a plus qu'à bien se tenir", plaisante un initiateur du projet.
Plus sérieusement, et de toute évidence, les Européens se sentent chez eux dans l'archipel. "Normal, confirme Ugo Mifsud Bonnici, ministre de l'éducation, nous avons derrière nous deux mille ans de civilisation chrétienne et européenne." De fait, la quasi-totalité des Maltais sont chrétiens et, record mondial sans doute, on compte, dans les trois iles, trois cent cinquante églises, soit une pour mille habitants !
Outre le maltais, relativement proche de l'arabe - encore que les autochtones affirment ne pas comprendre les Libyens qui viennent par charters entiers dévaliser les supermarchés de La Valette, - l'anglais est la seconde langue officielle et une bonne part de l'élite locale parle aussi l'italien. Pas de problème de ce côté-là donc, bien que le système éducatif public laisse nettement à désirer.
"Nos cadres moyens et supérieurs, affirme B. Scicluna, sont aussi bons sinon meilleurs qu'ailleurs. Nos lois commerciales sont calquées sur le droit britannique, notre procédure pénale, sur celle de l'Italie et notre code civil est fondé sur le code Napoléon. Nos gens peuvent s'adapter partout et ils le prouvent d'ailleurs chaque jour."
Cela dit, reconnait-il tout de même, "c'est vrai qu'en dessous, c'est moins brillant et c'est là le résultat de seize années de pouvoir travailliste. Mais nous allons remédier à cette situation".
Membre du Commonwealth et du Conseil de l'Europe - dont il a assumé la présidence six mois en 1988, - l'archipel a adhéré récemment à la charte sociale de la CEE et ne voit pas comment on pourrait lui interdire l'entrée du club. "Contrairement à d'autres pays du Sud européen, ajoute encore le premier ministre, l'agriculture et la pêche, chez nous, ne représentent que 4% du PNB. Ce qui devrait rendre notre adhésion encore moins problématique."
Restent pourtant trois points noirs dans le dossier maltais. D'abord, l'économie est encore trop fortement étatisée puisque 40% des produits importés sont soumis à licence spéciale et que l'Etat, directement ou indirectement, emploie toujours autour de 40% également de la main-d'Óuvre nationale. Cela permet certes de maintenir l'inflation et le chômage à des niveaux honorables (4% de part et d'autre), mais c'est peu conforme à la liberté des marchés prescrite par le traité de Rome.
Or, pour remporter les élections, E. Fenech-Adami a dû promettre que personne ne perdrait son emploi. Bref, la libéralisation et la dénationalisation inscrites au programme du gouvernement se font très lentement. "Beaucoup trop", selon les diplomates européens en poste à La Valette.
Ensuite, Malte, après s'être vu fermer la porte de l'OTAN dans les années 70, se veut constitutionnellement un pays neutre. "Non pas comme la Suisse, précise-t-on en haut lieu, mais seulement au sens où nous n'appartenons à aucune alliance militaire." Certes. Mais l'archipel est également membre du mouvement des non-alignés, ce que beaucoup, à Bruxelles, - et malgré l'évolution nettement moins militante de l'organisation créée par Nasser et Nehru - jugent "totalement incompatible avec l'adhésion à la CEE".
Enfin, l'ile, qui s'est toujours définie comme une " société de services" - des Phéniciens jusqu'à aujourd'hui - vient de se lancer dans l'aventure des paradis fiscaux (voir encadré). Peut-on, à la fois, entrer dans le club des Douze, se vouloir neutre, appartenir simultanément à un mouvement de plus de cent pays qui, eux, ne le sont pas, et, en plus, jouer son va-tout sur le tapis vert du secret bancaire ? Un jour ou l'autre, Malte devra choisir sa route.
Oyez ! Oyez ! Evadés fiscaux de tous les pays, un nouveau paradis s'offre depuis trois mois à vos économies. Licites ou non. Discrétion garantie et taxes minimales : 5 % contre 6 à 7 % dans les autres places fortes de l'argent " gris " qui ont pour noms, Jersey, Canaries ou Caiman Islands... Mieux encore, ici, les clients déclarent eux-mêmes ce sur quoi ils acceptent de payer des impôts.
Ainsi Malte, l'ancienne forteresse des très chrétiens chevaliers de Saint Jean, se lance-t-elle dans la finance internationale. Foi de Joe Fenech, initiateur du projet avec rang de ministre spécial, " nous serons le Hongkong de la Méditerranée. D'ailleurs, de nombreuses sociétés installées là-bas et un peu craintives de l'avenir du dominion britannique ont déjà pris contact avec nous. "
Comme jadis dans les affaires géostratégiques, Malte joue de sa position " en plein cÓur " de la Méditerranée. " Nous offrons, affirme un prospectus officiel, un pont idéal entre l'Europe et l'Afrique du Nord. " Bref, même à l'heure de la mondialisation des communications, l'archipel croit encore à l'avantage de sa situation...
Toutefois, malgré les rodomontades des uns et des autres, les clients étrangers, pour l'instant, ne se bousculent pas au portillon du nouveau port franc. Ouvert depuis le 1er juillet, ce dernier n'a enregistré jusqu'à présent que sept candidats dont cinq ne sont pas des compagnies commerciales. Mais J. Fenech, qui est un proche du premier ministre, ne désespère pas.
Outre certains trusts de Hongkong, la Chase Manhattan Bank, qui a techniquement piloté le projet, va ouvrir un bureau à La Valette. La Société générale française " montre de l'intérêt ", et la banque San Paolo de Turin est déjà sur place depuis plusieurs années à travers sa filiale italo-libyenne, la Melita Bank. Des sociétés du Koweit se renseigneraient aussi, discrètement.
Bien entendu, le gouvernement espère également attirer quelques-uns des 800 000 Maltais d'origine, répartis à travers le monde et parfois très prospères. " La seule chose dont nous ne voulons pas, affirme Anthony Galdès, gouverneur de la banque centrale, c'est l'argent du crime ou de la drogue. Pour éviter ce genre de dérapages, continue-t-il, nous nous sommes entourés du maximum de garanties. "
Toute société, holding, trust, compagnie financière ou commerciale qui voudra profiter du système devra d'abord avoir un répondant maltais qui sera responsable, devant la loi, des agissements de son client. Dix-sept sociétés locales sont déjà habilitées à servir ainsi de garant.
Encore une fois, seul l'argent " vraiment sale " est malvenu. Pour lui, et notamment parce que la Sicile mafieuse n'est qu'à 30 kilomètres de Malte, les autorités se sont réservé le droit d'investigation légal. Cependant, l'opposition travailliste affirme que le risque de voir l'archipel servir au blanchiment des narco-dollars reste très élevé.
Ce serait, entre autres, pour mettre en garde les autorités à cet égard que Pierre Joxe, le ministre français de l'intérieur, a effectué, le 11 septembre, une visite éclair à La Valette auprès de son homologue maltais, Guido de Marco... " Bon, reconnait Joe Fenech, des affaires troubles peuvent toujours se produire. Aussi bien ici que dans les pays d'Europe, comme l'Espagne ou le Royaume-Uni, qui ont eux aussi installé des zones franches. Mais nous avons choisi comme modèle le Luxembourg, qui est sans doute la place financière de ce type la plus nette. Que peut-on faire de plus ? "
Malte appartint d'abord aux Phéniciens, au IXe siècle avant l'ère chrétienne, puis aux Grecs au VIIIe siècle et aux Carthaginois au VIe siècle. Elle fut annexée par Rome en 218 avant Jésus-Christ, avant d'être christianisée et de tomber sous la coupe des Vandales et des Ostrogoths. Reconquise par les Byzantins en 533 après Jésus-Christ, prise par les Arabes en 863, elle fut conquise en 1091 par Roger de Sicile et partagea le sort de sa voisine du nord jusqu'en 1530.
A cette date, Malte fut donnée par Charles Quint aux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem chassés de Rhodes. Ce fut le grand maitre de l'ordre, Jean Parigot de La Valette, qui défendit victorieusement l'ile contre les Turcs de Soliman II et fonda l'actuelle capitale.
Au dix-huitième siècle, Malte fut le grand centre du commerce français en Méditerranée et Bonaparte s'en empara en 1798, avant que les Anglais ne la prennent en 1800. Colonie britannique, elle devint une importante base navale et commerciale sur la route des Indes, avant de servir en 1943 au débarquement allié en Sicile. Elle obtint son indépendance en 1964.
La réduction des coûts salariaux n'est pas le seul moyen pour devenir compétitif. Paradoxalement, ce serait plutôt le contraire. Le rapport coûts salariaux/chiffre d'affaires est important certes, mais une substantielle diminution des coûts peut venir de l'instauration d'une véritable politique de qualité. Or ce que les directions générales ne semblent pas avoir pris en compte, c'est qu'on n'obtient pas la qualité sans et a fortiori contre les hommes.
Tous les robots et automatismes de fabrication et de contrôle, aussi performants et fiables soient-ils, ne détectent pas toutes les erreurs et surtout ne les corrigent pas. Les hommes assimilés à des robots le peuvent mais ne le font pas, par démotivation ou par malice, et peut-être pis, en cas de conflit.
Des gains de productivité de 10 % à 30 % sont possibles pratiquement sans investissement lourd, à condition d'oublier Taylor, à condition de redonner initiative et respect à la tâche de chacun. Dissociée de l'élément humain, la qualité totale est ambiguë jusqu'à l'hypocrisie en laissant croire qu'on peut résoudre la plupart des problèmes par des affiches.
Le coût de la non-qualité - COQ pour coût d'obtention de la qualité chante mieux ! - est affolant par une imprécision tenant justement à la difficulté d'évaluation. Si on avance le nombre de quinze à vingt et un clients que peut faire perdre un client furieux, on ne sait chiffrer la perte exacte. On peut l'aggraver insidieusement : par exemple, on inonde d'offres un client perdu parce que le courrier ne suscite même pas un accusé de réception. Tous ces envois coûtent cher.
L'information de la direction générale est complètement faussée : les coûts réels sont inconnus, et les coûts connus, mal imputés. Quelles décisions et quels objectifs peuvent être tirés d'informations erronées ? Dans quelle rubrique classe-t-on les pertes de marché : concurrence, charges trop élevées ?
Ah ! si les salariés faisaient de leur mieux ! Pourtant, qui admet que la responsabilité incombe exclusivement, ou presque, au management ? Une direction générale convaincue et montrant l'exemple s'appuiera sur des actes et non sur des exhortations.
Chacun se sentira alors légitimement concerné par le slogan " la qualité est l'affaire de tous ". L'investissement en temps de formation assure un retour à moyen et à long terme - en matière de qualité, le court terme est aberrant - inestimable. L'entreprise est en mesure d'exprimer tout son potentiel.
A charges de fonctionnement égales, pertes et rebuts diminuent et la productivité augmente. Le bénéfice dégagé est disponible, entre autres, pour l'investissement humain : création d'emplois et formation. A l'objection classique " la qualité coûte cher ", la réponse est : " C'est vrai, si on tombe dans le perfectionnisme ; c'est faux, s'il s'agit de fournir au meilleur prix le produit qui répond aux besoins du client. "
Il y a un paradoxe irritant : la surcharge de travail dont se plaignent la plupart des salariés face à plus de 2,5 millions de chômeurs. Créer des emplois ? " Suggestion farfelue, l'augmentation des charges... " L'argument semble imparable. Pourtant, combien de décisions sont prises en catastrophe sans s'assurer de la cohérence des informations et des faits ? Combien sont repoussées ou remises à... jamais ?
L'interlocuteur, qu'on ne peut jamais joindre parce qu'il est en réunion, n'est pas non plus disponible pour son service. Retards, pertes de temps, de patience et de... commandes ne sont pas chiffrables.
On justifie une demande de niveau bac + 2 (ou plus) par la montée de la complexité technologique. Soit, mais que fait-on de ceux qui, pour de multiples raisons, n'ont pas ou n'atteindront pas ce niveau, objectif du vingt et unième siècle ? Ceux-là aussi ont non seulement le droit au travail, mais à un travail dans et par lequel ils puissent s'exprimer.
La mécanisation et la robotisation tuent ces emplois, à un coût matériel, et surtout humain, exorbitant. Qu'on automatise les tâches dangereuses, dégradantes, voire fastidieuses, mais qu'on maintienne celles que des hommes et des femmes voudraient bien pouvoir effectuer.
Le balayeur peut être satisfait (heureux ?) de son sort, s'il se sent reconnu et considéré par tous, s'il sait qu'un état n'est jamais définitif, s'il ne tient qu'à lui de demeurer là où il est ou de progresser dans une organisation en mesure de lui apporter conseil et formation. Il n'a plus alors besoin de l'appellation ambiguë de " technicien de surface ".
On prétend manquer de grand dessein ? Il s'agit cependant, avant 1993, d'une question de survie sous l'angle de la compétitivité : enrichir les tâches en déléguant, en abandonnant le système D. Il faut enfin considérer la qualité sous l'angle de l'enrichissement humain.
UN numéro spécial (1), un dossier (2), un article fulgurant (3) : l'économie mondiale est l'objet d'analyses multiples.
Gérard de Bernis, professeur à l'université des sciences sociales de Grenoble, emploie presque toujours l'expression entre guillemets : d'abord, " tous ceux qui parlent d'une " économie mondiale " n'en donnent pas une définition précise " ; ensuite, l'expression " économie mondiale " présente des ambiguités : si elle " prend en compte les ruptures avec la situation ancienne ", elle " anticipe largement, indûment, sur ce qui en résultera " ; enfin cette expression a des aspects normatifs : dire " économie mondiale ", c'est à la fois, selon G. de Bernis, " affirmer qu'il faut détruire l'ancien mode de régulation, établi dans le cadre de systèmes productifs centrés sur la nation " et " exprimer ce que doit être le contenu du nouvel ordre capitaliste ", ce qui ne peut que servir, entre autres, " à justifier l'austérité salariale et la flexibilité de l'emploi et du travail " (2).
C'est que, pour lui, la notion d'" économie mondiale " est la transposition de la notion d'" économie nationale " à l'échelle du monde ; son usage impliquerait que " la réalité première se serait déplacée de la nation au monde ". Or, outre le fait que cela, pour G. de Bernis, ne pourrait concerner que la sphère capitaliste du monde, même dans cette sphère, on n'observe actuellement ni " l'effacement des nations " ni " l'intégration de l'ensemble du monde en un seul système productif " (2).
Et il est clair qu'on ne peut, sans défigurer la réalité, gommer la dimension nationale. C'est ainsi, par exemple, que Jan Viniecki, du Labour Research Institute de Varsovie, montre comment les stratégies d'industrialisation des pays à économie planifiée les ont conduits à un type d'insertion dans le marché mondial qui risque de les maintenir durablement dans la situation de pays en voie de développement (4).
Parallèlement, Pierre Bauchet, professeur à l'université Paris-I, démontre, à partir de l'analyse de la filière maritime, que, pour l'essentiel, ce sont les politiques nationales mises en Óuvre qui permettent de comprendre les succès observables en Extrême-Orient, notamment en Corée, et les impasses en Europe, notamment en France (5).
Bien plus, on peut affirmer, comme le fait Kostas Vergopoulos, maitre de conférences à l'université Paris-VIII, qu'il y a, dans la période actuelle, un " retour de l'Etat-nation : en réaction à la mobilité croissante du capital, c'est le modèle de l'économie-nation qui s'affirme à nouveau, même si cela amène plus d'instabilité pour les systèmes productifs et une sous-utilisation durable des capacités et facteurs disponibles ". C'est en fonction de cette économie-nation que continuent de raisonner l'ensemble des économistes libéraux : un " nationalisme structurel, néo-libéral et monétariste " parait donc appelé à se substituer au " nationalisme monétaire keynésien " (1).
Toutefois, la composante majeure de l'évolution actuelle n'est-elle pas la mondialisation de l'économie ? C'est ce que pense Riccardo Petrella, directeur du programme Fast (Prospective et évaluation de la science et de la technologie) aux Communautés européennes. Pour lui, ce processus de mondialisation, qui a des aspects déjà anciens, l'internationalisation et la multinationalisation, est principalement " un phénomène nouveau, naissant, dont on commence à peine à entrevoir des éléments caractéristiques ".
Il s'agit de " l'ensemble des processus qui permettent de produire, de distribuer et de consommer biens et services à partir de structures de valorisation des facteurs de production matériels et immatériels organisés sur des bases mondiales (...), pour des marchés mondiaux réglés par des normes et standards mondiaux (...), par des organisations nées ou agissant sur des bases mondiales, avec une culture d'organisation qui se veut ouverte à un contexte mondial et obéissant à une stratégie mondiale " (3). On a reconnu, par delà les firmes multinationales, les réseaux complexes d'alliances qu'elles nouent et les nouvelles réalités économiques et financières qu'elles font naitre : de la gestion du trafic aérien transocéanique au système des cartes de crédit et au réseau informatisé interbancaire...
Cela ne signifie pas, pour R. Petrella, la fin de l'Etat-nation, mais la fin du national en tant que point de départ et d'arrivée de pertinence stratégique pour les acteurs scientifiques, économiques, sociaux et culturels : " L'Etat n'est pas mené. Il est toujours actif, voire de plus en plus actif sur la scène technologique et économique mondiale. Mais il ne mène pas le jeu non plus (...). L'entreprise est en train de devenir l'organisation de " gouvernance " de l'économie mondiale avec l'appui des Etats " locaux " (3).
Entre les firmes multinationales, se tissent de complexes réseaux d'alliances et de coopération : se contituent donc des " structures oligopolistiques mondiales générant des tendances fortes à des formes de cartellisation de marchés ". Et entre les Etats et les firmes se met en place une alliance nouvelle, fondée sur un besoin réciproque : " Les entreprises ont besoin des Etats " locaux " (nationaux) pour faire face à la mondialisation et pour se mondialiser ; les Etats " locaux " ont besoin des entreprises mondialisées pour assurer la continuité de leur légitimité et leur avenir en tant que formations politiques et sociales locales " (3).
Etats-nations, firmes multinationales, marchés mondiaux : a-t-on suffisamment pris conscience de ce nouveau champ de forces tripolaire qui domine la vie économique contemporaine ?
Ainsi, face à un système financier devenu mondial et où le rôle des marchés est bien plus important qu'auparavant, il est certes indispensable, comme le souligne Philippe Lagayette, sous-gouverneur de la Banque de France, que " les banques centrales coordonnent de mieux en mieux leurs politiques monétaires " (6). Mais pourra-t-on longtemps se passer d'un système de règles et de normes internationales s'imposant aux opérateurs multinationaux ?
Réfléchissant aux moyens de sauvegarder ou de restaurer la " sécurité économique internationale ", Celso Furtado propose plusieurs voies d'action, entre autres discipliner la création de liquidités internationales, renforcer le rôle des institutions multilatérales, notamment pour les mouvements de capitaux et le transfert des connaissances technologiques et constituer de larges ensembles régionaux du type Communauté européenne (1).
Riccardo Petrella va plus loin encore : il prône de repenser l'Etat et d'inventer un " Etat cohérent avec la société mondiale " ; il propose aussi " la constitution d'un Etat européen (fédéral) capable d'assurer une régulation politique à l'échelle de notre continent " ainsi que " le renforcement de tout ce qui pourrait favoriser " plus de mondial " par exemple : " le lancement d'une négociation mondiale sur la science et la technologie " qui permette de mettre en place des mécanismes de dialogue et de négociation sur les échanges scientifiques et technologiques à l'échelle mondiale (3).
La Pologne a produit 6,82 millions de tonnes de seigle, 4,34 millions de tonnes d'orge et 2,43 millions de tonnes d'avoine en 1987. Sa production de viande porcine s'est élevée à 1,76 million de tonnes. Les statistiques soumises apparaissent peu fiables.
Pawel Nowicki n'est pas né à la campagne. Il n'a même pas un seul paysan dans sa famille. Mais il fait l'école d'agriculture dans les années 70 et décide de s'installer à son compte, avec sa femme, dans une ferme.
" C'était en 1978, les années grasses ", dit-il, faisant référence à la période Gierek pendant laquelle la Pologne a croqué tous ses capitaux extérieurs. " Pourtant, je n'ai pas osé prendre de crédit pour acheter des machines. J'ai cru que je pourrais compter sur la coopérative. "
Première désillusion : la coopérative n'a pas assez de machines et elle les envoie quand elles sont disponibles... quand il pleut, par exemple. Pawel Nowicki songe alors au crédit, mais ce sont les années 80.
La Pologne est entrée dans la crise et il n'y a plus de machines à vendre sur le marché. Il s'arrange avec son voisin qui accepte de lui prêter son tracteur et sa moissonneuse-batteuse, mais il doit payer la location en heures de travail, une contrainte insupportable.
Il se lance alors dans l'élevage des lapins, destinés essentiellement à l'exportation, suivant ainsi les incitations de l'Etat. L'affaire marche bien lorsque le ministère de l'agriculture donne l'ordre de tout arrêter : les lapins sont rachetés par l'Etat à un prix dérisoire.
Il se met alors à l'élevage des veaux, toujours sur encouragement public. Comme pour les lapins, les instances supérieures décident de changer d'orientation et proposent de racheter le bétail... mais pour un tiers seulement de sa valeur. Pawel Nowicki préfère abattre les veaux et c'est sa femme - docteur ès sciences, précise-t-il, - qui va proposer la viande en ville à ses anciennes collègues de bureau. Même chose pour le beurre, la crème...
" Les collègues de ma femme revendaient ensuite les denrées au détail ", explique-t-il. Et il ajoute avec humour : " Nous avons en quelque sorte fait de la démonopolisation précoce. "
La dernière " frustration " de Pawel Novicki, comme il dit, ce sont les betteraves. " Tous les matins au réveil, la première chose que je voyais : des familles entières courbées dans les champs pour arracher les mauvaises herbes. Les paysans passaient leurs journées à cela, faute de pesticides, de machines... "
Pawel Nowicki quitte tout en 1981 pour une place d'inséminateur artificiel, mais il a des ennuis pour avoir dirigé le mouvement Solidarité dans son village. Ruiné, il va passer quelques mois en RFA comme Gastarbeiter (travailleur étranger). Au moins en revient-il avec des devises.
Il occupe ensuite successivement un poste d'aide-soignant dans un hôpital à Varsovie, puis il seconde un vétérinaire. Il répare des meubles... " Actuellement, dit-il avec un air mystérieux, je compte me lancer dans une joint-venture avec une entreprise française... à petite échelle. "
Le régime communiste polonais a bien identifié les facteurs qui tirent l'économie du pays vers le bas, mais il a hésité à en tirer les conséquences, à savoir : pratiquer la vérité des prix, supprimer les subventions et briser le monopole des centrales d'achat des produits agricoles. En Pologne, en effet, comme dans la plupart des pays de l'Est, l'Etat verse de substantielles dotations au secteur agro-alimentaire pour maintenir les prix des denrées de base à un bas niveau.
Selon l'organe du gouvernement polonais Rzeczpospolita (la République), les subventions à l'industrie alimentaire ont atteint 2 327 milliards de zlotys (dont 882 milliards à l'industrie laitière et 703 milliards à l'industrie de la viande) pour la seule année 1988. Le ministre de la défense polonais aurait déclaré devant la Diète que le budget de la défense pour 1989 serait à peine supérieur aux subventions accordées à l'industrie laitière.
Par ailleurs, d'après Wilhelm Jampel, conseiller pour l'Europe de l'Est à la Documentation française, "en Pologne, la consommation de viande a progressé en trois ans de six kilos par habitant", s'établissant à 66,3 kilos en 1987 contre 60,2 kilos en 1985. A titre de comparaison, la consommation annuelle de viande par habitant en France était de 52,5 kilos en 1985.
Politiques d'austérité, libéralisme et sortie de crise, Economie appliquée, 1989, no 1. Deux idées d'Europe, la libérale et l'autre, l'Evénement européen, août 1989.
Rythmes longs, cycles des affaires, fluctuations et crises, Economies et sociétés, 1989, no 3. Sur les mouvements longs, voir aussi Revue économique, septembre 1989. Sur les " cycles réels " : une macroéconomie sans monnaie ? Revue d'économie politique, juillet-août 1989.
Organisation du travail, ordinateur et hiérarchie, Economie et statistique, septembre 1989.
Technologies : stratégies, marchés, diffusion, Revue d'économie industrielle, 2me trimestre 1989.
Energie : un bilan politique et économique à l'occasion du quarantième anniversaire de la Revue de l'énergie, août-septembre 1989.
Fiscalités : en URSS, en Europe de l'Est et dans la Communauté européenne, Revue d'études comparatives Est-Ouest, juin 1989.
Industrialisation rampante et diffuse, Revue Tiers-Monde, avril-juin 1989. Un autre développement, Projet, septembre 1989. Economie du développement : un " survey ", The Economic Journal, september 1989. Fuite des capitaux et dette extérieure, Contemporary Policy Issues, july 1989.
Catastrophes écologiques, Futuribles, juillet-août 1989. Politique énergétique et risque climatique, Futuribles, septembre 1989. Réconcilier la biosphère et la sociosphère, Revue internationale des sciences sociales, août 1989.
Bouquet d'hommages : à Maurice Allais, prix Nobel 1988, à Robert Mr Solow, prix Nobel 1987, à John K. Galbraith...
Le Journal of Economic Issues publie plusieurs communications du dernier congrès de l'Association for Evolutionary Economics consacrées, de son vivant et en sa présence, à l'" héritage " de J. K. Galbraith (June 1989, Department of Economics, California State University, Sacramento, California, 95819-2694).
Dans le Journal of Economic Perspectives, revue de l'American Economic Association, Paul A. Samuelson nous offre de R. Mr Solow un portrait empreint d'émotion et Alan S. Blinder rappelle les lignes de force de son Óuvre. L'un et l'autre expriment le même regret : Solow ne joue pas au tennis (Summer 1989 - 1313, 21st Avenue South, Suite 809, Nashville, TN 37212-2786, United States).
Enfin, les Annales des mines, revue fondée en 1794 et qui fut dirigée de 1943 à 1948 par Maurice Allais, lui consacrent un numéro spécial où fleurissent, parmi d'autres, les hommages de Jacques Lesourne, Edmond Malinvaud, Marcel Boiteux... (juin 1989 - 120, rue de Cherche-Midi, 75006 Paris).
Parallèlement, la série Gérer et Comprendre, des mêmes Annales des mines, publie en français " la Philosophie de ma vie " de Maurice Allais (juin 1989 - 60, boulevard Saint-Michel, 75006 Paris). Les économistes d'outre-Atlantique pourront y apprendre quels sont ses sports préférés.
EN septembre dernier, la commission épiscopale polonaise, relayée par Solidarité rurale, appelait les paysans à célébrer à Czestochowa - le lieu de pèlerinage le plus célèbre du pays - la traditionnelle fête de la moisson. Il y a quelques années, c'est au Parti communiste que revenait le rôle d'organiser les festivités qui revêtaient, on s'en doute, un caractère beaucoup plus paien, sur fond de folklore et de glorification du régime.
En Pologne, l'Eglise peut compter sur les paysans profondément catholiques et ces derniers peuvent faire confiance à l'Eglise pour soutenir leurs revendications. "De fait, explique Adam Lipowski, économiste chargé de cours à l'Académie des sciences de Varsovie, les paysans bénéficient de puissants lobbies dans notre pays : il y a Solidarité rurale, le Parti des paysans (ZSL) - allié aujourd'hui à Solidarité après l'avoir été aux communistes, - l'Eglise et même des sénateurs, à titre individuel."
La raison en est simple : les paysans représentent plus de 30% de la population, et 48% des Polonais actifs sont employés dans le secteur agroalimentaire (contre 12% en France). 38% des dépenses des ménages étant consacrées à l'alimentation (on atteint plus de 50% si l'on tient compte de l'alcool et du tabac), contre 20% en France, l'agriculture représente bien une priorité dans la réforme économique du pays, d'autant que ses structures sont archaiques.
L'agroalimentaire est aussi le secteur le plus sensible sur le plan social : chaque fois qu'il y a eu des augmentations de prix, cela a entrainé des soulèvements sociaux, notamment en décembre 1970 et en juillet 1980. Pourtant, en quarante-trois ans d'administration du Parti ouvrier unifié polonais (POUP) - le Parti communiste, - la priorité a été accordée à l'industrie lourde. Pour le reste, il a été pratiqué une politique de saupoudrage : après chaque vague de mécontentement, on a donné de l'argent.
Il appartient donc à Tadeusz Mazowiecki, le premier ministre issu de Solidarité, de trouver une solution économique durable au problème paysan. Ce problème déborde largement les campagnes puisqu'il englobe le "complexe agroalimentaire", c'est-à-dire l'agriculture, le secteur alimentaire, les industries de machines et de produits chimiques, le stockage et la distribution.
La situation est très grave à peu près dans toutes les branches de cet ensemble. Et, selon les observateurs les plus pessimistes, si la production agricole s'est améliorée au cours des dernières années, c'est en raison d'une météorologie favorable et non en vertu d'un effort conscient des autorités. Cet été, face à une très belle récolte céréalière, les pertes sont liées à de mauvaises conditions de stockage.
Sur les six cent mille fermes de toutes tailles recensées en Pologne, trente-six mille seulement ont l'eau courante. C'est le cas de la famille Slotys - le père, la mère et trois enfants entre cinq et treize ans - qui exploite 7 hectares (1) sur la commune de Barchow, à une centaine de kilomètres de Varsovie, dont cinq sont consacrés aux céréales (blé, mais...). Les Slotys possèdent deux chevaux, quatre vaches, et élèvent en moyenne huit porcs par an. Les poules et les poulets sont destinés à la consommation familiale.
"Nous n'avons pas l'eau courante parce que nous ne pouvons pas trouver de canalisations sur le marché, nous raconte Mr Slotys. Alors pourquoi produire davantage puisque nous ne trouvons pas à acheter même le nécessaire ? Sans compter que, pour le moment, cela représenterait un surcroit de travail : il faut conduire les vaches à la rivière pour les faire boire, il faut puiser l'eau avec des seaux pour les laver... "
Mr Slotys ne possède aucune machine agricole : " Je les loue, dit-il. Personnellement, je m'arrange avec de la famille. Je les rembourse en essence. " Normalement, la location d'une moissonneuse-batteuse à la coopérative revient à 28 000 zlotys de l'heure (2) - 30 000 zlotys au privé, - ce qui correspond au quart du salaire mensuel moyen en Pologne. En fait, les Slotys vivent, comme la plupart des paysans polonais, en véritable autarcie. " Nous vendons uniquement pour payer les impôts, acheter des vêtements, et tout ce que nous ne pouvons pas produire... à supposer qu'on le trouve sur le marché. "
Etrange situation : à côté de la " salle d'été ", dénuée de tout confort, équipée d'un simple poêle en faience, les Slotys possèdent une maison remise à neuf avec télévision et magnétoscope, mais où il n'y a ni cuisine ni salle de bains... puisqu'il n'y a pas d'eau.
Le village de Barchow jouit pourtant de deux avantages : il est situé non loin de Varsovie et surtout se trouve en bordure de la voie ferrée. Ces dernières années, les datchas ont poussé comme des champignons. " Attention, des petites maisons en bois toutes simples qui n'ont rien à voir avec les datchas des " apparatchiks ", explique une villageoise.
" Il y a là un riche bijoutier, des membres de l'intelligentsia, de tout en somme... Les gens peuvent ainsi cultiver quelques légumes, et l'on achète la viande plus facilement à la campagne qu'à la ville. "
En pleine période de pénurie de produits carnés, les citadins des grandes métropoles organisent de véritables expéditions pour se ravitailler dans les petites villes où les magasins d'Etat sont bien pourvus. Les Slotys, eux, aimeraient bien vendre une partie de leurs terres aux amateurs de datchas. Seulement on ne peut pas se débarrasser des sols les plus rentables, même quand on est propriétaire privé.
Il existe des commissions d'experts qui viennent contrôler. Pourquoi ce désir de vendre ? Que feraient-ils ? " On irait travailler à la ville tous les jours, même si c'est loin. Dans le train au moins, on peut se reposer. "
En Pologne, l'agriculture est privée à 80 %. Les terres appartiennent aux paysans et toutes les tentatives de nationalisation - notamment entre 1956 et 1958, puis entre 1971 et 1973 - se sont soldées par des échecs.
En 1956 par exemple, le nouveau gouvernement Gomulka a dû renoncer à collectiviser les terres à la suite de soulèvements sérieux des paysans. Aussi les structures de l'agriculture polonaise ont-elles peu évolué au cours des trente dernières années, et les changements ont eu lieu essentiellement dans les grands domaines étatisés (plus de 3 000 hectares en moyenne).
La tâche qui attend les réformateurs est immense, qui consiste d'abord à améliorer l'infrastructure des campagnes. Actuellement, le milieu rural est isolé de la société : un paysan sur cent a le téléphone, 12 000 agglomérations rurales seulement ont l'électricité.
Au niveau de l'équipement, les carences sont graves : avec tout juste 1 million de tracteurs (de moins de 30 chevaux), la mécanisation est faible et les pièces de rechange manquent lorsque les machines tombent en panne. La Pologne utilise 190 kilos d'engrais par hectare par an, ce qui représente l'une des plus faibles consommations d'Europe. Tous les pesticides ou presque sont importés, ce qui signifie une ponction annuelle de 200 millions de dollars...
La liste est longue et s'allonge encore en raison du gaspillage qu'entrainent le manque de techniques de stockage, de séchage et la lenteur de la transformation des produits. " 30 % du lait et de la viande produits sont gaspillés à cause du manque de moyens efficaces de réfrigération ou de la mauvaise organisation des transports ", explique Witold Trzeciakowski, le président du Conseil économique.
Les paysans de Barchow se plaignent que les coopératives leur aient refusé cet été au moins 30 litres de lait par jour parce qu'il était tourné. " On le donnait aux cochons, racontent-ils. Pourquoi ne pas l'avoir transformé en fromage blanc puisque l'on dit qu'en ville on en manque ? " Au lieu d'accroitre la production, pourquoi ne pas essayer préalablement d'éviter le gaspillage ?
Pour W. Trzeciakowski, la situation catastrophique de l'approvisionnement vient de ce que l'Etat n'a pas démonopolisé les industries alimentaires qu'il juge paralysantes et mal organisées. " Il faut liquider les superstructures des coopératives, souligne-t-il, et stimuler les industries privées dans le secteur agroalimentaire. "
" Le nouveau gouvernement doit aller très vite, ajoute-t-il. S'il n'a pas de résultats rapides, il sautera. Déjà, l'affrontement entre agriculteurs et ouvriers au sein même de Solidarité se durcit. A Gdansk, les ouvriers sympathisants de Solidarité ont crié : on veut du pain, pas un premier ministre. C'est un symptôme qu'il ne faut pas négliger. "
Si les magasins sont vides, ce n'est pas parce que les paysans ne produisent pas, mais parce qu'ils ne vendent pas. Selon Leon Podkaminer, chargé de cours à l'Académie des sciences et conseiller économique du syndicat OPZZ (proche du POUP), la dépréciation de la monnaie et le manque de biens de consommation durable favorisent la rétention des produits agricoles.
Cette explication est partagée par les membres de Solidarité, même si les conclusions qu'ils en tirent ne sont pas les mêmes. Pour Solidarité rurale par exemple, le seul moyen de s'en sortir est d'encourager les paysans à produire davantage en laissant se développer le marché libre et en mettant un terme aux dotations à l'industrie alimentaire.
Jacek Szymanderski, son porte-parole, annonce clairement la couleur : " Il faut que l'Ouest nous aide. Si l'Ouest veut une Pologne démocratique, il doit apporter du capital. " L. Podkaminer, traité de " gauchiste populiste " par un sympathisant de Solidarité, répond : " Nous n'avons pas besoin de l'aide alimentaire de l'Ouest. Ce n'est pas vers la Pologne mais vers l'Ethiopie que les Occidentaux devraient acheminer leur aide.
" Le nouveau gouvernement compte trop sur les capitaux étrangers pour sortir la Pologne du marasme. Si l'Ouest ne paie pas, ce sera l'effondrement total et l'on reviendra à une économie de guerre, mais les gens préféreront cela à l'inflation et à l'inégalité des salaires. "
L'accord de principe intervenu entre le groupe Mitsui et le gouvernement iranien, pour mettre fin au projet de construction d'un gigantesque complexe pétrolier proche du port de Bandar-Khomeiny, va se traduire par un dédommagement évalué, au bas mot, à 1 milliard de dollars (6,5 milliards de francs) que les Japonais devront verser à l'Iran.
Compte tenu du jeu des assurances gouvernementales couvrant les risques encourus par les entreprises investissant à l'étranger, la majeure partie (90 %) des pertes de Mitsui seront assumées par l'Etat japonais. " Il serait souhaitable que, à l'avenir, l'argent du contribuable ne serve pas à la liquidation d'entreprise malheureuse lancée par le secteur privé ", écrivait récemment le quotidien Yomiuri dans un éditorial à propos de ce fiasco.
Depuis la fin de la guerre Iran-Irak en 1988, le groupe Mitsui, chef de file d'un consortium de cinq sociétés nippones, cherchait à se dégager d'un projet qui avait débuté en 1971 et aurait dû être le symbole de la coopération nippo-iranienne. Retardé par la révolution iranienne de 1979, puis à la suite du bombardement de son site pendant la guerre avec l'Irak, le projet n'avançait pas mais son coût ne cessait d'augmenter, passant de 358 millions de dollars à l'origine à quelque 4,4 milliards de dollars en 1988.
Mitsui aurait sans doute voulu abandonner mais, d'opération privée, la construction du complexe était devenue une affaire politique : Téhéran faisait pression sur Tokyo pour qu'il poursuive le projet au risque, dans le cas contraire, d'une altération des relations entre les deux pays.
Les Japonais n'ont pu parvenir, dimanche 8 octobre, à un accord avec les Iraniens qu'en leur promettant un solide dédommagement. En août dernier, selon l'agence de presse iranienne, le Japon aurait proposé 1,2 milliard de dollars. Cette fois, le montant, - qui reste à fixer de manière définitive, - aurait diminué mais le gouvernement japonais se serait engagé en contrepartie à reprendre son aide à Téhéran.
Le ministère des affaires étrangères aurait notamment décidé d'envoyer le 19 octobre une mission en Iran afin d'étudier les possibilités d'une assistance technique à l'agriculture dans la région de la mer Caspienne, et de divers projets de reconstruction qui pourraient bénéficier de l'aide nippone.
Afin de ne pas se démarquer de la politique américaine vis-à-vis de l'Iran (que Washington accuse d'être impliqué dans des opérations de terrorisme international), les Japonais reprendraient leur aide sur une base privée. Une partie du montant du dédommagement versé aux Iraniens servira notamment à rembourser la dette que ces derniers ont contractée auprès de la banque d'import-export nippone.
Selon le quotidien économique Nihon Keizai, la malheureuse expérience du complexe de Bandar-Khomeiny est riche d'enseignement pour les entreprises japonaises investissant à l'étranger. Le quotidien met en cause l'attitude du gouvernement qui, en 1979, donna à cette opération le statut de projet national mais s'en remit entièrement au groupe Mitsui pour les tractations de liquidation avec les Iraniens.
D'autres quotidiens insistent, pour leur part, sur l'entêtement de Mitsui qui a entrainé le gouvernement dans une opération qui s'est soldée par une " lourde ardoise " pour l'Etat.
WALL Street réagit ! On ne saurait, bien sûr, se réjouir de la baisse de deux cents points subie vendredi 13 octobre par l'indice Dow Jones des principales valeurs de la Bourse de New-York. Cette forte chute ne peut qu'avoir des conséquences négatives sur l'ensemble des places financières et nourrir le pessimisme.
Cependant, ce mini-krach met fin de manière presque naturelle à l'euphorie artificielle qui soufflait depuis plusieurs mois sur Wall Street et sur la plupart des autres grandes places boursières, en dépit de tous les événements économiques extérieurs. Comment, en effet, les indices pourraient-ils s'orienter ostensiblement à la hausse alors que les grands déséquilibres financiers mondiaux subsistent ? D'autres éléments contribuent à l'inquiétude : une grande incertitude plane sur la croissance économique américaine, et donc sur les bénéfices des entreprises.
EN août dernier, alors que l'indice Dow Jones retrouvait enfin son plus haut niveau historique, près de deux ans après le krach boursier d'octobre 1987, les analystes avaient souligné cette déconnexion croissante entre l'évolution des Bourses et celles des autres variables financières.
Comme ce fut le cas le 19 octobre 1987, aucun événement économique majeur n'a été vendredi à l'origine de la chute. L'échec du financement prévu pour le rachat de la compagnie aérienne United Airlines a simplement servi de détonateur. Il a rappelé toutes les menaces que font peser sur le système financier américain les excès de surendettement, issu notamment de la multiplication des " junk bonds ", les obligations à haut rendement mais à risque élevé. Tout comme à l'époque du krach, une déclaration importante faite dans les jours précédents avait perturbé les opérateurs. Le 17 octobre 1987, le secrétaire américain au Trésor de l'époque, Mr James Baker, estimait que la remontée des taux d'intérêt décidée quelques jours auparavant par la RFA ne correspondait pas à l'" esprit " des récentes consultations entre les grands pays industriels.
LE 10 octobre, le président de la Réserve fédérale, Mr Alan Greenspan, déclarait à Moscou que les " tentatives pour maintenir les taux de change à des niveaux irréalistes peuvent conduire à déstabiliser les flux internationaux de capitaux, et devront être abandonnées tôt ou tard ". La similitude des propos - et de leurs conséquences - est frappante : les deux hommes, à deux années d'écart et dans un contexte différent (on s'inquiétait à l'époque d'une chute du dollar, on redoute aujourd'hui sa trop forte hausse) mettaient en garde contre les risques de détérioration de la coopération économique internationale.
Alors que l'échec de la stratégie de lutte contre la hausse du dollar conçue à Washington fin septembre est patent, les risques de dégradation des relations au sein du groupe des sept principaux pays industriels sont réels. Une des raisons majeures en est les divergences croissantes entre les responsables des banques centrales et les gouvernements. Les opérateurs de Wall Street l'ont compris.
Le consortium des pilotes et des dirigeants d'United Airlines, qui a offert de racheter la compagnie pour 6,75 milliards de dollars (43 milliards de francs), a fait savoir, vendredi 13 octobre, qu'il n'avait pas réussi à réunir les financements nécessaires, mais qu'il espérait trouver une autre solution.
Dans un communiqué, United Airlines Corp., maison mère de la compagnie aérienne, a confirmé avoir reçu notification de cet échec, tout en se disant prête à examiner une nouvelle offre du consortium, " toute autre offre financière ou toute alternative stratégique ".
Le consortium a expliqué qu'il travaillait à un autre montage financier qu'il espérait pouvoir présenter d'ici peu de temps.
Cette nouvelle a ébranlé la confiance des investisseurs, car de nombreuses prises de contrôle sont financées dans des conditions voisines. La cotation des actions de la deuxième compagnie aérienne américaine a été suspendue en séance, vendredi, à Wall Street.
Le dernier cours était de 285,25 dollars, tandis que l'offre de rachat du consortium des pilotes était faite à 300 dollars l'action.
L'offre du consortium avait été lancée en août dernier, avec la participation de British Airways, pour contrer une OPA hostile du milliardaire californien Marvin Davis.
Regain d'inflation en Grande-Bretagne où l'indice des prix de détail a grimpé de 0,7 % en septembre, tandis que le chiffre d'août de 0,3 % marquait une amélioration. En rythme annuel, la hausse est revenue à 7,6 % en septembre, contre 7,3 % en août. Ce chiffre constitue une mauvaise surprise pour les analystes, qui attendaient 0,4 %, et pour le gouvernement, dont la politique de taux d'intérêt élevés tarde donc à réussir. Depuis mai, l'inflation semblait pourtant se ralentir doucement.
D'autre part, nouvelle poussée au mois de septembre outre-Atlantique où les prix de gros ont gagné 0,9 %. Sur douze mois, la hausse atteint 4,5 %. Néanmoins, la décrue observée en août, juillet et juin permet à l'indice du troisième trimestre de ne grimper que de 0,4 % en rythme annuel, contre 5,1 % au deuxième trimestre et 10,2 % au premier.
- Le constructeur automobile américain Ford détient 5 % des actions de Jaguar, le fabricant britannique de voitures de luxe, a annoncé Ford, vendredi 13 octobre, en Grande-Bretagne. Le groupe américain avait indiqué, il y a plusieurs semaines, son intention d'acheter 15 % du capital. La direction de Jaguar avait qualifié les intentions de Ford d'" inopportunes ". Le 9 octobre, elle confirmait négocier avec General Motors, le numéro un mondial, " la possibilité d'accords de production, de commercialisation et de projets communs ".
- Le constructeur suédois Volvo a recommencé à produire des camions en Iran après une absence de dix ans, et 400 véhicules en pièces détachées ont été livrés aux usines de montage appartenant à l'Etat iranien. Près de 20000 camions Volvo circulent en Iran, constituant un important marché pour les pièces détachées. Le groupe prévoit de livrer 60000 poids lourds cette année, dont un tiers sera fabriqué aux Etats-Unis, où Volvo est bien implanté depuis le rachat du constructeur White en 1981.
La Bourse de New-York a connu vendredi 13 octobre un mini-krach. L'indice Dow Jones, le thermomètre de Wall Street, a subi une baisse de 190 points (soit 7 %). Entrainé par ce mouvement, le dollar a chuté vis-à-vis des principales devises. Il s'établissait vendredi soir à New-York à 6,33 F contre 6,49 F dans la journée à Paris. La fragilité du système financier international explique la chute de Wall Street.
Simple correction ou signe avant-coureur d'un nouveau krach boursier ? La chute de Wall Street est à la mesure de la forte hausse enregistrée par la Bourse de New-York depuis le début de l'année. Ayant gagné plus de 30 % depuis janvier, l'indice Dow Jones a progressé à un rythme particulièrement rapide cet été - enregistrant un nouveau record historique le 9 octobre, - Wall Street avait été stimulé par plusieurs opérations financières majeures.
Il a suffi de l'échec des plus visibles d'entre elles (l'achat de Federated Stores par le financier canadien Robert Campeau qui s'achève par une déconfiture et la tentative d'acquisition d'United Airlines) pour que les opérateurs s'interrogent sur le bien-fondé du système des " junk bonds ". Ces obligations à haut risque (et taux d'intérêt élevé) qui permettent la réalisation d'énormes opérations presque entièrement financées par emprunt peuvent-elles se multiplier sans risque pour la stabilité du système financier américain ?
Au-delà de ces interrogations, les échecs récents de la coopération monétaire internationale semblent donner des arguments aux plus pessimistes des analystes. La hausse des taux d'intérêt intervenue en Europe puis au Japon n'était pas parvenue à faire baisser le cours de la devise américaine, entachant la crédibilité du groupe des sept principaux pays industriels.
Pas de grande panne informatique, le vendredi 13. Malgré le battage médiatique fait autour d'une hypothétique attaque du parc mondial de micro-ordinateurs par un ou plusieurs virus, seuls quelques cas isolés ont été signalés. Au salon permanent Informat on qualifie la situation de " normale ". La montagne aura donc accouché d'une souris.
Les mille et un informaticiens qui redoutaient de voir leurs micro-ordinateurs en proie à " Datacrime ", le dernier virus vedette sur le marché, ou au virus dit "de Jérusalem " en auront été quitte pour une grande peur ! " Hallucination collective ", " psychose "... Depuis deux jours, on n'a plus de mots assez durs, chez IBM, pour se moquer du mouvement de panique qui s'est emparé des propriétaires de micro-ordinateurs de France et des Pays-Bas.
Vendredi soir, jour " J " supposé pour l'attaque, on était loin de l'épidémie annoncée. Après plusieurs semaines de dépistage, deux grandes entreprises et une cinquantaine de PME ont déclaré au Clusif (Club de la sécurité informatique) qu'elles avaient été contaminées. Chez ces dernières, parfois situées en province, le nombre de machines touchées était peu important (deux ou trois en moyenne).
Dans les grandes entreprises, un micro sur cent environ a été concerné. Plusieurs types de virus ont été détectés, dont " Dactacrime " et celui "de Jérusalem ", ainsi que deux ou trois spécimens inconnus. Aux Pays-Bas, une seule contamination avait été signalée, mercredi, à l'université de Rotterdam, et quatorze à la police de La Haye ainsi que quelques cas dans d'autres villes, selon un porte-parole judiciaire s'occupant de la criminalité informatique.
Au Portugal, Reuter, citant l'Association portugaise d'information électronique, faisait état de deux victimes (une banque et une société industrielle), frappées par des virus différents.
Le Clusif estime qu'il faudra quelques jours avant de faire un bilan définitif des dommages causés. Mais, extrapolant les chiffres des résultats des dépistages de ces dernières semaines en France, il avance un taux de contamination de 1 %. Taux également mis en avant par les responsables de la plate-forme antivirus d'Informart en se fondant sur les résultats des examens opérés entre mardi et vendredi sur quelque deux mille programmes. Un responsable de cette plate-forme qualifiait la situation de " normale " compte tenu du fait que " des virus se baladent en permanence dans les programmes informatiques ".
Précision d'importance : la psychose qui s'est emparée du public a amené de nombreux groupes à opérer un dépistage systématique sur leurs machines, ce qui a évidemment permis de déceler un certain nombre de virus. Reste à savoir s'il est légitime d'extrapoler ces chiffres à l'ensemble du parc français, au prétexte que les groupes touchés par le piratage informatique se gardent généralement de le crier sur les toits...
IBM, s'il se gausse aujourd'hui, n'a pas été le dernier à prendre quelques précautions. Même sceptique, Big Blue (et bien d'autres constructeurs) estimait qu'il n'avait pas le droit de traiter la chose à la légère. Après avoir ausculté en interne ses machines, il a encouragé ses clients et ses distributeurs à en faire autant. A grande échelle : en France, quatre mille disquettes IBM (prix unitaire : 274 F) ont été diffusées, parfois gratuitement, à charge pour les récepteurs de les dupliquer... Ce qui a permis, entre autres, de faire "un grand nettoyage de printemps" d'une partie du parc de micro-ordinateurs. Mais, l'affaire s'ébruitant, elle a visiblement donné des idées à des petits pirates en puissance : on a trouvé dans les ordinateurs vérifiés de nombreuses variantes des virus attendus, voire de pièges assez grossiers.
IBM n'était pas le seul à proposer un détecteur de virus... Plusieurs autres sociétés - et quelques gens moins sérieux - se sont engouffrés dans la brèche, chacun y allant de son produit miracle ou de son petit conseil. Parfois bon (avancer ou retarder l'horloge de son ordinateur), parfois franchemant mauvais (éteindre son micro le vendredi 13...). Il sera intéressant de savoir, dans quelques mois, combien de logiciels antiviraux (peu chers généralement) auront été vendus ces derniers jours, combien de contrats d'assurances ou de conseil placés... La protection des ordinateurs, au même titre que celle des habitations, est un marché.
Reste qu'après cette alerte un certain nombre de questions se posent. L'ampleur de la panique, les mesures prises par des gens aussi sérieux qu'IBM, même si elles sont de précaution, montrent que la menace de pollution a suscité un réel malaise chez les informaticiens et dénote à quel point les sociétés modernes sont devenues dépendantes de leurs ordinateurs. Dépendance vis-à-vis de l'outil : leur détérioration, leur détournement ou leur mise hors d'usage pourraient paralyser tout ou partie de la vie économique d'un pays. Vulnérabilité, aussi, face au plaisantins, bidouilleurs, gens mals intentionnés et maitres chanteurs de tous bords...
La sécurité est un vrai problème qui peut être combattu par un certain nombre de précautions élémentaires : afficher son code d'accès sur l'écran de son micro-ordinateur est aussi imprudent que de laisser trainer son trousseau de clés avec son nom inscrit dessus. Mais le cas posé par les ordinateurs est plus compliqué que celui d'un appartement. Au-delà de la délinquance informatique, de la copie de logiciels, le problème de la sûreté des informations qu'ils contiennent et des opérations qu'ils commandent est posé. Et, sur ce sujet, les constructeurs et les concepteurs tâtonnent car il s'agit, ni plus ni moins, d'une course à l'intelligence entre les pirates et leurs cibles.
La question mériterait d'être traitée avec sérieux et non sur un mode " gaguesque " comme cela a été un peu le cas, en ce vendredi 13. Et sans hypocrisie : les Pays-Bas, qui ont semé la panique ces derniers jours, abritaient cet été un grand symposium des pirates informatiques. C'est l'un des rares pays à n'avoir pris aucune législation contre eux. De même, sans tomber dans une " sécurité sociale informatique ", la protection des utilisateurs doit être faite par de vrais professionnels et moralisée pour ne pas abriter des pratiques peu recommandables.
APRES l'indifférence, la nervosité. Sans véritable réaction la semaine précédente face à la hausse des taux d'intérêt, la Bourse de Paris a manifesté ces derniers jours quelque inquiétude devant une situation monétaire dont l'évolution n'apparait pas clairement. Et les états d'âme du marché se sont traduits par des mouvements de cours, pas toujours très prononcés, mais assez désordonnés. Aucune séance ne s'est terminée sur la note qui avait marqué son départ.
Dès lundi, un mouvement de reprise succédait à l'effritement initial pour tourner court assez rapidement, de telle sorte que la journée s'achevait sur un score nul. Bis repetita : mardi, d'abord légèrement faible, la tendance se raffermissait ensuite. Cette fois la hausse tenait bon et, à la clôture, l'indice CAC-40 enregistrait une avance de 0,58 %. Le lendemain, changement de décor. Sur sa lancée de la veille, le marché continuait à monter (+0,26 %) pour ensuite rebrousser chemin et s'alourdir même assez nettement (-1,02 %) en fin de parcours. Jeudi, la progression reprenait (+0,25 %), mais après un recul initial assez sensible (-0,9 %). La dernière séance n'échappa pas à la règle de la confusion. Prometteuse avec, en premier lieu, une montée des cours de 0,9 %, elle se révéla par la suite très décevante avec une baisse de 0,5 % vers 14 h 30. La hausse reprenait ensuite (+ 0,18 %) pour laisser la place à l'effritement en clôture (- 0,08 %).
En définitive, d'un vendredi à l'autre, les différents indices ont quand même fléchi, le CAC-40, dont l'évolution est la plus significative, reculant d'environ 0,5 %. Notons à ce sujet que l'indicateur instantané, désormais plus très représentatif de la tendance, ne verra pas 1990. La Société des Bourses françaises a décidé de mettre fin à son existence à la fin de l'année. Mais, bref, passons !
A dire vrai, quoique très cyclothymique, le comportement du marché n'est pas encore apparu irrationnel. Au contraire, il est même assez étonnant que les renversements de tendance, incessants cette semaine, n'aient pas été encore plus prononcés. Tout s'y prêtait. La semaine a derechef été placée sous le signe des taux. A cet égard, espoirs et craintes ont chevauché de conserve. Malgré la décision un peu inattendue prise par le Japon de relever d'un demi-point son taux d'escompte, les investisseurs étaient relativement sereins. Dans les milieux financiers américains, le sentiment était en effet plutot à la détente, au moins sur le court terme. Et même relatif, l'optimisme new-yorkais est toujours contagieux. Alors pourquoi s'en faire, puisque, lundi, malgré le ralentissement des affaires dû à la célébration conjuguée du Colombus Day (découverte de l'Amérique) et du Yom Kippour (le Grand Pardon), Wall Street battait un nouveau record d'altitude ? Hélas, la météo monétaire n'allait pas tarder à se gâter avec les déclarations jugées " intempestives " de Mr Alan Geenspan, président de la Réserve fédérale américaine.
Après avoir condamné la politique consistant à conserver des taux de change irréalistes, le patron de la Banque centrale américaine déclarait en substance, de passage à Moscou, qu'une remise en question des décisions prises par le G 7 dans ce domaine n'était pas utopiste.
Bref, il trouva les phrases justes pour, à nouveau, jeter le trouble dans les milieux financiers.
Heureusement pour Paris, de nouvelles situations spéciales arrivaient à point pour redresser la situation. Le développement rapide des opérations de commandos, lancées par la Navigation mixte sur Paribas en représailles de l'attaque dirigée par l'établissement financier de la rue d'Antin (également par les AGF, apparemment sans connivences) sur le capital du groupe dirigé par Mr Marc Fournier, échauffa les esprits. Mieux, il dopa un marché dont les réticences portaient plutôt la tendance à se retourner. Le Suez aussi, dont on disait qu'il était " opéable ", se trémoussa joyeusement, contribuant à entretenir des impulsions d'achats. Bref, tous ces mouvements inattendus réveillèrent les forces du marché anesthésiées par la prudence. D'autant plus vite que les intermèdes de baisse étaient mis immédiatement à profit par les gestionnaires de SICAV débarrassées du boulet de " l'obligation à l'obligation ".
A la veille du week-end encore, l'actualité eut presque raison d'un instant de pessimisme. Toutes les places attendaient avec impatience la publication, en début d'après-midi, des dernières statistiques sur l'évolution de l'économie aux Etats-Unis, à savoir l'indice des prix de gros et l'état des ventes au détail, l'un et l'autre pour septembre. Le premier jeta un sérieux froid avec une hausse de 0,9 %, qui succédait à une baisse de 0,4 % en août et survenait surtout après des prévisions de 0,7 %. Le second chiffre rassura. Il était en progrès de 0,5 %, quand les pronostics avaient fait état d'une stabilité d'un mois à l'autre. Au moins l'expansion se poursuivait. Et puis, les opérateurs retinrent essentiellement de la hausse des prix de gros que celle-ci était due à la flambée des prix de l'essence et de l'automobile. De quoi calmer les appréhensions, l'ouverture des négociations chez Peugeot contribuant d'autre part à détendre l'atmosphère. Reste que, dans la soirée, nul sous les lambris n'était plus très sûr de rien. Il ne faisait désormais aucun doute que, malgré l'atténuation des jugements, les statistiques américaines allaient inciter la Réserve fédérale à surseoir à toute baisse des taux. Un désagrément suit l'autre. Et l'annonce d'une augmentation de 1,1 % des prix de gros en Allemagne fédérale en septembre n'est pas apparue de bon augure. Le gouvernement de Bonn n'est-il pas décidé à employer l'arme des taux pour éviter le retour de l'inflation ? Faut-il s'étonner dans ces conditions qu'à la veille du week-end, dont on disait toujours qu'il pourrait être le théâtre d'un réaménagement monétaire, la prudence l'ait finalement emporté ? Si la confiance n'a pas encore déserté le palais Brongniart, force est de constater qu'elle a été quelque peu ébranlée.
Les professionnels du reste ne cachent pas une certaine inquiétude. Dans son flash hebdomadaire, l'agent de change Didier Philippe commente ainsi la situation : " L'augmentation généralisée des taux directeurs en Europe, sans répercussion sur le niveau du dollar, nous parait constituer une situation dangereuse. La spéculation sur le billet vert ne désarmant pas, une nouvelle menace sur les taux d'intérêt européens ne peut, en effet, être écartée, sauf en cas de détente de la politique monétaire américaine, hypothèse qu'il est encore bien difficile d'étayer à court terme. " Et de conclure : " Si techniquement des facteurs comme la suppression de l'obligation de l'obligation peuvent encore propulser le marché vers de nombreux sommets, il nous semble, en revanche, plus prudent de procéder à des allègements, quitte à rater le dernier train de hausse. "
Quelque chose semble ne plus tourner très rond rue Vivienne, sans qu'il soit encore possible d'affirmer que le phénomène est irréversible.
L'espace où se joue Phèdre dialogue avec la terre et le ciel, dans l'entre-deux où le monde des hommes rejoint celui des dieux. L'ocre des terres de la Grèce est brossé sur de hauts murs lisses qui peu à peu se resserrent. Derrière flamboie le ciel. Devant il y a le trou noir, la salle avec ses spectateurs rassemblés là pour écouter Phèdre, une histoire connue d'hommes et de femmes aux prises avec un destin qui les accable. Le spectacle est mis en scène à la Criée de Marseille par Pierre Tabard. Un frère, dit de lui le patron des lieux, Marcel Maréchal, car Pierre Tabard, ancien du TNP, ami de Jean Vilar, a été à ses côtés aux débuts du Théâtre du Huitième à Lyon, et l'a retrouvé au Théâtre national de Marseille. Dans son spectacle, Pierre Tabard campe un Thésée solide comme un roc, et d'autant plus brisé.
La belle idée de Pierre Tabard est d'installer d'emblée dans le silence cette tragédie du langage et de l'aveu. Une femme métisse et sculpturale (Panope, Myriam Tadesse) s'avance ; chacun de ses gestes est une invocation aux dieux. Cette présence muette ponctue chaque acte et situe Phèdre à sa juste place, provoquant cet effet d'éloignement que Roland Barthes appelait de ses vÓux, dès lors qu'il s'agit de jouer Racine aujourd'hui.
Pas une musique, pas un bruit ne vient troubler ce silence dont s'empare le langage, qui lui seul semble habiter les corps et les âmes. Point de hiératisme, pourtant, dans cette théâtralité distante. Les corps se ploient, tombent au sol, parfois ils se touchent, parfois encore ils sont saisis d'une grâce enfantine. Ainsi Aricie surgit, vif argent, poursuivie par les rires de sa suivante. Toute en féminité gracile, Catherine Corringer joue toutes les cordes d'Aricie, son charme désarmant et cette détermination farouche avec laquelle elle déclare vouloir forcer le vierge Hippolyte. C'est alors par sa voix, sa race tout entière qu'elle donne à entendre.
Avec Catherine Sellers (Phèdre), Martine Pascal ( none), Catherine Corringer porte la flamme de ce spectacle honnête et rigoureux, mais sans grâce véritable, où pèse le personnage d'Hippolyte interprété par Hervé Dubourjal. Ce rôle n'est pas forcément un cadeau pour un comédien, mais le jouer falot, bouche bée, et l'affliger d'un léger zozotement ne l'arrange pas. Martine Pascal, quant à elle, prête à la perfide none une présence flexible et digne, une diction impeccable qui donne à chaque mot sa couleur, sans briser la ligne de l'alexandrin. On l'accable de tous les maux, elle semble inventer ses stratagèmes dans l'instant pour sauver Phèdre. Corps douloureux, quasi immatériel, avec cette voix qui semble arrachée de sa chair et de son âme, Catherine Sellers habite Phèdre. Sans une once de grandiloquence, elle nous donne à voir sa douleur, prise entre l'ombre et la lumière, déchirée par une passion qu'elle sait mortelle. Pour finir, c'est une femme brisée, mais soulagée, qui confesse à son époux Thésée la noirceur de son âme. Comment ne pas aimer ce monstre ?
Le comité central du PCF, dont les travaux se sont achevés vendredi 13 octobre, a été marqué par une offensive en règle de l'ancien numéro deux du parti, Mr Charles Fiterman, contre Mr Georges Marchais. Considérant que les bouleversements qui surviennent en Europe de l'Est ne sauraient laisser le PCF indemne, Mr Fiterman souhaite incarner une ligne réformatrice qui tienne compte de ces événements.
Dans un communiqué manuscrit en arabe parvenu, vendredi 13 octobre, au bureau de l'AFP à Beyrouth, " le Djihad islamique - forces de Bait al-Magdess (Jérusalem) " affirme qu'un de ses membres a été enlevé, jeudi soir 12 octobre, " alors qu'il se promenait dans une rue à Paris " et qu'il a été " conduit à l'intérieur des locaux de l'ambassde d'Israël ". Selon le communiqué, les services israéliens ont " probablement l'intention de l'envoyer secrètement en Isarël ".
Pour le Djihad, les autorités françaises doivent " assumer l'entière responsabilité puisque le rapt a eu lieu sur le territoire français et qu'elles y sont responsables de la sécurité ". " Nous demandons, ajoute le communiqué. (aux Israléiens) de libérer notre frère moujahid emprisonné dans leur ambassade à Paris. " " Sinon, notre réponse sera dure ", conclut le communiqué, qui met la France en garde contre " toute négligence " dans cette affaire.
A l'ambassade d'Israël à Paris, on qualifiait ces informations de " bêtises " et on précisait qu'il n'y avait pas de personne détenue à la mission diplomatique.
De son côté, le quai d'Orsay indiquait, vendredi soir dans un communiqué, que ces informations " ne reposaient sur aucun élément connu des services de police français ". Il ajoutait cependant qu'une enquête avait été ouverte et que " les services des ministères compétents ont été chargés de faire toute la lumière à ce sujet ".
Au cours des derniers mois, l'Organisation du Djihad islamique Bait al-Maqdess a revendiqué à plusieurs reprises, depuis Amman et Beyrouth, des attaques anti-israéliennes, notamment l'incendie du mont Carmel le 19 septembre et l'attentat contre l'autobus israélien sur l'autoroute Tel-Aviv-Jérusalem le 6 juillet, au cours duquel quatorze personnes avaient été tuées et vingt-sept autres blessées.
Le 11 juillet dernier, au moment où la France et l'Europe résonnaient des fanfares du Bicentenaire de la Révolution française, Mme Margaret Thatcher jetait un froid en déclarant, à son arrivée à Paris pour le sommet des Grands : " Les droits de l'homme n'ont pas commencé avec la Révolution française. Ils remontent à la tradition judéo-chrétienne qui a proclamé l'importance de l'individu et le caractère sacré de la personne humaine et de certains droits des individus qu'aucun gouvernement ne peut leur retirer. Nous avons eu (en Angleterre) la Grande Charte de 1215 et la Déclaration des droits au dix-septième siècle, et notre révolution tranquille de 1688, lorsque le Parlement a imposé sa volonté à la monarchie. "
L'année 1989 constituant à la fois le Bicentenaire de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et le troisième centenaire du Bill of Rights de 1689, le parallèle était tentant, et on comprend que Mme Thatcher, sans doute irritée par le gallocentrisme claironnant des célébrations de juillet, s'y soit laissé entrainer. Il y a pourtant un monde entre le texte de 1689 et celui de 1789, comme entre la " révolution tranquille " de Londres et la " Grande Révolution " de Paris.
Le Bill of Rights (" loi des droits ") a été promulgué par le roi Guillaume III en décembre 1689, un an après la révolution qui lui avait donné le trône. L'histoire de son élaboration, qui touchait à son terme il y a tout juste trois cents ans, est révélatrice de son esprit. Pour le comprendre, il faut le replacer dans le double contexte du " temps court " - les événements britanniques de 1688-1689 - et du " temps long " - la tradition anglaise des " droits " opposés au pouvoir royal.
La révolution de 1688 eut pour origine immédiate les excès de pouvoir du dernier roi Stuart, Jacques II, et surtout son appartenance avouée au catholicisme. Depuis le règne de la grande Elisabeth, au siècle précédent, le protestantisme était, en Angleterre, non seulement la religion d'Etat, mais la pierre de touche du patriotisme insulaire : catholicisme rimait avec jésuites, pouvoir pontifical, influence française, tout ce que haissaient l'immense majorité des Anglais. Lorsqu'en juin 1688 la reine Marie de Modène, catholique comme son époux, mit au monde un fils, aussitôt proclamé héritier du trône, le pays fut bouleversé : un héritier catholique laissait présager le rétablissement du papisme et l'instauration, à terme, d'un régime autoritaire tel que la France le connaissait avec Louis XIV. Immédiatement le bruit courut que l'enfant était un imposteur, que la grossesse de la reine avait été feinte et que la véritable héritière, la princesse (protestante) Marie, épouse du prince (protestant) Guillaume d'Orange, stathouder des Pays-Bas, était frustrée de ses droits légitimes.
Cela n'aurait sans doute pas suffi à déclencher une insurrection, si Jacques II, avec une rare maladresse, n'avait depuis longtemps donné prise aux soupçons de despotisme et d'illégalité. Il n'avait jamais caché son adhésion personnelle au catholicisme, mais il avait, lors de son couronnement, affirmé sa volonté de respecter les lois du pays. Or celles-ci excluaient les catholiques de toutes les fonctions publiques, dans la mesure où elles exigeaient des fonctionnaires et dignitaires un " test " consistant à communier selon le rite anglican, condamné par le pape comme héritique. Pour tourner la difficulté, Jacques II avait imaginé de dispenser, de sa propre autorité, les catholiques de se soumettre au " test ".
Un pas supplémentaire était franchi le 4 avril 1687 : " Nous déclarons, de Notre propre volonté, que désormais l'exécution des lois pénales est suspendue en matière religieuse, et Nous permettons à tous nos bons et loyaux sujets de se réunir et de célébrer leur culte selon leurs usages propres, tant en privé qu'en public " : tel est le texte de la Déclaration d'indulgence promulguée ce jour-là. Charte fondatrice, pourrait-on croire, de la tolérance religieuse. Et pourtant, ce texte, si moderne dans son apparence, souleva l'indignation populaire, car il légitimait l'odieux catholicisme, et, surtout, il affirmait la volonté royale comme supérieure à la loi.
D'autres initiatives de Jacques II suscitaient également l'inquiétude. Il se rapprochait notamment de son cousin Louis XIV - qui, il est vrai, le subventionnait largement pour l'attirer dans l'orbite française, - et cela au moment où la Révocation de l'édit de Nantes faisait du roi de Versailles la bête noire de tous les protestants.
De Hollande, Guillaume d'Orange suivait avec intérêt l'évolution des choses en Angleterre. Il était l'âme de l'opposition à Louis XIV en Europe et ne pouvait admettre que son propre beau-père s'alliât au roi de France, dont l'impérialisme menaçait tous ses voisins. Des émissaires hollandais prenaient des contacts avec les opposants d'outre-Manche. Lorsque, en mai 1688, sept évêques anglicans refusent de lire en chaire la Déclaration d'indulgence, récemment renouvelée, et adressent au roi une motion de protestation, Jacques II les fait emprisonner et les traduit en justice : nouvel acte ressenti comme arbitraire et tyrannique. Les évêques sont triomphalement acquittés par le tribunal ; la foule se déchaine contre les catholiques, allume des feux de joie aux carrefours et brûle le pape en effigie. C'était une semaine avant la naissance du fils contesté de la reine : tous les éléments étaient réunis pour l'explosion.
La tentative aurait été à coup sûr sanglante si Jacques II s'était défendu. Mais la trahison de plusieurs de ses proches - dont sa propre fille, la princesse Anne, et le jeune John Churchill, futur Marlborough - le découragea, et il s'embarqua pour la France, sans combattre, le 23 décembre 1688 (2 janvier 1689 selon le calendrier français, alors en avance de dix jours sur l'anglais). Le trône de Londres était vacant. Guillaume d'Orange s'installa au palais de Saint-James où, le 13 février 1689, une Convention élue vint lui offrir la couronne, et lui présenter en même temps une Déclaration des droits destinée à limiter à l'avance son pouvoir. C'est ce texte qui, à peine modifié, deviendra à la fin de l'année le Bill of Rights.
La Déclaration des droits, comme l'a noté avec clairvoyance l'historienne américaine Lois Schwoerer, " n'est pas une déclaration de principes politiques : c'est une réponse pragmatique à des points particuliers dans une conjoncture difficile ". Elle est précédée d'une Liste des griefs en douze points, qui énumère les violations du droit reprochées à Jacques II, notamment la tolérance accordée aux catholiques, l'emprisonnement des évêques signataires de la protestation contre cette tolérance, la création d'une armée permanente, la nomination de juges et de jurés " corrompus et non qualifiés ", l'intervention dans les élections au Parlement, l'infliction de punitions " illégales et cruelles " et d'amendes " excessives " aux accusés, la création d'une cour de justice ecclésiastique illégale.
Le seul article proprement politique, ayant valeur d'innovation constitutionnelle (de taille, il est vrai), est l'article 13, selon lequel " le Parlement doit être convoqué fréquemment, pour le redressement des torts et pour l'amendement et le renforcement des lois " : c'était retirer par avance à tout souverain la tentation de gouverner sans Parlement, comme l'avait fait Charles 1er de 1629 à 1640 avant d'être contraint à convoquer l'Assemblée qui devait le condamner à mort.
De la liberté de conscience, la Déclaration des droits ne parle pas, et pour cause, puisque c'était la Déclaration d'indulgence de Jacques II qui était, au premier chef, visée par l'accusation d'illégalité. Seule une loi particulière, le Toleration Act de mai 1689, sous une forme très restrictive, donnera la liberté de culte aux protestants dissidents, mais en excluant formellement les catholiques. Il faudra attendre 1829 pour que, non sans peine, les catholiques jouissent des droits civiques en Angleterre.
Pour devenir un texte constitutionnel, la Déclaration des droits devait d'abord être transformée en bill (proposition de loi) puis en statute (loi), selon la complexe procédure parlementaire britannique. Il fallut dix mois pour y parvenir, ce qui montre que le texte ne faisait pas l'unanimité autant qu'on aurait pu s'y attendre. Le nouveau roi Guillaume III, qui rencontrait force difficultés avec ses sujets anglais, ne tenait pas plus qu'aucun autre souverain à voir limiter son pouvoir. Les discussions dans le pays faisaient rage ; les Deux traités sur le gouvernement, de John Locke - un des textes fondamentaux de la démocratie moderne, - publiés en novembre 1689, sont directement liés à l'élaboration du bill, qui fut enfin voté par le Parlement le 10 décembre 1689 et promulgué comme loi du royaume sous la signature royale le 16 décembre.
Telle est l'histoire de ce texte célèbre, qu'il serait bien hasardeux de placer à côté de la Déclaration d'indépendance américaine de 1776 et plus encore de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Contrairement à ces deux documents, qui revêtent une forme solennelle et visent d'emblée à l'universalité (" Les hommes naissent libres et égaux en droit... "), le Bill of Rights se veut spécifiquement anglais et ne se réfère qu'à la tradition juridique britannique dans ce qu'elle a de plus insulaire.
Pourquoi, dans ces conditions, le Bill of Rights a-t-il laissé un souvenir historique aussi important ? D'abord, sans doute, parce qu'il réaffirmait des droits déjà reconnus mais de façon plus nette et plus systématique qu'on ne l'avait fait jusqu'alors ; mais surtout parce que, à l'inverse des textes précédents, il devait entrer effectivement dans la pratique sans être jamais ouvertement remis en cause. On peut dire que de 1689 date réellement le début de la monarchie constitutionnelle en Angleterre, telle que l'admireront Montesquieu et Voltaire et telle que tentera de l'acclimater en France Louis XVIII en 1814-1815.
A ce titre, il reste une des bases du droit constitutionnel anglais, et l'une des références obligées de tous les penseurs politiques de l'époque des Lumières. A l'époque où l'absolutisme de Louis XIV triomphait en France et où l'Eglise catholique affirmait comme un dogme le droit divin des rois, la notion de " souveraineté partagée " formulée par Locke et concrétisée par le Bill of Rights marquait indubitablement un progrès politique majeur.
Le qualifier de " révolutionnaire " est une autre affaire : les législateurs anglais de 1689 ne rêvaient que du retour à une légalité violée, non de l'instauration d'un nouveau régime ou d'une nouvelle société. C'est peut-être sur ce point qu'ils étaient le plus éloignés des constituants français du siècle suivant. Mais le rêve du retour à l'innocence de l'âge d'or n'est-il pas, chez Rousseau, et chez Robespierre lui-même, une des bases du " règne de la vertu " ? Un passé idéalisé et les " lendemains qui chantent " font partie du même stock d'explosifs révolutionnaires, sous des étiquettes différentes.
Au cours des troisièmes Rencontres internationales des avocats, réunies les vendredi 13 et samedi 14 octobre à Juan-les-Pins par la conférence des bâtonniers, Mme Noëlle Lenoir, directeur du cabinet du ministre de la justice, a annoncé que, parallèlement à la réforme des professions juridiques et judiciaires, un projet de loi organique réformant le statut des magistrats serait soumis prochainement au conseil des ministres.
" Frères jumeaux de la liberté ", selon la parabole optimiste d'un bâtonnier, ou plutôt vieux couple aigri en permanence au bord de la scène de ménage : le couple avocat-magistrat a des rapports conflictuels, et la tension s'aggrave entre ceux qui ont le pouvoir de juger et ceux qui prennent le droit de défendre. Sur le thème du " pouvoir judiciaire ", retenu par Me Roger Malinconi, président de la conférence des bâtonniers, ces Rencontres internationales de Juan-les-Pins, où vingt-cinq pays étaient représentés, ne pouvaient faire l'économie de cet affrontement constant qui fait de plus en plus, en France, des deux professions des adversaires plutôt que des partenaires.
Avec la courtoisie qui caractérise les notables, les bâtonniers présents, malgré les précautions oratoires, n'ont pas caché le fond de leur pensée en mettant en cause l'indépendance des magistrats et la faiblesse de leurs moyens. "Seule l'indépendance totale des juges peut permettre une égalité indispensable des citoyens en face de leurs droits. Seule, elle peut éviter une discrimination due à la naissance, à la fortune ou à l'opportunité du moment. Seule cette indépendance peut garantir un équilibre nécessaire entre les hommes", a rappelé Me Malinconi. Et, visiblement, dans sa pensée, la France n'était pas exempte de tout soupçon.
De son côté, le bâtonnier Guy Danet a clairement expliqué que, tant que l'on n'aura pas procédé aux réformes qui s'imposent depuis des dizaines d'années, on abandonnera "le pouvoir judiciaire au profit du pouvoir politico-administratif". Après cette salutaire volée de bois vert, Mr Pierre Truche, procureur général près la cour d'appel de Paris, qui n'est pas connu pour sa souplesse particulière, expliqua avec humour et finesse qu'il n'avait jamais rencontré, en effet, de magistrats indépendants, mais que l'indépendance commençait, pour un juge, au moment où il se posait à lui-même la question de son indépendance...
Curieusement, c'est d'un magistrat qu'est venue la critique la plus sévère à l'égard des juges : Mr André Potocki, secrétaire général de la première présidence de la Cour de cassation. Pour lui, la légitimité, la crédibilité des juges sont aujourd'hui en cause : "Il y a en France une crise majeure. " Exprimée dans tous les sondages sur la justice, la défiance des Français s'explique aisément par l'échec patent de la prévention et de la répression, par l'incertitude sur l'exécution des peines et par le taux très élevé des récidives. Le recrutement est " menacé " car il n'y a pas " assez de candidats de haut niveau à l'Ecole nationale des magistrats ". Les juges, dit-il, doivent " aller vers le monde ", mais sans se laisser absorber par lui ni en épouser les querelles, ce qui rendrait douteuse leur impartialité. Le juge n'a pas, a dit nettement Mr Potocki, " les moyens de sa mission " : les effectifs sont " gravement insuffisants ", et les gens de qualité sont sous-payés par rapport au privé. " Comment demander aux meilleurs, dans ces conditions, de devenir des fonctionnaires de justice ? " Pour Mr Potocki la réponse est claire : " C'est un problème politique " et non un problème de justice. Aux politiques, sous la pression conjuguée des avocats et des magistrats, de mettre ceux qui gouvernent devant leurs responsabilités.
Le projet de réforme des professions juridiques et judiciaires qui est toujours en chantier au ministère de la justice et fait l'objet de vives discussions avec le ministère de l'économie, celui des affaires européennes et le secrétariat d'Etat à la consommation, a été l'un des principaux sujets de discussion dans les couloirs des Rencontres internationales des avocats à Juan-les-Pins.
Issu du rapport de Me Dominique Saint-Pierre (le Monde du 4 juillet), le texte, a assuré Mme Noëlle Lenoir, directeur du cabinet du garde des sceaux, devrait, en créant une nouvelle profession d'avocat-conseil juridique, " rompre l'éparpillement excessif des professions du droit ". Il " dérangera les habitudes, brisera les routines et provoquera des inquiétudes ", mais " il doit ouvrir la profession à l'air du large ".
Ce texte sera prochainement, après arbitrage de Matignon, soumis à la concertation des organisations professionnelles et devrait être discuté à la session de printemps du Parlement.
Parallèlement Mme Lenoir, et c'est une surprise, a assuré que le ministre de la justice entendait soumettre au conseil des ministres un projet de loi réformant le statut des magistrats au printemps prochain. Dans un document remis au garde des sceaux (le Monde du 28 juillet) la direction des services judiciaires avait élaboré un projet de réforme du Conseil supérieur de la magistrature.
C'est ce projet qui est aujourd'hui accéléré. A l'époque, le ministère de la justice avait expliqué qu'il ne s'agissait que d'une " note " qui n'engageait en rien le garde des sceaux. Apparemment la note est en train de se transformer en projet de loi organique.
Après avoir délibéré près de quatre heures, la cour d'assises des Yvelines présidée par Mr Jean-Claude Pometan a condamné, vendredi 13 octobre, Régis Devaux, vingt-six ans, à cinq ans de réclusion criminelle pour "coups et blessures volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner", à l'issue d'un procès que l'avocat général lui-même a qualifié de " boiteux ". Le 7 mars 1986, alors qu'il était membre du Front national, il avait porté plusieurs coups de couteau à Philippe Brocard, un sympathisant du Parti socialiste qui collait des affiches de la campagne des élections législatives (le Monde du 14 octobre).
Une jeune femme qui a témoigné durant le procès contre un ancien ami de Devaux ayant bénéficié de la loi d'amnistie du 20 juillet 1988, a été menacée à l'issue de l'audience par un homme contre lequel elle a immédiatement déposé une plainte. Interpellé à la porte de la cour d'assises, cet homme a été emmené, menottes dans le dos, au commissariat et placé en garde à vue.
Le Nordic Empress, un grand paquebot en construction aux chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire, risque de prendre du retard. Deux jours de suite, jeudi 12 et vendredi 13 octobre, les ouvriers ont arrêté la production sur ce navire. Cette action, qui fait suite à des débrayages tournants répétés depuis la mi-septembre, marque un net durcissement du conflit qui oppose aujourd'hui les 4500 salariés des chantiers navals à la direction de GEC-Alsthom.
Vendredi après-midi, celle-ci a reçu à Paris les syndicats CGT, CFDT, FO en exigeant comme préalable aux négociations le respect de la liberté du travail. Les métallos nazairiens seront appelés à se prononcer lundi sur les suites à donner à leur mouvement.
Ils demandent une augmentation de 1500 francs par mois et une préretraite anticipée pour les plus anciens, afin de favoriser l'embauche de jeunes.
La Société des Bourses françaises a rendu public le franchissement du seuil de 50 % réalisé, le 3 octobre, dans le capital de Pechelbronn par la société Worms et Cie et les associés et gérants de cette société agissant de concert. Ensemble, ils détiennent 51,53 % de Pechelbronn, holding qui contrôle les assurances PFA et GPA, et qui a fait l'objet d'achats boursiers importants, dans le cadre des grandes manÓuvres en cours dans l'assurance (Suez-Victoire, Allianz-Navigation mixte).
Quatre des caisses d'épargne américaines qui ont été secourues par le gouvernement fédéral dans le cadre d'un vaste plan de sauvetage (50 milliards de dollars en 1989) ont été revendues, grâce à une avance de 7,1 milliards de dollars de l'Etat aux nouveaux acquéreurs. Il s'agit des premières opérations de revente. Deux caisses ont été achetées par un holding bancaire de Charlotte en Caroline du Sud, la troisième par l'institution d'épargne canadienne Royal Trustco de Toronto et la quatrième par la banque Meridian de Reading, en Pennsylvanie.
Plus de sept heures de discussions particulièrement serrées pour un résultat qui ne satisfait guère les syndicats mais ne compromet pas le processus de négociation qui devait reprendre lundi matin. La première rencontre entre la direction de Peugeot et les syndicats, organisée, vendredi 13 octobre, à Paris, au terme de la mission de conciliation de Mr Francis Blanchard, n'a permis à la CFDT et à la CFTC, qui avaient obtenu l'évacuation de la forge de l'usine de Mulhouse, de ne remplir que la moitié des engagements pris devant les grévistes.
Mr Roland Vardanéga, directeur central du personnel de Peugeot, a accepté de lever toutes les sanctions prises depuis le début du conflit (130 licenciements, 61 mises à pied). Les 26 licenciements déjà notifiés seront " annulés le 20 octobre avec effet rétroactif " si, d'ici là, la liberté du travail est " scrupuleusement respectée " à Mulhouse et à Sochaux. En revanche, les syndicats n'ont pu, malgré tous leurs efforts, arracher un engagement concret sur les salaires. Mr Vardanéga s'est borné à indiquer qu'il formulerait, lundi matin, " des propositions concrètes concernant les bas salaires et sur l'amélioration du treizième mois ainsi que de l'intéressement ".
A l'issue de cette première réunion - qui avait débuté à 14 h 30 au siège de PSA, après que l'évacuation effective de la forge fut acquise, - Mr Christophe Dominguez (CFDT), lui-même concerné par une procédure de licenciement, estimait que la levée sous conditions des sanctions plaçait une " épée de Damoclès sur la tête des grévistes ". Quant à la CGT, hostile à l'évacuation de la forge, elle constatait que " la direction refuse toujours de négocier ".
Tout en acceptant, en fin de séance, de faire un geste sur les sanctions, la direction de Peugeot est donc restée intraitable sur la question des rémunérations. Selon elle, la négociation est " un tout ". Une attitude qui lui permet de ne pas s'exposer au risque de multiplier les concessions. A la direction du groupe, on estimait, vendredi soir, que l'annonce d'une première mesure salariale - " de portée forcément limitée " - aurait risqué de mécontenter davantage les grévistes que le renvoi à lundi de l'examen de l'intéressement et de l'amélioration du treizième mois (qui ne comprend pas les primes, contrairement à la pratique en vigueur chez Citroën).
Une Néerlandaise de trente-huit ans a vendu pour 80 000 florins (environ 240 000 F) un de ses reins qui aurait été transplanté la semaine dernière dans une clinique française sur une jeune fille de seize ans, " originaire d'un pays du Golfe ".C'est en substance ce que vient de révéler Reiner Oude Grote Berverborg, dit ROGB, précisant en outre que la famille de la jeune fille avait payé 85 000 dollars (environ 510 000 F) à l'organisation spécialisée dans le commerce des organes qu'il dirige. ROGB affirme avoir recruté depuis le début de l'été, par petites annonces, quelque huit cents autres volontaires prêts à donner un rein en échange de 80 000 florins.
" Je suis désolé de ne pas pouvoir vous parler personnellement. Veuillez laisser votre numéro de téléphone et votre adresse complète après le signal sonore ". La bande du répondeur téléphonique de ROGB, un " bureau d'intermédiation et de conseil " à Hengelo, dans l'est des Pays-Bas, doit être bien usée. C'est en vain que la presse a essayé d'entrer en contact avec son fondateur et unique employé, Reiner Oude Grote Beverborg, pour lui arracher le nom de la clinique privée française où, selon ses dires, a eu lieu jeudi dernier la transplantation par laquelle le scandale est arrivé.
A eu lieu, ou " aurait eu lieu " ? Avec Reiner Oude Grote Beverborg, rien n'est jamais clair. A commencer par son âge : l'homme a trente-deux ans, mais il en affiche plus. Son passé est également opaque. Se disant cuisinier, il aurait, à trois reprises, tenté sa chance dans la restauration, aux Pays-Bas et en RFA. Mais la chance n'était pas au rendez-vous : trois affaires, trois faillites... et des dettes.
Néanmoins, Reiner Oude Groote Beverborg s'est installé cette année comme " médiateur de transactions financières ". Telle est la raison sociale du bureau qu'il a créé en lui donnant ses initiales et qui est immatriculé à la chambre de commerce de Twente sous le numéro 60-426. Selon son propriétaire, ce bureau travaille pour le compte d'un noble allemand, Adelmann von Adelmannsfelden, dont la presse a révélé, ces derniers jours, que son talent affairiste s'était exercé dans des domaines pour le moins douteux : location de mercenaires, trafics d'enfants à adopter et commerce de reins à greffer. En la matière, l'idée du comte allemand était simple : par son intermédiaire, des malades du rein fortunés pourraient acheter l'organe d'une personne financièrement dans le besoin.
En juillet dernier, un quotidien régional néerlandais publie la petite annonce suivante : " Besoin d'argent ? Nous pouvons vous aider. Discrétion à 100 % ". L'affaire ROGB est lancée, provoquant d'emblée la réaction indignée de la Société royale de médecine et du secrétaire d'Etat à la santé, qui parlent de " commerce scandaleux ".
ROGB, qui s'est confié à plusieurs journalistes, admet qu'il s'agit d'" un commerce étrange ", mais constate que la loi ne l'interdit pas. Il s'empresse d'ajouter que son but n'est pas seulement d'amasser de l'argent : " C'est un métier gratifiant, car l'on fait deux personnes heureuses. Celle qui vend son rein pour la somme de 80 000 florins et celle qui reçoit l'organe, l'achetant pour l'équivalent de... 510 000 F. " Selon les dires de ROGB, ce montant sert à dédommager le " donneur " et à payer les opérations (prélèvement, greffe, chirurgien, soins post-opératoires, déplacements : 240 000 F). Le solde constitue sa rémunération, qui varie de 30 000 F à 60 000 F... selon les interviews.
FAUT-IL s'étonner des transactions financières liées aux greffes, alors que l'on ne cesse de déplorer le manque d'organes disponibles et que les équipes spécialisées reçoivent, dans le même temps, un nombre croissant de propositions émanant de personnes totalement démunies et qui voient là une possibilité inespérée de trouver de substantielles ressources financières ? On pensait toutefois que la France était, plus que d'autres pays, à l'abri de ce type d'affaires, d'une part parce que les médecins français ont su, de manière exemplaire, traduire ici les grands principes de la morale médicale contemporaine, défendant avec succès - qu'il s'agisse du sang, du sperme ou des organes - les notions fondamentales de consentement, d'anonymat et de gratuité ; d'autre part parce qu'en matière de dons d'organes, la loi Caillavet (1976) et ses décrets d'application (1978) semblaient constituer un rempart efficace contre toute tentative mercantile. C'était sans doute pécher par excès de confiance ou de naiveté. On assiste, en effet, depuis quelques années, à une extension inquiétante des réseaux ayant pour objet de rapprocher, moyennant de substantielles rémunérations, des malades disposant de ressources importantes et des " donneurs " le plus souvent dans le besoin.
Jadis confinés à quelques pays du tiers-monde, ces réseaux apparaissent parfaitement implantés dans les pays industrialisés et notamment en Europe. Leurs animateurs ne craignent pas, semble-t-il, de s'attaquer au " marché " français. Les menaces de sanctions formulées (plus d'ailleurs par le Conseil national de l'ordre des médecins que par le ministère de la santé, apparemment fort démuni en la matière) seront-elles de nature à prévenir d'autres affaires similaires ? Rien n'est moins sûr, tant l'appât du gain et les éventuelles justifications médicales peuvent ici s'associer pour tenter de justifier l'inacceptable.
Cette première affaire souligne la nécessité de doter la France d'un dispositif législatif permettant de pallier les multiples dangers présents et à venir de la commercialisation du corps humain. Contrairement à ce qui avait été souhaité, prévu et annoncé par l'Hôtel Matignon, le texte de l'avant-projet de loi sur la bioéthique, rédigé depuis plusieurs mois déjà par un groupe de sages, présidé par le conseiller d'Etat Guy Braibant, ne sera pas voté avant la fin de l'année. Et rien n'indique qu'il puisse l'être lors de la prochaine session parlementaire de printemps. On invoque, une nouvelle fois, la nécessité d'un débat multiforme, avec la " société civile ", avant d'entrer dans un processus législatif. Dans l'attente, les nouveaux négriers, exploitant la misère de certains donneurs, ne risquent-ils pas de proliférer, grâce aux progrès de la médecine et de la chirurgie ?
Une centaine de cardinaux, d'évêques, d'archevêques venus des vingt-six conférences épiscopales catholiques de l'Europe de l'Est et de l'Ouest, sont réunis jusqu'au mardi 17 octobre à Rome sur le thème de l'" Evangélisation des attitudes contemporaines devant la naissance et la mort ". L'intervention de Mgr Karl Lehmann, évêque de Mayence, président de la conférence épiscopale allemande, a créé, vendredi 13 octobre, une certaine surprise. Il a dénoncé la " technicisation " des accouchements qui risquent, selon lui, de devenir " absolument anonymes " et d'être considérés comme " un évéenement marginal à surmonter le plus rapidement possible ".
Partisan de l'" accouchement naturel " et des méthodes de " roomig-in " qui cherchent à éviter la séparation de la mère et de l'enfant à la clinique, Mgr Lehmann a expliqué : " On ne peut pas effacer complètement la douleur sans enlever à la vie l'inquiétude nécessaire. La culture des analgésiques (...) nous rend incapables de supporter nos douleurs, incapables de comprendre et de partager la douleur des autres. "
Sérieux revers pour l'Institut Mérieux : le gouvernement canadien n'est pas " satisfait " des termes de son offre publique d'achat sur le fabricant torontois de vaccins Connaught bioSciences.
L'institut lyonnais, qui deviendrait le plus grand producteur de vaccins au monde en acquérant Connaught, a fait connaitre ce verdict vendredi 13 octobre dans un communiqué, en précisant que le ministre canadien de l'industrie, des sciences et des technologies, Mr Harvie André n'était pas convaincu que la proposition d'acquisition " puisse se traduire par un bénéfice net pour le Canada ".
Mr Alan Nymark, vice-président d'Investissement Canada, l'agence fédérale chargée d'examiner les prises de contrôle étrangères, a insisté sur le fait que cette décision n'était pas " définitive ", l'Institut Mérieux ayant trente jours pour peaufiner son offre de 942 millions de dollars canadiens (1), soit 37 dollars l'action. Il a toutefois ajouté que toute proposition d'acquisition du numéro un canadien de la biotechnologie - un domaine où le Canada voudrait conforter ses positions - se devait d'être examinée " très soigneusement ".
Depuis sa création, en 1985, l'agence, qui a notamment approuvé la vente de Done Petroneum, géant pétrolier, et de De Havilland, importante société aéronautique, à des intérêts américains, s'est contentée d'exiger certaines modifications à des OPA mais n'en a jamais refusé aucune.
Il est vrai que cette fois, les partis d'opposition et les milieux scientifiques ont fait front commun : ils craignent pour l'avenir - déjà aléatoire - de la recherche canadienne ; ils redoutent que l'exode des scientifiques ne s'accentue encore davantage, si le Canada devait perdre le contrôle de son fleuron national.
Une action en justice a même été intentée par l'université de Toronto, qui a vendu Connaught en 1972. L'institution avance que l'acheteur de l'époque - le gouvernement canadien - s'était engagé à ne jamais revendre ce joyau à des intérêts étrangers. La cause a été reportée au 18 octobre, Connaught, qui finance d'importantes recherches dans cette université, ayant proposé une nouvelle entente.
L'Institut Mérieux en est à sa troisième tentative sur ce prestigieux laboratoire, qui fut le premier grand producteur d'insuline. Il avait tenté sans succès, en mai 1988, d'acquérir 20 % du capital de Connaught. Il est revenu à la charge en mars dernier avec la conclusion d'un accord prévoyant la création d'une entreprise conjointe basée au Pays-Bas dans laquelle Mérieux aurait détenu 51,4 % des parts. Un groupe formé par la société chimique suisse Ciba-Geigy et par la firme américaine de biotechnologique Chiron a contre-attaqué en lançant une OPA de 764 millions de dollars canadiens (30 dollars l'action).
Lorssqu'il a surenchéri, l'Institut Mérieux a fait beaucoup d'efforts pour calmer les inquiétudes des nationalistes canadiens. Il a promis la construction en banlieue de Toronto d'un centre de biotechnologie de plus de 30 millions de dollars canadiens. Il s'est aussi engagé à ne pas réduire ni transférer les activités de production de Connaught, qui devrait pouvoir continuer de vendre et développer sa gamme de produits.
De son côté, le groupe Ciba-Geigy-Chéron n'a pas voulu augmenter son offre, qui expire mardi. Le délai d'un mois accordé par Ottawa pourrait néanmoins brouiller les cartes : un généticien de l'université de Calgary en Alberta (ouest du Canada) avait indiqué au début du mois qu'il tentait de monter une OPA "purement canadienne".
Le meilleur allié de l'Institut lyonnais dans cette affaire est sans doute le président de Connaught, Mr Brian King, qui a répété, vendredi, qu'une société de moyenne envergure comme la sienne n'avait d'autre choix que de s'allier à Mérieux pour rester compétitive au niveau mondial. Il a depuis peu la bénédiction de son conseil d'administration.
Tournant stratégique, vendredi 13 octobre, dans l'histoire du disque classique. Dans un vieil hôtel de Hambourg, Günther Breest a tenu une conférence de presse d'un genre particulier : un seul interlocuteur par pays, mais une heure d'entretien par journaliste.
Qui est Günther Breest ? Après dix-huit ans à la direction de la production chez Deutsche Grammophon (DG), cet ancien preneur de son a accepté, en novembre 1988, le poste de " managing director " de CBS Masterworks. Or, cette marque américaine appartient aux Japonais depuis son rachat par Sony. On peut dire, dans ces conditions, que Günther Breest est l'antenne européenne, dans la production discographique classique, de la société de hardware d'Akio Morita - inventeur du Walkman et co-inventeur du disque compact (CD).
En dix-huit ans, Günther Breest avait notoirement acquis chez DG la confiance de Karajan : après son départ, le chef autrichien se sent abandonné, refuse de lui parler, mais oublie finalement ses griefs : il était fortement question d'un contrat chez CBS avant sa mort en juillet. On murmurait également que l'héritage laissé par ce dernier, sous forme de centaines d'heures de concerts filmés (et portant, pour l'image, l'étiquette Télémondial, société créée par Karajan et implantée à Monte-Carlo), échapperait à Deutsche Grammophon (le Monde du 16 septembre).
" Chacun sait, nous a déclaré Günther Breest, que Karajan, le jour de sa mort, avait rencontré à Salzbourg Norio Ohga, président de Sony. Je peux confirmer officiellement - la teneur exacte du contrat sera révélée le 8 novembre à Tokyo - que l'héritage de Karajan sera distribué par Sony Classical. Il s'agit de quarante à quarante-cinq captations vidéo, de soixante minutes environ. "
Sony Classical ? La naissance de ce nouveau label était l'autre volet des révélations réservées par Günther Breest à la presse. Son logo, un hologramme, est directement inspiré de celui de Columbia (étiquette prestigieuse sous laquelle, à la grande époque du 78 tours et du microsillon, étaient commercialisés aux Etats-Unis les enregistrements des artistes CBS). Ce logo se substituera désormais à celui de CBS Masterworks, label classique de CBS, tant sur les nouvelles productions que, peu à peu, sur les anciennes. Le président de Sony Classical ? Günther Breest évidemment. Le siège de la société de production ? Hambourg, par définition.
" Quand Norio Ohga m'a proposé le poste, il y a mis trois conditions : transfert du bureau central de New-York à Hambourg, tout près des racines de la vieille culture européenne ; constitution d'une équipe internationale indépendante ; attention renouvelée à la technique d'enregistrement. CBS n'avait pas su s'adapter aux nouvelles technologies. Les enregistrements étaient effectués par des équipes de chez EMI ou de chez Decca, louées pour l'occasion. Ce n'est pas ainsi qu'on se crée une identité, un son. "
L'identité de Sony Classical ? Une définition plus fine pour les enregistrements numériques (20 bits au lieu des 16 retenus comme standard actuel), soit, selon Günther Breest, " un son moins agressif, et beaucoup plus de subtilité dans les nuances piano ".
Les prototypes, lecteurs et supports, seront une exclusivité Sony, " la technologie de pointe du numéro un japonais, mariée à des mÓurs discographiques humanisées à l'ancienne, comme cela ne se pratique et ne se pratiquera jamais qu'en Europe ".
Reste, et c'est là que le bât blesse, à constituer un catalogue d'artistes à la hauteur des ambitions très élevées de ce nouveau label. Günther Breest réaffirme en passant sa confiance dans " les jeunes de CBS : Midori, Yo Yo Ma, Esa Pekka Salonen, Perahia ". Et ajoute que " l'essentiel, dans ce métier, vient d'une longue relation de confiance entre les musiciens et les producteurs ".
Confiance que lui accorderait par exemple, après Karajan, Claudio Abbado, nouveau patron de la Philharmonie de Berlin ? " Nous sommes en contrat depuis cinq ans avec la Philharmonie. Mes relations avec Abbado sont excellentes. " La nouveauté qui lancera le label Sony Classical en janvier sera en tout cas un enregistrement de Lieder de Mahler avec Dietrich Fischer-Dieskau (artiste DG s'il en est !) et Daniel Barenboim à la tête de ... la Philharmonie de Berlin.
Le scénariste Cesare Zavattini est mort vendredi 13 octobre à Rome. Il était âgé de quatre-vingt-sept ans (nos dernières éditions du 14 octobre).
Cesare Zavattini ne s'est pas contenté d'écrire des histoires pour le cinéma ( cent treize films, de 1935 à 1982). Il a été un théoricien, un inventeur, qui a contribué d'une façon décisive à l'éclosion et au triomphe de cette école de vérité sociale et humaine qu'on a appelé le "néoréalisme". Cesare Zavattini est, tout autant que certains réalisateurs, et particulièrement Vittorio de Sica avec lequel il eut une relation privilégiée, une grande figure de l'histoire du cinéma italien. Il a cru qu'on pouvait changer la société par des films "utiles à l'homme".
Adversaire du cinéma d'évasion, du cinéma spectacle, il fut un auteur engagé dans le réel et sa passion, sa philosophie, ont été les meilleurs ferments de la renaissance artistique et morale du cinéma italien libéré du fascisme et destiné à étonner le monde dans les années 50-60. Quand il lui fallut participer à des films commerciaux, il le fit sans se renier, avec une bonne dose d'humour.
Né à Luzzara, petite ville de la plaine du Pô, le 20 septembre 1902, Cesare Zavattini est journaliste à Milan en 1927, publie des ouvrages de fiction, dirige des périodiques populaires. Il écrit son premier scénario en 1935 : Je donnerai un million, une comédie réalisée par Mario Camerini dans laquelle joue Vittorio de Sica. Les deux hommes se retrouvent en 1941, lorsque De Sica réalise Teresa Venerdi, comédie à laquelle Zavattini travaille sans être crédité.
En 1942, le scénario de Quatre pas dans les nuages, pour Alessandro Blasetti, annonce le néo-réalisme. En 1944, Les enfants nous regardent, avec Vittorio De Sica, transforme le drame bourgeois en critique de la classe dominante, à travers le regard d'un enfant. Zavattini travaille aux films de guerre et de résistance (le Témoin, de Pietro Germi, 1945, Un jour dans la vie, de Blasetti, 1946) et arrive aux premières lignes du néo- réalisme en compagnie de De Sica : Sciuscia (1946), bouleversant témoignage sur la misère des enfants du peuple, livrés à eux-mêmes dans l'Italie en ruine.
Zavattini participe au courant de revendication sociale de gauche (Chasse tragique, de Giuseppe De Santis, 1947), et à la comédie néo-réaliste ( Primavera, de Renato Castellani, 1949, Dimanche d'août, de Luciano Emmer, 1949, Sa Majesté Mr Dupont, de Blasetti, 1950). Il collabore avec Luchino Visconti (Bellissima, 1951).
Mais c'est avec Vittorio De Sica que se construit son Óuvre fondamentale : la vérité sociale de l'Italie d'après-guerre, les chômeurs, les pauvres, les vieillards, la crise du logement. Films admirables et célèbres : le Voleur de bicyclette (1948), Miracle à Milan (1951), Umberto D (1952), l'Or de Naples (1954), le Toit (1956). A la même époque, Zavattini écrit pour Lattuada, De Santis à nouveau, Gianni Franciolini et Dino Risi.
En réaction contre le retour du romanesque, il crée, en 1953, une revue filmée destinée à ne présenter que des faits réels. Le premier et le seul numéro en est l'Amour en ville, dont il réalise lui-même une rubrique (autres cinéastes : Antonioni, Fellini, Lattuada, Lizzani, Risi, Maselli). Zavattini réalisera également les Italiennes et l'Amour (1961), les Mystères de Rome (1962) et la Verita (1981). Il restera associé à tous les films de Vittorio De Sica, sauf, à la fin, le Jardin des Finzi-Contini et le Voyage. Mais ils avaient été, tous deux, dépassés, par le nouvel " âge d'or " du cinéma italien.
Les Etats généraux de la création théâtrale francophone s'achèvent à Limoges samedi 14 octobre 1989. La manifestation a accueilli cette année cinquante-sept auteurs dramatiques de vingt-trois pays francophones. Cette réunion, qui clôt le sixième Festival international des francophonies, est une initiative du ministre français chargé de la francophonie, Alain Decaux. Des Etats généraux de la chanson et du livre sont également prévus en novembre et en décembre à Paris.
Les bruits du monde extérieur ont réussi à pénétrer, vendredi 13 octobre, sous la coupole de la salle de réunion du comité central du PCF, place du Colonel-Fabien à Paris. Symboliquement, c'est à un absent que les membres du " parlement communiste " doivent d'avoir été tirés de la torpeur où les avait plongés le rapport massue asséné, la veille, par Mr Georges Marchais. Empêché d'assister à cette session par suite d'un accident, Mr Charles Fiterman a, en effet, transmis sous forme écrite les réflexions que lui inspire la crise du communisme dans les pays de l'Est.
Le message de l'ancien ministre d'Etat du gouvernement Mauroy, membre du secrétariat du comité central, dessine, au sein du PCF, une opposition entre réformistes et conservateurs analogue à celle qui a vu le jour à l'Est et qui divise la plupart des partis communistes. Le parti français, cependant, n'emprunte pas la voie de ses homologues soviétiques, ni surtout hongrois, pas même celle du parti polonais, mais plutôt celle du parti est-allemand, où le rapport des forces est largement favorable à la vieille garde orthodoxe : il ne s'est guère trouvé que trois ou quatre orateurs, sur les quelque cent trente membres du comité central, pour exprimer des inquiétudes voisines de celles de Mr Fiterman.
Ancien ministre et ancien numéro deux du parti, Mr Fiterman rompt le silence à un moment où les troupes sur lesquelles il aurait pu compter sont dispersées ou marginalisées. Depuis le lendemain des élections européennes de 1984, dont le résultat désastreux avait soulevé, au sein du comité central, un vent de fronde qui aurait pu modifier le cours des choses si Mr Fiterman avait répondu alors aux attentes, ses amis sont devenus clairsemés sous l'action énergique de MM Marchais, Plissonnier, Lajoinie, Leroy, Gayssot et autres.
Par pans successifs, le PCF a été délesté de dirigeants, de cadres et d'élus à qui il était venu la mauvaise idée de tirer des résultats électoraux des conclusions moins optimistes que celles de Mr Marchais. Ainsi Mr Pierre Juquin, ancien membre du bureau politique et ancien porte-parole du parti, s'est-il résolu à le quitter en se présentant à l'élection présidentielle de 1988, trois ans après avoir été battu au vingt-cinquième congrès. Il entrainait dans son mouvement les "rénovateurs", qui, aujourd'hui, sous la houlette de Mr Claude Llabres, négocient leur entrée au PS.
Reste la cohorte des "reconstructeurs". Derrière Mr Marcel Rigout, ancien ministre, isolé dans son réduit limousin, et Mr Claude Poperen, ancien membre du bureau politique, mis à la retraite anticipée, ils s'accrochent à l'espoir de pouvoir encore conduire une bataille interne, tandis que les élections municipales de mars dernier ont vu des élus communistes de premier plan, comme Mr Robert Jarry, maire du Mans, rompre avec leur parti.
Aussi les seules voix à s'être fait entendre, une nouvelle fois, dans le secret des " débats " du comité central, ont-elles été celles de MM Anicet Le Pors, Jack Ralite et Lucien Sève, quelques autres préférant s'immerger dans le monde du silence, et l'immense majorité des intervenants renouvelant l'expression de leur indéfectible fidélité à la personne du secrétaire général. Dans ce sombre tableau, propre à décourager les plus optimistes des contestataires, Mr Le Pors a réussi un coup de maitre en obligeant une bonne moitié du bureau politique à s'inscrire précipitamment pour lui répondre.
Membre du Conseil d'Etat, économiste et, à ses débuts, météorologue, l'ancien ministre délégué à la fonction publique s'est prévalu de cette triple expérience pour faire un éloge, très peu apprécié par la direction du PCF, de la théorie du modèle. En raisonnant par l'absurde : " L'allégeance dogmatique à un modèle, a-t-il dit, est équivalente au refus dogmatique de tous modèles, y compris ceux qui sont porteurs de valeurs universelles." En termes clairs, Mr Le Pors suggérait de faire sortir la perestroika d'Union soviétique pour s'en emparer en France, ce qui est naturellement inacceptable pour des dirigeants qui ne cessent de la soutenir... pour autant qu'elle reste à Moscou.
Que Mr Le Pors plaide pour des "ruptures" dans la société, dans le socialisme, dans le parti ; qu'il affirme que les communistes doivent être "moins "avant-garde" et davantage "sel de la terre" ; qu'il désigne "cinq fronts" où combattre pour les valeurs universelles (la paix, l'écologie, le sous-développement, la révolution scientifique et les droits de l'homme), tout cela, comme on peut l'imaginer, ne grossit pas le nombre de ses amis. Même si Mr René Piquet, membre du bureau politique, lui a répondu le premier en faisant quasiment preuve de compréhension.. Même si Mr Henri Krasucki, secrétaire général de la CGT, a joué les faux naifs pour dire qu'il ne comprenait pas "tout" ce qu'avait dit l'ancien ministre.
Les autres membres du bureau politique se sont montrés moins bénins, comme Mr Jean-Claude Gayssot, membre du sécrétariat du comité central, chargé de l'organisation, pour qui parler de "ruptures" c'est remettre en cause tout le travail de la direction du PCF depuis quinze ans, au bas mot. Le psychodrame prenant corps, on s'est servi des propos de Mr Le Pors pour descendre en flammes celui qui allait devenir son compère d'infortune. Présidente de séance, Mme Danielle de March a donné lecture, à ce moment-là, de l'intervention écrite par Mr Fitermann, pour réunir les deux hérétiques sur le même bûcher.
L'ancien ministre d'Etat ne peut qu'être complice de l'ancien ministre. A moins que ce ne soit le contraire. Les membres du bureau politique s'en sont donné à cÓur joie. Mr Philippe Herzog s'en est pris au couple infernal Fiterman-Le Pors, mais Mr Jack Ralite - encore un ancien ministre ! - n'a pas goûté " l'amalgame " entre les deux victimes. Mr André Lajoinie, membre du secrétariat, président du groupe communiste de l'Assemblée nationale, a assuré que, si l'on accuse le PCF de jouer les " Monsieur Plus " - expression de Mr Fiterman, - on révèle, du même coup, qu'on est contre le SMIC à 6 500 F. Et Mme Gisèle Moreau, membre du secrétariat, a souhaité que soit ouverte la chasse aux " non-dits " qui, selon elle, gangrènent le parti depuis plusieurs années. Humain et philosophe, Mr Lucien Sève lui a fait remarquer que cette façon de voir n'était pas très charitable.
Il était alors 19 h 30, et Mr Marchais s'est chargé personnellement de renvoyer Mr Sève à ses chères études. L'air goguenard, le secrétaire général a étrillé allègrement l'idéologue, en déclarant que chacun est libre de son opinion, mais doit l'exprimer sans fard. Dans son élan, Mr Marchais a tourné en ridicule Mr Marcel Rosette, ancien patron des élus communistes, qui, récemment, avait écrit à chaque membre du comité central pour faire part de son opposition à la politique et au mode de fonctionnement du parti. Mr Marchais a parlé pendant trois quarts d'heure, au cours desquels il a admis que la préparation du prochain congrès du PCF (sans doute pour décembre 1990) venait d'être lancée. Certains pensent qu'elle est, aussi, d'ores et déjà bouclée.
Confinés dans un appareil qui n'a plus avec sa base électorale ou syndicale que des rapports occasionnels ou instrumentaux, les communistes français sont insensibles aux pressions auxquelles peuvent réagir des partis au pouvoir ou ceux qui, comme le PC italien, sont en prise sur la réalité sociale. Dépositaire officiel de la marque communiste en France, le PCF défend bec et ongles un label sous lequel il n'aura bientôt plus rien à vendre.
Mme Danielle De March, premier secrétaire de la fédération du Var, qui présidait la séance du matin du comité central, vendredi 13 octobre, a donné lecture de l'intervention écrite de Mr Charles Fiterman, membre du secrétariat du comité central, qui, convalescent après un accident de voiture, n'a pas assisté à la réunion.
L'ancien ministre d'Etat, ministre des transports, souligne d'abord que " les changements qui s'accélèrent en France, en Europe et dans le monde (...) modifient jusqu'à certaines données de fond " de la lutte conduite par les communistes. Il relève, notamment, que la crise et les réponses qui lui sont apportées affectent les " structures sociales " et que, sur le plan international, " à la politique de force tend à se substituer la force de la politique ". Il insiste sur l'importance de l'aspiration à la démocratie.
Face au " défi " que ces évolutions représentent pour les communistes, Mr Fiterman juge nécessaire " un énorme travail d'approfondissement idéologique et politique ". Selon lui, la " crise " qui affecte les pays socialistes donne aux communistes français l'occasion de développer leur propre projet de socialisme. Mr Fiterman invite ses camarades à réfléchir au problème de la propriété sociale, à celui de la nationalisation et de la " mixité des formes économiques ", à celui de la croissance, à celui de l'environnement et aux " enjeux de la coopération internationale, spécialement européenne ".
L'ancien ministre se réfère au compte rendu de la rencontre Gorbatchev-Marchais, publié par l'agence soviétique Tass, pour souligner le caractère déterminant, à l'époque actuelle, des " valeurs universelles " que sont la paix, le désarmement, le développement et les libertés. Il observe que le PCF a acquis une influence dans la société française, au cours de son histoire, lorsqu'il a su " prendre en charge les intérêts généraux de la nation ". Il en conclut que les communistes doivent aujourd'hui s'employer à exprimer " non seulement les intérêts de telle ou telle catégorie sociale, mais aussi les intérêts généraux de la société ".
C'est pourquoi le PCF, de l'avis de Mr Fiterman, doit se garder de " la tendance à jouer les " Monsieur Plus " et à se distinguer " à tout prix des autres ". Le parti doit refuser " les polémiques subalternes " et rechercher des " dynamiques de progrès et de rassemblement ".
Mr Fiterman aborde ensuite la question des alliances, en affirmant que le PCF ne doit " évidemment pas " renoncer à "l'union de la gauche, dont les racines plongent loin dans l'histoire de la France ", même si elle est " affectée aujourd'hui d'un rude problème de crédibilité ".
Avant de s'envoler, samedi 14 octobre, pour l'ile Maurice, dernière étape de son voyage, le pape s'en est pris au contrôle des naissances en Indonésie, un pays à la pointe de la politique de limitation de la natalité dans le tiers-monde.
Vendredi, à Djakarta, dans un discours à l'issue d'une visite de cinq jours dans le premier pays musulman du monde, Jean-Paul II a déclaré à l'adresse des évêques catholiques : " Vous vous rendez compte parfois avec douleur que certaines pratiques traditionnelles et d'autres influences sociales contemporaines obscurcissent les principes fondamentaux de la vie familiale et d'une transmission responsable de la vie. "
De source autorisée, on a précisé que le pape a fait ainsi référence à la régulation des naissances, ainsi qu'à la polygamie et à la place inférieure souvent réservée aux femmes dans le pays. Le pape a aussi fait allusion à l'encouragement à l'émigration sur l'ile surpeuplée de Java ou sur d'autres iles de l'archipel.
Plus tôt dans la journée, le pape s'était rendu à Médan, la principale ville de Sumatra. Une chorale de six mille personnes, dont la moitié de protestants, ainsi que des danses bataks influencées par les civilisations indiennes ont animé une messe célébrée devant cent mille personnes.
Une rencontre entre le président Hosni Moubarak et le colonel Mouamar Kadhafi doit avoir lieu dans les prochains jours, a-t-on annoncé de source proche de la présidence au Caire.
C'est à Marsa-Matrouh, ville égyptienne, proche de la frontière libyenne, qu'est prévue la rencontre qui devrait, en principe durer un jour. Une délégation libyenne de haut niveau est arrivée, vendredi 13 octobre, à Marsa-Matrouh en vue de préparer la visite du chef de la révolution libyenne, qui ne s'était pas rendu en Egypte depuis seize ans. Le sommet de Matrouh constituera l'aboutissement d'une année de progrès dans les rapports entre les deux pays, qui avaient rompu leurs relations en décembre 1977 à la suite du voyage du président Sadate à Jérusalem.
On est loin de juillet 1977, quand l'armée égyptienne lançait un " raid punitif " contre la Libye à la suite d'une série d'attentats à la bombe au Caire, à Alexandrie et à Marsa-Matrouh. On est loin aussi de l'été 1984, quand l'Egypte avait accusé la Libye d'être responsable du minage du golfe de Suez et de la mer Rouge ou du détournement sanglant d'un Boeing d'Egyptair sur La Valette.
Le premier signe sérieux d'amélioration des relations entre l'Egypte et la Libye date d'octobre 1988, quand Le Caire décida de mettre fin aux campagnes anti-libyennes dans ses médias. Quelques mois auparavant, l'opposition libyenne en exil s'était vue privée des quelques heures d'antenne que lui accordait la radio égyptienne. Fin 1988, une nouvelle étape était franchie avec l'ouverture de l'espace aérien égyptien aux avions libyens et vice-versa.
Avec l'accolade Moubarak-Kadhafi à l'ouverture du sommet arabe de Casablanca, en mai, les relations entre les deux pays marquaient un net progrès. C'était une occasion pour les deux hommes de faire réellement connaissance. " Le climat s'est amélioré plus que prévu ", avait déclaré, à son retour au Caire, le président Moubarak. Quelques jours plus tard, la frontière égypto-libyenne était ouverte, et, le 4 juin, atterrissait à Tripoli le premier vol d'Egyptair depuis onze ans. Parmi les quarante passagers qui se trouvaient à bord, on remarquait notamment la présence de Mr Gamal Hosni Moubarak, fils du rais. Le lendemain, les deux pays parvenaient à un accord sur l'indemnisation des milliers de travailleurs égyptiens expulsés de Libye durant l'été 1985. Les progrès entre les deux pays étaient tellement rapides que de nombreux observateurs donnaient pour imminente la reprise des relations diplomatiques. C'était méconnaitre l'extrême prudence du président Moubarak et l'existence d'importants différends, dont le moindre n'est pas le traité de paix égypto-israélien, toujours voué aux gémonies par le colonel Kadhafi.
Mais cela n'a pas empêché cent mille travailleurs égyptiens de foncer vers la Libye et autant de Libyens de prendre auto, avion ou bateau pour l'Egypte.
Alors que le parquet d'Evry a ordonné un supplément d'enquête sur des sévices dont auraient été victimes plusieurs enfants d'une colonie de vacances de Vigneux (Essonne) ( le Monde du 14 octobre), une réunion des parents concernés - onze familles ont déjà déposé plainte - doit avoir lieu le mardi 17 octobre. Elle est organisée par les autorités municipales de Vigneux. De son côté, le secrétariat d'Etat à la jeunesse et aux sports a déclaré vendredi " suivre attentivement " cette affaire. Il précise que la direction départementale de la jeunesse et des sports de l'Essonne, alertée par les parents et le maire de Vigneux, a instruit, le 27 septembre, un dossier concernant le fonctionnement de la colonie installée à Habère-Poche en Haute-Savoie.
" Mon papa, il fabrique des tanks ". Séverine, huit ans, se souviendra de ces quelques mots prononcés innocemment devant un des moniteurs de la colonie où elle passait le mois d'août, à Habère-Poche (Haute-Savoie), avec ses amis et son jeune frère, venus comme elle de Vigneux-sur-Seine, dans la banlieue parisienne. La phrase de la fillette n'a pas plu aux moniteurs. Ils l'ont traitée de menteuse et ne se sont pas arrêtés là. Pour punir Séverine, ils l'ont déshabillée devant tout le monde. Puis, avec un feutre, ils ont écrit : " Je suis une menteuse " sur son torse, et ont dessiné une cible sur ses fesses. Autour de la petite, prise d'un fou rire nerveux, les autres enfants devaient " faire les Indiens et lui lancer des plumes ".
La semaine dernière, les parents de Séverine ont porté plainte pour " sévices graves ". Ils ne sont pas les seuls. Dix-sept enfants racontent des histoires comparables sur la " colo ". Tous évoquent les mêmes vexations, les mêmes humiliations de la part des adultes. Et la même peur des punitions. Anne-Sophie, huit ans, a été soumise à une sorte de " parcours du combattant " : monter et descendre une colline jusqu'à épuisement. " Elle a eu un malaise, raconte son père, et personne n'a appelé le medecin. On ne nous a pas prévenus non plus, alors que, d'habitude, le moindre coup de soleil est signalé. " Quand elle est rentrée, Anne-Sophie était " bizarre ". Pendant trois semaines, elle n'a rien osé avouer à ses parents. Et c'est par une voisine que ceux-ci ont fini par avoir connaissance de l'affaire d'Habère-Poche.
Car d'autres enfants ont parlé, eux, dès leur retour. " Quand Cédric est rentré de vacances, il pleurait tellement qu'il ne pouvait plus parler ; c'est sa sÓur qui m'a tout raconté, lui n'en parle toujours pas. Il est coincé, bloqué. C'était sa première colonie ; maintenant, c'est fini. " Mais les " grands " - entre dix et douze ans - ont tout vu et racontent. La liste des " punitions " laisse pantois. Le " yoyo " consistait à balancer un enfant accroché à une corde du haut d'un balcon. Le soir, le courrier aurait été épluché et certaines lettres déchirées. Les enfants, constamment surveillés, n'ont pas eu le droit de téléphoner chez eux.
Virginie, douze ans et demi, est rentrée, elle, avec une marque sur le cou : un suçon que lui aurait fait le directeur, affirme-t-elle. Elle se plaint aussi de harcèlements et d'incitations nocturnes équivoques.
A Vigneux, " la colo d'Habère-Poche " a pourtant bonne réputation. Eté comme hiver, on y passe ses vacances de père en fils depuis plus de vingt ans. Alors ? La mairie, qui estime avoir " très bien préparé " la session du mois d'août, est dans l'embarras. Après avoir crié à la manipulation politique de l'affaire, le maire (PC), Mr Lucien Lagrange, adopte un profil bas. Les animateurs ont été triés sur le volet, affirment les services municipaux. Le responsable de la colonie, Mr Bouanem Haddad, est un vacataire employé par la mairie. Bien connu à Vigneux, où il a déjà souvent travaillé comme simple moniteur (il est titulaire du brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur de centre de vacances et de loisirs), il a obtenu cette année la dérogation nécessaire pour gérer le centre de vacances pendant un mois.
Alertée dès le 28 août, la mairie a convoqué le directeur et les huit moniteurs. Ceux-ci ont commencé par nier en bloc. Plus tard, certains ont finalement reconnu les brimades et les séances de déshabillage. Les services municipaux n'ont pas cru nécessaire, dans un premier temps, d'engager des poursuites, ni de convoquer l'ensemble des parents.
" Le maire nous a dit d'attendre et de ne rien dire, qu'il s'occupait de l'enquête. On lui a donné un mois, ça suffit ", résume une mère en colère. C'est cette lenteur que les familles, relayées par un conseiller municipal d'opposition, Mr Patrick Peschar (divers droite), reprochent au maire. Onze couples de parents ont déjà déposé une plainte auprès du parquet d'Evry.
Le procureur a demandé un supplément d'enquête. Les enfants seront entendus. La petite Séverine pourra peut-être expliquer que son père fabrique vraiment des chars. Il travaille dans l'armement chez Panhard.
Le corps du général Jean Favreau, soixante-douze ans, ancien gouverneur militaire de Paris, a été retrouvé, vendredi soir 13 octobre, dans la Dordogne, à Izon (Gironde). Le général, cadre de réserve, avait disparu depuis le samedi 7 octobre, entre la gare de Libourne et sa résidence de Saint-Denis-de-Pile (Gironde).
C'est un pêcheur, Mr Michel Billac, qui a découvert le corps vendredi vers 18 heures. Alors que, pour vérifier son ponton sur la Dordogne et son embarcation, il venait de soulever la trappe de visite entre deux flotteurs, il a aperçu une main. Les gendarmes et les pompiers alertés par Mr Billac ont travaillé près de deux heures pour dégager le corps et le ramener à terre, où sa famille, arrivée sur les lieux, l'a identifié. Il a ensuite été transporté à l'institut médico-légal pour y être autopsié.
Il s'agit de savoir maintenant si le général est mort par noyade et s'il a été mortellement blessé avant d'être jeté dans la Dordogne. Les premiers examens sommaires ne semblent pas avoir permis de savoir si le corps portait des traces de blessures par une arme quelconque. En revanche, les enquêteurs ont constaté que le général avait les mains liées sur le ventre.
Le général Favreau avait accompagné son épouse, samedi matin, en gare de Libourne, à une dizaine de kilomètres de sa résidence pour le train de 6 h 32 : Mme Favreau devait se rendre à Montélimar pour un congrès. Le général ne portait qu'une chemise et un pantalon léger. Il n'avait pris sur lui qu'une petite somme d'argent. Mais il n'est jamais revenu à Saint-Denis.
C'est son épouse qui, s'étonnant, dès samedi soir, de ne pouvoir le joindre par téléphone, avait averti son beau-frère, qui est son voisin. L'alerte avait alors été donnée, et les recherches de routine aussitôt entreprises. Celles-ci devaient se précipiter lorsqu'une patrouille de police de Bordeaux aperçut sur les quais, dans la nuit de mardi à mercredi, la voiture du général, une Mercedes 190 vert métallisé, immatriculée dans le Loiret. Les occupants de la voiture étaient en conversation avec des travestis. Mais, en apercevant la patrouille, le conducteur démarra en trombe et sema ses poursuivants en prenant des risques considérables.
Toutes les polices et brigades de gendarmerie se sont alors lancées à la recherche de cette voiture. Ce sont des ramasseurs de champignons qui devaient la retrouver, jeudi, incendiée, dans un chemin forestier, à une quinzaine de kilomètres de Libourne (le Monde du 14 octobre), découverte qui précédera celle du corps du général le lendemain.
La cour d'assises de Paris a condamné, vendredi 13 octobre, Edouard de Faucigny-Lucinge, vingt-trois ans, à huit ans de réclusion criminelle, pour vols avec arme et tentative d'homicides volontaires sur deux gardiens de la paix, place du Panthéon à Paris, le 9 mars 1987. Ses deux amis et complices, Laurent Communier, vingt-deux ans, et Philippe Lachavanne, vingt-deux ans également, ont été respectivement condamnés à sept ans et à six ans de réclusion. Eric Rodriguez a été condamné à deux ans d'emprisonnement avec sursis et sa sÓur Christèle à deux ans d'emprisonnement dont quinze mois avec sursis.
Les cinq jeunes gens comparaissaient devant la cour d'assises depuis le 9 octobre (le Monde du 11 octobre). Edouard de Faucigny-Lucinge, fils du prince Louis de Faucigny-Lucinge, était seul accusé des tentatives de meurtre sur les deux policiers. Avec Communier et Lachavanne, il était accusé de vols avec arme commis chez des bijoutiers d'Arpajon et dans une armurerie parisienne.
LE Tonkin, l'Annam, la Cochinchine, ces noms de pays lointains et anciens ne laisseraient-ils dans nos mémoires défaillantes, à l'instar de ceux des comptoirs français de l'Inde, qu'un vague parfum d'exotisme ? Celui-là même que l'on va chercher, aujourd'hui, en Thailande, ou, à défaut, dans les petits restaurants chinois qui, comme les charters, pullulent.
L'actualité, jusqu'à ces dernières semaines, a rendu compte de certains de ces changements qui montrent que les choses bougent au Vietnam. Cela justifierait, s'il n'y avait pas d'autres raisons, un regain d'intérêt du public français pour cette région du monde. S'il rassemble des textes délibérément courts, l'ouvrage sur le Vietnam n'en est pas moins dense. Les études sur la géographie, l'histoire, la culture, l'économie, la vie sociale, le régime politique, sont complétées par des informations pratiques qui font de cette ébauche d'encyclopédie un guide de voyage.
L'approche générale de ces spécialistes est marquée par l'intérêt et la sympathie qu'ils éprouvent pour ce pays, ce qui ne les empêche pas d'avoir des différences d'interprétation et de jugement. Les échecs du régime dans les domaines économique et social, les blocages du système politique, ne sont pas cachés et s'illustrent même dans les données statistiques, en particulier celle des réfugiés.
L'UN des auteurs ayant participé à ce collectif, Charles Fourniau, a publié, de son côté, une étude sur les débuts de " l'intermède colonial en Indochine ". Sous le titre Annam-Tonkin 1885-1896. Lettrés et paysans vietnamiens face à la conquête coloniale, il raconte, à partir de sources françaises et vietnamiennes, cette période décisive qui a vu la présence française se transformer en véritable emprise coloniale. Le récit rappelle comment la " question tonkinoise " a pesé sur la vie politique de la IIIe République, avant d'empoisonner celle de la IVe. La conquête du pays s'est effectuée sans gloire, sinon sans horreur. Une horreur cachée, le plus souvent, à l'opinion française. A terme, l'entreprise n'a pas trouvé sa justification économique et sociale. Charles Fourniau observe que l'exploitation coloniale, si dure pour les autochtones, a été infructueuse pour la métropole et qu'elle n'a pas davantage servi le Vietnam, qui, en 1945, restait un pays très sous-développé.
L'originalité de ce travail est de révéler le rôle du mouvement " national et paysan dirigé par les lettrés " qui a mené la lutte armée contre la domination française pendant la période considérée. Il avait à sa tête, souligne l'auteur, " une élite culturelle nourrie, dans la préparation des concours, des textes confucéens ", que la culture française - si l'on peut parler de culture à ce niveau - a tenue dans le mépris. L'auteur refait vivre ces lettrés résistants et ces paysans qui tentaient de maintenir ou de reconstituer le Viet-nam traditionnel. Leur limite était, sans doute, dans cette dimension, " réactionnaire " au sens propre. Ils n'ont pas réussi mais, écrit Charles Fourniau, ils ont constitué " la phase initiale du mouvement national vietnamien à l'époque moderne et contemporaine ". La postérité leur devait bien cet hommage, et il n'est pas indifférent qu'il soit étayé par les travaux d'un historien français.
Depuis le retrait officiel, le 26 septembre, des troupes vietnamiennes du Cambodge,la résistance a marqué des points dans la région frontalière de la Thailande.
Sisophon, chef-lieu de la province de Banteay Meanchey, semble particulièrement menacé, a rapporté, mercredi 11 octobre, l'envoyé spécial de l'AFP. La guérilla exerce également une forte pression dans la région de Pailin, dont les mines de pierres précieuses ont été fermées.
La guérilla est donc passée à l'offensive, comme prévu, dans la foulée du retrait vietnamien. Elle l'a fait surtout entre la frontière thailandaise et Sisophon, prenant plusieurs positions tenues par les troupes de Phnom-Penh. Trois bourgs au moins ont changé de mains. Un QG de régiment et une base d'artillerie, tous deux proches de la frontière thailandaise, sont tombés. Les assaillants auraient été stoppés à 12 km à l'ouest et 7 km au nord de Sisophon.
Cette ville, dont les trente mille habitants s'attendent à de nouvelles attaques, est située à 45 km de la frontière thailandaise. C'est le principal nÓud routier entre la Thailande et le Cambodge et, surtout, les deux villes du nord-ouest cambodgien, Battambang et Siem-Reap. Sisophon, rapporte l'AFP, " prend de plus en plus des allures de ville en état de siège " même quand la population " estime que l'armée de Phnom-Penh est capable de la défendre contre toute attaque ". Des experts vietnamiens jugent, de leur côté, que Sisophon est le chef-lieu de province le plus vulnérable. Ils pensent, toutefois, qu'en cas de prise la guérilla ne pourrait tenir la ville que " pendant trois ou quatre jours ".
La véritable surprise est venue des auteurs de ces attaques puisque les troupes du FNLPK - le Front de Mr Son Sann, qu'on disait moribond - semblent avoir joué un rôle plus important que celles de l'ANS (Armée nationale sihanoukiste). La plus forte des guérillas - celle des Khmers rouges - est demeurée en deuxième ligne, se livrant avant tout à un travail de sape, beaucoup plus discret, notamment dans la région de Pailin. On s'y attendait : pour des raisons politiques et diplomatiques, les Khmers rouges ne se montrent pas encore en dépit du fait qu'ils ont reçu d'importantes livraisons d'armes chinoises ces derniers mois.
Les troupes du FNLPK - celles des généraux Sok Suksakan et Dien Del - et, à un moindre degré, l'ANS du prince Ranariddh - le fils de Norodom Sihanouk - ont donc remporté un succès, en particulier sur le plan psychologique. En compagnie des Khmers rouges, elles occupent désormais une bande de territoire le long de la frontière thailandaise. C'est une première victoire depuis les graves revers de 1984-1985, quand l'armée vietnamienne avait balayé tous les camps de la résistance situés en territoire cambodgien.
Mais cette percée est loin d'être décisive. Jusqu'à nouvel ordre, Pailin et Sisophon demeurent entre les mains des forces de Phnom-Penh. Ni Battambang ni Siem-Reap - à proximité des temples d'Angkor - ne semblent, à ce jour, directement menacés. La guérilla entend renforcer ses positions sur le terrain pour créer un nouveau rapport de forces et contraindre ainsi Phnom-Penh à la négociation. Un premier pas dans ce sens a été fait. Il est encore trop tôt, cependant, pour parler d'un véritable test des forces de Phnom-Penh. Les combats restent cantonnés à proximité de la frontière thailandaise, laquelle abrite les principaux camps de la résistance.
" Le ministre de l'aménagement du territoire que vous êtes n'aurait-il pas dû être placé au cÓur du dispositif gouvernemental sur la réorganisation de l'Ile-de-France ?
- Le premier ministre a décidé de suivre directement le " grand chantier " de l'Ile-de-France. Cette implication personnelle et forte de Mr Rocard est à la mesure de la tâche à accomplir. En tant que ministre chargé de l'aménagement du territoire, associé étroitement aux réflexions et à la préparation des décisions, mes préoccupations sont principalement de deux ordres.
" J'ai le souci que les réflexions en cours soient mises en perspective dans le temps et dans l'espace. Nous devons avoir bien en tête que nous travaillons pour les vingt-cinq ou trente prochaines années et qu'il faut donc nous déterminer plus par rapport à cet avenir que par rapport au passé. Nous vivons depuis trente ans sur la base d'un système d'aménagement et de développement établi dans les années 60. Il a produit des effets très positifs ; mais le contexte a changé, et il a vécu. Il ne faut donc pas essayer de le prolonger sans reprendre les choses à la racine - pour établir les bases de l'aménagement de la région Ile-de-France en 2015 ou 2020.
" C'est un problème d'aménagement du territoire autant qu'un problème d'urbanisme. Le schéma directeur d'Ile-de-France a d'ailleurs le statut de loi d'aménagement du territoire et n'est donc pas seulement un document d'urbanisme. Les choix ne seront donc pas seulement des solutions d'urbanisme mais prendront également en compte des aspects liés à la démographie, au développement économique et à l'espace. C'est ainsi qu'il faut poser le problème de la reconquête du centre de l'agglomération, de la consolidation des villes nouvelles et de l'émergence de nouveaux pôles de développement. Mr Biasini, le secrétaire d'Etat aux grands travaux, qui est un homme très averti sur ces questions, et moi-même, sommes pleinement en phase sur ces démarches complémentaires. Cette approche est d'autant plus importante que l'avenir de la région Ile-de-France suppose la prise en considération d'un espace qui va au-delà des frontières de la région.
- Vous voulez dire qu'il faut raisonner en termes de " Bassin parisien " et porter le regard vers Le Mans, Orléans ou Reims ?
- Souvenez-vous que Paul Delouvrier avait déjà perçu la réalité du grand Bassin parisien mais, à l'époque, les moyens de communication n'étaient pas suffisants pour donner à cette réalité " en creux ", dans l'ombre de la région parisienne, une véritable dynamique. Les conditions ont changé, le développement en cours ou à venir du réseau de communication, routes, TGV, télécommunications, bouleverse profondément les données économiques pour des villes situées très grossièrement dans un cercle de 200 kilomètres autour de Paris, sous forte influence de l'agglomération parisienne.
" Ce bassin d'habitat et d'emploi en voie de création concerne en partie ou en totalité au moins six ou sept autres régions hors de l'Ile-de-France : Picardie, Haute et Basse- Normandie, Champagne- Ardenne, Bourgogne, Centre, Pays de la Loire, mais aussi, Nord-Pas-de-Calais, soit plus de 18 millions d'habitants. On pense, comme élément de comparaison, au grand Sud-Est britannique autour de Londres (20 millions d'habitants).
" Dans dix ans, un réseau autoroutier ceinturera le grand bassin : avec à l'est, l'autoroute A26 reliant le Nord et le Benelux au sillon rhodanien en passant par Reims et Troyes ; au nord, l'autoroute A29 de la Basse-Seine à Saint-Quentin ; au sud, l'autoroute A5 Paris-Troyes, qui se raccordera à la liaison Orléans-Tours ; à l'ouest la grande liaison Rouen-Alençon Le Mans-Tours. On pourra ainsi parler d'une grande rocade à 150-200 kilomètres de Paris.
" Le TGV mettra peu à peu les principales villes à moins d'une heure de Paris (Le Mans - Tours - Dijon et demain Lille, Reims)...
" Dans ce contexte, les problèmes propres à la région Ile-de-France prennent une autre dimension. Je pense, par exemple, que les réponses à la croissance des effectifs universitaires de la région Ile-de-France devraient en partie être recherchées dans ce cadre élargi.
- Vous risquez d'alimenter le débat " trop de régions... des régions de taille insuffisante "...
- Ce n'est pas l'objet aujourd'hui. La prise en compte de cette réalité ne doit pas nous conduire à penser l'avenir d'une monstrueuse " méga-cité " à l'échelle d'une énorme région, mais à bien positionner les problèmes directs de l'Ile-de-France dans le cadre d'une politique globale de la charpente urbaine nationale et européenne. C'est, à mon avis,l'un des éléments pour sortir de l'opposition dépassée entre " Paris et le désert français " et contourner notre carence historique en villes de taille intermédiaire, les fameuses villes " millionnaires ". Les études que la DATAR a présentées cette année sur les villes européennes ont relevé les forces et les faiblesses de notre armature urbaine. Parmi ces forces, le fait de disposer avec Paris d'une agglomération de rang mondial est un atout indéniable. Parmi nos faiblesses, l'aménagement encore trop lent d'un ensemble de villes à vocation internationale, comme peuvent l'être Milan, Barcelone, Munich ou Rotterdam. Seule Lyon aujourd'hui affirme sa présence dans cette classe d'eurocités. C'est là un élément de déséquilibre qu'il nous faut peu à peu corriger en poursuivant notamment une politique vigoureuse d'orientation et d'aides à la localisation.
- Ne faut-il pas que les ministères soient moins concentrés à Paris ?
- Bien sûr, l'Etat doit donner l'exemple. Je ferai d'ici à la fin de cette année une communication au conseil des ministres où sera présenté un ensemble de mesures visant à relancer la décentralisation administrative. J'ai, bien sûr, conscience de la difficulté du sujet... Il faut imaginer les mesures financières et sociales qui feront de ces opérations un succès pour les fonctionnaires eux-mêmes, dans leur vie professionnelle et familiale. "
Le cardinal Lustiger, archevêque de Paris, doit recevoir, jeudi 19 octobre, Cheikh Tedjini Haddam, nouveau recteur de la Mosquée de Paris, en fonctions depuis le mois de juin. " Sur des bases sérieuses et lucides, un dialogue entre l'Eglise catholique et les musulmans de France peut avoir des conséquences capitales ", nous a déclaré Mgr Lustiger.
Par ailleurs, une table ronde réunissant, jeudi 12 octobre, à Paris, quatre-vingts personnalités françaises et étrangères représentant les diverses Eglises chrétiennes et des dignitaires musulmans a décidé l'organisation d'un colloque international islamo-chrétien à Strasbourg, en décembre 1990 (1).
Avec des fortunes diverses, de telles rencontres ont déjà eu lieu dans le passé à Tripoli (Libye), Genève, Tunis, Cordoue, Amman, etc. Cette fois, l'initiative ne vient pas d'organismes officiellement habilités pour ce dialogue, mais d'une association animée par Mr Fernand Rouillon, ancien ambassadeur en Syrie et en Turquie, le Dr Adel Amer, ancien directeur égyptien de la Ligue arabe, et le Père Michel Lelong, ancien responsable du Secrétariat catholique pour les relations avec l'islam (2).
Une volonté commune a été exprimée d'obtenir au colloque islamo-chrétien de Strasbourg la participation officielle du Vatican, du Conseil Ócuménique des Eglises de Genève, de la Ligue islamique mondiale (La Mecque), de la Conférence islamique (Djeddah), d'organisations gouvernementales et internationales. L'UNESCO s'est déjà engagée à soutenir ce colloque, ainsi que le ministère français chargé de la francophonie. Mais le souci a été également manifesté d'inviter à Strasbourg des intellectuels de chaque religion, des fidèles ou des militants participant déjà à des expériences concrètes de collaboration entre musulmans et chrétiens et, surtout, des observateurs d'autres familles spirituelles, croyants et non croyants.
Le programme n'est pas encore fixé, mais le colloque islamo-chrétien de Strasbourg devrait sans doute aborder les questions touchant aux " réveils religieux ", aux rapports entre l'Etat et la religion et aux actions de solidarité internationale que peuvent promouvoir les diverses religions.
Alors que l'enquête sur la salmonellose responsable du décès de sept patients de l'hôpital Charles-Richet de Villiers-le-Bel (Val-d'Oise) semble s'orienter vers une négligence individuelle, (le Monde du 7 octobre), on apprend qu'un rapport confidentiel mettait en cause, voici plus d'un an, certaines normes sanitaires de l'hôpital. En outre, deux semaines après les faits, des incertitudes persistent quant au nombre exact de décès imputables à l'intoxication.
" L'épidémie peut être considérée comme stoppée,annonçait, le 10 octobre, l'Assistance publique, dans un communiqué. L'analyse des techniques de fabrication fait apparaitre que les denrées ont été manipulées après cuisson et c'est lors de cette étape que la contamination a pu avoir lieu. " Selon ce communiqué, une responsabilité individuelle, négligence ou hygiène défectueuse, serait donc à l'origine de l'intoxication de cent soixante-sept pensionnaires de l'hôpital Charles-Richet et de la mort de sept d'entre eux.
L'enquête n'est pas close pour autant. Les examens biologiques ont en effet été réalisés sur des plateaux-tests systématiquement conservés à cet effet, qui ne comportent cependant pas la totalité des plats servis et notamment les desserts. Au cas où ces derniers auraient également été contaminés, on voit mal comment l'hypothèse d'une telle faute isolée pourrait encore être retenue.
De plus les services vétérinaires de la préfecture de Cergy-Pontoise font état d'une visite de routine à l'hôpital Charles-Richet en janvier 1988 : certains équipements sanitaires étaient alors jugés inadaptés ou insuffisants, tels les systèmes de lave-main à pédale, destinés à éviter la dissémination des infections intestinales. Vingt mois plus tard, tous les aménagements recommandés par la préfecture ne semblent pas avoir été mis en place.
Enfin, combien de patients gravement intoxiqués ont-ils été transférés dans des hôpitaux voisins ? Alors que l'Assistance publique précise que trois personnes ont été transportées à l'hôpital de Gonesse (Val-d'Oise), dès le début de l'intoxication, d'autres sources laissent entendre que quatre patients au moins - dont les noms n'ont pas été communiqués - ont été admis dans les services de réanimation de l'hôpital Bichat (Paris) et de l'hôpital de Gonesse. On ignore aujourd'hui l'état de ces patients.
Pour plus de précisions, on attendra donc les conclusions de l'information ouverte " pour recherche des causes de la mort ", qui devrait se prononcer sur une éventuelle responsabilité de l'hôpital Charles-Richet.
Depuis vingt-deux ans, Alain Bashung dessine un parcours en zigzag jalonné de calembours, de rêves éveillés et d'élégance discrète. Associé avec le parolier Boris Bergman, il a ainsi rencontré le grand public au début des années 80 avec des tubes comme Gaby, Vertige de l'amour, Ça cache quekchose, qui popularisaient un blues rapeux, un cocktail surprenant de funk et de rockabilly, une voix rocailleuse, noyée et terriblement hargneuse à la fois.
Depuis, Alain Bashung a continué sa drôle de route, refusant d'exploiter une variation d'un succès, menant son jeu en toute innocence, avec la chance de pouvoir enregistrer des albums dont les budgets ne correspondent pas vraiment à son potentiel commercial (soixante mille exemplaires en moyenne vendus aujourd'hui).
Au printemps dernier, Bashung publiait un album (Novice) qui tournait le dos à l'exercice de style du précédent disque (Passé le Rio Grande). Ce sont les chansons de ce dernier album qu'Alain Bashung, pour son nouveau spectacle à la Cigale, a voulu croiser avec les titres de Play Blessures, le disque de la brisure, réalisé il y a sept ans en collaboration avec Serge Gainsbourg. Cette rencontre, le chanteur l'anime habillé de cuir comme les rock-héros de son adolescence. Sans lunettes noires ni abus de lumières. La prédominance du synthétiseur et une médiocre sonorisation empêchent pourtant le spectacle de prendre son envol en première partie.
Le cinéaste Claude Autant-Lara, ancien député européen du Front national, a été inculpé, vendredi 13 octobre, par un magistrat de Grasse (il réside à Biot, dans les Alpes-Maritimes), d'incitation à la haine raciale, diffamation à caractère racial et complicité d'injures raciales dans le cadre d'une information judiciaire ouverte le 9 septembre à Paris et confiée à Mr Jacques Clavière-Schiele.
Cette information avait été ouverte à la suite de la publication dans le magazine Globe de déclarations d'une rare virulence. Mr Autant-Lara, interrogé sur la déportation en camp de concentration de Mme Simone Veil, avait réagi en ces termes : " Oh ! Elle joue de la mandoline avec ça. Mais elle en est revenue, hein ? Et elle se porte bien... Bon, alors quand on me parle de génocide, je dis : en tout cas, ils ont raté la mère Veil ! "
Ces propos avaient provoqué une vive émotion et une unanime réprobation. Mr Autant-Lara, qui a démissionné de son mandat de parlementaire européen, avait été, à la fin du mois de septembre déclaré, " persona non grata ", - ce qui équivalait à une exclusion - par l'Académie des beaux-arts dont il était vice-président.
Manifestation exemplaire, le Forum du quatuor à cordes, imaginé par Georges Zeisel et réalisé par l'association Pro Quartet, réunit cette année, au Théâtre des Champs-Elysées, les meilleurs des jeunes quatuors français (Rosamonde, Ravel, Ludwig, Manfred, Parisii, Arpeggione), à la fois pour les présenter au public parisien et pour leur faire travailler Beethoven, et l'école viennoise avec trois maitres : Eugen Lehner, du fameux Quatuor Kolisch, créateur des troisième et quatrième quatuors de Schönberg ; Walter Levin, du Quatuor Lasalle, et Hatto Beyerle, l'un des fondateurs du Quatuor AlbanBerg.
Au-dessus de cette pépinière de talents plane le prodigieux Quatuor Borodine fondé en 1945 par un grand collègue de Rostropovitch, Valentin Berlinski, dans un double cycle Beethoven-Chostakovitch.
Une présence impressionnante émergeait du silence, le 12 octobre, dès l'introduction lente du neuvième quatuor de Beethoven, un monde de sentiments et d'expériences fondus dans cette sonorité claire et mystérieuse. Derrière la berceuse de l'andante si pudique, les pizzicati de Berlinski semblaient les traces poignantes de quelque drame, d'une solitude qu'on va retrouver à chaque pas dans la musique de chambre de Chostakovitch, tandis que l'immense fugato du final rayonnait comme un rêve fou de lumière, de liberté, transfiguré par la finesse d'exécution de ses instrumentistes qui ont hérité la double tradition slave et d'Europe centrale (1).
Beethoven était le grand exemple de Chostakovitch, mais celui-ci n'a jamais atteint à cette transfiguration de la réalité qui faisait la force de son ainé, cette " victoire sur le destin ". Mais ses quinze quatuors n'en ont pas moins une extraordinaire densité humaine, tel le troisième, de 1946, qu'il résumait en ces termes avec un optimisme un peu forcé : " La vie est belle. Tout ce qui est sombre et ignominieux disparaitra, tout ce qui est beau finira par triompher. "
L'allégro initial veut en effet avoir l'air gai avec son thème dansant et populaire, mais, très vite, il chancelle, s'assombrit, reprend vie et retombe encore. Le deuxième mouvement semble broyé par une sorte de machine infernale d'où sort une mélodie triste, bouleversante du premier violon, avant un trio sinistre comme les bords glacés de la Neva. Après une danse fantastique qui tourne au cauchemar, l'adagio est une admirable passacaille, solennelle, comme religieuse, une déploration de la guerre sans doute, qui ouvre sur un final très complexe où l'on dirait que l'homme blessé se reprend à vivre mais reste au bord de la joie promise sans y croire.
Sont promus : général de division aérienne, le général de brigade aérienne Jacques Flori ; général de brigade aérienne, le colonel Philippe Saint-Loubert-Bie ; commissaire général de brigade aérienne, le commissaire colonel Jacques Guillerm, nommé adjoint au directeur central du commissariat de l'air.
Sont nommés : commandant la défense aérienne et commandant " air " des forces de défense aérienne, le général de division aérienne Bernard Norlain ; chef de la mission militaire française auprès des forces aériennes alliées Centre-Europe, le général de brigade aérienne Claude Solanet ; chef de cabinet du chef d'état-major des armées, le général de brigade aérienne Jean-François Pidancet.
Armement.
Sont promus : ingénieur général de première classe, les ingénieurs généraux de deuxième classe Jean-Benoit Ramé et Gilbert Doris ; ingénieur général de deuxième classe, les ingénieurs en chef Jean-Baptiste Dard, Francis Gillon, Maximin Lisbonis et Jean Le Gad (nommé directeur du centre d'électronique de l'armement).
Est nommé directeur régional " sud-est " du service de la surveillance industrielle de l'armement, l'ingénieur général de deuxième classe Henri Receveur.
Mr Dominique Le Vert, conseiller d'Etat, placé dans la position de détachement de longue durée, est réintégré dans ses fonctions et à son rang au Conseil d'Etat ; Mr Jean-Pierre de Longevialle, conseiller d'Etat, placé dans la position de disponibilité pour convenances personnelles, est réintégré dans ses fonctions au Conseil d'Etat ; Mr Jean-Pierre Aubert, conseiller d'Etat, est placé, sur sa demande, dans la position de disponibilité pour convenances personnelles ; Mr Michel Dupuch, conseiller d'Etat, est maintenu dans la position de détachement de longue durée, pour exercer les fonctions d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française près la République de Côte d'Ivoire ; Mr François Luchaire est nommé conseiller d'Etat en service extraordinaire.
Le conseil a, enfin, autorisé le premier ministre à engager la responsabilité du gouvernement (article 49, alinéa 3 de la Constitution) sur le vote de la première partie de la loi de finances.
Le pilote syrien qui a fait défection le 11 octobre et atterri en Israël a déclaré, vendredi 13 octobre, lors d'une conférence de presse organisée par l'armée israélienne, qu'il avait volé très bas et à très grande vitesse "vers l'inconnu", à la recherche de la liberté et d'un endroit où poser son appareil.
Le commandant Mohamed Bassem Adel a déclaré avoir fait défection pour des raisons personnelles et n'avoir eu aucun contact en Israël avant sa désertion de mercredi.
"J'ai décidé de franchir la frontière dans le silence électronique", a-t-il déclaré. "Personne ne m'attendait. C'était une mission difficile. Je ne savais pas où j'allais atterrir. Je ne savais pas si je trouverais un endroit pour atterrir. J'allais vers l'inconnu." Il a ajouté qu'il avait volé à très basse altitude ("moins de 50 mètres") et à très grande vitesse (entre 1 100 et 1 200 kilomètres/heure au- dessus du plateau du Golan en raison des très nombreuses batteries anti-aériennes.
Le pilote a ajouté que l'armée de l'air syrienne considère que l'aviation israélienne lui est supérieure. Il a refusé de répondre à toutes les questions les plus politiques. - (AP.).
L'inculpation de Mr Veniant intervient dix jours après celle de deux autres cheminots, à la suite de l'accident survenu le 27 juin 1988, gare de Lyon, qui avait fait 56 morts et 43 blessés.
Le recours croissant aux forces de l'ordre pour faire évacuer des locaux administratifs ne parait guère entamer la détermination des grèvistes des finances, qui se sont de nouveau mobilisés vendredi 13 octobre. Les agents des douanes, qui occupaient le MIN (marché d'intérêt national) de Rungis et les zones de fret de Roissy (Val-de-Marne), ont été expulsés sans incident alors que la police est également intervenue à la gare routière d'Hendaye et dans les services portuaires de Marseille.
A Paris, des manifestants se sont regroupés à proximité de l'Elysée - où un léger accrochage s'est produit - alors que des défilés ont eu lieu en province. La circulation a été bloquée au poste frontalier de Menton et sur le pont de l'Europe, à Strasbourg, où des chauffeurs de poids lourds mécontents de la grève du zèle des douaniers ont immobilisé leurs véhicules.
Pour sa part, le premier ministre, Mr Michel Rocard, a précisé vendredi, sur FR 3, que " le bureau du ministre des finances est toujours ouvert ". Faisant allusion au projet de révision de la grille salariale des fonctionnaires, il s'est demandé " si ce qui est bon pour l'ensemble de la fonction publique ne pourrait pas l'être aussi pour les agents des finances ".
Mr Jean-Marie Balestre a été réélu par acclamation, vendredi 13 octobre, à la présidence de la Fédération internationale de l'automobile (FIA) pour un mandat de quatre ans. Mr Balestre est également président de la Fédération internationale du sport automobile (FISA) et de la Fédération française du sport automobile (FFSA).
Le professeur Jean Dausset, prix Nobel de médecine : " Si les faits avancés sont confirmés, je suis absolument scandalisé. S'il y a un médecin coupable, je souhaite qu'il soit puni par la radiation à vie du conseil de l'ordre des médecins. Il y a certes des brebis galeuses chez les médecins, mais il y a aussi des malades qui vivent dans des pays où n'existent pas d'organisations du type France-Transplant. Ces malades n'ont pas d'autre solution pour survivre. Il faut que les organisations du type France-Transplant aident les pays en voie de développement à mettre en place des systèmes similaires au nôtre. "
Le docteur Louis René, président du conseil national de l'ordre des médecins : " J'avais informé, il y a quelques jours déjà, la direction générale de la santé du risque imminent d'une affaire de ce type en France. Une telle pratique est absolument contraire à la loi, qui stipule que les prélèvements d'organes ne peuvent donner lieu à aucune contrepartie pécuniaire. La loi ne prévoit toutefois pas les peines encourues. Pour identifier le ou les personnes impliquées dans cette affaire, il faudrait que le ministère de la justice décide de requérir les procureurs, afin de diligenter des enquêtes. La juridiction ordinaire prévoit, dans de tels cas, une gamme de sanctions allant jusqu'à la radiation à vie. Cela dit, il faut d'abord établir la matérialité des faits et laisser au(x) médecin(s) concerné(s) la possibilité de se défendre. L'établissement hospitalier concerné pourrait également faire l'objet de sanctions. "
Le ministre de la santé, a décidé, jeudi 12 octobre, de saisir le garde des sceaux pour lui demander d'engager des poursuites contre Mr Mirko Beljanski pour exercice illégal de la médecine et de la pharmacie. Mr Beljanski avait expliqué dans Paris-Match et sur TF 1 qu'il détenait un traitement efficace contre le sida mais que personne ne voulait le prendre en compte. Selon le ministère de la santé, l'analyse des vingt-sept patients traités plus de trois mois par le médicament fabriqué et prescrit par Mr Beljanski n'a pas montré d'efficacité. Pour leur part, les Verts dénoncent dans un communiqué la censure dont feraient l'objet les travaux de Mr Beljanski et réclament une expérimentation officielle de ses produits.
Cathy Arnaud a apporté une médaille d'or à la France en conservant son titre de championne du monde (catégorie des 56 kilos) face à la Britannique Ann Hughes, vendredi 13 octobre à Belgrade. Chez les hommes, en 71 kilos, le Japonais Toshihiko Koga s'est imoposé, alors que le champion olympique Marc Alexandre, pour sa dernière compétition, n'a pris que la cinquième place.
De l'opération chirurgicale en guise de préparation à une compétition sportive... Rarement Cathy Arnaud, pourtant invaincue depuis 1986 en championnats internationaux, n'avait semblé aussi rapide, aussi tonique, que lors de ces championnats du monde, qu'elle a remportés sans contestation possible, cinq semaines exactement après être passée sur une table d'opération.
L'Espagnole Miriam Blasco ne s'est pas encore remise du vol plané que lui a fait effectuer ce petit bout de Française à quarante secondes de l'issue d'une demi-finale où elle menait à la marque. La Britannique Ann Hughes, championne du monde des moins de 56 kilos en 1986, n'a rien pu faire en finale pour empêcher Cathy Arnaud de conserver le titre mondial acquis en 1987 et de réaliser un doublé que, seule jusque-là en France, Brigitte Deydier avait réussi.
Cinq semaines plus tôt, le 7 septembre, Cathy Arnaud, au lieu de poursuivre sa préparation avec ses camarades de l'équipe de France, se trouvait dans un hôpital parisien pour y subir l'ablation d'un kyste ovarien. Cette intervention ne rentrait évidemment pas dans les plans de la Girondine, mais un état de fatigue prolongé puis des douleurs abdominales ressenties lors des stages d'été de la sélection française avaient abouti à un diagnostic rendant l'opération indispensable et même urgente.
" Bien sûr, j'ai pensé que je ne pourrais pas participer aux championnats du monde, mais mes proches ont tout fait pour me pousser à y croire, affirme la double championne du monde. Maintenant, je ne suis pas loin de penser que cette coupure forcée m'a fait du bien. Car elle m'a empêchée de céder à mon défaut, qui est de m'entrainer trop et d'arriver aux compétitions déjà fatiguée."
"Cathy est une bosseuse, mais elle a tendance à en faire trop, pour se rassurer, confirme Guy Delvingt, l'entraineur de la Française. Et sans dire que cette opération a été totalement bénéfique, je crois qu'elle lui a permis d'être plus rapide, plus explosive que lors de ses précédents championnats."
Cathy Arnaud a été placée dans des conditions optimales de convalescence. Le médecin de l'équipe de France, Didier Rousseau, avait assisté à l'opération, réalisée par endoscopie (deux petites ouvertures seulement ont été pratiquées) afin que la cicatrisation ne concerne qu'une surface minimale et soit plus rapide.
" La période de cicatrisation a été ainsi ramenée à moins de trois semaines, explique le docteur Rousseau. Après cette période, Cathy a pu à nouveau effectuer un exercice physique en montant sur un vélo d'intérieur, afin d'éviter les risques de chute. On n'était alors qu'à un peu plus de deux semaines de la compétition. Elle a été confiée au kinésithérapeute de l'équipe, qui a travaillé avec elle pour qu'elle se refasse une sangle abdominale. Douze jours avant le championnat, elle a repris le judo, d'abord par des exercices sans confrontation, puis, lors de deux combats-tests contre des coéquipières, la semaine dernière seulement. "
" L'expérience était inédite et elle sera utile à l'avenir dans des cas similaires ", ajoute le médecin de l'équipe de France. Mais les cas similaires à celui de Cathy Arnaud ne sont pas si nombreux. Ses deux titres mondiaux et ses trois titres européens font d'elle, et de loin, la plus titrée des judokates françaises en activité.
Le ministre panaméen de la justice et du gouvernement, Mr Olmedo Miranda, a démissionné pour raisons de santé, vendredi 13 octobre, moins de six semaines après son entrée en fonctions. Pour prendre sa succession dans ce ministère qui doit jouer un rôle important dans la mise en application des " lois de guerre " décidées par le gouvernement, c'est Mr Renaldo Pereira, conseiller juridique du général Noriega, qui a été désigné et qui sera notamment chargé du contrôle de la presse et des associations politiques et professionnelles.
Cette nomination intervient au moment même où le président George Bush réaffirme que le général Noriega doit être traduit en justice aux Etats-Unis, pour trafic de drogue, excluant ainsi toute proposition de règlement de la crise supposant un abandon des poursuites. Le président du conseil espagnol, Mr Felipe Gonzalez, avait proposé jeudi, dans une interview au Washington Post, une solution prévoyant l'organisation d'une élection présidentielle et, en contrepartie, la possibilité pour le général Noriega de rester dans son pays.
Mr Claude Erignac, préfet hors cadre, directeur du cabinet du ministre de la coopération et du développement, est nommé préfet de Meurthe-et-Moselle en remplacement de Mr Désiré Carli, nommé préfet hors cadre.
Mr Pierre Steinmetz, préfet de la Haute-Marne, est nommé préfet hors cadre, mis à la disposition de Mr Jacques Pelletier, ministre de la coopération et du développement.
L'assemblée du contentieux du Conseil d'Etat a examiné, vendredi 13 octobre, les vingt-six requêtes auxquelles ont donné lieu les élections au Parlement européen du 18 juin dernier.
S'étaient donné rendez-vous - imaginairement et à leur insu - le président du Front national, Mr Jean-Marie Le Pen, la tête de la liste Chasse et Pêche, Mr André Goustat, à qui manquèrent 130000 suffrages pour créer l'énorme surprise de ce 18 juin-là, et des plaideurs aussi obscurs qu'impénitents qui tentent à tout hasard, de scrutin en scrutin, de trouver la faille qui obligerait à annuler les résultats et à pousser de nouveau vers les urnes la France entière. Les deux commissaires du gouvernement, Mme Anne-Marie Leroy et Mr Patrick Frydman, ont égrené avec patience les innombrables raisons de ne pas recourir à cette "bombe atomique".
Mais que de pépites, minuscules ou de taille, glanées dans leur exploration en tous sens du 18 juin et des opérations variées qui en constituèrent la préparation. Ainsi, Mr Antoine Waechter, tête de la liste des Verts Europe écologie, a commis ou laissé se commettre par une coquetterie intéressée une "irrégularité certaine", qui peut être regardée comme une "manÓuvre", a fait valoir Mme Leroy, en s'attribuant sur les bulletins de vote de sa liste un titre d'"ingénieur écologue" qui n'existe pas!
De même, le quatrième bureau de Vitry-sur-Seine, municipalité communiste du Val-de-Marne, par exemple, présente toutes les caractéristiques d'un cas d'école de fraude électorale : "climat de désordre et de pression s'exerçant sur certains délégués de liste", piles de cent bulletins aux résultats aberrants où le résultat de Mr Philippe Herzog (tête de la liste PC) grimpe à 80 %, tandis que le PS glisse vers le néant et que diverses listes ailleurs bien portantes y sombrent allègrement.
Mr Giscard d'Estaing, ancien chef de l'Etat et de ce fait membre de droit à vie du Conseil constitutionnel, se voit régulièrement contester le droit de faire de sa vie autre chose, au nom du respect des interdictions de cumuls liées à cet état. Il en avait été ainsi lorsqu'il était redevenu député du Puy-de-Dôme. Elu député européen, il subit le même assaut. Il y a certes là une "incompatibilité", mais qui ne saurait se traduire par une "inéligibilité", a conclu sur ce chapitre Mr Frydman : "L'incompatibilité en cause ne devrait dès lors se traduire (...) que par une simple impossibilité de siéger" au Conseil constitutionnel "durant toute la durée de son mandat au Parlement européen."
Mais ce vendredi 13 restera un jour de gloire pour les plaideurs aux réflexes compulsifs et les amateurs éclairés de droit. L'un d'eux, Mr Nicolo, a conduit le Conseil d'Etat à remettre en question, par la voix de Mr Frydman, une importante jurisprudence vieille de vingt ans et fortement battue en brèche. Le juge administratif ne peut faire prévaloir les traités internationaux sur des lois postérieures qui leur seraient contraires, soutient depuis 1968 le Conseil d'Etat.
Les juridictions judiciaires ont une attitude exactement contraire depuis un arrêt de la Cour de cassation de 1975. Dans ce débat qui tourne autour de l'interprétation - difficile - de l'article 55 de la Constitution, Mr Frydman a proposé au Conseil d'Etat " d'accepter de faire désormais prévaloir les traités sur les lois postérieures ".
Réponse à cette vraie question sera donnée le 27 octobre avec l'ensemble des décisions. Le délai de quinze jours pour régulariser en tant que de besoin les cas de cumuls de certains députés européens commencera alors à courir.
Les responsables de droite de la région Ile-de-France n'ont guère balancé pour savoir s'ils acceptaient ou rejetaient le plan Rocard. Dans un pays où l'opposition se doit de s'opposer, ils n'ont pas voulu faillir à la tradition. Le communiqué signé par le président du conseil régional, Mr Pierre-Charles Krieg (RPR), le maire de Paris, Mr Jacques Chirac, et les cinq autres présidents de conseil général (deux RPR dont Charles Pasqua et trois UDF), membres de l'opposition nationale, parait dénué d'ambiguité : " Le gouvernement remet en cause la décentralisation (...). Il n'est pas convenable de la part du gouvernement, qui est le principal responsable des décisions en matière de transport et en matière de logement social, de donner l'impression que des mesures de grande ampleur sont décidées alors même qu'il s'agit, soit d'opérations déjà anciennes, soit d'opérations dont il impose le financement aux collectivités locales (...). Il n'est pas tolérable que l'Etat diminue ses concours financiers aux collectivités locales, et dans le même temps, laisse planer la menace d'une importante fonction sur leurs ressources fiscales. "
A y regarder de près, toutefois, le rejet n'est pas aussi catégorique. Pas plus catégorique en tout cas qu'il ne l'est de la part de Mr Georges Valbon, président communiste du conseil général de Seine-Saint-Denis, qui, quelques heures avant le conseil des ministres, avait dénoncé " la convergence des projets gouvernementaux avec la politique menée par Mr Chirac ". Certes, Mr Pasqua, président du conseil général des Hauts-de-Seine, riche département de l'ouest parisien, invité à partager son "tas d'or", n'a pas résisté à la délectation de quelques formules définitives du genre : "La concertation avec l'Etat, oui, les oukases, non." Et le maire de Paris, sur un ton plus modéré, n'a pas voulu être totalement en reste, qualifiant l'opération de "plus médiatique qu'apte à résoudre les problèmes". Mais aucun élu de droite n'est parvenu à déceler, dans les décisions gouvernementales, l'apocalypse annoncée.
Quelques-uns redoutent bien encore qu'à l'occasion du débat parlementaire sur la loi de finances, en particulier, une surenchère de la part de députés socialistes les plus durs ne leur impose de nouvelles contraintes. Il n'empêche ; pour l'heure, on trouve sous leur plume trois affirmations qu'on ne peut dire franchement hostiles : les décisions du gouvernement "n'apportent que partiellement" des réponses appropriées aux difficultés quotidiennes ; nos propositions en matière de logement et de transport "ont été reprises". Et enfin : "L'Etat a, à l'évidence, un rôle éminent à jouer pour le développement de la région capitale." Cette évidence-là n'était pas très évidente dans les propos récents tenus par les mêmes élus de droite.
LA bataille de l'Ile-de-France n'aura pas lieu. Du moins, pas tout de suite. Mr Michel Rocard, pourtant, a engagé les hostilités. Mais, sa stratégie interdit à ses adversaires de réagir avec brutalité.
Qui pourrait nier que la qualité de la vie en région parisienne s'est considérablement détériorée, au point d'atténuer les chances de cette région dans la compétition européenne ? Marteler ce constat permet d'en rendre responsable la droite, puisqu'elle gère l'Ile-de-France.
Qui pourrait nier que l'Etat est aussi responsable de l'avenir d'un espace où vit le cinquième de la population française ? Et voilà admise la légitimité de l'intervention du gouvernement.
Qui pourrait contester qu'il n'est pas normal que les contribuables de province financent les investissements de la partie la plus riche du pays ? Certainement pas des hommes politiques qui savent que, pour leur ambition nationale, il ne faut pas désespérer la Corrèze. Et voilà la philosophie du plan Rocard avalisée, bien qu'elle complique la gestion financière du maire de Paris.
Qui pourrait refuser aux infirmières et aux agents de police les moyens de vivre près de leurs hôpitaux et de leurs commissariats ? Et pourtant, la construction de logements sociaux pourrait perturber l'équilibre politique de communes et de quartiers bourgeois, et en tout cas mettre à mal la tactique de maires qui renforcent leur électorat en ne laissant construire que des résidences luxueuses.
Le plan Rocard peut paraitre bien mesuré. Mais en agissant à petits pas, le premier ministre empêche l'opposition de bloquer sa démarche. Il est difficile de lancer une grande bataille sur le rétablissement d'une procédure d'agrément, ou sur la mise en place d'un mécanisme complexe de péréquation fiscale. La défaite de Mr Mauroy en 1983, dans la guerre sur le statut de Paris, n'a pas été oubliée.
L'objectif n'est pourtant pas fondamentalement différent. Mr Rocard souhaite que ses mesures d'urgence prennent effet avant 1992, que le nouveau schéma régional d'aménagement soit connu en 1992. 1992, c'est la date des prochaines élections régionales, pour lesquelles les socialistes tentent de renforcer leur électorat. Ils ont renoncé à prendre technocratiquement un pouvoir local que leur ont refusé les urnes. Mais Mr Rocard les met en situation, dès maintenant, de demander aux électeurs de leur confier le pouvoir régional.
Le conseil des ministres du vendredi 13 octobre a entendu une communication de Mr Michel Rocard présentant un "programme d'actions immédiates pour l'agglomération parisienne ", conformément à sa communication du 26 juillet 1989 (voir le Monde du 14 octobre). Rendant compte des travaux du conseil, Mr Louis Le Pensec a expliqué que le premier ministre avait qualifié son plan d'" ample, urgent et vigoureux ".
Le présentant lui-même à FR3, Mr Rocard a montré l'intérêt primordial qu'il accorde au devenir d'une région de dix millions de personnes, " mais où neuf millions vivent mal ". Il a déclaré n'avoir pas été surpris par les réactions négatives de l'opposition devant sa volonté de prendre aux collectivités locales régionales les plus riches une partie de leurs ressources fiscales pour financer les investissements nécessaires, annonçant qu'il était prêt à engager la responsabilité de son gouvernement devant l'Assemblée nationale pour faire adopter les mesures législatives qui seront nécessaires. Le PC et la droite ont immédiatement réagi, mais sans refuser la plupart des décisions annoncées par le premier ministre.
- Un ancien chef du gouvernement cambodgien, Sim Var, est mort à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, jeudi 12 octobre à Paris, où il vivait depuis la prise du pouvoir en 1974 par les Khmers rouges, a annoncé vendredi soir un communiqué du Mouvement pour le soutien de la liberté Khmère (Moulkhmer).
- L'ancien premier ministre Kakuei Tanaka a décidé de renoncer à poursuivre sa carrière politique en ne se présentant pas aux prochaines élections de la Chambre basse du Parlement (Diète) l'année prochaine, a annoncé, samedi 14 octobre, son gendre. Mr Tanaka (soixante et onze ans), chef du gouvernement de juillet 1972 à novembre 1974, date de sa démission en raison de son implication dans le scandale politico-financier de l'affaire Lockheed, met ainsi fin à une carrière politique de quarante-deux années. Arrêté, inculpté et condamné à quatre ans de prison et une amende de plus de 3 millions de dollars en 1983, il a vu rejeter son appel par la Cour suprême à deux reprises. Mr Tanaka, qui détenait son siège à la Chambre basse depuis les élections générales de 1986, a continué d'exercer une influence sur le Parti libéral démocrate (PLD, au pouvoir) jusqu'en février 1985 lorsqu'il a été frappé d'un infractus.
La loi " historique et révolutionnaire ", selon le mot de Mr Gandhi, sensée apporter à huit cents millions d'Indiens une véritable démocratie à la base, cette formidable machine électorale du Parti du Congrès-I et du premier ministre lors du prochain scrutin parlementaire, n'est plus. Aux hurlements de joie de l'opposition, pour qui ce fut une divine surprise, le Rajya Sabba (la Chambre haute) du Parlement a rejeté, vendredi 13 octobre, deux projets de loi, l'un sur le Panchayati Raj (conseil de village), l'autre sur le Nagarpalika (l'équivalent urbain), qui devaient devenir deux nouveaux amendements de la Constitution (le Monde du 27 juillet).
Vote impromptu, en fin de soirée, en forme de camouflet pour le premier ministre, présent dans l'hémicycle, vote historique aussi puisque c'est la première fois - depuis 1952, rapporte le Times of India - que le parti majoritaire subit une défaite sur des textes de portée constitutionnelle. Il s'en est fallu cependant de peu - quatre voix ont manqué - que le gouvernement ne recueille la majorité requise des deux tiers : 158 voix pour, 83 contre.
Mr Gandhi avait pourtant fait assaut d'éloquence pour défendre un texte qui devait " donner le pouvoir au peuple ", rétablir la justice pour les citoyens de seconde zone de la société indienne que sont les intouchables, les sans-caste, les tribus inférieures et... les femmes.
Les projets sur le Panchayati Raj et le Nagarpalika prévoyaient notamment d'augmenter le nombre des représentants élus des conseils municipaux, qui passeraient d'environ 5 000 à 700 000.
Des élections statutaires auraient eu lieu tous les cinq ans et des sièges auraient été réservés aux intouchables et aux femmes.
Dure semaine, décidément, pour Mr Gandhi car l'" affaire Bofors " (le Monde du 14 octobre) continue de plus belle.
Les soixante-deux députés libanais réunis à Taëf depuis le 30 septembre sont enfin, après d'ultimes tractations et marchandages intercommunautaires, tombés d'accord, vendredi 13 octobre, sur la refonte du système politique confessionnel du Liban.
" Sauf accident, précisait un élu, c'est fini pour ce chapitre ", dont le texte définitif ne devrait être lu et approuvé en séance plénière que dans le cadre global du document d'entente nationale proposé par le comité tripartite arabe et dont le chapitre 2 sur la présence syrienne est le plus controversé.
Paradoxalement, toutefois, le débat sur ce point crucial ne devrait pas être long dans la mesure où le comité tripartite arabe (Algérie, Maroc, Arabie saoudite) a averti à de multiples reprises les élus que le texte rédigé, qui ne prévoit qu'un " regroupement " des forces syriennes dans l'Est du Liban deux ans au maximum après le vote constitutionnel des réformes, n'était pas modifiable sur le fond.
A la veille de l'ouverture de ce débat et en réponse aux propos très violents du général Aoun - qu'il a renouvelés samedi 14 octobre - à la fois contre les députés et le comité tripartite, la presse syrienne se plait à souligner que Damas est " totalement " appuyé par les Etats-Unis.
Dans le même temps, le département d'Etat américain, dans une claire allusion aux propos du général Aoun, dénonçait "les commentaires négatifs de certains", appelant toutes les parties à soutenir les efforts arabes et exhortant les députés libanais "à poursuivre leur important travail en ayant à l'esprit que les récompenses d'une réconciliation pacifique sont à leur portée". Ce communiqué survient deux jours après une conférence de presse tenue par l'ambassadeur des Etats-Unis à Damas, Mr Edward Peter Djerejian, dans laquelle celui-ci avait affirmé que "les propositions politiques et de sécurité contenues dans le document d'entente nationale constituent une base solide pour une solution".
Cet appui très net des Etats-Unis, qui pourrait être suivi par une intensification des pressions sur le général Aoun, a été bien accueilli par nombre de députés chrétiens. Le triumvirat, une fois le texte adopté en l'état, envisagerait d'adjoindre à celui-ci une formule de garantie pour permettre aux élus du camp chrétien, qui réclamaient un calendrier précis et clair du retrait syrien, de ne pas partir les mains totalement vides sur ce point. Déjà, deux élus de ce camp, MM Boutros Harb et Pierre Daccache, ont souligné "la nécessité de l'aide des pays arabes et amis pour la restauration de la souveraineté libanaise", déclarant "leur confiance dans la capacité des Arabes à appliquer ce qui sera conclu".
Les propos du général Aoun, qui sont venus d'ajouter à sa réponse très négative au roi Fahd d'Arabie saoudite, ont en tout cas provoqué un certain agacement à son égard dans les rangs du Comité tripartite.
Il ne fait pas de doute, toutefois, que l'adoption par les députés du camp chrétien de ce texte, qui a reçu, souligne-t-on de bonne source, l'aval de la milice chrétienne des forces libanaises et qui n'a pas provoqué de réaction négative du patriarche maronite - rendrait plus aléatoire "la guerre politique féroce" que le général Aoun a promis de poursuivre pour atteindre les objectifs de sa "guerre de libération" lancée le 14 mars dernier "contre l'occupant syrien".
La jeune ressortissante helvétique enlevée dimanche dans le nord du Liban (le Monde du 14 octobre), Mlle Astrid Fischer, a été libérée, vendredi 13 octobre. Hôtesse de l'air et travaillant à temps partiel pour Swissair, elle avait été enlevée dans un village proche de Tripoli, région sous contrôle syrien. La responsabilité de son rapt n'a pas été revendiquée.
En revanche, deux autres Suisses, travaillant pour le Comité international de la Croix-Rouge de Genève, et enlevés le 6 octobre à Saida, dans le sud du pays, sont toujours aux mains de leurs ravisseurs. Le CICR, qui n'a toujours reçu aucune revendication, a lancé un appel " pressant " en faveur de la libération de ses deux collaborateurs, MM Emmanuel Christen et Elio Erriquez.
- Un tribunal chypriote a condamné, vendredi 13 octobre, à huit ans de prison cinq Libanais poursuivis pour détention illégale d'armes et qui avaient avoué avoir préparé l'assassinat du chef du gouvernement libanais de militaires chrétiens, le général Michel Aoun. Un sixième accusé a été condamné à cinq ans de prison. Les six hommes avaient été arrêtés en mai, après la découverte de deux missiles anti-aériens, de fabrication soviétique SAM-7, sur une plage à une centaine de mètres de la piste de l'aéroport international de Larnaca.
L'Américain Jimmy Connors, vainqueur du Français Jerôme Potier (6-3, 6-1), vendredi 13 octobre, rencontrera en demi-finale du tournoi de Toulouse le Soviétique Andrei Chesnokov qui a battu le Suédois Christian Bergstrom (6-4, 6-3). L'autre demi-finale opposera l'Américain John McEnroe, vainqueur du Suédois Magnus Gustafsson (7-5, 6-3) à l'Autrichien Horst Skoff qui a éliminé le Canadien Martin Laurendeau (6-3, 6-2).
Les Français volants de Paris ont fait match nul (7-7) avec Polonia Bytom (Pologne), vendredi 13 octobre à Rotterdam, au premier tour de la coupe d'Europe des clubs champions.
Monaco s'est imposé à Lyon (2-0), vendredi 13 octobre, en match avancé de la quatorzième journée du championnat de France.
Le Français Eric Nicoletta est devenu champion d'Europe des poids mi-lourds, vendredi 13 octobre à Sète, en battant le Néerlandais Jan Lefeber par arrêt de l'arbitre à la dixième reprise. Ce docker sétois, âgé de vingt-neuf ans, disputait son neuvième combat professionnel. Il compte une défaite à son palmarès.
Depuis le début du mois, les banques françaises sont autorisées à lever des fonds en francs sur l'euromarché sans avoir à échanger le produit de leur emprunt contre des devises étrangères. Le compartiment de l'eurofranc ne leur avait été ouvert il y a quelques mois qu'à cette condition qui devait, estimait-on, éviter toute confusion entre l'euromarché et le marché national des capitaux (voir le Monde daté 11-12 décembre 1988). En fait, cette année, un seul établissement bancaire du secteur privé a emprunté en eurofrancs : la Compagnie bancaire, et les deux opérations auxquelles elle a procédé ont fait l'objet d'un swap contre livres sterling.
Cette déréglementation est à l'évidence bien accueillie par les intéressés, mais nombreux sont ceux qui doutent qu'elle contribuera de façon déterminante à renforcer l'activité primaire en eurofrancs. Les banques françaises devraient pour l'essentiel continuer à s'adresser au marché national si elles cherchent à drainer des capitaux en leur monnaie.
Il pourrait cependant y avoir quelques belles exceptions, à l'exemple de ce qui vient de se produire en Allemagne. Par assimilations successives, la Deutsche Bank vient, en effet, de porter à 2 milliards de deutschemarks le montant d'un emprunt international lancé pour le compte de Deutsche Finance (Netherlands), un de ses véhicules financiers étrangers, dont elle garantit les obligations. Cet emprunt de la plus puissante des banques d'outre-Rhin restera comme l'un des événements de la semaine qui vient de s'achever. Non seulement il représente la plus importante transaction obligataire de type classique de tout le compartiment international du deutschemark, mais encore son rendement se situe à un niveau inférieur à celui des fonds d'Etat correspondants (7,12% contre 7,30%). Le coupon d'intérêt est de 7% et la durée légèrement inférieure à cinq ans.
Depuis la suppression, en juillet, du prélèvement à la source d'un impôt de 10% sur le revenu des placements en Allemagne, une telle situation est singulière. Elle ne peut se produire que si la taille d'une opération est suffisamment grande pour en faire un instrument vraiment liquide sur le marché secondaire. Normalement, n'étant plus handicapée par le surcoût du précompte mobilier, la République fédérale offre sur ses propres emprunts des rendements inférieurs à ceux d'autres débiteurs. Jeudi après-midi, par exemple, dans le domaine des titres à dix ans, les obligations gouvernementales allemandes rapportaient 19 points de base de moins que celles de la Banque mondiale.
Autre allégement du dispositif d'encadrement du marché de l'eurofranc, la durée minimale des emprunts a été abaissée de trois ans à un an. Attendu depuis plusieurs mois (le Monde daté du 25-26 juin), la mesure a été rapidement mise à profit avec le lancement, lundi 9 octobre, d'une opération d'un type nouveau dans ce compartiment pour le compte d'une société qui ne s'y était jamais présentée auparavant. Cette libéralisation est importante. Elle devrait contribuer à animer et à enrichir le marché. La situation actuelle des taux d'intérêt et les incertitudes monétaires ont rendu vaines, ces dernières semaines, toutes les tentatives de monter des euro-emprunts en francs à moyenne ou à longue échéance. Pour avoir quelque chance de succès, il aurait fallu proposer un rendement de l'ordre de 9,25 % contre 8,75 % environ cet été.
Le marasme est tel que, par dérogation exceptionnelle, des établissements publics français qui recherchaient du franc ont été aiguillés vers le marché de l'eurodollar et contraints à se procurer des fonds de façon détournée, par le biais de contrats d'échange.
La liste des candidats de choix à une émission classique en eurofrancs demeure pourtant impressionnante. Elle renferme, par exemple, le nom d'une des plus prestigieuses entreprises des Etats-Unis ainsi que celui d'une banque internationale de développement qui figurent au calendrier, mais qui ne montrent aucun empressement à affronter le marché dans les conditions actuelles.
Hors des sentiers battus, pour une échéance aussi courte qu'un an, la situation est beaucoup plus favorable, comme le montre la transaction de Volvo, le premier euro-emprunt en francs à voir le jour depuis un mois. La proposition du constructeur automobile suédois porte sur 300 millions de francs. Elle consiste en l'émission à 100,75 % du pair d'obligations dont le remboursement, en novembre 1990, s'accompagnera du versement des intérêts au taux facial de 13 %. Le rendement brut théorique, de 12,16 % au prix d'émission, est inhabituellement élevé.
Cette apparente générosité est liée à la possibilité laissée à l'emprunteur de choisir, trois jours seulement avant l'échéance, dans quelle monnaie, dollars ou francs français, il effectuera ses paiements, le cours de change de référence ayant déjà été fixé (6,45 F). Les prêteurs sont donc, dès le départ, bien avertis des risques qu'ils encourent et de la nature spéculative de leur investissement. Si le change se fait dans un an à un cours voisin de 6,45 F pour 1 dollar, le placement sera plus rentable qu'un dépôt de fonds dans l'une ou l'autre des deux monnaies. Mais d'importantes variations de cours se traduiraient par un manque à gagner, car les investisseurs seront bien sûr remboursés dans la monnaie la plus faible des deux (pour une coupure de 5 000 F : 5 650 F, ou bien 075,969 dollars).
Des opérations de ce genre ayant déjà été lancées dans presque tous les autres grands compartiments de l'euromarché, il n'y a plus lieu de craindre, comme on avait de bonnes raisons de le faire au printemps, que certains particuliers trop confiants se laissent éblouir par la seule perspective d'un haut niveau d'intérêt servi par un débiteur de qualité. La Société générale dirige cette intéressante transaction, qui, après swap, procure immédiatement à l'emprunteur (le grand gagnant de l'affaire qui, lui, ne s'engage dans aucune spéculation) des capitaux en dollars dont la rémunération est bien inférieure au taux offert sur le marché interbancaire international.
Toujours en eurofrancs et toujours dans le domaine des instruments à caractère spéculatif, le marché des warrants se développe rapidement. Trois émissions nouvelles ont vu le jour la semaine passée (concernant les titres des sociétés Michelin, Canal Plus et Havas). Celle de Michelin retient tout particulièrement l'attention parce qu'elle est dirigée par une eurobanque étrangère, Banker Trust International. Il n'y a donc aucune restriction à l'activité des banques étrangères dans ce secteur. Les deux autres opérations sont émises et dirigées par la Société générale qui a trouvé un terrain de choix pour faire valoir sa profonde expérience en matière d'options.
Deux événements ont marqué la semaine : les déclarations de Mr Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale des Etats-Unis, faites à Moscou et la chute de la livre sterling. Ajoutons-y des propos musclés de Mr Théo Waigel, ministre allemand des finances, sur la nécessité d'une réévaluation du deutschemark qui vont, certainement, contribuer à dégrader encore les relations entre Paris et Francfort.
Qu'a donc dit Mr Greenspan, mardi 10 octobre, dans la capitale de l'URSS. Tout simplement ceci : " Il faut condamner les tentatives visant à maintenir des taux de change irréalistes qui pourraient conduire à une déstabilisation des flux internationaux de capitaux ", estimant que ces tentatives devraient être " à la fin, abandonnées ". Concédant que " dans certains cas ", il fallait attacher beaucoup d'importance à une stabilisation à court terme des marchés financiers domestiques ou aux marchés des changes étrangers.
Toutefois, de telles considérations peuvent avoir des effets pervers si elles entravent le processus de stabilisation des prix ou lui font prendre du retard. Le texte de ces déclarations avait été distribué à l'avance : il ne s'agissait donc nullement de remarques impromptues ou de propos de circonstance éventuellement imprécis. En l'occurrence, c'était bien un double désaveu infligé à la fois au groupe des sept pays les plus industrialisés du monde, qui avait décidé, le samedi 23 septembre, de faire baisser le dollar en faisant donner l'artillerie lourde des banques centrales et au propre gouvernement des Etats-Unis, qui presse la Réserve fédérale d'assouplir sa politique de crédit pour éviter la récession. Ladite Réserve ne manque donc pas une occasion de rappeler son indépendance, réaffirmant avec force que la lutte contre l'inflation constitue la priorité des priorités.
Pour Mr Greenspan, il est tout à fait contre-indiqué, dans la situation actuelle, de diminuer les taux d'intérêt aux Etats-Unis pour faire écho au relèvement de ces taux en Allemagne et au Japon, le tout afin de faire baisser le dollar.
Naturellement, ce qu'on peut appeler "l'effet Greenspan" fit bondir immédiatement les cours du dollar à près de 1,92 DM, 145 yens et 6,48 F. Par la suite, ces cours fléchirent un peu, pour retomber brusquement, vendredi en fin d'après-midi, à New-York en réaction au mini-krach de Wall Street (voir par ailleurs). Ce que les gouvernements cherchaient à obtenir depuis près d'un mois. Un décrochage des cours du billet vert a commencé à se produire en une heure environ sur les marchés; la monnaie américaine ne valait plus que 1,8650 DM, 141,50 yens et 6,33 F vendredi en clôture. La baisse du dollar était d'ailleurs facilitée par l'annonce d'une hausse de 0,9 % des prix de gros, plus importante que prévu (on pronostiquait 0,7 %). Hors secteur de l'agro-alimentaire et de l'énergie (le prix de l'essence a sensiblement monté), cet indice a tout de même progressé de 0,7 %, ce qui est beaucoup. Ces chiffres justifient, a posteriori, les déclarations de Mr Greenspan sur la priorité donnée à la lutte contre l'inflation.
L'inflation ! C'est bien ce mal qui ronge toujours l'économie britannique, de même que le formidable déficit de la balance commerciale de la Grande-Bretagne (200 milliards de francs en rythme annuel). La hausse des taux d'intérêt dans le Royaume-Uni la semaine dernière au niveau de 15 % n'a pu empêcher la livre sterling de subir, avec un décalage de quelques jours, le contrecoup de cette hausse, jugée impropre à soutenir vraiment une devise minée de l'intérieur. A 2,95 DM, la livre est retombée à son plus bas niveau depuis mars 1988, avant de se rétablir légèrement face à un dollar plus faible en fin de semaine.
Les milieux financiers internationaux ont été déçus, en outre, par les discours de Mme Thatcher et de Mr Nigel Lawson, chancelier de l'Echiquier, sur le thème " nous continuerons de soutenir la livre par des taux élevés ". En fin de semaine, les pronostics étaient sombres sur l'avenir proche de la devise britannique.
Décidément, rien ne va plus entre Paris et Francfort sur le plan monétaire s'entend. Après Mr Otto Lambsdorff, président du Parti libéral, Mr Karl-Otto Poehl, président de la Banque fédérale d'Allemagne, c'est Mr Théo Waigel, ministre des finances de RFA, qui, vendredi, a réclamé une réévaluation du mark, ajoutant que la chose était impossible à cause des Français. Aussitôt, le franc a un peu faibli, avec un deutschemark passant à 3,3940 F avant de revenir à 3,3920. Ce qui a frappé les observateurs, c'est de voir le ministre des finances prendre la suite du président de la Banque centrale.
Naturellement, les rumeurs de réajustement du système monétaire européen (SME) ont recommencé à courir, émanant tantôt des Pays-Bas, tantôt du Danemark, où on donne la chose comme certaine au début du premier trimestre 1990. Certains s'essayent même à fixer des pourcentages de réévaluation pour le deutschemark, 6 % pas moins.
Toujours selon ces rumeurs, la France ne réévaluerait que de 2 %, dévaluant ainsi à l'égard du deutschemark, tandis que l'Italie et le Danemark ne bougeraient pas, dévaluant ainsi de 6 %.
De toute façon, Mr Pierre Bérégovoy, ministre français des finances, préférerait démissionner plutôt que de ne pas voir le franc suivre le deutschemark dans sa réévaluation, comme il l'a dit souvent : " Le maintien de la parité franc-deutschemark constitue un élément essentiel de la lutte contre l'inflation ". A Bonn et à Francfort, on est conscient de sa détermination, tout en déplorant son entêtement. Mais il n'en reste pas moins que sur les marchés des changes les opérateurs ont pris note des propos tenus en Allemagne sur la nécessité de réévaluer le deutschemark et qu'ils en tiendront compte un jour ou l'autre.
L'été indien, aux Etats-Unis, avec ses flamboiements de feuillages cuivrés et rougeoyants, est à peine commencé que des vents froids commencent à souffler en provenance de l'Amérique. Mardi, tout d'abord, les déclarations de Mr Alain Greenspan, président de la Réserve fédérale, étaient interprétées comme un refus d'assouplir la politique des Etats-Unis et coupait les ailes aux espoirs d'une baisse des taux d'intérêt à la fin d'octobre. Ensuite, et surtout, l'amorce d'une augmentation de 0,9 % des prix de gros américains en septembre sonnait le glas de ce mince espoir, donnant implicitement raison à Mr Greenspan.
Partout, les taux d'intérêt se mirent à remonter, un peu aux Etats-Unis, avec un rendement de l'emprunt du Trésor à trente ans, porté à 8,05 % après avoir glissé au-dessous de 8 % ; lentement mais sûrement en Allemagne où les taux d'intérêt, atteignirent 8 % sur le court terme et dépassèrent 7 % sur le long terme, au plus haut depuis cinq ans. A Francfort, les opérateurs ont la pénible impression que la hausse n'est pas finie, malgré le relèvement d'un point du Lombard, la semaine dernière.
A Paris, l'influence des taux allemands, " l'effet Greenspan " et l'augmentation des prix de gros américains se sont conjugués pour déprimer le marché, notamment le MATIF, où le cours de l'échéance décembre est retardé de 107,20 à moins de 106, dans un climat plutôt " noir ", du genre " jusqu'où vont aller les Allemands ? ".
En outre, le loyer de l'argent au jour le jour s'est tendu jusqu'à 10 % (il est vrai que c'était pour le dernier jour de la période de constitution de réserves des banques, dont certaines avaient pris du retard). Conséquence, le rendement de l'emprunt-phare du Trésor français, l'OAT 8 1/8 % 1989, poursuivait son ascension lente, passant de 8,80 % à 0,91 %.
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant qu'un concert de lamentations s'élève sur le marché primaire des valeurs à revenu fixe. " Si les obligations saignaient, nous baignerions dans une mare d'hémoglobine ", soupirait un opérateur en fin de semaine. L'émission d'un emprunt de 1,2 milliard de francs par le CEPME ne s'est pas bien passée du tout, la décote sur le marché gris atteignant 2,3 %. Il est vrai que le rendement réel offert ne dépassait pas 8,9 %, ce qui est considéré comme tout à fait insuffisant par les prêteurs.
Apparemment, le CEPME n'en a cure, laissant se débrouiller le syndicat bancaire de placement, conduit par le Crédit lyonnais qui, de toute façon, s'est couvert sur le MATIF. Une autre émission a connu un meilleur sort, à savoir l'emprunt de 900 millions de francs de la Caisse centrale de coopération économique (CCCE). Les deux chefs de file, la Société générale et la banque Indosuez, ont, pour la deuxième fois en trois semaines, utilisé la formule dite de l'"écart protégé". Pendant deux jours, après le lancement de l'emprunt, l'émetteur accepte de relever un peu le rendement offert, au cas où les rendements offerts par le marché se décaleraient à la hausse.
Sur le front des SICAV court terme, la progression de l'encours s'est poursuivie à vive allure en août, avec une augmentation de 30,8 milliards de francs, à 722,4 milliards de francs (+4,8 %), dont 24,6 milliards de francs pour les SICAV dites monétaires, c'est-à-dire investies à plus de 75 % en valeurs à court terme, sans risque de pertes en capital (bons du Trésor, etc.). En septembre, une légère réaction a eu lieu, avec une diminution de 5 milliards de francs de l'encours, dont 2,9 milliards de francs pour les SICAV monétaires, ramenées à 522,7 milliards de francs. Le Crédit agricole a augmenté légèrement sa part de marché (16,7 %), avec un encours de 119,9 milliards de francs, devant la BNP (13,3 % et 95,1 milliards de francs), le groupe Caisse des dépôts (8,1 % et 57,9 milliards de francs), le Crédit lyonnais (7,2 % et 51,6 milliards de francs) et la Société générale (6,5 % et 46,6 milliards de francs).
La semaine écoulée a fourni l'occasion aux métaux non ferreux de se rappeler au bon souvenir des observateurs, les uns par leur soudain excès de faiblesse (le cuivre, le nickel), d'autres par leur non moins soudaine fièvre (le plomb principalement). Après avoir atteint, mardi 10 octobre, leur meilleur niveau de l'automne pour des motifs d'ordre spéculatif, les prix du métal rouge ont ensuite reviré à la baisse pour terminer, vendredi, autour de 1860 livres la tonne au London Metal Exchange. Le marché a réagi à l'annonce d'une très probable reprise du travail dans la grande mine canadienne de Highland Valley, paralysée depuis juillet par une grève, qui produit en temps normal 180000 tonnes de cuivre par an.
Des rumeurs ont en outre circulé, en milieu de semaine, faisant état d'une possible réouverture de la grande mine de Bougainville, en Papouasie-Nouvelle-Guinée où l'extraction est interrompue depuis le 15 mai. Les seules informations en provenance de l'ile, toujours en proie aux attaques des rebelles, n'ont pas confirmé ces rumeurs. Elles ont cependant contribué à changer le sentiment des opérateurs, qui étaient nombreux en fin de période à prendre leurs bénéfices. Les perspectives du cuivre restent toutefois favorables pour 1989. Le département du commerce des Etats-Unis a signalé une croissance record de la consommation outre-Atlantique qui dépasse de 4 à 5 % le niveau de 1988.
Les cours du métal rouge qui avaient atteint, l'été dernier, leur plus haut niveau historique - 1916 livres la tonne - pourraient se raffermir dans les prochains mois. La production minière occidentale va en effet être amputée de 400 000 tonnes en 1989, et la production de métal raffiné sera inférieure de 300 000 tonnes à la consommation. Le déficit de l'offre sur la demande, qui portera de surcroit sur les matières premières de qualité, rend presque inévitables de nouvelles tensions sur le marché.
Le nickel a, lui aussi, fait des siennes à Londres en tombant, mercredi, pour la première fois depuis un an, sous la barre des 10 000 dollars la tonne. A l'origine de cette baisse de forme on note la baisse sensible de la demande des fabricants d'acier inoxydable au troisième trimestre. Une tendance qui, selon les professionnels, devrait se poursuivre jusqu'à la fin de l'année.
C'est le plomb qui, à l'approche de l'hiver, a sauvé l'honneur des métaux en atteignant des prix inconnus depuis huit ans. La tonne de métal gris s'échangeait ainsi, jeudi, à 482 livres pour livraison immédiate, traduisant le fort courant d'achat des fabricants de batteries automobiles. L'inquiétude demeure en outre quant à l'activité de la mine sarde de Porte-Vesme, fermée depuis août après l'explosion d'une chaudière. Prévue initialement pour janvier, la réouverture de ce site qui produit 84 000 tonnes par an (2 % de l'offre occidentale) pourrait être repoussée à février ou mars. L'Europe risque de manquer de plomb en fin d'année pour peu que l'hiver soit rigoureux. Les nouveaux débouchés de ce métal dans les couvertures de toitures et l'enrobage des câbles électriques lui confèrent un regain d'intérêt au moment où l'offre s'essouffle.
D'une manière générale, malgré les fluctuations du cuivre et du nickel, les métaux se portent mieux. Cette conjoncture favorable a profité au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) qui a enregistré en 1988 un fort accroissement de son activité de services dû " au redressement des prix de la plupart des matières premières minérales et à l'amélioration de la situation économique de nombreux pays ". Si les zones d'intervention traditionnelles du Bureau (Afrique, Moyen-Orient) ont été moins demandeuses, il s'est rattrapé par une reprise de ses activités en France (564 millions de francs de chiffre d'affaires) et dans le reste du monde (293 millions de francs). 1988 a été marquée pour le BRGM par la mise en production du gisement aurifère de Lawyers, au Canada, par la coulée du premier lingot d'or sur une exploitation expérimentale d'Arabie Saoudite et par l'établissement de la cartographie géologique du sultanat d'Oman.
La ville de Strasbourg, depuis dix-huit mois, est dépourvue de plan d'occupation des sols. La nouvelle équipe municipale, autour de la socialiste Catherine Trautmann, se trouve ainsi très désarmée pour maitriser le développement urbain et surtout pour avoir un droit de regard sur les transactions immobilières. L'annulation du POS par le tribunal administratif en avril 1988 supprime le droit de préemption urbain, c'est-à-dire la faculté pour la collectivité de se porter acquéreur de tout terrain à vendre.
Pour éviter que ne s'installe la loi de la jungle, la ville a déjà mis en chantier un nouveau plan d'occupation des sols. Mais, dans la meilleure hypothèse, sa publication ne pourra pas intervenir avant juin 1990. Il fallait entre-temps trouver une solution provisoire.
L'équipe Trautmann a donc imaginé de protéger les quartiers-clés de Strasbourg en y découpant des ZAD, des zones d'aménagement différé, qui recréeront ce droit de préemption. C'est le préfet du Bas-Rhin qui signera l'arrêté créant ces zones, s'il suit la délibération du conseil de la Communauté urbaine de Strasbourg du vendredi 22 septembre dernier : 445 hectares au total seraient ainsi intégrés dans dix ZAD, par exemple dans le quartier des institutions européennes, dans celui de la gare - où se poursuit actuellement une opération programmée d'amélioration de l'habitat - ou dans celui du Neudorf, tout près du contournement sud en construction. Dans son argumentaire, la ville justifie ce découpage par la nécessité d'organiser " des protections foncières ponctuelles " sans " rechercher un contrôle global du marché immobilier ".
C'est prudent car cette construction juridique pourrait avoir sa faille, que soupçonne Jean Waline, conseiller municipal d'opposition (RPR), mais aussi professeur de droit administratif à l'université Robert-Schumann. " Le droit de préemption, explique-t-il, est la conséquence de la création d'une ZAD mais ne peut être sa cause ; une ZAD doit correspondre à des objectifs d'urbanisme clairs ou à la constitution de réserves foncières ; or les délibérations de la communauté urbaine et de la municipalité sont bien faiblement motivées. " L'exemple le plus frappant est sans doute celui de la ZAD " européenne ", qui porterait sur trente hectares de terrains : elle se justifie laconiquement par la nécessité de " renforcer la dimension européenne de la ville, en augmentant ses capacités d'accueil pour des institutions internationales ". C'est notamment à cause d'une formule aussi vague, rappelle Jean Waline, que le POS strasbourgeois avait été annulé.
Lui aurait préféré une solution législative, qui valide le POS par un amendement parlementaire, ce qu'avait tenté le sénateur UDF-CDS et ancien maire de Strasbourg, Marcel Rudloff. " Mais il aurait fallu dans la foulée entamer la révision du POS, pour tenir compte des observations du tribunal administratif... " Car, autant que ses opposants politiques, Jean Waline est partisan du droit de préemption, il tient à le dire haut et fort.
De fait, la solution imaginée par la ville devrait quand même résister. Le délai de recours après la décision préfectorale est assez court et l'éventuelle procédure plutôt longue. L'élaboration du nouveau plan d'occupation des sols, même si elle prend du retard, pourra s'achever avant que ne s'effondre la construction provisoire.
Chacun reconnait que l'équipe municipale, en place depuis sept mois, ne peut guère détailler ses projets d'urbanisme avec minutie : les années qui viennent verront en effet simultanément la construction du tramway, l'ouverture du contournement sud, l'aménagement du site des anciens abattoirs, avec notamment le futur musée d'art moderne, et l'effort poursuivi sur la zone d'innovation d'Illkirch-Graffenstaden pour ne citer que quelques projets qui changeront le visage de l'agglomération. Impossible, pour l'instant, de tout mettre noir sur blanc, quand commencent à peine les discussions avec la ville allemande limitrophe de Kehl et les autorités du Land de Bade-Wurtemberg : de leur avance dépend beaucoup le futur développement de la ville vers la zone portuaire.
La ville de Grenoble veut se prémunir contre l'asphyxie du centre, menacé à très court terme par le flot croissant des automobiles et par la conjonction de plusieurs projets autoroutiers : Grenoble-Valence en cours de réalisation, Grenoble-Sisteron (le principe de cette liaison a été retenu il y a quelques mois par le gouvernement) et Grenoble-Ambérieu, actuellement à l'étude.
C'est une solution radicale que préconise le maire de l'ancienne ville olympique, Alain Carignon (RPR), qui souhaite mettre en souterrain le principal axe de circulation qui traverse le cÓur de Grenoble, les boulevards Agathe-Sembat et Edouard-Rey. Deux tunnels superposés s'enfonceraient sous terre devant l'hôtel de ville, et ils ressortiraient au niveau du parc de l'Esplanade, au départ de l'autoroute Grenoble-Lyon. Une dizaine de minutes, parfois davantage, sont nécessaires pour parcourir les 1 500 mètres qui séparent les entrées est et nord de la capitale des Alpes.
Le tunnel projeté permettrait aux voitures et aux poids lourds de traverser la ville en moins d'une minute. Ce projet rendrait inutile la construction de la rocade nord de Grenoble et du tunnel sous la Bastille envisagée jusqu'alors par les élus grenoblois. Celui-ci n'étant pas inscrit au plan Etat-région pour les cinq années à venir, son financement par les seules communes de l'agglomération grenobloise - plus de 2 milliards de francs - apparait incertain, même à long terme. Enfin, le contournement autoroutier nord de Grenoble apparait comme une solution trop " classique ", qui n'apporterait pas les avantages que le tunnel sous l'hyper-centre de la ville apportera, en libérant l'un des grands axes de circulation qui traversent de part en part Grenoble.
Les deux " tubes " projetés s'inscrivent dans la perspective d'une reconquête par la ville de son espace urbain, qui pourra ainsi être rendu à ses habitants, la circulation automobile étant totalement interdite en surface. Une série de parkings enterrés seront aménagés le long des tunnels, permettant aux Grenoblois de ressortir à pied au niveau des quartiers qu'ils fréquentent. Le projet fera par ailleurs de Grenoble une " ville dépolluée ", explique l'adjoint aux grands travaux, Mr Guy Nevache (divers gauche). En effet, les gaz d'échappement, qui représentent 30 % de la pollution domestique, seront traités par une usine souterraine avant d'être rendus à l'atmosphère. Le coût de l'ensemble du projet tunnel-parkings a été évalué à 2,5 milliards de francs. Il serait financé par un péage estimé aujourd'hui entre 5 et 7 francs pour les habitants de l'agglomération, davantage pour les personnes étrangères à la ville, qui serait perçu selon des techniques sophistiquées à l'entrée du "tube". Sa construction et son exploitation seraient concédées à une société privée pour une période de trente ans, les collectivités publiques ne garantissant pas l'équilibre financier de l'opération.
La ville, qui a fait procéder depuis six mois à des études de faisabilité, a confié le 9 octobre à la société Carvex (une annexe du groupe Bouygues) la réalisation de l'avant-projet sommaire du tunnel sous Grenoble. Si le conseil municipal prend, au début du mois de janvier 1990, une décision favorable à sa construction, celui-ci pourrait être ouvert à la circulation dès le 1er janvier 1993.
L'Association pour le développement des transports en commun (ADTC) de l'agglomération grenobloise souligne les risques inhérents, selon elle, au projet, notamment "une nouvelle incitation à la circulation automobile". "Le tunnel ne permettra que de reculer l'échéance de l'asphyxie automobile. Dans le domaine routier, plus on en fait, plus il faut en faire. Ce principe s'est toujours vérifié." "Si, ponctuellement, poursuit l'ADTC, on améliore la qualité de la vie, qu'en sera-t-il de la pollution dans les autres quartiers ? Veut-on créer un centre vert et une banlieue grise ?"
Le maire de Grenoble va, dans les tout prochains jours, descendre sur le macadam pour défendre son projet, qui, affirme-t-il, fera de Grenoble une "ville verte et dépolluée" et la première cité européenne à s'engager dans une telle direction. "Lorsque, dit-il, dans le cÓur d'une cité, les voitures passent au-dessous, toutes les perceptions et les habitudes de vie changent."
Alain Carignon, qui avait expérimenté en juin 1983, soit deux mois après son élection à l'hôtel de ville, les vertus du référendum local à propos du projet de tramway - il fut approuvé à une assez large majorité par les Grenoblois, - semble aujourd'hui hésiter à emprunter cette voie pour consulter les futurs utilisateurs du tunnel. Si les Grenoblois paraissent en effet séduits par la hardiesse du projet, ils en redoutent déjà ses conséquences directes sur leur porte-monnaie et sur leur liberté... de circuler dans le centre-ville.
Née des travaux de Léon Lajaunie, un apothicaire toulousain du siècle dernier, la société qui porte son nom emploie une vingtaine de salariés et a vu son chiffre d'affaire passer de 5 millions à 20 millions de francs en l'espace de quatre ans. Une progression spectaculaire pour un produit plusieurs fois copié, mais jamais égalé. Il est vrai que Lajaunie préserve jalousement son secret de fabrication, tablant jusqu'à présent sur l'image d'une PME artisanale qui fait dans le produit naturel. La formule, les astuces de fabrication des petites pastilles noires, sont consignées sur le cahier d'écolier de Léon Lajaunie, dont les indications sont encore aujourd'hui suivies à la lettre. " C'est une vraie recette de cuisine ", explique Eric Du Maroussem, l'un des gérants de la société.
Avec 7 millions de boites vendues en 1987, les descendants du fondateur, actionnaires principaux de la SARL, n'ont pas eu à se plaindre jusqu'à présent d'une stratégie commerciale qui faisait de Toulouse la capitale du cachou français et de Lajaunie une PME aux audaces prudentes. Mais les temps changent. L'entreprise avait déjà dû, comme à regret, abandonner les vieux murs de la rue-Alsace-Lorraine, l'une des grandes artères commerçantes de la ville, pour prendre ses nouveaux quartiers dans une zone industrielle.
Ce changement en cachait un autre. Plus fondamental. A l'étroit dans son costume de confiseur local, Lajaunie cherche des partenaires capables de lui donner la dimension européenne. " L'entreprise doit devenir adulte, s'ouvrir vers l'extérieur ", explique Eric Du Maroussem, qui veut être au rendez-vous de 1992. On sait que les cachous font saliver, même les industriels ! Plusieurs gros confiseurs, allemand, italien, catalan, barcelonois plus précisément, seraient sur les rangs. " Voilà un an que nous discutions. Je ne sais pas quelle solution nous choisirons. Notre société a besoin de multiplier ses produits et d'élargir son champ d'activité. Mais vouloir rester seul propriétaire de l'entreprise peut parfois conduire à sa perte ", commente l'un des gérants.
Lajaunie se rapprochera-t-il du groupe Fabre, un pharmacien lui aussi, régional de surcroit, médicaments et cosmétiques, taille internationale, qui cherche depuis quelques années à se diversifier ? L'avenir proche devrait le dire.
Les lycéens du Centre vont pouvoir mieux connaitre leur région grâce à un manuel de géographie, rédigé par une équipe d'universitaires locaux, et dont le financement a été entièrement pris en charge par le Conseil régional.
Les auteurs révisent quelques idées reçues sur la région. " Considérée lors de sa création comme une gageure, née de l'arbitraire administratif, elle a, depuis, démenti les prévisions pessimistes en prenant un essor indéniable et en affirmant son unité. "
Autre surprise : le Centre se classe au cinquième rang des régions industrielles françaises, par le nombre de ses effectifs (deux cent trente-cinq mille emplois). Le Centre n'est pas que le pays comblé des châteaux de la Loire ou " le grenier à blé " de l'Europe. L'ouvrage perd malheureusement sa sérénité universitaire en faisant un plaidoyer pour la construction des barrages sur la Loire, objet actuellement d'une vaste polémique, au lieu de rendre compte du débat qui oppose les aménageurs et les écologistes.
Ce livre est destiné aux classes de première et de BEP 2e année qui ont à leur programme un cours d'économie régionale.
Sur proposition du maire de Montpellier, Georges Frèche, le conseil municipal a voté le 12 octobre le principe d'un changement de statut d'une partie des fonctionnaires municipaux, 952 employés, soit près d'un tiers des effectifs vont passer de la catégorie D à la catégorie C, ce qui signifie pour eux : une augmentation de salaire de 3 % qui vient s'ajouter aux augmentations régulières prévues pour 1989, une prime de 1 000 à 2 000 francs et des possibilités de plan de carrière plus intéressantes qu'auparavant. Ce changement de statut coûtera deux millions de francs et s'inscrit dans le cadre du pacte de croissance annoncé par le premier ministre.
Une telle nouvelle tombe à pic à Montpellier où les syndicats sont encore sous le choc du retour aux 39 heures par semaines pour le personnel municipal voté il y a trois mois. Pour Georges Freche, " c'est une conséquence logique de l'accroissement de la charge de travail. Une mairie - dit-il - dont l'activité est axée sur la productivité peut faire bénéficier les bas salaires des retombées économiques ".
Le conseil général de la Seine-Maritime étudie la possibilité de créer un véritable estuaire artificiel à Criel, une station balnéaire proche de Dieppe, pour pallier la disparition des galets qui protégeaient la plage des assauts de la mer avec pour conséquence, après chaque tempête, l'inondation de la vallée au fond de laquelle coule la rivière Yères.
Les spécialistes s'accordent pour rendre l'homme responsable de cette situation alarmante. En un siècle, près de la moitié des 5 millions de mètres cubes de galets du littoral cauchois du Havre au Tréport ont été extraits pour alimenter les chantiers de construction locaux ou les fabricants de céramique. Avec l'aménagement du port de Dieppe, des centrales nucléaires de Paluel et Penly, les galets ont en outre stoppé leurs migrations sous l'effet du courant.
A Criel, la configuration du site rend possible l'ouverture de la vallée à la mer et la constitution d'un véritable estuaire débouché de l'Yères. La plage de galets actuelle disparaitrait, remplacée par un nouveau milieu naturel plus riche que le précédent et doté de deux plages de sable. Un tel aménagement coûterait environ 60 millions de francs. Le conseil général de Seine-Maritime sera le pilote de l'opération.
L'amélioration des relations avec la péninsule Ibérique est actuellement l'une des préoccupations de l'Aquitaine. La région, qui redoute de rester à l'écart des grands axes de communication et de développement européens, s'efforce d'institutionnaliser les échanges avec les provinces espagnoles les plus proches. En avril dernier, l'exécutif aquitain et le gouvernement basque autonome ont esquissé les bases d'une coopération transfrontalière qui s'est traduite par la signature d'une convention de coopération. Les Aquitains mettent résolument de côté le problème du terrorisme au profit d'un rapprochement sur des projets tels que le TGV basque qui prolongerait le TGV atlantique au-delà des Pyrénées.
La " perméabilité des Pyrénées " est également le thème central de la convention de coopération signée le 20 septembre avec la province d'Aragon. Tout en sachant qu'elles n'ont ni l'une ni l'autre pouvoir de décision sur des infrastructures lourdes comme le tunnel du Somport, les deux régions sont d'accord pour tenter d'accélérer le percement de cet équipement. Elles sont convenues d'intervenir auprès de leur gouvernement respectif.
Il faut signaler en outre la participation de l'Aquitaine à la communauté de travail des Pyrénées à laquelle sont associés l'Euskadi, la Navarre, l'Aragon, l'Andorre, la Catalogne, le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées.
En 1988, pour la première fois, la balance des échanges commerciaux entre l'Espagne et l'Aquitaine a penché en faveur de la région. Cela renforce les artisans de la coopération dans leur conviction qu'ils ont choisi la bonne voie.
Les statuts de l'établissement constructeur, qui sera présidé par Mr Dominique Jamet, s'inspirent de ceux qui ont été établis pour la réalisation d'autres grands travaux, tels que le Grand Louvre et l'Opéra Bastille.
Le ministre de la culture et le ministre de l'éducation nationale ont annoncé à cette occasion la création et la mise en place, dans les tout prochains jours, d'un Conseil supérieur des bibliothèques, qui sera présidé par Mr André Miquel, professeur au Collège de France.
Aussi, après plusieurs réunions de concertation, associant des représentants du Parlement, du monde combattant et des administrations, le gouvernement propose-t-il au Parlement un nouveau dispositif qui assurera aux pensionnés, d'une part, le bénéfice des augmentations uniformes accordées à l'ensemble des fonctionnaires, d'autre part, la transposition, à partir de calculs effectués par l'INSEE, des mesures spécifiques dont auront pu bénéficier certaines catégories de fonctionnaires.
Cette réforme pourra entrer en vigueur dès le 1er janvier prochain et comprendre, pour la première année, la prise en compte des mesures catégorielles décidées depuis le 1er octobre 1988.
Une commission tripartite examinera chaque année la bonne application de ce dispositif équitable et désormais incontestable.
Dans un lycée d'enseignement professionnel de Marseille, section habillement, Souah Fligane, Tunisienne de dix-huit ans, de religion musulmane, s'est vu interdire le port d'un voile en classe. Inscrite le vendredi 6 octobre, elle était arrivée voilée au lycée le lundi suivant. Mme Arlette Vouland-Seffard, proviseur, a aussitôt convoqué la jeune fille pour lui expliquer qu'elle ne pouvait pas garder son voile en classe. Depuis, elle n'est pas revenue au lycée.
" Je n'ai fait que m'en tenir aux déclarations du ministre, a expliqué le proviseur. Nous sommes dans une école laique. De plus, cette élève ne peut porter le voile dans des ateliers où se trouvent des machines à coudre. " Mme Vouland-Seffard s'est efforcée de convaincre la famille, mais celle-ci a porté l'affaire devant le MRAP, dont le secrétaire départemental a révélé que la jeune Tunisienne avait déjà tenté de s'inscrire dans deux autres établissements. Le MRAP a dénoncé l'" atteinte à la liberté individuelle ".
Le ministre du travail Mr Jean-Pierre Soisson a fait adopter vendredi 13 octobre en première lecture par l'Assemblée nationale (par 542 voix contre 26) son projet de loi favorisant le retour à l'emploi et la lutte contre l'exclusion professionnelle. Le ministre a su se concilier une très large majorité allant du groupe socialiste au groupe RPR en passant par l'UDF et l'UDC. Seuls les élus communistes ont voté contre.
Mr Soisson a donc obtenu ce qu'il souhaitait : un vote en première lecture sur son texte avant le démarrage de l'examen de la loi de finances et du budget de son propre ministère. Le ministre s'est félicité dans les couloirs de voir ainsi approuvé par l'opposition un des aspects essentiels du plan pour l'emploi arrêté le 13 septembre dernier.
"La reprise de l'emploi est sélective. La croissance ne mord pas sur le chômage, particulièrement sur le chômage de longue durée" : dans cette phrase Mr Jean-Pierre Soisson avait tout dit. Malgré le rétablissement de sa santé économique, la France vit avec des noyaux plus ou moins durs d'exclus du travail. Problème de formation, d'éducation, d'adoption : pour les régler, il faut des mesures fines qui rappellent que traitement économique et traitement social du chômage sont les deux faces d'une même politique pour l'emploi. Le ministre du travail l'a rappelé.
S'agissant plus particulièrement du développement des contrats à durée déterminée et des missions d'intérim (le groupe socialiste est très vigilant sur ce point), le ministre a estimé qu'il faudra procéder à l'aménagement de la législation existante : " Je poursuis un triple objectif : éviter que le travail temporaire ou sous contrat à durée déterminée devienne un substitut à l'emploi permanent, comme c'est trop souvent le cas ; aggraver les sanctions contre les abus qui tentent à se répandre depuis la reprise de la croissance ; renforcer la protection des salariés concernés ".
Concernant le projet de loi en discussion, Mr Soisson a insisté sur le contenu de ses deux composantes essentielles : la création d'un contrat de retour à l'emploi (il se substitue au contrat de réinsertion en alternance), destiné à favoriser la réinsertion professionnelle des chômeurs de longue durée et des bénéficiaires du revenu minimum d'insertion (RMI) - " il faut parier sur le I de RMI " a-t-il dit - ; l'instauration d'un contrat emploi-solidarité qui remplacera notamment les TUC. L'objectif du gouvernement est de mettre en place l'année prochaine cent mille contrats de retour à l'emploi. Les contrats emploi-solidarité pourraient, quant à eux, concerner en 1990 trois cent mille personnes. Ces derniers contrats sont ouverts aux jeunes en difficulté mais également aux chômeurs de cinquante ans, à ceux de longue durée et aux bénéficiaires du RMI. " La réussite de ce plan passe par une mobilisation de tous les partenaires : collectivités locales, établissements publics, associations ", a rappelé le ministre en précisant que les moyens financiers mobilisés seront considérables, de l'ordre de 5 milliards de francs.
A propos des aides à l'embauche, l'exonération des charges sociales sera accordée à titre permanent pour tout chômeur embauché de plus de cinquante ans, inscrit à l'ANPE depuis plus de un an. Mr Soisson a précisé que cette mesure avait été voulue par le chef de l'Etat.
Soucieux de bien évaluer les applications concrètes de cette nouvelle loi afin que, par des voies détournées, elles ne viennent alimenter la précarité de l'emploi, le rapporteur du projet, Mme Marie-Josèphe Sublet (PS, Rhône) comme Mr Thierry Mandon (PS, Essonne) ont demandé au ministre qu'un rapport soit soumis au Parlement au bout de un an. Mr Soisson s'est montré prêt à satisfaire cette demande de façon à modifier éventuellement certaines dispositions inadéquates.
En revanche, pour Mme Huguette Jacquaint (PCF, Seine-Saint-Denis), nul besoin d'attendre un an pour contester ce texte qui, selon elle " vise en fait à aggraver la précarisation. Le regard du gouvernement ne se porte pas vers les jeunes, ni vers les chômeurs mais vers les patrons ".
Pour le RPR, Mr Jean-Yves Chamard (Vienne) s'est félicité de voir le gouvernement mettre l'accent sur la dimension réinsertion du RMI. Il a souligné le fait que l'exposé des motifs du projet était " accablant ", car il révélait bien que la durée moyenne de chômage dépasse aujourd'hui trois cent soixante-quatorze jours et que la probabilité de retrouver un emploi décline au fur et à mesure que la durée du chômage augmente.
Etant parvenu à un accord avec le groupe socialiste, le ministre a accepté un certain nombre d'amendements qui, sans remettre en cause la philosophie de son projet, l'encadrent parfois plus strictement. C'est ainsi par exemple que les entreprises ne pourront embaucher sur un contrat de retour à l'emploi durant les six mois qui suivront un licenciement économique. Les députés socialistes souhaitent en effet éviter tout effet pervers de ce texte. Les contrats de retour à l'emploi ne peuvent non plus être conclus entre une entreprise et une personne ayant été salariée de cette même entreprise pendant un an ou plus au cours des cinq années précédant l'embauche. Enfin, au nom du gouvernement, Mr Soisson s'est engagé à ce que le dispositif de son projet de loi soit appliqué dans les départements d'outre-mer.
Jiri Ruml et Rudolf Zeman, respectivement rédacteur en chef et journaliste à Lidove Noviny, mensuel indépendant édité clandestinement en Tchécoslovaquie depuis janvier 1988, ont été arrêtés jeudi 12 octobre, selon leur entourage.
Un procès-verbal de trente pages établi chez Mr Ruml à l'issue d'une perquisition effectuée pendant quatorze heures par sept policiers. Les enquêteurs lui ont laissé entendre qu'il allait être inculpé pour "incitation à rébellion par voie de presse", un motif pouvant valoir de un à cinq ans de prison en Tchécoslovaquie.
Le même jour, la police a effectué une perquisition dans l'église Saint-Gilles de Vrbice, un village proche de Brno (Moravie, centre de la Tchécoslovaquie), a-t-on appris de sources catholiques.
Le curé de cette paroisse, le Père Karel Satoria, trente-six ans, a été brièvement interpellé. Il est accusé d'avoir fait signer la pétition "Quelque phrases", qui réclame une démocratisation en Tchécoslovaquie. Ce texte publié fin juin et violemment critiqué depuis dans la presse officielle tchécoslovaque a reçu à ce jour plus de trente mille signatures.
Le chancelier Kohl sera le premier chef d'un gouvernement occidental à effectuer une visite officielle en Pologne depuis la constitution du nouveau gouvernement dirigé par Mr Tadeusz Mazowiecki. Cette visite aura lieu du 9 au 14 novembre et doit comporter des étapes à Cracovie, Auschwitz, et peut-être Gdansk.
Remis à plusieurs reprises l'an passé, ce voyage a été préparé lors de consultations intensives par le professeur Mieczylaw Pszon, un intellectuel catholique chargé de cette mission par le nouveau gouvernement polonais. Mr Pszon a d'ailleurs fait l'objet de critiques dans la presse communiste polonaise pour être allé trop loin dans les concessions vis-à-vis du gouvernement ouest-allemand.
Les principaux obstacles à ce voyage, tant sur le plan économique que sur le plan politique, semblent avoir été levés. Un accord de rééchelonnement de la dette polonaise à la République fédérale portant sur 2,5 milliards de deutschemarks de crédits accordés entre 1966 et 1986 a été conclu le 9 octobre, permettant ainsi au gouvernement fédéral d'apporter à nouveau sa garantie aux investisseurs ouest-allemands qui se faisaient plutôt tirer l'oreille jusque-là pour aller prendre des risques au-delà de la ligne Oder-Neisse. Le gouvernement polonais semble, de son côté prêt à prendre en considération les demandes de Bonn sur le statut de la minorité allemande vivant dans la partie occidentale de la Pologne. La RFA reprochait au gouvernement de Varsovie de ne pas accorder de droits nationaux et culturels à cette minorité estimée à environ cent mille personnes.
Le chancelier Kohl profitera-t-il de son voyage pour prendre, plus fermement qu'il ne l'a fait jusqu'à présent, position sur le caractère définitif des frontières occidentales de la Pologne ? On écoutera très attentivement à Varsovie le discours que doit tenir le chancelier le 21 octobre à Bonn devant la Fédération des expulsés des territoires de l'Est, une organisation qui demande inlassablement le retour de ces territoires à la mère patrie. Mr Hans-Dietrich Genscher, qui accompagnera le chancelier en Pologne a d'ores et déja pris les devants en déclarant vendredi que " ceux qui aujourd'hui, chez nous, mettent en question la frontière occidentale de la Pologne - ou donnent l'impression qu'ils agiraient ainsi dans l'avenir - mettent en danger le processus de rapprochement Est-Ouest et le mouvement de démocratisation en Europe centrale et orientale ".
Enfin, on apprenait à Bonn que les quelque huit cents citoyens est-allemands qui avaient fui ces dernières semaines vers la Pologne pourraient quitter Varsovie " vers le pays de leur choix ".
Cinq semaines après les élections législatives, le premier ministre travailliste norvégien, Mme Gro Harlem Brundtland, a remis, vendredi 13 octobre, la démission de son gouvernement au roi Olav V. Elle cède la place à une coalition tripartite de centre droit conduite par Mr Jan P. Syse, le dirigeant conservateur, qui entrera en fonctions lundi.
Avec soixante-deux sièges seulement sur les cent soixante-cinq du Parlement, le nouveau gouvernement sera très minoritaire. Sa survie dépendra du comportement des vingt-deuxdéputés du Parti du progrès (populiste), de Mr Carl I. Hagen, grand vainqueur des dernières élections. Ce dernier n'a pas été convié aux négociations sur la formation du gouvernement. Il soutiendra, le cas échéant, la coalition, mais il agira aussi - il l'a promis - " en parti d'opposition " pour lui mener la vie dure, tout en prenant ses " responsabilités ".
Estimant que son gouvernement a remis la Norvège sur les rails du progrès économique, Mme Brundtland a déclaré partir " la conscience tranquille ".
Mais avant de quitter le pouvoir, elle a fait un " cadeau d'adieu " empoisonné à ses successeurs sous la forme d'un projet de loi de finances qu'ils n'auront guère le temps de refondre dans les trois semaines qui restent avant l'ouverture du débat parlementaire sur le sujet : un budget de 310 milliards de couronnes (environ autant de FF), avec un accroissement des dépenses de 8,6 % et un déficit record de 36 milliards, qui prévoit l'aménagement de réformes sociales, un allégement de la pression fiscale ainsi qu'un gros effort pour la protection de l'environnement, chère à Mme Brundtland.
" C'est un budget dangereux avec des éléments qui nous poseront des problèmes dans l'avenir ", a déclaré le futur premier ministre.
L'agence officielle est-allemande ADN a annoncé, vendredi 13 octobre, la libération de toutes les personnes arrêtées lors des manifestations qui ont marqué le 40e anniversaire de la RDA. Onze d'entre elles resteront cependant incarcérées pour " actes de violence ".
La feuille d'opposition Telegraph avait estimé dans la journée que plusieurs centaines de personnes étaient encore détenues dans l'ensemble du pays. Le Tageszeitung de Berlin-Ouest s'était également fait l'écho, jeudi, de brimades infligées dans les postes de police aux manifestants interpellés.
L'annonce de ces libérations vient clôre une semaine marquée par la tentative des dirigeants est-allemands de reprendre l'initiative en ouvrant des perspectives de réformes dont l'ampleur continue de susciter des appréciations contradictoires à l'intérieur même du régime. Pour la première fois depuis les cérémonies du 40e anniversaire, Mr Erich Honecker est apparu vendredi au journal télévisé, à l'occasion d'une rencontre avec les dirigeants des partis associés aux communistes, au sein du Front national de RDA.
Dans une longue explication, citée par le présentateur de la télévision, Mr Honecker a repris les grandes lignes de la déclaration publiée mercredi par le bureau politique. Il regrette à son tour les départs massifs pour l'Occident. Mais il a également insisté longuement sur son intention de maintenir les grandes lignes de sa politique et le rôle dirigeant du Parti communiste (SED).
Ce rôle a pourtant été remis en cause vendredi, pour la première fois publiquement, par le président du Parti libéral démocrate, Mr Gerlach, qui avait, participé à la réunion du Front national. Réaffirmant la nécessité d'un dialogue ouvert à " toutes les forces de la société ", le président du LDPD a estimé qu'il fallait également y associer " les mouvements de citoyens qui sans avoir été jusqu'à présent organisés en partis, ou avoir été actifs au sein du Front national, veulent prendre part au dialogue d'une manière démocratique dans le cadre institutionnel existant ".
Cette opinion dépasse de beaucoup ce que les dirigeants communistes paraissent, pour le moment, prêts à accepter. Dans un document interne parvenu vendredi à plusieurs agences de presse occidentales, le SED se prononce contre la reconnaissance d'une opposition politique, estimant qu'elle pourrait déboucher sur " un mouvement de masse contre le socialisme ".
Les dirigeants de Neues Forum et des divers groupes d'opposition se sont maintenus ces derniers jours dans une prudente réserve par rapport aux efforts d'ouverture du régime. Mme Bärbel Boyley, une des porte-parole de Neues Forum, a qualifié vendredi de positive la libération des manifestants détenus, mais exigé aussi à nouveau une légalisation de sa formation. Depuis lundi dernier, aucune nouvelle manifestation n'a eu lieu en RDA.
Les juges du tribunal constitutionnel de Karlsruhe ont fait droit, jeudi 12 octobre, à une requête présentée par deux cent vingt-quatre députés CDU-CSU visant à faire annuler la réforme du code électoral régional adoptée le 21 février dernier par le Parlement du Land de Schleswig-Holstein. Celle-ci prévoyait de donner le droit de vote (et l'éligibilité) aux élections municipales du 25 mars 1990 aux étrangers originaires du Danemark, de Suède, des Pays-Bas, d'Irlande et de Suisse résidant dans cette région. Ce choix était lié au fait que, dans ces pays, les ressortissants ouest-allemands peuvent participer à des élections locales. Six mille personnes étaient directement concernées, en majorité originaires du Danemark, dont le Schleswig-Holstein est frontalier.
La décision du tribunal constitutionnel ne porte cependant pas sur le fond : la question de la constitutionnalité du droit de vote des étrangers en République fédérale ne devrait être tranchée qu'au printemps prochain. Mais les juges ont fait valoir que, si des élections municipales avaient lieu avant un arrêt définitif sur cette question, elles risquaient d'être annulées. Le Parti social-démocrate (SPD) a fait de la question du droit de vote des étrangers un cheval de bataille, sans pour autant oser, dans les Länder qu'il dirige, proposer d'accorder ce droit aux ressortissants des pays les plus massivement représentés : Turcs, Yougoslaves et Grecs. Il est animé d'un souci pédagogique vis-à-vis d'une opinion publique plutôt rétive à accorder des droits civiques aux " Gastarbeiter " - ces trvailleurs " invités ", comme on désigne ici les immigrés. La droite, soumise à la pression de l'extrême droite xénophobe veut, elle, donner l'impression qu'elle fait barrage à la prise d'influence dans la vie politique locale d'éléments allogènes.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés traverse non seulement une crise financière sans précédent, mais aussi une grave crise de confiance.
La plupart des pays occidentaux - les anglo-saxons en particulier - donateurs traditionnels du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), rechignent à desserrer les cordons de leur bourse. Le problème des réfugiés leur semble n'avoir pas de fin ; leurs opinions publiques ont les yeux fixés sur d'autres priorités (drogue, environnement, pays de l'Est). Enfin, si l'on en juge par l'atmosphère qui régnait dans les couloirs lors de la quarantième session du comité exécutif du programme du Haut-Commissariat (1), du 5 au 13 octobre, l'organisation traverse non seulement une crise financière mais une crise de confiance.
Elle n'est pas la seule : c'est aujourd'hui l'ensemble des organisations humanitaires, y compris le Comité internationnal de la Croix-Rouge, qui est en proie à d'immenses difficultés budgétaires, et c'est dans ce contexte que doivent être appréciées les critiques dont le haut-commissaire aux réfugiés, Mr Jean-Pierre Hocké, a été la cible. La France, pour sa part, n'a pas emboité le pas aux détracteurs du haut-commissaire, auquel certains ont tenté de faire un procès assez poujadiste (un dossier anonyme a circulé qui lui reprochait de voyager en première classe). Soutenant avec vigueur le haut-commissaire, la délégation française, à la satisfaction des représentants des pays d'asile, de ceux du tiers-monde et des hommes de terrain, a réussi à faire adopter par consensus une résolution destinée à soulager le HCR de certaines dépenses ; ce texte estime que le HCR, outre ses tâches traditionnelles - à savoir l'assistance et la protection des réfugiés - a été amené à mettre sur pied dans divers pays une infrastructure destinée à conduire les réfugiés vers l'autosuffisance (santé, formation professionnelle, habitat, etc.) et qu'il ne peut plus assurer à lui seul le financement. Il devrait bénéficier de la coopération d'autres institutions de l'ONU, telles que le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l'OMS, l'UNICEF, etc.
Le comité exécutif a par conséquent prié le haut-commissaire d'entamer " le plus rapidement possible " des consultations avec ces institutions ainsi qu'avec des organisations non gouvernementales (ONG). Le comité a également souhaité que le secrétaire général de l'ONU " contribue à la mise en Óuvre de cette décision " et que celle-ci soit adoptée par l'assemblée générale des Nations unies.
Il ne peut s'agir que d'une solution partielle car la crise financière du HCR est sans précédent, les contributions actuelles ne pouvant pas suffire à couvrir les dépenses. Le budget de 429 millions de dollars prévu pour 1989 pour les programmes généraux du HCR (donc sans compter les problèmes imprévisibles) a été réduit à 389 millions. Le HCR devra combler en 1990 un déficit de 40 millions de dollars. Le budget prévu pour les six premiers mois de 1990 ne devrait pas dépasser 190 millions de dollars, à moins que de nouvelles dispositions ne soient adoptées pour faire face à la crise.
Le principal événement de cette session a été la création d'un " groupe de travail " temporaire qui sera présidé par l'ambassadeur Dannenbring (RFA) et composé de représentants des Etats membres du comité exécutif du HCR (pays donateurs et pays d'accueil). Certains considèrent ce groupe de travail, notamment chargé " d'examiner les questions touchant à l'utilisation judicieuse des fonds et à la gestion efficace des programmes ", comme un organisme destiné à mettre sous surveillance Mr Hocké.
D'autres estiment que ce groupe sera de nature à redonner confiance aux donateurs et à les inciter peut-être à se montrer moins égoistes.
Le roi du Népal à l'Élysée. - Le roi Birendra du Népal est arrivé, vendredi 13 octobre, en fin de journée à Roissy, à bord d'un Boeing-757 spécial venant de Larnaca, Chypre, pour une visite privée de quatre jours en France. Il est accompagné de son épouse, de ses trois enfants, du ministre népalais des affaires étrangères et d'une suite de quarante-quatre personnes. Le roi Birenda a été reçu, samedi matin, par le président François Mitterrand.
"Happy Birthday to you !" L'assistance a souhaité, en chantant, un heureux anniversaire à Mme Thatcher qui fêtait vendredi 13 octobre ses soixante-quatre ans, et le congrès conservateur de Blackpool s'est terminé par une ovation de dix minutes pour la "Dame de fer". Les conservateurs savent célébrer leur leader, surtout s'il parait en difficulté dans les sondages.
L'organiste a eu la présence d'esprit de jouer la célèbre chanson des Beatles : "Will you still need me when I am sixty-four ?" (Auras-tu encore besoin de moi lorsque j'aurai soixante-quatre ans ?). Ces gâteries font partie des traditions, mais Mme Thatcher elle-même, dans son discours de clôture, n'a pas paru au mieux de sa forme. Elle a prononcé un discours très défensif, axé sur ses succès passés et sur le rappel des grands principes de la libre entreprise, mais presque muet sur les problèmes économiques de l'heure. Mme Thatcher a même réussi le prodige de ne pas mentionner une seule fois l'existence de la Communauté européenne !
Les événements à l'Est ont occupé une très grande place dans ses propos : "On se souviendra de 1989 comme de l'année au cours de laquelle les peuples de la moitié de notre continent ont commencé à se libérer de leurs chaines." Mme Thatcher s'est attribuée un rôle moteur dans ces changements : "En 1979 (l'année de son arrivée au pouvoir), nous savions que nous lancions une révolution en Grande-Bretagne ; en fait, nous étions les pionniers d'une révolution mondiale. Nos mots d'ordre de 1979, liberté, famille, entreprise, propriété, sont ceux que l'on entend aujourd'hui à Leipzig, Varsovie, Budapest et même Moscou. La torche que nous avons allumée en Grande-Bretagne est devenue un phare qui a projeté sa lumière au-delà du " rideau de fer."
N'est-ce pas jeter le bouchon un peu loin, même si l'auditoire a manifesté, par sa réaction, qu'il créditait volontiers Mme Thatcher d'avoir exporté à l'Est la "révolution conservatrice" ? Suivait naturellement une remarque attristée sur le contraste entre la liberté émergeant à l'Est et l'obstination du Parti travailliste à vouloir imposer toujours plus de contrôles, toujours plus d'Etat.
A propos des travaillistes, Mme Thatcher a affirmé : "Ils n'ont pas changé." C'était un peu court après l'acceptation, par le dernier congrès du Labour, d'une grande partie de l'acquis de dix années de thatchérisme. "La Dame de fer" soupçonne Mr Kinnock de ne pas être sincère et l'accuse de se livrer à des "contorsions" dans le seul but de gagner les prochaines élections.
Mme Thatcher a également réglé ses comptes avec l'archevêque de Canterbury qui l'avait accusée, dans une récente interview, de promouvoir des valeurs "pharisiennes".
"Certains présentent l'enrichissement comme un acte égoiste. Mais pour chaque pharisien que produit notre système, on trouve au moins trois bons Samaritains", a déclaré Mme Thatcher.
La "Dame de fer" n'a pas non plus péché par modestie à propos de la défense de l'environnement : "La Grande-Bretagne est le leader international dans ce domaine et continuera à l'être." Ce n'est pas exactement l'opinion de la Commission de Bruxelles qui vient de trainer le gouvernement britannique devant la Cour européenne de justice pour la mauvaise qualité de son eau...
Le premier ministre a enfin déçu ceux qui attendaient d'elle une évaluation plus réaliste des difficultés présentes de l'économie britannique. Rappeler, année après année, que l'inflation avait atteint son record, 27 %, sous un gouvernement travailliste, ne suffit pas à justifier qu'elle soit actuellement une des plus élevées d'Europe, à 7,6 %. Il n'est pas question en tout cas d'abaisser les taux d'intérêt, qui s'élèvent à 15 %, ni de procéder à une dévaluation ouverte ou rampante.
Nombreux sont ceux, au sein du parti conservateur, qui voudraient que Mme Thatcher et son chancelier de l'Echiquier, Mr Nigel Lawson, accordent leurs violons. La première ne veut pas entendre parler d'une adhésion au système monétaire européen, le second y est favorable et avait tenté d'y préparer le pays en 1988 en faisant "coller" la livre au deutschemark. Ces désaccords ont entamé la crédibilité du gouvernement et ont joué leur rôle dans la crise actuelle de la livre.
Certains commencent à murmurer, même s'ils n'ont pas l'audace de le faire en public, que Mme Thatcher n'est peut-être plus le leader le mieux placé pour remporter les prochaines élections ...
Les passants interpellés sans papiers sont rassemblés en file indienne, torse nu, et conduits au poste de police pour la nuit. Treichville est connu pour son animation, ses bars, ses prostituées et ses boites de nuit. Depuis fort longtemps, les Européens ne s'aventurent plus dans ce secteur, véritable fief des malfaiteurs et des trafiquants de drogue.
Seuls quelques soldats français vont se défouler en groupe dans ces rues mal éclairées. A 23 heures, miraculeusement, les artères sont vides. Les riverains habitués à dormir sur un matelas posé sur le trottoir ont disparu. L'opération " Patrouille dans les villes " a eu un effet dissuasif.
Le commissaire Kone s'estime satisfait, tout en précisant qu'il s'agit avant tout d'intimider et non de réprimer. Seulement, le dérapage vers la xénophobie de ce processus sécuritaire tend malheureusement à se confirmer. Un domestique burkinais, employé dans une famille française, a été raflé malgré ses pièces d'identité en règle. Les militaires l'ont battu ainsi que plusieurs de ses compagnons d'infortune.
C'est la première fois que l'armée est associée à la police pour lutter contre le banditisme. La décision a été annoncée par le chef de l'Etat le 28 septembre. Cette mesure a mis en évidence le dénuement de la police, incapable à elle seule de garantir la sécurité. Alors que les militaires disposent de rutilantes " jeep Peugeot ", les policiers font figure de parents pauvres avec leurs fourgons Renault sur lesquels est mentionné le nom de la municipalité qui en a fait don. Un sergent d'une compagnie républicaine de sécurité ne cache pas son désarroi : " Nos collègues de l'armée ont tous fait au moins une fois un stage en France, et nos moyens sont ridicules. On manque de véhicules, d'émetteurs-récepteurs radio et d'effectifs. " En Côte-d'Ivoire, on compte un policier pour 2 000 habitants, alors que la proportion en France est d'un agent des forces de l'ordre pour 250 citoyens.
Les policiers ivoiriens ne bénéficient pas d'une bonne réputation dans l'opinion publique. Ils sont considérés comme de véritables racketteurs et chasseurs de bakchichs au bord des routes où les proies les plus faciles sont les chauffeurs de taxi, les camionneurs et les automobilistes européens dont le portefeuille est supposé bien garni. L'insécurité en Côte-d'Ivoire est devenue le souci majeur des nationaux tout comme celui des étrangers. L'inquiétude s'est manifestée plus particulièrement dans la communauté française après l'assassinat de trois de ses ressortissants en trois mois.
Après ces drames, Paris est intervenu discrètement auprès des autorités ivoiriennes. Le secrétaire d'Etat auprès du ministre des affaires étrangères, Mme Edwige Avice, a abordé le dossier insécurité avec le chef de l'Etat ivoirien et le ministre chargé de la sécurité intérieure, Mr Issouf Kone, lors de son passage à Abidjan le 18 septembre.
Les habitants d'Abidjan et de ses environs n'ont pas attendu les dernières mesures gouvernementales pour se protéger. Le climat qui règne dans la première agglomération ivoirienne relève du western. Les expatriés s'arment de plus en plus et n'hésitent pas à se faire justice. Le 30 septembre, un Européen a abattu avec son propre revolver des malfaiteurs armés qui venaient de dérober la voiture d'une jeune femme accompagnée de son enfant. Le " justicier " a même été félicité par les policiers venus faire le constat. Dans les banlieues populaires, des milices (on en compte plus d'une vingtaine) se sont créées pour veiller la nuit sur les bons citoyens. On en compte plus d'une vingtaine.
A Abobo, une cité prolétaire d'environ trois cent mille habitants, des petits groupes de trois ou quatre personnes armées d'arc et de lance-pierres patrouillent, de nuit, des secteurs bien délimités, interpellant les rares passants invités à préciser exactement le lieu, la maison où ils doivent se rendre. Les miliciens se chargent alors de les accompagner à domicile, ce qui permet en même temps de savoir si ces noctambules sont réellement attendus.
La rémunération de ces comités de surveillance se fait par une collecte auprès des habitants, qui versent chaque mois de quoi payer les bénévoles. Ces comités organisés et désormais fédérés demandent leur légalisation par le ministère de la sécurité intérieure. Le ministre, Mr Issouf Kone, se montre très réservé, surtout " quand les milices font la police et la justice à la fois, " précise-t-il.
Devant le restaurant " Le Deauville " un maitre-chien garde l'entrée. Ce haut lieu de la gastronomie abidjanaise, victime à deux reprises de malfaiteurs, a recours aux services d'une société privée. Il existe plus de soixante entreprises de gardiennage en Côte-d'Ivoire. Pour la plupart dirigées par des Européens, elles ont pu se développer avec la montée de l'insécurité. Elles emploient dans leur ensemble plus de mille trois cents personnes et offrent des services en tout genre, même une garde rapprochée. De nombreux malfrats et voyous aux biceps imposants ont pu ainsi se reconvertir et devenir les protecteurs des honnêtes gens tout en se faisant une nouvelle virginité.
Les biens des particuliers ne sont pas la seule convoitise des gang- sters, qui n'hésitent pas à s'attaquer aux banques, aux sociétés et aux entreprises d'Etat. En septembre, même le centre de tri postal était visité et de nombreux colis subtilisés.
Les premiers effets de la nouvelle politique sécuritaire impressionnent le grand public. Pas moins de quatre cents personnes sont interpellées chaque nuit dans Abidjan, qui a pris l'allure d'une ville en état de siège. Pour l'instant, aucun criminel n'a été arrêté. Le dispositif conjoint militaire et policier mis en place depuis le 2 octobre ne sera pas assoupli tant que le taux de criminalité ne baissera pas sensiblement, précise un haut fonctionnaire.
Cette mobilisation vingt-quatre heures sur vingt-quatre des forces de l'ordre ne va pas sans poser le problème d'un surcroit de travail. Une vaste souscription vient d'être lancée par les autorités ivoiriennes auprès de la population et des hautes personnalités pour soutenir les efforts de lutte contre le banditisme. Le ministre chargé de la sécurité intérieure révèle qu'un malfaiteur sur deux est étranger mais que le taux de criminalité chez les Ivoiriens augmente dangereusement. Toutefois, on peut craindre, malgré les assurances données par les autorités policières, que la communauté étrangère ne serve de bouc émissaire en cette période de crise économique aiguë. Sur les douze millions d'habitants que compte la Côte-d'Ivoire, la moitié sont d'origine étrangère, burkinais en grande majorité.
Les éditions du P'tit Normand et le Crédit industriel de Normandie viennent de publier la première édition du Guide économique de la Normandie, un ouvrage de près de 700 pages contenant toutes les informations économiques, politiques, sociales et culturelles ainsi qu'un inventaire de 3 230 communes des départements de la Manche, l'Orne, le Calvados, l'Eure et la Seine-Maritime.
Les éditions du P'tit Normand installées à Rouen publiaient déjà depuis dix ans un guide sur la ville de Rouen, et avaient lancé un guide économique consacré à la seule Haute-Normandie (Seine-Maritime et Eure).
L'originalité de ce guide sur la Normandie est double. La première est la réalisation avec un coéditeur bancaire, le Crédit industriel de Normandie. " Cette implication était naturelle, nous voulions effectivement favoriser la circulation de l'information dans les cinq départements normands ", explique Jean Duramé, PDG de la banque.
La seconde est la réunion en un seul ouvrage des informations concernant deux régions différentes sur le plan administratif, la Haute-Normandie et la Basse-Normandie, dont les projets d'unification sont régulièrement évoqués.
La " sauce " de " Sirocco " est aujourd'hui quiberonnaise. Carlos sert gentiment de guide à cette " petite mer " qui est un peu la sienne.
D'HABITUDE, Carlos n'aime guère que l'on piétine les plates-bandes de son jardin secret. Il a sa première vie, celle de Mirapolis et des Antilles, celle d'Oasis et du Club, remplie de chansons de guinguettes et de " big bisous " pas forcément sincères. On l'y voit tout nu, tout bronzé, gros Jean comme devant, rabelaisien sans l'esprit, décoré de colliers-chou et de salopettes aux couleurs des surfers hawaiens. Il a fait deux ou trois jolies chansons, mais elles n'ont pas marché. Mieux vaut donc danser le " tirlipinpon " sur le " chiwawa ". Les noceurs et les chiens, au moins, seront contents.
Comme toujours, il y a aussi la seconde vie. L'autre Carlos qui rit (qui riait) avec Coluche, rue Gazan, le fêtard que l'on devine à la voix qui ne s'en remet pas. Le Carlos au vin triste, aussi, qui pleurniche comme un enfant, qui en a marre, peut-être, de faire le clown, ou d'être gros. " Les sanglots, le fou-rire, c'est un peu la même chose. Les grandes joies sont toujours proches des larmes. "
Ce Carlos-là aime, par-dessus tout, la mer. Il la mélange d'ailleurs un peu, à la manière des poètes baroques, avec sa mère. Chez les trois enfants, la mer et l'amour ont la mère pour partage. L'amer aussi, peut-être, d'avoir servi de " cobaye " ? Catherine, la benjamine, a choisi Le Croisic et l'haptonomie (1) ; Grégoire, le cadet, est architecte naval. Jean, lui, adore la pêche, comme Françoise et Boris. Il est le président d'honneur du Pik Bar Club - " le " club de pêche de Quiberon. Et la ville, reconnaissante,a baptisé Cap'tain-Carlos un chalutier de pêche au gros.
Carlos aime bien, aussi, Denis Chégaray, le producteur de Sirocco. Alors, entre deux virées en mer et une cure de thalasso, il a fait venir l'équipe, lui a parlé des lumières du golfe, et a préféré, sans aucun doute, le Sauzon de Belle-Ile aux alignements et aux cartes postales de Carnac.
Morbihan, petite mère... Carlos prétend, aussi, que le rire vaut " toutes les psychothérapies de groupe ", parle de sa maman - fugitivement - avec des mots pleins d'amour et d'intelligence. Au fil des lectures (le Cas Dominique, psychanalyse et pédiatrie), on devine la complicité qui se noue avec cette mère pleine de " dingoterie ". Car Françoise avait un " chouchou ", ce fils ainé né au plein milieu de la guerre. A l'époque, on ne faisait pas d'échographie, mais Françoise se " pendulait " le ventre pour savoir si ce premier-né serait un garçon ou une fille. " Elle devinait ce que j'allais devenir, elle a fait des dessins de ma gueule, c'est exactement ça. " Un garçon, un clown avec qui " elle est restée très mère " : le pendule ne s'était pas " gouré ".
L'adorable petit Jean était très intelligent. Ses dessins, ses " mots " sont consignés dans un grand dossier vert qui rend son frère et sa sÓur fous de jalousie. A la Libération, " il parlait déjà très, très bien ", raconte Françoise dans l'autoportrait posthume d'une psychanalyse qui vient de paraitre au Seuil. Il aurait pu, à dix-huit mois, raconter les Résistants qui passaient rue Saint-Jacques, mais on lui avait tout expliqué, et il avait tout compris. Plus tard, il a la même discrétion pour faire le mur et retrouver, boulevard Saint-Germain, les copains - plus âgés - des grandes écoles ou des " troquets " du coin. Rapidement coopté, Jean rejoint la franc-maçonnerie du show-biz et des clowns. Salut les copains ! Carlos est " arrivé dans ce merdier ", avec Johnny Hallyday, et il n'en est jamais sorti. Cela fait, parait-il, oublier la difficulté de vivre.
Morocco et Shanghai Express, la semaine prochaine. Deux films rares que nous propose le "Ciné-club" d'Antenne 2 pour un hommage à Marlene Dietrich qui est aussi un hommage à son créateur, l'un des plus grands cinéastes.
EN 1966, les éditions Robert Laffont publiaient, sous le titre Souvenirs d'un montreur d'ombres, le récit biographique de Josef von Sternberg, Fun in a Chinese Laundry, paru à New-York en 1965. Il semble que cela fut fait en hâte. Le texte original, on le savait, avait été abrégé. Mais les lecteurs se précipitaient tous sur le chapitre concernant les relations du cinéaste avec celle dont il avait fait une star, au début du parlant : Marlene Dietrich, découverte par lui à Berlin où il était allé tourner l'Ange bleu à la demande d'Emil Jannings. Ce chapitre, dans la traduction d'alors, avait tout du règlement de compte. Josef von Sternberg (en fait Sternberg tout simplement, le " von " avait été ajouté par les studios américains) est mort le 22 décembre 1969 alors que commençait, un peu partout, une réévaluation de ses films, jadis tenus pour caprices d'esthète, constructions trop délirantes d'un Pygmalion amoureux d'une Galathée qu'il aurait étouffée sous les plumes, les dentelles, les parures et les décors, ce que l'intéressée avait, de toute façon, toujours démenti.
Voilà qu'enfin parait - chez Flammarion - l'édition française intégrale des mémoires de Sternberg, dans une traduction de Michèle Miech-Chatenay qui n'altère pas la pensée de cet artiste qu'on déclara trop orgueilleux, méprisant à l'égard des autres, parce qu'il fut animé par la volonté farouche de s'imposer en auteur complet dans un cinéma soumis aux volontés commerciales des producteurs, parce qu'il fut visionnaire et qu'il modela ses films sur son imagination, sur l'ombre et la lumière, une conception baroque des décors, de l'espace cinématographique. C'est bien ce que nous révèle l'ouvrage, titré De Vienne à Shanghai, les tribulations d'un cinéaste (1), qu'il faut absolument lire au moment où le " Ciné-club " d'Antenne 2 nous propose, en double hommage à Marlene Dietrich et à son créateur, deux des films qu'ils ont tournés ensemble : Morocco (1930) et Shanghai Express (1932).
Le chapitre 9, consacré à Marlene Dietrich, prend tout son sens avec ce que Sternberg dit, auparavant, de ses débuts de cinéaste, de ses voyages, de ses conceptions de l'acteur au théâtre et au cinéma. Il n'est plus difficile de comprendre, sans entrer pour autant dans la vie privée qui, au reste, n'est pas dite, que Marlene Dietrich, qui doit tout à Sternberg, sa carrière, sa vraie personnalité, son mythe, a en quelque sorte communié avec lui dans un amour commun d'un cinéma romanesque d'auteur. Les univers exotiques et baroques, le Maroc ou la Chine, reconstitués en studio dans leur vérité esthétique, servent d'écrins à cette femme, désormais incomparable, dont affleurait, sur l'écran, avec la beauté troublante du visage et du corps au-delà de la sophistication hollywoodienne, le monde intérieur. Et ne parlons pas des histoires de quat'sous qu'on a si souvent reprochées à Sternberg. S'il choisit d'adapter Amy Jolly, roman avec chanteuse de beuglant et légionnaire, de Benno Vigny (d'ailleurs suggéré par Marlene), c'est, il le dit lui-même, " parce qu'il était visuel et n'exigeait pas qu'on reproduise fidèlement une cascade de mots ". Ainsi naquit Morocco, mais on pourrait dire la même chose de l'histoire qui inspira Shanghai Express, pour ne s'en tenir qu'à ces films-là.
Avec Marlene pour interprète - et après la transformation de la femme fatale naturaliste de l'Ange bleu - Sternberg ne parle que du destin féminin, des difficultés, de l'amour, des élans de cÓur. Dans Morocco, la chanteuse lasse qui apparait sur le pont d'un navire et va être demandée en mariage par un homme riche (Adolphe Menjou) aime un légionnaire aussi beau qu'elle et aussi porté qu'elle aux manÓuvres de la séduction (Gary Cooper). Dans un boui-boui de Mogador, Marlene chante - et avec quelle voix lourde de nostalgie et de promesse - Give the man who does thing et Lorsque tout est fini. Elle apparait, habillée en homme, frac et haut de forme, et embrasse une femme sur la bouche - " pas une scène de mes films à connotation sexuelle n'a jamais été censurée ", précise Sternberg, - mais c'est pieds nus, dans le désert, qu'elle suivra le légionnaire après avoir rompu le collier de prix offert par l'autre homme. Dans Shanghai Express, Marlene surgit, au milieu du tohu-bohu de la gare de Pékin : un visage fascinant sous une voilette, un boa de plumes, une longue robe sinueuse. C'est Shanghai Lily, la " beauté professionnelle ", encore une femme meurtrie, qui va trouver, ou plutôt retrouver, l'homme de sa vie dans le train de Shanghai, cerné par les menaces de la guerre civile. Une des plus belles histoires d'amour racontées au cinéma. Marlene romantique, et grande par sa dignité morale. Vive Sternberg !
Coll. CHRISTOPHE L.
Préparant Nostalghia, Tarkovski était en Italie avec le scénariste Tonino Guerra. Tempo di viaggio, le fruit de cette rencontre, est un inédit offert par la veuve du cinéaste à " Océaniques ".
EN 1982, l'année même où les autorités soviétiques refusent à Andrei Tarkovski son visa pour venir en France présenter Stalker, il est autorisé à partir travailler en Italie, à l'invitation de la RAI. Ce sera Nostalghia, premier film tourné hors de son pays et l'avant-dernier réalisé avant sa mort survenue trois ans plus tard à Paris. On ignorait que dans cette période d'exil, à part Nostalghia et Le Sacrifice (tourné en Suède), le cinéaste avait eu le temps de faire un troisième film Tempo di viaggio. C'est cette Óuvre, totalement inédite et absente des plus récentes filmographies, que sa veuve Larissa a apportée à Pierre-André Boutang et qu'" Océaniques " diffuse ce soir.
De quoi s'agit-il ? Pas d'un voyage au sens traditionnel du terme, mais plutôt d'une sorte d'autoportrait en situation. Tarkovski a déjà tracé les grandes lignes du scénario de Nostalghia et il cherche des lieux de tournage. Des lieux à prendre tels quels ou à recomposer, en tout cas des espaces propres à lui inspirer d'autres développements du scénario, d'autres composantes pour les personnages. En bref, il attend de ces repérages une nouvelle aide à personne en danger de création d'images.
La quête dure depuis quelques jours, mais il n'est pas très satisfait de ce qu'il a vu jusque-là. Les paysages du Sud l'ont même mis mal à l'aise. Trop beaux, trop touristiques. De ses premières impressions on retrouve l'écho dans Nostalghia où il fait dire à Gortchakov, son personnage principal, qui refuse d'aller voir la madone de Piero Della Francesca : " J'en ai assez de toutes ces beautés écÓurantes, je ne veux plus rien pour moi ". La balade italienne, telle qu'on aurait pu l'attendre de n'importe quel cinéaste, n'a pas lieu dans Tempo di viaggio. Pas plus que dans Nostalghia, qui devait d'ailleurs s'appeler à l'origine Voyage en Italie. Tarkovski, préparant ce qui deviendra le voyage intérieur et la solitude d'un écrivain russe nommé Gortchakov, filme déjà sa propre " nostalghia " de cinéaste exilé. Dans cette démarche difficile, douloureuse même, on le sait tendu vers ce qu'il appellera plus tard son " but prioritaire ". C'est-à-dire " reproduire l'état d'un homme en profond désaccord avec le monde et avec lui-même, incapable de trouver un équilibre entre la réalité et son désir d'harmonie. Soit un homme qui souffrait de la nostalgie due à l'éloignement de la maison natale, mais aussi de la nostalgie plus globale d'une plénitude d'existence " (1).
C'est la partie la plus passionnante, en même temps qu'émouvante, du film. Parce que pour la première fois on y voit Tarkovski travaillant en images et par l'image, à l'écriture d'un scénario qui, à l'évidence, ne cessera de se transformer jusqu'à la fin du tournage. C'est aussi la partie la plus difficile d'accès, parce que faite de bribes de réflexions, d'ébauches d'impressions, de pistes abandonnées aussitôt qu'entrevues. Plus fortement encore que d'habitude, surgit le sentiment de cette double impossibilité de suivre totalement le cinéaste et en même temps de l'abandonner en cours de route. Une présence au cinéma qui dépasse largement les frontières du 7e art et qui n'accepte aucune compromission. " Un cinéaste à prendre ou à laisser ", comme dit Antoine de Baecque dans l'ouvrage qu'il vient de lui consacrer (2).
L'autre partie est plus traditionnelle, avec sa construction proche de l'interview. Face à Tarkovski, Tonino Guerra, le scénariste d'Antonioni, de Fellini et des frères Taviani, qui l'a accompagné dans son " voyage " et a cosigné le scénario de Nostalghia, lui transmet les questions de jeunes cinéphiles transalpins. Là, pas de surprises. Tarkovski n'a jamais caché ce qu'il devait, pour des raisons diverses, à Dovjenko et Bresson, Antonioni et Fellini, Mizoguchi et Vigo, Paradjanov et Bergman. Il n'a pas une phrase sur le cinéma américain, le rejet est clair, cela aussi on le savait déjà. En revanche, on découvre avec regret les projets restés sans suite et dont l'énoncé laisse rêveur. De même, sollicité de conseiller les jeunes réalisateurs, Tarkovski répond en termes de responsabilité morale de l'artiste. Une idée chère, ancienne, et qu'il développera en la radicalisant jusqu'à sa mort. " C'est le cinéaste qui appartient au cinéma, qui est utilisé par le cinéma, et non l'inverse. Il faut servir, se sacrifier à l'art. "
Tempo di viaggio s'ouvre et se clôt sur un poème. Celui qu'a écrit Tonino Guerra à l'intention de Tarkovski. A la fin, c'est le cinéaste qui demande au poète de le lui réciter à nouveau. Car, comme Guerra, il sait depuis longtemps qu'au cÓur du scénario à écrire, il y a d'abord la nécessité d'une création continue de l'image poétique.
Avec " Voyage-Voyage ", l'enfant du Tréport a fait danser les Espagnols, les Allemands, les Belges. La petite Lorraine chante au Canada, en Suisse, en URSS et au Japon. Chacune à sa manière, Désireless et Patricia Kaas représentent bien une nouvelle génération d'interprètes françaises.
CHEZ l'une, le souffle entre les mots, la voix qui descend dans les graves et le contraste étonnant entre un physique d'ange et des paroles de femme. Un mélange de blues, de cabaret des années 30 et de grande chanson française. Chez l'autre, une organisation qui privilégie le synthétiseur, des mélodies sinueuses, et des chansons en forme de flash. A leur manière, plutôt rétro ou plutôt postmoderne, Patricia Kaas et Désireless représentent bien une nouvelle génération d'interprètes françaises. Nul complexe face aux auteurs-compositeurs : pour leurs premiers succès, toutes deux ont fait appel à des professionnels confirmés (Barbelivien pour l'une, Jean-Michel Rivat pour l'autre). Elles assument, avec talent, cette séparation des tâches : après tout, mieux vaut des paroles faites par d'autres mais qui collent à la peau que des essais tâtonnants et maladroits. Succès pour toutes les deux : avec plus de 700 000 albums vendus, Patricia Kaas talonne aujourd'hui les plus grands du moment ; Mademoiselle chante le blues, Mon mec à moi, ou D'Allemagne : les tubes s'enchainent avec une facilité désarmante. Quant à Désireless, après Voyage-voyage et John, elle prépare son premier album, prévu dans un mois. Mais elle poursuit, surtout, son étonnante carrière internationale. En 1987, Voyage-voyage s'est en effet vendu à plus d'un million d'exemplaires dans le monde. Il a fait danser les Espagnols, les Allemands, les Belges... le disque a même été distribué au Japon et en Australie.
Curieux succès que celui de cette enfant du Tréport aux cheveux hérissés qui porte la chanson française aux quatre coins du monde. C'est vrai qu'elle parle de grands espaces, brasse les thèmes et les pays. Mais cela ne suffit pas. La réussite est plutôt dans un son nouveau, une voix imprévisible qui fait de notre langue une sorte d'instrument post-électronique.
Patricia a construit également sa carrière à grande échelle. Née à Stiring-Wendel, en Lorraine, elle est elle-même le produit de deux cultures. " En réalité, explique-t-elle, jusqu'à ce que je vienne m'installer à Paris, je ne connaissais ni la France ni l'Allemagne. Seulement la Lorraine et la Sarre. " Fille de mineur de fond, elle doit attendre dix-sept ans pour voir la mer pour la première fois : un voyage à Nice, gagné dans un concours de chant. " Mais pas de misérabilisme : nous étions sept enfants parfaitement heureux. " A huit ans, elle était sur la scène d'un cabaret d'Allemagne. Elle chante aujourd'hui au Canada, en Suisse, revient d'une tournée promotionnelle en URSS et au Japon. " Ce qui m'a surprise là-bas, explique-t-elle, c'est leur ponctualité : les rendez-vous sont donnés à trois minutes près ! " Avec Patricia Kaas c'est la France telle qu'on la rêve souvent à l'étranger qui s'exporte. La référence à Piaf est évidente, jusque dans son hymme au machisme triomphant : " Mon mec à moi, (..) il me parle d'amour comme on parle de voitures "... La grande dame avait déjà célébré ces créatures insaisissables qui portent un blouson avec un aigle sur le dos... Mais au-delà, Patricia sait aussi jouer avec la tradition des chanteuses à voix, mêler le blues et les influences musicales de l'Est. Cocktail étonnant.
Au fond, Désireless et Patricia Kaas préfigurent peut-être, côté français, une future Europe de la chanson. Après tout, Carmel a plus de succès chez nous qu'à Londres ; Gianna Nannini a déferlé d'Italie, et l'on entend même de l'espagnol au Top 50 avec Mecano. Un peu comme si les grandes compagnies tentaient, à côté des lancements ordinaires de vedettes internationales, quelques greffes en douceur.
M 6 ouvre, avec ce film de Vittorio Cottafavi, un cycle consacré au fils de Zeus et à ses exploits. Viendront ensuite (chaque mardi) Hercule se déchaine, Hercule contre les tyrans de Babylone, Hercule contre Moloch et la Vengeance d'Hercule.
"NOUS proposons de définir chaque mythe par l'ensemble de ses versions. Autrement dit, le mythe reste mythe aussi longtemps qu'il est perçu comme tel. (...) On n'hésitera donc pas à ranger Freud, après Sophocle, au nombre de nos sources du mythe d' dipe. (...) De ce qui précède résulte une conséquence importante. Puisqu'un mythe se compose de l'ensemble de ses variantes, l'analyse structurelle devra les considérer toutes au même titre. " Lévi-Strauss (Anthropologie structurelle, Plon, 1958, p. 240) au secours du film mythologique ? Et pourquoi pas ? Il n'y a pas de version d'un mythe plus " authentique " qu'une autre. Simplement de plus anciennes.
Le cycle de Héraclès/Hercule est un bon exemple de ces légendes en constante évolution durant toute l'Antiquité. On connait surtout le héros par ses douze travaux. Mais sur ceux-ci déjà, les Anciens n'étaient pas d'accord, et c'est par pure commodité qu'on a retenu la liste dressée par Apollodore.
On comprend dès lors qu'il convient d'étudier avec la plus grande rigueur scientifique le corpus cinématographique consacré au fils de Zeus et dressé entre 1957 et 1983. Certes l'Antiquité y est parfois un peu malmenée mais le merveilleux, le plus souvent, ne perd pas ses droits.
Hercule n'inspira, au temps du cinématographe, qu'un dessin animé (les Douze Travaux d'Hercule, Emile Cohl, 1910), alors que triomphait sur les écrans un autre gros-bras, issu, lui, directement de l'écran, Maciste, avatar de l'Ursus de Quo Vadis et apparu dans Cabiria, en 1913.
Il faudra attendre l'après-guerre (la seconde) pour le voir naitre cinématographiquement. Sur son berceau s'étaient penchés deux autres héros antiques : Samson et Ulysse. C'est en effet les succès de Samson et Dalila, en 1949, et d'Ulysse, en 1954, qui incitèrent le metteur en scène Pietro Francisci à filmer les Travaux d'Hercule, en 1957 ; et devant le triomphal accueil fait au film, à lui donner une suite, Hercule et la Reine de Lydie, en 1958. Il est vrai que Steve Reeves (voir le supplément radio-télévision du 17-18 septembre) avait rallié tous les suffrages dans sa composition du héros olympien. Qu'importe si elle était académique, voire ampoulée, loin du personnage que nous décrivent souvent les textes antiques...
Les deux films de Francisci ne reprenaient que quelques-uns des douze travaux, mais ils brodaient avec habileté sur un contexte antique et mêlaient plusieurs légendes, dont celle des frères ennemis, Etéocle et Polynice, les fils d' dipe. Il fallait pour leur succéder un metteur en scène qui fut capable de broder avec talent sur les aventures du héros. Il y en eut deux ! Vittorio Cottafavi, dans la Vengeance d'Hercule, en 1960, construit son film comme une tragédie antique et montre la grandeur du héros en proie à la haine des dieux. L'année suivante, avec Hercule à la conquête de l'Atlantide, il donnait avec truculence mais aussi gravité une version moderne de la fable atlante. Après avoir ridiculisé les rois grecs murés dans leurs querelles stériles (la SDN et l'ONU !), il renvoyait aux années noires du nazisme. Sous une symphonie de couleurs (la palette des rouges est superbe) et une esthétique baroque, son film suivait fidèlement les codes du genre, pour mieux les tourner.
La même année, Mario Bava, le maitre du fantastique, envoyait Hercule dans le monde souterrain. Dans Hercule contre les vampires, étonnant mélange de mythologie et d'horreur, il s'affirmait, avec une pénurie de moyens étonnante, comme le poète de l'Achéron et du monde des dieux d'en-bas.
Cinq films, cinq chefs-d'Óuvre. Monté sur le faite, le héros, hélas ! ne pouvait que descendre. Certes, il eut encore de bons moments devant lui. Des bluettes amusantes : les Amours d'Hercule (C. L. Bragaglia, 1960), où il servait de faire-valoir à Jane Mansfield, ou Hercule se déchaine (G. Parolini, 1962), où il affrontait Serge Gainsbourg.
Puis il dut combattre tous ceux qui s'étaient fait un nom dans la mythologie, la Bible ou le péplum. On eut ainsi : Ulysse contre Hercule (M. Caiano, 1961), Hercule, Samson, Ulysse (P. Francisci, 1963). Enfin, on l'envoya de plus en plus loin : chez les Incas (Hercule contre les fils du Soleil, O. Crivani, 1964), chez les Mayas (Hercule contre Goliath, G. Malatesta, 1966), à Babylone (Hercule contre les tyrans de Babylone, O. Paolella, 1964) et bien d'autres encore. On eut même de faux Hercule qui n'en avaient que le nom, comme Hercule contre Moloch (G. Ferroni, 1963).
Hélas ! ni la parodie (les Trois stooges contre Hercule ; Deux corniauds contre Hercule ; Hercule à New-York) ni la science-fiction (Hercule, L. Coastes, 1982, et sa suite, en 1983) ne purent redonner au mythe le brillant qu'il avait eu le temps d'un lustre. Paresse des cinéastes ? Manque d'imagination ? Il reste pourtant bien des travaux à porter à l'écran. Et le mythe ne demande qu'à recevoir quelques mythèmes supplémentaires.
Après avoir connu un formidable succès, les chaines payantes américaines vivent aujourd'hui dans l'angoisse. Leur pouvoir de séduction s'érode et les téléspectateurs leur préfèrent les vidéocassettes et le " pay-per-view ", un système qui permet de choisir et de payer son programme " à la carte ".
AUX Etats-Unis, les progrès de la technologie ont profondément modifié le comportement du téléspectateur. Plus de la moitié des foyers américains sont abonnés à la télévision par câble. Cette croissance rapide ne doit cependant pas faire illusion et, parmi ceux qui ont cru voir s'ouvrir un marché sans limites, certains ont, depuis, déchanté.
En 1982, le tube cathodique irradie les cinquante Etats du pays de sa lumière voyageuse. Mr Jack Valenti, président de la puissante Motion Picture Association of America (MPAA), déclare que l'industrie du câble " est devenue la seule industrie américaine qui soit à l'abri de toute récession ". Cette " câblemania " qui frappe l'Amérique s'explique par la richesse - quantitative - des programmes. Le cinéma, le sport, la finance, la santé, l'information, la religion, la musique, la culture ont leurs chaines thématiques propres à satisfaire les papilles gustatives d'un public ciblé. Devant ce menu à la carte, l'Amérique, polymorphe et polyglotte, se découvre un appétit de loup. Et s'abonne, massivement.
Il est choyé de tous, ce téléspectateur insatiable. La sollicitude qu'on lui manifeste ne connait plus de bornes. Il commande par les sondages, il est le prince des taux d'audience, il est le client, donc le roi. Adulé, guetté par les professionnels de l'image, il a pris conscience de son premier droit de consommateur : la liberté de choisir.
Une attitude individualiste qui plonge les chaines payantes, les " Pay TV " , dans un état d'insécurité permanent. Elles s'interrogent sur l'avenir ; et, sans douter vraiment de leur capacité à le gérer convenablement, entrevoient des problèmes dont elles ne sont pas sûres d'avoir toutes les données, et donc les solutions. Car ces chaines à péage n'ont qu'une obsession : occuper le terrain. Après avoir séduit des millions de téléspectateurs, il faut songer à ne pas les laisser s'échapper. Un abonnement mensuel, ça se résilie si on estime ne pas en avoir pour son argent. Les géants de la télévision payante, Home Box Office (HBO, 16 millions d'abonnés) et Showtime (6 millions), sont obligés de réviser leurs tarifs à la baisse alors que leurs investissements en matière de programmes ne cessent d'augmenter.
La compétition est féroce entre ces chaines, qui vivent dans la hantise de la souscription résiliée. Afin de se différencier au maximum les unes des autres, elles se lancent de plus en plus dans les coproductions et productions maison, sous la forme de films, séries ou téléfilms haut de gamme avec des acteurs vedettes. " Nous sommes devenus producteurs malgré nous ", reconnait un responsable de HBO. Ces dernières années, les coûts d'acquisition de films ont augmenté de 30 % à 40 %. En 1987, la chaine a dépensé 545 millions de dollars en films et programmes originaux.
Malgré ces sommes faramineuses et des campagnes promotionnelles onéreuses, HBO, qui enregistrait plus d'un million d'abonnés par an depuis 1977 voit ce chiffre tomber à cent mille.
Désormais, ce n'est pas seulement la maison qui se vide, mais la charpente qui est ébranlée. Le premier responsable de cette déstabilisation ? Le magnétoscope. Sa croissance météorique - six foyers sur dix en sont aujourd'hui équipés - a eu un effet dévastateur. Les Américains ont acheté 65 millions de cassettes préenregistrées en 1987 et en ont loué plus de 2 milliards. Les affaires sont excellentes pour les vidéostores, qui proposent des films récents avec une bonne longueur d'avance sur les chaines payantes. A peine sorti en salles, Batman sera disponible en vidéocassette dès le 15 novembre prochain. Un bel exemple de lancement spectaculaire à l'échelle mondiale qui reflète la stratégie marketing des géants de l'industrie audiovisuelle, décidés à s'appuyer sur une logistique multimédia pour garantir le succès de leurs produits.
La seconde secousse vient des chaines gratuites comprises dans l'abonnement initial au câble, le " basic ". USA Network ou la super-station de Ted Turner TBS offrent, sans charge supplémentaire (ces services sont financés par la publicité), des programmes qui commencent à rivaliser, par leur qualité, avec ceux des Pay TV. En 1988, USA Network n'hésite pas à engager 300 millions de dollars pour une nouvelle programmation. Cette politique audacieuse fait des émules : TBS et Arts and Entertainment, (A and E), spécialisée dans les émissions culturelles, délient leur bourse et remodèlent leur grille.
L'engouement pour le " pay-per-view " (PPV) fragilise encore davantage l'édifice. C'est un système " à la carte ", qui permet de voir un film en exclusivité, parfois le jour même de sa sortie dans les salles, avec une facturation au coup par coup. Cette nouvelle forme de télévision payante par distribution sélective à demande bouleverse le concept de la programmation aux Etats-Unis. Le téléspectateur ne choisit plus une chaine, mais un programme. Et, pour cela, il lui suffit d'introduire un code personnel dans son décodeur. L'ordinateur central du réseau ordonne alors le décryptage du film et le facture immédiatement. A l'heure actuelle, 10 % des foyers câblés sont équipés pour recevoir le PPV. Ce n'est qu'un début, car les Américains sont prêts à payer pour être servis à domicile. Les tarifs sont variables : 4 dollars pour le film Moonstruck, 34 dollars pour le combat de boxe Tyson-Spinks.
Avec cette retransmission, le " pay-per-view " affirme sa suprématie dans la diffusion d'événements exceptionnels. Le match était, en effet, très convoité. Particulièrement par HBO, qui fit monter les enchères. En vain. Les stars du sport sont aussi des hommes d'affaires avisés qui ont découvert dans le PPV un filon juteux et font désormais pression sur les fédérations pour assurer aux grandes rencontres sportives une programmation événementielle. Et lucrative. Au grand courroux respectif des chaines payantes et des networks, mis KO Cette télévision à la carte ne laisse pas indifférents les studios de cinéma. Huit " majors " ont rejoint " Request Television " (télévision sur demande), un service qui offre par satellite des programmes spécifiques aux câblo-opérateurs.
A Hollywood, on se frotte les mains. C'est l'occasion de se refaire une santé. Il ne s'agit pas cette fois de rater le train, comme cela a été le cas au début de la télévision. Les rois du software, les fabricants de programmes, retrouvent leur puissance. D'autant plus que les deux leaders de la télévision payante, HBO et Showtime, font assaut de sommes colossales pour avoir accès aux cinémathèques des studios.
Actuellement, les Pay TV sont divisées sur la stratégie à adopter pour tenir tête au PPV, qui promet d'avoir une force de frappe analogue à l'Exocet. Les perspectives s'annoncent plus qu'encourageantes, puisqu'elles sont chiffrées à 2 milliards de dollars de revenus pour 1990. Showtime a déjà réagi en créant " Viewer's Choice " (le choix du téléspectateur), HBO, lui, refuse pour l'instant d'entrer dans la mêlée.
Une seule certitude, la télévision payante traverse une zone de turbulences et, à juste titre, les professionnels s'inquiètent de cette nouvelle composante de la cartographie télévisuelle : la liberté de visionnage.
En France, la technologie balbutiante protège encore la télévision à péage. Mais pour combien de temps ? Après Canal +, Service Plus ?
Octobre fête Jacques Tati. A2 diffuse à cette occasion un excellent montage d'archives réalisé par sa fille.
ON le voit penché (toujours penché) sur un comptoir. La pipe en avant, les deux bras alourdis par les valises. L'hôtelier lui demande son nom. On entend (on croit entendre : " uuu...ôôô. " L'hôtelier fait répéter, une fois, deux fois, finit par ôter la pipe de la bouche de l'hurluberlu pour entendre enfin distinctement : " Hu-lot. " C'est l'été 1953 et les vacances d'un " Monsieur tout-le-monde ", unique pourtant. Hurluberlu, hublot, hulotte, hurler : c'est si simple, " Hulot ", si riche en évocations, si universel. Réductible à deux voyelles, " uuu...ôôô ", qu'un cheval même comprendrait. Deux voyelles si cachottières qu'un enfant en rierait : " hahaha...hihihi ", pour faire éclore le nom du créateur : " Tati ".
Histoires de voyelles, histoires de sons. Les films de Jacques Tati en raffolent. Des sons, non des paroles. Car il ne faut pas seulement regarder ces films, il faut les entendre. Point de dialogues, ou si peu. Des monologues en revanche isolés de leur contexte, comme des solos musicaux. Des bribes de phrases noyées dans le ressac et dans les châteaux de sable. " Cette année, je prends mes vacances en juin " ; " Roger, t'as pas vu les chiens ? " ; " Oh ! le joli coquillage "... Du cinéma muet qui parle, çà et là. Hulot, lui, on ne l'entend pas. On le voit s'agiter de loin, parapluie en avant. C'est le mime que Tati a commencé par être qui vit en lui.
Son parcours cinématographique est animé d'un seul et même mouvement, d'une seule et même idée. Artisan de ses propres films, Tati a toujours refusé les facilités du prêt-à-porter commercial. En mouvement, on l'a retrouvé à vélo, en 1947, moustache et sac en bandoulière, facteur François d'un petit village " bien de chez nous " épris des méthodes de distribution américaines ; en 1953, on le retrouve en Amilcar 1924 pétaradante et poussive sur une petite plage de Normandie, entre cabines de bain et courts de tennis, falzar trop court et chaussettes rayées. En 1958, il parcourt à Solex les terrains vagues de Saint-Maur pour se rendre dans la villa design des Arpel, summum de la modernité domestiquée. Jour de fête, les Vacances de Monsieur Hulot, Mon Oncle : Tati enregistre succès sur succès, avec pour ce seul dernier film le Prix spécial du jury à Cannes et l'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood.
Toujours en mouvement - mais en marchant, - Hulot déambulera en 1967 dans une ville construite sur mesure. La Défense avant l'heure pour caricaturer l'univers labyrinthique des villes nouvelles. C'est Playtime et l'échec commercial (8 millions de pertes), la saisie des films précédents. La seule reconnaissance de certains cinéphiles ne nourrit pas son homme. C'est à un réalisateur hollandais que l'on doit de revoir Hulot sur les routes de Trafic (1972), en camion. La télévision suédoise lui offrira enfin de tourner Parade, inoubliable spectacle de cirque où Tati joue les Mr Loyal.
Tati-Hulot a pris ses dernières vacances une nuit de novembre 1982, sans que son dernier film, Confusion, ait pu voir le jour. Octobre 1989 fête ce peintre de l'absurdité lié au progrès (moins atterré par le progrès lui-même que par le culte immodéré que lui portent ses congénères). Un " Mois de fête " sur tous les fronts. Pour la télévision, Sophie Tatischeff, sa fille (monteuse, réalisatrice), a effectué un excellent montage d'archives à partir de nombreux inédits sur la vie de son père. Soixante-dix minutes pour Antenne 2, deux fois cinquante-deux minutes pour la Sept (produits par son frère Pierre, pour A2, la Sept et l'INA). On y retrouve Tati, jeune mime dégingandé, dans son premier court métrage, Gai Dimanche ; Tati de retour à l'hôtel des Vacances, quelques années plus tard ; Tati s'expliquant en anglais. Des images noir et blanc chatoyantes, comme celles de Jour de fête, qui font place progressivement aux couleurs que Tati lui-même n'a jamais pu revoir (le film avait été tourné selon un procédé couleur qui s'était révélé inutilisable).
Le " mois Tati ", c'est aussi la parution aux éditions Ramsay d'un album richement illustré et fort documenté, l'édition en vidéocassettes de la plupart de ses longs métrages et la ressortie en salle à Paris de Jour de fête, des Vacances de Monsieur Hulot et de Mon Oncle (1). De quoi retrouver avec plaisir les plans larges fourmillant de vie et de drôlerie (Tati n'a filmé que de rares gros plans - sur des enfants - dans Parade). De quoi redécouvrir avec émotion la fraicheur, la netteté et la clarté des ciels de cet oncle en apparence excentrique. " Là où la route finit, le ciel continue ", entend-on dans Jour de fête. Ce ciel, que seule une ondée hollandaise (2) vient troubler dans Trafic, la dernière aventure de Monsieur Hulot, en faisant s'ouvrir en chÓur et en un clin d'Óil des centaines de parapluies amstellodamois.
"MA biographie est davantage à inventer qu'à reconstituer ", répondit Liszt, vers la fin de sa vie, à Lina Ramann, qui lui demandait quelques précisions pour étayer l'ouvrage qu'elle rédigeait : Franz Liszt, l'artiste et l'homme. Sans doute, par délicatesse, ne tenait-il pas tellement à ce que " tout " soit dit, d'autant qu'il était convaincu que sa vie n'avait été qu'" un long égarement du sentiment de l'amour ". Mais peut-être aussi gardait-il le souci de rester pour la postérité ce qu'il avait été pour ses contemporains : un être mythique aux facettes si multiples que chacun puisse y reconnaitre son idéal, humain ou artistique.
En ce sens, la Vie de Liszt, de Guy de Pourtalès, parue en 1926 et dont le succès ne se dément pas, est exemplaire. Mais elle ne correspond qu'en partie à la réalité. Et tandis que, en Allemagne, Julius Kapp, puis Peter Raabe publiaient des études magistrales et très documentées, la France attendait encore un ouvrage de référence correspondant aux exigences de la musicologie contemporaine.
C'est chose faite depuis la parution récente du Liszt, de Serge Gut (1), auquel Dominique Jameux consacrera partiellement deux de ses émissions, encore qu'on ait envie d'ajouter : six cents pages pour un pareil sujet, c'est un peu court...
Il est vrai que la correspondance choisie parue chez Lattès, en 1987, et le grand recueil de documents rassemblés également par Pierre-Antoine Huré et Claude Knepper sous le titre Liszt en son temps (Hachette), la parution prochaine, enfin, des lettres croisées de Liszt et de Marie d'Agoult (Gallimard), constituent des sources d'informations irremplaçables. On s'y reportera toujours avec plaisir.
Aussi Serge Gut a-t-il délibérément choisi de ne pas tout traiter, mais d'approfondir certains aspects de la personnalité ou de l'Óuvre de Liszt, de préférence ceux qui sont restés méconnus ou ont fait l'objet de controverses.
La biographie, complétée par une chronologie détaillée, occupe un tiers du livre. Juste de quoi dire l'essentiel d'une vie aussi mouvementée artistiquement, géographiquement et sentimentalement. Outre des rectifications résultant d'un examen critique des sources ou d'informations encore inédites, ce qui frappe, c'est la place, plus grande et plus juste, réservée à la première compagne de Liszt, Marie d'Agoult, dans le développement créateur et dans le développement humain du compositeur.
C'est elle, certainement, qui l'a le mieux compris et sans doute le mieux aimé. Ce n'était pas facile, quoique lui-même n'ait jamais aimé une autre femme avec la même intensité.
Dans la seconde partie du livre, Serge Gut fait le point sur les relations de Liszt avec la Hongrie, la politique, l'antisémitisme, la franc-maçonnerie, sur ses amitiés parfois problématiques avec Berlioz, Chopin, Wagner, et, chemin faisant, remet à leur place bien des idées reçues. Il examine aussi, tour à tour, le virtuose, le pédagogue, l'écrivain, et résout la question délicate du bilinguisme de Liszt, de la même façon qu'il renvoie dos à dos ceux qui veulent en faire un compositeur allemand ou hongrois, puisque les éléments français et italiens sont d'une importance égale dans son Óuvre.
La troisième partie est consacrée aux Óuvres principales, en des analyses nécessairement brèves, attirant l'attention sur tel ou tel détail significatif. Le souci d'être équitable, de ne pas confondre l'intérêt historique ou prophétique et la valeur musicale intrinsèque d'une partition, de reconnaitre les faiblesses, voire de prévenir les critiques, mène parfois l'auteur à des jugements surprenants.
Ainsi : " La bataille des Huns (...) a-t-elle une grande allure qui la hisse parmi les réussites du compositeur ", tandis que dans Mazeppa, il " ne se montre pas sous un jour favorable ". On pourrait plus raisonnablement inverser les propositions. Mais visiblement, en ce domaine comme dans les autres, Serge Gut ne craint pas de paraitre paradoxal. C'est d'ailleurs ce qui donne tout son poids et sa saveur à ce livre, d'autant que ces prises de position reposent, le plus souvent, sur une solide argumentation.
On trouvera un catalogue complet des Óuvres et une bibliographie exhaustive à la fin de cet ouvrage écrit avec ferveur, et qui, longtemps sans doute, fera autorité.
"COMMENT seras-tu en commerçante ? Je te vois déjà masquée et costumée. (...) Il y aura un faux éclat dans tes yeux, dans ta voix, une mélodie fausse, dans tes hanches, une fausse élégance... (...) Au lieu de voir, tu ne feras qu'évaluer... Même en forêt ou au bord de la mer, au lieu de bruissements, tu n'entendras plus que le clinquement des caisses enregistreuses... " C'est ce petit bout de texte de Peter Handke, extrait de Par les villages, qui a mis la puce à l'oreille à Jean-Pierre Milovanoff. Aller voir (se rendre compte) que derrière les mots " commerce ", " acheter ", " vendre ", il n'y a sûrement pas que de la fausseté, se persuader en somme que dans le théâtre du commerce se joue souvent une autre réalité : celle de la communication, par principe.
La vente, l'achat, personne n'y prête guère plus d'attention, si ce n'est celle portée au porte-monnaie. Ces " Nuits magnétiques " grattent ainsi un vernis de surface derrière lequel se cache un échange humain, ambigu, où se mêlent l'argent et le désir, l'envie et le besoin. Or le commerce, c'est la parole. Des mots qui cristallisent à maintes reprises la peur, le soulagement, l'agacement, la nervosité. Une cristallisation qui s'effectue à quelque niveau que ce soit : négociants, vendeurs, clients, hommes d'affaires ou de petits boulots, financiers ou camelots. Au hasard des lieux : du porte-à-porte à la boutique, du marché à la Bourse.
Rue de la Goutte-d'Or, chez un marchand de textile africain, ou dans le Midi, chez un apiculteur, on retrouve chez ceux qui aiment leurs produits, leur métier, cette convivialité que les grandes surfaces (et peut-être un comportement bien occidental) ont dilapidé. Derrière l'échange, il y a la connaissance de l'autre, la curiosité et l'imprévu. Ce qu'un serrurier appelle volontiers " la poésie de l'économie ". Celle qui, loin des chiffres, rappelle que le client est roi.
Du mardi 17 au vendredi 20, 22 h 30.
LES surréalistes n'ont pas été longs à saluer la naissance du cinéma, cet "Óil surhumain", comme le qualifiait Soupault. Très vite, ils y ont vu une sorte d'heureuse synthèse de la science et de l'art. Apollinaire en tête qui, dès 1914, confiait à Maurice Raynal la chronique cinématographique de sa revue les Soirées de Paris et, en 1917, exhortait publiquement les poètes à prendre fait et cause, et plume, en faveur du septième art. Appel entendu aussitôt par Soupault qui, l'année suivante, publiait son premier poème cinématographique, Indifférence. Cet intérêt ne fut pas sans lendemain et rares sont les surréalistes qui n'ont pas écrit pour ou sur le cinéma, malgré une sensible évolution commerciale qui en éloignera quelques-uns, comme Breton.
De cet immense foisonnement surréaliste autour de l'écran sont nés des scénarios. Certains ont été tournés, d'autres sont restés dans les tiroirs. Ce sont ces laissés-pour-compte qu'est allé dénicher un des meilleurs chineurs de l'histoire du cinéma français, Jean-Pierre Pagliano. Il en a choisi cinq qui, chronologiquement, s'échelonnent de 1917 à 1953. Le premier, la Bréhatine, écrit à deux mains alternées par Apollinaire et André Billy, est l'histoire d'une brave bretonne obsédée par son amour perdu et donne l'occasion de mesurer le souci du détail et la qualité d'invention d'Apollinaire qui, déjà à cette étape du travail, pense en termes d'image. Jean-Pierre Pagliano et les trois réalisateurs de la série (Jacques Taroni, Michel Sidoroff et Jean-Jacques Vierne) ont d'ailleurs pris le parti de conserver dans chaque cinémaquette les indications d'ordre technique laissées par les auteurs, ne serait-ce que pour faire la différence avec les dramatiques radiophoniques traditionnelles.
Avec Pierre Chenal et ses vingt-quatre sketches absurdes (Drames sur Celluloid, 1929), l'inspiration puise plutôt du côté du non-sens virevoltant et quasi-dadaiste. Inspiration assez proche de celle des frères Prévert et de Jacques Brunius qui, dans Emile-Emile (1930), destiné à Pierre Batcheff, conduit à la création d'un univers si dingue qu'il a dû laisser plus d'un producteur pantois. Le suicide du comédien destinataire a définitivement empêché le scénario de se tourner. Destin presque semblable pour le CÓur volé (1934), un des poèmes cinématographiques de Soupault qui, commandé par Vigo, ne put être réalisé comme prévu après l'Atalante, à cause de la mort du réalisateur. Le dernier texte de la série, qualifié d'entrée de jeu d'"intournable" (Fidélité, 1953) est signé Jean Ferry, ce haut dignitaire du Collège de pataphysique, qui a eu avec le cinéma une longue histoire d'amour, parfois douloureuse comme avec Clouzot (Quai des Orfèvres), plus harmonieuse avec Bunuel (Cela s'appelle l'aurore) ou carrément alimentaire (des péplums italiens comme le Spartacus, de Freda). Parmi les admirateurs de cette "chimérique entreprise" qu'est Fidélité se trouve Ado Kyrou. Une référence en matière de cinéma surréaliste.
Mme ADAM a beaucoup d'enfants, beaucoup trop. On ne l'y prendra pas deux fois à en avoir six d'un coup. Pour un record c'est un record ! Elle ne souhaite à personne de le battre, non pas pour conserver son titre de multipare-phénomène, mais parce qu'elle a souffert mille morts pour tant de vies. Et qu'elle est charitable, lasse et revenue du pays des merveilleux sextuplés que la médecine lui a offerts. Elle l'a dit lors de l'émission " Stars à la barre ".
C'est toujours la même chose. Vous êtes en peine, en manque, vous aspirez à un bienfait dont vous pensez qu'il résoudrait tous vos ennuis s'il advenait. Longue attente pour excessive espérance. Et puis, d'un coup, le ciel vous tombe sur la tête, c'est la surdose, l'indigestion. Mme Adam - formidable patronyme pour une mère d'exception ! - était stérile. A Elbeuf, Seine-Maritime, elle se languissait de ne pouvoir être mère, se morfondaient dans le sentiment d'incomplétude et l'oppression du désir d'enfant qui caractérisent - dit-on - beaucoup de femmes privées de maternité.
Un médecin spécialiste fut requis pour résoudre le cas. Il s'y employa fort efficacement, pratiquant ce qu'on appelle en termes techniques des " stimulations ovariennes ". Il y eut plusieurs coups d'essai avant un coup de maitre : un jour, ledit médecin put annoncer à Marie-Claire Adam qu'elle portait... dix embryons !. Presque une équipe de football en gestation. C'était passer du zéro à l'infini, de l'absence à l'invasion. Dans les cas de ce genre, bien connus des milieux médicaux, la nature fait parfois bien les choses. Il se produit une sélection in utero, spontanée, qui permet d'évacuer ce qu'on appelle très joliment les " fÓtus évanescents ". Ceux-là ne tiennent pas la distance ou sont trop impatients de voir le monde : ils tirent leur révérence. Las ! dans le cas de Marie-Claire Adam, il fallut recourir à des expulsions par le moyen de cette technique prudemment baptisée " réduction embryonnaire " et qui consista, en l'occurrence, à aspirer ceux qui voulaient bien quitter la place pour laisser leurs petits camarades se développer plus à l'aise. Re-las ! il n'en vint que quatre.
Dix moins quatre égale six. Allait-on procéder à une deuxième opération pour déloger quelques récalcitrants, quelques fâcheux surnuméraires ? La jeune femme fut avertie qu'il y aurait des risques, que toute la bande en profite pour s'éclipser. " J'aurais pu m'en faire enlever d'autres, dit-elle, mais alors, j'aurais pu perdre tout le monde. " Tout le monde... l'expression revient souvent dans sa bouche quand elle narre tristement cette aventure " atroce " d'une gestation sans frein.
On tenta, pendant la fin de sa grossesse, de l'apaiser en lui faisant valoir que, sur les six, il y en aurait sans doute qui ne survivraient pas. Il n'en fut rien : les quatre garçons et les deux filles de Mme Adam ont aujourd'hui neuf mois, l'âge des bébés joufflus. Ils sont dans une forme olympique, au contraire de leur mère qui compte les couches par centaines, les biberons par dizaines et tous les gens qui occupent sans cesse son logis pour l'aider à surmonter cette invasion. Jamais seule, jamais tranquille, dans l'impossibilité de les porter tous ensemble dans ses bras, elle va désormais dans la vie avec cette escouade de marmots qu'elle voudrait tous aimer. On sent bien que cette femme avait de l'affection à revendre, mais à ce point ! Tout ce monde, tout ce bonheur, cela ressemble diablement à un malheur.
On dira qu'il y a des détresses plus imparables, comme celles des sidatiques pour qui le pépin n'est pas l'excès de vie mais l'approche sournoise de la mort que retardent à peine des médicaments nouveaux. On a vu les pâles et maigres visages de certains malades lors de l'émission " Place publique ", de Claude Sérillon, sur Antenne 2. Ces joues creuses, ces regards clairs et vifs où parait se loger, pour une dernière résistance, toute la vitalité qui ne veut pas admettre la défaite à venir. Mais, cette fois, le plus terrifiant, ce qui dépassait même la commisération qu'on éprouve forcément pour un être aux abois, ce fut un malade allongé sur un lit de l'hôpital de Garches. Il n'avait pas souhaité sans doute qu'on puisse le reconnaitre puisque son visage était brouillé, comme les émissions de Canal Plus.
Il était tétraplégique depuis dix ans et, comme si cela n'avait pas suffi à son malheur, il avait attrapé le sida lors d'une transfusion sanguine. " Je n'y suis pour rien ", commentait-il. Ses deux maladies, dont une seule suffit à gâcher une vie, étaient survenues dans son existence comme par l'effet du hasard, d'une sinistre loterie qui lui aurait fait tirer deux fois le numéro du grand perdant. Il attend, paralysé sur son lit d'hôpital, la prochaine catastrophe. Au moins peut-il être assuré de l'affection des siens ? Oui, bien sûr, mais dans certaines limites. Quand ses petites filles viennent le voir à Garches, elles ne peuvent pas lui faire de câlins. " Elles ont la consigne de ne pas m'embrasser. "
Protéger les petites filles du sida ? Juste dessein, encore que la méthode, en l'occurrence, soit seulement vaine et cruelle. Mais la peur est partout. Tous les moyens sont bons pour l'exorciser. Jusqu'au jeu, dont on sait bien qu'il est l'une des pratiques inventées par l'espèce humaine pour masquer ses angoisses. A Argenteuil, dans la banlieue pauvre de Paris, on marche sur les seringues comme sur les feuilles mortes. Relief des nuits toxicomaniaques. Parfois, ce sont des enfants qui les récupèrent et qui les ramassent comme des marrons ou des canettes vides. Le sida est dans l'air, il est aussi dans l'aire de jeu. Une petite fille d'Argenteuil raconte le jeu à la mode dans son école : cela s'appelle le " chat-sida ". On joue à chat, mais celui qui est pris est censé attraper le sida. On s'amuse bien, à Argenteuil !
L'ennemi sournois est le plus redoutable. On le sait depuis longtemps : la force des démons, c'est d'être invisibles, supposés. Les virus sont les Satan des temps modernes. Du sida au cancer, de l'informatique à l'alimentation, nous sommes constamment guettés par des monstres miniaturisés, insaisissables, tapis dans l'ombre de nos organismes ou de nos productions. Nous n'avons plus confiance en rien. On meurt dans les hospices de vieillards parce qu'un coquelet n'était pas net. On attrape le cancer mystérieusement et, quand on s'en avise, il est parfois trop tard. L'eau potable devient suspecte. L'air frais du matin dissimule ses particules suspectes. L'ozone invisible est invisiblement troué. Jusqu'au bon soleil dont les caresses - insistantes cette année - deviennent nuisibles !
Et maintenant, les ordinateurs ! Il est trop tôt pour faire un bilan de l'offensive du fameux virus du vendredi 13, baptisé Datacrime et qui était supposé détraquer les micro-ordinateurs. Cette salmonelle des logiciels est-elle un fantasme ou un fait ? On est tenté d'en sourire, comme devaient sourire les passagers du Titanic lorsqu'on leur annonça que le navire indomptable venait de heurter un iceberg. Des spécialistes prennent pourtant au sérieux les affaires de piratage informatique. La contamination de nos petits écrans n'est pas une idée en l'air. Certains malins s'y sont déjà essayé, avec succès. Des parades ont été mises au point, mais il en va de cette nouvelle forme de délinquance comme des plus anciennes. Tout progrès de la défense appelle un progrès de l'attaque. C'est l'escalade des imaginations.
La voilà peut-être la peur millénariste pour les dix années qui nous séparent de l'an 2000. La peste ne s'attaque plus à l'homme, mais à ses Óuvres. Le virus est invisible, mais ses effets sont d'autant plus dévastateurs. Imaginons qu'un esprit infernal, méthodique, compétent, une sorte de capitaine Nemo des systèmes informatiques, parvienne à détraquer tous nos programmes, à détourner nos écrans, à détruire nos mémoires, d'un coup, d'un seul, en s'introduisant subrepticement dans l'intimité de nos chères disquettes. Cataclysme social ! Big bug ! Plus d'échanges, plus de paiement, ni de gestion ni d'écriture, plus de défense nationale, des fichiers évaporés, les comptables déprimés, des calculs faussés, des entreprises ruinées, des patrimoines disparus, l'Etat anéanti, la presse muselée.
Imaginez le piratage de votre journal préféré par un esprit pervers et faux, des sottises introduites dans les papiers des auteurs les plus sensés, des grossièretés, des mensonges, voire des fantasmes ! Touche pas à ma disquette, virus maudit !
Pedro Antonio Vasconcelos tourne actuellement à Lisbonne le Lieutenant Lorena. Ce téléfilm, qui conte l'éducation amoureuse et politique d'un jeune officier pendant les dernières années du règne de don Carlos, est une coproduction franco-portugaise prestigieuse qui espère faire le tour des télévisions européennes.
LA scène est difficile. " Eclairs sensuels ", indique la feuille de service qui rythme chaque jour de tournage. Sous les lustres en cristal d'un couloir désert de l'Opéra, tandis que, sur la scène, une quelconque diva s'enflamme sur la Traviata, une dame s'effondre dans les bras d'un beau lieutenant. Le brouillard des fumigènes rend l'atmosphère difficilement respirable, mais, sur l'écran de contrôle, on ne voit qu'une main gainée de soie blanche et d'or qui se crispe, puis s'abandonne. Le temps et la séparation des amoureux coupables n'y ont rien fait : deux ans ne suffisent pas à guérir d'une passion...
Le thème est stendhalien en diable, mais la scène se passe au théâtre Sao-Carlo de Lisbonne, où défila toute l'aristocratie de la capitale portugaise. Des ors et des pourpres de chromo, avec, à quelques mètres, les palais ravagés par l'incendie du Chiado, aujourd'hui en pleine reconstruction. On ne saurait rêver d'un lieu plus inscrit dans la mémoire portugaise. Nourri d'une culture française qu'il cite volontiers, Pedro Antonio Vasconcelos, réalisateur et auteur, avec Carlos Saboga, du scénario de ce Lieutenant Lorena, a pourtant fait le pari de porter son film aux quatre coins de l'Europe. " Je ne crois pas aux Óuvres bâtardes, explique-t-il, qui tentent, par leurs thèmes mêmes, de ratisser un public international afin de satisfaire les différents pays qui coproduisent. Ce sujet n'appartient qu'à notre histoire. " Et pour cause, puisqu'il s'agit des dernières années de la monarchie de don Carlos. Tout bascule dans le pays : les discours républicains se font de plus en plus menaçants et la révolte gronde dans les colonies africaines. En 1896, après une dure campagne de pacification, un officier de quarante-cinq ans, bourlingueur, aventurier, cruel, fait prisonnier un des chefs rebelles du Mozambique. Une cinquantaine d'hommes seulement l'accompagnent sur le terrain. A son retour, Mouzinho de Albuquerque est accueilli comme un héros national. La victoire apparait aussi comme une revanche sur l'Angleterre, la rivale, qui a eu la malencontreuse idée de soutenir les indigènes.
Sur cette trame historique se greffe l'éducation sentimentale et politique du jeune lieutenant Lorena, fasciné par la puissance et par la force de son chef. " Au-delà de ces faits authentiques, propres au Portugal, le thème du film a quand même une valeur universelle, poursuit Vasconcelos. D'abord, parce qu'il y a, dans tout le contexte, la genèse de notre époque. On voit apparaitre, timidement, le téléphone, le cinéma, l'automobile... Ces années de révolution, de soulèvement illustrent plus en profondeur des mécanismes psychologiques qui perdurent et dépassent les frontières. Il y a le héros qui fascine la foule, catalyse le mécontentement populaire ; il y a, surtout, cette correspondance qui s'établit entre la politique et les passions exacerbées. Le lieutenant Lorena, plein d'idéaux patriotiques, fait l'expérience du cynisme et de la lâcheté. Tous les amoureux du film passent par la même initiation. L'héroine a un mari, un amant en titre et le jeune lieutenant dans son cÓur. Ces trois hommes s'entre-déchirent. C'est finalement le mari, celui qui sait attendre et ne rien tenter, qui gagnera. "
Ces violons noyés dans les clameurs et les hurlements d'une époque ont en tout cas convaincu Caméras continentales, une maison de production que dirige, entre autres, l'éditeur Alain Moreau. Montage avec la Sept, FR3, puis avec la télévision espagnole et portugaise. " Je crois beaucoup à cette Europe du Sud, explique Jean-Pierre Gallo, directeur de Caméras continentales et artisan de l'opération. A condition de jouer le jeu de part et d'autre. Jusqu'à présent, les Portugais ont été sollicités pour financer des séries dont ils n'avaient pas pris l'initiative. Ils ont, la plupart du temps, répondu avec enthousiasme. J'ai eu envie de leur renvoyer la balle en les aidant à monter leur propre projet. "
L'affaire, peu à peu, a pris de l'importance. Le nom du réalisateur, Pedro Antonio Vasconcelos, est une caution de sérieux : son dernier film, O lugar do muerto, a attiré plus de 500000 spectateurs au Portugal. Le budget est confortable. On ne lésine ni sur les décors (200 différents!) ni sur les costumes : pour affronter tous ces émois à l'Opéra, Ludmila Mikaël porte une robe venue... du Guépard de Visconti... En tournage, pas de cadences accélérées. Pour chaque scène, on se donne la peine de prendre des marques au sol sérieuses, et tout est balisé, jusqu'à la hauteur du regard de la Belle, surprise dans des bras coupables.
Une coproduction de cette envergure exige un savant équilibre du casting. A côté de Portugais comme Antonio Ferrandis ou Jose Coronado, on retrouve quelques acteurs confirmés de chez nous, comme Jean-Pierre Cassel, enthousiaste à l'idée d'incarner l'époux qui tire les ficelles dans l'ombre. Quant à Ludmila Mikaël, elle confirme ici son virage délibéré de la scène vers la caméra. Mais le Lieutenant Lorena fait également place à de jeunes comédiens. Don Carlos, le roi, a été recruté sur petites annonces : cela faisait des années que ses amis lui signalaient sa ressemblance avec le personnage! On remarquera certainement, aussi, le lieutenant interprété par un jeune Marseillais à peine sorti du Conservatoire. Préféré à Anthony Delon, d'abord pressenti pour le rôle, Arnaud Giovaninetti se sent à l'aise, dans ce jeu hautain d'un aristocrate en rupture avec sa propre classe.
Reste à faire de ce film, qui entend refuser les facilités de Mon dernier rêve sera pour vous, une véritable Óuvre pour la télévision. Tranquillement, sans brusquer les choses, Vasconcelos s'y emploie : " Refuser de tourner pour la télévision aujourd'hui, dit-il, ce serait agir comme ces réalisateurs qui continuaient à faire du muet quand le cinéma parlait déjà. "
A quand un téléfilm sur le Cid Campeador? Trente-cinq films d'une dizaine de nationalités étaient en compétition pour la section " télévision " à la 10e Mostra de Valence. Les principaux prix ont récompensé le Testament de l'homme de la forêt, un excellent documentaire de la télévision espagnole consacré à Chico Mendes et Marat de Maroun Bagdadi que diffuse M6 le 18 octobre.
AVEC le sérieux presque grave qui est le propre - inattendu - de l'ancienne capitale du Cid, Valence d'Espagne vient de fêter le dixième anniversaire de sa Mostra du cinéma et de la télévision méditerranéens.
Parrainée par la municipalité et le gouvernement régional, cette manifestation est peu à peu parvenue, à force de rigueur, à se tailler une bonne petite réputation parmi les professionnels, méditerranéens ou non. Un millier d'entre eux, dont environ cent cinquante invités par la Mostra, étaient venus cette année dans la troisième ville d'Espagne.
Le marché des Óuvres de cinéma et de télévision - le Mercafilm - avait représenté environ 100 millions de francs en 1988, selon les organisateurs. Près d'une quarantaine de pays y participaient ce mois-ci, dont la moitié de non-riverains du Mare Nostrum (Etats-Unis, Allemagne fédérale, Grande-Bretagne, Corée du Sud, Suisse, etc.).
La section télévision, qui nous intéresse seule ici, comportait, en compétition, trente-cinq films d'une dizaine de nationalités. Les deux principaux prix ont été attribués, pour la fiction, au réalisateur libanais replié à Paris, Maroun Bagdadi, auteur de Marat (déjà diffusé sur Canal + et présenté par M6, mardi 17 octobre à 20 h 30), pour les documentaires, au Testament de l'homme de la forêt, production de la télévision espagnole tournée au Brésil par Lisardo Garcia Bueno.
On ne s'attardera pas sur les qualités du Marat de Maroun Bagdadi (supplément radio-télévision daté 7-8 mai) ; ce film de quatre-vingt-dix minutes, juridiquement français et également très français par son traitement souvent gaillard ou primesautier d'une des figures les plus épineuses de la Révolution, jette aussi sur 1789 et suivantes un regard extérieur, en l'occurrence libanais, et donc connaisseur en matière de violence... (Bagdadi est d'ailleurs l'auteur de plusieurs longs métrages réussis sur la guerre du Liban). Le compositeur de la musique de Marat, Gabriel Yared, est également beyrouthin. Cet ensemble franco-libanais, dont le coscénariste est Daniel Boulanger, et qui appartient à la série " les Jupons de la Révolution " produite par Chrysalide-Films, apparait déjà comme l'un des bons moments de la cuvée télévisée du Bicentenaire.
L'" homme de la forêt " serait plutôt un anti-Marat, en ce sens qu'il pratiqua une sorte de non-violence, mais il finit lui aussi en victime, non point d'une délicieuse Charlotte Corday des bois, mais d'un latifundiaire menacé dans ses intérêts. On aura peut-être reconnu Chico Mendes (1), ce jeune seringueiro - ramasseur de caoutchouc - de la sylve brésilienne, assassiné en décembre 1988. L'action, au départ syndicale, de ce bon gros moustachu presque insignifiant était vite devenue, dans une Amazonie dévastée, l'espoir des Amérindiens, des petits paysans, des ouvriers agricoles et autres modestes forestiers, sans parler des écologistes du monde entier.
Le Testament de l'homme de la forêt permet, en une heure, de reconstituer l'itinéraire obstiné et fatal de Chico Mendes, de voir les ravages causés au Brésil par la sauvage âpreté au gain d'éleveurs nationaux souvent épaulés par des capitalistes étrangers, notamment japonais, mais aussi d'entendre les arguments et de découvrir les traits des ennemis de Mendes, y compris son propre assassin.
La révolte, l'émotion surgissent d'elles-mêmes à chaque image. Le pauvre petit Chico devrait être une figure mondiale comme Martin Luther King ou Anouar El Sadate. Le combat qu'il a mené, notamment pour empêcher la poursuite du génocide des Indiens du Brésil, n'est-il pas aussi admirable que la lutte pour les droits des Américains noirs ou la paix égypto-israélienne ? Le film de Lisardo Garcia, s'il est bien diffusé, devrait aider à tout le moins à ne pas refermer le terrible dossier amazonien que défend maintenant un des proches de Mendes, Julio Barbosa de Aquino.
La Mostra de Valence a également attribué un prix, pour " renouvellement de l'expression télévisée ", à un autre téléaste espagnol, Manuel Huerga, auteur de Gaudi, film de fiction, coproduit par la Sept, sur l'extravagant architecte catalan (1852-1926). Fiction mais réalisée comme un documentaire des années 20, avec une habileté diabolique qui confond le spectateur. Le réalisateur ne s'est pas pour autant pris au sérieux, mais son travail constitue sans doute le meilleur moyen filmé de connaitre le mystérieux concepteur de la Sagrada Familia de Barcelone.
Gaudi a été programmé à la Mostra en version bilingue anglo-catalane. D'autres Óuvres produites ou coproduites par des Français l'ont été uniquement en anglais, pour des raisons " commerciales " qui, en Méditerranée, ne sont guère justifiées. Les téléastes des régions espagnoles ne se soucient guère, eux, de cet argument, tournant - et présentant à la Mostra - de plus en plus de films uniquement en catalan ou en valencien... Après la télévision barcelonaise, Valence devait inaugurer cette semaine la sienne, en parler local également.
Parmi les divertissements culturels offerts par Valence en marge d'un festival qui draine de plus en plus de Maghrébins et de Proche-Orientaux (en 1988, la Mostra a découvert l'étonnant cinéaste syrien Ossama Mohamed dont elle a primé les Etoiles de jour, également grand prix des Rencontres cinématographiques 1989 de Rabat - le Monde du 1er septembre), il faut signaler une exposition restreinte mais passionnante sur l'Islam valencien (au palais du Temple, jusqu'à fin octobre). Un beau sujet de série avec le Cid Campeador, Don Jaime I et la reine Violante, Oum-El-Izz pieuse résistante de la Reconquista...
Si elle se réalise, espérons que ce ne sera pas uniquement en idiome valencien, comme le catalogue de l'exposition sur Valence islamique...
Décidément, Lyon n'avait pas compris, il y a trente ans, l'intérêt d'accueillir un festival de cinéma ! Il est allé ailleurs, à Cannes. Lyon n'a pas saisi non plus, semble-t-il, l'intérêt de la Biennale européenne du documentaire. La Biennale s'en va à Marseille.
Marseille et le conseil général des Bouches-du-Rhône ont offert ce que la ville de Lyon et les collectivités locales ont refusé à cette manifestation culturelle, qui pourrait prendre un développement considérable avec l'Europe : un appui financier et un soutien logistique.
Créée pour redonner ses lettres de noblesse à un genre en difficulté sur les chaines de télévision, la Biennale avait réussi, en janvier dernier, à rassembler à Lyon, avec l'appui de la Bande à lumière, quelque quatre cents professionnels et sept mille spectateurs autour de cinq colloques et quatre-vingts films montrés en compétition dans plusieurs salles de cinéma de la ville. Fort de ce succès et devant le changement d'attitude de nombreuses chaines, Olivier Masson, responsable de la manifestation, entend amplifier le mouvement : " On a bâti un projet autour de trois axes, explique-t-il : la Biennale elle-même, compétition internationale qui aura lieu tous les deux ans ; à côté, on va lancer deux nouvelles activités : un marché - qui sera lui annuel - appelé Suny Side of The Doc, et une diffusion en salle, expérience qu'on commence dès la fin de ce mois dans plusieurs cinémas de Marseille. Il s'agit de montrer très régulièrement des documentaires de qualité, sélectionnés et " libéralisés " par nous. "
Le premier Sunny Side of The Doc est prévu du 21 au 24 juin 1990 au Pharo, un palais de style Napoléon III qui domine la ville de Marseille.
" Attention, les enfants nous regardent ! " C'est par ce slogan que la chaine câblée pour enfants décrit la réflexion de fond qu'elle a entreprise sur son jeune public. Dans un premier temps, Canal J a commandé plusieurs enquêtes à des instituts de sondage, afin de " préciser les comportements et attitudes des enfants " face aux émissions pour la jeunesse de différentes chaines.
Selon ces études, la part d'audience de Canal J (dans des foyers ayant accès à 21 chaines) est de 5 % à 6 % de moyenne, avec des pointes oscillant entre 11 % et 13 %, la chaine partageant la seconde place avec la Cinq, derrière TF 1. 52 % des enfants sont des spectateurs réguliers de Canal J, et 60,8 % des enfants (et mères d'enfants) ont placé cette chaine en tête de leurs préférences (contre 11,2 % pour TF 1 et 10,7 % pour la Cinq).
Dans un deuxième temps, la chaine va constituer un " observatoire " permettant de saisir les rapports qu'entretiennent les enfants avec l'univers de la communication qui les entoure. On réunira un panel de jeunes (de huit à douze ans), chaque mois, qui s'exprimeront, dans le cadre d'une animation de groupe, sur les événements importants de l'actualité (à l'aide de la presse et de la télévision). Canal J s'est associé, pour ce projet à l'université Paris-I et à une société d'études et d'animation de groupes. Enfin, la chaine prépare une émission mensuelle qui livrera aux adultes les réactions des enfants aux différentes communications dont ils ont été l'objet.
La radio de l'archevêché de Paris, Radio-Notre-Dame, se veut " plus proche de ses auditeurs, plus actuelle et plus fidèle ". C'est pourquoi la nouvelle grille cherche à élargir le contact avec ceux qui l'écoutent. D'abord, son espace s'étend au-delà de l'Ile-de-France, grâce à vingt radios chrétiennes en province qui diffusent ses émissions.
Ensuite, la station annonce des nouveautés telles que " Contact " (un spécialiste dialogue en direct avec les auditeurs d'une question d'actualité), " Partage " (un espace de prière et de formation) ou encore " Microclimats " (pour découvir la vie associative, les personnalités de notre temps, la télévision, la chanson...). Enfin, Radio-Notre-Dame a conclu un accord avec RMC classique FM pour échanger des émissions musicales et envisage une collaboration occasionnelle avec A 2.
Il est courant qu'un livre serve de point de départ à une émission de télévision. Le phénomène inverse est plus rare, mais il se produit tout de même. C'est ainsi que paraitra fin octobre aux éditions Ergopress un ouvrage d'Alberte Robert intitulé l'Adoption et après ? A l'origine de ce livre de trois cent dix-neuf pages une remarquable enquête réalisée par l'auteur et diffusée par Antenne 2 à l'automne dernier. Alberte Robert a eu envie de lui donner une suite et d'écrire " le livre qu'elle aurait aimé lire avant d'adopter sa fille ". Elle a donc repris, en les complétant, les deux volets de son émission (" Le cheminement des parents vers l'enfant " ; " Lorsque l'enfant apparait ou les vrais problèmes de l'adoption "), avant de se livrer à une analyse de toutes les questions qui se posent après, quand l'enfant est là, quand il grandit : la relation à la mère adoptive, à la mère naturelle, la recherche d'identité... Alberte Robert, qui, pour l'occasion, s'est plongée dans les écrits de Freud et de Françoise Dolto, a interrogé nombre d'adolescents adoptés lorsqu'ils étaient en bas âge.
Bravo à M 6, qui a eu la bonne idée de renouer avec la vieille tradition du carré blanc ! Depuis le 7 octobre, la diffusion sur la chaine de tous les films ou téléfilms est précédée d'un bandeau de couleur. Par analogie aux feux tricolores, le vert est mis pour annoncer les programmes destinés à tous les publics. Le bandeau passe à l'orange quand la chaine émet des réserves, laissant au téléspectateur le soin de décider, et au rouge pour les fictions réservées aux seuls adultes. Pour cette dernière catégorie - exclusivement programmée en seconde partie de soirée, - le signal persiste tout au long de la diffusion sous la forme d'un petit carré rouge situé en bas à droite de l'écran.
La littérature n'étant pas seulement affaire d'écrivains mais aussi de lecteurs, le Carrefour s'est intéressé à la manière dont un même livre pouvait être reçu dans plusieurs pays d'Europe. Elle a donc confié à Jacques Leenhardt, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, une enquête, financée par le Conseil de l'Europe, auprès de trois cents lecteurs environ, en France, en Espagne et en Allemagne, invités au préalable à lire un livre de l'écrivain d'origine hongroise Agota Kristof, le Grand Cahier (Seuil, 1986). Enquête assez brève (de mars à octobre) sur un échantillon réduit, mais qui permet au moins, selon Jacques Leenhardt, de formuler des hypothèses, de repérer des tendances, de dessiner des perspectives (1).
Car les enquêteurs ne se sont pas contentés de s'interroger sur le succès plus ou moins grand rencontré par le livre dans les trois pays, ils ont voulu savoir comment les lecteurs (deux cent soixante-dix personnes des deux sexes et d'origine sociale diverse, réparties en trois classes d'âge et choisies respectivement parmi les lycéens, les lecteurs de trois journaux - les Dernières Nouvelles d'Alsace, la Frankfurter Allgemeine Zeitung, El Pais - et les habitués de trois bibliothèques de prêt) ont réagi personnellement au récit d'Agota Kristof, ce qu'ils en ont retenu, ce qui les a émus ou rebutés, en fonction de leur culture, de leurs habitudes de pensée, de l'idée qu'ils se font de la littérature, mais aussi de leur vision de la vie, de la morale, de la famille, etc. L'ambition était donc de pénétrer dans les mentalités de ces Européens d'aujourd'hui pour tenter de comprendre à la fois ce qui les rapproche et ce qui les distingue.
Le Grand Cahier a été retenu d'abord parce qu'il n'appartient à aucune des trois cultures considérées, ensuite parce que son thème offre un terrain d'observation privilégié. Il raconte en effet l'histoire de deux enfants qui, séparés de leurs parents à la fin de la guerre, se trouvent " désocialisés " et contraints de se réinventer des codes, des normes de comportement, en un mot une morale. A travers leurs lectures (la Bible et un dictionnaire) et leurs apprentissages (la mendicité, le vol, voire le meurtre), ils se bâtissent, par l'expérimentation, des règles de conduite, allant même jusqu'à s'ériger en justiciers. On voit que grâce à ce récit peuvent être analysées à la fois la relation des lecteurs à la guerre, qui joue ici un rôle essentiel, et leur conception de la morale, qui est au centre de la problématique. Mais en même temps, comme le montre bien Jacques Leenhardt, ces prises de position sont étroitement liées à des modalités de lecture, en particulier à la façon dont l'attention se porte plutôt sur les personnages ou plutôt sur les thèmes généraux. De sorte que la manière de lire n'est pas séparable du jugement porté sur ce qui est lu.
Selon les premières conclusions de l'enquête, qui demanderont, bien sûr, à être affinées, testées et complétées, les réactions des lecteurs français, espagnols et allemands sont loin d'être identiques. Ainsi, quand on leur demande s'ils sont d'accord avec l'idée que les deux enfants sont dénués de sens moral, leurs réponses, explique Jacques Leenhardt, sont assez nettement différenciées. Les Français, dans l'ensemble, considèrent qu'est morale " une attitude conséquente, résultat d'un acte de la volonté et se développant selon une logique cohérente d'un bout à l'autre de l'existence " ; autrement dit, les enfants sont crédités d'un sens moral parce qu'ils ont des principes qui dirigent effectivement leur action. Pour les Allemands, en revanche, ce qui est important, c'est la nature de ces principes, et non pas leur seule existence : " Un sens moral, souligne Jacques Leenhardt, c'est pour eux un principe universel au sens kantien " ; c'est donc la " qualité " du principe qui détermine l'attribution, ou non, d'un sens moral. Quant aux Espagnols, ils sont plus attentifs aux qualités du cÓur qu'aux contenus éthiques : c'est le " sentiment " qui assure la présence d'un sens moral.
Ces appréciations ne sont pas indépendantes du mode de lecture. Les Français, en effet, mettent l'accent sur la cohérence du comportement, donc sur la " conscience agissante " des personnages, alors que les Allemands s'intéressent moins à cette " psychologie de la volonté ", allant jusqu'à une " dissolution de la notion de caractère ", et que les Espagnols s'investissent davantage " sur un mode identificatoire " qui fait appel à la sensibilité.
Une contre-épreuve fournit un autre exemple de ces différences. Si on demande aux lecteurs si ce livre doit, selon eux, comporter une suite, seuls les Espagnols répondent positivement. Pourquoi ? L'hypothèse de Jacques Leenhardt est que les Espagnols n'accordent pas la même importance que les Français et les Allemands à la guerre et que, celle-ci étant finie au terme du récit, ils attendent, fidèles à leur investissement sentimental, que la tendresse et l'amour succèdent à la haine et à la cruauté. Les Français, au contraire, considèrent que les enfants étant en quelque sorte devenus adultes à l'issue de ce processus de formation, le texte, qui peut se lire comme un roman d'éducation, est clos - impression cohérente avec une lecture qui se focalise sur la personnalité des enfants. Pour les Allemands, enfin, l'objet propre du roman étant la guerre comme moment historique, le retour de la paix y met un terme définitif.
Ces résumés schématiques ne peuvent que donner une idée approximative du travail de Jacques Leenhardt, dont la publication, sous la forme d'un rapport d'enquête, permettra de prendre une vue plus complète. Il reste que cette recherche d'un " lecteur européen " relève, ou confirme, que la littérature n'est pas perçue de la même façon d'une nation à l'autre et suggère, même si l'étude n'est évidemment pas faite ici, que ces différences se répercutent d'une manière spécifique dans les diverses couches de la population, suivant la diversité des effets produits par l'école.
Coauteur avec Pierre Jozsa, il y a quelques annés, d'une étude comparative franco-hongroise (Lire la lecture, Le Sycomore, 1982), Jacques Leenhardt se propose d'étendre ce type d'enquête à d'autres pays d'Europe, car l'accumulation de telles recherches est nécessaire à la fois pour consolider les résultats initiaux et pour rendre possibles des analyses plus détaillées. Au moins cette première approche offre-t-elle une bonne base de départ.
Le travel writer, l'écrivain-voyageur, se définit d'abord par le refus de toute étiquette. Si, avec les autres, il forme une famille d'esprits, il n'a sûrement pas l'esprit de famille. Bruce Chatwin, d'En Patagonie au Chant des pistes (1), le dit sur tous les tons : il refuse d'être catalogué. Il ne sera donc pas un représentant de la moyenne bourgeoise, ni un brillant expert de la galerie Sotheby, ni un militant, mais seulement " un Anglais qui voyage ". " Au reste, m'avouait-il un jour, le label du " travel writing " recouvre trop de camelote aujourd'hui, et je n'accepte plus de m'y trouver mêlé. "
Loup solitaire, le but, la mission et la destination du travel writer sont souvent fantasmatiques. Son voyage a surtout un horizon verbal. Il part à la recherche d'un brontosaure, d'un rhinocéros blanc ou d'un météorite. L'objet de son entreprise est à la fois alimentaire et mythique. S'y mélangent de l'hédonisme et de l'érudition, la nécessité d'écrire pour vivre, ainsi qu'une bonne dose d'ironie de soi. Il faut ajouter à cela une propension symptomatique à sous-estimer les dangers et les difficultés du voyage.
Le travel writer est un hybride né. Si bien que, si vous le coupez en deux, vous n'aurez pas d'un côté un écrivain et de l'autre, un voyageur, mais deux moitiés d'écrivain-voyageur. (Cela peut répondre aux universitaires qui, de plus en plus, se penchent sur l'écrivain-voyageur en se demandant quelle fut l'instance première de l'écriture ou du voyage...).
Le récit de voyage tel qu'il est pratiqué maintenant ressemble à un mirifique bazar. Le journal de bord et le carnet de route sont, en effet, de très commodes fourre-tout qui servent à emmagasiner des personnages, des images, des couleurs, des odeurs, des idées, des poèmes, des échecs, des projets. Le voyageur se met lui-même en scène et, pour rendre le réel, emprunte aux techniques de la fiction. Tout est bon. D'autant qu'un reportage peut très bien déboucher sur une introspection : partir est un exercice de décentrement et de décloisonnement, un long détour qui va de soi à soi, c'est-à-dire une anamnèse.
Le travel writing a ses sources historiques et a subi de fortes influences, bien sûr. Personne n'échappe à ses ancêtres. Le " nouveau journalisme " l'a précédé, et l'ethnologie narrative, et le voyage philosophique, et la géographie sentimentale, ainsi que le tourisme et le pèlerinage littéraires. L'écrivain-voyageur d'aujourd'hui campe dans des paysages déjà dessinés par d'autres. Il y a eu Segalen, Mark Twain, Stevenson, Michaux, Melville, Stendhal ou Nerval. Cendrars et Hemingway. Albert Londres ou John Reed sont encore invoqués. Sans parler des clochards célestes de la beat generation ou des citoyens calcinés de la rimbaldie. N'empêche que, sans méconnaitre sa généalogie ni cacher ses livres-culte, le travel writer aime à le proclamer : il est indépendant. Pour le journalisme qu'il fréquente volontiers, free lance ou pigiste.
Nicolas Bouvier, auteur de l'Usage du monde (2) et de Chronique japonaise (3), constate : " On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait ou vous défait. " Manière de dire que le travel writer n'est pas un héros conquérant et - comme le privé des romans noirs - il se laisse ballotter par les événements. Il paie ainsi le prix de la " traversée des apparences " et le droit d'entrer au club de l'ailleurs. Redmond O'Hanlon, dans Au cÓur de Bornéo (3) et, plus encore, dans In Trouble Again (à paraitre), ne devient-il pas le spectacle des sauvages qu'il était venu observer ?
La revue RSH, (4) : dans son dernier numéro, fait une approche intéressante du sujet la difficulté vient de ce qu'il est illusoire de définir le travel writer seulement par ses motivations et ses projets. Quand J.- Mr Le Clézio affirme : " Pour moi, il ne s'agit pas de me réaliser dans l'aventure, mais, au fond, de me déchiffrer dans le déplacement ", Michel Le Bris veut " conjuguer l'errance et l'enracinement " (5), d'autres revendiquent leur " part nomade ". De fait, si tous ces " transfuges alternatifs " font parfois penser aux malades de Baudelaire qui changent de lit pour se sentir mieux, ce sont aussi des passagers émerveillés. La fraicheur d'âme leur colle aux talons.
Hommes en transit, à la recherche du lieu et de la formule, comme tout un chacun, ils rapportent du bout du monde des leçons de modestie. En guise de Toison d'Or et d'Arche perdue, ils se contentent de serrer dans leur mouchoir quelques petits faits vrais et un peu de sagesse. Les meilleurs ont su tempérer leur individualisme : ils regardent désormais les autres sans les toiser. Leurs livres, enfin, sans sacrifier à l'exotisme, parlant de tout et de rien, rajeunissent la terre qui en avait bien besoin !
Canetti est l'un des grands écrivains du siècle, l'un des rares qui soient vraiment grands. Mais il y a plus encore : ce que Canetti est pour nous, l'enrichissement que son Óuvre, sa grandeur poétique apportent à la vie de chacun d'entre nous et qui nous aident à vivre un peu mieux, ou, disons, un peu moins mal en affrontant avec plus de lucidité et plus de fermeté les démons du délire quotidien.
Naturellement, comme tout grand écrivain, Canetti a ses moments d'envolées vertigineuses et ses instants de faiblesse, mais ce sont précisément les écrivains fréquentant les chefs-d'Óuvre qui sont capables de risquer et par là même d'accuser des moments inférieurs, des chutes. Seuls les écrivains médiocres ne fautent jamais et se tiennent toujours au niveau de dignité moyenne qui ne signifie rien. Comme chaque grand écrivain qui nous montre la vie d'une manière originale, Canetti exige de nous un dialogue franc et libre avec lui-même et son Óuvre, avec cette liberté à l'égard de toute autorité, de tout pouvoir comme il nous l'a lui-même enseignée avec une force incomparable.
C'est comme cela que les choses ont été, du moins pour moi et, j'en suis sûr, pour tant et tant de ses lecteurs, Canetti - surtout dans sa plus grande Óuvre, le Blendung, mais aussi dans ses autres livres - a démasqué sans merci et avec une implacable lucidité le délire qui constitue la trame d'une grande partie de notre réalité, le terrible manque d'amour et d'authentique raison qui stérilise et détruit notre vie, la folie diversement masquée mais surtout celle dissimulée sous la forme de la rationalité la plus coercitive, celle dissimulée qui dévore et anéantit notre existence. Canetti a démasqué ce délire particulier qui menace de pervertir - ou souvent pervertit réellement - l'esprit de notre siècle en l'exaspérant au point de le faire chavirer en son contraire.
Canetti nous a montré, avec une inégalable clarté, cette course fatale et désespérée qui anéantit notre vie comme elle anéantit la vie de son docteur Kien, en nous projetant sans cesse dans le futur, c'est-à-dire dans la mort, nous poussant à vivre et à courir toujours plus vite vers le néant, rejetant derrière nous notre existence entière et nous-mêmes. Personne sans doute n'a montré avec une telle clarté l'effrayant manque d'amour et de désir, la vaste mort qui nous envahit de toute part. De cette manière, il nous a fait un grand don d'amour, car c'est seulement en sachant ce qui les menace que nous pouvons réellement défendre et vivre les valeurs les plus hautes. C'est non seulement en fixant le délire en face que nous pouvons être fidèles à la raison ; c'est seulement en allant jusqu'au tréfonds (en voyant le fond) du tourbillon de notre désordre que nous pouvons construire un ordre réel ; c'est seulement en nous rendant compte combien l'amour est ardu, difficile que nous pourrons vivre authentiquement dans l'amour.
Pour moi, Canetti est, certes, un grand écrivain, mais il est surtout quelqu'un qui est devenu une partie de moi-même, quelqu'un qui m'a appris à regarder, à écouter, ce quelqu'un que je sens désormais indissociable de mon existence.
Je me souviens de mon émotion quand je l'ai rencontré pour la première fois à Londres, il y a fort longtemps : je me souviens encore des heures merveilleuses passées ensemble à Trieste, il y a des années. Des heures et des jours après son départ, nous nous sommes sentis (moi et ma femme, la première de la famille à lire l'Óuvre de Canetti, il y a de cela fort longtemps) plus vides, mais surtout plus sûrs, plus libérés de la peur. Je crois que la confrontation constante avec la mort, dont Canetti a sur nous projeté l'ombre, nous aide à demeurer fidèles, à ne pas oublier ce que nous aimons, à avoir moins peur, aussi.
Je me rappelle ce que Canetti avait représenté pour un petit groupe de mes étudiants qui, alors que ses livres étaient peu connus en Italie, il y a bien longtemps, avaient entrepris de rechercher comment, dans les divers pays où son Óuvre avait été traduite, celle-ci avait été accueillie. Ils avaient mis en lumière la perplexité qu'un immense et si original auteur posait aux critiques, aux braves hommes de lettres qui cherchent à situer, à classer chaque auteur dans leurs schémas habituels.
Je me souviens de la joie et de la bienveillance paternelle de Canetti envers ces jeunes, de la lettre qu'il leur avait adressée et dans laquelle il décrivait une photographie que ceux-ci (ils étaient six, cinq garçons et une fille) lui avaient envoyée. Je me souviens de tant de lettres qu'il m'adressa et qui m'ont aidé à vivre mieux, à comprendre tant de choses sur moi-même.
On peut fort bien se passer de la voix d'un critique littéraire, d'un dixième jugement et d'une onzième interprétation de l'Óuvre d'un écrivain, mais un authentique témoignage personnel, un témoignage qui illustre combien cet auteur a pu s'insérer concrètement dans une vie d'homme, comme cela s'est passé entre Canetti et moi, ma famille et mes amis, je crois que cela sera toujours significatif, malgré la modestie de celui qui offre ce témoignage.
Eschyle, sur sa tombe, ne voulait pas que l'on rappelle son Óuvre de poète, mais son engagement de citoyen dans la défense de sa patrie, c'est-à-dire son engagement moral. Comme tout grand écrivain, Canetti enseigne que la littérature est au service de quelque chose de plus grand qu'elle-même.
C'est dans une petite rue en pente, au cÓur de Paris, que vit Cioran. Il habite au cinquième étage. Mais n'allez pas imaginer un vaste escalier, un ascenseur scintillant de miroirs et de lumières, conduisant à la riche demeure de l'un des derniers princes de l'esprit. Il n'y a pas d'ascenseur. Un escalier en colimaçon s'enroule sur lui-même et vous abandonne devant la vieille porte délabrée d'une de ces chambres de bonne (*) où les riches bourgeois du dix-neuvième siècle confinaient leurs domestiques.
Dans son minuscule appartement de bonne (*), Cioran aborde tous les sujets ; il parle, sans enseigner ; car l'on peut converser, c'est-à-dire aller et venir, flâner, vagabonder, revenir, répondre aux questions par d'autres questions, à propos de toutes choses, y compris celles qu'on réservait jadis à de secrètes révélations. Lui-même parle et sourit, il rit joyeusement, (*) En français dans le texte. NDRL.
Comme la Grèce et l'Egypte, cette Europe exténuée, épuisée par son effort démesuré pour triompher de l'histoire, est devenue un refuge plein de douceur et de mélancolie, capable d'accueillir tous les êtres, toutes les forces, tous les livres. Africains, Indiens, Russes, Polonais, Roumains, Tchécoslovaques (la partie séparée et blessée de l'Europe) viennent chez nous, habitent chez nous, et commencent à écrire mieux que nous dans nos langues, comme autrefois les Egyptiens, les Lydiens et les Syriaques écrivaient en grec. La vocation de l'Europe a toujours été d'accueillir et de transformer : prodigieux don de métamorphose, qui explique que d'autres dieux, d'autres mythes, d'autres textes, soient venus s'établir sur nos terres.
Combien de temps durera notre décadence ? Cioran estime la fin prochaine. Je crois pour ma part qu'elle prendra encore au moins un millier d'années ; et en 2986, un écrivain, jeune ou vieux, s'interrogera à nouveau sur le destin de l'Europe, comme Plutarque sur celui de la Grèce. Ce seront peut-être les plus beaux jours de l'Europe : sans plus d'obligation de dominer l'histoire, sans le devoir de vaincre, de guider, de s'imposer, de conquérir, de coloniser, de briser, de détruire, de faire le vide là où était le plein ; sans plus de désir de prendre part à l'histoire. Autour de nous, des peuples plus anciens ou plus jeunes accélèrent, de façon vertigineuse, la marche du temps. Nous resterons à part, dans un coin, presque oubliés : avec nos régimes politiques légèrement anachroniques, nos industries vieillies, notre population de vieux. Mais tous sauront que si l'on veut se soustraire au rythme furieux du temps, si l'on veut échapper un instant à la sarabande infernale de la victoire et de la défaite, se libérer de l'obligation d'être toujours présents, - il suffira de venir en Europe. Ce jardin, cet enclos protégé, où le temps, systématiquement, est ralenti, les passions tempérées, bridées, où toutes choses s'enveloppent de la lumière céleste de notre crépuscule.
J'ignore si la force créatrice a réellement abandonné l'Europe ; ou si l'esprit européen ne fait que se reposer, après deux siècles de merveilleuse créativité. Mais, même si l'instinct créateur a choisi d'autres rivages, il se peut qu'il nous ait laissé un autre don : celui de comprendre.
Un continent entier peut-il vivre simplement pour comprendre, tandis que d'autres agissent ? Peut-être est-ce trop espérer. Mais il est certain qu'une pareille forme de compréhension, à laquelle nul de nous n'est encore parvenu, n'est pas un simple don rationnel. C'est un don total, du corps et de l'âme, de la lumière et des ténèbres qui sont en nous, du conscient et de l'inconscient, de l'intelligence et de la fantaisie, de l'intuition et de l'imagination. Lorsque nous comprenons de façon si totale, alors revit en nous ce génie créateur qui façonna les vers de Baudelaire et d'Hopkins.
Je ne sais si le monde aura encore besoin de l'Europe, de ses antiques savoirs, de ses arts anciens, de ses antiques astuces. Peut-être s'en passera-t-il ; et le moment viendra où ces pages dans lesquelles notre génie nous semble résider - l'Odyssée, l'Orestie, le Phèdre - ne diront plus rien à personne. Alors, ce sera vraiment la fin. Maisi, d'ici là, l'Europe pourra apprendre au monde que les grandes choses se produisent - inexplicablement concentrées - dans un espace restreint : Mycènes ou l'appartement de bonne (*) de Cioran. L'Europe justement, elle qui a péché plus que personne par violence et par hybris, pourra rappeler que la créature humaine est quelque chose d'extrêmement limité : elle demeure confinée entre le ciel et la terre, dans un espace de quelques mètres, dans quelques décennies d'existence, quelques décennies de pensées, une tombe exiguë - et lorsqu'elle veut capturer l'infini, il lui faut le refléter dans un poème de quelques vers, une toile d'un mètre à peine, ou une prose à peine moins concise.
Nous sommes environnés de dieux. La vieille Europe a toujours prôné envers eux une juste alternance : d'un côté, une dévotion, une vénération infinies - car quel sens cela a-t-il de vivre, si le vécu n'obéit pas à la forme que les dieux ont tracée ? Mais de l'autre, la distance, la froideur, l'ironie, parce que les dieux sont redoutables et que le geste d'adoration doit savoir se muer en un geste d'éloignement. Nul n'a, comme l'Européen, voyagé, connu, possédé avec une inépuisable vitalité, depuis l'époque où les navires mycéniens laissaient des amphores sur tous les rivages de la Méditerranée et de l'Atlantique, où Ulysse attendait de rencontrer cet homme qui ne connaissait pas la rame. Mais il voyageait seulement pour rentrer chez lui ; il voyageait seulement pour que toutes les expériences centrifuges de l'esprit, toutes les fuites, les dissipations - puissent prendre forme. On ne vit que pour cela : pour que, sur le fond de l'abime et du vide, une main nerveuse trace sur la feuille blanche des mots qui obéissent à un rythme et à une figure. L'histoire tout entière de l'Europe ne s'est produite que pour donner naissance à quelques vers, quelques tableaux parfaits - vers et tableaux qui ne justifient pas ses erreurs, mais les rejettent dans l'ombre. La langoureuse Asie et la brûlante Afrique sauront-elles comprendre les dernières paroles d'Europe ?
Interrogé en 1979 sur les auteurs qui avaient marqué son Óuvre et sa pensée Canetti répondait : " Sur le plan de la langue, je dois beaucoup à la tradition viennoise : Nestroy et Karl Kraus. Mais il y a ensuite les auteurs de la littérature européenne : Swift, Aristophane, Cervantès, Stendhal, Gogol, Lichtenberg, Büchner, Kafka, pour ne citer que ceux qui eurent une influence déterminante sur moi. " (En 1981, lors de la réception du prix Nobel, il ajoutera Robert Musil à cette liste, le maitre qui lui enseigna " le plus difficile, une patience presque surhumaine ".) Puis il poursuivit : " Mais là encore, c'est trop restreint. Depuis l'âge de dix-sept ans, j'ai été influencé par le Gilgamesh sumérien. En ce qui concerne les philosophes, ce sont les maitres chinois que je lis le plus souvent, Dschuang Dsci depuis plus de cinquante ans. Et je m'aperçois à présent que j'ai oublié le plus important : les mythes des peuples en voie de disparition. Je les relis sans cesse, ce sont eux qui me font revivre jour après jour ce qu'est la métamorphose, je les apprends, je les pratique, je vis à leur exemple. Le poète est le gardien des métamorphoses, et celui qui ne les garde pas vivantes en lui-même meurt avant son temps (1). "
La critique a toujours eu des difficultés à saisir Elias Canetti : comme deux de ses personnages mythiques préférés, Ulysse et Protée, il a le don de se soustraire aux chants des Sirènes et à toutes les étreintes (notamment des médias). La métamorphose n'est pas un vain mot dans la bouche de cet auteur, dont l'autobiographie constitue un authentique roman d'apprentissage de la métamorphose.
Canetti traverse notre siècle en témoin effaré. Sa vie se déroulera dans plusieurs pays : la Bulgarie (1905-1911), l'Angleterre (1911-1913 et de nouveau de 1939 à 1971), l'Autriche (1913-1916 et 1924-1938), la Suisse (1916-1921 et de nouveau à partir de 1971), l'Allemagne (1921-1924 et 1928), sans compter les voyages et séjours, notamment au Maroc et en France. Il vivra dans plusieurs langues, l'espagnol de sa famille séfarade, l'anglais, symbole de la liberté du père, le français, langue de culture, et enfin l'allemand, sa véritable " langue maternelle ", apprise comme sous la torture à l'âge de huit ans.
Canetti n'écrira qu'en allemand : " La langue allemande restera la langue de mon esprit, et cela parce que je suis juif, note-t-il en 1944. Je veux conserver en moi, en tant que juif, ce qui reste d'un pays dévasté de toutes les manières possibles. Le sort de ses fils est aussi le mien. Je veux rendre à leur langue ce que je lui dois. Je veux contribuer à ce qu'on leur sache gré de quelque chose. "
La différence entre le Canetti des années viennoises et le Canetti de l'exil n'est pas due à un changement thématique, mais uniquement à une métamorphose de sa langue. L'Óuvre viennoise - le roman Auto-da-fé (1931) et les pièces de théâtre Noce (1932) et Comédie des vanités (1933-1934) - était inspirée par le génie satirique de Karl Kraus. Comme lui, Canetti construisait un cabinet d'horreur peuplé d'innombrables " masques acoustiques ". En 1945, la satire avait perdu son droit. En 1933-1934, Canetti s'était permis de railler Hitler par la composition d'un personnage théâtral ridicule qui portait le " masque acoustique " du führer. En 1945, il s'agit de rétablir une langue " défigurée ", il s'agissait de " sauver la langue allemande ".
Les Óuvres de Canetti publiées après la guerre portent toutes la marque d'un retour à une simplicité classique. Des critiques ont comparé le style de Masse et puissance à celui de Tacite. Ils n'ont pas tort. Pendant de nombreuses années, Canetti, qui veut " rendre (aux Allemands) la langue maintenue pure et saine ", leur restera inconnu. Tandis que le roman Auto-da-fé commence une carrière internationale - la traduction française de 1949 est couronnée, à l'instigation de Raymond Queneau, " meilleur livre étranger ", - la nouvelle édition allemande est mise au pilon ! Il faudra attendre 1960 et la publication de Masse et puissance, et surtout 1963, qui voit la troisième édition d' Auto-da-fé en allemand, pour voir Canetti émerger d'un silence qui aura duré presque trente ans.
Masse et puissance est " l'Óuvre d'une vie " : commencée dès 1925 pour porter la contradiction à la psychologie des masses de Freud, marquée profondément par un événement- clé de l'histoire autrichienne - l'incendie du palais de justice de Vienne en 1927, - l'étude des masses devient le seul objet de Canetti après 1933. Il décrète pour lui-même, face à la terreur du monde, " un interdit de toute autre sorte de travail, de littérature pure avant tout ". Quand il envoie, enfin, en 1959, le manuscrit de l'Óuvre à son éditeur allemand, il note : " Sous quelque jour que je la regarde, mon existence d'adulte m'apparait toujours comme préparant ce livre. Depuis que je vis en Angleterre (plus de vingt ans donc), je n'ai guère travaillé qu'à cela... Cela valait-il un tel déploiement ? N'ai-je point manqué bien d'autres Óuvres ? Comment savoir ? Ce que j'ai fait, je devais le faire. Je travaillais sous une contrainte que je ne comprendrai jamais... A présent, je me dis que j'ai réussi à prendre ce siècle à la gorge. "
La publication de Masse et puissance fut un échec en Allemagne comme en France, où Pierre Nora faisait démarrer la " Bibliothèque des sciences humaines " de la NRF avec Canetti. La phénoménologie de la masse et du pouvoir se heurtait aux modes de pensée dominants de l'époque, donc au freudo-marxisme, au structuralisme anthropologique de Lévi-Strauss et à l'idéologie politique de Sartre. Pour sauver les apparences, certains étaient prêts à accorder à Masse et puissance le statut de " poème anthropologique " mélangeant mythes, histoire, psychologie, sciences humaines, etc. Canetti a gardé confiance en son livre en insistant sur la lenteur extrême de sa gestation : " Car il me semble que cette lenteur est quelque chose qui se perd de plus en plus de nos jours. C'est l'usage, surtout en France - il suffit de penser à Sartre, - de donner son avis sur tout à tout moment. Autrefois, parmi les gens qui se voulaient des penseurs - bien sûr, j'aimerais aussi en être un, - l'usage voulait que l'on réfléchisse très longuement avant d'exprimer un avis sur un sujet particulier. "
La " manière lente et grave " témoigne également d'un grand respect du lecteur, auquel Canetti donne un espace vaste de réflexion.
Protée et Ulysse sont les dépositaires de l'héritage humaniste universel.
Marcel Jullian quittera France-Inter à la fin du mois, le 27, pour ne plus se consacrer qu'à Antenne 2, étant entendu qu'il n'est point question pour l'actuel animateur d'" Ecran total " d'aller là-bas, " pour cultiver les baronnies ", mais seulement pour Óuvrer dans le sens " d'un rééquilibrage des secteurs public et privé dans l'audiovisuel ". On ignore encore si " Ecran total " continuera sous la même forme ou sera remplacé par une autre émission.
Par ailleurs, Philippe Aubert, actuellement sur Europe 1, fera sa réapparition sur l'antenne publique à un horaire non encore déterminé.
Créée par une bande d'amis, qui comprenait notamment Peretz Markish, Israël Joshua Singer, et des artistes comme Brauner et Chagall, une revue littéraire fit une entrée fracassante, en 1922, dans la littérature yiddish. Deux numéros virent le jour : à Varsovie en 1922, à Paris en 1924.
Cette revue nait de la rencontre, par le truchement d'auteurs yiddish, entre la sphère culturelle slave, la sphère culturelle allemande, la sphère culturelle américaine et Paris. Melekh Ravitch quitte les fastes et la misère de la Vienne de Schnitzler, de Hofmannsthal, de Freud, de Klimt, Kokoschka et Schönberg ; Uri-Zvi Grinberg fuit sa Galicie natale prise en étau entre l'Autriche et la Pologne. Tous deux avaient connu les horreurs de la guerre dans l'armée autrichienne. Peretz Markish avait traversé les pogromes, s'était engagé dans la révolution russe, avait partagé les tâches et les espoirs des groupes de Kiev et de Moscou. Israël Joshua Singer, issu d'une famille rabbinique et hassidique de la région de Lublin, au cÓur de la Pologne juive, et qui n'avait pas résisté non plus à l'attraction de la révolution rouge, revenait tout juste à Varsovie où il se lia d'amitié avec un jeune auteur, Oser Warszawski.
Khaliastra opère la synthèse des contraires et tire son unité de ce qui occasionnait division et scission dans les autres cultures et qui pour elle devait intervenir plus tard. Ainsi les colonnes de Khaliastra portent-elles l'empreinte des déchirements et des rébellions, des doutes et des interrogations comme des certitudes sectaires, qui sont à l'origine des vies et des morts tumultueuses des modernistes aux quatre coins du monde.
Dans son élan contestataire, dans son ardeur révolutionnaire, Khaliastra fut " un éclair (qui) souda pour un instant - précisément comme l'éclair soude parfois trois métaux qui se trouvent par hasard côte à côte dans un hangar " (Melekh Ravitch) - des positions, des styles, des courants littéraires et surtout des positions idéologiques diamétralement opposés.
Mais de même que l'almanach Der Blaue Reiter est lié aux noms de Kandinsky et de Franz Marc, de même le premier numéro de Khaliastra et l'avant-garde yiddish sont incarnés par Peretz Markish, Uri-Zvi Grinberg et Melekh Ravitch. Ces trois poètes marquèrent la période par leurs Óuvres, les revues qu'ils publièrent et les voies divergentes qu'ils suivirent.
Peretz Markish ne se contente pas de rédiger le poème-manifeste qui ouvre la revue et lui donne le ton. Venu de Kiev et de Moscou, personnage charismatique auréolé des espoirs de la révolution qui embrase la Russie, il parcourt les villes de Pologne. Il galvanise les foules qui viennent écouter la lecture exaltée de ses poèmes torrentiels, dont le souffle lyrique et épique, dont les rythmes et les images-chocs soulevèrent un délire d'enthousiasme que la presse yiddish répercute et amplifie en louanges ou en invectives. Au Repas des pauvres - ses auditeurs - il apporte, dans la rhétorique de l'époque, la vision de mondes éventrés avec " la rosée écumante du sang et de la fumante démence ", des cités " aux yeux flamboyants " ; il les enivre au " calice " de la tristesse et de la mort, de la stridence des capitales et du sang des pavés, de l'errance des sans feu ni lieu - " le legs des vagabonds ", - du paroxysme de désespoir de ses vingt-sept ans qui est l'envers de sa foi juvénile en lui-même, en l'avenir, en la parole poétique. Par le rythme à la fois ample et saccadé de ses vers libres, admirablement structurés, par la virtuosité des assonances, des allitérations, des associations imprévues, soudant différents niveaux de langage, introduisant dans le registre poétique les mots quotidiens ou technologiques et d'audacieux néologismes, il travaille la poésie comme les sculpteurs de son époque travaillent le béton, le métal, les matériaux bruts - terre, cheveux, toile.
La même inspiration oraculaire porte les vers d'Uri-Zvi Grinberg, le mystique, le nationaliste - le semblable et le contraire de Markish.
Evocation d'un monde sur la pente qui tourbillonne dans le néant, dénonciation des Sodome et des Gomorrhe modernes, le verbe d'Uri-Zvi Grinberg se déverse comme une lave de soufre et de feu. La rhétorique des prophètes - incantations, apostrophes, interjections, longues périodes oratoires, exhortations et malédictions, - la symbolique et les personnages de la Bible sont détournés en une interminable litanie d'imprécations et de blasphèmes. Ces impies, ces vauriens, cette " bande de vagabonds sans foi ni loi " à laquelle par défi il s'identifie, profanent toute sainteté, de Moise à Jésus et à Mahomet, exposent la nudité de la Vierge et de Marie-Madeleine, " filles publiques " l'une et l'autre, et " lancent vers le Ciel un crachat : Jéhovah ! ".
A ce nihilisme poétique, Melekh Ravitch oppose un universalisme et un panthéisme qui ne se démentiront jamais. A Walt Whitman, il emprunte son titre Chant au corps humain, tel qu'il peut être chanté en Europe par quelqu'un qui a connu la boucherie de la première guerre mondiale. C'est pourquoi ce poème a les accents d'un véritable rituel d'exorcisme. Aux images de mutilation, de mort, de décomposition, qui évoquent irrésistiblement les tableaux de guerre d'un Otto Dix - " un mendiant rouillé... sur deux jambes de bois ", la tête dorée d'un enfant " écrasée comme une pomme piétinée ", " des mains qui pourrissent en terre ", - il oppose le blason du corps de la femme et du corps de l'homme. Le naturalisme de l'évocation des plaies qui les frappent et les accablent cède la place à l'énumération amoureuse de chaque membre qui les compose et dont il égrène avec volupté et jubilation les noms. Et cette nomination même devient source de vie, évocation sensuelle, érotique, douloureuse aussi, des accouplements qui donnent naissance aux mondes et aux êtres. C'est par l'union des sexes, celui de l'homme labourant celui de la femme, que l'on peut " aller chercher par le monde : Dieu " et le trouver.
Sur les artistes, les écrivains et les poètes yiddish en révolte et en rupture avec le milieu d'origine, la France et en particulier Paris exerçaient une fascination irrésistible. Peintres, sculpteurs, graveurs juifs affluèrent par dizaines d'Europe orientale et centrale.
Dans ces années 20 certains découvrent, éblouis et affamés, Montparnasse avec ses ateliers et ses cafés ; d'autres y reviennent en déçus du communisme ou par amour du cosmopolitisme et de l'errance nécessaires à leur génie. La colonie ancienne se reconstitue, se gonfle : Chagall, Lipchitz, Krémegne, Kikoine, Soutine, Chana Orloff, Mané-Katz, Kisling, Aberdam, Weissberg et les autres... Se mêlant à eux, des écrivains de langue yiddish, comme Sholem Asch, Zalman Shneour, qui fuient l'ancien monde étriqué du shtetl, même transplanté à Paris tel celui de la rue des Rosiers ou celui de Belleville, et viennent chercher leur inspiration et habiter dans les quartiers intellectuels et bohèmes de la rive gauche (1).
Peretz Markish, après un bref séjour en Palestine et en Allemagne, retrouve, en 1923 à Paris, l'ancien ministre de la culture de Vitebsk, Marc Chagall, et surtout son ami et complice en rébellion, Oser Warszawski, débarquant de Varsovie via Berlin et Londres. Ils élisent domicile rue Jacob, rue de Seine, boulevard Arago. Du côté de la Rotonde, du Dôme et du Sélect, il y a toujours les Américains et la colonie des émigrés russes, et Maiakovski lui-même qui trouve ce monde bien triste et bien terne.
Markish et Warszawski décident de réitérer l'aventure entreprise deux ans plus tôt dans la capitale polonaise.
Pour Khaliastra, ce sera le chant du cygne. Tandis que le premier numéro pouvait se prévaloir de dix-neuf collaborateurs incarnant toute la palette de la modernité yiddish, le second est réduit à deux écrivains yiddish, un poète italien et un peintre. Paris a beau être la capitale de l'art, il est bien périphérique par rapport au monde yiddish. Pourtant, si le nombre des collaborateurs est restreint, les Óuvres présentées sont d'une force et d'une qualité qui n'ont rien à envier à celles de la première livraison.
Peretz Markish y donne Jours de semaine, poème-fleuve de vingt pages, qui rassemble en " une vague de rêves " tous les thèmes et toutes les expérimentations qu'il a menés à ce jour. En contrepoint figure un cycle de cinq poèmes, Chant des reclus, du futuriste italien Paolo Buzzi, traduit en yiddish.
Quant à la prose, elle est représentée par un extrait de Chagall de Chagall et par un pamphlet idéologique de Markish, plein d'imprécations contre ceux qu'il considère comme des adversaires ou des médiocres - réactionnaires de tout poil et transfuges littéraires, dénoncés comme des traitres à la cause - et de louanges pour les modernistes. Mais le point culminant de la prose dans ce numéro est une admirable nouvelle d'Oser Warszawski.
Oser Warszawski, dont le roman les Contrebandiers (2) avait fait une irruption brutale dans la littérature yiddish, vitupéré par les uns, accueilli comme un chef-d'Óuvre par les plus grands, s'était, aussitôt à Paris, intégré à la colonie des artistes de Montparnasse. Curieux de tout, ayant une très haute idée de son métier d'écrivain, peignant à ses heures perdues, esprit fin et cultivé, sceptique et dandy, il est tout le contraire de Markish qui se laisse tout entier emporter par ses enthousiasmes du moment. Une profonde amitié lie les deux hommes. Tandis que l'un prophétise, blasphème et invective, l'autre raffine, cisèle et polit, pour aboutir à une violence d'autant plus forte qu'elle est constamment bridée.
L'Uniforme peint une tragique et dérisoire fin de monde - celle des grands empires du Centre, - que Warszawski traite tantôt avec le lyrisme désespéré d'un Joseph Roth, tantôt avec l'ironie cinglante et froide d'un Hermann Broch, pour aboutir à une Óuvre qui est au-delà de l'un et de l'autre.
Dans une ville impériale de carton-pâte se succèdent des parades d'opérette ; les vies ordonnées des petits-bourgeois dans leurs intérieurs kitch où trône le portrait de l'empereur, entouré de leurs piètres trophées et médailles, s'effondrent dans le fracas et l'horreur des membres et des chairs déchiquetés au front. Les rêves des midinettes et les valeurs morales qui ne sont que bienséances s'achèvent dans la prostitution. L'illusion patriotique qui poussait à la défense et à l'expansion illimitée de l'Empire finit à l'intérieur d'une cave aux murs suintant d'humidité, où la folie bascule dans l'inceste, le meurtre et le suicide. Ténèbres qu'aucun rais de lumière ne peut plus dissiper. Nouvelle impitoyable et prémonitoire où Warszawski atteint l'apogée de son art. Impitoyable par sa vision et par son style.
Tous ces traits, parfois portés à leur paroxysme, définissent l'avant-garde yiddish. En quelques années, une vingtaine de revues et d'" almanachs " voient le jour. Si l'expérimentation verbale n'est jamais allée aussi loin que dans le Zaum de Khlebnikov, les textes dada de Tzara et de ses amis, ou l'écriture automatique des surréalistes, son caractère est parfois plus provocateur et plus radical encore.
La plus importante des langues diasporiques juives, le yiddish, pareil à cet enfant tzigane dont parle Kafka, a dérobé au cours de ses migrations " tout cet allemand, cet hébreu, ce français, cet anglais, ce slave, ce hollandais, ce roumain et même ce latin... " pour en faire un alliage original. Peu de langues ont provoqué un déchainement de passions semblable à celui que fit naitre le yiddish. Honni par les tenants de l'assimilation linguistique, méprisé comme " jargon " par les hébraisants, le yiddish devient une " langue d'élection " au sens strict du terme pour ceux qui, au milieu du dix-neuvième siècle, le choisissent pour un usage intellectuel et littéraire.
Appparue dès le Moyen Age, d'abord dans un rôle instrumental d'exégèse et de commentaire au service des textes sacrés, puis comme une littérature édifiante, cette langue acquiert peu à peu son autonomie en intégrant et en adaptant à son imaginaire propre, issu de la Bible ou des midrashim, les romans et poèmes courtois (Bove Bukh, d'Elia Levita, 1508), les formes narratives, discursives (Mémoires de Gluckel von Hamel, dix-septième siècle) et théâtrales du monde environnant (les Purim shpiln, inspirés du Rouleau d'Esther).
Quand au dix-huitième siècle apparait le hassidisme, mouvement piétiste, puis le mouvement des Lumières juives (la Haskala), la rencontre entre mysticisme et rationalisme va jouer un rôle décisif. Le mysticisme va la marquer du sceau du fantastique, tandis que le rationalisme va donner le coup d'envoi à des formes littéraires profanes, parachevant l'indépendance de cette littérature à l'égard de l'instance religieuse, et façonnant une écriture à l'image de celle que connaissent les autres sociétés européennes.
Au cours de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, avec les transformations radicales qui marquent l'Europe centrale et celle de l'Est, la société juive, restée relativement traditionnelle, va connaitre une accélération de son histoire sans précédent. Se produit alors une éclosion de journaux, de revues, de maisons d'édition, d'Óuvres théâtrales et littéraires que les trois auteurs classiques, Mendélé-Mokher-Sforim, Sholem-Aleikhem et I.L. Peretz vont porter à son apogée.
Dans une sorte de téléscopage des générations, du vivant même des classiques, dès le début du vingtième siècle, et surtout dans l'entre-deux-guerres, la littérature yiddish se trouve prise dans un tourbillon et accède à la modernité. C'est donc en plein essor que cette culture, perçue comme le substitut d'un terre nationale, est anéantie par le génocide nazi. Après la guerre, le stalinisme parachève cette destruction en faisant fusiller les écrivains et artistes yiddish qui avaient survécu à l'extermination.
Mais de l'enfer nazi même des voix d'écrivains et de poètes yiddish nous sont parvenues (I. Katzenelson), des survivants, aux quatre coins du monde, ont continué d'écrire en cette langue (H. Leivick, Jacob Glatstein, A. Zeitlin, H. Gradé et, aujourd'hui encore, entre autres, I. Bashevis Singer et A. Sutzkever, rescapé du ghetto de Vilno).
Pour les générations nées après la guerre, l'extermination a fait de cette culture un domaine à la fois sacré et tabou. Sacralisation et interdit se conjuguent pour rendre souvent l'apprentissage et la réappropriation de la langue impossibles.
Cette béance, ce vide, hante nombre d'écrivains et de poètes juifs dans leurs diverses langues d'expression, nourrissant leurs Óuvres de souvenirs plus mythiques que réels, de bribes d'une mémoire d'autant plus prégnante qu'elle est fragmentée, brisée, lacunaire. C'est ce que l'on entend dans W. ou le souvenir d'enfance de Perec, Un cri sans voix de Raczymow, l'Homme suivi de Kolster, la Soie et les cendres d'Anissimov, l'Interdit de Wajcman. Le yiddish, langue présente-absente, devient la langue de leur inconscient, le lieu où peuvent se donner libre cours fantômes et phantasmes.
A Strasbourg, pas de festival ou de foire aux livres comme il en existe ailleurs... Du 16 au 22 octobre, la capitale de l'Alsace et de l'Europe sera un carrefour où se rencontreront près de soixante-dix écrivains.
Pendant toute la semaine, dans toute la ville, auront lieu des manifestations qui témoigneront de la diversité des courants littéraires en Europe : un grand hommage à Elias Canetti, prix Nobel de littérature 1981, qui sera représenté par des artistes, des écrivains, des universitaires qui admirent l'auteur de Masse et Puissance ; trois journées consacrées à la langue et à la littérature yiddish avec, notamment, une présentation du poète Avrom Sutkever, rédacteur en chef de la revue Die Goldene Keyt (la chaine d'or) ; une évocation de l'action de Dany Benedite, animateur du réseau Varian Fry de Marseille, qui permit l'émigration clandestine de centaines d'artistes et d'intellectuels sous l'Occupation ; une enquête sur " le lecteur européen " de RFA, d'Espagne et de France après la lecture du Grand Cahier (Seuil) d'Agosta Kristof, écrivain né en Hongrie vivant à Neuchâtel ; la littérature allemande d'aujourd'hui, etc.
Des dizaines de lieux disséminés dans Strasbourg - dont l'Espace littéraire, structure démontable érigée place Kléber, l'Espace Transit, la Bibliothèque nationale et universitaire, le palais du Rhin, le palais de l'Europe, l'Ecole des arts décoratifs - ainsi que le Théâtre national de Strasbourg et les librairies de la ville accueilleront les diverses manifestations, les écrivains, essayistes, traducteurs, les expositions et la rétrospective de films de ce premier Carrefour des littératures européennes.
Hommage à Canetti et exposition Alfred Hrdlicka (palais du Rhin, jusqu'au 5 novembre).
Ouverture des journées sur la " Force du yiddish ", avec Avrom Sutkever, Claude Vigée, deux poètes yiddish soviétiques (Velvo Tchernin et Lev Bersnsky) (Bibliothèque nationale et universitaire) ; rencontre avec Ismail Kadare (Espace littéraire) ; Bernard Frank et Roger Stéphane (FNAC).
Littératures d'Esten Ouest (Conseil de l'Europe) ; vernissage de l'exposition de l'atelier de Claude Lapointe ; l'originalité et la traduction du yiddish (Bibliothèque nationale et universitaire) ; " 400 millions de lecteurs autour d'Agosta Kristof " ; soirée Elias Canetti (TNS).
Dans les librairies : Edouard Limovov, David Rousset et Verich Hessel, Stephan Heym, Alphonse Boudard, Daniel Boulanger, François Weyergans, Jacques Lacarrière, Alexandre Zinoviev, José Saramago, Tom Ungerer, Jean Vautrin, etc.
Fin des Journées yiddish ; hommage à Erich Fried (Espace Transit) ; littérature engagée et dégagée avec Michel Crouzet (Espace littéraire) ; dans les librairies : Jacques Lacarrière, Erick Orsenna, Anthony Burgess, Hartmurt Lange, Jean-Michel Palmier, etc.
Remise du Prix de la société des écrivains d'Alsace et de Lorraine (ancienne douane) ; hommage au réseau Varian Fry et à Dany Benedite Ungemach (Espace littéraire) ; Petite Symphonie pour Strasbourg, d'Anthony Burgess (Espace Littéraire).
Près de deux ans, jour pour jour, après le grand krach de 1987, une terrible secousse a ébranlé, vendredi 13 octobre, la Bourse new-yorkaise. Moins d'une heure avant la clôture, les valeurs américaines se sont soudain très brutalement repliées, déclenchant un début de panique autour du Big Board au vu des dégâts causés à la cote. A la clôture, l'indice Dow Jones était lourdement retombé au niveau de 2569,88, perdant, d'un jour à l'autre, 189,96 points, soit 1,8%, un pourcentage jugé très important pour Wall Street. Et encore est-ce un moindre mal. Un quart d'heure avant la fin de la séance, la baisse dépassait 210 points (près de 2%). C'est la plus forte chute enregistrée par le marché américain depuis le lundi noir du 19 octobre 1987, qui avait, en quelques heures, coûté 508 points (- 22,61%) aux détenteurs de valeurs américaines. Ironie du sort, quatre jours auparavant le baromètre de la Bourse avait battu tous ses records d'altitude à 2791,41.
A l'origine de ce mini-séisme, l'annonce du quasi échec rencontré par le consortium chargé de racheter United Airlines (voir encadré), deuxième compagnie aérienne des Etats-Unis, constitué, d'une part, du personnel et des pilotes, d'autre part de la British Airways, pour financer cette opération chiffrée à 6,75 milliards de dollars (43,2 milliards de francs).
Aux yeux des investisseurs, les difficultés éprouvées à trouver les fonds nécessaires laisseraient présager que de nombreuses OPA en cours pourraient être à leur tour menacées d'échouer. Or la série de méga-OPA actuellement enregistrée dans le secteur des compagnies aériennes - le promoteur immobilier Donald Trump offre 7 milliards de dollars pour reprendre American Airlines - a été, ces derniers temps, le principal ressort de la hausse à New-York.
Cette mauvaise nouvelle a été en quelque sorte le détonateur d'une baisse qui ne demandait qu'à se déclencher, mais dont nul ne pensait qu'elle prendrait une telle ampleur. Les opérateurs attendaient en effet la publication de deux importantes statistiques économiques pour septembre : l'indice des prix de gros et les ventes au détail. L'annonce d'une hausse de 0,9 % pour les premiers (au lieu de 0,7 % déjà redouté) et de 0,5 % pour les secondes a immédiatement relancé les craintes inflationnistes, faisant du même coup s'envoler les derniers espoirs d'un assouplissement de la politique de crédit menée par la Réserve fédérale. Phénomène inquiétant dans cette chute de Wall Street : le mouvement s'est accompagné de très importants échanges (plus de 250 millions de titres contre à peine 160 millions la veille). Autre signe révélateur du pessimisme ambiant : les valeurs en baisse ont été dix fois plus nombreuses que les titres en hausse.
Mais, au-delà de ce qui ne constitue encore qu'une péripétie dans l'histoire de la Bourse américaine, les problèmes financiers du consortium chargé de racheter United Airlines ont très sérieusement ébranlé la confiance déjà plus que fragile des investisseurs dans les " jumk bonds " des titres à haut risque largement utilisés pour financer les prises de contrôle d'entreprise.
Selon un analyste de Salomon Brother : " Il y a une sérieuse crise de confiance dans ces titres qui pousse les investisseurs à se replier sur des valeurs plus sûres, comme les bons du Trésor américain, qui ont profité de ces déplacements d'investissements. " Les bons du Trésor à trente ans, valeurs de référence du marché, ont gagné 2 points.
Simple coup de semonce ou nouveau krach ? Les responsables de l'administration américaine refusent de se prononcer. Le président Bush, lui-même, a décliné l'offre qui lui a été faite de commenter l'événement. Mr Richard Breeden, président de la Securities and Exchange Commission, la COB des Etats-Unis, a d'abord été introuvable. Retrouvé, il s'est borné à jeter : " No comment ! "
Le club très fermé des groupes industriels participant au développement de la télévision à haute définition (TVHD) s'élargit. Le groupe finlandais Nokia vient en effet de rejoindre le directoire d'Eurêka 95, organisme en charge du projet européen de recherche sur la TVHD. Nokia, troisième fabricant européen de téléviseurs (marques Océanic, ITT, Schaub-Lorenz, Salora, Luxor, Graetz, Sonolor), devient ainsi le quatrième membre " A " du directoire d'Eurêka 95, aux côtés de Philips (Pays-Bas), Thomson (France) et Bosch (RFA).
Ce projet de développement de la TVHD en Europe est considéré comme l'un des plus importants sur les deux cent cinquante qui ont reçu le label Eurêka. Pour sa première phase, une enveloppe d'environ 1,4 milliard de francs a été débloquée.
L'objectif est de développer un standard européen de télévision compatible avec les systèmes actuels de transmission et de réception. Cette norme, qui devra impérativement être exploitable au niveau mondial, est fondée sur la technologie HD-MAC, destinée à succéder à la norme D2-MAC Paquets, testée en grandeur nature, notamment sur les satellites de télévision directe français TDF1 et allemand SAT 2. L'évolution vers le nouveau standard se fera en quatre étapes au cours de la prochaine décennie.
Par sa qualité, la TVHD fournira des images comparables au cinéma 35 mm. Elle devrait, d'autre part, trouver de nombreuses applications dans l'industrie graphique, en imagerie médicale et dans plusieurs autres domaines. Les premiers essais de TVHD sont prévus à l'occasion des Jeux olympiques de Barcelone et d'Albertville en 1992. L'entrée de Nokia témoigne de la volonté européenne de mener le projet de TVHD à son terme.
DU sang, de la sueur et des larmes : c'est à peu près tout ce que peuvent promettre à court terme à un peuple à bout de forces les nouveaux dirigeants polonais, auxquels échoit la tâche de faire sortir le pays de quarante-cinq ans d'économie communiste. On ne parle pas ici de lendemains qui chantent, on veut très modestement tenter de parvenir un jour à "une vie normale", si grande est l'étendue du désastre.
Exposant, jeudi 12 octobre, dans le quotidien "Rzeczpospolita", son programme de passage à l'économie de marché, le gouvernement de Mr Tadeusz Mazowiecki, en fonction depuis à peine un mois, a averti les Polonais qu'aucun signe d'amélioration ne devrait être perceptible avant un an. D'ici là, il faut s'attendre à une période de récession et à une brutale apparition du chômage. Les dirigeants de Solidarité s'attendent pour l'an prochain à un "problème social très dur".
LA priorité est donnée aux mesures anti-inflationnistes dans les trois mois à venir. Pour lutter contre l'inflation, dont le taux annuel atteint actuellement près de 1 000 %, le gouvernement entend fortement réduire le déficit budgétaire en diminuant les subventions aux entreprises, en limitant la progression des salaires, en fermant les usines non rentables, en réduisant les dépenses de l'armée et de la police.
L'introduction " des institutions et des mécanismes de marché " commencera véritablement l'an prochain et devrait être menée à bien pour la fin de 1991. " L'objectif est de mettre en place une économie de marché dont les caractéristiques ressembleront à celles des systèmes ayant déjà fait leurs preuves dans les pays hautement développés ", affirme le programme. " Il s'agit d'élaborer un système économique qui permette aux gens de mener une vie normale et leur donne, à eux et au pays tout entier, une chance de développement. "
LE programme prévoit donc une privatisation à grande échelle de l'industrie - dont 90 % sont actuellement aux mains de l'Etat, - la création d'une Bourse des valeurs et un nouveau système fiscal avec imposition des bénéfices des entreprises, impôt individuel sur le revenu et taxe sur la valeur ajoutée. Il faut aussi s'attendre à une dévaluation du zloty, afin d'amener le taux de change officiel et celui du marché libre à des niveaux comparables avant d'envisager, beaucoup plus tard, la convertibilité de la monnaie polonaise.
Toutes ces mesures sont essentielles pour obtenir l'aide de l'Occident. La Pologne demande au FMI, dont une équipe est attendue ces jours-ci à Varsovie, des crédits " stand-by " d'un montant de 700 millions de dollars (4,5 milliards de francs), à la Banque mondiale un prêt de 500 millions, et aux gouvernements occidentaux un prêt de stabilisation d'un milliard de dollars, ainsi qu'un moratoire sur la dette. Sans le soutien de l'Occident, assure le gouvernement polonais, ce programme est voué à l'échec. Il l'est aussi - Lech Walesa le sait très bien - si la société ne se mobilise pas tout entière derrière ses nouveaux dirigeants.
Les autorités françaises constatent avec préoccupation une très forte augmentation du nombre des demandeurs d'asile depuis le printemps de 1988. Plus de 27 000 ressortissants étrangers avaient réclamé le statut de réfugié en 1987. Ce chiffre pourrait atteindre 60 000 en 1989 selon les prévisions de l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides).
Or la très grande majorité des demandeurs, déjà présents en France, sont déboutés, parfois au terme d'une longue procédure, parce qu'ils apparaissent comme des immigrants déguisés. Peut-on les expulser ? La France n'est pas le seul pays européen confronté à ce problème.
Le conseil des ministres du 13 octobre devait entériner un certain nombre de solutions techniques pour remédier à l'engorgement de la ligne A du RER (Saint-Germain-en-Laye- Marne-la-Vallée) et pour améliorer les transports en commun dans Paris. Le gouvernement a choisi de retenir le projet Eole élaboré par la SNCF, qui propose de doubler la ligne A par une voie ferrée souterraine allant de la gare du Nord à la Défense, via la gare Saint-Lazare.
La ligne A du RER est embouteillée. A force d'y faire circuler des trains de la SNCF et de la RATP en provenance de presque toutes les banlieues est et ouest, on y a attiré des foules considérables qui excèdent la capacité normale de 44 000 voyageurs à l'heure et dans chaque sens, à raison de quatre personnes au mètre carré. On en est déjà à 50 000 voyageurs aux heures de pointe entre les stations Auber et Châtelet-Les Halles, et les augures annoncent 60 000 voyageurs dès 1992.
Confrontés à ce délicat problème, les techniciens sont tous tombés d'accord pour reconnaitre que la création d'une nouvelle ligne souterraine était indispensable. Ceux de la RATP ont peaufiné un métro sans conducteur baptisé Météor dont le tracé a fluctué, mais qui devrait, tout à la fois, desservir le 13e arrondissement (Maison-Blanche-Tolbiac), la gare de Lyon, la gare Saint-Lazare et Gennevilliers. Coût ultime du projet : environ 8 milliards de francs, dont 1,3 milliard de matériel roulant. De son côté, la SNCF proposait de creuser un tunnel entre la gare de l'Est et la gare Saint-Lazare pour faire circuler des trains depuis Val-de-Fontenay jusqu'à la Défense. Baptisé Eole, ce projet est évalué lui aussi à 8 milliards de francs dont 150 millions de francs de matériel roulant.
Impossible de réaliser Meteor et Eole en même temps pour cause de pénurie budgétaire, les travaux étant financés en Ile-de-France selon la clé de financement classique : 40 % à la charge de l'Etat, 40 % à la charge de la région et 20 % de prêts consentis par la région. Le gouvernement a donc choisi de construire Eole qui lui est apparu comme plus efficace.
Le contrat de plan signé entre l'Etat et la région Ile-de-France a prévu 3 120 millions de francs pour construire Meteor entre Maison-Blanche et Gare-de-Lyon et pour percer le tunnel de la ligne D du RER SNCF (Orly-la-Ville-banlieue sud-est) entre Châtelet-Les Halles et Gare-de-Lyon. Il est apparu au gouvernement que le prolongement de Metero de Gare-de-Lyon à Châtelet-les-Halles aboutirait à construire un troisième tunnel entre ces deux points au côté des lignes A et D, d'où une surcapacité de transport de 42 000 voyageurs à l'heure à l'horizon 2005. Un vrai gaspillage. Le gouvernement a donc choisi de privilégier Eole en supplément du programme du contrat de plan.
Toutefois, il importait de ne pas désespérer la RATP en la privant d'un grand projet à l'heure où son moral n'est pas très haut en raison des critiques dont son propre président l'abreuve. Le gouvernement a donc proposéà la Ville de Paris, très demandeuse, et à la région Ile-de-France de prendre à leur charge la construction de Meteor dans sa partie centrale. Les négociations se poursuivent pour savoir si l'Etat acceptera d'apporter une contribution symbolique à ces travaux. Le gouvernement a préféré ne pas décider plus avant dans l'attente de l'élaboration d'un schéma directeur d'urbanisme régional digne de ce nom qui mettra en cohérence urbanisme et transport.
Si tout se passe bien dans les procédures administratives et sur les chantiers, la ligne Meteor Maison-Blanche-Tolbiac-Gare-de-Lyon sera mise en service en 1995, la jonction de la ligne D entre Gare-de-Lyon et Châtelet-Les-Halles en 1996, tout comme Eole entre gare-de-l'Est, Gare-du-nord et Gare Saint-Lazare.
En attendant cette échéance, le système SACEM d'assistance automatisée à la conduite des trains de la ligne A (20 % de capacité supplémentaire) ne suffira pas à contenir la poussée de la demande. Suivant une recommandation de Mr Philippe Essig, ancien président de la SNCF, ancien directeur général de la RATP chargé par le gouvernement de réfléchir aux problèmes de la ligne A, la RATP et la SNCF ont décidé de concevoir ensemble un matériel à deux niveaux qui améliorera de 15 % la capacité de la ligne A.
Le pape est attendu, samedi 14 octobre, à l'ile Mauricee, dernière étape de son quarante-quatrième voyage à l'étranger. Il doit regagner Rome lundi. Samedi, il s'est rendu à Médan, la principale ville de Sumatra. A la suite de son escale, la veille à Timor oriental, le gouvernement portugais a jugé, dans un communiqué, que "le pape n'a pas eu, au cours de sa visite, un mot ou un geste susceptible d'être interprété comme l'acceptation, par le Vatican, de la thèse de l'intégration de Timor-Est dans le territoire de l'Indonésie".
Est-il au monde un peuple plus croyant que les Mauriciens ? Temples hindous, églises, mosquées et pagodes jalonnent les routes de leur " ile plurielle ", terre de foi et de tolérance. Dans l'arc-en-ciel religieux de Maurice, le dernier recensement dénombrait - en 1983 - quatre-vingt-sept cultes dont vingt-six chrétiens, sectes comprises. Sur un million d'habitants, à peine deux mille osent se dire agnostiques. De fête en pèlerinage, le temps sacré rythme la vie d'une ile où l'affiliation religieuse est d'autant plus naturelle qu'elle dicte l'indispensable appartenance à l'une ou l'autre des communautés ethniques.
A côté de la majorité indienne - 52 % d'hindous et 16,5 % de musulmans, - Maurice compte 25 % de catholiques (sur 30 % de chrétiens). Ils appartiennent pour la plupart à la " population générale " - non asiatique - qui descend des colons blancs, des anciens esclaves africains et malgaches et des créoles nés de leurs unions. En outre, quatre Chinois sur cinq sont catholiques, les autres, souvent les moins jeunes, vénérant Bouddha.
A Maurice, rapporte la chronique coloniale, la première messe fut dite en 1616 par un jésuite portugais, Manoel d'Almeida. Les Français firent du catholicisme la religion officielle en 1721, six ans après avoir pris la place des Hollandais dans l'ile. Depuis l'an dernier, Maurice compte un cardinal, l'évêque de Port-Louis, Mgr Jean Margeot, soixante-treize ans. Il accueillera le pape sur sa terre natale samedi 14 octobre. A six cents kilomètres de là, Jean-Paul II passera dimanche quelques heures sur la montagneuse ile Rodrigues, une minuscule dépendance de Maurice. Pour les trente-sept mille Rodriguais, pratiquement tous catholiques, la venue du souverain pontife sera l'événement du siècle.
Le cardinal joue un certain rôle politique, fût-ce à son corps défendant. Face au gouvernement dominé par les hindous, il incarne un contre-pouvoir symbolique, attentif aux aspirations de la minorité créole. Exemple : la volonté du pouvoir de modifier la procédure de recrutement des professeurs de l'enseignement privé a suscité une récente controverse avec l'Eglise.
Depuis quelques années, la vitalité religieuse de Maurice profite moins au catholicisme qu'à diverses sectes chrétiennes, millénaristes, rationalistes ou charismatiques. Dans un pays happé par la modernité, l'Eglise a du mal à suivre et incline au repli frileux. Son cardinal l'a invitée à " se renouveler " et à résister à la " tentation du ghetto ".
Maurice étant une mosaique culturelle et religieuse, le catholicisme n'échappe pas au syncrétisme ambiant. Il cohabite avec quelques vieux rites africains et malgaches - tel le culte des morts - et des pratiques animistes. En cas de besoin, les catholiques empruntent volontiers aux autres religions : ils brûlent des cierges sur les autels hindous ou interrogent les marabouts. En retour, nombre de musulmans consultent les sorciers créoles.
Le nombre des demandeurs d'asile a très fortement augmenté en France au cours des derniers mois. L'Office de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a enregistré, depuis le 1er janvier, 37 000 demandes de statut. Selon les prévisions, le total de 1989 devrait représenter plus du double de celui de 1987.
Les déclarations de Mr Jean-Claude Barreau sur l'immigration, dans le Monde du 10 octobre, ont provoqué de l'étonnement, de la gêne et des grincements de dents. Il n'est pas courant, en effet, qu'un président de l'OMI (Office des migrations internationales), occupant de surcroit la présidence de l'INED (Institut national d'études démographiques), s'exprime de cette manière sur un sujet aussi délicat.
Mr Barreau assimilait notamment la plupart des demandeurs d'asile à des immigrés. Selon lui, " il est clair que les trois quarts de ces demandeurs viennent chez nous pour des raisons économiques et non pas politiques ". Et, comme la plupart de ceux à qui on refuse le statut de réfugié ne repartent pas chez eux, " nous transformons chaque année plusieurs dizaines de milliers de " refusés à l'asile " en clandestins officiels ".
S'il faut laisser au président de l'OMI la responsabilité de ses affirmations, force est de reconnaitre qu'il n'a pas grossi le chiffre des demandeurs d'asile en les estimant à " 50 000 cette année ". Il est même en-dessous de la réalité, le chiffre de 1989 risquant d'être plus proche de 60 000 que de 50 000.
C'est au printemps de l'année dernière que la courbe a commencé à grimper sensiblement. Les flux en provenance de certains pays ont quadruplé en neuf mois. Il s'agit notamment des Turcs et de ressortissants d'Afrique noire, comme les Maliens, les Angolais et les Zairois. Or la situation politique qui règne dans la plupart de ces pays ne s'est pas modifiée au point de justifier un tel exode. La raison principale semble être le fait que la France a recommencé à créer des emplois et que, le sachant, certains immigrés ont indiqué cette filière à des parents restés au pays.
Mais, en matière de droit d'asile, il faut se garder de toute généralisation : les tentatives de détournement de procédure côtoient les situations les plus dramatiques. C'est la raison pour laquelle certains dossiers sont traités parfois en vingt-quatre heures et que d'autres peuvent trainer plusieurs années. Tel Chinois, arrivant à Paris après la répression du mouvement étudiant, n'avait pas besoin de faire de grandes démonstrations pour obtenir sur-le-champ le statut de réfugié, alors que tel Africain, indiquant comme raison de sa demande " la sécheresse qui règne dans mon pays ", a été recalé immédiatement...
Dans de nombreux cas, il est difficile de savoir d'emblée s'il s'agit d'une immigration déguisée, de caractère économique, ou d'une situation qui correspond à la définition de la convention de Genève du 28 juillet 1951. Est réfugiée, selon l'article 12 de cette convention, toute personne qui, " craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ".
Les victimes de guerre civile n'entrent pas dans ce cadre. C'est notamment le cas des Libanais qui, malgré toutes leurs souffrances, ne peuvent prétendre être persécutés par leur gouvernement puisqu'ils comptent... deux gouvenements. Quant aux personnes originaires des pays de l'Est, on ne les considère plus de la même manière qu'avant : depuis les changements politiques intervenus à Varsovie et la perestroika en cours à Moscou, ni les Polonais ni les Soviétiques ne bénéficient désormais du statut de réfugié. C'est toujours vrai, en revanche, des Allemands de l'Est... mais pas en RFA où ils sont considérés comme des nationaux.
Les effectifs de l'OFPRA ont été renforcés - l'Office compte aujourd'hui quelque deux cents personnes - et ses méthodes ont été améliorées. Cela a permis de traiter 3 600 dossiers en septembre, contre 1 800 seulement en mai. Mais, pour répondre aux besoins, il faudrait un personnel sensiblement plus nombreux : 5 600 dossiers n'ont-ils pas été déposés au cours du seul mois d'août ?
La reconnaissance du statut de réfugié en France repose sur un double système : d'abord, une décision administrative, prise par l'OFPRA ; puis, en cas de refus, une décision juridique qui relève d'une commission de recours. Or on enregistre chaque année de très nombreux refus : seules 8 794 personnes ont obtenu l'an dernier le statut de réfugié. Parmi elles, 5 037 Asiatiques (dont 3 500 Indochinois), 2 166 Européens (surtout des Turcs), 887 Africains (à commencer par des Zairois) et 642 Américains (Haitiens et Chiliens en majorité).
Sur dix demandeurs recalés par l'administration, neuf déposent un recours. Certains réussissent même à engager par la suite une deuxième procédure, voire une troisième, en fournissant par exemple un nouveau document démontrant qu'ils ont été victimes de persécutions dans leur pays. Un demandeur a pu " durer " ainsi sept ans avant d'obtenir le statut de réfugié, étant entendu que le dépôt d'une demande permet d'obtenir un titre de séjour et une autorisation de travail pendant toute la durée de la procédure...
On sait déjà, selon les prévisions, que la commission de recours aura à traiter l'an prochain quelque 36 000 dossiers. Actuellement, les décisions de l'OFPRA ne sont contredites que dans 7 % des cas. Ce qui veut dire que plus de 33 500 demandeurs d'asile se retrouveront en principe sans statut et sans papiers. Que fera-t-on d'eux ? Le gouvernement est-il prêt à expulser, en une année, 33 500 personnes - hommes, femmes et enfants - qui auront déjà vécu en France pendant un temps plus ou moins long ? C'est un problème très douloureux qui ne se règle pas par quelques sentences de Café du Commerce. Il n'y a, en effet, que trois solutions, dont aucune n'est satisfaisante : expulser ces personnes, régulariser malgré tout leur statut ou les condamner à la clandestinité.
Faut-il développer considérablement les moyens de l'OFPRA pour permettre des décisions très rapides, sans laisser aux demandeurs le temps de s'installer en France ? Ce serait certainement utile, mais insuffisant. Faut-il modifier la procédure en opérant le tri aux frontières ? Les défenseurs du droit d'asile sont farouchement opposés à cette solution, qui contredirait le principe de " non-refoulement " contenu dans la Convention de Genève : la police, remarquent-ils, n'est nullement outillée pour examiner les dossiers.
Le statut de réfugié donne droit en France à une carte de résidence valable dix ans et renouvelable qui mermet à son titulaire de travailler ou de s'inscrire au chômage. Le réfugié reçoit également un passeport, valable deux ans, ne lui donnant pas accès à son pays d'origine.
Il ne faut pas confondre les bénéficiaires de l'asile qui sont en augmentation constante et les bénéficiaires du statut de réfugié qui, eux, ont diminué. Cette diminution est due au fait que les Indochinois sont moins nombreux à venir qu'il y a quelques années.
La plupart des ressortissants du Sud-Est asiatique n'attendent pas d'être en France pour demander l'asile : ils arrivent avec un visa d'établissement, ce qui les assure presque d'obtenir le statut de réfugié. En revanche, la majorité des candidats des autres nationalités sont des demandeurs " spontanés " : ils se présentent, soit à la frontière, soit directement à l'OFPRA.
Cette possibilité n'existe plus dans certains pays européens qui ont durci leur dispositif. Ainsi, les Pays-Bas, refusent l'entrée des demandeurs " spontanés " et, appliquant la règle du " premier asile ", rejettent les candidats ayant déjà séjourné plus de trois mois dans un autre Etat démocratique. Ces restrictions expliquent sans doute que le nombre des demandeurs d'asile y soit passé de 13 460 en 1987 à 7 500 en 1988, selon le rapport du Groupe de réflexion interdépartemental publié cette année en Suisse. On note également une baisse en Belgique (de 6 000 à 5 078) et en Grande-Bretagne (de 4 200 à 1 195). En revanche, de 1986 à 1987, le nombre des demandeurs a augmenté en Grèce (de 4 300 à 7 000), en Italie (de 6 500 à 10 900) en Suisse (de 8 600 à 10 900) et en Suède (de 14 600 à 18 500). Cette hausse s'est poursuivie et parfois fortement accélérée en 1988.
Cela dit, l'Europe ne continue à accueillir qu'une infime minorité des réfugiés de la planète (6 % en 1985, selon une évaluation, forcément très approximative, du Haut-Commissariat pour les réfugiés). Ce sont des pays du tiers-monde - comme la Somalie, le Soudan ou l'Afghanistan - qui abritent la plus grande partie de ceux qui fuient les persécutions et les guerres.
Il est 11 heures, la salle d'attente est comble pour cette deuxième permanence hebdomadaire de la CIMADE, association humanitaire d'origine protestante.
" Numéro 17, s'il vous plait ! " La jeune Zairoise entre et tend un bout de papier rose : son titre de séjour provisoire, valable un an. Elle s'assoit ensuite face à Lili, la responsable qui reçoit les demandeurs d'asile ce jeudi matin. Vingt-neuf personnes vont défiler dans le local exigu. Une matinée ordinaire. Certains, comme cette Mauricienne battue par son mari, ne connaissent que très vaguement la notion de réfugié politique. Ils viennent se renseigner, à tout hasard... Mais la plupart sont dans une situation des plus précaires : depuis un, deux, trois ans et même beaucoup plus dans certains cas, ils attendent que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) statue sur leur sort.
Leurs problèmes ? Ils sont quotidiens et terre à terre. Cette jeune femme, ancienne élève infirmière à Kinshasa où elle a participé à des manifestations antigouvernementales, est arrivée en France il y a six mois. Elle a immédiatemment déposé une demande auprès de l'OFPRA. Depuis, elle vit chez son frère et sa belle-sÓur. Les deux femmes ne se supportent pas. Son cousin explique : " Ils habitent à trois dans un studio, vous comprenez. Elle ne peut plus rester, ils ne veulent pas d'elle à la maison... "
La responsable se montre compréhensive. Soigneusement, elle note deux adresses sur une feuille qu'elle remet à la jeune femme. L'une pour un placemnt dans un foyer réservé aux femmes seules, l'autre pour un petit boulot - gardes d'enfants, courses ou ménages. Pour l'instant, pas question d'envisager même de reprendre des études d'infirmière. Pour cette Africaine de trente et un ans, comme pour les quelque 70 000 demandeurs d'asile en attente d'un statut de réfugié, c'est l'installation forcée dans le provisoire.
De l'arrivée en France à l'obtention du " label " réfugié - qui fera du nouveau venu un statutaire, avec tout ce que cela comporte de sécurité et de stabilité, - la procédure prend souvent des allures de parcours du combattant. Le " numéro 22 " est roumain, vingt ans à peine. " Avec un nom hongrois, c'est difficile là-bas ", plaide-t-il, laconique. Il est passé par la Hongrie, la Yougoslavie et l'Italie avant d'atterrir à Paris, il y a quatre jours. Il dort gare de Lyon, n'ose pas aller " à la police " et ne sait pas comment régulariser sa situation. Il n'a pas un franc en poche. Son seul point de repère : un oncle, médecin... en Allemagne fédérale.
Pour lui, tout reste à faire. Lili l'oriente vers la Croix-Rouge, qui lui fournira un premier lieu d'hébergement. Elle l'incite ensuite, malgré une réticence presque instinctive, à se présenter au plus vite dans un commissariat. Là, il obtiendra le droit de séjourner en France pendant un mois. Le temps pour l'OFPRA de rejeter sa demande ou, plus probablement, de lui délivrer un " bon de dépôt " attestant la prise en charge de son dossier par l'Office.
Le " bon de dépôt " : une simple feuille dactylographiée, frappée de tampons rouges ; un sésame pour les demandeurs d'asile. Grâce à lui, ceux qui attendent d'être fixés sur leur sort peuvent rester sur le sol français, à condition bien sûr de renouveler régulièrement leur titre de séjour à la préfecture. Il donne également le droit à la Sécurité sociale et aux allocations chômage (1 350 F par mois) pendant un an, mais pas aux allocations-logement ni familales, réservées aux titulaires du statut de réfugié.
Pour avoir égaré ce précieux bon lors d'un déménagement précipité, Babar, Malien de vingt-six ans, a fait quatre mois de prison. Il a aussi été condamné à trois ans d'interdiction de séjour, faute d'avoir pu prouver la régularité de sa présence en France. Pourtant, l'OFPRA n'a pas rejeté sa demande. Voilà trois ans (un délai " moyen " selon la CIMADE) que Babar attend une réponse. Si la procédure n'est pas accélérée, il risque maintenant l'expulsion pure et simple.
Peu de cas atteignent ce caractère de gravité. Le pain quotidien du demandeur d'asile est le plus souvent fait de réalité administrative tatillonne, de difficultés à trouver un logement ou un travail stable. Et sans travail, sans couverture sociale passé le délai d'un an, seul le Comité médical d'aide aux expulsés (COMEDE) accepte alors de soigner des gens dans cette situation.
Outre le doublement de la ligne A du RER, le "programme d'actions prioritaires" pour l'Ile-de-France prévoit le développement du réseau routier.
Ainsi seront construites l'A5 Paris-Troyes ; l'A16 Paris-Amiens ; la bretelle A88 de liaison entre l'autoroute A15 (Paris-Pontoise) et l'autoroute de Normandie A13 ; la B12 dans la vallée de Chevreuse (il s'agit d'un tronçon de la Francilienne, cette grande rocade qui relie les villes nouvelles à une vingtaine de kilomètres de la capitale, l'A14 et l'A86).
L'achèvement et la mise en service de ces deux dernières voies représenteraient des cas "spectaculaires". L'A14 doit doubler l'autoroute de Normandie aux portes de Paris ; elle doit relier la Défense à Orgeval. Sous le gouvernement de Jacques Chirac il avait été décidé d'en faire, à son ouverture en 1994, la première autoroute urbaine à péage. Les études ont été jusqu'ici paralysées par l'opposition des communes riveraines. Saint-Germain-en-Laye et Montesson, notamment, contestent le tracé actuel. Les habitants demandent le franchissement de la Seine en souterrain afin de ne pas défigurer le site classé de la terrasse du château de Saint-Germain-en-Laye. Les pouvoirs publics y sont hostiles à cause du surcoût.
Quant à la A86, c'est une espèce de serpent de mer. "Périphérique-bis" à une demi-douzaine de kilomètres du périphérique parisien, cette voie rapide a été commencée il y a plusieurs années. Mais les communes de l'Ouest bloquent son achèvement. La société Cofiroute propose de construire deux tunnels distincts pour les poids lourds et pour les véhicules de petit gabarit. Ce tronçon, qui irait de Bougival à Viroflay, en passant par Rocquencourt, serait à péage. Ce projet devrait être retenu par le gouvernement, qui souhaite son achèvement en 1998, une contribution financière étant demandée à la région Ile-de-France, qui accélérerait le bouclage Orly-Roissy à l'est prévu pour 1992 mais dont on voyait mal encore l'achèvement.
Pour sa premiëre sortie sur le terrain depuis l'élection présidentielle Mr Jacques Chirac a effectué, jeudi à Castres, dans le Tarn, un véritable recalage de son discours en matière de politique sociale. Exit le candidat un tantiner reaganien qui ne pensait qu'au devenir des entreprises.
Le Chirac nouveau se préoccupe désormais davantage des travailleurs, et en visitant les laboratoires pharmaceutiques Fabre de Castres, s'arrête en milieu de chaine pour discuter avec les ouvrières. Le soir, devant plus d'un millier de personnes réunies pour un diner-débat, le président du RPR explique que "toute idée de remise en cause des acquis sociaux est socialement inacceptable, politiquement impossible et n'est pas, contrairement à ce qu'on a beaucoup dit, économiquement nécessaire".
Après avoir fait référence à la compétitivité des industries françaises par rapport à leurs homologues de RFA et en se refusant à prendre parti sur les conflits sociaux en cours, il enfonce néanmoins le clou en estimant que "le salaire direct des travailleurs est insuffisant" et qu'il faut "engager un processus d'augmentation"... Pour cela, une seule solution : "Les entreprises doivent améliorer leur compétitivité."
Après une pique contre les socialistes "qui, à peine revenus au gouvernement, recommencent à augmenter les dépenses publiques", Mr Chirac reprend son argumentation à propos de la fiscalité "trop élevée sur les travailleurs et les entreprises".
Détendu et décontracté, le président du RPR a dénoncé dans le gouvernement actuel "ses mouvements nerveux et saccadés sur fond d'immobilisme social, qui ne sont pas une bonne façon de gérer une nation moderne". Et de prôner "la remise en Óuvre d'une politique contractuelle qui ne doit pas être une rustine posée sur des trous lorsqu'ils apparaissent" , comme c'est la cas avec la méthode Rocard. Quant à Mr Mitterrand il est accusé par l'ancien premier ministre d'avoir pris "une décision démagogique et irresponsable" en réduisant les crédits militaires."
La méthode Rocard permet-elle aux socialistes de gagner les élections, ou bien, au contraire, affaiblit-elle le PS au bénéfice d'un consensus qui désarme la droite mais ne renforce pas la gauche ? Le débat, esquissé après les élections cantonales d'il y a un an et les élections municipales de mars dernier, s'aiguise à ce sujet entre les rocardiens et la jospinistes de la direction du parti à l'approche du congrès.
" Le gouvernement a rempli son contrat politique dans la mesure où toutes les élections depuis un an ont permis à notre parti de gagner des sièges supplémentaires ", a affirmé Mr Gérard lindeperg, membre du secrétariat national du PS et coordinnateur du courant rocardien, le 7 octobre, devant le comité directeur du PS, Mr Michel Rocard avait lui-même déclaré, le 28 septembre devant les parlementaires socialistes réunis à Chartres, que le PS avait " gagné du terrain " lors de tous les scrutins intervenus depuis l'élection présidentielle du printemps 1988.
Pour autant, Mr Lindeperg a observé également : " La gauche demeure minoritaire en voix, l'extrême droite a consolidé son électorat, l'abstention a été forte lors des derniers scrutins et la poussée écologiste doit être prise comme un avertissement très sérieux." Les rocardiens sont conscients que les gains de sièges (ou de villes) obtenus par le PS aux différentes élections s'accompagnent d'un rapport des forces gauche-droite défavorable au camp sur lequel s'appuie le gouvernement.
Ils estiment cependant que la division de la droite et la logique du scrutin majoritaire permettent au PS d'envisager sans trop d'inquiétudes des élections législatives qui se dérouleraient dans une conjoncture semblable à celle d'aujourd'hui. Il lui suffirait d'obtenir deux points de pourcentage de plus qu'en juin 1988, où il avait recueilli 34,76 % des voix au premier tour, pour atteindre la majorité absolue des sièges à l'Assemblée nationale.
Sans même envisager un tel succès, les socialistes pourraient compter sur l'appoint d'élus communistes en rupture avec leur parti - comme cela s'était produit aux élections municipales - et sur le "bonus" que représenterait l'élection, dans des circonscriptions de droite, de candidats centristes bénéficiant, face au RPR, de la bienveillance du PS.
A ces considérations tranquillisantes, Mr Gérard Le Gall, membre adjoint du secrétariat national du PS, oppose la froide réalité des chiffres. Si le rapport des forces gauche-droite était équilibré à 50-50 au tour décisif des élections législatives (résultats cumulés des votes ayant assuré l'élection d'un député au premier ou au second tour), il est passé à 48-52 au détriment de la gauche au tour décisif des élections cantonales.
La gauche n'a réuni que 43 % des voix au premier tour des élections municipales de mars, soit moins qu'en 1983. Aux élections européennes de juin, en tenant compte de la répartition des électeurs " verts " et " chasseurs " par préférence politique, on arrive à 42 % pour la gauche et 58 % pour la droite, selon Mr Le Gall. Il en conclut que, si le gouvernement bénéficie d'un " surplus de popularité " dans les sondages, le PS souffre, lui, d'un " déficit électoral ".
Mr Le Gall se réjouit des sondages qui créditent le PS de la meilleure image auprès de l'opinion, comparée à celle des autres partis, mais il s'inquiète du fait que les Français perçoivent de moins en moins de différence, sur les " questions de fond ", entre le Parti socialiste et ses voisins de droite. " Il nous parait urgent, après le " triomphe de l'éphémère ", de relancer le débat d'idées et de réaffirmer, sans dogmatisme mais clairement, les frontières qui nous séparent de la droite et du libéralisme ", écrit Mr Le Gall dans une contribution qu'il a déposée en vue du congrès.
Telle est la question, en effet : les rocardiens se prévalent d'un consensus qui permet de s'appuyer sur une majorité relative et qui peut permettre aussi de l'emporter dans une élection présidentielle. Les jospinistes s'interrogent, eux, sur la faible mobilisation de la gauche, qui risque de nuire au PS lors d'élections législatives.
La "méthode Rocard" connaitra-t-elle le même succès en Ile-de-France qu'en Nouvelle-Calédonie? C'est à souhaiter, car, dans les deux cas, la situation est grave, même si, bien entendu, la condition des habitants de la capitale et de la région parisienne n'a rien à voir avec le drame que vivaient, il y a quinze mois, ceux du Caillou.
Au cÓur de la métropole, pourtant, comme aux antipodes, éviter l'explosion est indispensable à l'image de la France. Ses chances dans la concurrence européenne, ses possibilités de continuer à attirer les sièges sociaux des grandes entreprises internationales seraient grandement mises à mal si rien n'était fait pour mettre fin à l'engorgement qui, petit à petit, étouffe Paris et sa proche banlieue. Si la qualité de vie ne retrouvait pas droit de cité au milieu des zones pavillonnaires qui ont remplacé les champs de blé et dans des transports en commun aujourd'hui surchargés et insuffisants, avec des autoroutes toujours trop courtes, toujours trop étroites, tant le béton s'étend moins vite que ne tournent les chaines de production automobile.
Cet amer constat est bien connu, comme son aggravation, entrainée par une décentralisation qui, en donnant aux communes tous les pouvoirs en matière d'urbanisme, a permis à l'esprit de clocher de triompher au détriment de la nécessaire solidarité d'agglomération (le Monde des 16 février et 26 juillet).
Mais si le premier ministre veut user de sa fameuse méthode pour remettre sur le chantier la réorganisation de l'Ile-de-France - selon un programme presque aussi ambitieux que celui imposé naguère par Mr Paul Delouvrier avec la bénédiction du général de Gaulle - ce n'est pas simplement pour cela. C'est aussi, et peut-être surtout, parce qu'il est persuadé que les difficultés de vie en région parisienne des fonctionnaires du bas de l'échelle sont pour beaucoup dans leur grogne, traduite par les grèves des infirmières, des agents des impôts, par les mouvements des policiers.
Si les uns et les autres pouvaient habiter plus près de leur lieu de travail, s'y rendre de manière moins désagréable, ils seraient moins enclins - pense-t-on à l'Hôtel Matignon - à regarder leur feuille de paie. Il faut donc casser la spéculation immobilière qui oblige les moins riches à vivre de plus en plus loin du cÓur de l'agglomération. Vaste programme.
En cette matière, comme en d'autres, il n'est pas possible de décider brutalement. D'abord parce que la décentralisation a fait son Óuvre et que toute marche arrière est interdite. Ensuite parce qu'en Ile-de-France, les socialistes ne sont pas en état d'imposer leurs vues, surtout depuis les municipales qui ont confirmé la prédominance du RPR, de l'UDF et du PC. La concertation s'imposait.
La droite a joué le jeu, Mr Jacques Chirac acceptant de se rendre une première fois seul à l'Hôtel Matignon, en juillet, et une seconde le 5 octobre en compagnie des sept autres présidents de conseils généraux ; les huits départements sont dirigés par l'opposition (trois RPR, trois UDF et deux PC.
Au début de l'été, la droite avait connu un certain soulagement tant elle avait redouté que le PS ne lui impose une réforme institutionnelle. Le premier ministre ayant renoncé à faire une priorité de cette réforme, le climat a été moins tendu. D'autant que le maire de Paris comprit fort vite que le rôle national qu'il veut continuer à jouer lui interdisait de se présenter comme le seul défenseur des Parisiens, et que même vis-à-vis de ses électeurs parisiens, il pouvait difficilement nier l'existence de réels problèmes à résoudre.
Restait à convaincre Mr Charles Pasqua de ne pas s'enfermer dans le coffre-fort des Hauts-de-Seine. L'ancien président RPR du conseil régional, Mr Michel Giraud, fit beaucoup pour persuader ses " compagnons " de la nécessité de négocier. Le RPR étant en position de force puisque deux conseils généraux (Yvelines et Seine-et-Marne) dirigés par l'UDF sont, en fait, dominés par lui, l'accord a pu se faire facilement avec l'ancien ministre de l'intérieur, mais l'Hôtel Matignon peut continuer à espérer en un soutien plus net de Mr Jean-Pierre Fourrace, sénateur UDF et premier vice-président du conseil régional.
Finalement, il ne reste que deux points de désaccord entre la droite et le gouvernement : le rétablissement de la politique d'agrément et les modalités de la péréquation fiscale entre les communes riches et les communes pauvres.
Sur ce dossier, non plus, les socialistes n'ont pas toujours été des alliés faciles pour Mr Rocard. En juillet, ils avaient été fort déçus par la prudence de la première communication du premier ministre, toujours tentés, qu'ils étaient alors, par une reprise par le haut du pouvoir que leur avaient refusé les urnes locales. Aujourd'hui, ils sont satisfaits de la forte priorité donnée au logement social, et de la promesse d'une péréquation fiscale.
Après avoir longtemps négligé l'importance stratégique de l'Ile-de-France, les socialistes ont maintenant tous compris, que la mise en place de la société urbaine, dont ils rêvent, passe par une reconquête de la région parisienne. Au point que aujourd'hui, chacun des grands courants du parti a jugé bon de déposer une contribution spécifique, pour le congrès de Rennes, sur ce thème : les jospinistes derrière Mr Jean-Marie Le Guen, premier secrétaire fédéral de Paris, les fabiusiens avec Mr Jacques Guyard, maire d'Evry " Socialisme et République " avec Mme Nicole Bricq, élue parisienne et Mr Georges Sarre.
Tous les trois insistent sur la nécessité pour l'Etat de prendre en charge le devenir de la région. Tous reconnaissent qu'il n'est pas possible, actuellement, d'imaginer la nouvelle structure institutionnelle, qui peut être indispensable, mais les amis de Mr Jean-Pierre Chevènement sont manifestement plus pressés que les autres de la voir mise en route. De même, ils voudraient très vite une vaste mesure de péréquation fiscale, alors que Mr Le Guen reconnait qu'actuellement il est difficile d'aller plus loin que ce que propose le premier ministre.
La " méthode Rocard " continue, toutefois, à chatouiller ses camarades de parti. Les uns et les autres sont persuadés qu'il n'est pas possible de trouver un consensus avec la droite sur ce dossier, puisqu'elle a bâti sa puissance politique en Ile-de-France sur la situation actuelle. Ils espèrent que le chef du gouvernement ne consulte que pour montrer la mauvaise foi de l'opposition. Ils redoutent que, pour éviter une bataille politique, il n'atténue sa volonté réformatrice. Le premier ministre ayant décidé d'avancer à petits pas, alors que les problèmes sont urgents ses amis pressés et le dossier fort complexe, c'est bien la " méthode Rocard " qui, une fois encore va être à l'épreuve.
Le premier ministre devait présenter au conseil des ministres du vendredi 13 octobre, réuni l'après-midi afin de permettre au président de la République de rentrer d'Amérique latine, une communication sur l'avenir de l'Ile-de-France. Utilisant déjà cette procédure, le 26 juillet, pour manifester toute l'importance qu'il attache personnellement à ce dossier, Mr Michel Rocard avait présenté un plan en trois points. Primo : la rédaction d'un Livre blanc préparatoire à une réforme du schéma d'aménagement et d'urbanisme régional (SDAU). Ce travail a déjà commencé en association avec les techniciens de l'Etat, ceux de la région et ceux de l'agence d'urbanisme de la Ville de Paris. Secundo : la préparation de réformes institutionnelles et fiscales. Celles-ci sont renvoyées à plus tard, même si une amorce de péréquation fiscale figure dans le programme présenté vendredi. Tertio : des mesures d'urgence que Mr Michel Delebarre, ministre de l'équipement et du logement, était chargé de préparer pour la fin du mois de septembre. C'est celles-ci que le chef du gouvernement devait présenter lui-même pour montrer qu'un tel dossier ne peut être qu'interministériel compte tenu de son enjeu politique, et donc de la compétence directe du premier ministre.
La philosophie générale du plan d'urgence de l'Ile-de-France consiste à permettre aux moins riches de pouvoir à nouveau se loger dans le cÓur de l'agglomération, à accélérer les investissements dans les transports en commun et les liaisons autoroutières, en faisant financer tout cela par les habitants de toute la région - la plus riche de France - et non plus par l'ensemble des contribuables nationaux.
L'accent est donc d'abord mis sur les logements sociaux. Les dotations attribuées à leur construction à Paris et dans la petite couronne (Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Hauts-de-Seine) vont être doublées, afin que le nombre de constructions annuelles de ces logements passe de 9 500 à près de 20 000. Cet effort sera poursuivi pendant trois ans. Des mesures seront prises pour que la part revenant aux préfets lors de toute construction de HLM (5 %) soit vraiment utilisée pour les fonctionnaires de revenus modestes qui en ont besoin. Ceux-ci devraient se voir attribuer 2 000 logements de plus par an. De même, les administrations et entreprises publiques qui fourniront des terrains pour la construction de logements sociaux ou intermédiaires conserveront la disposition de la moitié de ceux-ci.
C'est, en effet, la principale des décisions que devait prendre le conseil des ministres : pour casser la spéculation foncière, l'Etat et les entreprises publiques ne vendront plus leurs terrains, dans la région, au plus offrant, mais la valeur de vente sera fixée en fonction du nombre de logements sociaux que l'Etat voudra y voir construire.
Il en coûtera au budget de l'Etat plusieurs centaines de millions de francs par an, puisque, bien entendu, il faudra indemniser la SNCF et la RATP, qui disposent des plus grandes emprises foncières à Paris avec l'Assistance publique et les armées, lesquelles ne pourront donc plus financer leur programme de constructions militaires par la vente de leurs terrains disponibles. C'est l'Agence foncière et technique de la région parisienne qui sera chargée de cette gestion foncière.
Un effort équivalent en matière d'offre de terrains sera demandé aux collectivités locales, et particulièrement à la Ville de Paris.
Le gouvernement devait aussi décider de rétablir l'agrément, cette procédure, supprimée par Mr Laurent Fabius en 1985 qui oblige les constructeurs de bureaux à obtenir, avant de les bâtir, l'aval du comité de décentralisation. Toutefois, contrairement aux craintes de la droite, cette formalité ne sera imposée que dans vingt-quatre communes des Hauts-de-Seine et dans l'ouest de Paris. Les maires de ces cités pourront même la faire disparaitre s'ils signent, avec l'Etat, un contrat par lequel ils s'engagent à ne donner un permis de construire pour 1 mètre carré de bureau que lorsque seront bâtis aussi 2 mètres carrés de logement. Un effort important est aussi fait en matière de transports collectifs, même s'il est demandé à la Ville de Paris de prendre une grande part du coût financier de la construction de la nouvelle ligne de métro, dite Météore, qu'elle réclame, et pour accélérer la réalisation d'infrastructures autoroutières.
Afin de financer ce plan, le gouvernement devait décider la création d'une taxe sur l'ensemble du parc de bureaux, y compris publics. Celle qui sera imposée aux administrations sera probablement inférieure à celle demandée aux entreprises privées. Cette taxe sera fortement modulée géographiquement en fonction de la politique d'aménagement du territoire régional souhaitée par le gouvernement ; elle sera plus forte dans les Hauts-de-Seine et à Paris qu'en grande banlieue, et pourra varier de 15 à 45 francs le mètre carré annuel en rapportant 1 milliard de francs. Elle sera gérée " en concertation " avec le conseil régional d'Ile-de-France, mais elle sera versée à un compte d'affectation spécial du budget de l'Etat. Elle sera imposée dès 1990.
En revanche, le mécanisme de solidarité fiscale que souhaite créer le gouvernement, en ponctionnant une partie de la DGF (dotation globale de fonctionnement versée par l'Etat aux collectivités locales) sur les communes en fonction de leur richesse, n'entrera en vigueur qu'en 1991, après " une concertation approfondie ". Car, en dehors de l'agrément, c'est le point politiquement le plus sensible : la droite ne voulant pas que les collectivités locales, même les plus riches, soient privées d'une partie de l'argent dont elles disposent actuellement, alors que la gauche tient, avant tout, à la mise en place d'un vigoureux mécanisme de péréquation fiscale entre les plus pauvres et les plus riches.
Mr René Lenoir directeur de l'Ecole nationale d'administration, à la suite de l'article paru sous ce titre dans le Monde du 11 octobre, estime que la diminution du nombre des candidats fonctionnaires à l'ENA est " un effet mécanique de l'abaissement de la limite d'âge de 36 à 32 ans " auquel devrait remédier son relèvement prévu. Pour les candidats étudiants Mr Lenoir pense que l'annonce par le gouvernement d'un relèvement des limites d'âge " a pu inciter des candidats mal préparés à préserver leur chance " pour l'année prochaine. Le directeur de l'école qui constate que le nombre des candidats formés dans les écoles de commerce est resté quasi stable durant les trois dernières années, poursuit : " Les départs vers le secteur privé d'anciens élèves de l'ENA relativement jeunes s'est accéléré ces dernières années. La persistance d'une forte demande du secteur privé pour des postes de haut niveau devrait logiquement inciter des jeunes gens n'ayant pas une vocation particulière pour le service public à choisir cependant le passage par l'ENA. La sagesse me parait donc d'attendre le concours de 1990, pour voir si un mouvement de longue durée s'amorce.
Un " cessez-le-feu " a été conclu, jeudi 12 octobre, entre le Front national et les autres formations du Parlement européen. MM Bernard Antony et Bruno Gollnisch ont présenté, en session plénière, leurs excuses à Mr Enrique Baron de Crespo, président de l'assemblée. La veille, ces deux représentants de l'extrême droite avaient été les principaux protagonistes du grave incident qui s'était produit dans l'hémicycle.
Dès l'ouverture de la séance, jeudi matin, Mr Jean-Marie Le Pen dénonçait, visant les socialistes, " la dérive autoritaire du Parlement, avec un risque totalitaire, en raison de l'hégémonie d'un groupe et de la passivité du reste de l'assemblée ".
Après une heure de débats, Mr Baron de Crespo décidait que le bureau élargi (président, vice-présidents et chefs des groupes) reverrait l'ensemble de la question en début d'après-midi. A 18 h 30, MM Antony et Gollnisch faisaient leur déclaration commune et le président de l'assemblée en prenait acte, sans autre commentaire.
La première journée, jeudi 12 octobre, de la session du comité central du PCF a été occupée par un très long rapport de Mr Georges Marchais qui a accusé Mr Rocard de pratiquer la "méthode de la matraque" dans les conflits sociaux et de faire une "politique de droite". Mr Marchais a dénoncé l'"accaparement de l'appareil de l'Etat" par les socialistes. Le débat a porté sur les évolutions en cours dans les pays de l'Est. Absent, Mr Charles Fiterman a fait parvenir un message au comité central.
Les réunions du comité central prennent un tour curieux. L'essentiel des débats a porté sur les changements à l'Est (le Monde du 13 octobre), alors que la partie la plus longue du rapport de Mr Marchais - les deux tiers des soixante-quinze pages du document - avait trait à "la mise en Óuvre des décisions de la conférence nationale" de novembre 1988. D'emblée, le secrétaire général a rappelé que ces décisions, censées "améliorer le travail du parti", sont restées lettre morte depuis un an.
Dans la première partie de son rapport, Mr Marchais s'est surtout employé à dénoncer les pratiques du gouvernement et du PS. "Le gouvernement ne navigue pas à l'aveuglette, a dit le dirigeant communiste. Il a une ligne, un objectif : donner les moyens aux maitres de l'économie et de la finance de tirer leur épingle du jeu. Les recettes qu'il met en Óuvre ont été mille fois éprouvées, avec les résultats catastrophiques qu'on connait. Elles tiennent en quelques mots : davantage d'argent, de pouvoir et de privilèges pour les forces du capital ; davantage d'austérité pour le plus grand nombre. "
De l'avis de Mr Marchais, la " méthode Rocard " n'est que " la tactique la plus traditionnelle de la bourgeoisie, aussi ancienne que la lutte des classes : tenir sans rien céder tant que le rapport des forces le permet, soit en désamorçant le mouvement revendicatif, soit en le réprimant par la force ". " La " méthode Rocard " se révèle être de plus en plus la méthode de la matraque du CRS ", a affirmé le secrétaire général.
Ce n'est pas tout : " On peut parler d'un véritable accaparement de l'appareil de l'Etat, méthodiquement accompli par le président de la République et son premier ministre ", a ajouté le secrétaire général. " Jamais, a-t-il affirmé, depuis le début de la Ve République, une telle colonisation partisane n'avait été menée à bien. Je pèse mes mots : jamais, car le simple examen des faits permet de constater que les pratiques actuelles dépassent en ampleur celles de l'Etat-RPR de jadis. "
Pour autant " nous ne disons pas que le Parti socialiste (soit) devenu un parti de droite ", a précisé Mr Marchais. Il n'en demeure pas moins que " non seulement les dirigeants du pays satisfont les vÓux de la droite et du grand patronat, mais, à bien des égards, ils les devancent. "
Dans ces conditions, l'opposition n'a pas d'autre politique à proposer " puisque c'est la sienne qui s'applique actuellement avec des ministres de droite " et " à moins d'un retournement de situation, la présence au pouvoir des dirigeants socialistes n'est pas menacée à court terme par le RPR et l'UDF. " La raison en est simple, et Mr Marchais a affirmé qu'il la redoutait : Mr Mitterrand " mène avec la droite une politique de droite ".
Dans la seconde partie du rapport, consacrée à la récente rencontre d'une délégation du PCF, conduite par Mr Marchais, avec Mr Mikhail Gorbatchev, le dirigeant français a indiqué que " ce séjour (lui avait) permis de mesurer à quel point l'accord est aujourd'hui profond entre (les) deux partis sur tous les grands problèmes posés à l'humanité et aux partis communistes ". Mr Marchais se félicite de voir, désormais, en Union soviétique, " une vie politique et sociale intense, un débat véritablement démocratique, une presse de plus en plus pluraliste " (contrairement à ce qui se déroula sous l'ère brejnévienne, " l'ère de la stagnation ", selon Mr Marchais, qui fut pourtant, aux yeux du PCF, celle du " bilan globalement positif "). Mr Marchais a indiqué qu'il avait observé devant Mr Gorbatchev : " Hier, Mr Sakharov était exilé à Gorki ; aujourd'hui, il est député au Soviet suprême, et le mot " goulag " a disparu de la polémique politique. "
" Avec une grande franchise, Mr Mikhail Gorbatchev a reconnu que des erreurs avaient été commises depuis que la perestroika est engagée dans la bataille d'idées, dans le domaine économique et au plan politique ", a révélé Mr Marchais, en évoquant le déficit d'explications dans " l'activité idéologique " et l'absence de " garde-fous " en matière économique. " Une des conséquences de la démocratisation, condition vitale de la perestroika, a été une forte hausse de la criminalité et de la délinquance ", a confié Mr Gorbatchev à Mr Marchais. Selon ce dernier, " la situation concrète, dans plusieurs républiques, demeure extrêmement préoccupante " et " le renouveau du parti est le problème-clé de la perestroika ".
Les dernières pages du rapport sont consacrées aux " forces anti-perestroika ", qui s'opposent à Mr Gorbatchev. Selon Mr Marchais, elles se recrutent chez ceux qui, " au nom du socialisme, s'opposent à sa démocratisation ", soit par peur, soit par intérêt personnel, et elles tirent avantage de l'attitude des " démagogues ", dont l'objectif est de " rétablir le capitalisme ". " Il y a, bien sûr, en Union soviétique comme dans les autres pays socialistes, a précisé le secrétaire général du PCF, " des forces de droite ou social-démocrates. Elles ont, aujourd'hui, des possibilités nouvelles et étendues de s'exprimer et de combattre pour leur propre compte. Elles ne s'en privent pas. "
Mr Marchais a dénoncé ceux qui, " au nom de la perestroika ", combattent le PC soviétique, sa direction, son secrétaire général et la pérestroika elle-même. Il estime que " la responsabilité des désordres, des inquiétudes, des graves difficultés actuelles " n'incombe pas aux dirigeants d'aujourd'hui du PCUS, mais " à ceux qui ont dirigé le pays pendant trop d'années, qui ont refusé de mener à son terme la déstalinisation entreprise en son temps par Nikita Khrouchtchev, qui ont bloqué le développement de la société soviétique, répondu aux besoins croissants de démocratie par la censure et les atteintes permanentes aux droits de l'homme, laissé se développer l'inertie, la paresse, la corruption ".
D'un mot, Mr Marchais a parlé de la Chine, où s'exercent des " pratiques " qui sont " contraires " au socialisme, et il a évoqué " d'autres pays ", où " les forces capitalistes savent, désormais, jouer des faiblesses et des inconséquences qui marquent telle ou telle société socialiste ". " Il n'y a d'espoir pour le socialisme, a affirmé le rapporteur, ni dans la crispation sur des positions et des stéréotypes dépassés ni non plus, bien sûr, dans la fuite en avant vers la social-démocratie, dont la caractéristique historique essentielle est de n'avoir nulle part construit le socialisme. "
Au cours de cette première journée, le président de séance, Mr Pierre Sotura, trésorier du parti, a indiqué aux membres du comité central que Mr Charles Fiterman, blessé dans un accident de voiture, avait fait parvenir à la direction une intervention écrite. Cette intervention n'avait pas été lue ni distribuée jeudi soir. " Dans une atmosphère fébrile ", selon un membre du parlement communiste, une discussion informelle s'est ouverte sur la seconde partie du rapport, laissant pratiquement dans l'ombre la première partie.
A cette occasion, Mr Gérard Streiff, rédacteur en chef adjoint de l'hebdomadaire Révolution et ancien correspondant de l'Humanité à Moscou à l'époque brejnévienne, a conseillé à ses camarades de ne pas céder à la " dramatisation de la presse " sur les événements des pays de l'Est. Il a souligné, en substance, que la liberté est, évidemment, plus grande en Union soviétique que dans les pays capitalistes, puisque les ouvriers peuvent arriver en retard dans leurs entreprises ou, même, ne pas s'y rendre. Cet étonnant éloge des carences du système productif, accompagné de quelques autres exemples du même tonneau, a fait naitre quelques mines dubitatives ou circonspectes dans l'assistance. Collaborateur de Mr Philippe Herzog à la section économique du comité central, Mr Paul Boccara, dont les interventions ne sont pas toujours d'une limpidité absolue, aurait pris, semble-t-il, le contre-pied des assertions de Mr Streiff.
Plusieurs dizaines d'étudiants marocains et tunisiens occupent, depuis lundi 9 octobre, les couloirs de la présidence de l'université Paris-VII-Jussieu, afin d'obtenir leur inscription. L'an dernier déjà, à pareille époque, des étudiants étrangers, dont les dossiers d'inscription étaient parvenus tardivement, avaient occupé les locaux de cette même université. Ils avaient observé une grève de la faim et la police avait dû intervenir, avant que des solutions individuelles soient trouvées.
" Les conditions sont différentes cette année, affirme Mme Nadine Forest, présidente de Paris-VII. Les dossiers de candidature ne sont pas en possession des universités, mais centralisés au rectorat. Nous ne pouvons même pas négocier. " A la lumière des événements de l'année précédente, un centre interuniversitaire de traitement des dossiers d'inscription hors délai (Ciudex) a en effet été créé, et une commission d'experts étudie les deux cents à trois cents dossiers en souffrance.
Après vérification des diplômes fournis et des qualifications de chacun des candidats, les étudiants seront répartis dans les universités de la région parisienne. Peut-être même au-delà, car la plupart des universités parisiennes affichent complet. " Faute de place, nous avons dû refuser mille quatre cent cinquante dossiers d'inscription parvenus dans les délais, dont quatre cent cinquante d'étudiants étrangers ", reconnait avec regret Mme Forest.
A l'occasion de la rentrée universitaire, qu'ils jugent " relativement satisfaisante ", les recteurs des trois académies de Paris, Créteil et Versailles ont annoncé leur intention de rendre progressivement obligatoire le système informatisé d'accueil et d'inscriptions des étudiants. Ils ont, d'autre part, tracé les grandes lignes d'une politique ambitieuse de développement des capacités d'accueil : à terme, cinq ou six pôles universitaires nouveaux devraient voir le jour dans la région parisienne.
Evénement inhabituel et symbolique : c'est ensemble que les trois recteurs de la région parisienne ont présenté, jeudi 12 octobre, le bilan de la rentrée dans les treize universités d'Ile-de-France, ainsi que les chantiers sur lesquels ils sont actuellement engagés. " Notre souci politique est très clair : la gestion et le développement des trois académies est une tâche solidaire et globale ", devait souligner Mme Michèle Gendreau-Massaloux, recteur de Paris, entourée de MM Michel Alliot (Versailles) et Christian Forestier (Créteil).
Pour les responsables des trois académies parisiennes, la rentrée universitaire est " relativement satisfaisante " puisque, assurent-ils, tous les candidats à l'entrée dans l'enseignement supérieur ont trouvé une place. Les quelques cas encore en suspens devraient être réglés d'ici la fin du mois. Mais ils ne cachent pas que l'exercice devient de plus en plus acrobatique.
Le nombre de bacheliers, dont les demandes d'inscription étaient encore en attente fin juillet, a doublé cette année par rapport à 1988, et un nombre croissant d'entre eux est finalement amené à s'inscrire dans une université, voire dans une discipline, qu'ils n'avaient pas choisie au départ.
La situation risque d'autant plus de s'aggraver que, dans les quatre années à venir, les prévisions des rectorats tablent sur une augmentation de onze mille nouveaux inscrits en première année dans les universités parisiennes et de trente mille nouveaux étudiants de premier cycle.
Deux séries de solutions sont, dès à présent, esquissées par les trois rectorats. La première consiste à améliorer et à rationaliser, grâce à l'informatique, la procédure d'inscription. Depuis trois ans, les lycéens de terminale sont invités (via le système RAVEL et le minitel) à exprimer leur vÓux en matière d'enseignement supérieur. Ce mécanisme facultatif n'est utilisé que par les deux tiers environ des élèves.
L'objectif est donc de rendre, à terme, la procédure RAVEL obligatoire en informatisant les inscriptions au baccalauréat et en les couplant, grâce au minitel, avec la formulation des vÓux individuels.
De même, à l'instar des expériences déjà mises en place à Paris-VI et Paris-II, les trois recteurs vont inciter toutes les universités de l'Ile-de-France à adopter un système informatisé d'accueil des étudiants. Cela devrait permettre d'anticiper les flux de demandes, de mieux échelonner les inscriptions, mais aussi de tenir compte, dans l'affectation des étudiants, des facilités de transport entre leur domicile et l'université.
Melun, Cergy...
L'autre dossier, sur lequel travaillent les responsables des trois académies, est celui des capacités d'accueil. Les universités existantes étant déjà surchargées, la seule hypothèse consiste à créer de nouvelles universités. Plutôt que des créations massives ex nihilo, il est envisagé de développer progressivement de nouveaux pôles d'enseignement supérieur, à partir des antennes universitaires créées au cours des deux dernières années.
L'esquisse de cette nouvelle géographie universitaire s'appuie principalement sur les villes nouvelles qui ont accueilli ces antennes : Marne-la-Vallée qui pourrait accueillir quelque quinze mille étudiants d'ici une douzaine d'années, Melun (cinq à sept mille étudiants d'ici à l'an 2 000), Saint-Quentin-en-Yvelines, Cergy-Pontoise, Versailles.
Par ailleurs, le rectorat de Paris réfléchit aux possibilités de mieux aménager et d'étendre le campus de Jussieu. "La zone qui va de Jussieu à la future Bibliothèque de France et qui comprend notamment le Muséum d'histoire naturelle, l'Institut du monde arabe et la Pitié-Salpêtrière, peut devenir, à terme, le nouveau Quartier latin, avec une vocation culturelle et universitaire très affirmée", a souligné Mme Gendreau-Massaloux.
Cinq ou six nouveaux pôles universitaires devraient donc émerger dans les prochaines années. Cela soulève de nombreuses difficultés et suscite bien des convoitises, comme en témoigne l'attitude du conseil régional d'Ile-de-France, longtemps absent de la scène universitaire et qui s'y intéresse beaucoup depuis quelques mois. Cet intérêt des élus régionaux, avec qui les discussions sont engagées, est considéré par le recteur de Paris comme une évolution "très positive, à condition que cela se passe dans le cadre du service public".
Enfin, cette nouvelle carte universitaire devra s'inscrire dans le schéma de développement de la région parisienne, que le premier ministre entend définir avec l'ensemble des collectivités locales compétentes, d'ici le printemps prochain. Les trois recteurs ont bon espoir que les réaménagements universitaires auxquels ils travaillent constituent l'un des piliers de ce nouvel aménagement du territoire d'Ile-de-France.
Si c'était le cas, on assisterait à une vraie révolution par rapport à la politique menée dans les années 1960-1970, lorsque les universités étaient construites à la sauvette, à l'écart des pôles de développement et de communication les plus dynamiques de la région. Il n'est jamais trop tard pour bien faire.
La Confédération nationale du logement (CNL), la plus importante association de locataires, a demandé jeudi 12 octobre, au cours d'une conférence de presse, que le gouvernement décide pour 1990 un blocage des loyers à leur niveau actuel. Mr Jean-Pierre Giacomo, président de la CNL, affirme que le gouvernement a la possibilité d'imposer un tel gel des loyers, en raison de la " majorité de gauche " dont il dispose à l'Assemblée nationale.
Quant au plan gouvernemental en faveur du logement des plus démunis, Mr Giacomo estime que " ce n'est pas par le biais de l'assistance dans le secteur du logement qu'on aide les démunis, mais avec un bon boulot et un bon salaire ". Il a de plus souligné qu'une partie des fonds destinés à ce plan proviennent du 1 % logement, ce qui amène les salariés, par ce " salaire différé ", à contribuer au logement des plus démunis.
Toyota veut doubler sa capacité de production aux Etats-Unis. - Toyota, premier constructeur japonais d'automobiles, entend doubler sa capacité de production aux Etats-Unis pour la porter de 360 000 véhicules actuellement à 750 000 vers 1995. Additionnée aux importations en provenance du Japon, cette production porterait ses ventes de 950 000 à 1,5 million de voitures. Globalement, les constructeurs japonais disposent déjà d'une capacité de fabrication d'un million de voitures outre-Atlantique. Selon certaines prévisions, elle pourrait passer à 3 millions dans cinq ans.
La Communauté européenne et les Etats-Unis sont parvenus à un compromis sur les quotas d'exportation d'acier européen vers les Etats-Unis, a annoncé, le jeudi 12 octobre, un porte-parole de la CEE.
Dans un premier temps, la CEE, qui estime que les Etats-Unis devraient libéraliser leur commerce de l'acier, avait refusé la prorogation de l'accord de 1982, déjà prolongé en 1985 et qui expirait fin septembre. Au fil de la négociation, la CEE a accepté un accord valable deux ans et demi, qui constitue, d'après le porte-parole européen " une étape crédible pour libéraliser le marché de l'acier ". Les Etats-Unis, eux, souhaitaient un accord pour une durée de cinq ans.
En ce qui concerne le quota alloué aux sidérurgistes européens pour leurs exportations sur le marché américain, il passe de 6,68 % à 7 %. En tonnage, la hausse représente 300 000 tonnes sur une quantité globale d'environ 6 millions de tonnes. Il faut cependant noter que les sidérurgistes européens ne remplissent pas leurs quotas actuels. En effet, leurs exportations pour l'année vers les Etats-Unis devraient atteindre 4,5 millions de tonnes, soit 4,9 % du marché au lieu des 6,68 % autorisés. Par ailleurs, la part du marché américain réservée aux importations est en baisse. Elle représente 18,4 % de ce marché, contre 30 % il y a cinq ans.
Les Douze doivent maintenant se mettre d'accord sur la répartition entre eux de ce quota global. La Commission propose de s'en tenir aux parts actuelles, mais la plupart des pays réclament des augmentations, en particulier les Britanniques et les Allemands. D'après le porte-parole européen, les discussions devraient cependant être facilitées par la durée limitée de cet accord qui devrait être le dernier de ce type.
Parallèlement à la reconduction de cet accord, les Etats-Unis et la CEE négocient un code de bonne conduite demandé par Washington en matières d'aides, pour faciliter la libéralisation des échanges d'acier.
En votant, le jeudi 12 octobre, à une large majorité (589 voix pour, 193 voix contre) l'évacuation de la forge, les grévistes de l'usine Peugeot de Mulhouse ont infligé un indiscutable revers à la CGT, qui, depuis une semaine, tentait de bloquer le processus de conciliation engagé par Mr Francis Blanchard, ancien directeur général du Bureau international du travail. Pour les cégétistes, accepter de quitter l'atelier occupé depuis le 27 septembre signifiait renoncer à un moyen de pression essentiel. Les salariés qui se sont exprimés jeudi (à peine plus de la moitié des grévistes officiellement recensés par les syndicats...) ont préféré jouer le jeu de la négociation tout en poursuivant la grève.
Cet échec n'a pas empêché Mr Henri Krasucki, secrétaire général de la CGT - qui s'est personnellement beaucoup engagé dans ce conflit, - de considérer que son organisation sera " le porte-parole des exigences des salariés " et de mettre en avant la revendication d'une augmentation de 1 500 francs par mois.
L'ouverture de ces négociations, même si rien ne garantit qu'elles puissent aboutir, constitue malgré tout un élément de détente non négligeable. Il a fallu attendre plus de cinq semaines de grève, plus de deux semaines d'occupation de la forge et la perte de plus de 45 000 véhicules pour en arriver là.
Une jeune fille rêveuse se promène. Derrière les parois vitrées d'une serre, une femme emmitouflée, sa mère, dort. Entre un garçon, son frère, un officier. Peu à peu arrivent des gens bien élevés qui savent quand et comment il faut sourire pour survivre. Des quadragénaires qui appartiennent au monde feutré de l'intelligentsia viennoise au début du siècle : c'est le Chemin solitaire, d'Arthur Schnitzler, adapté par Nicole RÓthel et Michel Butel, que Luc Bondy met en scène au Théâtre du Rond-Point, à Paris, pour le Festival d'automne (le Monde du 21 septembre).
Le décor - de Richard Peduzzi - dessine la géographie de ce monde artificiel, d'où l'on cherche à fuir, mais qui enferme plus sûrement que les murs d'une prison. Les détails changent : les parois vitrées, où, comme des doubles fantomatiques, se réfléchissent les personnages ; une table de jardin ; des valises en désordre ; ou bien l'espace vide, ce même espace toujours, les mêmes fausses perspectives du plancher presque à hauteur du gouffre infranchissable, la salle.
La jeune fille s'appelle Johanna. Elle veut s'en aller loin de sa mère malade, et dont elle ne supporte plus la maladie. Elle est amoureuse d'un homme plus âgé qu'elle, von Sala, auteur qui a eu son heure de succès. Lui veut partir en mission archéologique, à la découverte d'une ville asiatique disparue depuis six mille ans. Il invite le frère de Johanna à le suivre. Le jeune officier accepte parce que, en temps de paix, il se sent inutile. Les enfants se sentent perdus, les adultes ne savent plus qui ils sont, et tous portent des secrets trop pesants, souvenirs de fautes, de ratages, mais surtout quelque chose de plus diffus, plus profond même que la culpabilité, aussi profond et mystérieux que cette ville mythique enfouie depuis six mille ans.
Les désarrois de la quarantaine ne sont pas chose rare au théâtre, comme au cinéma ou dans la littérature. Mais Schnitzler, relu par Luc Bondy, va beaucoup plus loin que l'habituelle complaisance nostalgique. Ces gens bien élevés qui veulent s'arracher à eux-mêmes et tournent en rond dans le brouillard de leurs mensonges s'approchent dangereusement des vérités interdites, par à-coups, par inconscience, par faibles explosions presque indécelables d'actes manqués, de paroles et de gestes échappés. Ils tâtonnent, se ressaisissent. L'égoisme, qui est peut-être seulement un instinct de survie très normal, les sauve un instant, mais aussi les enferme de plus en plus désespérément.
La première à en sortir est la mère : elle meurt. Elle (Edith Scob) paraissait si fragile, presque transparente. Voilà que sa disparition déclenche une série de chutes. C'est qu'elle était au centre du secret, elle détenait les clefs des mensonges. Désormais, chacun doit prendre ses responsabilités. Mais qui en est capable? Ni von Sala (Didier Sandre), partagé entre son attirance pour Johanna (Alison Hornus) et sa peur de l'innocence, ni Julian Fichtner (André Dussolier), peintre académique, père réel du jeune officier (Laurent Grevil), ni le père légal, trop brave homme (Didier Flamand), ni le médecin de famille (Jérôme Nicolin), qui sait, souffre, se tait, ni Irène, comédienne sur la touche et maitresse malheureuse de Fichtner (Bulle Ogier).
Une vertigineuse histoire de famille, donc, qui se distord et frôle les apocalypses de la scène incon-sciente. Mais Schnitzler n'est pas Strindberg. Ses personnages sont infiniment séduisants, émouvants, parfois au bord du ridicule, souvent odieux : des égoistes - c'est l'un des titres que Schnitzler avait donné au roman dont il a tiré sa pièce - noyés dans l'intérêt qu'ils se portent à eux-mêmes. Un intérêt brouillon, pathétique et dérisoire, mais, quoi qu'il en soit, ils attirent la sympathie.
Luc Bondy peaufine le charme et la séduction de ces naufragés. Ils sont intelligents, drôles, brillants. Meurtriers ou suicidaires ? Inquiétants en tout cas. On entre dans le spectacle progressivement, l'attention attirée de côté et d'autre, cherchant son chemin, leur chemin. Puis, on se rend compte qu'on est avec eux, comme si on ressentait leur état de nonchalance et d'angoisse, d'incertitudes. Et leur désir de fuir, leur incapacité à se fuir devient presque tangible.
La pièce est construite de façon linéaire, la narration est simple et claire. Une pièce bien carrée du début du siècle, que Luc Bondy ne cherche pas à moderniser. Mais il a dirigé les comédiens de façon extraordinairement précise et complexe. Son chemin solitaire est un labyrinthe fabuleux. Il a choisi, c'est vrai, une distribution exceptionnelle. Tous donnent le charme et les ambiguités de leurs personnages, tous sont vraiment magnifiques. Tous, dont Bulle Ogier, si vulnérable et digne, Didier Sandre, mal protégé contre les tortures de son enfer... Avec la Mort de Danton, Tango Argentino et le Chemin solitaire, le Festival d'automne a commencé très fort.
Ce sont d'abord, projetés sur de la nuit, les visages de femmes et d'hommes de la Résistance, devenus figures de l'Histoire : Gabriel Péri, Bertie Albrecht, Guy Moquet, Jean Moulin, Danielle Casanova, d'autres... Nous entendons leurs derniers messages, dits simplement.
Puis va commencer la pièce elle-même, Dans la nuit la liberté. Le propos n'en est pas simple. Frédéric Dard, coauteur, résume : des résistants servent volontairement d'appât aux Allemands pour tenter de sauver le chef de leur réseau.
Plus clairement : dans un village de Bretagne, des hommes, dont l'instituteur, le curé, le médecin, un artiste-peintre, un militaire de carrière, un truand, sont les membres d'un réseau de Résistance. Leur chef est un ingénieur.
Voici que des responsables, militaires, parachutés de Londres, réunissent ces hommes dans l'église du village. Nous comprenons, pas très clairement, que le chef est plus ou moins grillé : il faut ou bien qu'il reparte pour Londres, où il aura un autre poste, ou bien qu'il accepte un stratagème : aller trouver le chef local de la Gestapo, le colonel Hauser, se présenter comme un donneur, et lui " balancer " cinq membres d'un réseau de Résistance. Nous croyons comprendre alors qu'il s'agit d'un réseau fictif.
Mais qui donc le chef du réseau pourrait-il ainsi envoyer à la torture, au mur d'exécution, sinon, avec leur accord, les propres membres de son réseau ? C'est ce qui a lieu. Cinq volontaires lèvent la main.
Ils sont convoqués, avec leur chef, un matin, de bonne heure, dans une cabane isolée. Là, le colonel allemand leur dit que si le chef ne se dénonce pas lui-même, ou si personne d'autre ne le dénonce, les hommes ici présents vont être passés par les armes, l'un après l'autre, de dix minutes en dix minutes. Et c'est ce qui va avoir lieu.
Le cinquième résistant une fois tué, les soldats allemands repartent. Le colonel aussi. Le chef reste là, et il se trouve face à un lieutenant allemand qui a " assisté " le colonel pendant cette suite d'assassinats, tout en manifestant une certaine réserve. Le chef du réseau et lui s'insultent réciproquement. L'Allemand, d'un coup de revolver, abat le Français.
Ces faits sont déroutants. Nombre de spectateurs, qui n'ont de la Résistance qu'une approche livresque, ne voient pas le bien-fondé de cette hécatombe volontaire à seule fin de " sauver " le chef d'un danger d'ailleurs obscur : le départ du chef pour Londres - et son remplacement par un autre chef - eût été moins absurde, moins meurtrier, moins inhumain, tel est le sentiment de la multitude, à la sortie du Palais des sports.
Toutefois, dans le programme de la soirée, qui renferme un cahier de documents remarquablement conçu et imprimé sur la Résistance en France, figure une page de Henri Noguères, historien de la Résistance, et qui a été le président de la Ligue des droits de l'homme. Henri Noguères cite Gilles Perrault, qui dit que la Résistance fut " une enclume que l'Allemand et l'Anglais martelaient tour à tour ". Henri Noguères évoque les hommes et les femmes qui " furent délibérément sacrifiés " : " Nous savons aujourd'hui, écrit-il, que les services alliés n'ont rien fait, bien au contraire, pour éviter que certains groupes entiers comprenant des agents venus de Londres et des résistants de l'intérieur ne tombent entre les mains de la Gestapo ou de l'Abwehr, ce qui signifiait pour tous la torture, la déportation, la mort. "
Henri Noguères ajoute : " Rien de tout cela n'a correspondu à des erreurs, voire à des fautes qui eussent été criminelles. Toutes ces décisions, y compris les plus inhumaines, ressortissaient de l'écrasante responsabilité qui est celle de tout commandement confronté à un conflit planétaire. "
Les incertitudes du public sur les leçons de cette Histoire se trouvent en tout cas " rachetées " par l'adhésion unanime, entière, une fois de plus, au déroulement du théâtre de Robert Hossein. La nature particulière de cette adhésion populaire, très fidèle, tient à ce que les spectacles de Robert Hossein sont d'une nette sobriété. Il n'y a pas d'effet de décoration, de costume. Il n'y a pas d'effet de mise en scène : peu de mouvements, des gestes contenus, des voix calmes et naturelles.
La " patte " d'Hossein ne s'accorde du brio que sur un point, toujours le même : la miraculeuse vitesse des changements de décor. Entre les tableaux, Hossein fait un " noir " total de la salle. Le temps d'un rien, quelques secondes, et la lumière revient, et tout est changé, c'est sidérant. Mais le public apprécie moins la maestria de cette magie que le sérieux du travail qu'elle implique.
Interprétation rigoureuse de Jean Négroni (le médecin), Maurice Barrier (le chef du réseau), Paul Le Person (l'instituteur), Jean-Pierre Bernard (l'officier français), Régis Bouquet (le truand). L'acteur-mascotte de Hossein, Jean-Pierre Malo, donne du colonel nazi une interprétation hasardeuse : un numéro de charme, d'élégance, d'humour. C'est un peu trop " à côté ". Le lieutenant allemand, joué par Christoph Moosbrugger, est plus intériorisé, d'un art plus intelligent.
La tragique dispersion d'un meeting à Tbilissi, qui fit une vingtaine de morts dans la nuit du 8 au 9 avril dernier, a déjà eu d'importantes suites politiques. Des informations ont été ouvertes au parquet de l'URSS, et une commission créée fin mai par le Congrès des députés est à pied d'Óuvre, sous la présidence de Mr Alexandre Iakovlev, le principal allié de Mr Gorbatchev au bureau politique. Elle n'a pas encore remis son rapport, mais une autre commission, constituée dès avril par le Soviet suprême de Géorgie, vient de remettre ses conclusions publiées, le 5 octobre, par le quotidien de Tbilissi Zaria Vostoka. Il en ressort que plusieurs dirigeants de Moscou sont impliqués dans cette sanglante bavure. Le dissident Serguei Grigoriants a déclaré dans un entretien publié par plusieurs quotidiens régionaux français, vendredi 13 octobre, que les événements de Tbilissi avaient été " planifiés pour servir de prétexte à instaurer l'état d'urgence dans l'ensemble du pays ".
Le rapport de la commission géorgienne, publié sous la signature du juriste Chavgoulidze, est extrêmement sévère pour l'action de l'armée. Oui, admet-il, certains mots d'ordre déployés sur la place centrale de Tbilissi au cours d'un meeting permanent commencé le 4 avril étaient " extrémistes " (notamment : " A bas le régime communiste ! ", " A bas l'impérialisme russe ! ", " L'URSS est la prison des peuples "). Mais " ils ne contenaient aucun appel à l'action et ne pouvaient modifier le caractère pacifique du meeting ". Pas plus que la grève de la faim que poursuivaient une partie des manifestants.
Lorsque la troupe chargea, à 4 heures du matin le dimanche 9 avril, il y avait plus de dix mille manifestants sur la place, car une inutile démonstration de force (passages de tanks et d'hélicoptères), la veille, avait incité beaucoup d'épouses et de jeunes filles à rejoindre leurs maris, frères et amis. Bilan : sur les 19 morts dénombrés cette nuit-là, 16 étaient des femmes, dont 2 mineures et une femme enceinte. Plusieurs eurent la tête brisée par des pelles de sapeurs, mais un plus grand nombre encore (12) furent victimes des gaz asphyxiants, dont l'existence ne fut reconnue que beaucoup plus tard par l'armée. Plus de 4 000 personnes durent être soignées de ce fait, y compris parmi la milice (géorgienne), qui tentait en vain de porter secours aux blessés.
Le rapport détaille longuement les responsabilités de chacun. Un premier " paquet " revient aux autorités locales, notamment à Mr Patiachvili, premier secrétaire du parti en Géorgie, et au second secrétaire Boris Nikolski (un Russe), tous deux limogés depuis lors. Ce sont eux qui, le 7 avril, ont demandé à Moscou l'autorisation de décréter le couvre-feu à Tbilissi, de faire arrêter les " extrémistes " et d'instaurer la censure de la presse. Ensuite au général Rodionov, commandant la région militaire de Transcaucasie : bien qu'il se soit opposé dans un premier temps à l'intervention de l'armée, il dirigea personnellement l'opération sur place et est donc le premier responsable du comportement de ses troupes. Limogé en août dernier, il s'est retranché dans une défense de mauvaise foi, justifiant la violence par l'" extrémisme " des slogans, comme il l'a fait au cours d'un violent incident au Congrès des députés en juin. Il a refusé, tout comme Mr Nikolski, de comparaitre devant la commission géorgienne.
Mais il y a des responsables également à Moscou, à titre divers. D'abord, Mr Loukianov, le premier adjoint de Mr Gorbatchev à la tête de l'Etat, qui, donnant lecture aux députés du télégramme reçu le 7 avril de la direction géorgienne, l'amputa de ses paragraphes " opérationnels ", " donnant l'impression, ajoute le rapport, que toutes les mesures prises pour la normalisation de la situation (à Tbilissi) avaient été prises à l'insu du centre (...), ce qui ne correspond pas à la réalité ".
De fait, en l'absence de Mr Gorbatchev, qui rentra de Grande-Bretagne dans l'après-midi du 8 avril, la situation en Géorgie avait été longuement discutée à Moscou. Une première fois le 7 avril, lors d'une conférence tenue sous la présidence de Mr Ligatchev, en présence de MM Sliounkov, Tchebrichkov, Medvedev, Lioukanov, Razoumovski et du général Iazov, tous membres ou suppléants du politburo, ainsi que Mr Krioutchkov, président du KGB. Cette conférence, révèle le rapport, " décida de satisfaire la demande du PC géorgien de lui fournir une aide militaire. C'est sur la base de cette décision que les ministères de la défense et de l'intérieur de l'URSS donnèrent les ordres pour envoyer en Géorgie les contingents correspondants ". Une seconde réunion eut lieu le 8 avril, avec le même effectif, mais en l'absence de Mr Ligatchev (M. Tchebrikov en assumait la présidence).
Pourtant, les jeux étaient faits dès la première réunion. Le 7 avril, le général Iazov ne s'était pas contenté d'envoyer le général Rodionov à Tbilissi avec l'ordre de prendre en main la situation (et nous avons vu que l'intéressé n'était pas convaincu du bien-fondé de cette décision). Il envoyait aussi sur place son bras droit, le général Kotchetov, premier vice-ministre de la défense depuis janvier (et ancien commandant de la région militaire de Transcaucasie). Les " durs " avaient alors le vent en poupe, et l'on comprend que Mr Patiachvili, après un coup de téléphone le même jour avec l'entourage de Mr Gorbatchev, qui venait de rentrer de Londres, refusa la proposition de ce dernier d'envoyer sur place Mr Chevardnadze : la présence d'un " libéral conciliateur " n'était déjà plus souhaitable.
Ajoutons encore la présence à Tbilissi, à tous les stades des décisions précédant la répression, de deux apparatchiks du comité central chargés de surveiller la Transcaucasie pour le compte de Moscou, MM Viktor Lobko et Alexandre Selivanov. Détail à noter : le second est un ancien de Stavropol, le fief de Mr Gorbatchev...
Tout cela conduit les auteurs du rapport à conclure : " En dépit de la déclaration de Loukianov au Congrès des députés, la commission estime que les autorités centrales étaient informées de la situation à Tbilissi depuis le début du meeting et que toutes les actions entreprises par la direction de la république ont été concertées avec le centre. En particulier, la décision illégale d'employer la force militaire pour mettre fin au meeting a été prise avec l'accord du membre du politburo Tchebrikov et sur instruction du ministre de la défense Iazov. "
Parmi ces personnages, seul le général Iazov est encore en fonctions, et cette nouvelle attaque accentue les pressions contre l'armée, bien malmenée ces derniers temps. Mais les auteurs auraient pu tout aussi bien mettre en cause Mr Ligatchev, puisque c'est sous son égide qu'ont été prises, le 7 avril, les principales décisions. Et Mr Gorbatchev, qui a probablement utilisé cette affaire pour pousser vers la retraite Mr Tchebrikov, pourrait bien faire de même avec son principal rival conservateur, déjà mis en cause pour avoir couvert des membres de la " mafia " dans les affaires de corruption. Une autre commission est à pied d'Óuvre sur le sujet...
La cour d'appel de Stockholm a décidé à l'unanimité, jeudi 12 octobre, d'acquitter Christer Pettersson, condamné en juillet dernier en première instance à la prison à perpétuité pour le meurtre, en 1986, du premier ministre Olof Palme, " les preuves retenues contre l'accusé étant insuffisantes ". Le verdict sera officiellement rendu le 2 novembre (nos dernières éditions du 13 octobre).
En prison depuis le 14 décembre dernier, Pettersson a été relâché dans les heures qui ont suivi la décision des juges. " Je suis surpris de cette décision. Je n'aurais jamais cru que je serais acquitté même si je suis innocent ", a-t-il déclaré à la presse. Refusant la protection de la police, qui lui avait proposé de le loger à l'abri des curieux, il a tenu à rentrer à son domicile dans la banlieue nord de Stockholm pour " arroser " sa libération avec son voisin de palier. Plus tard dans la soirée, il faisait une apparition devant les journalistes, photographes et cameramen pour dire notamment qu'il n'avait " aucune envie de demander des dommages et intérêts. Pas un rond! Mais ça serait vraiment bien si Lisbeth Palme et moi pouvions un jour nous rencontrer. Ce serait merveilleux "... Au cours du procès, la veuve de l'ancien premier ministre social-démocrate l'avait identifié à plusieurs reprises comme l'assassin de son mari.
L'affaire Christer Pettersson pourrait être portée devant la Cour suprême, le cas étant exceptionnel, mais cela reste à décider. Quant à l'enquête policière, si elle n'est pas abandonnée, elle aura du mal à se poursuivre, après ce nouvel échec.
Trois ans et demi après le meurtre, c'est pratiquement le retour à la case départ, avec encore moins de chances d'arriver un jour au but. Si, en Suède, 95% des enquêtes criminelles aboutissent, celle-ci risque désormais d'entrer dans la catégorie des 5% qui ne trouvent pas de solution. Seule la justice tire aujourd'hui son épingle du jeu. Bafouée par Mr Hans Holmer, le préfet de police de Stockholm, qui avait fait capoter la première enquête, sabotant ainsi les chances de réussite de celle qui suivrait, la justice, de nouveau mise à mal par une première condamnation de Christer Pettersson, s'est réhabilitée. Elle n'avait guère de preuves irréfutables contre l'accusé. Coupable ou non, elle a décidé de le relâcher.
Dans le climat de surexcitation médiatique qui dure depuis dix mois et qui avait été ravivé par le verdict de la première instance, ce n'était pas chose facile que de garder la tête froide et de ne juger que sur le matériel présenté, sans tenir compte de la notoriété et de la situation du principal témoin, à savoir Mme Palme.
Des deux femmes face à face, aussi tenaces l'une que l'autre - la présidente du tribunal, Mme Birgitta Blom, et la veuve du premier ministre, Mme Lisbeth Palme, - c'est donc la première qui l'aura emporté. La magistrate avait souscrit à toutes les exigences formulées par Mme Palme pour sa comparution devant la cour. Celle-ci était l'atout majeur de l'accusation, la seule à avoir vu de près le meurtrier, et qui affirmait que Chris Pettersson est celui-ci. Plus sévère que son collègue des assises, Mme Blom avait interdit la retransmission du procès à la radio. Mais plus minutieuse, aussi, elle a cherché la précision dans les détails du témoignage catégorique de Mme Palme - qu'aucun véritable procès-verbal d'interrogatoire antérieur ne pouvait permettre de vérifier, puisqu'il n'y en avait pas ! Elle y a trouvé de nombreux éléments flous, comme dans la plupart des autres témoignages. L'enquête aura maintenant beaucoup de mal à repartir.
Après trois ans et demi de tumulte, d'erreurs, d'abus de pouvoir, de scandales, de démissions en chaine et de troubles ramifications politiques qui ont ébranlé les institutions, que reste-t-il maintenant sinon une grande lassitude devant l'absence totale de résultat tangible ? Christer Pettersson sera acquitté, mais pas pour autant blanchi. Et on entendra encore parler de lui. Après vingt ans de délinquance, et de nombreux séjours dans des établissements psychiatriques, sa sécurité matérielle semble en tout cas aujourd'hui assurée... à moins qu'il ne refuse, comme il l'a fait après les premiers verres de vodka de sa liberté retrouvée, de confortables dommages et intérêts.
Le procureur général de l'URSS a été officiellement invité par son homologue polonais à ouvrir une enquête sur le massacre de Katyn, a annoncé jeudi 12 octobre l'agence de presse polonaise PAP. Ce massacre "revêt le caractère d'un crime contre l'humanité, et il ne saurait y avoir prescription", a estimé le magistrat polonais.
Près de quinze mille officiers polonais avaient été faits prisonniers après l'invasion de la Pologne par l'armée rouge, le 17 septembre 1939. Les corps de près de cinq mille d'entre eux, tués d'une balle dans la nuque, ont été exhumés de fosses communes, en 1943, dans la forêt de Katyn, près de Smolensk, en Biélorussie. Le sort des dix mille autres demeure inconnu.
Le procureur de Pologne a également demandé à son collègue soviétique d'instruire le procès en réhabilitation de seize anciens chefs de la résistance polonaise, condamnés à de lourdes peines de prison, en mai 1945, à Moscou, puis portés disparus.
Le comité central du Parti communiste tchécoslovaque (PCT) a décidé de camper sur ses positions, tout en exprimant sa préoccupation face aux développements récents chez certains de ses voisins du pacte de Varsovie. Lors d'une session plénière qui s'est terminée le jeudi 12 octobre à Prague, Mr Milos Jakes, secrétaire général du PCT, s'est inquiété de l'apparition d'un " phénomène nouveau ". Les groupes tchécoslovaques d'opposition, a-t-il dit, sont maintenant soutenus " non seulement par l'Occident, mais aussi par divers groupes d'opposition, et aussi légaux, de quelques pays socialistes, principalement la Pologne et la Hongrie (...). Les activités de certains groupes en URSS ont également une influence ". Invités par un journaliste du quotidien du gouvernement soviétique les Izvestia à préciser la signification de cette dernière remarque, les responsables du comité central du PCT ont observé un silence embarrassé.
Mr Jakes a insisté dans son rapport devant le comité central sur le fait qu'il fallait " permettre l'adhésion de tous ceux qui, par leurs activités et leur attitude, soutiennent activement la politique du PCT, y compris ceux qui avaient perdu leur qualité de membre " après les événements de 1968. Il n'est cependant nullement question pour la direction du PCT de remettre en cause le document Leçon des années de crise, à partir duquel la politique de normalisation a été élaborée, a indiqué un autre membre du comité central, précisant que ce document " servirait de base pour les nouveaux statuts et le programme du PCT ", qui doivent être adoptés prochainement.
Le moment est-il venu ou non de clore une parenthèse de plusieurs décennies et de poser de nouveau à voix haute ce qu'il est convenu d'appeler la " question allemande ", c'est-à-dire celle de la réunification ? " Non ! " s'exclame, outre-Rhin, Mr Hans Dietrich Genscher. Le ministre ouest-allemand des affaires étrangères s'évertue, de discours en discours, à expliquer qu'il n'est pas temps, que la République fédérale ne prendra pas prétexte des événements de RDA pour relancer ce débat " déstabilisateur ". Et de répéter humblement que, en raison d'une histoire coupable, le statut de l'Allemagne n'est pas " à la disposition " des Allemands.
Mais Mr Genscher a beau faire, le sujet est lancé. La presse ouest-allemande elle-même en regorge depuis plusieurs semaines. La question est dans toutes les têtes, même si sa réponse n'est explicitement tranchée qu'aux deux franges extrêmes de l'opinion ouest-allemande : à droite, par certains des républicains qui feraient volontiers passer la réunification avant tout ; à l'opposé, par les Verts et les confins gauchistes du SPD qui prônent au contraire un renoncement définitif à l'unité allemande. Cette dernière attitude, comme le fait remarquer un spécialiste français des questions germaniques, ne semble d'ailleurs pas vraiment plus saine que la première, par son fort relent freudien, son côté " retenez-nous ou nous allons encore faire un malheur ".
Faut-il pour autant souscrire à l'approche du ministre ouest-allemand des affaires étrangères, et qu'en pense la France ?
Elle ne s'est exprimée jusqu'à présent sur le sujet qu'avec grande discrétion. Dimanche 8 octobre, Mr Roland Dumas estimait que la réunification relève pour l'instant de la " politique-fiction ". Deux jours plus tard, le président de la République, pressé par des journalistes à... Caracas, fit une déclaration qui avait le mérite de réaffirmer clairement les principes - à savoir que la France souscrit " depuis le premier jour " à l'objectif de réunification de l'Allemagne - et de convenir, tout en s'entourant de précautions, que la question se pose aujourd'hui " de façon plus actuelle ". Cela ne peut pas malgré tout tenir lieu d'exposé de la politique française sur les questions allemandes.
Le sujet est extrêmement sensible. Chaque mot sera décortiqué à Moscou. Chaque mot, surtout s'il vient de Paris, aura de fortes incidences émotionnelles en Allemagne. Chaque mot peut réveiller en France des frayeurs endormies, la hantise plus ou moins consciente de voir 75 ou 80 millions d'Allemands proclamer l'avènement du "quatrième Reich", dans une Europe bismarckienne qui paierait de sa tranquillité la fin de sa division, ou celle, plus rationnelle, de voir se constituer à l'est de la France une puissance économique colossale.
La parcimonie des commentaires français est peut-être, dans ce contexte, délibérée, voir concertée avec les dirigeants ouest-allemands : ce serait une démonstration ostentatoire de flegme, censée jouer le rôle de potion calmante au moment où les événements de RDA engendrent une incertitude nouvelle et ont dores et déjà ébranlé l'ordre mental européen.
En coulisse, il est vrai, on s'affaire. Si l'atavique incurie des partis politiques français pour les questions allemandes n'a pas encore été secouée, au quai d'Orsay, en revanche, on se mobilise : on interroge les chancelleries sur les analyses de Washington, Varsovie ou d'autres concernant la question allemande; on sollicite les quelques rares universitaires français spécialistes de l'Allemagne; on met à contribution le Centre d'analyse et de prévisions. Mais il ne s'agit encore que d'information. " On n'est qu'au début d'une réflexion nouvelle ", confie l'un des diplomates concernés.
Pendant combien de temps le discours officiel pourra-t-il s'abriter derrière l'approche genschérienne du sujet, que Mr Dumas a faite sienne, et qui consiste, d'une part, à appeler le système communiste est-allemand à se réformer et, d'autre part, à noyer le poisson de la réunification dans la mare du processus institutionnel de rapprochement Est-Ouest en Europe, c'est-à-dire le développement des relations de la CEE avec les pays de l'Est et le processus d'Helsinki ?
On comprend les impératifs immédiats de Mr Genscher : calmer le jeu chez lui et dans l'autre Allemagne, comme l'a fait à Berlin-Est Mikhail Gorbatchev, tenir compte du coup de semonce donné quelques jours plus tôt, à la tribune de l'ONU, par Mr Chevardnadze, ne rien faire, ne rien dire qui puisse favoriser une accélération prématurée de l'Histoire en RDA et mettre à bas d'un seul trait non seulement l'acquis de vingt ans de relations inter-allemandes mais tous les mouvements d'émancipation en Europe de l'Est.
Le problème, c'est que l'analyse des événements récents sur laquelle se fonde cette attitude n'est tout simplement pas crédible. Elle repose en particulier sur l'idée que ce sont les relations entre les Etats qui présideront à l'évolution de l'ordre européen et nie la véritable révélation de ces dernières semaines, à savoir que c'est par la société est-allemande que la question de l'unité peut, d'un jour à l'autre, être posée.
Alors, on cherche à se rassurer sur les intentions de cette société. Bénis soient les manifestants de Dresde et de Leipzig qui disent vouloir rester en RDA ! Ils permettent d'entretenir l'illusion qu'il n'y a pas de spécificité est-allemande, que ce pays est aux prises avec le début d'un processus semblable à ceux que connaissent ses voisins, et donc qu'on a du temps. Le temps que cette contestation devienne opposition et arrive à ses fins ; le temps donc de se retourner avant d'arriver vraiment au cÓur du problème particulier de la RDA : son radical manque d'être dès lors qu'on en aura démantelé l'armature idéologique.
Ou bien a-t-on la naiveté de croire que ce sont les Allemands de l'Est qui vont inventer le socialisme à visage humain et s'en faire une patrie ? Même si ce qui reste de l'intelligentsia est-allemande et une partie de sa jeunesse font, comme l'écrivain Stefan Heym, une critique de gauche de la " République fédérale de Daimler-Messerschmitt-Bölkow-Höchst-BASF ", peut-on raisonnablement miser sur la force de leur noble idéal ?
Qu'on se souvienne de l'exode du mois dernier, car il en dit long. Ceux qui fuyaient, dans leur très grande majorité, n'étaient pas des contestataires. C'étaient pour la plupart les citoyens sans histoires d'un Etat communiste, en vacances en Hongrie, qui tout à coup se dirent, sans préméditation, que quitte à être médecin ou peintre en bâtiment, il valait mieux l'être à Munich ou à Wurzbourg plutôt qu'à Gera ou à Dresde. C'est tout ; mais cela suffit pour que tout le monde prit conscience que la population la plus docile des pays communistes pourrait un jour, sans prévenir, basculer tout d'un bloc et vouloir changer de camp. Qui plus est, cet exode n'était pas un exil : les Berlinois retrouvaient " leur " ville côté ouest et refaisaient à leur manière une capitale ; tous se sentaient chez eux en RFA ; ils le sont, de fait, par filiation et en droit.
La leçon de ce mouvement, pas très important en nombre mais criant de sens, c'est non seulement que la question allemande est inéluctable, mais que nul ne peut plus prétendre décider du moment où elle sera posée. En bref, si demain les Allemands de l'Est tout seuls demandent leur rattachement, que disons-nous, que faisons-nous ? Et si, face à cette éventualité persistait l'état d'impréparation actuel, y aurait-il encore une Europe communautaire pour l'aborder solidairement, le fameux " couple " franco-allemand n'en serait-il pas pulvérisé ? L'urgence commande de porter appui activement à tous ceux qui, en RFA, demandent que le problème soit pris en charge par la Communauté, et c'est à la France, en premier lieu, de s'en mêler.
Encore faudrait-il qu'elle sache ce qu'elle veut. Il est vain de s'interroger sur l'existence ou non d'un consensus sur la question : les partis français n'y ont pas encore songé. Même si quelques personnaliés, plus attentives aux affaires étrangères, ont quelques idées sur la question, aucun dirigeant de l'opposition ne s'est pour l'instant exprimé. Du côté du Parti socialiste, seul Mr Jacques Delors a abordé le sujet lors des journées de Chartres, la semaine dernière, avant d'aller dire à Bonn ce qu'il en pensait : que la réunification est un but légitime et qu'elle commande aux Allemands de l'Ouest de s'engager plus à fond dans l'intégration ouest-européenne et de l'accélérer.
Tout le monde semble en convenir en France : on n'a pas trouvé mieux que la Communauté et les transferts de souveraineté qu'elle ambitionne pour amortir le choc d'une éventuelle réunification allemande. Mais les prémisses - la légitimité de cette réunification - ne sont pas totalement limpides. Dans les milieux intellectuels et politiques qui s'intéressent à l'Allemagne, les réticences, pour des raisons historico-morales, sont grandes chez certains, qui pourtant conviennent que le statu quo ne peut pas durer.
Même du côté officiel, l'analyse que fait par exemple Mr Hubert Vedrine, conseiller à la présidence, ne semble pas totalement en phase avec la réaffirmation de principe que vient de faire Mr Mitterrand. Mr Vedrine englobe les événements de RDA dans le mouvement général d'ouverture des pays de l'Est, continue de faire confiance à l'Ostpolitik et au processus d'Helsinki et émet l'hypothèse que les aspirations des Allemands de l'Est pourraient, par la grâce de la perestroika et de la liberté de circulation, " être satisfaites sans rendre nécessaire la réunification ". Il évoque une situation " intermédiaire " - la République fédérale aurait avec la RDA " les mêmes rapports qu'avec l'Autriche " - et estime qu'il ne faut pas " être prisonnier d'un seul scénario intellectuel : la reconstitution d'un Etat allemand unique ".
L'idée de la réunification a été éludée en France, et dans une certaine mesure en RFA, depuis vingt ans, depuis que l'Ostpolitik engagée par Mr Willy Brandt, parce qu'elle présupposait l'existence de deux Etats allemands, la vidait de toute probabilité. Elle semble paradoxalement plus difficile à réaffirmer aujourd'hui qu'à l'époque du général De Gaulle, où l'on tenait sur la question un discours sans ambiguité. " Si l'on exclut a priori l'hypothèse de la réunification, estime François Daguet, consultant au Centre d'analyse et de prévisions, on s'expose à des mécomptes. Qu'on le veuille ou non, une majorité d'Allemands soupçonnent la France de préférer le statu quo à une évolution de ce type. Ils ont en tête la fameuse phrase de François Mauriac (1). La première chose à faire est de lever cette équivoque. " Et il fait remarquer que l'URSS n'a jamais manqué une occasion, y compris très récemment, de faire porter à la France ce chapeau-là.
Il n'est pas interdit à la France d'avoir des idées sur les conditions politiques et de sécurité dans lesquelles pourrait se faire le passage à l'unité allemande. Surtout, il faut lever toute ambiguité sur les fondements de la politique française, sans attendre d'être confronté à des échéances non souhaitées. Le président de la République ne saurait se contenter de réaffirmer le principe de la réunification dans une incidente lors d'un voyage en Amérique latine, tandis que son entourage s'en tient à des analyses qui s'apparentent à la politique de l'autruche. Rien de cela n'implique de gêner MM Kohl et Gensher ni de brusquer Mr Gorbatchev. Il s'agit simplement d'éviter que les peurs, en Allemagne et en France, deviennent seules conseillères.
Le fond de l'air est frais : voilà qui conviendra sans doute mieux à un président qui n'aime la chaleur ni dans l'atmosphère ni dans la relation qu'il entretient avec le premier ministre. La logique infernale de la Ve République est, en effet, de nouveau à l'Óuvre : le temps semble venu, pour Mr François Mitterrand, non plus seulement de chercher à contenir Mr Michel Rocard dans les limites du rôle qui lui a été attribué, mais bel et bien de l'affaiblir.
Les signes d'une crispation progressive s'accumulent alors que les occasions qui peuvent justifier non le déclenchement d'une crise - à l'évidence prématurée - mais l'amorce d'un processus de tension, ne manquent pas. Il y a, en même temps, un affrontement parlementaire potentiel sur le budget entre le groupe socialiste et le premier ministre, des conflits sociaux qui se prolongent et peuvent mal tourner dans certains secteurs de la fonction publique ; un congrès qui inquiète, car il existe une chance (ou un risque) que Mr Rocard en sorte indemne ; un décalage, enfin, entre la popularité du président de la République et celle du premier ministre. Ce dernier point peut paraitre dérisoire, tant est forte aujourd'hui l'assise dans l'opinion du couple exécutif. Il est pourtant central en termes de sensibilité, tant est grande la pression des sondages. Or le président se situe quand même à son plus bas niveau depuis sa réélection en mai 1988 tandis que l'écart qui le sépare du premier ministre est au dernier baromètre de la SOFRES, de cinq points en faveur de ce dernier.
Du coup, les griefs élyséens à l'encontre de Mr Rocard ont tendance à augmenter. On lui impute la responsabilité d'un autre décalage, celui qui existe, selon le spécialiste électoral du PS, Mr Le Gall, entre " le surplus de popularité " dont bénéficie le premier ministre et le " déficit électoral " dont souffre la gauche. De la même façon, on lui reproche une popularité qui ne correspond plus à la structure traditionnelle de la gauche.
Surtout, l'action au gouvernement de Mr Rocard est réputée créer, sur le plan politique, un climat consensuel (autant avouer qu'il ne réussit pas si mal) favorable à une consultation présidentielle, mais non à la prochaine échéance importante qu'il faut préparer, et qui met en jeu davantage le PS : les élections législatives. Voilà bien où le bât blesse : Mr Rocard se situe déjà dans une perspective présidentielle et gère son parcours à l'Hôtel Matignon en fonction de celle-ci.
Enfin, on n'aurait garde d'oublier que Mr Rocard est jugé comme un homme de droite par un président qui, agacé, entend continuer d'incarner la gauche.
Toutes ces considérations expliquent à la fois l'aigreur présidentielle et les tirs croisés déclenchés ces derniers jours contre le premier ministre. Avant le comité directeur du PS, Mr Henri Emmanuelli, numéro deux de ce parti, avait donné le signal d'une nouvelle offensive. Mr Mermaz, tout auréolé de la " proximité divine " a pu, depuis Caracas, provoquer une sérieuse tension à l'Assemblée nationale en parrainant quelques amendements maximalistes sur le budget. L'inévitable député de l'Essonne, Mr Julien Dray, lui, s'en prenant désormais, avec son compère le sénateur Jean-Luc Mélenchon, à ce qui paraissait être le point le moins discuté - comment le serait-il? - de l'action de Mr Rocard : le consensus néocalédonien!
En outre, Mr Pierre Bérégovoy n'est pas seul à distinguer - au milieu d'un malaise dont il ne nie pas la réalité ni la gravité - quelques têtes socialistes parmi celles qui poussent au pourrissement du conflit des impôts. Il ne restait plus, pour compléter le tableau, qu'à faire resurgir un outsider : c'est à l'évidence le rôle qu'accepte de jouer Mr Jacques Delors (le Monde du 13 octobre).
La démarche de Mr Louis Mermaz, auquel Mr Delors a joint la sienne, n'est pas anodine, ne serait-ce que parce qu'il préside aux destinées du groupe socialiste de l'Assemblée nationale. Elle consiste à dire en substance : il nous reste dix-huit mois pour mettre en chantier de grandes réformes, sinon, nous nous présenterons aux législatives sans avoir rien fait ou presque. C'est donc maintenant, ou jamais, qu'il faut agir. Traduisez : qu'il faut changer de premier ministre ; et en choisir un qui, comme dirait Mr Jospin, soit vraiment réformiste.
Cette démarche n'a évidemment qu'un inconvénient, mais il est de taille : elle conduit à une crise, largement artificielle. Car on ne sache pas que Mr Rocard se soit écarté de la bible, c'est-à-dire de la Lettre à tous les Français du candidat François Mitterrand ; ni qu'il se soit placé, comme naguère Mr Chaban-Delmas à l'égard du président Georges Pompidou, en situation de déloyauté, bien au contraire. Une crise aurait aussi pour effet d'aggraver l'état de l'opinion, en faisant de Mr Rocard un martyr, et de déclencher la guerre dans le parti.
Gageons que Mr Mermaz, comme d'autres, est avant tout utilisé pour inciter les adversaires de Mr Rocard à s'enhardir. Le but recherché est apparemment, dans l'immédiat, de débusquer Mr Rocard pour qu'il apparaisse comme seul comptable d'une politique réputée non socialiste. Il est, dans le conflit des impôts, de l'obliger à monter en ligne, pour dégager les mitterrandistes que sont MM Bérégovoy et Charasse. Bref, il est de renvoyer la foudre sociale sur le paratonnerre, pour éviter qu'elle ne continue de s'égarer sur quelques arbres. A plus long terme, l'attitude de Mr Mitterrand ne se comprend que si l'on admet un postulat simple : Mr Rocard est pour lui un successeur dont il ne veut pas. Aussi va-t-il continuer de se comporter en opposant de gauche au premier ministre jusqu'à ce que ce dernier devienne impopulaire et puisse être alors remplacé.
On comprend aisément que le but de Mr Mitterrand soit de réussir son second septennat. Mais on sait aussi que, sous la Ve République, aucun premier ministre d'envergure ne s'assigne pour objectif de réussir le septennat. Ce ne serait d'ailleurs pas davantage l'objectif de celui qui serait nommé en lieu et place de Mr Rocard, s'agissant du septennat d'un président qui, en bonne logique, ne se représentera pas.
La difficulté majeure, pour Mr Mitterrand, est que tous les acteurs socialistes, sans exception, ont dans la tête la question de sa succession alors même que celle-ci ne devrait être ouverte qu'en 1995. Elle est aussi que l'antirocardisme présidentiel joint aux conflits sociaux pourraient bien un jour provoquer quelques dégâts économiques...
La situation pourrait se débloquer chez Peugeot le vendredi 13 octobre, après l'évacuation de la forge de Mulhouse, avec l'ouverture de négociations entre les syndicats et la direction. En revanche, l'impasse persiste aux finances, et les infirmières préparent, après celle de jeudi, une nouvelle manifestation.
Après plus de cinq semaines de grève, une chance d'apaisement se présente dans le conflit des usines Peugeot de Mulhouse et de Sochaux. La direction rencontre les syndicats, le vendredi 13 octobre, après que les grévistes eurent décidé, jeudi, à une large majorité, d'évacuer la forge. Un scrutin qui constitue un camouflet pour la CGT, qui préconisait la poursuite de l'occupation. Cependant, les négociations s'annoncent très difficiles même si les organisations syndicales ne mettent pas en avant les mêmes revendications salariales.
Dans la fonction publique, une agitation subsiste dans certains secteurs. Les infirmières ont manifesté jeudi, à Paris, et un nouveau rassemblement est prévu le 21 octobre avec l'ensemble des personnels de santé. Mais le mouvement repart lentement : les blouses blanches n'étaient que quatre mille cinq cents. Et leurs revendications semblent porter plus sur les conditions de travail que sur les rémunérations.
Les agents des finances ont manifesté jeudi 12 et recommenceront le 19 octobre. Le gouvernement manie la carotte et le bâton. Il fait miroiter de substantielles améliorations indiciaires avec l'aménagement de la grille. Mais il fait aussi évacuer rapidement les bâtiments administratifs occupés... Chaud et froid.
Mr Rocard devait présenter au conseil des ministres, vendredi 13 octobre, le plan d'urgence pour l'Ile-de-France. Pour doubler les logements sociaux à Paris et en proche banlieue, l'Etat est prêt à sacrifier le prix des terrains publics. Deux nouvelles liaisons RER seront réalisées. La construction d'autoroutes dans la région parisienne sera accélérée, mais les nouvelles seront à péage.
Soixante longs métrages égyptiens sont projetés à l'Institut du monde arabe (IMA), depuis le 5 octobre 1989, et ce jusqu'au 14 janvier 1990, sur le thème "Les décennies prodigieuses du cinéma en Egypte". La session sera ouverte par deux films réalisés cette année et encore inédits : Jours de colère, de Mounir Radi (avec Nour el Cherif), et le Marionnettiste, de Hani Lachine (avec Omar Sharif). Viendra ensuite une série de grands classiques du septième art nilotique, peu connus en France, comme Dananir, d'Ahmed Badrakhan, tourné en 1940 avec Oum Kalsoum et qui a fait se pâmer tout le monde arabe, Papa Amine, de Youssef Chahine (1951), Le Caire 1930, de Salah Abou Seif (1966), etc.
Le 9 octobre a été rendu hommage à feu le cinéaste Chadi Abdesselam avec la projection de son Óuvre maitresse, la Momie (prix Georges-Sadoul 1970). L'IMA présentera ultérieurement les maquettes d'Akhenaton, film qu'Abdesselam s'apprêtait à tourner lorsqu'il mourut prématurément, il y a quelques années. Toutes ces Óuvres arabophones sont sous-titrées en français. Innovation importante à l'IMA, jusqu'ici ouvert seulement en semaine : les séances de ce Festival égyptien auront lieu du jeudi au dimanche, de 15 heures à 19 h 30. Le prix des places varie entre 12 et 18 francs, avec un abonnement pour 10 séances à 120 francs.
L'acteur et réalisateur italien Vittorio Caprioli est décédé le 2 octobre à Naples. Il était âgé de soixante-huit ans.
LES revendications sociales qui s'éternisent ou ne s'arrêtent que pour mieux éclore de nouveau : c'est encore une fois la bataille conjointe de la forme et du fond, celui-ci pour les salaires, celle-là pour les conditions de travail. Les Français (et les autres) veulent un emploi, mais pas à n'importe quel prix et pas n'importe comment.
Le poids persistant du chômage, contrebalancé par la prospérité théoriquement retrouvée - jusqu'au prochain cycle défavorable, - ne fait plus office de force de dissuasion contre les mouvements sociaux. Le chômage n'apparait plus comme l'allié objectif et involontaire des patrons. A plus forte raison quand les victimes avérées ou éventuelles n'appartiennent pas aux mêmes catégories de population que les grévistes, par définition pourvus d'un emploi.
Qu'une proportion énorme de salariés, du secteur public comme du secteur privé, perçoivent des revenus qui ne dépassent guère le SMIC est une donnée connue. Que le SMIC soit d'un montant qui interdit à un(e) célibataire de vivre décemment à Paris intra muros et même dans sa (très) proche banlieue (à moins d'être smicard et propriétaire de son logement, ce qui va rarement de pair) n'est pas moins une vérité première.
Aussi n'est-il pas indécent que Mr André Lajoinie, se faisant, voilà huit jours, un marchepied du traitement de Mr Jacques Calvet, ait exigé encore, cette fois à l'occasion des questions d'actualité de l'Assemblée nationale, " le SMIC à 6 500 francs ". D'autant que, même d'une telle somme, il n'en serait pas mué en pactole.
Ainsi comprend-on mal que, pour lui répondre, Mr Michel Rocard ait grimpé sur ses grands chevaux, levé les bras au ciel et, implicitement, mis en doute la santé mentale de son interlocuteur en s'étonnant qu'il ne réclame pas " 7 000 " ou " 10 000 francs ".
BIEN sûr, Mr Rocard a raison, puisqu'il n'a jamais tort, et que, à l'appui de ses certitudes, les économistes de tous les bords s'avancent en rangs serrés. C'est vrai que, au regard du bilan de PSA, la confortable augmentation de Mr Calvet n'a, à proprement parler, aucune importance, que c'est une goutte d'eau dans la mer, alors que 1 000 francs par mois et pour chacun des dizaines de milliers d'employés du groupe pèseraient de manière significative sur les résultats de l'entreprise. Les petits ruisseaux font les grandes rivières. La sagesse des nations vient au secours des patrons (ou des ministres) rapiats. A supposer que la sagesse des nations ne se trompe jamais.
D'une part et tout bêtement parce que ce n'est pas bien ; d'autre part parce que cela ne se peut plus. La droite est libre de dire " le socialisme, ça ne marche pas " ; la hauteur, l'agacement et le silence non plus.
A plus forte raison dans un pays dont le niveau intellectuel est devenu ce qu'il est en attendant d'être ce qu'on nous annonce ; où, de l'avis général, un nombre grandissant de collaborateurs du service public sont titulaires de diplômes très supérieurs à ce que requiert leur poste ; où les promotions de gardiens de la paix sont composées pour 20 % d'entre elles d'agents qui sont au moins bacheliers ; où les surveillants de prison sont à peu près dans le même cas au moment d'embrasser le métier que l'on sait.
Un dirigeant de syndicat pénitentiaire expliquait il y a peu dans le Figaro qu'on ne pouvait pas demander des boulots idiots et sans intérêt à des gens qui avaient plutôt démontré qu'ils ne l'étaient pas au départ. Même si la crise, jugulée ou non, n'est pas précisément étrangère à ce phénomène, mieux vaudrait tirer profit des bons côtés d'une mauvaise conjoncture. Mieux vaut toujours parier sur l'intelligence que sur la sottise. C'est de surcroit plus agréable pour diriger une institution, une société, un pays.
CETTE évolution n'a pas lieu de se renverser, au contraire, si l'on s'en rapporte à l'objectif gouvernemental des " 80 % de bacheliers en l'an 2000. " Certes, comme l'ont fait observer plusieurs, et notamment le professeur Laurent Véron dans le Monde du 7 octobre, il est à craindre que, ainsi répandu, ce diplôme ne s'en trouve, en fait ou dans sa réputation, dévalué.
Pas au point de le ramener, pour ce qui concerne les connaissances, à ce que sanctionnait feu le certificat d'études. Ces bacheliers-là seront quand même plus instruits que ne l'étaient leurs arrière-grands-parents avec le " certif " ; par rapport à une société infiniment plus compliquée qu'il y a soixante ans ou plus.
Or l'instruction - c'est son rôle - conduit à réfléchir, et réfléchir, parfois à se révolter. Dès lors que les citoyens forment un peuple instruit, cela doit nécessairement se traduire par une autre manière de les gouverner et, plus encore, de les diriger.
JEUDI 5 octobre, Mr Giscard d'Estaing déclarait à TF 1 : " Dans le monde moderne, tout peut être ébranlé. " Naturellement, il visait les pays de l'Est et il y a, ces temps-ci, quelques titres à dire cela.
Mais cette opportune évidence pourrait, le cas échéant, s'appliquer aux sociétés occidentales, et en tout cas à la France. Sans aller jusqu'à dire " tout fout le camp " sur le ton du vaudeville ou s'inquiéter de la " chienlit " à la manière de Charles de Gaulle, il y a comme des indices que tout ne tourne pas rond, comme des signes que la situation n'est qu'imparfaitement maitrisée. Des finances à la prison, des infirmières à l'industrie automobile, tout bouge et donne l'exemple du mouvement et du goût de questionner.
Les revendications ne sont pas seulement salariales ou matérielles. Il y a aussi, derrière elles, un besoin de considération, qui devrait aller d'elle-même, pour des êtres humains, pour des êtres humains instruits à " 80 % ".
Restent les 20 % qui n'auront pas cette chance et dont il ne parait pas être beaucoup question tant on se gargarise des autres. Que fera-t-on, ainsi que le demandait déjà dans ces colonnes un proviseur de lycée, de ce notable déchet ? A quoi les emploiera- t-on ? ou ne les emploiera-t-on pas ?
Surtout si, privé du bachot-passeport pour la vie, ils ne sont cependant pas tous obligatoirement stupides. Le seraient-ils, que fera-t-on de ces stupides ? 20 % d'une génération, cela fait beaucoup de monde. Assurément trop pour les passer par pertes et profits d'une triomphante société de gagneurs.
SPÉCIAL-COPAINS. - Au milieu des chefs-d'Óuvre inaltérables, des sommes impérissables, des thèses irréfragables que suscite la vie politique française, vient de paraitre sans tapage, à Dijon, un petit livre plein de fraicheur et de modestie intitulé Vive la politique. Son auteur, Marie-Thérèse Mutin, fut, comme elle dit avec une satisfaction simple " la première femme, (au PS), première secrétaire fédérale le 4 décembre 1977 ".
Ce livre de 120 pages est disponible, au prix de 50 F franco de port, chez l'auteur : Cessey-sur-Tille, 21110 Genlis.
Que les Parisiens - pardon ! les Franciliens, c'est-à-dire les quelque dix millions d'habitants des huit départements d'Ile-de-France - se préparent à mettre la main à leurs porte-monnaie... Le budget régional pour 1990 que leur ont préparé MM Pierre-Charles Krieg (RPR) et Jean-Pierre Fourcade (UDF) réserve quelques surprises acides. Si à la fin de l'année la majorité des conseillers régionaux donne son accord, la fiscalité directe augmentera de quelque 15 %. Et le taux de la taxe sur les cartes grises, qui était de 49,80 F par cheval-vapeur cette année, passera à 100 F l'an prochain !
Il est vrai que, jusqu'à maintenant, l'Ile-de-France, région réputée la plus riche, était curieusement, selon l'expression de Mr Jean-Pierre Fourcade, " en état de sous-fiscalisation manifeste ". C'est donc l'heure des réajustements douloureux, d'autant que la politique du conseil régional va consister d'ici à 1992, c'est-à-dire la fin de la mandature, à réduire l'endettement et à lancer un très volumineux programme d'investissements dans trois secteurs prioritaires : la formation professionnelle mais surtout la construction et la rénovation des lycées et l'amélioration des transports, en liaison avec le plan " Rocard-Delebarre " présenté vendredi 13 octobre au conseil des ministres.
Qu'on en juge : le budget, qui atteignait 7,6 milliards de francs cette année, passera à 9,2 milliards de francs l'an prochain et à 10,8 milliards de francs en 1992, selon les projections.
On objectera, bien sûr, qu'au moment où l'Etat cherche à comprimer ses dépenses et la pression fiscale les collectivités locales, et au premier chef les régions, vont allègrement de l'avant. C'est la traduction de ce que les dirigeants d'Ile-de-France appellent " la conquête d'une plus grande autonomie financière et donc politique ". Toute la question est de savoir si les collectivités décentralisées sont plus à même que l'Etat de prendre en compte les besoins des citoyens contribuables et de les satisfaire avec efficacité.
Douglas Dunn n'a jamais été le plus passionnant des post-modernes américains, mais enfin on avalait la pilule, en se disant que le mystère de la grâce chorégraphique pouvait emprunter d'austères chemins. Puis vint un texte de lui nous avertissant que son travail évoluait, passant d'un hermétisme où " le mouvement lui-même faisait tout " à " une variété plus grande de figures relevant de l'expression théâtrale ". Un fragile espoir, au moins une curiosité.
Ce que nous avons vu au Centre Pompidou nous a donné l'impression d'assister, assez mal à l'aise, à une séance de thérapie de groupe pour débiles profonds. Thérapie par la parole (dans une séquence, les danseurs, assis en demi-cercle, ânonnent péniblement des lambeaux de phrases incompréhen- sibles) et par l'activité physique - une danse infra-minimale, puérile, maladroite, laide. Au début, les six danseurs enveloppés comme des moines de grandes capes à capuchon déambulent lentement, tournoient, font des sauts de crapaud, prennent des poses de saints en extase. Ils apparaissent ensuite en maillots bariolés : gambades, roulades, on s'allonge par couples sur la Mer de Debussy (le reste de la bande-son convoque Campra, Palestrina, des musiques africaines), on sautille, on dansotte, on fait n'importe quoi.
Le label " Festival d'automne " impressionne tellement que la salle applaudit. C'est grave.
Quelque trois mille avocats et juristes, venus des cinq continents, se sont réunis à Strasbourg du lundi 2 au vendredi 6 octobre. Rassemblés à l'initiative de l'International Bar Association (IBA), le plus grand groupement mondial d'avocats, les congressistes ont débattu des implications juridiques et commerciales du marché unique de 1993. Une perspective qui suscite inquiétudes et espoirs au sein de la communauté des professionnels du droit.
L'Europe à venir fascine les avocats. Un simple coup d'Óil au programme du congrès de l'International Bar Association (l'IBA regroupe quelque 12 000 praticiens de 130 pays) suffit à démontrer que le fameux " horizon 92 " est bien celui vers lequel tous regardent. Séminaire sur l'écu, réflexion à propos des " les conséquences du Marché commun sur le droit de l'environnement ", les quelque trois mille avocats présents ont tous " planché " dans le même sens : " Vers 1992 ".
Le thème est rassembleur. L'intérêt pour l'avènement de l'Europe sans frontières dépasse le cadre des spécialistes du droit international, et touche aussi bien les avocats des pays de la Communauté que leurs confrères étrangers, américains notamment (les plus représentés, avec 360 participants). L'ouverture du marché unique, si elle développe les convoitises, suscite aussi quelque inquiétude. " Dans mon pays, avouait le président de la section du droit des affaires, l'Américain Blaise Pasztony, on éprouve naturellement un peu d'appréhension à l'égard des conséquences de 1992 en Europe. "
Un sentiment très partagé, tant l'épouvantail protectionniste effraie les membres de cette profession libérale. Les intervenants du Vieux Continent ont mis, eux, tout leur talent à faire passer le message auprès de leurs collègues américains, australiens et des pays du tiers-monde : non, l'Europe ne sera pas cette " forteresse " protectionniste que redoutent un certain nombre d'hommes de loi. Tout simplement parce que le repliement sur soi n'est plus à l'ordre du jour, à un moment où les affaires tendent à sortir de plus en plus du cadre national. Comme l'expliquait un avocat bruxellois, Me Etienne Claes, " récemment, le besoin croissant de coopérer avec des avocats étrangers a amené de nombreux barreaux à adopter une attitude plus ouverte ". Entendez : à accueillir plus favorablement l'installation sur le sol national de confrères - leur nombre est en augmentation - candidats à l'immigration juridique.
Car, si elle inquiète certains, la manne judiciaire européenne attire le plus grand nombre vers un marché encore balbutiant mais en pleine évolution. " Aujourd'hui, il est indispensable d'avoir sur son papier à lettres une adresse dans une grande capitale européenne, Londres, Paris ou Bruxelles ", estime, affectant un brin d'étonnement pour ce nouveau " snobisme ", le jeune collaborateur d'un grand cabinet belge. Et de citer en exemple le cas de confrères britanniques qui faillirent perdre la clientèle d'une grosse compagnie pétrolière faute d'avoir eu, à l'époque, pignon sur rue à Bruxelles : " Depuis, ils ont décidé de s'y installer. "
S'implanter en Europe devient, pour les avocats les plus " performants ", bien plus qu'une question d'image, une nécessité stratégique. " Tout le monde monte des coups. On a vu, par exemple, les Canadiens s'allier aux Américains pour attaquer les sollicitors britanniques. C'est la première fois que j'assiste à un tel bouillonnement ", s'étonne Me Daniel Soulez-Larivière, du barreau de Paris. Pour lui, l'émulation née de ce climat offensif va valoriser le marché du droit en Europe, faisant de la Communauté un véritable Eldorado pour les avocats capables de travailler à une échelle internationale.
Quant à l'intégration des conseillers juridiques étrangers (anglo-saxons en particulier) - si les termes de l'avant-projet de réforme des professions juridiques, qui fait toujours l'objet d'arbitrage, devaient être retenus, - elle lui parait tout à fait positive, car propre à dynamiser encore davantage un marché en expansion. Outre-Atlantique, on n'est pas mécontent non plus des effets de cette compétition. " Elle nous oblige à nous améliorer, donc à investir ", disent en substance les Américains.
C'est dans ce contexte de grandes manÓuvres pour la conquête de la " forteresse " Europe que deviendra effective, dès janvier 1991, la directive instaurant notamment la liberté d'établissement des avocats des Douze. La reconnaissance mutuelle des diplômes, qui permettra alors à tout avocat européen d'exercer dans un pays de la Communauté (après passage d'un examen et huit ans de pratique professionnelle dans son propre pays), modifiera sans doute la carte de l'implantation des cabinets.
La France, qui accueillait déjà environ quatre cents avocats anglo-saxons en 1987, apparait aujourd'hui comme l'un des pays les plus ouverts. Et donc le mieux à même de gérer une arrivée massive - une " invasion " pensent certains - de concurrents extérieurs. L'Allemagne fédérale, à l'opposé, s'apprête à subir de plein fouet les conséquences d'une législation ultra-protectionniste. Outre-Rhin en effet, le critère de nationalité demeure discriminatoire pour plaider devant un tribunal. Mais cette situation devra changer rapidement.
Reste que, si dès 1991 un " abogado " de Madrid pourra se faire enregistrer sans problème au barreau de Stuttgart, la profession est loin d'être une et identique d'un Etat à l'autre. En empruntant le tunnel sous la Manche, l'avocat français se trouvera, bientôt, soudain autorisé à faire de la publicité ou à administrer des biens, toutes choses qu'interdisent les règles de fonctionnement des barreaux hexagonaux. Si l'avant-projet de réforme prend corps, ce même avocat pourra devenir salarié d'une entreprise, ce qui est déjà le cas de nombre de ses collègues étrangers. En attendant une future (et sans doute lointaine) harmonisation, les experts de Bruxelles entendent s'en tenir à une règle simple : l'avocat étranger devra exercer en suivant la réglementation en vigueur dans le pays d'accueil. Même si cela doit limiter son champ d'action, et par là même ses revenus.
Tournant il y a quelques années un documentaire sur un psychiatre expert des tribunaux, Errol Morris rencontrait en prison Randall Adams, condamné pour le meurtre d'un policier et qui clamait son innocence avec tant de ferveur qu'il arriva à convaincre le cinéaste. Errol Morris a donc interviewé les témoins, reconstitué les scènes, composé une sorte de " docudrame " suffisamment important pour faire reprendre le procès. Le dossier Adams (Thin blue Line) a reçu le Prix de la critique au Festival de Deauville (le Monde daté 3-4 septembre). Au bout du compte, Randall Adams a été libéré - mais toujours pas acquitté. Aujourd'hui, il est en procès avec Errol Morris.
Randall Adams parait calme, presque serein. " Le Randall Adams de 1977, 1978 ou 1979 était tout à fait différent. J'avais les nerfs fichus, je perdais mes cheveux, je maigrissais à vue d'Óil... Mais quand on est à trois jours de son exécution, mieux vaut se mettre en paix avec soi-même, jeter l'animosité par la fenêtre et cesser de secouer les barreaux en hurlant - dans trois jours, vous ne serez plus là. Douze ans et demi ont fait de moi ce que je suis. A partir de quoi je peux vous raconter l'enfer que j'ai vécu ; vous écouterez d'autant plus volontiers que je suis posé et rationnel. "
" Avant 1976, ajoute-t-il, j'étais partisan de la peine de mort. J'ai passé trois ans dans le corridor de la mort, je les ai vus, je les ai entendus, j'ai appris leurs crimes. Beaucoup d'entre eux ont simplement besoin qu'on leur accorde une deuxième chance. Mais il y en a d'autres dont la société gagnerait à se défaire. "
" Se défaire " ne signifie pas automatiquement exécuter. " C'est vrai, mais outre que cela suppose une refonte du système carcéral, chacun d'entre nous peut décrire UN cas dans lequel il serait favorable à la peine capitale. Or le cas parfait dans un système parfait n'existe pas : on finira toujours par exécuter un innocent. Etes-vous disposé à payer ce prix ? Certains diront que oui. Moi pas. Je suis donc contre la peine de mort dans tout système existant à l'heure actuelle. "
Depuis six mois, Randall Adams " s'ajuste " à la vie quotidienne . " Ce que je trouve de plus étrange, ce sont les petites choses. Pouvoir fermer soi-même sa porte. Sortir le soir. Se mettre au soleil. Aller à l'épicerie du coin, ou à la laverie. S'acheter une bière - ça, c'était un luxe. Faire pour la semaine suivante des projets différents de la semaine précédente - ça aussi, c'est un luxe. " Entre ses tournées de conférences, il étudie plusieurs offres d'emploi, dont une du service d'assistance judiciaire de Columbus. Enfin, au travers de la prestigieuse agence William Morris, il envisage de publier un livre sur son affaire.
Certains soutiennent que la brouille s'est envenimée du fait de l'intervention d'avocats " musclés " de part et d'autre. Randall Adams, qui affirme en avoir discuté en son temps avec Errol Morris, soutient ne lui avoir jamais réclamé aucun argent ni aucune part des royalties et souligne qu'en fait le problème de fond est affaire de contrôle.
De fâcheux précédents existent. La femme qui a inspiré les Trois Visages d'Eve avec Joanne Woodward a perdu tout droit sur son histoire ; demain, si bon lui semble, la 20th Century-Fox pourrait impunément en tirer un burlesque musical avec Madonna).
Il y a quelques jours, il était décidé (d'un commun accord ?) que la vie de Randall Adams appartenait à Randall Adams. Pourtant, au moins sur quatre ans (1985-1989), sa vie est inextricablement mêlée à celle d'Errol Morris, " et elles le seront toujours. J'espère qu'Errol Morris participera à tout ce qui sera fait à l'avenir ". " Pour nous, ajoutait-il récemment, il fait toujours partie de la famille. "
L'ICOSI, Institut de coopération sociale et internationale, a réuni, mardi 10 octobre, une vingtaine de créatrices d'entreprise sélectionnées par la Communauté européenne dans le cadre de son programme sur les " Initiatives locales pour l'emploi des femmes " (ILE). Cette rencontre, la première de ce type, a permis de faire le point sur les diverses aides financières accordées aux créatrices d'entreprise.
Qu'elles aient créé un cabinet de marchand de biens, un restaurant, une association culturelle ou bien encore une crèche, elles ont toutes en commun la fierté d'avoir été sélectionnées par la Communauté européenne. En effet, le plus difficile pour bon nombre d'entre elles a été d'être prises au sérieux. Grâce à la CEE, elles ont acquis d'un seul coup la crédibilité et la notoriété.
Depuis la mise en place du programme européen en 1987, elles sont de plus en plus nombreuses chaque année à bénéficier des primes de la CEE. En 1988, cent vingt-sept entreprises avaient été primées grâce à un budget de 400 000 écus (environ 2,8 millions de francs). En 1990, un budget de 5,5 millions de francs devrait permettre d'aider deux cents entreprises. Mme O'Leary, gestionnaire du programme " Initiatives locales pour l'emploi des femmes ", de 750 000 écus (environ 5,25 millions de francs) affirme que " le nombre de dossiers le plus important vient de France ".
Ce programme fournit une aide financière directe aux créatrices d'entreprise (7 000 francs par emploi créé) et leur fournit un réseau d'information et d'appuis divers. Pour être candidate à la sélection de la CEE, il faut envoyer sa demande à Bruxelles. Les prochaines dates d'examen des dossiers sont fixées au 31 octobre 1989 et au 1er février 1990.
Par ailleurs, il existe au plan français la possibilité, depuis 1988, de bénéficier d'un fonds de garantie. Selon Mr Naim, conseiller technique auprès du cabinet de Mme Michèle André, secrétaire d'État chargée des droits de la femme, 55 % des dossiers envoyés aux banques ont été acceptés dans le cadre de ce plan. Le projet de budget 1990 prévoit une aide de 36 millions de francs aux créatrices d'entreprise.
Enfin, le Centre national d'information et de documentation des femmes et des familles (CNIDFF) a annoncé la création d'un service minitel (3615 Elletel) destiné à apporter des informations sur le droit européen, les statuts juridiques communautaires, les aides financières...
Selon le CNIDFF, une entreprise doit avoir au moins trois ans d'existence pour être sortie de la " période critique ". On devra donc attendre quelques années avant de savoir si la vingtaine d'entreprises sélectionnées cette année par la CEE ont trouvé la bonne voie.
Les responsables du réseau informatisé de conseillers d'entreprise européens (Business Cooperation Network ou BC-NET) ont exposé, mercredi 11 octobre, le bilan de leurs activités. Ce réseau, dont le but est de mettre en relation des entreprises qui cherchent à conclure des accords de coopération au niveau européen, a été créé en juillet 1988, pour une durée expérimentale de deux ans, à l'initiative de la Commission des Communautés européennes.
Comment cinq entreprises de publicité (française, britannique, allemande, danoise et néerlandaise) ont-elles pu entrer en contact et mettre sur pied un réseau européen de publicité ? Réponse : par l'intermédiaire du BC-NET. Et comment un grossiste du Sentier qui cherche à commercialiser de nouveaux produits entre-t-il en contact avec une société danoise ? C'est aussi grâce au BC-NET.
Lorsqu'une entreprise recherche une collaboration au plan européen, elle peut s'adresser à l'un des quatre cents conseillers d'entreprise (agences de développement régional, banques, chambres de commerce...) membres du réseau Business Cooperation Network que compte la Communauté européenne. La France rassemble une soixantaine de ces conseillers.
Un profil de coopération (fiche signalétique comprenant les exigences de l'entreprise en matière de coopération) est alors établi et envoyé au système informatique central, situé à Bruxelles. Un programme informatique rapproche entre elles les fiches, et les entreprises peuvent alors prendre contact avec leurs semblables.
Depuis juillet 1988, douze mille " profils de coopération " sont ainsi arrivés au siège de la Commission européenne. Actuellement, la base de données en compte cinq mille. La chambre de commerce de Paris a vingt dossiers en cours. S'il n'y a pas encore de contrats signés, explique la responsable du service extérieur, il n'y a " pas non plus de veuf ". En effet, à un profil de coopération correspond au moins une réponse.
Les accords de coopération sont à 60 % commerciaux, viennent ensuite les accords dans le domaine technique (25 %), puis les accords financiers et ceux d'ordre divers. Un exemple de coopération technique : une société française (chiffre d'affaires : 41 millions de francs) spécialisée dans la technologie de pointe fournit désormais à une grosse société britannique de construction (chiffre d'affaires : près de 10 milliards de francs) la technologie dont elle ne disposait pas.
Selon Mr Eric Hamelinck, responsable des liaisons entre le BC-NET et les conseillers d'entreprise, le plus délicat est d'arriver à concilier les différents régimes juridiques des pays. Il faut attendre au moins un an pour qu'un contrat soit signé. En cas d'échec, explique Mme Fraget-Berlet de la chambre de commerce de Paris, le fautif est généralement l'entreprise qui n'a pas mis en place une organisation suffisante pour exploiter le premier contact avec un éventuel partenaire.
Les pays d'où émanent le plus grand nombre de demandes sont la France, la Grande-Bretagne et l'Espagne. Les moins enthousiastes sont la RFA et les Pays-Bas. Or ce sont les entreprises ouest-allemandes qui sont les plus demandées par les Français ! Cependant, dans de nombreux cas, l'entreprise cherche un profil de société précis sans attacher une grande importance au pays, explique Mme Fraget-Berlet.
La rémunération que les entreprises doivent verser à un conseiller pour bénéficier du réseau est très variable. Elle peut aller de 150 F à environ 4 000 F. Certains conseillers sont de simples intermédiaires, d'autres se chargent de mener le projet de coopération à son terme.
Le réseau pourrait ultérieurement être étendu à des Etats non communautaires, notamment aux pays de l'AELE (Association européenne de libre échange) (1). En attendant, il serait souhaitable que des statistiques permettent de savoir dans quelle proportion les contacts réalisés grâce au réseau débouchent sur des accords de coopération.
Les députés ont adopté, tard dans la nuit du jeudi 12 au vendredi 13 octobre, le projet de loi réformant le livre I du code pénal, présenté au nom du gouvernement par Mr Pierre Arpaillange, ministre de la justice. Seul le PS a voté pour, les groupes UDF et UDC se sont abstenus (à l'exception, au sein de l'UDC, de MM Claude Birraux, Jean-Pierre Foucher, Francis Geng, Edouard Landrain, Michel Voisin, Jean-Jacques Weber et de Mmes Christine Boutin, Bernadette Isaac-Sibille et Monique Papon, et, au sein de l'UDF, de Mr Willy Dimeglio, qui ont voté contre). Les députés RPR et communistes ont voté contre.
A 1 h 30 du matin, vendredi 13 octobre, les députés étaient globalement heureux. Après trois jours de débats, rarement tendus, parfois techniques, souvent philosophiques, ils avaient, quel que soit, en définitive, le sens de leur vote, le sentiment d'avoir sans doute bien mérité de leur mandat. Le garde des sceaux, soulagé et ému, a remercié "du fond du cÓur" les députés de leur contribution à la rédaction de ce livre I du code pénal qui devrait régir les dérèglements de notre société pendant de nombreuses décennies.
Après avoir posé les fondements moraux de ce nouveau code pénal - qui est responsable devant la justice, dans quelles conditions et dans quelles limites ? - les députés ont examiné, vendredi, son volet répressif. Et, lorsqu'on parle de sécurité et de liberté, la politique revient au galop. La querelle des " laxistes " et des " répressifs " a donc bien eu lieu, même si elle a été circonscrite à la discussion sur la définition de la peine de sûreté. L'hémicycle a retrouvé pendant quelques heures les accents des grands débats politico-judiciaires de cette dernière décennie : la loi de 1978, celle de 1980 dite sécurité et liberté, celle de 1981 sur l'abolition de la peine de mort, celle de 1986 sur la lutte contre la criminalité et la délinquance.
Mais c'est en fait aux sénateurs que les députés devaient d'être saisis de la question de la peine de sûreté. Instaurée en 1978, celle-ci ne figurait que dans le code de procédure pénale, et la Haute Assemblée avait jugé, au printemps dernier, qu'il convenait de l'introduire dans le code pénal lui-même. Les sénateurs l'avaient voulue obligatoire dans un certain nombre de cas - les crimes "particulièrement odieux", l'expression reviendra souvent - et ils l'avaient souhaitée d'une durée pouvant aller jusqu'à trente ans. La majorité à l'Assemblée, sans contester le bien-fondé de cette peine de sûreté, la voulait facultative et d'une durée de dix-huit ans maximum.
Reprenant l'argumentation des sénateurs, Mr Toubon a estimé que, à l'égard de l'opinion publique, choquée par la nature de certains crimes, il convenait de fixer une peine de perpétuité qui en soit "vraiment une". Aussi a-t-il proposé dans un amendement que dans les cas de crimes "particulièrement odieux, sanglants, horribles", la peine de sûreté couvre la longueur de la peine prononcée. "Si quelqu'un est condamné à perpétuité, il fera perpétuité", déclarait le député de Paris, tout en prévoyant que, " à titre exceptionnel", la cour d'assises ou le tribunal auraient la possibilité de réduire la peine de sûreté à vingt ans.
Mr Jean-Jacques Hyest (UDC, Seine-et-Marne) déclarait lui aussi que l'on ne pouvait pas "négliger le besoin de sécurité de nos concitoyens ". Mais tout en souhaitant l'instauration d'une peine de sûreté exemplaire en cas de récidive ou pour punir certains types de crimes, il admettait que l'échelle de durée soit renvoyée au code de procédure pénale et approuvait son caractère facultatif. Quant aux députés communistes, ils dénonçaient en bloc "la dérive sécuritaire" du groupe socialiste et clamaient haut et fort leur volonté de s'opposer à l'amendement du rapporteur, qui prévoyait la possibilité pour une juridiction de prononcer une peine de sûreté en cas de condamnation, non assortie du sursis, égale ou supérieure à sept ans. L'amendement précisait que la durée de cette peine de sûreté ne pouvait excéder la moitié de la peine prononcée, ou dix-huit ans en cas de réclusion criminelle à perpétuité.
Finalement, à l'issue de plusieurs allers et retours du président de la commission des lois, Mr Michel Sapin (PS, Hauts-de-Seine), entre les bancs communistes et centristes, et après l'annonce par le rapporteur que, sur la durée de la peine de sûreté, "le débat devait se poursuivre entre les deux assemblées", un compromis était trouvé. Mr Hyest disparaissait opportunément de l'hémicycle au moment du vote de son propre amendement, défendu, donc, par les seuls députés UDF et RPR, et le groupe communiste acceptait de ne pas participer au scrutin sur l'amendement du rapporteur, qui fut ainsi adopté à une faible majorité de 279 voix contre 267.
L'autre point de désaccord entre majorité et opposition concernait la révision de l'échelle des peines en matière correctionnelle. Par un amendement adopté en commission des lois, Mr Marchand proposait que soit abaissée de dix à sept ans la durée maximale des peines prononçables par les tribunaux correctionnels. Une mesure qui posait la question de la " décorrectionnalisation " des délits liés au trafic de stupéfiants, passibles, dans les cas les plus graves, de dix à vingt ans d'emprisonnement.
Tous les députés s'accordaient à juger irréaliste l'examen de tels délits par les cours d'assises en raison de leur nombre, de leur complexité et des difficultés auxquelles seraient confrontés les jurés populaires pour établir les responsabilités individuelles. Mr Marchand s'est également engagé à rechercher une solution à ce point précis d'ici la deuxième ou la troisième lecture du projet, en envisageant notamment de définir les cas " exceptionnels " pour lesquels les tribunaux correctionnels seraient habilités à prononcer des peines supérieures à sept ans de détention.
Tous les députés se sont, en revanche, accordés sur la suppression de la notion de peine de "substitution " ou de "remplacement " (les travaux d'intérêt général, par exemple), devenues des peines "à part entière". Une modification qui va bien au-delà de la nuance sémantique et qui est notamment destinée à encourager le plus possible la suppression de la détention pour les courtes peines, très largement reconnue plus nocive que curative.
Autre réforme d'apparence anodine, mais essentielle au fond - et là encore consensuelle, - celle qui a consisté à supprimer par amendement le caractère automatique des interdictions, déchéances ou incapacités liées à certains délits. Souvent ignorées du juge lui-même, ces interdictions ou incapacités s'imposent avec sévérité et handicapent parfois les délinquants bien au-delà de la peine prononcée à leur encontre par les tribunaux.
A l'unanimité, les députés ont donc adopté un amendement de Mr Marchand disposant que ne seraient applicables que les interdictions ou déchéances ayant un caractère "obligatoire" ou celles "expressément" prononcées par la juridiction. Mr Arpaillange a toutefois obtenu que soit maintenue la conséquence, pour l'exercice d'une fonction publique, de la privation des droits civiques prononcée par le juge (l'interdiction de droit de vote ou l'inéligibilité entrainant automatiquement l'incapacité à exercer une fonction publique), estimant que "le service de l'Etat (imposait) des obligations particulières".
Conséquence de la reconnaissance de la responsabilité pénale des personnes morales, les députés ont adopté plusieurs dispositions fixant une échelle de peines applicables à ces délinquants d'une espèce particulière, dont l'amende et la dissolution. Mais, répondant en cela aux critiques communistes sur "l'attentat à la liberté " que représentait cette possibilité de dissolution à l'égard notamment des associations, les députés ont adopté un amendement de la commission des lois excluant du prononcé de la dissolution les groupements et partis politiques et les syndicats professionnels. Enfin, en une petite phrase qui pose le principe selon lequel "la juridiction prononce les peines et fixe leur régime en fonction des circonstances de l'infraction et de la personnalité de l'auteur", les députés ont fait disparaitre d'un trait de plume la notion de " circonstances atténuantes " du futur code pénal.
Le projet de loi doit désormais être soumis pour une nouvelle lecture au Sénat. Les députés UDF et UDC n'ont pas caché, lors de leurs explications de vote, qu'ils en attendaient beaucoup, faisant ainsi comprendre que leur abstention " d'attente " n'était en quelque sorte qu'un sursis avec mise à l'épreuve...
Les années ne se ressemblent pas pour les infirmières. Elles n'étaient que quatre mille cinq cents à défiler de la place Denfert-Rochereau au ministère de la santé, jeudi 12 octobre à Paris, et, selon l'assistance publique, la grève aurait été suivie par 13 % des effectifs. La direction des hôpitaux évalue, quant à elle, à environ 2 % le nombre des grévistes dans ses établissements.
La faiblesse de cette mobilisation - la première de la rentrée - ne doit cependant pas masquer le malaise persistant fortement dans cette profession malgré les acquis (essentiellement salariaux) de l'an passé. Les manifestants qui défilaient en scandant et chantant : " Un an après, c'est le calvaire, alors Evin que vas-tu faire ? ", ou " L'hôpital, c'est la misère, le boulot, c'est la galère ! " ne faisaient qu'exprimer dans la rue ce que les autres blouses blanches soulignent dans les hôpitaux et les cliniques..
Difficiles à mobiliser (l'automne dernier c'était la première fois depuis de nombreuses années qu'elles se révoltaient), la profession hésite à se lancer à nouveau dans un grand mouvement qui n'a pas été à la mesure de ses espérances.
La manifestation était toujours organisée par la coordination, mais par une coordination affaiblie. La CGT, qui s'y était jointe, avait choisi d'être plus discrète et les militants arboraient beaucoup moins ostensiblement leurs badges. Ceux de la CFDT qui, l'an passé, avaient voulu suivre la base boudaient mercredi le défilé. Mais le SIAN (Syndicat infirmier autonome national), né d'un groupes d'infirmières qui a voulu donner une structure syndicale strictement professionnelle au mouvement, et le CRC - la fédération régionale des syndicats santé-sociaux d'Ile-de-France, étaient venus appuyer le mouvement. Si Paris et la région parisienne formaient le gros du cortège, le sud de la France (Marseille et Montpellier, notamment), entré l'an passé tardivement dans le conflit, était bien représenté, ainsi que le Nord-Pas-de-Calais.
Les revendications sont les mêmes, mais les priorités se sont déplacées : aujourd'hui, les effectifs et les conditions de travail arrivent en première place ; cependant, la plate-forme contient toujours des demandes d'augmentations de salaire (2 000 francs pour tous), une bonne formation et " un droit réel à la formation continue ".
Les infirmières entendaient présenter leurs revendications au ministre de la santé lui-même ou à un membre de son cabinet, mais c'est au directeur des hôpitaux que Mr Evin avait confié la tâche de les recevoir. Déçue, une délégation est ressortie de l'entretien avec l'impression de n'avoir été ni écoutée ni comprise. Une centaine de manifestantes ont alors décidé de se diriger vers Matignon, où se rendaient au même moment les fonctionnaires des impôts, mais elles n'ont pas été reçues par le premier ministre, comme elles le souhaitaient.
Le huitième rallye des Pharaons a pris fin, mercredi 11 octobre au Caire, avec la troisième victoire consécutive en autos du Finlandais Ari Vatanen (405 Grand Raid), complétée par un triplé pour Peugeot avec le Belge Jacky Ickx et la Française Michèle Mouton. Déjà vainqueur en 1986, l'Italien Alessandro de Petri (Cagiva Elefant) a remporté la course des motos devant son équipier Edy Orioli et l'Espagnol Carlos Mas (Yamaha XT600).
Pour ses adieux au rallye des Pharaons, " Napoléon " Todt, directeur de Peugeot Talbot Sport (PTS), avait particulièrement soigné la mise en scène de l'arrivée en demandant à ses trois pilotes de se présenter côte à côte au pied des Pyramides. Une belle démonstration de force des trois lionnes, qui précédaient leurs poursuivants de plus d'une demi-heure et qui demeurent invaincues après trois ans de raids africains.
Producteur-organisateur de ce rallye depuis huit ans, Fenouil n'était pas le moins intéressé par le travail du metteur en scène de PTS. Dans deux mois, il troquera, en effet, sa combinaison blanche et son chèche façon Thierry Sabine pour l'uniforme jaune et le casque intégral des pilotes Peugeot du Paris-Dakar, où il assurera la navigation du Suédois Björn Waldegaard à bord d'une 205 Grand Raid.
" Pour assouvir ma passion de l'Afrique et surtout des déserts, j'ai toujours joué double jeu, plaisante-t-il. J'ai participé à tous les Dakar (sept comme motard et quatre comme navigateur auto), tout en organisant d'abord le rallye de Tunisie, puis celui des Pharaons. " A quarante-trois ans, il est, depuis près de vingt ans, de toutes les aventures auto-moto africaines.
Cet attrait pour l'Afrique, Fenouil le doit sans doute à sa naissance et à son enfance au Cameroun, où son père travaillait dans les services des Eaux et forêts. Revenu en France à huit ans, il ne connaissait pas l'école. Plus tard, ce jeune homme mince au regard pétillant et malicieux allait surtout s'intéresser au sport (champion de France universitaire de triple saut et de 4 X 100 mètres avec le Racing) et à la philosophie pour obtenir une licence.
C'est sur les barricades de mai 68 que Jean-Claude Morallet a trouvé ce pseudonyme de Fenouil pour la nature de ses cheveux. C'est ainsi qu'il signe ses premières critiques sur le cinéma... africain dans la revue Positif et qu'il écrit son premier roman, Pour mauvaise conduite, l'histoire d'un jeune homme qui ne sait pas trop quoi faire dans la vie.
Fenouil, lui, n'a qu'une envie : partir à la découverte des déserts. Engagé à Moto-Journal, il rallie Tamanrasset sur une grosse Kawasaki 900 en 1974, puis accomplit la première traversée du Sahara en solitaire. Dès lors, toutes les occasions sont bonnes pour retourner en Afrique.
Ainsi participe-t-il, au côté de Jean-Claude Bertrand, aux reconnaissances du premier Abidjan-Nice (1976), l'" ancêtre " du Dakar. " Je passais pour le concurrent le mieux préparé, se souvient-il. J'étais pourtant parti sans casque intégral, en jeans et en pataugas. " Dans la deuxième édition, il s'égare en Libye, en même temps que Thierry Sabine, qu'il retrouvera pour les reconnaissances du premier Dakar.
Fenouil n'a pas le caractère " mégalomane visionnaire " de son ami Thierry, dont il reconnait le grand talent d'organisateur. Il se lance pourtant dans une première expérience en créant le rallye de Tunisie en 1981, avant de trouver sa voie en Egypte après des débuts difficiles.
" Je ne connaissais de l'Egypte que ce que j'avais appris à l'école. J'avais aussi rêvé en lisant le Mystère de la grande pyramide ou les Cigares du Pharaon, mais j'avais sous-estimé un problème : de tous les déserts africains, celui d'Egypte est le seul sans nomades et donc sans pistes. " Fenouil mettra quelques années à " trouver " son parcours.
Désormais, des grandes dunes proches de la frontière libyenne au temple d'Abou Simbel, des portiques de la vallée des Lions, abandonnés et protégés des hommes par le désert, à la mer Rouge pour finir au pied des grandes pyramides, le rallye des Pharaons offre un voyage hors du temps à des concurrents venus préparer le Dakar ou vivre une belle aventure auto-moto.
"J'essaie de proposer un parcours de rêve dans le désert, explique-t-il, avec un tracé varié, sélectif, pour que les meilleurs triomphent mais avec des étapes assez courtes (400 kilomètres environ) pour laisser une marge de temps aux plus lents". Le parcours, bien balisé, évite de s'égarer mais permet à ceux qui le connaissent bien de dépasser des moyennes de plus de 100 kilomètres-heure qui deviennent dangereuses pour les motards.
La recette doit être bonne puisque la participation au rallye des Pharaons a augmenté de 15 % cette année, alors qu'elle a chuté dans tous les autres raids tout-terrain. Pour l'avenir, Fenouil regrette le retrait de Peugeot. "Leur venue nous a permis de mieux faire connaitre ce rallye en France, explique-t-il. Le pourcentage des concurrents français est passé de 17 % à 38 % en trois ans. De plus, Peugeot nous facilite la recherche de sponsors en assurant plus de retombées médiatiques."
Pour séduire de nouveaux participants, Fenouil va donc reprendre ses explorations après le Dakar. S'il parvient à résoudre les problèmes logistiques pour le transport de la nourriture et du carburant, il espère proposer l'an prochain un nouveau tracé de 1200 kilomètres de dunes le long de la frontière avec la Libye sur lequel les armées de Rommel et de Montgomery se sont poursuivies. Dans le même temps, il va devoir "plancher" sur un projet de nouvelle course, provisoirement baptisée DGV (désert à grande vitesse) dont l'Equipe lui proposerait la direction.
Protectionnistes, les Européens ? Faux, estime Mr Jack Lang qui, en inaugurant, le 12 octobre à Cannes, le Marché international des programmes de télévision (MIP-COM) a retourné l'accusation aux Américains. Ce sont les Douze qui pourraient saisir le GATT, a même lancé le ministre français de la culture, en évoquant la discrimination de fait dont souffrent les programmes européens interdits d'antenne sur les grand réseaux américains.
" Je n'ai toujours pas bien compris la bataille qui a été menée par certaines autorités officielles américaines contre les Européens et en particulier contre notre pays. J'ai reçu Mme Carla Hills, secrétaire d'Etat au commerce extérieur américain, une femme dynamique, bagarreuse - je ne lui en fais pas le reproche, - qui aime son pays - elle a raison, - qui m'a présenté une vision des rapports entre les Etats-Unis et l'Europe tout à fait métaphysique, surréelle, mythique, je dirais même fantasmatique... " C'est sur ce ton ironique que Mr Jack Lang a choisi de répondre le, 12 octobre à Cannes, aux accusations répétées de protectionnisme lancées par les Américains après l'adoption de la directive communautaire " Télévision sans frontières " (le Monde du 12 octobre). Une ironie parfois grinçante mais tempérée d'humour pour un discours qui se voulait moins une déclaration de guerre qu'une mise au point et un appel à la raison. La directive n'est pas ce "projet d'élévation de murailles de granit, de fonte ou de bronze destinées à empêcher la diffusion d'Óuvres américaines en Europe, redouté par Mme Hills", estime le ministre. C'est en réalité la synthèse de deux idées "fondamentales" sur lesquelles les Douze se sont enfin mis d'accord : d'abord le principe selon lequel "une Óuvre de l'esprit, un livre, un film, ne sont pas des produits comme les autres" ; ensuite l'obligation de "préférence européenne" - une expression que Mr Lang préfère à celle de "quotas", - essentielle, selon lui, à la construction d'une maison commune. Une maison qui ne peut être construite uniquement par des matériaux venus d'autres continents, mais "dont les fenêtres doivent être ouvertes au grand vent. Pas seulement le vent de l'ouest, mais le vent du nord, le vent de l'est, le vent du sud".
Quant au protectionnisme, parlons-en, s'est emporté le ministre de la culture. "Qui a établi en fait une discrimination ? Ce ne sont pas des quotas de 50 % que respectent les réseaux américains, ni de 60 %, ni de 80 %, ni même de 90 %. C'est un quota de 100 % de produits nationaux !" Difficile de parler alors de liberté de commerce ou de réciprocité. "En vérité, si nous étions animés d'un esprit procédurier, ce serait à nous d'introduire un recours auprès du GATT pour discrimination de fait."
Mais le ton provocant s'est arrêté là. Et le ministre s'est empressé de démentir toute vélléité de riposte, persuadé, a-t-il dit, tout comme la Commission de Bruxelles, que le recours introduit par les Américains se révélerait - " naturellement " - infructueux. L'essentiel, a-t-il résumé, est de continuer en Europe " à encourager la création, la production, à faciliter les échanges et à nous montrer accueillants comme nous avons toujours été (...), Car, en matière de non-discrimination et d'hospitalité, nous sommes des modèles. "
L'actualité et la présence de professionnels français - parmi lesquels Mr Jean-Pierre Hoss, PDG de la SFP,et Mme Eve Ruggieri, directrice des programmes d'Antenne 2 - imposaient aussi au ministre un retour aux réalités hexagonales. Réalités moins difficiles et moins conflictuelles, selon lui, qu'il y a quelques mois. Le service public bénéficiera l'an prochain de " la plus forte augmentation de crédits depuis 1982 ", et la polémique qui a opposé tout l'été les chaines privées à des pouvoirs publics décidés à durcir leurs règles de programmation, devrait aujourd'hui s'apaiser. Le gouvernement s'apprête en effet à arbitrer entre les " exigences de la création ". Autrement dit, les revendications des auteurs et producteurs et " certaines nécessités de transition " rendues obligatoires par la jeunesse et la fragilité des nouvelles chaines. Une façon d'indiquer que le gouvernement ne cédera pas sur les principes - " les textes doivent s'appliquer " - mais qu'il fera preuve de souplesse en consentant de substantiels délais d'adaptation.
Quotas ou pas quotas, querelles euro-américaines ou purement gauloises, la présence au MIP-COM des producteurs d'outre-Atlantique reste toujours aussi flamboyante. Turner affiche son nom en lettres géantes, Warner Bros arbore fièrement son logo (Bug's Bunny) délicieusement rétro, la Columbia rayonne, sans rien laisser paraitre de son rachat par Sony, et le stand du producteur français Télécip a laissé sa place à celui de la Twentieth Century Fox ! Il n'y a guère qu'Antenne 2 et FR 3 - dont les deux sigles symboliquement liés tapissent les colonnes du Palais des festivals - pour tenter de leur disputer la vedette.
Les Etats-Unis sont décidés à contester par tous les moyens les mesures prises récemment par les Douze pour réglementer la circulation des programmes de télévision, via la directive " Télévisions sans frontières " adoptée par la CEE le 3 octobre, et la convention sur la télévision trans-frontières du Conseil de l'Europe. Les Etats-Unis estiment que ces textes violent les principes du GATT (accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), organisme devant lequel ils vont porter plainte.
Après Mme Carla Hills, représentante spéciale du président Bush pour le commerce, qui dénonçait dans la directive des Douze une mesure " protectionniste, injustifiable et discriminatoire " (le Monde du 12 octobre), le représentant américain du GATT, Mr Rufus Yerxa, s'est élevé mercredi 11 octobre contre la convention, et notamment son article 10, qui, selon lui, " oblige les signataires à faire preuve de discrimination à l'égard des films non européens dans leurs programmes télévisés ".
A Bruxelles, au siège de la Commission européenne, on répond que le GATT n'est pas le cadre idoine de consultations, entre Europe et Etats-Unis, puisque les programmes de télévision font partie du secteur des services, objet des discussions séparées de l'Uruguay Round. A cette contestation de la démarche américaine sur la forme, s'ajoutent des arguments de fond : la directive n'ayant pas de caractère " obligatoire " pour l'imposition de quotas de programmes européens, elle " est parfaitement compatible avec les obligations internationales de la Communauté ", estime la Commission. Plus largement, la CEE refuse de considérer la culture, et donc les programmes télévisés, comme une marchandise ordinaire.
Le 2 octobre, le président de la Commission, Mr Jacques Delors, déclarait ainsi : " A nos amis américains, qui ont pris l'initiative d'attaquer devant le GATT quatre pays qui ont adhéré à la convention du Conseil de l'Europe, je voudrais simplement poser une question : avons-nous le droit d'exister ? Avons-nous le droit de perpétuer nos traditions, notre patrimoine, nos langues ? Est-ce que la défense de la liberté, si haut proclamée ailleurs, ne passe pas non plus par l'effort que fait chaque pays, ou ensemble de nombreux pays, pour faire qu'à travers l'audiovisuel chacun puisse garder son identité ? "
A l'évidence, la réponse n'est pas la même des deux côtés de l'Atlantique.
La Française Catherine Fleury est devenue championne du monde de judo, jeudi 12 octobre à Belgrade, en dominant en finale la Soviétique Elena Petrova, dans la catégorie des 61 kilos. Claire Lecat a pris la médaille de bronze des 66 kilos, dont le titre est revenu à l'Italienne Emmanuela Pierantozzi . Le Sud-Coréen Byung -Ju Kim s'est imposé en 78 Kilos.
Quand Catherine Fleury monte sur les tatamis de judo, son univers se réduit soudain à quatre personnes : son adversaire et trois arbitres. Du brouillard qui entoure l'aire de combat lui parviennent seulement les rumeurs du public et les conseils hurlés par d'invisibles entraineurs. Elle est myope comme une taupe.
Quand elle a rechaussé ses lunettes, jeudi, après avoir battu en finale des championnats du monde une jeune Soviétique métisse, Elena Petrova, la netteté du monde extérieur ne s'est pas rétablie comme à l'accoutumée. Catherine Fleury tanguait, abasourdie d'émotion.
Aucun point n'ayant été marqué durant l'assaut final, les deux combattantes avaient dû attendre le verdict des juges. "J'ai vu que celui qui me faisait face se prononçait contre moi, raconte Catherine Fleury ; ça m'a fait un énorme coup au cÓur. Je ne voyais pas que le deuxième juge de coin s'était décidé pour moi. Mais j'ai senti qu'il y avait un doute, un moment d'hésitation, une étincelle d'espoir. Et le juge central a tranché en ma faveur. Je crois que ce qui a fait pencher la balance est une phase de combat au sol, au cours de laquelle je tentais un étranglement sur mon adversaire. Celle-ci m'a tordu les doigts, ce qui est interdit. L'arbitre l'a vue. Il n'a pas sanctionné, mais cela a dû compter à l'intant du verdict."
Curieuse explication de l'issue d'une finale des plus incertaines, moins spectaculaire en tout cas que les combats précédents de la Parisienne. En demi-finale, elle exécuta notamment un parfait ramassage de jambes. Elle n'en est pas moins devenue la huitième Française championne du monde de judo.
Catherine Fleury a pourtant longtemps fait figure de mauvaise élève dans ce sport. Instable d'abord, elle a quitté six clubs, avant de trouver en 1987 celui qui semble être le bon : l'ACBB à Boulogne-Billancourt. Elle était également en retard dans sa catégorie (61 kilos). Céline Géraud, de deux ans sa cadette, devenait vice-championne du monde en 1986, alors que " Cathy " Fleury commençait seulement à faire parler d'elle au plan national. Mais à vingt-trois ans, la Française est maintenant une jeune championne du monde.
Cathy Fleury avait enfin du mal à se fixer des objectifs. Après avoir passé son baccalauréat, elle entama successivement des études d'éducation physique, d'action commerciale et d'informatique, sans jamais en achever aucune. Elle semblait avoir les mêmes problèmes au plan sportif. L'an dernier, pour ses débuts internationaux, Catherine Fleury frisa même le zéro pointé. Aux championnats d'Europe de Pampelune, elle fut la seule Française à revenir sans médaille, après avoir subi deux corrections en deux combats. Et, il y a un peu moins d'un an, elle se laissait surprendre aux championnats d'Europe par équipe, précipitant ainsi l'élimination de la France dès le premier tour.
Sous la coupe notamment de Jean-Pierre Gibert, l'entraineur de l'ACBB, Catherine Fleury vient pourtant de passer tous ses examens avec la note maximale : en un an, elle a remporté, coup sur coup, le championnat du monde universitaire, le championnat de France, le Tournoi de Paris, le championnat d'Europe et, enfin, le championnat du monde, ne concédant dans l'intervalle qu'une seule défaite, lors du tournoi secondaire aux Pays-Bas.
La puissance physique de Catherine Fleury a tout écrasé sur son passage. " Elle a un physique d'homme, avec un judo de femme, c'est un énorme atout ", note un entraineur. Il ne s'agit pas spécialement d'une tendance du judo féminin, même si la préparation physique y prend une importance croissante. Il se trouve simplement que Catherine Fleury bénéficie d'une densité musculaire exceptionnelle et d'une telle marge de progression au plan technique que, selon Jean-Pierre Gibert, tout laisse à penser que ce titre mondial ne sera pas sans suite. Après la retraite de Brigitte Deydier, triple championne du monde des 66 kilos Catherine Fleury pourrait ainsi devenir le chef de file de la nouvelle génération du judo féminin français.
Le prix Louise Weiss-Bibliothèque nationale 1989 a été attribué à Mr Jean Gattegno, directeur du livre et de la lecture, pour son action en faveur du livre, a annoncé, jeudi 12 octobre, la Bibliothèque nationale.
Ce prix, prévu par Mme Louise Weiss comme devant récompenser "une personne ayant contribué par ses recherches, ses publications et ses techniques à la conservation, à la connaissance et au développement des arts du livre et des bibliothèques", avait été attribué pour la première fois en 1987 à Henri-Jean Martin et, en 1988, à Bernard Pivot.
Le jury du prix Goncourt vient de rendre publique sa deuxième sélection pour le prix qui sera attribué le 20 novembre.
Une dernière sélection sera communiquée le 10 ou le 11 novembre, à l'occasion de la Foire de Brive.
Les dix titres sont les suivants : le Palais des nuages, de Patrick Carré (Phébus) ; l'Enfant multiple, d'Andrée Chedid (Flammarion) ; les Comptoirs du Sud, de Philippe Doumenc (Le Seuil) ; le Livre brisé, de Serge Doubrovsky (Grasset) ; la Chair des pierres, de Jacques Folch-Ribas (Robert Laffont). ; les Folies KÓnigsmark, de Gilles Lapouge (Albin Michel) ; les Escaliers de Chambord, de Pascal Quignard (Gallimard) ; Un grand pas vers le Bon Dieu, de Jean Vautrin (Grasset) ; Je suis écrivain, de François Weyergans (Gallimard) ; Mon Beau Navire, d'Anne Wiazemsky (Gallimard).
En professionnels de la publicité, c'est par un véritable " coup " que les frères Maurice et Charles Saatchi, dirigeants du premier groupe mondial publicitaire, tentent d'étouffer une possible offre publique d'achat contre leur empire (le Monde du 13 octobre). Ils ont annoncé, jeudi, l'entrée en fonction le 1er janvier au poste de directeur général, d'un Français, Mr Robert Louis-Dreyfus.
Membre de la famille des banquiers Louis Dreyfus, âgé de quarante-trois ans, Mr Robert Louis-Dreyfus était auparavant président-directeur général d'IMS International, seconde entreprise mondiale dans le domaine de l'étude de marché (avec soixante filiales) et leader mondial du conseil en pharmacie. Il avait revendu IMS International en 1988 au groupe Dun and Bradstreet pour 1,77 milliard de dollars (10,8 milliards de francs), soit vingt fois plus que la valeur de sa société cinq ans auparavant.
Un ancien d'IMS, Charles Scott, l'accompagne chez Saatchi où il assurera les fonctions de directeur financier, poste que les frères Saatchi cherchaient à pourvoir depuis des mois. Ces deux nominations, selon plusieurs analystes, réduisent le risque d'OPA, puisqu'elles correspondent à la restructuration du management demandée par le premier actionnaire du groupe, la firme américaine Southeastern Asset Management.
Mr Maurice Saatchi, qui reste président de sa société, a d'ailleurs téléphoné personnellement à plusieurs analystes afin de leur expliquer ces nominations. "Nous cherchions un directeur financier, mais nous avons décidé, Charles et moi, de nous adjoindre un directeur général qui apporterait de la fraicheur au groupe", a-t-il expliqué. Maurice Saatchi et son frère s'occuperont de la stratégie tandis que Mr Robert Louis-Dreyfus assurera la direction courante et la responsabilité financière.
La première tâche du nouveau directeur général sera de vendre l'activité consultant du groupe - mise en vente depuis juin - afin que le groupe puisse se centrer sur le conseil en publicité. Mr Robert Louis-Dreyfus a écarté les rumeurs d'une future OPA en expliquant qu'il n'aurait pas "rejoint une société qui serait sur le point d'être rachetée".
L'action Saatchi a baissé de 3 pence, jeudi, pour se fixer à 344 pence. Cependant, de nombreux observateurs doutent encore de la possibilité pour le groupe de sortir de ses difficultés financières et se posent des questions sur le rôle joué auprès du premier actionnaire du groupe, Soustheastern Asset Management par divers autres actionnaires non identifiés - hormis MM Silvio Berlusconi et Robert Jacoby (le Monde du 13 octobre).
Le gouvernement de Mr Rajiv Gandhi a maintenant toutes les raisons de craindre les retombées électorales de l'" affaire Bofors " (le Monde du 11 octobre).
Une conférence de presse organisée jeudi 12 octobre par Mr N. Ram, directeur adjoint du journal The Hindu, et de nouveaux documents publiés vendredi matin par plusieurs journaux indiens paraissent témoigner des efforts des autorités pour étouffer l'" affaire Bofors " (1). Le Hindu, à l'origine de la publication du début de semaine du rapport secret de la commission d'enquête suédoise sur cette affaire, a renoncé à d'autres révélations, pourtant annoncées.
Mr Ram s'est livré à une violente attaque contre le directeur général de son journal, Mr G. Kasturi. Celui-ci, a-t-il expliqué, a obtempéré aux pressions gouvernementales lui enjoignant de cesser la publication de son enquête. Mr Kasturi a reconnu, pour sa part, avoir pris cette décison parce que les nouveaux documents en question ne " méritaient pas d'être publiés ". Mr Ram, qui affirme avoir été l'objet de nombreuses pressions ces derniers mois, à la fois de la part du ministre de la défense, de conseillers du premier ministre, de hauts fonctionnaires, voire de Mr Gandhi lui-même, s'est donc résolu, devant " ce sabotage et cette censure ", à fournir ses pièces à d'autres journaux.
Le document qui apparait le plus gênant pour le gouvernement est une sorte de compte rendu de réunion signé, d'une part, par le président et le vice-président de la firme suédoise, MM Per Ove Morberg et Lars Gothlin, d'autre part, par le secrétaire d'Etat indien de la défense, Mr Bhatnagar, et plusieurs conseillers du premier ministre.
Les deux parties se mettent apparemment d'accord pour taire les adresses " des sociétés " (il s'agit des sociétés-écrans domiciliées en Suisse et qui ont reçu d'importantes commissions pour la conclusion du contrat Bofors), " la nature des services rendus " par ces sociétés, " les noms de code et les banques " qui ont reçu les paiements, " le mode de paiement ", " les numéros de compte ", enfin " les noms des personnes ".
Enfin, le document précise que 319,40 millions de couronnes suédoises (autant de francs) ont été versées aux " consultants de Bofors comme prévu par le contrat indien ". Mr Ram, pour sa part, estime que le montant total des commissions a représenté 14,5% de la valeur du contrat et non 3% comme il était dit jusqu'à présent. Rien ne permet pour l'instant d'authentifier les photocopies des documents publiés par la presse indienne.
Il n'en demeura pas moins que, s'il persistait, le silence embarrassé observé jusque-là par le gouvernement indien aurait valeur de preuve. Mr Ram, pour sa part, déclare qu'il a d'autres " munitions " en poche...
- La Chambre des représentants a, par 371 voix contre 43, approuvé un texte qui prévoit des peines pouvant aller jusqu'à un an de prison et 1 000 dollars d'amende pour quiconque " sciemment mutile, profane, souille, brûle, laisse sur le sol ou piétine un drapeau des Etats-Unis ". Ce texte, déjà approuvé par le Sénat, répond au souhait manifesté avec insistance par le président Bush voici quelques mois (le Monde du 5 juin).
Six étudiants armés de bombes de fabrication artisanale ont pénétré, vendredi 13 octobre, dans la résidence de l'ambassadeur américain à Séoul, Mr Donald Gregg, pour réclamer que Washington cesse ses pressions commerciales, a-t-on appris auprès de la police sud-coréenne et du département d'Etat américain.
Enveloppés dans des drapeaux nationaux, les étudiants ont fait irruption dans l'enceinte du bâtiment à 6 heures locales après avoir fait exploser une bombe lacrymogène afin d'éloigner le personnel de sécurité. Le groupe s'est ensuite enfermé chez l'ambassadeur pour débuter un sit-in. Une équipe de police anti-émeute a réussi à déloger les étudiants au bout d'une demi-heure.
" L'ambassadeur et sa femme ont quitté les lieux sains et saufs ", après l'attaque, a déclaré le porte-parole du département d'Etat américain, en soulignant que cet incident " n'affecte en aucun cas l'amitié entre les peuples coréen et américain ".
La nouvelle Assemblée du pouvoir populaire de Panama, dont les 510 membres ont été nommés par le gouvernement le 1er septembre dernier, ont décerné un nouveau titre au général Manuel Antonio Noriega. Une semaine après le coup d'Etat manqué, l'homme fort du pays, qui n'était "que" commandant en chef des forces armées se voit proclamé "coordonnateur général des plans et programmes" et "directeur du processus de libération nationale".
Dans un même élan, l'Assemblée a également approuvé une résolution demandant au pouvoir exécutif - et donc de fait au général Noriega - de lui octroyer la fonction d'"organisme du pouvoir populaire" pour remédier à la vacance du Parlement, les élections nationales du mois de mai ayant été ajournées.
Cette "légalisation" du régime n'a cependant pas impressionné les sept chefs d'Etat latino-américains réunis mercredi et jeudi dans la ville péruvienne d'Ica. Les présidents de l'Argentine, du Brésil, de Colombie, du Mexique, du Pérou, de l'Uruguay et du Venezuela ont clôturé leur sommet par une condamnation formelle du gouvernement panaméen en soulignant dans leur communiqué que "le problème de l'absence de démocratie et de violations des droits de l'homme persiste dans ce pays". Avant même de connaitre les ultimes "aménagements" du régime du général Noriega, le président vénézuelien Carlos Andres Perez avait qualifié le pouvoir panaméen de "régime d'opérette".
Au treizième jour de leurs débats et pressés d'en finir par les ministres des affaires étrangères du comité tripartite (Arabie saoudite, Algérie, Maroc), les soixante-deux députés libanais réunis à Taëf ont quasiment abouti, tard dans la nuit du jeudi 12 octobre, à un accord sur la refonte du système politique confessionnel qui régit le Liban depuis 1943.
Deux points concernant les conditions d'emploi de l'armée et l'abolition interne du confessionnalisme restent à régler, mais cela ne devrait pas remettre en question le consensus très laborieusement élaboré par un comité de vingt-sept députés représentant toutes les tendances.
Cet accord doit cependant encore être approuvé en séance plénière, et les députés du camp chrétien ont subordonné leur approbation finale de ce texte, qui ne concerne que les réformes, à celle du document d'entente nationale dans son entier, dont le chapitre le plus épineux, celui de la présence syrienne, n'a pas encore été abordé. " Si nous ne nous mettons pas d'accord sur un chapitre du document, les accords antérieurs sur les autres sont caducs ", a ainsi déclaré, jeudi soir, Mr Georges Saadé, figure de proue du camp chrétien, avant d'ajouter : " Il n'est pas question que nous rentrions à Beyrouth avec le seul accord sur les réformes. "
Cette déclaration a été faite après une nouvelle et très sévère mise en garde du général Aoun aux députés pour leur rappelr notamment " que des réformes ne sauraient avoir lieu que sur un territoire libre et pour un peuple libre, et qu'il n'y aura pas de réforme politique en dehors d'un Liban souverain et indépendant ". C'était comme une réponse au chef du gouvernement militaire chrétien, qui, avant même leur départ pour Taëf, avait déjà mis en garde les députés de son camp contre toute " trahison ".
Les propos violents du général Aoun - qui a encore déclaré que " la guerre de libération (contre l'occupant syrien) ne s'arrêtera pas à cause d'une réunion qui tente de faire avorter ses objectifs ", ajoutant : " Ce qu'ils font à Taëf est faux, le parrainage arabe est faux, et les objectifs de cette réunion sont faux ", - ont fait monter la tension parmi les députés du camp chrétien. Ils ne vont pas faciliter la discussion qui devrait s'engager avec le comité tripartite arabe, tant le pouvoir des députés est limité à propos de la présence syrienne.
La seule promesse faite à cet égard par le comité tripartite aux députés de ce camp se limite, en effet, une fois l'accord sur les réformes acquis, à celle de les aider à obtenir " quelque chose dans toute la mesure du possible " pour satisfaire un tant soit peu leur demande de garanties sur un retrait syrien. Le document arabe ne préconise qu'un regroupement des troupes syriennes dans l'est du Liban dans un délai de deux ans maximum, au-delà duquel " le gouvernement syrien signera avec le gouvernement libanais un accord prévoyant l'importance de ces forces et la durée de leur présence dans ces régions ".
En attendant un accord sur ce point crucial, la quasi-adoption des réformes politiques en discussion depuis plus de quinze ans n'en constitue pas moins un premier pas d'importance et, jusqu'à la dernière minute, les tractations ont été particulièrement âpres, notamment au sein des trois grandes communautés dominantes au Liban, les chrétiens maronites, les musulmans sunnites et chiites, les druzes, oubliés du document, se faisant pour leur part fermement entendre. S'il devait être appliqué, ce document représente, en effet, quarante-six ans après l'indépendance du Liban, " un compromis historique dans le Liban confessionnel, rééquilibrant très nettement les pouvoirs en faveur des musulmans, devenus aujourd'hui majoritaires par rapport à la communauté chrétienne ".
Soucieux, toutefois, des équilibres à respecter, des craintes à apaiser, des souhaits à réaliser, le texte proposé par le comité tripartite arabe et dont les députés se sont assez peu écartés, sauf dans les détails, transfère l'essentiel du pouvoir exécutif, détenu jusque-là par le président de la République (un maronite), à un pouvoir collégial, celui du conseil des ministres, au sein duquel la parité est de règle entre chrétiens et musulmans.
Si les présidences de l'Etat, du conseil des ministres, de la Chambre des députés, restent respectivement aux mains des maronites, des sunnites et des chiites, le président de la République perd toutefois son contrôle quasi exclusif sur le conseil des ministres, dont il n'est plus membre. Il préside, certes quand il le veut, sans droit de vote, ce conseil, mais n'a plus le droit de le convoquer. Pour le choix du premier ministre, le chef de l'Etat est, d'autre part, soumis à des consultations parlementaires obligatoires et devra informer le président de la Chambre des résultats de celles-ci avant toute nomination. Le chef de l'Etat ne peut plus révoquer le premier ministre ou même un ministre. Enfin, s'il garde son titre de " chef suprême des forces armées ", celles-ci sont soumises à l'autorité du conseil des ministres.
Le problème de l'armée a donné lieu à d'autant plus de discussions que les druzes, avec à leur tête Walid Joumblatt, particulièrement inquiet sur ce point, voulaient des garanties maximales pour que cette armée ne puisse plus être utilisée dans les conflits internes.
En fait, comme l'explique un élu modéré du camp chrétien, " le chef de l'Etat perd le contrôle qu'il avait pratiquement sur tous les rouages de l'Etat du fait que les hommes mis en place lui étaient redevables de leur situation et dépendaient donc de lui ".
Le premier ministre, un musulman sunnite, voit son pouvoir nettement renforcé. Il préside dorénavant le conseil des ministres et est, à ce titre, responsable de l'exécution de la politique générale de l'Etat. Toutefois " le pouvoir exécutif est confié au conseil des ministres " au sein duquel les décisions sont prises à l'amiable ou par vote à la majorité des présents, et, dans les cas les plus importants, à la majorité des deux tiers.
La communauté chiite, qui tient la présidence de la Chambre, a vu aussi ses pouvoirs renforcés par le passage de un à quatre ans - avec vote de confiance ou de défiance à la majorité des deux tiers au bout de deux ans, si dix députés le réclament - du mandat du président dont le rôle, notamment dans la formation du cabinet, s'est accru. Le nombre des députés, qui seront dorénavant à parité entre chrétiens et musulmans, a été fixé à cent huit au lieu de quatre-vingt-dix-neuf précédemment.
La question du délai de l'abolition du confessionnalisme réclamée " immédiatement ou au maximum dans cinq ans " par douze députés musulmans, dont les porte-parole des milices, reste à régler définitivement. Mais tout laisse à penser, pour reprendre l'expression d'un élu, que " le confessionnalisme au Liban a encore de beaux jours devant lui ".
Reste que les pouvoirs étant redéfinis, l'importance des hommes demeurera cruciale dans l'application de cette nouvelle charte, dont le fonctionnement sera conditionné par le rapport des forces entre les trois grandes communautés, maronite, sunnite et chiite.
Tel qu'il se présente, ce texte reste toutefois dans l'esprit du pacte national de 1943. Mais plus que la dépossession d'une communauté, maronite en l'occurrence, au profit d'une autre, il symbolise le passage du pouvoir à une institution pluriconfessionnelle et, comme l'affirme un éditorialiste libanais, " c'est une alliance de confessions. En cela, on peut dire qu'il s'agit plus d'un replâtrage " que d'un changement radical. Mais le Liban y était-il prêt et pouvait-il le supporter ?
Une collaboratrice de la compagnie Swissair enlevée, dimanche 8 octobre, dans un village proche de Tripoli, région du nord du Liban contrôlée par les Syriens a été libérée vendredi 13 octobre, a-t-on appris à Beyrouth. Cet enlèvement, survenu deux jours après celui de deux délégués du CICR, disparus le 6 octobre à Saida (sud du pays), a été tenu secret jusqu'à jeudi 12 octobre, à la demande de la famille. La jeune femme, Astrid Fischler, qui séjournait au Liban à titre privé et dont l'identité n'a pas été révélée, avait été attaquée par un groupe d'hommes armés qui l'ont emmenée vers une destination inconnue.
Mme Hélène Ahrweiler, présidente du Centre Pompidou, a demandé mercredi 11 octobre, un nettoiement général des lieux fermés depuis deux semaines à la suite d'une grève du personnel d'entretien (le Monde du 1er octobre). Dans un communiqué elle indique que " nettoiement des lieux, accompagné d'une désinfection, doit être effectué sans délai, afin d'assurer des conditions normales de travail et éventuellement l'ouverture du centre au public ". Le nettoyage ayant commencé vendredi, le Centre devrait rouvrir ses portes samedi 14 octobre.
Le chanteur zairois Franco, l'une des plus grandes vedettes de la musique africaine et père fondateur de la rumba zairoise, est mort jeudi 12 octobre, à Bruxelles. Il était âgé de cinquante-et-un ans.
De son vrai nom L'Okanga La Ndju Pene Luambo Makiadi, surnommé " Maitre Franco " par ses admirateurs et ses disciples, il avait commencé à enregistrer en 1953. Basé à Kinshasa, son fief (alors Léopoldville), son style de guitare et ses compositions furent déterminants dans le style est connu sous le nom de rumba zairoise, résultat de la rencontre entre la musique traditionnelle de la région et les rythmes afro-américains que ses successeurs Papa Wemba ou Ray Lema ont popularisé en Occident.
Franco avait enregistré une centaine d'albums et s'était établi à Bruxelles depuis quelques années. Il n'avait jamais hésité à critiquer la vie publique africaine, ce qui lui avait valu quelques brefs séjours en prison ainsi qu'un surnom, inspiré autant par l'acuité de ses observations que par sa corpulence : le " Balzac africain ".
Il a fallu trente-cinq ans pour que tout se mette en place. Pour que les fils de Mr et Mrs Neville rencontrent le succès, pour que le monde s'aperçoive que La Nouvelle-Orléans, qui avait déjà tant donné, de King Oliver à Dr John, pouvait donner encore plus.
Art, Charles, Aaron et Cyril (dans l'ordre chronologique, l'ainé ayant cinquante-deux ans, le benjamin quarante et un) Neville sont tous musiciens de naissance. Aaron, la montagne humaine à la voix d'ange, se rappelle comment ils chantaient en harmonie sous la véranda de la maison familiale en tapant sur des bouteilles ou des boites. Dès le milieu des années 50, Art, le pianiste, et Aaron jouent avec Larry Williams, l'auteur, entre autres, de Bonie Moroney. Ensuite, Art forme les Meters avec Cyril, le percussionniste. Ils jouent sous leur propre nom avec Lee Dorsey, LaBelle, Paul McCartney ou Robert Palmer. Pendant ce temps, Charles, le saxophoniste, joue du jazz, et Aaron, qui a de temps à autre des ennuis avec la loi, réussit quand même à écrire quelques classiques du rhythm'n'blues, dont le plus connu est Tell Il Like It Is, que " Don Miami Vice Johnson " massacre régulièrement sur les ondes en ce moment.
Dans la tradition de La Nouvelle Orléans. les frères Neville relèvent de la second line, la deuxième ligne qui marchait derrière les cuivres dans les enterrements et qui, sur le chemin du retour du cimetière, remontait le moral de la procession. Et puis, il y a ces fameux Indiens du Mardi gras qui n'ont rien à voir avec les tribus de Louisiane. Lors du carnaval, les esclaves noirs tournaient l'interdiction de renouer avec les musiques et les costumes africains en prétendant être déguisés en Indiens. Le groupe a enregistré plusieurs titres du répertoire, dont le traditionnel Iko Iko, et y a consacré tout un album enregistré sous le nom d'une des tribus qui s'affrontent à coups de chansons lors du carnaval, les Wild Tchoupitoulas. Sur l'histoire des Mardi Gras Injun, Charles Neville, petit homme sec à l'air ascétique, est intarissable.
En fait, on pourrait se perdre dans les sources d'inspiration culturelles et musicales des Neville Brothers comme dans les bayous du delta. Du vaudou au culte de saint Jude, du calypso au reggae, le mélange s'enrichit à chaque fois sans que jamais le dernier ingrédient ajouté n'arrive à étouffer les autres, comme dans le gumbo, simple soupe aux herbes à l'origine, devenue plat de fête.
Tout cela était un secret plutôt bien gardé jusqu'à ce que les frères rencontrent Daniel Lanois, producteur, entre autres d'U2. Le Canadien (il est originaire d'Acadie, ce qui lui donne un cousinage avec les Cajuns de Louisiane) a été " le premier à nous écouter, à nous demander ce que nous avions envie de faire ", raconte Charles. C'est lui qui a demandé à Aaron quelles chansons il avait envie d'interpréter. Les deux ballades de Bob Dylan (Hollis Brown et With God On Our Side) que le chanteur a reprises ont fait dire à leur auteur: " Avant d'entendre ça, je n'étais pas sûr d'être compositeur. " Yellow Moon, l'album issu de cette rencontre, est l'un des plus beaux de l'année.
Après une très longue tournée aux Etats-Unis, où ils ont assuré, notamment, la première partie de Ziggy Marley, les Neville Brothers sont enfin arrivés en Europe. Jeudi soir, à l'Elysée-Montmartre, ils ont conquis à force d'évidence. Les frères, accompagnés par Brian Stolz à la guitare, Tony Hall à la basse et Willie Green, font une jolie galerie de têtes, qui correspondent chacune assez bien à l'apport musical de chacun : Cyril derrière ses percussions, dreadlocks et bonnet de rasta, qui reprend deux titres de Bob Marley ; Art, casquette de base-ball à motif Batman, père de famille tranquille qui fait swinguer ses claviers comme s'il lui fallait prouver qu'il peut faire mieux que Fats Domino et Allen Toussaint ; Charles avec un béret noir, sorti d'une soirée beat des années 60 ; et Aaron, tête nue, qui les domine tous de sa masse et chante Amazing Grace comme si sa vie en dépendait. Du répertoire des Meters aux chansons de Mardi-gras en passant par l'essentiel de Yellow Moon, les Neville Brothers jouent avec la même virtuosité, mais ça, on est en droit de l'attendre d'hommes de leur expérience. Ce qui émeut, c'est la ferveur, la touche mystique qui porte leur musique. C'est sûrement elle qui les a porté, pendant un tiers de siècle de galère, c'est elle qui les a fait arriver jusqu'à nous.
Le concert d'ouverture du Festival de Lille, qui devait avoir lieu jeudi 12 octobre, a été annulé en raison de la grève d'une partie des musiciens de l'Orchestre national de France (le Monde du 10 octobre). La CFDT et Force ouvrière protestent contre " la crise que traversent les services musicaux de Radio-France ".
Mr François Mitterrand est rentré à Paris, vendredi 13 octobre en fin de matinée, au terme d'un voyage de quatre jours au Venezuela et en Equateur. Sur le chemin du retour, il a fait escale à Bogota afin d'assurer le président colombien, Mr Virgilio Barco, du soutien de la France et de la Communauté européenne dans sa lutte contre les trafiquants de drogue.
La nuit venait tout juste de tomber sur Bogota. Sur la base aérienne de Catam, Mr Virgilio Barco, cheveux blancs, lunettes d'écaille, allure d'un sage professeur, homme " seul dans son pays, dans son parti et peut-être dans son gouvernement ", comme dit en confidence Mr Mitterrand, était venu jeudi 12 octobre accueillir le président français arrivant de Quito.
Les deux hommes, qui ne se connaissaient pas, ont échangé quelques mots, puis Mr Mitterrand, interpellé par les journalistes colombiens, a déclaré : " Je souhaite à ce pays et au peuple colombien bonne chance dans sa lutte pour la prospérité, l'honnêteté et pour la vie. " N'étaient l'agitation extrême des journalistes, l'hélicoptère qui tournoyait au-dessus du parking de l'Airbus, une jeep munie d'une mitrailleuse et les silhouettes, aperçues au loin, des militaires armés de fusils-mitrailleurs, la rencontre entre ces deux hommes aurait pu paraitre ordinaire.
MM Barco et Mitterrand ont pris place, sans s'attarder, dans une Chevrolet " Caprice " blindée, précédée de motards et d'un camion militaire. Les 18 kilomètres jusqu'au centre de Bogota avaient été interdits à la circulation. Des hommes en armes avaient pris massivement position sur les toits de la place Bolivar, devant le palais du gouvernement, où a eu lieu la cérémonie protocolaire d'accueil. Quelques pistolets-mitrailleurs montraient le bout du canon sous les vestons des gendarmes du Groupement de sécurité de la présidence de la République (GSPR). Rien de très ostentatoire, en tout cas. Le général Masa Marquez, patron de la lutte contre les " narcos " et le colonel Le Carro, patron du GSPR, paraissaient tout à fait détendus.
Au terme de cinquante minutes d'entretien, Mr Mitterrand, premier chef d'Etat occidental à se rendre en Colombie depuis qu'est ouverte la " guerre " contre les trafiquants, a tenu une courte conférence de presse en présence du président colombien. Il a exprimé au président Barco " la solidarité et l'estime " de la France et loué le " courage " du gouvernement colombien engagé dans une entreprise " d'élimination d'un danger qui va bien au-delà de ses frontières ".
Ainsi qu'il l'avait déjà fait à Caracas, première étape de son voyage de quatre jours au Venezuela, en Equateur et en Colombie, Mr Mitterrand - mais d'une manière beaucoup plus illustrative et argumentée - a évoqué les problèmes du développement, de la dette et de la drogue. " La racine du mal, a-t-il dit, c'est la misère. " Dès lors, " on ne peut même pas accuser les pauvres gens qui sont les producteurs de base " de la coca. " Il ne suffit pas, a-t-il ajouté, de répondre comme vous le faites aux menaces des trafiquants de drogue. Il faut que tous les pays responsables dans le monde se préoccupent de la façon de réduire la pression du malheur, de la misère. "
Le message du président de la République, à l'intention des pays riches les plus rétifs, est que le sous-développement est un encouragement à la production de la coca, et qu'il faut donc donner aux pays pauvres ou endettés les moyens de développer d'autres productions lucratives.
L'exemple du café est significatif et le chef de l'Etat français a dénoncé à ce propos le rôle ambigu joué par les Etats-Unis, ces derniers ayant décidé de réduire leurs quotas d'importation de Colombie et provoqué la baisse des cours. Bogota y a perdu 500 millions de dollars. La rentabilité réduite du café encourage la culture de la coca dans le temps même où les Etats-Unis accordent 60 millions de dollars à la Colombie... Pour lutter contre la drogue.
Mme Thatcher avait lancé, il y a quelques mois, la croisade contre la drogue et le sommet de l'Arche, en juillet, s'en était saisi. Mr Mitterrand se sera efforcé tout au long de son voyage de lier ce sujet à celui du sous-développement.
Il insiste sur la démarche qu'il a effectuée auprès de ses onze partenaires européens afin qu'ils désignent chacun un coordinateur de la lutte contre la drogue. Il indique que le président du Pérou. Mr Alan Garcia, lui a demandé que la CEE participe au plus haut niveau au sommet Colombie-Pérou-Bolivie-Etats-Unis consacré à la culture de la coca et au trafic de cocaine et ajoute que " s'il le faut, il fera l'effort " d'y aller.
C'est ce message-là - celui d'un chef de guerre contre la drogue et le sous-développement - que le président de la République entendait faire passer à Bogota, voilà pourquoi il s'est efforcé de minimiser le caractère spectaculaire de sa démarche en regard des risques - " infimes ", disait-il - qu'elle supposait.
- Le Parlement européen a demandé, jeudi 12 octobre, aux chefs d'Etat ou de gouvernement des Douze, qui se réuniront les 8 et 9 décembre prochain dans la capitale alsacienne, d'examiner " la situation des droits de l'homme en RDA et le soutien à accorder aux mouvements de réforme en Europe de l'Est et en Europe centrale ".
La résolution de l'Assemblée et de la CEE invite le régime de Mr Honecker à " ne pas recourir à la répression " et à " respecter toutes les obligations de l'Acte d'Helsinski, auxquelles il a souscrit formellement ".
Adoptée par cent dix-neuf voix contre une, la résolution a été votée par toutes les formations politiques, à l'exception des communistes français et, à la suite d'une fausse manÓuvre lors du vote électronique, par les Droites européennes (DE), qui voulaient en réalité approuver la déclaration.
La promesse faite par le bureau politique du SED de tolérer l'ouverture d'un débat public sur les problèmes en suspens en Allemagne de l'Est s'est traduite, jeudi 12 octobre, par un changement de ton notable dans les médias officiels. La télévision a fait place dans ses journaux à des interventions critiques sur le fonctionnement de la société. Les appels à davantage de liberté dans la presse, à un dialogue plus ouvert, continuent de venir de nombreux côtés. La direction de l'Académie des arts, le vice-président du Parlement, Mr Götting, sont intervenus jeudi en ce sens.
Il ne faut toutefois pas s'y méprendre. Les dirigeants du régime entendent que ces débats restent strictement sous contrôle. L'un des principaux idéologues, le professeur Otto Reinhold, a par exemple réaffirmé avec force le " rôle dirigeant du parti ".
Vingt-quatre heures après la réunion du bureau politique, l'un des principaux dirigeants est-allemands, Mr Kurt Hager, est arrivé jeudi à Moscou, officiellement pour prendre part aux journées culturelles est-allemandes qui se déroulent actuellement dans la capitale soviétique. Sa visite n'avait pas été annoncée. Interrogé par la télévision ouest-allemande, Mr Hager a affirmé que la direction du SED était une " direction unie ". Sur les perspectives d'ouverture, il a affirmé que " lorsque les interlocuteurs sont de bonne volonté, on peut avoir de bonnes discussions, mais que cependant il ne peut y avoir de conversations avec ceux qui remettent en question l'ordre de la société ".
Les déclarations du bureau politique ont doné lieu à des réactions diverses en dehors du parti. L'un des principaux dirigeants de l'Eglise évangélique, Mr Stolpe, président du consistoire, a estimé qu'elles pouvaient être interprétées comme le début d'un processus de dialogue. En revanche, l'une des porte-parole de Neues Forum (Nouveau Forum), Mme Bärbel Boyley, s'est déclarée déçue, soulignant que l'ouverture de la brèche n'allait pas jusqu'à donner la parole à l'opposition. Un autre dirigeant protestant, l'évêque Fork, de Berlin, a cependant indiqué que le maire de Berlin-Est, Mr Krack, serait prêt, comme à Dresde, à rencontrer des représentants des manifestants. Le maire de Leipzig, Mr Seidel, a reçu, pour sa part, des représentants de l'Eglise. Il leur aurait promis que tous les manifestants arrêtés au cours des dernières semaines seraient relâchés dans un proche avenir.
Moscou. - Selon une dépêche de l'agence Tass datée de Bakou, le trafic ferroviaire de marchandises a " entièrement repris " entre l'Azerbaidjan et l'Arménie. " Trois convois d'essence et de gas-oil, précise l'agence, ont traversé (jeudi 12 octobre) les stations de jonction reliant les deux républiques " et " les cheminots azerbaidjanais ont remis à leurs collègues arméniens plus de cent cinquante citernes de carburant ".
La levée du blocus imposée depuis septembre par les Azerbaidjanais sur les voies ferrées menant en Arménie a été annoncée à plusieurs reprises au cours des derniers jours, mais c'est la première fois qu'il est fait état du passage de citernes de carburant. Mercredi encore, les Arméniens dénonçaient la poursuite du blocus " sous une autre forme ", notamment par l'envoi de produits endommagés ou rendus inutilisables.
L'information donnée par Tass reste, pour le moment en tout cas, sujette à caution. Jeudi, le ministre soviétique des chemins de fer, Mr Nikolai Konarev, citée par la presse de Moscou, indiquait que les Azerbaidjanais avaient demandé au Front populaire de Géorgie de bloquer les convois en provenance de cette république et se dirigeant vers l'Arménie. Cet appel étant resté sans réponse, ajoutait-il, les Azéris s'apprêtaient à étendre leur blocus à la Géorgie elle-même.
Toujours selon Mr Konarev, les problèmes engendrés par le blocus azerbaidjanais se propagent à toute l'Ukraine et jusqu'au sud de l'Oural. Le blocage d'environ mille trois cents convois dans différents points du pays, a-t-il dit, affecte désormais l'économie nationale toute entière.
Il doit être permis " de mettre en doute l'existence des chambres à gaz nazies ", a estimé Mr Helmut Weiss, représentant du Parti libéral (FPOe) à la deuxième chambre, dans un entretien à un quotidien viennois. Non, a répliqué Mr Joerg Haider, le chef de ce parti, lui-même soupçonné par ses détracteurs de trop de tolérance à l'égard des anciens et des nouveaux nazis. Il a annoncé la démission de Mr Weiss de toutes ses fonctions. Mr Weiss aurait dû devenir, le 17 octobre prochain, député au Conseil national (Chambre des députés).
Reste à savoir si la hâte avec laquelle le chef du FPOe, Mr Haider, a sanctionné Mr Weiss n'était pas un peu dictée par la tenue ces jours-ci, à Paris, du congrès de l'Internationale libérale. Une éventuelle exclusion du FPOe pour extrémisme de droite a été à plusieurs reprises évoquée au sein de cette organisation. Mr Haider a habilement pris les devants.
Le FPOe a de nouveau remporté un succès aux élections régionales du Vorarlberg, dimanche dernier. Selon tous les sondages, le FPOe a de fortes chances de continuer sur sa lancée jusqu'aux élections législatives de 1990, ce qui lui permettrait éventuellement d'entrer dans un gouvernement de coalition avec le Parti conservateur (OeVP).
- Le premier ministre polonais, Mr Tadeusz Mazowiecki, doit se rendre en visite officielle à Moscou au mois de novembre, a annoncé, jeudi 12 octobre, Mr Natorf, secrétaire du Comité central du POUP. Mr Nartof a indiqué, en outre, aux parlementaires, dans un compte rendu de son récent voyage dans la capitale soviétique, que l'URSS dédommagerait la Pologne pour la déportation pendant la guerre, de quelque deux millions de Polonais en Sibérie.
Les " portiers " du Check-Point Charlie, l'un des plus célèbres points de passage du mur de Berlin, ont toujours la même apparence : uniforme vert, casquette plate et le regard torve d'un fonctionnaire communiste sûr de son bon droit. Il arrive toujours, selon les humeurs, qu'on y soit obligé de vider ses poches, de relever sa jupe, sans jamais savoir bien pourquoi... L'ordre socialiste a ses mystères. Il faisait peur. On aurait aujourd'hui presque envie d'en rire de bon cÓur.
Le Café Adler s'est installé sur la ligne de démarcation. Juste à côté de la guérite américaine, ses fenêtres donnant directement sur les chicanes du poste est-allemand. L'endroit devient presque à la mode. Springer, le grand éditeur de journaux ouest-allemand, s'y était déjà installé dans les années 60, dans un immense building dominant le " mur " pour bien montrer à ceux d'en face que l'Ouest et la liberté étaient toujours là. Aujourd'hui, c'est le Tageszeitung, le " Libé " de RFA, qui s'installe à son tour... aux premières loges. Depuis les derniers événements, ce journal assure la meilleure couverture sur ce qui se passe notamment dans les milieux d'opposition " de l'autre côté ".
Berlin-Est devient pour Berlin-Ouest un endroit de plus en plus branché. Pour les fêtes du 750e anniversaire, il y a deux ans, les autorités de l'Est avaient reconstruit, à coups de millions, une grande partie des derniers monuments du centre historique détruit pendant la guerre, attirant de nombreux touristes. Mais il y a bien d'autres choses aujourd'hui à découvrir. Le quartier de Prenzlauerberg, avec ses restaurants, ses cafés dans le vent, attire la " scène " de l'Ouest. On y vient humer du " punk " de l'Est, écouter les derniers groupes rock socialistes, mais aussi faire des projets d'avenir pour la perestroika est-allemande. C'est là d'ailleurs que se trouve l'église de Gethsemani, haut lieu des manifestations de ces derniers jours dans l'ancienne capitale allemande.
Berlin-Ouest ne vibre plus ces temps-ci que pour l'Est. Mercredi soir, sur la Krummestrasse, des anciens de l'Est avaient réuni toutes les bonnes volontés dans l'église de leur quartier pour projeter un Neves Forum-West ... Histoire de montrer qu'on est solidaire. On n'est plus là, sur le terrain, mais on y est en tout cas par la pensée. Soixante-dix pour cent des Berlinois de l'Est qui émigrent à l'Ouest ces derniers temps se retrouvent à Berlin-Ouest, à portée de leurs anciennes habitudes. Les réseaux y tournent à fond. Ils communiquent les informations, servent de relais pour la presse occidentale, assurent éventuellement les contacts avec d'autres mouvements ou, s'il le faut, organisant la solidarité.
Depuis jeudi, dans les cafés de la place Savigny, dans le quartier des restaurants de Berlin-Ouest, l'ouverture à l'Est est sur toutes les lèvres. Depuis que la télévision est-allemande se met elle-même à faire un peu d'ouverture, elle est devenue le dernier spectacle à la mode. Le journal Aktuelle Kamera, sur la chaine DDR-I, n'a jamais eu autant de spectateurs à l'Ouest. On y attendait avec impatience mercredi la déclaration annoncée du bureau politique du SED sur les derniers événements. Sans doute enhardis, les journalistes est-allemands ont mis les bouchées doubles jeudi. Dans des interviews en direct, recueillies dans la rue, les gens exigent soudain des discussions sur tous les problèmes, s'émeuvent de la tragédie de ceux qui ont quitté le pays pour l'Ouest. " Si on laisse les gens rentrer, ils reviendront ", affirme avec conviction un conducteur de travaux. Pour la première fois également, les prises de position critiques à l'égard du régime occupent aussi une place dans l'information nationale. Même le commentateur officiel assure que " beaucoup de questions doivent trouver de nouvelles réponses ".
Bien sûr, on n'en est pas encore à présenter au public Bärbel Boyley ou d'autres dirigeants des nouveaux groupes politiques indépendants apparus ces derniers temps. Mais cela change quand même de la langue de bois qu'on avait connue jusque-là, et la glasnost qui saute ainsi le mur transforme aujourd'hui des bons Berlinois de l'Ouest en " DDR-rologues " avertis.
Cela change des discussions sur la coalition " rouge-verte " qui dirige le Sénat de Berlin-Ouest, ou sur la montée des Républicains (extrême droite), elle-même provoquée par l'afflux de réfugiés de toutes parts. Quelque vingt mille personnes sont hébergées actuellement dans des installations de fortune de la mairie, dans l'attente d'être reclassées dans la société.
Mr Lawson persiste et signe. Le chancelier de l'Echiquier a proclamé avec force jeudi 12 octobre devant le congrès annuel du Parti conservateur, réuni à Blackpool, qu'il n'était pas question de changer de politique monétaire. Il n'y aura donc ni dévaluation de la livre ni baisse des taux d'intérêt, lesquels ont atteint le niveau exceptionnellement élevé de 15 %.
" Il n'y a pas plus grande menace que l'inflation. Il n'y a pas d'autre solution que le maintien des taux élevés et cette politique réussira ", a-t-il déclaré sous les applaudissements de Mme Thatcher, présente à la tribune. Mr Lawson a admis que la dernière hausse avait été particulièrement impopulaire mais " quiconque veut devenir chancelier de l'Echiquier pour être populaire s'est trompé de métier ". Recourant au langage codé qui est de mise lors des congrès conservateurs, Mr Lawson a laissé entendre que, de toute façon, il n'avait pas l'ambition de devenir un jour premier ministre...
Le chancelier est devenu, l'espace de quelques semaines, l'un des hommes politiques les plus attaqués du pays. Des millions de Britanniques qui ont acheté leur maison à crédit le maudissent chaque mois lorsqu'ils doivent payer leurs traites, lesquelles varient en fonction des taux d'intérêt. Les patrons des PME - clientèle par excellence du Parti conservateur - sont également touchés par cette politique des taux élevés qui les empêche d'emprunter pour se développer. Ce mécontentement s'est exprimé jeudi à la tribune, ce qui est extrêmement rare dans un congrès conservateur. " Je ne suis pas un économiste mais je ne vois pas en quoi une mesure qui frappe une petite entreprise comme la mienne sert à combattre l'inflation, il doit y avoir une autre solution ", a ainsi déclaré une déléguée.
Mr Lawson a expliqué qu'il n'y en avait au contraire pas d'autre solution possible. Un contrôle de prix à la consommation tel que le réclament les travaillistes " serait une cruelle tromperie " car un tel contrôle " ne donne jamais de résultats ". Le chancelier ne veut pas " prendre de risque avec l'inflation ". Celle-ci est actuellement de 7 %. Il est décidé à maintenir des taux d'intérêt élevés " aussi longtemps que cela sera nécessaire " et ne fixe aucune date.
Il faut donc s'attendre que " la croissance ralentisse pendant un certain temps et, avec elle, l'augmentation des importations, mais cela ne veut pas dire qu'il y aura une récession, à condition que les chefs d'entreprise maintiennent un ferme contrôle de leurs coûts particuliers salariaux ".
Mr Lawson considère visiblement que la crise actuelle de la livre n'est qu'une péripétie. Il rappelle que les taux d'intérêt avaient grimpé jusqu'à 14 % en 1985, provoquant un mécontentement comparable, et que l'inflation avait pu alors être jugulée. Comme pour démentir ceux qui prédisaient ces derniers jours une réaction hostile de l'auditoire, le congrès a gratifié le chancelier Lawson d'une ovation longue de deux minutes à la fin de son discours. La City a été moins satisfaite puisque, à peine Mr Lawson avait-il cessé de parler, les ventes de sterling ont repris.
Le chancelier a soigneusement omis d'évoquer le déficit de la balance des paiements, qui devrait atteindre près de 4 % du PNB cette année, et la question lancinante de l'adhésion de la Grande-Bretagne au mécanisme d'échange du système monétaire européen (SME). Par méfiance instinctive et au nom d'une certaine idée de la souveraineté nationale, Mme Thatcher se refuse toujours à faire le pas. Elle est de plus en plus isolée sur cette question. A Blackpool, Sir Leon Brittan, un des deux commissaires européens britanniques, a estimé jeudi que la livre ne connaitrait pas les soubresauts actuels si la Grande-Bretagne appartenait au SME.
" Nous ferions une terrible erreur si nous étions défaitistes ou sur la défensive à propos de notre rôle dans la Communauté ", a affirmé pour sa part Mr John Major, nouveau secrétaire au Foreign Office depuis juillet dernier. Mais les sujets qu'il a évoqués correspondent à la vision minimale de l'Europe chère à Mme Thatcher : libre mouvement des capitaux, déréglementation des industries nationales protégées telles que le transport aérien (il est absurde qu'un voyage en avion coûte trois fois plus cher dans la Communauté qu'aux Etats-Unis), suppression des subventions étatiques en tous genres...
Les projets plus ambitieux laissent froid le nouveau secrétaire au Foreign Office. " Ils impliquent la fin des monnaies et des banques nationales, ainsi que du contrôle de chaque pays sur sa fiscalité en échange d'avantages inconnus ou incertains. Nous ne pouvons accepter ces idées. " La " grandiose charte sociale " ne trouve pas davantage grâce à ses yeux. Mr Major n'a pas les accents cinglants de Mme Thatcher quand elle part en guerre contre la Commission de Bruxelles, mais on chercherait en vain dans ses propos un fléchissement de la politique britannique.
Le congrès a enfin examiné jeudi la question de l'ouverture des magasins le dimanche, une question qui divise les conservateurs depuis des années. Le gouvernement avait tenté d'abolir l'interdiction, qui touche la plupart des commerces, et avait été battu de justesse au Parlement en 1986 à la suite d'une campagne vigoureuse des défenseurs du " dimanche anglais et chrétien ". Une motion appelant au maintien du statu quo a été repoussée jeudi mais de si peu que le ministre concerné a estimé qu'il n'était nullement urgent de changer la loi.
Intervenant jeudi 12 octobre au Forum de l'Expansion, le ministre de l'économie, des finances et du budget, Mr Pierre Bérégovoy a rappelé son attachement à ce que 1989 soit l'année d'une grande réforme fiscale. Considérant la baisse de l'impôt sur les sociétés comme une priorité, le ministre a exclu l'élargissement de l'assiette de l'ISF (impôt solidarité sur la fortune), à l'outil de travail, et a seulement admis que le problème de la fiscalité sur les successions valait " un échange de vues ". Mr Bérégovoy semble bien avoir convaincu les parlementaires socialistes de ne pas déposer d'amendement contre le projet de baisse de l'impôt sur les sociétés.
Le gouvernement et le Parti socialiste se sont mis d'accord sur un compromis permettant de faire voter à l'Assemblée nationale les dispositions fiscales du projet de budget pour 1990.
Le projet de loi de finances pour l'année prochaine comprenait un certain nombre de mesures favorables aux entreprises et aux revenus de l'épargne. Le Parti socialiste avait demandé - au titre de la justice fiscale - un certain nombre de corrections, soit sous forme d'ajouts (notamment un alourdissement de la taxation des patrimoines), soit sous forme de suppression, celle-ci concernant notamment la baisse envisagée de l'impôt sur les sociétés.
MM Rocard et Bérégovoy ont finalement convaincu les députés socialistes du caractère prioritaire que revêtait la baisse de deux points (39 % à 37 %) de l'impôt sur les bénéfices réinvestis dans l'entreprise. Argument utilisé : l'épargne des entreprises a cessé de s'accroitre (1), ce qui pose à terme le problème de la poursuite d'une forte progression des investissements et donc des emplois créés.
L'impôt sur les sociétés passera donc bien l'année prochaine de 39 % à 37 % pour les bénéfices réinvestis (il était à 42 % en 1988).
En contrepartie, le ministre de l'économie et des finances a accepté que les plus-values à long terme - c'est-à-dire à plus de deux ans - réalisées par les entreprises soient relevées progressivement. Elles tendraient à se rapprocher du taux d'imposition de l'impôt sur les sociétés pour les bénéfices réinvestis. Une première étape immédiate va porter la taxation de ces plus-values de 15 % à 20 %.
Restent les demandes présentées par le PS concernant un alourdissement de la fiscalité des patrimoines : relèvement à 1,5 % - au lieu de 1,3 % proposé par le gouvernement - du taux supérieur de l'ISF (l'impôt de solidarité sur la fortune), éventuellement élargissement de l'assiette de cet impôt à une partie des biens professionnels ; alourdissement des taux supérieurs du barême sur les droits de succession avec un relèvement de 275 000 à 300 000 F de l'abattement à la base ; prise en compte du revenu dans le calcul de la taxe d'habitation pour sa part départementale.
Si le gouvernement semble bien décidé à ne pas toucher aux droits de succession - sujet hautement explosif avec les risques de fuite des capitaux qu'il comporte - satisfaction sera probablement donnée aux députés socialistes sur l'ISF dont le taux supérieur serait relevé à 1,5 % au lieu de 1,3 %. Quant à la taxe d'habitation - autre sujet explosif - les pouvoirs publics s'engageront probablement à étudier une réforme et à effectuer des simulations pour voir comment évoluerait cet impôt local si celui-ci était en partie calculé sur le revenu des particuliers. Enfin la demande des socialistes de repousser à quatre ans au lieu de trois ans actuellement la période sur laquelle le fisc peut remonter pour vérifier les déclarations de revenus, n'a pas été retenue. On sait que c'est un amendement de Mr Giscard d'Estaing qui avait ramené de quatre à trois ans la période de vérification.
Toutes ces décisions seront définitivement arrêtées mardi 17 octobre après un ultime arbitrage du premier ministre.
Mr Jean-Pierre Soisson a remis à la commission sociale de l'Assemblée nationale, le vendredi 13 octobre, le rapport sur le travail temporaire qu'il avait promis. A partir de ce constat et des propositions des partenaires sociaux, doit commencer une nouvelle phase de consultations. Un projet de loi devrait être présenté avant la fin de l'année.
Confronté aux réactions des députés qui s'inquiétaient du développement du travail précaire avec la montée du nombre de contrats à durée déterminée et l'explosion de l'intérim, Mr Jean-Pierre Soisson s'était engagé, lors de l'examen de son projet de loi sur le droit de licenciement, à présenter pour la mi-octobre un rapport faisant le point de la situation. Très vite, aussi, le ministre du travail avait annoncé qu'il avait l'intention de prendre des mesures, y compris législatives, pour limiter la " croissance " et les " excès " de ces formes d'emploi.
Chose promise, chose due. Le document de 108 pages, sans les annexes qui présentent les positions des partenaires sociaux, vient d'être remis aux membres de la commission sociale de l'Assemblée nationale. " Préparé pour aider à la décision ", ainsi qu'il est rappelé en conclusion, le rapport " s'arrête là où commence la discussion sur l'action à venir " et ne fait donc pas de nouvelles propositions.
Il établit un premier constat éloquent. Les contrats de travail à durée déterminée et l'intérim dépassent aujourd'hui leur rôle " pour devenir trop souvent des substituts à l'emploi permanent ", est-il écrit. La conjoncture n'explique pas seule les changements à l'Óuvre : l'évolution actuelle revêt " pour partie un caractère structurel et traduit l'effet, dans le monde du travail, de la montée générale de l'incertitude économique ".
Les chiffres donnent la mesure. Alors que les emplois temporaires représentaient 2,5 % des effectifs salariés en 1977, ils en totalisaient 7 % en avril 1989. Le nombre des contrats à durée déterminée s'élève à 600 000 et interviennent dans 70 % des embauches. L'intérim a progressé de 30 % en 1988, sans doute de 27 % en 1989, et rassemble 280 000 emplois qui correspondent à plus de 900 000 personnes. L'emploi temporaire se généralise et ne se pratique plus seulement dans certains secteurs comme le BTP, le nettoyage et la construction automobile. Il se répand et gagne maintenant les petites et moyennes entreprises. Les moins qualifiés, les jeunes et les femmes font partie du public avec des différences selon le type d'activité et la taille de l'entreprise.
De plus en plus, ainsi que cela est souligné dans une étude réalisé par Tecsa-conseil en 1989, les entreprises gèrent leur personnel " de la façon la plus tendue possible, comme elles le font déjà pour leurs stocks et leur production ". Intérim et contrats à durée limitée participent d'une méthode d'" exterisation ".
Parce que la pratique devient courante, les abus se multiplient.
Il n'est pas rare de trouver des salariés à titre précaire " représentant de 25 % à 50 % de l'effectif total ", surtout présents sur les postes de production nécessitant peu de qualification. Dans certaines activités, ce type d'emploi " apparait comme un moyen actif et permanent de gestion du personnel ". Le recours au travail intérimaire ou aux contrats à durée déterminée est constant, accompagné de pratiques frauduleuses. " De très nombreuses entreprises ne respectent pas le principe d'égalité de rémunération " avec un employé en position stable. Il y a " un non-respect quasi général " des conditions de versement des indemnités de précarité d'emploi que l'on " oublie " de payer ou, dans le cas des entreprises de travail temporaire, que l'on maintient au taux unique de 10 %.
Même les plus renommés se laissent aller parmi les sociétés d'intérim, comme dans les chaines de distribution ou dans les grands magasins, note le rapport. Pour ne pas avoir à remplir leurs obligations, les employeurs " prétendent conclure des contrats saisonniers " ou ne tiennent pas compte " des règles relatives au renouvellement et à la succession de ces contrats ". " De cette manière, les salariés sont maintenus au moyen d'une multitude de contrats qui se suivent sur des postes permanents et sans espoir d'embauche définitive ", notamment dans le bâtiment et l'industrie automobile. Ailleurs, on utilise " le contrat de travail à durée déterminée comme période d'essai " et il arrive même qu'une société d'intérim passe un accord avec une entreprise pour s'assurer " d'une durée minimale de placement avant l'embauche du salarié ". " Certaines entreprises de travail temporaire organisent même de véritables épreuves de sélection professionnelle " pour satisfaire aux besoins, se transformant ainsi en cabinets de recrutement.
" Il y a une tendance manifeste à la diffusion de l'abus ", dit-on au ministère du travail, où l'on s'inquiète des conséquences sur le marché du travail. " Par exemple, nous ne pouvons admettre cette extrémité qui consiste à considérer que la précarité est inévitable, qu'elle est induite par la reprise de l'activité économique encore incertaine et qu'elle interdit la création d'emplois durables ", explique-t-on. Le travail précaire et les heures supplémentaires sont devenus des " substituts " à l'aménagement du temps de travail et le recours à une " externisation de la fonction de gestion du personnel " correspond à l'absence de " modernisation négociée ".
Nantis de ce bilan auquel ils ont collaboré par leurs apports respectifs, les différentes parties prenantes de ce dossier - patronat, syndicats et groupe socialiste, lequel qui vient de déposer une proposition de loi - vont devoir se concerter et négocier avec Mr Jean-Pierre Soisson pour aboutir à des propositions concrètes de règlement. A force de navettes, on ne désespère pas, au ministère du travail, d'aboutir à une réponse consensuelle qui pourrait prendre la forme d'un projet de loi. Théoriquement, le dossier devrait être bouclé avant la fin de l'année.
Les yeux de Karine Saporta possèdent ce feu qui, comme dit Stendhal, annonce la présence d'une âme. Ses spectacles peuvent déranger, agacer, ils ne laissent jamais indifférent, car ils témoignent d'une sensibilité exacerbée, d'un regard original sur le monde. Les Taureaux de Chimène ne font pas exception qui nous plongent dans une Espagne fantasmatique et furieusement théâtrale ; Saporta n'y montre qu'un défaut, elle ne sait pas finir.
Le décor de Jean Bauer est superbe : image renversée en miroir de la salle, hautes rangées de gradins plantés de fauteuils de velours rouge, fragment de corniche baroque dorée, le tout enfermé dans le demi-cercle en palissade de bois d'une arène. On se lèche les babines tout en se protégeant les tympans, car les décibels pleuvent dru, mais la véhémence des musiques - où l'on distingue une scène du Don Giovanni de Mozart et de sombres arrangements de Carmen, contribue largement à l'atmosphère dramatique.
Une Chimène dodue (c'est une comédienne, Christine Mananzar) chuchote tout au long du spectacle sa passion - " Rodrigue dans mon cÓur combat encore mon père... " Ménines, infantes aux jupons bouffants et aux cheveux sauvages, des femmes apparaissent dans les travées pour disparaitre aussitôt. Reviennent, escaladent les fauteuils, jouent de la mantille, s'offrent et se dérobent, innocentes et perverses, saintes et putains. Des jeunes gens pâles à la Greco sont à la fois toreros, taureaux, minotaures.
Les gestes sont saccadés, convulsifs, coupés de poses figées ; les reins se cambrent, les bras se dressent comme des serpents, les corps se ploient brutalement. Sensualité, violence, âpreté : une Espagne stéréotypée, sans doute, mais aux antipodes de la carte postale touristique.
On est captivé pendant environ une heure. Puis l'ennui s'installe. On en a encore pour trois bons quarts d'heure. Pourquoi faut-il quitter au bord de l'exaspération un spectacle qui s'annonçait si fort ? A vos ciseaux, Karine !
Institué par la loi du 9 septembre 1986, le Fonds de garantie contre les actes de terrorisme a pour mission d'indemniser les victimes françaises d'actes terroristes survenus à l'étranger, et, en cas de décès, leurs ayants droit. Le Fonds peut leur verser des provisions dans le mois qui suit leur demande d'indemnisation. Le Fonds invite les ayants droit des victimes de l'attentat commis contre le DC-10 d'UTA à se faire connaitre.
Quinze ans après la chute de Saigon, alors que la libéralisation de l'économie semble aux yeux de beaucoup un acquis définitif, les gens les plus avertis ont les yeux rivés non sur 1990, date du 7e congrès du PC, dont la préparation bat son plein, mais sur 1994 quand, à l'occasion d'un 8e congrès, la " vieille garde " du parti devrait définitivement passer la main.
Quelques sociétés occidentales se sont déjà installées à Ho-Chi-Minh-Ville et à Hanoi dont les hôtels sont envahis par les Vietnamiens d'outre-mer et des Chinois de Hongkong, de Singapour ou même de Taiwan. Voitures japonaises et vins français sont désormais légalement importés. Le Vietnam communiste continue de s'ouvrir tout en s'en tenant au monolithisme politique le plus rigide.
Le Vietnam n'est ni la Chine, ni l'URSS, ni la Hongrie, ni la Pologne. Tout d'abord, pour éviter les explosions, on y pratique plutôt la médecine préventive. Les étudiants de Hanoi, qui se sont plaints de leurs conditions déplorables de vie, ont obtenu sur-le-champ les maigres avantages qu'un Etat pauvre pouvait leur donner. A Ho-Chi-Minh-Ville, les autorités ont vite rétabli l'ordre à la suite d'un vif incident qui avait provoqué une rixe étudiante. La direction du PC, qui sait se montrer inflexible, peut aussi, quand il le faut, faire preuve de souplesse.
Au lendemain de la chute de Saigon en 1975, on avait procédé à une réunification précipitée et à des regroupements de provinces qui ont débouché sur des querelles de clocher sans issue. Depuis 1985, la gestion du Sud s'est nettement relaxée. Les services de sécurité restent aussi vigilants que par le passé mais les " sudistes ", plus soucieux de leurs affaires que de politique, retrouvent peu à peu la liberté d'entreprendre. En outre, dans deux cas au moins - ceux de Phu-Khanh et de Binh-Tri-Thien, dans le centre du pays, - les regroupements de provinces ont été abandonnés parce que les oppositions d'intérêts locaux tournaient au vinaigre.
Sur le plan national, une campagne contre les dangers du " pluralisme " politique, lancée dès le début de l'année, a eu pour objet, avant tout, de calmer les appréhensions des éléments les plus orthodoxes du parti, toujours très forts au sein de l'appareil, plutôt que de stopper des velléités de remettre en cause l'autorité du PC. Si les luttes internes sont parfois dures, aucun membre du bureau politique ne semble favorable au pluralisme. Les " questions idéologiques " ont, certes, fait l'objet, lors d'un plénum du PC, fin août à Saigon, de débats assez durs pour qu'une déclaration finale soit publiée avec dix jours de retard.
Mais, pour les communistes, la gestion du Vietnam est une affaire de famille. La lutte pour le pouvoir explique aussi l'âpreté de débats qui restent souvent à huis clos. La génération qui a fait ses classes dans les années 30 continue de garder la haute main sur la vie du parti. Il s'agit d'hommes qui, pendant près d'un demi-siècle, n'ont connu que la guerre, la clandestinité, parfois le bagne et, de toute façon, en ont gardé le goût des conclaves et du secret.
L'après-Cambodge ne fait donc que se dessiner. Le problème le plus grave, pour les dirigeants du pays, est sans doute un isolement dû non seulement au report d'un règlement international au Cambodge mais aussi aux crises que traversent les pays socialistes et le " frère ennemi " chinois.
Ils jugent dangereuse l'évolution de l'Europe de l'Est et le disent quand ils accusent Lech Walesa de fomenter un " coup d'Etat contre-révolutionnaire " à Varsovie. Ils expriment beaucoup moins leur inquiétude quant aux effets des changements intervenus en URSS depuis l'accession au pouvoir de Mr Mikhail Gorbatchev. Ce qui s'est passé au printemps en Chine les laisse muets : les communistes vietnamiens savent que leurs relations avec Pékin sont plus difficiles quand l'ancien Empire du Milieu traverse une période d'instabilité. En outre, même si l'expérience des uns ne vaut pas toujours pour les autres, ils entendent empêcher que l'ouverture du Vietnam mène à une dilution de l'autorité du parti.
Le " doi moi " vietnamien, littéralement " changer pour faire du neuf ", n'est pas une copie conforme ou plus terne de la perestroika. Dans le cadre de cette rénovation, on encourage les investissements étrangers, on multiplie les échanges avec une forte diaspora et on amorce même des réformes politiques et administratives. Ayant mal géré sa victoire militaire de 1975, le PC tente de corriger le tir et de vivre avec son temps, ne serait-ce que pour redresser l'économie d'un pays classé parmi les plus pauvres de la planète.
Dans la foulée du 6e congrès du PC, celui, justement, de la " rénovation ", en décembre 1986, on a donc offert un bol d'oxygène à l'économie. Encore fallait-il mettre un peu d'ordre dans les finances. En 1989, une nouvelle et brutale dévaluation du dong, la monnaie locale, par rapport au dollar, a réduit le marché noir à la portion congrue.
Parallèlement, les traditionnelles subventions - en nature et en liquide - aux sociétés d'Etat ont été supprimées afin de réduire l'énorme trou budgétaire : un déficit d'un tiers en 1988. Du coup, une inflation, encore à trois chiffres au début de l'année, a été ramenée au taux beaucoup moins inquiétant de 4 % à 5 % par mois. Ces mesures financières ont été appréciées par le FMI et la Banque mondiale.
Un tiers des entreprises d'État, déjà déficitaires, sont acculées à la faillite. Des sociétés mixtes, y compris certaines établies avec un apport de capitaux étrangers, souffrent également de la dévaluation du dong. Elles bénéficiaient auparavant d'un taux préférentiel pour l'achat de matières premières. Avec l'augmentation très nette de leurs coûts, leurs produits, souvent de médiocre facture, ne sont plus concurrentiels, même sur le marché local qui s'est ouvert, entre-temps, aux produits chinois et à un important trafic, via le Cambodge, d'objets de consommation en provenance de Thailande et de Singapour. Le coût social est, bien entendu, énorme, les différentes formes de chômage affectant peut-être jusqu'au tiers de la population active au moment même où l'armée projette de démobiliser de nouveau des dizaines de milliers de soldats.
La bonne nouvelle de l'année a été la récolte de riz. Le Vietnam, dont deux provinces au moins ont connu la disette pendant deux années consécutives, exportera cette année environ 1 million de tonnes de riz. Plus libres que par le passé de s'approvisionner eux-mêmes, les agriculteurs ont reçu à temps engrais et insecticides. Surtout, la libération des prix à la vente, même quand elle n'est pas encore totale, a encouragé la production. Pour l'État, le problème le plus immédiat est d'acheter la récolte afin qu'elle ne s'écoule pas par des canaux parallèles. Mais la preuve semble faite que le Vietnam est capable de se nourrir, en dépit d'une démographie toujours galopante.
Non sans humour, les Vietnamiens ont imaginé deux façons de décliner le verbe manger. " Je mange, tu manges, il donne... " est une allusion aux mandats de la diaspora qui font encore vivre bien des familles, surtout dans le Sud. " Je travaille, tu travailles, il mange... " vise plutôt des pratiques dénoncées régulièrement par la presse et par les milieux dirigeants. C'est un peu moins vrai chaque jour. " Ça commence à bouger ", entend-on dire plus souvent aujourd'hui en dépit du lourd désordre bureaucratique qui accompagne les réformes.
La nouvelle édition de Réunir, le guide des lieux de réunion, de séminaires et de congrès vient de paraitre. Cet ouvrage permet de sélectionner très rapidement un lieu en France, parmi un large éventail d'établissements, des palaces de renommée internationale aux hôtels de tradition à structure familiale. Complément du guide, le service minitel fonctionne également : 3616, code REUNIR.
- L'actionnaire ouest-allemand Dornier a annoncé, lundi 9 octobre, qu'il avait vendu 73 appareils Dornier-328, dont 40 en option à la compagnie américaine Midway Airlines. Les livraisons débuteront en 1993.
-AFFREUX ! Allô, c'est toi, c'est Colette. T'as vu cet article dans le Monde, hier, sur les planqués du service militaire ?
- Oui, pourquoi ?
- Parce que, Jean-Luc, il doit le faire, lui. Il doit interrompre ses études de droit pour aller s'abrutir dans une caserne à Romorantin... Oui, mon adjudant !... Vous me ferez huit jours... Le parcours du combattant... C'est vraiment pas juste. Quand je pense qu'il a un copain, fils d'archevêque, qui...
- Qu'est-ce que tu me racontes ? Je croyais que les curés...
- Mais non, idiote, c'est comme ça qu'on appelle les petits vernis bien pistonnés, genre grandes écoles, tu vois, qui sont recrutés par le secteur privé dans une boite, un labo, ou qui font coopérant à 10 000 balles par mois aux Etats-Unis pour perfectionner leur anglais. Quand je pense au mien... Il y a vraiment pas de raison.
- Si, quand même, écoute ! C'est obligatoire. Il a eu des sursis. Il est pas malade. Il...
- Ah ! tais-toi ! C'est moi qui en suis malade. Il aurait pu se faire réformer, ce petit con, s'il y avait mis un peu du sien. Suffisait de jouer les folles ou les fous, ou les deux, tiens, encore mieux. Je lui montrais devant la glace : Regarde, tu te mets des faux cils, du rouge à lèvres et tu clignes des yeux, tu fronces le nez toutes les six secondes. Il a pas osé. C'était pourtant facile.
- Crois pas ça. Tous ces vieux trucs, ils commencent à connaitre, les médecins-majors.
- Alors, comment t'expliques qu'on en laisse filer cinquante mille par an qui n'auraient jamais été réformés dans le passé ?
- J'en sais rien, moi... Un coup de chance.
- Un coup de piston, oui ! Et c'est pour ça que je t'appelle. Tes copains, au journal, ils t'ont bien recommandée auprès d'un député quand ton fils...
- Ouais, mais ma démarche a lamentablement échoué. Je voulais qu'il fasse son service dans les paras, pour lui apprendre à vivre, et ils me l'ont mis chauffeur d'un général quatre étoiles... alors tu vois !
Les étudiants messins et les lycéens du Technopôle Metz 2000 vivent, depuis la rentrée, à l'heure de la monétique et de la domotique. Cinq mille cartes à mémoire leur ont été distribuées pour prendre leurs repas dans les restaurants universitaires et accéder à leurs chambres. Cette expérience traduit la volonté de la ville de Metz de développer l'utilisation des nouvelles techniques de commmunication. Ce sont trois sociétés de son parc d'activité (Clemessy, Césame et Applicam) qui l'ont mise au point. Les étudiants paient désormais leurs repas en présentant à la caisse leur carte à mémoire, chargée avec un minimum de 200 francs, débitée automatiquement du prix d'un repas. Le système quatre tarifs différents : étudiants, lycéens, enseignants, personnel administratif.
Pour le CROUS (centre régional des Óuvres universitaires), l'emploi de la carte à mémoire permet de lutter conter la revente des tickets-restaurants et de faciliter la gestion grâce à un micro-ordinateur. " Une bonne connaissance des plats consommés va nous permettre d'adapter l'offre à la demande selon les horaires ", explique Mr Yves Dalmon, directeur du CROUS, qui a observé que les habitués des heures d'ouverture n'ont pas les mêmes goûts que ceux qui viennent en fin de service.
La carte à mémoire permet aussi aux 260 étudiants de la résidence d'accèder à leur chambre. Le bâtiment étant câblé, chacun d'eux peut recevoir les 21 chaines de télévision du réseau de télédistribution de Metz. Ils peuvent en outre, grâce à leur minitel personnel accèder gratuitement à l'ensemble des banques de données du Technopôle. Ainsi qu'au serveur de la résidence qui donne des informations telles que les menus du restaurant ou les consommations d'électricité.
Philips Consumer Electronics, filiale américaine du géant néerlandais de l'électronique, prévoit d'exporter 1 500 téléviseurs couleur au Japon dès cette année. Une petite série qui représente tout juste un lot vendu un week-end dans une chaine de supermarchés en France. Mais chez Philips l'on juge cette livraison comme "un pas significatif dans le sens du rééquilibrage de la balance commerciale avec le Japon". Un commentaire très sérieux de Donald Johnstone, président de Philips Etats-Unis...
Mr A.L. Rodgers, directeur chez Philips pour le commerce international, a précisé que ces téléviseurs étaient destinés à une clientèle haut de gamme, "la même qui achète des Mercedes-Benz importées de RFA".
Philips Consumer Electronics pense faire encore mieux en 1990...
Sensation jeudi 12 octobre à Londres dans les demi-finales du Tournoi des candidats : la cinquième partie du match Karpov-Youssoupov (qui n'avait pas été jouée comme une regrettable confusion nous l'a fait écrire dans le Monde du 13 octobre) a vu la défaite de l'ancien champion du monde, contraint à l'abandon au trente-septième coup devant les menaces de mat imparables de Youssoupov. Grâce à cette victoire, Youssoupov rejoint Karpov (2,5-2,5), alors qu'il reste trois parties à disputer.
Cesare Zavattini, scénariste du Voleur de bicyclette (1948), de Sciuscià (1946) et de certains des plus grands films du néoréalisme italien, est décédé vendredi 13 octobre à Rome à quatre-vingt-sept ans, apprend-on dans son entourage.
Né le 20 septembre 1902 à Luzzara, en Emilie-Romagne, Zavattini commence une carrière de journaliste, critique littéraire, surtout préoccupé des problèmes des humbles et des pauvres gens. Il est notamment l'auteur de Miracle à Milan.
Dans les années 1940, il commence à travailler, comme auteur et adaptateur de scénarios avec les metteurs en scène De Sica, Visconti, Blasetti et De Santis notamment, participant, dans l'immédiat après-guerre, à l'expérience du néoréalisme, qu'il marque de son empreinte.
Pour son vingtième anniversaire, RSCG fait très fort : sans y être obligée, puisqu'elle n'est pas cotée en Bourse, une agence de publicité, troisième en France, publie ses comptes. C'est la première fois que des spécialistes de la communication se livrent ainsi publiquement à ce strip-tease financier. Et l'on voit apparaitre à cette occasion à côté de Jacques Séguéla, dont on a pu parfois regretter les excès en la matière, un nouvel homme médiatique : Bernard Roux, ancien officier de la Royale, le financier et PDG du groupe. Un financier au cÓur tendre si l'on en juge par l'immense poster qui orne son bureau : la photographie de ses sept enfants veille sur son travail, à Issy-les-Moulineaux, dans l'immeuble bas aux allures de loft aménagé en bordure de Seine.
Bernard Roux est convaincu de la nécessité de se garantir contre d'éventuelles OPA : le super-holding financier Rouseca (RCK) est intégralement entre les mains des associés qui ont donné son nom à RSCG : Bernard Roux et Jacques Séguéla en détiennent chacun 36 %, Alain Cayzac, 18 % et Jean-Michel Goudard, 10 %. Il contrôle à 78 % le holding opérationnel qu'est RSCG, aux côtés d'institutionnels (Banexi, Compagnie de Presbourg, du groupe Arjil, Caisse des dépôts, CNP, Crédit national) à hauteur de 17 %, les 5 % restants étant dans les mains des cadres supérieurs du groupe. A son tour, RSCG détient 75 % de RSCG-France, 51 % de RSCG-Europe et 100 % de RSCG-USA. Chacune de ces entités, ainsi que trois autres, plus transversales, consacrées aux autres activités de la " communication " (création, régie, édition, images...) contrôlent majoritairement 102 filiales et sous-filiales. Dans l'organigramme publié le 13 octobre, seules deux de ces filiales échappent à la règle : Ateliers ABC (44 %) et Edifrance Publicité (49 %), où les participations sont minoritaires. Bien sûr, au fil du temps, pour assurer le développement externe et interne, comme les ambitions du groupe sont grandes, le capital d'origine se diluera, mais la règle des 51 % en cascade devrait être respectée. Il y a de la marge.
La règle est aussi d'associer les grands cadres - les " managers " - au capital. Sur les 2 400 collaborateurs qu'emploie le groupe, 185 ont le statut de " partenaires-associés ", 147 en France, dans les diverses structures, 21 en Europe, et 17 aux Etats-Unis.
Selon le commissaire aux comptes (1), RSCG a réalisé en 1988 une marge brute (2) dépassant légèrement le milliard de francs (1 012,6 millions) et un bénéfice net consolidé de 78,4 millions de francs, dont 53,2 millions pour la part du groupe. La progression de la marge brute par rapport à 1987 (où elle s'établissait à 622,4 millions de francs) est de 38,5%, tandis que le bénéfice (29,9 millions de francs en 1987) a été multiplié par plus de deux et demi.
Un peu moins de la moitié de cette progression, 15 % environ, est due à la croissance interne, tout à fait comparable à celle de la branche publicité en général. Le reste est " externe ", par rachat d'entreprises en France et à l'étranger.
L'ambition avouée est de continuer sur le même rythme en France comme à l'étranger. En France, bien que le territoire national soit très couvert (la moitié des filiales et sous-filiales du groupe y sont situées), il existe encore des agences moyennes (20 à 25 millions de francs de marge brute) qui peuvent ressentir le besoin d'avoir accès à un réseau international pour satisfaire la demande de leurs clients. En Europe ensuite. RSCG est présent en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, en Italie, en Espagne, en Autriche, en Suède et aux Pays-Bas, mais cette présence a tout intérêt à s'intensifier. Aux Etats-Unis encore, où le groupe ne peut envisager de limiter sa présence à deux, trois ou quatre filiales. On n'existe vraiment aux Etats-Unis qu'en étant présent sur toute l'étendue du territoire. Et RSCG en est encore loin. Partout, les équipes du groupe sont à l'affût des occasions possibles.
Enfin, Bernard Roux caresse deux projets d'envergure. S'installer dans le Sud-Est asiatique, terrain difficile et accidenté, face à la concurrence japonaise omniprésente et à la volonté d'expansion des grandes agences américaines. S'installer dans les pays de l'Est, où il n'est pas vraiment question de faire de la publicité traditionnelle pour des biens de consommation trop souvent absents, mais où, dit Bernard Roux, " le besoin d'une communication business to business se fait d'ores et déjà sentir ". Le business to business, c'est la relation d'entreprise à entreprise, à l'intérieur même de l'Union soviétique, mais aussi de la part des entreprises soviétiques vers les entreprises occidentales et réciproquement. La volonté de RSCG serait d'y aller " le plus vite possible ", mais le problème, là, n'est pas financier, mais humain. Trouver sur place des hommes prêts à se lancer dans l'aventure n'est pas simple, les plus qualifiés ayant d'autres ambitions, et trouver en Europe des hommes de marketing et de conseil prêts à aller vivre plusieurs années au-delà du rideau de fer, même s'il ressemble de plus en plus à de la dentelle métallique, n'est pas simple non plus.
Pour une telle croissance externe, il faudra de l'argent, beaucoup d'argent. Et l'on pense de plus en plus, chez RSCG, à s'introduire en Bourse, mais pas avant le printemps 1991. Commencer à publier les comptes un an et demi à l'avance est un bon entrainement, qui assoit la crédibilité du groupe dans le public et auprès des investisseurs éventuels. Cependant, l'introduction en Bourse n'est pas un but en soi. " Je l'ai toujours dit, affirme avec force Bernard Roux, la Bourse est un moyen, pas une fin. Si nous avons besoin de capitaux, si on pense que le meilleur moyen, c'est la Bourse, alors on ira en Bourse. "
On ne peut en douter. RSCG aura besoin de capitaux, de toute façon.
- Grèce et Portugal : prochainement annoncés.
Le groupe RSCG célébrera samedi 14 octobre son vingtième anniversaire au château de Versailles. Le groupe publicitaire fondé en 1969 a réalisé en 1988 une marge brute de plus de 1 milliard de francs et emploie 2 400 salariés à travers le monde. Une véritable success story à la française. Mais les quatre mousquetaires entrés dans les eaux de la sérénité vont maintenant devoir réfléchir à la postérité de leur groupe.
Il y a vingt ans, ils rêvaient d'être d'éternels Bonaparte, de franchir un pont d'Arcole à chaque nouvelle campagne et de contempler des terres étrangères, propices à de nouvelles conquêtes, du haut des buildings de Manhattan. Mais les années ont passé. Manhattan séduite et les campagnes programmées, ils se découvrent une âme de Louis XIV, épris de faste et de volupté, soucieux aussi de se trouver un dauphin.
La bande des quatre du groupe RSCG - R pour Bernard Roux, S pour Jacques Séguéla, C pour Alain Cayzac et G pour Jean-Michel Goudard - ne dédaigne pas, après avoir fait figure de trublions, d'afficher une sérénité nouvelle et d'avouer des soucis d'entrepreneurs préoccupés par la relève. " Nous n'avons pas envie d'être les Alain Poher de la publicité ", sourit Alain Cayzac, l'homme du marketing et de l'Hexagone. " Nous entrons dans une société d'harmonisation, affirme pour sa part la célébrité médiatique du groupe, Jacques Séguéla. Un publicitaire doit savoir se couler dans son époque. Mais les années n'ont pas entamé notre dynamisme, ni notre créativité. "
Rien ne destinait ces quatre mousquetaires à unir leurs rapières. Tout part de mai 1968. Jacques Séguéla, après avoir décroché un doctorat en pharmacie " pour faire plaisir à mon père ", après avoir bouclé une balade Perpignan-Karachi en 2 CV (déjà Citroën...), puis un tour du monde dont il ramène un livre, la Terre en rond, qui lui vaut en 1961 le Prix de littérature sportive, après avoir tâté de la presse à Paris-Match et à France-Soir, s'ennuie ferme dans l'agence Axe publicité. L'auteur de Ne dites pas à ma mère que je suis dans la pub... respire l'air des pavés. Bernard Roux, lui, officier de marine lyonnais reconverti dans l'industrie textile, avant de passer à la publicité chez Axe, participe au défilé gaulliste du 30 mai. Tous les deux, après avoir essuyé le refus de leur patron de les associer au capital de son agence, décident, en 1969, de créer leur propre enseigne.
Elle démarre vraiment sur un scandale. La jeune agence fait paraitre un encart dans l'Express vantant les moteurs de bateau Mercury. La photo ? Celle du président Pompidou à la barre, coiffé du slogan " Bravo Monsieur le président ! " La page devra être arrachée dans 500 000 exemplaires, pour éviter une saisie. Mais l'agence est lancée. Ce " coup " les fait connaitre. De surcroit, les deux fondateurs ont été rejoints en 1972 par Alain Cayzac. Diplômé d'HEC, il est passé par d'autres agences avant de croiser la route de ceux qu'il avoue avoir pris, à l'époque, " pour un fou furieux et un bandit ". Alain Cayzac, bon connaisseur des budgets grande consommation, formé à l'école Procter and Gamble, les grands lessiviers américains, permet à la petite agence de diversifier ses clients. " Procter entré chez Dali ", Alain Cayzac oriente les choix de Jacques Séguéla, le créatif bouillonnant, et de Jacques Roux, le financier, vers les produits grand public. " Je suis allé voir mes amis " proctériens " qui ont fait confiance au trio ", note sereinement le troisième homme. En 1976, un autre " proctérien ", lui aussi diplômé d'HEC, intègre la bande : c'est Jean-Michel Goudard.
Cette année est à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire de RSCG. Elle passe du rang d'agence moyenne au deuxième rang, en absorbant Delpire et Adam-Ossard-Goudard; elle s'implante en province (à Toulouse, Nantes, Marseille, après s'être prudemment installée à Lille, Lyon, Bordeaux et Montpellier). Le nombre de salariés s'est accru, de trente-cinq à cent cinquante. La bande des quatre décide alors d'être véritablement des entrepreneurs.
Pour cela, ils adoptent un axe de développement et une philosophie. L'axe, ce sera la croissance tous azimuts. " La taille n'est pas incompatible avec le talent, affirme Alain Cayzac. Si on veut rester créatif, il faut pouvoir embaucher des vedettes, leur offrir des moyens audiovisuels. Donc racheter, se développer. " La bande des quatre fait ricaner. Elle s'installe en province alors qu'Havas y règne en maitre, affronte les marchés étrangers. " Tous le monde nous prenait pour des fous ", se souvient Alain Cayzac.
Face au succès montant de RSCG, les professionnels de la publicité écarquillent les yeux et finissent par mettre chapeau bas. La philosophie, c'est la star strategy : une marque a un style, un caractère, une histoire, à l'instar d'une personne. Il s'agit de cerner ses caractéristiques et de construire des campagnes capables de durer. Que ce soit Citroën, le Club Méditerranée, le Crédit agricole, Woolite, Manpower, etc., la mayonnaise prend, servie d'ailleurs à la louche par Jacques Séguéla, qui s'intronise grand communicant parmi les communicants.
De décennie en décennie, il virevolte parmi les mots, les concepts et les images, publiant ici des livres (Ne dites pas à ma mère..., Hollywood lave plus blanc, Fils de pub, Demain il sera trop star), apparaissant là dans des émissions de télévision (" Samedi une heure ", sur Canal Plus). Fétichiste des initiales, il décrète que les années 70 seront celles des trois " E " (comme Elémentaire, Evénement, Environnement), puis que les années 80 seront celles des trois " R " (Risque, Rire, Rêve).
Mais dans l'ombre de ce grand manitou des médias, que toute la France découvrira en 1981 avec la fameuse campagne de François Mitterrand " La force tranquille ", le groupe grandit. Il compte aujourd'hui plusieurs filiales à l'étranger, dont trois aux Etats-Unis, deux en Grande-Bretange. Il a pris pied au Maroc, en Allemagne de l'Ouest, en Suède, en Espagne, en Autriche, etc., et a acquis, via Media Cosmos, la régie de l'ensemble des journaux professionnels soviétiques, avant de se lancer bientôt en Asie. Il s'est diversifié dans le hors-médias, grâce auquel il réalise presque 50 % de son chiffre d'affaires. Et compte deux mille quatre cents salariés. Seul regret de la bande : ne pas avoir - encore - décroché quelques budgets vedettes (BSN, Air France ou la SNCF).
La croissance et l'âge venant, les quatre mousquetaires, qui touchent à peu de chose près le même salaire mais ne détiennent pas la même part de capital (" C'est la prime aux deux pionniers, Roux et Séguéla ", note Alain Cayzac), se sont répartis les responsabilités au sein du groupe : Bernard Roux aux finances, Jacques Séguéla à la création, Alain Cayzac au marketing et à l'activité France, Jean-Michel Goudard à l'international. Ils seraient prêts, le cas échéant, à s'adjoindre un cinquième homme. Mais il n'y a pas d'urgence...
Les vingt ans de RSCG, célébrés à Versailles, sont la dernière idée de la bande des quatre. Une fête qui coûtera au bas mot 4 millions de francs, mais où seront conviées deux mille cinq cents personnes (publicitaires, annonceurs, journalistes, etc.), de France et d'ailleurs. La profession, étonnée, applaudit à la fête et à la réussite d'un groupe qui a su vieillir en gagnant en sérénité et en remisant ses pétards et ses feux d'artifice au vestiaire de la cour d'honneur.
" RSCG a accompli un parcours remarquable, bâti à la fois sur le talent et la provocation, leurs deux ingrédients. Maintenant, il leur faut réussir leur institutionnalisation ", fait remarquer Maurice Lévy, président du directoire de Publicis. " RSCG n'a jamais fait une aussi bonne campagne que celle lancée à l'occasion de ses vingt ans, note Benoit Devarrieux, directeur de création chez Saatchi and Saatchi. Ils ont le sens de la création et la volonté de prendre des positions courageuses : en lançant leur campagne produits libres Carrefour, par exemple. Ces vingt ans sont ceux de publicitaires qui ont aussi porté un éclairage sur notre métier, qui l'ont fait parler. " " C'est une réussite exceptionnelle, confie Richard Deroure, PDG de Dire Emotion. RSCG n'a peut-être plus la créativité folle des débuts, mais le groupe colle davantage aux produits qu'il vante, il en revient aux grands principes de la publicité. "
Et Jacques Hébert, PDG de J. Walter Thompson France, de conclure : " RSCG a été porteur de bombes, aujourd'hui ils ont le parcours normal d'un entrepreneur. Un peu à l'image de Jules Méline, qui, sous la IIIe République, expliquait que sa politique avait évolué de la mélinite, un explosif, au mélinisme. "
Fort de leur succès et de leur puissance, les quatre mousquetaires de RSCG vont devoir maintenant écrire Vingt Ans après.
Quinzième réunion consultative du traité sur l'Antarctique. - Le Territoire des terres australes et antarctiques françaises (TAAF) a émis, le 10 octobre, un timbre à 17,70 F à l'occasion de la quinzième réunion consultative du traité sur l'Antarctique, qui se tient à Paris du 9 au 19 octobre. Les philatélistes habitués aux envois de plis en Terre-Adélie peuvent bénéficier d'une oblitération particulière. Ils doivent pour cela se procurer le timbre des TAAF à 17,70 F auprès de l'Agence des timbres-poste d'outre-mer (ATPOM, 85, avenue de La Bourdonnais, 75007 Paris), l'apposer sur une enveloppe à leur adresse sur laquelle ils auront ajouté au crayon la mention "oblitération spéciale XVe réunion consultative" et mettre le tout sous enveloppe affranchie à destination de "M. le gérant postal de Dumont-d'Urville, Terre-Adélie, TAAF". Date limite des envois : le 10 novembre.
Expos-bourses. - A Bezons (Val-d'Oise), les 14 et 15 octobre, exposition philatélique et cartophile, salle Louis-Aragon sur les thèmes du centenaire de la tour Eiffel et des inondations de Paris en 1910. Philexnantes à la grande galerie commerciale du centre Beaulieu, à Nantes (Loire-Atlantique), du 14 au 22 octobre, pour le bicentenaire de la Révolution française (renseignements, souvenirs philatéliques : A. Sauvanet, le Clos-Royal B, boulevard des Pas-Enchantés, 44230 Saint-Sébastien-sur-Loire). A Gentilly (Val-de-Marne), dans la salle des fêtes de la mairie, les 21, 22 et 23 octobre, exposition sur le quarante-cinquième anniversaire de la Libération de Paris et le passage d'éléments de la 2e DB dans Gentilly.
Faux timbres. - La galerie Jean (24, rue des Tournelles, 75004 Paris) expose jusqu'au 18 octobre des Óuvres d'Alain Sebag et Bruno Saulay présentées sous la forme de planches de vignettes de trente figurines chacune (600 F la planche), éditées par les Editions du Cygne, mais surtout - pour les philatélistes - réalisées, datées et numérotées par l'Imprimerie des timbres-poste de Périgueux !...
Ventes. - Pierre Mayer reçoit les ordres d'achat pour sa cent quatre-vingt-quinzième vente sur offres, jusqu'au lundi 16 octobre. Plus de sept cents lots dont un 1 F vermillon (départ 60 000 F), non dentelés Légion tricolore, Pétain divers, variétés de France (P. Mayer, 4, rue Drouot, 75009 Paris. Tél. : (1) 42-46-96-44).
Vente aux enchères, les 17 et 18 octobre, à Drouot-Richelieu, à Paris, sous le ministère de Mes Lenormand et Dayen (12, rue Hippolyte-Lebas, 75009 Paris. Tél. : (1) 42-81-50-91).
La Poste mettra en vente générale, le lundi 30 octobre, un timbre à 3,70 F à l'occasion du centenaire du premier tramway électrique de France à prise de courant aérienne, de Clermont-Ferrand.
Si la concession des tramways de Clermont-Ferrand est accordée au département du Puy-de-Dôme par décret du 27 janvier 1888, ce n'est que le 7 janvier 1890 que la ligne, longue de sept kilomètres, est mise en service, de Montferrand à la place de Jaude dans le centre de Clermont. Puis le réseau s'étoffe au fil des ans. Mais le tramway est finalement abandonné en 1956.
Le timbre, au format vertical 26X40 mm, est dessiné et gravé par Patrick Lubin et imprimé en taille-douce en feuilles de cinquante.
Vente anticipée à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), les 28 et 29 octobre, de 9 heures à 18 heures, au bureau de poste temporaire " premier jour " ouvert à la salle Gaillard, qui accueille à cette occasion une exposition philatélique. A noter que Patrick Lubin, sur place, signera son Óuvre tout au long des deux journées ; le 28 octobre, de huit heures à midi, au bureau de poste de Clermont-Ferrand RP (boite aux lettres spéciale).
Le prix Nobel de physique 1989 a été attribué conjointement aux Américains Norman F. Ramsey (université de Harvard) et Hans G. Dehmelt (université de Washington), et à l'Allemand de l'Ouest Wolfgang Paul (université de Bonn). Ce prix couronne d'importants travaux pour le développement de la spectrocospie atomique de précision.
Sans ces recherches, l'horloge atomique à césium ne serait peut-être pas devenue notre standard de temps. Norman Ramsey avait trente-quatre ans lorsqu'il découvrit, en 1949, la méthode des champs oscillatoires séparés, devenue, depuis lors, l'un des piliers de la spectroscopie atomique de précision. A l'époque, mesurer avec exactitude la fréquence des radiations électromagnétiques émises lorsqu'un atome change de niveau d'énergie était une gageure. Par comparaison avec les premières méthodes de la spectroscopie optique, un important progrès avait, certes, été réalisé en 1937 par le chercheur américain Isidore I. Rabi (prix Nobel de physique 1944), avec l'introduction de la méthode de résonance magnétique des rayons atomiques. Mais il restait difficile d'obtenir un long champ magnétique homogène, et la précision des mesures en était diminuée d'autant.
En ajoutant à cette méthode de résonance l'utilisation de deux champs oscillatoires séparés, Norman Ramsey réussit, dès 1949, à en augmenter la précision de plusieurs multiples de dix. Mieux : mettant en Óuvre plusieurs de ces champs oscillatoires, il démontra par la suite que ceux-ci pouvaient être séparés dans le temps et l'espace, permettant ainsi de mesurer des niveaux d'énergie atomique extrêmement proches. C'est le cas, notamment, de l'horloge atomique à césium, qui, pendant la durée définie depuis 1967 comme une seconde, effectue... 9192631770 oscillations.
C'est un autre rêve de physicien que les travaux de Wolfgang Paul et Hans Dehmelt ont réalisé, puisqu'ils sont parvenus à étudier un atome ou un ion isolé, au repos, pendant de longs intervalles de temps. Dans les années 50, Paul démontra en effet qu'il était possible, à l'aide d'un champ électrique, de séparer des atomes chargés électriquement (des ions) de masses différentes. Développée en une méthode standard de séparation de masse aujourd'hui employée dans le monde entier, le "piège de Paul" fut rapidement suivi d'un autre "piège à ions", développé par Hans Dehmelt et ses collaborateurs de Seattle. Ces deux techniques orginales sont omniprésentes, aujourd'hui, dans tous les types de spectroscopes par piège à ions.
"Les pièges utilisés à l'heure actuelle reposent encore sur les principes élaborés par ces pionniers", soulignent les spécialistes (1). Avec une progression notable : alors que les premières expériences ne pouvaient être réalisées que sur un très grand nombre d'ions (quelques milliers au minimum), Hans Dehmelt et ses collaborateurs parvenaient, en effet, dès la fin des années 70, à distinguer sans ambiguité la lumière émise par un, deux ou trois ions.
Parallèlement à l'évolution de la spectroscopie par piégeage des ions, Norman Ramsey, dans les années 60, collabora également à la mise au point d'une autre méthode d'exploration atomique : le maser à hydrogène, qui permet lui aussi d'accumuler et d'étudier des atomes pendant un certain temps. Tout d'abord utilisé pour étudier la structure de l'hydrogène, le maser a été perfectionné en un instrument d'une stabilité plus grande encore que l'horloge à césium, du moins pour des périodes de brève et moyenne durée (de l'ordre de l'heure ou du jour). Employé comme standard secondaire de temps, il permet également de déterminer de très faibles différences de fréquence - contrainte indispensable, par exemple, à la détermination de la dérive des continents par mesure de radio-signaux.
Les masers à hydrogène, comme les pièges à ions, ont bénéficié, ces dernières années encore, des progrès récents de la physique. Améliorées respectivement par les caractéristiques de l'hélium supra-liquide (qui permet de réduire l'effet des collisions des atomes contre les parois) et les propriétés du saut quantique, ces deux techniques permettent désormais d'atteindre un degré de stabilité et de reproductibilité bien supérieur à celui des méthodes d'origine. Des conditions extrêmes qui offrent aux chercheurs le moyen, ainsi que le soulignait, jeudi 12 octobre, l'Académie royale des sciences de Stockholm, de " vérifier des principes fondamentaux de physique à un niveau jusqu'alors tout à fait irréalisable " - de l'électrodynamique quantique à la théorie générale de la relativité d'Einstein.
" Je n'avais pas le choix ", était-il écrit dans l'agenda d'Alexei Gryschenko, skipper du voilier soviétique Fazisi engagé dans la Course autour du monde en équipage. Son corps a été retrouvé pendu le 12 octobre dans les environs de Punta del Este, la station balnéaire uruguayenne, terme de la première étape de la course.
Massif, autoritaire et renfermé, Gryschenko, âgé de quarante-trois ans, avait disparu depuis dimanche 8 octobre de l'hôtel où séjournait l'équipage soviétique. L'hypothèse d'un rapt était alors plus souvent avancée que celle d'une fuite à l'Ouest. Selon le témoignage de coéquipiers, Gryschenko, ancien capitaine de la marine marchande, aurait pris conscience au cours de la première étape qu'il n'avait pas les compétences pour diriger un équipage composé de régatiers n'ayant jamais affronté la haute mer dans une course de cette nature et il redoutat d'affronter les mers du Sud.
Belize a reconnu Taiwan. Le régime nationaliste a annoncé, vendredi 13 octobre, la signature d'un accord en ce sens par son ambassadeur au Guatemala et le ministre des affaires étrangères de Belize. L'affaire serait passée inaperçue hors des milieux spécialisés si l'ancienne colonie britannique, coincée entre le Mexique, le Honduras et le Guatemala, n'était en trois mois le troisième pays du tiers-monde à se laisser séduire par les sirènes diplomatiques du régime nationaliste chinois, provoquant du même coup la rupture de ses relations avec Pékin. Cette rupture, dans le cas de Belize, reste à annoncer par la Chine populaire, mais il n'y a aucune raison que celle-ci procède différemment que lors des deux précédents cas : la Grenade, en juillet, et le Liberia, pas plus tard que mardi dernier.
L'ile nationaliste a accumulé des réserves en or et devises estimées à près de 80 milliards de dollars et les met au service d'une nouvelle " diplomatie élastique " consistant à " racheter " des clients de Pékin sans même exiger qu'ils répudient explicitement la Chine populaire.
Compte tenu du ralliement de Belize, Taiwan entretient désormais des relations diplomatiques avec vingt-six Etats, dont l'Arabie saoudite, l'Afrique du Sud, la Corée du Sud et le Vatican.
- Dans les deux articles consacrés au Mexique, publiés dans le Monde du 12 octobre, plusieurs erreurs se sont glissées : le PRD, principal parti d'opposition, a obtenu 64 % des voix (et non 26 %) en 1988, dans l'Etat de Michoacan ; dans celui de Chihuahua, le PRI, le parti au pouvoir, a regagné le terrain perdu depuis 1983 (et non 1933) : le " miracle industriel " auquel est associée la ville de Monterrey a duré de 1941 (et non de 1971) à 1973 ; enfin, la formation de droite PAN parait peu éloignée du PRI (et non du PAN).
Plusieurs responsables de l'Organisation marocaine des droits de l'homme (OMDH) ont annoncé leur démission en raison de " divergences internes ". Ces querelles interviennent moins d'un an après la création de cette association qui se voulait indépendante des partis politiques et différente en cela des deux qui existaient déjà, l'une formée par des dissidents de l'Union socialiste des forces populaires (gauche), l'autre proche du Parti de l'Istiqlal (opposition nationaliste).
A l'origine des dissensions il y a notamment l'adhésion de l'OMDH à la Fédération internationale des droits de l'homme qui aurait posé pour cela des conditions jugées inadmissibles par son président-fondateur, le professeur Madhi Elmandjra.
Mr Elmandjra s'étant retiré, le président en exercice de l'OMDH, Mr Omar Azzimane, et le vice-président, Mr Raja Amrami, l'ont imité en raison de la " détérioration du climat " prévalant dans l'organisation. Mr Elmandjra souligne que la plupart de ceux qui restent au bureau national de l'OMDH appartiennent à des partis politiques, ce qui porte atteinte à la " crédibilité et à l'estime dont elle jouissait ".
Quels que soient les arguments des uns et des autres, cette querelle parait devoir mettre un terme aux espoirs qu'avait fait naitre la création de l'organisation en décembre 1988.
Cinq Palestiniens ont été tués dans des affrontements avec l'armée en Cisjordanie et à Gaza, jeudi 13 octobre, au lendemain d'une grève générale de cinq jours, alors que les autorités venaient de lever le couvre-feu sur de nombreuses localités des territoires occupés.
Dans au moins deux des incidents, les soldats ont ouvert le feu sur des hommes masqués qui s'enfuyaient après avoir jeté des pierres ou organisé un défilé nationaliste. D'autre part, une jeune Palestinienne a été retrouvée morte dans la casbah de Naplouse, tuée à coups de couteau après avoir été battue.
Les perspectives diplomatiques sont tout aussi sombres. Voilà bientôt une semaine qu'Israël argumente laborieusement avec les Etats-Unis sur la manière de secourir ce qui reste du projet d'élections dans les territoires. Ce dialogue difficile commencerait à susciter une certaine impatience de la part du secrétaire d'Etat, Mr James Baker, qui se heurte aux réserves émises par les dirigeants du Likoud, notamment le premier ministre, Mr Itzhak Shamir, et son ministre des affaires étrangères, Mr Moshe Arens. Ces derniers, après avoir rejeté les propositions de l'Egypte pour réunir une conférence israélo-palestinienne, ont sollicité l'intervention des Etats-Unis qui leur ont soumis un texte en cinq points.
L'objectif est le même : il s'agit toujours d'organiser des pourparlers entre représentants de l'Etat hébreu et des Palestiniens pour mettre en Óuvre le projet israélien d'élections dans les territoires. Les obstacles n'ont pas changé non plus : c'est encore la composition de la délégation palestinienne qui fait problème. Le document Baker stipule qu'elle doit être acceptable pour toutes les parties. Mais MM Arens et Shamir entendent s'assurer que l'OLP ne sera aucunement associée à la composition de cette liste.
- La France n'a pas été " le premier pays occidental " à reconnaitre la Chine populaire, ainsi que nous l'avons indiqué dans le Monde du 2 octobre. Il fallait lire, dans l'article de notre correspondant Francis Deron, " le premier grand pays occidental ". Plusieurs autres pays - Suisse, Suède... - ont reconnu le régime de Pékin avant Paris.
Des consultations diplomatiques sur l'Angola auront lieu les prochains jours en France. Arrivé jeudi 12 octobre à Paris, le ministre angolais des affaires étrangères, Mr Pedro van Dunem Loy, devait se rendre vendredi à Nice pour des entretiens dans la résidence privée où se trouve actuellement le président Mobutu.
Le chef de l'Etat zairois devrait recevoir ensuite le chef de l'UNITA, Mr Jonas Savimbi, attendu en France samedi, en provenance de Grande-Bretagne, où il devait avoir une rencontre officielle avec le secrétaire au Foreign Office, en marge du congrès conservateur à Blackpool.
Des entretiens sont aussi prévus entre le président Mobutu et Mr Herman Cohen, responsable des affaires africaines au département d'Etat américain, qui va passer quelques jours en France après une visite à Bruxelles.
La question angolaise devrait également être abordée au cours de la visite officielle en France de Mr Mario Soarès, chef de l'Etat portugais, du 16 au 20 octobre.
Cinq cents personnes ont participé, jeudi 12 octobre, à la manifestation organisée par le MRAP devant la mairie de Montfermeil (Seine-Saint-Denis) pour protester contre la décision du maire, Mr Pierre Bernard (divers droite), de couper les crédits à deux écoles maternelles qui avaient inscrit des enfants immigrés sans son aval (le Monde du 13 octobre). Tandis que le Parti socialiste et les fédérations départementales du PC et de la Ligue des droits de l'homme ont apporté leur soutien à cette manifestation, MM Eric Raoult et Robert Pandraud, députés (RPR) de Seine-Saint-Denis, ont estimé que "la position du maire de Montfermeil est justifiée".
Une proposition de loi étendant aux animaux sauvages vivant en liberté, la protection contre les actes de cruauté envers les animaux domestiques a été adoptée sur le bureau de l'Assemblée nationale par l'" intergroupe parlementaire de la protection animale ". Celui-ci, présidé par Mr Roland Nungesser, député RPR du Val-de-Marne, est fort de quatre-vingt-dix-huit parlementaires (dont sept anciens ministres ou secrétaires d'Etat) couvrant l'éventail complet des partis politiques français.
Si la proposition était adoptée, elle rendrait tous les chasseurs passibles de sanctions pour sévices infligés à des animaux sauvages. Le groupe interparlementaire demande, en outre, la limitation au strict nécessaire des expérimentations animales et la ratification par la France de la convention de Berne sur la protection des oiseaux migrateurs.
Le préfet de police de Paris, Mr Pierre Verbrugghe, a présenté, jeudi 12 octobre, les huit objectifs prioritaires qu'il s'est fixés pour améliorer la circulation dans la capitale. Les "stationnements dangereux" et les "entraves volontaires à la circulation" pourront donner lieu à des retraits de permis de conduire.
"Vous êtes en infraction ! Vous faites partie des gêneurs qui empêchent les autres de circuler. La circulation ne s'améliorera pas sans vous. Vous connaissez les règles. Appliquez-les ! (...) C'est un appel à la discipline que le préfet de police vous adresse avant de demander à tous ses services, dans l'intérêt général, de redoubler de fermeté." Jusqu'à la fin du mois d'octobre, ces "papillons" d'avertissement orneront, à Paris, les pare-brise d'automobiles ou de camions en stationnement gênant ou dangereux. Ensuite, à partir du 2 novembre, place à la répression pour laquelle le préfet de police, Mr Pierre Verbrugghe, s'est fixé huit objectifs prioritaires.
La plupart des services de police en tenue seront donc sur le pont pour faire la chasse à huit types de comportement entravant la "fluidité" de la circulation automobile : stationnement dans les couloirs d'autobus (amende de 900 francs, majoration à 2 000 francs, enlèvement systématique) ; non-respect des zones de livraison (amende de 230 francs, majoration à 500 francs) ; non-respect de la réglementation sur le stationnnement et la circulation des poids lourds ; infractions dangereuses, notamment l'inobservation des feux rouges et les dépassements de vitesse (amende de 1 300 à 2 500 francs, possibilité de suspension du permis de conduire) ; stationnement gênant (enlèvement systématique, amende au minimum de 230 francs, plus 471 francs de frais de garde et d'enlèvement) ; surveillance des chantiers (non-respect des dimensions et des délais) ; surveillance des autorisations d'occupation de trottoir (étalages, terrasses, emplacements forains, etc.).
Mais c'est surtout la huitième priorité du préfet de police qui, par sa dimension symbolique, risque d'émouvoir les automobilistes. Mr Verbrugghe a en effet décidé d'être sans pitié avec les " stationnements dangereux " et les " entraves volontaires à la circulation ". Pour ces deux types d'infraction, prévues par le code de la route et appréciées sur le terrain par les gardiens de la paix, il est décidé à traduire leurs auteurs devant la commission de retrait du permis de conduire. Cette commission administrative émet un avis, le préfet décide ensuite et sa décision est susceptible d'appel devant les tribunaux administratifs.
En présentant ainsi à la presse, jeudi 12 octobre, le détail des mesures dont il avait soumis les grandes lignes, deux jours plus tôt, au Conseil de Paris (le Monde du 12 octobre), Mr Verbrugghe a aussi voulu rappeler qu'en matière de circulation - qu'il s'agisse d'édicter la réglementation ou de la faire respecter - le maire de Paris, c'est lui.
L'annonce de ces dispositions fut précédée de discrètes tractations avec Mr Jacques Chirac et son entourage, le maire de la capitale obtenant finalement du préfet qu'il diffère sa communication devant le Conseil de Paris, lui laissant ainsi le temps de présenter son propre plan de circulation (le Monde du 30 septembre, du 10 et du 11 octobre).
Toutefois, MM Chirac et Verbrugghe ne se placent pas sur le même terrain. Le premier envisage des dispositions à moyen et à long terme, dont certaines ne sont qu'à l'état d'études. Le préfet de police, quant à lui, veut parer au plus pressé, estimant, quitte à être impopulaire, qu'une répression bien "ciblée" peut redonner une fluidité tangible au flux automobile parisien. Il voudrait faire partager aux automobilistes sa double inquiétude : d'une part, la rapidité d'intervention des services de secours est de plus en plus compromise; d'autre part, le nombre d'heures perdues dans les embouteillages le sont pour l'activité économique, sociale, culturelle de toute la communauté.
Ce plan d'urgence ne l'empêche pas de jeter au passage quelques pierres dans le jardin de Mr Chirac. Estimant qu'il n'y a " aucune solution miracle, aucune réponse unique ", Mr Verbrugghe insiste pour que les discussions sur la circulation à Paris soient inscrites dans " un plan régional des transports dans le milieu urbain d'Ile-de-France ". Cette analyse vaut évidemment pour le projet Laser-3R de voies souterraines, projet " d'entreprises privées ", insiste Mr Verbrugghe, à l'égard duquel il exprime deux réticences : insuffisance en matière de sécurité et de secours ; risque d'engorgement supplémentaire avec un système à péage.
Rappelant le coût élevé d'une " régulation automatique " accrue de la circulation - un carrefour de feux tricolores vaut de 200 000 à un million de francs et sa régulation automatique entraine une dépense moyenne de 450 000 francs, - le préfet de police a souligné que Paris est la seule ville française où la voirie, " périphérique compris ", est " uniquement municipale ". Une façon de suggérer que l'Etat n'a guère les moyens d'exercer son contrôle sur l'attribution des marchés...
Le prix Nobel de chimie 1989 a été attribué au Canadien Sidney Altman (université de Yale, Connecticut) et à l'Américain Thomas Cech (université du Colorado), pour leur découverte des propriétés catalytiques de l'acide ribonucléique (ARN).
Les ribozymes ? A n'en pas douter, cette nouvelle famille de molécules biologiques constitue l'une des découvertes les plus prometteuses de cette dernière décennie. Ce sont des fragments d'acide ribonucléique (ou ARN, l'un des supports de notre patrimoine héréditaire) qui outrepassent leur fonction première et qui, à l'instar des protéines enzymatiques, possèdent des propriétés catalytiques. Il y a seulement quinze ans, cette dualité fonctionnelle semblait inconcevable. Aujourd'hui, elle bouleverse nos idées sur l'évolution et l'origine de la vie, et ouvre la voie à des applications considérables, tant industrielles ou agronomiques que médicales.
Comme ce fut le cas pour nombre de grandes avancées scientifiques, les deux chercheurs que couronne cette année le Nobel de chimie ont formulé leur hypothèse en solitaire : l'un dans le Connecticut, l'autre dans le Colorado. Sidney Altman et Thomas Cech n'ontjamais travaillé ensemble. Plus significatif encore : ils sont arrivés à leur découverte, au début des années 80, par deux cheminements radicalement différents - le premier ayant mené son étude sur le colibacille Escherichia Coli, le second sur un protozoaire cilié. Leurs conclusions, seules, sont identiques : contrairement au dogme de la biologie qui cantonnait jusqu'alors les acides nucléiques (ADN et ARN) à la conservation et à la transmission des informations génétiques, certaines molécules d'ARN ont également le pouvoir d'intervenir directement sur des réactions biochimiques.
" Lorsque Sidney Altman, dès la fin des années 70, formula cette hypothèse, il rencontra l'incrédulité générale, rappelle Axel Kahn, directeur du laboratoire de génétique et pathologies moléculaires de l'INSERM. Intellectuellement, personne n'était alors prêt à accepter l'idée qu'une activité catalytique puisse être menée par un acide nucléique. " Au fil des années, les scientifiques durent pourtant se faire une raison. Et découvrir, par la même occasion, que l'ARN, " molécule à tout faire ", pouvait se comporter comme de véritables " ciseaux génétiques ", capables d'inactiver sélectivement, au cÓur des cellules vivantes, des gènes indésirables.
Grâce à ces ARN très spéciaux, on espère ainsi obtenir, dans un avenir assez proche, des plantes débarrassées de leurs maladies virales ou bactériennes - voire de mettre au point de nouveaux traitements thérapeutiques contre certaines maladies héréditaires.
Sur le plan fondamental, la découverte des ribozymes pourrait, enfin, apporter un élément de solution au fameux dilemme de l'Óuf et de la poule. Des protéines et des acides nucléiques, lequel de ces deux constituants élémentaires de la vie a pré-existé ? La question, jusqu'alors, restait sans réponse. Par son double caractère de vecteur héréditaire et d'enzyme, l'ARN pourrait bien constituer le chainon manquant, la première molécule de vie ayant apparu sur Terre. Une hypothèse étayée par le fait que le patrimoine génétique des organismes les plus primitifs retrouvés sur notre planète contiennent, justement, une très forte proportion d'ARN...
A en croire l'Hôtel Matignon, le poids des du conflit des impôts n'a pas joué dans la décision d'entamer une refonte de la grille salariale de la fonction publique. Néanmoins, le gouvernement entend bien utiliser cette nouvelle ouverture pour venir à bout d'un mouvement jugé très préoccupant, mais dans lequel il est toujours hors de question de céder : les agents des finances ont beau jurer du contraire, pour Matignon, ils restent des " nantis " face aux autres salariés de la fonction publique.
Dans ces conditions, l'Hôtel Matignon compte bien que leurs revendications paraitront déplacées et injustifiées dès lors que les syndicats de la fonction publique ont donné, leur accord pour participer aux négociations sur la grille.
La décision même d'ouvrir la négociation globale sur la grille de la fonction publique n'était pas préméditée. Au départ, le gouvernement, conformément à ce qu'il avait annoncé, souhaitait, dans un premier temps, se pencher seulement sur les problèmes de la catégorie B.
Même si Mr Rocard avait annoncé depuis longtemps que l'ensemble de la grille devrait être un jour refondu, même s'il n'était pas évident de s'en tenir à une seule catégorie, Matignon, selon l'expression d'un conseiller, " ne voulait pas, a priori, ouvrir la boite de Pandore de la grille ".
Dans le fil des discussions avec les syndicats, cette position restrictive a été progressivement abandonnée, car, de proche en proche, cette réévaluation incluait les catégories limitrophes et aussi, dit-on, parce que FO, notamment, " accrochait " bien sur l'idée d'une refonte de l'ensemble de la grille. Au bout du compte, selon Matignon, il est apparu que le " pacte de croissance " devrait être " un instrument privilégié de modernisation de la grille ".
Cette méthode conviendrait au gouvernement, qui, conduit à engager sur plusieurs années des sommes importantes, ne se verrait pas lié par l'annonce a priori d'un engagement financier intangible. Elle conviendrait aussi aux syndicats à partir du moment où ils auront l'assurance d'un " seuil minimal " de sommes disponibles.
Alors qu'aucune issue ne parait se profiler dans le conflit des finances, le ministère de l'économie fait preuve d'une fermeté accrue. Le piquet de grève installé depuis le 26 septembre devant la salle des ordinateurs du centre informatique d'Osny, près de Cergy (Val-d'Oise), commandant le système SOFI des douanes, a été délogé sans incident par la police jeudi 12 octobre dans l'après-midi.
A Toulouse, le bâtiment de la direction nationale des statistiques du commerce extérieur a lui aussi été évacué par les forces de l'ordre. Par ailleurs, la direction générale des impôts a demandé aux chambres de commerce, d'agriculture ou des métiers de diffuser les formulaires de déclarations de chiffres d'affaires nécessaires au paiement de la TVA, provoquant ainsi une vive réaction des syndicats, qui ont dénoncé " une mesure destinée à court-circuiter le personnel en grève ".
Jeudi, plusieurs milliers de fonctionnaires des finances ont manifesté à Paris et en province afin d'obtenir des augmentations indiciaires de salaires. Une nouvelle manifestation nationale aura lieu le 19 octobre à Paris.
Refonte ? Mr Michel Durafour, ministre d'Etat chargé de la fonction publique, n'aime pas qu'on utilise cette formule pour qualifier le travail - herculéen - auquel vont se livrer son ministère et les syndicats sur la grille indiciaire unique de la fonction publique. S'exprimant le jeudi 12 octobre devant la presse, il a affirmé que le gouvernement voulait " engager dès le mois de décembre des négociations sur l'amélioration des déroulements de carrière et la prise en compte des nouvelles qualifications dans les trois fonctions publiques. Mais il ne s'agit pas de dynamiter la grille ". Ou de la " remettre à plat ".
Là où les syndicats, tous satisfaits à l'exception de la CGT, très réservée, parlent de refonte, Mr Durafour répond aménagement. Il est vrai que les différences ne sont pas énormes entre le fait de remanier la grille et celui de l'amender. Un remaniement peut être limité. Et un amendement peut tout changer. C'est ce qui amène Mr Jean-Pierre Gualezzi, secrétaire général de la Fédération générale autonome des fonctionnaires (FGAF), à retenir l'image du " grand coup de pied dans la fourmilière ".
Au départ, le gouvernement n'entendait traiter que le problème spécifique des catégories B - et ce sont eux qui donneront le mouvement, puisque le groupe de travail avec Mr Bernard Pêcheur, nouveau directeur général de la fonction publique et ancien conseiller de Mr Mitterrand, se réunira dès novembre. Mais comme avec la grille tout se tient... les incidences sur les catégories A, C et D feront l'objet d'une grande négociation - d'abord sur la méthode et le calendrier - en décembre, le catégoriel " spécifique " étant renvoyé aux ministères. Mr Durafour a précisé que la mise en Óuvre de ce programme pluri-annuel - sur un maximum de sept ans - sera négociée chaque année, en même temps que les hausses de salaires.
Mais les premiers effets sur la feuille de paie se feront sentir dès 1990, avec une enveloppe en deux éléments : l'un sera fixe (et déterminé selon les besoins mis en relief par la négociation), l'autre sera variable selon la croissance...
Les chômeurs, à l'évidence, ne profitent pas du regain de croissance, et les travailleurs temporaires continuent de voir alterner les périodes d'inscription à l'ANPE avec de brefs passages dans la vie active.
Mais il faut aussi considérer toutes les autres " nouvelles formes d'emploi " qui pullulent à leur tour (travail intermittent, à temps partiel, fausse sous-traitance et faux artisans, par exemple).
La solution ne se réduit pas aux mesures plus ou moins contraignantes qu'il suffirait de prendre à l'égard du contrat de travail à durée déterminée ou de l'intérim. Les mécanismes ont évolué. On est passé de l'utilisation " exceptionnelle " d'une main-d'Óuvre extérieure au partage de tâches entre un noyau dur de salariés qualifiés et le recours régulier à un volant de " supplétifs " sur lequel repose l'ajustement de la main-d'Óuvre.
De deux choses l'une. Ou bien le gouvernement voudra tenir compte des évolutions, et il prendra des mesures pour éliminer les abus de la précarité et en faire un système de régulation compatible avec la cohésion sociale. Ou bien il voudra revenir, contre les faits, à l'usage d'un travail temporaire tel qu'on l'aurait voulu aux meilleurs moments des années 60. Dans ce dernier cas, le risque sera de favoriser l'explosion des formules les plus dangereuses, dont la fausse sous-traitance et le travail clandestin...
La section socialiste du ministère des finances quai de Bercy a adopté, jeudi 12 octobre en assemblée générale, un texte intitulé " une seule priorité : aboutir ", qui affirme notamment : " Le mouvement social qui paralyse le ministère des finances depuis de trop longues semaines doit trouver une issue dans les jours qui viennent. Après les propositions globales des ministres qui marquent leur volonté de négocier et d'avancer dans la voie du règlement, il faut explorer à tous les niveaux les pistes qui permettraient au travail de reprendre sans amertume et sans rancune.
" Pour négocier, il ne suffit pas de le proclamer, il faut le vouloir (...). Si la bonne volonté supplante enfin dans ce conflit les mesquineries tacticiennes et les règlements de compte, l'accord est possible. Un grand service public de l'Etat est aujourd'hui au bord du chaos. Des fonctionnaires reconnus pour leur compétence et leur responsabilité sont désorientés, meurtris ou aigris par trop de patience trop longtemps déçue (...).
" Dans une administration où la sérénité doit être la règle, il ne peut être envisagé que l'état d'esprit actuel préside à la reprise du travail. "
La section socialiste des finances estime que ce " conflit (est) exemplaire à bien des égards " et conclut : " Face au libéralisme débridé et méprisant qui menace toujours, il faut faire la preuve de l'avantage que constitue pour la cohésion sociale un socialisme attentif et respectueux des aspirations des travailleurs. "
Des enfants obligés de coucher dehors la nuit, d'autres suspendus dans le vide, attachés par une corde à 1,50 mètre du sol ou encore, forcés à défiler nus devant leurs camarades : il s'est passé, semble-t-il, des choses inquiétantes au mois d'août à la colonie d'Habère-Poche, en Haute-Savoie, où séjournaient une centaine d'enfants de la commune de Vigneux (Essonne), âgés de sept à douze ans. Une quinzaine de parents, révèle l'AFP, ont porté plainte pour "sévices graves".
Le maire communiste de Vigneux, Mr Lucien Lagrange, reconnaissant l'existence de "brimades et de vexations", est intervenu auprès de la direction de la jeunesse et des sports pour demander la radiation du directeur de la colonie.
- Le trafic était très perturbé, le vendredi 13 octobre, sur le réseau banlieue de Paris-Montparnasse: un train sur quatre circulait. Les aiguilleurs du nouveau poste d'aiguillage PRCI, mis en place à la gare Montparnasse, il y a trois semaines, ont déposé un préavis de grève jusqu'au 31 octobre et revendiquent notamment une prime exceptionnelle de 3 000 F. Selon la direction, le trafic devrait redevenir normal le samedi 14 octobre.
Mercredi, 9 heures du matin. En chemise rose et bleu pâle, le jeune agent des PTT d'une agence commerciale de France Telecom qui explique à un client les formalités à accomplir pour un banal transfert de ligne téléphonique est souriant, informé et coopératif... bref, efficace. Un quart d'heure plus tôt, à quelques rues de là, sa consÓur d'une autre agence était au moins aussi aimable et patiente. Vendredi, à 17 h 5, on jouait sur un tout autre registre : cet automobiliste en retard d'un quart d'heure (embouteillages obligent), qui se déplaçait pour la seconde fois dans l'espoir de louer un répondeur auprès de l'administration des PTT, fut reçu si vertement qu'il décida de s'adresser au privé, où il troquerait son statut d'" usager " pour celui de " client "... Pile ou face ?
La réalité est plus prosaique : comme tous les organismes en contact avec le public, les agences commerciales de France Telecom ont du mal à gérer leurs files d'attente. Aux heures creuses, c'est le rêve... mais quelle perte de temps et d'énergie pour l'abonné s'aventurant le samedi (matin, uniquement), jour où le salarié moyen fait son ravitaillement hebdomadaire, dépose ses vêtements chez le teinturier ou ses chaussures chez le cordonnier, va chercher son chéquier à la banque (en banlieue ou en province) et la lettre recommandée qui l'attend depuis plusieurs jours à la poste... le tout l'Óil rivé sur la pendule, pour ne pas rater la sortie des classes...
Quinze ans après l'ouverture des premières agences commerciales, France Telecom est conscient des problèmes d'accueil rencontrés par sa clientèle. Les plus sceptiques des responsables ont dû se rendre à l'évidence, l'an passé, à la lecture d'une enquête effectuée par des instituts extérieurs à la maison, qui révéla que l'indice d'insatisfaction sur les prestations offertes par les agences atteignait les 20%. La situation est particulièrement aiguë en région parisienne, où plusieurs facteurs se combinent pour dégrader le service: affluence aux heures de pointe, interlocuteurs ayant des difficultés à répondre aux questions posées et "qui changent tout le temps"... la liste des griefs est longue.
Force est de reconnaitre que les horaires d'ouverture sont loin d'être très "commerciaux". D'où des files d'attente qui s'allongent le samedi matin. A la décharge des PTT: l'affluence est accrue par les usagers profitant de la possibilité qui leur est offerte de régler sur place leur facture... juste avant que leur ligne ne soit coupée. Ils sont assez nombreux, assure-t-on à France Telecom.
La fréquentation est accrue aussi par les usagers mécontents de leur facture qui se servent des agences commerciales comme d'un bureau des réclamations... France Telecom a d'ailleurs décidé d'isoler ce type de clientèle des autres usagers, en créant des bureaux spécifiques.
Ceux-ci rencontrent également des problèmes en région parisienne face à des guichetiers mal informés, trop nouveaux dans leurs fonctions pour savoir répondre à tout. Reproche parfois motivé, qui n'est qu'une manifestation supplémentaire des effets pervers du mode de recrutement des agents des PTT. Embauchés par concours nationaux, aux six coins de l'Hexagone, les postiers et leurs cousins des Telecom doivent monter travailler plusieurs années en Ile-de-France. Ne rêvant que de rentrer dans leur région d'origine, ils remplissent dès leur arrivée une fiche de vÓux en ce sens, quitte à abandonner leur qualification et la formation commerciale que France Telecom leur a donnée. Cette pratique oblige les PTT à recruter sans arrêt des agents qui ne cessent de leur filer entre les doigts. "Nous avons un rendement de machine à vapeur", déplore-t-on à la direction des affaires commerciales de France Telecom, où l'on est tout à fait conscient de l'effet désastreux sur le client de ce perpétuel brassage. D'autant que l'employé auquel le particulier s'adressera sera appelé aussi bien à lui faire la démonstration d'un poste de téléphone ou d'un répondeur - au passage, les rayons d'exposition semblent bien pauvres comparés à la débauche de produits dans les grands magasins - qu'à l'informer sur la gamme de services (transferts de lignes, renvois d'appels...) dont il peut avoir besoin... Le tout pour la beauté de l'art : qu'il travaille bien ou non, l'employé d'une agence commerciale gagnera la même chose. Dans la fonction publique, il n'y a pas d'intéressement aux résultats.
Autre lourdeur dérivée du statut des PTT : la lenteur des procédures (relevant des Domaines) à mettre en Óuvre lorsqu'il s'agit d'acheter un local pour installer une agence. Faute de réaction rapide, les meilleurs emplacements, partant comme des petits pains, sont ratés. " Ce n'est pas une question d'argent, mais un manque de souplesse dans notre gestion. Le temps qu'on bouge, les bonnes affaires nous passent sous le nez ", déplore-t-on aux PTT. D'où un effort pour rapprocher les agences de leur clientèle. Dans tous les sens du mot.
Car il s'agit aussi d'adapter les réponses aux besoins. A cette fin, France Telecom en est venu à distinguer trois types de clientèle : les résidentiels, les petits professionnels et les entreprises. Les dernières sont confiées aux six cents anciens technico-commerciaux d'origine, reconvertis en attachés commerciaux et auxquels se joignent de nouveaux venus. Ils se voient confier un portefeuille de plusieurs entreprises clientes qu'ils suivent individuellement. Pour leur part, les quelque trois millions de clients professionnels (médecins, avocats, commerçants, petites sociétés de moins de trente salariés) font l'objet d'une démarche plus collective qui devrait devenir sectorielle à l'avenir. Huit cents agents tentent d'entrer en contact avec eux par le minitel, le téléphone ou par le biais de mailing pour les informer sur les produits et services offerts par France Telecom. Et des réunions d'information sont organisées.
Pour les particuliers, enfin, France Telecom va multiplier le nombre de points d'accueil, réaménager les locaux existants pour éviter l'attente debout, rapprocher les agences des lieux où les usagers vont faire leurs courses... L'apprentissage du commercial continue chez France Telecom face à une demande que le progrès technique rend de plus en plus multiple.
Des cartes plus ou moins criardes proposant des dépannages ultrarapides pour le téléviseur, la chaudière, le lavabo, la serrure, l'interrupteur, le frigo, on en trouve tous des quantités sous nos paillassons ou dans nos boites aux lettres. On les considère d'un Óil indifférent ou agacé, selon le jour, puis on les jette à la corbeille, ou on s'en sert comme signet dans le bouquin d'avant le sommeil... Jusqu'au jour où la perte d'une clef nous jette à la recherche de ces précieux cartons.
Ces gens-là ont l'air sérieux : 50 F de " forfait déplacement " et 100 F de l'heure d'intervention. Après deux heures d'attente, ces " dépanneurs express " arrivent enfin, ouvrent la porte récalcitrante en dix secondes... et réclament 450 F. " Les 100 F de l'heure, c'était pour la plomberie. " Ah bon...
Pour une conduite d'eau engorgée, Mlle Harmand, dans le huitième arrondissement de Paris, s'est vu présenter une facture de... 18 639,17 F (quatre heures de travail de deux ouvriers), ce qui, au prix horaire annoncé par la société de dépannage, correspondait à 185 heures de main-d'Óuvre, selon 50 millions. Quant aux prix des pièces, les coefficients multiplicateurs vont de 2,9 à 160. Telle serrure Picard, qui coûte dans les 1 500 F, a été facturée 5 590 F. " La plupart des factures de remplacement de serrure, écrit 50 millions, s'échelonnent entre 5 000 F et 10 000 F, mais certaines atteignent 20 000 F. Or la société Fichet affirme que ses prix ne dépassent pas en général 2 000 F pour un changement de cylindre et 3 500 F pour un boitier de serrure complet. " Le reste à l'avenant.
Les plaintes s'accumulent à la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (une dizaine par jour à celle de Paris), à l'Institut national de la consommation, et la justice a du mal à suivre. Des procès ont eu lieu, des condamnations ont été prononcées (y compris des peines de prison) contre plusieurs sociétés de dépannage rapide, telles que Système D, Plomberie 102, Inter-Services, Mic-Dépan- nage, Les Compagnons de l'Ile-de-France, etc., et d'autres dossiers sont prêts à être transmis au parquet.
Ces actions ne font pas pour autant disparaitre le phénomène. La société condamnée très souvent disparait et une autre nait, qui pratique les mêmes méthodes. Mieux encore : sous des noms différents, des numéros de téléphone variés, se dissimule le même organisme, le même standard, qui envoie à la demande le " spécialiste ", qui sera le même, qu'il s'agisse de plomberie, d'électricité, de télévision ou de serrurerie. Ce qui explique sans doute le manque de qualité observé dans la prestation fournie...
Dans toute cette arnaque, 50 millions signale quelques exceptions, comme SOS 99 ou STP Dépannage à Bordeaux, à Rouen et à Orléans, qui font du bon travail, sérieux.
Que faire ? Boycotter systématiquement les adresses des petits cartons trouvés dans la boite aux lettres et se constituer, préventivement, un fichier d'adresses de vrais artisans spécialisés, grâce au bouche à oreille et à l'expérience de ses relations. Dans un premier temps, c'est la plus élémentaire prudence. Les professionnels sérieux se préoccupent de trouver des palliatifs à une situation qui devient préoccupante. Mais un bon code de déontologie n'évitera sans doute pas l'adoption d'une réglementation claire qui dissuade les bricolos escrocs de se lancer dans la carrière...
La Verrerie ouvrière d'Albi, fondée par Jean Jaurès en 1896, devrait en finir avec son statut de coopérative. L'assemblée générale extraordinaire de son personnel, réunie jeudi 12 octobre, a accepté le principe d'une reprise par le groupe Novalliance pour préserver les trois cent cinquante emplois et effectuer les investissements nécessaires.
C'est la réalité d'une dette colossale qui a finalement eu raison de l'idéal de Jean Jaurès à la Verrerie ouvrière d'Albi (VOA). Lors de son assemblée générale extraordinaire réunie le jeudi 12 octobre, la société coopérative fondée par le grand tribun socialiste a accepté le principe de l'abandon de son statut particulier et de son ouverture à des capitaux extérieurs. Des négociations actuellement en cours avec le groupe financier et industriel Novalliance pourraient aboutir prochainement à la reprise de l'ensemble des activités de l'entreprise.
Cette transformation d'une des dernières grandes vitrines du mouvement coopératif français en simple société de droit privé est l'aboutissement de plusieurs années de crise. Souffrant d'une gestion déplorable, d'un sureffectif sous-qualifié, d'une production de bouteilles insuffisante et de mauvaise qualité, l'entreprise était à l'agonie voici à peine cinq ans. Pour éviter l'effondrement total, la CGT, syndicat unique et obligatoire, s'est résignée, en 1985, à passer la main au Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI). Les dettes accumulées, qui représentent 200 millions de francs, ont été suspendues pour quatre ans et la nouvelle direction mise en place a taillé sans ménagement dans les effectifs, pour les faire passer de 575 emplois à 350 aujourd'hui.
En même temps, un effort sans précédent était demandé aux salariés : les traitements ont été réduits, et, avec l'appui technique de Saint-Gobain, 9 % de la masse salariale étaient consacrés à la formation professionnelle. Première brèche dans le statut coopératif de l'entreprise, des partenaires extérieurs, mais dépendant de l'Etat comme l'Institut de développement industriel (IDI), entraient dans le capital de la VOA à hauteur de 37 %.
Les résultats de ce traitement de choc ne se sont pas fait attendre, et, dès 1987, la coopérative ouvrière dégageait un bénéfice de 16 millions de francs pour 300 millions de chiffre d'affaires. Fabriquant des bouteilles qui ne cassaient plus et retrouvant ses parts de marché, elle confirmait son redressement l'année dernière en réalisant un bénéfice de 31 millions de francs.
Mais ce souffle retrouvé de la verrerie risquait d'être de courte durée, car l'année 1989 marquait aussi la fin du moratoire de la dette. Des annuités d'emprunt de l'ordre de 25 millions de francs pendant cinq ans, pour les plus importantes, allaient interdire toute possibilité d'investissement à une entreprise à peine remise sur pied. Facteur aggravant : si elle ne pouvait remplacer l'un de ses trois fours arrivé en bout de course, la verrerie verrait fondre tous ses gains de productivité et de qualité et retomberait dans le rouge. Retour à la case départ.
Gilbert Dupin, PDG de la VOA, a donc entrepris de nouvelles démarches alors que, sur le terrain, la CGT exigeait, à l'occasion de multiples manifestations, que " l'Etat gomme la dette purement et simplement, comme il l'avait fait chez Renault ou dans la sidérurgie ". Le Parti communiste appuyait de tout son poids cette revendication.
C'est à nouveau sous l'égide du CIRI et grâce à des relations dans certains ministères socialistes que le responsable de la verrerie parvenait, au mois de mai dernier, à convaincre les trois principales banques créancières (le Crédit national, la Caisse centrale de crédit coopératif et le Crédit d'équipement des PME) de reporter de 2005 à 2018 les échéances finales et d'abaisser en moyenne de 12 % à 6 % les taux d'intérêt. " Il fallait que ceux qui nous ont aidés à ne pas mourir nous aident aujourd'hui à vivre ", a expliqué le PDG. Mais, malgré ces nouvelles conditions très avantageuses, où l'Etat faisait un effort évalué à 30 millions de francs par l'intermédiaire de ces divers organismes financiers, la VOA n'était toujours pas sortie d'affaire. Il lui serait impossible de dégager par autofinancement sur trois ans les 150 millions de francs nécessaires à ses investissements. De plus, quelle place pouvaient espérer l'entreprise albigeoise et ses 3 % de la production nationale dans la perspective de l'Europe de 1993, face à des mastodontes comme Saint-Gobain et BSN ?
Les idées de partenariat, d'alliance ou de reprise étaient alors présentées par la direction comme les solutions pouvant seules, assurer la pérennité de l'entreprise. Mais il fallait compter avec l'opposition farouche de la CGT à toute nouvelle ouverture du capital de l'entreprise. Pendant que les verriers cégétistes déboulonnaient la statue de Jean Jaurès pour la promener dans le centre d'Albi, avant de l'installer devant leur usine, Gilbert Dupin tissait déjà des liens avec le groupe Novalliance. Cette société industrielle et financière, qui affiche près de 3 milliards de francs de chiffre d'affaires et contrôle quatre-vingts sociétés dans les secteurs de l'emballage, de la logistique et de l'ingénierie, se serait montrée intéressée par la reprise de la VOA, en collaboration technique avec Saint-Gobain. Le préalable à tout projet de rachat étant bien sûr l'abandon du statut particulier de la verrerie, que seul pouvait entériner un vote des deux tiers des actionnaires. Alors, le débat s'est engagé dans l'entreprise pour savoir quelle solution, du réalisme économique ou de l'idéal coopératif, était la meilleure pour l'avenir de la VOA. " Nous avons avancé avec prudence, confie un membre de la direction, car on n'abandonne pas quatre-vingt-dix ans d'Histoire sans serrement de cÓur ."
Sentant la situation lui échapper, la CGT a fait le forcing durant tout l'été pour essayer de monter une contre-proposition avec le mouvement coopératif. L'ultime rencontre, le 10 octobre, avec François Espagne, secrétaire général de la Confédération des sociétés coopératives ouvrières de production, devait déboucher sur un échec, cette dernière considérant que " le rééchelonnement de la dette assurait parfaitement le financement du programme d'investissement 1989-1992 " et qu'elle manquait d'informations sur les autres projets de la verrerie. N'ayant pu arracher les engagements qu'elle désirait, la CGT a tenu à se disculper en déclarant : " Le mouvement coopératif et sa banque se sont comportés plus en banquier qu'en coopérateur, cette attitude pousse implicitement la VOA dans les bras du capital privé... Dans ces conditions, la CGT propose que l'on entame des négociations avec le groupe Novalliance sur l'ensemble des questions industrielles, technologiques, commerciales et sociales. " C'est clair et net. L'organisation syndicale ne se battra plus désormais sur le maintien du statut coopératif, mais sur la préservation des 350 emplois, sur les conditions de travail et de salaires, ainsi que sur les investissements à réaliser. La CGT de la verrerie ouvrière a choisi de devenir un syndicat comme les autres. Sans état d'âme, ce sera la fin d'un idéal.
Rien n'aura été épargné à la famille de Philippe Brocard. Le 7 mars 1986, son épouse, ses parents, ses sÓurs, apprenaient qu'il avait été tué par un militant du Front national à Croissy-sur-Seine, dans les Yvelines. A trente-cinq ans, ce sympathisant du Parti socialiste avait eu une fin tragique, tué à coups de couteau alors qu'il collait des affiches pendant la campagne précédant le premier tour des élections législatives. Plus de trois ans après les faits, la cour d'assises des Yvelines juge, depuis jeudi 12 octobre, l'auteur des coups. Pour la famille Brocard, c'est peut-être la dernière partie d'une chemin de croix judiciaire, mais tout semble avoir été fait pour ajouter à sa douleur.
" Elles te plaisent pas nos affiches ? ", avait lancé un membre du Front national à un militant socialiste qui arrachait une affiche du parti d'extrême droite. Et, aussitôt, il l'avait frappé à coups de pied, à coups de poing. Plus loin, Philippe Brocard s'écroulait, touché, lui, de neuf coups de couteau. A terre, il recevait quelques coups de pied, et les agresseurs s'enfuyaient après avoir percé les pneus de la voiture. Philippe Brocard avait perdu trop de sang lorsqu'il put enfin être transporté à l'hôpital, où, selon le mot de l'expert médical, il arriva " exsangue ".
Interpellé, Régis Devaux, vingt-trois ans, sergent au 5e régiment d'infanterie de Beynes, fut inculpé d'homicide volontaire, coups et blessures volontaires, port et transport d'arme de sixième catégorie ; Christian Cecchi, lui, était inculpé de coups et blessures volontaires, non-assistance à personne en danger et coups et blessures volontaires sur personne vulnérable, pour les coups de pied lancés à Mr Brocard, qui agonisait. En outre, il fut inculpé de dissimulation de traces, en vue d'entraver le fonctionnement de la justice, pour avoir caché le poignard de Devaux et échangé son blouson. Enfin, deux autres militants du Front national devaient être également inculpés de non-assistance à personne en danger.
De tout cela, il ne reste aujourd'hui presque plus rien. La chambre d'accusation, puis la Cour de cassation ont estimé que tous les délits entraient dans le champ d'application de la loi d'amnistie du 20 juillet 1988 (le Monde du 24 mars 1989). Ainsi, pour les hauts magistrats, porter un couteau ou donner un coup de pied à un agonisant, avant de le laisser mourir sur le trottoir, constitue un délit " incontestablement en relation avec les élections législatives et régionales de mars 1986 ", pour la simple raison qu'ils ont été commis " devant les panneaux électoraux par des militants, sympathisants de partis politiques opposés à propos d'affiches recouvertes ou déchirées ". Pour terminier cette analyse glacée de la situation juridique, la chambre criminelle de la Cour de cassation précisait, en substance, que les juges n'étaient là que pour faire appliquer la loi et qu'il ne leur appartenait pas d'en modifer les termes.
Régis Devaux n'était donc plus inculpé que d'homicide volontaire. Mais le juge d'instruction décida de modifier l'inculpation en " coups et blessures volontaires ayant entrainé la mort, sans intention de la donner ". Et, le 19 juin 1989, Devaux était remis en liberté.
Conditionné ?
A l'audience, le jeune homme ne conteste pas qu'il ait été un garçon chétif, " nul en gymnastique ", décrit comme un enfant " toujours dans les jupes de sa mère ", susceptible, impressionnable et mélancolique. C'est peut-être pour toutes ces raisons qu'il s'est engagé dans l'armée en 1981. Il y fera beaucoup de sport et son entourage dira de lui que l'armée en avait fait " un adulte ". Mais certains ajouteront qu'il était devenu " plus agressif ". Son frère, qui ne partage pas son engagement politique, déclare : " On l'a façonné. " Contacté par des militaires adhérents du Front national, il prend sa carte, mais en précisant : "Je ne voulais pas militer." L'expert psychiatre le considère comme un militant "plutôt tiède", mais il fera pourtant partie du groupe de Gil Dumas, responsable, à l'époque, du Front national de la jeunesse des Yvelines. Dans les réunions à la salle des sports, on s'entrainait au "full contact", et il participera à quelques opérations de "maintien de l'ordre". Devaux semblait donner satisfaction, puisque son chef lui a envoyé une lettre de félicitations grandiloquente, rédigée dans un style comparable à une citation à l'ordre du régiment. Il y est décrit comme un homme ayant les qualités d'un "combattant".
Le président, Mr Jean-Claude Pometan, s'étonne de ce langage : "Est-ce que vous n'étiez pas un peu conditionné?" Devaux hésite, mais précise toutefois : "Je crois que j'ai commis une erreur; je me suis fait mener par le bout du nez." En tout cas, il ne faut plus lui parler du Front national, ou même de politique. Il a pour cela quelques raisons : le 13 mai 1986, Me Jean-Louis Tixier-Vignancour avait adressé une lettre au juge d'instruction, dans laquelle il indiquait son intention de se constituer partie civile contre Devaux, en invoquant un préjudice subi par le Front national. "On laissait entendre que j'aurais pu être une barbouze du Parti socialiste, infiltrée", proteste Devaux. On était bien loin de lettre de félicitations. Le Front national tentait de dégager sa responsabilité.
Sur les faits, Devaux ne conteste pas être à l'origine de la mort de Philippe Brocard. Il prétend seulement avoir saisi son poignard lorsqu'il avait senti quelqu'un l'attaquer par derrière. " J'ai pris peur, j'ai pivoté et j'ai frappé deux ou trois coups. " Le blouson de la victime porte la trace de neuf coups de couteau, mais Devaux est formel : " Je suis sûr d'avoir frappé à trois reprises ! " Et il ajoute : " Peut-être est-ce moi qui ai donné le coup mortel. " Le président Pometan s'inquiète : " Vous laissez entendre que quelqu'un d'autre a frappé ? " Devaux répond seulement : " Je ne laisse rien entendre ; j'ai frappé trois fois. " Il ajoute : " Je l'ai frappé, par conséquent je suis responsable de sa mort. "
Plus tard, il indique incidemment que Christain Cecchi avait du sang sur les mains et l'expertise en a découvert sur son blouson. Aussi, le président a-t-il très longuement interrogé Christian Cecchi, devenu responsable d'une entreprise de gardiennage et qui, lui aussi, a rompu avec le Front national. En vain. Celui-ci, qui, aujourd'hui, n'est qu'un témoin ayant prêté serment, reste sur ses positions : il a donné des coups de poing et des coups de pied, mais, pour lui, " on s'est pas battus méchamment, c'était une petite altercation ".
Verdict vendredi 13 octobre.