L'une, Catherine Trautmann, est depuis mars 1989 maire socialiste de Strasbourg ; l'autre, Edward Koch, est jusqu'en novembre prochain maire de New-York. Mais ce mandat électif est bien leur seul point commun. Ils en ont fait l'éclatante démonstration lorsque, invités, le 12 octobre, à débattre de la drogue devant les participants de la conférence de Montréal sur la sécurité urbaine, ils ont exposé leurs différences radicales.

Présidente de la Mission interministérielle de lutte contre la toxicomanie (MILT), Mme Trautmann expose avec conviction et modestie les idées définie par son équipe, au cours d'années de recherches et d'échanges d'expériences. Elle sait, selon ses propres mots, que le combat contre la toxicomanie est " une voie étroite entre l'ordre public, la santé publique et le respect des libertés individuelles ". Elle est convaincue que la répression nécessaire du trafic des stupéfiants est vouée à l'échec si elle ne s'accompagne pas de politiques diversifiées prenant en compte aussi bien les nécessités de la formation des jeunes, leur peur du chômage, leur recherche souvent vaine d'un logement.

Au diapason des travailleurs sociaux, elle estime aussi que l'utilisation de drogues témoigne d'un "malaise de l'insertion sociale" et parle de "polytoxicomanies" en évoquant l'abus d'alcools et de médicaments. Avocat du maintien de l'interdit légal de la consommation des stupéfiants, elle soutient qu'une politique intelligente oblige à manier, en même temps, sanction pénale et accueil des drogués en prison, à leur offrir une réduction de peine en échange d'un engagement de traitement, à aider les gouvernements qui luttent contre les trafiquants "sans se laisser aller sous l'effet de la panique à la tentation de mesures d'exception toujours dangereuses pour la démocratie".

Mme Trautmann est sans illusion sur la difficulté de la tâche, convaincue qu'il n'existe pas une mais un ensemble de solutions qu'il faut toutes mettre en Óuvres simultanément, avec la minutie et la patience du micro chirurgien.

Vieux routier de la politique américaine, Mr Koch a une conception tout aussi cohérente, mais il travaille, lui, au bazooka. Entouré d'une dizaine de solides gardes du corps qui inspectent les toilettes avant qu'il n'y pénètre, accompagné en permanence de caméras de télévision qui quêtent la moindre de ses déclarations, le maire de New-York a le sens du spectacle. En bon professionnel, il est capable de dire son texte devant des journalistes puis, cinq minutes plus tard, de le répéter avec exactement les mêmes intonations devant un autre auditoire.

Face à l'apparente fragilité de Mme Trautmann, Mr Koch expose des certitudes de béton. Si le gouvernement fédéral voulait bien l'écouter, affirme-t-il, la drogue serait tenue en échec. L'écouter ? C'est-à-dire changer, du jour au lendemain, les billets de 100 dollars, unité de compte des trafiquants, et obliger leurs possesseurs à justifier leur provenance lors de l'échange à la banque. Ou encore construire des prisons, beaucoup de prisons. Car il faut l'admettre : les explications sociales de la toxicomanie sont dérisoires. "La drogue n'a rien à voir avec la pauvreté !", assure-t-il. La preuve ? "Les riches en prennent aussi !"

Le maire a tout tenté, dépensé des fortunes en programmes de réinsertion, d'éducation, de réhabilitation. Pour lutter contre le sida, il a aussi fait distribuer gratuitement préservatifs et seringues. "Le clergé était contre, mais je leur ai dit : sauvez les âmes, moi je me charge de sauver les hommes." Las, les hommes ne l'ont pas écouté : sa ville abrite dix pour cent des six millions de toxicomanes américains, et la consommation de drogue ne cesse d'y augmenter. "Contre la drogue, assène-t-il à sa collègue stupéfaite, il n'y a malheureusement pas de pillule miracle dont on pourrait gaver les drogués comme on le fait à Strasbourg avec les oies."

Alors lui, Koch, ne voit plus qu'une solution : "Dresser des camps de toile dans le désert du Névada ou en Alaska, là où les chances de fuite sont minimes." Sans trop s'appesantir sur les détails, le maire de New-York rêve d'y installer indistinctement les trafiquants, les dealers et les consommateurs. Comme au Japon, où, affirme-t-il, "on a mis les consommateurs de drogue en prison par milliers. Moi, je ne suis pas si cruel, je suis New-Yorkais. Je leur laisserais le choix de se soigner. Et s'ils ne le veulent pas, alors, là, en prison !" Une heure auparavant, lors d'une conférence de presse, il avait précisé qu'"exécuter un trafiquant dont l'activité est responsable de milliers de morts n'est pas un acte barbare".

L'affaire des incendies criminels qui ont partiellement détruit, en avril dernier (le Monde du 13 avril), des bâtiments municipaux du Petit-Quevilly (Seine-Maritime) vient d'aboutir à l'inculpation d'un élu du Parti communiste, Mr Noël Levillain.

Adjoint au maire de la ville, secrétaire de la section locale du PCF, membre du bureau fédéral, Mr Levillain a été inculpé, le 29 septembre, de " tentative de destruction de biens mobiliers et immobiliers à l'aide d'un produit inflammable " par un juge d'instruction de Caen (Calvados).

Les faits s'étaient produits quelques jours après la victoire du candidat socialiste, Mr François Zimeray, aux élections municipales, dont la liste avait devancé celle du sénateur et maire communiste, Mr Robert Pagès. Les deux premiers incendies n'avaient provoqué que des dégâts mineurs. Le troisième a détruit un étage et la toiture d'un bâtiment d'archives. Il était établi qu'il n'avait pu être allumé que par des personnes connaissant les lieux et disposant des clés pour y pénétrer.

La révélation de l'inculpation de Mr Levillain a eu lieu en plusieurs étapes. Alors que, aucune information n'avait jusqu'alors filtré de source judiciaire ou policière, l'inculpé a lui-même informé son entourage. Quelques jours plus tard, alors que la fédération du PC, interrogée par des journalistes, se retranchait derrière le secret de l'instruction, un tract signé de la section du PCF du Petit-Quevilly, signalait qu'"un juge d'instruction (prétendait) inculper Mr Levillain à propos des incendies à Petit-Quevilly ".

Finalement, Mr Levillain a lui-même annoncé son inculpation au cours d'une conférence de presse, se déclarant " consterné par ces accusations ". Il a affirmé avoir été absent de sa ville du 30 mars au 8 avril alors que les incendies se sont produits les 31 mars, 8 avril et 10 avril. Mr Levillain est formel : " Mon avocat a eu accès au dossier, c'est une coquille vide. " Pour le PCF, il s'agit d'une inculpation " sur la base de faux témoignages crapuleux, visant à éliminer un adversaire politique dangereux ".

Claude Gon, trente-sept ans, détenu à la prison d'Avignon, s'est pendu, dans la nuit du lundi 9 au mardi 10 octobre, dans sa cellule. Divorcé et père de deux enfants, il avait été écroué à la suite d'une plainte pour menaces et coups et blessures déposée par son ex-épouse.

La voiture du général Jean Favreau, soixante-douze ans, ancien gouverneur militaire de Paris disparu depuis samedi dernier en Gironde a été retrouvée vide et incendiée, jeudi 12 octobre, sur un sentier forestier près de Marensin à une quinzaine de kilomètres de la résidence secondaire de la famille Favreau à Saint-Denis-de-Pile. Le véhicule a été formellemement identifié par les enquêteurs comme étant la Mercedes 190 verte du disparu. La voiture qui a été découverte en milieu de matinée sur le bord d'un sentier forestier par des chercheurs de champignons avait brûlé peu de temps auparavant puisque les feuilles mortes et les herbes du sous-bois, dans leSquelles l'incendie s'était peu propagé en raison de l'humidité du matin, étaient encore chaudes.

Le fait que la Mercedes du général Favreau ait pu être incendiée jeudi matin par un ou des inconnus semble confirmer l'information dont disposaient les enquêteurs. Des agents de police en patrouille avaient, en effet, affirmé avoir aperçu le véhicule occupé par deux personnes, dans la nuit de mardi à mercredi, sur les quais de Bordeaux (le Monde du 13 octobre). A l'approche de la patrouille de police, les occupants avaient pris la fuite à bord de la Mercedes pour échapper au contrôle.

Les enquêteurs semblent désormais convaincus qu'il s'agissait bien là de la voiture du général Favreau. Au risque de circuler, à son bord, dans les rues de la ville les deux individus entrevus par la patrouille auraient ainsi ajouté celui d'aller détruire le véhicule jeudi matin dans une zone proche de la résidence secondaire du disparu.

Aussi sans exclure les différentes pistes avancées pour expliquer la disparition du général Favreau - enlèvement terroriste ou crapuleux - les policiers du SRPJ de Bordeaux semblent désormais privilégier l'hypothèse d'un crime de droit commun, d'une agression commise par de petits malfaiteurs.

" Bravo et banco ! " Tel est le commentaire de Mr Bernard Deleplace, secrétaire général de la Fédération autonome des syndicats de police (FASP), après les déclarations de Mr Michel Rocard au Monde du 11 octobre sur la sécurité intérieure. La FASP, qui exigeait une vaste réforme de la police nationale et un " acompte financier " de 600 francs mensuels pour les personnels, estime qu'elle obtient " le feu vert pour la réforme " et qu'elle " approche d'un acompte acceptable ", sur lequel elle demande cependant au gouvernement de faire " encore un effort ".

" Je résume la situation : banco pour le laboratoire de la modernisation du service public ! En avant, pour la réforme ! Mais encore un effort pour l'acompte, car la réforme doit se faire avec la participation, la mobilisation et l'adhésion des personnels. Et cela a son prix. " En se livrant à une explication de texte devant la presse, jeudi 12 octobre, Mr Deleplace a voulu faire comprendre que la prise de position du premier ministre était calculée, qu'il s'agisse du choix du moment ou du flou de certaines formulations.

Elle intervient, en effet, alors que la FASP est engagée dans un mouvement déterminé, autour d'une double revendication : une réforme en profondeur des corps et des structures de l'institution policière, accompagnée dès maintenant d'une augmentation de 600 francs pour tous, présentée comme un "acompte" sur la réforme à venir et l'effort accru qu'elle risque d'exiger des personnels. Pour Mr Deleplace, qui a précisé en être, depuis la mi-septembre, à son "trente-deuxième rendez-vous, de l'Elysée à Matignon, en passant par l'intérieur", il ne fait guère de doute que, à lire les déclarations de Mr Rocard, la FASP obtient grosso modo satisfaction : entière sur la réforme; plus mitigée sur l'acompte autour duquel des négociations vont se poursuivre chez Mr Pierre Joxe jusqu'au jeudi 19 octobre.

"Un événement capital", "une date historique" : la FASP ne rechigne pas devant les superlatifs pour complimenter le premier ministre : "Pour la première fois dans l'histoire de la République, un chef de gouvernement prend lui-même position sur la situation de la police (...). Michel Rocard nous dit : "Vous avez raison! La réforme que vous souhaitez? D'accord, en avant! je donne mon feu vert, ouvrons le vaste chantier de la revalorisation du métier policier. "

Toutefois la FASP estime que Mr Rocard a " trop vite refermé " certains dossiers : notamment ceux de la transparence de l'institution, des relations avec la gendarmerie et des polices municipales ou privées. Quant aux primes de croissance - comme toute la fonction publique - et de qualification judiciaire - surtout pour la masse des policiers en tenue - annoncées par Mr Rocard, Mr Deleplace estime que " ça ne fait pas le compte : on tourne autour de la moitié de ce qui est acceptable ". Cependant, il estime que le premier ministre " ouvre la porte " en soulignant les " problèmes spécifiques qui doivent se traiter de façon indemnitaire ".

Autrement dit, la FASP ne désespère pas d'atteindre une somme totale de plus ou moins 500 francs, en obtenant divers compléments catégoriels auprès du ministre de l'intérieur. Mr Deleplace ne nie pas le changement de ton de sa fédération à l'égard du gouvernement qu'il assurait, début septembre, ne plus comprendre (le Monde du 1er septembre). Mais il le met au compte de la force de conviction de la FASP qui a contraint le premier ministre à composer : " Si nous sommes entendus aujourd'hui, c'est parce que nous sommes arrivés avec des revendications qui étaient cohérentes. Nous ne sommes pas comme certains syndicalistes qui ne demandent que du " quantitatif ", et rien d'autre, ou comme d'autres qui rêvent toujours du " qualitatif ", quitte à oublier la défense des intérêt des personnels. Nous avons toujours lié les deux dimensions ; si nous demandons des augmentations, c'est aussi en les liant à une réforme du métier. "

Le syndicat des commissaires, majoritaire dans ce corps, s'est déclaré pour sa part " satisfait ", mais réservé sur la prime d'agent de police judiciaire. Le Syndicat national autonome des policiers en civil (SNAPC), majoritaire chez les inspecteurs et enquêteurs, veut rester " attentif et particulièrement mobilisé ". La CFDT-Police, de son côté, " prend acte des intentions " de Mr Rocard mais est " en désaccord avec plusieurs de ses propositions ". Dans tous les cas, la FASP s'est engagée à faire voter les personnels à la base sur le résultat final des négociations en cours.

Les responsables du clergé bouddhiste préparent des mesures destinées à arrêter "l'extension du sida parmi les moines", a annoncé, jeudi 12 octobre, un membre de la hiérarchie bouddhiste de Bangkok. Avant de revêtir la robe de couleur safran, les novices devront se soumettre à des tests de dépistage et obtenir du ministère thailandais de la santé des certificats prouvant qu'ils ne sont pas atteints par le virus. Les futurs moines font déjà vÓu de chasteté et doivent s'engager à ne jamais utiliser de la drogue.

Selon le gouvernement, la Thailande compte 9 000 séropositifs, dont 85 % contaminés par des seringues.

- Les prix à la production ouest-allemands ont augmenté de 0,2 % en septembre, en données brutes. Cette légère hausse laisse inchangée leur progression sur douze mois, qui se maintient à 3 % depuis juin. Selon l'Office fédéral de statistiques, ce sont les combustibles qui ont enregistré les augmentations de prix les plus marquées entre août et septembre.

- Les Philippines, second pays bénéficiaire du plan Brady, s'apprêtent à racheter 1,3 milliard de dollars de leur propre dette à l'égard des banques créancières. C'est ce qu'a annoncé, jeudi 12 octobre, le gouverneur de la banque centrale des Philippines, José Hernandez. Manille souhaite retenir comme base d'achat la décote de 50 % actuellement appliquée sur ses créances par les marchés secondaires. Le coût de cette opération de réduction de dette reviendrait ainsi à 650 millions de dollars pour le Trésor philippin. La dette bancaire des Philippines s'élève à 13 milliards de dollars sur un endettement extérieur total de 28 milliards de dollars.

Les Assurances générales de France (AGF) ont, après Paribas, obtenu du Comité des établissements de crédit (CEC) l'autorisation de franchir le seuil de 10 % dans le capital de la Compagnie de navigation mixte. " Cela ne signifie pas que nous utiliserons forcément cette possibilité ", a-t-on déclaré aux AGF, précisant que le groupe d'assurances nationalisé détenait 8 % environ de la Mixte. En y ajoutant les titres détenus par les SICAV de ce groupe, on frôle les 10 %. Aux AGF, on déclare ne pas s'être fixé un objectif précis en terme de valeur dans cette prise de participation, qui " reste un placement financier ".

Le flou continue donc à régner en ce qui concerne les intentions des AGF, qui avaient, auparavant, des visées sur les filiales d'assurance de la Mixte, visées fortement compromises par l'entrée en force (50 %) du géant allemand Allianz dans le capital de ces filiales. De même, on prête aux AGF des appétits sur les compagnies d'assurances du groupe Worms (PFA-La Populaire), qui justifieraient leurs achats d'actions Pechelbronn, le holding qui contrôle ces compagnies, et dont les AGF détiennent déjà 18 %. En attendant, 512 000 actions Paribas ont été négociées jeudi 12 octobre à Paris, ce qui porte à plus de 2 millions de titres (3,5 % du capital) les transactions effectuées en trois jours. On peut penser que la plus grande part de ces transactions est à porter au compte du président de la Mixte, Mr Marc Fournier, qui essaie de riposter à l'offensive de Paribas sur sa propre compagnie, dont 8 % du capital a changé de main en trois jours. Sur le champ de manÓuvre boursier, les adversaires sont donc en train de renforcer leurs positions respectives, dans l'attente d'un marchandage final, qui n'est pas encore " mûr ".

Le syndicat des mécaniciens de la compagnie aérienne américaine United Airlines a demandé, jeudi 12 octobre, au département du travail de bloquer l'offre d'achat de 6,75 milliards de dollars (42 milliards de francs environ) lancée par la direction, les pilotes et les employés de la compagnie. Le syndicat, qui représente plus du tiers des 70 000 salariés de United, avance deux arguments : d'une part, la participation à l'OPA du fonds de retraite des pilotes viole les lois régissant l'utilisation de ces fonds ; d'autre part, le montant trop élevé de l'OPA entrainera " des risques significatifs " pour la compagnie.

Cette OPA, acceptée à la mi-septembre par le conseil d'administration de la firme, jusque-là réticent à toute prise de participation des pilotes, est en fait une contre-offensive contre l'OPA lancée au début d'août par le financier milliardaire californien Martin Davis au prix de 4,32, puis de 5,4 milliards de dollars. Elle est examinée actuellement par le département des transports, qui s'inquiète de la participation d'étrangers (British Airways prendrait 15 %).

La Dresdner Bank, numéro deux des banques commerciales allemandes, va prendre le contrôle, en plusieurs étapes, de la Banque internationale de placement (BIP), filiale à 49 % de la Société générale. La BIP est une banque d'arbitrage et de trésorerie, une des premières de la place de Paris. Elle opère sur un créneau bien spécifique, celui des arbitrages (achats et ventes simultanés) sur des instruments financiers en France et à l'étranger (obligations, bons du Trésor et certificats de dépôts effectués sur les marchés à terme et les marchés d'options). Créée en 1979, animée par Mr Henri Plisson, la BIP, avec un bénéfice de 145 millions de francs en 1988, compte parmi ses actionnaires (outre la Société générale, qui la contrôle): le groupe suisse Financière Tradition (7 %) et la Société générale de Belgique (10 %). La Midland Bank, fondatrice au départ avec 34,50 %, s'est retirée pour la Dresdner, déjà propriétaire de la petite banque lyonnaise Veuve Morin-Pons. Cette acquisition est le moyen de prendre pied davantage sur le marché financier de Paris dans le secteur, hautement sophistiqué, de l'arbitrage et de la trésorerie.

Pour la Société générale, c'est une occasion de se défaire d'une filiale dont les activités devenaient concurrentes des siennes dans un secteur que la maison mère développe, ce qui la plaçait devant le dilemme bien connu : ou freiner l'expansion de cette filiale, ou la vendre à un étranger qui recherche à tout prix une implantation, avec une plus-value de 700 millions de francs pour l'établissement vendeur.

Le Sénat a adopté dans la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 octobre le projet de loi sur les assurances en y apportant de nombreux amendements, approuvés, dans une large mesure, par le gouvernement, notamment en ce qui concerne la détention par l'Etat de 75 % du capital des trois compagnies nationalisées (UAP, AGF, GAN). Les restrictions imposées jusqu'à présent à la détention des 25 % restants ont été supprimés. L'amendement qui précisait que la participation de l'Etat pouvait être directe ou indirecte a été adopté avec l'accord du gouvernement. Une précision importante pour l'UAP, dans le cadre de son projet de rapprochement avec la BNP. La banque nationalisée doit en effet prendre jusqu'à 10 % du capital de l'assureur, pourcentage qui sera donc décompté sur la part de l'Etat. Cela laisse ainsi à l'UAP la possibilité de mettre encore 10 % de ses titres dans le public, la participation actuelle de l'Etat dans le numéro un de l'assurance française se situant à 85 %.

Le Sénat a également adopté, contre l'avis du gouvernement cette fois-ci, un amendement confiant à la cour d'appel de Paris l'examen des recours contre les décisions de la commission de contrôle des assurances. Pour sa part, le gouvernement souhaitait que cette compétence relève du juge administrafif et non d'un tribunal judiciaire.

Le Caire (Reuter).- Le numéro un libyen Mouammar Kadhafi rencontrera dimanche le président égyptien Hosni Moubarak en Egypte,a-t-on appris vendredi 13 octobre de source proche de la présidence égyptienne. Le colonel Kadhafi,dont ce sera la premiere visite dans ce pays depuis seize ans,séjournera vingt-quatre heures à Mersa-Metrouh,ville située au bord de la Méditerranée,à quelque 500 kilomètres au nord-ouest du Caire.

AU moment où le premier ministre fait appel à Hercule pour engager ses grands travaux, notamment dans l'agglomération parisienne, à la veille de la présentation devant le conseil des ministres de ses " propositions urgentes " pour la première région de France, à l'heure où s'amorce une large réflexion sur la révision du schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme de la région capitale, l'Ile-de-France est, plus que jamais, sous les feux de l'actualité. L'enjeu est à la fois politique et économique.

Que personne ne s'en étonne : l'issue du débat d'aujourd'hui marquera, si elle s'inscrit dans le bon sens, le décollage de la formidable puissance économique de demain que sera l'Ile-de-France. Autrement, toutes les craintes sont permises.

Avec l'ouverture des frontières, la disparition progressive des obstacles juridiques, l'Europe offre à tous ses membres une nouvelle dimension de l'espace économique et humain. Elle fait émerger des métropoles à la fois plus solidaires et plus concurrentes. La région capitale se doit de devenir la capitale économique et culturelle de l'Europe. Elle en a les atouts : sa position centrale au carrefour de l'Europe du Nord et du Sud, son important réseau de communication qui met en moins de trois heures cent millions d'Européens aux portes de Paris, le nombre et la diversité de ses entreprises, la qualité de son appareil de formation et de recherche, son patrimoine culturel et artistique.

Toutefois, ses atouts ne suffisent pas. Il faut lui donner les moyens de sa réussite. L'Ile-de-France ne pourra devenir l'Ile d'Europe que si une politique dynamique, constructive et prospective la soutient et l'accompagne dans cette ambition légitime. Tel était le sens du projet Ile-de-France 2000 que j'ai proposé, au printemps 1988, et qui n'avait d'autres objectifs que de conférer à la région capitale une plus grande compétitivité en offrant aux dix millions de Franciliens le cadre de vie le plus épanouissant possible.

Je ne doute pas que les " urgences " s'inscrivent dans la recherche de tels objectifs. C'est vrai qu'il faut tendre vers un développement équilibré de l'ensemble de la région. C'est vrai qu'il faut relancer la construction de logements sociaux comme la réalisation de grandes infrastructures de transport. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le contrat de Plan qui prévoit, de 1989 à 1993, 24 milliards de francs de crédits, s'avère tout à fait insuffisant pour relever le défi de la concurrence européenne et améliorer la qualité de vie des habitants. On ne peut échapper - cela est vrai aussi - à la mise en place de ressources nouvelles. Mais il ne faudrait pas que, sous couvert d'urgences ou de nécessités, apparaissent les fantômes, soudain ressuscités et fortifiés, d'une dictature administrative et d'un autoritarisme politique, fantômes que cache mal le voile d'une hâtive consultation.

Ainsi revoit-on le spectre de l'agrément planer au-dessus des nouveaux bureaux de la région. Ce retour en arrière, qui remet au - mauvais - goût du jour le principe de l'intervention publique, allant ainsi à l'encontre de l'économie de marché et de la décentralisation, est tout simplement inacceptable. D'abord parce qu'il ne s'agit plus de protéger la province contre Paris, mais de jouer l'Europe ensemble, c'est-à-dire toutes les métropoles françaises de concert. Ensuite, parce qu'une telle mesure mettrait à coup sûr la région capitale à l'index de nos voisins européens et de tous les investisseurs étrangers.

De même, la volonté de créer 2 mètres carrés de logement pour chaque mètre carré de bureau est, certes, d'inspiration généreuse, mais elle n'est pas réaliste. A l'exception des zones d'aménagement où l'on peut prévoir une répartition équitable entre logements, locaux d'activités et divers équipements, rares sont les projets conséquents de construction de bureaux qui permettent, à proximité, une compensation en termes d'habitat. La prestigieuse Grande Arche de la Défense n'a pas entrainé, que je sache, la mise en chantier simultanée de quinze mille logements. Ces procédures-ratios imposées n'auraient pour résultat que de saper toutes les chances de l'Ile-de-France dans sa course pour devenir la première place économique et financière d'Europe.

A côté de ce spectre de dictature administrative se profile un autre fantôme : celui de l'autoritarisme politique. L'on est bien d'accord pour dégager des recettes supplémentaires afin de financer les besoins en équipement, car si l'accroissement de richesses en région capitale est probable, il ne sera pas suffisant pour autant. C'est la raison pour laquelle le renforcement des ressources régionales ne peut s'appuyer que sur le potentiel économique global. Aussi suis-je partisan d'une taxation raisonnable et modulée sur la totalité du parc de bureaux, en incluant impérativement ceux des entreprises et administrations publiques mais en excluant les petites surfaces. Celle-ci devrait rap-porter un bon milliard de francs par an.

Aussi suis-je partisan, pour les mêmes motifs, de la diversification des modes de financement des infrastructures. Je pense à l'opportunité d'un certain nombre de concessions, et pas seulement à celles qu'en accord avec la région, le gouvernement de Jacques Chirac a déjà décidées.

Mais, les recettes supplémentaires, directement issues de l'activité économique et du dynamisme de l'Ile-de-France, ne doivent pas représenter pour l'Etat l'occasion inespérée de disposer, à sa guise et de manière autoritaire, de moyens financiers faciles. Or, le risque est réel de voir l'Etat s'approprier, à la première nécessité budgétaire, les recettes perçues au détriment du financement des équipements régionaux, lorsque l'on apprend que la redevance sur les bureaux serait rattachée directement au budget général de l'Etat et que la prétendue péréquation entre communes dites riches et communes dites pauvres se ferait par confiscation de recettes fiscales.

Non seulement en procédant ainsi, l'Etat ouvrirait le champ de l'arbitraire, mais de plus, il dénierait à la région le droit d'exercer le rôle qui est le sien : celui d'aménager, avec l'Etat, l'espace et le temps d'un territoire commun.

La seule façon de réussir l'Ile-de-France du troisième millénaire est de recourir au partenariat Etat-région, c'est-à-dire à une authentique coresponsabilité aussi bien pour la définition d'un nouveau schéma d'aménagement que pour la gestion des financements de grandes opérations régionales. C'est pourquoi je plaide pour la mise en place d'un fonds régional unique qui serait cogéré par l'Etat et la région, dont le but serait de financer exclusivement les investissements des grandes infrastructures régionales et la constitution de réserves foncières, sans lesquelles il est utopique de parler de relance du logement. Ce fonds serait notamment alimenté par la redevance sur les bureaux neufs, le produit de la taxation additionnelle sur l'ensemble du parc, le produit excédentaire des concessions et toute autre ressource liée à l'activité économique régionale.

Partenaires à responsabilités égales en matière de gestion des financements complémentaires, l'Etat et la région doivent l'être également en matière de stratégie d'aménagement. Cette co-responsabilité ne doit pas conduire à exclure les conseils généraux de la révision du schéma d'urbanisme, bien au contraire. La concertation doit être la règle. Avec les départements comme avec les communes.

C'est d'ailleurs la seule façon de garantir ensuite la cohérence des documents locaux avec les grandes options nationales et régionales, de favoriser la mise en place de projets d'intérêt régional, comme dans le secteur de Roissy ou de Massy-Saclay, de définir des périmètres de solidarité fiscale en suivant l'exemple des syndicats d'agglomération nouvelle.

Il s'agit de jouer avec l'Etat, non pas contre l'Etat. De même, il s'agit d'associer les départements et les communes et non pas de les tenir à l'écart. Hélas, les " urgences " du gouvernement ne semblent pas vouloir respecter les acteurs de la vie régionale. Elles renforcent le seul poids de l'Etat, ce qui est en parfaite contradiction avec l'esprit des lois de 1982-1983. Elles remettent à plus tard la clarification des compétences, ce qui est pourtant la première des urgences si l'on veut gagner le pari de la décentralisation, relever le défi économique et politique de l'Ile-de-France en donnant ses véritables chances au partenariat Etat-région.

L'avenir de notre région capitale, qui conditionne largement l'avenir européen de la France, passe par une réforme institutionnelle courageuse dont les deux termes essentiels sont un élargissement des pouvoirs de la région en matière d'aménagement, de transports et de formation et une modification du mode de scrutin pour lui permettre de disposer d'une majorité homogène.

Si telle n'est pas la démarche du gouvernement, alors Hercule aura généré un colosse aux pieds d'argile.

"LONGO dépasse Coppi ", " Longo rejoint Anquetil ", le record du monde de l'heure de la " Superwoman " du cyclisme français a déclenché une véritable pluie de superlatifs et de dithyrambes propres au monde enchanteur du sport. Malgré les dénégations répétées de la majorité des " acteurs " (pratiquants, dirigeants, hommes politiques, écrivains, journalistes), nous savons bien que l'histoire du sport est avant tout l'histoire de ses mythes : mythe de la nature humaine et de l'instinct sportif, mythe de la permanence du sport à travers les âges, mythe de la quête ininterrompue d'un idéal perdu, cette fumeuse idée olympique " vieille de deux mille ans ".

Mais l'histoire du sport c'est également la " petite histoire " des grands hommes, des événements extraordinaires et des fabuleuses empoignades. Dans la monotonie du quotidien, le roman de la vie exemplaire des géants de la route et des princes du stade apporte au commun des mortels sa part de rêve et de consolation.

Le Tour de France est l'une de ces épopées qui consacrent à tout jamais - mythe de l'éternité - des héros hors du commun. Jeannie Longo fait d'ores et déjà partie de ces héros qui parcourent le siècle (n'a-t-on pas entendu qu'on parlerait encore de son record dans trente ans ?) à travers cette question centrale et puérile : qui est le meilleur ? La pensée sportive est une pensée de l'archive et du classement qui abolit le temps et l'espace pour dresser l'inventaire des plus fantastiques champions de toute l'histoire de l'humanité : Hinault était-il plus fort que Bartali ? Platini était-il supérieur à Kopa ? Tyson efface-t-il Clay ? Certains observateurs s'emploient régulièrement à répondre à ces questions et il suffit d'ouvrir les " bons " livres pour apprendre par exemple que " sur la période 1942-1964 Coppi (avec 349 points) devance Anquetil (283) et Bobet " ou bien encore que " Jesse Owens (10''2 en 1936) serait aujourd'hui en 9''9 certain ". Pour donner de la crédibilité à leur démarche, les nombreux obsédés de la comparaison transhistorique abusent des chiffres et des paramètres. Ils inventent alors, en toute " rigueur scientifique ", l'affrontement " loyal " entre les athlètes des années 20-30 habitués aux pistes en cendrée ou aux bicyclettes lourdes comme du plomb et les champions du temps présent adeptes des pistes synthétiques et des machines à roues lenticulaires.

La référence aux experts et aux mathématiques ne saurait masquer l'absurdité d'un procédé parfaitement illustré chaque année par la désignation du " champion des champions ". La vie est sans fin, un organe de presse n'ayant pas hésité en 1980 à faire de Pelé le " champion des champions au hit-parade sportif du siècle ". On pourrait d'ailleurs pousser la manie classificatoire dans le domaine de l'art : Beethoven est-il meilleur que Mozart ? Mahler domine-t-il tout le monde ? Ou, mieux encore, Picasso n'est-il pas le " champion des champions au hit-parade des arts " devant Rodin et Brahms ?

Avec une piste entièrement refaite, une préparation minutieuse et... secrète, un matériel ultra-sophistiqué, qu'aurait fait Coppi en 1989 sur l'anneau mexicain ? La question n'a pas de sens comme n'ont pas de sens ces grands matches à travers les siècles qui, nous dit-on (alibi facile), plaisent aux lecteurs. Et dans le cas de Longo ce qui choque plus encore dans tous les discours c'est une espèce de misogynie à rebours. Ceux qui disent " elle a battu Coppi " pensent " elle a quarante ans de retard ".

Le sport développe sans provoquer la moindre réaction un sexisme militant qu'on ne retrouve pas seulement dans les vestiaires ou pendant les troisièmes mi-temps mais dans la pratique elle-même (voyez les tests de féminité). La première violence faite à la femme est d'ordre symbolique. Elle tient à l'infériorité des performances féminines. Longo 1989 bat Coppi 1942 et Anquetil 1956 mais reste loin derrière Moser (cinq kilomètres en une heure).

Jean Giraudoux écrivait en 1928 : " Le sport reste la seule occupation où les femmes acceptent le principe qu'elles sont inférieures à l'homme et incapables de concourir avec lui (1). " Malgré le flot de superlatifs et de dithyrambes, il semble bien que sur le fond le discours n'a pas changé.

LES trois adolescentes invitées à ne plus fréquenter leur collège au prétexte qu'elles entendaient porter le " khiemar " (foulard) en classe viennent d'être autorisées à y revenir. Elles devront abaisser leur foulard sur leur cou durant les cours. Un compromis satisfaisant pour tous, mais à quel prix ?

En affichant leur religion, elles se livraient à une provocation intolérable dans l'école publique et laique, affirme-t-on du côté de la direction, sinon à un prosélytisme derrière lequel se profile le spectre de l'intégrisme khomeiniste.

Certes le milieu scolaire doit être protégé de ces débats. Mieux, il doit veiller à une stricte neutralité. On aurait raison de s'opposer à la distribution de tracts au sein ou à la porte du collège pour appeler à la construction d'une mosquée. Reste que l'argument avancé et la solution retenue ne manquent pas de surprendre, comme le silence des militants de la laicité, des droits de l'homme et des droits des enfants.

La laicité n'est-elle pas d'abord la tolérance de l'autre et la stricte égalité de traitement ? Pourquoi ne pas être également choqué que des enfants et des adultes au sein de l'école affichent leur croyance en portant la croix ou l'étoile de David ? Leur demande-t-on de rentrer leurs médailles sous leurs pulls durant les cours ? La présence d'aumôneries au sein des lycées n'a-t-elle pas de quoi surprendre un jeune musulman ou un jeune juif ? A-t-on jamais songé à demander aux sÓurs d'enlever leur cornette lorsqu'elles s'installaient sur les bancs d'une faculté publique ?

L'évolution des rythmes scolaires à laquelle tous les pédagogues et tous les parents aspirent n'est-elle pas aujourd'hui liée à la découverte dans l'emploi du temps hebdomadaire d'une nouvelle plage de temps où l'école accepterait de ne pas organiser d'activités concurrentes pour permettre la catéchèse ?

En vérité, derrière cette affaire, la laicité a bon dos. C'est bien la peur de l'autre qui se profile. Les chrétiens sont majoritaires, les israélites sont intégrés, et nous découvrons que les musulmans constituent la deuxième religion de France.

Je comprends la peur de l'intégrisme, mais en l'espèce, les enfants ne sont-ils pas pris en otage au mépris de l'esprit de la Convention internationale sur les droits de l'enfant que l'assemblée générale de l'ONU adoptera le 20 novembre prochain et dont le président de la République a d'ores et déjà annoncé solennellement, le 10 juin dernier, que la France serait signataire sans réserve ?

N'y a-t-il pas deux poids et deux mesures dans notre acception de la laicité ? N'est-ce pas là la vraie menace ? Je demande à comprendre.

L'excellent restaurant de l'Hôtel Westminster, au décor "revu" cet été (et les cuisines aussi ont été modernisées pour le confort de l'excellent Joël Boilleaut) est désormais un des meilleurs restaurants d'hôtels parisiens. Et son entrée particulière en fait, au cÓur du Paris élégant de la place Vendôme, de l'Opéra et des Boulevards, un paisible havre des grâces gourmandes. Personnel stylé, bar attenant, service parfait et cuisine... A la carte, il vous faut compter 350/400 F, mais la carte-menu (270 F) est importante, du tartare de saumon frais à la gelée de langue d'agneau, des rocamadours poêlés à la poire rôtie aux Óufs de caille au plat avec champignons à la crème, puis de la marinière de lotte au dos de sandre à la compote d'oignons, du foie de veau aux navets confits au carré d'agneau persillade aux noix, du "black angus" poêlé ou grillé au filet mignon de porcelet duxelle d'olives vertes, etc. Avec les fromages accompagnés de pains (noix ou raisins) "maison" et les desserts, bien plaisants. Honnête carte des vins.

Tél. 42-61-57-46.

Fermé samedi et dimanche.

Parking Vendôme.

A.E. - C.B. - D.C.

Chiens acceptés.

Caché, on n'en parle pas assez ! Modeste, Patrick Cirotte cuisine mieux que bon, avec rigueur et sagesse, mais plutôt que ronds de jambe il laisse à sa gentille épouse, Mireille, le soin de bien recevoir les gourmets qui savent la valeur d'une salade d'huitres aux germes d'alfalfa, la solidité d'un jambon de Sancerre fumé aux sarments, la subtilité d'une fricassée de calamars aux brocolis et gousses d'ail, la simplicité du filet de bar à la croûte de sel, la richesse du râble de lapin à la crème d'ail, le classicisme du filet de bÓuf à la moelle et au poivre, la saveur du grenadin (enseigne oblige) de veau à l'estragon et pâtes fraiches. Très beau plateau de fromages de Chavignol, desserts exquis. Le pain (ou plutôt les quatre pains) sont "maison", et succulents. A la carte, avec un sancerre Clos du Roy de Lucien Crochet, vous aurez une addition de 350/400 F. Mais il y a les menus : "Affaires" (deux plats, fromage et dessert : 180 F), "Dégustation" (trois plats, fromages et desserts : 270 F) et "Gourmand" (300 F).

Tél. 45-63-28-92.

Fermé samedi et dimanche.

Parking : Saint-Augustin.

D.C. - C.B.

Chiens acceptés.

C'est le "Petit Café" de Tristan Bernard, un bar tout-parisien des années d'avant-guerre. Jouxtant une boutique de vins et eaux-de-vie renommée. On y peut goûtillonner grâce à un service restauration (12/15 h et 20/22 h). Quelques entrées (foie gras, persillé, rillettes, magret fumé), quelques plats (saumon fumé, tartare, cÓur de rum- steack, plus le plat du jour - entrecôte marchand de vin du lundi, carré de porc rôti au miel du mardi, gigot aux herbes du mercredi, poule au pot en gelée du jeudi, poisson le vendredi), fromages et honnêtes desserts. C'est intime, confortable et discret, amical aussi, et les vins sont évidemment de qualité. Compter 250 F.

Tél. 42-27-83-84.

Fermé samedi et dimanche.

Cadre rénové pour ce petit bistrot "sympa" dont le menu déjeuner - 100 F avec du vin en pichet à 16 F le quart et un café à 12 F, qui dit mieux ? - propose un choix de six entrées (salade de moules au curry), cinq plats (volaille fermière sauce charcutière) et quatre desserts (clafoutis), tel fut mon menu. A la carte j'eusse choisi la terrine de lapin au bacon, l'entrecôte crème de roquefort, un fromage et la mousse au café pour une addition de 200 F. Carole, la patronne, est charmante en salle.

Fermé samedi midi et dimanche.

Soirées gourmandes et musicales aux Grandes Etapes françaises : diner conçu par une historienne de la gastronomie, réalisé par des chefs, servi avec accompagnement de musique ou de poésie pour les premières ; musique de chambre et diner aux chandelles pour les secondes.

" L'homme et le pain ", " Les gourmandises à travers les maximes de La Rochefoucauld ", " Mets et vins immuables en Bourgogne ", " Les petits soupers aux dix-huitième siècle ", " La fête en France du quatorzième siècle au dix-huitième siècle ", " La littérature provençale gourmande ", " Les routes des épices ". Un énoncé qui fait venir l'eau à la bouche. Prix de 340 F à 475 F (la soirée), de 625 F à 900 F (soirée et nuit).

Les soirées musicales proposent chaque mois un grand choix de concerts de musique de chambre : récitals de piano, de guitare, duos violon, violoncelle ou trompette ou cor et piano, trios. On choisira selon ses goûts musicaux dans le répertoire à partir d'un programme disponible aux Grandes Etapes françaises (140, rue de Belleville, 75020 Paris, tél. : 43-66-06-06). Dans tous les châteaux, le samedi, cocktail à 19 h 30, concert à 20 h, souper à 21 h. De 90 F à 125 F (cocktail et concert) et de 625 F à 900 F (concert et chambre).

Les Grandes Etapes françaises sont, faut-il le rappeler, de belles demeures devenues hôtels : château d'Artigny, domaine de Beauvois, le Prieuré et le Choiseul dans la Loire, château d'Esclimont dans l'Eure-et-Loir, châteaux d'Isenbourg, de Gilly et de Divonne dans l'Est, Vieux Castillon et mas d'Artigny dans le Midi.

J'avais posé la question : tortelloni ou tortellini ? Pascale Lismonde, de France-Culture, me raconte une légende d'outre-Alpes, celle d'un certain Coquinarius, cuisinier au service des dieux et qui, ayant surpris Vénus en un simple appareil, s'extasia jusqu'à tortiller la pâte autour de son doigt, imitant ainsi le nombril de la déesse. Ainsi naquit le premier tortello qui, selon la taille, devint tortellino (nombril des anges) ou " tortellone " (nombril des dieux).

Le Lot Gourmand.- Pour le fêter, et jusqu'au 17 novembre, tous les Novotel proposent un " menu lotois ", où l'oie, le canard, les cabécous et le vin de Cahors sont à l'honneur.

Brulants cigares.- Le cher Zino Davidoff a vendu son nom à une société, on le sait. On trouve à présent un parfum Davidoff ! Et les médias se sont empressés de faire un sort à sa condamnation des tabacs cubains. Histoire de pourcentages plutôt que de qualité ? Car les cigares cubains (et en particulier les fameux Cohimba) que vendent MM Gérard père et fils (19, quai du Mont-Blanc, à Genève ; tél. : 022-326-511) font toujours la joie des amateurs.

Carthagène.- Ce vin de liqueur que l'on trouve encore - rarement - dans le midi de la France, un lecteur m'en apprend l'origine (tirée d'un ouvrage de Jean Hugo Le regard de la mémoire Trois quarts de moût agrémentés d'un quart d'alcool destiné à l'empêcher de fermenter... Le quart gênant, en quelque sorte !

A la Gomes de Sa.- J'ai parlé de cette merveilleuse recette de bacalhau (morue) du Portugal. Un lecteur m'envoie la photo d'une plaque sur une maison de Porto : " Ici est né José Luis Gomez de Sa (1851-1926), inventeur de la morue à la Gomez de Sa, gloire de l'art culinaire portugais. " Le même gourmand correspondant me parle d'un excellent dessert de là-bas : toucinho-do-cèu (le lard du ciel). Il faudra le demander à la carte de Saudade !

Le Bêtisier.- Sur la carte (imprimée !) du casino de Beaulieu, on peut lire que, pour nous être agréable, le chef, aujourd'hui, a " mitonné ces suggestions ". Mitonner des suggestions, cela n'est pas mal. Mais, ce jour-là, il nous suggérait six huitres de claire citron ! Dans le Paris gourmand de Patricia Wells, on peut lire : " Depuis que Pierre Androuet avait ouvert son magasin en 1909... " Cher Androuet (qui, du reste, a vendu depuis), le voici promu fromager avant même sa naissance ! Enfin, un nouveau restaurant vient de naitre à Paris, dont la publicité m'informe qu'il s'agit d' " un cadre d'esprit baroque où cohabitent autant de modes que de modes de décor : le faux, le vrai, l'illusion, le phantasme ". Et que le lieu " se théâtralise à travers une cuisine de bon goût ". Fichtre !

Les Magnolias.- C'est l'enseigne d'un très bon restaurant de Plaisance (Ardèche), qu'un lecteur me précise être installé dans une ancienne maison de famille de Paul Valéry (qui y séjourna à plusieurs reprises loin du toit tranquille où, à Sète, picorent les focs !). Le chef ne se sent pas artiste mais artisan (sic). Ce n'est pas lui qui, selon le mot du cher André Guillot m'écrivant de sa retraite, proposerait une assiette pleine de " magmas divers : viande émincée, trop petits légumes et sauce indécise ".

IL pleuvait sur Paliseul, sur Daverdisse, sur Ucimont. Peu de jours auparavant, l'été avait pris fin, comme dans un soulagement : l'excessive chaleur, asséchante et stérile, avait trahi la nature et contraint à d'improductives moissons prématurées. Ce serait par l'eau et non plus par le soleil qu'allait reprendre la vie, c'était l'automne et non l'été qui ferait renaissance en Ardenne.

La pluie aussi s'était emparée de Liège, enbrumant peu à peu les faubourgs d'outre-Meuse, les quais bordant la Dérivation, la place Saint-Pholien en l'église de laquelle Maigret, naguère, découvrit un pendu. Mais l'eau du ciel sied à la ville des princes-évêques, et ses jardinets à degrés revivent, à nouveau odorants. Les grandes fabriques abandonnées le long du fleuve s'accommodent de la lumière sourde et des brouillards. Alors, descendant de Liège la fière, aujourd'hui moins haut-fourneau que port fluvial, veuve de Simenon l'universel qui toujours décrivit les cités du monde, Paris même, sur les souvenirs de sa ville natale, on entre en Ardenne par Tohogne et Durby. De la province de Liège qui fut, sous Napoléon, le département français de l'Ourthe, on passe à celle du Luxembourg belge, où les vallées de Lesse et Lhomme traversent la forêt. C'est là, en ses mystères et ses enchantements, que Shakespeare situa la plus onirique de ses pièces, Comme il vous plaira.

La Famenne proche est terre de baronnies, de manoirs et de châteaux, Deulin, Jannée, et s'orne de lieudits, de petits bourgs au nom inattendu et mélodieux. On, Humain, Waha avec son austère église romane que la basse saison célèbre et magnifie. A la Barrière de Champlon commence la forêt de Saint-Hubert, les champs de mais et les boqueteaux s'espacent, la futaie s'installe sur la route à quatre voies, les voitures, plaques rouges, phares blancs, ont dû ralentir l'allure, mais il fait plein jour, un jour assourdi de gris. Les traces de pneu s'inscrivent un instant sur l'asphalte, bientôt balayées par le rideau uniforme de la pluie.

La pluie n'est pas rare en Wallonie ni déplacée en automne : elle est du pays, comme les chapelles et les torrents. Loin de flétrir, elle illumine et donne corps. Pays de chasse où vécut saint Hubert, patron des chasseurs et premier évêque de Liège, le Luxembourg brasse sa bière et cuisine le gibier dans ses salles à manger chaleureuses : rentrer trempé d'une marche ou d'une traque donne plus de droits encore à la robuste générosité des âtres et des tables. Maitresse de sa région, la monumentale basilique Saints-Pierre-et-Paul- et-Saint-Hubert effraie presque par sa taille, rehaussée encore par la colline qui la porte. Elle dut pourtant rassurer les pèlerins, autrefois.

Forêts de Freyr, de Luchi, de Chiny, admirables conservatoires végétaux où voisinent les pins replantés drus et réguliers comme les piliers d'un cloitre naturel, les hêtres et les chênes mémoires du Moyen Age qui les vit régner sur l'Europe, les fougères identiquement éployées mais vertes, jaunes ou brunes selon l'ensoleillement, le sol ou le vent, entre lesquelles cheminent, si faciles à apercevoir au détour d'un sentier à la saison des chasses, les bêtes à poil et à plume, en alerte.

Certains arbustes paraissent un instant produire deux fruits jumeaux puisque les gouttes de pluie posées à l'extrémité des branches dédoublent les baies rouges. Mais ces répliques transparentes tombent bientôt, emportées par leur poids, et c'est la forêt entière qui dégoutte doucement.

L'automne n'est pas la saison des orages tonitruants mais celle, plutôt, des ondées presque silencieuses, étouffées de surcroit par les mousses. Ce temps-là seul met aussi complètement les bois en scène, en une humide symphonie des sens : la pluie se voit et astique, elle bruit et ruisselle, adoucit les troncs et les feuilles, déclenche enfin une marée olfactive qui unit le bois mort, les noisettes et les mûres...

Voici que les cieux s'assombrissent et que les gouttes se font plus lourdes : beaucoup d'imprudents vont rentrer à l'auberge, mais les plus avisés, les vrais amateurs d'arbres, s'enfonceront davantage sous les branches. Il fait étonnamment bon, la terre exhale ses parfums les plus forts, et l'apparent désordre alentour laisse au contraire percevoir peu à peu l'irréductible harmonie des choses.

IL parait de moins en moins, semble-t-il, sur les cartes. Mais peut-être aussi est-ce le client qui s'en désintéresse ? Il n'a point tort lorsqu'il s'agit (et c'est de plus en plus le cas !) de gibier venu d'ailleurs, le plus souvent surgelé, ou de gibier d'élevage.

Les chasseurs, en ce moment, n'ont pas le vent en poupe et l'écologie, à juste titre, voudrait que l'on préserve ce gibier de plus en plus rare. L'accord pourrait se faire car le chasseur, en général, entend bien lui aussi préserver la race. M Guy de Peslouan résumait bien la question : " Pour moi, le vrai chasseur est celui qui aime la nature avant la chasse, la marche avant le tir, la bonne fatigue musculaire... "

Un mot encore avant d'en venir au gibier sur nos cartes restauratrices : la question du faisandage. Certes, Brillat-Savarin recommandait de garder le faisan jusqu'au verdissement de l'abdomen, tandis que la faculté nous assure qu'il vaut mieux le déguster frais. Controverse entre le gourmet et l'hygiéniste que le bon docteur de Pomiane résumait ainsi : ne pas confondre faisandage et putréfaction. Si l'animal a été tué par un ou deux plombs, sans être délabré, son cadavre est envahi par des microbes provenant de son intestin et dépourvus de toxicité. Ils transforment partiellement les muscles en leur communiquant le parfum du faisandage. Mais si l'animal a été délabré par le coup de fusil, ses muscles mis à nu sont infectés par les microbes de la putréfaction, microbes toxiques que même la marinade (dernier recours et, pour le gros gibier, perfection gastronomique) ne contrebalance point.

Venons-en aux bonnes adresses de cuisine de chasse. Car, ainsi que l'assurait Sacha Guitry : " La vie est belle et l'on bavarde bien quand on est quatre et que l'on a mangé chacun son perdreau ! "

Les amateurs parisiens savent, par exemple, que Chez Gramond (5, rue de Fleurus. Tél. 42-22-28-89), ils trouveront, sauf le dimanche, les gibiers les plus classiques remarquablement préparés par ce discret cuisinier. Ils n'ignorent point que Au Petit Marguery (9, boulevard de Port-Royal. Tél. 43-31-58-59) Michel et Jacques Cousin (mais ils sont frères) au piano préparent merveilleusement le lièvre à la royale (sauf dimanche et lundi).

Mais peut-être voudront-ils retrouver Jean Speyer, depuis peu à La Grille (15, place du Marché-Saint-Honoré. Tél. 42-61-00-93), qui sauf le dimanche bénit l'automne, sa saison préférée lui permettant de rôtir le filet de lièvre avec airelles et céleri, d'effilocher le lièvre pour accompagner des pâtes fraiches, de mettre le faisan en paupiettes et de servir la perdrix aux choux.

Egalement ils retrouveront avec plaisir Aline Perdrix, autrefois Reine de la Sologne (rue de Bellechasse) et désormais au Relais Pereire (27 bis, boulevard Pereire. Tél. 42-27-26-97). Sauf samedi et dimanche le gibier retrouvera ici sa... Perdrix (et peut-être retrouverons-nous le grouse écossais, gibier rare et qui semble né pour être arrosé de pure malt). Ce qui nous amène au gibier vu par les cuisiniers d'outre-Rhin, gibier à poil, à la carte du Vieux Berlin (32, avenue George-V. Tél. 47-20-88-96. Fermé le dimanche).

Encore que vieux comme le monde de la chasse, et singulièrement choyé des chefs de toujours, l'imagination des bons cuisiniers lui trouve toujours de neuves variantes. C'est ainsi que Patrick Lenôtre (28, rue Duret. Tél. 45-00-17-67. Fermé samedi midi et dimanche) annonce à sa carte un canard sauvage aux deux cuissons, une tourte de poule faisane en croûte de pommes de terre et une fondue de lièvre en crépinette qui est bien, à mon sens, une des plus chaleureuses façons de présenter " la lièvre " (comme on dit en Provence) lorsque l'on veut s'échapper du double lièvre à la royale : le périgourdin et le poitevin, dont on ne se lasse point de comparer les deux formules.

Les grandes manÓuvres pour les fêtes de fin d'année ont commencé. On peut viser haut et fort en sélectionnant, avec Le Monde et son histoire (82, rue Taitbout, 75009 Paris. Tél. : 45-26-26-77), un voyage au pays d'Ophir, cette terre située aux confins des déserts de l'Arabie heureuse. De quoi satisfaire l'imaginaire et le dépaysement est certain. " Après les mirages futuristes de Dubai et d'Abou-Dhabi, nous découvrirons les vestiges de civilisations millénaires, villes mortes et antiques villes d'art dotées de musées incomparables ", précise l'organisateur.

Abou-Dhabi, le Musée de l'or noir, le quartier maritime de Batin et les dhows, embarcations très anciennes, Sharjah et ses souks, chef-d'Óuvre de l'architecture futuriste orientale, Dubai et le vieux quartier de Bustakia aux petites maisons en bois centenaires, le marché des épices et de l'or noir et une matinée sur le site de Liwa, dont les dunes sont parmi les plus hautes du monde, précèdent l'envol pour Mascate, capitale du sultanat d'Oman, où l'on s'installe pour cinq nuits à l'Inter-Continental.

De Mascate, ses quartiers médiévaux, ses forts, ses souks, on rayonnera : envol pour Salalah, proche du Sud-Yémen, au cÓur de l'Ophir biblique pour suivre, le long de la côte, la route de l'encens jusqu'à Sumhuram où se trouve le palais de la légendaire reine de Saba ; excursion au fort de Bid-Bid-Nizwa, chef-d'Óuvre de l'architecture islamique du dix-septième siècle, Bahla, ville aux murailles interminables, Jabrin, dont le château abrite des joyaux de l'art classique d'Oman, et les villages du djebel Akhdar aux kasbahs ouvragées ; une autre journée sera consacrée à la visite des forts construits en Oman : fort de Rustaq, ancienne résidence des imams et des sultans et fort de Hazm.

Dernière étape : Doha, capitale de l'émirat de Qatar - le Musée historique est installé dans l'ancien palais du cheik - Merwab et ses citadelles, le site de Zubarah et les dunes pétrifiées d'Umm-Said.

Du 22 décembre au 3 janvier, 22 800 F tout compris, hôtels Méridien, Sheraton et Inter-Continental. Température moyenne : 25o-27o.

Venise, on y va de préférence quand les autres y vont moins. Si l'on évite la Toussaint, on a toutes les chances de trouver de la place sur les vols que Nouvelles Frontières (87, bd de Grenelle, 75738 Paris cedex 15, tél. : 45-68-70-00 notamment) affrête jusqu'en mars 1990 à des prix réduits : 1 050 F l'aller-retour. Cette offre se double d'une proposition de week-end - du jeudi au dimanche - à partir de 1 530 F (vols A/R et 3 nuits avec petit déjeuner). Si l'on dispose d'un budget plus souple, on peut consulter l'édition 1989 du Guide des auberges et hôtels de charme d'Italie (éditions Rivages) pour se préparer un séjour à la carte.

Ne pas oublier la CIT (3, bd des Capucines, 75002 Paris, tél. : 42.66.00.90), grand spécialiste du voyage en Italie, dont le nouveau catalogue vient de paraitre. Ici, la Sérénissime est accessible à partir de 1 270 F en train et 1 990 F en avion pour le week-end. Ces forfaits comportent un carnet d'invitations et de réductions très intéressant : parking gratuit pour ceux qui arrivent en voiture, voiture gratuite pour visiter la Vénétie, entrées gratuites dans des musées, verre au Florian, réservation à la Fenice, notamment.

En parrainant l'exposition " Les architectes de la liberté " à l'Ecole des Beaux Arts, le groupe des hôtels Concorde a eu l'idée de proposer un forfait week-end, dans l'un de ses établissements parisiens, couplé avec la visite " guidée " de l'exposition et la découverte de certains des plus beaux ensembles datant du dix-huitième siècle dans la capitale.

Sortis des archives de l'Ecole des beaux arts, et spectaculairement mis en scène les dessins des Boullée, Ledoux et Lequeu, notamment, sont montrés quai Malaquais. L'exposition témoigne de l'effervescence créatrice de la période révolutionnaire, qui verra se déployer des architectures éphémères ou de nombreux projets de transformation d'édifices publics (églises changées en temples de la raison) à la faveur des bouleversements politiques (le Monde du 4 octobre).

Le forfait " Architectes de la liberté " des hôtels Concorde (58, bd Gouvion-Saint-Cyr, 75017 Paris, tél : 40-68-53-00) comprend deux nuits, le diner du premier soir et un diner-débat à l'hôtel Crillon le lendemain, la visite de l'exposition et son catalogue, et un parcours avec guide-conférencier dans le quartier de l'Odéon, au Panthéon, rue des Colonnes et à la rotonde de La Villette récemment restaurée.

Le prix est de 2 625 francs par personne en chambre double au Concorde La Fayette, au Lutetia, à l'Ambassador, au Concorde Saint-Lazare et à l'hôtel du Louvre, ou de 3 525 francs au Crillon, place de la Concorde. Ces forfaits concernent les week-ends du 27 octobre, du 17 ou du 24 novembre et du 1er décembre.

Les Hautes-Alpes, entre Dauphiné et Provence, ne manquent pas de séductions. On peut profiter des vacances d'automne pour y faire un saut, histoire de s'adonner à son sport préféré. La maison des Hautes-Alpes (4, avenue de l'Opéra, 75001 Paris, tél. : 42-96-05-08) en a sélectionné plusieurs.

Le rêve d'Icare, on peut aujourd'hui le réaliser, moyennant certaines précautions. Un stage d'initiation ou de perfectionnement au parapente, au-dessus de la station d'Orcières-Merlette, devrait parer aux imprudences des téméraires : deux jours, 1 400 F, jusqu'au 15 décembre. On apprendra le maniement de voile, le gonflage, la course d'élan, les techniques de vol et d'atterrissage si l'on est débutant ; le perfectionnement en grands vols, sur 60 mètres à 1 300 mètres de dénivelé, dans le cas inverse.

On peut, en toute saison, être initié à la conduite des 4 X 4 dans la vallée du Champsaur. Deux jours et deux nuits en hôtel deux étoiles, en pension complète, coûtent 1 590 F, guide accompagnateur et véhicule compris.

A ceux qui préfèrent " monter ", il est proposé des randonnées équestres dans la vallée de la Clarée, au col de l'Echelle : 2 060 F pour quatre jours et trois nuits à placer entre le 26 octobre et le 5 novembre. Plus paisible encore, le golf (900 F le week-end en pension complète) ou le tennis (1 620 F, quatre jours, en pension complète également).

En suivant de près l'équipe d'archéologues qui, près de Memphis, en Egypte, viennent de découvrir le trésor funéraire d'Aper-El, vizir oublié d'Aménophis.

SUR la route de Memphis, on s'arrêtera, pour se mettre en train, au village pharaonique du docteur Ragab. Le docteur Ragab, un homme débordant d'initiatives, qui a été ingénieur, général, ambassadeur en Chine populaire, secrétaire d'Etat, qui parle cinq langues (et comprend l'égyptien hiéroglyphique), a inventé le Ragab Sun Compass et le Cryptograh Ragab, écrit des ouvrages sur des sujets aussi divers que les moteurs Diesel à grande vitesse ou l'électrification de la ligne d'Hélouan, a eu la bonne idée de reconstituer un petit bout d'Egypte ancienne sur l'ile Jacob, en face de Gizeh, à 100 coudées des prodigieux embouteillages et des innombrables chairs roses, branlées à dos de dromadaire, de l'Occident venu rendre des honneurs photographiques à Khéops, Képhren et à Mykérinos.

Des figurants en costume d'époque se livrent là, au milieu du Nil, à toutes sortes d'activités incontestablement pharaoniens, telles que cultiver le papyrus, que le docteur Ragab a réintroduit en Egypte, et qui sera ensuite traité au Ragab Papyrus Institute, un ponton amarré à la rive de Doqqi, prés du Club nautique hellénique et du Police Rowing Club, ou adorer des dieux à tête d'animaux. On les visite en bateau. Les plus grands de ce monde ont été enchantés du spectacle. " Rosalynn and I enjoyed our visit with you ", a écrit Jimmy Carter, dont la photo ainsi que celles de Mao Zedoung et Zhou Enlai, sont exposées à l'entrée.

Plus loin, les grandes dalles d'albâtre évidées, creusées, d'un canal d'écoulement, sur lesquelles on embaumait les taureaux Apis avant de les ensevelir, à Saqqarah, dans les colossaux sarcophages souterrains du Serapeum. A Memphis même, c'est une tout autre affaire. Fini la mise en scène. De ce qui fut la capitale de l'Ancien Empire, et dont les fouilles récentes de Saqqarah, sa nécropole, laissent penser qu'elle conserva, même après l'ascension de Thèbes, un rôle important et peut-être central dans l'Egypte du Nouvel Empire, il ne demeure pratiquement rien, quelques décombres dans le village de Mit-Rahineh. Grappes éclatantes, jaune et rouge, des dattes descendant des souples troncs gris dans des paniers de raphia, canal encombré de jacinthes d'eau, au milieu duquel un bus s'est perdu, ânes tintinnabulants tirant les charrettes, femmes en noir portant des bassines sur la tête, chiens pelés et d'autres crevés, ballonnés, au bord de la route, enfants zigzaguant au milieu des détritus, cahutes de brique, crue, flics moustachus en vareuse blanche, mouches. Paysage nilotique. Dans une mare d'eau croupie, blocs amoncelés de granit rose et de basalte à l'ombre desquels se pressent des chèvres, les ruines du temple de Ptah. Cet abandon, ces discrets éboulements sous les palmes qui patientent dans l'azur, donnent l'illusion plaisante d'être, un moment, un voyageur du siècle passé, un Chateaubriand philosophant sur les ruines de Carthage.

La route grimpe la dune, la pyramide à degrés du roi Djoser, première construction en pierre de l'histoire du monde, semble être couverte de neige, tant scintille le sable qui recouvre ses plans doucement inclinés et celle, ruinée, d'Ouserkaf, avec son chapeau de blocs hirsutes, évoque une sorte de monstrueux tatou géologique, une montagne des abysses ou bien d'une planète lointaine. Les moutonnements du désert de Libye filent vers l'ouest, se fondent aux tremblements du ciel, tout se brouille et se perd dans une rayonnante, brumeuse lumière. Au sommet d'une petite falaise de calcaire jaune, la maison de Jean-Philippe Lauer, l'homme qui a consacré sa vie à Saqqarah, domine la vallée du Nil.

Portes et volets turquoise, fraiche véranda sous les fleurs d'un bougainvillé, d'où l'on voit, loin, de l'autre côté du fleuve, les fumées des aciéries d'Hélouan monter dans l'air brûlant. Avant la construction du haut barrage d'Assouan, raconte Lauer dans le livre d'entretiens paru aux éditions Rivages, le Nil débordant chaque automne venait baigner le pied de la dune, les pyramides se reflétaient dans le miroir de l'eau calme. C'est à 100 mètres à peine de cette maison que s'ouvrent, au pied de la falaise dite du Bubasteion, parce que s'y élevait autrefois un temple de la déesse égyptienne Bastet que les Grecs appelèrent Bubastie, les tombes rupestres que fouille la mission française dirigée par Alain Zivie.

Passée la porte de fer qui chaque après-midi, à la fermeture des travaux, est méticuleusement plombée, on pénètre dans deux vestibules en baionnette. Le plafond est cintré, souligné par une corniche le long de laquelle court une inscription difficilement lisible, mais sur laquelle il est fait mention de l'" Aton vivant ", le dieu solaire unique dont Aménophis IV-Akhénaton tenta d'imposer le culte. Sur le mur de droite, des panneaux gravés, séparés par des sortes de pilastres, représentent le haut personnage qui fut enseveli dans cette tombe, sous la dix-huitième dynastie, c'est-à-dire quatorze siècles avant notre ère, probablement par son fils Houy, " général des chars ", ou " directeur des chevaux ", et donnent son nom et la liste de ses titres : Aper-El, enfant du palais, chef de la ville, vizir, les yeux et les oreilles du roi, père divin. Or, commente Alain Zivie, tandis que ses doigts suivent les colonnes de hiéroglyphes sur le mur, non seulement on n'avait jamais entendu parler de ce personnage qui était pourtant le plus proche du roi, à cheval sans doute entre le règne d'Aménophis III et celui d'Akhénaton, mais son nom est passablement intriguant : le nom de " El " est celui d'un grand dieu ouest-sémitique, le pluriel " Elohim " deviendra un des noms du Dieu de la Bible.

Si l'on ajoute à cela qu'il n'est pas fait mention de ses parents, mais qu'il est dit qu'il était " enfant du palais ", que plusieurs tombes voisines appartiennent à des personnages dont l'origine allogène semble probable, que certains ont rapproché l'autre graphie de son nom, Aperia, du mot Apirou par lequel les Egyptiens désignaient des populations semi-nomades, instables, dont faisaient partie les Hébreux. A ce point, on entre dans le domaine mouvant, dangereux, des spéculations que le savant se refuse quant à lui à cautionner. On peut évoquer l'histoire de Joseph, le fils de Jacob et de Rachel, à qui pharaon dit : " Sans toi nul ne lèvera la main ou le pied dans tout le pays d'Egypte " (Genèse, 41, 44); plus hasardeux encore, on peut être tenté de mettre l'énigme du vizir oublié, " étranger ", en rapport avec la tentative de " monothéisme " (le mot est un peu abusif, selon Alain Zivie) d'Akhénaton. L'égyptologue rejette ces séduisantes imaginations, préférant s'en tenir aux strictes, austères leçons que livre la pierre.

Des piles de petits cageots de palmier tressé, les mêmes qu'on voit dans la vallée emplis de légumes terreux, sur les plateaux des charrettes à âne, encombrent la crypte, et sur leur étiquettes se laisse lire l'inventaire d'un bric-à-brac funéraire : " ossements, fémurs, etc. "; " bois, fragments informes sans trace de décor ou de couleur (cercueils, etc.) "; " ossements + tissu de momies "; " ossements (crânes, mâchoires) ". Des ouvriers égyptiens, sous la houlette d'un rais à grandes moustaches effilées poivre et sel, en galabieh brune et turban blanc, s'enfoncent dans les profondeurs, porteurs de seaux de ciment ou de blocs de calcaire grossièrement taillés. L'air est poisseux, légèrement fétide, chargé de particules de bois brûlé, de poudre d'os. Et puis il y a l'odeur un peu sure des momies de chats.

La falaise est pleine de ces squatters, inhumés dans les tombes du Nouvel Empire, à l'époque alexandrine, par les prêtres de Bastet, la déesse à tête de lionne ou de chatte. On descend dans les catacombes des chats par un puits d'environ 3 mètres de haut, accroché à une minuscule échelle de câble.

C'est dans ce puits que fut découverte une très belle cuillère à fard en ivoire teinté, représentant un tilapia, un poisson du Nil. Parvenus en bas " respirant la cendre et la poussière ", on se traine, comme Nerval au cours de sa visite à Saqqarah, en 1843, " dans des conduits où l'on ne peut passer qu'à genoux ", et soudain, dans la lumière de la baladeuse, dévalant une pente de blocs descellés, une avalanche de guenilles ocre, discrètement pestilentielles donc : ce sont les momies, des centaines de momies, entourée chacune d'une quinzaine de mètres de fines bandelettes de lin. Certains de ces antiques greffiers à poil roux, momifiés " en pied ", ont l'air d'avoir été dégustateur chez Fido il n'y a pas si longtemps, d'autres au contraire, pattes repliées, ressemblent aussi bien à des rosbifs bardés. Il arrivait aux prêtres de Bastet de rouler les pieux clients venus acheter, assez cher sans doute, un animal intercesseur pour l'offrir à la déesse, et de remplir ces polochons de n'importe quoi, ce qui leur tombait sous la main, un demi-chat, une grenouille, et même, dans un cas extravagant, digne des sorcières de Macbeth : une tête, un avant-crâne et une patte de chat, un avant-crâne et une mandibule de chacal, des restes d'oiseaux et de petits reptiles.

Sept marches inégales donnent accès à un second niveau, plus profond, une galerie coudée dans laquelle s'entassent des jarres exhumées des décombres. La fumée des incendies, allumés probablement par les pilleurs, noircit le plafond. Au bout, par des échelles appliquées contre les parois d'un puits de 7 mètres, on descend au troisième niveau, une assez vaste salle sur laquelle s'ouvrent sept chambres plus petites. On est en train, truelle à la main, masque sur la bouche, d'achever de fouiller la dernière d'entre elles; fragments de peau humaine dure, translucide, cireuse, morceaux d'os, la récolte de la matinée est maigre. Dans des casiers de palmier, des tibias, trois crânes, et le squelette, auquel adhère encore le cuir, d'un chacal que la mort - un éboulement, peut-être - a figé dans une position étrange, les pattes de devant tendues, celles de derrière pliées et rejetées sur le côté, la tête à demi retournée, les crocs serrés.

Mais les découvertes faites dans cette grande salle ne sont pas toujours aussi macabres puisque c'est là qu'a été exhumée une splendide tête de femme en bois stuqué, à l'expression sérieuse et pure, étonnée peut-être, aux lèvres charnues d'un rouge léger, aux obliques yeux bridés sertissant des pupilles d'un noir profond que répètent les larges pendentifs circulaires ornant les oreilles. Un ouvrier trempé de sueur monte un mur de soutènement, des bannes de caoutchouc, emplie de débris, s'envolent vers la lumière au bout d'un croc, des madriers descendent par le même chemin, les accents gutturaux de l'arabe résonnent dans les souterrains.

L'éboulement, dans ce calcaire marneux fissuré, haché, raviné de ruissellement, est la grande obsession de l'égyptologue qui doit se transformer, pour la circonstance, en maçon, en charpentier, en conducteur de travaux. Au fond d'un dernier puits de 8 mètres, dans lequel on descend par une couinante et légèrement vertigineuse échelle de corde, on arrive enfin, une vingtaine de mètres au-dessous du niveau de l'entrée, au caveau où ont été retrouvés les squelettes du vizir, de sa femme et de son fils, leurs masques et les vases d'albâtre contenant leurs viscères, parmi tout un beau matériel funéraire. Des touffes de longs cristaux chevelus hérissent la roche sombre, humide, striée de blancs éclairs de gypse. Sur le sol noir, les restes d'un sarcophage de bois noir.

Une visite dans les tombes voisines, non encore fouillées, donne une idée du travail, de la patience inouie qu'exige le déblaiement archéologique. On descelle quelques parpaings du mur qui ferme, à une dizaine de mètres de la porte d'Aper-El, la chapelle funéraire de Mery-Sekhmet, chef du double grenier, scribe royal.

Le sable éolien, semé de débris divers (Alain Zivie me raconte qu'il a trouvé, chez le vizir, des lettres adressées en 1930 à Jean-Philippe Lauer, que le vent avait portées là, avant que la tombe ne fût close), l'emplit jusqu'à un mètre du plafond.

A droite, la paroi est sculptée et gravée, le faisceau poudreux de la torche fait jaillir d'un fond noir des dizaines de figures rouge sombre, moissonnant, menant des bÓufs, construisant des bateaux.

On rampe, on glisse, on avance à quatre pattes, attaqué par les puces (les tombes sont pleines de puces, sont-ce des puces de momie?), le dos racle le plafond, et peut-être y a-t-il en dessous, comme à la porte d'à côté, des catacombes ensevelies sur 20 mètres de profondeur, qu'il faudra vider pour ainsi dire à la petite cuillère, tamis après tamis, panier après panier.

Par des passages à demi obstrués, et qui ont sans doute été creusés par les voleurs de sépultures il y a un ou trente siècles, on circule d'une tombe à l'autre : chez Nehesy, le " Nubien ", chef du trésor de la reine Hatchepsout, " à qui on annonce les productions du double pays ", et qui conduisit peut-être, au quinzième siècle avant notre ère, la fameuse expédition au pays de Pount, la corne de l'Afrique riche en encens; la voûte, où courent des zigzags d'une peinture turquoise étonnamment fraiche, s'est effondrée sur une grande surface, et des infiltrations salées rongent les reliefs gravés.

On discerne tout de même, bleu pâle, brun et ocre léger, un profil d'Osiris émergeant du sable. On accède chez Mery-Râ, ministre des finances d'Aménophis III, " chef de la maison du roi quand Sa Majesté était encore un enfant ", en traversant une tombe anonyme et celle d'un marin, Resh, officier du navire Etoile de Memphis, puis commandant de l'Aimé d'Amon.

C'est pour le profane une surprise, bizarrement agréable, d'apprendre que les Egyptiens baptisaient leurs bateaux : a-t-on jamais entendu dire que l'industrieux Ulysse, si fort pourtant en paroles ailées, donnait un nom à son " noir croiseur "?

Un coup de lampe rasant fait surgir de l'ombre un profil d'Isis; des pieds rouge sombre, posés bien à plat l'un devant l'autre (et il y en a une paire d'une pointure nettement hors du commun, qui doivent appartenir à Osiris), font la file indienne sur une paroi, il doit bien y avoir des corps au-dessus, mais, couché comme on l'est sur les débris, le nez dans la poussière, on ne les voit guère.

Dehors, baignée d'éclatante lumière, la pyramide de Djoser passe sa tête de pierre au-dessus d'une dune, sur laquelle se profilent parfois un vélo poussé par une silhouette en galabieh, un tanguant dromadaire. Abrité du feu du ciel sous un auvent de planches, assis en tailleur, le rabouteur de poteries réfléchit.

Devant lui, posés sur le sable, une centaine de tessons. Abeid Mahmud Hamed, tout au long de la journée, tel le Bartlebooth de la Vie mode d'emploi, reconstitue des puzzles, refait des jarres à partir de fragments épars. Le problème se complique du fait qu'il a devant lui plusieurs puzzles mélangés, et qu'en outre aucun n'est, évidemment, complet.

Abeid Mahmud Hamed réfléchit longtemps, puis il se lève, lentement, choisit un tesson, un autre : ils se joignent parfaitement; il les brosse, doucement, méticuleusement, avec une vieille brosse à ongles, dans une bassine, les met à sécher, tout à l'heure il les encollera.

Il met à part d'autres tessons qu'il sélectionne d'après leur forme, leur couleur, l'épaisseur de la terre, l'apparence de la cassure. Il les marque d'un infime coup de crayon, retourne s'asseoir, réfléchir. Il fait tout posément, et presque à coup sûr : sa lenteur est foudroyante. Il semble avoir une sorte d'ordinateur dans la tête, spécialement programmé pour reconstituer des poteries.

Lorsque, à 2 heures, le travail cesse dans la tombe, que le rais a rassemblé ses hommes, que l'égyptologue et l'inspecteur du site, l'obligeant Ahmed Mohammed Abd El Al, pince à plomber en main, ont posé les scellés sur la porte refermée, je raccompagne Abeid, en voiture, jusqu'au village des ouvriers des Antiquités, au pied de la pyramide de Teti, et il m'invite à prendre le thé chez lui. Un petit ventilateur vrombit. Les mouches sont insistantes. Au mur, des photos de la famille, mariages, service militaire, matchs de football.

Abeid a vingt-sept ans, il travaille depuis l'âge de onze ans sur la nécropole de Saqqarah où son père était rais. Il me montre des certificats que lui ont établis des archéologues. " He is outstandingly intelligent ", écrit Harry Smith, de University College, London.

Et le Dr Eugen Strouhal, un anthropologue tchèque, assure qu'il est capable de reconstituer un squelette à partir de poudre d'os, ou presque. Abeid est, modestement, fier de ces témoignages. Il est heureux de faire ce boulot.

Après que nous eumes bu le thé brûlant, il m'entraina dehors, sur l'épaulement de sable qui domine le site de Memphis. A droite, à gauche, comme des voiles grises dans la brume de chaleur, les pyramides de Dahchour, d'Abu-Sir, de Gizeh, remontent la vallée du Nil dont le vert poussiéreux est surplombé, au loin, par le skyline estompé du Caire.

D'un grand geste lent, Abeid embrasse le paysage, puis il touche ses yeux, il me fait comprendre que c'est beau, simplement.

A première vue, les grands argentiers du groupe des Sept, réunis le 23 septembre à Washington, semblaient fermement déterminés à s'opposer à toute " hausse du dollar au-dessus de ses niveaux actuels ". L'effet d'annonce avait été bien préparé. Différentes actions étaient prévues pour mener à bien ce dessein. Moins de trois semaines après, l'échec est patent.

En dépit des dizaines de milliards de dollars dépensés par les banques centrales sur les marchés des changes, du relèvement des taux d'intérêt, en Europe d'abord, au Japon ensuite, la monnaie américaine est toujours orientée à la hausse.

Au cours de cette succession d'événements, les responsables des sept grands pays industriels ont fait bien peu d'efforts pour convaincre de leur consensus et de leur détermination à atteindre leur objectif. Bien au contraire, les désaccords émanent actuellement non seulement de dirigeants de pays différents, mais de ceux d'administrations différentes au sein d'un même pays. Il est clair que les dirigeants occidentaux ne peuvent s'engager à faire baisser la parité du dollar au moment où les responsables de la politique monétaire des Etats-Unis s'opposent à tout assouplissement du crédit et s'affrontent ouvertement à la Maison Blanche.

Le niveau actuel du dollar n'est pas jugé fondamentalement préoccupant par un grand nombre de pays. Le phénomène inquiétant réside dans la poursuite d'une tendance haussière entamée au début de l'année, et dont on ne sait quand elle s'achèvera. Le dernier communiqué du groupe des Sept affichait la volonté d'engager une action préventive : mais sans accord entre tous les partenaires sur les méthodes à employer, l'échec est inévitable et la crédibilité du groupe des pays industriels, essentielle à la poursuite de leur coopération, inévitablement entachée.

En janvier dernier, pour la première fois depuis plus de vingt ans, les accords de frontières dans la presse quotidienne régionale étaient rompus par la décision du journal le Méridional - l'un des quatre titres du groupe marseillais Le Provençal (au groupe Hachette) - de lancer une nouvelle édition, sous le titre Nimes-Matin, dans la zone de diffusion du Midi libre. Neuf mois plus tard, le bilan de cette opération est mitigé.

A Nimes, le groupe Le Provençal a débarqué avec les gros sabots d'Hachette. Débauche d'affiches et de slogans à la clef. Objectifs : une diffusion de 4 000 à 8 000 exemplaires sur l'est du département - la zone la plus peuplée - et un chiffre d'affaires publicitaire de 5 à 10 millions de francs. En juillet, Nimes-Matin a vendu 3 798 exemplaires, et ses rentrées publicitaires sont estimées, pour l'année, à un peu plus de 4 millions de francs. Pour Claude Bujon, directeur général de Midi libre, ces chiffres sont surestimés, et la cause est entendue : " C'est un échec total et, je pense, définitif... " La concurrence a contribué à renforcer Midi libre : 4,8% d'augmentation des ventes après six mois de bataille alors que, dans le domaine publicitaire Nimes-Matin aurait grignoté, selon Mr Bujon, " un peu plus de 1% du marché ".

Michel Bassi, PDG du Méridional, estime, au contraire, qu'il s'agit " plutôt d'un succès. Nous savions que la partie serait très difficile, souligne-t-il, et nous avions même envisagé, parmi tous les scénarios possibles, celui d'un retrait à la date du 30 juin. Or nous n'avons aucune envie de partir. Nous serons rentables dans deux ans ". Il reconnait toutefois que des erreurs " d'analyse et d'appréciation " ont été commises. " La principale a été de vouloir lutter de front avec Midi libre et donc d'avoir fait un peu le même journal. Les gens attendaient un produit différent. Nous les avons sans doute déçus. "

Michel Bassi admet moins facilement les erreurs de recrutement concernant la rédaction locale de Nimes-Matin. " L'équipe qui a été constituée, observe pourtant sans détour Michel Renouleaud, qui a repris en main l'agence nimoise, était trop jeune, trop inexpérimentée professionnellement et ne connaissait pas du tout le terrain face à une concurrence aguerrie. " Le renfort du directeur de l'information et du rédacteur en chef du Méridional, pendant trois mois, n'a pas été de trop.

Les responsables du groupe Le Provençal s'apprêtent à rectifier le tir. " Nous disposons d'une enquête qui prouve que notre image est bonne ", se félicite Michel Bassi. Reste à améliorer le produit. La " une " et la mise en page intérieure vont être modifiées et priorité sera donnée aux enquêtes et aux dossiers. La zone de diffusion va être étendue au Gard rhodanien (Pont-Saint-Esprit, Bagnols-sur-Cèze). Cette relance de Nimes-Matin s'inscrit, en fait, dans la stratégie de développement du groupe Le Provençal dont le PDG, Laurent Perpère, confirme l'implantation à Montpellier. Il s'agit d'un projet à très court terme sous la forme, non pas d'une nouvelle édition du Provençal ou du Méridional, mais d'un titre local avec un contenu distinctif. Irrité, Claude Bujon affirme : " On leur fera manger leur chapeau comme on l'a fait à Nimes. " Pour le directeur général de Midi libre " la preuve est faite que les accords de frontières conclus dans la presse quotidienne régionale ne peuvent être que très difficilement transgressés. Les positions sont figées et les parts de marché distribuées ". Analyse que ne partage pas Laurent Perpère. Le PDG du groupe Le Provençal considère que les modes de vie et le sentiment de l'appartenance à un terroir ont changé. " Dans les grandes villes, souligne-t-il, la plupart des titres connaissent des difficultés, ce qui signifie que les formules rédactionnelles expérimentées dans les années 1950-1970 ne répondent plus à la demande d'information des lecteurs. " D'où une certitude : il y a place, aujourd'hui, pour des journaux différents, en particulier à vocation citadine, comblant une attente d'information pluraliste. De ce point de vue, Montpellier, une ville dont le développement économique favorise un grand brassage social, constitue un banc d'essai des plus intéressants. Laurent Perpère est convaincu de la nécessité d'une rationalisation industrielle, commerciale et rédactionnelle de la presse quotidienne régionale méditerranéenne supposant des accords entre les principaux titres. Le hic : Hachette fait peur. " Ayant échoué auprès de plusieurs journaux, dont Midi libre, dans ses tentatives de prise de participation financière, il essaie maintenant de pénétrer le marché par la concurrence ", observe Mr Bujon qui laisse entendre une possible alliance avec " d'autres qui ont envie d'en découdre avec Hachette ". Le groupe Maxwell n'est pas loin...

La FIAC (Foire internationale d'art contemporain) qui se tient au Grand Palais jusqu'au 15 octobre, le confirme : le marché de l'art s'envole. Les prix flambent. L'art contemporain n'échappe pas à cet accès de fièvre. La mode et le snobisme y sont pour beaucoup. Les raisons financières, bien davantage.

Les Óuvres d'art, qui échappent à l'impôt de solidarité sur la fortune, semblent soudain un bon placement pour quantité d'" amateurs " qui se découvrent une âme de collectionneur. Des syndicats - britanniques, il est vrai - s'associent à Sotheby's, la célèbre firme anglaise, pour spéculer ouvertement.

Les banques s'en mêlent et constituent des cellules chargées de guider leur fidèle clientèle sur les sentiers compliqués de l'avant-garde picturale. Mais cette inflation peut-elle continuer sans déboucher sur un " krach ", redouté par presque tous les professionnels lucides ?

LA directive adoptée le 3 octobre par le conseil des ministres européens comporte en son article 4 cette phrase inadmissible : les télévisions transfrontalières diffuseront " une proportion majoritaire " d'Óuvres européennes " chaque fois que c'est réalisable ". On se souvient qu'au printemps dernier, suite aux mouvements des artistes notamment, en France mais aussi en Europe, elle avait été rejetée par le Parlement de Strasbourg et mise de côté par le conseil des ministres. Cette fois-ci, elle est reprise et aggravée puisqu'un additif joint à la directive déclare que cet article est seulement un engagement politique.

Ainsi la directive est un texte juridique, sauf pour ce qui reste des quotas qui n'est qu'une déclaration d'intention dont le non-respect sera donc très difficile, voire impossible, à faire sanctionner par la cour de justice de la CEE.

Les programmes américains, déjà majoritaires sur la planète, ont donc, à l'initiative des décideurs européens, un nouvel espace ouvert à leur diffusion, et les grands groupes européens, qui ont fait le choix d'une politique d'assembleurs disputant seulement aux Américains une part de leur marché de distribution, marquent un point qui tourne le dos à l'Europe riche de la diversité de ses créations culturelles en amitié avec toutes les cultures du monde que veulent les artistes et les téléspectateurs. C'est un coup aussi aux images des pays du Sud.

Tous les mots bienveillants sur la culture et la création tenus avant et pendant les assises n'ont donc été qu'un écran de fumée avant une nouvelle invasion programmée de nos écrans.

Est-ce à dire que tout est joué, perdu ? Non, pourvu que le mouvement des artistes, surtout s'il s'élargit aux téléspectateurs, continue de s'exprimer et d'agir sur la base de l'alternative qu'il avait dessinée au Théâtre Mogador en avril dernier à l'initiative des Etats généraux de la culture.

C'est là qu'intervient le deuxième domaine Eurêka audiovisuel et un aspect de la directive, le droit reconnu à chaque Etat de définir des quotas plus importants que ceux de l'article 4.

Ce droit, le gouvernement français doit s'en saisir à plein : le décret Tasca, si décrié par les affairistes français et luxembourgeois, doit être publié. La production d'images (cinéma et télévision) doit devenir un objectif central et, pour ce qui est du gouvernement, il doit promouvoir la SFP et les unités de production de FR 3. Cette SFP et FR 3 respectant le choix des collaborateurs artistiques par les réalisateurs doivent coopérer avec les producteurs indépendants. L'heure est à des coopérations franco-françaises, mais aussi à des coopérations européennes autour de projets d'artistes. En amont, ces coopérations créeraient les conditions de production, en aval celles de diffusion. Des séries avec réciprocité pourraient être négociées bilatéralement ou multilatéralement et remplaceraient peu à peu les patchworks des coproductions.

Une taxe sur les achats de programmes des diffuseurs préfigurant une taxe européenne de même nature (c'est un objectif pour le sommet européen du 8 décembre) devrait servir à la constitution d'un fonds où ceux qui respecteraient les quotas nationaux et des obligations de production auraient un retour à l'identique, ceux qui feraient mieux ou moins un bonus ou un malus. Ce fonds, qu'abonderaient ainsi les achats américains, réserverait une part à des initiatives de type sélectif, par exemple lorsqu'il serait créé au niveau européen en faveur des pays à faible capacité de production et à aire linguistique restreinte.

Il ne s'agit là que de quelques éléments qui renforceraient les images françaises et amorceraient avec un nouvel esprit efficace les incontournables coopérations européennes que silhouette, de manière intéressante, la déclaration des vingt-six gouvernements et de la Commission de Bruxelles. Certes, le marché y est encore trop prégnant, mais nombre d'aspirations des artistes commencent à y être prises en considération, notamment dans le document Objectifs et critères applicables aux projets Eurêka audiovisuel. Des crédits, qu'il faudra porter au niveau souhaité par les professionnels, sont programmés. La présence notamment de l'Union soviétique est une amorce vers la Maison commune de l'audiovisuel. La mise en place d'une structure souple Eurêka audiovisuel doit permettre d'avancer.

Il y faudra beaucoup d'efforts (la directive du 3 octobre est un obstacle), une intraitable indépendance à l'égard des Etats-Unis, où l'accord Sony-Columbia indique clairement que le gouvernement américain jouera sa propre carte dans le domaine de la haute définition et prépare une répartition des tâches avec le Japon qui n'est pas favorable à l'Europe. Il faudra surtout beaucoup d'actions des intéressés eux-mêmes. Il faudra construire des convergences et des cohérences fortes entre créateurs et téléspectateurs-citoyens européens.

Saint-Simon trouvait que dans trop de domaines les " frelons " avaient toujours le dessus sur les " abeilles ". Il ajoutait : " Sire, délivrez-nous des frelons. " Les frelons européens (diffuseurs, gouvernements, Commission de Bruxelles) ont montré une nouvelle fois leurs limites quand ils règnent sans partage.

Nous, nous disons : Abeilles, mobilisez-vous, gagnez partout la place que la démocratie doit vous reconnaitre, celle de décideurs à part entière de votre présent et avenir, celle de responsables de vos propres affaires. Les frelons ne sont pas invincibles et Batman non plus.

Trop de jeunes Français, déjà favorisés par leur origine sociale, échappent au service militaire stricto sensu, qu'ils laissent à d'autres moins privilégiés qu'eux, pour choisir, grâce à leurs relations, les filières élitistes du service national que sont les nombreuses formes civiles de cette obligation républicaine. Les militaires appellent ces heureux bénéficiaires de la loi des " fils d'archevêque ", quand la dénomination de " planqués " caractérise plutôt les recrues du service militaire qui réussissent à s'aménager un emploi de tout repos sous l'uniforme.

Mr Guy-Michel Chauveau, député socialiste de la Sarthe, a rédigé, à la demande du ministre de la défense, un rapport sur le service national dans lequel il dénonce vigoureusement les " planqués " et les " fils d'achevêque ". Ce rapport parlementaire a été remis en juin dernier à Mr Jean-Pierre Chevènement, mais il vient seulement d'être rendu public.

Dans ce document de soixante-dix pages illustré de nombreuses annexes, Mr Chauveau évoque peu, en réalité, le service militaire proprement dit, si ce n'est pour souligner sa double hostilité personnelle à sa suppression éventuelle, au profit d'une armée de métier, ou à sa réduction à six mois, comme le PS et son candidat au scrutin présidentiel de 1981, Mr François Mitterrand, l'avaient imaginé à l'époque. Ces deux thèses sont récusées, la seconde plus vivement que la première parce qu'elle est proposée " au nom sans doute du confort individuel ".

Le rapporteur s'appesantit en revanche sur " la désaffection des élites vis-à-vis du service militaire " et sur la prolifération " dans des conditions parfois juridiquement critiquables " de formes civiles du service national " sans justification propre " autre que de servir de " complément nécessaire pour assurer l'universalité du service en l'état actuel d'une démographie excédant les besoins strictement militaires " jusqu'à la mi-décennie prochaine.

Un jeune Français sur quatre au moins n'accomplit pas son service national, observe Mr Chauveau, et donc " l'institution est aujourd'hui profondément inégalitaire ". Mais, de surcroit, 78 % des titulaires d'un diplôme égal ou supérieur au deuxième cycle universitaire échappent à la forme proprement militaire de cette obligation. Si les formes civiles ne représentent que 3,4 % des effectifs (1), elles ont augmenté de plus de 30 % en termes quantitatifs entre 1987 et 1988 et le phénomène est encore plus grave en termes qualitatifs, puisque le niveau général (mesuré par des tests à la sélection et corroboré par les diplômes présentés) des recrues du service national est de 16,12 sur 20 quand il est de 11 pour les appelés dans les armées.

On constate, selon le rapporteur parlementaire, " un écrémage " au profit d'un service civil et au détriment des armes de mêlée (l'infanterie) dans l'armée de terre. Les régiments de première ligne reçoivent dès lors des personnels de faible niveau général et sans motivation.

" Parmi ces dévoiements élitistes et dangereux ", Mr Chauveau cite les volontaires du service national en entreprise (VSNE), qui touchent des gratifications susbtantielles ; les chercheurs scientifiques, qui sont embauchés pour 90 % d'entre eux dans le laboratoire de leur " service " ; les volontaires pour l'assistance technique, qui sont une main-d'Óuvre à bon marché " sous le soleil des Tropiques ", ou les objecteurs de conscience, qui servent de " supplétifs " à certaines collectivités locales.

" Faute de doctrine, faute d'autorité coordinatrice, écrit le rapporteur, le service national a été abandonné aux initiatives à court terme, parfois corporatistes, des différents ministères, voire de certains services ou entreprises privés. Loin de toute idée de défense, de plus en plus loin de toute mission de service public, loin aussi de toute fonction égalisatrice, le service national n'est plus perçu dans certaines de ses modalités que comme un moyen commode de fournir à des administrations ou à des entreprises une matière grise à faible coût. "

Mr Chauveau y voit " le jeu de réseaux de relations personnelles " ou de " filières occultes ", quand il ne s'agit pas de " manifestations de clientélisme ", dont bénéficient " des jeunes issus de milieux sociaux favorisés et profitant d'une large information, pour échapper aux contraintes jugées excessives du service militaire ".

Le rapporteur n'en condamne pas moins également les inégalités entre recrues au sein même du service militaire, entre le bénéficiaire d'une décision individuelle d'affectation (les appelés détachés dans " des emplois paisibles " ministériels ou administratifs qui leur valent beaucoup de jours de congé) (2) et le " voyageur forcené " incorporé outre-Rhin ou loin de chez lui (qui représente parfois jusqu'à 6 % de la clientèle annuelle de la SNCF).

" Un tel service, note Mr Chauveau, évolue manifestement vers un rôle de soupape de sécurité, rendu indispensable par la politique actuellement suivie en matière d'effectifs de la fonction publique. " Le ministère de la défense y succombe lorsqu'il envisage d'affecter des appelés à la Caisse nationale de sécurité sociale militaire.

Le député socialiste suggère quelques remèdes. " Le principe, écrit-il, pourrait être de limiter les extensions envisagées des formes civiles du service aux formations encadrées accomplissant des missions touchant à la sécurité. " Il se prononce contre le projet du secrétariat général de la défense nationale (SGDN) de créer " un corps de défense à vocations multiples " dont la mission ne lui parait pas claire. Il cite, au contraire, en exemples la police ou la gendarmerie, les unités d'intervention de la sécurité civile, les sapeurs-pompiers (même civils) ou encore des formations de réservistes de la défense dont il faudrait réétudier et les tâches et l'organisation.

Mr Chauveau préconise aussi de spécialiser des unités militaires dans des actions de formation des jeunes, qui sous la forme de " groupements d'instruction et de travaux " seraient des centres de formation, à statut militaire, travaillant pour le compte des appelés de formation générale trop faible ou sans qualification professionnelle.

Outre la lutte globale contre l'illettrisme et pour une meilleure réinsertion professionnelle des jeunes, trois projets concrets pourraient voir le jour en Lorraine (pour les métiers du bâtiment et de l'automobile), en Corse (pour la protection des massifs forestiers, l'agroalimentaire et l'hôtellerie) et dans le nord de la France (dans les métiers du transport et la restauration).

Le rapporteur parlementaire envisage, grâce à une direction centrale du service national rénovée et agissant par délégation du premier ministre, la création d'une structure unique de gestion, sous l'autorité directe du ministre de la défense, qui serait chargée de suivre et de contrôler l'affectation et l'emploi de tous les appelés. Devant " la prolifération et la fragmentation " des différentes formules de service national, estime Mr Chauveau, " c'est d'abord aux armées qu'il appartient de se servir en premier ". Il faut réduire au minimum indispensable les formes civiles du service national et mettre un terme à l'" écrémage " qualitatif des armées.

Jorge Lavelli met en scène Opérette, de Gombrowicz, auteur qu'il a fait connaitre en France de manière éclatante, en montant le Mariage. C'était en 1963, au Concours des jeunes compagnies. On découvrait la violence très contrôlée, à la fois baroque et austère du metteur en scène, l'ironie flamboyante de l'auteur et son scepticisme. Son théâtre tient en trois pièces qui, en dehors du Mariage, sont Yvonne, princesse de Bourgogne, que Lavelli montait en 1967 avec le Centre dramatique de Bourgogne, et Opérette, que créait Jacques Rosner en 1970 salle Gémier. Ensuite Lavelli en montait une adaptation allemande à Bochum. Le thème en est le culte de l'apparence et le rêve de nudité, plus l'intrusion à la cour d'une principauté d'opérette, d'une fillette dont l'innocence provoque panique et révolution. C'est en somme la version inverse d'Yvonne, qui, laide et muette, jetée parmi les nobles d'un royaume imaginaire, agit comme un miroir où se reflètent faiblesses et pulsions mauvaises, et qui gêne au point d'être assassinée.

La mise en scène d'Opérette par Lavelli à Bochum, somptueuse,d'un grotesque tirant vers le noir, s'achevait sur la destruction du décor, en quelque sorte de la pièce, et même du théâtre... Il faut se souvenir de ce que symbolisait l'" institution " tout de suite après soixante-huit. La version actuelle est forcément très différente, comme le serait probablement celle du Mariage si Lavelli reprenait la pièce.

" Sans doute, mais je ne la reprendrai pas. Elle est belle, très forte, reliée pour moi à un travail accompli. C'est-à-dire que je ne pourrai plus la mettre en scène de la même manière, et pas davantage autrement. Yvonne, en revanche, je l'ai montée à Zürich et c'était sans rapport avec ce qui avait été fait ici, puis en 1972 au San-Martin de Buenos-Aires où naturellement, c'était encore plus différent. Là aussi, on découvrait Gombrowicz. Il était arrivé de Pologne en 1939 mais on ne peut pas dire qu'il était devenu un auteur national. La pièce a seulement été publiée au moment où le spectacle est sorti...

" Le théâtre de Gombrowicz comporte des constantes, une façon de pousser les personnages d'adultes à la caricature, de détruire leur monde au moyen de la dérision. C'est son côté polonais et ce qui m'intéresse chez lui. Non pas parce que je suis argentin. Notre culture a été influencée par le surréalisme. Lui, c'est autre chose. Je ne connais pas en Argentine un auteur aussi référentiel dans la manière de distordre la réalité des dictatures, d'en faire des sociétés de petits noble grotesques. Il ne va pas à la critique sociale, il va plus loin. Il est philosophe, pas idéologue. Il ne fournit pas un mode d'emploi, il délivre un message.

" Quand il m'a parlé d'Opérette, j'étais étonné. Il voulait détourner un genre extrêmement théâtral et superficiel. La vraie opérette avec toiles peintes, bals, flirts, baisers au clair de lune, musique, et dans cette enveloppe, inscrire le tragique, le pathétique. Il y tenait énormément. A Bochum, j'avais évacué ces conventions. A présent, je joue le jeu. Le jeu est toujours double. Les personnages sont des fantoches porteurs d'un secret, des ex-quelque chose, des gens en perte d'identité. Le langage s'autodétruit par excès de banalité. Et au milieu de ces Folies Bergère, il y a des monologues quasi shakespeariens, ainsi celui de l'intellectuel, toujours entre deux chaises, mal à l'aise dans ce monde sur lequel il vomit.

" C'était le malaise typique de 68, Gombrowicz a terminé la pièce en 1969. Ce qui frappe aujourd'hui, c'est la façon dont elle en appelle à l'individualisme, à une recherche individuelle de l'authenticité, dont le symbole est cette nudité de rêve. Une utopie peut-être.

" Je ne crois pas que Gombrowicz, bien qu'il ait été amoureux de la jeunesse, se soit passionné pour les mouvements de 68. D'abord parce qu'il était anarchiste professionnel, donc toujours contre tout. La jeunesse, il l'avait retrouvée en Argentine. Il avait entre trente-cinq et quarante ans, quittait une patrie qui ne savait plus où étaient ses amis, ses ennemis. Il arrivait dans un pays en retard sur le plan industriel, mais en pleine expansion, et qui pratiquait la politique de peuplement. Il ne parlait pas espagnol, enseignait la philosophie à des Polonaises expatriées, jouait aux échecs dans des cafés. Il avait attiré un cercle de jeunes gens qui ne le croyaient pas quand il racontait sa célébrité, son importance en Pologne. Mais ils l'admiraient, le tenaient pour un maitre. Il ne voulait plus quitter ses disciples, retourner chez lui. Seulement, quand il a écrit Opérette, il était déjà âgé, et surtout malade. Il courait après cette utopie de nudité, par la jeunesse, cet état vulnérable, inachevé, imparfait, fascinant... Je peux très bien comprendre ce qu'il veut dire. "

Une huile " moyenne " de Masson est à 15 millions de francs, une aquarelle de Léger à 3 millions, une grande sérigraphie de Warhol à 2,8 millions, et les Óuvres de Basquiat, star du marché à titre posthume, se négocient à des montants comparables.

Qui achète ? Des amateurs et des spéculateurs. Les premiers font les modes et les suivent, ou préfèrent plus sagement suivre leur goût personnel - nous en avons rencontré quelques-uns. Les seconds font des affaires. Le procédé est simple : obtenir un crédit auprès d'une banque - ou payer comptant quand c'est possible - pour acheter une Óuvre en galerie, la conserver quelques mois et la revendre aux enchères à Londres ou à New-York, puisqu'aujourd'hui on vend plus cher chez Christie's et Sotheby's que dans les galeries. La plus-value est suffisante pour payer le crédit et empocher un joli bénéfice.

Le plus bel exemple de spéculation tranquille est fourni par la Caisse des retraites des British Railways, qui, au début des années 70, a demandé à Sotheby's de lui constituer une collection d'objets d'art. En un peu plus d'une décennie, 2 700 pièces furent engrangées par le syndicat britannique, qui vient de les revendre - par l'intermédiaire du même Sotheby's - en multipliant par onze sa mise initiale. Ainsi, un Matisse acheté 1 million de francs a été revendu 17 millions, un Monet acquis 2 millions est reparti pour 61 millions et un Renoir payé, en 1979, 6 millions a été recédé 100 millions en avril 1989.

Ainsi, tout le monde y gagne : les galeries, qui voient leur stock régulièrement réévalué à la hausse ; les commissaires-priseurs, rémunérés au pourcentage ; les banquiers, qui peuvent proposer de nouveaux " produits financiers " ; et même les artistes - ceux du moins qui sont à la mode. Car pour les autres, meilleurs parfois, et pour les amateurs modestes, qui aiment la peinture pour elle-même et non pour leur compte en banque - il en existe, grâce à Dieu ! - l'époque est féroce.

Signe des temps : il y a de plus en plus de collectionneurs et de moins en moins de collections cohérentes et sensibles. Qui pourrait ignorer longtemps les avantages du placement ? Qui ne sait que l'impôt sur les grandes fortunes ne s'intéresse pas aux Óuvres d'art et que la loi sur les dations facilite les successions tout en rassurant les conservateurs de musée, incapables de suivre l'escalade des prix ?

Cette inflation a certes relancé le marché de l'art parisien, fort mal en point il y a dix ans. Mais les marchands ne sont pas tous euphoriques pour autant. Certains d'entre eux ne s'en cachent pas : ils attendent le krach.

Le soir du vernissage de la Foire internationale d'art contemporain, au Grand Palais, on ne comptait plus les points rouges qui signalent les Óuvres achetées. Toute la FIAC n'était que ventes et transactions. Le président de la République lui-même serait arrivé trop tard pour pouvoir acquérir le dessin de Feininger qui l'avait séduit : déjà vendu, comme la quasi-totalité des Óuvres du même artiste exposées dans cette galerie. La même frénésie règne partout ailleurs, en dépit de l'ascension vertigineuse des prix.

L'engouement récent pour le marché de l'art suscite des vocations du côté des financiers. Soucieux d'enrichir la palette de leurs activités, ils multiplient les services aux professionnels de l'art, mais surtout aux particuliers et aux institutionnels en veine de placements. Dernière innovation en vogue : le club d'investissement en Óuvres d'art. Ses promoteurs mettent en avant son attrait culturel plus que financier - " l'art avant l'argent ", - mais escomptent des plus-values en fin de parcours et soulignent son avantage immédiat, l'exonération de l'impôt sur la fortune. Plusieurs banques réfléchissent à la formule, la BNP est la première à franchir le pas.

Comment l'art vint aux financiers ? Sans parler du très vénérable Crédit municipal de Paris, le fameux mont-de-piété, qui en tant que prêteur sur gages avait " un pied en travers de la porte du marché de l'art " depuis son origine en 1776, la perception commerciale de ce secteur d'activité est relativement récente. La BNP vient seulement de se doter d'un département du marché de l'art, " cellule de compétence " qui coordonnera et épaulera les interventions des différentes agences en matière de financements spécifiques pour les galeries ou pour des acquisitions d'Óuvres d'art par un particulier. " En fait, nous sommes de tout temps intervenus sur ce marché, mais sans vraiment le savoir en raison d'une absence de centralisation ", constate Mr Denys Condé, directeur de l'administration générale à la BNP. Maitre d'Óuvre de la collection de la banque constituée de peintres français des années 80, il est aujourd'hui responsable du tout nouveau département du marché de l'art. La multiplication des acteurs dans ce domaine au cours des dernières années a convaincu la BNP qu'elle ne pouvait se contenter d'opérations au coup par coup et qu'il y avait là une nouvelle clientèle à capter.

Curieusement, deux petits établissements avaient pris de l'avance sur la BNP : la Banque de la Cité, reprise en 1978 par la Banque de Bretagne, elle-même depuis peu dans le giron de la BNP, et la Banque de l'union occidentale (BUO), filiale de la Banque Worms du groupe UAP. Après avoir subi des restructurations dues à leur mauvaise santé financière, ces banques ont été orientées par leurs dirigeants vers les deux " niches " que constituaient le marché de l'art et celui de l'audiovisuel.

La Banque de la Cité puise un tiers de son activité dans le financement des galeries. Créée il y a trois à quatre ans, sa filiale Art Cité achète des Óuvres d'art et fait du portage - parfois en association avec le CEPME (Crédit d'équipement des petites et moyennes entreprises) quand les opérations sont trop lourdes - pour le compte de galeries ou de musées. La BUO lui a emboité le pas il y a seulement un peu plus de deux ans en visant les galeries haut de gamme.

Inventifs, les gens de la finance n'entendaient pas se cantonner au marché des professionnels de l'art et devaient tout naturellement se tourner du côté des investisseurs, particuliers ou institutionnels. Il leur paraissait judicieux et rentable de proposer, à côté des produits d'épargne ou des titres, des placements en Óuvres d'art à des clients qui en auraient le goût mais non obligatoirement le temps et la compétence. D'où l'idée d'un système collectif.

Les Sicav et fonds communs de placement étant réservés aux valeurs mobilières, les banquiers ont opté pour la formule de la copropriété ou de l'indivision. Un peu difficile à gérer, elle présente l'avantage de permettre à chaque copropriétaire d'être exonéré de l'impôt sur la fortune.

La BNP, première à se lancer, ne vendra les parts (chacune de 250 000 F) du fonds d'investissement que lorsque la collection sera constituée, dans un délai qu'elle fixe à dix-huit mois. D'ici là, c'est BNP Arts, société en nom collectif, qui acquerra les Óuvres qu'elle apportera ensuite au fonds. Pour un montant de 100 à 150 millions de francs, la BNP a choisi un thème large pour ce premier fonds : les peintures et dessins français ou appartenant au patrimoine français depuis le seizième siècle. Mr Condé, souhaite une " collection de qualité et incontestable ". La BNP en a confié la constitution à Finacor Art.

Tout comme les banquiers, Finacor, premier courtier d'Europe continentale, fondé en 1947, n'entend pas rester en marge de ce nouveau marché. "Depuis deux ans, raconte Mr Michel Roche, directeur général adjoint de Finacor et directeur général de Finacor Art, nous réfléchissons au rôle que pourrait avoir une société de services comme la nôtre pour muscler l'organisation du marché de l'art, avec pour objectif de monter une salle des ventes avec un commissaire priseur. " Las ! Le statut de cette profession interdisait ce type d'association. Finacor n'abandonna pas pour autant. Face aux demandes des institutionnels, ses clients sur les marchés financiers, il décida de créer une structure qui servirait d'intermédiaire, rémunéré en commissions, entre lesdits institutionnels désireux de se constituer une collection, de créer une fondation, de mener une politique de mécénat... et les professionnels de l'art. " Nous offrons tous les services, de l'achat à la revente des Óuvres en passant par l'expertise, la restauration, le gardiennage... " explique Mr Michel Roche.

Finacor Art associe des financiers - Finacor (pour 34 %), Batif Développement, du groupe Thomson (pour 17 %) et trois experts, pour 42 %, Marc Blondeau pour les tableaux impressionnistes et modernes, Bruno de Bayser et Eric Turquin pour les dessins et tableaux anciens, regroupés dans la société Apollon.

D'autres initiatives devraient bientôt suivre celle de la BNP. La BUO a créé Art George V pour conseiller des gens fortunés dans l'acquisition d'Óuvres d'art avec l'appui d'experts - " un Finacor Art pour les particuliers ", remarque Mr François Blanchard, président de la BUO - et étudie la création d'un petit club d'investissement très fermé. La Banque de la Cité mène une réflexion du même type.

La Banque Arjil du groupe Lagardère s'est, quant à elle, associée au Crédit municipal de Paris (CMP), désireux de devenir un " pôle artistique intégré " (prêts, ventes, conservation, conseil...), dans une société à 50-50, Art et Participation, qui constituera les collections et recevra mandat des souscripteurs pour gérer l'indivision. Les investisseurs, pour un montant minimal de 200 000 F, ne s'engageront pas sur des collections constituées, mais " suivront " les acquisitions. Un comité d'experts " de renom " définira les thèmes des différentes indivisions - Art et Participation mise sur des fonds ciblés - et sélectionnera les Óuvres.

Gênés, ou feignant de l'être, par l'association de l'art et de l'argent qu'ils sont en train de promouvoir, les banquiers vantent les mérites culturels de leurs nouveaux produits plus que leur intérêt financier. " Nous n'avons pas envie de mettre en avant l'aspect gain ", constate Mr Yves Vlieghe, responsable de la gestion de patrimoine à la Banque Arjil. Pour éloigner le soupçon de spéculation qui ne peut manquer de planer sur le commerce de l'art, la BNP et Arjil ont d'ailleurs choisi des formules qui privilégient le moyen terme : l'indivision durera huit ans chez la première et cinq ans chez la seconde. Quant à Finacor Art, il affirme qu'il refuserait tout mandat qui viserait à constituer une collection sur deux ans.

La démarche de ces nouveaux hommes de l'art est-elle bien réaliste ? A vouloir jouer sur tous les tableaux, ils risquent fort de faire capoter leur entreprise. Si l'Óuvre d'art est un placement, il faut la traiter comme telle en assurant à l'investisseur rendement, plus-value et fluidité, et en incitant à la création de fonds communs de placement et de SICAV investis en Óuvres d'art.

Mais certains doutent que l'on puisse la traiter ainsi. Paribas en sait quelque chose qui créa au début des années 70, à Genève, Modarco, un fonds en art contemporain. Les investisseurs voulaient des dividendes. Impossible de revendre vite sur un marché peu fluide des artistes qui n'avaient encore pas la cote que certains ont atteinte depuis. Paribas chercha et trouva un partenaire, la galerie américaine Knoedler, qui assura l'écoulement de son stock. Du coup, Didier Marty, l'homme de la collection Paribas, se montre sceptique sur le succès de fonds lancés dans un marché à la hausse et qui peut fort bien se retourner.

Si l'on exclut l'intérêt financier, reste l'amour de l'art. Se satisfera-t-il du seul plaisir de participer à la conservation ou au rapatriement en France d'Óuvres du patrimoine national - objectif affiché par la BNP - ou de partager entre copropriétaires la contemplation de sa collection, fût-ce dans une exposition privée ?

Arman, sans titre (1989) : 800 000 F. Jean-Michel Basquiat, Prayer (1984) : 500 000 F, Humidity (1982) : 700 000 F. Joseph Berrys, trois tableaux de 1980 : 1,250 million de francs pièce. Buren ; Peinture acrylique sur tissu rayé, blanc et noir (1969) : 500 000 F.

César, quatre portraits d'Eiffel (1989) : 350 000 F chacun. Chamberlain, Silver Plait : 1 million de francs. Christo, collage et dessin, les Champs-Elysées (1969) : 600 000 F. Combas, sculpture (1989) : 50 000 F ; tableau sans titre : 110 000 F ; Degottex, 1979 : 200 000 F. Jean Dubuffet, Escalier VII (1967) : 5 millions de francs.

Dan Flavin, sans titre (1966) : 350 000 dollars. Hartung, 36-H 27 (1989) : 500 000 F ; 42-A 28 (1989) : 500 000 F. Kiefer, Die Drei Normen (1981) : 700 000 dollars. Magritte, la Tentative de l'impossible : plus de 5 millions de dollars. Il serait le tableau le plus cher de la FIAC. Alfred Manessier, Marée basse (1954) : 1,2 million de francs. Raymond Mason, Quartier latin (1988-1989) : 2,2 millions de francs. Mathieu, la Complainte silencieuse des enfants : 1,8 million de francs.

Mario Merz, Vento Prehistorico (1982) : 300 000 dollars. Joan Mitchell, 1989 : 1,3 million de francs. Henry Moore, Recycling Figure Cast (1959) : 2,5 millions de francs. Nam June Paik, Family of Robots, High Tech Child (1988) : 800 000 F. Picasso, Nature morte (1934) : 40 millions de francs. Soulages, 17 mai 1961 : 3,6 millions de francs. Jean Tinguely, la Référence (1985) : 1 million de francs ; Fontaine IV : 40 000 dollars. Twombly, Untitled (1981) : 750 000 dollars ; Scripture (1972) : 650 000 dollars ; Proteus (1984) : 195 000 dollars. Verame, bronze patine bleue : 250 000 F (multiple). Andy Warhol, Campell's Soup (1985), sérigraphie sur toile : 4,225 millions de francs (multiple) ; Dollars signs (1981), sérigraphie : 900 000 dollars (multiple).

On ne les connait pas et ils ne veulent pas être connus. Héritiers ou auteurs de très solides fortunes, ils ignorent les affres des traites et des crédits-relais. Il y a trente ans, leurs parents achetaient un Corot pour la salle à manger, un château en Sologne pour le week-end et un vase Ming pour donner une touche d'originalité à leur salon Louis XV. Eux, les fils, habitent toujours le triangle sacré Neuilly-Auteuil-Passy (NAP) ou le " noble faubourg ", mais ils ont été frôlés par l'aile du moderne. Frôlés seulement : leur but n'est ni de découvrir un jeune talent ni de spéculer sur son ascension, mais de collectionner les valeurs internationales reconnues de nos jours. Quel que soit le style. Quels que soient les prix.

Son père était dans l'industrie, ou la banque, c'est-à-dire qu'il possédait son entreprise ou sa banque. Lui aussi, qui a fait fructifier l'héritage. Depuis l'âge de trente ou trente-cinq ans, il collectionne, discrètement, posément, prudemment. Il a commencé par l'abstraction des années 50 et les nouveaux réalistes. De cette période, sa jeunesse, il a conservé par fidélité et sens du placement un Soulages, un Debré, un Tapies, un Klein et un Raysse. Puis sont venues les avant-gardes internationales, les foires et les voyages à New-York.

Dans son appartement, quai Malaquais, quai de Béthune, rue de Bourgogne, les meubles sont XVIIIe (vrai ou Second Empire) et les tapis chinois, comme autrefois, mais l'éclectisme moderne a chassé les tapisseries restauration, les glaces de Venise et les Corot douteux. Aux murs, entre les moulures repeintes en blanc, sous les halogènes montés sur rail au plafond, la transavantgarde italienne alterne avec la nouvelle peinture espagnole, Clemente avec Sicilia, Dessi avec Barcelo. Quelques Français, aussi, choisis de préférence parmi les citateurs élégants, Garouste, Alberola. Et, naturellement, Basquiat, pour le contraste et le standing. Pas de Kiefer : trop provoquant, sans doute, et trop mal-commode à accrocher dans les intérieurs Pompadour revus Starck.

Tout cela a été acheté en quelques murmures, sourires et " téléphonages " chez Lelong, Lambert et Templon, qui tous affectionnent ces collectionneurs à la trésorerie sans défaillance et défendent vaillamment leur anonymat. C'est à peine si l'on peut savoir, par potinage, que l'un des héritiers de la principale entreprise aéronautique française, le propriétaire d'une maison de couture au nom italien et l'épouse d'un " raider " français spécialiste des industries de luxe sont parmi ces amateurs presque invisibles.

Il a tout juste quarante ans. Il est français ou américain et vit à Paris et dans le Concorde. Entre deux fax et deux jets, il a acheté un cinq-pièces dans le Marais ou rue des Saints-Pères grâce à un " deal " dans l'informatique ou un " coup de Bourse ". Et il a des " coups de cÓur ". Peu importe les prix, les réputations et les noms. Il aime ou il déteste. Et il entasse. De temps en temps, il a des traits de génie inexplicables. Tel celui de commander un décor mural à Sol Lewitt, minimaliste reconverti dans la fresque, et de demander à une jeune artiste parisienne de peindre le plafond d'une rotonde dans ses bureaux.

Il est imprévisible, il n'a guère de respect pour les " institutions ", les musées, les revues et n'hésiterait pas à vendre ses Haring pour s'offrir un Jasper Johns. Il sait, par des " copains ", que l'un des peintres les plus recherchés du moment, George Condo, est un Américain qui, fuyant New-York et son milieu vibrionnaire, s'est établi à Paris, du côté des Invalides, et ne se montre guère dans les galeries. Il aimerait le rencontrer pour lui passer commande d'un décor dans sa chambre.

Les collectionneurs " haut de gamme " ne prennent guère au sérieux ses engouements et ses extravagances. " Il achète trop vite ", disent-ils, oubliant qu'il revend aussi vite et que, dans sa fureur et sa précipitation, il a du moins le mérite de ne se fier qu'à son goût personnel et de ne pas croire les faiseurs de gloire.

IL y a plus de treize mille " fils d'archevêque " et plus de quinze mille " planqués " dans les armées françaises et leurs services communs, si tant est que l'on puisse évaluer avec précision, chaque année, ce double phénomène - plus ou moins clandestin - d'évasion des élites pendant les douze mois de son temps que chaque Français doit à la défense de son pays. Grosso modo, c'est l'équivalent des effectifs de trois divisions blindées de corps d'armée, quand la France ne peut en aligner que six, au total, dans son dispositif européen.

Le fait que cette situation soit difficile à appréhender par des statistiques n'enlève rien à la réalité d'un phénomène que crée l'existence même d'un service national tel qu'il est aujourd'hui conçu, avec ses multiples occasions d'évaporation des recrues avant leur incorporation.

De ce point de vue, Mr Guy-Michel Chauveau a fait Óuvre de salubrité publique en décrivant un état des lieux pour mieux le dénoncer. Certains trouveront que le parlementaire socialiste est mû par la démagogie. D'autres estimeront que la République est décidément bonne fille en tolérant que les futurs cadres de la nation soient aussi ceux qui refusent leur part de responsabilités dans sa sécurité.

La cause est donc entendue : il y a un service national à plusieurs vitesses, par les abus de ces formules civiles prisées de ceux qui, sans le pratiquer, reprochent au service militaire d'être une école de l'oisiveté. En réalité, la vraie question est de savoir pourquoi le service militaire est devenu ce repoussoir qui fait fuir, par avance, les compétences ou les qualifications dont il a tant besoin, dans le même temps, pour être utile.

Il faut que l'armée balaie devant sa porte et qu'elle prenne conscience des efforts à faire pour rendre attrayant - ce qui ne veut pas dire distrayant - le service, qui fonde son organisation dans un pays dont les plus hauts dirigeants politiques et les élus se sont prononcés, à tort ou à raison, contre l'armée de métier. Le ministre de la défense entend, en novembre, en même temps qu'il présentera un plan de rénovation de la condition des cadres, proposer des mesures de modernisation du service militaire. Elles passent par un relèvement du prêt, une amélioration de l'état des casernements, l'enrichissement du contenu des activités opérationnelles et de l'instruction, l'attribution de responsabilités accrues aux sergents et aux aspirants du contingent.

En cette circonstance, le gouvernement ne fera pas l'économie d'un nouveau débat entre les partisans de l'armée professionnelle en France, qui gagnent du terrain, et ses adversaires.

Une salle de cinéma peut-elle obliger un distributeur à lui louer un film ? Un conflit implique la société de distribution UIP, le Max Linder et le Rex - deux salles parisiennes - autour de la sortie d'Indiana Jones (le Monde du 11 octobre). Il soulève des polémiques passionnées dans le milieu du cinéma. Devant la cour d'appel, qui doit rendre son arrêt le 16 octobre, le parquet a pris la défense du distributeur contre l'avis du médiateur du cinéma. Mr Jean-Jacques Zilbermann, PDG du Max-Linder, défend, dans l'entretien qu'il nous a accordé, le point de vue de l'exploitant indépendant. " Pourquoi le Max Linder s'obstine-t-il à vouloir projeter Indiana Jones et la dernière croisade ?

- Nous avons demandé le film de Spielberg dès novembre 1988 parce que nous sommes persuadés que le public spécifique du Max- Linder - celui qui n'hésite pas à traverser Paris pour voir un film de qualité, un peu spectaculaire et en version originale, sur un écran géant avec un son THX - aura envie de voir ce film dans cette salle. Nous ne recherchons pas automatiquement tous les grands films porteurs. Nous avons maintenu six semaines à l'affiche, seul à Paris, Mystery Train, de Jim Jarmush. Nous avons organisé un Festival du vieux film d'aventure, des nuits du court métrage. Nous avons défendu Roselyn et les lions et réalisé 100 000 entrées avec l'Ours. Tout le pari du Max-Linder consiste à montrer que la cinéphilie a changé et qu'on peut remplir une salle de 700 places en mariant des Óuvres d'art et essai avec des films-culte à grand spectacle.

" Notre stratégie dérange les habitudes de la profession. Nous refusons d'être prisonniers de cette règle hypocrite qui réserverait les succès commerciaux aux grands circuits et les Óuvres difficiles aux salles indépendantes. Le risque est gros : si à la veille de la sortie d'Indiana Jones la justice nous enlève le film, nous n'aurons pas le temps de trouver une solution de remplacement. Les pertes seraient t-elles qu'elles pourraient menacer l'indépendance, voire l'existence du Max-Linder.

- UIP, le distributeur du film, ne partage pas votre point de vue...

- Je respecte la compétence de Mr Jacques Goldman, responsable de la distribution des grandes " majors " américaines en France, mais je ne comprends pas sa logique économique. Pourquoi donner une copie d'Indiana Jones en version originale au Paramount-Opéra et la refuser au Max-Linder qui fait trois fois plus d'entrées ?

" En fait, dans cette affaire, le distributeur n'est pas libre de sa décision. Le Rex, qui a obtenu une version française du film de Spielberg, refuse que notre salle, située à quelques centaines de mètres sur le boulevard, passe la version originale. Quel est le distributeur qui peut se brouiller avec une salle de 2 800 places ? Ce type de pression porte un nom : refus de la concurrence et abus de position dominante. C'est en ces termes que le médiateur du cinéma a analysé la situation. Un verdict si clair qu'il a - une fois n'est pas coutume - enjoint à l'UIP de donner la copie aux deux salles. Pourquoi ne pas respecter sa décision ?

- Les fédérations de producteurs et de distributeurs vous accusent de remettre en cause tous les équilibres de la profession...

- Ils se trompent de combat. Nous ne remettons en cause l'existence ni des circuits de programmation, ni des distributeurs. Nous réclamons seulement le droit pour une salle indépendante de défendre une stratégie originale, proche de la demande du public. Deux grandes salles de qualité peuvent-elles projeter le même film, l'une en version doublée, l'autre en version originale, dans le même quartier ? Peut-on refaire des Grands Boulevards un haut lieu de la fréquentation cinématographique parisienne ? Pour répondre à ces questions, il faut tenter l'expérience. Seule une profession crispée sur ses corporatismes peut refuser a priori de le faire.

" La profession devrait se réjouir de l'existence et du succès du Max-Linder au lieu de multiplier les pressions pour le faire disparaitre. Que gagneront les producteurs et les distributeurs quand tous les indépendants auront fermé boutique et que toutes les salles d'exclusivité parisiennes seront contrôlées par les trois grands circuits ?

" Dans tous les pays qui ont connu une telle concentration, le cinéma a été asphyxié. Que gagnera le profession si la justice désavoue le médiateur ? La seule institution capable de résoudre, pragmatiquement et dans la concertation, les délicats problèmes de concurrence n'aura plus aucune crédibilité et les pouvoirs publics seront forcés de durcir la réglementation. "

Le Syndicat national des cadres et des techniciens du livre et de la communication CGT (SNCTLC-CGT) a appelé, mercredi 11 octobre, à une journée d'action nationale qui devait se traduire par la non-parution des quotidiens régionaux, jeudi 12. " Les profits patronaux ont augmenté de 33% en deux ans alors que les salaires n'ont été améliorés que de 2,3% ",indique le SNCTLC-CGT pour justifier son mouvement. Mais celui-ci n'a pas été suivi partout avec la même ampleur. Dans la région Rhône-Alpes, l'ensemble des titres - nationaux et régionaux - n'ont pas paru. Dans l'Ouest, Paris-Normandie (Rouen), Le Havre libre et Le Havre Presse ne sont pas présents en kiosques. C'est aussi le cas de Sud-Ouest (Bordeaux).

En revanche, d'autres grands quotidiens ont paru normalement : c'est le cas de Ouest-France (Rennes), la Voix du Nord (Lille), le Dauphiné libéré (Grenoble), le Midi libre (Montpellier), les Dernières Nouvelles d'Alsace (Strasbourg). La grève semble donc avoir touché essentiellement les journaux du groupe Hersant en province ainsi que quelques indépendants.

Bertrand Tavernier a obtenu, mercredi 11 octobre, le prix Georges-Beauregard de la meilleure réalisation française de l'année pour la Vie et rien d'autre. La distinction de la découverte a été décernée à Noce blanche, de Jean-Claude Brisseau. Le prix Georges-Beauregard du court métrage revient à Michèle Farrère-Lafaye pour New-York 1935.

Jean-Pierre Babelon, inspecteur général des archives, a été nommé directeur du Musée et du domaine de Versailles mercredi 11 octobre par le ministre de la culture. Jusqu'à présent, les responsabilités étaient séparées, ce qui entrainait parfois des conflits de pouvoirs. Cette nomination devrait aider à " coordonner les très importants travaux de réaménagement prévus pour les années à venir. "

Longtemps ignoré, Krzysztof Kieslowski connait depuis un peu plus d'un an une consécration fulgurante, qui se prolonge de festival en festival. Il incarne maintenant le cinéma polonais à lui tout seul, comme, jadis, Wajda. Cela coincidant avec un surprenant dégel politique en Pologne, on peut se demander si le cinéaste ne devient pas, malgré lui, l'objet d'une mode. Depuis Venise (le Monde du 16 septembre), les dix films réalisés pour la télévision, d'après les dix commandements des tables de la Loi divine reçues par Moise, font événement. Deux d'entre eux ont été tournés, aussi, en versions plus longues pour le cinéma. Ce sont Tu ne tueras point, le choc de Cannes 1988, et Brève histoire d'amour, qui correspond au sixième commandement : " Tu ne seras point luxurieux. " Il faut préciser, encore, que le montage et la fin diffèrent dans ces versions cinématographiques. De là vient, peut-être, notre relatif manque d'enthousiasme pour Brève histoire d'amour, qui souffre, dans sa dernière partie, d'un certain déséquilibre.

Tomek, un garçon de dix-neuf ans, postier, vierge et frustré, observe, depuis la chambre qu'il loue à une vieille femme, Magda, beauté d'une trentaine d'années, peu farouche semble-t-il, qui habite dans l'immeuble d'en face, de l'autre côté de la cour d'un ensemble de HLM, bien entendu lugubre. Il l'observe avec une lunette d'approche volée, la regarde recevoir un homme et faire l'amour. Situation classique du voyeur qui fait, ici, singulièrement penser à Hitchcock, mais le suspense est dans l'exaltation d'un sentiment amoureux qui ne peut pas se satisfaire autrement. Tomek envoie à Magda de fausses convocations pour la voir et lui parler au guichet de la poste, il utilise aussi le téléphone. Bref, c'est le harcèlement ; Magda finit par comprendre, se laisse aborder, fait monter Tomek chez elle, décide de coucher avec lui, et lui administre froidement la preuve que l'amour se réduit au sexe, à la petite secousse de l'éjaculation.

Si le film se terminait sur cette scène, ce serait un chef-d'Óuvre. Court, dense, cruel et moral, non pas au sens religieux mais au sens de la relation individuelle, humaine. La mise en scène est tranchante comme le fil d'un rasoir, l'interprétation de Grazyna Szapolowska et d'Olaf Lubaszenko superbe. Contrairement à Tu ne tueras point et aux films antérieurs que nous connaissons (le Monde du 28 octobre 1988), celui-ci n'est pas construit sur une peinture sociale, même si l'on y retrouve le même climat oppressant. Kieslowski décape un comportement pervers, le viol de l'intimité, de la dignité, de l'esprit, par le regard, le voyeurisme devenant un espionnage. Il est donc juste, dans cette perspective, que Tomek reçoive une leçon de la femme piégée, qui lui apprend à vivre. Mais l'histoire continue ou, plutôt, recommence dans un deuxième épisode symétrique et psychologiquement inversé, bascule dans le drame et l'idée de rédemption et, en dépit d'une réalication qui reste rigoureuse, on se dit qu'il y a maldonne. A moins que Kieslowski ne se soit pris pour Bresson.

Le premier ministre du Québec, Mr Robert Bourassa, a présenté, mercredi 11 octobre, son nouveau cabinet qui, dans sa composition, ne diffère guère du précédent puisque les vingt et un ministres réélus le 25 septembre y figurent. Avec l'entrée au Parlement de la Belle Province d'un parti représentant la minorité anglophone, le renouveau du Parti québécois (indépendantiste) demeure la conséquence majeure du dernier scrutin (le Monde du 27 septembre).

Il y a deux ans à peine, l'idée de l'indépendance était considérée comme moribonde au Québec. La reine Elisabeth II d'Angleterre (et du Canada) avait même, en octobre 1987, osé une visite officielle dans la province francophone, la première en vingt-trois ans. Seuls quelques infatigables séparatistes avaient manifesté leur courroux. Les émeutes d'antan étaient bien loin.

Or, voilà que soudain la menace de sécession réapparait après les élections du 25 septembre. Le Parti québécois, redevenu indépendantiste sous la houlette de son chef, Mr Jacques Parizeau, a recueilli 40,2 % des suffrages, à peine moins qu'en 1976, lorsqu'il avait pris le pouvoir pour la première fois. Le nationalisme retrouve un second souffle, y compris dans les rangs du Parti libéral de Mr Robert Bourassa, conduit au pouvoir avec 92 sièges sur 125 et 50 % des voix, d'après les résultats définitifs.

Pour expliquer cette renaissance, il faut inévitablement revenir aux problèmes constitutionnels.

Plus les jours passent, plus les chances de voir le Québec adhérer à la Constitution canadienne de 1982 s'amenuisent. Cette fois, c'est le reste du Canada qui renâcle. L'accord fédéral-provincial de 1987 pavant la voie du retour du Québec dans la giron institutionnel canadien y est de plus en plus décrié. On craint, en effet, que la clause prévoyant un statut de " société distincte " pour la seule province francophone du Canada ne lui donne toute la latitude voulue pour " opprimer " sa minorité anglophone, au demeurant la plus gâtée de tous le pays (1).

Les deux provinces - le Manitoba et le Nouveau-Brunswick - qui bloquent la ratification de cet accord réclament des " garanties additionnelles ". Elles sont actuellement d'autant moins déterminées à céder avant l'échéance du 20 juin que quatre députés anglophones québécois, tout aussi virulents qu'elles, viennent de faire leur entrée au Parlement de Québec, sous la bannière du tout nouveau " Parti Egalité/Equality ".

Pour presque tous les francophones de la Belle-Province, ce statut particulier est bien le minimum qu'on puisse leur accorder. Résultat : ils resserrent les rangs et se remobilisent autour de leurs différences.

D'un côté, Mr Bourassa, le nationaliste modéré qui a signé l'accord de 1987, laisse entendre, au lendemain du dernier scrutin, que l'accord de 1987 est la dernière chance du fédéralisme canadien. De l'autre, le Parti québécois retrouve l'envie de se battre pour son idéal, comme au bon vieux temps de ses débuts.

Le plus grand artisan du renouveau du Parti québécois est sans conteste Mr Jacques Parizeau, l'indépendantiste " pur et dur " qui n'avait pas hésité à démissionner de son poste de ministre des finances en novembre 1984. Son chef, René Lévesque, premier ministre, venait alors de " mettre en veilleuse " l'objectif de l'indépendance, tirant les leçons de l'échec du référendum de 1980 sur la " souveraineté " du Québec.

Retourné à sa chaire de professeur d'économie, Mr Parizeau s'est mis " en réserve de la République ", pendant que son parti, dirigé par Mr Pierre-Marc Johnson, traversait crise sur crise tout en enterrant un peu plus l'idéal d'indépendance.

La démission de Mr Johnson en novembre 1987 lui laissait la voie libre. L'intarissable Jacques Parizeau, aussi volubile dans son français plutôt châtié que dans son anglais très " british ", a alors repris son bâton de pèlerin. Mais le discours a changé. Finies les références aux humiliations qu'une riche minorité anglophone avait infligées à une majorité francophone condamnée à demeurer dans les basses couches de la société.

Aujourd'hui, 60% des salariés de la société travaillent dans une entreprise " sous contrôle francophone " (2) et le dynamisme des anciennes PME (Bombardier ou Cascades, par exemple) surprend les Européens et les Américains.

Issu d'une famille de la bourgeoisie d'affaires de Montréal, formé à la London School of Economics, Mr Parizeau, sexagénaire aux rondeurs rassurantes, s'est appuyé sur des sentiments résolument positifs pour promouvoir ses thèses : les francophones, a-t-il répété, ont maintenant pris suffisamment d'assurance et de confiance en eux dans les domaines culturels, économiques et politiques pour envisager la souveraineté de leur province d'un Óil plus serein.

De fait, l'idée de l'indépendance ne provoque plus aujourd'hui de réactions de panique. Bien que les nouvelles modalités de la sécession, telles que présentées par le Parti québécois restent encore vagues, plusieurs chefs d'entreprise n'ont pas hésité à déclarer que l'indépendance apparaissait maintenant comme une solution " économiquement viable " pour le Québec. Ils disent préférer faire des affaires aux Etats-Unis (avec lesquels la Canada a conclu un traité de libre-échange entré en vigueur en janvier dernier) ou en Europe, plutôt que dans le reste du Canada, souvent hostile. Ils signalent en outre que la province se porterait bien mieux si elle n'avait pas à " subir " la politique monétaire de la Banque du Canada, notamment trop centrée, à leurs yeux, sur les indicateurs économiques de l'Ontario.

Le regain de ferveur indépendantiste correspond-il à un mouvement de fond durable ou plutôt à un sursaut conjoncturel lié aux incertitudes constitutionnelles ? Il est sans doute trop tôt pour le dire.

Chose certaine, pour s'imposer, le Parti québécois devra non seulement convaincre une partie des fédéralistes modérés du Québec mais aussi les nombreux immigrants de la province. Les " Néo Québécois " installés de longue date ont voté en majorité pour le Parti libéral. Ceux qui continuent d'arriver par centaines optent très souvent pour l'anglais et ne se sentent guère concernés par les querelles québéco-canadiennes.

Un avocat de Bonn qui avait vu son compte auprès de la Badische Beamtenbank crédité de 4409 deutschemarks (15000 F environ), au lieu des 44,09 deutschemarks (150 F) attendus, s'est vu répondre, après trois réclamations, que cette somme lui était définitivement acquise. Selon l'AFP, la direction de la petite banque lui a répondu qu'il serait " de mauvais goût " de lui réclamer cet argent.

Au début du siècle le banquier Rotschild avait, selon la légende, créé le précédent en répondant à l'un de ses heureux clients, crédité par erreur de 100 deutschemarks-or de trop : " Vous devez faire erreur. Un caissier de chez Rotschild ne se trompe jamais "...

Le président de la Commission européenne a signé la contribution de Louis Mermaz représentant le noyau dur des mitterrandistes ! Une fausse anomalie...

Mais que va-t-il faire dans cette galère ? Eloigné du théâtre politique hexagonal, auréolé, de par sa présidence de la Commission des communautés européennes, d'un statut de chef d'Etat ou de gouvernement, Jacques Delors aurait pu attendre patiemment, à Bruxelles, que la bataille des chefs s'essouffle au PS, et même - avec un peu de chance - que les socialistes français, empêtrés dans leurs divisions, se retournent vers un homme qui, étant resté au-dessus de la mêlée, aurait pu faire figure de recours providentiel.

Cette stratégie aurait été gaullienne ou barriste, mais pas deloriste. Ce socialiste qui n'a jamais été vraiment accepté par ses " camarades " de parti a préféré plonger dans la mêlée préparatoire au congrès de Rennes, et d'une manière qui ressemble à de la provocation : cet homme venu à la gauche par le personnalisme catholique a signé la contribution de Louis Mermaz, mêlant ainsi son nom à ceux de Pierre Joxe et d'André Laignel qui, eux, n'ont jamais caché que leur biberon idéologique avait été rempli de marxisme. Même si Jacques Delors s'enferme dans une apparente discrétion, il lui faut bien faire comprendre ces choix curieux.

L'ancien conseiller de Jacques Chaban-Delmas dans le même courant que le noyau dur des mitterrandistes ! Un des pères fondateurs de la " deuxième gauche " sur la même ligne que les laics les plus fervents ! L'ancien ministre des finances qui avait dû batailler pour faire prendre conscience des rudiments de l'économie de marché dans le même camp que ceux qui veulent faire payer les riches ! L'homme qui fut un des premiers à prôner en France le modèle social-démocrate cosignant un texte soulignant qu'au Parlement il y a une majorité avec les communistes !... Décidément, Jacques Delors semble prendre un malin plaisir à surprendre son monde.

Pas d'arrière-pensées, pas de stratégie mûrement réfléchie, pas de tactique soigneusement peaufinée dans cette attitude du président de la Commission européenne, de moins l'affirme-t-il. Simplement la volonté de se comporter, une fois encore, en militant. Quand, toute une vie durant, on a réussi à allier une brillante carrière professionnelle et un militantisme associatif et politique de tous les instants, il est impossible de rester en dehors d'un combat partisan. Même et surtout s'il y a des coups à recevoir.

Mais Jacques Delors n'en a cure. Il a l'habitude de s'engager la fleur au fusil. Même si ce n'est pas la meilleure façon d'être efficace. Sa décision est donc, tout bonnement, la conséquence de sa conception de l'existence. Et il assure que personne ne lui a rien demandé, que personne ne l'a incité à faire ce choix, et en tout cas pas le président de la République avec qui, parait-il, depuis quatre ou cinq ans il ne parle que des affaires de l'Europe et du monde.

Si ce social-démocrate s'est rangé sous la bannière de Louis Mermaz, c'est tout simplement parce que, lui aussi, il juge que la bataille des chefs est prématurée. Parce qu'il estime, aussi, que la seule contribution qui ne divise pas est celle du président du groupe socialiste de l'Assemblée nationale. Le principal reproche que Jacques Delors adresse à Laurent Fabius et à Lionel Jospin est donc d'être des diviseurs. Mais il ne peut oublier que le premier, du temps où il était son ministre délégué au budget, ne lui a guère facilité la tâche en usant du fil direct qui le liait à l'Elysée ; ni que devant le second il a toujours eu l'impression de passer en jugement pour être condamné à l'exclusion du parti. Il se souvient toujours que Lionel Jospin, alors premier secrétaire du PS, refusa l'entrée de deux deloristes au comité directeur, lors du congrès de Toulouse, malgré sa demande insistante.

Aucun mauvais souvenir de ce genre avec ses cosignataires d'aujourd'hui. S'ils furent ses adversaires, Pierre Joxe et André Laignel ont toujours été fair-play avec lui. Et pourquoi ne pas admettre qu'ils aient pu évoluer ? On l'accepte de tant d'autres socialistes... Et puis - et surtout - Louis Mermaz est un ami de toujours. Un de ceux qui ont constamment soutenu Jacques Delors quand il était en délicatesse avec les " durs " du parti. Leur histoire est celle d'une amitié née il y a vingt-six ans quand celui qui n'était qu'un obscur professeur d'histoire était le secrétaire général de la Convention des institutions républicaines, dont faisait partie le club Citoyen 60 dirigé par celui qui n'était alors qu'un employé performant de la Banque de France. Jacques Delors s'amuse à le rappeler à ceux qui s'étonnent de le voir figurer au milieu des mitterrandolâtres !

L'amitié ne saurait, pourtant, tout expliquer. Fidèle à cette époque de son passé, le président de la Commission européenne entend que le PS reste solidement dans la ligne de l'ancrage à gauche que symbolise François Mitterrand depuis qu'il a créé la Convention des institutions républicaines. C'est d'ailleurs pourquoi, déjà, lors du fameux congrès de Metz, Jacques Delors s'était rangé sous cette bannière-là, plutôt que sous celle de Michel Rocard à qui le lie, pourtant, tant d'affinités idéologiques. Aujourd'hui, soucieux de l'équilibre des institutions de la Ve République, il refuse que le parti majoritaire devienne un instrument entre les mains du premier ministre car, à ses yeux, il doit rester un outil au service du président de la République.

Ce symbole de la " deuxième gauche " est mitterrandien et non rocardien. De toute façon, il n'accepte pas que Michel Rocard ait l'exclusivité de la descendance de ce courant de pensée qui a amené tant de chrétiens au socialisme. Heureux de voir tant de ses idées mises en pratique par celui qui siège actuellement à l'Hôtel Matignon, il n'apprécie pas forcément la stratégie personnelle du chef du gouvernement, dont il regrette surtout qu'il ne soit pas aussi européen que lui. Des désaccords qui n'empêchent pas une amitié sincère entre les deux hommes. Comme quoi les sentiments personnels ne peuvent tout expliquer.

La preuve : Jacques Delors a beau être un homme qui n'oublie rien, il souhaite une vraie " synthèse " entre les forces vives du Parti socialiste, celles qui sont derrière Louis Mermaz, Michel Rocard, Laurent Fabius et Lionel Jospin, afin que le PS soit le parti de la majorité tout entière. En attendant cette synthèse espérée, il n'est pas question pour lui de se rallier à l'une des deux écuries qui se disputent le " dauphinat " de François Mitterrand si le président de l'Assemblée nationale et le ministre de l'éducation font motion séparée, même si le président du groupe socialiste rejoignait l'un ou l'autre.

La contribution de Louis Mermaz est donc autant la sienne que celle des anciens conventionnels. Il a longuement fait part de ses idées à ses rédacteurs ; il leur a fait avaler deux ou trois couleuvres ; il a fait accentuer l'aspect européen, dans la ligne de son discours aux journées parlementaires socialistes ; il a rédigé lui-même une annexe de quatre pages proposant " dix chantiers pour le progrès ", qui vont de la définition d'une " éthique du vivant " jusqu'à la création d'une " citoyenneté authentique ", en passant, notamment, par la volonté d'une " solidarité active et partagée ".

Est-il alors le " présidentiable " sans lequel toute bonne contribution préparatoire au congrès de Rennes parait manquer de crédit médiatique ? Les stratèges en chambre peuvent l'imaginer, mais force est de reconnaitre que ses troupes de départ paraitraient bien faibles pour se lancer dans une telle aventure. D'autant que la jeune garde qui s'est blottie longtemps contre lui, ses " fils spirituels ", les " transcourants ", se sont dispersés, retrouvant, en cette veille de congrès, leurs racines d'origine, son proche collaborateur à Bruxelles, Pascal Lamy, signant même pour Lionel Jospin.

Alors la lancinante question revient : pourquoi ? Et pourquoi Mermaz ? Est-ce volonté de changer, une fois encore, de métier ? Non. Jacques Delors ne se sent pas exilé à Bruxelles. Son travail le passionne, persuadé qu'il est que cette époque de la construction européenne restera dans l'Histoire. D'autant qu'il se félicite que son poste lui permette de prouver qu'il peut avoir un programme et qu'il est capable de le mettre en Óuvre. Investissement pour l'avenir ? Peut-être, car ce vieux militant est toujours persuadé d'avoir raison avant les autres, et regrette, un peu amère, que ses "amis" mettent du temps à s'en apercevoir.

En attendant, le mandat de Jacques Delors à la présidence de la Commission européenne ne prendra fin que le 30 décembre 1990. Il pourra même, alors, être renouvelé pour deux ans, puisque celui du commissaire ne s'achèvera que le 30 décembre 1992. Pour l'instant, il reste un citoyen français qui s'intéresse à la vie politique de son pays, et qui y participe, suivant une déontologie fixée depuis longtemps. De cette scène-là, il n'a jamais été absent, manifestement il veut y être de plus en plus présent... Histoire de ne pas se faire oublier. Car cet amateur passionné de course cycliste n'ignore pas non plus, que dans un peloton il faut un outsider...

LE spectre de la guerre menace le Caucase. Toutes les informations en provenance de la région sont plus inquiétantes les unes que les autres. Celles du mercredi 11 octobre sont particulièrement alarmantes, même si elles font partie du lot dorénavant quotidien de violence, de sang, de fanatisme et de désespoir qui menace d'embraser ce qui fut la Transcaucasie.

Qu'on en juge : à Stepanakert, la capitale du Haut-Karabakh, cette enclave peuplée essentiellement d'Ar-méniens mais qui se trouve en Azerbaidjan, de jeunes conscrits soviétiques tirent sur une foule jugée menaçante; on relève un mort et une dizaine de blessés. L'armée rouge est pourtant là pour protéger les Arméniens du Karabakh soumis depuis des semaines à un impitoyable blocus économique par les Azéris : routes et chemins de fer sont coupés. Le territoire, pratiquement en état de siège, est totalement isolé alors qu'à sa périphérie les accrochages meurtriers entre Azéris et Arméniens se multiplient.

CE siège du Haut-Karabakh exacerbe les passions à Erevan. Toujours mercredi, ce sont cent mille Arméniens qui se sont réunis dans leur capitale pour protester contre les silences et la passivité de Moscou. Des militants nationalistes ont lancé à cette occasion un appel à la désobéissance aux conscrits arméniens et un appel aux armes aux habitants des villages situés à proximité de la frontière avec l'Azerbaidjan. Là aussi, en effet, les affrontements armés avec des commandos azéris ne se comptent plus.

Ce qui surprend le plus dans cette atmosphère de veillée d'armes, c'est cependant l'indécision, pour ne pas dire la partialité, de Moscou; voilà en effet des semaines que l'Azerbaidjan impose un implacable blocus économique à l'Arménie sans que le pouvoir central intervienne, exception faite de rappels à l'ordre jamais suivis d'effets. Plusieurs fois, déjà, Bakou a annoncé la levée du siège pour l'imposer de nouveau quelques heures plus tard. Bakou, où les quelques dizaines de milliers d'Arméniens qui n'ont pas pu fuir vivent calfeutrés dans leurs maisons, dans la crainte de nouveaux pogroms.

QUE Moscou ait toléré aussi longtemps le blocus de l'Arménie est particulièrement choquant. Les conséquences en sont désastreuses : transports paralysés par manque d'essence, chauffage compromis à l'approche de l'hiver, usines arrêtées avec des stocks de produits qu'il est impossible de livrer aux autres Républiques, pénuries incalculables. Pis encore : pratiquement tous les travaux de reconstruction entrepris à la suite du séisme meurtrier de l'an dernier ont dû être interrompus.

On peut comprendre, dans ces conditions, que la résignation arménienne tourne au désespoir, voire à la colère. Mais on ne comprend toujours pas la politique attentiste du Kremlin, qui s'est toujours proclamé le protecteur des Arméniens (chrétiens) entourés, à l'exception de la Géorgie, par des peuples musulmans. A moins que Mr Gorbatchev, soucieux de briser un nationalisme vivace, n'exploite cyniquement catastrophe naturelle et haines ancestrales.

- A deux parties de la fin de son match contre Timman, Seelman reste mené de 1 point (3,5 à 2,5). Le Britannique a tenté jusqu'au 116e coup d'arracher la victoire dans la quatrième partie ajournée. En vain. Il a dû aussi concéder la nullité dans la sixième. Dans la seconde demi-finale, la cinquième partie, reportée d'abord par Youssoupov puis par Karpov, s'est finalement terminée par la nullité. L'ancien champion du monde mène donc par 3 à 2.

Deux vigiles ont été tués au siège départemental d'EDF à Grenoble, dans la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 octobre, vraisemblablement vers 23 h 30, heure à laquelle les deux hommes effectuaient leur ronde habituelle. Les deux vigiles, qui n'étaient pas armés, Pascal Marzocca et Yves Merlin, ont été tués par des décharges de chevrotines.

Il semble, selon les premiers éléments de l'enquête, que les deux veilleurs de nuit aient été victimes de malfaiteurs qu'ils auraient surpris à proximité de la salle des coffres. C'est un troisième gardien qui, ne voyant pas revenir ses collègues au terme de leur ronde, est parti à leur recherche peu après minuit et a découvert le cadavre de Pascal Marzocca ; Yves Merlin, agonisant, devait succomber quelques instants plus tard. L'enquête a été confiée au SRPJ de Grenoble.

- Le Collège international de philosophie organise une conférence de Ceslaw Milosz (prix Nobel de littérature), " Littérature et philosophie : les différences entre les littératures des pays de l'Est et celles des pays de l'Ouest ".

Mardi 17 octobre à 18 h 30. Amphithéâtre Poincaré - Pavillon Foch, 1, rue Descartes, 75005 Paris. Entrée libre.

- L'Association internationale d'histoire de la psychanalyse organise deux journées sur l'histoire de l'analyse " profane ", les 14 et 15 octobre, de 9 h 30 à 18 heures, 92bis, boulevard du Montparnasse, 75014 Paris. AIHP, 46, rue de Grenelle, 75007 Paris. Tél. : 45-48-26-73.

Des forfaits, bénins ou terribles, il s'en commet aussi à bord des bateaux et des avions. A bord on contre les nefs et aéronefs. L'Assemblée nationale s'est appliquée avec beaucoup de soin à franchir coques et fuselages pour ne rien laisser au hasard. D'abord elle a reformulé, en collant au texte initial qu'avait modifié le Sénat, l'affirmation selon laquelle "la loi pénale française est applicable aux infractions commises sur le territoire de la République, y compris les espaces maritime et aérien, dans les conditions prévues par la loi française ou par les accords internationaux. Ces infractions sont réputées commises sur le territoire dès lors qu'y a été accompli un de leur faits constitutifs".

Les assauts extérieurs avaient été bel et bien été oubliés place Vendôme, puis au Sénat (alors que le code de l'aviation civile y fait référence). Oubli réparé. Et expliqué : "La commission (des lois) a estimé utile de prendre également en compte les attaques portées de l'extérieur : ne sont-elles pas, après tout, les plus courantes ? Pensons aux pirates qui infestent encore la mer de Chine", a fait valoir le rapporteur, Mr Marchand.

Les pirates sont un péril. Les actes de terrorisme, un autre. C'est pourquoi Mr Marchand a aussi songé aux torpilles et, pour les avions, aux missiles. De ces préoccupations est née l'adjonction, répétée dans le texte, de l'expression "à l'encontre"...

Soucieuse aussi de ne chasser de l'océan du nouveau code pénal aucun navire français, la commission des lois s'est avisée d'une curiosité : le projet parlait de navire "battant pavillon français". Or il existe deux pavillons français : le national et celui des iles Kerguelen. Le rapporteur socialiste est le premier à le déplorer, mais c'est ainsi. Pour tenir compte de ce dualisme, on parlera donc, peut-être, à l'avenir de "navires battant un pavillon français".

Mr Pierre Arpaillange a donné, mercredi 11 octobre, aux députés l'assurance qu'un projet de loi réformant l'ordonnance de 1945 en vigueur va " réduire encore les possibilités de détention des mineurs ". Ce projet " sera prêt avant la fin de l'année et pourrait être discuté à la prochaine session ".

Les députés ont refusé de suivre le RPR, qui proposait une description exhaustive des cas à envisager pour les mineurs dans le code pénal : " N'est pas responsable le mineur de sept ans. N'est passible d'aucune peine le mineur de treize ans. La loi détermine les conditions dans lesquelles les personnes âgées de treize à dix-huit ans sont punissables ou sujettes à des mesures d'éducation. Les âges indiqués au présent article s'entendent de ceux que la personne avait atteints au moment des faits. "

L'Assemblée a en revanche adopté une nouvelle rédaction, proposée par la commission des lois, de l'article 122-6 du code pénal qui prévoit : " Les mineurs reconnus coupables d'infractions pénales font l'objet de mesures de protection, d'assistance, de surveillance et d'éducation dans les conditions fixées par une loi particulière. Cette loi détermine également les conditions dans lesquelles des peines peuvent être prononcées à l'encontre des mineurs âgés de plus de treize ans. Les peines privatives de liberté applicables à ces mineurs ne peuvent excéder la moitié de celles encourues par les majeurs. "

Au cours de l'examen en première lecture du livre premier du nouveau code pénal, l'Assemblée nationale a levé, mercredi 11 octobre, la plupart des restrictions posées par le Sénat à la responsabilité pénale des personnes morales. La notion d'" instigateur " des infractions a aussi été récusée par les députés qui ont écarté, d'autre part, celle de légitime défense des biens.

Obsédantes et improbables personnes morales ! Elles sont partout : associations, partis ou groupements politiques, sociétés commerciales, collectivités publiques et groupements de collectivités publiques. Mais s'agit-il d'établir, s'il faut leur reconnaitre la responsabilité pénale, dans quelles conditions, avec quelle extension et au prix de quelles restrictions dans l'application du principe ? Alors leur image se brouille, vacille, se dérobe dans une infinité de " pourquoi ? " Et autant de " pourquoi pas ? ".

Ce qui devait immanquablement arriver à l'Assemblée, comme il y a quelques mois au Sénat, s'est donc fort logiquement produit, mercredi 11 octobre, au début de l'examen détaillé des dispositions contenues dans le livre premier du nouveau code pénal. On l'avait bien pressenti dès la discussion générale (le Monde du 12 octobre). Innovation principale, pierre angulaire de la partie en discussion du code qui succédera à l'édifice napoléonien sous l'empire duquel nous vivons encore, la responsabilité pénale des personnes morales ne pouvait être maintenue en équilibre instable ou jetée à bas qu'au terme d'une ample discussion.

Elle eut lieu, à différents niveaux, au cours d'un débat assumé par les uns et les autres, avec sérieux, dignité et perspicacité. La philosophie y eut bonne part : " Sur le plan juridique, toutes les démonstrations sont convaincantes, assurait Mr Pascal Clément (UDF Loire), mais le droit c'est fondamentalement une philosophie. " Or l'instauration de la responsabilité pénale des personnes morales aura pour conséquence, d'après Mr Clément, une " déresponsabilisation de la personne" tout court. Car l'" individu ", pour le député de la Loire héritier d'une longue tradition, " passe avant le groupe, la personne humaine passe avant le groupe. On est en train d'inverser (...) les facteurs ".

Il existe déjà une responsabilité civile des personnes morales. Elle est suffisante, a plaidé Mr Clément. Inutile de " passer la frontière " du pénal et de laisser s'esquisser la possibilité - limite, l'orateur en est convenu - de ce qu'il adviendrait " si cette philosophie était exaspérée ". Promouvoir " la responsabilité d'un groupe à la place d'une personne ou d'un individu, c'est précisément cela le germe du totalitarisme ".

Discussion philosophique encore avec Mr Jean-Jacques Hyest (UDC, Seine-et-Marne), qui fait figure de pilier porteur du projet aux côtés des socialistes : " On a parlé de la philosophie du choix, de la liberté. Mais la liberté fondamentale pour moi, c'est celle de la personne. Alors que le droit pénal permet d'incarcérer les personnes physiques, on voudrait que les personnes morales soient mieux traitées ! Ce disant, je me réfère à une philosophie personnaliste de la liberté, voire, excusez m'en, à la philosophie thomiste, plutôt qu'à la philosophie individualiste du siècle des Lumières. "

Débat philosophique toujours, quand Mr Jacques Toubon (RPR, Paris), détracteur farouche de la responsabilité pénale des personnes morales, se refusait à leur reconnaitre discernement et liberté,ces deux fondements du "droit pénal moderne".

Controverse historique aussi : Mr Toubon a également puisé dans ce registre, affirmant que reconnaitre cette responsabilité-là, c'était "retourner à l'Ancien Régime et effacer l'acquis de la Révolution".

Discussion juridique enfin, et donc inextricablement politique. "Il n'est pas nécessaire, a soutenu avec force Mr Toubon, d'adopter un tel principe pour sanctionner de façon appropriée les infractions commises, dans le domaine économique notamment, par des entités extrêmement puissantes dont la capacité d'agir - donc de nuire - est considérable. Notre droit comporte en effet des dispositions très sévères à leur encontre."

Il y a aussi péril en la demeure, ou plutôt pour la démocratie, selon Mr Gilbert Millet (PC, Gard), uni pour une fois à Mr Toubon, dans le souci des mauvais coups qui pourraient être portés à des syndicats, des partis, des associations. Bref, pour le PC, cette responsabilité pénale des personnes morales a des relents de la défunte loi anticasseurs, qui jadis fit tant hurler à gauche, mais pas exclusivement, avec son système trop commode de boucs-émissaires sommés de payer à tout hasard pour les fautes des autres.

Les socialistes ont bien admis qu'il faudrait beaucoup de vigilance et d'attention pour ne pas tirer avec excès les conséquences de la responsabilité pénale des personnes morales. Par la voix de Mr Michel Sapin, président de la commission des lois, ils ont défendu bec et ongles cette " disposition de progrès et de justice ", dont l'absence entraine " deux catégories d'injustices ". " La première concerne les victimes : celles-ci sont dans une situation inadmissible car elles ont souffert, voire dans leur chair, mais on ne trouve pas de responsable (...). Second type d'injustice : on trouve un responsable, mais ce n'est qu'un sous-fifre (...). Il portera le chapeau sans être réellement responsable de l'infraction. Notre disposition sur la responsabilité pénale des personnes morales conduira à toujours trouver un responsable, comme les victimes ont le droit de l'exiger, mais qui sera un vrai responsable. "

Une fois admis le fameux principe, contre l'avis du RPR, du PC, de MM Clément et Philippe Mestre (UDF, Vendée) et de Mme Christine Boutin (app. UDC, Yvelines), restait à en préciser l'extension. Les nombreuses restrictions posées par le Sénat étaient balayées par le PS, le gros des troupes UDC et une UDF divisée (20 voix dissidentes).

Ne sont plus, à ce stade de la discussion, exonérés de la responsabilité pénale des personnes morales que l'Etat et les collectivités publiques ou leurs groupements lorsqu'ils n'exploitent pas en régie des services industriels et commerciaux.

Autre cheval de bataille du Sénat, la notion d'instigateur des infractions, jugée équivoque ou dangereuse par un large front de députés, n'a pas résisté à cette suspicion.

L'irresponsabilité pénale, nouvelle version du célèbre article 64 du code pénal, s'est vue élaguée d'une disposition sénatoriale " improvisée et peu souhaitable ", dixit Mr Toubon, qui confiait à des établissements pénitentiaires spécialisés l'exécution éventuelle des peines pour les délinquants à responsabilité atténuée.

En revanche, l'Assemblée a souhaité " judiciariser " par la coresponsabilité d'un magistrat la décision de sortie d'un établissement où est traité un malade reconnu pénalement irresponsable.

Malgré l'insistance du garde des sceaux à maintenir dans le texte du Sénat la légitime défense des biens pour laquelle le gouvernement avait préparé un texte des plus détaillés, cette dernière a été écartée par le PS et le PC.

La discussion, interrompue jeudi 12 octobre peu après une heure du matin, a repris en début d'après-midi.

Les problèmes rencontrés aux Pays-Bas par Mr Giancarlo Parretti, le repreneur contesté de Pathé Cinéma, s'aggravent : la Bourse d'Amsterdam a suspendu, le mercredi 11 octobre la cotation au marché officiel des titres de la société de portefeuille Bobel. Dénommée Pathé Communications depuis le 29 août, cette société était censée devenir le centre de gravité des activités cinématographiques en Europe du groupe Parretti. A cette fin, une importante augmentation de capital, l'arrivée de deux nouveaux gros actionnaires et l'émission d'obligations étaient prévues. Mais l'opération est gravement compromise par la mesure de suspension.

La société Bobel se trouve désormais marquée au fer rouge : elle est inscrite au tableau dit " non officiel " réservé aux valeurs à problèmes telles celles des entreprises en faillite.

" Il s'agit d'une mise en garde aux investisseurs ", nous a déclaré Mr Fuchs, secrétaire général de la Bourse.

Bobel a été sanctionnée pour " ne pas avoir apporté dans le délai imparti " des éclaircissements sur les changements en profondeur envisagés. Mr Fuchs nous a laissé entendre que les questions posées à Bobel portaient sur les modalités et les motivations de la transformation d'une société gérant des établissemnts immobiliers en multinationale du cinéma.

Objets d'une vigilance toute particulière de la part des autorités néerlandaises, Bobel et Mr Parretti ne peuvent même pas envisager de transformer l'augmentation publique de capital en augmentation " en circuit fermé " : les fonds nouveaux représentant plus de 10 % du capital actuel (750 millions de francs), la procéddure exige la publication d'un " prospectus ". Dès la parution d'un tel document, la Bourse d'Amsterdam poserait à nouveau les questions... restées jusqu'à présent sans réponse.

" Pierre Bernard a fait çà pour qu'on parle de lui. " Cet habitant du quartier résidentiel de Montfermeil (Seine-Saint-Denis) ne croit donc pas à la dernière décision du maire (divers droite) de couper les crédits aux deux écoles maternelles de la cité des Bosquets, où logent 95 % d'immigrés. Et l'entrain affiché par Mr Bernard pour expliquer " la philosophie de l'affaire " aux journalistes renforce encore l'impression de coup médiatique.

Le maire de Montfermeil refuse, depuis 1985, d'inscrire les enfants d'immigrés nouvellement arrivés dans ses écoles maternelles. Il a franchi un nouveau pas, le 4 octobre, en indiquant, par lettre, aux directrices des établissements Victor-Hugo et Jean-Baptiste Clément, Mmes Nicole Erbani et Marie-Thérèse Dulas, qu'il ne les " considère plus, ni elles ni leurs établissements, comme service public de la ville " (le Monde du 12 octobre). Mr Bernard menace donc de leur retirer, dès le 6 novembre, les services de cantine, de chauffage, de femmes de ménage et les crédits de fonctionnement indispensables.

Ancien militaire de carrière, Mr Bernard a adopté ces mesures radicales en apprenant, dit-il, que l'inspecteur d'académie avait autorisé l'inscription de cinquante petits immigrés supplémentaires dans ces deux écoles, qui accueillent plus de cinq cents enfants au total. " Il ne peut pas y avoir deux patrons dans la même maison, s'écrie le maire ; dès lors que cet inspecteur s'arroge le droit d'inscrire ces enfants, qu'il s'occupe aussi de l'entretien de ces écoles. "

Bien qu'il affirme l'ignorer, la loi du 11 juillet 1975 n'accorde au maire aucun pouvoir d'appréciation en ce qui concerne l'inscription des enfants, sa seule compétence étant de les répartir dans les écoles. C'est pourquoi, depuis la rentrée scolaire de 1988 et les interventions successives du collectif Ecole-Immigration (1), le préfet de Seine-Saint-Denis use de son pouvoir de substitution pour permettre l'inscription des enfants refusés illégalement par les services municipaux. Cela représente " un travail de fou pour retrouver ces enfants refoulés ", raconte Mme Michelle Gazal, membre du collectif, enseignante aux Bosquets depuis douze ans. En toile de fond de ce conflit se profile, avant tout, le grand projet du maire de rénover la cité délabrée qui concentre sur un vingtième du territoire de la commune le tiers de ses vingt-cinq mille habitants. Les Bosquets - une dizaine d'immeubles-barres laissés à l'abandon depuis leur construction en 1965 - tranchent singulièrement, il est vrai, avec le reste de la commune, constitué de coquets pavillons et de jardinets bien entretenus.

Fort du soutien de ses administrés qui l'ont réélu dès le premier tour avec 52,26 % des voix, Mr Bernard s'est attaqué depuis 1983 à ce problème dans le but, selon lui, " avouable mais qu'on ne peut pas encore écrire ", de " rééquilibrer sociologiquement " la population des Bosquets, c'est-à-dire d'inverser à terme dans cette cité le rapport Français-étrangers. A cet effet, il demande, en vain, depuis cinq ans, " la signature d'une convention entre la ville et l'Office départemental HLM (propriétaire de la majorité des appartements), permettant à la ville de se prononcer sur l'attribution des appartements ".

La cité des Bosquets " mérite aujourd'hui, affirme le maire de Montfermeil, son qualificatif de poubelle et de pot de chambre de la Seine-Saint-Denis " et il accuse, ni plus ni moins, l'Office départemental de HLM, présidé par Mr Jacques Gonzalez, conseiller général (PC) du Bourget, " d'y mettre toutes les familles lourdes socialement ". " Quand on sait que les femmes africaines ont en moyenne sept enfants et que les femmes maghrébines en ont cinq, rien d'étonnant à ce qu'on trouve jusqu'à trente-quatre locataires dans un F4 ", précise Mr Bernard, qui se défend d'être raciste. Ce catholique convaincu a, en tout cas, la conviction d'Óuvrer pour " la dignité humaine " en demandant que les immigrés soient " répartis de la façon la plus loyale et la plus juste sur l'ensemble du territoire national ". De bonnes intentions qui ne l'avaient pas empêché d'être condamné, pour discrimination raciale, à 10 000 francs d'amende, en février 1988, par la dix-septième chambre correctionnnelle de Paris.

Vainqueur du Néerlandais Spykers (décision) en finale des championnats du monde des 86 kg, mercredi 11 octobre à Belgrade, Fabien Canu a réussi une première dans le judo masculin français : il a remporté pour la deuxième fois consécutive le titre.

La légende naissante de Fabien Canu veut que celui-ci ait failli passer à côté de sa carrière de judoka, l'encadrement fédéral le croyant pas en possession des qualités qui font un champion. Pourtant, c'est bien ce même Fabien Canu, né en 1960 à Saint-Valéry-en-Caux, qui a réalisé, mercredi 11 octobre, ce qu'aucun des trois précédents champions du monde français, Jean-Luc Rougé, Thierry Rey et Bernard Tchoullouyan, n'avait réussi : conserver un titre mondial.

Canu est un phénomène sportivement parlant. Il est également un phénomène public. Figure emblématique de son sport en France, il incarne le judoka, comme Jean-François Lamour personnifie aujourd'hui l'escrime française. Le titre olympique de Marc Alexandre (moins de 71 kg), son grand copain, n'y change rien.

Les raisons de cette position particulière de Fabien Canu au sein de son sport sont évidentes : ouverture d'esprit, recherche des contacts, facilité d'élocution et " look " au goût du jour. " Dans des sports de faible audience, comme les nôtres, on juge plus l'homme que le sportif, estime l'intéressé. Le seul moyen de toucher un public plus important est d'avoir une tête d'affiche et de la mettre au maximum en avant. "

Le profil du Normand, aujourd'hui âgé de vingt-neuf ans, devrait fatalement intéresser les entreprises. Après son titre mondial de 1987, Fabien Canu a noué des contacts avec plusieurs d'entre elles, avant d'être embauché début 1988 au service communication du Crédit lyonnais.

L'Angleterre disputera la prochaine Coupe du monde de football en Italie. La nouvelle était attendue. Elle est officielle depuis le match nul (0-0) obtenu, mercredi 11 octobre, par les Anglais à Katowice contre la Pologne. Cette qualification est parfaitement méritée du strict point de vue sportif. Mais les policiers italiens se préparent d'ores et déjà à disputer le plus serré des matches contre les supporters anglais.

Entre dix et quinze mille d'entre eux devraient rallier la péninsule en juin et juillet 1990. Les organisateurs ont beau répéter que toutes les dispositions seront prises en matière de sécurité, assurer que les places ne seront vendues qu'à des spectateurs justifiant de leur identité, ou bien encore envisager de faire jouer la sélection anglaise en Sicile ou en Sardaigne, rien n'y fait : l'inquiétude monte.

Bien que tous les supporters anglais ne soient pas des casseurs, loin de là, tout porte à craindre de sérieux incidents lors de cette compétition. Trois raisons à cela. D'abord, en dépit de mesures de sécurité draconiennes, le "hooliganisme" sévit toujours en Angleterre, prouvant ainsi la profondeur de ses racines dans la société britannique. Ensuite, les supporters de l'équipe nationale sont traditionnellement très violents. A tel point que, depuis quelques années, nombre de spectateurs "normaux" ne suivent plus la sélection. Les seuls jeunes gens qui voyagent encore dans le sillage des équipes sont désormais les "têtes brûlées" de clubs comme Chelsea, Leeds, West Ham ou Millwall, généralement sympathisants d'extrême droite. Enfin, quelque soit l'endroit où ils se déplacent, les Anglais se heurtent aux casseurs locaux trop heureux de compléter leur "palmarès" face à d'aussi prestigieux "modèles" (des supporters polonais ont ainsi tenté de provoquer des affrontements mercredi soir).

En Italie, certains groupes de supporters extrémistes (le Monde du 5 octobre) attendent sans doute avec impatience la venue de leurs homo logues d'outre-Manche. Sans parler des pays comme les Pays-Bas ou la RFA qui attirent également des supporters volontiers "turbulents". Pour toutes ces raisons, le " Mondiale " italien sera avant tout placé sous le signe de la sécurité.

L'Italien Massimo Biasion (Lancia-Martini 16v), champion du monde en titre est arrivé en vainqueur jeudi 12 octobre à San Remo, terme de la quatrième et dernière étape du rallye d'Italie.

En catégorie moto, la victoire revient à l'Italien Alessandro De Petri (Cagiva-Elefant), devant son équipier Edy Orioli et l'Espagnol Carlos Mas (Yamaha XT-600). Le Finlandais Ari Vatanen (Peugeot 405 turbo 16) a remporté, mercredi 11 octobre, pour la troisième fois consécutive le raid tout-terrain des pharaons (Egypte). Il précède deux autres voitures de constructeurs français, la 405 du Belge Jacky Ickx et la 205 de Michèle Mouton.

Dames : moins de 72 kilos. - 1. Ingrid Berghams (Bel.) ; 2. Yoko Tanabe (Jap.) ; 3. Aline Batailler (Fra.).

Messieurs : moins de 86 kilos. - 1. Fabien Canu (Fra.) ; 2. Nike Spykhers (P-B) ; 3. Lobenstein (RDA) ; Freudenberk (RFA).

Moins de 95 kilos. - 1. Koba Kourtinadze (URSS) ; 2. Odvogine Baljunnyan (Mongolie) ; 3. Robert Van de Walle (Bel.) et Marc Meiling (RFA).

L'équipe de France de football a dominé l'Ecosse (3-0) mercredi 11 octobre à Paris dans le cadre des éliminatoires pour la Coupe du monde 1990 en Italie. En dépit de ce succès, plutôt encourageant, la sélection de Michel Platini n'a pratiquement plus aucune chance de disputer le " Mondiale ".

Les joueurs français savent déguster leurs victoires. Mercredi 11 octobre, après leur succès sur l'Ecosse (3-0) dans le cadre des éliminatoires pour la Coupe du monde 1990, ils s'en sont allés dans un même élan saluer le public parisien au centre du terrain. Peut-être auraient-ils souhaité effectuer un tour d'honneur ? L'équipe de France de football version Michel Platini venait de remporter sa première victoire à Paris.

Les supporters écossais, eux, savent apprécier les défaites à leur juste valeur. Tandis que les Français se congratulaient, ils restèrent debout dans les tribunes du Parc des princes, brandissant écharpes et drapeaux au son des cornemuses. Et ces dix mille gosiers ont entonné : " Quoi qu'il arrive, nous serons en Italie. "

Qui était dans le vrai ? Ces joueurs français visiblement soucieux de donner à leur succès des allures d'exploit ou bien ces supporters ivres de vin et de bière, célébrant leur prochaine expédition italienne ? La seconde hypothèse semble la bonne. Même battus à Paris, les Ecossais devraient tout de même disputer le " Mondiale ". Il leur suffit pour cela d'obtenir au moins le match nul face à la Norvège, le 15 novembre à Glasgow, lors de la dernière rencontre de ces éliminatoires. En clair, seule une défaite des joueurs des Hautes Terres contres les Scandinaves permettrait aux Français de gagner leur billet pour l'Italie, à condition bien sûr de battre dans le même temps Chypre le 18 novembre à Toulouse. Un scénario improbable.

Malgré la victoire, le triomphalisme n'avait donc pas lieu d'être. Le Bordelais Jean-Marc Ferreri a beau répéter : " Nous méritions plus que les Ecossais d'aller en Italie, nous sommes plus forts qu'eux ", cette victoire n'efface pas le mauvais parcours accompli jusque-là par la sélection dirigée dans un premier temps par Henri Michel, puis, à partir de novembre 1988, par Michel Platini. Une équipe accrochée à Chypre (1-1) et en Norvège (1-1), dominée en Ecosse (2-0) et en Yougoslavie (3-2), ne mérite pas un tel honneur.

Reste ce succès, qui ne reflète certainement pas le véritable écart entre les deux équipes. Sans une part de chance (un tir écossais a frappé sur la barre en première période), les joueurs de Platini, bien que très généreux dans l'effort (ils ont joué à dix après l'expulsion d'Eric Di Meco à la 57e minute), n'auraient sans doute pas pu inscrire trois buts par le Nantais Didier Deschamps (26e minute), le Montpelliérain Eric Cantona (63e) et le Bordelais Jean-Philippe Durand (90e, sur un tir détourné par un défenseur britannique). Michel Platini le reconnait d'ailleurs lorsqu'il souligne que son équipe " a gagné avec le cÓur " plus qu'avec le talent, avant d'ajouter : " Le tout est maintenant d'allier le cÓur et la qualité ; alors nous connaitrons peut-être des jours plus roses. "

Des jours plus roses, des lendemains qui chantent ? Des joueurs comme Jean-Marc Ferreri, excellent au milieu de terrain, le Parisien Christian Perez, souvent brillant en attaque, ou les très actifs milieux de terrain défensifs Didier Deschamps (Nantes) et Bernard Pardo (Bordeaux) semblent avoir trouvé définitivement leurs marques dans cette formation. Leur réussite est aussi celle de Michel Platini, soucieux de faire confiance au même groupe de joueurs depuis le match amical en Suède (4-2 en faveur des Français).

Doit-on pour autant parler de véritable embellie, de renouveau d'une sélection jusque-là moribonde ? "On a trouvé un groupe, un esprit", répètent les joueurs. "L'équipe et son sélectionneur sont désormais crédibles", explique Didier Deschamps. Un discours maintes fois entendu par le passé. L'équipe de France a trop souvent déçu depuis 1986 pour laisser croire à un rétablissement définitif : n'a-t-on pas déjà parlé de renouveau en septembre 1987 après un match nul encourageant à Moscou (1-1 en Championnat d'Europe des nations), puis en mars 1988 à Bordeaux à la suite d'une victoire contre l'Espagne en match amical (2-1), ou encore le 16 août dernier, après le succès à Malmoe contre la Suède (4-2) ? A chaque fois, l'équipe a rechuté.

Les véritables possibilités de cette sélection ne pourront être évaluées qu'à l'issue de ses prochaines prestations contre Chypre à Toulouse, puis, en janvier 1990, au Koweit, lors d'une tournée où elle affrontera, entre autres, la RDA, et enfin à l'occasion de matches amicaux en février (de nouveau France-RDA) et mars (Hongrie-France). Alors seulement Michel Platini saura vraiment s'il pourra aligner une équipe digne de ce nom lors des éliminatoires de la prochaine compétition importante, le Championnat d'Europe des nations de 1992, en Suède.

Une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Libourne, et l'enquête confiée au Service régional de police judiciaire (SRPJ) de Bordeaux après la disparition, le samedi 7 octobre, de l'ancien gouverneur militaire de Paris, le général d'armée du cadre de réserve Jean Favreau, soixante-douze ans.

La dernière pesonne à avoir vu le général Favreau est son épouse, elle-même ancien militaire, qui, devant partir samedi matin par le train pour se rendre à un congrès à Montélimar, fut conduite à la gare de Libourne par son mari. Après l'y avoir déposée à 6 h 30, le général Favreau aurait dû, ainsi qu'il l'avait indiqué à sa femme, regagner immédiatement, au volant de sa Mercedes verte, la résidence secondaire que le couple possède à Saint-Denis-de-Piles, à une dizaine de kilomètres. Or, semble-t-il, l'ancien gouverneur militaire de Paris n'est jamais arrivé à Saint-Denis, et c'est seulement samedi soir que l'alerte fut donnée, son épouse ayant vainement cherché à le joindre par téléphone. Un voisin devait constater que la maison était restée ouverte, lumières allumées.

A partir de là, les recherches entreprises par les gendarmes et la police sont restées vaines malgré une exploration systématique de la route qu'aurait dû emprunter à son retour le général, mais aussi des petits chemins avoisinants, des ruisseaux et des berges de la Dordogne.

Toutes les hypothèses ont, depuis, été envisagées par les enquêteurs qui, se fondant sur les témoignages de proches, ont, semble-t-il, écarté très vite celle d'une disparition volontaire pour ne retenir que la possibilité d'un accident, d'une agression, voire d'un enlèvement. Mais selon différentes sources, jeudi matin 12 octobre, aucune de ces thèses n'était privilégiée. Dans un appel téléphonique passé à l'agence parisienne du journal Sud-Ouest mercredi en début d'après-midi, un correspondant anonyme, se réclamant d'Action directe, a revendiqué l'enlèvement du général Favreau au nom du mouvement terroriste. Cette piste est examinée avec le plus grand scepticisme par les enquêteurs du SRPJ de Bordeaux.

Une autre possibilité est envisagée par les policiers, celle d'une agression commise par des pirates de la route. La voiture du général aurait été, en effet, aperçue par une patrouille de police vers 2 heures du matin mercredi sur un quai de Bordeaux. Deux hommes se trouvaient, semble-t-il, à bord, discutant avec des prostituées et auraient pris la fuite en apercevant le véhicule des policiers. Cette information n'était cependant pas confirmée jeudi matin.

Au-delà, la personnalité du général Favreau ne pourrait guère expliquer un enlèvement lié à ses anciennes fonctions. C'est en effet, en juillet 1977 que le général Favreau a quitté l'armée active, avec le rang de général d'armée (impliquant qu'il pourrait être rappelé à tout âge par le gouvernement si les circonstances l'exigeaient) et après avoir occupé, durant deux ans, la fonction de gouverneur militaire de Paris et commandant la première région militaire.

Officier de l'arme du génie, Jean Favreau a servi en Indochine et en Algérie où, notamment, il a travaillé avec le grade de commandant, à l'état-major du corps d'armée d'Alger, puis à celui d'Oran pendant les années difficiles, entre 1959 et 1961, où nombre d'officiers complotent contre le général de Gaulle. Il ne se laissera pas entrainer par la sédition. En 1963, il rejoint sa spécialité d'origine, et est affecté à la direction centrale du génie, puis en Allemagne. Il commandera l'Ecole d'application du génie, à Angers, avant d'être nommé, avec le grade de général de division, inspecteur de l'arme.

A la tête de la région militaire de Paris, qui est une fonction dont le titulaire consacre beaucoup de temps aux cérémonies officielles loin des secrets militaires, le général Favreau s'est engagé personnellement dans la lutte pour remettre dans le rang les animateurs les plus virulents des " comités de soldats " qui, à l'époque, menaient campagne pour la libéralisation du service militaire.

Les revenus annuels des médecins libéraux sont extrêmement disparates. En 1988, les honoraires moyens perçus sur l'année par les médecins libéraux conventionnés (avec ou sans dépassement) se sont ainsi étagés de 387 052 francs pour le psychiatre " moyen " à 2 176 402 francs pour le radiologue " moyen " (1). A l'intérieur de chaque spécialité, ils sont encore plus dispersés : ainsi, pour les omnipraticiens, les honoraires s'échelonnaient pour l'essentiel (en éliminant les cas extrêmes) entre 200 000 et 1 million de francs ; pour les radiologues, entre 1 et 5 millions de francs, un tiers de l'effectif ayant perçu entre 3 et 4 millions de francs.

Mais il s'agit d'un montant d'honoraires brut. Il ne comprend pas d'autres formes de rémunération (notamment, pour les psychiatres, les vacations dans des établissements hospitaliers). Surtout, pour approcher les revenus, il faut tenir compte des frais professionnels, qui représenteraient en moyenne (là encore, les situations varient), selon des estimations du CERC, 45 % des recettes pour les généralistes ou les chirurgiens, 55 % pour l'ensemble des spécialistes utilisant un appareillage important, et davantage encore pour les radiologues, qui doivent effectuer de gros investissements en matériel.

Dans un climat de spéculation boursière fiévreuse, nourrie par les rumeurs les plus fantaisistes, se poursuit la partie de bras de fer entre la Compagnie de navigation mixte et la Compagnie financière de Paribas.

Paribas a, sans se cacher, acheté des actions de la Mixte : il y a trois semaines, le groupe annonçait qu'il venait de porter sa participation dans cette compagnie de 1,7% à 7%, puis a fait connaitre officiellement, mercredi 11 octobre, que cette participation frôlait les 10%.

Maintenant, il abat ses cartes en demandant et en obtenant du Comité des établissements de crédit (CEC) l'autorisation de franchir le seuil de 10%. On sait qu'aux termes de la loi bancaire de 1984 un investisseur qui souhaite franchir les seuils des 10%, 20% et 33% dans le capital d'un établissement financier ou d'une banque doit demander l'autorisation préalable du CEC.

Or la Mixte compte, parmi ses filiales, deux établissements financiers, Via Banque et la Société de banque et de financement, d'où la démarche de Paribas auprès du CEC. Manifestement, le groupe de la rue d'Antin à Paris, qui n'est pas intervenu dans la bataille pour Victoire, remportée par son grand rival Suez, a entrepris de devenir un "gros actionnaire" de la Mixte, dont les actifs l'intéressent. Parmi ceux-ci, l'assurance Via-Rhin et Moselle, bien qu'elle soit, depuis quinze jours, partagée à 50 % avec le géant allemand Allianz. Mais la division agroalimentaire (Saupiquet, champagne de Venoge, Compagnie française de sucrerie) et la division services (transports GTI, coffres-forts Fichet-Bauche, société de surveillance et de sécurité Brinks, etc.) ne manque pas d'attraits pour un investisseur à l'heure actuelle.

Cette offensive de Paribas déplait absolument à Mr Marc Fournier, président et véritable fondateur de la Mixte (le Monde du 6 octobre), qui a toujours pris soin de garder son capital émietté, aucun actionnaire ne détenant plus de 5 %, du moins jusqu'à l'été dernier. Depuis le paysage a changé : les Assurances générales de France (AGF) ont dépassé officiellement les 7 %, Paribas vogue vers les 15 % ou 20 % et Mr Fournier, qui, avec ses alliés (Crédit lyonnais, Société générale, notamment) contrôlait un peu plus de 33 % du capital de la Navigation mixte, se sent menacé.

Naturellement, il contre-attaque en achetant des actions Paribas, qui pourraient servir de monnaie d'échange : en deux jours, mardi 10 et mercredi 11 octobre, 1,6 million de titres Paribas ont été échangés à la Bourse de Paris, soit un peumoins de 3 % des soixante millions de titres en circulation. Sans doute, toutes ces transactions ne sont pas le fait exclusif de Mr Fournier, car il y a de nombreux suiveurs, mais sa tactique est claire.

En attendant, Paribas, qui pèse en Bourse environ 36 milliards de francs hors autocontrôle à hauteur de 9 %, resserre ses alliances. Le groupe d'assurances Axa, de Mr Claude Bébéar, vient de porter à 5 % sa participation dans le capital de la Compagnie financière, rejoignant l'UAP dans le " clan des 5 % ", aux côtés du groupe italien Ferruzzi (1,3 %) et bientôt de la Banca commerciale italiana (COMIT), qui va porter sa part de 0,6 % à 2 %. Apparemment, les dirigeants de Paribas ne sont pas inquiets de la contre-attaque de Mr Fournier et affirment avoir la situation " sous contrôle ". Cela n'empêchera pas le contre-attaquant de saisir un " gage ", pour négocier un armistice, le cas échéant.

" Volvo confirme que des discussions d'un caractère préliminaire sont en cours avec Renault. Pour l'instant, Volvo ne peut faire de commentaires sur ces discussions ou leur issue possible. Outre Renault, la société est également en pourparlers avec le fabricant espagnol de camions, Empresa Nacional de Autocamiones SA (ENASA). L'information nécessaire sur l'évolution éventuelle de ces négociations quelles qu'elles soient sera fournie en temps voulu ", indiquait mercredi 11 octobre dans la soirée un communiqué de Volvo concernant les rumeurs grandissantes en Suède d'une fusion prochaine entre Volvo et Renault.

C'est l'hebdomadaire Veckans Affärer (" les affaires de la semaine ") qui a donné le coup d'envoi, en affirmant que les négociations entre les deux fabricants étaient dans leur phase finale. La presse quotidienne, celle du soir surtout, donne même les détails de l'accord " secret ". La régie Renault filialiserait son activité automobile, laquelle fusionnerait avec Volvo automobile. On ferait de même pour les camions. Renault obtiendrait 51 % de la filiale voitures et Volvo 51 % pour celle des camions. " Le tout serait coiffé d'un holding dont le siège sera en France et au sommet duquel trônera Mr Per G. Gyllenhammar lui-même, le PDG de Volvo ", expliquait mercredi Expressen, sous le titre " la nouvelle arme contre les Japonais ". " Sa seule chance de quitter la Suède " pour justifier la volonté de puissance du patron de Volvo dont on soupçonne qu'il veut faire encore mieux que son rival de la sphère Wallenberg, Mr Percy Barnevik, PDG de ABB.

" Gyllenhammar - roi de l'auto à Paris " titrait un autre quotidien du soir, Aftonbladet, qui ironise sur le soin qu'apporte Mr Gyllenhammar à l'entretien de ses contacts avec les Français : " Dès qu'il est de passage en France, il en fait informer Mr Jacques Attali, le conseiller du président ". " Per Gyllenhammar comme chef du groupe ? Ce n'est pas certain que les Français l'accepteront ", indiquait pour sa part la télévision suédoise. Peu importe, à la Bourse de Stockholm. Depuis mardi la rumeur a dopé le cours des actions Volvo.

AParis on indique que Renault a été officiellement autorisée à négocier avec Volvo par son ministère de tutelle, c'est-à-dire celui de l'industrie. Mais pour l'instant les pouvoirs publics n'ont, semble-t-il, reçu aucune information en retour de la part de Mr Raymond Lévy, le PDG de la Régie. Il est donc difficile de connaitre le sentiment de l'actionnaire sur les différentes hypothèses avancées par la presse scandinave.

Toutefois, a priori, un accord associant Renault et Volvo parait intéressant tant industriellement - les deux gammes d'automobiles sont complémentaires, tout comme les réseaux commerciaux de camions - que socialement. Une alliance suédoise parait meilleure qu'un mariage avec un japonais. Pour les socialistes, qui ont forcément un Óil sur le Parti communiste et la CGT dès lors qu'il s'agit de Renault, le modèle social suédois est plus présentable que celui des Japonais.

Toutefois, rien n'est fait. Si un accord purement commercial devrait vraisemblablement recevoir l'aval du gouvernement français, la question serait tout autre si une filialisation de l'activité de l'automobile était prévue avec une entrée, à ce niveau, de Volvo, donc d'intérêts privés. Cela est certes presque déjà le cas pour les camions : la Société générale, banque privatisée, a en effet un droit de souscription d'actions. Mais le montage évoqué par la presse suédoise transformerait la Régie, qui est à 100 % publique, en simple holding avec deux filiales autos et camions, chacune détenue en partie par des intérêts privés.

En clair, la question serait posée d'une privatisation partielle, un accroc - pour la bonne cause industrielle - à la règle qui exclut tant la privatisation que la nationalisation. Ce type d'accord remonterait donc immédiatement à l'Elysée où il devrait être tranché, et par le président lui-même. Il n'est pas sûr que Mr Lévy en ait envie, ni Mr Fauroux, ni Mr Rocard.

Après une longue étude du dossier, la Commission européenne a donné, mercredi 11 octobre, son autorisation à la construction d'une usine d'aluminium du groupe nationalisé Pechiney à Dunkerque (le Monde du 22 septembre). Le commissaire à la concurrence, Sir Leon Brittan, a toutefois imposé une légère modification du contrat initial, passé entre EDF et Pechiney pour vingt-cinq ans, qui revient à majorer de 1 % en moyenne le prix de base garanti à EDF.

Pechiney, qui avait menacé d'abandonner son projet en France au profit du Canada ou de l'Australie si la Commission ne se décidait pas rapidement, s'est félicité de cet accord, de même qu'EDF. Le changement imposé, notait-on au sein des deux entreprises, ne modifie pas l'économie globale du contrat.

Le contrat initial, qui consitue une première en France, prévoit de diviser la rémunération d'EDF en deux parties : une partie fixe extrêmement basse, d'environ 6 centimes/kilowattheure, correspondant grosso modo au strict coût de production du courant - l'usine sera alimentée par la centrale nucléaire voisine de Graveline ainsi assurée de tourner à plein ; une partie variable correspondant à la part d'EDF (49 %) dans le capital de la nouvelle unité. Calculant que pour certaines années (1997, 1998 et 1999), le bénéfice de l'usine - donc la rémunération variable d'EDF - risquait d'être très faible, du fait de la chute des cours prévisible de l'aluminium, la Commission a obtenu que le prix de base fixe du courant soit, pendant ces trois années, relevé de 10 %.

Cette modification ne change toutefois pas grand-chose pour les deux partenaires : EDF bénéficie certes ainsi d'une garantie accrue, mais sa rémunération globale ne sera pas augmentée puisque la hausse des tarifs réduira d'autant les bénéfices, et donc sa part variable. Calculée sur toute la durée du contrat (25 ans), la hausse de 10 % pendant trois ans seulement revient à majorer le prix de base d'environ 1 % et à réduire d'autant la partie variable.

Cette usine de 200 000 tonnes d'aluminium, qui emploiera 1 000 personnes, représente un investissement de 4,5 milliards de francs. Elle avait été annoncée en novembre 1988 en même temps que le rachat d'American Can par Pechiney. Elle symbolisait le retour en France de certaines industries lourdes et fortes consommatrices d'énergie, qui avaient tendance, depuis le premier choc pétrolier, à se délocaliser dans les pays où le prix de l'énergie était faible. L'électricité représente un tiers des coûts de production de l'aluminium.

Ce retour est aujourd'hui rendu possible grâce aux conditions très particulières offertes par EDF, laquelle, encombrée de surcapacité nucléaire, a du courant à revendre. L'établissement a intérêt à écouler sa production même au coût marginal puisque cela augmente son taux d'utilisation et donc sa rentabilité globale.

Cet accord faisait l'objet d'un litige à Bruxelles, certains concurrents britanniques et allemands de Pechiney le dénonçant comme une aide déguisée de l'Etat français au groupe nationalisé, sous forme de tarifs électriques trop préférentiels, entrainant des pertes pour EDF.

La balance des paiements courants de la France (commerce extérieur et services) a été fortement déficitaire au deuxième trimestre : de 5,6 milliards de F en données brutes, de 8,1 milliards de F en données corrigées des variations saisonnières. Ces estimations provisoires seront révisées. Elles n'en indiquent pas moins une nette dégradation par rapport aux chiffres du premier trimestre (-2,5 milliards de F en données brutes, + 9,9 milliards de F en CVS). Sur l'ensemble du premier trimestre, la balance des paiements courants est excédentaire en CVS de 1,8 milliard de F contre + 4,6 milliards de F au cours de la même période de 1988.

La dégradation des paiements courants s'explique en grande partie par les déficits du commerce extérieur passés en termes douaniers de - 3,7 milliards de F au premier trimestre à - 13,4 milliards de F au deuxième trimestre. Elle s'explique aussi par des versements plus précoces qu'en 1988 de la contribution de gouvernement français à la CEE.

Après l'annonce de ses propositions, il aura fallu plus de vingt-quatre heures au conciliateur, Mr Francis Blanchard, pour amener les syndicats et la direction de Peugeot à s'engager effectivement sur la voie de la négociation. Encore faut-il maintenant que les grévistes qui occupent la forge de l'usine de Mulhouse depuis plus de quinze jours acceptent de quitter les lieux, conformément aux propositions formulées par Mr Blanchard. Après de laborieuses tractations, les syndicats ont accepté d'organiser un vote à bulletin secret. Celui-ci devait avoir lieu jeudi 12 octobre en début d'après-midi. La CFDT, la CFTC et FO sont favorables à l'évacuation (qui ne serait acquise qu'au moment précis où débuteraient les négociations) alors que la CGT préconise la poursuite de l'occupation.

Pour sa part, la direction de Peugeot a tardivement souscrit au terme de " négociation " mais clairement précisé qu'elle avait l'intention de suspendre les sanctions, comme on le lui demandait. Néanmoins, Mr Blanchard a dû expliquer à Mr Jacques Calvet que " négocier ne signifie pas seulement écouter ses interlocuteurs " et réclamer à la firme automobile des " réponses claires " à ses propositions de la veille.

Faudra-t-il rejouer l'élection présidentielle américaine de 1976, celle qui opposait le président sortant Gerald Ford au gouverneur de Géorgie Jimmy Carter ?

Mr Ford, le président sortant, avait perdu, et cette défaite avait été très largement expliquée par une " bourde " colossale commise au cours de son second débat télévisé contre le gouverneur de Géorgie. L'occupant de la Maison Blanche avait affirmé sans frémir que l'URSS n'exerçait pas de " domination " sur l'Europe de l'Est, et en particulier sur la Pologne.

Toute l'Amérique, " éclairée " ou pas, démocrate ou républicaine, était restée interloquée devant une telle assertion, et les électeurs, tout particulièrement ceux dont les racines se situaient en Europe centrale, ne l'avaient pas pardonné à un homme décidément incapable de sortir sans trébucher de l'ombre de Mr Henry Kissinger, son mentor en politique étrangère.

Treize ans plus tard, Mr Ford, devenu un paisible président en retraite, revient à la charge en expliquant le plus sérieusement du monde dans un long article publié mercredi 11 octobre par le Washington Post : vous voyez, " j'avais raison ". L'ancien président cite scrupuleusement ses déclarations d'alors - qui paraissent toujours aussi énormes, - et il ajoute tout simplement : " Au vu des récents développements en Pologne et dans toute l'Europe de l'Est, j'apparais comme un prophète. "

Quiconque croirait discerner un soupçon d'humour, d'auto-dérision, dans ces propos, aurait tout à fait tort. Mr Ford poursuit sa démonstration en exaltant " l'immense importance de la patience " dans la conduite de la politique américaine, et note au passage que le général Eisenhower a fort bien fait de ne pas se précipiter à la rescousse des insurgés hongrois en 1956, et que Mr Bush a bien raison aujourd'hui de " ne pas déverser des milliards de dollars sur la Pologne ".

Mr Ford conçoit-il clairement que la description du présent et l'évocation d'un avenir possible sont deux choses différentes ? Fallait-il aussi penser qu'en 1942 la Pologne n'était pas sous la botte de l'Allemagne, qu'en 1850 les serfs de Russie étaient libres, ou qu'en 1492 l'Amérique était la première puissance mondiale ? Ses préoccupations semblent d'un autre ordre. Il demande seulement que, au cas où serait un jour érigée à Varsovie une statue " dédiée à tous les Américains qui se sont tenus au côté de la Pologne ", son nom y soit mentionné. En toute modestie.

En deux jours de débats, le Parlement de Floride a mis en échec, mercredi 11 octobre, la tentative du gouverneur de Floride Bob Martinez de restreindre dans son Etat les possibilités de recourir à l'avortement. Par ailleurs, à Washington, la Chambre des représentants américaine a supprimé mercredi certaines limitations qu'elle avait elle-même imposées en 1981 aux subventions fédérales aux avortements pour les femmes à revenus modestes.

Considéré comme le chef de la mafia de la cocaine sur la côte atlantique de la Colombie, Mr José Rafael Abello Silva, trente-quatre ans, a été arrêté mardi soir dans un restaurant de Bogota, a annoncé la police, mercredi 11 octobre. Son extradition est réclamée par les Etats-Unis. Il serait l'un des proches de Mr Pablo Escobar, " patron " du cartel de Medellin, toujours en fuite.

Moscou (AFP). - Le Comité Karabakh d'Arménie a appelé mercredi 11 octobre, lors d'un metting à Erevan, les jeunes à ne pas se rendre cette année sous les drapeaux et la population frontalière de l'Azerbaidjan à organiser sa propre autodéfense, a annoncé à l'AFP un membre du comité. Mr Ambartsoum Galastian a précisé que le meeting, qui aurait réuni plus de cent mille personnes, se tenait à l'appel de groupes arméniens indépendantistes qui n'ont pas rejoint le Mouvement national arménien, plus modéré, créé par le comité après la libération de prison de ses onze membres qui dirigeaient depuis 1988 le mouvement arménien.

La radicalisation des positions du comité fait suite au blocus imposé depuis plus d'un mois à l'Arménie par les Azerbaidjanais, ainsi qu'à l'émotion soulevée par le décès, mercredi, d'un Arménien atteint par des tirs de l'armée dans la région contestée du Nagorny-Karabakh, enclavée en Azerbaijan et peuplée en majorité d'Arméniens. Une dizaine d'autres Arméniens ont été blessés dans cet incident.

Le Comité Karabakh a, en outre, appelé, lors du meeting, les députés arméniens qui siègent au Soviet suprême à " arrêter leur travail " au Parlement soviétique et à venir à Erevan pour une session du Parlement local.

Cette session, que le comité entend organiser samedi même si le présidium du Parlement arménien refuse sa convocation, devra prendre position en faveur de l'unification de l'Arménie et du Nagorny-Karabakh et affirmer " l'autonomie politique " de l'Arménie, selon Mr Galastian.

Jean-Paul II a regagné Djakarta, jeudi 12 octobre en fin d'après-midi, après une visite de quelques heures au Timor- Oriental, où il a lancé un appel au respect des droits de l'homme au cours d'une messe marquée par un vif incident entre de jeunes Timorais se réclamant du FRETILIN (mouvement indépendantiste) et les services de sécurité indonésiens. Le pape doit se rendre vendredi à Médan (Sumatra) avant de gagner, le lendemain, l'ile Maurice.

Quatre-vingt mille personnes, au maximum, étaient présentes, jeudi 12 octobre. Comme l'avait prévus Mgr Belo, évêque administrateur apostolique au Timor-Oriental, " les gens craignant la récupération de la visite papale par Djakarta " n'ont pas assisté à la messe pontificale. Le Vatican en attendait de trois cent mille à quatre cent mille. Première déception.

Beaucoup des six cent mille catholiques que compte le Timor-Oriental espéraient que, en arrivant sur leur sol, Jean-Paul II, à défaut de s'y prosterner comme il le fait partout où il se rend pour la première fois, ferait un signe, un geste, quelque chose indiquant que, lui non plus, il n'acceptait pas l'annexion du pays par l'Indonésie.

Rien de tout cela n'est arrivé. Reçu à Dili par l'épiscopat local, le gouverneur de la région et le ministre de la défense indonésien, le général Benny Murdani - un catholique qui a organisé l'invasion militaire au Timor-Est en 1975, - le pape a expédié la cérémonie d'accueil en trois minutes.

L'aéroport, les routes, la ville tout entière, quoique quasi déserte, étaient pavoisés d'oriflammes aux couleurs indonésiennes. L'immense panneau controversé souhaitant la bienvenue au pape " dans la 27e province de l'Indonésie " n'avait pas disparu. Jean-Paul II feignit de ne point le remarquer. " Après tout, nous avait dit Mr Mario Viegas Carascalo, gouverneur de la région, on ne demande pas au pape de partager notre opinion sur le statut du Timor-Est, mais il n'est sûrement pas opposé à son intégration (à l'Indonésie), autrement, il ne serait pas venu jusqu'ici. "

L'entourage du pape a eu beau marteler partout " le caractère uniquement pastoral " de la visite, les Indonésiens, et c'est après tout de bonne guerre, ont tout fait pour lui conférer une dimension politico-diplomatique. Au point que le Vatican devrait publier dans les prochains jours une " précision " sur ce voyage et que le pape lui-même, après avoir consacré et non pas seulement béni la nouvelle cathédrale de Dili, s'est cru obligé de rappeler que le diocèse dépend directement de Rome et non de la conférence épiscopale indonésienne.

Il a ensuite traversé la pauvre ville de Dili, ombragée de verdure luxuriante, mais quasi déserte, avant de se rendre sur le terrain militaire de Tassi-Toli (les " 3 lacs ") où l'attendaient, dans une chaleur moite, ceux qui voulaient malgré tout rencontrer le " pasteur universel ". Foule modeste et sage, protégée des morsures du soleil par une forêt de parapluies multicolores. Foule disciplinée, peu exubérante et, somme toute, un peu craintive.

Derrière elle, cachés par les collines, stationnaient, selon la rumeur publique, plusieurs sections armées de ces quinze mille hommes (police, forces spéciales, armée et milice) qui contrôlent le territoire depuis quatorze ans. Au large, derrière l'autel de Jean-Paul II adossé à une mer d'huile, l'ile d'Atauro, de sombre mémoire puisque c'est là-bas que, en 1975 et 1976, des populations entières furent déportées et où beaucoup moururent de famine et de maladies. Triste endroit pour une rencontre papale, d'autant que le terrain des " 3 lacs ", à en croire certains prêtres du cru, " a beaucoup servi au début des années 80 " aux exécutions sommaires.

Noyée dans un nuage de poussière blanche, la " papamobile ", a fait le tour, tandis qu'une poignée de danseurs rituels et emplumés se déchainaient au bas de l'estrade réservée au pontife. Détail important : Jean-Paul II avait pris à son bord, le très controversé évêque Belo, celui que les bons esprits du Vatican appellent le " Mgr Gaillot du Timor ". Tout sourire, le seul prélat à s'être permis d'écrire aux Nations unies pour réclamer un référendum d'autodétermination pour les Timorais, Mgr Belo semblait avoir été rassuré sur son sort. Quelques heures encore avant l'arrivée du pape, il disait se sentir " bien isolé ", y compris au sein de son église.

Enfin, le pape a parlé. Un peu en tetum, la langue du Timor, qui n'est pas enseignée dans les écoles, et beaucoup en anglais. " A la suite d'un conflit, vous avez subi la destruction et la mort. Vous savez ce que c'est que d'être victimes de haines et de combats (...). Il y a des situations dans lesquelles la communauté ecclésiale doit être tout spécialement capable de vivre l'enseignement du Christ, et de savoir pardonner. (...) Aime ton ennemi et prie pour ton persécuteur, a dit le Seigneur." Message d'amour de paix et de fraternité. Message chrétien. Jean-Paul II a évoqué "la faim, l'indigence, le chômage, l'absence de perspective". Il a parlé des "droits individuels et de la famille". Surtout, il a engagé les autorités à "respecter les droits fondamentaux (...) qui doivent être fermement assurés". "Je prie, a-t-il ajouté, pour que ceux qui ont la responsabilité de la vie au Timor-Oriental agissent avec sagesse et bonne volonté vis-à-vis de tous (...). Enfin, Jean-Paul II a "exhorté" les fidèles "à vivre dans la paix et l'unité". Au loin, on entendait comme un orage se lever. La cérémonie était terminée...

La Chine a nettement haussé le ton dans une polémique qui l'oppose depuis fin septembre à l'administration britannique de Hongkong et à Londres, et qui commence à miner la confiance de la population du territoire en l'avenir.

Partie de la défection d'un sportif, la querelle a atteint le terrain explosif des immigrants illégaux du continent qui tentent de gagner la colonie britannique. Le ministère chinois des affaires étrangères a condamné, mercredi 11 octobre, la décision de Hongkong d'autoriser un nageur du continent, Mr Yang Yang, à émigrer aux Etats-Unis après avoir fait défection en août. Le nageur, une des gloires de l'équipe nationale, s'était présenté à Hongkong comme un membre clandestin de l'Alliance chinoise pour la démocratie, une organisation de contestataires chinois d'Amérique du Nord que la Chine populaire considère comme " contre-révolutionnaire ".

En passant outre aux exigences de Pékin pour que Mr Yang soit renvoyé sur le continent, Hongkong a " créé un très mauvais précédent " qui " a eu un impact très néfaste sur le cours normal de la circulation des résidents de Hongkong et du continent ", a estimé le ministère. Le porte-parole a évoqué la menace de représailles en imputant la responsabilité de " conséquences " non précisées au gouvernement de Hongkong.

La colère de Pékin s'explique notamment par le fait que depuis la fondation de la République populaire, Hongkong n'a pour ainsi dire jamais agi à l'encontre d'exigences du continent. En acceptant de traiter le sportif comme un réfugié politique, l'administration britannique a infligé aux autorités communistes une rebuffade qui vient s'ajouter aux déboires diplomatiques croissants de la Chine populaire depuis la répression de l'insurrection de Pékin.

Plus grave, des responsables de l'agence Chine nouvelle, représentation non-officielle de Pékin dans la colonie, ont commencé à agiter le spectre d'un afflux de réfugiés continentaux. " La Chine a un milliard d'habitants. Combien en veut Hongkong ? ", a laissé tomber l'un d'entre eux. Ce genre de réflexion a le don de mettre à vif les nerfs de l'opinion hongkongaise. Il suffirait aux gardes frontaliers de Chine populaire de fermer les yeux pour laisser passer des flots d'immigrants illégaux, d'autant plus attirés par l'aventure qu'ils connaissent l'impasse dans laquelle se trouve la procédure de rapatriement.

Le crescendo des accusations pékinoises allant jusqu'à rendre Londres responsable d'une baisse sensible de la confiance dans l'avenir de Hongkong - qui se traduit notamment par l'affaissement des cours de la Bourse - le Foreign Office a répliqué plus sèchement qu'auparavant. " Il est de notoriété publique que les événements de la place Tiananmen en juin sont la cause de la perte de confiance à Hongkong ", a déclaré son porte-parole le 9 octobre, ajoutant : " C'est un point inscrit dans les annales et dans l'histoire. " Prononçant mercredi son discours annuel sur l'état de la colonie, le gouverneur, Sir David Wilson, a réitéré ce point de vue tout en exhortant la population de Hongkong à s'abstenir de s'impliquer dans les " affaires politiques complexes " du continent. Mieux vaut, dit-il, " renforcer notre futur statut politique spécial par notre contribution à la modernisation de l'économie chinoise ". Traduction : pas trop de vagues, et que l'argent travaille de lui-même à la libéralisation du continent.

Pékin n'a pas, sur le moment, riposté, mais cette polémique dépasse par son ton acrimonieux celle qui avait opposé les deux capitales au cours de l'été sur l'éventualité du déploiement à Hongkong - après la rétrocession en 1997 - de troupes communistes. Conscient de la nécessité de calmer les esprits, Sir David a consacré l'essentiel de son discours annuel à divers projets d'infrastructure dont un ambitieux nouvel aéroport international ouvertement destiné à raffermir la foi dans le développement du territoire. Encore faudrait-il que d'ici son achèvement il reste à Hongkong une population apte à assurer la poursuite de la croissance économique miracle de la " perle de mer de Chine du Sud " : le gouverneur a relevé que le traumatisme consécutif aux événements de juin 1989 avait accru " de manière significative " l'exode des cerveaux de la colonie.

Mr De Klerk a rencontré, mercredi 11 octobre, l'archevêque Desmond Tutu. Celui-ci se dit déçu, mais le chef de l'Etat n'a pas fermé la porte à la poursuite du dialogue.

Mgr Desmond Tutu est déçu. Le président Frederik De Klerk ne lui a pas apporté les réponses qu'il attendait. "Ce n'est pas suffisant", a déclaré l'archevêque anglican du Cap, au terme de trois heures d'entretiens qu'il a eus avec le nouveau chef de l'Etat, mercredi 11 octobre, à Pretoria. Une rencontre qu'il avait sollicitée et à laquelle ont participé le révérend Allan Boesak, président du Conseil mondial des églises réformées, et Frank Chicane, secrétaire général du Conseil des églises sud-africaines, ainsi que Mr Gerrit Viljoen, ministre du développement constitutionnel, chargé d'entamer le dialogue avec la communauté noire.

Le Prix Nobel de la paix espérait des réponses concrètes, quelque chose de positif qui lui aurait permis de dire : "Donnons-leur une chance, ils sont sérieux." Les trois ecclésiastiques sont repartis dépités après avoir remis au président De Klerk un mémorandum énumérant six mesures à prendre "immédiatement", afin de permettre le démarrage des pourparlers. Sur ces six points (levée de l'état d'urgence, suppression des restrictions, libération des détenus sans jugement, légalisation des organisations interdites, remise en liberté des prisonniers politiques et la grâce accordée à tous les condamnés à mort), la délégation de prélats n'a pas obtenu satisfaction. "Sans résultat, a précisé Mr Chikane, il ne peut y avoir de négociations possibles." Ce dernier a estimé que le successeur du président Botha n'avait pas progressé au-delà "de la rhétorique de son discours inaugural".

Les trois hommes attendaient-ils que complète satisfaction leur soit donnée sur tous les points? Certainement pas. Mais ils espéraient un geste, "des engagements spécifiques" pour permettre de créer un climat favorable au dialogue. Or, à les en croire, les promesses ne sont pas venues. Pour ces ecclésiastiques, la communauté noire ne peut pas identifier ses véritables leaders si elle ne jouit pas du plein exercice de la liberté politique.

Ces hommes d'Eglise ont pris l'initiative de la rencontre, non pas comme négociateurs, mais comme intermédiaires, afin de mettre en chantier un dialogue avec le pouvoir pour sortir de l'impasse. Le mémorandum remis à Mr De Klerk comporte également sept autres points, sept mesures à prendre au cours des six prochains mois, qui consistent en l'abolition pure et simple des quatre derniers piliers de la législation raciale, le retour des exilés, la liberté des activités politiques et l'ouverture de négociations avec "les mouvements de libération", y compris l'ANC (Congrès national africain).

Mr de Klerk n'a pas dit que ces demandes étaient inacceptables. Il a simplement refusé de se laisser enfermer dans un programme précis sur une période de temps donnée, de se laisser dicter sa conduite. Il a assuré que le mémorandum sera pris en compte avec d'autres données et que l'important était de commencer à discuter. " Un processus qui doit progresser pas à pas et où chacun des pas sera entrepris en connaissance de cause et les progrès accomplis mesurés et digérés ", a-t-il souligné.

Pour le chef de l'Etat, la question de savoir si les Noirs doivent avoir le droit de vote, si le pouvoir doit être partagé, si les droits des minorités doivent être protégés n'est plus à discuter. Ces principes sont acquis. Il reste à mettre tout cela en forme et pour ce faire vaincre définitivement " la méfiance, surmonter les obstacles et reconnaitre que le temps est venu d'admettre la bonne foi du gouvernement ". " Il faut raccourcir la liste des désaccords et allonger celle des points d'entente ", a-t-il souligné, estimant que cette rencontre était une étape importante " des pourparlers sur les négociations ", un dialogue précurseur qui serait suivi par d'autres entretiens avec d'autres leaders, d'autres écclésiastiques.

Mr de Klerk s'efforce de démontrer qu'il est impératif que les Sud-Africains commencent à parler entre eux. Il s'efforce d'éviter les discussions " sur la validité du dialogue " en cherchant à créer un climat propre à celui-ci. Reste à savoir s'il ne lui sera pas nécessaire de donner d'autres gages de ses bonnes intentions, c'est-à-dire aller au-delà de la libération de huit prisonniers politiques, pour prouver sa sincérité. Il n'est pas sûr qu'il dispose d'autant de temps qu'il le prétend. Et surtout, il doit faire admettre que les pourparlers ne sont pas un autre moyen de gagner du temps.

Quatre jours après une première attaque, à Guelta-Zemmour, le Front Polisario a lancé, mercredi 11 octobre, une nouvelle offensive contre le mur de défense édifié par l'armée marocaine, dans la région d'Haouza, dans le nord-est du Sahara occidental.

Comme d'habitude, la description et le bilan des combats sont bien différents selon qu'il s'agit des sources marocaine ou sahraouie. Le Polisario affirme avoir provoqué la " débandade " sur une profondeur de plus de 20 kilomètres derrière le " mur ". Le Maroc fait état de cent morts chez l'assaillant, contre dix dans ses troupes.

Une chose est sûre : la relative accalmie observée depuis la réconciliation algéro-marocaine est finie. Et la mort du colonel marocain qui commandait le secteur de Guelta-Zemmour prouve que les officiers supérieus n'hésitent pas à s'exposer lors des affrontements avec des combattants presque suicidaires, l'enlisement des consultations diplomatiques n'ayant pas entamé leur détermination.

La défection de plusieurs dirigeants du Polisario - notamment celle d'Omar Hadrami, un des fondateurs du Front, réfugié au Maroc en août - résulte du trouble de certains nationalistes sahraouis après les embrassades du roi Hassan II et du président Chadli. Les accusations de " tribalisme " et de " dévationnisme " ont été nombreuses en avril, lors du congrès d'une formation qui n'a pas renoncé à la langue de bois. Mais les querelles intestines semblent avoir galvanisé les plus déterminés. A cet égard, les opérations récentes doivent s'analyser non seulement comme un rappel de la " guerre des sables " avant la réunion, du 19 au 24 octobre, de la commission des Nations unies chargée du Sahara occidental, mais surtout comme une façon de mettre devant le fait accompli une Algérie tentée d'enterrer un conflit qu'elle avait naguère attisé.

Actuellement secrétaire général du FLN, Mr Mehri nous le disait récemment : Alger souhaitait vivement, ces dernières semaines, une nouvelle rencontre entre le roi Hassan II et le Polisario pour des consultations sur un référendum d'autodétermination. A Alger et à Rabat, on affecte de croire qu'il existe une voie étroite au bout de laquelle le conflit pourrait s'achever " sans vainqueur ni vaincu ". Les deux récentes attaques rendent plus aléatoire que jamais la reprise du dialogue sur de telles bases.

On a pu croire que l'extension du " mur " qui " sécurise " maintenant la plus grande partie de l'ancien Sahara espagnol réglait la question sur le plan militaire. Mais le Polisario dispose encore en Mauritanie de vastes étendues à partir desquelles il peut préparer des offensives ponctuelles. La tension avec le Sénégal a obligé le président Ould Taya à dégarnir le nord de son pays pour concentrer ses troupes près du fleuve Sénégal. Cela laisse au Polisario un champ d'action plus libre que jamais.

Les Soviétiques trouvent la Communauté peu ouverte à leur égard. C'est ce qu'a expliqué Mr Ivan Ivanov, le vice-président de la commission d'Etat pour la politique économique extérieure, lors d'une conférence de presse tenue mercredi 11 octobre à Bruxelles, à l'issue du deuxième round de négociations en vue de la conclusion d'un accord de coopération entre la CEE et l'URSS. Mr Ivanov s'étonne de certaines réticences, comme si la Communauté, qui se dit favorable aux réformes de Mr Mikhail Gorbatchev, éprouvait des difficultés à faire évoluer sa politique économique vis-à-vis des pays de l'Est.

Moscou souhaiterait que l'accord fasse référence à la déclaration conjointe approuvée par la CEE et le CAEM (l'organisation économique des pays de l'Est) en 1988, qui avait mis fin à trente ans d'ignorance réciproque. La Communauté refuse et Mr Ivanov s'en explique mal la raison. Cette déclaration prévoyait un développement parallèle des relations bilatérales et multilatérales. Seules les discussions menées au niveau bilatéral produisent pour l'instant des résultats tangibles. " J'ai l'impression que la Communauté n'a pas de politique bien établie à l'égard de l'Est ", s'exclame Mr Ivanov, qui cite quatre domaines qui, selon lui, devraient être abordés au niveau multilatéral : l'écologie, les transports, la normalisation, l'échange d'informations économiques.

Du côté communautaire, on ne semble pas loin de trouver ces critiques justifiées ! Jadis, la CEE souhaitait limiter la coopération avec le CAEM par crainte de contribuer à renforcer l'emprise de Moscou sur les pays de l'Est. les experts bruxellois reconnaissent que c'est là une attitude devenue anachronique.

Le chef de la délégation soviétique reproche aussi à la Communauté de réclamer en matière d'échanges commerciaux une " réciprocité effective ", c'est-à-dire un engagement chiffré de développer les importations en provenance des Douze. Mr Ivanov s'insurge : " Nos entreprises sont libres, nous fonctionnons comme une économie de marché et nous devons être traités comme tels. Nous ne sommes plus un pays à commerce d'Etat. " Un discours qui ne convainc pas les experts bruxellois. En 1988, les importations de la CEE en provenance d'URSS ont atteint 12,7 milliards d'écus, les exportations, 10 milliards d'écus.

On les reconnait à leur façon de trainer un catalogue Schnabel sur la table basse, de froncer le sourcil quand ils disent : " J'aime beaucoup son travail. " Ils ne parlent jamais de " tableaux " mais de format. Les habitués les ignorent, avec le mépris aristocratique que peuvent éprouver les habitants de la rive gauche pour ceux de la rive droite. Deux détails d'importance les distinguent des collectionneurs plus traditionnels. Ils sont plus jeunes, se recrutent dans les milieux socio-professionnels plus neufs que les années 80 ont largement développés : mode, immobilier, finances, médias... " Beaucoup de ces nouveaux amateurs sont venus à la peinture par la figuration libre ", déclare Pierre Nahon (galerie Beaubourg), où , en juin dernier, l'exposition Combas s'est vendue en deux jours. " Ces images, faciles d'accès, ont séduit un public qui boudait traditionnellement les galeries... et qui, a acheté sa génération, celle de la BD, des clips vidéo... " Pierre Nahon ajoute : " Ceux qui ont commencé par les Boisrond, les Di Rosa, en sont à Basquiat... Ceux qui ont réussi, visent Andy Warhol... Quand on commence, il n'y a pas de limite. Chacun va au-delà de la sienne. Comme en analyse, il faut payer pour prendre du plaisir... " A cette explication s'en ajoute une autre, plus matérialiste : l'art contemporain devient une valeur refuge, dont l'intérêt spéculatif se pare d'une " poésie " non négligeable. L'ex-battant doit être aujourd'hui un homme de bon goût ? Nul n'échappe à la caricature : " Au prix où j'ai payé ce truc-là, tu ne vas tout de même pas me le cacher dans l'entrée ? ", s'est entendu dire un architecte par son client. Car, désormais, la maison - et ce qu'elle abrite - devient un signe intérieur de richesse. On ne se cache plus, on invite beaucoup, on accroche dans la salle à manger un Malaval violemment éclairé par des ampoules halogènes. L'ère de la " transparence " succède à celle du secret : on se montre, on sort, on se rencontre, on gaffe : " Avez-vous du Poliakoff ? " Et pour ne plus gaffer, on veut apprendre vite, très vite.

Ici, Marc Pottier, ancien commissaire-priseur, aujourd'hui directeur de la galerie Urban et " agent d'art ", gère une dizaine d'associations de collectionneurs (un rendez-vous tous les quinze jours avec visites d'atelier de peintres, expo-conférences...). Là, un jeune énarque banquier forme un groupe d'achat " avec des industriels, des politiques et d'autres technos ". A Paris, l'engouement pour l'art (limité et tardif quand on le compare à folie acheteuse de New-York ou de Londres) a pris une dimension géographico-mondaine. A chaque tribu ses circuits, ses exigences, ses antagonismes, ses rendez-vous, ses mises en scène. Et tout le reste n'est que peinture.

Alain Rivière, John Levee, Catherine Lopez Curval... Charlie et Marina B. ont tout acheté en un an (quinze Óuvres à raison de trois à 13 000 F pièce). Il est médecin, elle est avocate. Ils ont trouvé la solution idéale ; avec dix autres couples amis (ophtalmologistes, radiologues, pédiatres), ils participent à un club. Le principe est simple ! Chaque couple verse 700 F par mois. Un binôme achète pour le groupe tous les deux mois. Dans quatre ans, on se répartit tout... " Quand les B. aiment vraiment, ils achètent pour eux. " On négocie, on discute les prix. Dernièrement, un peintre nous a fait une remise de 20 % parce que, à plusieurs, on avait pris sept toiles... "

Toutes les semaines, guidés par un agent chargé de trouver les artistes, ils visitent un atelier : " Au début, on était un peu désappointés : des peintures bizarres, des septièmes étages sans ascenseur, des banlieues zones... Aujourd'hui, c'est devenu une drogue... "

Un immeuble luxueux dans le huitième arrondissement, côté " triangle d'or ". Dans la salle d'attente, des sièges en plexi, une table de laque recouverte par des numéros de Lui, City, Art News, le catalogue de la Fondation Templon à Fréjus. C'est en 1971, que Claude F., spécialiste des sourires à refaire, a installé son cabinet de chirurgien-dentiste : " Une profession qui mène forcément à l'art. " Sa vie de collectionneur se découpe en tranches : 1973-1980, ou sa période " symboliste " griffée Mucha (des aquarelles), Lévy-Durmer, à environ 1 000 F la toile ; 1980-1986, ou l'envie de modernité consacrée par les artistes " visionnaires ", comme Di Maccio, Poumeyrol, Roland Cat. Mais le vrai vertige date de 1986, l'année où, à Bâle, il tombe amoureux d'une toile signée par un peintre de vingt-quatre ans, Basquiat : " Je l'ai payée 90 000 F. Elle vaut aujourd'hui 300 000 dollars... "

Une autre vie commence pour les F. : ils décrochent toute leur collection, la vendent aux enchères, pour ne garder que la fameuse toile. La remise en question est totale. Les F. achètent Jean-Pierre Reynaud, Lavier, Buren, César Beuys, Blais, Schanabel, avant de se lancer dans le minimalisme (Judd, Kounellis,...) : " La collection s'autogère. En revendant les pièces du début, dont les prix ont flambé, j'ai pu acheter des valeurs plus confirmées... " Claude F. fréquente toutes les foires (Paris, Bâle, Cologne, Madrid). Il ne descend jamais dans un palace, mais chez des " amis collectionneurs ".

Buren, Basquiat, Tapiès, Beuys... Serrées les unes contre les autres contre la toile de jute brique, les Óuvres tiennent dans 60 mètres carrés Robert R., cadre juridique dans une banque depuis treize ans, gagne 12 000 F net par mois. Son histoire pourrait bien être un conte de fées moderne. " J'ai commencé par rêver sur les tableaux du Lagarde et Michard... " Etudiant, il se débrouille pour consulter, grâce au parrainage d'un marchand londonien, les trésors du Cabinet des dessins du Louvre. Les écrits des critiques d'art l'ennuient... Il préfère ceux de Cézanne, Matisse, Van Gogh, Klee. Son premier choc, en matière de peinture abstraite, date de 1981, avec la rétrospective Pollock à Beaubourg qu'il va voir une dizaine de fois, restant assis pendant des heures devant Autumn Rythm.

En 1983, il se " lance ", vend ses acquisitions du début (Dado, Bron, Roland Cat) pour acheter un Buren (10 000 F), et, à Bâle, quelques multiples de Beuys, son idole... Il ira même le voir à Düsseldorf, financera l'édition limitée d'une de ses photographies. La suite ? Basquiat, bien sûr, pour lequel il vend tout ou presque (une terre cuite de Fontana, des Combas, une Óuvre sur papier de Tapies), et emprunte à la Banque de la Cité.

Richard R. juge sévèrement le marché parisien : " On dit qu'il n'y a pas de collectionneurs en France, mais c'est qu'il n'y a pas de vrais marchands. Ils ont longtemps abusé du monopole que leur conférait le contrôle des changes en vendant des Óuvres plus chères à Paris qu'à l'étranger. Les collectionneurs français se sont retrouvés frustrés. La manne des FRAC a aussi permis aux marchands de se contenter d'exposer des Óuvres monumentales réservées aux musées. "

Il va plus loin. " La France sert de fond de tiroir du marché international, elle prend le train en marche bien après l'Italie, l'Allemagne, l'Angleterre. On découvre les artistes internationaux quand ils coûtent 50 000 ou 100 000 dollars. C'est le cas de Schnabel, Paladino, ou de Basquiat qui ne fut exposé chez Templon qu'en 1986... "

Au terme de son voyage au Venezuela et en Equateur, Mr Mitterrand devait faire escale jeudi 12 octobre à Bogota pour assurer le président Barco du soutien de la France et de la Communauté européenne dans sa lutte contre les trafiquants de drogue. Le président de la République devrait être de retour à Paris vendredi.

" Salut Panchito " : il suffit d'une simple pancarte barbouillée à la hâte en rouge et bleu pour sentir la chaleur de l'accueil. " Panchito " est en espagnol le diminutif affectueux de François. Cette familière apostrophe peut être ainsi traduite par un : " Salut Fanfan " qui change des " Vas-y Tonton ! " banalisés de la France socialiste.

Le président était d'humeur joyeuse, ce qui n'est pas évident lorsque l'on arrive tout droit de Caracas l'indifférente, et que l'on s'apprête à plonger le lendemain dans la poudrière de Bogota. Il est vrai que le hasard y avait mis du sien. Dès le matin sur l'aéroport de Quito, ou lors de la cérémonie d'accueil, lorsqu'on donna à entendre une Marseillaise de style polka piquée, juste avant que les canoniers chargés de tirer les vingt et un coups de rigueur se chargent de transformer ce pensum protocolaire en un gag des Marx Brothers.

Il pleuvait déjà et, à dix ou onze coups, ils ne purent tirer, malgré leur insistance désespérée, que des pétards mouillés, qui produisirent une abondante fumée et pas plus de bruit qu'un bouchon de champagne. L'hilarité gagna les rangs du public équatorien et français confondus, qui ne reprirent leur sérieux que pour écouter le président Rodrigo Borja vanter les mérites de son hôte, et Mr Mitterrand, poète, livrer sa première impression de "Quito, suspendue à son ciel" à 2850 mètres d'altitude.

Il y eut encore de la gaité dans l'air en fin de matinée, lorsque le chef de l'Etat, au terme d'une brève réception à la mairie de Quito, traversa la place de l'Indépendance pour se rendre au palais présidentiel. Un bon millier de personnes s'étaient massées sur le parcours, y compris les petits cireurs de chaussures, les vendeurs de billets de loterie et les Indiennes, un enfant sur le dos, les autres pendus à leurs jupes. Mr Mitterrand prit grand plaisir à se mêler à la foule d'où montaient des " Viva François ! " et jusqu'à DES " Viva el socialismo ! ". Même les manifestants - quelques dizaines - qui protestaient contre " les pétroliers français qui tuent l'Amazonie " avaient des mines fort sympathiques. Du balcon du palais présidentiel, Mr Mitterrand salua la foule, mais ne dit mot, contrairement au général de Gaulle qui, le 25 octobre 1964, lors de sa vaste tournée sud-américaine - dix pays en vingt-cinq jours - avait prononcé du même balcon son premier discours en espagnol.

Le président de la République, touché par cet accueil, a résumé cette journée mercredi soir en ces termes : " Les Portugais disaient au dix-septième siècle qu'en-dessous de l'Equateur il n'y a plus de péché. C'est vrai que l'on est enclin à s'abandonner sans remords au plaisir d'être entre amis. "

L'escale de Bogota répond à un souhait du président Barco. Des gendarmes du GSPR et des fonctionnaires de la police nationale étaient depuis quelques jours dans la capitale colombienne, mais ce n'est que mardi que le président de la République a décidé d'aller apporter de vive voix son soutien à la lutte menée par les autorités de ce pays contre le cartel de Medellin.

Cette brève visite - deux ou trois heures - devait être essentiellement consacrée à un entretien avec Mr Barco, qui vient de rentrer du Pérou où s'est tenue à Ica une rencontre Pérou-Bolivie-Colombie, consacrée au problème de la culture de la coca et du trafic de la cocaine. Mardi, à Caracas, Mr Mitterrand et le président vénézuélien, Mr Carlo Andres Perez, avaient longuement parlé de la drogue et un accord de coopération avait été signé entre Mr Joxe et son homologue vénézuélien, Mr Alejandro Izeguirre.

Mercredi, à Quito, Mr Joxe s'est entretenu avec le ministre de l'intérieur d'Equateur, Mr Andres Vallejo, qui lui a fait part de ses inquiétudes. L'Equateur, a-t-il souligné, est un pays de transit pour la coca et la cocaine ; les installations de laboratoires sur son sol se multiplient. La pression exercée en Colombie sur les narcotrafiquants risque, selon lui, d'accélérer le transfert vers l'Equateur du trafic de la coca et de son traitement.

Mr Joxe devrait recevoir prochainement à Paris le directeur général de la police nationale d'Equateur. La France, qui apporte à plusieurs Etats son aide en matière de formation, estime qu'elle est particulièrement compétente dans deux domaines : d'une part, la police scientifique, grâce au laboratoire d'échantillonnage de Lyon, consacré d'abord à la cocaine et qui, avec l'analyse de la composition des produits, permettra peut-être de remonter plus facilement les filières ; d'autre part, les systèmes de détection des mouvements d'avions, de navires et même d'individus, ainsi que les moyens de détection dans les aéroports.

L'exode des jeunes qui se poursuit et les manifestations de ces derniers jours ont provoqué de vifs débats au SED, le parti est-allemand, dont certains dirigeants ont vivement critiqué la rigidité du secrétaire général, Mr Erich Honecker. La déclaration publiée, mercredi soir 11 octobre, par le bureau politique du SED est interprétée comme annonciatrice de changements à Berlin-Est. Elle a été saluée par un des responsables de l'Eglise protestante - qui a tenté d'encourager un dialogue entre le pouvoir et l'opposition - comme un " pas dans la bonne direction ".

D'importants changements se dessinent en RDA où les manifestations de ces derniers jours et l'exode massif des jeunes au cours de l'été ont apparemment convaincu une majorité des responsables du Parti communiste est-allemand (SED) que des mesures d'urgence devaient être prises. La première victime de ce changement de cap pourrait être Mr Erich Honecker lui-même. Si l'on en croit des commentaires savamment distillés par des membres de la direction du SED, mercredi 11 octobre, les jours du numéro un est-allemand seraient désormais comptés.

Le secrétaire général du SED, dont le discours lors du quarantième anniversaire de la RDA aurait été critiqué au sein même de la direction du parti pour sa rigidité, serait apparu totalement isolé lors de la réunion extraordinaire du bureau politique, qui s'est tenue mardi et mercredi à Berlin-Est. A cette réunion avaient pris part non seulement les membres de l'organe suprême du parti, mais également d'autres responsables du comité central, dont les premiers secrétaires de district non membres du bureau politique.

Etaient notamment présentes à la réunion extraordinaire du bureau politique des personnalités à la réputation de réformateurs, comme Mr Modrow, le pemier secrétaire de Dresde, où pour la première fois a eu lieu, mardi dernier, un contact officiel entre les autorités - en l'occurrence le maire de la ville - et une délégation de manifestants. Mr Erich Honecker se serait d'ailleurs opposé depuis à ce qu'une rencontre identique ait lieu à Leipzig où plusieurs responsables locaux du parti avaient publié, lundi, un appel au dialogue.

Tout indique que la réunion du bureau politique a été passablement houleuse. Sa durée - deux jours - a été inhabituelle. Mercredi soir, le texte d'une longue déclaration a été rendu public sur toutes les radios et les télévisions. Il marque une nette inflexion sur plusieurs points importants de l'attitude de la direction du parti. Certes, il ne va pas jusqu'à admettre la possibilité d'un dialogue avec l'opposition mais, pour la première fois, il est au moins admis que l'exode de milliers de jeunes vers la RFA pose problème.

Tout en affirmant que la propagande occidentale a contribué à brouiller les esprits, le bureau politique reconnait qu'on ne quitte pas ses amis, son pays, sans des mobiles qu'il convient d'analyser. " Les raisons de leur décision peuvent être multiples. Nous allons les étudier, tous ensemble, chacun à sa place ", précise la déclaration. Celle-ci souligne qu'un nombre important de questions doivent faire aujourd'hui l'objet d'un réexamen. Parmi les nécessaires transformations à prévoir, le texte de la déclaration énumère l'accroissement de la productivité dans le domaine économique, l'approvisionnement en biens de consommation, mais aussi " des médias attentifs à la vie, des possibilités de voyages et un environnement sain ".

Ces trois derniers sujets sont parmi les plus sensibles actuellement en Allemagne de l'Est, l'immobilisme du régime dans ces domaines ayant suscité ces derniers mois une irritation croissante, y compris au sein du parti lui-même. Aucun mot, bien sûr, n'a été dit sur les demandes de légalisation formulées ces dernières semaines par différentes formations politiques, notamment par le groupe Neues Forum.

Le parti, à ce stade, n'entend manifestement pas renoncer à être le seul lieu où doit se tenir le débat sur les réformes à envisager. Si l'on veut bien pour le moment discuter de changements, ceux-ci doivent rester dans le cadre du régime à parti unique. " Nous disons ouvertement, précise la déclaration, que nous sommes contre les suggestions et les manifestations derrière lesquelles se cache l'intention de tromper les gens et de changer les fondements constitutionnels de notre Etat. "

Les indications sur l'isolement de Mr Honecker se sont multipliées toute la journée de mercredi. Radio DDR, la voix officielle de la RDA, a ainsi diffusé des extraits des déclarations de Mr Kurt Hager à un magazine soviétique, où le responsable de l'idéologie du parti se prononce pour "l'élaboration d'un concept précis pour la réalisation de la modernisation indispensable". Or Mr Hager n'était pas précisément connu jusque-là pour ses grands élans réformistes. Il était même resté célèbre pour avoir déclaré que la RDA n'avait pas forcément à "tapisser les murs" de la même manière que l'Union soviétique, référence au refus des dirigeants est-allemands pendant longtemps d'accepter la politique de réforme soviétique.

Si l'Union soviétique s'est abstenue, conformément à la nouvelle doctrine du Kremlin, de toute ingérence visible dans la politique de la direction est-allemande, la visite de Mr Gorbatchev à Berlin-Est, la semaine dernière, pour le quarantième anniversaire de la RDA, n'en a manifestement pas moins joué un rôle dans l'évolution de la situation. Le chef de l'Etat soviétique avait clairement laissé comprendre son souhait de voir les dirigeants est-allemands prendre à leur tour le chemin des réformes. Les Soviétiques ne cachent pas, et il l'ont fait savoir lors des discussions qu'ils ont eues à Berlin-Est, leur inquiétude sur l'évolution de la situation en RDA. La stabilité de l'Allemagne de l'Est est à leurs yeux en cause. S'ils ne voient pas pour le moment de "crise", ils n'en constatent pas moins l'apparition d' "éléments de crise" qui appellent des réponses. On estime à Moscou qu'il est grand temps que les dirigeants est-allemands se livrent à une analyse approfondie, qui n'a pas été faite jusqu'à présent, des causes de tensions apparues ces derniers mois. On ne comprend pas que, dans le contexte actuel de l'évolution d'ensemble à l'Est, un pays comme la RDA puisse, par exemple, se trouver contraint de fermer ses frontières pour empêcher ses citoyens de partir.

Les " conseils de Moscou " ont, sans aucun doute, encouragé le réexamen par la direction du parti de la politique à suivre. Il est vrai cependant qu'à l'intérieur même du SED l'exaspération devenait de jour en jour plus sensible devant la langue de bois des principaux dirigeants. A la suite des manifestations de ces derniers jours, cette exaspération s'est exprimée sous de multiples formes. Des menaces de grève auraient notamment été lancées dans de nombreuses entreprises. La jeunesse communiste, à travers son organe, Junge Welt, s'est massivement engagée ces derniers jours en faveur de l'ouverture d'un débat sur les questions posées.

Le scénario du limogeage de Mr Honecker est-il déjà arrêté ? Il est sans doute encore trop tôt pour le dire et rien n'indique en tout cas que celui de sa succession soit déjà au point. Le secrétaire général a été chargé d'un rapport sur la situation. Autant dire qu'il s'agira vraisemblablement d'un dernier plaidoyer. Il y a dix-sept ans, en mai 1972, Erich Honecker remplaçait Walter Ulbricht qui s'était opposé aux Soviétiques sur la question des traités entre les deux Allemagnes. L'annonce de la démission d'Ulbricht, qui avait gardé ses fonctions de chef de l'Etat, avait été faite à l'issue d'un plénum du comité central précédant un congrès du parti. Or un tel plénum est prévu dans les semaines qui viennent à Berlin-Est pour préparer le prochain congrès qui aura lieu en mai.

- L'association Grain de sel - Rencontres propose sur le thème de l'Europe une journée d'études placée sous le patronage du président de la République. Cette manifestation aura lieu le 14 octobre, de 11 heures à 19 heures, à la Cité universitaire internationale (maison internationale, salon Honnorat), 19, boulevard Jourdan, 75014 Paris.

- Le troisième Festival vidéo-psy, organisé par l'association La Licorne, composée de soignants en pédopsychiatrie et de divers praticiens de l'enfance, se déroulera à Clichy (Hauts-de-Seine) les 10, 11 et 12 novembre 1989. Au cours de ces trois journées seront diffusés environ deux cents films. Les projections et tables rondes sont axées sur trois thèmes principaux : petite enfance (vendredi 10) psychiatrie alternative (samedi 11) et ethnopsychiatrie (dimanche 12).

Après Buygones, bloqué au bout de la Norvège, et Han, perdu dans le marasme silencieux de la Meuse (le Monde des 11 et 12 octobre), nous terminons en Espagne notre série sur l'Europe des villages en crise. A première vue, ce n'est qu'un petit village au nom bizarre : Plan, perdu comme tant d'autres au fond des Pyrénées aragonaises, dans la province de Huesca. Plutôt plus perdu que les autres, même, tant il est ardu d'y accéder, par une petite route sinueuse parsemée de tunnels et serpentant au fond d'un étroit canyon.

Les trois cent vingt-cinq habitants de Plan, qui vivent essentiellement de l'élevage, auraient pu connaitre le triste sort de ces multiples villages de la région qui, saignés par l'exode rural, s'éteignent doucement au fur et à mesure que vieillit leur population. Mais une idée de génie allait sauver le village, fruit du cerveau... du cinéaste William Wellman. C'est en voyant en effet à la télévision du bar Rutche, QG de la jeunesse du coin, son film Convoi de femmes, qu'un petit groupe de célibataires du village, se sentant soudain l'âme de cow-boy de Robert Taylor, décidèrent de passer à l'action pour modifier ce pesant état civil. Car si Plan se mourait, c'était en grande partie faute de femmes à marier.

Surmontant vaillamment leur timidité, ils se décidèrent à envoyer une petite annonce à un quotidien local, El Heraldo de Aragon : Cherchons femmes de vingt-quatre à quarante ans en vue mariage dans village des Pyrénées aragonaises. Informations téléphone 50-60-48 ". Les plus optimistes attendaient sans trop y croire une demi-douzaine de réponses, et se proposaient d'inviter les quelques candidates nuptiales à une modeste petite fête. En tout bien tout honneur, s'empressaient-ils d'expliquer au curé du village venu aux nouvelles.

Ce fut l'avalanche. Sans le savoir, les célibataires de Plan venaient, ce 2 janvier 1985, de tirer le gros lot de la loterie médiatique. Le lendemain, leur initiative faisait la première page d'un quotidien local rival, El Periodico de Huesca. Le surlendemain, c'était le tour de la radio de la région, puis de celle de Madrid, puis de la télévision : des millions de téléspectateurs contemplèrent sur leur petit écran trois fiers gaillards de Plan, un peu intimidés, venus expliquer leur initiative au pays tout entier. On vit même débarquer dans ce village, la veille inconnu, les télévisions américaine et japonaise.

Le téléphone du bar Rutche, entre-temps, ne cessait de sonner : plus de deux mille appels en un mois. Le facteur du village ne savait plus où donner du bras face aux sept cents lettres reçues. La toute nouvelle Association de célibataires de Plan classait méthodiquement les candidatures, venues de tout le pays : âge, aspect physique, desiderata. Elle frétait en même temps les autobus qui amèneraient à Plan, depuis les principales villes du pays, les candidats à l'aventure matrimoniale. La fête fut fixée pour le 7 mars, le jour du carnaval.

Ce jour-là, quelque cent cinquante jeunes femmes intimidées débarquèrent à Plan au milieu d'une nuée de caméras et des flashs des photographes. Un bal avec des chanteurs venus de la grande ville, permit d'établir les premiers contacts, souvent laborieux. Les gens du cru, au dire de plusieurs candidats, ne se distinguaient pas particulièrement par leur audace ! Trois jours plus tard, on n'en annonçait pas moins le premier mariage. En présence de tout le village la larme à l'Óil, Maria Angeles et Mariano prononcèrent bientôt, devant le curé qui n'avait plus entendu ces mots depuis si longtemps, le rituel " oui, je le veux " que retransmirent en direct les principales radios du pays. Les chaumières de l'Espagne tout entière s'émouvaient avec les villageois de Plan.

La première fête se solda par un bilan globalement positif : trois mariages, dix fiançailles et quelques flirts prometteurs. Depuis, les villageois de Plan ont continué à organiser, chaque été, leur fête nuptiale. Avec des résultats distincts selon les sources : tandis que le curé affirme avoir célébré dix mariages, le maire, lui, parle de trente-cinq nouveaux couples, ce qui laisse penser que certains ont dû faillir aux prescriptions ecclésiales. Mais qu'importe les chiffres, la " belle histoire " de Plan, c'est avant tout celle d'un village ressuscité dans une région où tant d'autres ont disparu.

" L'important, c'est que l'atmosphère du village a désormais changé : avant, Plan était un navire faisant eau de toutes parts. Aujourd'hui, les habitants ont recommencé à croire au futur, à bâtir des projets, à échafauder des plans ", souligne le curé, le Père Jacinto Brallans, cinquante-quatre ans, dont dix-huit passés dans la vallée. Visiblement ravi de la renommée internationale de Plan, il s'est résolument mis à l'étude de l'anglais depuis qu'il a été interviewé par la télévision américaine.

" Tout a si bien fonctionné parce que rien n'était prémédité, affirme le maire José Antonio Lopez Figuer, qui n'est autre que le propriétaire du fameux bar Rutche. Nous ne voulions pas faire un coup médiatique, simplement sauver notre village. Et nous y sommes parvenus. Désormais, toute l'Espagne connait Plan, et tous ceux qui viennent dans la région font le détour. Le tourisme nous a sauvés. Et certains de ceux qui étaient partis commencent même à revenir s'installer au village. "

Un hôtel de vingt-deux chambres a récemment ouvert ses portes, et nombreux sont les villageois qui louent maintenant une chambre aux touristes de passage en été. D'autant que le village ne manque pas de charme, avec ses maisons empierrés et ses paysages de haute montagne. Les enfants piaillent à nouveau dans les rues : le nombre d'instituteurs est passé de un à trois, et les élèves peuvent désormais suivre à nouveau au village le second cycle des études secondaires, qui avait été transféré à une autre bourgade plus importante. Plan revit.

Mais bien d'autres villages de la région n'auront sans doute pas cette chance. Eminemment rurale, la province de Huesca compte le plus grand nombre de villages abandonnés du pays. Le boom économique des années 60 attira les montagnards vers les usines des villes. Et, face aux difficultés de communication dans cette zone montagneuse, qui rendaient malaisé le retour régulier au village, nombre d'émigrés firent venir dès qu'ils le purent leur famille à la ville.

Le système d'héritage pratiqué dans l'Aragon contribua à cet exode massif : pour éviter la division de la propriété dans cette région d'altitude de faible superficie arable, la terre est en effet transmise exclusivement au fils ainé, à charge pour lui de subvenir aux besoins de ses frères et sÓurs. Ce qui ne peut qu'inciter ces derniers, pour éviter une telle situation de dépendance, à tenter leur chance ailleurs.

Certes, depuis la crise économique de la fin des années 70, l'émigration s'est ralentie. Mais ceux qui sont partis ne reviennent guère, et la population rurale continue à vieillir. Les Pyrénées aragonaises sont-elles condamnées à se dépeupler lentement ? Plan a peut-être, là aussi, montré la voie du salut : celle du tourisme.

" Le futur de notre région passe immanquablement par le tourisme, affirme à Saragosse le ministre de l'aménagement du territoire du gouvernement régional aragonais, Mr Joaquim Maggioni. La province de Huesca pourrait, par exemple, constituer un lieu de villégiature idéal pour le troisième âge. Mais il faudrait pour cela de bien meilleures voies de communication. Toutes les grandes routes qui traversent les Pyrénées passent par le Pays basque ou la Catalogne, et nous laissent de côté. " C'est que les Pyrénées aragonaises se sentent bien oubliées du pouvoir central et de cette Espagne urbaine, qui ne se souvient d'elles, l'espace de quelques jours, que pour contempler avec un amusement attendri le geste des célibataires de Plan !

Le verdict ne devait être rendu que le 2 novembre prochain, mais, jeudi 12 octobre, la cour d'appel de Stockholm a décidé que Christer Pettersson, condamné en juillet dernier à la prison à perpétuité par le tribunal de première instance pour le meurtre du premier ministre Olof Palme, devait être remis en liberté.

La cour (quatre juges et trois jurés) est unanime : " L'instruction du cas est insuffisante pour une condamnation. " Jeudi, en début d'après-midi, les procureurs n'avaient pas encore indiqué s'ils avaient l'intention de jouer leur dernière carte devant la Cour suprême. La dépositon de Mme Lisbeth Palme, seul témoin à avoir vu de près le meurtrier et qui avait reconnu ce dernier en Christer Pettersson, n'aura donc pas convaincu la cour d'appel. Elle était l'atout majeur de l'accusation.

Christer Pettersson, qui avait été arrêté le 14 décembre dernier, a pour sa part, toujours affirmé qu'il était innocent. Son acquittement ne mettra pas pour autant un terme aux multiples spéculations, et nombre de questions restent encore sans réponse.

- L'UFR de sciences humaines de Grenoble organise les 19 et 20 octobre, en collaboration avec le cercle Bernard-Lazare de Grenoble et avec la participation de l'Institut Pierre-Mendès France, un colloque sur " Pierre Mendès France : la morale en politique ". L'objectif de ce colloque est de rappeler et de mettre en relief l'actualité de la pensée et de l'engagement de Pierre Mendès France et de réfléchir sur la signification du métier politique.

Renseignements : UFR sciences humaines, université des sciences sociales, domaine universitaire. BP 25X, 38040 Grenoble Cedex. Tél. : 76-44-82-18, poste 33.22.

Deux journées de grève ont été décidées par la Coordination nationale des infirmières : l'une, jeudi 12 octobre, qui devrait donner lieu à une manifestation à Paris, de la place Denfert-Rochereau au ministère de la santé. L'autre, le 21 octobre, avec la participation d'autres personnels de santé. Au centre de la revendication : les effectifs et les salaires.

Il y a tout juste un an, les Français médusés découvraient que les infirmières pouvaient se mettre en colère. Le mouvement qui secoua les hôpitaux et porta ces femmes dans la rue fut aussi fort que soudain. Les Français se rendirent compte à quel point un métier qu'ils croyaient bien connaitre avait évolué au fil des ans et des découvertes techniques.

L'une des premières revendications portait sur les salaires. Après le bac et trois années d'études (cinq pour certaines spécialisations), le salaire net d'embauche des infirmières n'atteignait même pas 6 000 F par mois. En fin de carrière, après vingt-cinq ans de service, il plafonnait à 9 400 F.

Outre des hausses de salaire et une révision du déroulement de leur carrière, les manifestantes réclamaient une formation initiale de qualité, plus de formation continue, une meilleure prise en compte de leur rôle au sein de l'équipe soignante, une meilleure écoute dans le fonctionnement global de l'hôpital, une amélioration de leurs conditions de travail et un renforcement des effectifs.

Un an après, le malaise est toujours important au sein de cette profession. Certes, il y a eu une refonte de la grille des salaires et une revalorisation de la " prime Veil " qui a abouti à un gain variant de 400 F à 1 150 F, selon l'ancienneté, le grade ou la spécialisation. Mais bien qu'important, l'effort du gouvernement est jugé insuffisant par la Coordination nationale des infirmière et la CGT.

Des rapports sur le rôle et la place des infirmières se sont amoncelés sur le bureau du ministre de la santé, Mr Claude Evin, mais n'ont encore donné aucun résultat concret. Il faudra attendre, pour l'essentiel, la grande réforme hospitalière dont la mise en chantier est prévue au printemps prochain.

Au premier plan des revendications figure le problème des effectifs. Sur ce point il y a, disent les infirmières, urgence : la sécurité des malades est en danger. Tendue depuis plusieurs années (surtout dans les très grands centres urbains), la situation semble s'être détériorée ces derniers mois. Des hôpitaux cherchent désespérément des infirmières. La CFDT estime à un minimum de quatre mille le nombre de postes non pourvus.

Dans cette profession pénible et largement féminine, la rotation est très forte. Une infirmière n'exerce son métier que pendant neuf ans en moyenne. Et la tendance va à la baisse. Les directeurs d'hôpitaux signalent un plus grand nombre de démissions cette année que précédemment. L'absentéisme très important exacerbe les tensions dèjà existantes. Plus dramatique encore : pour la première fois des écoles d'infirmières n'ont pas pu remplir leurs classes en septembre : mille cinq cents places (dont la majorité en Ile-de-France) sont encore disponibles dans les écoles. Si l'on veut continuer à maintenir, comme le souhaitent les infirmières, une sélection et un enseignement de haut niveau, il parait indispensable de revaloriser la profession et de lui donner une nouvelle image.

Le ministre de la santé à demandé à l'IGASS (Inspection générale de l'action sanitaire et sociale) de mener une enquête sur ce problème d'effectifs et de recrutement, d'analyser le phénomène, d'en préciser l'ampleur et de soumettre des propositions.

Bien qu'affaiblie par des querelles intestines portant sur des problèmes de fond (stratégie d'action, représentativité, structuration de mouvement), la Coordination nationale essaie d'amener les infirmières à manifester collectivement leur mécontentement. Deux journées de grève et de manifestations ont été décidées. Deux rendez-vous qui correspondent aux deux grandes tendances du mouvement. Ainsi, la journée du 12 octobre devait être strictement celle des infirmières. Se retrouvent au sein de cette tendance toutes les infirmières qui estiment que l'hôpital traverse une crise grave mais tiennent à faire valoir de façon distincte les revendications propres à la profession. Pour le 21 octobre, la Coordination, qui manifestera avec les autres personnels de santé, a invité des représentants de plusieurs pays européens dont la Belgique, les Pays-Bas et l'Espagne. Les journées de grève sont couvertes par un préavis posé par la CGT pour tout le mois d'octobre.

Les membres du comité central du PCF devaient se réunir, jeudi 12 et vendredi 13 octobre, place du Colonel-Fabien. Auteur du rapport introductif de cette session, Mr Georges Marchais devait évoquer la situation politique et sociale et rendre compte de sa récente entrevue avec Mr Mikhail Gorbatchev à Moscou.

Entre le train des grèves en France - l'Humanité du 11 octobre ne consacrait pas moins de sept pages à sa rubrique " économie et luttes " - et les convois chargés d'émigrants quittant l'Allemagne de l'Est, Mr Marchais a de quoi nourrir un épais rapport pour cette réunion du comité central.

Au cours des quatre dernières semaines, l'organe central du parti a consacré tous ses titres de " une " aux questions sociales et salariales, Peugeot étant à l'honneur à onze reprises. Toutes ses "unes", sauf deux, qui ont été réservées à la rencontre entre MM Marchais et Gorbatchev, le 22 septembre, dans la capitale soviétique. Pas une n'a été octroyée à la RDA à propos de laquelle l'Humanité du 10 octobre dénonçait " une formidable campagne de déstabilisation, menée conjointement par le chancelier ouest-allemand Kohl et les grands capitalistes de RFA à la recherche d'une main-d'Óuvre bien préparée ". Ni à la Hongrie, dont le PC s'est transformé en PS en abandonnant, au passage, la référence à la dictature du prolétariat - chose faite par le PCF depuis plus d'une décennie - et la pratique du centralisme démocratique - notion portée au pinacle par les dirigeants français. Mr Lajoinie n'a-t-il pas laissé percer l'inquiétude des dirigeants français, sinon le fond de leur pensée, en relevant les " déclarations préoccupantes chez certains responsables hongrois " sur les bienfaits du capitalisme ?

Révisions idéologiques déchirantes, introduction des lois du marché économique, rectifications historiques en tout genre, le bouillonnement à l'Est, consécutif à la perestroika de Mr Gorbatchev, désoriente quelque peu, c'est un euphémisme, les dirigeants, les cadres et les militants du PCF. Au point que Mr Marchais peut dire une chose et son contraire à neuf mois de distance.

Voulant montrer, en décembre 1988 à Porto, au congrès du PC portugais, que la perestroika n'est pas un exemple, le secrétaire général déclare que : " Ce qui se passe en Union soviétique ne peut constituer un modèle pour les autres partis communistes ; c'est spécifique à l'Union soviétique." Retour de Moscou, en septembre 1989, il assure que les communistes français sont, cette fois, "en quelque sorte, partie prenante de la perestroika ".

Indubitablement, le gorbatchévisme, que les dirigeants français s'en réjouissent - pour les uns - ou le déplorent - pour les autres, - exerce une pression de plus en plus importante sur l'infrastructure du parti. La question fondamentale n'est plus de savoir si Mr Marchais " salue " ou apporte son " soutien total " à la perestroika en Union soviétique, mais si les dirigeants du PCF sont capables d'impulser une perestroika aux couleurs de la France dans leur parti, impliquant d'autres rapports internes et externes. Le PC italien n'a pas attendu de connaitre la réponse à cette interrogation pour autoriser ses adhérents résidant en France à se dégager du PCF pour constituer une structure autonome.

Certains ne se découragent pas, tel Mr Charles Fiterman, qui, en août, avait admis qu'il n'avait pas eu, au début des années 80, une bonne appréciation de la situation en Pologne. Ce doute de l'ancien ministre (1) n'avait pas eu l'air de plaire à Mr Marchais, qui, lors de la fête de l'Humanité, en septembre, avait indiqué qu'il avait lui-même fait un " sans-faute " dans son analyse de l'affaire polonaise.

Ancien dignitaire du parti, Mr Marcel Rosette avait, pour sa part, envoyé à chaque membre du comité central, le mois dernier, un document critique sur la politique et le fonctionnement du PCF. Ce " coup de gueule " lui a permis d'être reçu récemment, en tête à tête, par Mr Marchais, pendant plusieurs heures.

Au rang de ceux qui espèrent toujours cette perestroika française se trouve la fédération communiste de la Corse-du-Sud, dont les dirigeants sont des opposants " reconstructeurs " silencieux et tolérés par la direction du parti, contrairement à ceux du Doubs, département où d'ailleurs elle n'a toujours pas réussi, depuis un an, à reconstituer une fédération. Les communistes d'Ajaccio sortiront de leur silence le 16 novembre, aidés en cela par le premier secrétaire de l'ambassade d'Union soviétique à Paris, qui viendra faire une conférence-débats sur... la perestroika.

Mr Jacques Chirac reprend, au rythme d'environ une fois par mois, ses visites dans les départements qu'il avait interrompues depuis plusieurs mois.

Mr Chirac s'est rendu les 12 et 13 octobre dans le Tarn où le RPR a reconquis, en mars dernier, la ville de Castres au profit de Mr Jacques Limouzy, député, et gagné celle de Mazamet que détient désormais Mr Michel Montlaur. Le président du RPR, qui est accompagné par Mr Alain Juppé, secrétaire général du mouvement, devait avoir des contacts avec les élus de son parti mais aussi avec la presse locale et surtout avec tous les sympathisants de l'opposition. Mr Chirac, qui ne prononcera pas de grand discours, préfère au cours de ces déplacements être à l'écoute de ses hôtes et mieux mesurer ainsi les attentes de l'opinion.

Le président du RPR, qui se rendra au Japon à la fin du mois d'octobre, assistera le 17 de ce mois à la réunion du conseil national de son parti. Cette instance doit arrêter la date des assises nationales qui se tiendront fin janvier ou début février et au cours desquelles non seulement Mr Chirac devrait être réélu président du RPR mais où les instances seront renouvelées et les " courants " éventuellement représentés.

Le même jour, Mr Juppé présentera, au cours d'une réception à la tour Eiffel, un projet élaboré par le RPR pour l'aide au développement des pays du tiers-monde. Le mouvement compte également amplifier la diffusion de sa presse avec le lancement, le 20 octobre, du supplément de la Lettre de la Nation. Cette publication en couleurs, d'une dizaine de pages, sera adressée aux vingt mille abonnés actuels. Mr Camille Cabana, ancien ministre, conseiller de Paris, a été chargé de diriger les activités du RPR en matière de presse.

Le 19 novembre, Mr Chirac présidera les Assises nationales du travail du RPR au cours desquelles il présentera ses propositions sociales qui prévoient, notamment, le maintien des acquis sociaux, la baisse des prélèvements obligatoires, le relèvement des salaires et la diminution des dépenses de l'Etat.

Le programme du RPR prévoit ainsi un renforcement de l'implantation du mouvement au plan local, comme le souligne Mr Juppé lors de ses visites dans les fédérations, et l'affirmation au plan national de certains points de sa doctrine comme l'aide au développement, la politique étrangère et l'action sociale. Ce comportement s'est reflété au niveau parlementaire avec l'attitude prise par le groupe RPR ces derniers jours.

Mr Bernard Pons, président de celui-ci, a d'ailleurs estimé, mercredi 11 octobre, " l'on ne pouvait pas fondre les trois groupes de l'opposition, du jour au lendemain, dans une grande nébuleuse simplement en sautant sur sa chaise et en disant l'union, l'union. L'union ne pourra se faire que progressivement. On ne peut pas caporaliser les groupes parlementaires ". Selon lui, il y a, à l'intérieur de chacun des trois groupes de l'opposition, " ceux qui voudraient que l'intergroupe serve à faire l'union tout de suite, et d'autres, plus nombreux et peut-être plus raisonnables, qui savent que la véritable union se fera avec du travail, de la patience et des rencontres ".

L'intergroupe doit donc permettre " de rapprocher les points de vue, d'arriver sur des points importants à des positions communes ou très voisines ".

Ainsi, le recours à une motion de censure en riposte à l'article 49-3 doit être laissé à l'appréciation de chaque groupe. En revanche, le dépôt d'une motion de censure directe (article 49-2) qui accorde cette initiative à l'opposition doit être " décidé solidairement et par un vote individuel de tous les députés réunis dans l'intergroupe de l'opposition ".

Le RPR a annoncé, mercredi 11 octobre, son intention de déposer plainte auprès du procureur de la République pour violation du secret des travaux d'une commission d'enquête parlementaire. Le RPR vise Mr Raymond Douyères (PS, Sarthe), rapporteur de la commission d'enquête sur les conditions dans lesquelles ont été privatisées treize entreprises par le gouvernement Chirac (1986-1988).

Au cours d'un déjeuner de presse, Mr Douyères avait estimé, mardi 10 octobre, que les conditions dans lesquelles avaient été réalisées les privatisations avaient conduit à " un manque à gagner de 12 milliards de francs " pour l'Etat. Le député de la Sarthe avait également estimé que l'opération avait été " politiquement construite ". " Nous avions un inquisiteur ", a expliqué en séance publique Mr Robert-André Vivien (RPR, Val-de-Marne) en faisant allusion au comportement qu'aurait eu Mr Douyères lors des auditions de la commission. " Nous voici avec un informateur pigiste de la presse. " Mr Vivien a lui aussi cité le chiffre de 12 milliards de francs évoqué par Mr Douyères en expliquant que le RPR était " très à l'aise sur ce terrain ".

La mention de ce chiffre de 12 milliards de francs dans la bouche de Mr Vivien a disparu du compte-rendu analytique de l'Assemblée nationale (les députés peuvent corriger leurs propos avant impression). Mr Douyères estime, pour sa part, qu'il n'a pas trahi le secret des délibérations et qu'il n'a fait qu'émettre un " jugement personnel " qui ne divulguait en rien le contenu des auditions et du travail de la commission.

L'union de l'opposition est approuvée selon un sondage BVA-Paris-Macht réalisé par téléphone les 6 et 7 octobre sur un échantillon de 977 personnes. La proposition de Mr Giscard d'Estaing de fusionner le RPR et l'UDF avant le 1er janvier 1992 recueille 47 % d'opinions favorables alors que 23 % la désapprouvent et que 32 % ne se prononcent pas. Parmi les électeurs de droite 76 % l'approuvent.

- Le typhon (cyclone tropical d'Extrême-Orient) Dan a ravagé Manille et l'ile de Luzon, mercredi 11 octobre. Il aurait provoqué la mort d'une vingtaine de personnes. Quatre-vingt-dix mille personnes sont sans abri. Les 6 et 7 octobre derniers, le typhon Angela avait déjà balayé les Philippines, tuant cent dix-huit personnes.

Le secrétaire d'Etat à l'environnement, Mr Brice Lalonde, est plus que satisfait : comblé. Même si le mérite ne lui en revient pas, l'année 1989 aura été celle de la prise de conscience générale de la fragilité de notre environnement et d'une percée des idées écologistes. Mais là où l'ancien animateur des Amis de la Terre triomphe personnellement, c'est dans l'accomplissement de sa mission au sein du gouvernement, qui était de " restaurer la réputation de la France " et de définir " une politique internationale offensive de l'environnement ", comme il l'a souligné dans sa conférence de presse du mercredi 11 octobre à Paris.

Quatre initiatives, en effet, ont marqué sa première année complète au ministère : l'appel pour la création d'une autorité mondiale chargée de protéger l'atmosphère (conférence de La Haye) ; la réglementation du commerce international des déchets (la France n'a pas trempé dans le trafic) ; l'embargo sur l'importation d'ivoire ; enfin, la proposition de transformer l'Antarctique en réserve naturelle, et donc d'oublier la convention de Wellington sur l'exploitation minière.

Mr Brice Lalonde, en répondant aux questions, s'est montré incisif. " Je n'ai pas apprécié que les compagnies pétrolières profitent de la détaxe sur l'essence sans plomb pour se faire de la publicité et embrouiller le consommateur. " A propos de la circulation automobile, il s'est déclaré opposé au projet Laser et très réservé à l'égard d'un périphérique souterrain. " Il faut réduire la circulation en ville et ne plus consacrer des moyens exorbitants à l'automobile ", a-t-il dit.

S'agissant de la protection des derniers ours des Pyrénées, le secrétaire d'Etat a marqué son agacement : " On ne va pas mettre des CRS pour qu'il y ait un ours de plus, c'est ridicule ! Si l'on veut protéger l'ours, il faut déplacer les limites du parc national. Je suis prêt à recevoir le nouveau président s'il veut faire un échange à l'avantage de la protection de la nature. "

Il est à peine 15 h 30, ce vendredi-là, et déjà les élèves de première année s'égaillent dans les couloirs de l'école d'infirmières de l'hôpital de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Quelques-unes se hâtent dans les étages où se trouvent des chambres fraichement installées et récupèrent leur valise. Elles vont passer le week-end en famille, en Bretagne, en Lorraine...

Cette année n'est pas une année comme les autres. La rentrée a failli ne pas se faire faute d'élèves, et l'arrivée de nouvelles recrues venues de l'ouest et de l'est de la France a chamboulé la vie de la maison !

En juillet, la directrice de l'école, Mme Ghislaine Noëll, n'avait que huit élèves inscrites pour la rentrée. Huit sur trente-quatre places disponibles. Fallait-il mettre la clef sous le paillasson ? Un peu de logique et beaucoup de chance lui ont permis de sortir de cette difficile passe.

Si le métier d'infirmière est beaucoup moins prisé par les jeunes des très grands centres urbains, il continue d'être populaire dans des régions où la concurrence entre les différentes formations (grandes écoles, universités...) est moins forte. Aussi Mme Noëll a-t-elle pris contact avec les établissements qui ne pouvaient accueillir toutes les candidates reçues à l'examen de passage afin qu'ils fassent savoir que Saint-Germain-en-Laye avait des places disponibles.

Cette démarche simple équivalait à une petite révolution dans un monde où chaque école a l'habitude de protéger jalousement son territoire. " La direction de l'hôpital et moi-même avons promis aux candidates de leur trouver un logement à loyer modique (200 F et 300 F par mois) dans ou à proximité de l'établissement. "

Mme Noëll ne s'inquiète pas moins de l'avenir. "En 1989, plusieurs facteurs se sont additionnés et ont rendu la situation particulièrement difficile", reconnait la directrice. Avec la réforme de l'examen d'entrée qui répond au souci des infirmières de maintenir à un haut niveau leur recrutement et leur formation, pour la première fois les candidates ont dû plancher sur une épreuve de français d'un niveau de première. Il leur fallait obtenir la moyenne pour être admises, ce qui n'était pas le cas autrefois.

D'autre part, les affectations n'ont pas dépendu de la Direction régionale de l'action sanitaire et sociale (DRASS) mais des élèves eux-mêmes qui ont choisi directement leur établissement. Enfin, le mouvement de l'an passé, qui a mis l'accent sur les inconvénients du métier d'infirmière, a découragé les esprits hésitants.

Visiblement, Mme Noëll, une frêle femme d'une cinquantaine d'années, n'a pas l'intention de se laisser prendre au piège l'an prochain. Relevant le défi qui lui est lancé, elle élabore sa stratégie. "Nous allons essayer de mieux faire connaitre l'école aux élèves de terminale, pas seulement à celles des filières sociales. Nous nous rendons chaque année au Forum des métiers, mais il va peut-être falloir trouver d'autres façons de montrer que l'on existe. Nous allons devoir promouvoir notre projet pédagogique. Nous sommes rattachés à l'hôpital. Nous préparons des infirmières pour tous les secteurs : privé, public ou libéral. La formation technique occupe une place importante. Toutefois, nous insistons beaucoup sur l'approche éducative et psychologique des infirmières : par exemple, c'est à elles qu'il revient d'expliquer au diabétique comment il doit se prendre en charge. Ce sont elles qui, de plus en plus, devront s'occuper des personnes âgées et des malades à domicile..."

Mais Mme Noëll, qui comprend que ses efforts seront vains si rien n'est décidé pour revaloriser et rendre plus attrayante la profession, reconnait par ailleurs que les infirmières contribuent elles-mêmes à "brouiller leur image". On ne peut plus parler de "vocation". A juste titre, elles ne veulent plus être les infirmières dévouées nuit et jour et exploitées. Elles ne veulent pas non plus qu'on les considère comme de simples techniciennes et n'être que des "piqueuses". Mais que veulent-elles devenir ? Il y a urgence, reconnait Mme Noëll, à rebâtir une image qui permettra aux jeunes bacheliers de se présenter au concours en connaissance de cause.

Et, pourtant, parmi les nouvelles de l'école de Saint-Germain, Sylvie et Anne, deux Bretonnes, Françoise la Lorraine et Chantal la Saint-Germainoise, affirment qu'elles ont choisi cette profession depuis leur plus tendre enfance. A Chantal, la plus jeune, l'aspect salarial parait secondaire. Stéphanie, une autre Bretonne, étudiante en médecine, après deux échecs en première année, ne sait pas encore très bien vers quelle branche elle s'orientera, mais elle veut "soulager les douleurs", "aider les gens à moins souffrir". Ses compagnes aussi parlent de "se rendre utile", d'"aider", de "donner du courage aux malades" et surtout, surtout, de "s'occuper des tout petits".

Les déclarations du professeur Dominique Stehelin (Institut Pasteur de Lille) à propos de l'attribution du prix Nobel de médecine à deux Américains continuent de susciter de nombreuses réactions.

Mr Hubert Curien, ministre de la recherche et de la technologie, a réaffirmé, mercredi 11 octobre, lors de la séance des questions à l'Assemblée nationale, qu'il regrettait que le professeur Stehelin n'ait pas été associé au prix Nobel. " Je partage le très profond regret de n'avoir pas vu accrocher le nom du professeur Stehelin au prix Nobel de médecine, a déclaré le ministre. Je souhaite que nos collègues-lauréats fassent savoir très clairement que Dominique Stehelin a travaillé avec eux et a très fortement contribué à cette découverte. "

A l'inverse, plusieurs membres de la communauté scientifique américaine ont contesté les allégations du chercheur français. Un porte-parole de l'université de Californie à San-Francisco, où travaillent les deux Prix Nobel, a souligné que le professeur Stehelin " a effectivement réalisé quelques expériences difficiles mais qu'il travaillait sous la supervision de Michael Bishop et de Harold Varmus ".

D'autres chercheurs ont affirmé que Dominique Stehelin a grossièrement exagéré l'importance de sa contribution à la découverte de l'origine cellulaire des oncogènes rétroviraux. Le professeur Leon Levintow, président du département de microbiologie de l'université de Californie, s'est dit " chargriné et blessé " par les allégations du chercheur français.

" Je n'ai pas le droit de discuter la décision. tout est confidentiel durant les cinquante ans qui suivent l'attribution d'un prix ", nous a expliqué le professeur Jan Lindsten, secrétaire du comité Nobel de l'Institut Carolin de Stockholm, qui décerne chaque année le prix de médecine ou de physiologie. " Tout, c'est-à-dire les noms des candidats, qui les a proposés, les discussions et les commentaires au sujet de chacun d'eux, les débats qui entourent le choix d'un ou de plusieurs lauréats, etc. "

" Ce n'est pas le comité qui nomme les candidats, mais la communauté scientifique internationale, ajoute Mr Lindsten. L'académie invite ainsi chaque année quelque trois mille personnalités scientifiques à proposer un ou plusieurs noms : tous les anciens Prix Nobel, tous les professeurs de médecine des académies des sciences des pays nordiques et de nombreuses facultés à travers le monde. Le comité reçoit donc des propositions de l'extérieur grâce à son vaste réseau de contacts. Il sélectionne ensuite 350 noms environ. Compte tenu du fait que les chercheurs ont de plus en plus tendance à travailler en équipe, le processus de sélection est de plus en plus exigeant. Il s'agit en dernier ressort de choisir parmi les candidats sélectionnés celui ou ceux dont les travaux sont les plus importants. ".

Selon le professeur Lindsten, l'Europe a perdu de nombreux chercheurs à cause de la deuxième guerre mondiale. Beaucoup sont partis pour les Etats-Unis et y ont stimulé la recherche. Il n'est donc pas étonnant que de nombreux Prix Nobel soient américains.

Certains pays ou institutions seraient-ils, au vu de la liste des prix déjà décernés, plus actifs que d'autres dans la promotion auprès du comité Nobel de leurs propres candidats ? Le professeur Erling Norrby, vice-président du comité, admet : "Je pourrais répondre que oui, qu'ils le font par chauvinisme ." Peut-on en déduire que ceux qui se font moins de publicité ont moins de chances ? Le professeur ne veut pas faire de commentaires. Mais, plus explicite que son confrère sur le choix des lauréats de cette année, et sur le non-choix de Dominique Stehelin, il affirme, catégorique, qu'il ne s'agit pas d'une disqualification du chercheur français.

"C'est vrai, déclare-t-il, que Mr Stehelin a travaillé chez Varmus et Bishop, que sa contribution a été une composante importante, mais il est évident que l'idée porteuse est celle de Varmus et Bishop, et ce sont eux aussi qui en ont assuré le suivi. Le docteur Stehelin était d'ailleurs déjà reparti lorsque les travaux sont entrés dans leur phase critique, en 1976-1978."

Pour le professeur Norrby, "des dizaines de noms ont été discutés. Nous les connaissons tous, nous connaissons leurs travaux précisément. Nous avons bien pesé notre décision. Il n'y a pas lieu de discuter davantage." Il ajoute que les deux chercheurs américains ont déjà reçu plusieurs prix ces dernières années et qu' "aucun n'est allé à Dominique Stehelin..." Le comité Nobel peut-il revenir sur une décision ? "Non. Cela ne s'est jamais produit. Notre décision est irrévocable. Nous déplorons que cette discussion ait eu lieu. C'est dommage."

- Le Parlement européen s'est prononcé, mercredi 11 octobre, en faveur d'une sanction par tous les pays de la CEE des délits d'initiés dans la communauté. Le texte, voté en seconde lecture par l'Assemblée de Strasbourg, vise à empêcher les personnes ayant accès à des informations confidentielles sur des opérations de Bourse ou sur des sociétés cotées sur le marché de les utiliser à leur profit. Actuellement, seuls cinq des douze pays de la CEE ont une réglementation sur les délits d'initiés sous forme de loi (Royaume-Uni, France, Danemark) ou de code de bonne conduite (RFA, Pays-Bas).

L'avenir du premier groupe publicitaire mondial, le britannique Saatchi and Saatchi PLC, fait l'objet d'intenses spéculations depuis que douze millions d'actions sur un total de 155 millions ont changé de main la semaine dernière. L'action Saatchi est passée de 332 pence à 347, le 11 octobre, ce qui alimente une possible opération de rachat sur tout ou partie du capital. Le premier actionnaire de Saatchi, la firme américaine Southeastern Asset Management, qui a profité du mouvement de la semaine dernière pour augmenter sa part de 9,4 % à 10,2 %, a indiqué qu'elle n'avait pas l'intention de faire une offre de rachat mais qu'elle avait été approchée par trois autres actionnaires.

La firme de Memphis serait prête à jouer un rôle plus actif au sein de Saatchi et à inciter la direction à restructurer le capital et à infléchir la stratégie du groupe publicitaire. En effet, depuis sa création, le groupe a dû faire face, en 1989, pour la première fois, à une baisse de ses profits de 68 % et rencontre des difficultés dans sa volonté de se séparer de sa branche consultant (le Monde du 9 septembre). Les trois parties qui ont approché Southeastern Asset Management n'ont pas été identifiées.

Cependant, le groupe Fininvest de Mr Silvio Berlusconi, qui avait acheté deux millions d'actions de Saatchi en juin et juillet 1989 avant d'en revendre une partie " afin de réaliser une opération financière ", ne cache pas qu'il pourrait revoir sa position - il détient actuellement 1 % du groupe - si une offre d'achat était faite. Un autre actionnaire, Mr Robert Jacoby, ancien dirigeant du groupe, pourrait aussi être de la partie.

A la direction de Saatchi, on ne fait aucun commentaire. Le président de Southeastern Asset Management se refuse aussi à dévoiler le nom du troisième actionnaire qui l'aurait approché et affirme qu'il continue pour sa part à soutenir les deux dirigeants fondateurs du groupe, Maurice et Charles Saatchi. De nombreux observateurs estiment que les difficultés récentes de Saatchi en font une proie intéressante en dépit de son prix élevé (7 milliards de francs). En l'état des choses, un rachat possible ne pourrait avoir lieu qu'après la publication de l'état complet des chiffres 1989 du groupe, début décembre.

- Conformément à la lettre d'intention signée le 12 juillet dernier (le Monde du 14 juillet 1989), un groupe constitué par LBO France, Bankers Trust International Limited et Wasserstein Perella Partners reprend les 88,5 % du capital de Sicli qui étaient détenus par Nu-Swift. Le montant de la cession s'élève à 2,5 milliards pour 100 % des titres.

Dans le cadre d'une procédure de maintien de cours, Sicli s'engage à racheter les titres de sa filiale General Incendie au prix de 595,50 francs par action.

L'accord prévoit que le groupe Nu-Swift souscrive à hauteur de 33 % du capital de la holding par laquelle le groupe d'investisseurs franco-britannique fait l'acquisition de Sicli.

L'effet de surprise voulu par la Banque du Japon avec le relèvement brutal de 0,5 % de son taux d'escompte, mercredi 11 octobre, et les interventions des différents responsables du ministère des finances et de celui du commerce international et de l'industrie n'ont pas suffi pour faire baisser le dollar. Conséquence logique, les rumeurs d'un prochain relèvement des taux d'escompte japonais courent de nouveau à Tokyo.

Réticente à cette idée, la Banque du Japon a fait savoir par l'un de ses " officiels " que, désormais, la balle était dans le camp de la Réserve fédérale américaine. Le renchérissement du loyer de l'argent opéré le 11 octobre au Japon permettant à Washington de réduire le sien. Une solution qui a peu de chance d'être prise en considération par les Etats-Unis si l'on en croit les déclarations d'Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale, à Moscou (le Monde du 12 octobre).

" Dans les faits, ce relèvement a été largement anticipé ", note un analyste financier de I.W. Carr. Nés de la déréglementation des marchés financiers japonais, toute une série de nouveaux outils sont apparus récemment au Japon. Leurs taux sont fixés indépendamment du loyer officiel de la Banque du Japon. Et depuis plusieurs mois, ils sont au-dessus de 5 %. Ce décalage explique le manque de réaction des marchés des changes au relèvement du taux d'escompte décidé mercredi.

Si cette diversification des marchés gêne l'application de la politique monétaire des autorités japonaises, elle a l'avantage de soustraire l'économie à l'évolution du taux d'escompte officiel. Ce passage de 3,25 % à 3,75 % devrait donc avoir un " faible impact ", selon un analyste de IBS Phillips and Drew, sur la marche des affaires. Les entreprises ont de plus recours au marché à court terme pour leurs emprunts et elles sont depuis plusieurs mois " habituées à travailler avec des taux supérieurs ".

Au pire, on envisage une " légère contraction " des investissements dans l'industrie et dans le bâtiment. Ce dernier phénomène pourrait avoir l'heureuse incidence de freiner la spéculation foncière à Osaka et à Nagoya, où elle est en train de connaitre les sommets relevés lors de la flambée du prix du terrain à Tokyo il y a deux ans.

- Telerate Inc., le fournisseur d'informations financières et boursières, a rejeté l'offre de rachat formulée par Dow Jones, éditeur du Wall Street Journal, pour les 33% que ce dernier ne possédait pas encore dans la compagnie. Le prix de 18 dollars l'action fixé pour ce rachat est insuffisant, a estimé un comité d'administrateurs de la firme, qui a pressé Dow Jones d'ouvrir des négociations et appelé les actionnaires à rejeter l'offre. Dow Jones, pour sa part, a déclaré qu'il n'avait pas l'intention de discuter et qu'il maintenait son offre. Telerate a annoncé, lundi, une baisse de 17,4% de ses bénéfices au troisième trimestre de son année fiscale, par rapport à la même période de l'année précédente.

Total CFP s'apprête à céder la moitié environ de ses activités minières dans le charbon, l'uranium et l'or, renversant ainsi sa politique de diversification, a annoncé, Pierre Vaillaud, directeur général du groupe, mercredi 11 octobre. " Nous allons céder une série d'opérations charbon et uranium aux Etats-Unis et en Australie et arrêter une série de petites opérations, a-t-il expliqué. Nous conserverons notre production d'uranium en France et au Canada ainsi que les mines d'or dont la structure sera simplifiée. Dans deux ou trois mois le poids de l'ensemble aura diminué d'un peu moins de moitié. "

L'ensemble des activités minières hors pétrole et gaz de Total n'arrive pas, en effet, à dégager des résultats suffisants pour équilibrer les investissements nécessaires. Au premier semestre 1989 l'ensemble a perdu 100 millions de francs, avec un " cash-flow " tout juste à l'équilibre, des résultats en ligne avec ceux de 1988, année au cours de laquelle les mines avaient subi une perte de deux cents millions.

Cet élagage était nécessaire compte tenu de la situation financière, toujours fragile, du groupe qui, l'an dernier, a dû ponctionner 2,8 milliards de francs sur la trésorerie et accroitre son endettement de 3 milliards pour pouvoir faire face aux dépenses et investissements nécessaires (12 milliards). Le redressement des résultats depuis le début de l'année (2,3 milliards de francs de bénéfices nets au premier trimestre contre 300 millions l'an dernier) tient en effet pour l'essentiel à la hausse des cours du pétrole, qui ont renchéri de 1,7 milliard la valeur des stocks du groupe. Mais, hors effet de stock, le résultat économique de la CFP s'est en fait légèrement dégradé, alors que les conditions du marché sont nettement plus favorables.

Paradoxe: c'est pour la première fois la branche raffinage-distribution qui a sauvé les résultats, grâce au redressement des marges de raffinage (le Monde du 12 octobre), alors que l'amont, c'est-à-dire l'exploration-production, accuse une perte nette de 200 millions. Une contre-performance surprenante en pleine remontée des cours du brut. Elle s'explique, selon la direction, d'une part, par le maintien de prix déprimés sur le gaz, dont Total est un grand producteur, aux Etats-Unis, en mer du Nord et en Indonésie, et, d'autre part, par un effet de change négatif sur l'endettement en dollars (1 milliard de dollars, soit environ 40% de l'endettement consolidé). En se dégageant d'une diversification peu rentable, le groupe prend donc les moyens d'investir ailleurs, notamment dans la chimie où il pourrait revenir, en reprenant Orkem à l'occasion de l'arrivée de Serge Tchuruk à la présidence en mars prochain. "Il y a un bon contact entre les équipes, une bonne synergie financière et des complémentarités industrielles", a assuré Mr Pierre Vaillaud, expliquant que l'apport de tout ou partie d'Orkem, dont l'Etat détient la totalité des actions, constituait pour Total la seule façon d'organiser une augmentation de capital sans réduire la part de l'Etat (35%) dans son propre capital.

A soixante-dix-huit ans, le prix Nobel d'économie n'aspire qu'à une seule chose : la paix. Jusqu'à présent, le caractère peu médiatique de son activité (" l'étude des fondements probabilistes de la méthodologie économétrique et l'analyse des structures économiques ") avait préservé Trygve Haavelmo, enseignant à l'université d'Oslo depuis 1947, paisible norvégien, amateur de ski de fond et de balades en forêt, des servitudes de la renommée. La distinction qui lui a été décernée mercredi 11 octobre par l'Académie royale des sciences d'Oslo ne pouvait que contrarier ce père de l'économétrie moderne, récompensé pour avoir, aux côtés de ses amis et mentors Raganar Fritsch et Jacob Menschak, mis au point un outil méthodologique cohérent permettant de tester les théories économiques, grâce à l'apport du calcul des probabilités et des statistiques.

" De telles récompenses devraient aller à des gens bien plus jeunes ", a-t-il laconiquement déclaré à la radio norvégienne avant de brûler la politesse à ses collègues accourus pour le féliciter en se réfugiant dans les bois. Trugve Haavelmo ne doit pas tant sa célébrité dans les milieux économiques à sa silhouette d'entomologiste anglais ou à son ouvrage principal - support d'une thèse présenté en 1941 à Harvard et consacrée à " L'approche probabiliste en économétrie " - qu'à un théorème sur la dépense publique, devenu un classique des polycopiés estudiantins. Une valeur sûre récompensée par un prix de 3 millions de couronnes (2,8 millions de francs).

Les familles occupant l'hôtel du 5, rue Keller (Paris-11e), qui avaient été expulsés, le jeudi 4 octobre, puis réintégrées le lendemain soir sur décision de Mr Jean-Marie Coulon, vice-président du tribunal de Paris, devront quitter les lieux dans un délai d'une semaine. Saisi par la société propriétaire de l'immeuble (la compagnie hôtelière Jeandet), le même juge a en effet estimé, dans une ordonnance de référé rendue le mardi 10 octobre, que les squatters avaient " pénétré illégalement ", au début du mois, dans l'hôtel en travaux. Considérés dès lors comme " occupants sans droits ni titres ", ils seront donc expulsés dans les huit jours, avec, si nécessaire, " recours à la force publique ".

Le juge a rappelé que la précédente décision, ordonnant la réintégration des squatters dans l'hôtel, ne saurait être assimilée à un " acte juridique locatif " et qu'elle répondait simplement à une situation de fait inacceptable - l'expulsion par la force. Le 4 octobre au matin, une équipe d'une douzaine de personnes, venues selon elles faire des travaux de préparation du chantier, avaient délogé la vingtaine de familles immigrées installées dans l'hôtel. Refusant une proposition d'hébergement temporaire de la mairie du onzième arrondissement, les squatters avaient passé la nuit dehors, au pied de l'immeuble vide.

Selon Mr Daniel Hantin, directeur général de la section hôtelière de la compagnie Jeandet, il n'a pas été question d'une opération de " gros bras ". " Les gens sont sortis sans réticences. Il n'y a pas eu la moindre violence. Nous avions effectivement des marteaux et des masses, ainsi qu'un pied de biche, des pelles et des pioches. C'est tout à fait normal pour des ouvriers. "

Les familles, quant à elles, n'ont pas porté plainte pour violences, et demandent simplement à être logées décemment. " Depuis le début, elles proposent de payer un loyer ", insiste leur avocate, Me Nicole Rein, qui a fait appel de l'ordonnance du juge Coulon.

Deux frères, gérants d'un supermarché de Nancy, Claude et Daniel Petitcolas, ont été inculpés, mercredi 11 octobre, de coups et blessures volontaires et écroués après une série de brutalités et de violences commises sur un client de l'établissement. Soupçonnant de vol, à tort, ce client, Mr Laurent Harrous, vingt-deux ans, un détenu en permission, les deux commerçants, après l'avoir violemment frappé à coups de rouleau à pâtisserie, l'ont entrainé de force dans l'arrière-boutique et l'y ont longuement brutalisé. Blessé à la tête, au bras et aux jambes, Mr Harrous a déposé une plainte qui a abouti à l'interpellation et à l'inculpation des deux gérants du supermarché.

La situation reste bloquée au ministère des finances. Mr Pierre Bérégovoy, ministre de l'économie, des finances et du budget, a finalement annulé les rencontres qu'il devait avoir jeudi 12 octobre avec les organisations syndicales. Celles-ci souhaitaient être reçues ensemble et négocier sur leurs revendications salariales, deux exigences refusées par le ministre d'Etat. La grève se poursuit et commence à avoir des conséquences dans la vie des entreprises.

" Depuis le début de la semaine, j'ai arrêté net toutes mes expéditions vers l'étranger. Rendez-vous compte : j'ai déjà pour un million de francs de marchandises bloquées dans les entrepôt à cause de la grève des douanes. " Mr Yannick Duval, directeur des Tricots Saint James, installés près d'Avranches (Manche) subit de plein fouet la grève des fonctionnaires des finances. " Et en plus, ajoute-t-il, j'exporte vers le Japon avec des lettres de crédit prévoyant un délai d'expédition limite au-delà duquel le contrat est annulé... "

Pour leur part, les expéditeurs de fruits et légumes enregistrent des retards en raison des arrêts de travail de la direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Ces mêmes services ne peuvent plus parfaitement assurer le contrôle de la qualité et du respect des normes de sécurité des jouets de Noël et ne s'assurent plus de la concordance des prix entre les code-barres et les tickets de caisse, par exemple. Quant au réseau informatique interne de cette administration, il est paralysé par la profusion des messages que s'adressent entre eux les grévistes...

Premiers à se manifester, les bijoutiers ne peuvent plus faire apposer le poinçon attestant de la valeur de leur marchandise, alors que les négociants en vins et alcools sont eux aussi perturbés, sans oublier les bouilleurs de cru. Les transporteurs routiers ne sont pas en reste : leurs chauffeurs s'impatientent aux frontières, espagnole ou belge, et ils ne peuvent plus récupérer la TVA. Toutefois, la Fédération nationale des transporteurs routiers (FNTR) ne juge pas la situation dramatique, même si le système informatique SOFI des douanes est hors d'état de fonctionner et si les céréaliers du Sud-Est sont passablement gênés.

Mr Jean-Pierre Pilorge, président adjoint de la Fédération nationale de l'immobilier (FNAIM), évalue pour sa part à quelque 25 milliards de francs la valeur des 60000 ventes actuellement bloquées pour cause de paralysie des services du cadastre. " Nous parvenons à un stade où se posent des problèmes pour des acquéreurs qui se sont engagés à quitter un bien pour emménager ailleurs et ne peuvent le faire ", assure-t-il.

De son côté, le comité français de la Chambre de commerce internationale se mobilise pour alerter les pouvoirs publics : " Plusieurs dizaines de milliers de colis allant de disquettes informatiques aux pièces détachées pour l'industrie automobile sont bloqués sur tous les aéroports de France. "

Ces perturbations ne sont pourtant pas générales et ne concernent pas l'intégralité des entreprises, y compris dans les secteurs les plus exposés. Ainsi, note le responsable d'une conserverie du Loiret, " il ne faut pas exagérer les répercussions de la grève. En ce qui me concerne, elles sont minimes ". Quant à ce trésorier-payeur général de l'est de la France, il relève que les entreprises ayant remporté des marchés publics ont été payées sans problème et que, seule, une collectivité locale du département a dû avoir recours à une avance de trésorerie. " Si la grève se poursuit, nous risquons fort de connaitre des retards de paiement appréciables dès la semaine prochaine ", redoute néanmoins ce haut fonctionnaire.

Au ministère de l'économie, on reconnait que la grève a pris de l'ampleur ces jours derniers mais l'on reste serein. Lorsque cela est possible, l'Etat a mis en place des "procédures allégées" afin de parer au plus pressé. La grève, selon les estimations officielles, est suivie par près de 35000 fonctionnaires (sur un total de 180000).

Lors de l'inauguration du nouveau siège de la compagnie aérienne Transport aérien transrégional (TAT), à l'occasion du vingtième anniversaire de ce transporteur, le PDG, Mr Michel Marchais, a annoncé, le mardi 10 octobre, qu'il entendait poursuivre le resserrement de ses liens avec Air France. Celle-ci détient 35% du capital de TAT depuis cet été.

TAT et Air France publieront dans leurs horaires respectifs les vols de l'autre partenaire. Ils créeront une cellule commune chargée des carrières de leurs navigants. TAT devrait bientôt être associée au système de réservation électronique Amadeus mis sur pied par Air France, Lufthansa, Iberia et SAS. Mr Marchais a, d'autre part, précisé que la société de leasing qu'il avait décidé de créer pour financer l'achat de seize biréacteurs Fokker-100 ferait place à Air France dans son capital. Celui-ci sera ainsi réparti: TAT 35%, Société générale 25% , Air France 20% et Crédit agricole 20%.

L'ancien président argentin Leopoldo Galtieri, condamné pour la manière dont il avait mené la guerre des Malouines, en 1982, est sorti, mercredi 11 octobre, de prison à la suite des mesures de grâce décidées par le président Carlos Menem. Deux autres membres de la junte dirigeant le pays à l'époque ainsi que trente-neuf autres officiers supérieurs accusés de violations des droits de l'homme et soixante-quatre anciens guérilleros d'extrême gauche ont également fait l'objet du pardon présidentiel annoncé vendredi dernier.

Moscou. - " Je crois que les relations entre l'URSS et la Pologne ne doivent pas être liées à des relations entre partis ", a déclaré, mercredi 11 octobre, Mr Mieczyslaw Rakowski, premier secrétaire du PC polonais (POUP), à l'issue d'un entretien de trois heures avec Mr Gorbatchev. Ce dernier a assuré Mr Rakowski de son soutien et a laissé entendre qu'il ne s'immiscerait dans l'évolution actuelle d'aucun parti du bloc socialiste. " Mr Gorbatchev a souligné qu'il s'en tenait à un principe de base : l'évolution et le fonctionnement d'un parti dépendent de lui et de lui seul ", a déclaré le premier secrétaire du POUP au cours d'une conférence de presse. " Le camarade Gorbatchev croit que les transformations en Pologne sont historiquement justifiées ", a-t-il ajouté.

Evoquant la situation en Hongrie, il a déclaré que les communistes polonais suivaient avec grand intérêt les évolutions en cours. " Notre parti doit changer son programme et son nom. Nous devons étudier l'expérience hongroise pour éviter des erreurs. "

Par ailleurs, le premier ministre polonais, Mr Mazowiecki, a déclaré dans une interview publiée mercredi par le journal soviétique Literatournaia Gazeta que la Pologne a besoin d'une aide économique à la fois de l'Occident et de l'URSS afin de surmonter ses présentes difficultés.

Un an et demi après le concile du Millénaire de juin 1988 à Zagorsk, les évêques russes orthodoxes sont à nouveau réunis en concile pour le quatrième centenaire du patriarcat de Moscou, alors que la nouvelle législation religieuse promise pour janvier dernier par Mr Gorbatchev n'a toujours pas été arrêtée. En attendant, l'épiscopat orthodoxe a décidé deux canonisations symboliques : celle du premier patriarche Job (seizième siècle) et celle de Tikhon, premier patriarche après le rétablissement du patriarcat en 1918, qui avait reconnu l'existence du nouveau gouvernement soviétique mais s'était surtout distingué jusqu'à sa mort, en 1925, comme défenseur des libertés religieuses de son peuple.

Mr Yannis Grivas, président de la Cour de cassation, a été nommé, mercredi 11 octobre, par le président de la République, Mr Christos Sartzétakis, chef du gouvernement intérimaire grec, qui expédiera les affaires courantes jusqu'aux élections législatives anticipées prévues le 5 novembre. Ce magistrat, âgé de soixante-six ans, était membre du tribunal devant lequel comparurent en 1975 les auteurs du putsch militaire du 21 avril 1967.

Le nouveau gouvernement a prêté serment, jeudi matin 12 octobre, devant Mr Sartzétakis, qui devait ensuite dissoudre le Parlement et fixer officiellement la date des élections. La formation du cabinet Grivas, composé essentiellement de hauts fonctionnaires, intervient après le refus des dirigeants de la Nouvelle Démocratie (conservateur) et de la Coalition de la gauche et du progrès (communiste) de constituer un gouvernement après la démission, samedi dernier, du premier ministre sortant, Mr Tzannétakis. Mr Papandréou (PASOK) a dû également y renoncer à la suite du rejet par les communistes de ses propositions.

Les partis conservateur et communiste s'étaient clairement entendus, en juillet dernier, pour convoquer des élections générales après avoir mené à terme la " catharsis " (épuration) consécutive aux différents scandales qui avaient éclaté sous les gouvernements socialistes entre 1981 et 1989. Les deux dirigeants ont estimé que cette mission était accomplie et qu'il était nécessaire dorénavant de clarifier la situation politique en recourant aux élections. Le chef de file des conservateurs, Mr Constantin Mitsotakis, qui a lancé la campagne de son parti il y a dix jours, est convaincu d'obtenir cete fois-ci la majorité absolue de sièges (151 sur 300). Le 18 juin dernier, la Nouvelle Démocratie avait obtenu 145 députés, avec 44,25 % des suffrages.

Pour combler son lourd handicap, Mr Papandréou, qui mène sa campagne en position de " suspect ", en raison des scandales, est remonté au créneau avec la verve des plus beaux jours. Lundi soir à Athènes, devant une centaine de milliers de partisans déchainés, il a tiré à boulets rouges sur l'alliance " contre-nature " des conservateurs et des communistes, qui ont, selon lui, " criminalisé " la vie politique nationale. " Ils ont, a-t-il dit, trompé et mystifié " leurs électeurs et entrainé le pays dans " une impasse politique ", en gelant notamment tous les grands problèmes économiques et de politique étrangère.

Les communistes ont pour leur part condamné la " guerre sainte " engagée par les socialistes et leur leader. Mr Florakis a souligné la nécessité de " renforcer " la coalition de gauche pour éviter une majorité conservatrice ou socialiste.

- L'ambassade de RDA à Copenhague a annoncé, mercredi 11 octobre, que le numéro un est-allemand souhaitait reporter le voyage officiel qu'il devait effectuer au Danemark les 25 et 26 octobre. Cette décision, estime-t-on dans la capitale danoise, ne serait pas due à des raisons de santé, mais à la volonté de Mr Erich Honecker de ne pas s'absenter de son pays dans les circonstances actuelles. Si les dirigeants danois ont affirmé qu'il n'avait pas été question pour eux de revenir sur l'invitation qu'ils avaient lancée au responsable de la RDA, le soulagement semble malgré tout général à Copenhague.

La défection d'un pilote syrien, tranquillement venu, mercredi 11 octobre, poser son chasseur Mig-23 sur un aéroport du nord d'Israël (nos dernières éditions du 12 octobre), va entrainer un réexamen du dispositif de contrôle de l'espace aérien israélien.

Le fait qu'un appareil appartenant à la flotte militaire de l'un des plus implacables ennemis d'Israël puisse voler près de sept minutes dans l'espace aérien national, se diriger sans hésiter sur un petit aéroport civil situé au sud-est de Haifa et s'y poser sans encombre a suscité, dans la presse et les milieux spécialisés, quelques questions embarrassées. " Il y aura une enquête, a dit le ministre de la défense, Mr Itzhak Rabin, pour savoir ce que nos radars ont identifié ou n'ont pas identifié (...) et s'il aurait fallu ou non envoyer des avions à la rencontre de l'appareil. "

Les porte-parole officiels et les sources militaires " haut placées " citées dans la presse sont peu bavards. On ne sait pas si l'armée de l'air israélienne a été prise par surprise ou si elle avait été préalablement informée de la possibilité d'une défection d'un pilote syrien. On laisse entendre qu'il n'y a pas eu de contact radio entre le pilote et les autorités avant l'atterrissage du Mig. On se borne à expliquer que l'avion avait été détecté sur radar dès l'instant qu'il avait décollé de l'aéroport de Blei, au sud-ouest de Damas, comme c'est le cas pour chaque vol d'entrainement syrien au-dessus du Golan. Mais on ne dit pas pourquoi aucun dispositif de défense anti-aérienne - missiles ou avions - ne parait avoir été activé : défaillance ou, au contraire, interprétation correcte des intentions pacifiques du Syrien ?

Le commandant Adel Bassem, trente-quatre ans, célibataire, effectuait un exercice de navigation au-dessus de plateau du Golan, à petite vitesse et basse altitude, quand il a faussé compagnie à son escadrille pour aller se poser, vers midi, sur le petit aéroport civil de Meggido. Les employés qui se trouvaient sur la piste ont dit à la presse leur étonnement lorsqu'ils ont vu le Mig atterrir et leur stupéfaction lorsqu'en est descendu un pilote syrien, qui, mains en l'air, a immédiatement assuré n'avoir que de paisibles intentions. Comme dans un bon gros fait divers, les employés ont appelé la police et il a fallu prés de vingt minutes avant qu'une équipe de responsables de l'armée se présente à l'aéroport de Meggido pour s'intéresser à l'affaire.

Mr Rabin et les plus hauts responsables de l'état-major sont ensuite venus sur place s'entretenir avec le pilote. Selon les porte-parole officiels, celui-ci a demandé l'asile politique. Les autorités syriennes ont indiqué que l'avion avait dû se poser en Israël par suite d'une panne de moteur ; elles ont entrepris des démarches auprès de la Croix-Rouge pour obtenir le retour du pilote et de l'avion. De son côté, le gouvernement égyptien a démenti les informations annonçant qu'un autre pilote syrien, participant au même vol que celui du commandant Bassem, était venu se poser, le même jour, à Alexandrie.

Le Mig-23 est un appareil soviétique datant du début des années 70. Celui qui s'est posé à Meggido est d'une version récente (ML ou Flogger-G) ; il n'avait pas de missiles mais un canon armé. Son équipement électronique pourrait intérésser les Etats-Unis, mais c'est surtout sur le pilote que l'on compte en Israël pour en savoir un peu plus encore sur l'aviation syrienne. Il y a des précédents. En 1964, un pilote égyptien avait posé son Yak-11 en Israël et demandé l'asile politique (installé plus tard en Argentine, il avait été retrouvé par les services égyptiens et exécuté).

En 1966, un Irakien a fait défection à bord d'un Mig-21, donnant pour la première fois l'occasion aux Occidentaux de se familiariser avec cet avion. Enfin, en 1968, deux Syriens, par suite d'une erreur de navigation, font atterrir leur Mig-17 en Israël - d'où ils regagneront la Syrie en 1973 à l'occasion d'un échange de prisonniers.

Le président Ali Akbar Hachemi Rafsandjani a été élu à la tête du Conseil des sages, organisme de dix-huit membres créé début 1988 par l'imam Khomeiny et chargé d'arbitrer les conflits entre le Parlement et le Conseil de surveillance, qui a pour mission de vérifier la constitutionnalité des lois, ainsi que leur conformité aux règles islamiques, a annoncé, mercredi 11 octobre, l'Agence officielle IRNA.

Cette nomination, quatre mois après la mort de Khomeiny, intervient alors que le président Rafsandjani et l'ayatollah Khameini avancent prudemment en vue d'asseoir plus solidement leur pouvoir face aux éléments les plus radicaux de la République islamique Ahmad Khomeiny, fils de l'imam défunt, considéré comme l'un des porte-drapeaux de ces " durs " est membre du Conseil des sages.

Les Nations unies vont créer une force de paix pour l'Amérique centrale, l'ONUCA, composée de militaires et de civils, dont le quartier général sera installé à Tegucigalpa (Honduras) et qui sera déployée le long des frontières des cinq pays de la région. Le secrétaire général, Mr Javier Perez de Cuellar, décrit cette force de paix dans un rapport qui sera soumis aux quinze membres du conseil de sécurité. Ce dernier, lors d'une réunion, mercredi 11 octobre, a cependant déjà donné son accord de principe au déploiement de l'ONUCA.

Cette dernière aura pour mission d'empêcher les groupes rebelles de recevoir toute aide militaire et d'éviter les opérations menées à partir de bases situées dans un pays voisin. Elle se chargera des enquêtes si des plaintes sont formulées par l'un des cinq gouvernements.

L'ONUCA sera composée de 260 militaires non armés et 365 civils, et équipée d'hélicoptères, d'un avion, de bateaux et de jeeps.

L'une de ses premières tâches sera de vérifier que les " contras " ne mènent pas d'opérations d'infiltration au Nicaragua et d'empêcher les rebelles du Front national Farabundo Marti pour la libération du Salvador de se rendre au Honduras. Jeudi, une mission commune de l'Organisation des Etats américains et de l'ONU devait se rendre au Honduras pour " persuader " les rebelles de rendre leurs armes volontairement.

Dans un autre rapport rendu public mercredi aux Nations unies, le secrétaire général demande la collaboration du haut-commissaire pour les réfugiés des Nations unies pour le rapatriement volontaire des " contras " et de leurs familles. Le haut-commissaire sera aussi chargé de la protection et de la sécurité de ceux qui retourneront au Nicaragua. Selon certaines indications, le coût du rapatriement d'environ cinquante mille " contras " serait de 30 millions de dollars.

L'ONU a également envoyé des observateurs pour les élections du 25 février au Nicaragua. Le caractère sans précédent de cette mission a été renforcé par la nomination par l'ONU d'un Américain, Mr Elliot Richardson, comme représentant personnel du secrétaire général pour surveiller le processus électoral.

Il reste à savoir comment les Etats-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité, réagiront à ce projet. Certains éléments de l'administration américaine ne souhaiteraient pas désarmer les " contras " avant les élections au Nicaragua, tandis que le département d'Etat serait plutôt favorable aux plans du secrétaire général.

Le président du gouvernement espagnol, Mr Felipe Gonzalez, a proposé, mercredi 11 octobre, à Madrid, un plan de règlement de la question panaméenne. Ce projet appelle à de nouvelles élections sur la base d'un accord à trouver entre l'homme fort du pays, le général Noriega, et l'opposition, qui permette au futur président élu de nommer son propre commandant en chef de l'armée, tout en laissant Mr Noriega demeurer dans le pays. Cette proposition est formulée par le premier ministre espagnol dans une interview accordée au Washington Post une semaine à peine avant de rencontrer George Bush à Washington.

Allez, les nanas, mouchez-vous le nez! Vous êtes là, vous pleurnichez, perplexes, désespérées : Je comprends pas, je suis jeune, je suis jolie, je gagne bien ma vie, je cherche un mec, pas à l'année, faut pas rêver, non, à la nuit, au week-end ou à la semaine pendant l'été, et j'en trouve pas. Comment t'expliques ça?

Je l'explique pas. On vous dit : Si vous les faites fuir, c'est parce que vous leur courez après. Vous sortez votre carte de crédit après diner, vous sortez une capote de son étui avant d'aimer, vous inversez les rôles, et bon, ils supportent pas. Ça, moi, j'y crois pas. J'y crois d'autant moins qu'aux Etats-Unis le grand chic c'est d'épouser un milliardaire. En secondes noces, attention! L'autre femme, à présent, c'est la première. Pas question pour une star du big business de trainer après lui un amour de jeunesse défloré sur le siège arrière d'une Buick d'occasion, une mémé défraichie qui n'a pas su rester à la hauteur de sa prodigieuse ascension.

Son signe extérieur de richesse, ce n'est pas, ce n'est plus, la petite caille toute conne, toute dodue, toute mignonne, c'est la femme-cintre, la femme-succès, la femme-trophée. Alors, si vous voulez être dans la course, grouillez-vous. Il n'y en a plus qu'une demi-douzaine à prendre, dont un Américain de quatre-vingt-dix ans et un Allemand qui vit dans une villa fortifiée, servi par cent vingt domestiques. A vos marques? Prêt? Partez!

A peine rentrés, ils sont en stage. Quelques élèves de la junior entreprise de l'école supérieure d'électricité (Supélec études et prospective) viennent de suivre une formation de trois jours dans la société informatique CGI. De leur propre initiative. Sans que la direction de leur établissement soit même au courant. Depuis deux ans en effet, la JE a entrepris de développer ses propres actions de formation, parallèlement au cursus proposé par l'école. Régulièrement, elle fait appel à des professionnels de l'informatique, mais aussi de la gestion.

Réputée pour sa politique de formation spécialisée d'ingénieurs " créateurs de produits innovants ", Supélec a toujours refusé de " produire des sous-HEC ". A la tête d'une petite entreprise au coquet chiffre d'affaires (deux millions de francs l'an dernier), les responsables de la JE ont néanmoins ressenti le besoin de s'initier aux méthodes du management. Le cabinet Arthur Andersen a répondu à leur appel en leur organisant des séminaires de formation sur les techniques d'animation de réunions et d'équipes, sur la gestion d'une mission et sur les activités de conseil.

Pour compléter la formation de ses chefs de projets, la JE a aussi inauguré une collaboration avec CGI pour l'apprentissage de la méthode Merise. Quant aux formations ouvertes aux élèves-ingénieurs appelés à développer les projets pour le compte des clients de la JE, elles sont essentiellement pratiques. Des élèves forment d'autres élèves à l'utilisation des logiciels. " Ce n'est pas à l'école de le faire car les logiciels et les banques de données se périment très vite ", estiment Bruno Duarte et Antoine Gros, deux dirigeants de la JE. Cette formation complémentaire en gestion et en informatique est destinée à améliorer les prestations de la JE. Pour les entreprises sollicitées, c'est l'occasion de se faire connaitre comme fournisseurs ou employeurs potentiels.

Supélec études et prospective, plateau du Moulon, 91192 Gif-sur-Yvette Cedex. Tél. (1) 60-19-12-39.

Mr Paul Germain, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, fera une conférence à l'Ecole normale supérieure de Cachan, vendredi 13 octobre à 15 heures, sur le thème : " Mécanique, évolution récente et perspectives ", à l'occasion du cinquantième anniversaire du CNRS. Entrée libre.

Une association des étudiants et des anciens étudiants en sciences de l'éducation vient de se constituer. Elle se propose notamment de contribuer à la promotion des sciences de l'éducation et à la valorisation des diplômes, à la réflexion sur les débouchés professionnels et à l'organisation de séminaires de formation.

La compagnie aérienne espagnole Iberia a passé commande de douze exemplaires - dont quatre en option - de l'Airbus A-340, gros porteur quadriréacteur à long rayon d'action pour un montant de 1 milliard de dollars (6,4 milliards de francs). Ces avions, équipés de réacteurs franco-américains CFM 56, seront livrés à partir de 1994 et permettront d'effectuer des vols sans escale entre Madrid et Rio, Mexico ou Tokyo. Iberia, qui exploite huit Airbus A-300, a déjà commandé trente-deux Airbus A-320 et vingt et un Airbus A-321.

Le tableau que nous avons publié dans le numéro daté jeudi 12 octobre accompagnant l'article sur " L'aisance financière retrouvée des entreprises publiques " contenait des erreurs. Nous le redonnons en priant nos lecteurs de bien vouloir accepter nos excuses.

Confronté à une grève aussi forte qu'interminable dans l'administration des finances, le gouvernement a annoncé, mercredi 11 octobre, par la voix de son ministre de la fonction publique, Mr Michel Durafour, l'ouverture d'une négociation, en décembre, sur une refonte de la grille unique des fonctionnaires.

Même si, comme le dit un syndicaliste, le gouvernement a " attendu d'avoir le feu dans certains secteurs " pour engager enfin une réforme qui était déjà dans l'air il y a un an, il s'agit d'un tournant important. Les organisations syndicales ne s'y sont pas trompées. " Cette négociation sera la grande affaire de cette fin de siècle pour la fonction publique ", n'a pas hésité à proclamer Mr Yannick Simbron, secrétaire général de la FEN. " Le gouvernement manÓuvre en recul ", assure la CGT, qui est la seule à rechigner devant cette " soi-disant négociation ".

Et pourtant! La grille unique de la fonction publique, dont dépendent 4,5 millions de fonctionnaires de l'Etat, des collectivités locales et des hôpitaux, était tellement immuable qu'elle paraissait coulée dans le bronze. C'est la loi du 19 octobre 1946 qui avait créé quatre catégories correspondant à quatre niveaux de recrutement : A pour le niveau licence, B pour le niveau baccalauréat, C pour le niveau BEPC et D pour les sans-diplôme. En 1988, si l'on s'en tient aux seuls fonctionnaires civils de l'Etat, les A représentaient 28 %, les B 31,8 %, les C 34,2 % et les D 6 %.

Mais la fameuse grille indiciaire elle-même date de 1948. Chaque fonctionnaire a un indice qui dépend de son classement dans la hiérarchie suivant sa catégorie, son grade, son échelon et son statut particulier. Actuellement la grille indiciaire va, dans la pratique, de 220 à 815, environ vingt mille haut fonctionnaires se retrouvant dans une " échelle-lettre " (de A à G). La fonction publique d'Etat, à elle seule, regroupe 1 790 corps!

Des retouches de la grille ont déjà eu lieu, mais elles ont toujours été sectorielles, limitées : le plan Masselin de 1970 à 1974 a concerné les C et D; le plan Massenet de 1972 à 1976, les B, tandis que les A ont fait l'objet de dispositions spécifiques de 1974 à 1978. Plus récemment, en 1982, les C et D ont bénéficié de mesures d'adaptation sur les déroulements de carrière. A la rentrée de 1989, le gouvernement avait décidé de s'attaquer aux B, une catégorie où de plus en plus de titulaires ayant un bac + 2 sont surqualifiés par rapport à leur poste. Il a préféré finalement s'occuper de l'ensemble des catégories.

Les négociations pourraient déboucher sur un accord-cadre, comme celui qui a déjà été conclu sur la formation, des discussions s'engageant ensuite ministère par ministère pour tenir compte de toutes les spécificités des métiers dans les différentes administrations. Mais cette remise en ordre structurelle risque d'être d'autant plus délicate que les syndicats abordent les améliorations de carrière sous des angles très différents suivant les secteurs.

Dans l'immédiat, l'annonce de Mr Durafour ne semble guère avoir fait baisser la tension aux finances. La CGT prévoit déjà pour le 18 octobre une mobilisation "de très haut niveau" tandis que FO appelle ses adhérents à des actions avec préavis de grève du 16 au 20 octobre. La majoration de la prime de croissance - portée à 1200 F au lieu de 1000 F - brusquement devenue négociable alors qu'elle ne l'était pas au départ, calmera-t-elle davantage le jeu ? Le gouvernement a lâché pas mal de lest, puisqu'il a aussi accepté d'accorder une prime de 900 F aux retraités et de 450 F aux ayants droit alors qu'il s'y était jusqu'alors refusé. Le coût sera pour l'Etat d'environ 4 milliards de francs. La refonte de la grille est sans doute une perspective à trop long terme pour avoir un effet immédiat sur le climat social...

Le prix Nobel de physique 1989 a été attribué conjointement aux Américains Norman F. Ramsey, soixante-quatorze ans (université de Harvard) et Hans G. Dehmelt, soixante-sept ans (université de Washington) et à l'Allemand de l'Ouest Wolfgang Paul, soixante-seize ans (université de Bonn). Ce prix couronne d'importants travaux pour le développement de la spectroscopie atomique de précision.

L'électorat du Front national est actuellement la cible d'une vaste opération de déstabilisation menée par le canal du Centre national des indépendants et paysans (CNI), qui voudrait devenir le pôle conservateur de l'opposition. Le général Jeannou Lacaze, ancien chef d'état-major des armées, élu député européen sur la liste de Mr Valéry Giscard d'Estaing, surnommé "le sphinx", a accepté d'être le fer de lance de cette manÓuvre ourdie par le secrétaire général du CNI, Mr Yvon Briant, qui est un de ses anciens subordonnés. Celui-ci a déjà rallié plusieurs anciens dirigeants du Front national de Mr Le Pen, que ses amis appellent "le menhir", à cette entreprise de recomposition de la droite. Une entreprise appelée à de prochains rebondissements, sous le regard attentif des grands chefs de l'opposition, au premier rang desquels le président du groupe RPR du Sénat, Mr Charles Pasqua, qui cultive, en la circonstance, quelques connivences avec Mr Giscard d'Estaing !

Si Jean-Marie Le Pen crie au " complot ", on ne pourra pas, cette fois, lui donner tort. L'assaut auquel il est aujourd'hui confronté s'apparente même tellement à une histoire d'espionnage qu'on pourait la camoufler sous un message codé, du genre : " Les hommes-grenouilles sont dans la plaine et les torpilles sont mûres. Je répète. Les torpilles sont mûres, le Sphinx va s'en servir pour couler le Menhir avec son homme-grenouille... ".

L'affaire n'en est pas moins sérieuse car il s'agit de la plus organisée de toutes les tentatives faites jusqu'à présent, dans les eaux de l'opposition, pour essayer de reconquérir l'électorat du Front national. Si ses auteurs parvenaient à leurs fins, c'est tout l'échiquier politique français qui en serait bouleversé.

Tout s'est noué, il y a quelques semaines, dans l'un des discrets salons du Fouquet's, à Paris, quand l'ancien agent des services secrets Yvon Briant - devenu secrétaire général du Centre national des indépendants après une courte carrière de député du Val-d-'Oise commencée en 1986 sous la bannière du Front national et terminée en 1988 sur les bancs des non-inscrits proches du RPR - a scellé par un pacte ses retrouvailles avec son ancien "patron". Le général Jeannou Lacaze dirigeait en effet le secteur chargé du renseignement au service de contre-espionnage - le SDECE, la fameuse "Piscine" - à l'époque où, en 1974, Mr Briant faisait ses classes d'homme grenouille expert en sabotages à la base d'Aspretto, en Corse.

Fasciné par l'étrangeté des mÓurs politiques depuis ses expériences de conseiller au ministère de la défense, de 1985 à 1988, l'ancien chef d'état-major, promu à l'Assemblée de Strasbourg par la volonté giscardienne, n'a pas résisté à l'appel de l'aventure. Quand ce sacré charmeur d'Yvon Briant lui a dit respectueusement : "Acceptez d'aller jusqu'au bout de votre logique, travaillons ensemble au service de nos convictions politiques communes, et moi je vous ferai élire président du CNI...", le Sphinx - c'est le sobriquet militaire du général Lacaze - n'a pas résisté. Il a annoncé, le 14 septembre, son adhésion au vieux parti d'Antoine Pinay et Mr Yvon Briant proposera sa candidature à la présidence lors du comité directeur prévu pour le 16 décembre.

Dire que Mr Valéry Giscard d'Estaing a pris avec le sourire le ralliement du général Lacaze au CNI serait pour le moins excessif. Après un haut-le-cÓur, le président de l'UDF s'est laissé convaincre qu'il y avait peut-être là un bon tour à jouer... à Mr Jacques Chirac puisque l'opération se traduira par l'accession de l'un de ses élus européens à la tête d'une formation surtout connue, jusqu'à présent, pour ses accointances chiraquiennes.

Mais l'annonce de l'arrivée du général Lacaze au CNI n'était que la première phase, surtout médiatique, d'un plan de bataille mûri depuis plusieurs mois avec beaucoup de complicités extérieures. Auparavant, Yvon Briant avait pris soin de mettre au parfum tous les chefs de l'opposition en leur expliquant que sa stratégie visait à rendre service à tout le monde : si le CNI parvenait à capter les suffrages du Front national de l'opposition pourrait enfin entrevoir le bout de son tunnel électoral.

Il s'en était entretenu, au cours de l'été, non seulement avec Mr Valéry Giscard d'Estaing mais aussi avec MM Jacques Chirac, Edouard Balladur, Charles Pasqua, François Léotard, Alain Madelin, Pierre Méhaignerie et quelques autres. En tenant à chacun le raisonnement suivant : tant que l'opposition se limitera à sa structure triangulaire actuelle - les gaullistes, les libéraux, les centristes - elle sera vouée à rester minoritaire dans le pays ; mon parti, le CNI, a vocation de devenir le quatrième pilier de l'opposition, le pilier conservateur, et tout le monde, dans notre camp, s'en portera mieux. J'ai d'ailleurs l'intention d'appeler désormais le CNI le " Parti conservateur ", le parti des " Conservateurs nationaux et indépendants ". Avec le renfort de nouveaux porte-voix, je vais interpeller les électeurs de droite que ni le RPR ni l'UDF n'attirent plus aujourd'hui, qui sont désorientés par les excès racistes, antisémites, ségrégationnistes de Le Pen, et qui souffrent d'être frappés d'ostracisme. Le message du CNI sera clair : nous n'avons qu'un adversaire, la gauche ; qu'un allié, la coalition RPR-UDF ; le Front national n'est pas un ennemi, simplement un concurrent dont il faut réduire au maximum le volume... Et les " grands " de la classe politique décidèrent de laisser le " petit " jouer. Sans trop y croire, jusqu'à ce que le général Lacaze franchisse le Rubicon.

Alors, l'ancien homme-grenouille actionna sa deuxième torpille anti-Le Pen en annonçant l'arrivée au CNI de quatorze anciens dirigeants du Front national, et non des moindres : un ex-député des Bouches-du-Rhône, Mr Pascal Arrighi ; un ex-député de Seine-Saint-Denis, Mr François Bachelot ; un ex-député européen, Mr Olivier d'Ormesson ; et onze conseillers régionaux élus en 1986 sur les listes d'extrême droite (Le Monde du 7 octobre).

Tous devenus notables depuis l'émergence électorale de Jean-Marie Le Pen ; tous traités avec beaucoup d'égards, ces derniers mois, par Yvon Briant : " Chaque fois que j'allais en province, j'étais le seul des dirigeants de l'opposition à les inviter à nos réunions... " Et ce n'est pas fini. Le secrétaire général du CNI concocte une troisième phase d'action qui orientera son offensive vers l'un des bastions régionaux du Front national.

Fallait-il donc en conclure que derrière la ficelle d'Yvon Briant se trouvait la main de Mr Charles Pasqua, que le destin du CNI n'a jamais laissé indifférent chaque fois qu'il s'est agi de trouver un moyen d'infiltrer le Front national ou de rogner ses marges électorales ? Comme dans toutes les histoires de contre-espionnage, ce qui semble le plus évident est souvent ce qui est le plus trompeur.

Il apparut que le lien entre l'opération conçue par Mr Briant et l'ombre de Mr Pasqua avait été établi par le général Lacaze lui-même, qui a gardé de son rôle secret dans les affaires africaines, de 1986 à 1988, de bonnes relations avec l'ancien ministre de l'intérieur.

Entre Mr Yvon Briant et Mr Charles Pasqua, au contraire, le climat s'est plutôt rafraichi. L'ancien député du Val-d'Oise n'a pas apprécié que le président du groupe RPR du Sénat l'ait empêché de reconstituer un groupe CNI au palais du Luxembourg derrière Mr Bernard Barbier, sénateur de la Côte-d'Or, tandis que Mr Charles Pasqua est agacé de voir souvent Mr Yvon Briant sur la même longueur d'ondes que Mr Balladur lorsqu'il est question de l'avenir de l'opposition.

Tout porte plutôt à croire que dans cette opération Mr Pasqua, qui a pris ses distances vis-à-vis de Mr Chirac, explore la possibilité de voies personnelles, parallèlement... à Mr Giscard d'Estaing, avec lequel il a eu ces temps-ci différents entretiens. Les torpilles lancées contre Mr Jean-Marie Le Pen provoqueront-elles des retombées ailleurs ?

Au Front national, on se dit serein. Le secrétaire général du parti, Mr Carl Lang, exprimait, mardi 10 octobre, son " léger mépris " et son " indifférence totale " devant ce remue-ménage. " Nous n'avons aucune inquiétude ", disait-il. Son insistance à le répéter semblait dire le contraire.

La commission des finances de l'Assemblée nationale a adopté, mercredi 11 octobre, la première partie du projet de loi de finances. L'UDF, le RPR et l'UDC ont voté contre ; le PCF s'est abstenu et le PS a voté pour. D'autre part, les négociations se poursuivent entre le gouvernement et les commissaires socialistes avant l'arbitrage définitif de l'hôtel Matignon, qui doit être rendu le mardi 17 octobre.

" Il y a de la friture sur la ligne ! " D'ordinaire fort discret, le rapporteur général du budget, Mr Alain Richard (PS, rocardien, Val-d'Oise), a du mal à cacher un léger agacement devant le jeu de billard anti-gouvernemental auquel se livrent depuis quelque temps, ceux qui ont les yeux fixés sur la ligne rose du Congrès de Rennes. " Ils nous polluent la discussion budgétaire. Il y a des gribouilles parmi nous ", constate-t-il en faisant remarquer que ce ne sont pas ceux qui hurlent le plus aux loups qui, en commission des finances, sont les plus assidus et les plus travailleurs. " Il y a ceux qui font le budget et ceux qui font le congrès ", remarque Mr Christian Pierret (PS-Vosges).

Il y a donc de la friture sur la ligne groupe PS-gouvernement. Et l'on s'étonne du côté du gouvernement que la ligne fonctionne mieux sur le réseau Paris-Caracas (où se trouvait ces deux derniers jours le président du groupe Mr Louis Mermaz) que sur l'interurbain avec le quai de Bercy... Après sa réunion de travail avec les commissaires socialistes des finances, mercredi 11 octobre, le ministre de l'économie et des finances, Mr Pierre Bérégovoy, avait, lui aussi, la mine un peu lasse.

Il réfute les accusations portées contre lui quant à un déficit de concertation avec les commissaires socialistes : "C'est aujourd'hui ma huitième réunion de travail", précise-t-il en regrettant que " le jeu des tendances " dans ces périodes d'avant congrès ne vienne perturber des discussions qui se déroulent " très bien " dès que les hommes sont face à face. " Ensuite, on ne sait plus ce qui se passe, explique-t-il, c'est comme si un Deus ex Machina... "

Pour l'heure, Mr Bérégovoy reste muet sur les points d'équilibre trouvés avec les députés socialistes. Le premier ministre, Mr Michel Rocard, arbitrera définitivement mardi prochain. D'ici là, les cabinets de Mr Bérégovoy et de Mr Michel Charasse, ainsi que les commissaires socialistes vont encore se rencontrer.

Le ministre de l'économie et des finances a admis que les plus-values à long terme - c'est-à-dire à plus de deux ans - réalisées par les entreprises pourraient être relevées progressivement. Leur taxation tendrait sans toutefois l'atteindre vers l'imposition de l'impôt sur les sociétés pour les bénéfices réinvestis. Une première étape pourrait porter la taxation de ces plus-values de 15 à 20 %. On notera que Mr Bérégovoy avait - bien avant l'offensive du Parti socialiste - émis l'idée d'une majoration de l'imposition des plus-values à long terme qui lui semblait à la fois trop faible et trop différente de l'imposition des bénéfices.

Selon Mr Jean Anciant (PS, Oise) le " durcissement du barème de l'impôt de solidarité sur la fortune (IFS) est redevenu à l'ordre du jour ". En revanche, le dossier de la baisse de l'impôt sur les sociétés pour les bénéfices non distribués semble clos malgré les demandes réitérées de Mr Henri Emmanuelli (présent lors de la réunion avec Mr Bérégovoy) de revenir sur cette mesure. La commission des finances, qui a examiné, mercredi, la première partie de la loi de finances, a voté le passage de 39 % à 37 % du taux de l'impôt sur les sociétés tandis que le taux applicable aux bénéfices redistribués était maintenu à 42 %.

La commission des finances a adopté l'article d'équilibre du budget : l'UDF, le RPR et l'UDC ont voté contre, le PS a voté pour. Le PCF s'est abstenu, mais comme l'a précisé Mr Fabien Thiémé (PCF, Nord), cela "ne préjuge pas" de la décision finale du groupe communiste.

En revanche, la proposition de réforme de la dotation globale de fonctionnement (DGF) a été repoussée à l'unanimité. Les socialistes souhaitent que le calcul de la DGF soit pondéré par l'évolution des prix mais également par la croissance en volume. Les discussions avec Mr Charasse se poursuivent.

D'autre part, la commission a adopté plusieurs amendements. S'agissant du régime du crédit d'impôt-recherche, la commission a examiné deux amendements (de MM Alphandéry (UDC) et Pierret (PS) tendant à appliquer le bénéfice du crédit impôt-recherche aux dépenses de normalisation. Sur proposition de Mr Alain Richard, rapporteur général du budget, les deux amendements rectifiés ont été adoptés : la réduction d'impôt est limitée à 25 %.

Pour le barème de l'impôt sur le revenu, la commission a adopté un amendement de Mr Philippe Auberger (RPR) accordant une demi-part supplémentaire aux contribuables ayant élevé au moins cinq enfants. Sur proposition du rapporteur, les commissaires ont adopté un amendement réservant le bénéfice du plafonnement de la taxe d'habitation aux contribuables dont l'impôt sur le revenu ne dépasse pas 10000 francs et supprimant le prélèvement de 0,2 % au profit de l'Etat (assis sur la valeur locative communale des habitations principales). La réduction du taux majoré de TVA (28 % à 25 %) a été adoptée sans modification, ainsi que l'aménagement de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) : relèvement de 3,3 % de chacune des tranches du barème.

Un incident grave, caractérisé par un échange d'insultes et de coups de poing et mettant en cause deux élus du Front national, s'est produit à Strasbourg mercredi après-midi 11 octobre, au cours de la séance du Parlement européen.

Il était 17 heures et le président socialiste espagnol de l'Assemblée, Mr Enrique Baron, s'apprêtait à mettre aux voix une série de directives relatives à l'échéance communautaire de 1993, quand Mr Bruno Gollnisch prit la parole pour traiter de "gestapiste" le président du groupe socialiste, Mr Jean-Pierre Cot.

Le dirigeant lyonnais du Front national entendait protester contre une décision prise la veille, à l'initiative de Mr Cot, pour écarter l'extrême droite des postes de responsabilité du Parlement européen. Deux postes - la présidence d'une délégation auprès du Parlement suisse et la vice-présidence d'une commission commune avec la Knesset israélienne - auraient dû, selon les règles habituelles, revenir au groupe technique des Droites européennes que préside Mr Jean-Marie Le Pen. En décidant de les pourvoir par vote et non au prorata de la réprésentation parlementaire de chaque courant, les groupes majoritaires avaient fait barrage au Front national et à ses alliés.

Après avoir, à trois reprises, demandé en vain à Mr Gollnisch qui criait à la "dictature", de se taire, Mr Baron, appliquant le règlement de l'assemblée, donna l'ordre aux huissiers d'expulser le député. C'est alors qu'un autre élu français d'extrême droite, Mr Bernard Anthony, alias Romain Marie, vola au secours de son collègue de façon musclée. La séance fut aussitôt suspendue pendant une heure et demie avant que la décision d'expulsion à l'encontre de Mr Gollnisch ne fût confirmée en présence de Mr Le Pen, qui se borna à intervenir sur l'ordre du jour. La veille, le président du Front national s'était plaint avec véhémence de voir ses amis traités commme des "sous-députés".

Mr Charles Millon n'en revenait pas et levait les yeux au ciel ; Mr Michel Rocard, religieusement, écoutait ; Mr Laurent Fabius dissimulait mal son envie de rire ; et Mr Alain Decaux racontait...

A la surprise générale, le ministre de la francophonie avait été désigné, mercredi 11 octobre, lors de la séance des questions au gouvernement pour répondre, en l'absence de Mr Roland Dumas, à Mr Charles Millon, président du groupe UDF, sur l'attitude de la France face aux " nouvelles données de politique extérieure nées de l'évolution de l'Est ".

A peine Mr Decaux avait-il pris la parole que de tous les bancs de l'opposition s'élevait une protestation furieuse. Sous les cris de " Rocard ! Rocard ! ", que scandaient certains députés UDF-RPR, Mr Decaux, arc-bouté sur son micro, les bras levés, a poursuivi son propos, oublieux quelques instants du ministre qu'il est pour redevenir l'historien et le conteur lyrique qu'il fut à la télévision.

On était donc loin, très loin, de la réponse politique souhaitée. Mr Patrick Devedjian (RPR) prévenait : " Nous allons zapper ", tandis que Mr Jean-Louis Debré (RPR) insistait : "L'émission est terminée ! " et que Mr Philippe de Villiers (UDF) constatait : " Il va falloir serrer au montage... "

Dans un entretien publié, jeudi 12 octobre, par le quotidien la Corse-le Provençal, Mr José Rossi, député UDF-PR et président du conseil général de Corse-du-Sud, affirme notamment que le rapport Prada réalisé, à propos de l'avenir de la Corse, à la demande du gouvernement est " un document technocratique certes, mais qui constitue une base de données (...) intéressante ". Mr Rossi ajoute : " Le gouvernement a aujourd'hui le devoir de reprendre l'initiative en préparant, en concertation avec les parlementaires de la Corse et l'exécutif régional, un projet de loi relatif au développement économique, social et culturel de la Corse. "

Le député UDF, qui juge que le statut particulier est aujourd'hui une " coquille vide ", précise néanmoins que " faire porter essentiellement le débat sur la question des institutions " reviendrait à prendre " le risque de nous faire perdre encore dix ans ".

De son côté, Mr Alain Orsoni, conseiller régional de A Cuncolta naziunalista, affirme, dans un entretien publié également par la Corse-le Provençal, qu'" un statut d'autonomie octroyé ne serait qu'un nouveau visage du colonialisme ". Mr Orsoni juge que le dialogue " n'existe pas " en Corse et estime que le colloque organisé sur l'ile par Mr Pierre Joxe dans quelques jours est un " nouvel artifice qui vise à faire croire que l'on recherche des solutions de type strictement économique ".

- Les députés ont adopté définitivement, mercredi 11 octobre, la proposition de loi relative à l'immunité parlementaire. Ce texte prévoit que les rapports, établis pour rendre compte d'une mission confiée à un parlementaire par le gouvernement, sont couverts par l'irresponsabilité évoquée à l'article 26 de la Constitution (immunité parlementaire).

Les députés socialistes ont décidé de déposer une proposition de loi sur la précarité du travail, prévoyant notamment des sanctions pénales pour "une utilisation abusive de contrats à durée déterminée", analogues à celles qui sont déjà prévues pour l'intérim. Mr Alain Vidalies (PS, Landes) a estimé, mercredi 11 octobre, que "la recherche des gains de productivité par les entreprises à travers une flexibilité accrue dans la gestion de leur main-d'Óuvre" avait conduit depuis 1985 à une forte progression de ces contrats.

En négociation depuis plusieurs mois, cette transaction est tout d'abord le dernier exemple en date de l'absorption par un grand nom du marché mondial du disque d'un label indépendant. Le passage A & M sous le giron de Polygram suit de quelques mois la prise de contrôle de Chrysalis par EMI, et de quelques jours l'entrée du japonais jujisankei dans le capital de Virgin. Entre-temps a eu lieu le rachat de Island Records par Polygram (le Monde du 4 août).

L'indépendant Geffen à Los Angeles est désormais le dernier représentant d'une race en voie d'extinction, les principaux labels musicaux étant aujourd'hui entre les mains des géants de communication ou de l'industrie audiovisuelle Sony (CBS), Time Warner (Warner), Bertelsmann (RCA), Thorn-EMI et Philips.

Conclue pour un montant non communiqué, mais estimé par les analystes aux alentours de 3 milliards de francs, soit une fois et demie environ le chiffre d'affaires 1988 d'A & M, l'acquisition de cette dernière illustre ensuite la stratégie nouvelle de Polygram. Leader incontesté du marché international du disque classique grâce à ses marques Deutsche Grammophon, Decca et Philips Classics, la filiale de la multinationale néerlandaise souhaitait développer sa part du marché de la musique populaire. C'est ce qu'a expliqué le président de Philips Mr Cornelius Van der Klugt au cours d'un entretien accordé au Monde (nos éditions du 29 septembre).

Grâce au rachat successif d'Island Records et d'A & M, des artistes " rock " tels le groupe U2 et la chanteuse Janet Jackson rejoignent Elton John et les Dire Strait dans le catalogue Polygram.

Le chiffre d'affaires de la compagnie passera ainsi de 10,2 milliards de francs environ en 1988 à plus de 13,5 milliards de francs. Jusqu'à présent numéro trois de l'industrie mondiale du disque, Polygram en deviendra le numéro deux derrière CBS. La concurrence acharnée que se livrent Philips et Sony sur le terrain des équipements Hi-fi, et notamment les lecteurs de disques compacts, trouvera un nouveau terrain d'expression.

La prochaine étape du développement de Polygram devrait être le placement en Bourse d'une partie de son capital actuellement détenu par Philips. Les 10 % restants sont entre les mains d'un investisseur institutionnel dont l'identité n'est pas connue. 30 % des titres Polygram au maximum seront proposés à la vente, dont la majeure partie à la Bourse de New-York. Sans doute d'ici à la fin de cette année.

Entre l'intersyndicale CGT-CFDT-FO et la direction de l'usine Renault véhicules industriels d'Annonay (Ardèche), des négociations doivent s'ouvrir le 12 octobre. Les 130 soudeurs (sur un effectif de 160) en grève depuis un mois bloquent la production des chaines de montage de cet établissement, qui emploie 2000 personnes. Le 11 octobre, une manifestation organisée par les femmes a amené le directeur de l'usine à signer un engagement d'ouverture de négociations, sous réserve de l'acceptation de l'accord de la direction générale de RVI qui n'intervint qu'en soirée. Les grévistes réclament l'augmentation de la prime de soudure de 300 à 600 francs par mois.

Les élections de délégués du personnel ont eu lieu, le 10 octobre, à la SNCF. 20% des salariés n'ont pas participé au scrutin, soit 2,64% de plus qu'en 1987. Sur les 163738 votes exprimés, la CGT rassemble 44,44% des voix et 174 sièges, en recul de 1,06%. La CFDT obtient 28,11% des voix (+1,46%) et 124 sièges, suivie de la FMC (cadres autonomes) avec 9,16% des voix (+0,27%) et 61 sièges, de Force ouvrière avec 7,18% des voix (-0,40%) et 9 sièges, et de la CFTC avec 6,43% des voix (-0,21%) et 9 sièges également. La FGAAC (agents de conduite, autonome) totalise 3,44% des voix (+0,15%), mais 13 sièges, la CGC 1,13% des voix (-0,14%). Le SNCS (Syndicat national des cadres supérieurs), tout nouveau, obtient 0,10% des voix et un siège.

Le général Youri Andreevitch Tomachev est catégorique : comme on le dit d'un vin honnête, ses statistiques sont loyales et franches. Publiées l'été dernier dans une revue soviétique et livrées ainsi, pour la première fois, à la curiosité du public, elles témoigneraient d'un inquiétant accroissement de la criminalité dans les grands centres urbains de l'URSS. Comment en juger alors que manquent les éléments de comparaison ? La réponse est simple : il convient de faire confiance au camarade général. Si les chiffres de la criminalité étaient jusqu'alors inaccessibles au simple citoyen, ils ne l'étaient pas pour les responsables de la police, et le général Youri Andreevitch Tomachev, numéro deux de la milice moscovite, est payé pour le savoir.

Les chiffres sont mauvais, vraiment mauvais. Et c'est pour cette raison que le général Tomachev a fait le voyage de Montréal, accompagné du commissaire Anatoli Pavlovitch Kostine, chef adjoint de la police judiciaire de Leningrad, et de Mr Michel Gouguine, représentant de l'Association pour les relations entre les villes. La délégation est modeste, mais elle témoigne de la réelle inquiétude des autorités soviétiques, désemparées devant des problèmes d'une ampleur enfin reconnue.

Jusqu'en 1983, le général Tomachev, ingénieur métallurgiste de formation, était responsable du parti dans l'Oural. Rien, selon lui, ne le prédisposait à devenir policier. Youri Andropov, secrétaire général du parti et ancien patron du KGB, en décida autrement, qui, en 1983, l'appella à Moscou pour " renforcer les cadres de la milice " et lui attribuer au passage l'étoile de général liée à ses nouvelles fonctions.

Aujourd'hui âgé de cinquante et un ans, le général doit faire face à une toute nouvelle réalité. " Notre criminalité est liée à la réforme économique, à la perestroika, assure-t'il. La pénurie favorise le vol et la spéculation. Les coopératives privées que la loi autorise désormais ont aggravé la situation. Elles devaient dynamiser le marché, en réalité elles sont devenues un intermédiaire supplémentaire, raflant une partie de la production des usines pour la revendre à ses propres conditions. " La pénurie n'est-elle pas une donnée permanente de la vie soviétique ? " Aujourd'hui la situation est plus grave encore, suscitant une délinquance inconnue jusqu'alors " , assure crûment le général.

Certes, Moscou n'est pas devenue pour autant une gigantesque cour des miracles, mais, reconnait le général Tomachev, " nous avons récemment démantelé quelque cent cinquante bandes qui se livraient au racket ; nous nous affrontons à des trafiquants de drogue, aux réseaux de prostitution, à des trafics en tout genre et à des attaques à main armée. " Et même à des preneurs d'otages, puisque, selon la police soviétique, le marchand de tableaux français d'origine arménienne disparu il y a quelques mois à Moscou serait aux mains de malfaiteurs qui attendent une rançon : " Nous savons que sa famille de Paris a été approchée par téléphone. On leur a proposé un marché. Cette enquête est difficile. Les faits sont survenus dans un milieu où personne ne veut parler. Le monde des marchands de tableaux est un univers où l'on ne parle qu'en devises. "

Mais le pire parait bien être la délinquance des jeunes. " En un an, celle-ci a doublé à Moscou ; 58 % des crimes et délits commis dans tout le pays sont perpétrés par des jeunes de quatorze à vingt-neuf ans, mais 10 % le sont par des mineurs agés de moins de dix-huit ans. " Comment expliquer ces chiffres jusque-là insoupçonnés ? " En voulant régler les grands problèmes économiques, nous avons laissé notre jeunesse sur le bord de la route. "

Le général Tomachev le reconnait : il se bat sur tous les fronts à la fois, avec des troupes, mal payées, mal équipées et mal formées. " Nous venons de décider d'augmenter le salaire des miliciens, et nous avons enfin touché des crédits pour acheter à l'étranger du matériel de transmission et de laboratoire, révèle-t-il. Mais nous avons aussi dû licencier deux mille policiers moscovites. La moitié d'entre eux étaient incompétents et l'autre moitié avaient violé la légalité. " Pour se pénétrer de l'expérience des autres, la délégation soviétique suivra très studieusement les débats de Montréal. " Toutes les choses que l'Occident produit, vidéo ou drogue, finissent toujours par pénétrer en Union soviétique ", assure, fataliste, le général.

Huit cent cinquante délégués de trente-cinq pays participent depuis le 10 octobre, à Montréal, à la première conférence européenne et nord-américaine sur la sécurité et la prévention de la criminalité en milieu urbain. Elle est organisée par le Forum des collectivités territoriales européennes pour la sécurité urbaine, la Fédération canadienne des municipalités et la conférence des maires des Etats-Unis. Au cours des premières séances de travail, les ravages du crack, cette nouvelle drogue qui se développe aux Etats-Unis, ont été au centre des débats. La nécessité d'une politique de prévention semble, d'autre part, avoir été prise en compte par certains responsables américains jusque-là sceptiques sur son efficacité.

Pour les Français, et plus spécialement, pour Mr Gilbert Bonnemaison, maire (PS) d'Epinay-sur-Seine qui, depuis des années, préconise une politique préventive, la rencontre de Montréal, indépendamment de ses résultats, est déja un beau succès. Voilà ses thèses enfin entendues, sinon reconnues, par ses anciens adversaires, ces Américains qui espéraient résoudre les problèmes posés à leurs cités en déversant dans les rues toujours plus de policiers toujours mieux armés. La cinquantaine de responsables américains - maires, policiers et hauts fonctionnaires municipaux venus à Montréal dans l'espoir d'entrevoir une nouvelle voie - montrent assez qu'il leur a fallu déchanter.

Un seul mot explique les interrogations angoissées des maires américains ainsi que leurs recherches de voies nouvelles : crack. Dans les couloirs de la conférence, en commission comme en séance plénière, les Américains ne parlent que de cette drogue, citant des statistiques dramatiques, redoutant des explosions incontrôlées, mettant en garde les pays encore épargnés. " Le crack a changé la nature même du problème de la drogue aux Etats-Unis (1), a averti le maire de Kansas City, Mr Richard Berkley, au cours de la séance inaugurale. Il est bon marché, facile à se procurer, ravageur. Partout où il pénètre, il accélère les phénomènes de désintégration sociale et familiale, augmente la pauvreté, multiplie la violence. Peut-être n'avez-vous pas encore le crack dans votre ville, mais vous devez vous préparer à l'affronter ", a-t-il encore prévenu.

Vision exagérément alarmiste ou diagnostic fondé ? Solliciteur général du Canada, Mr Pierre Blais rendait compte d'une récente rencontre des pays de la zone caraibe à propos de la drogue, affirmant qu'il avait constaté partout le " même sens de l'urgence ". Quant à Mme Margaret Anstee, directeur général du bureau viennois des Nations unies, elle semble partager les craintes américaines en soutenant qu'à cause du crack et de l'héroine, il " n'existe pas une seule ville qui soit aujourdhui un hâvre de paix ".

" Mais que faire alors ? ", s'est encore écrié le maire de Kansas City. C'est à chercher des solutions que se consacre depuis mardi la conférence. Quelles que soient les appréciations des uns et des autres sur la réalité de la menace, le crack et les angoisses qu'il suscite auront, au moins, favorisé l'émergence d'un consensus sur la manière de traiter, désormais, la criminalité urbaine, problème global où interviennent le chômage, l'urbanisme, l'absence de formation, les interventions policières et la sanction judiciaire. Et même, selon plusieurs des intervenants, la façon dont la presse réduit la délinquance aux dimensions du fait divers.

La grève de 24 heures décidée par la fédération Energie CGT pour le 10 octobre s'est traduite par une baisse de production d'environ 25 %, selon le syndicat. Un tiers des agents aurait été en grève, mais la direction indique de son côté que le mouvement n'a pas entrainé de coupures de courant et estime à 22 % le nombre des grévistes.

Ala " une " de l'information récente déferle le flot intarissable de ceux qui sortent de l'Est. A chaque téléspectateur de la République fédérale, je chuchote : vous êtes émus, étonnés, bouleversés, vous vous demandez ce qui passe par la tête de ceux qui abandonnent tout, sans être poussés par la misère - la RDA est une sorte de miracle économique à l'échelle des pays communistes - ni attirés par des mirages. Recevant les images d'Occident, ces citoyens de l'outre-mur n'ignorent rien des difficultés qui les attendent. Ils ne quêtent pas l'Eldorado. Vous voulez deviner pourquoi ils partent ? Découvrir les désirs qui guident les pas d'un Fluchtlinge ? Lisez Havel.

Il vous conte en détail ce que chaque nouvel arrivé lance à brûle-pourpoint : " Je ne veux pas mourir idiot. " Les terreurs sanglantes et les famines appartiennent au passé, ou à l'exotisme du communisme. Reste leur carapace de peurs. La misère actuelle, voisine, parait moins matérielle que morale. Respirer ! Chacun tente d'esquiver l'angoisse d'étouffer. Cette maladie de l'esprit que communique l'existence post-stalinienne, post-totalitaire, dit-on à Prague, trame l'Óuvre théâtrale et la réflexion philosophique de Havel. La " vie dans le mensonge " est l'objet privilégié de son exploration.

On dit fort justement que les réfugiés votent avec les pieds. Entendons que leur fuite n'est pas pure précipitation panique, elle témoigne d'un choix mûrement réfléchi, souvent pendant des années ; elle manifeste l'endurance d'une pensée qui sait résister à l'usure du temps et à la pression des autorités ; rien n'intimide ces mères qui lèvent l'ancre vers l'inconnu avec leur bébé sous le bras et leur famille derrière elles.

Apprenons à interroger la secrète intelligence qui anime cette dérive, c'est l'âme de notre planète sans âme, c'est le dynamisme qui décide de notre fin de siècle.Tous, individus ou peuples, accomplissent le choix le plus difficile, celui du risque. Ils ignorent ce que réserve l'avenir proche et lointain, ils n'embarquent pas pour Cythère, ils ne croient plus au paradis, même libéral ; ils sont motivés par la seule considération de ce qu'ils fuient. S'ils entrent dans notre histoire, s'ils viennent nous rejoindre, c'est en quelque sorte à reculons : ils ne nous idéalisent plus, ils nous admirent peu s'ils nous envient beaucoup, ils sont principalement poussés par une répulsion.

Ne demandez pas à un réfugié où il va, interrogez d'où il vient. Les uns avec leurs valises, les autres restés sur place avec des écrits et des pétitions, les uns solitaires, les autres, ou les mêmes dans d'autres circonstances, solidaires, tous refusent la lente asphyxie d'une vie dans le mensonge. Sous nos yeux, des milliers d'étincelles isolées mettent le feu à la plaine. La fuite se transforme en réaction collective de rejet ; elle tourne à l'insurrection d'une génération.

Culturellement et intellectuellement, le quarantième anniversaire de la RDA devient bulletin nécrologique et annonce les funérailles d'un passé dépassé. Printemps 1989, place Tiananmen, octobre, avenue Karl-Marx, une jeunesse bercée, formée, nourrie par le régime, vomit ce régime, dresse la symbolique statue de la Liberté ou crie son nom. L'esprit de contestation, que les humiliés et les désespérés invoquaient chacun pour soi, souffle désormais sur toute la planète socialiste. Avec Havel, vous célébrez la Charte 77, la solidarité des ébranlés ; ils ont philosophé dans les catacombes ; à Prague le fil ténu de la pensée n'a pu être rompu.

Il ne s'agit pas d'un académique débat d'idées, il ne faut pas opposer aux idées simples du marxisme un catéchisme anticommuniste non moins sommaire et simplet ; derrière les dogmes ossifiés et les théories surannées, c'est un mode de vie, une manière d'exister, tout un monde que le mouvement transcontinental de 1989 frappe à mort. Voilà longtemps que les contrées du socialisme réel ne sont plus animées par la flamme révolutionnaire ni gouvernées par le bain de sang uniforme et répété. Après la persuasion et la terreur, tout fut gelé, les institutions, les situations et les consciences.

" Le pouvoir totalitaire a apporté l'" ordre " bureaucratique dans le désordre vivant de l'histoire, en conséquence de quoi il l'a nécrosée en tant qu'histoire. Le gouvernement a pour ainsi dire nationalisé le temps, grâce à quoi celui-ci a été frappé du triste destin de tant de choses nationalisées : il s'est mis à dépérir. " Qu'est-ce que le communisme pour Havel ? Réponse : la mise à mort du temps, la planification des temps morts. Le citoyen socialiste vit la fin de l'histoire dans tous les sens du terme. La grande histoire est close, les petites histoires forcloses, ni accidents ni faits divers, seule une durée poisseuse s'étale selon le calendrier des sessions du BP, du CC du PC et des commémorations rituelles. Telle vie encoconnée est dévolue aux dieux et aux animaux ; pour les simples mortels, elle est mensonge.

Sortir du communisme, c'est rentrer dans l'Histoire et non sauter d'un système à l'autre. On ne commence jamais à sortir du communisme, peut-être n'en finit-on jamais.

Retrouver l'Histoire ! Le dix-neuvième siècle européen a projeté l'utopie communiste avec les meilleures intentions du monde, au nom de la production de la société par elle-même, au nom d'un destin glorieux et planétaire qui prend rationnellement conscience de soi et procède à l'accomplissement scientifique d'immémoriales promesses. Un siècle plus tard, l'histoire selon Havel n'est plus l'histoire selon Hegel, elle est devenue le théâtre de l'absurde, on y entre en fuyant, comme à la dérobée, et non en bombant le torse ou en faisant jouer ses muscles, on s'y retrouve personne déplacée plutôt que maitre et possesseur de son avenir. Le temps est à nouveau sorti de ses gonds, plus shakespearien que dialectique.

Sortir du communisme ne va pas de soi, c'est l'enjeu d'une bataille mentale. L'Etat totalitaire dit au citoyen : je suis la démocratie populaire, considère moi comme tien, respecte moi comme tu te respectes toi-même, obéis à mes injonctions comme tu cèdes aux élans de ton propre cÓur. Ainsi parle l'armée tout aussi populaire. Ainsi la police non moins démocratique. Chaque fois que tu bafoues l'uniforme, tu t'injuries toi-même ; si tu lèves le poing contre nous, tu te suicides.

Observez que l'année 1989 tourne autour de trois intellectuels blasphémateurs : Alexandre Soljenitsyne, déchu de sa nationalité, enfin publié en URSS, Salman Rushdie, condamné à mort par un ayatollah, et Vaclav Havel, persécuté dans son pays, acclamé par les manifestants de Prague et couronné par vous. Contre eux, tous les intégrismes laiques et religieux. Hommage du vice fanatique à la vertu : la littérature est plus vraie que la politique. Nous nous demandons si Gorbatchev incarne la grande transformation et le dépérissement du totalitarisme soviétique. Nous convoquons pour information nos meilleurs économistes, stratèges et sociologues ; nous invoquons les plus profonds mystères de la kremlinologie sans nous apercevoir que la réponse est à portée de main dans chaque librairie. Feuilletez l'Archipel du Goulag en Livre de poche et devinez l'effet d'une telle lecture sur la population soviétique. Si, comme annoncée et comme commencée, la publication de l'ouvrage est faite à des millions d'exemplaires à Moscou, tout change.

Le secret de l'avenir gorbatchévien, ne cherchez pas à le découvrir dans le marc de café des prévisions économiques, ni dans l'embrouillamini des questions sociales et nationales, ni dans le conflit des générations au sein de la nomenklatura, le secret de Gorbatchev, c'est Soljenitsyne. Les réformes deviennent irréversibles, la sortie du communisme devient à la longue inéluctable, si et seulement si l'Archipel du Goulag introduit le citoyen soviétique à sa propre histoire et le contraint à se jurer " jamais plus ".

Je le dis d'autant plus facilement qu'une telle confrontation a eu lieu ici même. En 1945, quand photos et films crièrent à la face du monde l'abomination d'Auschwitz. L'effet fut immédiat et douloureux, Ernst von Salomon en rend subtilement compte dans Fragebogen. Du jour au lendemain, plus personne n'osa invoquer le Führer ni se réclamer du credo nazi. Ce fut une grande première dans l'histoire mondiale : jamais auparavant une population n'avait été si massivement, si directement, si visuellement confrontée aux crimes qu'elle venait de commettre ou de laisser commettre.

Bien d'autres massacres, certes moins parfaits, jonchent le cours des temps, mais ils ne furent pas révélés en bloc et d'un coup, l'espace les éparpillait avant que les historiens ne démasquent à quelques rares lecteurs des responsables ayant atteint la limite d'âge.

En distinguant Vaclav Havel, vous célébrez un intellectuel pas commode, conscient d'être un gêneur et entendant le demeurer : " Par essence, l'intellectuel n'est jamais à sa place. " Vous attribuez le prix de la paix à un mal-pensant qui, en plein boom apocalyptico-pacifiste, déclarait insolemment que le mot " paix " suscite en lui le réflexe habituel du citoyen socialiste : un immense bâillement d'ennui. Vous rendez surtout hommage à un écrivain qui sait que le travail sur les mots constitue une tâche absolue que nul ne doit s'épargner en ce siècle où chaque vocable a tourné slogan, où le cri du cÓur s'est prêté à tant de manipulations et où les bons sentiments ont à qui mieux mieux dissimulé foison de mauvaises actions.

Avec Havel, Socrate moderne tant de fois emprisonné, vous entrez dans une histoire sans illusions, le phantasme de l'avenir radieux ne bouche plus votre regard, vous gardez les yeux fixés sur le mal, celui dont nous devons nous reconnaitre capables pour toujours, puisque moi-même ou mon semblable en avons été coupables une fois.

Saluons un humaniste qui nous épargne tout prêche, qui ignore ce que l'homme doit être, mais qui montre ce qu'il doit éviter de faire.

Les dix-neuvième et vingtième siècles européens multiplient les intellectuels psycho-masseurs, prophètes de bonheur, porte-valeurs d'une toujours inédite bonne nouvelle. A contre-courant, porteur des mauvaises nouvelles, Havel retrouve Tirésias et Jérémie, les prophètes du malheur, et l'obligation de vigilance. " Il nous faut parfois tomber jusqu'au fond de la misère pour reconnaitre la vérité, de même qu'il nous faut descendre au fond du puits pour apercevoir les étoiles. " Ainsi parle le poète Havel en ces temps de détresse.

Une lectrice nous a fait parvenir le témoignage suivant sur la situation en Arménie, où elle se trouve. Ce texte a été écrit à la fin du mois de septembre.

LES 80 000 " domingues " (baraquements de chantier) promis par l'Union pour reloger tous ceux qui vivent encore sous les tentes parviendront-ils avant l'hiver ?

Les radiateurs électriques que l'Union n'a pas forcément prévu de fournir avec les " domingues " parviendront-ils avant les grands froids ? Car le bois et le charbon proviennent des autres Républiques. A la question : Comment vous chaufferez-vous cet hiver, silence et sourire triste ; on se débrouillera.

Dans les zones sinistrées, on ne se plaint pas. On est au-delà de la douleur personnelle. S'y ajoutent le deuil de sa ville détruite, celui d'amis disparus. On porte le deuil de tous et de tout. Et la reconstruction, faute de matériaux, s'enlise. Habiter dans du dur : utopie.

En attendant, toute vie culturelle a disparu. Plus de théâtre, plus de cinéma. Depuis deux semaines, plus de journaux. Le théâtre de Leninakan, qui n'a pas été détruit par le séisme, est déserté par ses acteurs, qui ont presque tous perdu leur maison et se sont réfugiés dans la capitale.

A Kirovakan, il reste un cinéma (450 places) pour plus de 100 000 habitants. Le théâtre est condamné. On y répète encore Shakespeare et les autres, mais les représentations sont interdites. La reconstruction du théâtre ne sera à l'ordre du jour que dans cinq ans. Seuls les joueurs d'échecs ont retrouvé leurs bancs dans les jardins qui n'ont pas été engloutis.

Dans ces zones dévastées, on n'a plus le cÓur ni les moyens d'aller en masse aux meetings d'Erevan. La vie politique passe au second plan : la survie prime. Mais on garde en mémoire les mots démocratie, droits de l'homme, droit des peuples. On se sait isolé, comme les Arméniens du Karabakh, ravitaillés uniquement par voie aérienne, surveillés ou protégés par 50 000 militaires, qu'il faut bien loger dans, par exemple, le théâtre de Stepanakert (capitale du Karabakh). Et les Arméniens de Bakou qui n'on pu fuir vivent dans la terreur, derrière leurs portes désignées à la population azérie par une croix.

Depuis les pogroms de Soumgait en 1988, l'Azerbaidjan tue et chasse. Sur les 200 000 Arméniens qui vivaient à Bakou, il n'en reste que 30 000 à 50 000. La grande saignée de novembre 1988 a chassé plus de 200 000 Arméniens (chiffre officiel) d'Azerbaidjan.

Après Soumgait, les Arméniens ne s'en sont pas pris aux 170 000 Azéris vivant en Arménie, qui ont pu vendre leurs maisons avant de quitter la place. Ce n'est que plus tard qu'on a compté des victimes azéries en Arménie, une poignée, peut-être les meilleurs, ceux qui se plaisaient ici.

Alors ? Haine interethnique ? Nationalisme exacerbé des deux côtés ?

Et aujourd'hui, le blocus. Il suffit d'une grève de cheminots en Azerbaidjan ; car 70 % des besoins de l'Arménie sont importés des autres Républiques, et 95 % de ces marchandises sont acheminées par des voies ferrées qui passent par l'Azerbaidjan. L'Arménie est dans un cul-de-sac. Au sud-est, l'Iran, au sud-ouest, la Turquie, à l'est, l'Azerbaidjan, au nord, seule sortie de secours, la Géorgie. Mais la route principale et la voie ferrée pour passagers (voie unique) qui relie Erevan à Tbilissi puis à Moscou passent sur une cinquantaine de kilomètres en Azerbaidjan. Le 20 septembre dernier, elle a été sabotée.

Restent pour la liaison directe Arménie-Géorgie quelques mauvaises routes et la voie aérienne. L'Arménie vit sur ses réserves. Les seuls trains qui parviennent de Bakou contiennent des produits saccagés, de l'eau dans le ciment, de la paille dans les sacs de farine...

Bakou, qui, en novembre dernier, criait " Mort aux Arméniens ! ", a de la suite dans les idées. L'Azerbaidjan est surarmé (et par qui ?), alors que tous les fusils de chasse au Karabakh et en Arménie ont été confisqués l'année dernière. Maintenant, on ramène les corps des appelés arméniens, tabassés à mort dans les casernes soviétiques par des conscrits azéris. Trois victimes pour le mois de septembre.

Apparence de la réalité, la vie quotidienne à Erevan est tranquille. Les enfants ont repris le chemin de l'école, et les jeunes filles sont toujours élégantes. La courtoisie se révèle autour des fontaines ; les hommes attendent que les femmes et les étrangers se désaltèrent. Il fait encore chaud, le raisin est mûr, dans les jardins les premières feuilles mortes... Des centaines de milliers de personnes assistent avec la même détermination aux meetings et commentent sans haine les crimes de Bakou, le parti pris de Moscou. Cela reste le plus étonnant.

LA paralysie du centre informatique des douanes de Toulouse, qui, en raison de la grève de ses fonctionnaires, n'a pu, le 29 septembre, fournir qu'un solde global du commerce extérieur en données brutes, n'a probablement pas frustré Mr Jean-Marie Rausch. Au contraire : le ministre du commerce extérieur éprouve une sainte horreur pour les chiffres corrigés des variations saisonnières, invention technocratique à laquelle il " ne comprend rien ". D'ailleurs, ajoute-t-il, personne n'est capable d'expliquer comment cela fonctionne !

Particulièrement discret depuis qu'en juin 1988 il a décidé de rejoindre la majorité présidentielle - tout en demeurant adhérent du Centre des démocrates sociaux - pour devenir ministre du commerce extérieur (" une compétence libérale qui convient bien à un homme d'ouverture "), Mr Rausch est aujourd'hui déterminé à se consacrer plus activement qu'auparavant à son portefeuille ministériel. Il est vrai qu'entre-temps il est parvenu avec une grande habileté, que lui reconnaissent ses adversaires politiques, à se faire réélire maire de Metz en compagnie de socialistes et à mener à bien un renversement d'alliances au sein du conseil régional de Lorraine, au terme de ce qu'il qualifie lui-même de " beau Kriegspiel ".

La discrétion ministérielle, Mr Rausch la maitrise parfaitement. Il l'a choisie d'emblée, en prévenant qu'il n'était pas question pour lui de commenter chaque mois le chiffre - un déficit, le plus souvent - du commerce extérieur. Une marque de bon sens : les spécialistes eux-mêmes concèdent que l'analyse mensuelle de cet indicateur est un exercice assez vain. Néanmoins, au fil des mois et des déplacements du nouveau ministre, certains ont commencé à se demander si cette option ne trahissait pas plutôt un manque d'intérêt de la part d'un homme - passionné de télécommunications et d'informatique - pressenti, au moment de la constitution du deuxième gouvernement Rocard, pour le ministère de la santé. Pour lui, le commerce extérieur n'est de toute évidence pas une vocation, même si Mr Rausch, lorsqu'il dirigeait une minoterie dans - sa - région lorraine, exportait beaucoup vers l'Allemagne.

Il est vrai que les interventions du ministre ont souvent été malheureuses. A peine installé, il réclame la création d'un crédit d'impôt pour les exportateurs... et obtient une réponse polie, mais formellement négative, de Mr Pierre Bérégovoy. En septembre 1988, il affirme qu'il verrait très bien Mr Raymond Barre succéder à Mr Rocard à l'hôtel Matignon... et provoque un tollé au PS. En décembre, il déclare à l'agence de presse Reuter que le deutschemark devrait être réévalué... et, immédiatement, la monnaie allemande bondit à 3,4215 francs, son record historique. Convoqué par le premier ministre, il affirme avoir été " piégé " par les journalistes et, semble-t-il, convainc le chef du gouvernement de sa bonne foi.

Ses prestations lors de déplacements officiels ont elles aussi réservé quelques surprises à son entourage. A Moscou, au terme d'un voyage effectué début juillet, Mr Rausch reçoit la presse en compagnie de son homologue soviétique. La France va-t-elle augmenter ses achats de gaz soviétique ? Question incongrue, aux yeux du ministre, qui appartient à " une région qui produit encore du charbon " et ne voit pas d'un très bon Óil la concurrence d'autres formes d'énergie. L'Union soviétique va-t-elle acheter des Airbus à la France ? Là encore, la question est totalement déplacée, puisque " l'URSS dispose de sa propre industrie aéronautique ". Les Etats-Unis, qui fabriquent eux aussi des avions, figurent pourtant parmi les meilleurs clients du consortium européen... Au cours du même voyage, Mr Rausch, tout étonné que le ministre soviétique, avec lequel il inaugurait le premier distributeur automatique de billets implanté à Moscou, en ait retiré et lui ait remis une coupure de 100 roubles (1 000 francs français au cours officiel)... le dépense illico pour s'offrir un appareil photo de fabrication locale (marque Kiev), qui figure depuis dans sa collection privée.

Mais désormais, Mr Rausch considère d'un Óil neuf ses responsabilités nationales. Outre un nouveau plan d'action destiné à inciter les exportateurs à s'intéresser de plus près au marché allemand, il s'attache à dédramatiser un déficit commercial " qui ne doit pas faire oublier que nous sommes tout près de l'équilibre " et ne constitue " vraiment pas une catastrophe ". " Actuellement, explique le ministre, l'industrie est au taquet de ses possibilités : que des Français achètent une voiture japonaise ou une voiture française revient exactement au même ", assure-t-il sans crainte de surprendre. Sans oublier les fameuses corrections des variations saisonnières (CVS), " un fonds de commerce comme un autre ". Des considérations qui créent comme un malaise parmi certains hauts fonctionnaires spécialistes du commerce extérieur. Ils rétorquent que, sans CVS, " on ne pourrait plus pratiquer la moindre comparaison" et jugent "gratuites et sans fondement" les critiques de Mr Rausch.

Entre sa nomination au gouvernement et les élections municipales, Jean-Marie Rausch reconnait lui-même qu'il n'a pratiquement pas tenu son rôle de ministre du commerce extérieur. Sa priorité absolue, c'était d'être réélu comme maire de Metz, sans quoi il perdrait sa principale emprise locale et sans aucun doute son ministère. Le fonctionnement du quai Branly a alors été réduit à un service minimum, le ministre n'étant présent à Paris qu'un jour et demi par semaine environ. Lui qui dit que, dans sa région, "les gentils le présentent comme un autoritaire, et les méchants comme un autocrate" offrait l'image d'un homme dépassé par les événements, dont on ne savait trop s'il s'amusait à afficher son désintérêt pour son ministère ou s'il était incapable de suivre correctement ses dossiers. En décembre, coincé entre une campagne électorale difficile, les multiples déplacements à l'étranger auxquels un ministre du commerce extérieur ne peut échapper, et une piètre image de marque, Mr Rausch était sur le point de rendre les armes. Fin janvier, lors d'une conférence de presse de présentation des résultats du commerce extérieur en 1988, Mr Rausch, visiblement peu préparé à l'exégèse des statistiques douanières, s'était enferré dans une interminable énumération de chiffres et avait laissé pointer une lassitude évidente. Il confiait aux journalistes que la charge du ministère du commerce extérieur ne pouvait être supportée "trop longtemps" par une même personne.

Mr Rausch a pourtant réussi - malgré une grosse frayeur entre les deux tours - à conserver la mairie de Metz, s'est débrouillé pour conserver la présidence du conseil régional de Lorraine... ete a décidé de reprendre en main son ministère.

Il affirme être désormais beaucoup plus présent à Paris qu'auparavant et tenir lui-même l'ensemble des dossiers. Ainsi a-t-il rétabli la tradition des réunions avec la DREE (direction des relations économiques extérieures), même si celles-ci n'ont lieu qu'une fois par mois environ. Le ministre gauche des premières semaines commence à prouver qu'il s'intéresse de près à son poste. "Le commerce extérieur, je commence à piger", affirme-t-il sans ambages. Il bénéficie en outre de la confiance du ministre de l'économie et des finances, Mr Pierre Bérégovoy, qui a même récemment salué son coup d'éclat contre les CVS devant la presse économique. Est-ce leur parcours non sans ressemblance ou leur cordialité qui rapprochent les deux hommes ?

Pourtant, le nom de Jean-Marie Rausch n'est pour l'instant associé à aucune initiative en matière commerciale au moment même où, après un deuxième trimestre relativement favorable, le déficit des échanges s'est considérablement creusé depuis juillet. Le plan export, présenté en mars dernier, a été l'Óuvre des services du premier ministre ; et si le ministre déclare maintenant travailler sur des projets sérieux, comme un " plan Allemagne ", pour tenter de résoudre les problèmes commerciaux structurels entre la France et la RFA, leur portée en sera probablement limitée. D'ailleurs, un programme d'aide aux exportations vers l'Allemagne n'a-t-il pas déjà été présenté par le secrétariat au Plan ? Avec toute la bonne volonté du monde, Mr Rausch - ministre d'ouverture franc-tireur - dispose, comme tout ministre du commerce extérieur, d'une marge d'action très limitée, pour ne pas dire inexistante. Ainsi, s'il est clair que la cohabitation avec son directeur de cabinet est conflictuelle, Mr Rausch se borne à déclarer qu'il " accorde sa confiance " à Mr Christian Tardivon. Ne se trouve-t-il pas plutôt dans l'impossibilité de composer le cabinet de son choix ?

Pour Mr Rausch, le plus important réside de toute façon dans l'organisation ; son emploi du temps est parfaitement géré, et il affirme que sa femme lui apporte une aide d'ordre psychologique et ménager précieuse.

Fou de l'informatique, Mr Rausch gère plusieurs programmes simultanément, dont un consacré à son emploi du temps, qui comporte généralement plus d'une dizaine de rendez-vous par jour, et dont il est fier qu'il ne souffre jamais de " surbooking " (réservations en nombre excessif). A peine de temps en temps s'amuse-t-il à introduire dans le fichier un rendez-vous fictif (avec Mme Dupont, par exemple) afin d'avoir le temps de prendre un café. Malgré le rythme épuisant, entre ses responsabilités de maire, de président de conseil de région, de président de l'Association des maires des grandes villes, et de ministre du commerce extérieur, Mr Rausch se voit finalement " durer " longtemps dans un portefeuille qu'il commence à apprécier. Même si, dans l'absolu, il reconnait que le commerce extérieur se satisferait d'un ministre délégué plutôt que d'un ministre d'Etat.

Comment Mr Rausch voit-il son avenir ? Ayant fêté ses soixante ans le mois dernier, il fixe l'époque de sa retraite à 2001, date de renouvellement du tiers sénatorial. C'est dire qu'il voit sa carrière avant tout comme celle d'un notable local, et non d'un ministre parisien. Cependant, lui qui a indirectement empêché Roger Fauroux de constituer un grand ministère de l'industrie et du commerce, à l'image du MITI japonais, reconnait qu'il se verrait bien prendre la tête d'une telle entité. Tant qu'il tient la Lorraine, Mr Rausch peut espérer garder un ministère. Et pourquoi pas celui de ses rêves, le ministère des PTT ? Encore faudrait-il qu'il accepte davantage qu'aujourd'hui d'affronter les tourmentes politiques et les conflits sociaux... dont le quai Branly est bien protégé.

Un des grands regrets de François Curiel, le directeur général de Christie's Europe, est de ne pas avoir organisé la vente des bijoux de la duchesse de Windsor. Ce sont, en effet, les petits marteaux d'ivoire de ses concurrents de Sotheby's qui ont adjugé en 1986 les pièces de cette superbe collection.

Mais cet expert en bijoux a d'autres motifs de consolation. Depuis qu'il a été nommé numéro deux de Christie's pour l'Europe, il coordonne l'activité des vingt-six bureaux du célèbre marchand d'art britannique. En juillet dernier, il a inauguré les nouveaux locaux parisiens de la rue Paul-Baudry. Il est assez fier de sa salle d'exposition décorée de bois clair et de moquette gris vert et totalement conçue pour mettre en valeur tableaux, sculptures et autres antiquités.

Depuis deux ans, le marché des Óuvres d'art dans le monde connait une très forte croissance. Quelques ventes telles que les Iris, de Vincent Van Gogh, adjugé 54 millions de dollars (324 millions de francs), en sont les manifestations les plus spectaculaires.

Mais les chiffres l'attestent aussi : au premier semestre de 1989, les ventes de Christie's ont atteint 607 milliards de francs, soit 75 % de plus qu'au cours des six premiers mois de 1988. Le résultat net est de 344 millions de francs. Aux Etats-Unis particulièrement, l'engouement pour les objets anciens atteint des sommets : en novembre 1988, une console Marie-Antoinette a été vendue 3 millions de dollars (18 millions de francs). Récemment, un bureau-bibliothèque américain datant de 1760 a été acquis pour 12 millions de dollars (72 millions de francs). Autre phénomène nouveau : les acheteurs souhaitent de plus en plus souvent conserver l'anonymat, et les transactions passent par des sociétés. " Pour l'instant, nous sommes encore dans un marché sain, il ne faudrait pas tomber dans un marché fou ", s'inquiète François Curiel.

Ce quadragénaire qui partage son temps entre Paris et Genève est arrivé dans ce métier un peu par hasard. L'été 1969, encore étudiant, il part faire un stage au siège londonien de Christie's. Lorqu'on lui propose de l'embaucher, il choisit d'accepter plutôt que de retourner à l'Université achever des études de droit. Il est vrai qu'il a hérité de son père joaillier un grand interêt pour les bijoux, dont il deviendra un expert. En 1972, il est nommé administrateur et directeur général de Christie's à Madrid. A partir de 1977, il part aux Etats-Unis pour diriger le département bijoux pour les trois Amériques.

Douze années plus tard, il retraverse l'Atlantique pour superviser les activités européennes de Christie's. Avec comme perspective de développement le grand marché européen de 1993, qui fera perdre aux commissaires-priseurs le monopole des ventes aux enchères en France. Car, pour l'instant, les maisons comme Christie's ou Sotheby's peuvent dénicher leurs clients (acheteurs ou vendeurs) partout, mais elle n'ont pas le droit de réaliser leurs ventes aux enchères sur le territoire français. Cette autorisation qu'elles auront à partir de 1993 ne fera que renforcer le poids de ces maisons dans le commerce des Óuvres d'art, où depuis une quinzaine d'années elles ont pris une position de leader. Cette perspective rend François Curiel très optimiste sur la place que prendra Paris : " Elle peut devenir aussi importante, estime-t-il, que New-York et Londres. "

LA bonne petite ville de Cairns, située dans le nord de l'Etat du Queensland, en est encore toute tourneboulée. La terrible nouvelle était tombée comme un couperet le 26 janvier, jour de la fête nationale en Australie, gâchant ainsi le plaisir patriotique. Noël Cannon, " fier héritier de deux générations de producteurs de canne à sucre ", comme le qualifie la presse locale, venait de jeter l'éponge en vendant sa propriété à une société japonaise. La tentation était bien trop forte : les investisseurs nippons lui offraient un prix cinq fois supérieur à la valeur de la ferme. Le beau tollé.

C'est tout juste si Noël Cannon ne s'est pas fait accuser par Cairns, ombrageuse comme toutes les cités du Deep North, de pactiser avec le diable. Et c'est précisément pour ne pas froisser de nouveau les susceptibilités locales que le gouvernement de l'Etat du Queensland tente de contrer un gigantesque projet japonais de " mouroir doré " destiné à recevoir dix-neuf mille retraités, avec centres commerciaux et marinas à la clé.

Il ne se passe guère de semaine en Australie sans que les médias se fassent l'écho des dernières opérations japonaises dans le Queensland et tout particulièrement sur la Gold Coast, petit paradis touristique de l'hémisphère sud. On apprend ainsi que des sociétés nippones détiennent aujourd'hui 60 % des chambres des sept hôtels les plus prestigieux de la côte. On n'ignore rien des mouvements d'humeur que peut déclencher un tel afflux de capitaux étrangers, comme cette vaillante campagne que vient récemment de mener un groupuscule baptisé le " CÓur de la nation " pour bouter les investisseurs de Tokyo ou d'Osaka hors des plages australiennes.

Les Japonais eux-mêmes se mettent à ausculter avec application les vagues à l'âme des populations indigènes. Selon un sondage commandé par le ministère japonais des affaires étrangères, trois Australiens sur quatre considèrent que les investissements actuels sont excessifs et doivent être réduits. L'affaire est jugée d'autant plus sérieuse que de solides sentiments antijaponais sommeillent au tréfonds de la conscience nationale australienne, héritage du dernier conflit mondial.

Pourtant, il va bien falloir s'en accommoder, car on voit mal comment l'Australie pourrait échapper à une lame de fond qui a déjà touché les rivages des Etats-Unis et de l'Europe. Une rare panoplie d'atouts - énergie à bon marché, haut niveau intellectuel, stabilité politique, climat enchanteur - en fait même une destination de choix pour des capitaux en quête d'ancrage. Au terme de l'année fiscale 1988-1989, les investissements japonais en Australie se montaient à 2,4 milliards de dollars US (15 milliards de francs environ), soit 5 % seulement de l'ensemble des capitaux nippons investis à l'étranger.

Mais, en l'espace d'un an, cela représente un bond de... 100 %, alors que la progression des investissements japonais à l'échelle mondiale n'était - si l'on peut dire - que de 41 %. L'engouement pour l'Australie est donc spectaculaire, avec une inclination têtue pour le secteur immobilier, qui a englouti à lui seul la moitié des capitaux japonais entrés en 1988-1989. Drainée par le boom sans précédent du tourisme, la clientèle japonaise s'est accrue de 70 % l'an dernier. Au total, il existe aujourd'hui trois cent cinquante sociétés nippones apparues localement, contribuant à la création de soixante mille emplois directs ; 60 % d'entre elles se sont établies après 1980.

Ainsi l'Australie est atteinte à son tour par la vague de délocalisations à l'étranger des groupes japonais, alimentée par l'accumulation d'excédents commerciaux. Toutefois, contrairement aux Etats-Unis et à l'Europe, les investisseurs nippons ne viennent pas s'installer ici pour contourner une ceinture de sécurité protectionniste : l'Australie - fait rarissime dans l'OCDE - affiche un excédent commercial sur le Japon grâce à ses exportations de matières premières, et les frictions douanières entre les deux pays sont quasi inexistantes. Mais, comme partout ailleurs, la flambée du yen a créé un irrésistible appel d'air : de 1980 à 1989, le dollar australien a perdu les deux tiers de sa valeur par rapport à la devise japonaise.

Reste que l'offensive de Tokyo vers les mers du Sud n'aurait jamais connu une telle ampleur si le gouvernement de Canberra n'avait pris lui-même l'initiative d'imposer à ses réglementations une grande toilette de manière à rendre l'Australie plus attractive à l'extérieur. Comme les socialistes en France avec le marché financier, ce mouvement de libéralisation a été l'Óuvre des travaillistes.

En 1985, le gouvernement de Bob Hawke décidait de lever les dispositions protectionnistes qui proscrivaient l'implantation de banques étrangères. Depuis, une quinzaine de banques - dont trois japonaises - se sont installées, ouvrant l'Australie au flux financier international. D'autres entraves à l'entrée des capitaux étaient par la suite abolies. Désormais la seule condition à un investissement étranger est qu'il ne soit pas " contraire à l'intérêt national ", concept qui fait l'objet d'une application plutôt laxiste par les ministères de Canberra.

C'est que l'Australie a aujourd'hui un besoin vital de capitaux étrangers afin de financer un endettement extérieur record - 32,2 % du PIB - qui vient de lui valoir d'être déclassé par la société de notation financière Moodies. Prenant à rebrousse-poil certaines franges de l'opinion, les milieux gouvernementaux n'ont de cesse de souligner, avec une insistance toute pédagogique, la nécessité de jeter des ponts entre Canberra et Tokyo. Le MITI est ostensiblement courtisé. Même dans le secteur de l'immobilier, là où la présence japonaise sent pourtant le plus le soufre, les Japonais continuent d'être sollicités. " Les agences immobilières australiennes sont en permanence en train d'inviter nos investisseurs à venir acheter ici ", confirme Hidehiro Kikuchi, directeur de la Banque de Tokyo à Sydney. Singulier décalage avec les groupes de croisés du poujadisme antijaponais ! Et même avec une certaine presse caricaturant férocement les Japonais en sumos gras phagocytant le globe.

En fait, les milieux officiels ne se contentent pas d'inviter les holdings nippons à venir investir en terre australe, ils essaient surtout de les convaincre de diversifier leurs centres d'intérêt et de varier les plaisirs. Car leur goût un peu trop prononcé pour l'immobilier n'est pas sans susciter un discret agacement du côté australien, y compris chez les responsables les mieux disposés.

En stock, les investissements japonais dans l'industrie ne représentent que 17 % du total, mais - et c'est cela qui inquiète les autorités - la moitié (8,7 % M) seulement des flux de capitaux entrés en 1988-1989 se sont dirigés vers le secteur manufacturier. Or l'Australie, dont l'économie est tragiquement sous-industrialisée, escompte des investissements étrangers avant tout des transferts de technonologie. Hormis l'automobile, où ils sont présents à travers Mitsubishi, Nissan et Toyota, les Japonais ne déploient guère de zèle sur ce registre.

" C'est un peu l'histoire de la poule et de l'Óuf, souligne David Jacob, consultant spécialisé dans les relations nippo-australiennes. " Pourquoi voulez-vous que les Japonais se précipitent vers l'industrie alors que ce pays, justement, manque d'assise industrielle et qu'il est bien plus facile pour eux de réaliser des profits dans les services ? Il faudra beaucoup de temps avant d'enclencher une dynamique d'investissement industriel. " S'ajoutent à cela des anomalies dans la politique fiscale australienne.

K. Harada, directeur de la Sanwa Bank Ltd, se plaignait dans une récente allocution prononcée lors d'une conférence organisée par l'Institut économique Australie-Japon, qu'il n'existe localement " aucune fiscalité incitative sur les bénéfices, contrairement à ce qui est prévu aux Etats-Unis ou dans les pays asiatiques ". Mais c'est probablement sur la délicate question des relations dans l'entreprise que le choc des deux cultures est le plus patent. La perspective d'affronter des employés turbulents et fièrement syndiqués n'enchante pas les managers nippons.

Une enquête réalisée par la Japan External Trade Organization auprès des sociétés japonaises implantées en Australie dresse ainsi l'inventaire des handicaps liés à la gestion du personnel : " grèves nombreuses ", " taux d'absentéisme élevé ", " faible loyauté " d'employés qui, envoyés en formation au Japon, " peuvent quitter l'entreprise de retour en Australie ", " impossibilité de primes individuelles ", " rigidité du système des salaires "...

Tant que ces obstacles persisteront, les Japonais n'auront guère d'états d'âme à privilégier les achats d'hôtels de luxe et la construction de marinas pour leurs propres touristes en goguette. Et ils trancheront à leur manière le mystère de la création : la poule et l'Óuf resteront tous les deux japonais.

Les 2 et 3 octobre, une trentaine d'hommes d'affaires japonais de premier plan représentant la Banque industrielle du Japon, Mitsubishi Corp., Marubeni Corp., Nikko Securities, ont participé à un symposium international organisé à Pékin. Puis, du 9 ou 14 novembre, est attendue la plus importante délégation envoyée par le Japon en Chine depuis le 4 juin. Dirigée par Mr Eijiro Saito, président du Keidanren, fédération patronale japonaise, cette délégation rencontrera les 9 et 10 novembre des responsables du ministère chinois des relations économiques extérieures, la commission étatique du plan et, espère-t-elle, Deng Xiaoping ou d'autres dirigeants chinois les 11, 12 ou 13 novembre.

" Nous ne voulons pas fermer la porte à la Chine, mais ce pays reste extrêmement risqué pour les investissements à long terme. " Tout le dilemme des responsables économiques japonais est résumé dans cette remarque d'un des directeurs du Keidanren, la fédération patronale japonaise, Mr Masaya Miyoshi. Apparemment, les relations économiques sino-japonaises ont retrouvé le rythme de croisière interrompu par l'arrivée des chars sur la place Tiananmen.

Après trois mois d'arrêt, les navettes de délégations commerciales entre les deux capitales ont repris depuis la fin septembre. L'essentiel est de renouer, pour éviter de couper la Chine du reste du monde. En prenant soin de ne pas être en porte-à-faux avec les autres pays industrialisés. " Nous entendons nous concerter ", précise-t-on au ministère du commerce international et de l'industrie japonais (MITI).

Si, collectivement, les hommes d'affaires japonais paraissent avoir tourné la page sur les événements de Tiananmen, c'est loin d'être le cas individuellement. " Les événements de la place Tiananmen confirment, comme nous l'avons toujours redouté, l'instabilité de la politique chinoise ", confie un cadre de la " sogoshosha " (Maison du commerce international), C. Itoh. Les entreprises trop engagées pour reculer maintiennent leurs projets.

Comme prévu, Matsushita a ouvert sa ligne de fabrication de tubes couleur près de Pékin. Seule la cérémonie d'inauguration de cette joint venture qui compte parmi les plus gros investissements japonais réalisés en Chine " a été annulée ", précise son porte-parole. Japan Airlines et le groupe Mitsui multiplient leurs efforts pour relancer la construction d'un grand hôtel à Pékin, arrêtée depuis juin.

Traditionnellement réticents pour investir en Chine (le pays n'accueille que 0,4% du total des investissements japonais), les industriels nippons commencent à réviser leur position. L'accord de protection de leurs investissements signé à Pékin en août dernier par le premier ministre Takeshita a servi de déclic. Durant les six mois de 1989, deux cent soixante-dix nouveaux projets ont été proposés par les Japonais à leurs vis-à-vis chinois. Soit cent de plus que durant toute l'année 1988.

Signe encore plus " encourageant ", souligne Mr Kenji Hattori, de l'Association sino-japonaise pour l'économie et le commerce, qui sert de tête pensante aux industriels japonais dans leurs relations avec la Chine, " la majorité des projets concerne le secteur manufacturier et non plus, comme précédemment, l'hôtellerie ou les services ". " En mai, nous avons envoyé une très importante délégation de prospection à Pékin ", explique Mr Kenji Hattori. " En juillet, nous avons demandé aux participants s'ils maintenaient leur volonté de s'implanter en Chine. L'immense majorité a renoncé à cette idée et se déclare désormais intéressée par les pays du Sud-Est asiatique, (jugés) politiquement plus stables. "

Ce lâchage de la Chine pour d'autres partenaires touche les petites et moyennes firmes d'import-export créées lors de l'intensification du commerce sino-japonais. Née il y a trois ans et l'une des très rares joint-ventures sino-japonaises installées à Tokyo, Japan China Leasing and Trading Corporation a révisé sa stratégie à la suite de la crise de Tiananmen. " Nous cherchons en accord avec nos actionnaires chinois de nouveaux pays fournisseurs pour assurer notre développement ", explique son président, Mr Motoaki Miura.

Le commerce bilatéral est lui aussi affecté. Totalisant 19 milliards de dollars en 1988, il devait dépasser les 20 milliards cette année. Ce qui n'aura de toute évidence pas lieu. Depuis octobre dernier, Pékin multiplie les restrictions à l'importation. La dernière en date concerne l'acier. Elles touchent tout particulièrement les Japonais, deuxièmes partenaires commerciaux de la Chine.

Mais il y a aussi le détournement vers le marché chinois d'une partie du pétrole et du charbon que livre la Chine au Japon. Un sort que partagent d'autres produits, notamment alimentaires. " Depuis un an, nous avons de sérieux problèmes d'approvisionnement ", reconnait Mr Motoaki Miura. " Plusieurs contrats ne peuvent être honorés à cause des pénuries de matières premières et d'énergie qui frappent l'industrie chinoise. "

Embarrassée par sa condamnation du massacre de la place Tiananmen, Tokyo a été l'une des premières capitales à renouer avec Pékin. Derrière cette attitude reconnue par Mr Kenji Hattori comme " peu claire ", il faut voir l'importance de la Chine pour le Japon, " le second pilier avec les Etats-Unis de notre politique internationale ", note un diplomate nippon. Mais également l'émergence d'un problème que voient grossir avec inquiétude les Japonais : la question de la dette chinoise.

Estimée à 40 milliards de dollars, son service a coûté à la Chine 1,9 milliard l'année dernière. 70 % de cette dette sont des capitaux japonais.

Les vigiles ne sont plus seulement des bipèdes, Ils font désormais équipe avec des bataillons de détecteurs disposés sur le terrain pour traquer l'intrus ou la moindre anomalie, et répercuter l'information sur une station centrale qui la traite, la gère, et déclenche, s'il y a lieu, les avertisseurs. Rivé à ses consoles, à l'affût devant des écrans, l'" agent technique " nouvelle génération réagit aux signaux, intervient le cas échéant, suivant un scénario spécifique mis au point au préalable, avec l'entreprise concernée.

Le gardiennage cède du terrain au " concept de surveillance ", qui intègre l'utilisation de technologies de pointe. C'est le règne des puces, des microprocesseurs, de la télématique, des caméras vidéo. Le simple agent est un technicien familiarisé avec ce matériel sophistiqué auquel il est associé.

Le métier a connu, ces dix dernières années, une explosion tous azimuts de multiples sociétés éphémères proposant des gadgets souvent peu fiables ou de simples artisans s'improvisant installateurs d'alarmes. D'autres entreprises, plus rigoureuses, ont conforté leurs assises, se sont adaptées à une demande plus exigeante. La profession s'est organisée, s'efforçant de déblayer le terrain et d'établir le cadre d'une déontologie interne et des critères de qualification. Ainsi a été créé, en juillet 1979, SYNIAL, le syndicat national des installateurs d'alarmes et de surveillance (et télésurveillance) contre le vol et la malveillance.

Actuellement, plus de 400 adhérents y sont répertoriés. De son côté, l'Assemblée plénière des sociétés d'assurances contre l'incendie et les risques divers (APSAIRD) délivre des certificats de qualification concernant le matériel de sécurité utilisé contre l'incendie et le vol.

Pour couvrir le risque vol, incendie, malveillance, les sociétés d'assurances exigent maintenant le plus souvent ce certificat de conformité APSAIRD. 161 installateurs habilités figurent à ce jour sur les listes correspondant aux risques lourds.

La liste appropriée aux risques industriels est en cours d'élaboration. Quant aux risques dits courants, c'est-à-dire touchant le particulier et son habitation, les listes APSAIRD regroupent plus de 320 installateurs habilités. Bref, sur le marché de la sécurité, le rôle des sociétés d'assurances se révèle non négligeable.

Membre de SYNIAL, et agréé par l'APSAIRD, SPS reflète les évolutions qui s'opèrent dans la profession. La société appartient au groupe ECCO, qui détient en prestations de sécurité plus de 20 % des parts du marché (chiffres de 1987). SPS dépasse le milliard de francs de chiffre d'affaires, dont 70 % sont réalisés dans le secteur de la sécurité industrielle et bancaire (les prestations de surveillance : télésurveillance, agents en poste, voitures radio, en représentent 62 %), 15 % dans la création, l'installation et la maintenance de systèmes de détection électronique.

Outre ses interventions en tant qu'installateur d'alarme, de surveillance et de télésurveillance, SPS effectue des transports de fonds et des services spécialisés bancaires (dont la gestion de caisse centrale et de distributeur de billets), ce qui représente 23 % de son chiffre d'affaires.

SPS a rejoint le giron d'ECCO en 1981. Sous la houlette d'un jeune manager, Hervé Courtaigne, HEC, issu du marketing lessivier, arrivé lui aussi en 1981, la société s'est refait une jeunesse au goût du jour. Créée en 1926, elle a dû subir une sérieuse cure de remise en forme. L'effort a porté, en particulier, sur le recrutement et la formation du personnel. L'encadrement a été renouvelé ; les équipes de recherches, renforcées. Des investissements importants ont été consentis pour l'emploi de technologies de pointe (en 1987, SPS a réinvesti 90 % de sa marge).

La progression du chiffre d'affaires du groupe ECCO dans le domaine de la sécurité résulte en grande partie d'une croissance externe. Le rachat de la société Proteg a permis de disposer de moyens et d'un savoir-faire " pointu " dans le secteur de la prévention et de la protection électronique.

En 1988, c'est au tour d'ATSE, spécialisée dans la détection des incendies, de rejoindre SPS, après les acquisitions, en 1982 de RDN (400 salariés), et SECFRA (1 500 salariés) et en 1987, de SPI dans le Nord (150 agents), des activités de la Surveillance française dans les Pays de la Loire et en Poitou-Charentes (250 agents) et de la Surveillance de l'Ouest (800 agents). SPS emploie, au total, 8 000 salariés.

Du contrôle d'accès au système vidéo multifonction breveté SPS/Proteg, la gamme des prestations est étendue. " Ce n'est que du sur-mesure ", précise Hervé Courtaigne. Après une " analyse des risques personnalisée ", l'étude des solutions spécifiques, on propose une mise en place d'un système de protection correspondant, autant que faire se peut, aux exigences d'une " performance technique et budgétaire ". SPS compte parmi sa clientèle nombre de grandes entreprises susceptibles de consacrer un budget important pour la prévention en matière de sécurité.

Tous les systèmes installés par SPS peuvent être équipés pour transférer à distance informations et alarmes. La télésurveillance suppose la collecte des informations au sein d'une station centrale, où elles sont l'objet d'un traitement ad hoc. SPS exploite donc 17 centrales réparties sur tout le territoire. Plus de 90 centres d'intervention et la disposition de 250 véhicules radio créent les conditions favorables à une rapidité d'intervention des agents, mobilisés vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

L'activité des agents de surveillance peut être soumise, elle aussi, à la surveillance de " contrôleurs " électroniques. Il s'agit de cette " double-sécurité " dont SPS a fait son slogan publicitaire. Elle se décline à toutes sortes de niveaux, souligne Hervé Courtaigne, et permet d'accroitre d'autant la fiabilité du service.

Le marché de la sécurité en entreprise accuse donc une certaine expansion. La demande se diversifie, de la simple prévention du vol et de la malveillance aux systèmes de sécurité adaptés aux risques de pollution. Le métier change et les mentalités également ! Tandis que SPS s'active à conserver son rang de leader, de petites entreprises tâchent de se faire leur place tout en se situant hors recensement SYNIAL et APSAIRD, comme c'est le cas du groupe Polyprotec.

La société, constituée en 1982, rassemble 50 personnes actuellement. Elle a mis en orbite un réseau de franchisés et tourne avec un chiffre d'affaires d'environ 20 millions de francs. Polyprotec distribue parmi différents produits de diverses provenances quelques spécialités propres. Car la recherche n'est pas négligée. Des moyens plus modestes lui sont consacrés, en recourant aux travaux des universitaires thésards...

LORS de la campagne pour les élections générales de 1980, l'ancien premier ministre Indira Gandhi s'était taillé un beau succès populaire en dénonçant une forte hausse du prix des oignons.

A moins de trois mois du scrutin parlementaire, l'opposition tente de faire de la hausse des prix un nouveau cheval de bataille. Le Parti du Congrès de Mr Rajiv Gandhi présente cependant un bilan économique nettement plus favorable que celui laissé par le Parti Janata en 1980 : le taux d'inflation, par exemple, qui est d'environ 10 % aujourd'hui, dépassait 20 % à l'époque.

Il n'empêche. Déjà mis en cause par les divers scandales qui rythment la vie politique indienne (le Monde daté du 1er-2 octobre), le gouvernement ne peut prendre aucun risque politique supplémentaire avec le panier de la ménagère. Ces derniers jours, alors que traditionnellement les Indiens consomment d'importantes quantités de sucreries à l'occasion des fêtes de Dusshera et de Diwali (les 10 et 29 octobre), le débat politique se localise sur le sucre dont le prix a flambé, le kilo passant de 6,50 roupies (1) il y a quatre mois à plus de 12 roupies en septembre.

La crise du sucre est à bien des égards exemplaire : elle montre l'extrême lourdeur de l'administration et le pilotage parfois erratique de l'économie indienne. Dès avril, les experts avaient prévenu que la production ne dépasserait pas 8,7 millions de tonnes, soit une baisse de 13 % par rapport aux objectifs. En juin, le gouvernement annonçait qu'il envisageait d'importer 500 000 tonnes pour faire face à la demande. Le prix de la tonne était alors de 350 dollars.

En septembre, lorsque la décision a finalement été prise d'acheter sur le marché international, le prix de la tonne de sucre était passé à 518 dollars. Perte pour le Trésor indien, estimée par plusieurs experts financiers : plus de 500 millions de roupies. Les industriels et les grossistes s'accusent réciproquement de profits gigantesques sur le dos des consommateurs, et le gouvernement, pourtant principal fautif, dénonce les spéculateurs. D'autres produits de grande consommation connaissent de fortes hausses depuis le début de l'année, parmi lesquels l'huile, le sucre, le lait et le dal (farine de lentilles).

Les porte-parole de l'opposition le constatent dans leurs réunions électorales à travers le pays : l'inflation, " ça marche très fort ". Avec un salaire mensuel de 1000, 1500 ou 2500 roupies (2), une hausse des prix de 10 %, voire 13 % ou 15 % sur ces produits prend des allures catastrophiques.

Arun Ghosh, un économiste indien que cite le magazine India Today, explique ainsi les conséquences de la crise : " Les 15 % d'Indiens aisés (qui sont environ 120 millions) profitent effectivement de l'inflation. Cela parce que leurs revenus et profits augmentent plus vite que le coût de la vie. "

" Juste en dessous, poursuit Arun Ghosh, il y a une autre tranche de population qui représente environ 10 %, la partie supérieure de la classe moyenne, sur laquelle l'inflation est plus ou moins sans effet. Puis il y a les 15 % du bas de l'échelle, qui n'ont de toute façon pas les moyens d'acheter quoi que ce soit. Enfin, au milieu, il y a le groupe sur lequel l'inflation pèse le plus, soit 480 millions de personnes, environ 60 % de la population, dont les revenus sont relativement stables. "

Pour éviter au maximum les " dérapages " électoraux, le gouvernement central est intervenu sans lésiner sur les moyens : achats massifs sur le marché international de quelques produits essentiels comme le sucre, le riz, le blé et l'huile. Parallèlement, une stratégie a été mise en place pour tenter de ralentir l'accroissement du déficit de la balance des paiements. Début septembre, les réserves de change ne représentaient plus que six semaines d'importations, soit moins de 3,5 milliards de dollars. Depuis, la situation a continué à se dégrader. Des mesures ont été prises de façon à la fois précipitée et tardive : début octobre, des consignes très strictes ont été données à tous les ministères (ainsi qu'aux entreprises publiques) pour faire des coupes importantes dans les importations et pour choisir systématiquement les produits indiens, même si ceux-ci sont plus chers. Déjà, en juin, le gouvernement avait annoncé une réduction de la facture des importations de 250 milliards de roupies.

Des institutions financières et industrielles ont été invitées à contracter des emprunts à court terme sur le marché international des capitaux, ce qui accroit la dette. Un banquier occidental nous racontait l'étrange visite en juin dernier d'un émissaire du groupe Lhinduja - l'un des plus importants groupes industriels - venu au nom du gouvernement solliciter une " contribution " pour un prêt à court terme dont l'affectation n'était pas précisée. Il ajoutait : " Notre visiteur était chargé de récolter une somme d'environ 315 millions de dollars. Ce n'était sans doute que la partie émergée de l'iceberg. Pour toutes les entreprises occidentales implantées ici, c'est une période très sensible. L'Inde a un urgent besoin de liquidités et le parti majoritaire aussi. "

La situation en matière de réserves de change parait inextricable, et pourtant, paradoxalement, l'économie indienne ne se porte pas si mal. Grâce à une mousson considérée comme l'une des meilleures du siècle, la production agricole (graines alimentaires) va être très satisfaisante, de l'ordre de 172 millions de tonnes pour 1988-1989.

L'Inde bénéficie depuis quatre ans d'une croissance forte, de l'ordre de 5 %. Or cette stratégie de la croissance, voulue par Mr Rajiv Gandhi, repose sur une augmentation sans cesse accrue des importations, notamment de technologies étrangères. Au nom d'un calcul simple : modernisation de l'industrie et amélioration des rendements, donc diminution des coûts de production et relance des exportations. Les institutions financières internationales, Fonds monétaire et Banque mondiale notamment, ont plutôt encouragé ce mouvement.

Mais les résultats escomptés ne sont pas là. S'il est vrai, comme vient de s'en féliciter le ministre du commerce, Mr Dinesh Singh, que les exportations auront augmenté de près de 40 % au cours du premier trimestre budgétaire (en dollars le gain est d'environ 15 %), structurellement elles ne représentent qu'à peine 6 % du revenu national. Le chef de l'opposition et ancien ministre des finances, Mr V.P. Singh, reconnait cependant que plus de 70 % des importations indiennes sont pratiquement incompressibles, notamment la facture pétrolière.

Les Indiens mettent souvent en avant les réticences des pays occidentaux à laisser entrer sur leur marché intérieur des produits en provenance de pays en développement.

Cette explication n'est pas fausse, mais elle est insuffisante : les produits indiens ne sont souvent pas compétitifs, faute de qualité. Si, comme le dit le Fonds monétaire international, la croissance des pays riches va décliner dans les années à venir, cela signifie, pour l'Inde notamment, une chute de ses exportations et probablement une dépréciation encore plus grande de sa monnaie nationale. Depuis deux ans, la roupie a perdu chaque année de 15 % à 20 % de sa valeur, et les élections n'arrangent pas les choses : chacun, importateur et exportateur, spécule sur une plus grande dépréciation de la monnaie.

Au nom sans doute du même raisonnement, les envois de fonds en provenance de l'étranger (9 milliards de dollars en mars 1989) ont tendance à diminuer. Reste, bien sûr, la possibilité de solliciter un crédit non encore épuisé auprès des bailleurs de fonds internationaux. Le montant obtenu auprès du Club de Paris en juin dernier (6,7 milliards de dollars) peut sans doute être légèrement accru.

Mais, outre que l'Inde ne parvient pas à utiliser les prêts qu'elle obtient (les projets d'irrigation, par exemple, accumulent un arriéré d'aide non déboursé d'environ 3 milliards de dollars !), le service de la dette, dont le montant total est d'environ 60 milliards de dollars, équivaut à environ 30 % de la valeur des exportations. Bref, avec une croissance qui reste forte - mais qui, elle aussi, va probablement stagner dans l'avenir - et une pénurie de réserve de change, l'Inde est un malade curieusement en bonne santé.

Face à un manque très préoccupant de devises, il n'est évidemment pas question d'avoir recours au Fonds monétaire international. Une telle démarche, dans le contexte politique actuel, serait suicidaire pour le Parti du Congrès. Mais, une fois que les électeurs se seront prononcés devant des caisses qui risquent d'être vides, il sera difficile au nouveau gouvernement, qui disposera d'une majorité plus courte qu'aujourd'hui, de refuser encore la potion amère du FMI.

AU mois de décembre prochain, des élections présidentielle et législatives devraient amener les représentants d'une coalition regroupant dix-sept partis à succéder au général Pinochet. Cette coalition, qui aura pour ministre de l'économie un socialiste, Mr Carlos Ominami et pour ministre des finances un chrétien-démocrate, Mr Alejandro Foxley, héritera d'une situation économique assainie, qu'elle ne devra pas compromettre par trop de dépenses sociales.

Qui l'eût cru? Dans une Amérique latine en proie à la surinflation et au déficit, le Chili pourrait bientôt faire figure d'alternative : inflation modérée (18 % à 20 %), déficit budgétaire inexistant, croissance de 5 % par an, investissements étrangers en hausse, exportations florissantes et à même d'assurer le service de la dette extérieure..., autant d'exploits économiques qu'une dictature, celle du général Pinochet, a pu obtenir au prix de graves déséquilibres sociaux. Car cet assainissement économique a eu un prix : démantèlement du système de santé et suppression de la couverture sociale, droit de grève sévèrement contingenté, stagnation du pouvoir d'achat, absence de libertés politiques.

Les élections du mois de décembre prochain devraient marquer la limite des efforts que les Chiliens sont prêts à consentir. La coalition, qui regroupe dix-sept partis politiques et qui se présente comme l'alternative politique au général Pinochet, semble assurée de remporter les élections à la majorité absolue.

Ce passage en douceur de la dictature à la démocratie n'aura cependant rien d'aisé. Tout d'abord parce que, entre la victoire et la prise du pouvoir, un délai de quatre mois a été institué. Ce qui laisse au vaincu, le général Pinochet, le temps de miner le terrain. La banque centrale, dont le gouverneur (inamovible) est un proche du général, a ainsi déjà appauvri les réserves de change du pays en consentant un prêt de plusieurs milliards de dollars aux banques privées afin de leur permettre de faire face à leurs engagements internationaux.

En apparence, ce prêt relève des devoirs d'une banque centrale, mais les responsables économiques de la coalition y voient un coup bas destiné à diminuer leur futur marge de manÓuvre. Idem pour la privatisation. La vente d'entreprises publiques a été accélérée par l'actuel gouvernement, et nombre d'entre elles sont passées sous le contrôle d'amis politiques et de membres de la famille d'Augusto Pinochet. " En fait, tout se passe comme si le général organisait l'échec économique du futur gouvernement pour préparer les conditions de son retour au pouvoir ", affirme un représentant de la coalition démocratique.

Les prochains ministres de l'économie et des finances devront jouer serré. S'ils n'entendent pas revenir sur la privatisation du secteur public, ni soustraire le Chili au jeu du marché international, ils souhaitent dans un premier temps remédier aux déséquilibres sociaux organisés par le régime. Des sommes importantes seront donc investies pour la remise en ordre du système de santé et l'instauration d'une sécurité sociale minimale. Comment y parvenir sans déséquilibres économiques majeurs? Tel est l'enjeu pour le futur gouvernement.

Enjeu d'autant plus difficile qu'il ne sera pas totalement maitre de son budget. Ainsi, jusqu'au coup d'Etat qui organisa la chute du régime Allende, 10 % des bénéfices des ventes de cuivre (principale richesse minière du pays) allaient à l'équipement des forces armées. Depuis la prise du pouvoir de Pinochet, c'est 10 % des ventes totales du cuivre qui sont affectées au poste militaire. Toucher à ce ratio serait bien sûr considéré comme une provocation.

Reste donc une réforme fiscale. Les impôts des entreprises (10 % actuellement sur les bénéfices) ont donc toutes les chances d'être augmentés ainsi que les impôts directs. Dans quelle proportion? Les rentrées escomptées sont pour l'instant tenues secrètes afin d'éviter une polémique électorale qui risquerait d'effrayer les milieux d'affaires. De nouvelles lois sociales réformeront aussi le droit de grève et autoriseront les syndicats à négocier des salaires plus élevés. Mais, pour éviter des affrontements sociaux trop importants, le futur gouvernement a refusé d'instaurer l'affiliation syndicale obligatoire.

En revanche, une cotisation obligatoire pourrait bien voir le jour, qui irait soit directement aux syndicats, soit à un fonds géré par les responsables syndicaux. La véritable inconnue sociale réside cependant du côté du Parti communiste chilien. Déconsidéré par son refus de participer aux élections, il demeure néanmoins une force capable de chapeauter la centrale syndicale la plus puissante du pays. Dans ce cas, sa capacité de blocage du processus de démocratisation constitue l'une des inconnues de l'avenir politique du Chili.

Soucieux de ne pas obérer la croissance économique du pays, les représentants de la coalition chilienne souhaitent la maintenir par une relance des investissements étrangers. Ils font actuellement le tour des capitales européennes dans le but d'intéresser les grandes entreprises aux secteurs exportateurs du pays : le cuivre, le bois, la pêche et les fruits. Un plan de développement dans des secteurs connexes - meubles et pâte à papier, surgelés, minerais précieux, conserves de fruits... - a également été mis à l'étude et présenté à des assemblées d'investisseurs. Les futurs tenants du pouvoir tentent également de négocier des aides avec les gouvernements étrangers. Un protocole d'accord est sur le point d'être conclu avec le gouvernement français pour la remise sur pied du système hospitalier.

Le retour au bercail de la " brebis galeuse " latino-américaine passe par la résolution du casse-tête péruvien drogue-dette.

L'ECONOMIE péruvienne est " en manque " de narcodollars. La poursuite, dans la vallée du haut Huallaga, des trafiquants de cocaine colombiens s'est répercutée négativement sur le flux de billets verts, la semaine dernière, provoquant une montée en flèche de la devise sur le marché parallèle. Pour soutenir l'inti, la monnaie nationale, et rétablir un équilibre précaire entre l'offre et la demande, la banque centrale a dû se défaire d'une certaine quantité de réserves.

Ces réserves (1,3 milliard de dollars, mais seulement 500 millions de réserves nettes), nouvellement accumulées au prix d'une récession draconienne et destinées par le régime social-démocrate à la relance de la consommation et de la production, sont convoitées par les créanciers, et principalement par le Fonds monétaire international.

Le Pérou a suspendu ses remboursements au FMI en novembre 1985 - actuellement, les arriérés accumulés représentent 750 millions de dollars - et, ce qui est plus grave, il ne s'est pas acquitté de ses quotes-parts annuelles en tant que membre du Fonds. En août 1986, il a été classé dans la catégorie des pays " inéligibles ". Sa situation est donc préoccupante.

Néanmoins, son expulsion n'est pas à l'ordre du jour, comme l'avait annoncée l'écrivain Mario Vargas LLosa, candidat de la droite pour l'élection présidentielle d'avril 1990. Au plus, il pourrait être déclaré membre " non coopérant ", en février prochain. La décision de " séparation obligatoire " doit être adoptée par une majorité de 85 % des votes. " C'est impossible ", estime l'ex-ministre de l'économie, Abel Salinas, désigné, en signe de bonne volonté par le président Alan Garcia, négociateur de la dette extérieure. L'homme de confiance a été dépêché à Washington pour renouer le dialogue avec Michel Camdessus, directeur du FMI.

" Impossible ", explique-t-on à Lima, parce que les pays du tiers-monde contrôlent 38 % des votes et, à des degrés divers, sont solidaires. D'ailleurs, les Etats-Unis, premiers intéressés par le retour au bercail de la " brebis galeuse " de l'Amérique latine, seraient-ils prêts à enfoncer un peu plus profondément le Pérou dans la crise?

Personne n'ignore les difficultés du pays, qui fait face non seulement à une hyperinflation et à une récession sans précédent dans son histoire, mais, surtout, à l'insurrection du parti communiste Sentier lumineux.

Par ailleurs, les Etats-Unis inciteraient-ils à une décision de cette gravité à la veille de l'élection présidentielle, et donc du changement de régime? Enfin, et surtout, au moment où Washington lance un ambitieux plan anti-drogue, qui doit obligatoirement compter sur la collaboration du Pérou, producteur de 60 % de la feuille de coca, matière première de la cocaine?

Dette, drogue. Ces deux grands problèmes sont communs aux Etats-Unis et au Pérou. Créanciers et débiteurs, producteurs de coca et consommateurs de cocaine, ne peuvent s'ignorer. La dette n'est pas seulement un problème comptable, mais un problème politique. La drogue n'est pas seulement un délit, mais un problème économique. Dette-misère-drogue sont étroitement liées dans l'hémisphère sud, alors que la maffia des parrains obtient une marge bénéficiaire de l'ordre de 10000 % entre les champs de coca péruviens ou boliviens et les artères de New-York. Pour échapper à ce cercle vicieux, il serait indispensable d'adopter des mesures globales. C'est ce qu'ont recommandé des experts du continent, à l'issue d'une conférence internationale sur la drogue, organisée à Lima par la commission andine de juristes. Cela apparait possible aujourd'hui, puisque le Nord et le Sud reconnaissent leur coresponsabilité.

L'économiste péruvien Hernan Garrido-Lecca, directeur, en 1987, du Conseil national de la dette extérieure, vient de proposer, en haut lieu, à Lima et à Washington, une formule originale pour convertir une partie des créances en investissements, afin de financer la lutte antidrogue dans les pays producteurs, en passant par le biais des donations.

Le mécanisme proposé est le suivant : il s'agit de créer un fonds de lutte antidrogue, qui destine des ressources au financement de la substitution des cultures de coca, au développement de l'infrastructure et des services, à la protection de l'équilibre écologique et à la prévention de la consommation de drogue dans les pays producteurs.

Il s'agirait alors d'établir un circuit entre les créanciers de la banque commerciale américaine, des institutions non lucratives (non profit organizations) reconnues par le fonds de lutte antidrogue, la banque centrale du pays récepteur et les organismes sectoriels responsables de l'exécution de ces programmes antidrogue. La banque commerciale américaine bénéficierait ainsi des exonérations récemment octroyées par le Trésor américain, et le pays producteur y trouverait aussi profit, puisqu'il pourrait soit racheter ses créances au cours du marché secondaire (4 % pour le Pérou), soit aux 100 % de leur valeur nominale mais en les payant sous forme de bons en monnaie locale. Dans ce cas, le programme du fonds serait financé par les intérêts.

Cette opération ne résoudrait pas de façon globale le problème dette-drogue, mais elle serait une contribution.

Cette proposition devrait d'ailleurs intéresser l'Europe, et spécialement les Verts. En effet, la culture de la coca a largement contribué à la destruction de l'environnement. Elle est responsable du déboisement de près de 20000 hectares d'arbres tropicaux chaque année. Et l'érosion des sols est d'autant plus rapide que les arbustes de la coca sont plantés sur les flancs des collines. Vue d'avion, l'ex-riche vallée tropicale du haut Huallaga est parsemée de cimetières d'arbres calcinés, de coteaux pelés, de terres ravinées.

Le problème ne peut que s'aggraver car les colonos sont de plus en plus enclins à transformer la coca en sulfate de cocaine, ou PBC, pour multiplier trois ou quatre fois leur gain. Pour ce faire, ils utilisent des quantités industrielles de kérosène, d'acide sulfurique, de chaux vive, d'acétone, de carbure et de papier hygiénique. Ce sont donc des centaines de millions de litres d'acide, des tonnes de résidus, qui empoisonnent les cours d'eau, les fleuves et leurs berges.

L'argument de l'érosion des sols, de la pollution, avait d'ailleurs été utilisé par Washington, l'année dernière, pour éradiquer, par la force, la coca, en aspergeant sur les plantations l'herbicide Thebutiuron, connu sous le nom de spike. Experts, écologistes, avaient alors averti que le désastre provoqué aurait des conséquences aussi funestes sur la faune et la flore que le napalm. D'où l'idée de troquer une partie de la dette en projets de financement pour la conservation de la nature. Pour en discuter, des experts européens ont été invités à la réunion tripartite - Pérou, Bolivie, Colombie - qui se tiendra à Lima, fin septembre.

Le chef-d'Óuvre de Somerset Maugham, c'est certainement son journal, publié en Angleterre en 1949.

Dans un célèbre essai, Francis Bacon disait qu' " il faut goûter certains livres, en avaler d'autres, et, dans quelques rares cas, les mastiquer pour mieux les digérer ". Des livres qui savent infuser lentement leurs saveurs en vous, voilà une définition des " classiques ". Mais, devant une Óuvre volumineuse, quelle attitude adopter ? Peut-être celle de l'écrivain anglais Somerset Maugham, qui, au soir de sa vie, décida de juger sévèrement son propre travail pour la postérité. Assis sur une malle, qui avait fait la fortune de West End et de Hollywood, et où l'on trouve pêle-mêle une vingtaine de romans, cent vingt nouvelles et vingt-cinq pièces de théâtre, au milieu d'une liasse d'essais et de récits de voyages, l'écrivain note, non sans désespoir, dans son Journal d'écrivain, publié en 1949, qu'il restera de lui " deux ou trois pièces et une dizaine de nouvelles ; c'est un bien maigre bagage pour entreprendre son voyage vers l'avenir, n'importe, c'est mieux que rien. Et si je m'abuse et que l'on m'oublie après ma mort, je n'en saurai rien ".

Maugham (que l'on prononce Môm) voyait presque juste. Son théâtre comique, qui, un moment, fut plus joué à Londres que celui de Shaw, est d'une légèreté injouable. Les romans qui le rendirent célèbre, comme Liza de Lambeth ou Servitude humaine, sont d'une facture trop conventionnelle pour qu'on les prenne aujourd'hui au sérieux. Alors, il reste, en effet, dans un tiroir oublié de cet énorme bureau, de superbes nouvelles comme Honolulu ou bien le Lac (The Pool) qui sont autant de clins d'Óil à Kipling ou à Stevenson et qu'on dirait écrites par un Chandler allumé par l'alcool des iles du Sud. La force de Somerset Maugham repose essentiellement sur un art de la narration quasi infaillible et sur le pouvoir d'observation du réalisme. C'est un conteur professionnel qui ne cherche pas à intimider son lecteur. Pas un inventeur.

Et voilà pourquoi son Journal d'écrivain, comme le Journal de Jules Renard auquel il est fait référence dans sa préface, est l'incontestable chef-d'Óuvre de Somerset Maugham.

Oublions un instant le titre de best-seller de l'édition française : Et mon fantôme en rit encore. Certes, l'on rit lorsqu'on feuillette ce livre, et parfois à se fendre les côtes, mais souvent aussi on est amené à goûter silencieusement la solitude d'un artiste aux prises avec les problèmes de la philosophie.

Maugham était un grand connaisseur de la littérature française. Né en 1874 à Paris, dans une famille cosmopolite qui le laisse orphelin à l'âge de dix ans, Somerset Maugham ne découvre en Angleterre que la sévérité d'une éducation victorienne auprès d'un oncle austère et dans des public schools où l'on se moque à la fois de son accent et de son bégaiement. Maugham a lu tous les grands maitres français et déclare dans son Journal que " c'est la France qui lui a appris à écrire ". Il aime Maupassant, auquel on l'a un peu vite assimilé, et aussi Stendhal, Flaubert, Montaigne, Voltaire. Mais son ironie mordante est tout anglaise, et digne, dans les meilleures pages de son Journal, du brio de William Hazlitt ou de l'humour de Samuel Johnson.

Lue à voix haute, la description que Maugham brosse de la vie littéraire française est un véritable seau de peinture jeté sur nos Puvis de Chavannes officiels. Il n'ignore rien des guerres de religion de ce milieu, où " l'on n'est jamais tout à fait sûr qu'on ne recevra pas dans le dos un coup de poignard planté par un ami ", et il propose une explication : " Les Français prennent la littérature beaucoup plus au sérieux que nous ; un livre revêt pour eux une importance qui ne nous effleurera jamais. "

Un malheur ne venant jamais seul, Maugham achève son tableau au rouge à lèvres : " L'écriture étant chez eux un métier honorable (ce qui n'a jamais été le cas en Angleterre), les Français s'y adonnent sans avoir pour autant de réel talent créatif ; leur vive intelligence, leur solide instruction et la culture séculaire dont ils sont pétris leur permet de produire des Óuvres de qualité, mais qui sont le fruit de la ténacité, de l'application et d'un savoir utilisé avec intelligence plutôt que d'un élan créateur. "

Le Journal de Maugham brille de reflets caustiques, mais aussi de petites maximes morales. Son expérience de médecin-accoucheur dans les hôpitaux de Londres, puis d'ambulancier dans les décombres de la guerre 14-18 lui fait dire : " Je n'ai jamais trouvé que la souffrance améliorât le caractère. " Séparé de son épouse en 1928, avant de s'installer à Saint-Jean-Cap-Ferrat, où il mourra en 1965, Maugham ne fait pas mystère de ses défauts : un brin misogyne, comme beaucoup d'homosexuels honteux de sa génération, il errait déjà dans Capri en 1896 à la recherche du " sens de la vie " et sans doute de quelques gigolos : " Je me trompais sur la prostitution mais non sur la chasteté ", écrit-il, en soulignant cette jolie antiphrase gidienne dont seul un Anglais est capable.

Ce qui intéresse dans une vie d'écrivain anglais, c'est sa diversité. Maugham, grâce à son incroyable célébrité, eut très tôt les moyens de sa frénésie touristique. Outre l'attrait de l'exotisme qui le mène à Java en 1922 ou bien à Ceylan, en Grèce, puis en Inde ou bien à Cayenne, il y a aussi des motivations littéraires. Maugham est un contrebandier réaliste qui a besoin de repérages précis pour donner de la vraisemblance à son croquis. Maugham est un pirate qui se fie plus à ses voyages qu'à son imagination pour trouver la matière de son art. Voilà la raison pour laquelle on attribue aujourd'hui en Angleterre le Somerset Maugham Award à de jeunes écrivains pourvus de toutes ses qualités. Naipaul ou Kazuo Ishiguro ont été récompensés en partie pour cela au début de leur carrière.

Chez Maugham, cependant, le voyage est une entreprise délibérée d'aliénation. Ainsi, après l'expérience des ambulances au bord des tranchées de la Grande Guerre, Maugham trouve le temps de découvrir Tahiti et le "ballet de vieilles filles" des cocotiers avant d'acheter pour 200 francs à un indigène de Moorea une porte peinte par Gauguin. En 1917, il est en Russie et doit observer pour le compte de l'Intelligence Service les mouvements révolutionnaires. Mais tout le monde parait être en Russie en 1917. En fait, il en profite pour lire les romanciers russes avec une demi-loupe anglaise. Vraiment, ils n'ont pas assez d'humour, ces Russes. Quand un Russe se met à rire, explique Maugham, c'est pour se moquer des autres, mais jamais pour rire avec eux : "L'humour de Dostoievski est celui d'un pilier de bar qui attache une casserole à la queue d'un chien. " Jugement pré-nabokovien.

En dehors des facéties et du vernis coruscant de ce livre, où l'ironie sur soi pousse l'auteur à écrire que vouloir revivre sa vie passée serait "aussi futile que de relire un roman policier dont on connait la fin", Maugham offre des échantillons d'écriture, des réflexions, des répétitions et des notations qui mettent à nu la signification d'un travail d'écrivain. Beaucoup de romanciers trouvent nuisible ou suspect de tenir un journal. Mais si Somerset Maugham n'avait pas tenu le sien, il ne resterait en effet de son Óuvre qu'une petite dizaine de nouvelles.

Depuis les Rives de l'Irrawaddy, Henri Coulonges aime placer ses personnages dans les régions troubles de l'histoire. Dans cette Lettre à Kirilenko, Maurice Pennetier, qui épouse la cause bolchevique, arrive en janvier 1920 à Petrograd. Il est chargé de veiller sur les intérêts français mis sous séquestre. Convaincu de l'ampleur de l'expérience révolutionnaire, il n'entend pas être un simple rouage de la bureaucratie naissante et veut se montrer " positif ". Nommé traducteur auprès des Editions de la Troisième Internationale, il propose de former un groupe communiste français.

Mais Henri Coulonges ne laisse pas longtemps son personnage à son apostolat enfiévré et à son exaltation idéologique. Maurice Pennetier éprouve un trouble triste en traversant une ville ruinée qui, avec ses " façades blêmes " et ses boutiques dévastées, se ramène à un " immense décor vide sur lequel planeront bientôt les oiseaux de mer ". Le spectacle de hordes d'affamés près de s'écrouler dans la neige déstabilise Maurice : il ne retrouve plus ses sensations et ses repères et connait un état flottant où s'évanouit son euphorie militante. Il cède à l'indulgence - cette vertu considérée comme un " danger public " par les hommes du pouvoir : il prend en pitié les vieillards qui se tiennent reclus dans l'Asile de France, piégés par " une révolution qui n'est pas la leur et leur a néanmoins tout pris ". Son idéalisme le pousse à défendre plutôt qu'à punir : il protège Elena Alexandrovna, une cantatrice de l'ex-théâtre Marienski. Incarnant à ses yeux la grâce brisée de la Russie éternelle, elle éveille en lui des bouffées de nostalgie pour une beauté et un art de vivre que la misère et le déferlement de la peur achèvent de détruire.

Le romancier cerne avec justesse le moment où l'effritement intérieur de Maurice, sous les vagues de la douceur, de l'amour, du désir de clémence, s'accompagne d'un doute politique. Maurice Pennetier prend conscience de la débauche de cruauté qu'entrainent les excès de la révolution. Il est bouleversé en apprenant que la Tchéka, prenant de vitesse un décret de grâce accordé par Lénine à des centaines de détenus, se hâte de les fusiller avant l'aube. Surtout, il trouve suspecte la disparition, en mer de Barents, de deux syndicalistes français dont le seul tort a été de proclamer leur déception devant le reniement général des idéaux et la dictature du mensonge.

Maurice doit s'avouer à lui-même qu'il's'est trompé de sacré et que la réalité ensanglantée prouve sans cesse le contraire de " ce qu'on lui avait raconté ". Henri Coulonges analyse avec subtilité la métamorphose d'un homme qui, en quelques mois, passe de la foi à la dérision, de l'enthousiasme à l'ironie, de la confiance à la mise en accusation.

Le roman prend une dimension plus âpre et tragique quand Maurice - pour éclaircir les menaces qui pèsent sur Elena - est directement confronté à la Tchéka, qui lui parait agir à la manière de la Mafia sicilienne. Il défie Kirilenko, le chef de la Tchéka, qui, " âme damnée " de Zinoviev, " cherche à trouver en chacun la fissure ou la zone d'ombre susceptible de le transformer en ennemi de la révolution, et donc en cible pour lui et ses sbires ". Dans l'enquête désespérée, le combat affolé qu'il mène pour tenter d'entrevoir une vérité emprisonnée dans les rapports de police et les lettres secrètes, Maurice Pennetier se bat avec l'ardeur de ses dernières croyances auxquelles il finit par sacrifier sa vie. Henri Coulonges a su, dans ce roman ardent et sombre, empreint d'une violence désenchantée, nous rendre proche le destin d'un homme, victime de sa fidélité à des idées qui " naissent douces, et vieillissent féroces ".

Sur la couverture du livre, on voit la photo d'un jeune homme très perplexe. Dans son air étonné, on discerne de la crainte et de l'admiration. Il dévisage l'existence avec une convoitise discrète et une inquiétude apparente... La vie est pleine de choses redoutables : c'est le titre sous lequel Claire Paulhan a réuni les textes autobiographiques de son grand-père, Jean Paulhan. C'est aussi la première phrase de ce journal intime qui débute le 7 juin 1904 et s'achève à une date imprécise, au cours des années 60, l'éditeur ayant ajouté, en guise de conclusion, ces propos tirés d'un entretien de Jean Paulhan avec Robert Mallet : " La vie en général est joyeuse (...). Ce qui nous rend injustes à son égard, c'est que la joie ne fait pas souvenir. Elle est trop mêlée à tout le reste, elle est trop naturelle, elle est insaisissable. Au lieu que l'inquiétude, elle, demeure. "

Jean Paulhan a tenu des carnets par intermittence, à des époques, peut-être, où " rien n'arrivait à le distraire de soi ", comme le dit Claire Paulhan. Evoquant la perspective d'un après-midi solitaire, il noterait lui-même en janvier 1907 : " Je m'intimide. " Il éprouvait à son propre égard une suspicion fort légitime, car il avouerait, en 1926, avoir failli devenir fou... Outre ces carnets, Claire Paulhan a replacé dans l'ordre chronologique des fragments intimes, également inédits, et quelques textes de caractère autobiographique, déjà publiés.

En juin 1904, les Français se demandaient si la Belle Epoque méritait sa réputation, la France allait rompre avec le Vatican, Tchekhov se trouvait à la veille de mourir et Jean Paulhan avait vingt ans. Il semblerait que, à cet âge, la chose la plus redoutable soit de séduire une jeune fille. Mais il est encore plus délicat de la consoler quand elle vient d'échouer à son examen. Comment s'y prendre? Quelle contenance adopter? Vous avez " le devoir d'être triste " et de ne pas laisser paraitre qu'une de vos chaussures vous fait souffrir. Encore faut-il ne pas se donner l'air trop funèbre. Sans quoi, c'est la jeune fille qui se croira obligée de vous réconforter. Ensuite, de quelle manière allez-vous la quitter, une fois que vous l'aurez reconduite à sa porte? " Il serait indécent d'agiter mon mouchoir ", écrivait Jean Paulhan. Ce jour-là, tandis qu'il s'éloignait dans la rue, il aurait aimé " être enveloppé de brouillard "... C'est un véritable morceau de bravoure, à tous les sens du terme. Les " petits faits vrais " sont merveilleusement suggérés.

A cette époque, Jean Paulhan habitait rue Saint-Jacques, à Paris, dans la pension de famille que dirigeait sa mère. Il nommait cet endroit la " ménagerie ", car on y rencontrait des gens très divers. Il fréquentait lui-même des demoiselles juives russes qui vantaient les vertus de l'anarchie. Il appréciait le charme slave des Olga, des Ida et des Anna. Les voix et les visages des exilées sont propices à la rêverie. Avec les jeunes filles, Jean Paulhan connaissait des fortunes variables. Après avoir consolé Mlle Gorowitz, il cherchait naturellement à la conquérir. Hélas! il " songeait " seulement à l'aimer lorsqu'il se trouvait loin d'elle. Et puis " elle parlait trop ", ce qui était assez fâcheux, car " une parole arrête quelque chose toujours ". Le 13 juillet 1922, Jean Paulhan écrirait : " Nous ne parlons presque jamais de ce dont nous paraissons parler... "

Cependant, le jeune homme n'était pas chagriné outre mesure par les déconvenues sentimentales qu'il subissait parfois. Le malheur, disait-il, est " fixé par des règles sociales ", mais " j'ignorais à cette époque les raisons profondes des sociétés, et je ne souffris pas ". Le 25 mars 1905, il noterait cette maxime, inspirée de La Rochefoucauld : " L'esprit est souvent la dupe du cÓur, mais le cÓur est aussi souvent la dupe de l'esprit. Alors, il n'y a pas à s'inquiéter. Ils sont quittes. "

Autre exemple de cet humour aussi délicieux que discret : le portrait d'un " jeune homme bien élevé qui (visitant une exposition) ne s'arrête que devant les tableaux convenables ", sans s'apercevoir que " son haut-de-forme (reflète) des femmes nues ". Jean Paulhan préfigurait, en quelque sorte, les fantasmes de Paul Delvaux.

Tout au long du livre, cet humour se conjugue avec un appétit énorme de l'existence. Nous avons la révélation que Jean Paulhan n'était pas seulement un grammairien de charme, un souverain de la rhétorique, mais que c'était d'abord un poète, je veux dire un homme qui ressentait la vie tout entière. Il en avait à la fois le pressentiment et la convoitise. Il l'aimait assez pour se désoler en imaginant le triste sort d'un réverbère et pour reprocher à Freud d'avoir dévalisé nos rêves de parapluie et de femme rousse.

Jean Paulhan savait évoquer une " gare froide comme une nuit d'hiver ". Il pensait aussi que " la mer est quelque chose qu'on a à côté de soi tout le temps ". Et lorsqu'il parlait d'une sensation très ordinaire comme " le mal au ventre ", c'était " une plaine tourmentée " qu'il décrivait. C'est cela la vraie vie : cette multitude d'impressions modestes qui se présentent rarement en tenue de soirée, mais qu'il faut savoir éprouver sous tous leurs aspects. Jean Paulhan trouvait que c'était " très chic " de vivre. Cependant, il se gardait d'oublier les droits et les devoirs de l'ironie. Vers la fin de son existence, il notait que " rien ne ressemble à une méprise comme la réalité ". Et cela le conduisait à se poser une question fort embarrassante : " Qui s'est trompé ? " Depuis lors, il parait que Dieu souffre d'insomnie.

LE 4 novembre 1954, jour de la mort de Matisse, Jean Cocteau note dans son journal : " Les nécrophores me téléphonent de partout. Après ma mort, ils me téléphoneront pour que je fasse un article. Le mieux serait de le préparer d'avance : " Ça y est. Je suis mort. Je vous emmerde. Je ne peux rien dire de plus. Mais les moyens dont je dispose me permettent de vous emmerder encore longtemps. " Ces fameux moyens, épuisants et infinis, ceux de la plume, lui permettent en fait de nous hanter et de nous réjouir quelque vingt-six ans après sa mort, et, au train où va la publication de son journal inédit, le Passé défini - un tome en 1983 pour les années 1951 et 1952, un autre en 1985 pour 1953, celui-ci aujourd'hui pour la seule année 1954 - il est probable que nous serons en bière quand Cocteau continuera d'énumérer ses enthousiasmes et ses petites misères à pleins carnets. Gallimard nous fera suivre outre-tombe le service de presse, ainsi qu'une lampe de poche.

Ce journal, commencé à soixante et un ans et destiné à n'être publié qu'après sa mort, Cocteau le tient avec le soin de celui qui sera lu et la liberté que procure la certitude de n'avoir à répondre de rien. Il n'en abuse pas, au demeurant, ne se livre pas à beaucoup d'aveux, ni d'indiscrétions. Tout au plus, il écrit ce qu'il pense de certains de ses confrères, que la politesse l'a toujours retenu de leur dire bien en face. Que la poésie récente d'Aragon " ressemble aux pires dévergondages patriotiques, à des roses de curé, l'oblige à insister, à pousser un lyrisme médiocre, une fuite de gaz... ", par exemple. Ou, plus lapidaire : " Les Nourritures terrestres de Gide sont du Zarathoustra pour campings. "

MAIS il n'est pas volontiers méchant. Parce qu'il est généreux naturellement, parce qu'il aime beaucoup. La liste de ses détestations est courte (Napoléon, les journalistes, la critique), comparée au nombre de ses sympathies. 1954 est une mauvaise année, pourtant. Il fait froid, et l'on " découvre " avec l'abbé Pierre que les pauvres crèvent comme des chiens. Dien Bien Phu tombe, Mc Carthy règne de loin sur le Festival de Cannes, dont Cocteau est le président du jury. En juin, un infarctus le terrasse, dont il se remet lentement, malade aussi de ses remèdes chimiques. Néanmoins, à côté des chagrins, la mort de Colette entre autres (" Elle a quitté son corps comme une chatte. Et c'est comme une chatte qu'elle me rendra visite, sans ouvrir les portes "), la curiosité gaie de Cocteau se manifeste constamment. Il relit la marquise de Sévigné, un de ses amours durables, et s'étonne qu'elle ne fasse aucune part au rêve dans ses lettres, comme si l'intérêt pour le sommeil était une invention récente : pour la marquise, " le rêve devait être une crasse comme les autres, dont on ne se souciait pas. On en devait sortir comme d'un carrosse embourbé et se remettre en marche aussitôt ". Chez Hugo, il relève les " véritables sommets de l'idiotie de cet écrivain génial " et en produit quelques exemples savoureux. Il se délecte avec Chateaubriand (" Quel style peu déclamatoire, contre toute attente, quelle vive trompe envoyée au fond de la fleur "), aussi bien qu'avec Fantômas, qu'il rapproche de Raymond Roussel (" Fantômas ne pense à rien ").

COMME dans les tomes précédents, il se plaint d'être à la fois célèbre et inconnu. On le prend pour un autre, pour son écume, son double, tout en paillettes et mondanités, on ne connait pas sa peine, son travail, son talent. (On consultera sur ce point, et d'autres, l'excellent travail de Jean Touzot qui prépare l'édition de Cocteau dans " La Pléiade "). Il vient de publier Clair-Obscur. " Seul. Quand on cite les poètes modernes, on ne me cite jamais. Ils s'imaginent me mépriser. Ils me craignent. "

Le débat, la brouille qui nait entre lui et Claude Roy à propos de la préface écrite par ce dernier pour ses Óuvres complètes, à lui Cocteau, est caractéristique de cette fierté qui ne sait trop quelle contenance adopter entre l'orgueil légitime et la vanité furibonde. La préface de Roy est plus que chaleureuse, certes, mais pas éperdument admirative, elle n'est pas du fin mortier dont on scelle les monuments. Et, bien qu'il ne le dise pas tout à fait, c'est évidemment cela que Cocteau attendait, un mausolée et qu'on lui donne du " génie ". Quand Roy écrit que Cocteau a " fait de la gaieté un gentil héroisme ", Cocteau barre " gentil " et note en marge : " Pourquoi diminuer toujours par des épithètes. C'est mal. " La préface, écartée à l'époque, resurgit ici en annexe, comme un remords, dans le même volume où l'auteur envisage d'ouvrir un " institut de beauté pour les âmes ", afin que le client y soigne sa ligne interne. De tous ces événements graves ou frivoles de 1954, ce qui curieusement parait bien plus loin de nous que le sommeil de Mme de Sévigné et les fers à friser du coiffeur Alexandre, ce sont les soucoupes volantes dont Cocteau parle avec une ferveur de converti. Il témoigne de sa foi dans les Martiens, préface un ouvrage d'André Michel, c'est tout juste s'il n'en a pas vu. Mais " les croyances se fondent sur l'invisibilité. Cesse d'être cru ce qui trop se montre. Même la sainte Vierge est prudente ".

Dans la campagne, il disserte volontiers sur les pylônes, les éoliennes (" abeilles mécaniques qui butinent le vent "), les grues (" mantes laiques butinant pierre, métal ou verre "), les châteaux d'eau, les viaducs (" leur écharpe gracile et leur arche d'acier "). Il regrette le temps où moissonneuses et batteuses étaient séparées, annonce le retour des dirigeables. En avion, il s'étonne de la matière des nuages. Ce que l'on apprend de la comète de Halley - un peu de neige sale - le déçoit. Comme la surface de la Lune, si morte, si semblable aux grands fonds marins où la lumière ne parvient pas. Il s'enflamme pour ce que le scanner lui dévoile (" Je suis sur la face interne de la trompe de Fallope d'une femme adulte, je ne suis pas plus gros qu'un spermatozoide, et que voit un spermatozoide quand il pénètre dans la région précise où je me trouve ? "). Avec une naiveté insouciante, l'auteur oscille entre Candide et Mr Perrichon analysant la mer de Glace.

MAIS l'ingénuité de Lacarrière réserve nombre de très heureuses surprises. Du côté de chez Barthes, on saluera un hommage à la bande dessinée, un parallèle audacieux entre Mandrake le magicien et le Platon de la caverne, ainsi qu'un rapprochement inédit entre les supermarchés et l'existentialisme (" Le primat de l'existence et du produit y domine dans les deux cas "). Du côté de chez Perec, c'est toute la nostalgie des noms magiques dont on se souvient, le bleu des Bugatti, le jaune de Shell, le rouge d'Antar, le vert de Castrol, le blanc de Mobiloil, les marques des belles américaines, Buick, Cadillac, Studebaker, les stations de radio, Hilversum, Droitwich. Sans oublier un éloge superbe du plastique et de ses vertus d'imitation. " Plastique : matière presque inusable pour défier les effets du temps et faire de l'éphémère un simili de l'éternel. " C'est étrangement ce que l'on pourrait dire, à peu près, de la littérature.

- Un fonds Jean-Cocteau vient d'être créé à l'université Paul-Valéry de Montpellier. Il résulte d'une donation effectuée par Bernard Dermit, légataire universel du poète, dans le but de constituer le noyau d'un centre d'études et de documentation sur Jean Cocteau. La bibliothèque universitaire (section lettres) de l'université Paul-Valéry assure la conservation et la protection du fonds, qui a fait l'objet d'un premier catalogue, disponible sur simple demande, accompagné des frais d'envoi. Le Centre d'études littéraires françaises du vingtième siècle s'emploiera à développer ce fonds et à le faire rayonner par des publications et par l'organisation de séminaires et de journées d'études au rythme annuel. Pour tous renseignements, s'adresser à Mr Pierre Caizergues, directeur du CELF du vingtième siècle, UPV, BP 5043, 34032 Montpellier Cedex.

Alain Bonnand cultive l'insolence précise et la désinvolture furtive. Pour le seul plaisir.

De son propre aveu, Alain Bonnand cultive ce qu'il a de meilleur : "une formidable, réjouissante et suicidaire disposition à se ficher du monde". Son dernier roman n'est rien d'autre, selon lui, qu'une "petite claque contemporaine", cynique et désinvolte, soigneusement dosée pour choquer le bourgeois tout en le tenant en haleine. Le lecteur est prévenu : "Je vais me fatiguer à écrire un roman. Cent vingt pages menues qui ressemblent assez à un roman pour que je puisse me payer la tête du lecteur occasionnel et offrir un chalet de montagne à mes trente ans."

Il faut du talent pour se bien moquer du monde. Alain Bonnand cultive son art dans le raccourci et la précision. Ses phrases, furtives et enlevées, composent une suite de petits tableaux rapides, qui ont un charme de fin de siècle et où triomphent l'insolence allègre et la grivoiserie jubilatoire.

Maitre d'internat dans un collège de province, le héros de Bonnand est un mauvais garçon, un misogyne cynique ne s'intéressant qu'à lui-même, amateur de "seins hauts" ou de "jambe chasseresse" mais fuyant les "complications du sentiment". Il met son point d'honneur à "croquer les femmes au goûter, les prendre en sandwich à n'importe quel moment de la journée ou les dévorer en robe du soir au cinquième repas"... Quelques élèves prosélytes partagent bientôt cette fringale, et un concours s'organise pour pimenter le tout. Aucune piste ne doit être négligée, et Bonnand se régale de la galerie de tableaux qu'il nous offre : l'intendante noire, "fondante et confondante, tenant du gâteau au chocolat et de l'amante douce", le "Rubens 1983 (...), nourri de crème fraiche et de biscuits anglais" ou la libraire de la ville à l'"esprit rassurant des femmes que rien ne force à montrer qu'elles en ont".

Hélas! une Paraguayenne aperçue au hasard lui tourne la tête et hante son souvenir. Don Juan-Narcisse serait-il condamné à l'amour? "Un simple arôme de café, et le visage de l'absente jaillissait dans la poussière des grains. J'avais aussitôt (...) de grandes crises d'arabica mental; je souffrais la torréfaction."

Voilà. Alain Bonnand a "fait un roman à la littérature". S'en souviendra-t-elle? L'insolence et la désinvolture qui tiennent maintenant parfois lieu d'esprit suffiront-elles à donner aux lecteurs et aux membres des jurys littéraires - on ne se cache pas de les prendre pour cible - le sentiment d'avoir affaire à un véritable romancier? Reconnaissons cependant qu'on lit ce petit livre sans ennui et même souvent en s'amusant.

Sorti des cercles de l'enfer de Dante, le premier roman de Christophe Deshoulières fait figure de monstre. Ce pavé de 800 pages semble détenir la formule d'une synthèse alchimique, ou d'une mythologie du vingtième siècle.

Dans le labyrinthe infernal, plein de débris, de l'intelligentsia moderne, Mme Faust s'obstine sur les chemins authentiques du savoir et indique aux faux penseurs que le chemin qu'ils prennent n'est pas le bon pour percer les secrets du diable. Karole Khan, dont le nom à la fois mongol, juif et kafkaien brouille déjà les pistes, est cette énigmatique héroine qui joue à provoquer l'ignorance et la médiocrité. L'orgueilleux programme informatique qu'elle met au point - le projet " Faust " - est un diabolique accès à la modernité et lui ouvre les portes du pouvoir. Mme Faust, à la croisée des hommes et des idées, ne lâche pas les rênes.

La modernité, elle, n'en mène pas large dans ce pamphlet romanesque qui accuse les traits sans génie de la civilisation et de ceux qui la détiennent. La modernité, grisée par la mode, oublie dangereusement que ses piliers sont anciens. D'où un appel à la sagesse paienne antique et à l'Histoire en général, du moins à l'acte de recherche qu'elles engendrent, à cette part mythique de la pensée provisoirement enfouie ou disparue. Seule une descente infernale dans les bas-fonds de la Très Grande Bibliothèque révélera la cité souterraine, vision ultime et tragique des fondations de la sagesse perdue.

Pulvérisation voltairienne de la bonne conscience et de la mauvaise foi, va-et-vient incessant entre les mythes, l'Histoire, la littérature et l'actualité, cette épopée corrosive provoque une déflagration des discours. Entassement absurde ou dérive bien raisonnée ? Si une telle masse est nécessaire à l'expression de la totalité du monde, si rien n'est laissé au hasard dans cette architecture sans faille, le livre a le défaut de sa grandeur et l'exhaustivité tend vers le trop-plein. Madame Faust n'en reste pas moins une Óuvre impressionnante. Sous couvert d'histoires d'amour et d'espionnage, c'est une somme des valeurs et des contre-valeurs de la société contemporaine, une archéologie du savoir et de la pensée, où la parole toujours proliférante ne conduit à rien qu'au constat du néant. Le diable y est certainement pour quelque chose.

Une jeune fille de treize ans qui déteste sa famille, hait ses camarades de classe et torture les mouches en leur arrachant les ailes ne peut pas être tout à fait mauvaise. Antoinette Pichot a donc raison de se comparer à un ange. Un ange miséricordieux qui, pour se désennuyer, commettrait volontiers un meurtre. Cette jeune fille modèle ressemble quelque peu au personnage qu'interprétait Alec Guinness dans Noblesse oblige. Mais, à la différence de l'aristocrate désargenté, elle n'est pas guidée par l'intérêt, mais par un sens tout particulier de l'esthétique.

Que faire, d'ailleurs, lorsque l'on est affublé d'un père geignard, d'une mère mythomane, d'une grand-mère sorcière et d'un petit frère à la pilosité précoce qui avale des billes ? Attendre que la nature fasse son Óuvre et, si possible, l'aider quelque peu !

Une fois la grand-mère enterrée, Antoinette prend soin de son père. Le brave homme finit par se planter une fourchette en aluminium dans la gorge : " Il est mort au bout de longues heures d'agonie. Ma mère n'a pas appelé les pompiers. C'est moi qui ai nettoyé le tapis. " On comprend qu'elle en ait conçu quelque amertume !

Quel premier roman surprenant que La petite fille qui tuait les mouches ! Christiane Dupuy y fait montre d'un humour très anglo-saxon. Elle énonce les pires horreurs avec un détachement d'une rare élégance. Son héroine n'est d'ailleurs pas parfaite puisqu'elle a une amie. Une certaine Pauline, qui, outre son obésité, est d'une intelligence discrète.

Antoinette trouve ses camarades vulgaires lorsque celles-ci relatent leurs premiers émois amoureux. Néanmoins, afin d'éprouver sa séduction, elle donne rendez-vous à un garçon boucher dans un parc. L'indélicat la tripote comme une entrecôte. Antoinette, nullement attendrie, lui passe alors un fil de nylon autour du cou et serre délicatement comme elle l'aurait fait avec un oiseau : " Son corps s'est agité dans tous les sens. De drôles de bruits s'échappaient de sa bouche. Des bruits sales. Honteux. Et tout s'est arrêté. "

" Jojo est mort. Enfin ! Je suis bien contente ", s'exclame la chère enfant lorsque son frère décède après avoir avalé quelques billes de trop. Sa mère, devenue folle, n'est plus une gêne. Tout juste un meuble pas plus difficile à déplacer qu'un autre. Antoinette devrait être heureuse puisque ses vÓux semblent réalisés. Et pourtant, elle ne l'est pas. L'incrédulité de ses camarades de classe lui gâche son bonheur. Bien sûr, elle ment de temps en temps, mais " c'est juste pour tout arranger ".

Les affabulations d'Antoinette ne nous la rendent pas moins sympathique. Il n'y a que les intentions qui comptent ! Et puis, une chose est certaine : elle tue les mouches après les avoir torturées. Tous les espoirs lui sont donc permis, ainsi qu'à Christiane Dupuy.

Ligotées par les liens de famille, étrangères à leur propre destin, à leur propre maison, les créatures de Clarice Lispector apparaissent comme des femmes captives du même univers de désespérance secrète et silencieuse. A l'instar d'Ana, qui a " si bien pacifié sa vie et pris tellement soin qu'elle n'explose pas ", toutes font " obscurément partie des racines noires et douces du monde ". Mais la croûte des jours ordinaires qui leur sert de carapace peut se fissurer à tout moment : un rien suffit, qu'il s'agisse de la rencontre d'un aveugle mastiquant du chewing-gum ou du " petit assassinat " de la fourmi dans une cuisine. La vie qu'elles alimentent, qu'elles ont voulue et choisie, leur donne alors " la chair de poule, comme un coup de froid ". Aucun blâme à cela, mais non plus de recours ou de secours.

Ces femmes, qui n'ignorent ni " la profondeur de ce sommeil et la profondeur de cette assurance de qui a un corps ", ni " cette petite méchanceté de qui a un corps ", sont pourtant dotées d'une extraordinaire lucidité. Elles savent que cette vie qu'elles ont semée, et dont elles assurent l'harmonie jour après jour, est implacable. Elles savent " ce point vide et éveillé et horriblement merveilleux " qui ouvre en elles béances et vertiges et qu'il faut combattre à tout instant, car il constitue une menace latente. Aussi multiplient-elles les efforts pour se conformer à l'ordre social ou familial et ne pas s'écarter de la norme.

Cependant, sitôt qu'elles se retrouvent seules et vacantes, l'angoisse triomphe et les pensées saugrenues, incommunicables, reprennent leur sarabande.

Par bonheur et avec une immense miséricorde, Clarice Lispector sait observer l'aridité aussi bien que le dévergondage de ces cÓurs. Comme dans ses précédents recueils - la Belle et la Bête, Passion des corps (1) -, elle s'emploie à traverser les apparences au moyen d'un regard-sonde relayé avec talent par une écriture précise, parfois féroce, mais non exempte de tendresse.

L'Ivan du roman est-il Essenine ? Faut-il reconnaitre dans " les yeux les plus beaux qu'il eût jamais vus orner le visage d'un être humain, homme ou femme ", ceux du poète russe ? Sur Elise, aucun doute ne plane. De qui d'autre que d'Isadora attendrait-on cette question : " Me préférez-vous quand je suis grecque ou chrétienne ? " Et qui d'autre qu'elle susciterait cette réponse : " Vous n'êtes ni l'une ni l'autre entièrement. Ce que vous êtes, c'est un Dionysos femme . " ?

Bien que le roman ne soit pas entièrement consacré au portrait de cette personnalité à la fois extraordinairement comique et absolument troublante, il faut admettre que c'est son principal intérêt. Et, lorsque la description exaltée d'un solo d'Elise-Isadora se termine par ce jugement : " C'est là plus que le travail de Sarah Bernhardt, d'Eleanora Duse ou d'Yvette Guilbert. Tout cela est du niveau d'un Milton ou d'un Nietzsche ", on n'a qu'une envie, c'est de se précipiter sur l'autobiographie d'Isadora Duncan (Ma vie, Gallimard, 1987). On n'est pas déçu. Curieusement, on trouve dans ses Mémoires beaucoup plus de lucidité et d'humour que le personnage ne semblait en inspirer à ses admirateurs, Powys le premier.

Comme je l'entends n'est donc pas le simple miroir des souvenirs d'Isadora, mais un tel personnage est, on l'aura compris, envahissant. A vrai dire, il s'agit d'un roman sur la désillusion de l'amour. Beaucoup moins complexe, moins violent, moins onirique que les titres auxquels John Cowper Powys doit sa demi-gloire, cet inédit a les qualités de ses défauts : sa construction maladroite, son extrême lenteur, son rythme capricieux réservent des coups de théâtre spectaculaires dans l'ellipse ; ses analyses besogneuses, ses monologues intérieurs lourds et appuyés (en italique, pour couper la narration), souvent insupportables de sinuosité artificielle et gratuite, isolent soudain des merveilles d'intuition psychologique. " Colosse de Subtilité, de Pur Cerveau et de Valeurs Immaculées ", disait Powys de James. On aimerait lui retourner le compliment, mais subtilité est de trop.

Il y a par endroits des inventions narratives qui feraient presque oublier la gaucherie générale : " En ce jour de grands événements, un voyageur en aéroplane armé d'un télescope aurait été, de son poste d'observation battu par les vents, fort capable, en ce milieu d'après-midi, de découvrir trois groupes distincts d'êtres humains que des ondes de pensées reliaient sans pourtant qu'aucun d'eux ne sût ce que l'autre faisait (...) Ce qu'il n'aurait pas vu - à moins d'être Dieu lui-même, - c'étaient ces vagues magnétiques tremblantes et invisibles dont il est difficile de ne pas croire qu'en un beau va-et-vient elles passent, aussi rapides que la pensée même, entre les personnes qu'une crise imminente et dramatique unit ensemble. " N'est-ce pas pour savourer de telles phrases qu'on lit des romans ?

La solitude irrémédiable vers laquelle s'acheminent les différents personnages n'est pas l'effet d'un désaccord, mais le principe même du désenchantement de Powys. La vérité semble alors sortir de la bouche d'un personnage secondaire et caricatural : " Pourquoi faut-il que je tombe amoureuse ? Je sais bien ce que valent les hommes. Je sais aussi ce que valent les femmes. Les chocolats, c'est beaucoup mieux. "

En 1929, quand parut le CÓur pur, le troisième roman que publia Sylvia Townsend Warner (Laura Willowes et Une lubie de Mr Fortune (1) le précédèrent), aucun critique, nous dit-elle dans une préface plus tardive, ne s'aperçut de ce qu'elle avait " manigancé ". Selon toute apparence, il s'agissait d'une banale histoire d'amour située dans l'Angleterre victorienne, entre une adolescente de seize ans, orpheline au cÓur pur, à la fois naive et obstinée, et un jeune homme qui, pour être d'une grande beauté, n'avait pas tout l'usage de sa raison.

Or, à lire ce récit sans le rattacher aux références qui l'inspirèrent, on risque de perdre une bonne partie de son charme et de son humour. " Ce serait un bon exercice de prendre une chanson populaire ou un conte de fées et de les raconter à nouveau ", avait songé Sylvia Townsend Warner. Elinor Barley (une chanson populaire) ainsi que l'histoire de Cupidon et Psyché telle qu'on la trouve dans Apulée ont formé la trame du CÓur pur. Quelque peu modifiés, les personnages divins vont donc se trouver transposés dans la société puritaine de l'époque victorienne. Vénus est devenue femme de pasteur; belle et cruelle, elle dissimule Cupidon-Eric, le fils idiot qui lui est né, dans une ferme en bordure de mer, dans les marais. Perséphone, divinité du monde souterrain, règne sur l'Angleterre sous les traits de la reine Victoria (dont on a un portrait frappant de vérité). Déméter, déesse de la fertilité, est une truculente marchande de chaussons aux pommes, et Junon, la patronne du mariage, dirige une maison close : en effet, à cette époque, explique l'auteur, " il y avait un axiome d'après lequel seules les maisons de tolérance pouvaient préserver la vertu des femmes chastes ".

On le voit, comme dans Laura Willowes ou Une lubie de Mr Fortune, les institutions et les valeurs tenues pour sacrées par la société du dix-neuvième siècle font l'objet d'une satire aussi efficace que légère. Ainsi l'orpheline Sukey Bond, découvrant le bonheur d'être aimée, songe qu'à l'orphelinat on n'avait pas insisté sur l'amour : certes, " Dieu était mort pour les pécheurs qu'il aimait tant. Mais cela se passait il y avait fort longtemps, et maintenant, son amour tombait moins à l'aveuglette ". Maintenant, son amour se manifeste surtout sous la forme de châtiments, selon le précepte " Qui aime bien châtie bien ".

Suivent, énumérées par Sukey, ces souffrances dont, par goût de la mortification, le dix-neuvième siècle prétendait qu'elles élevaient l'âme. L'humour constant vient du décalage entre les modèles sublimes auxquels Sukey se réfère, puisque la Bible est son guide, et les aventures que lui attire sa naiveté dans la vie quotidienne.

Dans un contexte si austère, l'amour qu'elle ressent soudain, telle une révélation, lui ouvre l'accès à un autre monde, un monde d'innocence et de liberté, un monde paien (ce que démontrent au reste les références à l'Antiquité), semblable dans sa beauté intacte au paradis que découvraient Mr Fortune dans la lointaine ile de Fanua et Laura Willowes parmi les collines et les bois où, fuyant sa famille, elle s'était réfugiée.

C'est peut-être le grand attrait de ce livre que d'avoir su communiquer l'émerveillement de Sukey Bond devant la nature et devant l'amour ; ce que voit Sukey, ce que nous voyons par ses yeux, revêt un caractère de nouveauté totale. Sylvia Townsend Warner était aussi poète. Ce texte, bien servi par la traduction de Denise Getzler, en témoigne. La description de la ferme plongée dans un brouillard de mer le matin de l'arrivée de Sukey ou celle de l'extase de l'héroine assise près d'un petit fourré d'aubépines à l'odeur douceâtre comme celle d'un " philtre d'amour " sont parmi les grands moments d'un livre que domine un esprit de fantaisie.

Jouant sur l'homophonie de son nom et du mot guerre en anglais (war), Evelyn Waugh intitula son témoignage sur l'invasion fasciste en Ethiopie Waugh in Abyssinia. C'était en 1935. Chargé par le Daily Mail de couvrir des événements politiques menaçants, sans prévoir la forme qu'ils prendraient, le romancier, alors âgé de trente-deux ans, n'était pas un reporter professionnel. Certes depuis 1930, où il avait assisté au couronnement du négus, il avait voyagé à travers le monde et avait publié deux autres essais-reportages, Remote people (1931) et Ninety-two days (1934). A chacun de ses ouvrages correspondra une fiction. Et le séjour en Abyssinie inspirera l'un des romans les plus comiques de Waugh, Scoop (1).

C'est avec une certaine légèreté que le préfacier et éditeur du présent essai écrit : " C'est surtout pour le pur plaisir de la littérature qu'on lira Waugh en Abyssinie, texte de ce point de vue intemporel et gratuit. " Gratuit, c'est un peu vite dit. Et il faut une indulgence de principe démesurée à l'égard de l'auteur, certes talentueux, de Retour à Brideshead (2), pour tolérer les analyses qui concluent le livre : admirant l'esprit constructif qui anime les fascistes, Waugh y voit une colonisation d'un type nouveau. " Dans l'histoire récente, on ne saurait mieux la comparer qu'à la grande poussée vers l'Ouest des peuples américains, dépossédant les tribus indiennes pour établir dans un pays stérile de nouveaux pâturages et de nouvelles villes. "

Même Hergé dans Tintin au Congo n'aurait pas osé écrire une telle monstruosité... Sans parler des toutes dernières phrases du livre, comparant l'avancée fasciste à la conquête romaine " apportant les dons inestimables que sont le travail bien fait et un jugement sain, les deux qualités déterminantes de l'esprit humain "... La publication de l'essai aurait pu être assortie de quelques précautions et d'un minimum de données historiques.

La réputation d'écrivain sarcastique dont jouit Evelyn Waugh ne suffit pas à rendre le lecteur bienveillant. Si Scoop, version romancée de la même expérience, fait sourire, c'est surtout à cause des à-côtés farfelus du reportage et du tableau caricatural qui y est offert du monde journalistique, encore que la charge systématique, la lourdeur des plaisanteries et les invraisemblances excessives de l'intrigue finissent par lasser. Nous n'avons même plus ici ces alibis.

On doute de la perspicacité ethnologique de l'apprenti reporter sur les " autochtones " : " Leur lot était de tyranniser ou d'être tyrannisés. Ils n'avaient pas d'artisanat. Il était stupéfiant de trouver un peuple avec un mode de vie ancien et continu qui n'avait produit que si peu de choses. " On connait la chanson colonialiste sur les pays " sans culture ". Et cet argument va de pair avec cet autre, tout aussi classique : les progressistes détruisent la seule tradition qui en faisait la beauté.

Les malheurs et les monstruosités du vingtième siècle nous ont fait perdre la croyance dans les vertus intégrales du progrès et jeter un regard soupçonneux sur la science qui a permis ou légitimé bien des crimes. Nous savons par exemple que l'antisémitisme a connu un renforcement qualitatif avec les théories pseudo-scientifiques de la race et les philosophies inégalitaires du dix-neuvième siècle. Maurice Olender, avec sa triple compétence d'helléniste (ici peu mise à contribution), d'interprète des idées de Georges Dumézil sur la pensée indo-européenne, et de spécialiste militant de la dénonciation intellectuelle du racisme et de l'antisémitisme, ajoute à la liste des coupables plus ou moins inconscients une science inattendue : la linguistique et plus précisément la philologie comparée.

Dans cette archéologie de la philologie, il constate, en effet, la quasi-omniprésence chez les savants - au statut indiscutable pour l'époque dont il analyse les idées et les Óuvres - de croyances et de passions fondamentales dont certaines étonnent en ce siècle dont on pensait qu'il avait pris, dans le domaine scientifique, ses distances avec certains dogmes religieux. Presque tous ces savants font intervenir de façon décisive dans leurs théories sur le développement des sociétés et des systèmes culturels la Providence comme moteur décisif de cette évolution. Même un Cournot (utilisé ici seulement en référence brève), cherchant des lois du hasard, estime nécessaire l'intervention de l'" idée de Providence " afin d'établir, là ou règne la liberté, un " ordre moral ". Or, ce qui anime la Providence, c'est la volonté de faire triompher le meilleur. Son action se réalise à travers l'instauration d'une hiérarchie des systèmes de valeurs et des sociétés humaines qui les ont élaborés. Ainsi s'instaure un processus d'élection qui ne peut aboutir à la désignation de l'élu que par la dévalorisation de ses concurrents.

Or parmi les champs d'étude de la valeur des systèmes culturels, la langue apparait comme un terrain privilégié. Elle opère le lien entre le monde et la pensée, elle exprime l'être profond des sociétés et des groupes qui l'ont produite, elle constitue un système dont les qualités semblent pour des spécialistes, les philologues, relativement faciles à apprécier.

Ici apparait, après l'attrait de la Providence, une seconde idole, la fascination des origines. Quelle qu'ait été l'évolution des langues au cours de l'histoire, l'ancienneté confère à certaines une évidente supériorité. Comme pour la Providence, que les savants à la recherche des origines soient des croyants religieux ou non, ils gardent à cette qualité originelle la valeur que les religions lui avaient conférée.

Tout part donc d'une interrogation née au temps où la Bible était le grand livre scientifique de la culture judéo-chrétienne dont les savants du dix-neuvième siècle sont, quoiqu'ils en aient, les héritiers. " Quelle langue parlait-on au paradis ? " Cette langue était évidemment celle de la Parole pure, celle de Dieu, du monde et de la nature. Elle offre à la philologie un point de départ obligé.

Par-delà la théorie chrétienne des trois langues sacrées : l'hébreu, le grec et le latin - sacrées parce que langues des versions successivement autorisées de la Bible, - les chrétiens ont pu hésiter entre le syriaque et l'hébreu, mais l'hébreu est finalement apparu comme la plus probable des langues originelles en un temps où les enjeux idéologiques d'une philologie balbutiante étaient très limités.

Mais depuis le seizième siècle se développe " l'antique hypothèse d'un continent scythique aux origines de langues européennes " et Leibniz (1646-1716), un des fondateurs du comparatisme linguistique moderne, est partisan de cette théorie. A la fin du dix-huitième siècle, quand commence l'enquête de Maurice Olender, le problème s'est restreint à un affrontement essentiel, celui du " couple providentiel " : hébreu et sanscrit, Aryens et Sémites.

Les témoins convoqués par Maurice Olender sont pour les uns très connus, pour d'autres cantonnés dans le savoir des spécialistes malgré leur notoriété en leur temps et après. Ils ont pour ancêtre un des fondateurs de l'exégèse moderne, l'oratorien Richard Simon (1638-1712), dont Bossuet fit condamner l'Histoire critique du Vieux Testament (1678) parce qu'il montre les additions et changements intervenus dans le texte de l'Ancien Testament, et qui fut exclu de l'Oratoire.

Mais l'enquête démarre vraiment avec le célèbre Herder (1774-1803), un des maitres fondateurs du romantisme allemand. Fasciné par le primordial (Ur-), chantre du monothéisme, de la Providence et de l'unité du genre humain, ce pasteur laisse surtout son empreinte en liant la langue à la nation et en proclamant que le christianisme incarne " l'histoire du monde humain le plus important ".

Un chapitre central est consa- cré à Renan, qui veut faire " pour les langues sémitiques ce que Mr Boff - auteur allemand d'une Grammaire comparée des langues indo-européennes (1833-1849), traduite en français en 1866 - a fait pour les langues indo-européennes ". Sans être le moins du monde raciste, il s'efforce pourtant d'établir des " portraits de races " et, malgré son admiration pour le sublime hébraique, il parvient - au milieu de nombreuses contradictions - à écrire des phrases telles que " Au fond, Jésus n'a rien de juif " ou encore " Produit tout à fait juif à son origine, le christianisme est de la sorte arrivé à dépouiller, avec le temps, presque tout ce qu'il tenait de la race, si bien que la thèse de ceux qui le considèrent comme la religion aryenne par excellence est vraie à beaucoup d'égards " et finalement " Le judaisme n'a été que le sauvageon sur lequel la race aryenne a produit sa fleur ". Tel est ce que Goldziher appellera " l'élégance dogmatique " du fleuri et variable Ernest Renan. Avec Friedrich Max Müller (1823-1900), un Allemand qui s'installe à Oxford et écrit en anglais, c'est une nouvelle science " aux rigueurs inédites " qui est intronisée, la philologie comparée. Apologète chrétien et au fond théoricien, il fait servir la nouvelle science à prouver l'immense supériorité du christianisme sur toutes les autres religions, la philologie comparée permettant d'établir qu'avec lui est réalisée " la plénitude du temps ".

Le plus surprenant sans doute de ces étonnants savants est le lieutenant-colonel d'artillerie Adolphe Pictet, membre d'une des grandes familles calvinistes de Genève, qui dans son Essai de paléontologie linguistique : les origines indo-européennes ou les Aryas primitifs, paru la même année que l'Origine des espèces de Darwin, en 1859, " le plus lyrique des chantres d'un aryanisme des origines ", ne craint pas de découvrir chez les Aryens un " monothéisme primitif ". Ici encore, la Providence arrange tout.

Ce qui donne tout son sens au débat judaisme-aryanisme, c'est la présence d'un troisième protagoniste, le christianisme. Et presque aucun de ces savants ne met en doute que c'est lui le gagnant. Ils voient presque tous en lui la synthèse du judaisme et de l'aryanisme, la synthèse et même l'accomplissement.

Pour que le christianisme assume le rôle qui lui est dévolu, il faut, d'une part, nier tout avenir au " sublime " judaisme des origines, et presque tous ces savants font du judaisme un système bloqué, immobile, incapable d'évolution, voué à la vieillesse et au déclin. Sur le plan linguistique, ils voient une preuve de cette incapacité du judaisme dans l'absence de voyelles dans la langue hébraique. C'est l'objet d'un étonnant chapitre sur " Les voyelles de la Providence ". Pour que l'aryanisme, en revanche, puisse s'achever dans le christianisme, il faut qu'il ait accueilli la vérité sublime du judaisme, le monothéisme.

L'enfantement du christianisme par les noces du judaisme et de l'aryanisme, ou plutôt la fécondité du christianisme grâce à ses doubles épousailles avec les deux vierges judaisme et aryanisme, donne lieu chez Grau à d'étonnantes inversions successives de sexe, les Indo-Germains abandonnant en particulier leur masculinité originelle pour acquérir " une nature féminine " afin d'épouser le christianisme. Si Jésus n'a jamais été juif, il peut être aryen. Et, en définitive, ce qu'il y a de plus important, c'est l'aryanisme, car c'est lui qui apporte la mobilité, la conquête, le progrès, la civilisation, la jeunesse. Le judaisme n'est plus seulement un système inférieur, il devient un obstacle.

Telle est l'ahurissante histoire de la philologie comparée du dix-neuvième siècle intimement liée à l'histoire des religions. Maurice Olender la raconte en respectant toute la complexité et les contradictions dont je ne peux parler ici. Ce qui achève de rendre cauchemardesque cette étude, c'est que Maurice Olender ne cache pas que beaucoup de ces savants critiquaient toute notion " raciste " de la " race ", terme que beaucoup cependant affectionnaient, qu'ils s'efforçaient de couvrir le judaisme des fleurs d'une " sublimité poétique " tout en condamnant son archaisme stérilisant, et qu'ils faisaient l'éloge du pluralisme religieux, culturel et national avant de s'abandonner au vertige d'un christianisme seul capable par son aryanisation de réaliser la promesse originelle.

Face à ces " prophètes du passé ", seuls deux linguistes semblent n'avoir pas cédé à la fascination : le jeune Ferdinand de Saussure (1857-1913), qui posa à son maitre Pictet d'embarrassantes questions sur la réalité historique de ses " chers Aryas ", et le grand islamisant juif hongrois Ignaz Goldziher (1850-1921), qui démontre que les Sémites comme les Aryens ont une histoire, que la réalisation d'une religion " ne peut être attribuée à un motif unique " et qui ne sépare pas sa fidélité au judaisme de son estime pour les valeurs morales du judaisme mais aussi de l'islam.

Sans doute ces grands noms de la philologie comparée n'ont pas eu conscience des conclusions que certains tireront de leurs théories, et l'histoire de l'utilisation de la " science " du dix-neuvième siècle par les antisémites et les racistes est partiellement une autre histoire. Mais, comme le dit Jean-Pierre Vernant dans sa préface : " Dans les deux miroirs-mirages, accouplés et dissymétriques, où les savants européens du dix-neuvième siècle tentent... de discerner les traits de leur propre figure, comment pourrions-nous aujourd'hui ne pas voir, comme à l'arrière-plan obscur d'un tableau, se profiler l'ombre des camps et monter la fumée des fours ? "

Il reste peut-être à l'historien lecteur de Maurice Olender un espoir. Olender souligne que tous ces philologues ont échafaudé leurs théories sur " l'oubli de l'Histoire " et que la philologie comparée du dix-neuvième siècle, comme l'avaient senti Saussure et Goldziher, était profondément a-historique, même si un historien majeur de l'histoire " positiviste ", Léopold von Ranke, pensait lui aussi que " chaque époque existe dans un rapport immédiat à Dieu ". Alors, l'Histoire antidote de la philologie grosse du racisme ? Mais l'Histoire aussi n'a pas toujours été innocente ni exempte de manipulation. Aucune science sociale ne peut se pratiquer ou être utilisée sans danger. Soyons vigilants.

CHARGÉE de recherches au CNRS, auteur de nombreux travaux sur l'Etat, Blandine Barret-Kreigel fut l'élève de Michel Foucault, collaborant notamment à son livre Moi, Pierre Rivière. Elle dit ici quel fut l'apport du philosophe au renouvellement de la pensée politique en France.

" Dans son activité militante comme dans son travail scientifique, Michel Foucault a critiqué avec force le système de domination et de normalisation mis en place par l'Etat capitaliste. En quoi a-t-il innové, en particulier par rapport au marxisme alors dominant à gauche ?

- Michel Foucault a inauguré une réflexion critique du politique qui, par bien des aspects, avait l'allure d'une dénonciation, et ses travaux, notamment sur la psychiatrie asilaire et sur le système pénal, sont à l'origine des transformations qui ont affecté ces disciplines. Comme toute la génération des intellectuels de l'après-guerre, Foucault a été fortement influencé par la phénoménologie et par le communisme. Mais beaucoup plus puissamment et plus profondément que nombre de ses contemporains, il s'en est dépris. La phénoménologie, c'est-à-dire la pensée du " sujet constituant ", et le marxisme, qui représentait la politique comme une " superstructure " renvoyant en dernière instance à l'économie, communiaient, à l'intérieur de la pensée sociale de la gauche, dans une sorte de dramaturgie du sujet, que ce sujet soit " les masses ", " la classe ouvrière ", ou qu'il soit l'individu révolutionnaire dans le groupe en fusion cher à Sartre. Le pouvoir était alors le degré zéro de la pensée : il n'y avait que " le pouvoir c'est la maitrise " ou " l'Etat de la classe dominante ".

" Dès le début de son Óuvre, peu ou mal reçue, Foucault s'est dégagé de la prosopopée de la conscience libre pour étudier, non pas les fous, les malades ou les prisonniers, comme on le dit quelquefois trop vite, mais les dispositifs des machines à guérir et des machines à punir, les équipements pénitentiaires et les technologies médicales. Dès lors, au lieu vide du politique, il a donné une étrange consistance. Il a rendu visible non pas le Pouvoir, mais des pouvoirs, il a désigné leur aptitude à engendrer des normes, des disciplines, des techniques, mais aussi bien des savoirs et des institutions.

- En quoi le déplacement qu'a fait subir Foucault aux objets de l'analyse politique permet-il une meilleure compréhension du fonctionnement de l'Etat en France ?

- Il permet une meilleure compréhension, d'abord parce que Foucault ne raisonne plus sur de grandes machines mais descend à une physique subatomique des pouvoirs. Non plus des universaux, " le Pouvoir ", " l'Etat ", mais des objets particuliers, la clinique et le panoptisme, l'hôpital pavillonnaire et les normes pénales. Sans doute, ce souci du concret porte-t-il avec lui des inconvénients pour la mise en perspective historique, mais il a l'énorme avantage d'appréhender la complexité des systèmes de pouvoir. Foucault met à mal la mythologie du grand Léviathan : non plus une démonologie, mais une science des positivités politiques. Les pouvoirs ne sont pas seulement des appareils de coercition et de répression, ils sont aussi et surtout des appareils de production : ils conçoivent des savoirs et ils façonnent des comportements, ils instituent du juridique, du disciplinaire, du sécuritaire.

" Avec de nouveaux concepts, comme ceux de bio-pouvoir, de micro-pouvoirs, de normes, de disciplines, Michel Foucault est à l'origine d'une profonde transformation de la recherche historique, par laquelle on est allé de l'idée de la prééminence du social - le social étant tout - à l'idée de la consistance du politique - les pouvoirs sont quelque chose.

- Michel Foucault n'a pas cherché à distinguer les Etats démocratiques, les " Etats de droit ", des Etats totalitaires, comme si les uns et les autres étaient également oppresseurs. Richard Rorty a regretté par exemple, dans son intervention au colloque, que Foucault se soit toujours refusé à une appréciation positive de l'Etat libéral ou des transformations des sociétés européennes depuis trois siècles. Comment expliquer cette lacune et peut-être cet aveuglement?

- A cela il y a peut-être plusieurs raisons. La première est que personne jusqu'à la fin des années 70 n'avait imaginé de différencier les types d'Etat. On distinguait seulement des gouvernements ou des sociétés. La seconde raison tient au champ d'observation choisi par Foucault et qui se situe dans l'histoire européenne continentale du seizième au dix-neuvième siècle. On oublie un peu rapidement combien, à la différence de la tradition anglo-saxonne recueillie par les Etats-Unis, l'émergence de l'Etat de droit sur le continent a été problématique. L'Europe n'a pas été seulement le berceau de l'Etat de droit, elle a aussi été son tombeau. Or l'objet majeur que Foucault rencontrait et qu'il a très minutieusement décrit, c'est l'Etat de police. Foucault ne portait pas de jugement de valeur, il n'exhaussait pas le poids des normes pour dévaluer le prix des lois, il observait seulement qu'à l'intérieur de l'Etat de police le droit est une expression du pouvoir normatif. Aussi bien ne demandons pas à Foucault de penser notre moment historique. Ne lui demandons pas de penser à notre place. Il suffit de constater que Foucault n'a jamais fait la théorie de l'équivalence de tous les Etats. Son comportement ne s'inspirait nullement d'un tel amalgame. Aussi sympathisant gauchiste qu'il ait pu être, il n'a jamais récusé sa réfutation du marxisme dans les Mots et les choses. En revanche, Foucault a balisé les chemins d'une critique de l'Etat de police dont la rémanence dans l'Etat moderne menace de l'intérieur l'édification encore largement programmatique de l'Etat de droit démocratique. Qu'on veuille dépasser ses leçons, oui, mais non pour justifier le calme philistinisme de ceux qui appelaient " libéral " un Etat qui jetait les Algériens à la Seine, emprisonnait les femmes avortées, pourchassait les homosexuels et torturait les prisonniers.

- Ne peut-on se demander si Michel Foucault, dans la mesure où il proclamait " la mort de l'homme ", était capable de penser les droits de l'homme et la démocratie ? Dans cette hypothèse, son combat pour les droits de l'homme n'était-il pas, comme l'a suggéré Rainer Rochlitz, le fruit d'un héritage chrétien et humaniste en contradiction avec sa propre théorie ?

- On oppose volontiers un Foucault humaniste et chrétien et un Foucault philosophe, antihumaniste et athée, on met face à face un brave homme, engagé dans des combats incontestables ou douteux, mais toujours généreux, et le théoricien de la mort de l'homme, on fait rivaliser le défenseur du droit des malades mentaux, des prisonniers, des boat-people avec le lecteur de Nietzsche et de Heidegger, particulièrement inapte à réfléchir la doctrine des droits de l'homme, laquelle a pour fondement, croit-on, la philosophie du sujet. Foucault a récusé cette antinomie. " La vérité " - disait-il - est de ce monde ". Par ailleurs, la philosophie du sujet n'est nullement le sol originaire de la doctrine des droits de l'homme. La doctrine des droits de l'homme suppose en effet une autre théorie de l'homme que celle de l'homme comme sujet. Chez les modernes qui l'ont énoncée, Hobbes, Spinoza, Locke, elle est inséparable d'une mise en rapport de l'homme avec la nature qui concerne la totalité de l'espèce avant même de déterminer la particularité du sujet. Chez les contemporains qui ont récusé la doctrine des droits de l'homme, il y a, comme Fichte, de grands philosophes du sujet.

" Au-delà de la part d'ambivalence qui accompagne nécessairement la distorsion entre une pensée et un engagement, je crois que, comme Spinoza combattait les illusions de la liberté pour dégager une philosophie de la libération, Foucault a rejeté les délires du sujet pour retrouver une chance de réalisation des individus. Si l'on veut éviter les contraintes passives de la répétition et de l'aveuglement, il n'y a qu'une voie, celle de la philosophie modeste, qui veut comprendre les pouvoirs. Michel Foucault a été ce philosophe modeste. "

Il est banal de dire que Foucault n'est ni " un " ni constant. Il est autrement difficile de commencer à interroger philosophiquement le sens et la portée de cette multiplicité, sans la réduire à la versatilité d'un caractère ou aux masques divers d'un individu. Ce qu'il convient de scruter désormais, c'est l'énigme féconde d'une recherche bousculant la philosophie sans l'attaquer de front, offrant à l'histoire des objets insolites et des méthodes singulières, expliquant ces méthodes pour aussitôt les abandonner, abandonnant ses propres chemins pour en frayer de nouveaux.

Michel Foucault philosophe, en quel sens ? Et de quelle sorte ? Comment interroger cette Óuvre qui, non seulement ne cesse de se déplacer, mais qui elle-même déplace ou défait bon nombre d'interrogations classiques ? Un colloque international a entamé l'exploration de ces questions à facettes. Il s'est tenu à Paris, à l'initiative du centre Michel-Foucault et sous la responsabilité de François Ewald, les 9, 10, et 11 janvier 1988. Le volume qui en rassemble aujourd'hui les actes est du plus haut intérêt, tant par les problèmes abordés que par les divergences de points de vue entre les participants. Un résumé de ces vingt-huit études étant évidemment impossible, seuls seront indiqués certains aspects de ce volume, qui constitue à l'évidence une référence capitale pour les études foucaldiennes.

Plusieurs contributions s'attachent à l'étude des relations entre tel moment du travail de Foucault et tel élément de la pensée contemporaine. C'est ainsi, par exemple, que Gérard Lebrun montre en quoi les Mots et les Choses contiennent une critique de Husserl, tandis qu'Etienne Balibar analyse les liens entre Foucault et Marx. Roberto Machado souligne pour sa part la parenté unissant la démarche archéologique et l'épistémologie française des Bachelard, Koyré ou Canguilhem. Jacques-Alain Miller met l'accent sur le revirement de l'attitude de Foucault envers la psychanalyse, Hubert L. Dreyfus tente une comparaison avec Heidegger, divers articles, dont celui de Dominique Janicaud, touchent au débat entre Foucault et Habermas, et l'ombre de Nietzsche est presque partout présente.

Ce que Nietzsche appelait " la santé de l'homme de bon caractère ", conservant sa puissance d'agir et sa joie sereine devant la perte de toute vérité, Paul Veyne le retrouve dans la tranquillité amusée de Foucault face à tous les délires que les siècles passés tinrent pour vrais, et face au constat que nous ne saurions être mieux lotis. Faut-il en conclure que Foucault véritablement s'apparente aux stoiciens ? Pierre Hadot souligne comment ses derniers livres tirent les exercices spirituels de la " culture de soi ", pratiqués par les philosophes de l'Antiquité, du côté d'une esthétique de l'existence et d'une intériorité subjective, en oubliant la perspective cosmique et universelle, l'intégration dans une nature et une raison supra-individuelles qui constituent le but de ces exercices.

A ces textes qui cherchent dans quelle mesure Foucault est " hors ou dans la philosophie " (François Wahl) s'ajoutent ceux qui s'attachent à tel ou tel concept mis en Óuvre par Foucault : " discours " (Manfred Frank), " dispositif " (Gilles Deleuze), " pouvoir " (François Ewald), " norme " (Pierre Macherey), " biopouvoir " (Michael Donelly), etc. Deux thèmes de réflexion connexes voient d'autre part converger - et diverger ! - les analyses : celui de l'éthique (si toute universalité est brisée, sur quoi peut se fonder l'action ?) et celui de la politique (que signifie, chez Foucault, l'engagement ? Quel rapport entretient-il avec ses enquêtes sur l'Etat ?). Il faudrait pouvoir, sur ces points cardinaux, suivre les contributions de John Rajchman, Christian Jambet, Rainer Rochlitz, James Bernauer, Richard Rorty ou André Glucksmann - entre autres. C'est malheureusement exclu.

De ce foisonnant volume, une seule conclusion peut être provisoirement tirée. Au temps des succès, des éclats ou des célébrations amicales succède déjà, pour Foucault, l'ère des études, des lectures savantes et des interrogations exigeantes. L'extraordinaire incitation à penser fournie par ses travaux commence à produire des effets. Il y a lieu de prévoir qu'ils vont devenir de plus en plus nombreux et visibles.

ON pourrait avoir l'impression que l'époque est pauvre et comme en panne de pensée. Un sombre tableau du temps présent pourrait rassembler des foules de frivoles sans avenir, d'érudits sans invention et de précieux sans ridicule. Il ne serait pas dépourvu de quelque vérité, surtout en ce qui concerne la France. Mais une fresque si noire, et si facilement désabusée, serait à l'évidence excessive et fausse. En prenant quelque distance envers l'écume des livres, on ne désespère pas de discerner ce qui a chance de compter plus tard.

L'entreprise est risquée. Elle est sujette, par essence, à l'erreur. Nul ne sait, ce jour, ce qu'un prochain siècle conservera de nos bibliothèques. Pourtant, on ne croit pas se tromper en disant, tous termes bien pesés, que l'Óuvre de René Thom appartient au petit nombre de celles qu'on retiendra, et longtemps. Elle fournit, en effet, à la pensée, la possibilité d'un extraordinaire renouveau. Peu de démarches revêtent une portée historique de cette ampleur. Peut-être même celle-ci est-elle unique, par la rupture qu'elle instaure et les perspectives qu'elle ouvre. Bien qu'elle soit connue et célébrée internationalement depuis une bonne quinzaine d'années, la pensée de ce " grand Thom " demeure encore ignorée d'un vaste public. Essayons d'en esquisser les contours. Le parcours, on va le voir, est surprenant et, en un sens, exemplaire. Tout commence par des travaux de mathématiques pures, pour déboucher finalement sur une réorientation de l'attitude scientifique et sur des questions qui intéressent directement une réflexion philosophique fondamentale.

Avant tout, René Thom est mathématicien - un des maitres incontestés de la géométrie contemporaine. Né à Montbéliard en 1923, élève de l'Ecole normale supérieure à vingt ans, agrégé en 1946, il suit son maitre Henri Cartan à la faculté des sciences de Strasbourg, où il enseigne de 1954 à 1963, après un passage au CNRS, de 1947 à 1951, puis à la faculté des sciences de Grenoble en 1953-1954. La médaille Fields - la plus haute distinction internationale qu'un mathématicien puisse recevoir, le prix Nobel de mathématiques n'existant pas - couronne en 1958 ses travaux sur les variétés différentiables et sur le problème du cobordisme. Depuis 1963, il est professeur permanent à l'Institut des hautes études scientifiques. Il a reçu la médaille Brouwer en 1970, le Grand Prix scientifique de la Ville de Paris en 1974, avant d'être élu à l'Académie des sciences en 1976. Bref, une sommité. Mais à quel titre un philosophe ?

QUE s'est-il donc passé, entre ses recherches de topologie algébrique, issues du développement de la géométrie à quatre, cinq ou n dimensions (qui trouve notamment ses sources dans les travaux menés par l'américain Whitney dans les années 30), et les chapitres que, dans son dernier ouvrage paru il y a quelques mois, René Thom consacre à... l'Óuvre d'Aristote, pour finir sur ces mots : " Seule une métaphysique réaliste peut redonner un sens au monde " ? Quel cheminement, apparemment bien étrange, peut conduire de publications consacrées aux fibrés en sphère ou aux carrés de Steenrod, dont le commun des mortels ignore tout, à cette effervescence, enthousiaste et studieuse, qui rassemble autour de René Thom, biologistes, linguistes, sociologues, philosophes... dont l'important colloque, dirigé par Jean Petitot, montre la force et la diversité ? Le fait est sans précédent. On ne vit jamais, pour autant que nous sachions, des esprits venus d'horizons si dissemblables s'accorder à reconnaitre que les découvertes d'un grand chercheur en mathématiques revêtent une importance considérable pour l'histoire générale de la pensée. Quelque chose d'essentiel a donc eu lieu, mais quoi ?

Cela tient en trois mots : théorie des catastrophes. Quelques lignes pour en faire entrevoir le contenu et la fécondité, c'est une gageure. Tentons malgré tout, en écartant d'abord le plus grossier contresens possible : les " catastrophes " dont il est question n'ont rien à voir avec les désastres et les calamités accablant l'humanité souffrante. Le terme désigne ici un bouleversement, une discontinuité, une rupture au sein d'un processus. Il y a " catastrophe ", dans la terminologie de Thom (l'invention du mot revient en fait à Christopher Zeeman), dès lors que se produit, dans l'ordre des phénomènes, un changement dont on ne peut rendre compte en termes purement numériques. La théorie de Thom offre pour la première fois une doctrine cohérente et géométriquement fondée, qui permet d'englober la totalité des mutations, crises et transformations qui engendrent et affectent les formes.

Quelles formes ? Toutes. Le bord de la table où j'écris, celui de la page où vous lisez cet article, sont des " lieux de catastrophe ". Mais aussi le creusement du lit d'un fleuve, le développement d'une aile de papillon, la décomposition de la lumière blanche par réfraction dans un prisme, ou l'évaporation de l'eau. Par exemple, et entre autres, cette énumération étant virtuellement infinie. Mais les lois générales qui sont à l'Óuvre dans ces morphogénèses sont en petit nombre. Dans son ouvrage fondateur (Stabilité structurelle et morphogénèse, édité en 1972 chez Benjamin à New-York, réédité en 1977 chez InterEditions), René Thom a montré comment les processus dynamiques qui génèrent, modifient, ou font disparaitre les formes, quels que soient les domaines où ils se produisent, peuvent être reliés à sept types de catastrophes élémentaires.

LES usages abusifs de l'adjectif " révolutionnaire " sont monnaie courante. Combien de travaux seulement originaux ou inattendus se virent-ils affublés de ce qualificatif ? Avec René Thom, et avec ceux, tel Jean Petitot, qui mettent en lumière la fécondité de ses travaux, il semble bien qu'une révolution effective du savoir soit aujourd'hui entamée. Trois motifs principaux le laissent penser.

En premier lieu, il apparait que la théorie des catastrophes, en constituant une sorte de grammaire d'ensemble qui permet de formaliser l'apparition, le développement et la disparition des formes existantes ou possibles, fournit un outil puissant et rigoureux à une authentique interdisciplinarité. Le caractère général de ses modèles en permet en effet une application pertinente dans des domaines aussi divers que la biologie, la géologie, l'éthologie, la linguistique, les sciences cognitives ou la sociologie. En un temps de morcellement extrême des connaissances, voilà une rare vertu.

Il y a plus. Si l'Óuvre de René Thom est porteuse de grands bouleversements, ce n'est pas simplement qu'elle offre une méthode et un langage qui permettent de décloisonner des disciplines en apparence fort éloignées. C'est aussi, et surtout, parce qu'elle fait entrer les mathématiques fondamentales dans des domaines jusqu'alors réputés non formalisables. Pouvoir penser avec rigueur les changements qualitatifs, voilà qui change tout.

En clair : le monde tel que nous le percevons, tel que nous le parlons, ce monde fait de sens et d'émotions, n'est plus laissé pour compte par une connaissance scientifique rigoureuse. Si le géomètre et ses disciples ont raison, ce qui se profile, c'est la suppression du hiatus introduit par Galilée, et auparavant par la science grecque antique, entre le monde coloré et divers de notre sensibilité et, d'autre part, l'univers abstrait et calculable de la physique. Thom n'hésite pas à écrire qu'il faut se mettre " dans la peau des choses ". Son objectif avoué est de réconcilier connaissance scientifique et connaissance commune, de faire enfin se rejoindre langage conceptuel et langue usuelle. Voit-on assez que les conséquences d'une telle démarche, à terme, sont considérables pour l'his- toire de la pensée, scientifique et philosophique ? Certes, les tenants des sciences expérimentales ne se gênent pas pour affirmer que les modèles forgés par la théorie des catastrophes sont inutiles, puisqu'ils ne peuvent être testés expérimentalement, et ne permettent ni de prévoir ni d'agir. Dialogue de sourds. Car - c'est le dernier trait de cette évolution - Thom n'a pas la même conception de la science que ses critiques. La vérité est à ses yeux plutôt du côté du " comprendre " que de l'" agir ". Contre une science qui accumule les connaissances sans toujours tenter de les rassembler, et dont le principal critère de vérité est le succès pratique, le mathématicien-philosophe ne cesse de plaider, en paroles et en actes, pour une science qui retrouve l'exigence d'une intelligibilité maximale de la nature en construisant de nouvelles structures mentales.

TROP générales, ces remarques ne constituent pas un compte rendu. Elles espèrent simplement inciter à l'approche des ouvrages qui les ont suscitées, en soulignant que ce ne sont pas des lectures aisées. Ceux qui ont quelque teinture de philosophie trouveront plus particulièrement matière à réflexion dans les articles du volume Logos et Théorie des catastrophes dus à Krzysztof Pomian, Isabelle Stengers, Jean Petitot, Giulio Giorello, Hervé Barreau, Fernando Gil.

Après quoi ils pourront s'aventurer dans la tentative que mène René Thom pour renouveler, avec l'Esquisse d'une sémiophysique, la défunte discipline nommée " philosophie naturelle ".

Par des analyses consacrées notamment à la morphogénèse des embryons et au " plan d'organisation générale " des organismes, il renoue avec une réflexion classique, délaissée par la biologie moléculaire, sur les formes des êtres vivants. Il n'est pas surprenant qu'il ait rencontré Aristote, ni qu'il se soit pris pour ce penseur du continu, chez qui toujours la matière est régie par la forme, d'" une sorte d'immense sympathie ". Sa lecture " catastrophiste " de l'Óuvre d'Aristote est étonnante, et les éléments de la discussion, joints en annexe, entre l'auteur et le jeune philosophe Bruno Pinchard sont d'un haut intérêt.

LE 4 novembre 1954, jour de la mort de Matisse, Jean Cocteau note dans son journal : " Les nécrophores me téléphonent de partout. Après ma mort, ils me téléphoneront pour que je fasse un article. Le mieux serait de le préparer d'avance : " Ça y est. Je suis mort. Je vous emmerde. Je ne peux rien dire de plus. Mais les moyens dont je dispose me permettent de vous emmerder encore longtemps. " Ces fameux moyens, épuisants et infinis, ceux de la plume, lui permettent en fait de nous hanter et de nous réjouir quelque vingt-six ans après sa mort, et, au train où va la publication de son journal inédit, le Passé défini - un tome en 1983 pour les années 1951 et 1952, un autre en 1985 pour 1953, celui-ci aujourd'hui pour la seule année 1954 - il est probable que nous serons en bière quand Cocteau continuera d'énumérer ses enthousiasmes et ses petites misères à pleins carnets. Gallimard nous fera suivre outre-tombe le service de presse, ainsi qu'une lampe de poche.

Ce journal, commencé à soixante et un ans et destiné à n'être publié qu'après sa mort, Cocteau le tient avec le soin de celui qui sera lu et la liberté que procure la certitude de n'avoir à répondre de rien. Il n'en abuse pas, au demeurant, ne se livre pas à beaucoup d'aveux, ni d'indiscrétions. Tout au plus, il écrit ce qu'il pense de certains de ses confrères, que la politesse l'a toujours retenu de leur dire bien en face. Que la poésie récente d'Aragon " ressemble aux pires dévergondages patriotiques, à des roses de curé, l'oblige à insister, à pousser un lyrisme médiocre, une fuite de gaz... ", par exemple. Ou, plus lapidaire : " Les Nourritures terrestres de Gide sont du Zarathoustra pour campings. "

MAIS il n'est pas volontiers méchant. Parce qu'il est généreux naturellement, parce qu'il aime beaucoup. La liste de ses détestations est courte (Napoléon, les journalistes, la critique), comparée au nombre de ses sympathies. 1954 est une mauvaise année, pourtant. Il fait froid, et l'on " découvre " avec l'abbé Pierre que les pauvres crèvent comme des chiens. Dien Bien Phu tombe, Mc Carthy règne de loin sur le Festival de Cannes, dont Cocteau est le président du jury. En juin, un infarctus le terrasse, dont il se remet lentement, malade aussi de ses remèdes chimiques. Néanmoins, à côté des chagrins, la mort de Colette entre autres (" Elle a quitté son corps comme une chatte. Et c'est comme une chatte qu'elle me rendra visite, sans ouvrir les portes "), la curiosité gaie de Cocteau se manifeste constamment. Il relit la marquise de Sévigné, un de ses amours durables, et s'étonne qu'elle ne fasse aucune part au rêve dans ses lettres, comme si l'intérêt pour le sommeil était une invention récente : pour la marquise, " le rêve devait être une crasse comme les autres, dont on ne se souciait pas. On en devait sortir comme d'un carrosse embourbé et se remettre en marche aussitôt ". Chez Hugo, il relève les " véritables sommets de l'idiotie de cet écrivain génial " et en produit quelques exemples savoureux. Il se délecte avec Chateaubriand (" Quel style peu déclamatoire, contre toute attente, quelle vive trompe envoyée au fond de la fleur "), aussi bien qu'avec Fantômas, qu'il rapproche de Raymond Roussel (" Fantômas ne pense à rien ").

COMME dans les tomes précédents, il se plaint d'être à la fois célèbre et inconnu. On le prend pour un autre, pour son écume, son double, tout en paillettes et mondanités, on ne connait pas sa peine, son travail, son talent. (On consultera sur ce point, et d'autres, l'excellent travail de Jean Touzot qui prépare l'édition de Cocteau dans " La Pléiade "). Il vient de publier Clair-Obscur. " Seul. Quand on cite les poètes modernes, on ne me cite jamais. Ils s'imaginent me mépriser. Ils me craignent. "

Le débat, la brouille qui nait entre lui et Claude Roy à propos de la préface écrite par ce dernier pour ses Óuvres complètes, à lui Cocteau, est caractéristique de cette fierté qui ne sait trop quelle contenance adopter entre l'orgueil légitime et la vanité furibonde. La préface de Roy est plus que chaleureuse, certes, mais pas éperdument admirative, elle n'est pas du fin mortier dont on scelle les monuments. Et, bien qu'il ne le dise pas tout à fait, c'est évidemment cela que Cocteau attendait, un mausolée et qu'on lui donne du " génie ". Quand Roy écrit que Cocteau a " fait de la gaieté un gentil héroisme ", Cocteau barre " gentil " et note en marge : " Pourquoi diminuer toujours par des épithètes. C'est mal. " La préface, écartée à l'époque, resurgit ici en annexe, comme un remords, dans le même volume où l'auteur envisage d'ouvrir un " institut de beauté pour les âmes ", afin que le client y soigne sa ligne interne. De tous ces événements graves ou frivoles de 1954, ce qui curieusement parait bien plus loin de nous que le sommeil de Mme de Sévigné et les fers à friser du coiffeur Alexandre, ce sont les soucoupes volantes dont Cocteau parle avec une ferveur de converti. Il témoigne de sa foi dans les Martiens, préface un ouvrage d'André Michel, c'est tout juste s'il n'en a pas vu. Mais " les croyances se fondent sur l'invisibilité. Cesse d'être cru ce qui trop se montre. Même la sainte Vierge est prudente ".

Al'époque où le jeune Jacques Lacarrière croyait au Père Noël, ses parents, comme Cocteau et presque tout le monde, en tenaient pour les Martiens et les Vénusiens. " Depuis le ciel s'est vidé ", note Lacarrière dans son petit livre d'essais, Ce bel aujourd'hui, " et je viens de comprendre que les extra-terrestres n'étaient que le Père Noël des adultes ". Cet helléniste souriant, grand marcheur à pied, ami des petits animaux et des grands mystères de la nature, s'interroge sur la hantise de tant de ses contemporains " de n'être pas assez modernes ", alors qu'il suffit pour cela d'aller calmement au rythme de son temps, d'admettre qu'on est né au milieu des machines, de reconnaitre que " la Beauté n'a nullement déserté ce siècle mécanique ". Dans l'inventaire du monde où il se promène, Lacarrière insère un questionnaire à la suite de chaque chapitre, comme dans les manuels scolaires, qui lui sert à tempérer parfois son humeur lyrique ou à suggérer une suite possible à ses digressions. Il court un risque bien sûr, en demandant : " L'auteur compare à un accouchement humain la première sortie dans l'espace du cosmonaute Léonov. Cette comparaison vous parait-elle originale ? " Parce que la réponse est " non ".

Dans la campagne, il disserte volontiers sur les pylônes, les éoliennes (" abeilles mécaniques qui butinent le vent "), les grues (" mantes laiques butinant pierre, métal ou verre "), les châteaux d'eau, les viaducs (" leur écharpe gracile et leur arche d'acier "). Il regrette le temps où moissonneuses et batteuses étaient séparées, annonce le retour des dirigeables. En avion, il s'étonne de la matière des nuages. Ce que l'on apprend de la comète de Halley - un peu de neige sale - le déçoit. Comme la surface de la Lune, si morte, si semblable aux grands fonds marins où la lumière ne parvient pas. Il s'enflamme pour ce que le scanner lui dévoile (" Je suis sur la face interne de la trompe de Fallope d'une femme adulte, je ne suis pas plus gros qu'un spermatozoide, et que voit un spermatozoide quand il pénètre dans la région précise où je me trouve ? "). Avec une naiveté insouciante, l'auteur oscille entre Candide et Mr Perrichon analysant la mer de Glace.

MAIS l'ingénuité de Lacarrière réserve nombre de très heureuses surprises. Du côté de chez Barthes, on saluera un hommage à la bande dessinée, un parallèle audacieux entre Mandrake le magicien et le Platon de la caverne, ainsi qu'un rapprochement inédit entre les supermarchés et l'existentialisme (" Le primat de l'existence et du produit y domine dans les deux cas "). Du côté de chez Perec, c'est toute la nostalgie des noms magiques dont on se souvient, le bleu des Bugatti, le jaune de Shell, le rouge d'Antar, le vert de Castrol, le blanc de Mobiloil, les marques des belles américaines, Buick, Cadillac, Studebaker, les stations de radio, Hilversum, Droitwich. Sans oublier un éloge superbe du plastique et de ses vertus d'imitation. " Plastique : matière presque inusable pour défier les effets du temps et faire de l'éphémère un simili de l'éternel. " C'est étrangement ce que l'on pourrait dire, à peu près, de la littérature.

La troisième édition du Salon du livre de Bordeaux a remporté un franc succès. Entre le 5 et le 8 octobre, de quatre-vingt mille à quatre-vingt-dix mille visiteurs se sont rendus sur le site du port de la Lune, agrandi cette année de la moitié de sa surface. Pendant quatre jours, on s'est beaucoup bousculé autour des traditionnelles séances de signature. Mais les rencontres et débats organisés autour des auteurs italiens (1) - invités d'honneur de ce troisième Salon - ont également suscité curiosité et intérêt.

Dans l'ensemble, les quelque deux cents maisons d'édition représentées se sont particulièrement réjouies du caractère chaleureux de cette manifestation. Et à La Machine à lire comme chez Mollat, les deux pôles de la vie littéraire bordelaise, on a observé avec plaisir que le Salon avait attiré un public plus " littéraire " que le précédent.

Enfin, selon la tradition, trois prix littéraires ont été décernés : le prix Odilon-Redon à Jean-Paul Michelena, éditeur chez William Blake and Co, pour la publication d'un très beau fac-similé du Cahier réalisé par Paul Gauguin en 1893 et dédié à sa fille ; le prix Air Inter à l'auteur du Lièvre de Vatanen, le Finnois Arto Paasilinna (Denoël) et enfin le prix Ecureuil de la Caisse d'épargne a couronné l'Italien Stefano Benni pour le Bar sous la mer, et son traducteur, Alain Sarrabayrouse (Acte Sud).

La collection " 10/18 " publie, après les seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, deux volumes consacrés au dix-neuvième siècle, dirigés par Jacques Beaufort. Le classement chronologique de textes - présentés, autant que faire se peut, dans leur intégralité - et la possibilité d'un repérage par genre et par thème permettent une libre circulation parmi les Óuvres. On peut toujours contester les choix, pointer les absences, mais non sans avoir souligné les mérites de cette anthologie. Mérites qui tiennent plus au plaisir de la découverte qu'aux vertus didactiques. Le XIXe siècle en 10/18, deux volumes (no 1991 et 1992).

Marie-Claire Bancquart, qui a dirigé l'édition de " la Pléiade " d'Anatole France, présente deux romans de cet auteur en " Folio " : Les dieux ont soif, récit autour de la Terreur (no 2080) et la Rôtisserie de la reine Pédauque (no 2098).

Les dieux ont soif parait également dans la collection " GF " - Flammarion, avec une présentation et des notes dues à Daniel Leuwers (no 544), qui préface aussi Crainquebille, Putois, Riquet et plusieurs autres récits profitables. A. France, qui avait pris fait et cause pour le capitaine Dreyfus, se dresse, dans ce livre paru en feuilleton à la fin de l'année 1900, contre l'absurdité du système judiciaire (no 533).

En Folio paraissent, en deux volumes, les Aventures de Catherine Crachat, de Pierre Jean Jouve. Hécate et Vagadu, qui composent cette Óuvre, ont paru respectivement en 1928 et 1931. " Catherine Crachat, c'est moi ", écrivait Jouve au début de ce livre, où s'agitent les figures de la passion (nos 89 et 2109).

Le Saint-Exupéry de Luc Estang, publié en 1956 dans la collection " Ecrivains de toujours ", est repris en " Points " -Seuil (no 204).

Au Livre de poche, dans la série " Biblio-Essais ", sont ré-édités : le Cahier de l'Herne sur Francis Ponge (reprise de l'essentiel du volume dirigé par Jean-Marie Gleize en 1986) ; le remarquable ouvrage de Simon Leys les Habits neufs du président Mao, " chronique de la Révolution culturelle ", augmenté d'une préface qui fait le lien avec les massacres de Pékin de juin (no 4112) ; enfin, les Chemins de la désillusion, de notre collaborateur Roland Jaccard, auteur, aux PUF, d'une récente Tentation nihiliste (no 4106).

Dans le domaine des essais, signalons également trois ouvrages publiés dans la collection " Champs " -Flammarion : Virgile ou la Seconde Naissance de Rome, de Pierre Grimal (no 208) ; Juifs en terre d'islam, de Bernard Lewis, traduit de l'anglais par Jacqueline Carnaud (no 206) ; le livre de Michael Barry sur la Résistance afghane, augmenté d'une importante préface inédite qui actualise l'ouvrage après le départ des Soviétiques en février (no 207).

Le Livre de poche a pris l'heureuse initiative de publier une version abrégée du Dictionnaire latin-français, de Gaffiot, dans une édition revue par Catherine Magnien (no 7969).

LA Foire de Francfort, qui vient de s'ouvrir et s'achèvera le lundi 16 octobre, est la plus importante manifestation internationale de l'édition. Elle est devenue le point de passage obligé de tout ce qui s'écrit, s'illustre, s'achète, se vend, se traduit, s'adapte dans le domaine du livre. Mais ce succès la menace de gigantisme. Quarante ans après sa fondation, la Buchmesse de 1989 accueillera 8185 exposants représentant 89 pays et qui présenteront 378700 titres - dont 114392 nouveautés - sur les 113117 mètres carrés des halls d'exposition. Des chiffres si énormes qu'ils ne peuvent évoquer qu'un paysage éditorial saisi par une sorte de débauche inflationniste, de frénésie de publications qui masquent une inégalité croissante entre pays riches et pays pauvres. Sur les 5578 stands individuels retenus par les maisons d'édition, 4475 le sont par 7 pays : l'Allemagne fédérale (2060), la Grande-Bretagne (830), les Etats-Unis (626), la France (293), l'Italie (264), les Pays-Bas (254) et la Suisse (246). Et plusieurs nations représentées en 1988 ne le seront plus cette année : pour l'essentiel des Républiques d'Amérique latine, culturellement trop sinistrées pour pouvoir même s'acheter une petite vitrine dans le supermarché allemand.

L'an dernier, pour la première fois, Mr Peter Weidhaas, le directeur de la Foire de Francfort, avait demandé aux éditeurs d'un pays d'être les invités d'honneur de la manifestation. Après l'Italie, qui avait présenté un pavillon somptueux, mais intellectuellement décevant, autour du thème du livre et de l'image, c'est cette année la France qui est la vedette invitée.

Si la réputation des Français est d'être un peuple aimable, passablement désordonné, farouchement individualiste et paralysé par les virus pétrificateurs d'une administration tatillonne et paperassière, la mise en place de ce Pavillon bleu et de cet " Automne français ", à Francfort, a été à la hauteur de notre image ; et jusqu'aux derniers instants, les représentants des différents ministères, administrations, groupements, instituts, directions et conseils qui ont collaboré à cette manifestation ont slalomé dans la plus épuisante des confusions.

Mais la France est aussi une terre de miracles, et tout était en place, mardi soir, lorsque le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl et le ministre français Jack Lang ont inauguré ensemble les 2300 mètres carrés du Pavillon bleu - bleu gauloises, évidemment. Un beau décor fait de livres ouverts en bois verni bleu, une moquette également bleue où se lisent tous les temps, tous les modes et toutes les personnes du verbe " lire ", une immense toile, à dominante bleue naturellement, sur laquelle papillonnent des feuilles volantes. Dans ce décor, une représentation de l'édition française dans sa diversité, ses caractères régionaux, son histoire, ses outils nouveaux.

Mais grâce à Alain Lance, qui dirige l'Institut français de Francfort et qui poursuit depuis des années un patient travail de pénétration de la culture française en Allemagne, notre création littéraire nationale sera également présente au cÓur de la ville, loin de ces énormes halls de béton que fréquentent essentiellement les professionnels. A la Schirn-Kunsthalle, on a prévu un " Hommage à André du Bouchet "; à la Deutsche Bibliotek, une exposition de " Cinquante livres illustrés depuis 1947 "; au Klingsor Museum d'Offenbach, une " Rétrospective André Masson "; au musée de Städel, la présentation de " Quinze chefs-d'Óuvre du Musée d'Orsay "; au Mousonturm, " Lieux d'écrits ", une animation audiovisuelle réalisée par la Fondation Royaumont.

Citons encore une nuit de la poésie, une nuit de la nouvelle, des rencontres avec des écrivains - Tournier, Jabès, Ben Jelloun, Roubaud, Orsenna, Butor. Enfin un colloque franco-allemand sur " Le livre, vecteur culturel entre la France et l'Allemagne " est annoncé pour le 16 octobre, au Johann Wolfgang Goethe Universität.

L'impulsion ainsi donnée va-t-elle permettre de faire mieux apprécier la production éditoriale française dans les pays germanophones? L'effort entrepris à Francfort sera, en tout cas, poursuivi, promettent les responsables français. Les principaux éléments du Pavillon bleu vont être intégrés dans une exposition itinérante, qui va parcourir les grandes villes allemandes; des catalogues vont être édités; une brochure indiquant Comment se procurer le livre français sera distribuée dans les librairies allemandes, suisses et autrichiennes.

Il est vrai que l'édition française a encore de gros progrès à faire en direction du public allemand. Si la RFA se classe parmi les premiers clients non francophones du livre français, celui-ci n'occupe que la septième place parmi les fournisseurs de livres de l'Allemagne de l'Ouest, loin derrière la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, les Pays-Bas, l'Italie... le Japon et le Danemark. Et parmi les langues traduites, le français arrive, certes, en seconde place avec 1108 titres en 1988, devant l'italien (277) et le russe (227), mais très loin derrière l'anglais (6329 titres), qui représente à lui seul 68 % de l'ensemble des titres traduits.

VINGT ans après... Le mousquetaire de l'avant-garde polonaise, Witold Gombrowicz, a pris sa vitesse de croisière et, vingt ans après sa mort, lui qui avait connu la gloire trop tard, qui était parti méconnu, inconnu presque, ne cesse d'attirer vers son Óuvre de nouveaux lecteurs. Une nouvelle lecture aussi. Mais comment le lit-on aujourd'hui ?... Un épais volume, justement, vient de paraitre - sous la direction de Manuel Carcassonne, - qui réunit les témoignages, les souvenirs, les hommages d'écrivains de France, de Pologne et d'ailleurs, appartenant à une génération qui n'a pu le connaitre de son vivant et qui ne sait pas très bien comment saisir ce génie, qui disait de lui-même : " Je suis un humaniste, un plaisantin, je suis un acrobate et un provocateur. Mes ouvrages font les pieds au mur pour plaire, je suis cirque, lyrisme, poésie, horreur, bagarre, jeu, que voulez-vous de plus ? " Et il ajoutait : " Je suis difficile, c'est vrai ! Quand je ne peux pas faire autrement. Mais si quelqu'un écrit dans la trouille mortelle d'ennuyer, c'est bien moi. "

Pourtant, l'Óuvre existe, immense, admirable, irritante, surprenante, mais disséminée comme sa vie, bizarrement publiée au gré des émigrations successives, de l'isolement, de l'amitié, de la reconnaissance, tardive mais efficace. Une vingtaine de titres chez une demi-douzaine d'éditeurs - des romans, des pièces de théâtre, des essais-pamphlets, un Journal admirable (1)... Tout un jeu qui se moque du monde et de soi-même pour dégonfler la superbe autorité des adultes : un " homme cousu d'enfant " (2), comme le qualifia son si perspicace ami Constantin Jelenski, qui le traitait aussi de " génial Monsieur Jourdain de la pensée moderne, marxiste, existentialiste, abhumaniste et structuraliste sans le savoir ". Prophète ambigu et pessimiste d'une avant-garde qui ne se préoccupe pas d'art et de culture et qui ne veut pas écrire " en savant, en subtil et en mûr, mais en Savant toujours ensottisé, en Subtil toujours brutalisé, en Adulte rajeuni sans cesse ".

NE cherchons pas à expliquer pourquoi Gombrowicz resta inconnu, malgré des Óuvres publiées en 1933, un recueil de contes intitulé Mémoires du temps de l'immaturité (3), qui auraient dû le faire remarquer. Comme le fit, dans une revue, un article de 1933 sur " La littérature de l'avenir " (cité dans le volume Varia II) qui vantait les mérites de Gombrowicz pour son " excellent livre écrit avec une intelligence pénétrante, avec un talent original et éminent, avec une immense imagination ". " On s'étonne que l'auteur descende si loin dans l'âme humaine simplement pour s'amuser ", ajoutait le " critique ", qui écrivait sous pseudonyme et qui n'était autre que Witold Gombrowicz !

Toujours est-il que, lorsqu'il débarque du Chrobry, le 22 août 1939, à Buenos-Aires, invité d'honneur de la Gdynia America pour écrire à propos de la traversée du transatlantique polonais, il sera accueilli par le quotidien la Nacion comme un " humoriste moderne de vaste culture ". Il ne sait pas qu'il va vivre près de vingt-trois ans - 8 395 jours - dans la capitale argentine. Dix jours après son arrivée, en effet, les premières bombes allemandes tombent sur Varsovie et l'auteur de Ferdydurke décide de ne pas rentrer en Europe. Exilé, misérable, inconnu, n'ayant aucun livre traduit, parlant mal l'espagnol, il restera en marge des milieux littéraires, loin de Borges (" Borges et moi, nous sommes à l'opposé. Il est enraciné dans la littérature, moi dans la vie, je suis, à dire vrai, antilittéraire "), ignoré de la revue Sur. " Si j'ai pu accéder en Argentine à quelque renommée, ce ne fut pas en tant qu'auteur, mais en tant que seul et unique écrivain étranger qui n'avait pas fait le pèlerinage au salon de Mme Ocampo ", dira-t-il à Dominique de Roux dans les précieux Entretiens (Belfond, 1968, 1977). Il écrit sous pseudonyme des feuilletons pour les journaux, il esquisse sa pièce le Mariage et ne commencera à écrire Trans-Atlantique qu'en 1948, condensant l'expérience des neuf premières années de son exil argentin dans les vingt-sept jours du temps fictif de son roman.

C'EST en 1952, alors qu'il est employé à la Banque polonaise pour un salaire de misère, qu'il commence à collaborer à la revue de l'émigration polonaise Kultura sous forme de " Journal " (" On achète un Journal parce que l'auteur est célèbre, et moi j'écrivais le mien pour devenir célèbre... ") Journal d'une liberté et d'un narcissisme total (" Lundi : Moi. Mardi : Moi. Mercredi : Moi. Etc. ") qui se proclame " insincère ", mais qui, sans référence à Freud, plonge à la fois dans la vérité de l'homme et de la forme qu'il a voulu donner à son écriture, au long de ces quatre tomes qui vont de 1952 à 1969 et qui gagneraient à être réunis en un seul volume.

" Quand je me penche sur le Journal, je cherche à comprendre pourquoi mon " moi ", une fois lâché en liberté, a fait preuve d'une telle agressivité, dit encore Gombrowicz à Dominique de Roux. Je n'avais rien à perdre. Je pouvais écrire tout ce qui me passait par la tête, tout le monde s'en fichait. " Agressivité tous azimuts qui lui vaudra quelques solides inimitiés et qui alimentera des polémiques qu'il entretient avec le soin d'un horticulteur. Installé en France à partir de 1963, il rejette tout, Sartre autant que Proust.

PLUS largement, il s'en prend, à plusieurs reprises, à la poésie et aux poètes (" Presque personne n'aime les vers, et le monde des vers est fictif et faux ") dans des pages pleines de sève et d'émotion : contre ses compatriotes Czeslaw Milosz ou Bruno Schulz, contre Dante même, un de ses derniers textes (" Le livre sur Dante du Polonais est une pure crétinerie ", télégraphie, rageur, le poète Ungaretti). Les Editions Complexe ont eu la bonne idée de réunir, dans un petit volume virulent et réjouissant intitulé Contre les poètes, des textes disséminés dans l'Óuvre ou introuvables, pitreries sérieuses qui révèlent en creux, outre le besoin de faire scandale, celui de se méfier des plus grands. " Pourquoi est-ce que je n'aime pas la poésie pure ? se demande-t-il. Oui, pourquoi ? Mais pour la simple et même raison qui fait que je déteste le sucre à l'état pur ! A quoi nous sert le sucre ? A sucrer notre café et l'on ne saurait le manger à pleines cuillerées... Ce qui lasse dans la poésie pure, c'est l'excès de poésie... "

Lui, l'excentrique, l'acrobate, le bouffon qui se tient en marge de la " grande littérature ", on le retrouve entier, même dans ces textes courts inédits en français ou dispersés dans des revues - nouvelles, articles, préfaces, entretiens, souvenirs, polémiques surtout - réunis dans les volumes de Varia (4), qui sont des exercices de style et de démystification qu'on mâche comme des friandises. Un complément à l'Óuvre. uvre qui, répétons-le, attend son édition complète, raisonnée, raisonnable (dans la collection de " La Pléiade ", pourquoi pas ?) et qui, paradoxalement, pourrait s'inspirer de l'édition polonaise (Cracovie, 1986), la plus complète, malgré quelques passages ridiculement censurés. Une douzaine de minuscules coupures relevées par Rita Gombrowicz dans Gombrowicz en Europe (Denoël, 1988), un ensemble par ailleurs tout à fait passionnant sur les cinq dernières années de la vie de l'auteur (5).

Qu'importent ces peccadilles. Vingt ans après sa mort, Gombrowicz est devenu un classique. Loin désormais de ce qu'on appelait, un temps, l'absurdisme polonais, loin des polémiques, des grands événements de l'époque, la lecture qu'on fait de Gombrowicz est devenue différente. Son univers - le nouveau Moyen Age à venir - est devenu le nôtre. Interdit pendant longtemps, il est célèbre en Pologne, où il n'est jamais retourné, et où on vient de présenter au Musée de littérature Mickiewicz une grande et belle " Exposition Gombrowicz ", dont Paris n'a reçu que des miettes. Mais, il y a vingt ans déjà, dans une remarquable livraison de la revue l'Herne (no 14, 1971, hélas ! épuisé), Dominique de Roux et Constantin Jelenski, qui ont tant travaillé à le faire connaitre et qui ont aujourd'hui tous deux disparus trop tôt, s'insurgeaient contre la mort, cette " parole retirée ", écrit Dominique de Roux, retirée à un homme qui " si la vie n'est rien, sut toujours donner le sentiment que la vie ne s'arrête pas ".

Sur le thème " Gombrowicz et les poètes ", un débat organisé par la Maison des écrivains aura lieu le mercredi 18 octobre à 18 h 30 avec la participation de Czeslaw Milosz, Jacqueline Risset, Michel Deguy et Adam Zagaievski au Théâtre du Rond-Point Renaud-Barrault.

Au Théâtre de la Colline, Jorge Lavelli présente Opérette, de Gombrowicz, du 12 au 24 décembre.

Sur FR3, " Océaniques " présente " Moi, Gombrowicz ", une émission en deux parties d'Andrzej Wolski, les lundi 16 et 23 octobre à 22 h 40.

L'édition littéraire en langue d'Oc représente, depuis vingt ans, plusieurs centaines de titres de romans, nouvelles, poésies, essais et pièces de théâtre (1). Certains auteurs sont connus hors des limites régionales, notamment à travers des éditions d'Óuvres complètes et des traductions. D'autres, modestement, écrivent dans la discrétion et la solitude, pour manier leur langue ou témoigner de leur vie.

Cette production, relativement importante et diverse, n'a jamais été saisie dans son ensemble. Le rythme de ses éditions comme la vie littéraire en Languedoc-Roussillon n'ont pas encouragé un travail critique réellement diffusé auprès du public (2).

Pour mieux en découvrir son image, le Centre régional des lettres (3) prépare, avec l'aide du Centre national des lettres, les régions Aquitaine et Provence-Côte d'Azur, et le soutien d'associations spécialisées (Association internationale d'études occitanes, Pen Club de langue d'Oc, Centre international de documentation occitane, Unité de sociolinguistique en domaine occitan du CNRS et Lien à Arles), une réflexion critique sous forme d'un colloque international qui se déroulera du 26 au 28 octobre au château de Castries, près de Montpellier, cédé par l'Académie française au conseil régional du Languedoc-Roussillon pour ses manifestations.

Il sera ouvert aux journalistes spécialisés, aux critiques, comme aux spécialistes de la littérature, et accompagné de lectures et d'une exposition " Itinéraires en littérature occitane ", qui circulera ensuite en France et à l'étranger.

- Les troisièmes journées de la communication historique se tiennent à Poitiers du 12 au 15 octobre. Des films, des débats, des expositions illustrent, sous le titre général " Allons z'enfants ", le thème retenu cette année : " l'enfant et la famille dans l'histoire ".

- Le prix Bruno-Coquatrix a été décerné à Gérard Oury pour Mémoires d'éléphant (Olivier Orban) ; le prix Vauban, décerné par l'Institut des hautes études de défense nationale, à François de Rose pour Défendre la défense (Julliard) ; le Grand Prix littéraire de la ville d'Antibes à Lawrence Durrell ; le prix italien Val di Comino à Philippe Renard et Bernard Simeone pour l'ensemble de leurs traductions de poésie italienne contemporaine et pour leur démarche éditoriale en faveur de la littérature de ce pays au sein des éditions Verdier, où ils dirigent la collection " Terra d'altri " ; enfin, l'Óuvre poétique d'Alain Bosquet a été couronnée par la bourse Goncourt de la poésie.

- Le British Council organise un débat avec Yves Bonnefoy, Bernard Brugière, Alain Levêque et Marc Porée autour de la traduction de Quarante-cinq poèmes de Yeats, par Yves Bonnefoy (Hermann), lundi 23 octobre à 18 h 30 (Centre culturel britannique, 11, rue de Constantine, 75007 Paris). Yves Bonnefoy sera également présent, en tant que poète cette fois, à la soirée que lui consacrera le Centre d'action poétique, lundi 16 octobre à 19 h 30, en la crypte de l'église de la Madeleine.

La deuxième sélection des titres pour le prix Renaudot, qui sera attribué le 20 novembre, a été publiée le mercredi 11 octobre par le secrétariat du prix. Il s'agit de : Paris-Athènes, de Vassilis Alexakis (Le Seuil) ; En attendant la guerre, de Claude Delarue (Le Seuil) ; le Livre brisé, de Serge Doubrovski (Grasset) ; les Comptoirs du Sud, de Philippe Doumenc (Le Seuil) ; Roi étranger visitant l'Exposition universelle, de Jean-Pierre Escande (Arléa) ; le Burlin, de Richard Jorif (François Bourin) ; Conciliabule avec la reine, de Jean-Marie Laclavetine (Gallimard) ; Cérémonie des ténèbres, de Suzy Morel (Calmann-Lévy) ; le Lait de la nuit, de Boris Schreiber (François Bourin) ; Un grand pas vers le Bon Dieu, de Jean Vautrin (Grasset).

La littérature française invitée d'honneur à Francfort : c'est l'occasion de s'interroger sur l'état de santé de la France romanesque.

POURQUOI les étrangers s'intéresseraient-ils à la littérature française actuelle, quand la France elle-même se complait unanimement à la morosité d'un lieu commun : il n'y a plus, dans ce pays, de création romanesque? " Tous les grands ont disparu " déplore-t-on, oubliant qu'on a dit la même chose à toutes les époques, et que le deuil littéraire pourrait bien être la spécialité d'un pays où les facilités de la consécration pallient opportunément les risques de la découverte. On ne peut toutefois nier que, dans les quinze dernières années, sont morts : Sartre, Aragon, Malraux, Genet, Raymond Queneau et quelques autres. Il faut convenir aussi que les Óuvres de ces " grands " étaient objets de polémiques, d'affrontements. On considérait alors que la littérature avait quelque chose à défendre, ou qu'elle était en soi un enjeu.

Puis ce fut " l'ère du soupçon " pour reprendre le titre prémonitoire donné par Nathalie Sarraute à un recueil de textes théoriques (1956). " Il y a dans toute littérature créative une part d'autoproclamation ", remarque Danièle Sallenave, l'un des écrivains français contemporains qui accepte de réfléchir sur la littérature. " Si cette affirmation de soi est aussitôt sapée par un discours ironique, défiant, rien ne peut plus advenir, toute énergie est minée. Gide ne serait jamais apparu si le discours de dénigrement qui règne aujourd'hui avait existé à son époque ; il a été porté par un mouvement. (...) Le soupçon jeté sur la fiction à partir du milieu des années 60, par les philosophes, de Foucault à Derrida, en passant par Deleuze, ajouté à l'attaque des sociologues, pour qui le goût littéraire n'est que la reproduction de stéréotypes de classes, ne laissent plus beaucoup de crédibilité à la littérature. Il faut la lui rendre, lui restituer sa légitimité. C'est, je crois, ce qui est en cours. Mais cela relève de la chirurgie réparatrice. "

Il est difficile cependant de " réparer " dans un pays où, désormais, le discours autour des livres, né de vagues rumeurs, a plus de poids que leur lecture. Et il n'est pas aisé de plaider en faveur de la littérature française quand les intellectuels (dont la plupart ne lisent pas de romans) et les journalistes (qui, pour beaucoup, lisent fort hâtivement) s'unissent pour porter à son apogée la déréliction qui paralyse la France - et pas seulement dans sa littérature... Et pourtant la littérature française existe. Au présent. De Philippe Sollers - qui après avoir été distingué à vingt-deux ans par Aragon et Mauriac est toujours là, trente ans plus tard - aux jeunes " espoirs ", les Luc Lang, Nadine Diamant, Sylvie Germain, Anne Garréta, Françoise Bouillot, etc., en passant par Michel Rio, Anne-Marie Garat, Jean Echenoz et d'autres, on ne serait pas en peine de dresser des listes qui prendraient plusieurs pages.

Il est même des écrivains qui, en dépit de la situation qu'on dit peu florissante de la littérature française, ont choisi de lui appartenir alors que rien ne les y contraignait. Outre Tahar Ben Jelloun, qui vient du Maroc, ancienne colonie française, le cas le plus exmplaire est celui d'Hector Bianciotti. Ecrivain argentin vivant en France, il a pris, en 1981, la nationalité française, puis a décidé, en 1985, d'écrire dans notre langue. Comme Tahar Ben Jelloun et comme tant d'autres, il a été découvert par Maurice Nadeau, dont les " poulains " sont aujourd'hui reconnus. Mais Nadeau, auquel désormais chacun rend hommage, fait partie d'une espèce en voie de disparition : les découvreurs. Ces éditeurs qui, parce qu'ils croyaient en la littérature française, prenaient le risque de publier des écrivains dont ils savaient qu'ils mettraient vingt ans - au moins - à conquérir un public.

Plus qu'aux écrivains, ce sont sans doute aux conditions de production et de réception de la littérature française qu'il faut imputer l'indéniable malaise actuel. Pour beaucoup d'éditeurs, encourager un romancier pendant des années, en misant sur sa possible mais très hypothétique reconnaissance par le grand public, est considéré non seulement comme périlleux - ce qui est vrai - mais comme relevant d'un idéalisme touchant et désuet. On préfère alors un roman qu'on sait éphémère, mais qui se vendra à des centaines de milliers d'exemplaires, ou un petit livre insignifiant que la personnalité de son auteur assurera d'un bon accueil dans le minuscule milieu littéraire parisien.

Ainsi a-t-on tendance à faire croire aux journalistes qu'ils sont des romanciers en puissance. On se dit que leurs relations leur vaudront quelques bonnes critiques de la part des gens qui, préparant eux aussi un ouvrage, comptent bien qu'on leur " renvoie l'ascenseur ". Cette perversion de la critique est avalisée par les auteurs eux-mêmes, qui ne tolèrent plus que la louange. Et s'ils s'accommodent du dénigrement, c'est qu'ils peuvent l'imputer à d'obscurs complots où leur personne est éventuellement en cause, et pas à leur travail. Mais qu'on s'avise de lire vraiment un livre, de faire remarquer ce qu'on y voit de forces et de faiblesses et l'on est aussitôt voué aux gémonies.

Aux méfaits de cette critique littéraire déconsidérée s'ajoute le mépris de la culture qui gagne les sphères dirigeantes de la presse française actuelle : les pages littéraires des journaux et magazines ne sont que " tolérées " - principalement parce qu'elles apportent des recettes publicitaires. Plus ceux qui les font tentent de défendre la fiction, plus on leur fait remarquer à quel point ils sont démodés et leur " produit obsolète ". Passe encore, s'ils parlaient de textes " faciles " et " distrayants ", mais qui ne s'affligerait de la " tristesse " et de la " noirceur " des romans français - remarque que l'on n'oserait évidemment pas faire à propos de cinéma ou de télévision ? C'est dire à quel point certains Français ont, en dépit du brillant passé culturel dont ils se targuent, perdu toute mémoire de ce que peut être la littérature, et ne se demandent plus ce que le roman a - ou non - à dire sur le monde.

Mais paradoxalement, ce mépris pour la fiction va de pair avec un désir inexpliqué d'écrire des romans, qui touche toutes les professions. En outre, les mêmes critiques littéraires qui ressassent à longueur de colonnes la mort du roman français, victime de l'indigence imaginative de ses auteurs, de son " nombrilisme ", du " syndrome du sixième arrondissement de Paris ", se pâment devant certaines jeunes romancières ou nouvellistes américaines - dites pompeusement " minimalistes " - tout droit sorties des écoles de " creative writing ", dont elles reproduisent, avec une application toute scolaire, les tics. Où ils s'extasient devant ces Italiens qu'on traduit en ce moment en France à tour de bras, et qui ne sont pas tous d'inoubliables créateurs, loin s'en faut.

On aurait aimé ne pas avoir à parler des prix littéraires décernés en France chaque automne, tant leur mise en cause systématique, la dérision dont ils sont l'objet quand des étrangers évoquent le milieu littéraire français, sont d'une accablante banalité. Cette institution, ce rituel qui permet pendant trois mois - septembre, octobre, novembre - de faire du roman un sujet d'actualité, n'est pas, en soi, une mauvaise chose. Mais on en est arrivé à de telles dérives, pour des motifs où l'économie le dispute à l'âpreté des luttes d'influences, que ces prix sont devenus, pour la littérature française, un élément aggravant de mauvaise réputation.

La corruption des jurés (à-valoir excessifs sur leurs propres ouvrages, versement de mensualités peu justifiées) existe certes. Mais plus grave encore est la perte absolue de jugement dont font preuve bon nombre d'entre eux. " Rouler " pour Grasset est une chose pour le moins discutable, mais qui a le mérite d'être claire. Donner le Goncourt à Michel Host en 1986 pour un roman raté - ce qui ne peut que porter préjudice à la carrière de cet écrivain - relève d'un autre type de responsabilité. Qu'il y ait un " lobby " Gallimard au Femina est une chose, mais qu'un bataillon de dames mûres récompensent, en 1988, sur sa jolie frimousse, Alexandre Jardin pour un roman de gare, en est une autre. Que peuvent bien penser les éditeurs étrangers en voyant arriver ce que la France distingue ? Que la littérature française est nulle, bien sûr, c'est faux, mais la confusion, elle, est à son comble.

C'est de tout cela que souffre, provisoirement, on l'espère, le roman français. La diversification des moyens de distractions, qui fait si peur aux éditeurs, est peut-être une chance pour la littérature. Au lieu de tenter, comme on l'a fait pendant des années, de gagner à la lecture des " non-lecteurs ", on devrait chercher à convaincre et garder le public plus réduit des lecteurs, qui demande, lui, des textes et pas des produits fabriqués et ciblés : les sodas sans sucre, les yaourts allégés, oui ; les romans " light ", non.

Si Umberto Eco et Christoph Ransmayr avaient eu la malchance d'être français, auraient-ils seulement été publiés ? Sans doute, car il y a toujours un éditeur, dans une grande ou une petite maison, qui parvient, au nom de la qualité, à imposer quelqu'un en qui il croit. Ils auraient toutefois couru le risque d'être mal accueillis ou, pire, ignorés. La France s'est livrée, avec un dandysme du dénigrement qu'elle a confondu avec l'élégance de la litote, non seulement à la pauvreté intellectuelle, mais à une " école cynique ", qui, contre la rigueur et la morale, fait l'apologie du ricanement et de l'absence de convictions. Mais, sans qu'elle en ait pleinement conscience, la génération formée dans les rêves de prospérité des années 60 est déjà sur le déclin, poussée vers la sortie par les " enfants de la crise ", qui n'ont plus envie d'ironiser, mais de travailler et de croire.

Si contestable que soit parfois la manière dont elle exprime son désir de spiritualité et de pensée, cette nouvelle génération récuse l'amère désinvolture de ses ainés. Contre le " prêt-à-porter culturel ", on peut parier qu'elle misera sur la fiction. Car les hommes et les femmes de cette génération qui ont choisi d'être écrivains croient de nouveau que la littérature a quelque chose à dire sur le monde.

Le monde, sans nul doute, gagnerait à les entendre.

Les éditeurs étrangers sont exigeants. Ils préfèrent traduire Duby que Druon, Marguerite Duras que Yann Quéffelec. Comme pour les grands crus, c'est le livre haut de gamme qui s'exporte le mieux.

IL y a eu Saint-Exupéry. Puis Camus et Sartre. Le nouveau roman s'est alors imposé avant de céder la vedette aux Le Goff, Le Roy Ladurie et autres Braudel. Les éditeurs étrangers ont ceci d'irremplaçable qu'on ne leur fait pas prendre un Druon pour un Duby, un Yann Queffélec pour un Claude Simon. Les Noces barbares (prix Goncourt 1985) a été refusé par une quinzaine d'éditeurs américains avant de trouver preneur, tandis que, de par le monde, on se dispute l'Acacia.

Moins sensibles aux modes qui peuvent faire, à Paris, d'un Bernard-Henri Lévy l'égal médiatique d'un Foucault, les éditeurs étrangers hiérarchisent les livres français selon des critères auxquels il y a rarement à redire. Le bon s'exporte sans injustices majeures, même s'il y en a : le Rivage des Syrtes de Gracq n'a trouvé un éditeur américain qu'en 1986 : grâce soit rendue à Columbia University Press pour avoir réparé cet oubli trentenaire !

Recenser les droits de traduction achetés par telle ou telle maison de Milan, New-York ou Francfort, est, de ce fait, fort instructif : c'est observer la production intellectuelle récente avec l'Óil de Sirius, c'est-à-dire avec un recul qui, en France, fait souvent défaut.

Pour autant, il n 'est pas facile d'évaluer le rayonnement du livre français hors de France. Même si l'on s'en tient à la littérature et aux ouvrages de sciences humaines dont les drois ont été cédés à l'étranger depuis une date récente (les années 40), les statistiques globales font défaut. Quant à se faire une idée des chiffres de vente, il faudrait, pour cela, interroger des centaines d'éditeurs étrangers sur des milliers de titres. Et beaucoup se veulent discrets...

Si les livres en question font rarement des best-sellers, à l'exception, toujours citée, de l'Amant, de Marguerite Duras, ce sont, pour certains, des longsellers, des ouvrages qui ne " vivent " pas qu'une saison mais se vendent durablement.

A l'inverse de l'Amant, l'Etranger de Camus, n'a jamais figuré sur la liste des meilleures ventes publiée par le New York Times alors qu'il est au programme de nombre de high schools américaines et bénéficie, de ce fait, d'un public stable. De même pour le Petit Prince, dont il existe quelque soixante-dix traductions, de l'oriyà (Inde) au papiamento (Curaçao), un record.

Si les statistiques globales font défaut, il est possible, malgré tout, d'évaluer ce que " pèsent " les auteurs français hors de France : il suffit d'écouter les éditeurs français et étrangers, dont les propos se recoupent largement. Tous disent, par exemple, qu'avec l'Allemagne fédérale, les pays où le made in France est le plus apprécié sont ceux de l'Europe du Sud et le Brésil.

Ainsi pour Le Seuil, qui a cédé, en 1988, trois cent cinquante-cinq droits de traduction à l'étranger (certains livres ont fait l'objet de plusieurs cessions), quarante-sept de ces droits ont été acquis par des éditeurs de langue allemande et autant par des maisons italiennes. Vient ensuite l'Espagne (quarante et un), suivie de loin par le Brésil (vingt-neuf) et le Portugal (vingt-deux). Dans la fourchette des dix à vingt titres vendus par Le Seuil l'année dernière, on trouve comme acheteurs les Etats-Unis et les Pays-Bas (dix-neuf chacuns), la Grande-Bretagne et la Grèce (dix-huit), puis les autres pays d'Amérique latine (douze) et la Pologne (dix).

Les responsables des droits étrangers des maisons d'édition parisiennes sont d'accord : " Ce qui se vend le mieux, c'est une certaine spécificité française et le haut de gamme, disons, pour simplifier, Braudel et Bocuse " (Anne-Solange Noble, Flammarion). " Les éditeurs étrangers sont demandeurs de ce qu'il n'ont pas chez eux. On placera plus facilement Blanchot qu'un quelconque roman, même honorable " (Ania Chevallier, Gallimard), " En littérature, ce qui se vend, ce sont les livres de portée universelle, dont la problématique dépasse leur auteur. Le parisianisme ne paie pas " (Prune Berge, Le Seuil). " Les Anglo-Saxons sont très difficiles. Il leur faut souvent le niveau Collège de France ou Académie française. Les autres pays sont davantage preneurs d'ouvrages d'auteurs moins prestigieux " (Françoise Laye, PUF).

Un parallèle s'impose entre le sort réservé aux livres hexagonaux et ce qui, à l'étranger, passe pour typiquement français, la mode, les vins et les parfums : de même qu'un Château-Margaux s'exporte mieux qu'un Kiravi, la haute couture que le prêt-à-porter, Lévi-Strauss trouve plus facilement preneur que le prêt-à-penser.

Chronologiquement, l'intérêt des éditeurs étrangers s'est porté sur l'existentialisme, puis sur le nouveau roman, le structuralisme et l'école historique des Annales. Etre perçu, à tort ou à raison, comme le représentant de l'un de ces courants est un atout. Foucault, pourtant inclassable, est parfois tenu à l'étranger pour un structuraliste comme il le fut, un temps, en France. Son Histoire de la folie a, par exemple, été vendue aux Etats-Unis à quelque deux cent mille exemplaires.

Dès lors que la qualité paie et que le typé et le classable favorisent les ventes, le succès à l'étranger des Editions de Minuit se comprend. Depuis quarante ans, avec prudence mais avec un jugement très sûr (" Pas plus de vingt-cinq titres par an "), Jérôme Lindon a inscrit à son catalogue Beckett et Duras, Bourdieu et Claude Simon, ainsi que d'autres tout aussi fameux. Quoi qu'on pense du nouveau roman - une spécialité maison, - son aura continue de profiter au label Minuit. Ce n'es pas faire injure à un Echenoz (Lac) ou à un Toussaint (la Salle de bain) que d'affirmer que s'ils s'exportent bien, eux aussi, ils le doivent en partie à la réputation de Minuit.

Les goûts des éditeurs étrangers expliquent que, comme Minuit, Gallimard, Le Seuil ou les Presses universitaires de France écoulent plus aisément leur production à l'étranger que les éditeurs qui visent avant tout un large public.

Pour autant, l'optimisme est relatif parmi ceux qui sont les mieux lotis. Le livre facilement exportable reste une denrée rare, surtout en littérature. Seule consolation, l'histoire, la vraie, grâce à laquelle Flammarion a récemment cédé, dans six pays, les droits de traduction du volumineux et remarquable Dictionnaire critique de la Révolution française, de François Furet et Mona Ozouf (1 130 pages, 450 F dans sa version française).

Tous les éditeurs le disent : c'est une chance aujourd'hui de compter dans son " écurie " un représentant de la " nouvelle histoire ", celle qui, dans le sillage de Marc Bloch et de Lucien Febvre, a ouvert la voie à une approche du passé plus sociologique, moins événementielle. Les livres de cette veine-là sont très appréciés à l'étranger et trouvent facilement preneurs.

Ce serait plutôt l'inverse pour les littérateurs d'aujourd'hui, dont le drame semble moins tenir à leur talent (chacun peut en discuter) qu'à leur incapacité, souvent, à se faire apprécier des lecteurs étrangers. Teresa Cremisi (Gallimard), qui a longtemps observé d'Italie la production française, estime que, si certains de nos romanciers s'y vendent difficilement, cela ne tient pas à leur qualité mais au rayonnement potentiel de leur Óuvre : "L'horizon des auteurs français est généralement très limité, même s'ils ne sont pas les seuls dans ce cas : peu d'écrivains, aujourd'hui, savent se faire entendre du monde entier, que leur lecteur ait seize ans à Tel-Aviv ou quatre-vingt-douze à Oslo." Et de citer, a contrario, Garcia Marquez, Calvino, Kundera ou Nabokov.

Autre enseignement de ces comparaisons internationales, le brio très français à la Sollers s'exporte mal, et il n'est pas rare d'entendre des étrangers parler, comme Teresa Cremisi, d'une "baisse d'image" de la littérature française contemporaine. Encore que cela varie selon les pays. Le livre français, sciences humaines comprises, reste prisé, on l'a dit, en Allemagne, tandis qu'il a une certaine peine à se frayer un chemin aux Etats-Unis.

La situation dans ces deux pays est, du coup, en tous points contrastée. Quelque cinquante-cinq mille titres ont été publiés l'année dernière aux Etats-Unis, dont 3,8% sont des traductions, contre environ soixante-cinq mille en Allemagne fédérale, dont 14,2% d'ouvrages étrangers. Si le livre français se vend mieux outre-Rhin qu'outre-Atlantique, c'est qu'il s'en publie davantage en Allemagne, pour une population quatre fois inférieure, mais qui demeure relativement fidèle à l'écrit.

La stratégie des éditeurs français n'est évidemment pas la même dans les deux cas. Très aidés par les pouvoirs publics, ils entretiennent à New-York, capitale américaine de l'édition, un bureau du livre français chargé de prospecter ce marché très difficile. Les éditeurs allemands, au contraire, surveillent de près la production française, à l'affût de la moindre parution, grâce à une dizaine de têtes chercheuses ("scouts" dans le jargon du métier) installées à Paris.

L'une de ces " scouts ", Verena von der Heyden, est fière d'avoir remporté pour Klett-Cotta (Stuttgart) les droits de l'Identité de la France, de Fernand Braudel. Pas moins de cinq éditeurs allemands étaient demandeurs et les enchères, sur lesquelles elle ne veut rien dire, semblent avoir été rudes.

Les crédits alloués au bureau du livre de New-York et les aides à la traduction, distribuées aux éditeurs étrangers par le ministère de la culture, permettent à la production française d'occuper la première place aux Etats-Unis. Cinq cent soixante-dix livres traduits du français ont vu le jour en 1988 dans ce pays, contre cinq-cent-un traduits de l'allemand (vient ensuite, loin derrière, le russe : cent quatre-vingt-cinq ouvrages).

Grâce à cette politique volontariste, le bureau de New-York a placé auprès des éditeurs américains deux cent onze titres français, dont soixante-quatre romans, depuis son ouverture, à l'été 1983. Compte tenu des frais de fonctionnement de ce bureau, le coût de l'opération s'élève à 26 000 francs par droit de traduction cédé, selon les calculs de Jean-Marc Salmon, le responsable de cette tête de pont française en terre éditoriale américaine.

Cela fait plutôt cher, mais il faut ce qu'il faut : le marché américain est un marché locomotive qui ouvre les portes de la plupart des pays de langue anglaise et a une grosse influence sur les autres éditeurs étrangers. Les PUF, par exemple, ont été récemment contactées par une maison japonaise qui voulait acheter les droits de Bruits, de Jacques Attali, et n'en connaissait que la version américaine. Vendre aux Etats-Unis devient, par conséquent, de plus en plus vital : s'il n'était pas mieux reconnu outre-Atlantique, le livre français pourrait être condamné un jour au provincialisme.

- La Maison du livre et des écrivains de Montpellier organise, dans le cadre de l'Espace français à Francfort, une exposition sur le phénomène de la " petite édition ". Une table ronde, réunissant des éditeurs français, portugais, espagnols, italiens et grecs, aura également lieu dans le Pavillon bleu, vendredi 13 octobre à 11 heures.

Il y a des rires, des parfums, de la musique, des fleurs dans ce récit dont la tendresse douloureuse reste toujours pudique et légère. " C'est l'histoire d'une fille qui aime sa mère et qui veut la sauver ", mais qui, prise entre les tentations contradictoires de se consacrer à elle et de l'oublier, ne sait que la " perdre " dans la forêt, au quatrième étage d'un hôpital, dans une chambre dont la porte est ornée d'une Rosa gallica. Mais " on ne guérit jamais d'une mère quand on la sait enfermée au milieu des arbres ".

Auprès d'elle, qui " confond les heures de sa vie " et dont quelques allusions - psychothérapie, mauvaise irrigation du cerveau - suggèrent la maladie, sa fille, la narratrice, décide de faire vivre, d'" inventer pour toujours " l'autre mère, la musicienne, la magicienne, la danseuse aux blouses fleuries, celle de ses souvenirs d'enfance.

Entre mère et fille, l'inquiète ferveur du récit tisse un lien lyrique, " elle m'ayant donné la langue et moi lui traçant le dessin de ses jours ". Peu à peu, entre douleur et douceur, la chambre Rosa gallica devient presque apaisante, non plus terre étrangère, mais espace de lumière, d'harmonie, à travers le tournoiement des mots, le vertige des sensations et des émotions.

La guerre de 1870 est bien oubliée. Pire : nos vagues souvenirs la font ringarde et vaine. Et, de fait, en moins de huit mois, Français et Prussiens se livrèrent bien la dernière bataille à l'ancienne, avec charges de cavalerie, sièges réglés, remises d'épées et code de l'honneur. Mais Stéphane Audoin-Rouzeau, en bon historien du sentiment national, sait dire excellemment que ce conflit fut une sorte de répétition générale de l'affreuse " modernité " de la Grande Guerre, avec une logistique plus industrielle, la révélation de la puissance du feu et le spectacle de la boucherie des assauts massifs. A travers une étude minutieuse de la mobilisation des Français et de la naissance à chaud de la " Revanche ", ce livre limpide et fort bien écrit marque l'étape, très importante, de 1870 dans l'achèvement de l'unité française. La réussite républicaine des années 1880 et l'Union sacrée de 1914 étaient en germe à l'heure de Sedan.

L'Axe rouge partage la ville. Il y a la Basse et la Haute, la misère et l'opulence. On s'y bat. Deux êtres vont se croiser, Palace, ancien athlète, champion déchu, ombre errante, et Lagan, jeune soldat acheté comme un chien par un riche aveugle. Palace, qui a appris que " l'arc-en-ciel n'est pas la porte du paradis entrouverte ", découvre la ville et ses horreurs, se laisse embrigader par l'une des armées qui se disputent le moindre morceau de terrain. Lagan guide son maitre dans les quartiers douteux et lui décrit le spectacle de la foule, des cabarets, des filles.

L'un et l'autre sont absorbés par la ville d'apocalypse où le crime tient lieu de loi, la violence, de banalité. A cette ville imaginée par Bernard Mathieu, le lecteur a vite fait de donner un nom nullement imaginaire. Beyrouth, bien sûr... Dense, multiforme, d'intérêt toujours renouvelé, d'une écriture au rythme brisé correspondant bien à ce qu'elle décrit ou suggère, ce roman est de ceux qui demandent au lecteur une participation active, et de ne pas se laisser aller comme l'aveugle confortable. Un roman exigeant, sans doute, mais de qualité.

Le nouveau collège de la Commission des opérations de Bourse (COB) a été installé, mardi 10 octobre, par Mr Pierre Bérégovoy, ministre de l'économie et des finances. Présidé par Mr Jean Saint-Geours (le Monde du 5 octobre), il comprend huit membres : Mr Philippe Lagayette, sous-gouverneur de la Banque de France, Mr Jean-Pierre Plantard, conseiller à la Cour de cassation, Mr Pierre Rivière, conseiller d'Etat, Mr André Delion, conseiller maitre à la Cour des comptes, Mr Gilles Brac de la Perrière, président du conseil du marché à terme, Mr Régis Rousselle, président du Conseil des Bourses de valeur, auxquels se sont ajoutés deux personnalités cooptées en raison de leur compétence : MM Roger Papaz, directeur général des Assurances générales de France, et Jacques Bonnet de la Tour, ancien conseiller du groupe Elf-Aquitaine.

Evoquant les nouveaux pouvoirs que la loi du 2 août 1989 a donnés à la COB, notamment celui de sanctionner elle-même les pratiques irrégulières, Mr Bérégovoy a déclaré : " S'il y a un profit illicite, il doit être repris ", avec la possibilité d'une amende supplémentaire. Le ministre a voulu marquer les domaines respectifs des intervenants : l'autorisation préalable du juge est indispensable dans certains cas, les autorités de marchés assureront la réglementation du fonctionnement de ces marchés et la discipline des professions, et la COB sera responsable de la protection de l'épargne. " Nous souhaitons vous aider en toute indépendance ", lui a répondu Mr Saint-Geours.

ALORS là, mes enfants, je me marre, moi, aujourd'hui. Ça faisait des mois que je suppliais mes chefs : Je veux faire un truc sur ce machin-là, tout grinçant, tout rouillé, qui date de l'après-guerre... Comment ça s'appelle, déjà, ah! oui, la grille des salaires.

- Non, mais ça va pas! C'est pas parce que tu fais pipelette dans un journal où on s'occupe d'affaires sérieuses que tu vas t'en mêler. Tu sais ce que c'est, peut-être, le GVT solde ou l'effet de noria? Bon, alors tu retournes bien gentiment dans ta loge bavasser avec tes copines et tu nous fiches la paix.

Très bien. Et puis là, ce matin, qu'est-ce que j'entends à la radio? Il y vient, mon Rocky, à cette fameuse grille destinée à garantir les avantages acquis dans la fonction publique. Enfin, il y vient, façon de parler, on l'y a poussé, acculé. Sous la menace. Qui on? Ben, les agents de la fonction publique, justement.

Oui, ben, débrouillez-vous comme vous voudrez, mais si vous refusez de casquer, on ferme le tiroir-caisse, c'est pas compliqué. Les députés, les militaires, les diplomates et autres pensionnés, sans oublier les ministres - t'entends, Béré? - leur paye d'octobre, ils peuvent toujours se l'accrocher. Avouez que c'est fabuleux, les fonctionnaires qui se prennent en otage entre eux! C'est vraiment cette chienne de grille qui se mord la queue.

Voyez à quoi tiennent les choses? Si on m'avait laissée lui dire deux mots, dès l'an dernier, à mon Rocky - Tu vas me foutre en l'air ces vieux verrous vermoulus avant qu'on t'y oblige à grands coups de pied dans le cul, - on n'en serait pas arrivé là.

Pardon qui? Pardon Bibi.

Un épais brouillard continue de flotter, au palais Garnier, au-dessus du fauteuil du directeur de la danse. Sur le carton d'invitation à la soirée de réouverture, le 20 octobre, ou peut lire, parmi les noms des puissances invitantes : "Rudolf Noureev, directeur artistique de la danse." C'est faux : le contrat de Noureev a expiré le 31 août. Et le contrat suivant, signé par lui en juin, ne l'est toujours pas par le président de l'Opéra, Pierre Bergé.

Le bouillant Tatare parcourt en ce moment les Etats-Unis, en vedette de la comédie musicale The King and I (il y tient le rôle que joua quatre mille six cent vingt-cinq fois Yul Brynner, jusqu'à sa mort, en 1985). Il s'amuse comme un fou et remporte des triomphes, des standing ovations. Le contrat qu'il a signé avec les producteurs américains sera définitif le 11 février, il s'engagera alors pour quatre-vingt-cinq semaines de tournées... si rien ne s'est conclu avec Paris.

Il a envoyé son calendrier à Pierre Bergé, indiquant ses dates libres pour l'Opéra; Pierre Bergé juge inadmissible que l'Opéra ne soit pas prioritaire et ne soit qu'un bouche-trou dans l'agenda de Noureev. On en est là, la situation pourrit doucement.

"Je n'ai pas cédé devant Barenboim, je ne céderai pas devant Noureev, dit tranquillement Bergé. Il a signé pour The King and I sans demander l'autorisation de l'Opéra, sans nous prouver que ses tournées seraient compatibles avec sa présence ici. Personne plus que moi ne l'a soutenu, n'a désiré trouver un accord; mais il est évident que j'ai besoin d'un directeur de la danse qui soit là au moins six mois par an. Il ne veut pas résider à Paris, pour raisons fiscales, plus de six mois par an ? Je l'admets ; mais qu'au moins ces six mois soient effectivement passés à Paris, ce qui n'a jamais été le cas. Et que les dates soient choisies en fonction des besoins de l'Opéra, non de ses besoins à lui. "

Noureev ne pardonne pas à Jean-Albert Cartier, administrateur du palais Garnier, d'avoir invité dans la saison qui commence le Béjart Ballet Lausanne (il est brouillé avec Béjart) et Christina Hoyos (il estime que le flamenco n'a pas sa place à l'Opéra). Par ailleurs, il ne renonce pas à imposer son protégé Kenneth Greves, vingt et un ans, qu'il avait fait danser dans le Lac des Cygnes en juin, à la grande fureur du ballet.

" Je ne conçois pas un palais de la danse se passant de Béjart, poursuit Pierre Bergé. Jean-Albert Cartier a donc parfaitement fait son métier en l'invitant. Il est hors de question que Noureev ait le pouvoir absolu, il doit travailler avec l'administrateur. Quant à son entêtement au sujet de Kenneth Greves, j'en reste sans voix : il sait que le ballet et les étoiles se mettront en grève s'il l'impose. "

Et de parcourir le lourd dossier Noureev : " Une bouteille thermos lancée à la tête d'Elisabeth Platel, l'exil de Patrick Dupond à Nancy, l'incapacité de trouver un accord avec Sylvie Guillem... Noureev est donc en position conflictuelle avec la troupe autant qu'avec l'administration. "

Alors ? " Je souhaite parvenir à un accord dans l'intérêt de l'Opéra, conclut Pierre Bergé. Si ce n'est pas avec Noureev, je trouverai quelqu'un d'autre. "

Dans les coulisses, où l'on a l'impression qu'il temporise pour laisser à Noureev la responsabilité de la rupture, des noms circulent. Mikhail Baryshnikov, qui vient de quitter la direction de l'American Ballet Theatre? Peu probable : ce serait échanger une star contre une autre, qui pense d'abord à sa carrière (" Misha " veut se lancer dans le théâtre et le cinéma. Il a formellement démenti, mardi 10 octobre, les rumeurs qui courent sur son éventuelle nomination. Bergé affirme quant à lui qu'il n'a pas rendez-vous avec lui cette semaine, comme cela a été annoncé dans la presse). Helgi Tomasson? Ce brillant danseur, formé à l'école du ballet danois puis chez Balanchine, dirige depuis quatre ans le San Francisco Ballet, qu'il a élevé à un niveau remarquable. On parle aussi d'étoiles de l'Opéra : Noëlla Pontois, qui est à la retraite, Michaël Denard, qui va bientôt l'être...

Les danseurs du palais Garnier se sont réunis, lundi dernier, pour débattre de la situation. A New-York, Noureev attendait l'issue de cette concertation, disant qu'il ne reviendrait pas si les danseurs se liguaient contre lui. Mais les danseurs n'ont pas tranché (ils n'aiment pas Noureev, dont l'odieux caractère n'est un secret pour personne, mais celui-ci emmène souvent ses chouchous dans de juteuses tournées...). Ils ont simplement déclaré vouloir " un directeur de la danse, lui ou un autre, qui soit là ".

Quant à Jean-Albert Cartier, placide, il se borne à rappeler que tous les programmes et distributions de la saison ont été faits par Noureev - excepté Béjart et Hoyos. Et à réaffirmer qu'" un théâtre désormais consacré à l'art chorégraphique ne peut fonctionner que s'il y a entente et collaboration entre l'administrateur et le directeur de la danse, quels qu'ils soient ".

Il y a dans l'ultime et immense roman de Dostoievski, les Frères Karamazov, une réplique lancée par Dmitri, l'ainé, qui, en quelques mots, donne l'une des clés de l'Óuvre : " Le cÓur des hommes n'est qu'un champ de bataille où luttent Dieu et le diable. " Elle a manifestement frappé l'imagination d'une jeune femme, Anita Picchiarini, qui, un jour de folie, il y a longtemps déjà, a décidé de transposer cet ouvrage au théâtre. Mais, depuis qu'en Europe le canon s'est tu, il a fallu inventer de nouveaux champs de bataille - certains s'y essaient dans les stades de football - ou retrouver ces lieux d'affrontement, entre violence et passion, barbarie et religion, profane et sacré, que sont, par exemple, les arènes.

C'est donc sur la piste de terre noire d'une arène de bois brut que vont prendre chair devant nous les héros de Dostoievski. Le grand suspense métaphysique de la littérature européenne peut commencer. Il verra le quatrième jour la mort du vieux père Fiodor et de son fils illégitime Smerdiakov. Le destin des trois frères Karamazov laissera d'autant plus un sentiment d'inachevé - Dostoievski avait entamé la suite d'une sorte de biographie d'Aliocha, le benjamin - qu'en tuant la figure du père ils auront tué en eux l'ultime chance de croire en Dieu.

L'adaptation patiente - quatre années de labeur - intelligente, brillante d'Anita Picchiarini, sans rien céder de son goût du théâtre, est d'une fidélité exemplaire à l'Óuvre romanesque. Elle respecte, presque à la lettre, le déroulé de l'intrigue, depuis la phase initiale quasi mystique de la rencontre entre Aliocha et le starets Zosime jusqu'à la mise à mort de Fiodor. Seule exception pourtant : Anita Picchiarini a considéré justement que les dernières pages du livre relevaient plutôt des prémices du roman qui devait suivre que de la fin des Frères Karamazov.

Dans ce spectacle à la plastique soignée, comme s'il était dessiné au fusain, Aliocha (Michel Bony), adolescent tout empreint du sentiment religieux inculqué par Zosime (Michel Valette), assiste passivement aux déchainements des passions dans sa famille. Il est bien le " spectateur " imaginé par Dostoievski : rêveur presque fantomatique, innocent, doux, opposant son sourire pâle à maints épisodes atroces. Dmitri (Jean-Louis Grinfeld), moins sensuel dans l'arène que dans le roman, ou que dans notre imagination, est bien cet être noué, poussé par des vents tempétueux et contraires. Ils trouvent en sa personnalité autant d'échos de l'affrontement entre tendresse et cruauté, entre orgueil et générosité. Ivan (Marc Berman) est tout cynisme froid, calcul, nihilisme actif, poussant ses proches comme pions sur une terre fangeuse.

Il y a aussi Smerdiakov (Philippe Duclos), le faux frère, larbin à la solde de Fiodor, bien moins débile dans la pièce que dans le livre, exécutant conscient des basses Óuvres d'Ivan; Katia Ivanovna (Sophie Paul), jolie jeune femme aux dons un peu retors qui maitrise mal une table des calculs qu'elle ne sait pas par cÓur; Grouchenka (Christine Joly), jeune et violente épicurienne, sensuelle, chavirante, excessive. Groucha tournera les sens de Dmitri, des autres, et de Fiodor (François Kuki), figure de père rongée par l'alcool. Mais ses traits s'éclairent encore à l'amusement de tenir dans sa main les cordons de la bourse, et donc le moteur de l'avenir des enfants.

Anita Picchiarini n'a pas éludé l'un des passages-clés des Frères Karamazov, celui que l'on pourrait appeler le " monologue de l'inquisiteur " : Ivan imagine que si le Christ était revenu sur terre, l'Eglise l'eût condamné comme hérétique. Comme si un quelconque message d'amour était aujourd'hui, comme à la fin du dix-neuvième siècle, plus dangereusement révolutionnaire qu'apaisant. La modernité du livre de Dostoievski éclate dans ce spectacle inattendu et donc d'autant plus réjouissant. Ses artisans ont retenu dans leur interprétation les leçons d'un siècle qui a vu, une à une, s'effondrer les idées fortes du passé et conforter les quelques idées simples qui font et les grands livres et les grands spectacles. En contrepoint de cette lecture attentive du roman, quatre musiciens de l'ensemble Ars Nova accompagnent, sur une partition de François Grandsir, très sage dans ses audaces, le déroulement de l'action dans ses phases d'emballement et de syncope. C'est très beau.

Sans vouloir aucunement attenter au travail d'un groupe entier, où Michel Valette et Sophie Paul doivent encore progresser, on se souviendra pour terminer de l'intelligence, de la sûreté, de la passion du jeu de Marc Berman et Christine Joly. Lui, exalté, préfigure, comme si c'était facile, tous les froids dictateurs du siècle; elle, est toute sensualité, érotisme presque, liberté. Ils donnent tous les deux aux héros de Dostoievski et au très beau spectacle d'Anita Picchiarini - metteur en scène dont désormais on attendra beaucoup - cette chair nerveuse et belle que l'on avait pressentie dans le livre. Au-delà du mysticisme un peu lourd du roman, ils savent nourrir deux figures de l'histoire romanesque de leur sensibilité, troublée, inquiète, vibrante, superbement actuelle.

Mr Edmond Alphandéry, député UDC de Maine-et-Loire, affirme, mercredi 11 octobre, que " des fonds auraient été prélevés sur des cotisations sociales des salariés " de l'EDF, et qu' " ils auraient été détournés à des fins syndicales et même personnelles ".

Mr Alphandéry - qui devait interroger le gouvernement sur ce sujet mercredi après-midi lors des " questions d'actualité " - affirme notamment avoir " pris connaissance de tracts d'origine syndicale circulant à l'EDF ", et " rapportant des faits particulièrement graves ". Selon le député centriste, " la gestion des Óuvres sociales EDF-GDF ", qui correspond, affirme-t-il, " à un budget de plus de 2 milliards de francs lourds ", " présente des lacunes au détriment des assurés ".

Petite, carrée, portant lunettes, Sabine Weiss est une figure débonnaire du monde photographique. Née en Suisse en 1924, elle photographie depuis 1938 et s'installe en 1945 à Paris où elle rencontre son futur mari, le peintre Hugh Weiss.

Comme tant d'opérateurs de sa génération, elle consacre son temps aux travaux de commande. Assistante de Willy Maywald, qui la portraitura jeune fille, elle pratique la mode, la publicité, le reportage. Armée de son Rolleiflex, elle pose sur les êtres et les situations un regard chaleureux.

Son credo ? Exprimer l'essentiel de l'homme en un instant. Elle l'applique sous toutes les latitudes, à Bombay, à Athènes ou à Jérusalem. Sous son objectif, même la misère affiche un masque rieur. " Garder en images ce qui va disparaitre, fixer l'éphémère " sont, pour elle, autant de manières de raccrocher le particulier à l'universel.

Au fil des images se tisse ainsi le portrait pittoresque, un peu uniforme, d'une humanité sans âge ni frontières. Les enfants, les vieillards ou les femmes, qu'elle observe à la dérobée, d'un Óil réservé, sans rien dénoncer, forment une seule famille que sa présence bienveillante suffit à consoler : " J'aime le contact avec les gens ", dit-elle simplement.

C'est à tort qu'elle regrette ses commandes de mode réalisées pour Vogue, de 1953 à 1960. Son sens de la composition fait merveille dans la Petite Fille avec un oiseau, posé en studio, tout comme dans ses natures mortes. Pour l' il, elle a fait le portrait d'artistes célèbres. Giacometti dans son atelier, Bacon lors d'un vernissage, Braque en melon chez Maeght. " J'ai moins de mérite, confie-t-elle. Les gens connus sont faciles à photographier car ils sont intéressants par eux-mêmes. "

En marge des travaux professionnels, représentés par Rapho où Robert Doisneau la fit entrer en 1953, elle photographie aussi pour son plaisir. Sa période la plus intéressante se situe entre 1950 et 1953, sans qu'elle-même puisse l'expliquer. Ainsi du Cheval ruant, porte de Vanves, et du Restaurant Coquet, où, dans l'embrasure d'une fenêtre, s'enlace un couple échappé d'un tableau de Hopper.

Et puis, il y a les vues nocturnes, trempées dans des noirs charbonneux, proches de Brassai et qui contiennent une poésie, une densité, une intériorité absente de ses clichés humanistes. C'est le cas de cet instantané très cinématographique du facteur pris à Lyon en 1950. Et de ce quidam mitraillé à contre-jour, filant dans les couloirs du métro, en 1955, silhouette aussi insaisissable et inquiétante que le héros du Troisième Homme de Carol Reed.

Ces photos d'atmosphère, moins émotionnelles qu'esthétiques, dont Sabine Weiss déplore qu'elles soient " trop belles et faisant de l'effet ", sont les plus réussies de cette rétrospective.

Emotion aux Pays-Bas, interpellation au Parlement, campagne de presse, l'Institut néerlandais de Paris, vitrine de la culture hollandaise en France et qui fonctionne depuis plus de trente ans, menace de fermer ses portes.

A son actif, une série de concerts, de rétrospectives et d'expositions, en particulier dans le domaine des arts plastiques où il fait découvrir au public parisien, les grands musées hollandais classiques et contemporains. Sans parler de l'indispensable travail quotidien propre à ce type d'établissement : initiation linguistique, cours de civilisation, etc. A son passif, un équilibre financier précaire aggravé par la menace d'une sérieuse augmentation de loyer. Il s'agit donc, comme d'habitude, d'une (grosse) poignée de florins à trouver. Mais aussi d'une situation juridique assez embrouillée qu'il faut vite démêler, sous peine de voir l'institut mettre la clé sous la porte au moment où tous les pays européens multiplient les échanges culturels.

L'Institut néerlandais est né de l'initiative de Frits Lugt. Ce collectionneur originaire d'Amsterdam avait rassemblé un fonds de dessins impressionnant, réuni au sein d'une fondation, Custodia, fixée à Paris dès 1947, au 121 de la rue de Lille dans l'ancien hôtel Turgot. La fondation est chargée grâce à son capital de gérer et d'augmenter cette collection. Celle-ci est montrée au public par l'intermédiaire d'expositions thématiques. En 1957, Frits Lugt permet à un institut nouvellement créé de s'installer dans l'hôtel voisin qui lui appartient également - celui de Lévis-Mirepoix. L'adresse est la même que la Fondation Custodia. L'institut qui dispose de plus de 2000 mètres carrés ne paye pas de loyer et son budget est assuré par la Fondation et par l'Etat néerlandais, 50% chacun.

Frits Lugt meurt en 1970. Quelques années plus tard, la Fondation Custodia connait des difficultés financières. En 1976, les Pays-Bas prennent en charge la totalité du budget de l'institut (aujourd'hui 2 millions de florins). En 1983, la Fondation Custodia reçoit un loyer pour l'espace qu'elle prête à l'institut : 400000 florins par an. Celui-ci doit être lourdement réévalué : il doit passer à 800000 florins. Les tuteurs de l'institut trouvent l'addition trop salée et avisent Custodia qu'à partir du 1er janvier 1990 le contrat ne sera pas renouvelé.

Après un préavis de six mois, l'institut devrait fermer ses portes définitivement : le 1er juillet 1990. Et cette menace a toutes les chances d'être mise à exécution tant la situation légale de l'institut est compliquée. Il dépend, en effet, de trois ministères : de celui du bien-être, de la santé et de la culture, de celui de l'éducation nationale et de celui des affaires étrangères. Chacun, bien sûr, renvoie la balle aux autres. Certains proposent le démembrement de l'institut qui deviendrait une sorte d'organisation informelle destinée à organiser des expositions itinérantes dans les grandes villes françaises.

Devant le tumulte occasionné aux Pays-Bas, par cette éventualité, les négociations doivent reprendre avec Custodia. Une simplification de la tutelle de l'Institut (il ne relèverait plus que du seul ministère de la culture) est aussi envisagée.

Ionesco a toujours eu " une immense admiration pour le Père Maximilien Kolbe, pour son sacrifice surhumain. Ma petitesse et mon insuffisance spirituelle ne m'empêchent pas d'être émerveillé par les quelques exemples vivants que les élus nous donnent ".

A l'Académie française, le Père Carré mit en rapport l'écrivain avec un jeune compositeur, Dominique Probst (de la famille des Casadesus), qui voulait faire un opéra sur le prêtre polonais, une commande de Bernard Lefort que ses successeurs au Palais Garnier n'honorèrent pas.

Cet opéra, créé l'an dernier à Rimini, vient d'être donné deux fois par l'ASSECARM (1) du Nord-Pas-de-Calais dans la cathédrale d'Arras, sous la coupole supportée par de gigantesques piliers à la manière de Soufflot, l'évêque ayant estimé à juste titre que c'était bien la place de ce moderne " mistère " d'Auschwitz.

Dans un décor sinistre de hautes potences se déroule d'abord une action violente : la fuite d'un prisonnier, les otages condamnés à mourir de faim, le Père Kolbe prenant la place d'un père de famille ; puis le drame tourne à l'oratorio philosophique, reflétant " la croyance et les doutes " de Ionesco, un des prisonniers jetant l'absurdité du monde à la face du prêtre, qui ne répond que par l'amour et la bénédiction. Un admirable chÓur d'enfants conclut.

La mise en scène réaliste, mais très sobre, de Tadeusz Bradecki laisse au premier plan le texte de Ionesco. Celui-ci, comme paralysé par son sujet, ne sort guère d'un ton hagiographique assez conventionnel, malgré sa ferveur. Et, de même, Dominique Probst hésite entre divers styles vocaux, du Sprechgesang à l'opéra du dix-neuvième siècle et au cantique moderne, alors que son écriture pour un étonnant orchestre (petite flûte, trompette, contrebasson, deux percussions, orgue et piano), bien plus libérée, fait preuve d'imagination sonore et crée une atmosphère pathétique, amplifiée par l'énorme réverbération de la cathédrale.

Très bonne interprétation par une troupe nombreuse, où l'on remarque surtout Andrea Snarski (le Père Kolbe), très émouvant et dont on ne perd pas un mot, et un ensemble instrumental sous la direction d'Olivier Holt.

Les députés ont commencé, mardi 10 octobre, l'examen du livre I du projet de loi portant réforme des dispositions générales du code pénal, présenté au nom du gouvernement par Mr Pierre Arpaillange, garde des sceaux. Adopté par le Sénat le 19 mai 1989, ce texte est le premier d'une série de quatre que les deux assemblées devraient examiner avant la fin de l'année 1991. Le Parlement aura également à débattre dans le futur de deux autres projets, l'un réformant le code de procédure pénale afin de tenir compte des modifications apportées, l'autre concernant le cas particulier des mineurs délinquants. Rédigé lorsque Mr Robert Badinter était garde des sceaux, le titre I du code pénal modifie le code Napoléon de 1810 dans trois domaines : l'application de la loi pénale, la responsabilité pénale et l'échelle des peines. Après la discussion générale, les députés devaient aborder mercredi et jusqu'au jeudi 12 octobre l'examen des articles du projet de loi.

On n'a pas tous les jours, à l'Assemblée nationale, l'honneur de travailler pour une partie d'éternité. De cela, les députés de droite comme de gauche étaient conscients. Aussi ont-ils pris soin d'appeler à témoin de leurs propos Montesquieu, bien sûr, mais aussi Balzac, Marat, Benjamin Constant, Machiavel ou encore Cesare de Beccaria. Seulement, l'éternité, même partielle, c'est encore un peu loin quand on est élu pour cinq ans. Alors, on a aussi fait de la politique : et, entre deux citations de l'Esprit des lois ou de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, on a glissé le conflit des gardiens de prison, le malaise du corps judiciaire, ou les " affaires " de fausses factures. On a même retrouvé, indirectement, des considérations aussi essentielles que l'échec de la motion de censure sur la loi de programmation militaire et les débats - éternels eux aussi ? - sur le fonctionnement de l'intergroupe de l'opposition.

Pour Mr Jacques Toubon (RPR, Paris), l'éternité n'est sans doute qu'une succession de moments immédiats. Et, en ce moment, le RPR est dans l'opposition. Foin donc de grandes considérations sur un code séculaire, et place à la politique. Défendant, au nom de son groupe, une question préalable (tendant à prouver qu'il n'y a pas lieu à délibérer sur un texte), il a jugé cette réforme " inutile, dangereuse, inopportune ". Pour le député de Paris, l'urgence aujourd'hui n'est pas de réformer le code pénal mais de mettre en oeuvre un véritable " plan justice ".

Politique toujours, et à lecture immédiate, a été en conséquence le vote sur cette question préalable, qui ne fut rejetée que par 279 voix contre 225. Le RPR, que l'on croyait isolé au sein de l'opposition sur cette stratégie du refus total de débattre du projet, venait de recueillir le soutien des députés UDF. Un changement à 180 degrés, intervenu dans l'après-midi, lors d'une réunion du groupe UDF qui, à une faible majorité, avait décidé de s'associer à cette question préalable. Une position qui n'était pourtant celle ni du président du groupe, Mr Charles Millon, ni celle de son principal orateur dans le débat, Mr José Rossi, plutôt enclins à un examen indulgent du texte.

Comme rien, sur le fond du projet, ne pouvait expliquer ce revirement subit, Mr Rossi fut contraint d'en appeler, en guise de justification, à...la mauvaise conscience des députés UDF, qui, la veille, n'avaient pas voulu, dans leur majorité, s'associer à la motion de censure du RPR. Ce sont d'ailleurs les mêmes qui, lundi 9 octobre, s'étaient opposés avec la plus grande fermeté à cette motion de censure - notamment MM Hervé de Charette, André Rossinot et Philippe de Villiers - qui défendirent cette fois avec acharnement la stratégie commune UDF-RPR. Une " pesanteur oppositionnelle " qui, selon Mr Rossi, pourrait bien conduire le groupe UDF à voter contre ce projet. Seul le groupe UDC, représenté en séance par Mr Jean-Jacques Hyest (Seine-et-Marne), s'est refusé aux états d'âme à courte portée, en réaffirmant sa volonté de participer d'une façon constructive aux débats.

De la réforme du code pénal, on a donc quand même parlé, longuement. Le rapporteur du projet de loi, tout d'abord, Mr Philippe Marchand (PS, Charente-Maritime) a évoqué les difficultés auxquelles risquent d'être confrontés les magistrats pendant les trois années que dureront les travaux parlementaires, chacun ne pouvant " totalement ignorer la volonté nouvelle du législateur, avec les conséquences que cela entraine ". Mr Marchand a également enjoint ses collègues de " se détacher de la technique et de réfléchir " et ne pas faire du code pénal " un enjeu politique ". " Il n'y a pas un bon code pénal de gauche et un mauvais de droite, et inversement ", a observé le rapporteur.

Le garde des sceaux, ensuite, n'a pas voulu frustrer les députés de la grande fresque historique et sociologique qu'il avait dressée au printemps dernier devant les sénateurs. Bis repetita, donc, pendant une bonne heure, sur la cruelle imagination humaine en matière de peines, " la marque au fer rouge, le carcan, l'amputation du poing du parricide " et sur " la sagesse et l'enthousiasme " qu'exige cette tâche de réforme. Tenant toutefois compte des modifications importantes apportées par la commission des lois de l'Assemblée, Mr Arpaillange a réaffirmé sa volonté de voir reconnue la responsabilité pénale des personnes morales, même si elle doit peut-être être entendue dans un sens plus restrictif que celui adopté en commission (qui n'exclut de cette responsabilité que l'Etat).

Il a également donné son accord à la disposition, adoptée en commission, sur les peines accessoires - interdictions, incapacités et déchéances des droits civiques, - qui prévoit la suppression de leur automaticité en posant comme principe que pourraient seules être retenues contre un condamné les peines accessoires prononcées par le juge.

Dans la discussion générale, des oppositions sont apparues clairement entre les différents groupes, au-delà, pour certaines d'entre elles, des clivages traditionnels. Le groupe communiste a, par la voix de MrFrançois Asensi (Seine-Saint-Denis), rejeté un texte qui comporte selon lui " des dispositions répressives inspirées par l'idéologie sécuritaire ".

Pour Mr Hyest, orateur du groupe centriste, ce projet n'introduit pas " un grand chambardement " mais propose plutôt " une réécriture plus moderne " de la loi en tenant compte de " l'interprétation faite par la jurisprudence ". Face à une telle réforme, le législateur doit veiller, selon Mr Hyest, au respect de trois principes simples : s'agissant du coupable, " celui de la responsabilité des actes, celui de la possibilité toujours ouverte d'une réhabilitation et d'une réinsertion et celui de la personnalisation des peines " ; mais le législateur doit aussi avoir toujours présente à l'esprit " la nécessité de protéger la société et le droit des victimes ".

C'est donc " sur les bases d'un humanisme véritable et réaliste " que doit être apprécié le dispositif proposé. Ces tables de la loi centriste une fois édictées, Mr Hyest en a tiré quelques conséquences. Sur la légitime défense notamment, où il s'est distingué de ses collègues de l'opposition, en affirmant que " la défense d'un bien, dans n'importe quelle circonstance, ne saurait devenir un absolu ". Au nom d'une " certaine conception de la personne humaine " et du respect d'une " hiérarchie de valeurs " il est nécessaire, selon Mr Hyest, de maintenir " un principe de proportionnalité ".

Un point de vue que n'a pas partagé Mr Rossi, rappelant pour sa part que la légitime défense était un " droit " et que " la répression de son abus ne (devait) pas conduire la justice à menacer davantage celui qui se défend que son agresseur ".

Les trois groupes de l'opposition se sont en revanche retrouvés, certes avec des nuances, sur le problème de la nouvelle hiérarchie des peines proposées par le projet de loi. Pour Mr Hyest, le texte va vers une " clarification " et une " simplification ", et il s'est notamment félicité que les peines dites de sub-stitution deviennent des peines " à part entière ". Mais le député centriste, comme ses collègues de l'opposition, est hostile à l'allégement proposé de la peine de sûreté, qui " correspond aux besoins de la société vis-à-vis des délinquants les plus dangereux ". Nettement plus sévères, MM Rossi et Jean-Louis Debré (RPR, Eure) ont dénoncé les " dérives laxistes " du projet de loi en la matière. Quant à la systématisation des peines de substitution, Mr Rossi, comme MrDebré, ont demandé de la " prudence ", sous peine, pour le législateur, d'" accentuer la crise de confiance des citoyens vis-à-vis d'une justice dont ils attendent qu'elle punisse les auteurs d'infractions avec une sévérité effective et proportionnée ".

C'est ce même " risque " encouru face à l'opinion qui a conduit les députés de l'opposition à refuser le principe de l'abaissement à sept ans (au lieu de dix dans le texte du Sénat) du maximum de la peine correctionnelle instauré par la commission des lois. Une peine jugée insuffisante, notamment pour les délits liés au trafic de drogue. Un sentiment partagé d'ailleurs par le rapporteur du projet de loi, Mr Marchand et un certain nombre de députés socialistes, qui ont d'ores et déjà évoqué la possibilité de faire exception à la règle des sept ans pour ces types de délits.

L'éternité, ou peu s'en faut, devait être amendée par la politique, mercredi 11 et jeudi 12 octobre.

Les Noces de Pierrette, de Picasso, qui seront mises aux enchères le 30 novembre à la salle Drouot, à Paris, ne pourront sortir de France au profit d'un acheteur étranger que si le ministre de la culture, Mr Jack Lang, donne une autorisation dans ce sens. Exécuté en 1905, ce tableau appartient à un collectionneur suédois, mais il se trouve, en droit, sur le sol français. Il est donc soumis au régime d'une loi contrôlant les exportations d'Óuvres d'art. La décision du ministre de la culture aura des conséquences considérables sur la vente aux enchères. Si les Noces de Pierrette peuvent être achetées par un musée américain ou par une société japonaise, l'estimation sera supérieure à 300 millions de francs. Si le futur acquéreur ne peut sortir l'Óuvre de France, le prix sera nettement moindre. Une interdiction d'exportation, n'implique pourtant pas nécessairement une décision d'achat par les musées nationaux.

La communauté japonaise de Paris comprend trois cercles bien distincts : les étudiants, les artistes, les hommes d'affaires. Ces derniers, en particulier, vivent très repliés sur eux-mêmes, fréquentent peu les Français et ont sur la France un jugement très nuancé.

Au demeurant, ce n'est certainement pas un hasard si sept cent mille touristes nippons viennent chaque année visiter Montmartre et la tour Eiffel. Mais les Japonais qui sont installés dans la capitale ont vite fait de comparer le rêve et la réalité. Pour eux, Paris reste une ville agréable à vivre, mais ce n'est pas pour autant le paradis sur terre que l'on a pu parfois leur décrire.

Forte de vingt-cinq mille personnes, cette communauté japonaise de Paris est à la fois très fermée et très divisée. Fermée car les Japonais vivent entre eux, travaillent et habitent souvent dans les mêmes quartiers et connaissent finalement très peu de Français. Divisée car il n'existe pas une, mais trois communautés japonaises à Paris : celle des hommes d'affaires, celle des étudiants, celle des artistes. Trois communautés qui vivent parallèlement et se rencontrent rarement. " A Düsseldorf, c'est très différent. La communauté est beaucoup plus homogène, il n'y a pratiquement que des hommes d'affaires. Ici, c'est beaucoup plus disparate ", explique Kaoru Hagiwara, le directeur de la Banque de Tokyo à Paris.

Le prestige culturel de la capitale attire, en effet, beaucoup d'étudiants francophiles et d'artistes. Si tout le monde connait Kenzo, beaucoup moins nombreux sont ceux qui savent que deux mille peintres japonais viennent à Paris exercer leur talent. Pour Aki Kuroda, qui connait un succès certain et qui vit en France depuis une vingtaine d'années, " Paris est la seule place où l'on peut encore rencontrer des gens. Il y a beaucoup de galeries, beaucoup de centres d'art ".

Même en matière artistique, les Japonais ne perdent pas le sens des affaires. La majorité de ces peintres ne restent, en effet, que quelques mois en France, et leurs tableaux ne représentent souvent que Montmartre, la tour Eiffel ou les terrasses des cafés. Mais ce passage à Paris va leur permettre de se faire plus facilement un nom au Japon. A leur retour, leurs tableaux se vendent beaucoup plus... et beaucoup plus cher. Par contre, pour ceux qui choisissent l'art contemporain vraiment créatif, Paris n'apporte aucun débouché supplémentaire sur un marché au demeurant quasi inexistant.

Si un séjour à Paris peut être intéressant pour un peintre, ce n'est pas nécessairement le cas pour un homme d'affaires. Etre nommé en France ne constitue pas un " plus " dans une carrière. Londres ou Düsseldorf sont des places beaucoup plus recherchées.

En fait, la France n'est toujours pas considérée comme un pays complètement " sérieux " sur le plan économique. Elle demeure le pays des arts, de la culture, de la gastronomie. Désespérant. A croire que le TGV, Ariane-Espace ou les succès des Telecom n'ont jamais existé... " Certes vous savez inventer beaucoup de choses, concède Tei Shimizu, mais vous êtes incapables de les commercialiser efficacement. "

Le directeur de la Banque de Tokyo se veut, lui, plus rassurant : " Il est vrai que la France a longtemps été considérée comme un pays fermé, où il ne fallait pas investir; un pays figé. Mais depuis quelques années on s'aperçoit que cela change, que les choses bougent beaucoup. Paris a au moins une qualité, c'est sa place centrale qui permet de rayonner sur toute l'Europe. " Il est très probable, en effet, que, dans le cadre du marché unique de 1993, Paris séduise de plus en plus les investisseurs nippons.

Cela dit, lorsque Kaoru Hagiwara qualifie la France de " pays figé ", ne faut-il pas plutôt traduire pays qui résiste plus que ses voisins européens à l'" invasion japonaise "? Car la France a la réputation d'être l'un des marchés les plus difficiles à pénétrer pour les industries japonaises.

Cette communauté d'hommes d'affaires est en tout cas certainement la plus refermée sur elle-même. A la différence des étudiants ou des artistes, les hommes d'affaires fréquentent peu les Français ou, au mieux, ne les fréquentent qu'à titre professionnel. Mais ce n'est même pas toujours le cas.

Fidèles à leur réputation, les businessmen japonais travaillent beaucoup et rentrent tard chez eux. Fatigués, ils n'ont pas envie de recevoir ou de sortir. Mais, en même temps, ils ne sont pas les seuls responsables de cette situation. Tous regrettent le caractère " sauvage " des Parisiens. " Ils sont individualistes et ne s'occupent pas des autres. On peut habiter plusieurs années dans un même immeuble sans connaitre ses voisins. En fait, ils sont accueillants mais seulement jusqu'à un certain point ", déclarent-ils presque tous.

Nommés pour trois ou quatre ans à Paris, les cadres japonais ne cherchent pas du tout à adopter le mode de vie français. Ils ne lisent pas les journaux locaux, ne regardent pas la télévision. Preuve qu'ils restent fidèles aux traditions japonaises, ils se rendent régulièrement après leur travail dans un kara-oke, ces bars typiques où ils peuvent chanter et boire de la bière. Paris en compte une dizaine. A leur femme, ils demandent de la cuisine japonaise. " La cuisine française, c'est excellent mais beaucoup trop riche ", disent-ils. Ils habitent presque tous dans les quartiers chics, Neuilly ou le seizième, et travaillent en général près de l'Opéra. Le week-end, ils se retrouvent toujours entre eux pour faire du base-ball ou du golf, les sports rois au Japon. Certains en profitent pour découvrir la province. Les châteaux de la Loire font partie des excursions les plus appréciées.

La barrière de la langue explique aussi, bien entendu, ce repli de la communauté japonaise sur elle-même. Certains de ses membres ne parlent pas du tout français. Pour leurs affaires, ils utilisent l'anglais.

Ce phénomène est encore plus net pour leurs épouses. Ne maitrisant pas la langue française, sans activité professionnelle, celles-ci ne cherchent absolument pas à s'intégrer à la vie française. Elles s'occupent de leurs enfants et se retrouvent à l'Association des résidents japonais en France, située sur les Champs-Elysées, point de passage obligé de tous les Japonais de Paris et concentration de tout ce qui est un tant soit peu nippon dans la capitale. Là elles peuvent pratiquer diverses activités, de la cuisine à l'art floral, en passant par des cours de français ou la lecture d'OVNI, " le mensuel des Japonais de Paris ", mais surtout elles se retrouvent entre elles et parlent du pays.

Les enfants japonais aussi vivent entre eux. Ils vont à l'école japonaise de la rue Greuze pour le primaire ou à Suresnes pour le secondaire. L'organisation y est exactement la même que dans n'importe quelle école du Japon : cours en japonais, professeur japonais, rythme japonais. A titre d'illustration, la rentrée a lieu également le 1er avril. Seule différence : quelques cours de français, mais il y en a moins que des cours d'anglais.

En fait, une toute petite minorité d'enfants sont inscrits dans des écoles françaises. " Mais c'est normal, justifie Mr Kojima, le président de l'Association des résidents japonais. L'éducation est quelque chose de très important. Dès le plus jeune âge, la concurrence est terrible entre les enfants. C'est extrêmement important pour leur avenir. Il ne faut pas qu'ils perdent du temps ou qu'ils gâchent leurs chances sous prétexte que leurs parents sont nommés à l'étranger. " Au demeurant, les petits Japonais qui ont suivi une scolarité dans une école étrangère doivent, à leur retour, passer par une classe de réadaptation pour leur faire perdre les " mauvaises habitudes " qu'ils ont pu prendre.

De Paris, les Japonais aiment la qualité de la vie, nettement supérieure à celle qu'ils connaissent à Tokyo, notamment en matière de logement, de transports et de vie culturelle. Ils aiment aussi cette impression de liberté qui fait tant défaut au pays du Soleil-Levant, où chacun surveille un peu chacun, où l'excès de solidarité dans la famille et dans la société devient vite oppressant. Ce que le directeur de l'Espace Japon, Bernard Béraud, traduit par : " Ils aiment le côté égoiste des Français. "

En revanche, l'insécurité à Paris les inquiète. Pas question de laisser un enfant prendre seul le métro alors qu'au Japon, cela ne pose aucun problème. " Je me suis dit une fois que pour qu'il y ait autant de policiers dans Paris, les choses devaient aller vraiment mal. C'était comme au Japon avant la seconde guerre mondiale ", comme le raconte avec humour le président de l'Association des résidents japonais. Mais ce que les Japonais détestent par-dessus tout à Paris, c'est le manque d'amabilité des commerçants et du personnel des administrations. " Chez vous, le client n'est vraiment pas roi, commente Kaoru Hagiwara. Les vendeuses n'ont pas de calculatrice. Partout il faut remplir des bons, des dossiers, des papiers. Il arrive, dans les administrations, de voir les gens bavarder ou téléphoner devant vous alors que tous les clients attendent. " Ce que confirme le correspondant d'Asahi : " Je suis allé une fois dans un grand magasin acheter un jouet pour un de mes enfants. Arrivé à la caisse après avoir fait la queue, j'entends la caissière me dire qu'elle ne trouve pas le prix et qu'il faut que je retourne dans le rayon. C'est fou! J'ai refusé et je lui ai dit que c'était à elle d'y aller. " Autant d'éléments qui souvent ne choquent même plus les Français mais qui scandalisent véritablement les Japonais et qui expliquent peut-être pourquoi ils sont meilleurs commerçants que nous.

Au bout du compte, leur séjour en France reste généralement un bon souvenir, même si souvent, après quatre années passées à Paris, ils ne connaissent guère mieux, ou en tout cas ne comprennent guère mieux, la capitale qu'à leur arrivée. Est-ce, comme le disent certains, qu'ils sont plutôt ici pour nous japoniser que pour se franciser.

Les déçus du vieux parti dominant ne sont pas nécessairement des enthousiastes de la jeune opposition, qui, d'ailleurs, lui ressemble beaucoup...

Mr Ernesto Ruffo est devenu le chouchou des médias mexicains. A juste titre : cet homme vient de briser un mythe, celui de l'invincibilité du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). Le 2 juillet, le candidat du parti d'action nationale (PAN, centre droit) a remporté, après des élections très disputées, le poste de gouverneur de la Basse-Californie-Nord. Au siège de sa formation à Mexico, blouson de cuir noir et chemise à col ouvert, il rompt avec le formalisme ordinaire de la vie publique mexicaine. C'est un Californien comme on l'imagine. Il est jeune, trente-sept ans. Il est né... à San-Diego, aux Etats-Unis, simplement, nous explique-t-il, parce qu'il n'y avait pas alors d'hôpital dans sa ville. Mr Ruffo était, jusqu'à son entrée en politique, en 1984 seulement, administrateur (il dit " manager ", en bon anglophone qu'il est aussi) d'une société de pêche. A l'inverse de celui qui avait représenté le PAN à la présidentielle de 1988 (avant de mourir le 1er octobre dans un accident de la route), Manuel Clouthier - lui aussi un homme d'affaires originaire du Nord, mais adepte d'une stratégie de " désobéissance civile " envers le gouvernement et de " rupture " avec le PRI - Mr Ruffo a " un profil cohabitationniste ", comme le dit un diplomate français. Il n'entend pas " tondre la laine sur le dos du PRI " dans " son " Etat, mais " rechercher avec lui une émulation, pour le plus grand bien des 2 millions de Californiens ". Il est conscient que sa capitale, Mexicali, sera pour les six années à venir " un laboratoire politique de l'alternance. Si nous échouons, c'est l'avenir de la démocratie au Mexique qui sera en péril ".

On s'interroge encore : pourquoi le " système PRI " a-t-il, pour la première fois depuis la Révolution, permis à un " étranger " d'occuper un poste aussi important que l'un des trente et un gouvernorats ? Après tout, il avait bien monté par le passé, à travers la République, des " opérations " au nom pittoresque (" Dragon ", " Tango Papas "), à seule fin d'ôter à l'adversaire une victoire escomptée : c'est ce que les Mexicains ont baptisé " l'alchimie électorale " ! Souci du président Salinas - à la veille de son premier voyage (il se rendait aux célébrations du 14 juillet à Paris), et alors que se mijotait l'accord avec les banques sur la diminution de la dette - de retirer d'une défaite assumée un surcroit de crédibilité démocratique internationale ? Pouvait-on, se demande un diplomate, " frauder comme des bêtes sous le regard des " gringos ", nombreux en Californie " ? Et le PAN n'avait-il pas, de tout le pays, envoyé six mille des siens pour surveiller les bureaux de vote... Quoi qu'il en soit, Mr Salinas s'est personnellement impliqué pour faire reconnaitre, par un appareil " priista " au bord de l'insurrection, l'horrible inéluctabilité de la défaite.

Mais cette concession du PRI marque-t-elle sa conversion à la démocratie ? Non ! Car le même 2 juillet, d'autres élections avaient lieu dans le Michoacan : une joute elle aussi suivie avec passion. Cet Etat de la façade pacifique du pays est, en effet, le fief des Cardenas : l'ex-président Lazaro puis son fils Cuauhtemoc en ont été gouverneurs, à la fin des années 20 puis de 1980 à 1986 ; et, lors de l'élection présidentielle si disputée de 1988, le Front démocratique révolutionnaire d'opposition, emmené précisément par Mr Cuauhtemoc Cardenas, y avait réalisé son meilleur score : 26 %. Or, un an plus tard, l'enfant du pays se voyait crédité là de pourcentages assez dérisoires. Confirmant l'impression de nombre d'observateurs, un " tribunal de personnalités " indépendantes vient de trancher : il y a eu fraude.

Le PRI aurait-il décidé d'appliquer deux poids, deux mesures à ses adversaires ? Il est vrai que le PAN apparait, conjoncturellement, moins menaçant que le PRD de Mr Cardenas bien qu'il soit mieux structuré que lui, plus " moderne " malgré son demi-siècle d'existence, et plus régulier en ses résultats (de 15 % à 20 % des suffrages) ; c'est, aussi, que la formation de droite parait, désormais, peu éloignée du PAN qui a fait sien le programme de privatisation défendu naguère par le fougueux Manuel Clouthier. Accepter la victoire de Mr Ruffo et refuser celle de Mr Cardenas, ce serait, après tout, bien la logique d'un PRI pour qui, jusqu'au début des années 80, une élection n'était guère que l'onction rituelle d'un candidat officiel - avec prédétermination, en conclave, du pourcentage de suffrages le plus adapté à l'état momentané de l'opinion !

Car le Parti révolutionnaire démocratique est bien l'inconnue de la vie politique mexicaine aujourd'hui. " Sommes-nous de gauche, sommes-nous de droite ? Je ne sais pas. Que chacun nous situe où il l'entend ", profère devant nous son secrétaire Mr Cuauhtemoc Cardenas. Cet homme de cinquante-cinq ans, d'allure juvénile et élégante, au teint sombre, aux traits émaciés, est aujourd'hui la personnalité la plus populaire du pays (et, bien entendu, la plus détestée). Au Mexique, on dispute interminablement des qualités et des défauts, et de l'intelligence même, de cet " ingeniero " laconique, spécialiste des barrages, et dont, jusqu'à la rupture de 1987, la carrière au sein du PRI (sénateur, secrétaire d'Etat aux forêts, gouverneur) avait été un peu lente pour un homme portant le nom, et le prénom, les plus prestigieux de la République (1). Les foules d'ailleurs ne s'y trompent pas, qui se pressent aux meetings que multiplie par le pays l'ancien gouverneur. Avec son langage simple et quelques slogans martelés - telle l'obligation pour le pouvoir de respecter " sans ambages " le suffrage universel - il parvient à capter les auditoires les plus simples : les paysans indigènes, par exemple, pourtant rendus circonspects par des siècles de promesses non tenues.

Est-ce à dire que l'avenir du PRD et de son leader sont assurés? Rien de moins certain! Lors des récentes élections, si controversées, dans le fief " néo-cardéniste " du Michoacan, la participation n'a été que de ... 20 % environ : même dans un pays où l'abstention est traditionnellement élevée, ce chiffre témoigne d'une faible capacité de mobilisation de la part de l'opposition. L'enracinement du PRD n'est pas certain non plus : en Basse-Californie Nord, le 2 juillet, ce parti n'a plus recueilli que 10 % des suffrages, alors qu'à la présidentielle de 1988 il en avait obtenu 37 % : les déçus du vieux PRI ne sont pas nécessairement des enthousiastes de la jeune opposition qui, à maints égards, lui ressemble d'ailleurs beaucoup.

La " révolution institutionnalisée " n'a, au demeurant, pas perdu tous ses fidèles : c'est là un autre enseignement des élections locales du 2 juillet. Fascinée par les scrutins de Basse-Californie et du Michoacan, la presse a moins noté que, dans trois autres Etats, le PRI avait, sans fraude alléguée, bien résisté - et même, dans le Chihuahua, - plus que regagné le terrain perdu à partir de 1933, sur le PAN. Le paysage politique mexicain a beau depuis un lustre avoir acquis une grande fluidité (comme s'est mis à croitre, sous l'influence du Nord, l'intérêt pour la compétition électorale), le système n'en garde pas moins de solides bastions : le golfe atlantique, l'essentiel de la façade pacifique, plusieurs Etats du haut plateau central, et une bonne partie du Centre-Nord.

La grande affaire politique du moment, au Mexique, c'est la réforme électorale, discutée en session extraordinaire par un Parlement pour la première fois conscient de son pouvoir : c'est que, avec 260 députés seulement, sur 500, le PRI est, pour les lois ordinaires, à la merci de la défection de quelques-uns des siens. (Ce fut d'ailleurs le cas en décembre dernier, lors du vote du budget : la douzaine de parlementaires " délégués " du syndicat pétrolier y avaient joué les francs-tireurs - une circonstance qui explique en partie la foudroyante offensive menée le 10 janvier dernier par le président Salinas contre Mr Hernadez Galicia, dit " la Quina ", " parrain " des " petroleros "). Pour les lois impliquant une modification de la Constitution, telle la loi électorale, le PRI doit débaucher 73 opposants, afin de rassembler les deux tiers des voix requis. La réforme en discussion devrait, idéalement, arracher au gouvernement et au PRI leur monopole de la vérification des résultats, laquelle serait confiée à une instance pluripartite. Cette démarche serait en concordance avec les promesses de " modernisation " de la vie publique et d'" ouverture " du Mexique sur le monde faites par Mr Salinas durant sa campagne. Mais, sur un tel sujet, le chef de l'Etat ne peut évidemment pas contraindre ses troupes, puisque c'est de l'avenir de chacun qu'il s'agit. C'est-à-dire que les " priistas " défendent pied à pied leur prérogatives.

Quoi qu'il en soit, le chef de l'Etat, imperturbable en apparence, poursuit ses objectifs. Il avait commencé son sextennat par quelques " coups " retentissants : outre l'arrestation de " la Quina ", celles de Mr Eduardo Legoreta, un homme d'affaires qui avait ruiné à la Bourse une kyrielle d'épargnants, et de Mr Felix Gallardo, le " roi " mexicain de la drogue ; il avait en outre ce printemps, à l'issue d'une rude grève des enseignants, poussé à la retraite Mr Jonguitud Barrios, " conseiller à vie " du syndicat des " maestros " et prototype de ce gangstérisme prospérant à l'ombre du corporatisme autoritaire du PRI.

" Mais à présent ? ", s'interroge Mr Jorge Castaneda, intellectuel progressiste de renom. " Où sont les bénéfices pour les citoyens de la fameuse modernisation ? " Ils se font attendre, même si des frémissements sont perceptibles depuis quelques semaines sur le front économique. Les privatisations d'entreprises, la moralisation des syndicats, tout cela a eu pour premier effet, comme il est ordinaire, de jeter sur le pavé des milliers d'hommes et de femmes, dans un pays déjà accablé par le chômage ; les nouvelles conventions collectives ont, en outre, signifié la perte de nombreux " avantages acquis " en un demi-siècle de " révolution institutionnalisée ".

En ce sens, le régime a mis fin à sa vocation historique, proclamée et souvent tenue, de protéger les couches laborieuses. Le fantasme de l'explosion sociale, qui plane sur le pays depuis 1982, n'a, en théorie, aucune raison d'être dissipé. En théorie toujours, il existe aujourd'hui un pôle d'attraction des mécontents : le PRD. Ce parti propose, nous explique Mr Cardenas, " du travail pour tous, une redistribution de la richesse, un large accès à l'éducation et à la santé, et une reprise de contrôle du pays sur son propre développement par une récupération de l'égalité dans ses relations internationales ". En théorie toujours, l'essentiel du syndicalisme officiel et de larges secteurs du PRI peuvent être d'accord sur ce programme. Pourquoi, dès lors, ne voit-on pas venir de lame de fond ? " A nos sondages, l'an dernier, 60 % des gens répondaient : " Jamais ", lorsqu'on leur demandait pour quand ils envisageaient la fin de la crise. Aujourd'hui, 50 % disent : " Je ne sais pas. " C'est un progrès ", nous déclare un des plus proches conseillers du président de la République. Il ajoute : " Les gens n'ont pas, actuellement, d'espoirs démesurés. Mais le moment critique va venir : lorsque le léger mieux, déjà perceptible au niveau des salaires réels, va se confirmer. Alors, la demande peut devenir clameur. "

C'est donc une véritable course de vitesse qui est engagée. Le régime a parié sur un changement en profondeur du vieux modèle économique " auto-centré ", fondé sur un marché intérieur hyper-protégé. Les élections de 1988 avaient permis de poser clairement le dilemme : Cardenas contre Salinas, nationalisme contre libéralisme, jusqu'à un certain point, gauche contre droite. Mais la fraude a obscurci la réponse. Le moins que puisse faire le " système-PRI ", dès lors, c'est d'offrir aux citoyens des résultats concrets. Et vite.

Si l'Europe de la télévision regarde américain, c'est bien sûr parce qu'elle aime les produits des studios de Hollywood (même si, à qualité égale, les études indiquent souvent de meilleurs taux d'écoute pour les produits "indigènes"...) ; c'est aussi parce qu'amortis sur le marché unifié des Etats-Unis, ces produits sont moins chers que leurs équivalents européens (en dépit de l'inflation provoquée par la concurrence des chaines commerciales) ; c'est surtout parce que l'Europe ne produit pas assez par elle-même.

De ces trois facteurs : qualité, prix, quantité, ce dernier est donc déterminant pour expliquer le lourd déficit européen. Mais quelle est la taille exacte de ce déficit ?

En ne considérant que les émissions de fiction destinées aux heures de grande écoute, les experts des récentes assises de l'audiovisuel estimaient que les besoins des soixante-huit chaines nationales d'Europe vont augmenter de moitié en cinq ans, passant de 18 500 à 28 900 heures. En regard, le cumul des Óuvres européennes n'atteindrait que 6 600 heures de diffusion en 1994, contre 4 400 aujourd'hui, même en supposant une meilleure circulation des Óuvres de "qualité européenne" (500 heures produites chaque année) ou nationales. La part de ces Óuvres européennes stagnerait donc, autour de 23 %, dans la "fiction lourde" aux heures de grande écoute.

Ce constat alarmiste se traduit dans les chiffres des exportations américaines. Depuis 1985, les producteurs indépendants américains ont ainsi plus que doublé leurs revenus sur le marché européen, qu'il s'agisse de cinéma en salles, de télévision ou de cassettes vidéo, selon l'IDATE (1). Sur le seul marché français de la télévision, en proie à la multiplication accélérée des chaines, ces mêmes indépendants ont multiplié par sept leurs revenus sur la même période. Quant aux " majors " de Hollywood, si bruyantes pour dénoncer les quotas " protectionnistes " de la Vieille Europe, elles ne brandissent pas leurs statistiques.

L'IDATE a calculé la balance commerciale audiovisuelle entre les deux continents. En 1988, les revenus de l'industrie américaine en Europe auraient atteint 693 millions de dollars (2) dans les salles de cinéma, 575 millions pour la télévision, 700 millions pour les programmes vidéo (dont respectivement 130, 152 et 56 millions de dollars sur le seul marché français). En face, l'Europe n'a vendu à l'Oncle Sam que 43 millions de dollars de films, 100 millions d'émissions de télévision, et 60 millions de droits vidéo (dont probablement plus de 80 % imputables aux exportations britanniques, favorisées par la langue). Bilan : un déficit européen d'environ 1,8 milliard de dollars.

Le calcul effectué par les experts, réunis début octobre aux assises de l'audiovisuel à Paris, est un peu différent. Ils retiennent le chiffre de 700 millions de dollars pour le montant des programmes américains achetés par les télévisions européennes. La France serait le premier client (228 millions de dollars) des séries américaines, suivie par l'Allemagne (151 millions), l'Italie (75 millions), la Grande-Bretagne et l'Espagne.

Les divergences de chiffres - qui justifient pleinement la création d'un observatoire de l'audiovisuel européen décidé par les assises - n'enlèvent rien à la netteté des tendances. Certes, les télévisions européennes ont voracement englouti en quelques années deux décennies de stocks de Hollywood, et la lassitude des téléspectateurs s'amplifie. Mais le déficit continental ne pourra être comblé qu'avec un effort exceptionnel et une volonté d'échanger entre continentaux avant de prendre l'avion de Los Angeles.

Le congrès de la Fédération internationale de judo (FIJ), qui s'est tenu dimanche 8 octobre à Belgrade, en ouverture des championnats du monde, a repoussé la démission du président sortant, l'Argentin Sarkis Kaloghlian... pour mieux décider, à l'unanimité, la destitution de celui-ci.

Sarkis Kaloghlian est soupçonné de détournement de fonds, pour environ 300 000 dollars (2 millions de francs) dont il n'a pu justifier l'usage. Il a donc été remplacé par le Néo-Zélandais Lawrie Hargrave, qui assurera l'intérim jusqu'au prochain congrès de la FIJ, prévu en 1991. Avec sa rondeur de dirigeant fédéral, le nouveau président se fixe comme objectif de restaurer la confiance dans le système financier de l'organisme qui gère le judo mondial, mais il est sans pitié pour son prédécesseur.

" Il est très clair que les fonds concernés ont été utilisés à des fins personnelles, affirme-t-il. Ils n'ont été affectés à aucune des activités de la fédération. La commission d'audit de la FIJ, qui comporte un représentant de chaque continent, mène actuellement ses investigations. Selon ses conclusions et l'avis de nos conseils juridiques, nous déciderons ou non de mener une action en justice contre l'ancien président. "

Elu en 1987 face au Français Georges Pfeiffer et à l'ancien champion néerlandais Anton Geesink, Sarkis Kaloghlian avait très vite attiré les soupçons du comité directeur de sa propre fédération. Celui-ci, alerté par le trésorier de la FIJ, l'Espagnol Luis Baguena, qui ne parvenait pas à se faire remettre certaines pièces comptables, avait donné à plusieurs reprises injonction à son président de présenter lesdits documents. La procédure devait aboutir à la convocation d'un comité directeur extraordinaire le mois dernier à Miami, après que Sarkis Kaloghlian eut refusé de se présenter devant la commission des finances de la FIJ et menacé les membres du comité directeur de porter plainte contre eux pour diffamation.

Hospitalisé durant quelques heures pour un malaise cardiaque, le président Kaloghlian ne devait pas assister au vote de sa destitution, obtenue à l'unanimité du comité directeur, vote qui devait donc être confirmé par le congrès de Belgrade.

La Francaise Natalina Lupino a remporté, mardi 10 octobre à Belgrade (Yougoslavie), la médaille de bronze des championnats du monde de judo, catégorie plus de 72 kilos, à égalité avec la Polonaise Betta Maksymow. La Chinoise Fenglian Gao a ajouté un quatrième titre à son palmarès en obtenant la médaille d'or. Dans l'autre catégorie au programme de cette première journée, les poids lourds masculins (plus de 95 kilos), le Français Laurent del Colombo s'est incliné dès le premier tour d'une compétition dominée par le Japonais Naoya Ogawa.

Le championnat de la Ligue nationale de hockey sur glace nord-américaine (NHL), qui vient de débuter, est marqué par l'arrivée des joueurs soviétiques. Ils sont neuf parmi les meilleurs de l'équipe olympique soviétique de 1988 à mettre leur cross au service des clubs outre-Atlantique. Une "invasion étrangère" qui indispose les joueurs locaux.

Depuis près de vingt ans, les grands manitous de la Ligue "nationale" de hockey, cénacle professionnel regroupant les vingt et une grandes équipes du Canada et des Etats-Unis, rêvaient d'attirer dans leurs rangs quelques-unes des vedettes mondiales formées à la dure école de Viktor Tikhonov, l'entraineur du club de l'armée rouge et de l'équipe nationale soviétique.

C'est chose faite. Huit joueurs, dont le célèbre trio d'attaque "KLM" (Vladimir Krutov, Igor Larionov et Sergei Makarov), ont été libérés en bonne et due forme par la Fédération soviétique de hockey, moyennant finances. Le neuvième, benjamin du groupe, s'est libéré tout seul : Alexander Mogilny, considéré l'an passé comme le meilleur joueur junior du monde, a fait défection en mai dernier à Stockholm, quelques heures après avoir aidé l'URSS à remporter un nouveau championnat du monde.

Tandis que les dirigeants des clubs concernés et ceux de la Ligue se félicitent de ce regain d'intérêt, une amère controverse prend de plus en plus d'ampleur parmi les joueurs. Juste avant l'arrivée de Vyacheslav Fetisov et de Sergei Starikov dans son équipe, le vétéran des " Devils " du New-Jersey, Randy Velischek, a ouvert les hostilités avec ces aimables propos : " Qu'ils restent chez eux ! Ils viennent prendre des jobs de Nord-Américains, ils viennent prendre beaucoup d'argent de ce côté de l'Atlantique, alors qu'ils n'y resteront que quelques années. " Le grand Wayne Gretzky en personne, qui gagne pourtant plus de 2 millions de dollars par saison, a renchéri : " Mes parents ont tout sacrifié pour que je puisse jouer au hockey, mais personne ne leur a donné les sommes fabuleuses que les clubs donnent à la Fédération soviétique." D'autres, comme Craig Mac Tavish des Oilers d'Edmonton redoutent ouvertement une "invasion d'étrangers" dans la Ligue, qui compte déjà 35 joueurs Suédois, 17 Finlandais et 17 Tchécoslovaques.

Gérants et propriétaires des équipes qui ont recruté des Soviétiques se sont bien gardés de divulguer les termes des contrats signés, mais des rumeurs, alimentées par des fuites, circulent. Elles donnent pour chaque Soviétique la somme de 700 000 dollars canadiens (environ 3,7 millions de francs) ; de plus, chaque club se serait engagé à verser la moitié de cette somme à la Fédération soviétique de hockey. "Pour une dizaine de joueurs, la Ligue aurait ainsi payé plus que pour faire vivre quarante équipes juniors", tonne Ed Chynoweth, président de la Ligue canadienne de hockey, l'organisme chargé de distribuer l'argent de la NHL (2,1 millions de dollars canadiens cette année) aux clubs juniors canadiens. "Voila donc, s'étonne- t-il, qu'on aide les Soviétiques à former leurs talents, qu'ils ont nombreux, alors qu'on laisse partir les jeunes joueurs nord-américains en Europe, sans que le sport amateur ne touche un seul denier sur ces transferts."

Face à cette situation, certains suggèrent même d'imposer une limite de deux joueurs étrangers par équipe, comme en Europe. John Ziegler, le président de la NHL, ne veut pas en entendre parler. Pour lui comme pour beaucoup de gérants, la Ligue doit rester ouverte à tous les talents, fussent-ils étrangers, si elle veut demeurer "la meilleure du monde". Le reste n'est qu'affaire de libre concurrence, n'en déplaise aux joueurs.

Certains en ont pris leur parti, comme Rich Winter, sorte de représentant syndical de douze des joueurs de la Ligue. "Je suis scandalisé qu'on aille chercher des membres du parti communiste pour nous priver de nos emplois, mais le public trouve ça excitant, et je ne vois pas ce qu'on peut y faire", a-t-il dit.

Dix jours à peine après la clôture des premières Assises européennes de l'audiovisuel s'ouvre jeudi 12 octobre, à Cannes, le MIPCOM 89. Ce grand marché automnal des programmes de télévision sonne pour la France comme un rappel aux réalités. Si l'Europe exporte peu (2,5 milliards de francs en 1986), l'Hexagone fait, à proportion, encore moins bien (195 millions seulement), loin, très loin derrière la Grande-Bretagne qui pèse, à elle seule, près des trois quarts des exportations du Vieux Continent.

L'antienne est connue : la France ne sait pas vendre. Pour un feuilleton comme Bonjour maitre diffusé par toutes les télévisions européennes, combien, peu adaptés aux nécessités de l'exportation, n'ont jamais franchi les frontières ! Même la République fédérale d'Allemagne et l'Italie, plus encore handicapées par la langue pourtant, font mieux. L'inspecteur Derrick de la première comme les mini-séries de la seconde - les Indifférents, Un bambino di nome Gesu, la Mafia - ont conquis nombre de chaines étrangères.

Les Français, pourtant, ne sont pas absents des travées du Palais des festivals cannois. Proximité géographique aidant, plus d'une trentaine de maisons de production et de distribution, ainsi que toutes les chaines nationales (M 6 mise à part), y occupent un stand. D'Annabase à Vamp Productions, en passant par des entreprises plus anciennes, plus riches ou mieux établies comme C et D, Ellipse, Initial Groupe ou Pathé-Cinéma, tous s'entassent dans quelques mètres carrées pour présenter, qui une dizaine d'heures de fiction, et qui trois ou quatre documentaires d'assez belle facture. " Les producteurs français qui se vivent aussi, quelque part, comme des créateurs, n'ont jamais réussi à se fédérer et demeurent persuadés que personne d'autre n'est à même de vendre leurs produits aussi bien qu'eux, commente, désabusé, un vieux routier. Ils perpétuent un artisanat quand quelques grands Américains débarquent à Cannes avec des milliers d'heures de programmes à proposer. "

Le rêve, un temps caressé, de doter la France d'une " force de frappe " commerciale équivalente à la puissante BBC Entreprise a fait long feu. Créée en 1983, privatisée en 1987, revendue le mois dernier par la Compagnie de navigation mixte, la société France Média International (FMI) est victime depuis le début et jusqu'à la caricature, malgré le dévouement de son personnel, des incohérences et des contradictions de l'audiovisuel français. Lorsque les pouvoirs publics en dessinent les premiers contours, il s'agit de mettre sur pied une grande " société de commercialisation des Óuvres et documents audiovisuels à l'étranger ". A l'image de ce qui a réussi en Grande-Bretagne comme en Italie, ils en font le " mandataire exclusif et obligatoire " de l'ensemble du service public.

De ce monopole, les chaines ne veulent pas. Et des mois d'affrontements aboutissent à un partage ubuesque des tâches, entre FMI, les télévisions qui abandonnent la commercialisation de la fiction, mais conservent l'information et le sport, et la Société française de production (SFP), qui obtient de son côté le droit de commercialiser pendant dix-huit mois les Óuvres qu'elle crée ! Cette confusion est encore aggravée par une évolution irréversible des lois du marché : faute d'argent, les chaines renoncent à produire à elles seules, et recherchent des partenaires privés ou étrangers auxquels, par souci d'économie, elles abandonnent le plus souvent les droits de commercialisation. FMI a moins à vendre malgré les accords qu'elle passe avec des producteurs privés. Premiers déficits et premier plan de restructuration.

Sa privatisation et l'arrivée dans son capital de la Compagnie de navigation mixte, épaulée par la Société générale de Belgique, laissent espérer un nouveau souffle... qui ne vient pas, faute d'investissements. L'an dernier, malgré une nouvelle réduction d'effectifs, le résultat d'exploitation reste déficitaire (- 7 millions de francs après - 10,5 en 1987). Le nouveau propriétaire de FMI, la Compagnie générale de communication et d'images, jeune société de conseil fondée par Mr Jean-Marc Jancovici, réussira-t-elle là où tout a échoué? A la veille du MIPCOM, le nouveau patron de FMI se refusait à toute déclaration, même s'il semble déjà acquis que la société de distribution devrait assez rapidement changer de nom, tout en s'ouvrant à de nouvelles activités.

" Est-ce si étonnant?", s'interroge ce spécialiste. TF1 privatisée et Antenne 2 dégagée de ses anciennes obligation, ont, l'une comme l'autre, reconstitué leur service commercial, mais elles ne font guère mieux. Sur les 39,6 millions de francs de recettes commerciales engrangées l'an dernier par la chaine publique, 14,1 viennent de royalties versées par les câblo-opérateurs belges et néerlandais et 11,9 millions seulement de la vente de droits.

La raison en est simple. Les Etats-Unis n'achètent rien et l'Asie est un monde avec lequel nous ne savons pas communiquer. Restent les pays d'Afrique - insolvables et alimentés gratuitement en programmes par le biais de Canal France international (CFI) - et l'Europe, seul marché naturel. Mais, avec ses voisins, les échanges de programmes de la France se font sous forme de coproductions, non sous forme de ventes ou d'achats. Les rares sociétés de distribution françaises et prospères l'ont compris, qui sont surtout spécialisées dans... l'importation de programmes américains.

Les Etats-Unis ont décidé d'engager " une action rapide " au sein du GATT (l'organisation qui réglemente le commerce international) contre la décision de la CEE de limiter le volume des programmes étrangers dans les pays membres, concrétisée par l'adoption, le 3 octobre, de la directive " Télévision sans frontières " (le Monde du 5 octobre). C'est ce qu'a annoncé Mme Carla Hills, représentante spéciale du président Bush pour le commerce, en indiquant que la directive est " incompatible avec les obligations de la CEE de ne pas faire de discriminations contre les produits étrangers au sein du GATT ".

La décision des Douze est " protectionniste, injustifiable et discriminatoire ", a souligné la représentante du président américain. Les Etats-Unis s'inquiètent aussi des " informations parues dans la presse " selon lesquelles la CEE pourrait accorder " des centaines de millions de dollars supplémentaires en subvention aux producteurs européens ". Ces subventions, selon Mme Hills, " pourraient permettre aux productions européennes d'obtenir un avantage injuste par rapport aux productions non européennes non subventionnées ".

Bert Cohen est l'un des meilleurs spécialistes du marché mondial des programmes de télévision. Worldvision, la société dont il est le vice-président exécutif et le chef du développement international, constitue, avec son catalogue de plus de dix mille heures d'émissions, la plus importante société de distribution indépendante américaine. "Comment les Américains abordent-ils ce MIPCOM 89 ?

- Pleins d'espoir, évidemment. Espoir de contrats, de rencontres et d'affaires. Espoir de pacification avec les Européens, notamment avec les Français, qui ont eu récemment des mots très durs à l'égard des Américains. Espoir de nouveaux débouchés, enfin. Car ce que certains ont appelé le boom du marché européen est, en fait, une succession d'essors nationaux, avec, dans chaque pays, une phase d'amorce, d'explosion et de stabilisation. Le mouvement s'est enclenché en Italie, puis ce fut la France, suivie de la Grande-Bretagne. Maintenant, nous concentrons notre attention sur l'Espagne, et deux chaines privées. Demain, ce devrait être l'Allemagne et la Grèce.

- La frénésie d'achat des chaines françaises appartiendrait-elle déjà au passé ?

- Nous ne sommes plus en 1987 ! La demande française est encore importante, mais elle s'est ralentie. La rigidité de la réglementation gouvernementale a fini par porter ses fruits.

- Vous en voulez au gouvernement français ?

- Je ne suis pas un homme politique, et je n'ai donc pas à porter de jugement sur les initiatives d'un Etat. Mais comment ne pas s'offusquer d'une stratégie entièrement défensive, tout entière axée sur des quotas ? Non seulement les quotas ne régleront pas le problème du déficit des programmes en Europe, mais, en plus, ils vont à l'encontre du libre choix des téléspectateurs, qu'on considère comme aptes à élire leur gouvernement, mais comme inaptes à choisir librement leurs programmes de télévision... Quel étrange paradoxe et quelle curieuse conception de la liberté ! Fixer un quota, c'est pratiquer une forme de censure, ce qui est philosophiquement inacceptable.

- Pourquoi tant d'inquiétude ? La directive européenne, que vous redoutez tant, n'impose finalement pas de quotas...

- L'esprit de la directive est pourtant là. Et son contenu politique compte autant que son contenu strictement juridique. Pourquoi ne pas imaginer qu'ensuite on rende obligatoire un quota de 60 % de programmes européens, puis un autre de 70 % ? Je ne comprends pas le calcul qui est fait. Les Américains font de la très bonne qualité, et c'est impensable de vouloir priver les téléspectateurs d'un produit que le monde entier plébiscite. Ces produits - souvent amortis sur le marché américain - sont vendus à un prix raisonnable, ce qui laisse aux chaines européennes davantage de ressources pour financer des programmes nationaux. Enfin, les jeunes chaines n'ont pas les moyens de se lancer immédiatement dans la production et elles ont besoin de nos programmes pour se constituer rapidement une audience... et des fonds.

- Bref, la guerre n'est pas finie...

- Ce n'est pas une guerre ; chacun défend un point de vue, et il faut continuer à discuter. Mais il faut être franc et ne pas camoufler, sous des prétextes culturels, des motifs principalement économiques ! A qui fera-t-on croire que les programmes américains - qui ne prétendent d'ailleurs pas prendre la place de programmes nationaux - peuvent être nuisibles ?

" Si vous avez perçu dans mes propos une tonalité générale de rigueur, vous ne vous êtes pas trompés... " Le préfet de police, Mr Pierre Verbrugghe, a clairement annoncé la couleur au cours du long débat sur la circulation, mardi 10 octobre, au Conseil de Paris. A partir du 1er novembre, les abus de stationnement seront pourchassés avec une sévérité accrue.

Cette sévérité n'a pas détoné dans les propos tenus par les élus parisiens. La veille, Mr Jacques Chirac avait présenté son plan (le Monde du 10 octobre) qui traduisait une philosophie nouvelle : dissuader les habitants de l'agglomération parisienne d'utiliser leur voiture pour se déplacer dans la capitale. Sur trois cents kilomètres d'" axes rouges ", tout stationnement sera interdit et plus aucun arrondissement n'échappera au stationnement payant. Si le préfet de police, constatant qu'il manque de 50 000 à 100 000 places pour se garer dans la ville de Paris, se prononce donc pour l'" accroissement des capacités de stationnement ", il n'en a pas moins insisté : " L'autodiscipline des conducteurs n'est plus suffisante, il faut une action plus répressive. "

Des instructions vont être données pour que les infractions les plus graves au stationnement et à la circulation soient " sévèrement sanctionnées " : franchissement de feux rouges, vitesse excessive en état alcoolique, et stationnement dans les couloirs de bus. Et, ajoute le préfet de police, juste après avoir stigmatisé les stationnements en double file, ou sur les trottoirs ou sur les passages pour piétons : " La verbalisation sera complétée dans tous les cas où la loi le permet, comme, par exemple, les stationnements dangereux ou assimilables à des entraves volontaires à la circulation, par la suspension du permis de conduire. "

Dans les jours qui viennent, les automobilistes seront informés des risques qu'ils encourent par des " papillons " apposés sur les véhicules en infraction. Dès le début du mois prochain, l'avertissement laissera la place à la sanction.

Sur cet appel à la rigueur, le préfet de police a trouvé un allié, l'adjoint au maire de Paris chargé de la circulation, Mr Jacques Dominati, qui a exhorté les élus à endosser l'" impopularité " des mesures annoncées. Mais le président du groupe Paris-Libertés a violemment dénoncé, comme Mr Jacques Chirac la veille, le " système bicéphale forcément chaotique " qui partage les pouvoirs en matière de circulation et de stationnement entre le maire de Paris et le préfet de police. " Nous ne sommes jamais assurés, a déclaré Mr Dominati, que des mesures que nous avons proposées, que nous avons financées, que vous avez vous-mêmes approuvées, soient en fin de compte respectées. "

En tout cas, dans l'immédiat, il semble bien qu'elles le seront. Si le débat a paru, mardi, dénué d'agressivité, moins parsemé d'escarmouches que ne l'avait été celui sur le même sujet en janvier 1988, c'est qu'entre-temps, la situation s'est encore aggravée. Le trafic dans Paris a augmenté cette année de plus de 2 %. Un mot est revenu sur les lèvres de tous les orateurs, de la majorité municipale aux communistes, pour qualifier le climat des rues de Paris, les conditions de déplacement des habitants : " Insupportables. "

Les solutions diffèrent, dans les nuances et surtout l'accent mis à gauche et chez les Verts, sur la nécessité de développer en priorité les transports en commun. Mais personne aujourd'hui n'a la prétention de détenir le remède-miracle.

Il reste des tabous à faire sauter. Celui des taxis notamment. Le constat de carence est unanime. On se contente pourtant d'espérer que le mieux naitra de l'amélioration de l'ensemble de la circulation. Plus question d'augmenter le nombre des taxis parisiens (actuellement 14 300), inférieur à ce qu'il était en 1930. La profession continue d'être ménagée par tous les élus.

Il reste enfin et surtout à établir un calendrier, à opérer des choix. Etendre le stationnement payant par tranches annuelles de 10 000 à 15 000 places est un objectif. Par quels quartiers commencera-t-on ? La décision sera difficile, comme celle de localiser précisément quelles rues - quels commerçants, plutôt quels électeurs - accueilleront les prochains couloirs de bus, protégés et infranchissables. Le début du consensus n'est encore qu'un début.

Socialistes et écologistes, même combat. Mr Georges Sarre, président du groupe socialiste, Mme Yvette Davant pour le PS et Mr Jean-Louis Vidal, l'élu des Verts au Conseil de Paris, ont plaidé en faveur des piétons, des cyclistes et des tramways.

Les uns et les autres ont réclamé un aménagement des trottoirs d'où les obstacles, bornes et étalages devraient être retirés, la création de "vrais itinéraires protégés" pour les vélos et le retour du tramway. Pour Mr Vidal, "le tramway c'est chic, moderne, économe, rapide, silencieux et très confortable" ; c'est un véritable "transport d'avenir", estiment pour leur part les socialistes. Les propositions d'itinéraires sont sensiblement les mêmes : sur les boulevards des maréchaux, sur la Petite Ceinture dans la partie sud-ouest entre Issy-Plaine et la Défense. A long terme, une ligne circulaire pourrait doubler l'A 86, la voie routière qui contournera Paris à quelques kilomètres du périphérique.

A l'occasion d'une visite effectuée, mercredi 11 octobre, à l'université de Paris-13 (Villetaneuse), Mr Robert Chapuis, secrétaire d'Etat chargé de l'enseignement technique, a vigoureusemen plaidé en faveur d'une diversification des premiers cycles universitaires. Soulignant les difficultés massivement rencontrées dans les filières universitaires classiques par les bacheliers issus de l'enseignement technologique (bac F industriel et bac G tertiaire), il s'est prononcé en faveur de " toutes les formules " susceptibles de favoriser la réussite de ces étudiants.

A ses yeux, le développement des filières technologiques en deux ans (Instituts universitaires de technologie et Sections de technicien supérieur) est " indispensable mais ne suffira pas ". De même, il préconise que l'attribution de moyens supplémentaires aux IUT soit clairement liée à l'effort qu'ils feront pour accroitre la trop faible proportion des bacheliers F et G parmi leurs étudiants. Les contrats qui vont être passés entre l'Etat et les universités devraient être l'occasion d'utiliser ce moyen de pression.

Enfin, Mr Chapuis a réaffirmé sa volonté de développer, dans les universités, des DEUG technologiques, adaptés aux bacheliers du technique. " Peu importe l'appellation, a-t-il précisé. Il s'agit moins de créer un nouveau diplôme que de modifier le contenu des DEUG existants, afin d'y introduire davantage d'enseignement technologique. "

" Si l'on n'y prend garde, a conclu le secrétaire d'Etat, on parlera bientôt de l'échec universitaire, comme on a stigmatisé l'échec scolaire. Nous connaitrons les plus graves difficultés si nous ne faisons pas l'effort nécessaire. Nous risquons également d'enlever tout son sens à l'objectif de 80 % d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat. "

Les entreprises publiques n'ont jamais disposé d'autant de fonds propres. Et elles ont rarement été aussi dynamiques, multipliant les acquisitions au cours des derniers mois.

" Les entreprises publiques sont gênées par leur manque de fonds propres. " Comme un leitmotiv, l'accusation revient à chaque acquisition menée par une société nationalisée. Les offensives récentes de Rhône-Poulenc (RTZ Chemicals, la division " spécialités chimiques " de GAF, offre publique d'achat sur les vaccins Connaught) n'ont pas fait exception à la règle. Or, malgré la contrainte imposée par le principe du " ni privatisation - ni nationalisation " édicté par le président de la République, la croissance externe du secteur public n'a jamais été aussi dynamique.

Du rachat d'American National Can par Pechiney à la reprise - dernière en date - de Zenith par Bull, en passant par l'acquisition de Pennwalt par Elf ou de Credito Bergamasco par le Crédit lyonnais, les opérations des entreprises nationalisées, groupes industriels, banques et assurances, se sont multipliées au cours des derniers mois.

Paradoxalement, le débat sur l'insuffisance de fonds propres des nationalisées s'est amplifié alors même que jamais le secteur public n'en avait autant engrangé, comme le montre le tableau ci-joint. Notamment grâce à l'amélioration de leurs résultats, à l'image des entreprises privées, qui contribuent, par leur mise en réserve, au renforcement des fonds propres au même titre que les apports en capital, qu'ils viennent de l'Etat actionnaire (dotations budgétaires) ou des appels au marché. " Privée ou publique, aucune entreprise n'aura jamais d'actionnaire irresponsable, lui donnant des fonds propres, sans limite ni rémunération ", affirme-t-on au ministère de l'économie. En raison de sa situation, Rhône-Poulenc a pu financer ses achats sans recevoir d'apport de l'Etat, au grand dam de Mr Roger Fauroux, ministre de l'industrie. Mais cela n'exclut pas le probable transfert de titres Roussel Uclaf (détenus par l'Etat), qui fournirait plusieurs milliards de francs de fonds propres à Rhône-Poulenc en même temps qu'une complémentarité industrielle.

En revanche, quand l'entreprise n'est pas en état d'aller chercher des fonds sur les marchés, l'Etat assume : ce fut le cas avec Bull dont le rachat de la branche informatique de Zenith a entrainé le gouvernement à lui attribuer déjà 1 milliard sur les 4,7 milliards de francs de dotations inscrites au budget de 1990. C'est le cas également avec Thomson, assuré de 2 milliards sur 1990 et même de 1 milliard sur 1991.

Si le principal renfort apporté au capital des banques et assurances s'est pour l'heure effectué par le biais des apports de titres de l'Etat (CIC-GAN, BNP-UAP et BNP-Banque de Bretagne), il ouvre à chacun des établissements une capacité d'appel supplémentaire au marché.

Dans le cas de l'UAP et de la BNP notamment, cette capacité supplémentaire d'émissions - certificats d'investissements pour la BNP et actions pour l'UAP - pourrait doubler l'ampleur de l'opération, et la porter, pour des participations croisées de 10 % de chaque côté, à 10 milliards de francs.

La forge est toujours occupée. Les propositions du conciliateur n'ont donc apporté aucun changement à une situation vieille de seize jours déjà.

Ici, malgré une lassitude perceptible - les ouvriers se porteraient de moins en moins volontaires pour assurer les tours de garde, - on reste déterminé : l'occupation de la forge se poursuivra. Jusqu'à quand ? " Tant que Mr Calvet n'entamera pas les négociations. " Retour au point de départ.

Les propositions du conciliateur, jugées dans l'ensemble satisfaisantes par les grévistes et leurs organisations syndicales, hormis la CGT, n'ont cependant pas eu l'effet souhaité. Pierre d'achoppement : le préalable mis par le PDG de Peugeot - la libération de l'outil de travail, et plus spécialement la fin de l'occupation de la forge de Mulhouse - reste irrecevable par un noyau dur. Pour lui, le préalable à l'évacuation est justement l'ouverture de négociations et non la promesse d'entrevues, d'un dialogue a posteriori. Deux positions que le dialogue, un jour prochain, devra bien rapprocher...

Pour l'heure, il n'est donc pas question de mettre aux voix l'évacuation de la forge. Au contraire, mercredi matin, c'est la poursuite de l'occupation qui a été décidée au terme d'un vote à main levée. " Ecouter, dialoguer, voilà ce que veut la direction. Pas d'accord. Nous demandons à négocier ", affirme un gréviste.

Le calme était presque revenu mardi 10 octobre en RDA, le pays attendant les décisions de la direction du Parti communiste (SED), qui s'est réuni à Berlin-Est pour examiner la situation. Si une veillée pour les détenus politiques arrêtés en septembre et octobre se poursuit à l'église de Gethsemani de Berlin-Est, aucune manifestation n'a été signalée mardi, pour la première fois depuis le 3 octobre. Plusieurs dizaines de personnes interpellées depuis samedi dernier ont été relâchées au cours de la journée, à l'expiration des délais de garde à vue. Le nombre de personnes détenues dans l'ensemble de la RDA à la suite des manifestations de ces derniers jours était estimé, mardi matin, à trois cents.

" Tout est ouvert. Nous verrons après la réunion du Politburo si une tendance se dessine ", estimait mardi, également à Berlin-Est, un des leaders de l'opposition, Mr Ibrahim Böhme, en soulignant que les manifestations de lundi, qui se sont déroulées dans le calme, avaient donné raison pour le moment aux dirigeants communistes favorables à de " petites réformes ". Le Parti communiste proposerait actuellement une réunion anticipée de son comité central, qui se réunit en règle générale fin novembre ou début décembre. Les dirigeants des principaux groupes d'opposition apparus ces dernières semaines prévoyaient de se réunir, eux aussi, dans les prochains jours pour déterminer leur attitude.

Côté cour, Philippe Marchand est un député socialiste très sérieux, technicien des débats législatifs. Il décline le curriculum vitae parfait, sans bavures, d'un avocat charentais fils d'avocat poitevin, entré en politique - tardivement - par la petite porte des militants en 1973, élu conseiller général en 1976, premier adjoint au maire en 1977, député un an plus tard. Quatre mandats successifs lui ont donné ce qu'il faut de solide notoriété à l'Assemblée nationale et lui ont ouvert droit à une juste reconnaissance de la part de ses collègues : la vice-présidence du groupe socialiste, sa nomination à la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) et sa désignation en qualité de rapporteur sur l'un des grands textes de cette législature, la réforme du code pénal.

De quoi nourrir encore copieusement son Bulletin du député, déjà riche de ses interventions contre la loi " sécurité et liberté " de MrAlain Peyrefitte en 1980, pour l'abolition de la peine de mort, la suppression de la Cour de sûreté de l'Etat, l'abrogation de la loi " anticasseurs " en 1981, ou la réforme de la détention provisoire en 1989. Autant de nobles débats, entrecoupés toutefois de prises de parole plus prosaiques sur le " scandale " des hausses des taxes sur l'alcool, Cognac oblige... Enfin, cerise sur le dessert, ajoutons à tout cela la satisfaction mal dissimulée que donne à tout homme politique le souvenir de quelques sollicitations venues d'en haut, et celle encore plus grande de les avoir déclinées. Voilà donc un homme, " bourgeois de province et fier de l'être ", qui raffole du lapin à la moutarde arrosé d'un bon petit pichet de vin de Bordeaux.

Il arrêterait d'ailleurs volontiers là les confidences sauf si, bien sûr, on insistait un peu. Et on insiste. Alors, il évoque à mots comptés, entre deux voluptueuses bouffées de pipe, son côté jardin. Rien que du très propret au début, de quoi accréditer cette image de Mr Prudhomme qu'il ne lui déplait pas de feindre. Des certitudes : " Je suis un mitterrandiste intégral " ; des contradictions - au moins avec la première affirmation : " Je déteste les professionnels de la politique " ; des principes : " J'ai horreur du sectarisme, je n'aurais jamais pu adhérer à la SFIO " ; " au nom de la politique, on ne peut pas faire n'importe quoi " ; des constats : " Pour le cinéma, je suis à jour dans l'opposition mais pas dans la majorité ; là, je crois que je vais accumuler les retards " ; des demi-vérités : " Je suis un homme de terrain, je n'ai aucun goût pour la politique parisienne " ; des demi-mensonges : " Je ne songe pas à mon avenir en politique. "

Si l'on insiste encore, il ouvre un peu plus grande la grille de son jardin. Celui qu'il cultive le dimanche en famille : " J'ai toujours sauvé mes dimanches après-midi. Il peut se passer n'importe quoi, je n'y vais pas " ; auprès de sa femme, engagée dans de multiples associations de soutien aux peuples d'Amérique latine - " plus à gauche que moi ", confie-t-il, - qui placarde dans les toilettes " les photos de ses gratteurs de guitare latino-américains ". Il veut bien raconter encore ses courses en montagne, ses envies de voyage, le concours de pêche à l'ablette de cet été, qui lui a valu le deuxième prix, une pleine page dans le quotidien régional et... bien plus de reconnaissance auprès de ses électeurs que son rapport sur le code pénal.

Et si l'on insiste vraiment, il consent, en quelques mots, à évoquer son amitié avec le président de la République, attentif à tout ce qui se passe dans cette circonscription. Il laisse encore choir quelques vagues confidences sur les diners " à la maison " avec François Mitterrand. " On parle de nos femmes et de leurs guérilleros. " Philippe Marchand éclate de rire, tire une bouffée de pipe et, soudainement inquiet de tant de désinvolture, referme subitement la grille de son jardin...

La moitié des Français se sentent éloignés de l'opposition et 46 % pensent que l'état de l'opposition s'est dégradé, selon un sondage SOFRES publié jeudi 12 octobre dans le Journal des Républicains.

Selon cette enquête, 36 % des personnes interrogées se déclarent " très proches " ou " assez proches " de l'opposition contre 50 % qui en sont " assez " ou " très éloignés ". Un précédent sondage, réalisé en juin 1985, indiquait que 45 % étaient proches de l'opposition et 42 % éloignés.

D'autre part, 46 % des personnes interrogées estiment que l'état de l'opposition s'est dégradé depuis un an, contre 14 % pour qui cet état s'est amélioré et 24 % qui pensent qu'il est resté sans changement ; 16 % sont sans opinion.

La lutte contre l'absentéisme est le cheval de bataille qu'a enfourché Mr Alain Poher dans le débat sur la réforme des méthodes de travail du Sénat. Il a eu l'occasion à plusieurs reprises de se plaindre du manque d'assiduité des sénateurs tant en séance publique qu'aux réunions de commission. Cette fois, le président du Sénat ne se contente pas d'en appeler aux bonnes volontés et de réclamer un effort de présence, il brandit des menaces. Les présidents de groupe et les présidents de commission ont reçu une lettre,datée du 10 octobre, dans laquelle Mr Poher indique que les secrétaires du bureau du Sénat sont chargés d'apprécier la présence de leurs collègues dans l'hémicycle et rappelle les termes du règlement qui disposent que, en commission, cette présence est obligatoire. L'article 15 dans son paragraphe 3 prévoit que, "en cas de trois absences consécutives non justifiées d'un commissaire dans une commission permanente, le bureau de la commission en informe le président du Sénat, qui constate la démission de ce commissaire, lequel ne peut être remplacé en cours d'année et dont l'indemnité de fonction est réduite de moitié jusqu'à l'ouverture de la session ordinaire d'octobre".

Ce rappel à l'ordre, ou plutôt à ce point du règlement qui jusqu'à présent n'est pas appliqué, est-il susceptible d'avoir des effets ? En tout état de cause, la désertion de l'hémicycle n'est pas passible de sanctions, selon le règlement. Mr Poher, en tous les cas, prévient que, en fonction des constatations qui seront faites, il saisira le bureau du Sénat pour qu'il prenne des "mesures appropriées".

Dans ce même courrier, le président du Sénat invite les présidents des groupes à lui faire parvenir leurs propositions en matière de "rénovation du fonctionnement" de leur Assemblée.

Tel qu'il se présente, désormais, l'intergroupe parlementaire de l'opposition a désormais peu de chances de survivre à cette session d'automne. Ce n'est pas, en effet, comme on le laisse accroire trop volontiers, depuis la semaine dernière, une simple question de méthode. Mais plus grave, un problème d'état d'esprit, de conception même de l'union de l'opposition qui, à en juger par les arrière-pensées des uns et des autres, continue d'être posé en permanence.

On a dit que l'embrouillamini autour de la loi de programmation militaire entre le RPR et ses autres partenaires ne se serait point produit s'il avait été acquis, initialement, que l'intergroupe tiendrait réunion après la réunion des trois groupes et non l'inverse. C'est, en réalité, le contrat de confiance, pièce indispensable de l'édifice, qui a été, d'entrée de jeu, rompu. Mr Charles Millon ne s'est pas privé de souligner, à la suite de Mr Pierre Méhaignerie, que sur un tel chantier le " respect de la parole donnée " est indispensable.

Après ce premier faux pas, des délégués des trois groupes ont tenté, mardi 10 octobre, de remettre l'ouvrage sur le métier de l'union en vue de la première réunion plénière de l'intergroupe fixée au mardi 17 octobre. Ils sont sortis de leurs échanges de vues avec un programme de service minimal qui amène déjà à s'interroger sur l'opportunité de cette structure.

Pas de discipline de vote : selon la règle admise " un homme, une voix", l'intergroupe votera sur les projets, mais ce vote ne sera que purement indicatif. Les députés pourront, une fois revenus au bercail de leur groupe, faire fi aussitôt de ces indications. Ensuite, l'intergroupe ne sera pas habilité à se saisir de n'importe quel texte. Les projets de loi seront triés sur le volet par la "conférence" des trois présidents, elle-même régie par une présidence tournante - changement chaque mois - et surtout par les chefs de parti qui, à la demande instante du RPR, mais aussi du CDS, disposeront d'un droit de veto. L'intergroupe pourra imaginer le recours à l'article 49-2, motion de censure à l'initiative des députés, mais sera interdit d'avis à chaque usage par le gouvernement du 49-3. L'épisode de ce début de semaine a très nettement montré la difficulté de coordonner les avis de ceux qui réclament l'automaticité de la motion de censure et de ceux qui redoutent la banalisation de cette procédure suremployée. Enfin, précision révélatrice d'un certain climat de défiance, le compte rendu des délibérations de l'intergroupe fera l'objet d'un procès-verbal officiel.

Après les déclarations optimistes, l'heure est à la défiance. Le RPR semble vouloir utiliser cet intergroupe pour monopoliser à son avantage un nouveau dynamisme oppositionnel. Les centristes avancent sur ce terrain à reculons. Ils espéraient que cette nouvelle structure provoquerait sinon le décloisonnement des votes du moins celui des esprits. N'étant point les seuls à détecter un nouveau parfum anti-centriste, ils redoutent maintenant qu'une radicalisation voulue et forcée de l'opposition ne les remette au ban de la dissidence, voire de la traitrise. Mr Jacques Barrot parlait, mardi soir, de "piège à centristes" : "Si on voulait décourager les centristes de travailler avec l'opposition, arguait-il, on ne s'y prendrait pas autrement."

Même au PR l'esprit des amants de Ramatuelle parait s'être dissipé. Mr Millon a diné, mardi soir, avec MM Léotard, Longuet et Madelin. Ils n'ont pas avancé d'un pouce sur la réforme des structures du PR - ils se reverront avant la fin de cette semaine - mais ils se sont expliqués sur le vote des léotardiens purs et durs en faveur de la motion de censure contre la loi de programmation militaire.

Ainsi qu'on avait pu le comprendre, ce vote, ont expliqué les trois dirigeants du PR, était à prendre "pour solde de tout compte" après la douloureuse "facture" de Vichy et l'échec du maire de Fréjus à la présidence du groupe UDF. Des députés PR le regrettent déjà : "C'est mon dernier geste de solidarité idiote", affirmait l'un d'eux. Mr Jacques Chaban-Delmas explique de son côté dans Paris-Match : "Il y a, au RPR, des gens qui veulent saboter l'intergroupe de l'opposition, qui veulent rester entre eux, qui ont toujours raison, pour qui les autres ont toujours tort. C'est précisément ce comportement qu'il faut gommer." Le drame de cet intergroupe, en effet, est qu'on trouve autant de gens qui veulent son franc succès que de gens qui attendent son naufrage. Ne nourrissant désormais plus aucune illusion, les " rénovateurs ", eux, pourraient maintenant songer à relancer leur propre machine.

Mr Yves Guéna, maire (RPR) de Périgueux (Dordogne) et élu sénateur, le 24 septembre dernier, a annoncé le 10 octobre qu'il renonce à son mandat de conseiller général. Mr Guéna a précisé qu'il envisage toutefois de se représenter aux cantonales de 1991. Le conseil général de la Dordogne compte actuellement 26 conseillers de la majorité et 24 de l'opposition.

Un " club de réflexion " rassemblant des députés non inscrits et des centristes désireux de " dialoguer de façon constructive " avec le gouvernement socialiste vient de se constituer. Dans un entretien à Libération, Mr Aloyse Warhouver (non-inscrit) explique : " Nous sommes plusieurs députés non inscrits proches de la majorité présidentielle sans pour autant nous sentir socialistes. A nous d'agir pour unir. " Font partie de ce " club " des députés centristes comme MM Jean-Marie Daillet et Gérard Vignoble qui, selon Mr Warhouver, " refusent la droitisation de l'UDC, l'intergroupe UDF-UDC-RPR, une opposition systématique ne tenant pas compte de l'opinion des Français ".

A en croire le gouvernement de Bonn, plus de 110 000 Allemands de l'Est ont gagné la RFA depuis janvier, dont 71 335 sans autorisation. Un tel exode aurait pu avoir un effet de soupape : les opposants les plus déterminés au régime ayant choisi de s'enfuir, la contestation sur place serait demeurée limitée. C'est le contraire qui s'est produit : jamais, depuis le soulèvement de Berlin-Est, trois mois après la mort de Staline, en juin 1953, on n'avait assisté en RDA à des démonstrations populaires d'une telle ampleur. Et pour la première fois l'opposition s'organise ouvertement. " Je suis absolument ahurie devant la réaction des gens, déclare une dissidente de Dresde, citée par Newsweek. Ils sont habituellement si humbles et si résignés. Cela montre à quel point le mécontentement est répandu. "

Du coup, L'Humanité n'est pas la dernière à souligner le " besoin de réformes " de la RDA. Mais les dirigeants est-allemands en paraissent moins convaincus. Honecker a profité de la visite du premier ministre adjoint de Chine pour mettre dans le même sac "les troubles contre-révolutionnaires de Pékin et la présente campagne contre la RDA et les autres Etats socialistes ". Moyennant quoi, il a envoyé un télégramme de félicitations à l'ex-PC hongrois pour une mue qui remet pourtant en cause jusqu'au BA-Ba du marxisme-léninisme. Comprenne qui pourra !

Encouragé par Pékin dans sa résistance au modernisme, le vieux leader est-allemand parait moins assuré - bien que, vendredi dernier, Gorbatchev l'ait embrassé sur la bouche, à la russe - du soutien de Moscou. Le temps est loin - 1975 - où Brejnev faisait reconnaitre par la RDA le droit des Soviétiques à intervenir sur son territoire, même sans son accord, si "les conquêtes du socialisme y étaient menacées ". Document d'autant plus digne d'attention que, quelques semaines auparavant, à Helsinki, le même Brejnev avait solennellement renoncé, avec l'ensemble des gouvernements d'Europe, ceux des Etats-Unis et du Canada, à toute ingérence, " sous quelque prétexte que ce soit ", dans les affaires des autres.

Mr Gorbatchev, aujourd'hui, prend le contre-pied du traité de 1975 en déclarant que " la politique de la RDA est décidée non pas à Moscou, mais à Berlin ".

Certes, Mr Gorbatchev voit toujours dans l'Allemagne de l'Est " un allié et un partenaire stratégique " avec lequel il est " en communauté de vues en ce qui concerne les relations internationales ". Mais il est clair que, sur " toutes les autres questions " dont il a parlé avec Honecker, " d'une façon très amicale ", leurs approches à l'un et à l'autre sont loin de converger. Ce n'est évidemment pas sans intention que le porte-parole soviétique a mentionné à plusieurs reprises ce propos tenu par son patron au dirigeant est-allemand : " Quand on est en retard, on est puni par la vie. " Traduction libre : " Résignez-vous à vous engager sur la voie des réformes, sans quoi la marmite va vous sauter à la figure. et ne comptez pas trop sur nous, à ce moment-là, pour vous venir en aide. "

Il est trop tôt pour savoir si cet avertissement sera ou non efficace. Le fait que la milice ait laissé la grande démonstration de Leipzig, le 9 octobre au soir, se dérouler sans intervenir, peut n'être qu'un signe d'embarras. Un certain dialogue s'est engagé à des niveaux modestes, entre pouvoir et opposants. Beaucoup de manifestants arrêtés ont été libérés. Mais on voit mal Honecker, à son âge, et avec son passé, se transformer en réformateur. Quant à imaginer un Gorbatchev est-allemand, The Independent est catégorique : il n'y en a pas.

Il n'y en a pas pour une bonne raison : l'existence même de la RDA n'a rien à voir avec la volonté populaire. C'est d'ailleurs pourquoi de Gaulle s'est toujours refusé à sa reconnaissance. La RDA n'a d'autre raison d'être que la division de l'Allemagne : à partir du moment où les alliés occidentaux, faute d'avoir pu s'entendre avec Staline, avaient décidé, en 1948, de fusionner et d'organiser leurs zones d'occupation sans l'URSS, celle-ci n'avait d'autre solution, sauf à aller à Canossa, que d'organiser la sienne. Aussi bien la création de la République est-allemande, le 7 octobre 1949, est-elle postérieure de cinq mois à celle de la RFA.

DANS ces conditions, un porte-parole du régime est, allemand était fondé à dire, il y a quelques jours, que la seule " légitimité " dont puisse se réclamer son gouvernement est " idéologique ". La Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, préexistaient au communisme et lui survivront. La RDA n'existe que par le communisme. A l'heure où celui-ci est aussi brutalement remis en question dans les pays voisins, comment ne pas se demander ce qu'il adviendrait d'elle si elle abjurait à son tour le marxisme-léninisme ?

La télévision de l'Ouest aidant, qu'ils regardent tous quotidiennement, l'Allemagne occidentale fait figure d'eldorado aux yeux des sujets de Honecker. Ce sont ses images qui aujourd'hui poussent tant de jeunes de l'Est à passer à l'Ouest. Est-il fou d'imaginer que, demain cet aimant puisse attirer le pays lui-même ? Car ce pays, manifestement, n'a pas réussi à devenir une patrie. Aussi bien, n'est-ce pas par hasard que, depuis quelques semaines, le mot de "réunification" a refait son apparition dans le discours politiqueun homme d'affaires qui avait ruiné à la Bourse une kyrielle d'épargnants, et de Mr Felix Gallardo, le " roi " mexicain de la drogue ; il avait en outre ce printemps, à l'issue d'une rude grève des enseignants, poussé à la retraite Mr Jonguitud Barrios, " conseiller à vie " du syndicat des " maestros " et prototype de ce gangstérisme prospérant à l'ombre du corporatisme autoritaire du PRI.

" Mais à présent ? ", s'interroge Mr Jorge Castaneda, intellectuel progressiste de renom. " Où sont les bénéfices pour les citoyens de la fameuse modernisation ? " Ils se font attendre, même si des frémissements sont perceptibles depuis quelques semaines sur le front économique. Les privatisations d'entreprises, la moralisation des syndicats, tout cela a eu pour premier effet, comme il est ordinaire, de jeter sur le pavé des milliers d'hommes et de femmes, dans un pays déjà accablé par le chômage ; les nouvelles conventions collectives ont, en outre, signifié la perte de nombreux " avantages acquis " en un demi-siècle de " révolution institutionnalisée ".

En ce sens, le régime a mis fin à sa vocation historique, proclamée et souvent tenue, de protéger les couches laborieuses. Le fantasme de l'explosion sociale, qui plane sur le pays depuis 1982, n'a, en théorie, aucune raison d'être dissipé. En théorie toujours, il existe aujourd'hui un pôle d'attraction des mécontents : le PRD. Ce parti propose, nous explique Mr Cardenas, " du travail pour tous, une redistribution de la richesse, un large accès à l'éducation et à la santé, et une reprise de contrôle du pays sur son propre développement par une récupération de l'égalité dans ses relations internationales ". En théorie toujours, l'essentiel du syndicalisme officiel et de larges secteurs du PRI peuvent être d'accord sur ce programme. Pourquoi, dès lors, ne voit-on pas venir de lame de fond ? " A nos sondages, l'an dernier, 60 % des gens répondaiene les chefs de l'armée rouge le laisseraient rendre leur liberté aux Allemands de l'Est. Rien, dans ce que dit ou fait, à l'heure actuelle, le gouvernement fédéral n'autorise à penser qu'il remette en cause l'existence de deux Etats allemands, même s'il persévère dans son légitime effort pour promouvoir " le changement par le rapprochement " (Wandel durch Annäherung).

Reste à savoir si cette attitude de " profil bas " suffit et si, compte tenu de la détérioration rapide de la situation en RDA, il ne serait pas urgent de provoquer une concertation approfondie entre la RFA et les trois puissances occidentales qui détiennent, du fait de la capitulation du Reich, des droits particuliers sur l'avenir de l'Allemagne : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. La guerre froide a interrompu depuis belle lurette la négociation d'un traité de paix allemand engagée au lendemain de la guerre. Serait-il si stupide de la reprendre ? Le moment parait venu, en tout cas, de commencer à examiner sérieusement les scénarios à proposer à Gorbatchev sur l'aspect que pourrait revêtir, avant la fin de ce siècle, la " maison commune européenne " de ses rêves et la place que serait appelée à y tenir l'Allemagne. Le président fédéral von Weizsäcker et Henry Kissinger envisagent une confédération. L'ex-chancelier Helmut Schmidt serait partisan d'une réunification, associée au maintien des troupes soviétiques dans la zone qu'elles occupent actuellement. Qui dit mieux ?

Dans le rapport d'une centaine de pages que lui a demandé Robert Chapuis, en novembre 1988, et qui est rendu public jeudi 12 octobre, Monique Grandbastien, professeur à Nancy-II, établit un bilan de la situation actuelle des technologies éducatives - en particulier l'informatique - et avance une série de propositions.

Afin de " poursuivre l'Óuvre de modernisation des formations " et de " faire de la décennie 90 celle de la consolidation, de l'intégration des technologies nouvelles dans le système éducatif ", elle énumère quelques conditions à remplir, dont la principale est la formation initiale des maitres. " C'est un passage obligé et une urgence absolue. " Une formation de base aux technologies devra être obligatoire pour tous, en particulier dans les instituts universitaires de formation des maitres (IUFM) prévus par la loi d'orientation. Ceux-ci devront comporter un département spécialisé et sont invités à donner l'exemple, en utilisant les nouvelles technologies dans leur mission de formation.

Après avoir rappelé toutes les utilisations possibles de l'informatique comme outil pédagogique, Mme Grandbas-tien plaide pour sa généralisation progressive. D'une part dans les établissements : l'informatique étant partout dans la société, elle doit être partout dans l'école, dans les actes pédagogiques aussi bien qu'administratifs. Elle insiste pour que les projets d'établissements intègrent dorénavant cette dimension et que toutes les formes de partenariat soient systématiquement étudiées.

D'autre part, elle réclame au niveau national " une approche globale et cohérente ". Pour cela, elle préconise la création d'un observatoire permanent sur l'utilisation des technologies nouvelles, afin que les décideurs puissent disposer d'un tableau de bord pour éclairer leurs choix. Enfin, elle estime qu'il faut distinguer les études prospectives de la gestion quotidienne, en créant, d'une part, un comité d'experts chargé de la prospective, et de l'autre une cellule de coordination " au plus haut niveau ".

"EN matière d'utilisation des technologies nouvelles, on a l'impression que le ministère est en panne. " Dans leurs bureaux vétustes de Montrouge, les chercheurs de l'Institut national de la recherche pédagogique (INRP) sont perplexes devant les silences prolongés de la Rue de Grenelle. " Nous avons eu notre heure de gloire au moment du plan Informatique pour tous. Serions-nous passés de mode ? ", s'interroge Bernard Dumont, directeur jusqu'à ces derniers jours du programme Technologies nouvelles et enseignement à l'INRP. Certes, ses vingt-six chercheurs à plein temps et les quelque trois cents enseignants associés continuent à inventorier les pistes pédagogiques ouvertes par la micro-informatique, la télématique, le vidéodisque, la télévision, la vidéo portable... Nombre d'expériences sont menées dans des lycées et des collèges, mais à l'initiative de pionniers et de façon précaire.

En 1986, René Monory, alors ministre de l'éducation nationale, avait donné un sérieux coup de frein à la politique volontariste de Laurent Fabius en matière d'informatique à l'école. Lionel Jospin, son successeur, ne semble pas avoir retrouvé l'accélérateur. Sa loi d'orientation, votée en juillet dernier, est muette sur l'informatique. Les nouvelles technologies ne sont évoquées que d'une ligne dans le rapport annexé. Quelle politique de déploiement des logiciels pédagogiques ? Quelle politique pour la formation des enseignants ? La discrétion ministérielle, quelques années après avoir distribué cent mille micro-ordinateurs et fait défiler les profs dans des stages d'initiation, inquiète les spécialistes. Pour Bernard Dumont, " l'informatique se développe rapidement hors du système scolaire. Il faut prendre en compte cette évolution sous peine d'aggraver le décalage entre le système éducatif et le monde professionnnel ".

Tandis que les micro-ordinateurs Thomson, devenus pièces de musée, prennent la poussière au fond des placards des écoles, le ministère lance un plan national d'équipement audiovisuel de tous les établissements, depuis l'école primaire jusqu'à l'Université. Il est vrai que, en la matière, la France accuse un retard considérable. Après l'engouement pour la télévision scolaire dans les années 60, l'école semblait bouder l'image. Le plan audiovisuel collèges destiné à introduire des magnétoscopes et des caméras vidéo dans les établissements en 1985 a été la seule opération d'envergure de ces dix dernières années. " Le rôle de l'image est plus directement associé à la pédagogie qu'il y a cinq ou six ans ", souligne-t-on au ministère, pour expliquer la priorité donnée à l'audiovisuel.

Effectivement, au-delà de l'acquisition de matériels, Lionel Jospin se soucie de l'utilisation qui en sera faite : création d'une fondation nationale pour l'édition et la production de programmes, formation des enseignants, négociation avec les présidents de chaine sur la place de l'éducation à la télévision. " Un plan qui ne serait pas accompagné d'une mise à disposition de tout un savoir pédagogique serait voué à l'échec ", estime Alain Elie, responsable du développement des technologies modernes à la direction des lycées et collèges (DLC), soucieux de " tirer parti des actions d'innovation ". C'est ainsi qu'un document pratique intitulé " Vidéo de la réussite", composé de fiches pédagogiques et de bandes vidéo, est diffusé dans les collèges et les MAFPEN (missions académiques de formation des personnels) à l'usage des enseignants tentés par ce média.

Mais pourquoi avoir décrété la mobilisation générale sur l'audiovisuel, alors que le bilan du plan IPT restait à tirer ? L'éducation nationale excelle à ouvrir des chantiers, elle les mène rarement à leur terme. " Il n'y a plus actuellement de politique globale des technologies nouvelles dans le système éducatif ", constate Monique Grand-bastien, professeur d'informatique à l'université de Nancy II, dans le rapport qu'elle vient de terminer à la demande de Robert Chapuis, secrétaire d'État chargé de l'enseignement technique.

" L'alternance de discours d'orientations fermes, de circulaires précises et de périodes de long silence n'est pas comprise et difficilement justifiable ", estime cette universitaire. Avec bon nombre des interlocuteurs qu'elle a rencontrés sur le terrain au cours de son enquête, elle interroge : " Y a-t-il encore un pilote dans cet avion ? "

Certes, les technologies nouvelles ont transformé la plupart des formations professionnelles. Pionnier de l'introduction de l'informatique, l'enseignement technique et professionnel a maintenu son avance. Chaque fois qu'un diplôme a été créé ou rénové, on y a introduit de l'informatique. L'élément le plus tangible de l'insertion de l'informatique à l'école reste la mise en Óuvre de l'enseignement obligatoire de la technologie au collège. Lancé en 1985, l'équipement de tous les établissements sera achevé à la rentrée de 1990. " Cela permet un véritable suivi pédagogique à travers le collège, se réjouit Robert Chapuis. L'enfant est en relation avec l'informatique de la 6e à la 3e, non seulement par manipulation, comme à l'école élémentaire, mais par l'élaboration de projets. "

Pour le reste, c'est-à-dire les technologies nouvelles en tant qu'éléments de culture générale de tous, la situation est floue. Monique Grandbastien déplore que la généralisation promise par le plan IPT ne soit pas encore réalisée. Premier obstacle : le matériel, encore trop rare, parfois en panne, avec des logiciels peu conviviaux, fait que " beaucoup d'élèves sortent encore de l'école ou du collège sans un minimum de familiarité avec les nouvelles technologies ". Second obstacle : le manque de formation des enseignants, dont moins de 10 % seraient des utilisateurs réguliers d'informatique et d'audiovisuel.

Si l'introduction des technologies nouvelles dans l'enseignement a eu le mérite de faire naitre de vraies questions de recherche pédagogique, Mme Grandbastien " ne voit pas clairement comment l'institution les a recensées (...), qui elle a mandaté pour ces recherches (...), comment elle a peu à peu évalué le chemin parcouru, comment les expérimentations ont repris certains résultats de la recherche pour déterminer les conditions d'une diffusion ". Bref, conclut-elle, " la capitalisation des acquis s'avère particulièrement difficile ".

Le foisonnement des expériences est malgré tout considéré par les conseillers du ministre comme une richesse. " Les établissements scolaires ont dépensé plus de 70 millions de francs par an ces deux dernières années en achat de logiciels, dont près de 30 millions sur leurs ressources propres, c'est la preuve qu'ils y croient ", souligne Alain Elie. Reste à savoir quels logiciels et à quoi ils servent. Les nouvelles technologies demeurant l'apanage de quelques " fanas ", le ministère souhaite maintenant " banaliser " leur usage. " Il faut apporter la preuve aux enseignants que c'est un plus dans leur pratique ", déclare Jean Geoffroy, chargé du dossier au cabinet de Lionel Jospin. Après les effets de masse du plan IPT, il s'agit de rassurer et de convaincre.

" Nos efforts n'ont de sens que s'ils se font dans la continuité. Cela n'a pas été le cas ", déclare Robert Chapuis, évoquant " le fatras épouvantable des équipements " et " les politiques de va-et-vient catastrophiques ". A la lumière du rapport de Monique Grandbastien, les services du ministre et du secrétaire d'État vont tenter de remettre un peu d'ordre dans les orientations. En douceur. Ils souhaitent consulter les enseignants-chercheurs, les différentes instances de l'éducation nationale, mais aussi les collectivités territoriales et surtout les professionnels (constructeurs, éditeurs...). Ce n'est pas un hasard si Robert Chapuis a choisi le rendez-vous du Sicob micro pour rendre public, jeudi 12 octobre, le rapport de Monique Grandbastien.

Pas de précipitation, mais pas d'atermoiements non plus. " Il serait grave de laisser passer l'année 1990 sans avoir défini de directives pour les technologies nouvelles ", estime le secrétaire d'État. Des choix devront être faits dans le projet de budget 1991, notamment pour le renouvellement des matériels du plan IPT. Pour le ministère, " l'approche doit être multiforme " : formation des enseignants pour qu'ils intègrent naturellement les nouvelles technologies dans leur pratique pédagogique, introduction progressive dans les programmes et instructions, sensibilisation des projets d'établissements à la dimension technologique. Dans chaque académie, un dispositif d'animation pourrait être placé auprès du recteur, afin de sensibiliser les enseignants et de suivre les actions entreprises.

" Nous pensons que la principale voie d'accès de la cocaine en Europe est la péninsule ibérique, et nous savons que le cartel de Medellin a des relations directes en Espagne. " Les craintes de Mr John Lawn, directeur de la DEA (Drug Enforcement Agency) américaine sont-elles fondées ? A première vue les chiffres le donnent à penser. En 1988, 3 471 kilos de cocaine ont été saisis en Espagne, soit trois fois plus que l'année précédente et... davantage que dans tous les autres pays d'Europe réunis ! On estime que 90 % de cette quantité étaient destinés à la réexportation vers le reste du continent. Pour le hachisch également, Madrid arrivait l'an dernier en tête des saisies, avec près de 91 tonnes.

L'Espagne est d'abord " victime ", à cet égard, de sa géographie. Avec ses milliers de kilomètres de côtes, souvent mal contrôlées, prise entre deux mers, elle constitue le lieu de passage obligé des trafiquants de cannabis venus du nord de l'Afrique.

Une autre circonstance naturelle concourt à faire de l'Espagne une tête de pont du trafic de cocaine vers l'Europe : l'importance du flux touristique et commercial en provenance de l'Amérique du Sud, qui empêche tout contrôle exhaustif. La cocaine arrive par conteneurs dans les ports espagnols et est ensuite réexportée par camions vers le reste du continent.

" Le marché américain de cocaine est saturé, ce qui a décidé les trafiquants sud-américains à se réorienter vers l'Europe en tentant de passer par l'Espagne ", observe Mr Miguel Solans, qui dirige à Madrid le plan national interministériel contre la drogue. Il y a effectivement plusieurs années que les " capos " colombiens s'intéressent à l'Espagne, pays culturellement et linguistiquement très proche du leur. En juin 1984, débarquait, à Madrid, Jorge-Luis Ochoa, l'un des principaux responsables du cartel de Medellin. Il songeait apparemment davantage à y " blanchir " l'argent de son négoce qu'à y introduire la drogue. Arrêté six mois plus tard, il fut finalement renvoyé en 1986 dans son pays après une longue et dure bataille juridique, les Etats-Unis et la Colombie réclamant son extradition. La petite histoire veut que cette mésaventure l'ait décidé à inonder l'Espagne de cocaine.

Il allait compter à cette fin sur l'aide d'un autre grand trafiquant hondurien celui-là, Ramon Matta (aujourd'hui emprisonné en Californie). Matta réussit à s'introduire dans les milieux de la contrebande du tabac en Galice, une activité traditionnelle dans cette région. Il convainquit les contrebandiers d'utiliser leur réseau pour se reconvertir au trafic, bien plus rentable, de stupéfiants : hachisch dans un premier temps, cocaine ensuite. Par l'intermédiaire de son épouse et de son frère, il est associé aujourd'hui encore à diverses entreprises de Galice, notamment dans les secteurs de l'automobile et de l'immobilier.

Le spectre de la " colombianisation " plane-t-il donc sur l'Espagne ? " La colombianisation suppose un Etat faible, avec des structures politiques en décomposition, ce qui n'est évidemment pas notre cas ", observe un responsable du ministère de l'intérieur. Il est vrai également qu'après plusieurs années d'efficacité très relative, la police espagnole semble avoir réalisé d'indéniables progrès.

Deux mille lycéens en grève environ ont manifesté, jeudi 5 octobre, à Valence (Drôme), pour protester contre le manque de professeurs et les classes surchargées. Le mouvement était parti, la veille, du lycée technique Briffaut où, depuis la rentrée, les élèves de terminale F 2 n'ont toujours pas de professeur d'électronique, la matière essentielle de leur formation qui doit être enseignée à raison de douze heures par semaine et qui a le coefficient dix au baccalauréat.

La grève des terminales F 2 s'est étendue à l'ensemble du lycée et à quatre autres établissements secondaires de la ville. Les lycéens réclament aussi la nomination de trois autres enseignants dont les postes n'auraient pas encore été pourvus.

ELABORER un nouveau code pénal, c'est vouloir définir les règles majeures de notre démocratie, le contenu des droits et des devoirs fondamentaux de notre citoyenneté et les prérogatives de l'Etat sur les individus.

Il était pertinent de tenter cette refonte du code pénal dans le cadre de la célébration du Bicentenaire. En effet, le premier texte juridique français qui porte le nom de "code" n'a pas été un code civil mais un code pénal, celui que les constituants adoptèrent en septembre 1791, dans le même mouvement de pensée que la Déclaration des droits de l'homme et la première Constitution. Ce texte fut élaboré en un an et demi, entre septembre 1789 et mai 1791. Il n'eut pas pour rédacteurs des utopistes inexpérimentés mais de hauts magistrats, souvent élus de la noblesse et membres de sa fraction éclairée ainsi que des avocats élus du tiers état.

Leur projet reste exceptionnel par sa cohérence et sa modernité. Il consacrait enfin "le principe de la légalité des délits et des peines" que tout le dix-huitième siècle avait appelé de ses vÓux pour sortir d'un arbitraire judiciaire, source d'inégalités et de cruautés.

L'originalité et la solidité de conception de ce premier code furent tel que la longue entreprise de réforme menée par les jurisconsultes napoléoniens, entre mars 1801 et février 1810, ne parvint qu'à effectuer une reprise amplifiée, mais sans grande innovation, du texte fondateur de 1791.

Mais avant tout ils voulaient garantir l'ordre public : "Chaque jour la société doit être conservée et, à des calamités présentes, il faut des remèdes rapides."

Réaliser un code pénal, c'est d'abord l'occasion de débattre des fondements du droit de punir. Le projet de la Constituante était avant tout soucieux de peines justes, humaines et égales pour tous. Il voulait rompre en priorité avec les supplices physiques. Il ne comportait ni peine de mort ni travaux forcés. A l'intérieur des prisons le travail devenait récompense et moyen de réaliser un apprentissage social, toute peine perpétuelle ayant été exclue. Une procédure de réhabilitation était également prévue. Le projet en son entier est animé par l'idée de la perfectibilité humaine et peut se résumer dans une formule de son rapporteur : "Punir le coupable et le rendre meilleur".

Lors des débats à la Constituante, ce texte fut considérablement modifié et son contenu répressif accentué. La peine de mort et les travaux forcés furent votés. Ce besoin de sûreté, contrepoids à la liberté, justifiera en 1810 une véritable légitime défense collective. Il ne s'agit pas de rétablir des peines, uniquement ordonnées à la souffrances, mais d'effrayer pour dissuader : "La peine n'est pas là pour apaiser la colère mais pour prévenir."

Finalement la peine de mort fut maintenue (mais pour un plus petit nombre de crimes) et la peine physique de la marque au fer rouge fut rétablie pour influencer "les hommes grossiers". Ainsi, dès la fin de la Constituante, c'est une conception utilitariste de la peine qui prévalut ; elle n'a cessé depuis de s'imposer.

Sous la Révolution et sous l'Empire, prévalait la défense des valeurs collectives et des institutions publiques. La garantie des personnes et des biens venait en second plan. Si le code de 1791 est individualiste et s'attache à la protection du patrimoine "naturel" de l'homme, son corps, son honneur et ses biens, celui de 1810 prend aussi en compte la famille et prévoit la sanction de devoirs conjugaux et parentaux. De plus, la défense d'un ordre public économique garantissant la sécurité des échanges était déjà présente dans cette hiérarchie des intérêts protégés.

L'apport majeur des travaux de 1791 et de 1810 est d'avoir officialisé le lien jusque-là obscur entre mode de gouvernement et mode de sanction, entre système politique et système pénal. Il n'y a pas d'ordre public atemporel, il n'y a que des constructions juridiques liées aux besoins des sociétés et de leur gouvernement.

Si, dans les projets actuels, on constate une diversification des peines destinée à permettre une meilleure individualisation des sanctions, cette tendance est contrebalancée, depuis l'abolition de la peine de mort, par un mouvement de fort durcissement des peines d'emprisonnement.

En ce qui concerne les incriminations, la rupture est beaucoup plus nette. La défense des intérêts collectifs fondamentaux s'émiette aujourd'hui dans la protection d'intérêts individualistes. La conception des droits de l'homme qui anime le texte serait bien restrictive si, comme c'est le cas actuellement, la priorité demeurait à la seule défense des personnes et des biens.

La fraude fiscale, les accidents du travail, les atteintes à l'environnement, à la consommation, à l'épargne, les problèmes de communication font partie de la citoyenneté contemporaine. Or ces questions ne sont pas présentées dans l'exposé des motifs, comme des priorités. Elles ont été reléguées à la fin du code dans un chapitre qui n'a pas encore été rédigé. Il y a là un grand décalage entre les projets de politique pénale affichés et leur concrétisation.

Les responsables est-allemands souhaiteraient faire venir dans leur pays 80 000 travailleurs chinois pour remplir les emplois qualifiés laissés vacants par leurs concitoyens passés récemment en Allemagne de l'Ouest. Le quotidien autrichien Der Standar, qui publie cette information, révèle en outre que les dirigeants est-allemands envisageraient de payer les travailleurs chinois en devises fortes.

Cette " importation " de main-d'Óuvre n'est pas une pratique nouvelle en RDA puisque 40 000 Vietnamiens, 10 000 Mozambicains et de nombreux Cubains sont déjà arrivés dans le pays.

La dégringolade de la livre sterling marque-t-elle l'échec de la politique économique et financière de Mme Thatcher et de Mr Nigel Lawson ?

L'économie britannique supporte les taux d'intérêt les plus élevés du monde industrialisé, aussi bien en valeur nominale qu'en valeur réelle. Cette politique d'argent très cher a valu à la Grande-Bretagne onze relèvements des taux depuis l'été 1988. Mais la tactique de Mr Lawson ne se révèle pas très payante : le taux annuel d'inflation est encore de 7,3 %.

Il y a dix ans maintenant que Mme Thatcher est au pouvoir. Certes, à l'époque de son arrivée à la tête du gouvernement, l'inflation dépassait largement les 10 % l'an : 13,5 % en 1979, 18 % en 1980. Mais les progrès sont minces par rapport à presque tous les autres pays industrialisés qui ont plus ou moins réussi à maitriser le dérapage des prix. Evénement considérable, auquel ne participe pas la Grande-Bretagne.

Et surtout, Londres voit ses déficits extérieurs s'élargir rapidement : 3,7 milliards de livres en 1987, 14,6 milliards en 1988, probablement 20 milliards de livres cette année. Ce sont des chiffres qui font un peu froid dans le dos puisqu'ils représentent 4 % du PNB ou l'équivalent de 200 milliards de francs. La France, avec ses 20 à 25 milliards de francs de déficit, en comparaison, fait figure de bon élève...

Ce qui a en grande partie ruiné les efforts faits par Mme Thatcher et Mr Lawson est à la dérive des salaires, qui ont augmenté de 7,8 % en 1987, de 8,9 % en 1988 et encore de 9,3 % en rythme annuel depuis le début de 1989.

A quoi sert dans ces conditions de mener une politique budgétaire orthodoxe, fondée sur des excédents ? Les coûts salariaux de l'industrie augmentent plus vite qu'à l'étranger. C'est en définitive cela qui compte le plus.

Jérusalem (AFP). - Un pilote de l'armée de l'air syrienne a déserté, mercredi matin 11 octobre, aux commandes d'un Mig-23, de fabrication soviétique, qu'il a fait atterrir dans le nord d'Israël, a indiqué un porte-parole militaire israélien. L'avion s'est posé sur une base militaire.

C'est la première fois qu'un avion soviétique de ce type est pris intact par un pays allié de l'Occident. Quatre pilotes des armées de l'air arabes avaient également dans la passé fait... atterrir leur appareil en Israël.

Au coin de la rue de Babylone et de la rue Monsieur s'élève un édifice inattendu et exotique, folie digne du dix-huitième siècle ; c'est la Pagode, japonaiserie construite en 1895 par l'architecte Alexandre Marcel pour l'épouse d'un riche négociant.

Les cinéphiles connaissent bien l'endroit, qui, depuis plus de cinquante ans, présente dans ses deux salles les meilleurs films d'avant-garde... et les autres, puisque c'est là qu'on a pu voir en 1937 Marie Walewska de Clarence Brown, avec Garbo la divine et un incroyable Napoléon interprété par Charles Boyer.

Or la Pagode vient d'être rachetée par une société d'investissement qui médite d'y installer restaurants, galeries et Dieu sait quoi ! Les exploitants des deux salles de cinéma n'ont plus que deux ans pour " se retourner " dans tous les sens du mot, faute de quoi les deux derniers écrans du septième arrondissement disparaitront comme ont déjà disparu d'autres salles d'art et d'essai.

L'édifice et son jardin japonais ne sont pas menacés de destruction puisqu'ils sont inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, mais sait-on jamais ?

La Pagode jouxte un banal hôtel du dix-neuvième siècle, 56, rue de Babylone, dont le conseil régional, trop à l'étroit rue Barbet-de-Jouy, s'est rendu acquéreur il y a quelques mois pour la coquette somme de 56 millions de francs. Mr Krieg, président du conseil régional, qui a très heureusement renoncé au projet d'installer une partie de ses services dans les bâtiments et le jardin du lycée Victor-Duruy, ne serait pas opposé à ce que l'ensemble de la Pagode soit racheté par le conseil, ce qui aurait le mérite de le préserver de toute entreprise mercantile mais qui ne réglerait sans doute pas l'avenir des cinémas.

Toute cette partie de la rue de Babylone forme avec ses voisines, les rues Monsieur, Vaneau et Oudinot, un vaste quadrilatère comprenant une extraordinaire concentration d'hôtels du dix-huitième siècle et de belles maisons anciennes derrière lesquelles s'étendent de grands jardins qui réservent parfois des surprises. C'est là que Victor Hugo, dans les Misérables, a situé le jardin purement imaginaire où Marius rejoint Cosette, rue Oudinot, ci-devant rue Plumet, car il connaissait bien ce quartier proche de l'Ecole militaire, où son père le général Hugo avait élu domicile.

" Le jardin, écrit-il, avait environ 1 arpent et la maison communiquait par-derrière par une porte masquée donnant sur un long couloir à ciel ouvert qui aboutissait à un demi-quart de lieue de là à l'extrémité de la rue de Babylone " (les Misérables, livre premier, troisième partie).

Comme toujours, la réalité dépasse la fiction. C'est ainsi que le visiteur qui pénètre dans la cour de l'immeuble du 53 de la rue de Babylone peut apercevoir au fond d'une vaste cour un très bel hôtel dix-huitième siècle. Sur sa droite règne " un long couloir " non pas à ciel ouvert mais sombre et étroit. Il mène à un grand jardin aux arbres séculaires, au milieu duquel on a aménagé un tennis " en parfait état de marche ".

Jusqu'à ces derniers mois, on accédait à ce tennis par le 12 de la rue Oudinot ci-devant rue Plumet, en passant par deux jolies vieilles maisons séparées par un jardinet dont parle Léon Daudet dans Paris vécu. " Coppée habitait avec sa sÓur au 12 de la rue Oudinot, dit-il, dans un appartement formant pavillon au rez-de-chaussée qu'un petit jardin séparait de son propriétaire, Denys Cochin. "

Le majestueux portail qui fermait le vieil immeuble donnant sur la rue a disparu l'an dernier, comme a disparu la plaque de marbre rappelant que François Coppée avait vécu et était mort dans cette maison. L'accès au parc et au tennis a été supprimé, et on a volontairement laissé se dégrader les façades, dont les fenêtres sont recouvertes de carreaux de ciment, les locataires ayant été expropriés en partie. Quant à la cour, elle est devenue une sorte de garage où stationnent régulièrement quelques voitures.

Ces atteintes à l'intégrité de ces deux maisons chargées de souvenirs et jusqu'alors en fort bon état semblent un combat d'arrière-garde mené par des propriétaires qui, ayant déposé une demande de permis de construire, le 28 octobre de l'année dernière, se sont vu refuser le projet par Mr Hannebert, l'architecte des Bâtiments de France chargé du secteur.

Il s'agissait de faire élever sur ces lieux mêmes un immeuble de 15 appartements et une résidence hôtelière comportant 49 chambres, salles de réunions, bar, salles de gymnastique, les deux bâtiments étant reliés par une galerie de verre ; enfin, un parc de stationnement souterrain de 110 places figurait également dans ce projet.

La rue Oudinot, voie paisible et assez étroite, abrite deux cliniques dont l'une, la Maison Saint-Jean-de-Dieu, fondée sous Louis-Philippe, qui accueillit d'illustres patients, reçoit actuellement de nombreux malades.

Elle est séparée du très bel hôtel dix-huitième siècle où siège le ministre de la coopération par une cité-impasse à l'anglaise plantée d'arbres et de pelouses qu'entourent de jolis pavillons et des ateliers d'artistes récemment restaurés et sauvés de justesse, il y a quelques années, par une association de défense du quartier dont les interventions ont été couronnées de succès.

Cette association s'est reconstituée à l'occasion de l'affaire du complexe hôtelier. Elle appuie un autre projet mieux adapté au quartier et à son environnement, projet qui a les faveurs des Bâtiments de France. Les maisons seront conservées et réaménagées. La façade sur rue sera surélevée d'un étage couvert lui-même par un comble mansardé, tandis que le parc de stationnement sera ramené à des limites raisonnables.

Ainsi, comme le dit Mr Hannebert, l'architecte, " si ce projet voit le jour, la rue Oudinot bénéficierait d'un hôtel de charme pour touristes paisibles et cultivés " et... peut-être amateurs de tennis !

L'éventail des groupes politiques apparus ces dernières semaines en RDA s'est encore enrichi d'un nouveau venu, le Parti social-démocrate (SDP), qui entend promouvoir la démocratie et la justice sociale en renouant avec les traditions politiques du pays. Officiellement constitué dimanche 8 octobre à Berlin-Est, le SDP, dont le porte-parole est un intellectuel peu connu, Mr Ibrahim Böhme a, dès lundi, présenté sa candidature à l'Internationale socialiste dans une lettre adressée à son président, Mr Willy Brandt.

L'apparition, depuis le mois d'août, de toute une série de groupes et de mouvements politiques en Allemagne de l'Est répond au désir croissant d'une partie de la classe intellectuelle de proposer à la population un autre choix que la simple fuite en Allemagne de l'Ouest et des programmes qu'elle puisse comprendre. Jusqu'à présent en effet, l'opposition, une multiplicité de groupuscules, travaillait sur des thèmes très ponctuels : l'écologie, le pacifisme... sous la protection de l'Eglise protestante, sans laquelle rien n'a pu se faire ces dernières années. Mais ce travail est resté limité à des cercles restreints. Compte tenu d'une situation économique qui permet au régime d'assurer à la grande majorité de la population un niveau matériel jugé suffisant, ces expériences politiques n'avaient, jusqu'à présent, pas réussi à mordre vraiment sur le grand public.

Autre problème : la dépendance de tous ces petits groupes à l'égard de l'Eglise. Tout en reconnaissant le rôle positif joué par cette dernière, beaucoup estiment aujourd'hui qu'il est nécessaire de s'affranchir d'une tutelle qui devient une gêne pour un rassemblement plus large. En outre, tenue par ses engagements envers l'Etat, l'Eglise ne peut, dans son action politique, dépasser certaines limites, et cette obligation de réserve est considérée de plus en plus comme un obstacle au développement d'une véritable alternative politique.

" Neues Forum ", le Nouveau Forum, dont le nom sert aujourd'hui de ralliement dans les manifestations, est apparu de loin le plus crédible à tous ceux qui souhaitaient une telle émancipation des structures de l'Eglise. C'est ce qui explique sans doute son succès actuel. Ses dirigeants, qui se sont vu refuser une reconnaissance comme formation politique légale, n'ont, en revanche, pas encore réussi à imposer dans le public une image claire de ce qu'ils recherchent, facilitant ainsi la contre-propagande du régime, qui les accuse de ne vouloir ni plus ni moins qu'une restauration du capitalisme. Plus qu'un parti, le Nouveau Forum est, pour le moment, davantage un rassemblement de personnes de bonne volonté, venant d'horizons différents et unies par leur désir de rester en RDA et de lutter sur place pour obliger le régime à des réformes. Ses personnalités les plus en vue, l'avocat Rolf Henrich, ancien membre du Parti socialiste unifié (SPD), le peintre Bärbel Bohley et le professeur Jen Reich, n'ont rien de politiciens confirmés.

A la tête du mouvement Rupture démocratique, créé plus récemment, le pasteur Eppelmann souhaite au contraire constituer le plus rapidement possible un parti véritablement structuré, avec un programme clair. Les responsables de Rupture démocratique ont déjà rendu publiques les grandes lignes de ce projet, qui insiste notamment sur leur volonté de lutter pour un socialisme à visage humain dans le cadre de deux Etats allemands.

Sept formations politiques dont le Nouveau Forum et Rupture démocratique ont publié, le vendredi 6 octobre, une déclaration se fixant un programme commun minimal (1). Dans cet appel, elles affirment notamment que toutes " sont liées par la volonté de remodeler démocratiquement l'Etat et la société " et se déclarent solidaires de " tous ceux qui sont poursuivis en raison de leur engagement envers ces objectifs ". Estimant nécessaire d'ouvrir une discussion sur l'introduction du vote démocratique en RDA, les signataires de l'appel demandent, en outre, que les prochaines élections se déroulent sous le contrôle des Nations unies. Un des grands thèmes de mobilisation contre le régime, à l'heure actuelle, est effectivement l'accusation de fraude dont il se serait rendu coupable lors des élections locales du 7 mai dernier.

Le pasteur Eppelmann ne pense pas que la multiplication de ces formations puisse poser un problème de crédibilité auprès de l'opinion. Il estime légitime, après quarante ans de régime à parti unique, que la société aspire au pluralisme le plus large, à condition que toutes ces formations s'entendent naturellement pour prôner l'avènement d'une société démocratique.

Cette multiplication s'explique en fait autant par des questions de rivalités personnelles que par de véritables différences politiques. Pratiquement tous affirment vouloir non seulement la démocratie mais rester dans le cadre d'une société socialiste et dans celui des deux Etats allemands.

L'émergence de ces groupes parait surtout traduire la volonté d'une partie de l'intelligentsia de sortir du ghetto dans lequel elle s'était laissée enfermer. La forme que prendrait le débat politique si le régime acceptait une ouverture du dialogue ou une évolution semblable à celle des autres pays d'Europe de l'Est est pour le moment difficile à imaginer. Il est probable, dans ce cas, qu'on assisterait à des " reclassements " et peut-être aussi à la réactivation des formations politiques du passé, comme le Parti chrétien-démocrate ou le Parti libéral, vestiges des partis de la République de Weimar qui n'ont pas disparu mais qui ont été complètement stérilisés par leur intégration au sein d'un front national entièrement dominé par les communistes du SED.

Aux côtés de six marines de l'OTAN, la France et l'Espagne, qui ne sont pas membres des commandements intégrés alliés, participent à un exercice naval qui a commencé le 9 octobre et qui s'achèvera le 14 novembre, en Méditerranée. Pour ces manÓuvres, baptisées " Dissuasion 89 ", qui mobilisent des navires de guerre italiens, américains, grecs, britanniques, turcs, espagnols et ouest-allemands, la France s'est engagée à fournir des avions d'attaque Super-Etendard et des avions de patrouille maritime Breguet-Atlantic, ainsi que des cibles remorquées.

La lutte du gouvernement colombien contre le cartel de Medellin, le blanchiment de l'argent de la drogue, le rôle de la Mafia en Italie, l'échec des politiques répressives mises en Óuvre aux Etats-Unis, ont relancé le débat sur la dépénalisation des stupéfiants. En Europe, où les drogues licites comme l'alcool, le tabac ou les médicaments sont un marché florissant, les abolitionnistes, soutenus par les économistes libéraux, font valoir les avantages qu'une libéralisation des stupéfiants offrirait à l'Etat. De leur côté, les prohibitionnistes s'élèvent contre une reconnaissance officielle des drogues qu'ils considèrent comme une démission devant les trafiquants.

Faciles, extrêmement rentables - la coca donne jusqu'à quatre récoltes annuelles, - les cultures illicites poussent sur la misère des pays pauvres ; 1 hectare de coca donne 1,5 tonne de feuilles et rapporte 3 000 dollars au paysan. Après transformation, la récolte fournira 3 kilos de cocaine, vendus 40 000 dollars au prix de gros et 1 million de dollars au détail. Même culbute faramineuse pour l'opium : il faut moins de 1 hectare de fleurs de pavot pour fabriquer 1 kilo de morphine base (2 000 dollars), qui, traité à l'anhydride acétique, donne 1 kilo d'héroine (200 000 dollars au prix de gros et 2 millions de dollars au détail).

Ce constat et l'escalade dans la rue de la violence liée à la drogue entrainent de nombreux spécialistes à réclamer une dépénalisation qui permettrait de sortir de la fatalité du système. Le juriste Francis Caballero écrit, dans le Droit de la drogue (1), véritable manifeste pour la dépénalisation : " Le système bancaire est contaminé par le recyclage de l'argent du trafic. Le coût bancaire de la lutte antidrogue augmente sans cesse. Les prisons se remplissent alors que l'offre de stupéfiants ne fait que croitre... La répression s'énerve et devient de plus en plus attentatoire aux libertés individuelles. Les droits élémentaires des personnes sont bafoués, des lois anticonstitutionnelles sont votées, le droit de la drogue empoisonne l'atmosphère de la planète. "

Les partisans de cette mesure estiment que toute théorie sur la drogue, sur son usage et sa réglementation doit tenir compte de l'incohérence de la législation, qui admet des drogues licites, comme l'alcool, le tabac ou les médicaments psychotropes, dont les abus sont, d'autre part, officiellement du moins, combattus.

Devant les effets jugés pervers de la prohibition, les abolitionnistes avancent des propositions qui vont de la dépénalisation de l'usage des stupéfiants à une véritable légalisation, qui implique la commercialisation par l'Etat de produits stupéfiants.

" Les drogues sont dangereuses, affirmait dans son éditorial du 2 septembre l'hebdomadaire britannique The Economist, connu pour refléter l'opinion des milieux financiers internationaux. L'illégalité qui les entoure ne l'est pas moins. La légalisation du commerce, le contrôle, la taxation et la surveillance de la vente des drogues, à condition d'afficher leurs effets nocifs sur chaque paquet, empoisonneraient moins de consommateurs, tueraient moins de dealers, corrompraient moins de policiers et rapporteraient des revenus à l'Etat. La dépénalisation est risquée, mais la prohibition l'est encore plus. "

Sur les modalités de cette légalisation qui, pour surprenante qu'elle soit, n'en suscite pas moins des adeptes parmi les milieux conservateurs, les solutions restent à inventer.

Ainsi, Mr Francis Caballero propose un commerce " passif ", privé de la publicité de l'affichage et de tout ce qui, dans le commerce moderne, encourage à produire, à vendre ou à consommer.

Ce régime s'inspire du système néerlandais où la distribution de cannabis est tolérée sans être encouragée, où l'usage dans les lieux publics est sanctionné et l'incitation interdite. D'autres imaginent une législation des drogues, équivalente à celle du jeu ou de la prostitution. Enfin, certains font valoir qu'en dépit de son caractère choquant, le contrôle de la vente des drogues injectables permettrait, à l'heure du sida, d'approcher une population marginale et exclue qui, aujourd'hui, n'a pas d'autres choix que de mourir isolée dans des conditions sanitaires misérables.

Tous insistent sur ce fait : la législation n'est pas envisageable en dehors d'un contexte international ou, à défaut, européen, sous peine de susciter le phénomène qui frappe les Pays-Bas, devenus du fait de leur isolement, le lieu de tous les trafics. A trois ans de l'ouverture du marché unique, une certaine disparité règne en effet entre les législations européennes. La tolérance des Pays-Bas à l'égard des drogués et des toxicomanes est connue. L'Espagne et l'Italie ont également mené une politique d'ouverture. La dépénalisation de l'usage qui n'a pas, comme aux Pays-Bas, été accompagnée d'une politique de prévention, ne semble pas avoir donné les résultats escomptés.

En France, où plusieurs voix, à la suite de Mr Caballero, se sont élevées en faveur de la légalisation, on attend les conclusions du rapport que la Mission interministérielle de lutte contre la toxicomanie (MILT) vient de remettre au premier ministre ; le ministre de la santé, quant à lui, vient officiellement de prendre position. " Je me situe farouchement contre toute dépénalisation qui constituerait une démobilisation rampante de notre société et une approche munichoise ", déclarait le 7 octobre Mr Claude Evin, à l'occasion du congrès international " Drogue, l'état de dépendance ", organisé à Paris, dans le cadre de la campagne européenne d'information sur la drogue.

La dépénalisation ne réglera aucun des problèmes de la toxicomanie, soulignent ses adversaires, en accusant les abolitionnistes de se cantonner dans des thèses purement économiques. Ainsi, comment admettre que l'Etat prenne en charge le commerce de l'héroine, de la cocaine et du crack et des produits - " crank ", " ice " et autres - toujours plus nocifs, issus du savoir-faire des trafiquants ? Comment tolérer que la drogue soit vendue aux mineurs dont on sait, malgré l'absence de statistiques précises, qu'ils constituent une bonne partie de la population des toxicomanes ?

" La théorie de la dépénalisation est non seulement immorale, mais elle repose sur une logique de dealer ", estime un spécialiste de la toxicomanie, qui précise que les partisans de la légalisation semblent ignorer la problématique du toxicomane. " La drogue est un appel au secours, et on méconnait cet appel si on fournit le produit demandé. On élude ainsi les problèmes sans donner au toxicomane les repères dont il a désespérément besoin. "

Quant aux interdits qui pèsent sur les stupéfiants, ils sont trop puissants pour que la légalisation suffise à faire baisser la consommation. Juridiques, psychologiques ou économiques, les arguments des prohibitionnistes qui se veulent aussi des libéraux réfutent point par point les thèses des abolitionnistes. Ils doutent notamment que l'institution d'un monopole de l'Etat suffise à empêcher la mise en place d'un marché parallèle aux effets encore plus néfastes.

Tout en reconnaissant les contradictions entre le régime des drogues licites et celui des stupéfiants, les prohibitionnistes, constatant qu'il existe en France deux millions et demi d'alcooliques et trois millions de consommateurs réguliers de psychotropes, se demandent si une dépénalisation qui faciliterait l'accès aux drogues dures ne conduirait pas inévitablement à un glissement de cette population fragilisée vers les stupéfiants.

Répression, dépénalisation ou solution alternative, le débat que certains auraient espéré éviter, est aujourd'hui ouvert.

Suite à l'article paru le mercredi 20 septembre (Boissy-Saint-Léger gagne la bataille des graffitis), Mme Michèle Ansay, secrétaire générale de la mairie de Boissy-Saint-Léger nous fait savoir qu'elle dément avoir mis en cause un parti politique, de quelque tendance que ce soit, a propos de graffitis qui ont souillé les murs de sa ville lors de la campagne des élections municipales de 1989. Diverses inscriptions, notamment au nom de Mr Le Pen, ont bien été écrites sur des murs de la commune mais sans qu'on ait pu en prouver l'origine.

Mme Ansay nous rappelle aussi qu'elle est tenue à un droit de réserve et qu'elle n'y déroge pas.

L'Espagnol Carlos Sainz (Toyota-Celica GT-4) a pris la tête du rallye de San-Remo, mardi 10 octobre, à l'issue de la deuxième étape de l'épreuve italienne du championnat du monde. Il précède l'Italien Alessandro Fioro (Lancia-Intégrale) de 1 min 2 s et le détenteur du titre mondial, l'Italien Massimo Biason (Lancia-Martini), de 1 min 44 s.

L'équipe de France espoirs a battu, mardi 10 octobre, à Rennes, les jeunes Ecossais (3-1), lors d'une rencontre comptant pour les éliminatoires du groupe 5 des Championnats d'Europe. Cette belle victoire des Tricolores est aussi leur façon de dire adieu à une compétition qu'ils ne poursuivrons plus, la Yougoslavie étant la seule équipe qualifiée de ce groupe.

La décision du tribunal d'appel de la Fédération internationale automobile (FIA) de reporter à une date ultérieure le jugement concernant l'exclusion du pilote de formule 1 Nigel Mansell du Grand Prix d'Espagne (le Monde du 7 octobre) ne semblait pas ravir Mr Jean-Marie Balestre. Le président de la Fédération internationale de sport automobile (FISA) a expliqué, mardi 10 octobre, avec le langage direct qui le caractérise, que " le tribunal d'appel international n'a pas à juger de l'importance des peines, il ne peut se prononcer que sur l'existence des fautes ". Conclusion du patron du sport automobile : " Aucune menace ne pèse sur les résultats du Grand Prix d'Espagne. "

Mr Balestre a déclaré à l'issue d'un conseil mondial de la FISA, réuni lundi 9 et mardi 10 octobre, à Paris, que cette instance dispose du pouvoir " d'infliger directement des sanctions du code sportif sans entendre les intéressés ". Les résultats de l'épreuve espagnole de la saison 1989 sont donc définitivement acquis, malgré l'absence du pilote britannique, les décisions hâtives et les procédures expéditives. Le président considère que l'affaire est close, en dépit des appels encore en instance. Il souhaite que le championnat se termine sans polémique.

Le Conseil supérieur de la fonction militaire (CSFM) n'a pas donné son aval au projet, présenté mardi 10 octobre par le ministre de la défense (le Monde du 11 octobre), qui consiste à lui substituer d'autres instances de dialogue et de concertation dans la collectivité militaire.

Plusieurs des cinquante-quatre membres du CSFM ont considéré que ce projet de réforme avait été mené dans la précipitation, que l'idée d'un tirage au sort des délégués parmi des volontaires expressément déclarés était prématurée et que les rapports sur le moral, établis par la hiérarchie, étaient insuffisamment exploités. Des membres du CSFM redoutent, d'autre part, que la création de conseils particuliers aux trois armées, à la gendarmerie, à la délégation générale pour l'armement, au service de santé et au service des essences ne débouche sur des " cadres contraignants " placés auprès de leur propre hiérarchie.

Mr Jean-Pierre Chevènement a affirmé que, dans la mesure où l'avis du CSFM n'était que consultatif, il avait décidé de passer outre et de présenter son projet de réforme en décret pris en conseil des ministres.

Les événements qui agitent l'Europe de l'Est ont été au centre des discours, mardi 10 octobre, lors de l'inauguration de la quarante et unième Foire du livre de Francfort par MM Helmut Kohl et Jack Lang.

" L'idée de liberté se montre une fois encore plus forte que toutes les idéologies qui traitent les hommes comme un être incapable d'assumer ses responsabilités ", a notamment déclaré le chancelier de la République fédérale allemande, qui a déploré qu'il soit interdit à l'écrivain tchèque Vaclav Havel - lauréat 89 du Prix de la paix des libraires allemands - d'être à Francfort. " Cependant, l'époque durant laquelle des hommes comme lui sont poursuivis, proscrits et brimés en raison de leurs convictions touche une fois pour toutes, je l'espère, à sa fin ", a ajouté Mr Kohl.

Le ministre français de la culture et de la communication s'est surtout interrogé sur l'avenir de l'Europe. " Sommes-nous vraiment sur la bonne voie ? Construisons-nous une Europe que les jeunes ont envie d'aimer ? Je n'en suis pas toujours très sûr ", a déclaré Mr Lang qui a ajouté : " Si nos amis de l'Est se libèrent peu à peu du carcan des idées mortes, s'ils se tournent maintenant vers nous, qu'avons-nous à leur proposer ? (...) Serons-nous capables de créer un nouveau modèle de vie et de culture ?"

La France est, en effet, l'invitée d'honneur de cette Foire du livre de Francfort, rendez-vous annuel de l'édition mondiale, qui accueille, jusqu'au 16 octobre, plus de huit mille éditeurs de quatre-vingt-treize pays et expose près de trois cent quatre-vingt mille titres. Pendant cet "automne français", en dehors de la Foire, une série d'événements culturels auront lieu à Francfort ainsi qu'à Hambourg, Berlin, Sarrebruck, etc., avec la participation d'écrivains français.

Pour l'ouverture, un appel a été lancé par Mr Peter Weidhaas, directeur de la Foire, afin que soit "levée la condamnation à mort contre Salman Rushdie, ses éditeurs et ses défenseurs", tandis que des mesures exceptionnelles de sécurité avaient été prises, puisque, pour la première fois, étaient réunis tous les éditeurs ayant publié les Versets sataniques. Les Allemands ont préféré publier l'ouvrage après la Foire, et l'Iran, pour la première fois, n'était pas représenté cette année.

Au terme de sa visite de deux jours au Venezuela, Mr Mitterrand a annoncé, mardi 10 octobre, à Caracas, la signature d'un accord de coopération dans la lutte contre le trafic de drogue. Il a indiqué, en outre, que la France participerait, à hauteur de 100 millions de dollars, à un prêt-relais de la Banque des règlements internationaux. La France a également décidé d'ouvrir immédiatement au Venezuela un crédit de 500 millions de francs sur dix-huit mois-deux ans destiné à l'achat de produits et d'équipements français. Mr Mitterrand a répondu favorablement à la proposition, faite lundi par le président vénézuélien, d'une conférence à laquelle la France serait associée pour " sortir Haiti du chaos ". Mr Mitterrand devait se rendre en Equateur mercredi.

Le développement des pays pauvres, la dette des pays dits " intermédiaires " et la drogue : ces sujets ont dominé la deuxième journée de la visite d'Etat de Mr Mitterrand au Venezuela. Dans l'esprit du président français et de son hôte vénézuélien, Mr Carlos Andres Perez, ils sont intimement liés.

Devant le Congrès vénézuélien, Mr Mitterrand a parlé du sous-développement, qui risque de précipiter le monde dans les " pires désordres " et qui provoque " le désespoir et la violence ". Après avoir rappelé les propositions de la France pour la réduction de la dette des pays intermédiaires, dont le Venezuela fait partie, il a évoqué avec scepticisme les conclusions du sommet de l'Arche, qui, au mois de juillet dernier, a réuni à Paris les sept pays les plus industrialisés du monde.

La stratégie nouvelle de réduction de la dette, adoptée en cette occasion, ne lui parait pas être " la meilleure ". " C'est celle du cas par cas ", a-t-il dit; elle permet " aux plus puissants d'exercer plus qu'il ne convient la force dont ils disposent ". Et la France ne s'y est ralliée, a-t-il ajouté, qu'afin de ne pas être isolée, Mr Mitterrand a exprimé le vÓu que la France et le Venezuela " forcent leur imagination " pour présenter " au reste du monde des propositions qui amèneraient les banques privées à des modalités plus raisonnables ".

Le président vénézuélien, " Cap " comme on l'appelle, au cours d'une conférence de presse réunie à 7 heures du matin (il adore s'exprimer au lever du soleil), n'a pas envoyé dire ce qu'il pense des pays les plus riches - notamment les Etats-Unis et la Grande-Bretagne - qui s'opposent à l'idée qu'il avait émise, en juillet à Paris, en compagnie du Sénégal, de l'Inde et de l'Egypte, de réunir un nouveau sommet Nord-Sud. " Les grands dirigeants pensent que le monde ne bouge pas, a-t-il affirmé; or, il bouge. Ils croient qu'une telle réunion serait seulement une réédition de celle organisée par Mr Giscard d'Estaing ou de celle de Cancun. Non! "

Mr Mitterrand ne pouvait qu'être d'accord. Il a rappelé qu'à Cancun, juste après sa première élection, en 1981, il était " plein d'espoir " et qu'il avait dû " en rabattre avec le rêve ". Devant le Congrès, il a mis en garde le Venezuela contre toute précipitation, puisque la plupart des pays industrialisés ne veulent pas d'une conférence Nord-Sud, et il se contentera donc, si possible, de " réunir ceux qui le veulent ".

Le chef de l'Etat affirme qu'il n'est pas pessimiste, mais le ton qu'il utilise parait un rien désabusé. " Je plaide, dit-il; je suis un avocat. Mais le jury ou le tribunal est distrait; ou bien il a d'autres soucis en tête. Et comme il faut, en plus, accorder de l'argent, prendre des risques, beaucoup sont réticents. "

C'est d'un ton rageur, en revanche, que Mr Carlos Andres Perez, à propos de la drogue, s'attaque aux discours évangéliques prononcés par les pays riches contre les pays producteurs. " Les économistes néo-libéraux devraient savoir que le problème de l'offre et de la demande est très important. Si on ne maitrise pas la consommation, on ne maitrisera jamais l'offre. " Il dénonce aussi l'hypocrisie de ces mêmes pays : " La Communauté européenne et les Etats-Unis font du dumping avec leurs produits céréaliers, avec la viande, avec le sucre. Alors, les paysans préfèrent cultiver la coca. " Les Etats-Unis sont singulièrement la cible de sa colère. En réduisant arbitrairement leurs importations de café colombien, ils ont privé Bogota de 500 millions de dollars de ressources, somme sans comparaison avec les 60 millions de dollars d'aide américaine à la Colombie pour sa lutte contre les trafiquants. Les Etats-Unis, a-t-il affirmé d'un ton moqueur, sont animés par "un sentiment de miséricorde, de charité, que Dieu doit bien aimer".

Plus sobre dans la forme, Mr Mitterrand a tenu, devant le Congrès, à peu près le même discours sur le fond. Un accord a été signé, mardi, entre le Venezuela et la France afin de coordonner la lutte contre la drogue. Cet accord concerne l'échange d'informations entre les deux pays sur le trafic, une assistance technique pour la formation de spécialistes de la lutte antidrogue et pour la surveillance des frontières. Une mission française, composée d'un ou de plusieurs fonctionnaires de police, sera installée au Venezuela.

Retiré de l'ordre du jour de la session de printemps, le projet de loi sur les assurances a ouvert, mardi 10 octobre, le programme de travail législatif du Sénat pour l'automne.

Mr Bérégovoy, ministre de l'économie et des finances, a pour sa part expliqué que l'échéance du marché unique européen implique " un effort considérable d'adaptation et de modernisation de la part de l'Etat mais aussi de la profession ". Il a précisé : " La liberté du choix de l'assurance pour le consommateur s'exercera demain dans un cadre européen. La liberté d'établissement est depuis des années une réalité en Europe. La liberté de prestation de services en assurance-dommages entrera en vigueur dès le 1er juillet 1990; elle sera sans doute un peu plus tardive en assurance-vie, encore que la liberté des mouvements de capitaux obligera à remettre en cause beaucoup de nos habitudes ". Pour l'assurance-vie, il a indiqué que " de nouvelles mesures seront décidées lorsque les négociations communautaires en cours auront abouti ".

La réforme proposée introduit dans le droit français le contenu des directives européennes consacrées à l'assurance de dommages et à la protection juridique. Elle modernise, d'autre part, le cadre juridique et institutionnel de l'assurance française. Après avoir affirmé que les assurés bénéficieront avec ce texte d'une protection renforcée, Mr Bérégovoy a précisé que la situation des trois entreprises nationales est rapprochée de celle des autres entreprises nationales du secteur concurrentiel. S'il regrette le " dessaisissement du Parlement français " auquel conduit la traduction " en loi française et autant que possible en bon français " des directives européennes, Mr Hubert Haenel (RPR, Haut-Rhin), rapporteur de la commission des lois, n'en porte pas moins un jugement positif sur le projet. Selon lui, les entreprises françaises d'assurances " sont solides et offrent en général de bons produits ", mais il déplore la frilosité du texte, son manque d'audace en ce qui concerne les mesures susceptibles d'améliorer les moyens des entreprises françaises pour affronter la concurrence.

" L'Europe doit avoir une véritable ambition sociale, et certains droits sociaux fondamentaux doivent être garantis dans la CEE ", a déclaré Mr Michel Rocard au cours d'une conférence qu'il a donnée mardi 10 octobre à Bruxelles, après avoir rencontré le roi Baudouin, son homologue belge Mr Wilfried Martens et Mr Jacques Delors.

Dans un entretien publié le même jour par le quotidien la Libre Belgique, le premier ministre a affirmé que " l'Europe sociale sera le socle sur lequel pourra s'édifier l'Europe politique ". " Il me semble a-t-il déclaré, que le processus ne parviendra à maturité que lorsque les partenaires sociaux engageront de véritables négociations. "

Au cours de la conférence, Mr Rocard a, d'autre part, prôné la prudence en matière de libéralisation des transports aériens et des télécommunications au sein de la CEE.

Enfin, le premier ministre a estimé que la construction européenne n'impliquait pas une ouverture immédiate de la CEE à l'Est et au Sud, " au risque de perdre la chance unique qui nous est donnée de bâtir un pôle de puissance à l'échelle mondiale ".

" Pour la première fois depuis 1985, une régression en ce qui concerne l'instauration du marché unique. " Les fonctionnaires bruxellois n'ont pas de mots assez durs pour stigmatiser l'amorce de compromis des Douze sur le régime de TVA à appliquer dans la Communauté après 1993.

" La Commission participera normalement aux travaux du groupe ad hoc qui préparera la réunion des ministres des finances du 13 novembre, mais elle n'en tire pas moins la sonnette d'alarme. " Mécontents d'avoir vu le Conseil tourner le dos à leurs propositions, irrités par les commentaires présentant la réunion de lundi comme un échec de la méthode Delors, les fonctionnaires bruxellois adressaient leurs reproches à la présidence française.

Afin de placer les entreprises dans une situation aussi proche que possible du marché unifié et d'inciter par la même occasion à la réduction des écarts entre les taux de TVA, la Commission avait proposé de supprimer le régime actuel de la détaxation à l'exportation et d'instaurer la taxation dans le pays vendeur. La majorité des Etats membres, soucieux d'éviter une délocalisation de l'activité au profit des pays gros exportateurs, et en particulier de la RFA, ont refusé cette approche, préférant maintenir la détaxation à l'exportation pour une période sans doute transitoire mais d'une durée indéterminée. " Les Allemands entendent que cette période de transition n'excède pas deux ans. Il y a eu des échanges plutôt vifs entre Tietmayer (le ministre allemand) et Bérégovoy ", nous a-t-on confié. " Le risque de délocalisation que redoutent tant les Français serait très faible, s'il y avait, comme le veut l'esprit des propositions de la Commission, un rapprochement des taux. Or celui-ci est complètement oublié. Dans la version initiale des conclusions de la présidence, les Etats membres s'engageaient dans un paragraphe à rapprocher leurs taux. Mais celui-ci a complètement disparu. "

Le rapport du groupe ad hoc qui a servi de base aux travaux du Conseil proposait certes de continuer à encaisser la TVA dans le pays de destination mais, s'agissant des particuliers, suggérait la suppression de toute limitation aux achats de voyageurs. Compte tenu des réticences du Danemark, de l'Irlande et de la Belgique, la Commission redoute que cette dernière forme d'incitation au rapprochement des taux disparaisse bientôt elle aussi. Elle craint encore que la formule du Conseil ne suscite, contrairement à ce qui avait été affirmé, un développement tant de la fraude que des formalités réclamées aux entreprises. Elle explique enfin qu'accepter l'idée d'une période de transition allant au-delà du 1er janvier 1993 pour complètement unifier le marché commun constitue un précédent dangereux.

Une centaine de manifestants ont mis à sac, mardi 10 octobre, à Liège, le siège du Parti social-chrétien (PSC), et une agence du Crédit communal, une banque relevant du secteur public. Dix mille fonctionnaires sont en grève parce qu'ils ne sont plus payés depuis le 1er octobre. La municipalité de la ville, dominée par les socialistes, est en cessation de paiement depuis la fin septembre, le Crédit communal refusant de lui ouvrir de nouveaux crédits tant que les finances de la ville n'auront pas été apurées. Avec une dette de près de 750 millions de dollars, la ville (deux cent mille habitants) est la ville la plus endettée du royaume. En crise depuis la conversion des industries métallurgiques, la " cité ardente " n'a pas réussi à accomplir sa mutation économique et continue à entretenir une administration pléthorique.

Seul candidat en lice, Mr Jean Mattéoli a été réélu, le 10 octobre, président du Conseil économique et social dès le premier tour de scrutin. Ancien ministre du travail dans le gouvernement Barre (1979-1981) et ancien adjoint au maire de Paris de 1983 à 1987, Mr Mattéoli a obtenu 172 voix, contre 53 bulletins blancs et un nul, sur les 226 suffrages exprimés, alors que le Conseil économique et social compte 230 membres. Pendant son nouveau mandat de deux ans et demi, il sera entouré de quatre vice-présidents, également élus, MM George Beauchamp (groupe des personnalités qualifiées), René Bernasconi (CGPME), Jean Bornard (CFTC) et Pierre Cormorèche (agriculteur).

Contrairement à l'élection de 1987, la CGT n'avait pas présenté de candidat à la présidence mais avait désigné Mme Thérèse Poupon pour tenter d'enlever une vice-présidence, pour la première fois. Elle n'a recueilli que 46 voix.

Si la réélection de Mr Mattéoli ne constitue pas une surprise, le renouvellement de son mandat de membre du CES avait donné lieu à une série de rebondissements l'été dernier.

Moins 10 %. Les ventes en France de Peugeot ont été affectées en septembre par " un manque à produire ". La firme aurait dû sortir 130000 voitures de ses chaines le mois dernier, mais les grèves de Mulhouse et de Sochaux ont abaissé ce chiffre de 46000.

Du coup, la pénétration de Peugeot sur le marché français est revenue à 17,6 % des immatriculations contre 21,3 % sur l'ensemble des neuf premiers mois de l'année. Malgré un meilleur score pour Citroën (plus 5,2 % en septembre), les résultats totaux de PSA subissent une chute des ventes de 4,8 %.

Renault en profite, puisqu'il gagne 16,5 % de ventes en septembre et atteint un taux de pénétration de 30,8 %, de 28,9 % sur les neuf premiers mois de 1989. Néanmoins, les constructeurs étrangers ne cessent de gagner du terrain avec des immatriculations en hausse de 11,9 % en septembre et de 10,4 % sur neuf mois. Leur taux de pénétration atteint 40,7 % en septembre et 37,8 % sur neuf mois.

Mr Mitterrand a longuement évoqué la situation dans les pays de l'Est et le problème allemand, lors de la conférence de presse qu'il a tenue mardi 10 octobre à Caracas. A son avis, l'Allemagne de l'Est n'en est pas encore " au point final de sa crise interne ". " On peut penser, a-t-il dit, que les choses se dérouleront comme en Pologne et en Hongrie, mais peut-être pas non plus. L'Allemagne de l'Est se trouve au carrefour d'intérêts internationaux, à la frontière de deux alliances militaires (...). En Tchécoslovaquie, en Bulgarie, en Pologne, je n'ai jamais varié dans ma pensée, dans mon discours ; j'ai l'intention de continuer. "

A propos de la réunification de l'Allemagne, il a remarqué que " le problème est posé depuis le premier jour " et qu'il a repris " une acuité depuis plusieurs années ". " C'est un problème inhérent au peuple allemand, qui souffre d'avoir été divisé ", a-t-il ajouté. Bien qu'il soit devenu " plus actuel ", ses données fondamentales " n'en ont pas pour autant changé ". " Les puissances signataires des accords (de Yalta) sont-elles prêtes à cette modification ? La question se pose essentiellement à l'Union soviétique. Le président américain a exprimé une pensée plutôt favorable. La Grande-Bretagne et la France ont répété que l'aspiration du peuple allemand est naturellement légitime. Mais il faut que cela se fasse pacifiquement et démocratiquement. Cela pose un problème d'équilibre international, un problème interne aux deux Allemagnes. " La question de la réunification allemande, " tant qu'elle ne sera pas résolue continuera de heurter la conscience ", a-t-il affirmé.

Mr Mitterrand a conclu sur ce point en déclarant : " La construction de la Communauté européenne peut apporter un élément de contribution et même de réponse à ce que deviendront les problèmes allemands en cas de réunification. Il ne faut donc pas perdre de temps pour donner à la Communauté européenne les structures dont elle a besoin. "

- Le premier secrétaire du Parti communiste polonais (POUP) est arrivé, mardi 10 octobre, à Moscou. C'est la première visite officielle d'un haut responsable polonais depuis l'arrivée au pouvoir le mois dernier du nouveau gouvernement, dominé par Solidarité.

- Mr Pannella, dirigeant du Parti radical italien, a démissionné, mardi 10 octobre, de son mandat de député, pour protester contre le silence de la télévision et de la presse sur sa candidature aux élections municipales de Rome sur la liste " anti-prohibitionniste " pour la légalisation de la drogue). Le vieux militant libertaire a également déploré les " violences institutionnelles et sociales de caractère fasciste " qui se manifestent, selon lui, " à travers les médias ".

" Les masses du parti semblent éprouver un sentiment doux-amer ", a déclaré mardi 10 octobre le président du nouveau parti, Mr Rezsö Nyers, au cours du premier meeting public du nouveau Parti socialiste hongrois (PSH). L'assemblée reflétait bien l'état d'esprit auquel Mr Nyers faisait allusion : l'assistance, installée sur les bancs d'un amphithéâtre, manquait visiblement d'enthousiasme.

La lecture de Nepszabadsag, l'ancien organe du PSOH (Parti socialiste ouvrier hongrois - essentiellement communiste), devenu officiellement " quotidien socialiste ", ne peut que donner raison à Mr Nyers. Plusieurs lettres de lecteurs exprimaient mardi leur doute, voire leur colère ; l'une accusait de " trahison " les " liquidateurs du PSOH ", tandis qu'une autre reprochait aux délégués au congrès, " qui n'étaient pas mandatés pour mettre fin au PSOH et créer un parti anticommuniste, d'avoir réussi à exclure les ouvriers du pouvoir ". Le nouvel organe dirigeant du parti, le présidium national, ne comporte en effet qu'un ouvrier sur vingt-trois membres.

Le compromis entre réformateurs et partisans d'une certaine continuité ou, selon la nouvelle terminologie hongroise, entre " socialistes réformateurs " et " communistes réformateurs ", a permis d'éviter la scission mais ne parait finalement satisfaire personne. Deux intellectuels exclus du PSOH - peu avant le départ de Kadar - pour avoir professé des idées trop réformatrices ont expliqué mardi dans la presse pourquoi ils ont refusé la proposition qui leur a été faite pendant le congrès d'entrer au PSH et à son présidium national.

" Ce nouveau parti est pratiquement incapable de fonctionner puisqu'il a conservé toutes les contradictions de l'ancien ", estime Mr Mihaly Bihari, qui aurait souhaité une scission. Pour son ami Lasz Lengyel, " le parti a peu de chances de se transformer véritablement, trop peu de gens de la nouvelle direction sont pour de réels changements ".

Les premières réactions des mouvements d'opposition sont au mieux perplexes, parfois dédaigneuses. Mr Janos Kis, théoricien de l'opposition radicale et membre de l'Alliance des démocrates libres, prévoit que " la crise va continuer au sein du parti. Ceux qui voulaient éviter la scission ont gagné, mais sur les grandes questions de fond il n'y a pas de changement net. Si le PSH pense avoir plus de chances aux élections en changeant de nom, il se trompe ".

Le grand bâtiment du comité central du PSOH au bord du Danube, que l'on surnomme à Budapest la " Maison blanche ", est devenu mardi, presque naturellement, le siège du PSH. " A qui appartient ce bâtiment ? ", interrogeait la télévision. La réponse fournie par un responsable administratif est claire : il appartient au PSH puisqu'il y a continuité juridique.

Cette réponse symbolise à elle seule toute l'ambiguité du PSH, qui se veut un nouveau parti mais conserve l'héritage de l'ancien et notamment les trois cents fonctionnaires de cette " Maison blanche ". Les deux dernières questions abordées par les délégués au congrès, dans la nuit de lundi à mardi, avant d'entonner l'Internationale, n'ont pas permis non plus de voir émerger une rupture avec l'ancien Parti communiste.

En fait, sur trois questions cruciales qui divisaient réformateurs et conservateurs - garder ou non les biens du PSOH, dissoudre ou non la milice ouvrière, " armée du parti ", et autoriser ou non les organisations du parti sur les lieux de travail, - le congrès a choisi des solutions d'attente qui ne résolvent rien dans l'immédiat.

Le congrès aura marqué peut-être une étape supplémentaire dans le processus de désintégration du communisme, qui parait en Hongrie aussi inexorable qu'en Pologne. Mais on ne supprime pas du jour au lendemain un parti qui a régné seul plus de quarante ans sur un pays, d'autant plus qu'aucune des organisations de l'opposition, morcelée et faible en Hongrie, ne serait capable aujourd'hui d'assumer le pouvoir.

L'irrésistible accélération des événements depuis dix-huit mois a dépassé le PSH, dont le prédécesseur avait déjà dû accepter les principes du multipartisme, de l'état de droit, de l'économie de marché et de la fin du rôle dirigeant du Parti communiste, tandis que la liberté d'expression devenait quasi totale.

Les syndicats officiels soviétiques tentent de se poser en porte-parole des catégories les plus démunies qui sont touchées par les nouvelles mesures économiques telles que le blocage des salaires et la pénurie de produits de base. Le président des syndicats a réclamé un gel immédiat des prix. Il s'oppose ainsi aux réformateurs de Mr Gorbatchev.

L'appareil conservateur s'est désormais trouvé une nouvelle stratégie et la développe avec succès. Incapable de mettre en difficulté Mr Gorbatchev sur les terrains du respect de l'idéologie ou de l'économie d'Etat, il s'est en effet maintenant mué en défenseur de la justice sociale et cherche à se constituer ainsi la base populaire qui lui manque.

Soutenue par les principaux adversaires de Mr Gorbatchev - et notamment par Mr Zaikov, premier secrétaire de Moscou et membre du bureau politique, - cette offensive est organisée par les syndicats officiels, qui disposent d'argent, de députés, de journaux, de locaux dans tout le pays et naturellement de relais dans les entreprises. Leur détermination à contrecarrer Mr Gorbatchev est d'autant plus forte que leurs fonctionnaires se sentent doublement menacés par la perestroika, puisqu'elle ne fait pas que les révulser, comme l'ensemble de l'appareil, mais menace aussi leurs organisations. Simples "courroies de transmission" du parti dans le système stalino-brejnévien, les syndicats n'avaient en effet d'autre fonction que de nourrir une masse d'inutiles, universellement méprisés. Ils ont été l'une des principales cibles des grandes grèves de mineurs d'avant l'été, et Mr Gorbatchev ne cache guère l'opinion qu'il a d'eux. Le dos au mur, ils tentent donc aujourd'hui de se faire porte-parole d'un réel mécontentement des plus démunis, qui voient bloquer les salaires, s'envoler les prix, se vider les magasins et s'enrichir les coopératives.

Ils ont déjà constitué des fronts ouvriers dans plusieurs régions (le Monde du 16 septembre), organisé une manifestation à Moscou, et, mardi 10 octobre, c'est le président des syndicats en personne, Mr Chalaev, qui a abattu ses cartes en tentant de faire voter par le Soviet suprême un gel des prix.

Le premier vice-premier ministre, l'économiste réformateur Leonid Abalkine, est parvenu à stopper l'offensive en faisant valoir que cela signifierait l'arrêt de mort de toute réforme.

Le premier ministre, Mr Ryjkov, a souligné que les revenus de la population avaient augmenté, au troisième trimestre, de 15,7 %, tandis que l'offre de marchandises n'avait progressé que de 1 %. Le gouvernement a donc (ce qui n'est plus la règle dans les débats parlementaires) fait front et bloc. L'alerte n'en a pas moins été chaude pour la simple raison qu'en l'absence de tout progrès socio-économique et de la moindre perspective d'amélioration, même à moyen terme, l'idée d'un gel des prix est aussi populaire que sont impopulaires les coopératives.

Imparable, le problème est que le pouvoir est aujourd'hui incapable de définir une politique économique cohérente pour deux raisons au moins. La première est que, même sur le papier, il n'y a pas de solution miracle et qu'il reste à accomplir, en tout état de cause, des choix politiques qui n'ont pas été faits entre le libéralisme sauvage (il a ses partisans), la social-démocratie (qui n'est pas seulement populaire dans le parti hongrois) et le tâtonnement progressif.

Et même si ces choix étaient faits du jour au lendemain, il faudrait encore attendre que le congrès du parti ait, en octobre 1990, suffisamment renouvelé l'appareil pour qu'il y donne son feu vert. Jusque-là, Mr Gorbatchev ne peut que temporiser, parer à gauche puis parer à droite et l'inverse, et les conservateurs ont en conséquence un an pour transformer l'avantage, faire monter le mécontentement et tenter ainsi... d'arriver en bonne position au congrès.

Pourquoi alors ne pas précipiter les choses comme le demandent MM Sakharov, Afanassiev ou Eltsine? Réponse : parce qu'un congrès, convoqué pour le début de l'année serait organisé - c'est-à-dire largement manipulé - par l'actuel appareil, dont Mr Gorbatchev espère se débarrasser à la faveur des élections locales du printemps.

Chaque jour le confirme : l'année sera très difficile, le facteur temps capital, et Mr Chalaev a déjà déclaré " inacceptable " l'engagement du gouvernement de (seulement) " renforcer le contrôle des prix ".

- Le Parlement européen a décidé, mardi 10 octobre, d'un nouveau mode de désignation des responsables des délégations le représentant auprès des Parlements dans le monde, qui devrait, à terme, exclure le groupe des droites européennes, dont Mr Jean-Marie Le Pen est le président. Cette décision fait suite à la demande du président du groupe socialiste, Mr Jean-Pierre Cot, que les membres du groupe des droites européennes, qui comptent des élus du Front national, soient "exclus de tout poste de responsabilité" au sein de l'Assemblée de Strasbourg. -

La place de la Constitution est bien le cÓur battant de cette agglomération qui, avec ses vingt millions d'habitants, abrite le quart de la population du Mexique ! Le " Zocalo ", comme on la dénomme généralement (1), est comme la pointe de cette " pyramide " à laquelle l'écrivain Octavio Paz compare son pays : pour sa géographie (ordonnée, par degrés, du haut-plateau central jusqu'aux plaines côtières du golfe Atlantique et de l'océan Pacifique) ; mais aussi pour sa vie politique " verticaliste ", où le chef de l'Etat demeure, malgré de récentes avanies, comme le lointain successeur des " tlatoanis " aztèques qui régnèrent à partir de ce même lieu - comme en témoignent les vestiges du Templo Mayor pré-hispanique récemment livrés à l'admirative curiosité des foules.

Sur les côtes de l'immense quadrilatère, orgueil de l'urbanisme du Nouveau Monde, sont disposés les symboles du pouvoir : sombre façade de pierre volcanique du Palais national, derrière laquelle le président de la République travaille, en alternance avec la résidence privée de Los Pinos, davantage retirée, en bordure du grand parc de Chapultepec ; la cathédrale, avec son " Sagrario " fort penché, beau symbole d'un pouvoir religieux officiellement aboli par la Constitution révolutionnaire de 1917 et cependant bien présent dans ce qui est, après le Brésil, le plus grand pays catholique du monde ; et l'Ayuntamiento, la " mairie ", occupée par un " régent " nommé, dont la rude tâche est, comme le dit joliment l'écrivain Carlos Monsivais, de " surveiller l'anarchie " de la plus grande cité de la planète...

Le Zocalo est donc le lieu où viennent battre les vagues d'une vie publique plus ou moins animée selon les époques. Manifestations officielles et protestations de toute nature y alternent.

Ainsi, le 15 septembre à 23 heures, nombreux étaient les observateurs venus vérifier si, à l'occasion du traditionnel " Viva Mexico " lancé par le chef de l'Etat (2), il y aurait des manifestations d'hostilité - comme l'an dernier à l'encontre de l'ancien président Miguel de la Madrid. Il n'y en a pas eu, et cela a naturellement été considéré comme un indice de la remontée de popularité de Mr Salinas, après le mauvais départ qu'avait été son élection entachée de fraude le 6 juillet 1988.

Le Zocalo est quasi déserté par les " gens décents ", comme dans beaucoup de capitales du tiers-monde. En revanche, il abrite, à l'ombre de la cathédrale, un menu peuple de vendeurs de cigarettes et de fruits, d'objets artisanaux et de colifichets ; des groupes de danseurs indiens s'exhibent parfois, un peu pitoyablement, parmi les cireurs de chaussures et les camelots. C'est là le reflet de la misère noire d'un quart de la population du Mexique, selon les chiffres concordant des analystes : celle des périphéries urbaines sans espoir et des communautés villageoises laissées aux marges du progrès. Parfois, quelques tentes abritent ici des protestataires de tout poil, allant jusqu'à la grève de la faim. Avant que la police, récemment, ne les déloge, il y avait ainsi quelques mineurs de Cananea - des anciens mineurs, plutôt, puisque le gouvernement a, le 20 août, fait donner la troupe en appui de sa décision de mettre en faillite la plus grande et la plus prestigieuse entreprise d'extraction (de cuivre) de la République ; elle est désormais en passe d'être restructurée, afin d'être " désincorporée ", comme on dit ici pudiquement, c'est-à-dire privatisée, selon la politique " néo-libérale " en vigueur. Ce sont là des signes de malaise somme toute très ténus pour une crise économique qui dure de façon ininterrompue depuis huit années.

Le Mexique, il est vrai, ne saurait être réduit à ces misères. S'il en fallait une preuve éclatante, ce pourrait être le splendide et grandiose édifice de verre et d'acier qui abritera la nouvelle Bourse. Si l'immense majorité de la population, y compris une notable partie des classes moyennes, se retrouve appauvrie, une minorité se sort au contraire fort bien de la crise. La politique des taux d'intérêt élevés (20 % réels, malgré une baisse récente) a évidemment profité à ceux qui avaient des rentes. La Bourse avait enregistré, jusqu'à sa chute spectaculaire, en novembre 1987, des plus-values allant jusqu'à 600 %, et les spéculations sur le peso ont favorisé tantôt les exportateurs de capitaux, lorsqu'une dévaluation a ramené la monnaie nationale à des cours plus réalistes, tantôt les exportateurs tout court, lorsque la devise mexicaine s'est trouvée sous-évaluée (de 1983 à 1988).

L'écrivain Hector Aguilar Camin, également directeur de la revue Nexos, considérée comme proche du président Salinas, ne note-t-il pas que toutes les transformations entreprises depuis deux siècles (réformes monarchique ou libérale, et même la révolution de 1910) n'ont fait qu'actualiser cette observation du grand voyageur et savant Humbolt, en 1803 : " Le Mexique est le pays de l'inégalité... " L'actuel processus de " modernisation " n'a, jusqu'à ce jour, pas échappé à la règle : " L'inégalité de cette fin de siècle apporte d'extraordinaires avantages supplémentaires à ceux qui en sont déjà comblés ", estime Mr Aguilar Camin.

La question qui s'impose à tout observateur est : pourquoi, face à une situation d'apparence insoutenable (45 % des actifs sous-employés ; chute du pouvoir d'achat de plus de 40 % en sept ans ; salaires ramenés en moyenne à leur niveau de 1966 : tous chiffres officiellement reconnus), la population se montre-t-elle, somme toute, si peu révoltée ? Ancestrale passivité ? Voire ! Les Mexicains n'ont-ils pas démontré, lors de la révolution de 1910, à quel point ils peuvent s'enflammer ! Pesanteur du contrôle public, par le biais de syndicats à ce point intégrés au PRI depuis un demi-siècle qu'ils ont pu passer pour l'axe même du système ? La Confédération des travailleurs (CTM), que dirige depuis 1941 l'infatigable mais désormais nonagénaire Fidel Velasquez, a su, durant ces années de crise, aider à la stabilisation des salaires, au point d'y perdre une notable partie de sa crédibilité auprès des travailleurs - et tout simplement sa légitimité politique. Plus profondément, les Mexicains ont sans doute retenu de leur histoire récente que, tout ayant déjà été essayé et sans succès, dans l'ordre du politique, il ne reste peut-être plus qu'à emprunter les chemins de la débrouillardise individuelle et surtout familiale - celle-ci bien représentée par la fameuse " économie informelle " (le travail au noir) dont l'ampleur, au cours des années 80, a pris des proportions à peine imaginables (3).

En fait, c'est dans ses profondeurs que le Mexique a changé depuis une décennie. C'en est au point que ce pays, naguère rebelle aux enquêtes de ses chercheurs, rétif aux analyses étrangères, deviendrait presque transparent ! La presse elle-même est devenue plus compréhensible, moins cryptée qu'il y a deux lustres, et les commentaires pertinents s'y sont multipliés. Sans doute assiste-t-on, pour l'essentiel, à ce que l'écrivain Carlos Fuentes dénomme " l'insurrection de la société civile ". Cette situation a été détectée à l'occasion du séisme du 19 septembre 1985 : face à un Etat ralenti à la fois par la mauvaise graisse de sa bureaucratie pléthorique et par l'insuffisance de certains moyens, due à des restrictions budgétaires, les citoyens d'une capitale traumatisée se sont spontanément mobilisés pour porter les premiers secours et aider les sinistrés à s'organiser.

Ce mouvement civique a, par la suite, contribué au renforcement de cette opposition surgie du sein même du PRI sous la houlette de Mr Cuauhtemoc Cardenas ; il n'est pas pour autant totalement récupéré. Il est plutôt, aujourd'hui, un enjeu important de la lutte pour le pouvoir, en ce lieu stratégique qu'est la capitale. Il a essaimé en protestations variées : écologistes du Groupe des 100 animés par Mr Homero Aridjis, comités de quartier, improbable féminisme en ce pays du machisme par excellence, etc. Une contestation de la " révolution institutionnalisée " était perceptible depuis longtemps au sein des classes moyennes éduquées des quelques grandes villes (outre Mexico, Guadalajara, Puebla, Ciudad-Juarez, Monterrey). La crise économique aidant, cet esprit a commencé de se répandre dans le monde du travail, et même parmi les fonctionnaires, jusque-là piliers du régime.

Ainsi, des pans entiers du pays semblent désormais passer à travers les mailles du filet " priista ". Le point critique, c'est le grand Mexico, passé massivement dans l'opposition aux élections du 6 juillet 1988. Le pouvoir peut certes s'estimer heureux qu'il n'y ait pas d'élections municipales à Mexico : le " régent " est, en effet, désigné par le gouvernement - ce que dénoncent d'ailleurs ses adversaires. Une forte recrudescence de la délinquance, juvénile notamment, et la prolifération, à tous les carrefours, des petits métiers témoignent de l'ampleur du malaise. Egalement préoccupant pour le PRI est l'effritement insidieux de sa domination dans une autre partie substantielle du territoire : les Etats septentrionaux sont, avec Mexico, l'autre pôle moderne du pays ; davantage scolarisés que le centre et surtout le sud du pays, relativement bien industrialisés, ils sont à peine touchés par la crise (la Basse-Californie se flatte de n'avoir aucun chômeur).

Du " Grand Nord ", c'est-à-dire des Etats-Unis, arrivent sur l'ensemble du pays bien des nouveautés. L'influence de la télévision est certes importante. Mais, plus encore, compte l'exemple de ces millions de Chicanos - ces " Mexaméricains " émigrés aux Etats-Unis sans avoir pour autant rompu leur lien culturel avec la patrie d'origine. Au nombre des " importations " figurent certes des éléments aussi dérisoires que le " hamburger - Coca-Cola ". Mais le goût de la libre discussion et du choix sans contrainte des dirigeants communautaires - en un mot de la démocratie - doit aussi être compté parmi les acquis récents.

L'" être mexicain " immémorial se dissout. On assiste à l'érosion rapide de certaines attitudes naguère " obligatoires " : nationalisme exacerbé, laicisme militant, " révolutionnarisme " agressif. L'anti-américanisme viscéral, base même de la vulgate idéologique, se nuance. On croit de moins en moins à la vieille et pittoresque définition du gringo : " Un type assez grand et qu'on peut facilement arnaquer. " L'aspiration, désormais, c'est une place de manÓuvre ou de cuisinière aux Etats-Unis pour les plus pauvres, le diplôme de Harvard, de Yale ou de Princeton pour les gosses de riches, et quelques dollars de plus pour tous. Certains analystes y voient un risque grave d'effacement du " consensus symbolique " et des solidarités concrètes sur quoi repose le pays. La fameuse mexicanidad (4), tarte à la crème des discours dominicaux des caciques du PRI (mais aussi de la gauche et du " néo-cardénisme "), en prend un coup. Une certaine schyzophrénie nationale, de longue date bien repérée par les " mexicanistes ", s'en trouve aussi diminuée. Mais une question capitale, celle de la préservation de l'identité, est à coup sûr posée - ne serait-ce qu'à travers le thème, désormais obsessionnel, du " marché commun " avec les Etats-Unis et le Canada (évoqué récemment à Washington avec le président Bush par Mr Salinas).

A partir de ce présent en évolution - rapide sous la rude couche d'éternité, - le profil de l'avenir se laisse mal deviner. Une certitude néanmoins : la " nouvelle révolution " en gestation n'est pas le fait de ceux qui avaient, autour du légendaire Emiliano Zapata, contribué à forger le visage de l'insurrection de 1910 : les paysans. De plus en plus minoritaire depuis le début des années 60, le monde rural mexicain (environ 40 % de la population à présent) traverse une crise profonde ; celle-ci est d'abord économique, marquée par une stagnation de la production, cause, entre autres, d'un constant exode vers les villes. Le campo a, depuis vingt ans, perdu sa raison d'être : assurer la subsistance nationale. " Ce pays qui a inventé le mais doit en importer des quantités énormes et, chaque année, croissantes ", observe un diplomate européen.

Plus gravement encore, la crise est culturelle, le paysan mexicain a cessé de croire à ce qui a été pour lui une véritable idéologie durant près de trois quarts de siècle : la réforme agraire. Ce n'est pas seulement l'espoir d'obtenir une parcelle de terre pour chaque famille qui s'est amenuisé alors que le pays passait de dix-sept millions d'habitants (en 1910) à quatre-vingt-quatre millions au- jourd'hui. C'est aussi que le système selon lequel les répartitions se sont effectuées (l'ejido communautaire) montre la corde.

On reconnait à mots couverts dans les antichambres du pouvoir que son inefficacité est en notable partie due à la main-mise de la bureaucratie (urbaine) du parti dominant - qui détermine la nature et presque la date des récoltes, ainsi que les " prix de campagne ", nécessairement toujours artificiels, des produits ; mais l'" inaliénabilité " de l'ejido demeure un des derniers tabous absolus hérités de la révolution. S'estimant toujours menacé, un jour, par une " invasion " de paysans des environs, et se voyant interdire le rachat de terres collectives entourant son domaine, l'agriculteur capitaliste se contente, pour l'heure, d'observer et d'attendre ; il contribue ainsi, lui aussi, à la stagnation générale du campo. Politiquement, ce monde, aisément contrôlable par qui dispose des ressources d'un appareil d'Etat, demeure la réserve de suffrages du PRI. Il n'est pas surprenant, dès lors, que la formation officielle continue d'obtenir ses résultats les plus mirobolants dans les Etats de la façade méridionale du Pacifique (Chiapas, Oaxaca, à un moindre degré Guerrero) qui sont parmi les plus ruraux de la fédération - et, accessoirement, abritent bon nombre des quelque huit à douze millions d'indigènes (Indiens) que compte le Mexique.

Plus généralement, le PRI parvient à mieux se tenir dans les zones à " vieille économie " : la façade du golfe atlantique, imbibée d'un pétrole qui n'aura été l'axe du développement national que quatre années durant - de 1978, date de la révélation des énormes réserves du Mexique, à 1981, lorsque les cours des hydrocarbures ont commencé à chuter ; ou encore Monterrey (Nuevo-Leon), troisième ville du pays, qui fut le cÓur du " miracle industriel " de 1971 à 1973, mais se trouve aujourd'hui bien décadente.

Le " système PRI ", reconnaissent ceux-là mêmes qui ne l'aiment guère, a eu un immense mérite : avoir su préserver, des décennies durant, et singulièrement durant les terribles années 80, une forme acceptable de paix sociale dans un pays rendu virtuellement incandescent par l'injustice extrême de ses structures. Le risque auquel il est désormais exposé est l'évaporation par tous les bords de sa clientèle : les couches modestes de la population peuvent craindre de voir leur naturelle aspiration à la sécurité de plus en plus foulée au pied par la politique de " modernisation " du président Salinas et de ses jeunes " tecnos " (technocrates), et les classes moyennes sont désormais rebutées par les limites posées au libre exercice de la citoyenneté ainsi que par l'immobilisme des " dinosaures ", comme l'établissement politico-intellectuel d'aujourd'hui dénomme la " vieille garde " du PRI. Entre la nouvelle révolution et les vieilles institutions, le parti officiel pourra-t-il toujours éviter de choisir ?

Sept ans après l'instauration des " couloirs de courtoisie " ; l'échec est patent : aucun cycliste circulant régulièrement dans Paris n'emprunte plus l'étroite bande verte lorsqu'elle longe un couloir d'autobus, comme par exemple boulevard Saint-Germain, voire une file de voitures stationnées en parcmètres comme rue de Rivoli. Tenter de rouler entre les bus et le flot automobile est un défi qu'aucun cycliste, même acrobate, n'a envie de relever.

Quant aux couloirs cyclables qui longent les trottoirs - les seuls praticables, - ou bien ils sont accaparés par des voitures-ventouses qui n'ont aucune raison de craindre d'y stationner, ou bien ils sont libres et n'ont pas besoin d'être balisés en vert. La courtoisie n'a pas cours sur les chaussées parisiennes qui demeurent des foires d'empoigne pour tout le monde, automobilistes, chauffeurs de bus, cyclistes ou piétons.

Cet échec, le premier adjoint au maire de Paris, Jean Tiberi, l'a admis le 18 septembre dans sa réponse à une question écrite de Jean-Louis Vidal, l'unique élu Vert au Conseil de Paris : les couloirs de courtoisie tracés pour les deux-roues n'ont apporté " ni augmentation ni diminution du nombre d'accidents impliquant les deux-roues et cette expérience n'a pas été étendue ". Mr Tiberi précise que " la largeur des voies parisiennes ne permet pas de réserver une emprise de piste cyclable à l'usage exclusif des cyclistes ".

Les statistiques montrent que, en 1986 et 1987, aucun cycliste n'a été victime d'un accident mortel dans la capitale. En fait, le kilomètre de vélo à Paris n'est pas plus dangereux que le kilomètre de voiture dans le reste de l'Hexagone.

Il ne s'agit donc pas tant de préserver la vie des fous qui s'obstinent à pédaler dans Paris, que de permettre aux cyclistes de rouler en ville, simplement. L'étroitesse des chaussées n'est pas un obstacle en soi, comme le montre la circulation dans les rues étroites d'Amsterdam. Et l'on peut concevoir d'autres facilités que la mise en place d'un " site propre ", effectivement coûteux et, sans doute aussi, disproportionné par rapport au nombre de cyclistes toujours très faible à Paris, étant donné l'inconfort du vélo dans la circulation automobile.

La ville de Tokyo, par exemple, compte 5 640 000 vélos pour 8 millions d'habitants (intra muros) et leurs 2 500 000 voitures. Et ces vélos, très nombreux, roulent. La plupart du temps, ils empruntent... les trottoirs, que la municipalité leur offre gratuitement, quitte à slalomer entre les piétons. Quelque 2 800 kilomètres de trottoirs (un peu plus de la moitié de la ville) ont été mis à leur disposition, moyennant quelques marques de peinture et des panneaux indicateurs.

La Ville de Paris, qui a déjà aménagé les bords de trottoir pour les poussettes et les fauteuils roulants, ne pourrait-elle aménager aussi certains trottoirs - notamment dans les avenues et boulevards disposant de contre-allées - et autoriser les bicyclettes à y rouler ? Même les piétons en profiteraient, car chaque vélo qui roule dans Paris économise de l'espace, réduit le bruit, et surtout la pollution des gaz d'échappement. L'autre moyen de rendre la circulation à vélo moins pénible en ville serait justement de filtrer les gaz d'échappement de tous les véhicules à moteur. On en est loin, puisque le pot catalytique en France n'est pas encore obligatoire. Et cela ne dépend plus de la Ville de Paris...

MICHAEL, treize ans, est l'un des piliers de l'option vidéodisque, mise en place depuis quelques années au collège " Calypso " de Montreuil-Bellay, près de Saumur (Maine-et-Loire) dans le cadre d'une recherche INRP. Chaque mardi, entre deux cours, cet élève de quatrième file avec ses copains vers la salle équipée de vidéolecteurs.

Sur l'écran piloté par ordinateur, défilent des vues aériennes des châteaux de la Loire. Elles ont été sélectionnées par les enfants, parmi les cent mille diapos d'un vidéodisque. Puis, pour chaque château, les élèves ont conçu une fiche de critères qui permet à l'utilisateur de la banque de données de trier les images en fonction de ses besoins. Construire un tel programme inter- actif n'est pas une mince affaire. Pour Michael, cela a demandé une année entière de travail minutieux. Pascal, un élève de cinquième en difficulté, a mis au point une banque d'images sur des automobiles, d'autres sur des oiseaux et des peintres. " C'est une démarche pédagogique riche. Cela incite l'élève à l'observation et à l'analyse ", estime Luc Ria, professeur d'EPS, qui anime cette activité optionnelle avec Jean-Claude Chauveau, professeur de maths, et Loic Martin, professeur d'anglais.

Ces enseignants jonglent avec les horaires, pour mobiliser une quarantaine d'enfants de cinquième, de quatrième et de troisième tout au long de l'année, à raison d'une heure par semaine. Cette année, les élèves de Montreuil-Bellay vont passer à un stade plus ardu de la recherche. Après avoir sélectionné les critères de leur banque d'images, ils vont essayer de concevoir eux-mêmes un système capable d'analyser les documents. Apprendre aux élèves à " circuler " dans des bases stockées sur vidéodisque, à détecter et à analyser les éléments pertinents, puis à y introduire du raisonnement : tel est l'objectif qu'Alain Beaufils, chercheur à l'INRP, poursuit avec ces expériences sur " les méthodes d'intelligence artificielle et l'enseignement ". " L'élève est en situation de recherche, il construit lui-même l'objet de son savoir ", explique-t-il. La technologie vient ainsi au secours de méthodes pédagogiques déjà anciennes.

Pour travailler au développement d'un système de réflexion automatique (système expert), Michaël et ses camarades disposent d'un Macintosh prêté par la société Apple et d'un nouveau logiciel, Hypercard, très performant, reliable à un vidéolecteur et à un CD ROM. Cependant, la technologie n'est pas l'essentiel. " Il faut qu'elle soit la plus transparente possible ", affirme Alain Beaufils. Hormis le professeur de mathématiques, aucun des animateurs n'est un spécialiste de l'informatique. Elèves et enseignants apprennent ensemble, ou presque. L'essentiel du travail est de définir son projet et de bâtir un scénario : quel type d'analyse peut-on faire avec tel type de documents ? Ingrid par exemple, après avoir constitué à partir d'un vidéodisque une banque de données sur le relief français, étudie, avec deux amies de sa classe de quatrième, la possibilité d'obtenir une cartographie à usage touristique.

En raisonnant sur des bases de données images, l'élève, selon Alain Beaufils, " acquiert des connaissances, puis apprend à les organiser, et, comme le produit qu'il fabrique est destiné à être utilisé par d'autres, il apprend aussi à les transmettre. Il entre dans un processus de communication ". Encore très expérimentale et balbutiante, l'activité vidéodisque a-t-elle une chance d'être accessible un jour à d'autres collèges (1) ? Son existence est menacée à Montreuil-Bellay même, où les parents d'élèves et bon nombre d'enseignants de ce CES rural restent indifférents et où les problèmes de matériels vont se poser lorsque le prêt de la société Apple arrivera à son terme. Le proviseur de cet établissement de sept cents élèves a-t-il vraiment les moyens d'investir lourdement pour une quarantaine d'entre eux ? Nul besoin d'un ordinateur pour obtenir la réponse...

LA ruée vers l'informatique n'est plus qu'un souvenir pour les éditeurs de logiciels éducatifs. Après l'enthousiasme du plan " Informatique pour tous ", dans les années 1985-1986, l'heure est à la morosité, voire à l'inquiétude, parmi ceux qui ont survécu aux gris lendemains de cet âge d'or. Car la sélection a été terrible. De la nuée de PME qui avaient cru pouvoir conquérir leur place au soleil de l'informatique scolaire il ne reste que les plus courageux et les plus inventifs. Même les " grands " de l'édition scolaire n'ont pas tous persévéré. Hachette a abandonné la partie, Nathan, Hatier et, à une plus petite échelle, Belin, ont résisté, mais n'affichent pas une santé débordante.

Au total, un cercle très fermé - une vingtaine de sociétés - se partage un marché qui ne l'est pas moins : celui de l'éducation nationale. Pourtant, l'Etat, qui consacre encore cette année un budget de 70 millions de francs en logiciels éducatifs, n'est pas spécialement pingre.

Mais la situation a radicalement changé, depuis les temps héroiques où se sont vendus, par milliers, des programmes de français ou de mathématiques, qui n'étaient que l'adaptation, pas toujours réussie, d'un manuel scolaire. Les ordinateurs étaient arrivés si brusquement et si massivement dans les établissements que la concurrence entre éditeurs s'était jouée davantage sur la vitesse que sur la qualité. Résultat : des logiciels " pédagogiquement limités, voire nocifs, avec parfois des fautes d'orthographe ", comme le rappelle un observateur attentif. Les enseignants ont vite abandonné les produits médiocres. Ceux que l'expérience n'a pas définitivement dégoûtés sont devenus beaucoup plus exigeants.

Dans le même temps, les ordinateurs Thomson, livrés par centaines de milliers, se sont révélés peu fiables et insuffisamment puissants pour des utilisations pédagogiques intéressantes (1). Les machines de type " PC ", qui les ont remplacés dans certains établissements, ont ouvert de nouveaux horizons. En 1987, alors que l'engouement pour l'informatique scolaire commençait à retomber, Mr Monory avait tenté de lui donner un second souffle : recentrage de l'utilisation des logiciels, lancement d'un concours de scénarios pour remobiliser les enseignants et, surtout, achat par le ministère de " licences mixtes ", permettant aux établissements d'utiliser des logiciels coûteux pour une somme modique.

Depuis lors, des commissions, où siègent notamment des inspecteurs généraux de chaque discipline, examinent, chaque année, les produits proposés par les éditeurs, puis dressent une liste de logiciels, qui équivaut à l'attribution d'un " label éducation nationale ". Les établissements secondaires, qui recoivent chacun un crédit variant entre 5 000 F et 9 000 F par an, sont ainsi fortement aidés et guidés dans leur choix. Cette politique a été poursuivie par Mr Jospin, mais après six mois d'hésitation. Au lieu d'être publiée à la rentrée 1988, la liste des logiciels retenue par l'éducation nationale ne l'a été qu'en mars 1989 : trop tard pour l'année scolaire 1988-1989, d'autant que l'argent avait souvent été dépensé autrement.

L'expérience de cette année noire a fait brutalement apparaitre la fragilité des éditeurs de logiciels face aux incohérences de l'éducation nationale. " Des entreprises privées ne peuvent répondre à des besoins publics et investir dans l'innovation sans une certaine continuité budgétaire. Faute de politique volontariste, l'avenir de l'industrie française du logiciel éducatif serait compromis ", estime Mr Jacques Naymark, dirigeant de Jeriko, l'une des entreprises créées par des enseignants-chercheurs qui ont survécu à la bourrasque. Même observation chez le " baron " du secteur, Nathan Logiciels, qui réalise la moitié de son chiffre d'affaires avec l'éducation nationale. Son directeur, Mr Michel Bussac, souhaite " que le ministère prenne mieux en compte nos aléas ". Tous les éditeurs dénoncent l'insuffisance des moyens engagés pour la formation des enseignants à l'informatique.

Fini, en effet, le temps où un produit " bidouillé " par un enseignant dans son grenier pouvait être mis tel quel sur le marché. La durée de gestation d'un programme éducatif a été multipliée par trois, et sa mise au point peut mobiliser quatre personnes pendant un an. De plus, la distinction entre les enseignants - qui conçoivent un scénario - et les informaticiens - qui en réalisent la transcription sur ordinateur - s'est imposée. On édite des logiciels éducatifs de moins en moins comme des livres et de plus en plus comme des films. Les petits éditeurs, plus souples, ont négocié plus facilement ce virage que les grands, liés aux éditeurs scolaires.

" Editer un logiciel est un métier en soi. Nous n'attendons pas d'un auteur un produit fini, comme le font les éditeurs papier, et nous investissons beaucoup plus dans le développement ", explique Mr Jacques Roques, PDG de Langage et Informatique, une société installée depuis 1982 à Toulouse, qui s'est taillé un succès dans le domaine des enseignements scientifiques et techniques.

Les à-coups de la politique de l'éducation nationale rendent cependant hasardeux l'investissement sur la durée et mettent en cause la qualité de produits commercialisés. De bons scénarios restent dans les cartons, faute de débouchés assurés dans le système scolaire. Théoriquement rationnelles et transparentes, les procédures de choix imaginées par l'administration n'éliminent ni les facteurs humains, ni les incompréhensions. Des éditeurs mettent en cause les choix imprévisibles des membres de certaines commissions, tandis que d'autres donneraient tacitement leur accord dès la présentation d'une maquette.

Afin de réduire ces incertitudes, des éditeurs demandent l'instauration d'un système d'avance sur recette, comparable à celui fonctionnant pour l'industrie cinématographique. L'idée toutefois ne fait pas l'unanimité au ministère, où l'on craint que l'argent du contribuable soit ainsi englouti dans des projets séduisants, mais jamais réalisés.

Pour survivre, les plus imaginatifs des petits éditeurs ont dû diversifier leurs activités vers la formation professionnelle, où les besoins sont massifs et où le savoir-faire acquis dans l'éducation nationale peut être réinvesti. Langage et Informatique travaille pour l'aéro- spatiale et a fait entrer les Charbonnages de France dans son capital. Jeriko voit son avenir dans une prise en charge plus globale des besoins de formation incluant le conseil aux entreprises et aux administrations. D'autres voies se dessinent à l'échelon européen, où les logiciels scientifiques peuvent facilement être transférés, et dans les pays francophones.

Le comble serait que le système scolaire et universitaire, qui, grâce à ses commandes centralisées, a su favoriser l'émergence d'une industrie sans doute unique au monde, ne finisse par étouffer ce brillant rejeton.

LE crayon optique a des charmes que ne possèdent pas les vulgaires crayons feutres. Au collège Joseph-Anglade de Lézignan-Corbières, dans l'Aude, l'informatique, la télématique et la vidéo sont à l'honneur depuis plus de huit ans. Plus qu'un simple apport logistique, les nouvelles technologies ont suscité un enthousiasme et un dynamisme certains dans ce collège " multimédias ".

Au beau milieu des vignobles, le collège Joseph-Anglade dresse ses bâtiments anciens que sont venues compléter des constructions nouvelles. L'aventure technologique y a débuté en 1981, à l'initiative d'un professeur de classes pré-professionnelles de niveau. Mr Jean-Pierre Cayrol imagine alors de faire bénéficier ses élèves d'un enseignement assisté par ordinateur dont il concevra lui-même les logiciels. L'administration accepte, achète une douzaine d'appareils... découvre que l'expérience s'avère satisfaisante. " J'étais assez stupéfait, confie Mr Pierre Clergue, principal du collège. Je me suis dit que, si cela marchait avec des élèves en difficulté, cela pouvait aussi fonctionner avec les autres. "

Très vite, l'établissement se dote d'une quarantaine d'ordinateurs et de deux têtes de réseau, profitant au passage des subsides fournis par le plan Informatique pour tous. Les machines sont acquises grâce à la taxe d'apprentissage et à l'argent collecté au cours de différentes loteries. Aujourd'hui, la majorité des élèves suivent une ou deux heures d'enseignement assisté par ordinateur chaque semaine, en français, en mathématiques ou en langues. Une partie des professeurs ont suivi des stages de formation et le proviseur lui-même est retourné à l'école pour se perfectionner. Dans le centre de documentation, rebaptisé " médiathèque ", les enfants ont accès à deux ordinateurs en libre service.

Surtout, les écrans verts sont devenus des manuels scolaires sophistiqués pour l'apprentissage de la lecture, du calcul ou des conjugaisons étrangères. Rivées devant leurs claviers, des classes entières retiennent leur souffle, en attendant l'affichage de leurs résultats. Le silence est total, leur fascination presque angoissante et les soucis de discipline complètement absents. " Face à un ordinateur, les élèves se sentent beaucoup moins jugés que par un contact direct avec la classe entière, observe un enseignant de français. Ils prennent confiance en eux. " Outre leur caractère ludique, les petites machines (des Thomson MO5 et MO6) ont l'avantage de permettre un suivi individuel des élèves. Une fois par mois, Mr Cayrol affiche une liste complète des résultats de chacun, rapportés au temps passé sur chaque exercice. Les enfants en difficulté sont signalés et des séances de rattrapage leur sont proposées.

La télématique vient aussi au secours des élèves, grâce à un serveur " maison " nommé Lestel. Outre des informations générales sur la vie de l'établissement, les collégiens peuvent y trouver un stock d'exercices corrigés et expliqués, que les enseignants renouvellent trois fois par an. " Heureusement que les professeurs y croient, soupire Mr Clergue, car je ne peux presque pas les payer. C'est pourtant formidable pour les enfants et beaucoup moins cher qu'un cours particulier. " Les élèves peuvent enfin utiliser la vidéo pour bâtir des mini-documentaires ou pour égayer les cours de langue. " La caméra, ça fait un peu peur, mais ça oblige à travailler sérieusement, explique une petite fille. On a l'impression de faire quelque chose de bien. "

Ce sentiment semble largement partagé dans l'établissement, où l'arrivée des nouvelles technologies a fouetté les enthousiasmes. L'atelier d'arts plastiques déborde de projets, la documentaliste parle avec entrain de son gigantesque dictionnaire sur disque dur et les responsables de l'établissement songent déjà à l'avenir. Non sans quelque inquiétude : " Que ferons-nous si les ordinateurs que nous donnera l'éducation nationale pour remplacer les nôtres ne sont pas compatibles avec eux ? " interroge Mr Cayrol. Généreux, il a bien essayé d'intéresser l'éducation nationale à ses réalisations, en proposant ses logiciels au rectorat, mais il n'a jamais reçu de réponse. " Pourtant, je proposais de leur donner mon travail ", regrette-t-il... L'administration en est sans doute demeurée muette de surprise.

Au grand dam d'une bonne partie du gouvernement, Mr Abie Nathan est sans doute un des Israéliens les plus populaires - que l'on partage ou non ses idées politiques. Inlassable militant du dialogue israélo-arabe, vétéran des missions humanitaires dans le tiers-monde, inventeur de la Voix de la paix, une des radios les plus écoutées de la région, Abie, c'est l'agitateur sympathique, l'homme aux coups de colère généreux qui bouscule la classe politique.

Il a été conduit en prison mardi 1O octobre, sous forte escorte journalistique, pour y purger, à soixante-trois ans, une peine de six mois ferme. Motif : en rencontrant à deux reprises Mr Yasser Arafat, en septembre 1988 à Tunis puis à Strasbourg, Abie Nathan a violé une loi d'août 1986 qui interdit les contacts entre Israéliens et membres de l'OLP. Il est le premier Israélien à être détenu en application d'une loi de plus en plus contestée dans le pays. Il avait déjà été condamné le 3 octobre dernier à dix-huit mois de prison dont douze avec sursis (le Monde du 4 octobre). En refusant de faire appel de la sentence et en rejetant toute peine de substitution, Abie Nathan a voulu mettre les politiques au pied du mur et souligner l'" aberration " d'une législation que nombre de responsables jugent dépassée et hypocrite.

Jusqu'à présent, sur une centaine d'Israéliens coupables d'avoir rencontré à l'étranger des membres de l'OLP depuis 1986, seule une poignée a été jugée et quatre parmi elle, condamnés à des peines de prison qui sont soit en instance d'appel soit ont été transformées en condamnation à des travaux d'utilité collective - garder les enfants ou surveiller les feux de forêt. C'est que la législation de 1986, votée à l'initiative de la droite nationaliste, est vague. Elle ne concerne pas les rencontres qui ont pu avoir lieu à l'occasion d'une conférence internationale ou d'une conférence de presse. Elle ne vise pratiquement pas les membres de la Knesset, qui bénéficient de l'immunité parlementaire. Certains élus de la gauche et de l'extrême gauche ne se sont pas privés d'en profiter.

L'homme qui créa en 1969 la Voix de la paix, cette radio émettant d'un bateau ancré au large de Tel-Aviv, une des favorites des chauffeurs de taxi et des jeunes appelés, n'en est pas à son premier coup. Ancien pilote de la RAF, il avait à deux reprises, en 1966 et en 1967, posé son avion particulier en Egypte, à Port-Said. Ces vols de la paix, en violation de la loi, lui avaient - déjà - valu quarante jours de prison en Israël.

Un commando de scarabées et une escouade de guêpes femelles viennent d'arriver aux Etats-Unis, en provenance d'Union soviétique, investis d'une mission très spéciale : neutraliser des pucerons de blé russes passés à l'Ouest en 1986, qui ont depuis lors dévasté des champs entiers de blé, d'orge, de seigle et d'avoine. Les pertes causées par ces ravageurs ont atteint l'an dernier quelque 123 millions de dollars. "Il s'agit du premier échange de désinsectisation biologique issu des récents accords de recherche entre le département de l'agriculture américain et l'Union soviétique", a déclaré à Washington un des coordinateurs de cette opération.

Les scarabées et les guêpes femelles, insectes prédateurs et ennemis naturels des pucerons, ont été collectés au printemps dans le sud de l'URSS. Après une période de quarantaine dans un laboratoire américain, destinée à leur multiplication et à leur distribution, ils seront testés sur le terrain.

Malgréle scepticisme affiché par les nationalistes noirs en exil, les choses bougent en Afrique du Sud. En annonçant la libération prochaine de huit prisonniers politiques, dont plusieurs proches compagnons de Nelson Mandela, Mr De Klerk a fait un nouveau pas dans une politique consistant à alterner des mesures de portée limitée mais hautement symboliques et des déclarations peut-être ambiguës mais de nature à ébranler les certitudes de certains Blancs quant à la pérennité de l'apartheid.

A la différence de son prédécesseur, Mr Pieter Botha, le nouveau chef de l'Etat sud-africain semble prendre en considération l'opinion de l'Europe et des Etats-Unis. Lundi, il avait reçu Mr Mario Soares. Le président du Portugal, venu lui exposer " les espoirs et les soucis " de la CEE, est sorti de cet entretien avec la conviction que son interlocuteur " a l'intention de mettre un terme à l'apartheid ". Peu après ce tour d'horizon avec le responsable d'un pays concerné par l'évolution de la région en raison de son passé colonial en Angola et au Mozambique, Mr De Klerk prenait son téléphone pour informer personnellement Mme Thatcher de la libération de Walter Sisulu et de ses camarades avant même d'annoncer sa décision au pays.

LE premier ministre britannique a aussitôt salué ce " pas important dans la bonne direction ". Celui-ci lui donne un argument contre la politique des sanctions, jugée inefficace par les conservateurs. Il met aussi la " Dame de fer " dans une position plus confortable pour affronter les surenchères lors de la conférence du Commonwealth, le 18 octobre, à Kuala-Lumpur.

Mr De Klerk tient compte des conséquences d'un relatif boycottage international de l'économie sud-africaine. Surtout, il parait comprendre que son pays ne pourra pas demeurer dans un splendide isolement diplomatique alors que l'Occident et les Soviétiques veulent en finir avec certains conflits régionaux, notamment en Afrique. Sans doute estime-t-il aussi que les difficultés croissantes du continent noir, trente ans après les indépendances, peuvent influer sur les esprits, à l'intérieur et à l'extérieur, pour la recherche d'un compromis qui prendrait en compte l'apport des Blancs au développement de la région.

LA promesse des libérations prépare ceux-ci à l'élargissement total de Nelson Mandela, le vieux chef du Congrès national africain, avec lequel le gouvernement dialogue déjà. Elle permettra aussi de tester les réactions des opposants légaux à l'apartheid, notamment parmi les religieux, dont Mr De Klerk devait recevoir les dirigeants mercredi, l'évêque Desmond Tutu en tête.

Mais Mr De Klerk se retrouvera dans une impasse s'il n'opte pas un jour pour la légalisation de l'ANC, en qui se reconnait la majorité noire. Pour qu'il puisse l'imposer aux siens, il serait bon que les nationalistes adoptent une attitude responsable après l'élection d'une Assemblée constituante en Namibie, où une minorité blanche devra sans doute accepter la loi du plus grand nombre le mois prochain ; cet événement influera sans doute sur l'évolution de l'Afrique du Sud.

- Le groupe de communication américain MGM-United Artists a décidé de rompre l'accord de vente qu'il avait conclu avec le groupe australien Quintex (le Monde du 19 septembre). Ce dernier devait racheter MGM-UA pour 1,5 milliard de dollars, mais n'a pu fournir à temps une garantie financière suffisante. Cette défection du groupe australien pourrait relancer les spéculations sur le sort de MGM-UA, dont Mr Rupert Murdoch avait tenté de prendre le contrôle.

Selon le Canard enchainé du 11 octobre, le commandant Georges Raveneau, pilote du DC-10 d'UTA qui a explosé le 19 septembre au-dessus du Niger, s'était plaint, dès le 30 avril dernier, dans un rapport, de la médiocrité des contrôles effectués sur le vol UT 734 reliant Libreville à Paris, via Marseille.

Un télex de la Direction générale de l'aviation civile avait alerté les escales et demandé " une vérification en cabine de tous les vols en provenance d'Afrique ". Or, selon le rapport du commandant Raveneau, " l'escale de Libreville n'avait pas été prévenue de ce risque et n'avait pas renforcé les mesures de sécurité au départ de la 734 ". En revanche, " tout le monde semblait prendre cette menace très au sérieux à Marseille ".

Ces avertissements, peu suivis d'effets prouvent que les autorités policières et civiles avaient eu connaissance, dès le printemps, de menaces planant sur les vols africains d'UTA.

Le prix Nobel d'économie a été attribué, mercredi 11 octobre, au professeur Trygve Haavelmo, de l'université d'Oslo (Norvège), pour " son élaboration des fondements probabilistes de la méthodologie économique et son analyse des systèmes économiques simultanés ".

Le premier ministre, Mr Michel Rocard, et le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) ont évoqué " la lutte contre la montée du racisme et de l'antisémitisme ", a déclaré Mr Jean Kahn à l'issue d'un entretien d'une demi-heure, mercredi 11 octobre, à l'hôtel Matignon.

Le président du CRIF a souligné que la rencontre avait également porté sur les problèmes de " l'après-Carmel d'Auschwitz " et du " malaise qu'a pu susciter ce débat dans la société française ".

Mr Kahn a souligné qu'il avait fait connaitre au premier ministre " la volonté de dialogue entre la communauté juive et des organisations telles que SOS-Racisme et France-Plus ". " Nous avons effectué un tour d'horizon assez général et abordé la question de la paix au Proche-Orient, ainsi que la préparation du diner du CRIF le 18 novembre, au pavillon d'Ermenonville, auquel participera le premier ministre ", a conclu Mr Kahn.

Glissant en silence entre les murailles de brique formées par les façades brunes des maisons mitoyennes, une BMW rouge de la série 700 gravit au ralenti le coteau de Klarendal, un quartier ouvrier vaguement rénové à Arnhem, ville moyenne des Pays-Bas profonds.

A l'angle de la rue Agnieten, une grappe d'habitants est réunie en conclave. A l'approche du véhicule, les murmures cessent et des regards méfiants dévisagent furtivement le conducteur. Un simple curieux venu prendre le pouls de Klarendal au lendemain du " soulèvement " de sa population contre la présence en son sein, tel un cancer, des revendeurs de drogue, les 25 et 26 septembre ? Ou alors un " moyen bonnet " du trafic local d'héroine et de cocaine en tournée d'inspection après la destruction de trois " succursales " - en fait trois habitations semblables à des corons, légalement louées par des " dealers " et leurs chalands ?

" Ils étaient partout ! ", s'emporte un retraité qui ne veut pas dire s'il a participé à la lapidation d'un de ces " suppôts de la drogue ". A la longue, les deux mondes ont fini par ne plus cohabiter : il y a eu des échanges de mots, puis de coups, puis toute une série d'incidents de voisinage qui ont mis Klarendal sous pression avant de le faire exploser dans une bouffée d'autodéfense.

Mais le dernier mot devait rester à la loi, et les forces de l'ordre ont maté avec une rudesse certaine ce " soulèvement populaire ".

Amsterdam, Rotterdam, Groningue : ces trois villes, pour ne citer qu'elles, ont aussi leur Klarendal. Même causes, mêmes effets. Les résidents protestent également, fût-ce de façon moins spectaculaire, contre les " nuisances " en tout genre - de l'insécurité ambiante aux risques sanitaires - liées au commerce et à la consommation des stupéfiants.

Mais la vraie particularité d'Arnhem réside dans sa popularité auprès des toxicomanes ouest-allemands attirés par ses charmes ambigus. Mr Gerrit Mons en fait mécaniquement la somme : " L'héroine ou la cocaine coûtent ici deux fois moins cher qu'en RFA, de 125 à 150 florins le gramme (de 375 à 400 francs). La drogue est deux fois moins coupée, donc de meilleure qualité. Et notre attitude à l'égard des consommateurs est plus tolérante. " La proximité de la frontière, à une vingtaine de kilomètres, fait le reste. Résultat : " 60 % des drogués d'Arnhem viennent d'outre-Rhin. "

Parmi eux, certains s'installent, d'autres ne font que des allers et retours. Mais tous profitent de la différence de législation entre les Pays-Bas et la RFA, au grand dam des autorités, rappelle Mr Théo Bot, procureur de la reine, détaché auprès du ministre de la justice en tant que conseiller pour les affaires de drogue.

Une des mesures annoncées par le conseil municipal d'Arnhem à la suite de la rébellion de Klarendal est l'ouverture de pourparlers avec les autorités politiques de la Rhénanie du Nord-Westphalie, le land limitrophe. Au cÓur de ces discussions, la nécessité de mettre l'accent plus sur l'accompagnement médico-social des drogués que sur la répression qui " rabat " les toxicomanes vers les Pays-Bas. A cet égard, les Néerlandais se félicitent de la volonté affichée par Mr Johannes Rau, le chef de file du SPD, qui vient de remporter les élections en Rhénanie-Westphalie, de déveloper une infrastructure d'accueil des drogués et de mettre en place, comme à Hambourg, des programmes de distribution gratuite de méthadone, substitut médical à l'héroine.

L'attitude des Pays-Bas face au problème du " tourisme ", de la drogue " évolue également. Sous la pression des autorités judiciaires du Limbourg et de la Gueldre, provinces frontalières confrontées à l'afflux des toxicomanes ouest-allemands et belges, les autorités de La Haye cherchent le moyen de limiter la force d'attraction exercée par une législation plus libérale.

" Ne rien faire reviendrait en fait à dire aux drogués étrangers : venez ici, il ne vous arrivera rien ", estimait en juillet dernier le procureur Smalburg, de Maastricht. La Haye accepterait que les procès verbaux dressés contre des toxicomanes allemands, belges ou français soient désormais transmis aux autorités judiciaires du pays d'origine des contrevenants. Cette construction permettrait aux cinq pays de Schengen (1) de... ne pas harmoniser leur législation antidrogue tout en adoptant une conduite commune en matière de poursuites pénales à l'égard des ressortissants étrangers.

Mr Théo Bot, conseiller du ministre de la justice reconnait que, si La Haye et Bonn sont sur la même longueur d'onde, Paris, et dans la foulée Bruxelles, formulent des objections.

Après avoir observé une certaine retenue dans ce qu'ils " considéraient comme un débat frontalier néerlando-allemand ", les négociateurs français font valoir aujourd'hui que le traité de Rome impose aux pays de la CEE de traiter sur un pied d'égalité leurs propres ressortissants et les non-nationaux. La Haye est prête à faire des concessions sur ce terrain mais pas au point de " re-pénaliser " son approche de la toxicomanie, largement décriminalisée. " Les Français ne sont pas assez sensibles à l'aspect " demande " du problème de la drogue ", affirme Mr Théo Bot en feuilletant le texte du discours de Mr Pierre Joxe lors de la dernière conférence de l'ONU à Vienne. il y a trois semaines.

Se méfiant de toute " ingérence étrangère " dans leurs conceptions à l'égard des consommateurs de stupéfiants, les Pays-Bas souhaitent l'introduction dans le texte des accords finaux de Schengen d'un paragraphe laissant aux Etats signataires " la responsabilité de la politique en matière de consommation de drogue ".

Le secrétaire général du Front national, Mr Carl Lang, a notamment déclaré, mardi 10 octobre, au cours d'un déjeuner de presse : " L'immigration n'est plus seulement aujourd'hui un problème de société ; c'est un problème historique. Le processus de mise en place sur notre territoire de colonies de peuplement s'apparente à une véritable colonisation. Il met en péril le droit du peuple français à disposer de lui-même, porte atteinte à la souveraineté et à l'indépendance nationale. Dans deux décennies nous aurons sur le territoire français des communautés qui ne se seront pas assimilées car elles le refusent. L'assimilation passe par l'acceptation d'un héritage naturel, spirituel, culturel et historique, mais il y a dans certaines communautés étrangères un refus délibéré de cet héritage. Il n'y a même pas la possibilité d'une intégration. Le Front national constitue la seule force capable de régler le problème de l'immigration qui se traduira, s'il n'est pas réglé, par une inéluctable confrontation intercommunautaire. "

Le Front national saisira l'occasion des prochaines élections partielles pour marteler ses affirmations. Il lancera, en particulier, une campagne contre la construction de la mosquée prévue à Lyon, où il diffusera, fin octobre, un " Livre Noir " de huit pages tiré à 150 000 exemplaires, et demandera l'organisation d'un référendum local sur le projet de la municipalité que dirige Mr Michel Noir, député RPR du Rhône.

Au cours de leur assemblée plénière annuelle, qui se tiendra du 27 au 30 octobre à Lourdes, les évêques français entendront Mr Jacques Delors, président de la Commission européenne. L'épiscopat entend faire le point des enjeux du marché unique de 1993 et des perspectives de l'évangélisation en Europe. Les évêques débattront également de la préparation, à l'initiative du Vatican, d'un catéchisme universel ("exposé organique et complet de la foi"), des restructurations de paroisses et du déclin de la signification religieuse du dimanche.

Fallait-il ou non associer le professeur Dominique Stehelin (Institut Pasteur de Lille) aux deux chercheurs américains, les professeurs Michael Bishop et Harold Varmus, qui ont été couronnés, lundi 9 octobre, par le prix Nobel de médecine pour leurs travaux sur les oncogènes (le Monde du 11 octobre)? Après les déclarations du chercheur français, estimant "injuste" le choix du comité Nobel, ce dernier, d'habitude peu enclin à réagir à ce type de protestation, décidait, mardi 10 octobre, de répliquer.

"Nous avons attribué le prix à Bishop et Varmus, a expliqué Mr Jan Lindsten, secrétaire du comité Nobel de médecine, et je pense que c'était le bon choix." "Nous étions parfaitement au courant de la participation de Stehelin au programme de recherche. Mais nous avons décidé que Bishop et Varmus en étaient les véritables responsables. Ils ont joué un rôle indispensable, ce qui n'est pas le cas de Stehelin et d'autres", a pour sa part estimé Mr Peter Reichard, un autre membre du jury. Le professeur Erling Norrby, qui n'est autre que le vice-président du comité Nobel, est allé encore plus loin : tout en reconnaissant le rôle "important" joué par le professeur Stehelin dans la découverte des oncogènes, il a expliqué que c'était Bishop et Varmus qui " qui avaient tiré les conclusions et mené le programme à terme". "Nous sommes surpris de la réaction de Stehelin, a-t-il ajouté. Cela ne peut que nuire à son image. Il s'est comporté comme un paon."

Pour leur part, les deux lauréats ont tenu à rendre hommage au chercheur français. Le professeur Bishop a cependant souligné que le professeur Stehelin n'était au moment de la découverte, en 1976, qu'un stagiaire post-doctoral qui effectuait des expériences conçues par lui-même et Varnus. " Il s'agit, a-t-il estimé, d'un problème qui se pose presque chaque année et qu'il faut laisser au comité Nobel. "

Du côté français, les réactions n'ont pas tardé. Le directeur général du CNRS, Mr François Kourilsky, qui dans un premier temps avait songé à déposer une protestation formelle, s'est finalement contenté d'un communiqué dans lequel, outre ses " chaleureuses félicitations " aux deux lauréats, il " salue le rôle tenu par l'un de ses chercheurs, Dominique Stehelin, dans cette découverte ". Mr Kourilsky rappele qu'" il a été le premier signataire des deux publications princeps de la découverte couronnée par le Nobel " et qu'en outre le professeur Stehelin " a déjà été distingué par plusieurs récompenses, dont le prix Rosen, le prix Griffuel et la médaille d'argent du CNRS ".

Pour sa part, enfin, Mr Hubert Curien, le ministre de la recherche, a lui aussi regretté le choix du jury suédois, jugeant que le professeur Stehelin était parfaitement " nobelisable ". " C'est un excellent chercheur et je regrette vivement qu'il n'ait pas été associé aux deux Américains ", a-t-il déclaré, mercredi 11 octobre, sur Europe 1. S'adressant aux professeurs Bishop et Varmus, le ministre de la recherche leur a demandé de reconnaitre publiquement le rôle joué par le professeur Stehelin dans la découverte des oncogènes.

EN maintenant publiquement, mardi 10 octobre, qu'il aurait dû être associé aux deux scientifiques américains et en exprimant une nouvelle fois ses regrets de ne pas avoir été retenu pour la plus prestigieuse des distinctions médicales, le professeur Dominique Stehelin crée une situation sans précédent. Il s'enfonce dans le même temps dans une voie sans issue.

Sur le fond, sa requête semble parfaitement justifiée. La liste de ses publications et une série de témoignages émanant des principaux acteurs de cette aventure riche en perspectives médicales et scientifiques, à commencer par ceux des deux nouveaux lauréats, plaident en faveur du chercheur de l'Institut Pasteur de Lille. Les nombreuses déclarations de soutien de ses confrères français, du directeur général du CNRS et du ministre de la recherche, Mr Hubert Curien, habituellement peu enclins à prendre ainsi la parole, témoignent du sentiment d'injustice ressenti par ceux qui connaissent l'histoire de la recherche sur les oncogènes.

Il n'en est pas moins vrai que l'institution suédoise a fait son choix. Un choix, semble-t-il, sans appel, à en juger par les propos, parfois sans doute un peu vifs, des membres du comité Nobel.

On voit mal, dès lors, comment la situation pourrait évoluer de manière positive. Ira-t-on jusqu'à envisage la création d'une sorte de "comité international de réhabilitation" ? A supposer qu'un tel comité voie le jour, que pourrait-il faire d'autre que confirmer l'évidence de l'injustice ? De la même manière, qu'apporterait de nouveau l'ouverture des cahiers de laboratoire du professeur Stehlin ?

En réclamant, non sans légitimité, une distinction que l'on ne veut pas lui accorder, le chercheur français se condamne lui-même. Sans doute aurait-il été plus judicieux de contester, non pas le choix, mais bien le mode de fonctionnement d'une institution qui, bien souvent, pèche par manque de transparence. L'injustice qui marque et qui marquera le Nobel de médecine 1989 n'est pas la première commise par les "sages" de l'Institut Karolinska. Seuls le rôle des médias et la propension des scientifiques contemporains à prendre plus rapidement la parole que par le passé font qu'elle apparait plus criante. Et, s'il en est quelque peu atteint, le prestige du Nobel n'en demeure pas moins, et pour longtemps encore, sans égal.

" Il y a des jours plus fastes que d'autres... ". Vingt-quatre heures après l'attribution du prix Nobel de médecine aux professeurs Michael Bishop et Harold Varmus, de l'université de Californie (San-Francisco), pour leurs travaux sur les oncogènes (gènes du cancer), l'" oublié " de la distribution, le professeur Dominique Stehelin, de l'Institut Pasteur de Lille, garde " au coin du cÓur un pointe d'amertume ". Commentant la décision du jury du prix Nobel au cours d'une conférence de presse, mardi 10 octobre à Lille, le chercheur français a adouci les propos virulents qu'il avait tenus la veille à l'AFP, les mettant sur le compte du " défoulement émotif " lié à l'annonce brutale de la nouvelle.

Cependant, le professeur Stehelin a revendiqué la paternité de la découverte des oncogènes faite dans le laboratoire des professeurs Bishop et Varmus en 1976, expliquant qu'il avait repris des recherches que plusieurs avaient laissé tomber auparavant. Une découverte essentielle dans la connaissance du processus de cancérisation et pour la recherche thérapeutique, a expliqué à ses côtés le professeur Jean Samaille, directeur de l'Institut Pasteur de Lille : " Celle-ci est l'Óuvre de Dominique Stehelin. Pratiquement plus personne ne travaillait à l'époque sur cette piste. Aujourd'hui, il y a bien deux cents équipes qui y travaillent dans le monde. "

" Je ne conteste en aucun cas, a déclaré le professeur Stehelin, la décision du comité Nobel. C'est à eux de prendre leurs responsabilités. Je ne sais quelles ont été leurs motivations de ne pas m'associer à cela. (...) Des gens disent que le comité Nobel ne voit pas d'un bon Óil d'associer les chercheurs qui ont été au niveau postdoctoral dans les laboratoires, parce que le travail est principalement un travail d'exécution sur des idées lancées par les patrons. En ce qui me concerne, je voudrais quand même rappeler que j'étais, à l'époque, payé par le CNRS et envoyé par le gouvernement français. Et je ne vois pas ce que cela aurait changé pour eux (les membres du jury) d'en mettre un troisième dans le lot, fût-il non américain. "

Mr Stehelin, qui dirige désormais une équipe de soixante chercheurs à l'Institut Pasteur de Lille, se défend de vouloir travailler désormais dans un esprit de revanche. " Cela nous stimulera sûrement à faire le meilleur boulot possible, mais pas dans un esprit de revanche. Moi, ce que j'aime dans la vie, c'est la reconnaissance de mes pairs, mais pas en tapant aux portes, pas en faisant du scandale mais bien en ayant de bons articles, reconnus comme étant bons, publiés dans de bonnes revues, avec de bonnes critiques. " Pour autant, le chercheur lillois ne rejette pas l'idée d'une sorte de " comité de réhabilitation " : " Dans une recherche, dans une découverte, dit-il, il est difficile de faire la part de qui a fait quoi, quelle est la part de création personnelle. (...) C'est probablement, c'est effectivement un comité international de haute intégrité, indiscutable, qui pourrait s'occuper de ce genre de chose, de savoir qui a fait quoi ; et moi j'ouvrirais mes cahiers de laboratoire si un tel comité devait voir le jour. "

Mr Pierre Bernard, maire (divers droite) de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), menace de couper les crédits municipaux à deux écoles maternelles de sa ville dont les directrices n'ont pas respecté sa décision de ne pas inscrire les enfants des immigrés nouvellement installés. Dans une lettre aux deux directrices, Mr Bernard se plaint du fait que les enfants ont été inscrits par " d'autres que moi et les services municipaux qui ont à en connaitre ". " Dès l'instant que vous prenez vos ordres ailleurs, poursuit le maire, je ne vous considère plus ni vous ni vos établissements, comme service public de la ville. "

Le maire de Montfermeil refuse, depuis cinq ans, d'inscrire des enfants d'immigrés dans les écoles de sa commune. Depuis la rentrée 1988, le préfet de Seine-Saint-Denis use de son pouvoir de substitution pour permettre l'inscription des enfants. Le collectif Ecole-immigration, qui regroupe notamment des militants de la CFDT, de SOS-Racisme et des parents d'élèves de la FCPE, vient de demander au ministre de l'intérieur de " faire cesser la situation d'illégalité dans laquelle s'est installé le maire de Montfermeil ".

Le général Jean Favreau, ancien gouverneur militaire de Paris, n'a pas réapparu à son domicile de Saint-Denis-de-Pile (Gironde) depuis le samedi 7 octobre. Agé de soixante-douze ans, le général Favreau était passé dans le cadre de réserve depuis onze ans. Selon sa famille, rien n'explique cette disparition.

MM Patricio Aylwin et Hernan Buchi ont plutôt déçu les téléspectateurs chiliens, qui s'attendaient que le face-à-face les opposant lundi 9 octobre soit l'un des grands moments de la campagne pour l'élection présidentielle du 14 décembre. Le combat des chefs n'a pas eu lieu, et c'est à un débat plutôt terne que se sont livrés le candidat de l'opposition et celui des partis de droite. L'attente était pourtant très grande, car la télévision chilienne n'avait encore jamais présenté une émission politique de ce genre.

Il est vrai que ce duel pouvait difficilement être mortel : chaque participant avait quatre minutes pour répondre à une question d'un journaliste et une minute seulement pour répliquer à son adversaire. Pas question donc d'approfondir les sujets traités, ce qui permit à l'ancien ministre des finances du général Pinochet, Mr Buchi, de rester très évasif sur les violations des droits de l'homme commises lorsqu'il était au gouvernement et à Mr Aylwin de ne pas s'attarder sur les problèmes économiques, qui ne sont pas précisément son fort.

Mr Buchi fut en tout cas plus agressif que d'ordinaire, peut-être dans l'espoir de rattraper son retard révélé par les sondages. Il s'en prit avant tout aux " mauvaises fréquentations " du dirigeant démocrate-chrétien, coupable, à ses yeux, de s'allier aux " marxistes " de l'ex-unité populaire.

Mr Aylwin prit aussitôt la défense de ses partenaires socialistes au sein de la Concertation pour la démocratie, estimant qu'ils avaient considérablement évolué ces dernières années, au point de renoncer à la "rupture révolutionnaire", leur crédo pendant les années 60. "Je cherche à unir la famille chilienne", souligna-t-il, avant de faire remarquer à son adversaire, pour qui l'éventuel accès au pouvoir de l'opposition serait "grave pour le pays", que plusieurs personnalités de droite jugeaient le programme économique et social de la Concertation "presque parfait".

Le gouverneur de Floride est en train d'en faire l'amère expérience : tenter de restreindre, même très partiellement, le droit des Américaines à l'avortement s'annonce bien plus difficile que certains ne l'imaginaient.

Le gouverneur républicain, Mr Bob Martinez, a été le premier à vouloir s'engouffrer dans la brèche ouverte au début de l'été par la Cour suprême des Etats-Unis (le Monde du 5 juillet), qui avait statué que les Etats avaient le droit d'imposer certaines limitations à un droit constitutionnel reconnu depuis 1973.

Mr Martinez a donc convoqué, mardi 10 octobre, une session spéciale de l'Assemblée législative de son Etat. Il souhaitait en particulier introduire la pratique d'un " test de viabilité " du fÓtus, à partir de la vingtième semaine, moyen psychologique de dissuader les mères d'avorter au-delà de cette limite (la législation actuelle en Floride permet l'avortement jusqu'au sixième mois). Mr Martinez voulait aussi interdire au personnel des établissements publics la pratique des interruptions de grossesse non thérapeutiques, mais ses initiatives sont à peu près certainement vouées à l'échec.

Le gouverneur a certes été chaleureusement remercié pour ses bonnes intentions par les partisans du " droit à la vie ", qui ont défilé pour le soutenir dans les rues de Tallahassee, la capitale administrative de l'Etat. Mais il a surtout été conspué par une foule encore plus nombreuse; nettement plus bruyante, elle brandissait des pancartes du style : " Avortez Martinez! " et promettait au gouverneur l'avenir politique le plus noir.

Au Capitole local (d'ailleurs investi par les manifestants en faveur de l'avortement), les élus ont, en un temps record (une demi-heure au total), renvoyé en commission, où elles seront très vraisemblablement enterrées, toutes les propositions " restrictives ". L'une des commissions concernées a déjà repoussé à une forte majorité un projet visant uniquement à instituer un " délai de réflexion " d'une semaine avant l'interruption de grossesse.

La majorité - démocrate, comme dans la plupart des Etats américains - est hostile à des limitations et, surtout, les élus ne sont guère tentés de braver un électorat qui, tous les sondages l'attestent, est fermement attaché à la défense du droit à l'avortement, sans restrictions. L'activisme déployé par les avocats du droit à la vie - en particulier le blocus de certaines cliniques - avait un peu occulté cette réalité, tandis qu'on s'alarmait d'une vaste offensive " réactionnaire " contre l'avortement.

L'offensive continue, certes, mais les attaquants ne font pas vraiment le poids, en termes politiques, au point que certains politiciens sont amenés à réviser, parfois assez radicalement, leurs positions. Ainsi l'un des candidats au poste de gouverneur de Virginie, le républicain Marshall Coleman, poussé publiquement dans ses retranchements par son adversaire démocrate, a-t-il dû s'engager à renoncer en cas d'élection à ses vélléités " anti-avortement ".

Dans chaque Etat, la décision de convoquer ou non une session spéciale du Parlement local pour débattre de la question revient au gouverneur. Vingt-deux gouverneurs sont hostiles à toute remise en cause de la liberté d'avortement, vingt et un sont favorables à certaines restrictions, et sept refusent de se prononcer. Il est probable que, dans le courant de l'automne, des " sessions spéciales " seront convoquées dans cinq autres Etats. Mais l'exemple de la Floride devrait calmer les inquiétudes de ceux qui craignaient que la Cour suprême n'eût ouvert une voie royale aux plus farouches adversaires de l'avortement.

Après avoir perdu ses fonctions de premier ministre, Mr Hedi Baccouche a été remplacé par son successeur, Mr Hamed Karoui, au poste de vice-président du bureau politique du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD). Il ne figure plus dans ce bureau, dont la composition a été diffusée le lundi 9 octobre. En revanche, Mr Ismail Khelil, qui a cessé d'appartenir au gouvernement mais qui reste gouverneur de la Banque centrale, demeure parmi les dix membres de la plus haute instance du parti au pouvoir, présidée par le chef de l'Etat tunisien.

Le président Frederik De Klerk a annoncé, mardi 10 octobre, la libération imminente de huit prisonniers politiques à l'exclusion de celle de Nelson Mandela, laquelle " n'est pas à l'ordre du jour ". Emprisonnés, pour sept d'entre eux, depuis le début des années 60, ces hommes seront élargis " dès que les formalités nécessaires seront accomplies, ce qui peut prendre un certain temps ".

Fait surprenant, ces libérations ont été discutées avec Nelson Mandela lui-même, dans la prison Victor-Verster de Paarl, à 70 kilomètres au nord du Cap. Le communiqué ne précise pas avec qui le leader historique de l'ANC (Congrès national africain) a eu ces entretiens, mais il est vraisemblable qu'il s'agit de membres du gouvernement. Pour justifier sa décision, Mr De Klerk invoque " le climat favorable existant actuellement " dans le pays et espère que ces libérations " contribueront à l'esprit de réconciliation qui prévaut en ce moment ".

Le chef de l'Etat en a profité pour lancer un appel à tous les Sud-Africains pour prendre part à des discussions pacifiques, estimant que la plupart d'entre eux étaient " fatigués de l'affrontement ".

Pour le président De Klerk, il s'agit d'un test qui devrait permettre selon lui de débloquer le processus de négociations auquel il se déclare attaché, à condition que l'ordre soit maintenu. Parmi les huit prisonniers en instance de libération, figurent cinq compagnons de Nelson Mandela et notamment son ami, Walter Sisulu. Ces cinq hommes, Elias Motsoaledi, Ahmed Kathrada, Raymond Mhlaba, Andrew Mlangeni et Walter Sisulu, le plus âgé puisqu'il a aujourd'hui soixante-dix-sept ans, avaient été condamnés à la prison à vie en juin 1964 en compagnie de Nelson Mandela et de deux autres codétenus, Dennis Golberg, libéré en février 1985, et Govan Mbeki, élargi en novembre 1987.

Mr De Klerk a ajouté un militant du PAC (Pan African Congress), Jafta Masemula, condamné à la prison à vie en 1963, Wilton Mkwayi (ANC), lui aussi condamné à la détention à perpétuité après avoir échappé à la rafle des compagnons de Nelson Mandela en juillet 1963 et, enfin, Oscar Mheptha, le doyen, puisque âgé de quatre-vingts ans, qui devait de toute façon être libéré prochainement après avoir purgé une peine de cinq ans d'emprisonnement.

Nelson Mandela, arrêté le 5 août 1962 et condamné à la prison à vie le 12 juin 1964, ne fait donc pas partie du lot. Le président De Klerk a précisé dans son communiqué que ce dernier avait lui-même confirmé que sa libération n'était pas " à l'ordre du jour ". Ce sont du moins les propos que lui prête le chef de l'Etat.

Le plus célèbre prisonnier politique du monde a sans doute accepté une sorte de marché, dont les termes ne sont pas connus, mais dont le principe consiste à différer sa remise en liberté en attendant de savoir ce que seront les réactions de la communauté noire. Son tour viendra après, dans quelques mois peut-être, si les phases préliminaires du dialogue sont satisfaisantes.

D'ores et déjà, le pouvoir a reconnu le rôle capital que pouvait jouer cet homme emprisonné depuis plus de vingt-sept ans.

Ces libérations ont immédiatement été claironnées à travers le monde. Mr Mitterrand, actuel président de la CEE, Mr Baker, secrétaire d'Etat américain, et Mme Thatcher, premier ministre britannique, en ont été informés personnellement. Mme Thatcher pourra donc affronter avec plus d'aisance les membres du Commonwealth lors de la réunion de Kuala-Lumpur, à partir du 18 octobre.

Ces derniers sont en faveur de nouvelles sanctions contre le régime de Pretoria. Mr De Klerk tenait donc à faire preuve concrètement de ses bonnes intentions avant cette échéance où la " dame de fer ", hostiles aux sanctions, s'apprêtait à essuyer les critiques de ses partenaires.

Dans le cadre d'une tournée en Europe, Mr Jonas Savimbi, chef de l'UNITA, devrait séjourner en France du 16 au 20 octobre. Il avait déjà fait, cet été, un discret séjour à Paris, qui lui avait permis de rencontrer plusieurs personnalités.

Le temps fort de cette visite devrait être, mercredi 18 octobre, une réception à l'Assemblée nationale, organisée par deux députés membres d'une association France-Angola fondée en 1988 et qui préconise " le dialogue direct entre toutes les parties " pour mettre fin au conflit angolais, MM Goulet (RPR, Orne) et Pelchat (UDF, Essonne).

WALTER SISULU, soixante-dix-sept ans, dirigeant historique du Congrès national africain qui sera libéré après plus de vingt-six ans de détention, était à la fois, avant son arrestation, le " grand frère " et le " bras droit " de Nelson Mandela. Après celui-ci, il est le personnage le plus vénéré dans les cités noires, où son nom n'évoque pas seulement un homme, mais une famille totalement engagée dans la lutte anti-apartheid.

Car Sisulu, c'est aussi son épouse Albertine, soixante-dix ans, coprésidente du Front démocratique uni (vaste coalition interdite l'an dernier). C'est également son fils Zwelakhe, trente-neuf ans, un journaliste libéré en décembre, après deux ans de détention dans le cadre de l'état d'urgence.

En compagnie d'Oliver Tambo, l'actuel président de l'ANC, de Mandela et de quelques autres, Sisulu participa, en 1954, à la création de la Ligue de la jeunesse de l'ANC. En 1944, il était élu secrétaire général de l'ANC, poste qu'il abandonnait en 1954, forcé par le pouvoir de démissionner de l'ANC.

Les années 50 et le début des années 60 devaient être pour lui une suite ininterrompue d'arrestations, d'inculpations (il fut l'un des cent cinquante-six opposants accusés de haute trahison en 1956), d'emprisonnements (notamment en 1960, lors de la proclamation de l'état d'urgence) et d'assignations à résidence.

Finalement, il fut condamné le 12 juin 1964 à la réclusion à perpétuité pour sabotage et complot contre le pouvoir, en compagnie de sept dirigeants de l'ANC, dont Mandela.

RAYMOND MHLABA, fils de policier, adhéra à l'âge de vingt-deux ans au Parti communiste sud-africain (SACP). En 1952, il pénétrait à la tête d'un groupe de manifestants noirs dans la gare de Port Elizabeth en utilisant l'entrée réservée aux Blancs et devenait ainsi le premier dirigeant de l'ANC arrêté dans le cadre de la campagne de désobéissance civique lancée par le mouvement pour protester contre l'apartheid.

Après avoir suivi à l'étranger une formation militaire, il revenait en Afrique du Sud pour Óuvrer dans la clandestinité au sein de la direction d'Umkhonto we Sizwe (MK), la branche armée de l'ANC. Arrêté le 11 juillet 1963, il fut lui aussi condamné, avec Nelson Mandela, à la prison à vie.

AHMED MOHAMMED KATHRADA, le seul non Noir parmi les dirigeants historiques de l'ANC encore emprisonnés, est aussi le benjamin de la vieille garde du mouvement nationaliste et un homme qui a passé près de la moitié de son existence en prison.

Né en 1929 dans une famille indienne de confession islamique et adepte de Gandhi, il s'est engagé très jeune dans la lutte politique, faisant son premier séjour en prison à dix-sept ans et adhérant durant cette période au Parti communiste (alors légal).

Elu secrétaire général du Congrès indien du Transvaal à vingt-trois ans, il a Óuvré, dans les années 50, pour renforcer les liens entre cette organisation et l'ANC.

ELIAS MOTSOALEDI était au sein de l'ANC l'un des principaux représentants du syndicalisme noir. Dans les années 50, il cumula ses activités syndicales avec des responsabilités croissantes au sein de l'ANC. En 1960, il faisait trois mois de prison durant l'état d'urgence, avant d'entrer dans la clandestinité et de devenir membre du commandement régional pour Johannesburg de la branche armée de l'ANC.

Dans un document en cinq points élaboré à partir de contacts avec Le Caire et Jérusalem, les Etats-Unis ont fait de nouvelles suggestions en vue de surmonter les obstacles entravant l'ouverture de négociations israélo-palestiniennes sur l'organisation d'élections dans les territoires occupés, a annoncé, mardi 10 octobre, le département d'Etat.

Il a précisé que le document suggérait une rencontre entre les ministres des affaires étrangères israélien, égyptien et américain dans les prochains jours à Washington, sans qu'il s'agisse, à ce stade, d'une invitation formelle.

Rapidement clos, cet incident, survenant à la suite de quelques accrochages entre les forces du général chrétien Michel Aoun et les miliciens druzes de Mr Walid Joumblatt, appuyés par les Syriens, n'en souligne pas moins la fragilité de la trêève. Conscients du risque que représente la lenteur des débats à Taëf, les membres du comité tripartite (Algérie, Maroc, Arabie saoudite) multiplient encouragements et assurances auprès des députés qui butent toujours sur le partage des pouvoirs entre le président traditionnellement chrétien maronite et le premier ministre sunnite. Les chiites revendiquent, de leur côté, un plus grand rôle pour le président du Parlement, poste revenant à leur communauté.

Cette bataille des réformes divise aussi les chrétiens et les musulmans - sunites et chiites - entre eux, certains étant plus enclins que d'autres à céder. Paradoxe : au moment où des responsables réclament à cor et à cri la déconfessionnalisation du régime, les représentants des différentes communautés n'ont de cesse d'exiger le maximum.

Reste peut-être le plus crucial, à savoir la question de la présence syrienne, débattue jusqu'à maintenant en coulisse et au niveau diplomatique. Le général Aoun a, quant à lui, appelé les députés à " assumer leurs responsabilités nationales " et les membres du comité tripartite à favoriser " la solution qu'ils auraient acceptée pour leur propre pays ". Les contacts diplomatiques entrepris auprès du général Aoun à la demande du comité tripartite se sont, indique-t-on de bonne source à Taëf, révélés négatifs. Et le chef du cabinet militaire chrétien exige toujours une programmation claire et précise de retrait syrien, alors qu'il n'est question, dans les propositions arabes, que d'un redéploiement.

Le vice-président du Conseil israélien, Mr Shimon Pérès, se rendra en Union soviétique à la fin du mois pour la première visite au Kremlin d'un ministre israélien depuis vingt-deux ans, affirment, mercredi 11 octobre, les Nouvelles de Moscou. Présentant une interview de Mr Pérès réalisée à Washington, le journal précise que le dirigeant travailliste israélien a lui-même indiqué qu'il effectuerait ce voyage à la fin d'octobre.

Alors que le congrès du Parti conservateur britannique qui se tient actuellement à Blackpool est marqué par de vives discussions sur les orientations de la politique économique de Mme Thatcher, la livre sterling restait faible sur les marchés des changes le mercredi 11 octobre, dans l'attente du discours que devait prononcer jeudi le chancelier de l'Echiquier, Mr Lawson.

La chute de la livre sterling ne figurait évidemment pas initialement au programme, mais elle a marqué, mardi 10 octobre, la première journée du congrès conservateur réuni à Blackpool dans le nord de l'Angleterre. Le nouveau président du parti, Mr Kenneth Baker, s'est efforcé de dissiper les doutes des délégués et de resserrer les rangs autour du chancelier de l'Échiquier, Mr Nigel Lawson. Il a affirmé que ce dernier avait agi " courageusement " en portant à 15 % les taux d'intérêt pour défendre la livre. Les autres ministres présents à Blackpool se sont répandus en déclarations similaires.

Mais le " mouton noir " du parti, Mr Michael Heseltine, a saisi l'occasion pour faire entendre sa différence. Devant un auditoire nombreux rassemblé dans une salle de spectacles hors de l'enceinte du congrès, il a critiqué presque ouvertement la politique économique du gouvernement. Il n'est pas possible, a-t-il dit, de continuer indéfiniment à financer par des emprunts à l'extérieur le déficit de la balance des paiements. Mr Heseltine, qui se pose de plus en plus en successeur potentiel de Mme Thatcher, a pris l'exact contre-pied de cette dernière en réclamant une " adhésion immédiate " de la livre au mécanisme de régulation des changes du système monétaire européen (SME). Il n'exclut pas l'idée qu'une dévaluation soit nécessaire avant une telle mesure.

Face à ces incertitudes qui jettent le trouble parmi les délégués, Mr Baker a réaffirmé avec force que les grands projets de l'actuelle législature, la privatisation de l'eau et de l'électricité, la réforme du service national de santé et celle de l'enseignement suivraient leur cours quoi qu'il arrive. " On entend dire parfois que le gouvernement veut faire trop de choses trop vite. Mes amis, nous n'avons pas été reconduits à deux reprises au pouvoir pour présider de manière plus douce que le Parti travailliste au déclin de ce pays. Nous avons été réélus pour secouer les chaines du passé et libérer les énergies du peuple britannique ", a déclaré le président du parti.

La plupart des orateurs s'en sont pris, mardi, au " new look " du Parti travailliste, décrit comme une " imposture ". Les stratèges conservateurs savent que les prochaines élections seront difficiles en raison de la nouvelle ligne modérée du Labour et de la quasi-disparition du Parti social-démocrate de Mr David Owen, jadis issu de ce dernier.

Le congrès a enfin créé la surprise en adoptant à une écrasante majorité une motion demandant la constitution de sections du Parti conservateur en Irlande du Nord. Celles-ci seraient ouverts aux protestants et aux catholiques. Ce projet va être soumis à la direction du parti.

En raison de la situation particulière de la province, les deux grands partis nationaux ne sont pas représentés en Irlande du Nord. Les catholiques votent pour le Sinn Fein, l'aile politique locale de l'IRA ou pour une formation modérée, le SDLP, les protestants ont le choix entre deux partis " unionnistes " (favorables au maintien de l'union avec la Grande-Bretagne) qui accusent également Londres de les trahir. S'il présentait des candidats dans la province, le Parti conservateur ferait évidemment concurrence à ces derniers et modifierait considérablement la scène politique locale.

Près d'une semaine après le relèvement généralisé des taux d'intérêt européens (le Monde du 7 octobre), la Banque du Japon a annoncé, le mercredi 11 octobre, une hausse d'un demi-point de son taux de l'escompte (à 3,75%). Cette décision s'inscrit dans la lignée de la rencontre du groupe des Sept, le 23 septembre à Washington. Les pays industrialisés avaient, en effet, décidé que le dollar ne devait pas progresser au-dessus de ses niveaux actuels.

Pour mener à bien leur décision, les autorités des Sept avaient d'abord utilisé abondamment l'arme des interventions des banques centrales. Mais le dollar n'avait pas pour autant perdu de sa vigueur, et le recours à un rééquilibrage des taux d'intérêt mondiaux devenait inévitable.

Les observateurs ont été surpris par l'annonce de la Banque du Japon du 11 octobre. Car, dans les jours suivant le relèvement concerté des taux européens, de nombreux officiels japonais avaient fait savoir qu'ils s'opposaient à une hausse des taux nippons. En outre, la politique monétaire japonaise est traditionnellement beaucoup plus stable que celle des autres pays industrialisés. Les marchés n'avaient-ils pas anticipé pendant de longues semaines le relèvement précédent des taux directeurs, finalement intervenu le 26 mai dernier? Avant cela, le taux d'escompte n'était-il pas resté inchangé depuis février 1987 (à 2,5%) alors même que ceux des autres pays industriels subissaient, notamment au moment du krach, des fluctuations importantes?

Malgré la surprise provoquée par l'annonce de mercredi, les motivations de la décision des autorités monétaires nippones sont claires. Des principales puissances industrielles, le Japon est celui qui proteste le plus - pas tant comme il le dit pour réduire ses excédents que pour éviter tout risque d'inflation - contre l'ascension du dollar entamée depuis le début de l'année. En outre, pour des raisons politico-économiques internes, le yen ne s'est pas affaibli récemment contre le dollar seulement, mais il l'a fait contre les principales autres grandes devises. De près de 5 francs en début d'année, le cours de 100 yens à Paris a été ramené à 4,46 francs mardi.

La Banque du Japon, absente des marchés en début d'année, est devenue récemment très active, vendant vraisemblablement plus d'une dizaine de milliards de dollars depuis l'accord du 23 septembre. Ses réserves de changes, les plus importantes du monde, diminuent depuis plusieurs mois. Lorsque, mardi, les déclarations de Mr Greenspan à Moscou ont provoqué un nouvel accès de hausse de la monnaie américaine, (voire ci-contre) les autorités monétaires nippones ont dû juger plus économique de procéder à une augmentation des taux plutôt qu'à de nouvelles ventes massives de dollars.

Après les taux européens, les taux japonais, la logique réclamerait une diminution des taux directeurs américains (celui de l'escompte est fixé actuellement à 7 %, et n'a pas été modifié depuis février). Or la déclaration faite à Moscou par Mr Greenspan parait indiquer la désapprobation du président de la Réserve fédérale à l'égard d'un assouplissement du coût du crédit. Il ne voudrait pas prendre le risque de relancer l'inflation.

Malgré le renchérissement du loyer de l'argent au Japon intervenu jeudi, celui-ci reste largement le plus faible des pays industrialisés. Compte tenu du relatif isolement de la place financière de Tokyo, il est peu probable que ce geste contribue à abaisser le cours du billet vert, et celui-ci restait d'ailleurs très ferme sur les marchés des changes mercredi matin. Cependant, au moment où Mr Greenspan semblait désavouer l'accord du groupe des Sept, les dirigeants japonais, que l'on accuse à l'envi de ne pas participer suffisamment à la coopération monétaire internationale, ont voulu marquer leur attachement à la stratégie arrêtée le 23 septembre.

Dollar en hausse et livre en berne. En une journée le dollar a gagné 10 centimes, cotant 6,4835 F à la cotation officielle de mercredi. Le président de la Réserve fédérale américaine Mr Alan Greenspan a joué les semeurs de trouble. " Les tentatives pour maintenir les taux de change à des niveaux irréalistes peuvent conduire à déstabiliser les flux internationaux de capitaux et devront être abandonnées tôt ou tard ", a-t-il déclaré à Moscou où il achevait mardi un voyage de quarante-huit heures consacré à des entretiens avec les principaux responsables économiques soviétiques.

Les opérateurs en ont déduit que le président de la FED désavouait les actions mises en Óuvre à la suite du dernier sommet du G 7 pour faire baisser le dollar et qu'il ne fallait donc pas s'attendre à un geste de la Réserve fédérale, sous la forme d'une baisse des taux. Résultat : le dollar a été pris d'un coup de fièvre, grimpant à 1,905 deustchemark contre 1,8870 lundi et s'échangeant à 144,45 yens contre 142,70 la veille.

De son côté, la livre sterling a poursuivi sa glissade. La devise britannique a atteint mardi son plus bas niveau depuis août 1987 à 2,9850 deutschemarks et 10,0310 francs français.

En dépit des propositions avancées par Mr Francis Blanchard, conciliateur désigné par le gouvernement pour débloquer le conflit qui affecte depuis plus de cinq semaines la société Peugeot, direction et grévistes n'avaient toujours pas trouvé, mercredi matin, le chemin de la négociation.

Reconduite dans la matinée, l'occupation de la forge de l'usine de Mulhouse se poursuit : les syndicats CFDT et CFTC demandent au conciliateur qu'il obtienne des garanties supplémentaires auprès de la direction alors que la CGT campe sur des positions intransigeantes.

Pourtant, le marché proposé mardi par le conciliateur (évacuation de la forge et engagement simultané de négociations sur les bas salaires, les critères d'avancement individuel, les classifications et l'intéressement) avait été bien accueilli, la CGC et FO faisant part de leur volonté d'ouvrir immédiatement la discussion. La direction de Peugeot, de son côté, a donné son aval à la suspension des sanctions et proposé une réunion mercredi à 17 heures si la forge était évacuée à 9 heures. Cependant, dans un communiqué, elle a clairement laissé entendre que l'essentiel avait déjà été fait sur les différents thèmes soulevés par Mr Blanchard et qu'il n'y avait donc pas grand chose à attendre. Il est vrai que la situation de Mr Jacques Calvet, le PDG de PSA, n'est pas facile : il lui faut bien reconnaitre que le rapide audit mené par le conciliateur et les axes de discussion qu'il suggère mettent singulièrement en relief les lacunes de la politique sociale de PSA.

Quant aux syndicats, pressés par l'attitude particulièrement dure de la CGT, ils sont dans l'incapacité de saisir la perche qui leur est tendue... alors que leurs instances fédérales se félicitent du travail accompli par Mr Blanchard. Les cégétistes - soutenus à Mulhouse par des permanents de la fédération de la métallurgie mais aussi du Parti communiste - ne lésinent pas sur les moyens. Mr Henri Krasucki, secrétaire général de la CGT, n'a-t-il pas, lundi, fait lire à l'intérieur de la forge un message appelant les grévistes à ne quitter les lieux qu'à l'issue des négociations?

Le dirigeant cégétiste - qui s'est rendu deux fois à Mulhouse en huit jours - a enfoncé le clou mardi en affirmant lors d'un discours à Cauterets (Hautes-Pyrénées) que les propositions du conciliateur sont " inconsistantes " et relèvent du " mépris ".

Les syndicats des finances reprennent l'offensive. Refusant toute négociation au niveau des directeurs des administrations (contrairement à ce qu'espérait le quai de Bercy, aucune entrevue ne s'est tenue mardi). Mr Pierre Bérégovoy a proposé aux organisations de les recevoir séparément le 12 octobre.

Ils organisent deux manifestations l'une devant le ministère, mercredi 11 octobre, et l'autre, de l'Opéra à l'Hôtel Matignon, jeudi pour obtenir une nouvelle entrevue avec Mr Pierre Bérégovoy, ministre de l'économie.

Du côté du gouvernement, on étudie la possibilité d'intégrer la " prime de productivité " de 1 200 francs (1 500 francs en 1990) dans le calcul des retraites mais cette proposition est loin de satisfaire les syndicats.

A Tours, plusieurs centaines de grévistes des finances ont perturbé la visite de Mr Michel Charasse, ministre délégué au budget, venu inaugurer mardi les nouveaux bâtiments du siège de la compagnie aérienne TAT. Par ailleurs, les douaniers de la frontière franco-espagnole ont annoncé une grève générale pour la journée de mercredi. Cette action est destinée à bloquer le trafic des poids lourds mais ne devrait pas affecter la circulation des véhicules particuliers.

A Roissy, la police est intervenue, mardi matin, pour faire évacuer les grévistes qui occupaient les bureaux de la direction des douanes. Celle-ci indique que " les procédures les plus simples seront mises en Óuvre " pour que les denrées périssables ne s'accumulent pas dans les entrepôts.

De leur côté, MM Berégovoy et Charasse ont publié, mardi, un communiqué dans lequel ils " déplorent que le dialogue qu'ils appellent de leur vÓux n'ait pu se poursuivre " et reprochent aux syndicats de " refuser de participer à la concertation " destinée selon eux à " mettre au point et améliorer les mesures proposées en matière de déroulement de carrière, de régime indemnitaire, de renforcement du dialoque social et d'amélioration des conditions de travail ". par ailleurs, le ministre des finances assure qu'il " dispose des moyens de faire face " à un éventuel blocage du versement des traitements des fonctionnaires et des pensions en octobre évoqué notamment par Force-ouvrière.

Les autorités américaines se sont déclarées convaincues, mardi 10 octobre, que des conseillers militaires soviétiques continuent d'être actifs en Afghanistan, mais elles n'ont pas confirmé les informations selon lesquelles des Soviétiques portent des uniformes afghans et participent aux combats contre les moudjahidins. " Des conseillers militaires soviétiques aident probablement l'armée afghane, mais nous ne pouvons pas en confirmer le nombre ", a déclaré le porte-parole du département d'Etat, Mme Margaret Tutwiler.

Citant un rapport confidentiel, le New York Times " avait auparavant affirmé que " toutes les fonctions liées à la sécurité, au transport, au stockage et au lancement des missiles Scud sont assurées par des conseillers soviétiques " portant des uniformes afghans. Depuis février, neuf cents missiles Scup sol-sol ont été tirés, selon les responsables américains cités par le quotidien. Selon Mr Peter Tomsen, l'envoyé spécial américain auprès de la résistance afghane, cité par le New-York Times, au moins trois cents conseillers militaires soviétiques se trouvent en Afghanistan. Mme Tutwiler a déclaré qu'elle ne pouvait confirmer ce chiffre.

Le département d'Etat n'est pas non plus en mesure de confirmer que des soldats soviétiques portent des uniformes afghans ou que des pilotes soviétiques effectuent des missions de combat contre les moudjahidins, a affirmé Mme Tutwiler. Elle a déclaré que des Soviétiques participent à un pont aérien pour approvisionner Kaboul et d'autres villes afghanes, mais elle n'a pas précisé la nature de la cargaison qu'ils transportent.

Entre-temps, vingt-cinq personnes ont été tuées et plus de cinquante blessées, mardi en plein centre de Kaboul, par une roquette tirée apparemment par la guérilla musulmane afghane. La roquette a atteint de plein fouet une station d'autobus située au bord de la rivière Kaboul, derrière la poste centrale. L'armée a aussitôt bouclé le secteur, tandis que des ambulances, toutes sirènes hurlantes, transportaient les blessés vers les hôpitaux.

Six roquettes au total ont atteint la capital mardi, mais une seule a fait des victimes, a déclaré un porte-parole officiel. Cette attaque à la roquette, l'une des plus meurtrières de ces dernières semaines, est intervenue après quatre jours de relative accalmie. Quatre attaques consécutives, entre le 1er et le 4 octobre, avaient fait au total vingt-sept morts et cinquante-trois blessés, à Kaboul, selon les autorités.

- L'ancien président de la République, Mr Giscard d'Estaing, a estimé, dans une interview publiée mardi 10 octobre par l'hebdomadaire Paris-Match, que la perestroika échouera. " Il faut être lucide : il (M. Gorbatchev) ne peut réussir ", a notamment déclaré Mr Giscard d'Estaing, qui estime que les Soviétiques sont en train de découvrir que la situation est pire que ce qu'ils croyaient " parce qu'ils ne savaient rien " " Au fur et à mesure qu'ils découvrent la réalité, ils voient un gouffre sous leurs pas ", a déclaré Mr Giscard d'Estaing.

L'ennemi irréductible du gouvernement du général Pinochet, Mr Luis Corvalan, ancien secrétaire général du Parti communiste chilien, est rentré mardi 10 octobre à Santiago après treize années d'exil à Moscou. Aujourd'hui âgé de soixante-dix ans, Mr Corvalan avait été emprisonné en septembre 1973 quelques jours après le coup d'Etat. En 1976, le général Pinochet avait accepté de l'échanger, à Zurich, contre le dissident soviétique Vladimir Boukovsky, alors emprisonné en URSS. A son arrivée dans la capitale chilienne, l'ancien dirigeant a exprimé, comme l'avait déjà fait le PC, son soutien au candidat de l'opposition, Mr Patricio Aylwin.

Amnesty International, affirme que l'armée colombienne, souvent alliée aux trafiquants de drogue, est responsable de nombreux assassinats politiques. L'organisation internationale estime qu'au cours des seize derniers mois au moins deux mille cinq cents Colombiens ont été victimes d'exécutions sommaires et deux cent cinquante ont disparu après avoir été incarcérés.

A L'AUTOMNE d'une année marquée, sur tout le territoire, par les innombrables manifestations du Bicentenaire, le moment était venu de dresser un bilan, non seulement de la signification actuelle de ces fêtes commémoratives, mais du long cheminement constitutionnel de la France.

C'est ce à quoi se sont employés la Revue du droit public et de la science politique et Pouvoirs (1). Chacun dans un registre différent.

La première a voulu à la fois éclairer quelques aspects peu connus des événements, conceptions et réflexions de 1789 (quelles furent les conceptions économiques des membres de la Constituante, l'influence de Montesquieu sur les pères fondateurs des Etats-Unis d'Amérique, la place du droit naturel dans l'établissement de la démocratie américaine ?) et montrer en quoi les textes révolutionnaires demeuraient toujours présents parmi nous.

Avons-nous fait progresser les droits proclamés ? Avons-nous affirmé et conforté davantage la " sûreté " (François Luchaire) ? Avons-nous " juridicisé " la Déclaration de 1789 (Benoit Jeanneau) ? Qu'est devenu le principe de la séparation des pouvoirs et, plus spécialement, quelles est, sur la base de ce principe, l'étendue de la compétence constitutionnellement reconnue à la juridiction administrative (Serge Velley) ?

A ce numéro est annexée une chronique bibliographique importante de Didier Mauss sur quelques ouvrages historiques et juridiques essentiels sur la Déclaration des droits et sur les Parlements.

La revue Pouvoirs se proposait un autre objectif : jeter un regard sur notre " fringale constitutionnelle " et tâcher de réfléchir, à travers toutes nos expériences, à la vie, à la philosophie et au devenir de nos différentes chartes.

Si, comme le rappelle avec brio le doyen Georges Vedel, " c'est la nécessité qui engendre les constitutions mais c'est le hasard qui les fait vivre ", peut-on souscrire entièrement - encore qu'il y ait du vrai dans sa formule - à son jugement un peu entier porté naguère sur notre histoire constitutionnelle (2) ? Celle-ci ne serait, pour lui, qu'une " fable ", qui se ramènerait en somme à la plus morose et à la plus archaique des alternances : du règne du monarque à celui des députés ; du règne des députés à celui du monarque. Serions-nous donc, aujourd'hui, revenus à la monarchie absolue et à l'impérialisme du prince ?

Sans doute convient-il d'ajouter à la notation brillante et volontairement provocante du doyen Vedel la constatation fondamentale de Philippe Ardant : notre tradition constitutionnelle a indiscutablement évolué vers une démocratie plus exigeante et un régime parlementaire sans cesse plus rationalisé. Parce que les constitutions ne sont pas des Óuvres systématiques, conçues dans l'unique but de rechercher avec persévérance la perfection conceptuelle, mais des Óuvres vivantes produites par l'Histoire et dépendantes, par conséquent, de la conjoncture, elles ne pouvaient être aujourd'hui que " fonctionnelles ". Non plus, comme jadis, la mise en forme minutieuse du contrat social, mais la seule organisation technique des pouvoirs publics.

A cet égard, il est bien vrai que la " société civile " a disparu de nos textes. On ne croise plus dans nos Constitutions les diverses composantes de la société : pères, mères, épouses, veuves, fermiers, propriétaires, locataires, vieillards, émigrés, militaires... La Constitution ne connait plus que des hommes politiques : président de la République, premier ministre, ministres, députés, sénateurs... En même temps, son texte se désincarne. Il devient technique, froid, impersonnel.

Mais sur un socle institutionnel qui a singulièrement évolué avec le temps, par la mise au point ponctuelle de nouveaux mécanismes (suffrage universel, régime représentatif...) ou par l'élaboration coutumière de nouvelles traditions ou techniques (désuétude du droit de dissolution sous la IIIe et la IVe République, procédure des décrets-lois ou des ordonnances, désignation et révocation du premier ministre sous la Ve République...), sont venues se greffer des institutions qui répondent à une prise de conscience des exigences de la démocratie en matière de participation des citoyens aux décisions, de justice indépendante et d'Etat de droit (élection du président au suffrage universel, constitutionnalisation des partis politiques, référendum).

En somme, des deux conceptions de la séparation des pouvoirs, l'une, dans la logique de Montesquieu, qui recherche l'instauration d'un équilibre entre pouvoirs législatif et exécutif susceptible de divers aménagements, l'autre, dans le droit fil de la pensée de Rousseau, qui entend, en séparant les pouvoirs, subordonner l'exécutif au législatif, c'est, en 1789, la seconde qui l'emporte, mais aujourd'hui c'est la première qui triomphe. Une innovation constitutionnelle a- t-elle, en effet, de nos jours, une chance quelconque de se péren- niser, si elle ne s'inscrit pas directement dans l'évolution d'une démocratie parlementaire harmonieuse ?

A ce titre, la Révolution française est bien terminée, comme le note lucidement Olivier Duhamel dans le même numéro. Terminée, parce qu'elle ne divise plus les Français qui, deux siècles après, décident, condamnant massivement la Terreur, de ne voir avant tout dans la Révolution que le fondement de la démocratie. Terminée, parce que les contre-révolutionnaires ont disparu. Terminée, parce que, effaçant la réalité de l'industrialisation brutale et estompant la mémoire de la colonisation, la démocratie a retrouvé ses attraits.

Un même consensus peut d'ailleurs se constater sur les institutions elles-mêmes. Georges Vedel, dans un émouvant bilan de " Neuf ans au Conseil constitutionnel " publié dans le Débat a raison de rappeler le parcours sans faute de cette institution qui, voulue modestement, au départ, simple régulateur des compétences, est devenue aujourd'hui à la fois un gardien vigilant des libertés et un rouage essentiel de notre équilibre institutionnel (3). Vilipendé de toutes parts pendant longtemps, aussi bien par la droite que par la gauche, le Conseil constitutionnel est à l'heure actuelle unanimement admis et sa crédibilité totale.

Au niveau du débat institutionnel proprement dit, jamais en France le climat n'aura été aussi dépassionné. Le contenu de la Constitution n'est plus sérieusement contesté. Même s'il ne serait point inopportun que certaines branches mortes en fussent sciées, certaines ambiguités rédactionnelles levées, voire la durée du mandat présidentiel raccourci pour l'avenir, le fond même de notre texte n'est plus en cause.

S'il est aujourd'hui question d'innovations, elles ne portent plus sur la nature même de notre régime politique, qu'à travers toutes les alternances pratiquées les Français ont fini par trouver singulièrement opérationnel, mais sur des techniques qui ouvrent l'avenir au citoyen.

A cet égard, il faudra poursuivre dans la voie tracée par le président de la République, en explorant toutes les virtualités du contrôle de la constitutionnalité des lois par voie d'exception. A condition de bien fixer les modalités de la saisine et de réfléchir sérieusement sur la façon dont seront triées les demandes, il faut à l'évidence permettre un tel contrôle.

Le citoyen peut-il plus longtemps se trouver exclu d'une procédure qui a été élaborée pour protéger ses droits ? N'est-ce pas être fidèle aux leçons de la grande Révolution qui se finit sous nos yeux que de prolonger précisément son message de libération ?

LA biologie? Les élèves de Suzanne Dupouy s'y intéressent de loin. De très loin. Et avec passion. Pour eux, l'outil de base n'est pas le microscope, mais l'image-satellite. Dans une salle spécialement aménagée du lycée Saint-Sernin de Toulouse, ils s'affairent, par groupes de quatre ou cinq, autour des quatre ordinateurs. Deux élèves, penchés sur un document du satellite Spot, confrontent leurs observations, puis dictent des données à leurs camarades installés au clavier du terminal.

Au fil des séances de travaux dirigés, d'octobre à mai, l'image rouge et bleu de la vallée de la Gimone (Gers) livre ses secrets. Lorsque le document est analysé, épluché à fond, la classe se rend sur place, rencontre les agriculteurs et des ingénieurs agronomes, afin de vérifier ses hypothèses et, si besoin est, d'éclaircir des points restés obscurs. L'objectif des élèves est d'établir une cartographie, aussi précise que possible, de la vallée, comme leurs ainés l'ont fait pour la région de Flourens, dans le Lauragais, ou pour la forêt de Bouconne, dans la banlieue toulousaine.

Il y a plus de quatre ans que Suzanne Dupouy utilise la télédétection comme support principal de son cours de seconde. " La classe s'y prête, dit-elle, car on peut faire une progression interdisciplinaire avec les professeurs de physique et de géographie. " En biologie, l'étude d'un écosystème ou d'un agrosystème permet, selon elle, de balayer la quasi-totalité du programme. En physique, l'apport de la télédétection est plus ponctuel (étude de la radiométrie), mais, en géographie, les images satellites sont d'un précieux concours pour l'approche de la Terre et des phénomènes climatiques.

Adepte de la télédétection depuis deux ans, Andrée Monin, une collègue de Suzanne Dupouy, n'y voit que des avantages. " Cela offre des séquences pédagogiques variées ; les élèves travaillent en autonomie, ils sont toujours actifs et acquièrent naturellement une démarche scientifique. " L'un des anciens élèves, Larbi Belgoua, aujourd'hui en première, confirme : " Les deux heures de TD passent vite. On retient mieux les choses qu'après deux heures de cours normaux. Dommage que je ne puisse pas continuer cette année. "

En arrivant en seconde, peu d'élèves ont entendu parler de la télédétection. En bons Toulousains, ils connaissent le CNES, mais ignorent à quoi peuvent servir les images prises par Spot. En quelques semaines, les voilà experts dans l'utilisation du logiciel et capables de lire les photos satellites. A la fin de leur seconde, Béatrice Bastier et Nathalie Barbast ont été lauréates d'un concours spécialisé. Elles ont eu les honneurs de la presse locale et on les sollicite pour tenir le stand de la télédétection dans les Salons.

Car la télédétection au lycée a déjà ses lettres de noblesse. Elle figure dans les manuels de seconde. Les choses sont allées vite depuis que Suzanne Dupouy a commencé en 1983, avec une équipe de l'INRP, ses recherches en la matière. Son cours sur le Lauragais, testé dès 1984-1985 sur une classe de première B, a servi aux huit autres lycées pilotes. Aujourd'hui, un lycée par académie est équipé pour la télédétection. En Midi-Pyrénées, le conseil régional prévoit de doter un établissement par département. Suzanne Dupouy, qui espère disposer bientôt de six machines et de trois imprimantes laser " afin de travailler par groupes de trois élèves ", estime que, " dans deux ans, tous les lycées de la région seront équipés d'une machine ".

Reste à convaincre les professeurs et à les former. Le logiciel mis au point par l'équipe de Suzanne Dupouy est d'un maniement simple. Au cours des stages de formation qu'elle organise à Pâques et à la Toussaint pour ses collègues de la région, elle s'aperçoit que la difficulté est d'adapter sa pédagogie à l'outil technologique. Comment intégrer les cours de biologie, de physique et de géographie aux travaux de télédétection ? En 1986, les enseignants toulousains avaient réalisé, à partir de leurs études de la forêt de Bouconne, un important ouvrage pédagogique, riche en documents et en fiches pratiques, que n'importe quel professeur aurait pu utiliser et transposer pour ses besoins personnels. Il attend toujours un éditeur...

Les quatre-vingt-dix lycées qui vont faire l'objet d'une évaluation d'un genre nouveau par l'inspection générale ne seront pas choisis parmi les établissements ayant " des difficultés particulières " comme nous l'indiquions dans Le Monde -Campus du 5 octobre. Ces lycées doivent au contraire constituer un " échantillon raisonnablement représentatif " des lycées français à partir duquel pourra être dressé un bilan national qui sera remis au ministre en juin prochain. Trois critères objectifs ont été retenus par l'inspection générale pour sa sélection : la taille de l'agglomération où l'établissement est situé, ses effectifs d'élèves et sa structure pédagogique (sections proposées). Trois ou quatre lycées par académie seront choisis selon ces critères. La décision d'évaluer tel établissement ne doit donc en aucune façon le désigner comme " ayant des problèmes ".

J'ai appris par votre journal que le gouvernement a pris la décision d'ouvrir l'accès au corps enseignant à tous les fonctionnaires de catégorie A, outrepassant ainsi les modalités habituelles de recrutement spécifique à chaque discipline et à chaque grade, et assimilant d'un seul coup de plume la licence au CAPES, la maitrise à l'agrégation.

A quoi bon désormais s'évertuer à présenter des concours aux programmes pantagruéliques (je pense surtout aux agrégations), passer des oraux éprouvants et moisir des années en collège au nord de la Loire (c'est le lot d'une foule d'agrégés en début de carrière) s'il suffit d'entrer pour moins de difficultés aux douanes ou aux PTT pour, ensuite, bifurquer vers l'éducation nationale. Gageons, en outre, que ces " parachutés " des autres administrations iront tout droit en lycée pour combler les manques de postes, bloquant ainsi encore un peu plus un système de mutations déjà particulièrement engorgé.

Les membres de l'enseignement supérieur ont reçu au début de septembre une note d'information les avisant du " nouveau régime indemnitaire des enseignants-chercheurs " et leur fournissant des formulaires de " déclaration d'intention " à retourner avant le 15 septembre. Un ou deux jours plus tard, ils ont reçu deux fiches destinées à établir, s'ils le souhaitaient, un contrat d'encadrement doctoral et de recherche, avec avis de retourner leur dossier avant le 30 septembre.

Voilà bien de la précipitation ! Sans doute pourrait-on d'abord la louer, puisqu'il s'agit, après tout, de mieux " indemniser " les enseignants qu'on a de plus en plus de difficulté à recruter. Mais le " régime " qu'on essaie de mettre en place sans nous avoir consultés ne peut que soulever notre indignation.

Le maitre de conférences n'est pas logé à meilleure enseigne : ses heures d'enseignement sont plus nombreuses, sa participation aux différentes commissions de l'Université est requise, et il lui faut terminer une thèse qui n'est pas un ouvrage banal, puisqu'il exige à la fois des travaux originaux et une mise au point par rapport aux travaux antérieurs. Seules de longues séances en bibliothèque lui permettent de dépouiller les ouvrages et les articles parus sur les sujets qui le préoccupent. Sans doute n'est-il pas statutairement obligé de s'occuper des maitrises et des thèses; mais le moyen de refuser aux étudiants qui s'intéressent à vos travaux de les suivre et de les aider, surtout quand les professeurs sont trop peu nombreux pour assumer ces tâches ? Chacune de nos activités trouve dans les autres une part de sa substance.Toute mesure de la quantité de travail, dans des secteurs si étroitement liés, est inévitablement arbitraire, et risque, en outre, d'entraver le véritable travail des individus et des équipes.

Il y a plus grave encore : si la distribution des primes avait pour effet de disjoindre la pédagogie et l'encadrement à la recherche, elle ne ferait pas que démanteler notre statut d'enseignants-chercheurs : elle dissocierait la formation des futurs "maitres" du secondaire de la formation des professeurs d'université et prendrait le risque de préparer un enseignement à deux vitesses. Nous ne cesserons de le répéter, tout système qui distinguerait des tâches nobles de recherche et des tâches pédagogiques de niveau inférieur nous semblerait aussi profondément pernicieux que théoriquement insoutenable.

Quant aux nouvelles primes, elles sont à la fois modiques, arbitrairement hiérarchisées et parcimonieusement distribuées. Les primes pédagogiques seront prélevées sur une enveloppe globale accordée à chaque université; mais leur montant fort réduit ne permettra qu'à 7 % des enseignants qui y auraient droit d'en bénéficier (2 500 sur 35 000). En ce qui concerne les primes d'encadrement et de recherche, nous ne savons rien encore des fameuses "personnalités incontestables" qui les répartiront ni des critères qui seront retenus pour leur attribution. Mais nos contacts avec le ministère nous ont appris que moins de 3 % des enseignants se les verront octroyer (1 000 sur 35 000 cette année).

Si l'on veut lutter contre l'échec universitaire, il faut un enseignement de qualité : ne devient pas enseignant qui veut, et chacun connait la fuite en avant des cerveaux vers des travaux plus rémunérateurs. Si l'on veut des enseignants de qualité, il faut rendre leurs carrières plus attrayantes. Car, qu'on le regrette ou non, la compétition est telle que le montant du traitement constitue un des éléments essentiels dans le choix d'une profession. Quand l'opinion publique en prendra-t-elle vraiment conscience ? Et quand le gouvernement prendra-t-il sur lui d'y remédier de façon durable ?

La récente affaire de la " Bague de Ré ", qui a valu à Danièle Gilbert une inculpation pour escroquerie et publicité mensongère, n'est qu'un épiphénomène comparée aux innombrables superstitions partagées par des millions de Français. Au cours d'un voyage insolite dans un département ordinaire - la Drôme, - nous nous sommes intéressés à des croyances d'une autre nature.

Le cabinet de " Mr Bertrand " vient de déménager. Désormais, ses clients doivent s'aventurer dans la zone industrielle d'une petite ville de la Drôme pour venir le consulter. Ce vendredi matin, giflés par le mistral, ils entrent dans une villa anonyme et vont s'asseoir directement dans une immense salle d'attente. Deux personnes se sont reconnues et échangent leurs impressions : " J'étais sceptique au début, mais maintenant j'y crois. "

Ici, on ne parle pas. On chuchote. " Vous venez souvent ? " " C'est la deuxième fois. Il m'a soulagé pour mon dos. Et vous ? " " Oh, je viens trois ou quatre fois par an. Et puis il me soigne par correspondance : je lui envoie une photo. " Une bonne dizaine de patients attendent. Tout à coup, l'une des deux portes de la pièce s'ouvre - celle où il est indiqué sur une feuille " 60 francs la consultation " - et " Mr Bertrand " apparait.

Son regard est lourd et fort. Un visage à la Maurice Béjart se découpe sur un polo vert pastel. Il appelle un à un les clients de ce mini-charter " médical ", tous munis d'un petit bulletin (les rendez-vous ont été pris par correspondance) et les introduit dans une autre salle, identique à la première. Obéissants, les patients s'asseoient à nouveau et serrent avec plaisir, dans chaque main, une poignée reliée par un fil électrique à une dynamo. Une musique douce leur tient compagnie durant cette relaxation qui les " recharge en énergie ".

Dans une pièce contiguë, sobre, dépouillée, " Mr Bertrand " reçoit. Il fut un temps où il officiait comme radiesthésiste, où il utilisait " un don de télépathie " que lui avait transmis son grand-oncle, où le conseil de l'ordre des médecins engageait procédure sur procédure judiciaire contre lui. Cette page-là est tournée.

Nous sommes allés le voir sans rendez-vous.

Il n'a jamais fait passer le moindre encart publicitaire dans une revue. Le bouche à oreille lui suffit amplement.

Ses parents le destinait à la prêtrise. Mais lui s'est trouvé en butte à l'incompréhension de ses professeurs : " Je voyais des choses ". A l'âge de neuf ans, dit-il, il réalise qu'il est doué d'un pouvoir de guérison. " C'est un fardeau que l'on porte dès sa naissance ! " Au petit séminaire, ses maitres récitent quelques exorcismes pour le tirer de ce mauvais pas. En vain. Finalement, à Lyon, les Pères blancs, forts de leur expérience de missionnaires en Afrique, l'accepteront tel qu'il est. Ce seront les seuls.

Dans son cabinet, il se tient derrière un modeste bureau de fonctionnaire. Il n'ausculte pas, il " voit. " Nuance... Sur une feuille à en-tête - il s'est autoproclamé " naturothérapeute " tandis que le fisc l'a sacré " technicien de santé " - il prescrit de l'homéopathie. Il lui arrive aussi de diriger des patients vers le chirurgien. Juste retour des choses puisque des médecins lui adressent de temps à autre des malades.

Il répète souvent : " Il faut être prudent. " Parfois, il a la sagesse de prévenir ses interlocuteurs : " Je ne suis pas le Bon Dieu. " La précision peut se révéler nécessaire.

Car ses talents sont démoniaques. A défaut de pouvoir vérifier ses résultats, on l'écoute. " Mr Bertrand " prétend guérir les brûlures au troisième degré en six jours tandis que la médecine officielle met plus de trois mois. Sur deux mille cas de fibromes traités, il n'aurait connu d'échec qu'une centaine de fois, pas plus. Il remet d'aplomb, presque à tout coup, les patients victimes d'une hernie discale entrés dans son bureau sur une civière.

La Drôme n'est pourtant pas l'Ardèche, ce "pays de sorciers". Point de chouettes clouées aux portails des fermes pour écarter le "mauvais sort". Cette terre, marquée par le protestantisme, s'accommoderait volontiers d'un rationalisme solide. La voyance elle-même ne fait pas recette ! Restent une dizaine de médiums, les professeurs Ousmane, Djibril, Souare, Kalifa, Bangoura et consorts, qui promettent tout sans "fausses promesses" : l'amour et la "guérison du sexe", le désenvoûtement et la protection, le succès et la chance. Rien que de très banal.

L'ésotérisme, en revanche, se porte mieux. Les mystères des philosophies orientales, les secrets de la kabbale, les pouvoirs de l'alchimie intriguent et attirent une clientèle plus importante qu'on ne peut le soupçonner. Mr Yvon Vayssières, qui dirige, à Valence, la Librairie des Alpes, au très riche fonds de littérature générale, réalise environ 15 % de son chiffre d'affaires avec ces ouvrages.

" Nous sommes sur une terre un peu cathare, consent à préciser le président de l'association Metanoia, Mr Emile Gillabert. Ces régions sont plus propices à la gnose. " Deux énormes sphinxs reposent à ses pieds, des chiens des Pyrénées somptueux et tendres pour leur maitre. Cela fait vingt ans qu'il s'est retiré dans la Drôme, à Marsanne, un Óil sur le plateau du Vercors, qui se détache comme un motif dans le rectangle de sa fenêtre, l'autre sur l'Evangile selon Thomas où se concentrerait toute la pensée de Jésus.

Cet Evangile apocryphe qui fonde la démarche d'Emile Gillabert a été découvert, en 1946, par des bergers à Nag-Hammadi, en Haute-Egypte, parmi bien d'autres manuscrits en langue copte. Des examens ont permis de déterminer que ce texte remonte au deuxième siècle. Un texte proprement révolutionnaire puisqu'il renvoit, selon Mr Emile Gillabert, les Evangiles canoniques au degré zéro de la compréhension de Jésus. Dans l'Evangile selon Thomas, le Christ apparaitrait enfin comme un maitre invitant ses disciples, et plus particulièrement Thomas (alias Judas) l'initié, à chercher le " Royaume " en eux-mêmes, ici-bas.

" Je me suis dit : ce que je cherche en Orient est là. " Et l'ancien catholique, ex-responsable à la JEC, s'abandonna à " ce coup de foudre " délicieux et grisant. Les premières traductions de l'Evangile selon Thomas paraissent à la fin des années 50. Celle de Pierre Bourgeois, Yves Haas et Gillabert dans les années 70 : quinze mille exemplaires ont à ce jour été vendus (1).

Pour ces nouveaux adeptes, le catholicisme s'évanouit, Jésus-Christ s'estompe au profit d'un Jésus gnostique. " Ce ne sont pas ses miracles qui nous intéressent : on ne sait pas ce qui est historique ou mythique. Ce n'est pas non plus le Dieu en trois personnes, mais l'initié qui se déclare l'égal du Père. C'est la liquidation de l'oedipe au niveau le plus élevé. Jésus a liquidé son Ódipe ! "

L'Association Metanoia, qui groupe cent cinquante personnes, ne cherche pas à faire nombre. L'élitisme lui semble aller de soi. Ce n'est qu'avec réticence qu'Emile Gillabert acceptera de nous confier l'un des Cahiers Metanoia, consacré à l'exégèse de l'une des 114 paroles de Jésus dans l'Evangile apocryphe. La gnose n'est pas donnée à tout le monde ! " Les intellectuels sont plus handicapés que les gens simples et les artistes, considère Emile Gillabert. Il faut faire abstraction de l'acquis, de la culture. " Et renaitre. Les gnostiques (ou " pneumatiques ", selon la terminologie en usage) se reconnaitront.

Certains conservent parfois une ancienne foi, comme en dépôt. Et il arrive que les puissances du mal ne leur laissent plus de repos. Alors, un soir, en désespoir de cause, ils frappent à la porte d'un couvent et demandent à voir le prêtre exorciste du diocèse. Un grand diable de curé surgit alors devant eux, solide, bourré de certitudes, réconfortant, en somme.

Le Père Paul Marie officie dans ce ministère délicat depuis janvier 1988. Une cinquantaine de " patients ", c'est son expression, ont déjà remis leur frêle destin entre ses mains. Assis de part et d'autre d'une table en bois dans une cellule simple et sombre, le cérémonial est immuable : un homme ou une femme raconte sa douleur, il écoute.

Si les cas de possession diabolique sont rares, le Père Paul Marie note tout de même que la plupart de ses patients " sont sous influence maléfique ". Le " Séducteur " les torture, à tout le moins les tourmente. Au terme d'un dialogue, repris autant de fois que nécessaire, le prêtre prononce alors un exorcisme contre Satan et les Anges révoltés : " Très glorieux Prince des armées célestes, saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat contre les principautés et les puissances, contre les chefs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans les airs... "

Tel est le début de la prière de délivrance, véritable sommation adressée au démon pour qu'il cède la place. Le Père Paul Marie est confiant : " Satan est puissant mais d'une puissance limitée. La meilleure preuve, c'est que des exorcismes finissent par le chasser. Dieu aimant est tout puissant, c'est essentiel. "

Il n'empêche que le ministère d'exorciste requiert du discernement. " Toutes les personnes qui viennent me voir sont des personnes en difficulté psychique, conscientes d'une force qu'elles ne dominent pas. Leur souffrance sont en résonance avec leurs orientations spirituelles, leurs recherches d'ordre religieux. " Ces Français moyens à bout d'espoir, qui ont souvent consulté auparavant un médium, un astrologue, voire un désenvoûteur,seraient prêts à se raccrocher exclusivement à une symbolique superficielle, explique le Père Paul Marie. C'est bien ce qu'il refuse avec force : " Je me refuse à poser des gestes qui ne soient pas significatifs. Je leur dit clairement : " Vous ne venez pas voir un magicien de plus ! "

La municipalité de Reims, dirigée par le député RPR Jean Falala, devra réintégrer à son poste d'employé au service voirie-propreté un handicapé mental de vingt-quatre ans, Marc Ehrahrd, qu'elle avait licencié il y a deux ans pour des absences répétées qualifiées de " manquements aux obligations professionnelles ". Ainsi en a décidé le tribunal administratif de Reims.

Bien que déclaré invalide à 100 % par la Sécurité sociale et assisté par un curateur, Marc Ehrahrd avait été embauché en 1980 par la ville, alors dirigée par un communiste, Claude Lamblin, en application de la loi sur les travailleurs handicapés. Puis, en raison de son travail satisfaisant, il avait été titularisé, s'était marié et était devenu père d'un petit garçon. Cependant, de santé fragile, l'employé municipal était sujet à des arrêts de maladie fréquents (cinq cent soixante-dix-sept jours d'absence en quatre ans). Les juges ont constaté que le jeune handicapé souhaitait continuer à travailler, ils ont estimé que ses absences étaient médicalement justifiées et ils ont condamné la ville de Reims à lui redonner son poste.

Dans un communiqué rendu public récemment, le président du conseil régional de Picardie, Mr Charlie Baur (UDF), s'élève contre le projet de stockage de déchets radioactifs dans le sous-sol argileux de Montcornet (Aisne). "Comment éviter, écrit-il, que ce projet n'entache l'image de la Picardie et de l'Aisne en particulier ?" De son côté, le président du conseil général des Deux-Sèvres, Mr Georges Treille (UDF), a annoncé son intention de s'opposer "avec la plus grande fermeté" au stockage de déchets radioactifs dans le granit de Neuvy-Bouin. Au total, quatre sites font l'objet des études de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA). Les deux autres sites se trouvent dans le sel de Bresse (Ain) et dans les schistes de Segré (Maine-et-Loire).

L'intoxication alimentaire de l'hôpital Charles-Richet de Villiers-le-Bel (Val-d'Oise), à l'origine de la mort de sept personnes âgées (le Monde des 5 et 7 octobre), " semble être en rapport avec la présence de salmonelles dans deux plats ", indique mardi 10 octobre un communiqué commun de la préfecture du Val-d'Oise et de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris : " Les premiers résultats des analyses bactériologiques des services vétérinaires du Val-d'Oise permettent de confirmer que la toxi-infection semble être en rapport avec la présence de salmonelles dans le coquelet grillé et le mouton hâché, consommés respectivement les jeudi 28 et vendredi 29 septembre. "

Sept personnes âgées étaient décédées et 167 autres avaient été intoxiquées. " A ce jour, indique le communiqué, aucun nouveau cas de salmonellose n'a été révélé. L'épidémie peut donc être considérée comme stoppée. L'évolution des malades atteints de toxi-infection est actuellement satisfaisante. L'analyse des techniques de fabrication fait apparaitre que ces denrées ont été manipulées après cuisson, et c'est lors de cette étape que la contamination a pu avoir lieu. Les matières premières utilisées dans la fabrication des repas semblent hors de cause. "

La NASA a décidé, mardi 10 octobre, de reporter de plusieurs jours le lancement de la navette américaine Atlantis, qui devait emporter dans sa soute, jeudi 12 octobre, la sonde d'exploration interplanétaire Galileo. La défaillance d'un appareil de mesure de pression d'un de ses trois moteurs a en effet été décelée au cours des essais effectués sur le pas de tir de Cap Canaveral (Floride). La cause de l'anomalie n'ayant pu être élucidée, l'instrument devra être remplacé.

Bonne nouvelle, en revanche, pour la NASA : un juge fédéral de Washington a décidé, le même jour, de débouter les trois associations antinucléaires qui demandaient depuis plusieurs mois l'annulation du vol, estimant que le plutonium (déjà utilisé dans vingt-deux missions) contenu dans les générateurs de Galileo représentait un danger de contamination en cas de catastrophe.

Ainsi que l'annonçait mardi 10 octobre le chef du programme soviétique, Mr Vladimir Soloviov, le lancement d'un module qui devait rejoindre la station orbitale Mir à la mi-septembre a été, quant à lui, repoussé au 28 novembre en raison de l'état défectueux de son système d'amarrage.

Une nouvelle vague d'assassinats et d'attentats vient de se produire en Colombie, à l'initiative des barons de la drogue. A Medellin, la gérante du quotidien El Espectador, Martha Ruz Lopez, a été tuée en pleine rue, mardi 10 octobre, par un homme armé circulant à moto. Un peu plus tard, le chef des ventes du même journal a été assassiné dans sa voiture. Le directeur de la revue politique El Cronista Democrata a, lui, été tué d'une rafale de mitraillette. Le groupe clandestin des " extradables ", trafiquants de drogue susceptibles d'être remis à la justice américaine, a exigé dans un appel téléphonique la fermeture des bureaux d'El Espectador à Medellin. Le directeur de ce journal avait été tué en décembre 1986.

Douze attentats à la bombe, commis mardi dans tout le pays, ont fait trente-cinq blessés et de nombreux dégâts matériels dans des magasins, des banques et un immeuble d'habitation.

Cent cinquante mille fidèles en délire, mardi 10 octobre, à Yogyakarta, au cÓur de Java, dans le bastion des traditions culturelles et religieuses locales ; 200 000 autres attendus mercredi après-midi à Maumere, à Florès, l'une des plus petites iles du magnifique chapelet de la Sonde, à l'est de Java. Ferveur, musique, danses et accolades chaleureuses. Sueurs de mousson et jus de fruits à foison. Aux deuxième et troisième jours de sa tournée indonésienne, le pape a fait un moment oublier le chef d'un Etat qui, est l'un des partenaires diplomatiques avec lequel les nations ont appris à compter.

Malgré le gros porteur militaire chargé de forces de sécurité expédiés dès mardi matin à Maumere ; en dépit des quatre bâtiments de guerre - dont deux sous-marins - qui, de source officielle, devaient croiser mercredi autour de l' " ile catholique " (1), ce sont cependant, quarante-huit heures durant, des mots de paix, de liberté, d'amitié et d'Ócuménisme qui ont été employés par le pape.

Pour se rendre mercredi de Djakarta à Maumere, le pape et son entourage ont fait une escale technique à l'aéroport de Dili, la capitale de Timor-Oriental. Motif officiel, celui de Maumere " n'est pas équipé pour recevoir les gros porteurs à réaction ". C'est dans un Hercules C-130 de l'armée indonésienne que le Saint-Père a poursuivi sa route. Comme prévu, sur le tarmac de l'aéroport, un immense panneau peint représentant le pape et ses fidèles est surmonté d'une banderole : " Bienvenue à Timor-Est, 27e province de l'Indonésie. " La petite ville qui attend le pape jeudi, toute entière perdue dans les bananiers, est d'ailleurs pavoisée de drapeaux rouge et blanc, couleurs nationales de l'archipel indonésien...

Catholique à 85 %, les 600 000 Timorais de l'Est se sont réfugiés en masse dans une église qui aurait, selon l'Institut catholique des relations internationales (CIIR), " développé sa propre théologie basée sur un esprit de résistance ". En clair, comme en pratique, l'Eglise de Dili, sans soutenir ouvertement les quelques centaines de maquisards - catholiques dans leur majorité - du Front révolutionnaire pour l'indépendance de Timor-Oriental (Fretilin), est fermement opposée à la manière brutale dont l'Indonésie consolide son annexion sans avoir jamais demandé leur avis aux populations du territoire.

Certaines d'entre elles, on le sait, ne souhaitaient pas la venue du pape, craignant qu'elle ne favorise les positions indonésiennes. Le jeune évêque de Belo (quarante et un ans), lui-même plutôt tiède initialement, s'est finalement plié aux ordres de sa hiérarchie romaine. " Le pape, a-t-il écrit dans une lettre pastorale, sait qu'ici, à Timor, on souffre, on meurt et on subit des abus de toute sorte (...). Il sait aussi que sa visite est susceptible d'être politiquement interprétée (...). Il a cependant tenu à venir (...), Allons-nous nous montrer indifférents, perplexes face au vicaire du Christ ? Nous devons l'accueillir avec foi, comme de vrais chrétiens, avec respect, obéissance et humilité. " Ailleurs, dans d'autres circonstances, Mgr Belo aurait sans doute ajouté " amour ". Mais, à Timor-Oriental occupé militairement par plus de quinze mille soldats des forces spéciales, ce mot, laisse-t-il entendre, n'a plus guère cours.

Alors que la commission des finances de l'Assemblée nationale a commencé, mardi 10 octobre, l'examen du projet de loi de finance pour 1990, le gouvernement et le groupe socialiste ne sont pas encore parvenus à un accord sur les " amendements significatifs " que les députés PS souhaitent voir adopter sur la première partie (recettes) du budget (discussion en séance publique le 17 octobre). Une rencontre entre le ministre de l'économie et des finances, Mr Pierre Bérégovoy, et les commissaires socialistes aux finances, devait avoir lieu mercredi 11 octobre, à l'Assemblée nationale. Une ultime réunion devrait se tenir la semaine prochaine, mardi 17 octobre, à Matignon, en présence du premier ministre, Mr Michel Rocard, de façon à éviter tout dérapage maximaliste en séance publique. Mardi, à l'Assemblée, les députés socialistes croisés dans les couloirs s'employaient à dédramatiser l'atmosphère en expliquant que " la négociation " se poursuivait avec le gouvernement. Au-delà du projet de budget 1990, cette discussion, qui dure maintenant depuis plusieurs semaines, a mis en valeur l'affrontement plus ou moins feutré de deux fortes personnalités : celle du ministre d'Etat, ministre de l'économie et des finances, Mr Pierre Bérégovoy, et celle du président de la commission des finances, MrDominique Strauss-Kahn. On ne compte plus les passes d'armes acides entre les deux hommes. Mais derrière les conflits qui les opposent sur le plan économique, se profile un débat de fond sur ce que doivent être les rapports institutionnels entre l'exécutif et les législatifs.

"Ce n'est pas la révolution !", affirme le président (PS) de la commission des finances, Mr Dominique Strauss-Kahn, à propos des discussions qui se poursuivent avec le gouvernement pour trouver un point d'équilibre sur le budget 1990. "Nous recherchons le compromis. La concertation se poursuit ! Nous voulons améliorer le budget sur des points importants", expliquait, mardi 10 octobre dans les couloirs de l'Assemblée nationale, Mr Jean Le Garrec (porte-parole du groupe PS) pour tenter d'apaiser la tempête déclenchée par les "amendements explosifs" (l'expression est de Mr Raymond Douyère, PS) que certains commissaires socialistes aux finances souhaiteraient déposer sur le budget 1990 (le Monde du 11 octobre). "Il y a de la grogne ? s'interroge faussement Mr André Billardon. Nous n'irons pas au clash avec le gouvernement sur le budget. Pour l'instant, certains font monter les enchères avant la négociation. " "Il n'y a pas lieu de dramatiser le différend groupe-gouvernement", estime Mr Jean Auroux, qui trouve d'ailleurs que les députés socialistes, en général, ne sont pas assez "actifs" face au gouvernement. "C'est un problème constitutionnel", ajoute-t-il, en souhaitant que les députés retrouvent du tonus.

Du tonus ? Mr Louis Mermaz n'en manque pas. Avant de partir avec le chef de l'Etat dans les pays andins, le président du groupe socialiste aurait laissé derrière lui une bombe à retardement en invitant les maximalistes du groupe à faire entendre haut et fort leurs voix. Certains commissaires socialistes ont donc pensé pouvoir pousser les feux en proposant notamment de revenir purement et simplement sur la baisse de deux points sur l'impôt sur les sociétés (pour les bénéfices non distribués). Sur ce point, Mr Strauss-Kahn pense que l'affaire est trop cadenassée pour la remettre en cause. Il s'est d'ailleurs plaint une nouvelle fois, en réunion de groupe, mardi après-midi, de la pratique courante du gouvernement qui consiste à annoncer publiquement certaines mesures que le Parlement est invité à entériner. " Cette méthode ne permet pas d'ajustement ", estime Mr Strauss-Kahn. Joint, mardi 10 octobre, à Caracas, Mr Mermaz a de nouveau encouragé à la persévérance les commissaires socialistes qui souhaitent que les amendements socialistes soient réellement " significatifs ". Mr Mermaz est aussi, et peut-être surtout, l'auteur d'une contribution avant le congrès socialiste de Rennes, qui se veut une critique de gauche contre Mr Rocard.

Discussion et négociation entre le gouvernement et le groupe PS se poursuivent donc. Dès mercredi 11 octobre, à 12 h 30, les commissaires socialistes devaient rencontrer, à l'Assemblée, salle Colbert, le ministre de l'économie et des finances, Mr Pierre Bérégovoy, pour tenter de trouver un point d'accord. L'ultime arbitrage aura lieu la semaine prochaine, le 17 octobre, à Matignon, en présence du premier ministre, Mr Michel Rocard. En réunion de groupe, mardi 10 octobre, le premier secrétaire du PS, Mr Pierre Mauroy, s'est étonné de la longueur de ces discussions. En effet, les députés et le gouvernement n'ont toujours pas trouvé de point d'accord, alors que la commission des finances a déjà commencé l'examen du projet de loi de finances. Le ministre des relations avec le Parlement, Mr Jean Poperen, a réaffirmé qu'il fallait qu'il y ait " concertation " avec le gouvernement.

Les points principaux en discussion sont au nombre de quatre, étant entendu que la proposition Charasse de réforme de la dotation globale de fonctionnement (DGF), est unanimement repoussée : la baisse de 2 % de l'impôt sur les sociétés pour les bénéfices non redistribués, l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), les droits de succession et les plus-values.

Sur le premier point, malgré un ultime baroud d'honneur, il semble peu probable que Mr Pierre Bérégovoy laisse entamer une disposition qui viendrait casser son effet d'annonce auprès des entreprises. Les commissaires socialistes favorables à la suppression de la baisse de deux points se sont retrouvés minoritaires lors de la réunion qui les a rassemblés mardi dans la matinée. En revanche, s'agissant de l'ISF, Mr Mermaz a mis la barre haute en souhaitant une augmentation moyenne de 20 %. " Ce n'est pas sérieux ! ", estime Mr Christian Pierret, ancien rapporteur général du budget, proche du ministre de l'économie : " Un bon impôt est un vieil impôt. Si on commence à le tripoter tous les ans, il perdra toute légitimité dans le paysage fiscal français. " D'autres commissaires ont rédigé des amendements modifiant les taux, les barèmes ou l'assiette de l'ISF. Ainsi, Mr Gérard Bapt propose de " relever les taux d'imposition des trois tranches les plus élevées des valeurs taxables ". Mr Jean Anciant souhaite modifier l'assiette de l'ISF de façon à plafonner l'avantage que représente l'assimilation des participations financières à l'outil de travail. Dans ce cas, la taxation des biens professionnels ne concernerait donc que les actions et les très gros patrimoines (ceux supérieurs à 30 millions de francs).

Pour les droits de succession, est en discussion la proposition de Mr François Hollande de relever l'abattement des petits héritages (275 000 F à 300 000 F), tandis que les gros héritages seraient plus fortement touchés. D'autre part, une plus forte taxation des plus-values boursières est suggérée par MM Mermaz et Strauss-Kahn, qui proposent leur passage de 16 % à 18 %.

Enfin, la proposition du gouvernement de plafonner la taxe d'habitation à 4 % du revenu imposable fait l'objet de deux amendements : le premier tend à ne faire jouer la mesure que pour les revenus inférieurs à 10 000 F et le second limite la durée de cette mesure à un an. Les députés souhaitent que au-delà, la part départementale de la taxe d'habitation soit assise sur le revenu. Il faudra attendre la " réunion conclusive " de mardi prochain pour savoir quel bout de chemin le premier ministre entend faire en direction de sa majorité ; mais si compromis il y a, il ne pourra se faire à partir des positions maximalistes de Mr Mermaz.

Bérégovoy-Strauss-Kahn ? Une affaire qui ne marche pas. Dans le petit milieu politico-économique, ils sont nombreux à connaitre ce demi-secret de Polichinelle. Les plus initiés savent même que la mésentente s'exprimait déjà avant le printemps 88, quand les deux hommes travaillaient ensemble au sein du groupe des experts du PS.

Mais le désaccord a pris une dimension nouvelle depuis que Mr Bérégovoy est devenu aussi ouvertement fabiusien que MM Strauss-Kahn est publiquement jospiniste ; depuis, surtout, que l'un est ministre de l'économie, l'autre président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, deux postes fonctionnellement antagonistes. C'est pourquoi, d'ailleurs, il faut relativiser la portée de l'affrontement : les vieux routiers du Parlement n'ont pas le souvenir, depuis dix ans, d'une cohabitation véritablement harmonieuse entre un ministre de l'économie et un président de la commission des finances de l'Assemblée.

Cette mésentente-là, toutefois, tranche avec les inimitiés personnelles qui nourrissent maintenant le débat politique, notamment au sein du PS. Car il faut leur reconnaitre ce mérite : c'est d'abord sur les idées que s'opposent les deux hommes. On n'osait plus y croire...

Du ministre et du parlementaire, c'est le premier - il a, il est vrai, en ce moment d'autres soucis - qui est le moins prolixe. Normal, explique en substance l'entourage de Mr Bérégovoy : Mr Dominique Strauss-Kahn, au poste où il est, a le temps de se livrer à des réflexions théoriques. Nous pas ! Nous devons agir, et en plus, contrôler notre expression publique. Le président de la commission des finances peut se permettre des " loupés ". Nous, pas !

Le plus drôle est que Mr Strauss-Kahn est largement d'accord avec cette analyse : " Béré fait un métier de chien, dit-il en soupirant, l'air vraiment compréhensif. Il est pompier tous les jours. Mais la fonction du législatif est de tirer les sonnettes d'alarme. Cela me semble plutôt sain. En plus, réfléchir sur le long terme, c'est plutôt mon tropisme personnel. "

De fait, Mr Strauss-Kahn tire les sonnettes d'alarme avec la force d'un bedeau sonnant le tocsin. " Une politique économique de gauche, dit-il, ne peut consister en du libéralisme avec en plus un impôt sur la fortune. Une politique économique repose sur le couple accumulation-répartition. Or le choix qui a été fait pour ce couple n'est pas socialement acceptable. Nous n'avons pas une politique économique organisée sur une idée de long terme. En économie, le mouvement n'est rien, c'est le but qui est tout ".

Sur le terrain monétaire, face à Mr Bérégovoy, l'homme du " franc fort ", Mr Strauss-Kahn, refuse évidemment de passer pour celui qui voudrait laisser " filer " la monnaie. Mais il ajoute aussitôt : " La volonté d'un franc fort, que j'approuve, ne doit pas être une fin en soi, mais la traduction, le thermomètre d'un équilibre satisfaisant de l'économie elle-même. " De même, le président de la commission des finances, qui repousse les accusations de laxisme, aurait-il préféré saisir au bond la conjoncture favorable pour comprimer encore le déficit budgétaire jusqu'à 85 milliards, afin d'alléger le remboursement de la dette.

Après cette charge sur les objectifs, viennent les critiques sur la méthode : Mr Bérégovoy manifesterait une " mentalité d'assiégé ". Toute critique le hérisserait, aujourd'hui davantage qu'il y a un an ; il aurait une façon cavalière de traiter les membres de la commission des finances. A part cela, tout va bien.

Côté Bérégovoy, on fait un peu à Mr Strauss-Kahn, sans le dire, le coup du mépris. " Il a envie d'être ministre, il faut bien qu'il se fasse connaitre ", murmure suavement un collaborateur du ministre. Quant au fond, l'entourage de Mr Bérégovoy réfute évidemment les analyses de Mr Strauss-Kahn et lui retourne au passage ses accusations sur le manque de justice sociale.

Si Mr Strauss-Kahn, dit-on, n'est " peut-être pas convaincu par notre politique de désinflation compétitive ", il n'a pas été, au moment du débat sur l'épargne-retraite, " aussi rigoureux qu'on pourrait l'être pour les non-salariés (1) ". Par ailleurs, le ministre aimerait se concerter devantage avec les députés qui le réclament, mais il n'en a pas le temps. Il serait même " frustré de débats théoriques ".

Au bout du compte, il y a bien quelques " distorsions " entre le cabinet de Mr Bérégovoy, " pragmatique " par nécessité, et Mr Strauss-Kahn, " impeccable " pour l'analyse macroéconomique, précise un collaborateur du ministre avec, décidément, la légère condescendance de celui qui agit envers celui qui parle - trop, bien entendu.

En fait, le choc Bérégovoy-Strauss-Kahn, amplifié, semble-t-il, par des rivalités personnelles entre Mr Strauss-Kahn et plusieurs des " éminences grises " de Mr Bérégovoy (qui appartiennent à la même génération que lui), tient largement à la personnalité même des deux hommes. Jeune, plutôt né " coiffé ", intellectuel de gauche et universitaire, le président de la commission des finances cultive un flegme de faux dilettante. Venu relativement tard à la politique - ce manque d'expérience lui joue encore parfois des tours - il a eu des idées sur l'économie bien avant d'en avoir sur le PS.

Plus âgé, autodidacte, d'origine modeste, Mr Bérégovoy doit son ascension à la politique, grâce à un travail acharné. Mr Bérégovoy, on le sait, est légitimement fier de faire désormais partie du " club " restreint des grands argentiers du monde occidental. Venu tard à l'économie, il s'est tout naturellement placé sur le terrain de ses nouveaux pairs pour obtenir leur reconnaissance et leurs félicitations. Des félicitations qu'on obtient en se distinguant sur le terrain de l'orthodoxie financière à tout crin, même si Mr Bérégovoy conserve sa " fibre sociale " : toute la classe politique et économique a bien le sentiment que le ministre, comme on le dit au PS, voudrait se forger la stature d'un " Pinay de gauche ".

Entre ces deux hommes chassant sur les mêmes terres dans le même parti politique, on ne pouvait raisonnablement imaginer que deux types de relations : ou bien des rapports " père-fils ", échangeant expérience politique et connaissances économiques, ou bien la libre expression d'une rivalité naturelle entre deux personnalités si dissemblables.

Aujourd'hui, la rivalité l'a emporté, consolidée par les choix politiques internes de chacun des deux protagonistes. Cette rivalité, l'un et l'autre essaient de la dédramatiser et de la conserver sur le terrain des idées. Elle s'accompagne pourtant, semble-t-il, de quelques " coups interdits ". Ainsi, du côté de Mr Bérégovoy, reproche-t-on à Mr Strauss-Kahn un parisianisme d'enfant de Neuilly, tandis que l'entourage du président de la commission des finances assure que le ministre fait un " complexe " vis-à-vis de Mr Strauss-Kahn.

Dans la vie de la commission des finances, plus largement dans le débat économique et budgétaire, le duel à fleuret moucheté Strauss-Kahn-Bérégovoy n'amuse pas tout le monde. A en croire l'un des principaux animateurs, socialiste, de la commission, " la moindre petite chose fait friction, ils sont déjà pris dans un jeu de rôles, parce que leur antagonisme est public ". C'est peut-être pour cela que, depuis quelques jours, Mr Strauss-Kahn est bien silencieux lors des séances budgétaires de la commission des finances. Il est vrai que d'autres députés socialistes se chargent, ces temps-ci, d'alimenter le débat avec Mr Bérégovoy...

L'actualité sociale offre le spectacle d'une guerre de positions. Chez PSA, les propositions du conciliateur sont, pour l'instant, restées sans résultat. Malgré les encouragements de leurs instances nationales, les syndicats CFDT et CFTC de Peugeot-Mulhouse réclament à la direction des garanties pour quitter la forge, alors que l'état-major de la firme accepte les conclusions du conciliateur mais laisse entendre qu'il n'a pas grand-chose à proposer.

Aux finances, les syndicats refusent les discussions décentralisées et menacent de bloquer le versement des traitements. Mr Bérégovoy a décidé de recevoir les syndicats séparément le 12 octobre.

Le gouvernement a proposé, mercredi, de porter la prime de croissance de 1 000 F à 1 200 F pour l'ensemble des fonctionnaires.

Une conférence internationale sur la lutte contre le trafic et la production de cocaine devrait avoir lieu dans un délai de trois mois. Cette décision a été annoncée, mardi 10 octobre, par les présidents de la Bolivie, de la Colombie et du Pérou, réunis à Ica, au sud de Lima. La proposition a été accueillie favorablement à Washington. La Communauté économique européenne sera associée à cette initiative. Mr François Mitterrand, en visite en Equateur, a confirmé mardi son "accord complet"; il avait récemment adressé une missive aux chefs d'Etat et de gouvernement des Douze pour qu'ils désignent leurs délégués dans le cadre de la concertation souhaitée par les pays latino-américains.

Devant la montée du trafic en Europe - principalement dans la péninsule Ibérique, tête de pont du marché de la cocaine - et devant l'impuissance des polices internationales, qui, malgré de spectaculaires saisies, ne parviennent pas à démanteler les réseaux les plus importants, certains posent aujourd'hui la question de la dépénalisation des drogues. Ce débat, qui divise "libéraux" et "prohibitionnistes", a lieu dans des pays comme la Suisse, la RFA ou les Pays-Bas.

Mr Claude Evin, ministre français de la santé, s'est fermement prononcé contre toute mesure de libéralisation.

La population de l'Indonésie est de 180 millions d'habitants, et non 18 millions comme une coquille nous l'a fait écrire dans le Monde daté 10 octobre,page 3.

Médecin pendant sept ans, Laure Pecker a abandonné son premier métier pour devenir institutrice. Une reconversion qui a étonné son entourage, mais qu'elle ne regrette pas.

LAURE PECKER a échangé sa blouse blanche contre une plume et des craies de couleur. En entrant pour la première fois cette année dans l'école Jules-Ferry de Parthenay, cette institutrice des Deux-Sèvres ne connaissait pas encore les capacités de ses élèves en calcul ou la fréquence de leurs fautes d'orthographe. En revanche, elle se souvenait parfaitement de la rougeole de celui-ci, ou des premières dents de celui-là, de leurs vaccinations, ou de leurs premiers pas. Après avoir exercé, pendant sept ans, la profession de médecin généraliste, Laure Pecker a décidé de devenir enseignante. Elle a retrouvé les petits écoliers de CE1 et CE2 qu'elle avait parfois connus avant même leur naissance. L'accouchement semble réussi, même si l'image que lui renvoient ses interlocuteurs fait souvent sourire celles que l'on appelait autrefois " Madame le docteur ".

Comme beaucoup d'autres, Laure Pecker a profité du décret de 1987 repoussant de trente à quarante ans la limite d'âge imposée aux candidats instituteurs. Une enquête à paraitre de l'Institut national de la recherche pédagogique (INRP) montre que le nombre des enseignants qui rejoignent l'école " sur le tard " n'est pas négligeable. Selon cette étude réalisée en 1988 auprès de 842 instituteurs débutants, 22,4 % d'entre eux avaient déjà exercé une autre profession. Sur ce nombre, 35 % avaient travaillé hors de l'éducation nationale de six mois à un an, 9 % plus d'un an et 1,2 % plus de deux ans. A l'école normale des Deux-Sèvres où Laure Pecker a fait ses études, la moyenne d'âge des étudiants est de vingt-huit ans. La promotion 1988-1989 ne comprenait, pour trente personnes, que deux ou trois élèves sortant directement d'un DEUG universitaire.

Les motivations de ces convertis qui deviennent instituteurs après avoir bourlingué dans d'autres eaux, sont diverses. Pour Laure Pecker, une certaine tiédeur pour la profession médicale semble avoir été déterminante. A trente-cinq ans, elle reconnait aujourd'hui s'être orientée vers les études médicales par défaitisme et par manque d'information beaucoup plus que par vocation. " Je voulais, explique-t-elle, faire des études grâce auxquelles j'obtiendrais un métier assuré. " L'enseignement ? Elle y avait bien pensé, mais son entourage s'était récrié : sans Normale Sup, lui avait-on affirmé, rien de sérieux n'était envisageable. Au terme de ses sept années d'études, elle émigre donc vers la petite ville de Parthenay pour entrer à mi-temps dans un cabinet médical. Ses patients l'intéressent, mais les contraintes que lui imposent les gardes et les urgences lui pèsent. " J'en avais assez d'être sur le qui-vive jour et nuit, affirme-t-elle. Je ne voyais plus assez mes deux enfants. En province, il n'y a pas SOS Médecins comme à Paris. "

" On nous traitait un peu comme des gamins. Il fallait assister à tous les cours, y compris ceux dans lesquels certains d'entre nous étaient plus calés que les professeurs. Finalement, ceux qui avaient déjà des diplômes ont obtenu du temps de travail personnel plus important que les autres. " Lorsqu'elle découvre, au cours de l'été 1987, que ses trente ans passés ne lui ferment plus les portes de l'école, elle décide de tenter sa chance dans l'enseignement. Là encore, la vocation n'est pas vraiment son guide. " Je me suis dit : pourquoi pas ? Ça ou autre chose... ", se souvient-elle en souriant. Une révision " consciencieuse " lui permet d'intégrer l'école normale de Niort et la vie strictement ordonnancée des élèves instituteurs.

L'arrivée de personnes expérimentées dans les écoles normales n'est pas de tout repos, comme le confirme le directeur de l'école normale de Niort. " Ils sont moins malléables que les tout jeunes gens, observe Mr Yves Dusart. Ils ont souvent des idées très arrêtées et ne croient qu'à l'expérimentation. " Laure Pecker, pourtant, conserve d'agréables souvenirs de sa formation. La pédagogie, surtout, lui a semblé passionnante, même si l'enseignement dispensé s'est parfois révélé trop éthéré. " Quand je me suis retrouvée face à mes élèves, j'ai été obligée de réviser mes ambitions à la baisse, explique-t-elle. J'ai découvert qu'ils pouvaient se bagarrer pour une gomme et mettre dix minutes pour copier la date du jour. "

Laure Pecker se montre finalement satisfaite de son nouveau métier, même si ses préoccupations ne rejoignent pas toujours celles de ses collègues. En médecin qui se respecte, la calligraphie ne lui parait pas essentielle et les lignes d'écriture l'ennuient. " Il existe des choses plus importantes. Les enfants ne sont-ils pas destinés à se servir d'ordinateurs et de machines à écrire ? " Le personnel de l'établissement la consulte de temps à autre, pour une douleur ici ou là, bien qu'elle ait tout à fait abandonné sa pratique médicale.

Le souvenir de son titre se réveille toutefois dans certaines circonstances. Pourquoi, demande-t-elle, " faire la carpette " devant l'inspecteur ? " Après tout, moi aussi j'ai un doctorat. " Laure Pecker évoque aussi, non sans malice, la manière dont certaines personnes considèrent son changement de profession. " Beaucoup semblent considérer qu'il s'agit d'une régression, affirme-t-elle. Lorsque j'ai annoncé à ma mère qui est prof de fac, que j'allais devenir institutrice, elle m'a répondu très sérieusement : " Il n'y a pas de sot métier. " Cette situation ne lui pèse guère, elle qui a demandé sa radiation du conseil de l'ordre et trouve " exagérée " la considération accordée aux médecins. La diminution de trois mille francs de son salaire mensuel n'est pas non plus sa principale préoccupation, cette perte lui semblant compensée par un supplément de vacances. Tout au plus se demande-t-elle peut-être si le " stress " de l'instituteur ne vaut pas celui du médecin...

L'association des professeurs de mathématiques de l'enseignement public (APMEP), qui regroupe les enseignants concernés par les maths, de la maternelle à l'Université, organise, du 28 au 31 octobre à Paris, ses Journées nationales sur le thème " Mathématiques en révolution ", sous le patronage de la Mission du Bicentenaire. Outre, l'évocation des découvertes scientifiques de l'époque révolutionnaire, cette manifestation sera l'occasion de multiples débats et expositions sur les révolutions en cours, comme celle de l'intelligence artificielle. Les professeurs de mathématiques seront d'autre part invités à remettre leurs cahiers de doléances.

En parallèle à ces journées, qui auront lieu à la Sorbonne et au lycée Henri-IV, se déroulera, du 28 au 30 octobre, le premier Salon Mathecom, où se rencontreront " amateurs, professionnels, utilisateurs et fournisseurs des mathématiques ".

Les troisièmes assises européennes sur le droit d'asile qui ont réuni les 7 et 8 octobre à Genève près de quatre cent cinquante délégués venus de douze pays et représentant plus de cent organisations non gouvernementales (ONG), ont examiné les conséquences néfastes sur les réfugiés des décisions prises dans la perspective de la suppression des frontières entre les pays membres de la CEE.

Rares sont ceux qui ont connaissance, ne serait-ce que partiellement, de la teneur des mesures adoptées par les ministres de l'intérieur d'Allemagne fédérale, du Benelux et de France (ce que l'on appelle le "groupe de Schengen") à l'issue de réunions qui se déroulent dans le plus grand secret depuis 1985, dans la ville de Schengen (Luxembourg). La plupart des ONG qui viennent en aide aux réfugiés n'en connaissent que des bribes, d'autres ignorent tout de ces mesures policières dont les effets pourtant se sont déjà fait sentir.

Quant au fond du problème, il est surtout reproché aux décisions du groupe de Schengen de ne tenir aucun compte des deux principes fondamentaux qui protègent les réfugiés, celui de la non-pénalisation et celui du non-refoulement, respectivement inscrits aux articles 31 et 33 de la convention de 1951. La Commission européenne se devrait, estime l'association Droit international 1900 d'" assumer ses fonctions de gardienne des traités ".

L'association s'élève d'autre part contre une mesure du groupe de Schengen qui a déjà pris effet et qui consiste à transformer les transporteurs, en particulier les agents des compagnies d'aviation, en policiers chargés du contrôle des réfugiés. Ces compagnies sont frappées de sanctions si elles ne se livrent pas à cette besogne.

Les participants aux assises de Genève ont regretté, d'une façon plus générale, que le problème des réfugiés soit abordé sous l'angle répressif (comme si tous étaient des terroristes ou des trafiquants de drogue), et non sous celui des droits de l'homme. Ils ont demandé l'" arrêt immédiat " des travaux menés au sein du groupe de Schengen à moins que ces derniers ne soient contrôlés par les Parlements des États européens.

Enfin, un appel a été lancé par les troisième assises du droit d'asile pour que les exilés kurdes, qui ont fui les bombardements chimiques de l'Irak et les persécutions dont ils font l'objet en Iran, en Turquie et en Syrie, soient reconnus comme réfugiés au sens de la convention de 1951.

Après Buygones, bloqué au bout de la Norvège " entre la mer et les Russes " (le Monde du 11 octobre), nous poursuivons notre série sur l'Europe des villages en crise avec le cas des communes du nord de la Meuse. Coincées entre la sidérurgie éteinte et l'agriculture vieillissante, elles cherchent en vain une sortie.

A propos du Nord meusien, l'histoire court périodiquement depuis que la mine et la sidérurgie n'en finissent pas de dépérir. Niché dans les interminables vallonnements de la plaine, aux confins du département de la Meuse, au coin du Luxembourg et de la Belgique, il y aurait un village qui ne comprendrait plus qu'un seul habitant actif, une assistante sociale. Chaque matin, tous les autres, jeunes scolaires, chômeurs et préretraités la regarderaient partir pour un travail qui consiste, justement, à s'occuper d'eux.

Autant le dire tout de suite, ce village mythique n'existe pas. Mais, par la force du symbole qu'il représente, il est logique qu'il hante les esprits. A lui seul, il résume les malheurs d'une zone deshéritée où la mort rôde, presque sans souffrance maintenant grâce aux programmes sociaux. Dans le canton de Spincourt, à la lisière de la Meurthe-et-Moselle, bien des lieux perdus pourraient d'ailleurs prétendre à cette sinistre et ankylosante destinée, à commencer par Han-devant-Pierrepont, la rurale, classée commune la plus pauvre de toutes, et Bouligny, l'ouvrière, un coron orphelin de ses mines.

"Il n'y a jamais eu de belle époque", se défend, à Verdun, Mlle Marie-Odile Ley, l'attachée parlementaire de Jean-Louis Dumont, le député socialiste de la circonscription du nord de la Meuse. Sans parler des ravages des guerres, le pays n'a connu le bonheur que par procuration. C'est parce qu'il se situait à la lisière de la Meurthe-et-Moselle, et donc au voisinage de Longwy ou de la vallée sidérurgique de la Chiers, qu'il a récupéré - un temps - quelques miettes du festin industriel en y déléguant une partie de sa population.

Sinon, agricole, oublié des axes routiers et à l'écart de l'aventure des "trente glorieuses", le Nord meusien subit le dépeuplement comme tout le département et s'enfonce sans bruit dans une forme assistée de pauvreté. "La désertification apparait comme un mal endémique, dit Mlle Ley. Les élus, des notables ruraux, n'avaient pas de stratégie de développement et le premier BTS délivré en Meuse date seulement de 1983".

Dans les villages perdus au milieu des champs, il ne reste plus que des agriculteurs, le plus souvent âgés déjà, et d'anciens mineurs ou sidérurgistes. "Bicéphale", les pieds dans la terre et les bras à l'usine ou au fond d'une galerie, le canton de Spincourt en vient à vivoter, coincé entre l'exode rural et l'arrêt subit du "cÓur d'acier", à Rehon, à Lexy, ou la destruction des carreaux de mines, à Piennes, à La Mourière et à Bouligny.

Mais attention, il n'en souffre pas, "officiellement", comme le disent les uns et les autres. Les vieux cultivateurs s'installent dans la vie de rentiers. Les anciens sidérurgistes basculent de la préretraite à la retraite. A Bouligny, cité qui est passée de 5 000 habitants à 3 500 en quelques années, on compterait aujourd'hui 50 % de la population qui dépendrait du régime social minier, des jeunes, des actifs - une cinquantaine -, des retraités ou des veuves, selon Mr Jean-Pierre Ricard, professeur au collège et conseiller municipal communiste.

Et l'autre moitié des habitants ? "D'anciens sidérurgistes qui sont en préretraite, environ cent soixante chômeurs et quelques emplois", répont-il. Il ne reste plus qu'un seul groupe scolaire primaire sur les trois d'il y a dix ans, les classes maternelles ont été rassemblées et les effectifs du collège sont au plus bas cette année. Dans la grande rue formée par le coron, avec son enfilade monotone de maisons de brique, on ne compte plus les vitrines barbouillées au blanc de chaux. Une lente agonie, indolore peut-être pour les plus anciens, qui annonce un long sommeil.

Le cas de Han-devant-Pierrepont, un village de cent dix-huit habitants classé comme le plus pauvre du canton, illustre bien ce marasme silencieux. Autrefois, il y avait davantage de monde, un peu d'animation, et, il y a plus longtemps encore, un café ensuite réduit à une épicerie. Cela fait maintenant des années que l'école est fermée et que la minuscule église de pierre grise, "qui sert surtout aux enterrements", souligne le maire, Mr Pierre Jacques, un important agriculteur de cinquante-cinq ans, est desservie par l'un des quatre curés qui parcourent les trente communes environnantes.

Aux temps "heureux", rappelle l'adjoint au maire, Mr André Gérard, sidérurgiste retraité, âgé de soixante-huit ans, pas moins de vingt-cinq à trente hommes prenaient le car chaque matin pour Rehon la providence. "On était plutôt sidérurgistes, ici", et, le soir, on donnait des coups de main à la ferme ou on participait à une coupe de bois "pour mettre du beurre dans les épinards". Les agriculteurs restants bénéficiaient, par contrecoup, de la situation. Ceux qui allaient à l'usine étaient des fils de cultivateurs et leur départ, sans quitter le village, a "aidé à la restructuration des exploitations", assure Mr Pierre Jacques, sans doute l'un de ceux qui a le mieux évolué avec son fils, installé juste à côté, à Saint-Supplet. "Les ouvriers changeaient de voiture plus souvent et il y avait une stimulation entre nous, dit-il. A cause de Longwy, on aménageait les maisons de ferme. Mais çà, c'est fini. "

De cette époque révolue, il ne reste plus grand-chose, même si les moments les plus difficiles se situent vers 1975, quand les premières menaces apparaissent. Bien des sidérurgistes quittent Han "pour faire construire" à Longuyon ou Longwy, et personne ne sait vraiment ce qu'ils sont devenus. Progressivement, le village s'étiole et se recroqueville. Sur quarante familles, dix sont composées d'ex-agriculteurs, six d'ex-sidérurgistes, et dans l'une des rues on recense "sept maisons de veuves". Mr André Gérard, qui égrène ses souvenirs, cite ses anciens collègues, morts trop jeunes d'un cancer. Rares sont les actifs. Deux ou trois sidérurgistes, dont le fils et le gendre de l'adjoint au maire, qui sont prêts à s'adapter, un peu plus d'une demi-douzaine d'agriculteurs qui s'apprêtent à raccrocher, sauf deux ou trois jeunes qui reprennent la ferme, et, pour le reste, des salariés de chez Bertrand Faure dont l'usine de fabrication de sièges automobiles s'est implantée à Pierrepont, il y a une quinzaine d'années. Longtemps "la risée" des villageois à cause de salaires plus bas, selon le maire, ou soupçonnée de venir chasser les primes, rappelle Mr Gérard, l'entreprise représente maintenant le seul débouché. Il se raconte, à Han, que des jeunes femmes ont accepté de travailler au nettoyage des bureaux, la nuit, en Belgique ou au Luxembourg, à 80 kilomètres de chez elles. Du petit boulot.

Passé le coup dur, on pourrait croire que le village s'est résigné à sa nouvelle condition. Apposée sur l'une des maisons au crépi refait de neuf, une plaque en bois porte l'inscription "Fleur de misère" comme d'autres, "Sam' suffit". Il n'y a pas de chômeurs, affirme-t-on, et tous les jeunes hommes travaillent. Quant aux préretraités, " ils sont les plus heureux ", prétend Mr Pierre Jacques, pour qui " ce n'est pas une catastrophe ". " Ils sont de racine agricole, ils font du bois, des jardins, précise-t-il. Ils savent quoi faire de leurs mains et ils sont économes. "

Mais cela pourrait bien n'être qu'une façade heureuse, tant les versions contradictoires circulent dans la petite communauté. En vieux sidérurgiste, Mr Gérard veut croire que tout se finit bien " et qu'il y aura toujours du travail pour les courageux ". Pourtant, le " restau du cÓur " de Pierrepont a dû aider une famille de cinq enfants. De cinq à six autres ont été soutenues par la Croix-Rouge et une femme de trente ans aurait pu, à coup sûr, bénéficier du RMI. Cela ne s'est pas fait. Aux yeux du village, qui juge mal le recours à l'aide sociale, c'était " une honte " et, concède le maire qui a souvent dû intervenir " en son nom personnel ", " cela lui aurait permis de se mettre un peu plus de rouge à lèvres ".

Il faut comprendre, dit encore Mr Jacques. " Si le village crie au scandale, c'est que la frontière est mince entre les petits salaires de ceux qui travaillent et le RMI des autres... ". D'ailleurs, bien des malheurs sont tus par ceux qui sont dans la gène. Trois ou quatre fois dans l'année, les menaces de saisie viennent rappeler que l'équilibre demeure précaire. Certains ne paient plus la taxe d'habitation, leur eau et la redevance télé. Autant de signes.

" C'est à cause du crédit ", constate l'agriculteur, qui redoute les mêmes conséquences pour les paysans, très endettés, et voit donc l'avenir en noir. L'évolution des techniques, les héritages et la croyance aveugle dans les recettes du passé vont condamner l'agriculture traditionnelle. " Maintenant, le courage ne suffit pas et cela ne pourra pas durer dans de bonnes conditions ", prévoit-il. A terme, " ce sont des Hollandais et des Allemands qui vont ramasser le tout car on accepterait pas que des Français, des voisins, prouvent que la ferme est exploitable. "

Le même pessimisme s'exprime à propos de l'avenir de la commune elle-même qui dispose d'un budget d'à peine 100 000 francs, dont la moitié provient d'une subvention annuelle d'aide. " On ne peut plus rien faire, se lamente Mr Gérard. La salle de classe, transformée en salle polyvalente, a été aménagée bénévolement par des jeunes. Nous avons dû faire nous-mêmes les travaux d'assainissement... "

C'est inévitable, Han devra se regrouper avec d'autres villages mais " il ne faudra pas se réunir entre pauvres ",prévient le maire. " Ça ne changerait rien. Nous ne pouvons être que l'annexe d'une ville plus importante. "

Mais l'effet de taille ne joue pas toujours favorablement. A l'autre bout du canton , le sort s'acharne sur Bouligny, depuis que la dernière mine a été fermée il y a deux ans. Brusquement, le budget communal a perdu 2,4 millions de recettes. L'" enoyement " des mines abandonnées a entrainé une dégradation de l'eau de ville qui s'est chargée en sulfates et qu'il faudrait traiter avec une usine. " Il n'y a plus d'eau dans les rivières,car le pompage en sous-sol les alimentait et les sources ont disparu au fond, explique en outre Mr Jean-Pierre Ricard. Alors que nous n'avons plus de rentrées d'argent, il faudrait construire des stations d'épuration. "

Avec son environnement meurtri par la mine et son parc immobilier composé des anciennes cités de mineurs, Bouligny aborde la reconversion avec des handicaps insurmontables. " Nous sommes devenus une cité-dortoir ", reconnait Mr Ricard. La population y est vieillissante mais bénéficie d'une bonne protection sociale qui retarde les effets sociaux du déclin économique de la petite ville. Mais les jeunes, peu formés - 46 % des moins de vingt-cinq ans n'ont aucun diplôme dans le Nord meusien, - s'enfuient surtout vers la région parisienne pour tenter d'y trouver du travail. Quant au RMI, il n'a été attribué qu'à une trentaine de personnes, alors que l'on compte cinq fois plus de chômeurs de longue durée, essentiellement parce que des semi-ruraux, comme à Bouligny, ne peuvent pas correspondre aux critères. " Ils ont toujours un jardin ouvrier trop grand ou quelques poules en trop... ", se désole Mr Ricard.

Pendant ce temps, l'activité se déplace ailleurs, comme à Landres, mais à quelques kilomètres en Meurthe-et-Moselle. Certes, des tentatives sont faites pour redresser le cours des choses, mais leurs résultats ne font que souligner l'ampleur des difficultés. En 1984, une charte intercommunale du bassin a été élaborée pour revivifier le secteur. Ces trois dernières années, trois cent cinquante emplois nouveaux ont été créés mais, fait observer Mr Ricard, " 75 % d'entre eux étaient hautement qualifiés et sont donc venus de l'extérieur ". Pour s'en sortir, il faudrait trouver des activités compatibles avec des emplois pas trop qualifiés.

Bouligny est en fait prise au piège de son passé et peut en mourir. Les maisons du coron appartiennent toujours aux mines, qui ne les valorisent pas, et sont habitées par des préretraités. La grande rue va ressembler à une immense résidence pour personnes âgées. La légende du village sans un seul actif autre que l'assistante sociale peut devenir une réalité.

Selon un sondage réalisé par l'IFOP auprès de mille intérimaires pour connaitre leur parcours professionnel pendant douze mois, il apparait bien que le travail temporaire sert de " tremplin à l'emploi ". Un résultat qui ne peut que satisfaire le commanditaire de l'étude, le PROMATT, l'un des deux syndicats professionnels du secteur, au moment où Mr Jean-Pierre Soisson s'apprête à rendre public son rapport sur la précarité du travail.

Il s'agit d'une pièce importante à verser au dossier du travail temporaire et de la précarité que Mr Jean-Pierre Soisson, ministre du travail et de l'emploi, s'est engagé à ouvrir à la mi-octobre devant les parlementaires, en conclusion du débat du printemps dernier sur sa loi relative au droit de licenciement. En prévision de ce bilan, qui devrait être assorti de propositions visant à limiter le développement du contrat à durée déterminée et de l'intérim, l'un des deux syndicats professionnels du travail temporaire, le PROMATT, avait demandé à l'IFOP de mener une enquête auprès d'une vague de mille intérimaires pour connaitre leur parcours professionnel (1). Les résultats, qui sont éloquents, viennent d'être publiés.

Entre autres enseignements, il apparait que, avant d'accepter une mission, 82 % des intérimaires se trouvaient au chômage, indemnisés ou non, et que 8 % d'entre eux seulement sont à nouveau sans emploi six mois plus tard. De même, il est évident que l'intérim sert de " marchepied " vers l'intégration professionnelle, l'étape suivante étant celle du contrat à durée déterminée, qui, dans la moitié des cas, contrairement à la réglementation, succède à une mission dans la même entreprise. Enfin, les travailleurs qui font profession de l'intérim par goût ne représenteraient qu'un tiers de la population concernée par cette activité, soit 900 000 personnes qui correspondent à 230 000 postes de travail occupés à un moment donné.

Pour réaliser son étude, l'IFOP a interrogé en juin dernier mille intérimaires qui étaient salariés d'une entreprise de travail temporaire en janvier 1989, afin de savoir ce qu'ils étaient devenus. L'institut de sondage leur a en outre demandé ce qu'ils faisaient six mois plus tôt, c'est-à-dire en juin 1988, et, de plus, leur a fait préciser quel était leur statut avant d'être embauchés pour la première fois en intérim. De la sorte, on peut suivre avec précision le cheminement de ces personnes sur une période d'un an, et connaitre leurs origines ou leurs accidents de parcours.

Avant d'entrer dans l'intérim, donc, 70 % étaient à l'ANPE, dont 44 % indemnisés, et 12 % étaient sans emploi, mais non inscrits. Six mois après la date retenue pour la photographie, en juin 1989, un tiers d'entre eux avaient quitté l'intérim pour d'autres formes d'emploi, dont 15 % un emploi permanent dans une entreprise, 16 % un contrat à durée déterminée et 2 % un stage, un TUC (travail d'utilité collective) ou un SIVP (stage d'initiation à la vie professionnelle). Plus de la moitié (57 %) étaient encore intérimaires, et 8 % seulement étaient retournés au chômage. C'est-à-dire que neuf sur dix d'entre eux continuaient d'avoir une activité rémunérée, stable ou pas.

Un an auparavant, soit en juin 1988, ces mêmes mille intérimaires se répartissaient entre 20 % ayant un emploi (9% un emploi permanent, 7 % un contrat à durée déterminée, 4 % un stage), qu'ils ont ensuite perdu, 50 % qui étaient déjà intérimaires et 15 % qui connaissaient le chômage. Longue, la période de travail en intérim s'établit en moyenne à sept mois, et seulement un tiers (33 %) des intérimaires l'étaient tout à la fois en juin 1988, en janvier 1989 et en juin 1989. En revanche, 26 %, qui ne l'étaient pas en juin 1988, ne le sont plus en juin 1989, les autres groupes d'intérimaires appartenant à ce que les auteurs de l'étude appellent les " flux glissants ".

Manifestement, l'intérim est un lieu de passage, ceux qui l'ont pratiqué le moins longtemps étant ceux qui aboutissent le plus, en proportion, dans d'autres types d'emploi. Mais, entre les uns et les autres, les intérimaires devenus chômeurs exceptés, on ne constate pratiquement pas de différences dans le profil. Les répartitions par âge, par sexe et par diplôme sont sensiblement les mêmes, les habitués de l'intérim étant un peu plus souvent mariés (47 % contre 41 %), signe d'un recours possible à un emploi d'appoint. Mais les chômeurs ont un niveau de formation inférieur à la moyenne, 51 % ayant arrêté leurs études avant dix-huit ans, contre 42 % de l'ensemble des intérimaires.

En tant que tel, sauf dans deux cas sur dix (18 %), l'intérim n'attire pas pour son image de liberté ou parce qu'il permettrait de travailler quand on le veut. Seul un petit noyau, évalué à 10 % d'irréductibles, est fortement attaché à ce mode de relation professionnelle, les autres abandonnant en cours de route pour un poste fixe. D'ailleurs, les trois quarts des intérimaires sont d'occasion, soit parce qu'ils ne trouvaient rien d'autre (77 %), soit qu'ils espéraient trouver un emploi permanent par ce biais. Aux taux de réponses, on voit bien que cela correspondait à une stratégie de ceux qui ont un emploi permanent et que cela s'apparente à un espoir déçu pour ceux qui sont de nouveaux chômeurs.

D'autres patientent encore. Parmi ceux qui sont encore intérimaires en juin 1989, 30 % ont refusé les offres d'emploi permanent qui leur étaient faites à l'occasion d'une mission, et 63 % sont toujours à la recherche d'un emploi permanent.

Il est clair que l'intérim est utilisé par l'employeur comme une période d'essai ou d'examen de pré-embauche. A 62 %, ceux qui ont maintenant un emploi permanent ont eu leur proposition quand ils étaient dans l'entreprise. De même pour les titulaires d'un contrat à durée déterminée, qui, à 44 %, ont été contactés pour un emploi permanent pendant leur mission d'intérim et, à 51 %, y avaient déjà travaillé pour une entreprise de travail temporaire.

Cette dernière catégorie est intéressante. Avec le contrat à durée déterminée, les intérimaires grimpent une marche supplémentaire vers l'emploi stable qu'on semble leur avoir promis après une phase probatoire et qu'ils espèrent, dans 25 % des cas. Ils sont mus par la perspective d'une embauche.

Plus dramatique est la situation des anciens intérimaires devenus chômeurs, qui sont vraiment des laissés-pour-compte que l'emploi précaire ne peut mieux rattraper. Marginaux, 15 % seulement d'entre eux ont eu des propositions d'emploi à l'occasion d'une mission d'intérim, et, surtout, 70 % ne sont plus intérimaires parce que les entreprises de travail temporaire ne leur offrent plus de nouvelles missions. Pour ne rien arranger, 4 % seulement, contre 13 % en moyenne, ont bénéficié d'une formation organisée par la société d'intérim qui les employait...

Précédemment, en 1981, le PROMATT avait déjà commandé un sondage de moindre importance. A comparer les opinions émises, on peut mesurer le chemin parcouru par une profession qui était alors fortement contestée. Le fait que 83 % des intérimaires déclarent que leur passage par l'intérim a été très ou assez utile importe moins que les évolutions sur ce qui faisait objet de débat à l'époque. Désormais, 74 % des intérimaires s'estiment satisfaits par le niveau de rémunération, contre 38 % en 1981. Ce sont même 81 % des questionnés qui affirment que leurs droits sont respectés, contre 59 % en 1981.

Mais encore faut-il nuancer. Les intérimaires, en effet, ne connaissent pas parfaitement leurs droits (57 % seulement pour ce qui concerne l'indemnisation du chômage). Une façon comme une autre de souligner ce qui sépare l'impression, le jugement, de la réalité, où il y a encore beaucoup à faire.

Les virus informatiques se répandent dans l'univers des micro-ordinateurs (le Monde du 11 octobre). Pour contrer cette épidémie, un véritable arsenal antiviral est à la disposition des utilisateurs inquiets et des micros contaminés.

Les premières manifestations des virus informatiques, qui sont, en fait, de petits bouts de programmes parasites capables de s'autodupliquer et de venir perturber, au nez et à la barbe des utilisateurs, des systèmes informatiques entiers, furent accompagnées d'une rumeur médiatique qui laissait présager une épidémie dévastatrice. Les attaques virales sont cependant restées plus spectaculaires que vraiment dangereuses, et les grands systèmes informatiques " sensibles " ont été le théâtre d'attaques virales aux conséquences limitées.

L'origine de ces virus reste, dans la majorité des cas, un mystère... La peur qu'ils engendrent vient de ce que n'importe quel programmateur est potentiellement capable d'en créer. Un seul individu peut, ainsi, bloquer un système informatique entier. En fait, les motivations de ceux qui développent des virus informatiques sont diverses, de la recherche d'une certaine notoriété au désir pur et simple de nuire. Tel est le cas du Texan Donald Burleson, qui s'est vengé, il y a plus d'un an, en détruisant, par l'entremise d'un virus, plus de 150 000 enregistrements dans le système informatique de la société qui l'avait licencié. Moins grave, mais plus spectaculaire, l'épidémie due à un virus informatique qui paralysa, le 2 novembre 1988, les milliers d'ordinateurs du très sérieux réseau universitaire américain Arpanet. Selon la version officielle, un " simple " étudiant en informatique en aurait été la cause.

La micro-informatique est devenue aujourd'hui le lieu de prédilection des attaques virales : 250000 micro-ordinateurs auraient été infectés au moins une fois. Ici, pas de véritables drames, mais une somme, parfois impressionnante, de désagréments. Par bonheur, les virus bénins qui se contentent de "gripper" le micro-ordinateur qu'ils infectent sont beaucoup plus courants que les souches malignes, aux effets parfois réellement pervers.

Toujours sur Macintosh, le virus Scores, heureusement bien plus rare que nVir, se montre, quant à lui, nettement plus agressif : il bloque radicalement le lancement des logiciels, augmente artificiellement le nombre de leurs instructions et ralentit considérablement le fonctionnement du micro-ordinateur. Comme tous leurs congénères, les virus informatiques ont besoin, pour croitre et proliférer, de s'implanter dans un organisme. Les logiciels en tiennent lieu ici. Ces virus se reproduisent de manière invisible pour l'utilisateur, et leurs effets néfastes n'apparaissent souvent qu'au bout d'une période d'incubation. Le temps, pour eux, d'infecter un grand nombre de logiciels. Tel est le cas du virus nVir, le plus fréquemment rencontré sur les micro-ordinateurs Macintosh d'Apple. Au bout d'un certain temps consécutif à l'infection, les premiers symptômes font leur apparition : l'ouverture des programmes déclenche un signal sonore, les blocages imprévisibles se font fréquents...

D'autre virus se manifestent d'une manière pour le moins surprenante. Tel le virus du Danube, qui infecte uniquement les micro-ordinateurs de type PC ou compatibles et doit son nom à sa manifestation "musicale". Il engendre, toutes les huit minutes, l'émission de la mélodie du Beau Danube bleu pendant près d'une minute - sans perturber, par ailleurs, le déroulement du programme en cours. Stress garanti, mais dégâts limités : aucun logiciel n'est détruit. Plus nocif, le virus de Vienne remplace une partie des instructions des logiciels par d'autres, choisies au hasard. C'est dire que ses effets sont imprévisibles, allant du simple blocage à l'effacement complet de tous les programmes.

Quelle attitude adopter devant un tel arsenal? Tout d'abord, ne pas s'affoler. Un virus est obligatoirement véhiculé par un programme. Mais il existe peu de probabilités pour qu'un logiciel neuf soit infecté. La majorité des micro-ordinateurs ne fonctionnant qu'avec des programmes dûment payés à leurs éditeurs, leur probabilité de se révéler porteurs est très faible. Mais attention, il suffit qu'un logiciel infecté (les copies illicites de programmes et les jeux étant particulièrement visés) soit utilisé sur un micro-ordinateur pour que le virus se répande, profitant des échanges de disquettes ou de la connexion des micro-ordinateurs en réseau.

Dans tous les cas, seul un logiciel spécifique, dit antivirus, assure une véritable protection. Ce type de programme est capable de combattre simultanément plusieurs types d'attaques virales. Il agit en détectant les traces laissées par les virus à l'intérieur des logiciels contaminés. Le virus est tout d'abord détruit, puis le logiciel atteint est reconstitué.

Les responsables marketing des éditeurs de logiciels informatiques ne s'y sont pas trompés : en l'espace de quelques années, une véritable industrie du logiciel antivirus est née. Plusieurs dizaines de programmes de prévention et de lutte contre les attaques virales sont actuellement commercialisés sur le marché français. Virakyl développé par P-Ingénierie, Rival édité par Compose-Tel et SAM francisé par BR Publishing pour Macintosh, Pack Antivirus de Micro Application pour PC, sont parmi les derniers logiciels antivirus commercialisés sur le marché français et offrent une bonne protection. Leur action, qui s'étend à la totalité des souches connues, est triple : détection puis éradication du virus, reconstitution ensuite des logiciels touchés.

Mais les logiciels antivirus ne savent que réparer les dégâts causés par les virus qui leur sont antérieurs. L'ingéniosité des concepteurs de virus informatiques n'étant plus à démontrer, les développeurs d'antivirus ont un bel avenir devant eux.

L'ensemble des pays de la Communauté européenne participent, du 9 au 15 octobre, à la semaine d'information et de prévention contre le cancer. Cette seconde campagne s'inscrit, après celle de l'an dernier, dans le cadre du programme " Europe contre le cancer " placé à Bruxelles sous la responsabilité d'un coordonnateur, Mr Michel Richonnier. Dans l'entretien qu'il nous a accordé, Mr Richonnier souligne l'importance de la lutte contre le tabagisme et de l'organisation du dépistage anticancéreux, seuls moyens d'atteindre l'objectif européen : réduire d'ici à l'an 2000 de 15 % la mortalité par cancer (soit près de 150 000 vies épargnées chaque année à l'échelle de la Communauté).

" Quels sont les objectifs concrets du programme européen contre le cancer ?

- Ce programme a été lancé par les chefs d'Etat et de gouvernement avec, pour objectif, de parvenir en l'an 2000 à une réduction de 15 % du nombre des décès par cancer, en tenant compte de la tendance croissante et inquiétante que l'on observe actuellement. On comptait, en 1985, 750 000 morts par cancer dans la Communauté et, compte tenu du vieillissement de la population et du tabagisme des années passées, les projections actuelles laissent prévoir un million de morts annuelles en l'an 2000. Notre objectif est de faire tomber ce chiffre à 850 000, c'est-à-dire d'épargner 150 000 vies chaque année. La nouveauté, en ce qui nous concerne, c'est que la Communauté s'est vu confier la tâche d'introduire la prévention du cancer dans la constitution du marché unique. C'est ainsi que toutes les législations qui visent à harmoniser les conditions de travail ou à faciliter la circulation des produits - les paquets de cigarettes ou les produits alimentaires, par exemple - ont dû prendre en compte la lutte contre le cancer.

- De quels moyens disposez-vous ?

- Au cours des trois dernières années, ce programme a correspondu à environ 18 millions d'écus (126 millions de francs). Pour les cinq prochaines années, il devrait être doté de 55 millions d'écus (385 millions de francs), mais il faut, pour en être certain, attendre le prochain conseil des ministres de la santé des pays de la Communauté, qui devrait se tenir le 13 novembre.

- Sur quels cancers pensez-vous pouvoir baser une telle prévention généralisée ?

- Dans la mesure du possible, l'accent a été mis sur la réduction des cancers dus à la consommation du tabac ainsi que sur le dépistage des cancers du sein et du col de l'utérus. Nous portons également un effort sur la réduction des cancers professionnels, et nous avons lancé un programme d'étude et d'exploration sur la réduction du nombre des cancers du côlon à partir de la recherche de sang dans les selles. On doit aussi ajouter la prévention des cancers de la peau, qui augmentent à une vitesse fantastique et effrayante dans des pays comme le Danemark, l'Irlande ou les Pays-Bas. Pour résumer, le gros de notre effort doit porter sur le dépistage et la détection précoces de certains cancers féminins et sur la lutte contre les cancers dus au tabac. On estime que près d'un tiers des morts par cancer sont liées au tabac. En d'autres termes, 230 000 personnes en Europe meurent chaque année d'un cancer lié au tabagisme. Si l'on ajoute la mortalité cardio-vasculaire et pulmonaire due au tabac, ce chiffre atteint le total pharamineux de 450 000 morts par an.

- L'objectif chiffré que vous vous êtes fixé n'est-il pas déraisonnable ?

- C'est avant tout un objectif ambitieux. Il l'est bien moins que l'objectif américain, qui était de réduire de 50 % la mortalité par cancer, mais il reste pourtant très ambitieux, surtout quand on regarde l'évolution au cours des trois dernières années. Qu'ont fait les acteurs de la lutte contre le cancer ? Soyons francs. Beaucoup de propositions, beaucoup d'intentions, mais encore bien peu d'actions, tant au niveau communautaire qu'au niveau des Etats membres.

- Pourquoi ?

- Au niveau communautaire, nous avons lancé la mécanique, mais la plupart des propositions que nous avons faites laissent aux Etats membres la possibilité d'agir jusqu'à la fin 1992. Ainsi, par exemple, l'étiquetage des paquets de cigarettes, pour lequel, en ce qui concerne les teneurs maximales des cigarettes en goudrons, les Etats membres ont encore quelques années avant de prendre leur décision. Pourtant, ils pourraient, s'ils le souhaitaient, aller plus vite. En matière de lutte contre le tabagisme, on peut citer en exemple l'Espagne, le Portugal et la Belgique. Il faut aussi ajouter, c'est un point important, que la plupart des pays européens n'ont pas encore eu recours à la fiscalité sur la tabac. Cette harmonisation devrait se faire vers le haut, l'expérience montrant que l'arme des prix est l'une des plus efficaces, notamment en ce qui concerne les jeunes consommateurs. Schématiquement, si l'on augmente de 10 % le prix des cigarettes on réduit la consommation de 5 %.

- Comment expliquer, en ce qui concerne le tabac, une telle hétérogénéité entre les Etats membres ? S'agit-il uniquement d'une différence de puissance des lobbies du tabac ?

- Il y a deux explications possibles. La première est valable pour l'Espagne et le Portugal. Ces deux pays sont les derniers arrivants dans la classe européenne, et ils cherchent, dans la plupart des domaines, à être les meilleurs élèves, à donner le bon exemple. Ainsi, depuis que le programme " Europe contre le cancer " existe, le gouvernement portugais a interdit de fumer lors des réunions gouvernementales. C'est un exemple certes anecdotique, mais qui montre bien l'implication du politique dans la lutte contre le tabagisme. L'autre argument, évidemment, c'est que, dans ces pays, les grandes multinationales de l'industrie du tabac sont peu représentées. Les pays avec lesquels nous avons le plus de difficultés sont les pays où le lobby du tabac est extrêmement puissant, comme l'Allemagne fédérale ou les Pays-Bas.

- Pensez-vous être suffisamment puissants à l'échelon communautaire pour vous opposer à un tel lobby, dont on a maintes fois décrit les moyens, l'ingéniosité et le manque de scrupules ?

- Sur le plan communautaire, les décisions se prennent heureusement à la majorité qualifiée. Le lobby du tabac n'est pas aussi vigoureux partout, et les intérêts de la santé ont, en définitive, réussi à s'imposer. En ce qui nous concerne, l'union fait la force. Mais je dois à nouveau insister sur un point important : l'arme des prix. L'échéance de 1992 amènera un alignement des fiscalités sur les produits du tabac, et, dans des pays comme la France, on doit s'attendre à une augmentation des prix de vente de l'ordre de 70 % à 80 %. Il y a aussi d'autres mesures qui sont de la compétence des Etats, comme l'interdiction du sponsoring sportif par les fabricants de cigarettes, sponsoring qui a un effet très néfaste sur les jeunes. Un tel sponsoring pour les courses automobiles est déjà interdit en Irlande et au Royaume-Uni.

" Après la lutte contre le tabac, le domaine privilégié est celui du dépistage et de la détection précoce des cancers. Ici, la Communauté joue un rôle de stimulant en lançant un réseau pilote de dépistage des cancers du sein par mammographie. Nous lancerons, par ailleurs, l'an prochain des réseaux pilotes pour le dépistage des cancers du col de l'utérus.

- En d'autres termes, aujourd'hui, êtes-vous inquiet ou confiant dans la réussite de votre programme ?

- Je suis globalement inquiet parce que cet objectif de 150 000 vies épargnées, ce n'est pas l'Europe à elle seule qui pourra l'atteindre. Il faut absolument, impérativement, un relais au niveau des Etats membres de la Communauté et des acteurs non gouvernementaux qui luttent contre le cancer. Pourtant, les choses bougent. Les chefs d'Etat et de gouvernement accordent la plus haute importance à ce programme, ce qui nous aide beaucoup. Il y a une volonté politique très nette, et je ne doute pas un instant que, sous la présidence française, une nouvelle impulsion sera donnée au programme européen de lutte contre le cancer."

- Deux cheminots ont été tués et un autre grièvement blessé, le 10 octobre, dans une collision entre un train de marchandises et un locotracteur en gare de Villefranche-sur-Saône (Rhône). Le locotracteur à bord duquel se trouvaient les victimes attendait l'ouverture d'une voie de garage lorsqu'il a été heurté par le train de marchandises qui circulait à 80 km/h. Selon la direction de la SNCF, la responsabilité des deux conducteurs ne semble pas engagée. La CGT, elle, a déclaré que " les premières informations tendent à montrer qu'un défaut de signalisation, voire un sous-équipement du point de vue sécurité est à l'origine de l'accident ".

Mr Jean-Pierre Havrin, quarante et un ans, a été élu, mardi 10 octobre, secrétaire général du syndicat des commissaires et hauts fonctionnaires de la police nationale, lors de la première journée du congrès annuel de cette organisation, à Saclay (Essonne). Il succède à ce poste à Daniel Dugléry, nommé récemment sous-directeur de la prévention de la délinquance au ministère de l'intérieur.

Jean-Pierre Havrin était chef de circonscription et directeur départemental des polices urbaines (DDPU) du Lot à Cahors. Commissaire de police depuis 1975, après avoir été inspecteur à Paris, il fut successivement chef de circonscription à Annecy (Haute-Savoie) et à Saint-Amand-les-Eaux (Nord). Bernard Reymond-Guyamier, enseignant à l'Ecole des commissaires de police de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or (Rhône), a de son côté été élu secrétaire général adjoint du syndicat.

Après cinq années de procédure, un inspecteur de police de Thionville (Moselle), Mr Fernand Turry, soupçonné d'avoir provoqué involontairement la mort d'une mère de famille, Mme Ouardia Aoudache, au cours d'un interrogatoire au commissariat de JÓuf (Meurthe-et-Moselle) en août 1984, a bénéficié, mardi 10 octobre, d'un non-lieu.

Le 14 août 1984, des enquêteurs des polices de Metz, Thionville et JÓuf avaient interpellé Mme Ouardia Aoudache ainsi que l'un de ses enfants et les emmenaient au commissariat de JÓuf pour interrogatoire dans une affaire de vol de bijoux. Quelques heures plus tard, Mme Ouardia Aoudache mourait à l'hôpital.

Une première information judiciaire ouverte à Briey (Meurthe-et-Moselle) avait abouti à un non-lieu, mais les enfants de la défunte avaient interjeté appel et obtenu que la chambre d'accusation de la cour d'appel de Nancy ordonne un supplément d'enquête. Mr Turry avait alors été inculpé d'homicide involontaire.

Pour les policiers, cette mort s'expliquait par le diabète dont souffrait Mme Aoudache. Une thèse corroborée par deux rapports d'expertises sur les quatre demandés par la justice. Mais, selon ses enfants, Mme Aoudache était morte d'un arrêt cardiaque consécutif à une projection de gaz lacrymogène au moment de l'interrogatoire ; cette thèse devait être confirmée par l'une des expertises, la quatrième concluant à une mort consécutive au stress de l'interrogatoire.

Me Pascal Barbier, du barreau de Thionville, a décidé de se pourvoir en cassation.

Pour la quatrième fois consécutive, le nombre de détenus - condamnés et prévenus - a baissé au cours du mois de septembre. Il y avait 44 898 détenus dans les prisons françaises au 1er octobre contre 45 229 un mois plus tôt. La tendance à la baisse avait été une conséquence de la mesure de grâce collective prise à l'occasion du 14 juillet et dont l'effet, puisqu'il ne s'agissait pas de libérations massives mais de remises de peine échelonnées dans le temps, s'est fait sentir de façon progressive.

- Dominique Lafarge, quarante ans, chauffeur de Joëlle Pesnel, principale inculpée dans l'affaire de la captation de l'héritage de Suzanne de Canson, a été inculpée, vendredi 6 octobre, de complicité de recel et de non-assistance à personne en danger. Mr Benjamin Rajbaud, doyen des juges d'instruction de Toulon, qui instruit ce dossier, ouvert en 1987, depuis le départ en janvier dernier, à Lille, du juge Jean-Pierre Bernard, a également fait écrouer l'inculpé.

Noredine Naamane, vingt-huit ans, détenu à la maison d'arrêt d'Ajaccio (Corse-du-Sud), s'est pendu, lundi 9 octobre, dans sa cellule à l'aide d'un lacet de chaussure. Il était incarcéré depuis juillet dernier pour viol et vol aggravé.

- Quatre bateaux ont été détruits dans le port de Cassis (Bouches-du-Rhône) après qu'une explosion d'origine criminelle eut provoqué, durant la nuit du lundi 9 au mardi 10 octobre, un incendie sur une vedette de plaisance appartenant à Gérard Doucet, gérant d'un établissement de nuit niçois qui, lui-même, a disparu depuis le mois d'avril 1988. Cet attentat non revendiqué serait, selon les enquêteurs, lié à une série de règlements de comptes au sein du milieu local. Outre la destruction de plusieurs bateaux, l'explosion a provoqué la pollution des eaux du port par les hydrocarbures contenus dans les réservoirs de ces vedettes.

- Secrétaire général de la Fédération professionnelle indépendante de la police (FPIP), l'inspecteur Serge Lecanu, qui est également membre du Parti nationaliste français européen (PNFE), a été suspendu de ses fonctions, mardi 10 octobre, par le ministre de l'intérieur, Mr Pierre Joxe. Cette suspension fait suite à l'inculpation pour association de malfaiteurs signifiée, lundi, à Grasse, à ce policier par Mr Jean-Pierre Murciano, le magistrat instructeur chargé du dossier sur les attentats commis contre les foyers Sona cotra de Cannes et de Cagnes-sur-Mer.

Près d'une semaine après le relèvement généralisé des taux d'intérêt européens (le Monde du 7 octobre), la Banque du Japon a annoncé, le mercredi 11 octobre, une hausse d'un demi-point de son taux de l'escompte (à 3,75%). Cette décision s'inscrit dans la lignée de la rencontre du groupe des Sept, le 23 septembre à Washington. Les pays industrialisés avaient, en effet, décidé que le dollar ne devait pas progresser au-dessus de ses niveaux actuels.

Pour mener à bien leur décision, les autorités des Sept avaient d'abord utilisé abondamment l'arme des interventions des banques centrales. Mais le dollar n'avait pas pour autant perdu de sa vigueur, et le recours à un rééquilibrage des taux d'intérêt mondiaux devenait inévitable.

Les observateurs ont été surpris par l'annonce de la Banque du Japon du 11 octobre. Car, dans les jours suivant le relèvement concerté des taux européens, de nombreux officiels japonais avaient fait savoir qu'ils s'opposaient à une hausse des taux nippons. En outre, la politique monétaire japonaise est traditionnellement beaucoup plus stable que celle des autres pays industrialisés. Les marchés n'avaient-ils pas anticipé pendant de longues semaines le relèvement précédent des taux directeurs, finalement intervenu le 26 mai dernier? Avant cela, le taux d'escompte n'était-il pas resté inchangé depuis février 1987 (à 2,5%) alors même que ceux des autres pays industriels subissaient, notamment au moment du krach, des fluctuations importantes?

Malgré la surprise provoquée par l'annonce de mercredi, les motivations de la décision des autorités monétaires nippones sont claires. Des principales puissances industrielles, le Japon est celui qui proteste le plus - pas tant comme il le dit pour réduire ses excédents que pour éviter tout risque d'inflation - contre l'ascension du dollar entamée depuis le début de l'année. En outre, pour des raisons politico-économiques internes, le yen ne s'est pas affaibli récemment contre le dollar seulement, mais il l'a fait contre les principales autres grandes devises. De près de 5 francs en début d'année, le cours de 100 yens à Paris a été ramené à 4,46 francs mardi.

La Banque du Japon, absente des marchés en début d'année, est devenue récemment très active, vendant vraisemblablement plus d'une dizaine de milliards de dollars depuis l'accord du 23 septembre. Ses réserves de changes, les plus importantes du monde, diminuent depuis plusieurs mois. Lorsque, mardi, les déclarations de Mr Greenspan à Moscou ont provoqué un nouvel accès de hausse de la monnaie américaine, (voire ci-contre) les autorités monétaires nippones ont dû juger plus économique de procéder à une augmentation des taux plutôt qu'à de nouvelles ventes massives de dollars.

Après les taux européens, les taux japonais, la logique réclamerait une diminution des taux directeurs américains (celui de l'escompte est fixé actuellement à 7 %, et n'a pas été modifié depuis février). Or la déclaration faite à Moscou par Mr Greenspan parait indiquer la désapprobation du président de la Réserve fédérale à l'égard d'un assouplissement du coût du crédit. Il ne voudrait pas prendre le risque de relancer l'inflation.

Malgré le renchérissement du loyer de l'argent au Japon intervenu jeudi, celui-ci reste largement le plus faible des pays industrialisés. Compte tenu du relatif isolement de la place financière de Tokyo, il est peu probable que ce geste contribue à abaisser le cours du billet vert, et celui-ci restait d'ailleurs très ferme sur les marchés des changes mercredi matin. Cependant, au moment où Mr Greenspan semblait désavouer l'accord du groupe des Sept, les dirigeants japonais, que l'on accuse à l'envi de ne pas participer suffisamment à la coopération monétaire internationale, ont voulu marquer leur attachement à la stratégie arrêtée le 23 septembre.

F. L.

"Nos marges de raffinage sont meilleures. Nous ne perdons plus d'argent. Nous n'en gagnons pas encore beaucoup", a déclaré Mr Yves-René Nanot, PDG de Total France, filiale du groupe chargée du raffinage et de la distribution dans l'Hexagone, en annonçant les résultats pour le premier semestre. Après une année 1988 exécrable, au cours de laquelle Total France avait perdu 405 millions de francs au cours des six premiers mois, 1989 a permis un net assainissement de la situation.

Grâce à la reprise de la consommation et à la bonne tenue des cours des produits pétroliers sur le marché international, les marges des raffineurs se sont nettement redressées, ce qui a permis à Total de réaliser un résultat économique (hors effet de stock et éléments exceptionnels) positif de 158 millions de francs, au lieu d'une perte de 62 millions l'an passé. La remontée des cours du brut ayant, en outre, valorisé les stocks de 1 milliard de francs, le résultat net global a atteint 1,244 milliard pour le premier semestre, à comparer à une perte de 405 millions l'an dernier. La marge brute d'autofinancement (cash-flow) a marqué un redressement encore plus net puisqu'elle a atteint 1,5 milliard, contre une marge négative de 91 millions l'an dernier.

Cette amélioration n'empêchera toutefois pas Total France de poursuivre son plan de restructuration. 268 suppressions d'emplois (sur un effectif total de 5 179 personnes) ont été annoncées récemment au siège social, et les fermetures de pompes devraient se poursuivre au rythme de 200 par an environ. " Notre rentabilité économique est encore loin d'être satisfaisante. Nous avons 12 milliards de capitaux mis en Óuvre et un résultat courant de 158 millions, c'est encore très insuffisant ", a expliqué Mr Nanot, précisant que Total France devrait investir massivement au cours des prochaines années afin de se doter (éventuellement en association avec d'autres raffineurs) d'une unité de " conversion profonde ", permettant d'éliminer tous les résidus de distillation, et d'une unité d'isomérisation pour produire de l'essence sans plomb à haut degré d'octane.

Des investissements seront également nécessaires dans le réseau : " La place prise par la grande distribution sur le marché pétrolier français (40 %) est un phénomène irréversible, a explique le PDG. Leurs coûts de distribution étant inférieurs aux nôtres, nous ne retrouverons plus une marge garantie. La vente de produits pétroliers seuls n'est plus rentable. Il va falloir muscler la distribution. "

Une très forte activité a régné mardi 10 octobre autour de la Compagnie financière Paribas, dont le titre s'est littéralement envolé, progressant de 8,8 % à 580 F, au plus haut de l'année, avec 648 000 actions échangées, soit 1 % du capital. Mercredi 11 octobre dans la matinée, la hausse du titre se poursuivait (+ 9 %), à 635 F. Cette envolée a fait naitre toutes sortes de rumeurs sur un marché fiévreux, notamment celle d'une contre-attaque de Mr Marc Fournier, président du groupe de la Navigation mixte, dont Paribas détient déjà 7 % avec l'ambition, toujours selon les rumeurs, mais celles-ci confirmées, de monter jusqu'à 10 %. Les Assurances générales de France (AGF), déjà actionnaires de la Mixte à hauteur de 7 %, auraient la même ambition.

Tout le monde en Bourse se demande, en effet, comment Mr Marc Fournier pourrait utiliser son " trésor de guerre ", qui dépasse 10 milliards de francs. Certains le voient très bien acquérir une part substantielle du capital de Paribas et d'autres, plus audacieux, envisagent même une alliance de sa part avec Mr Jean-Marc Vernes, riche lui aussi, d'un " magot " de 6 milliards de francs, pour se lancer à l'attaque de Paribas ou même, pourquoi pas, de la Financière de Suez, dont le titre a monté de plus de 3 % à 414 F.

Sans doute, les résultats semestriels de Paribas sont en hausse de 36 % et la valeur réelle des actifs de Suez vient d'augmenter sensiblement, après l'acquisition du groupe d'assurances Victoire : le prix très élevé qu'a payé le groupe allemand Allianz pour la moitié des compagnies d'assurances de la Navigation mixte (sur la base de deux fois les primes annuelles) vient de doper tout ce secteur, qui a littéralement flambé.

Manifestement, de grandes manÓuvres sont en cours mais, mardi, on a pu noter, en Bourse, l'abondance des " suiveurs ", c'est-à-dire des spéculateurs qui jouent tel ou tel coup hypothétique sans aucune certidude.

Une douzaine de " comparatistes " français ont collaboré à ce précis. Les thèmes abordés vont des " littératures africaines dans le champ de la recherche comparatiste " à " l'aventure de la poésie moderne ", de la comparaison entre " littératures et arts " aux recherches de la littérature comparée devant " les images modernes : cinéma, photographies, télévision ".

Presses universitaires de France, 376 p., 195 F.

Cet ouvrage de synthèse, qui expose " les connaissances de base d'un gestionnaire de la production ", s'adresse aux étudiants préparant un BTS, un DUT, une maitrise ou un diplôme d'ingénieur, ainsi que le CAPET et l'agrégation de " génie mécanique " et d'" économie et gestion ". Il traite des questions suivantes : codification et classification, prévisions, gestion des stocks, méthodes de réapprovisionnement, ordonnancement, méthodes de gestion (MRP, Kanban, OPT, Juste à Temps) et apports de l'informatique.

Les Editions d'Organisation, collection "E. O. Sup.", 232 p., 149 F.

Vingt et un chercheurs européens et canadiens ont contribué à cet ouvrage. La première partie définit le domaine d'étude des représentations sociales et son histoire, puis examine les relations avec l'anthropologie, la psychanalyse, la sociologie ou le langage. La seconde partie étudie les liens avec la psychologie sociale (attitudes, prototypes,...). Sont enfin présentés des champs de recherche et d'application spécifiques tels que l'anthropologie médicale, l'éducation ou l'économie.

Presses universitaires de France, collection " Sociologie d'aujourd'hui ", 424 p., 250 F.

Professeur à l'université de Tübingen, le philosophe Manfred Frank a bâti cet ouvrage sur douze leçons qui seront publiées en six volumes. Le Dieu à venir traite du thème de la crise de sens mythico-religieuse, notamment de sa perception par le romantisme allemand (" le Dieu à venir " désigne Dionysos dans une célèbre élégie d'Hölderlin).

Actes Sud, collection " Le génie du philosophe ", 86 p., 75 F.

Ce livre de poche veut illustrer l'engagement intellectuel de nombreux écrivains de la Renaissance en faveur de la langue française, langue vulgaire et rivale du latin. Il réunit quarante-cinq textes, écrits entre 1487 et 1549 par Jean Lemaistre, Etienne Dollet, Joachim du Bellay et bien d'autres, et choisis par Claude Longeon, éminent seiziémiste disparu cette année.

Hachette, " Le Livre de poche ", série " Classique ", 185 p., 22 F.

Technique de la reproduction, la photographie a grandi avec les progrès de l'optique et la maitrise de la lumière. Enregistrement du réel, miroir de la mémoire, le huitième art est aussi, on l'oublie trop souvent, un art de l'illusion qui traduit l'aptitude de l'Óil humain à se tromper lui-même.

IL est curieux de constater que la photographie a été inventée par un audacieux idéaliste, chimiste et lithographe, amoureux du travail bien fait, à la vue si faible qu'il portait des lunettes aux verres teintés en bleu. Est-ce par compensation qu'il conçut cet art qui, dès sa divulgation, rencontra un écho international sans précédent ?

Délaissons l'histoire complexe des procédés mis au point vers 1825-1840 par toute une série de chercheurs en Angleterre et en France. Oublions les querelles agitant ses multiples pères. Et rappelons que la plus ancienne photographie conservée au monde a été prise en 1826. Elle n'est réapparue qu'en 1952 et représente la vue qu'avait Niepce depuis la chambre de sa maison de Gras, à Saint-Loup de-Varenne, près de Chalon-sur-Saône. Comme l'écrit judicieusement Michel Frizot, il est révélateur que la photographie soit née du regard d'une fenêtre porté vers l'extérieur.

A peine assurée de sa technique, la photographie devient une pratique autonome. Loin d'être l' " humble servante des sciences et des arts " que proclamait Arago, elle investit tous les domaines susceptibles de requérir l'attention. Dressant l'inventaire du patrimoine architectural français, la mission héliographique qu'animent Le Gray, Le Secq, Baldus et Mestral, date de 1851. Dès 1853, Disdéri dépose le brevet de la carte de visite ; il la commercialise l'année suivante. Reproductible à l'infini, le portrait photographique donne naissance à l'album de famille. Comme dit Barthes : " Le passé est désormais aussi sûr que le présent. "

En 1855, Roger Fenton prend les premières vues de la guerre de Crimée, et Nadar réalise, en 1858, la première vue aérienne en ballon au-dessus du Petit-Clamart. Saisi sous forme de documents par des aventuriers fougueux, le monde apparait sans limites, physiques, mentales, géographiques. Objectivant la réalité, ces expérimentateurs intrépides découvrent des choses jusqu'alors inaccessibles à l'Óil.

Dès 1856, Auguste Adolphe Bertsch, constructeur opticien à Paris, enregistre une éclipse du Soleil. Avec une chambre noire spéciale qui agrandit six cents fois, il détaille des " stigmates de diptère " ou la trachée d'une chenille processionnaire. Par ces études d'une lumineuse précision, la photographie (liée à la science et au progrès) prévient l'invention du microscope, du télescope ou des rayons X qu'évoque la microphotographie de coquillage prise par le pictorialiste anglo-saxon Frédérick Evans.

Instrument de connaissance accessible à tous, la photographie va passer à la vitesse de la lumière du stade artisanal au stade industriel. Dès 1868, la couleur est techniquement mise au point par Ducos du Hauron et Charles Cros ; le premier appareil à déclenchement instantané, au vingt-cinquième de seconde, apparait en 1870. En 1888, Georges Eastman accéléra son évolution en produisant l'appareil à main, suivi trois ans plus tard du film en rouleau, qui remplace la plaque de verre.

Si elle se lit comme une longue suite d'innovations, l'histoire du huitième art ne s'est pourtant pas faite en un jour. En 1839, Louis-Jacques-Mandé Daguerre se réjouit d'avoir pu fixer le boulevard du Temple noir de monde, mais la surface sensible ne retient rien, hormis un quidam qui faisait cirer ses bottes. Et encore ! Si ses pieds sont visibles, ni son corps ni sa tête n'apparaissent. Ainsi donc, comme par magie, la réalité se dérobe à sa prise. Preuve que l'image fixe est apte à stimuler l'imaginaire : le réel, par suite d'incidents techniques, révèle de bien troublantes anomalies.

Formes tremblées, évanouies ou inachevées, figures floues, fantomatiques, aux contours instables ou dédoublés hantent les vues d'Atget et de Lartigue comme dans l'énigmatique " Zissou fantôme " (1905). Apparu très tôt, le panoramique, qui subvertit les normes du regard, cultive l'ubiquité. Il faudra près d'un siècle, et le génie d'ingénieurs de la vue comme Marey et Muybridge, pour réussir à capter l'expression du mouvement et conquérir par là même, de haute lutte, la maitrise du temps.

Trop souvent réduite à un usage domestique, la photographie excelle à suggérer l'irréel. Qu'elles décomposent le vol du héron, les positions successives du chat qui tombe ou la locomotion humaine, ces images frappent l'Óil en le faisant douter de ce qu'il voit. Loin d'entériner le réel, elles suggèrent une autre lecture de la réalité. Elles accréditent le caractère mental d'un art que sa faculté d'inversion rapproche de l'illusion.

Refusée au Salon de 1855, la photographie ne vise plus désormais à singer la peinture. Cet art que Baudelaire considérait comme " le refuge de tous les peintres ratés " éveille un nouvel écho chez des auteurs et plasticiens contemporains internationalement reconnus de Witkin à Boctanski. Théâtre, rêve et fiction, création critique, interprétation scénographique, et jusqu'au retour aux procédés anciens (daguerréotype, calotype, sténopé), sont autant de façons d'interroger, d'explorer la spécificité du médium.

La fascination des origines, typique de notre époque, est le propre de tout art majeur. Plutôt qu'un piétinement, une régression qui rapprocherait de lointains précurseurs, il faut y voir un signe de maturité, de dynamisme et de modernité. La photographie actuelle n'est plus à la traine des autres arts. Elle est un art en soi.

" Il y a cent ans que la photographie est inventée, elle vient seulement d'être découverte. "

Le spectacle en général, le cinéma en particulier, sont affaire de voyeurisme. Nombreux sont les films qui traitent de ce plaisir obscur. D'autant que la vidéo permet à la fois de surprendre, de reproduire, de voir et revoir - exemple : voir la Palme d'or 1989. Ici, il s'agit simplement d'un homme qui, par la fenêtre espionne sa voisine d'en face. Comme dans le Monsieur Hire de Patrice Leconte, dans Fenêtre sur cour de Hitchcock. Mais le film est de Kieslowski, le Polonais le plus sulfureux du siècle : c'est dire qu'il est pervers et fortement amer.

Aventures, actions, barbarie contre humanisme. Emu par la beauté d'une de ses victimes, Eric le Viking tente d'introduire plus de civilité dans les mÓurs et les habitudes de ses compagnons. Mais rien n'est simple, et les pulsions mauvaises sont solides.

Parti pour tourner un documentaire sur un psychiatre aux tribunaux, Eric Morris rencontre Randall Adams, condamné pour meurtre, qui clame son innocence. Il finit par convaincre le cinéaste, qui reprend l'enquête, filme les dépositions d'Adams et des témoins, grâce auxquelles il reconstitue les faits. Le véritable criminel est arrêté, Adam acquitté. Mais après la sortie, il a intenté un procès à Eric Morris. Aujourd'hui, la question est : qui est l'auteur du film ?

La liaison peinture-photographie ; six reconstitutions d'expositions internationales et un panorama inédit de la création en 1989 (de Cartier-Bresson à Sandy Skoglund), montrant que l'histoire du huitième art est indissociable des beaux-arts. Ce trajet spectaculaire, très public, est ponctué par un cabinet noir de clichés érotiques.

Réparties en huit sections, 280 Óuvres originales de Streglitz à Caneror, content la modernité du médium photographique. Révélateur de formes inédites (par le cadrage, la perspective ou le choix du motif), la photographie est un langage neuf qui bouleverse les façons de voir.

La recherche des quatre pionniers (Niepce, Talbot, Bayard et Daguerre) en 80 documents rares, accompagnés d'appareils leur ayant appartenu : la genèse de l'invention.

Dans une scénographie spécialement étudiée, 160 daguerréotypes (procédé photographique sur plaque argentée) ressuscitent les vues et les monuments de la capitale. Le jardin du Luxembourg pris à travers un sténopé par Ian Peterson complète cet ensemble magique.

En 180 images exposées chronologiquement, les différentes manières de voir qui ont fait l'histoire de la photographie. Ce parcours initiatique et didactique, de Carroll à Newton, donne lieu à l'édition de trois volumes de la collection " Photo-Poche ".

De Charles Nègre à Cameron, un hommage aux pionniers à travers les collections du Musée de La Haye.

Des pictorialistes à Cindy Sherman ou Dieter Appelt, un choix de la collection du Stedeliyk Museum.

J'ÉTAIS allé porter au nettoyage un costume d'été en coton léger. Au moment de le reprendre, mon pantalon fut aussitôt trouvé, mais non la veste. Le préposé inspecta à plusieurs reprises les vestes alignées, téléphona au sous-sol, vérifia que la veste n'était pas dans une machine ou rangée pour une seconde opération de nettoyage, mais la veste demeura introuvable et on me demanda de revenir le lendemain. Le lendemain, même scène, mêmes vérifications vaines, jusqu'au moment où le blanchisseur vérifia distraitement du côté des chemises et la découvrit par son numéro.

Effectivement cette veste avait une forme de chemise et, détachée de son pantalon, pouvait naturellement être considérée comme chemise ; mais, en présence du pantalon, elle devenait veste. Ainsi cette veste en forme de chemise, cette chemise faisant veste, n'avait de nom en aucune blanchisserie, où il n'y avait aucun concept comme " vestise " ou " chemeste " qui aurait pu la désigner. Et j'ai pensé : voilà ce qu'il en est de nous. Nous n'avons pas de nom à nous. Nous sommes des hybrides, des bâtards, des métis qui ne sont même pas reconnus comme tels. On veut nous classer de force dans l'une des deux catégories dont on fait et on ne fait pas partie.

Quand on ne peut entrer dans des catégories mutilantes, il faut proposer des catégories plus complexes. Il y a un terme, " marrane ", qui porte en lui la double identité. Les marranes sont les juifs espagnols convertis qui ont gardé plus ou moins longtemps leur identité juive à l'intérieur de leur identité espagnole. Mais le terme marrane connote une conversion de peur. Je me suis nommé " néomarrane " et je crois que les juifs laicisés sont en fait des néomarranes ou plutôt des spinosants. Le spinosant est celui pour qui le mot juif, cessant d'être substantif, devient adjectif ; c'est un adjectif parmi d'autres, mais pas de même nature que les autres, parce qu'il porte en lui beaucoup de souffrances et une insondable différence. Le néomarrane, lui, porte en lui, en même temps que cet adjectif, de multiples communautés et une double différence.

Situons-nous tout d'abord par rapport à la religion de Moise. Je suis de ceux qui non seulement sont incapables de croire en une religion révélée, mais je suis aussi de ceux qui n'enferment pas la religion juive dans son ultime avatar après l'an 70 de son ère.

Rappelons que le concept religieux de juif a subi de grandes variations historiques, des expressions diverses et divergentes ; ainsi la religion actuellement orthodoxe est la fille d'une des sectes, celle des formalistes pharisiens, née deux siècles avant notre ère, alors qu'il y avait, sous l'occupation romaine, les conservateurs élitistes sadducéens, les nationalistes zélotes, les mystiques esséniens, et enfin les disciples du juif Jésus qui se différencièrent de la souche sous l'impulsion du juif ex-pharisien Saül de Tarse, devenu Paul.

La richesse polymorphe du judaisme avant l'an 70, elle-même fruit de l'immersion de la culture juive dans le monde gréco-latin, a éclaté en miettes après 70 et la secte des pharisiens est devenue religion officielle. Mais je peux, sans être pour autant chrétien, préférer le message du juif Jésus, qui comporte miséricorde et qui, avec Paul, s'est ouvert sans équivoque aux Grecs et aux gentils. Je peux répugner à la fermeture orthodoxe de cette religion qui, prise à la lettre, interdit toute commensalité avec le gentil. Je peux, comme Spinoza, être étranger à toute idée de peuple élu. Je peux et veux fonder ma philosophie sur le message de la démocratie et des philosophes d'Athènes et non sur celui des Tables de la Loi.

En ce qui concerne Israël, je ne suis pas seulement de ceux qui n'envisagent pas de devenir israélien, mais je suis de ceux qui se refusent à être des machines à justifier Israël, et je suis de ceux qui reconnaissent les même droits au peuple palestinien et au peuple israélien.

Tant qu'Israël était menacé plus que menaçant, tant qu'il apparaissait comme une nation démocratique exemplaire dans un voisinage despotique et rétrograde, tant que ses ennemis proclamaient ouvertement leur intention de l'anéantir, alors il n'y avait pas de fossé trop profond entre les juifs soucieux essentiellement que le génocide qui avait frappé les juifs d'Europe ne se reproduise pas pour la nation israélienne et ceux qui s'étaient identifiés profondément à cette nation et approuvaient systématiquement tout ce que faisait son gouvernement. Mais les mesures punitives à l'intérieur et les expéditions punitives à l'extérieur, l'occupation de la Cisjordanie, la guerre faite au Liban, le siège de Beyrouth et enfin la répression de plus en plus sévère de l'intifada, tout cela ruine l'image exemplaire d'Israël et indique une dérive historique tragique.

Le sionisme communautaire et le socialisme des fondateurs a été dévoré par une société " normale ", laquelle est en cours de se faire dévorer par le nationalisme et un nouveau colonialisme. Tsahal, instrument de survie d'Israël, est devenue la solution à tout problème. On va vers une " sud-africanisation " d'un type nouveau. Quand on s'est efforcé toute sa vie de se refuser à l'indignation borgne et à la justification unilatérale, on ne peut fermer l'Óil critique et justifier Israël. Mais le pire est toujours justifié par les officiels du judaisme français qui continuent à faire d'Israël la jeune vierge du Cantique de Salomon et qui voient tout au plus d'inévitables bavures là où est en train de s'opérer un changement de nature.

L'horrible processus génocidaire de 1942-1945 ne conduit pas à sacraliser l'Etat d'Israël de 1989. Shoah ne doit pas vouloir dire qu'on doit continuer à considérer comme des victimes ceux qui tirent par balles sur des enfants palestiniens lanceurs de pierres, ainsi que ceux qui approuvent ces meurtres.

Ceux que leur particularité juive avait amené à se sentir solidaires de tous les persécutés se voient aujourd'hui tragiquement confrontés à un Israël nationaliste, dominateur, arrogant, répressif, qui sera irrémédiablement entrainé dans une dérive fatale pour ses voisins et lui-même si des interventions internes et externes ne se conjuguent pas pour arrêter ce processus.

En ce qui concerne l'idée de peuple juif, je suis de ceux chez qui cette notion de peuple s'est estompée. Je suis de ceux qui demeurent dans l'univers syncrétique et laique où ils se sont formés, je suis de ceux qui ont pris femme ou mari chez les gentils, qui ont des enfants, et ceux-ci, à la différence du chat de Schrödinger, lequel s'est trouvé coupé en deux demi-chats, ne sont ni demi-juifs ni demi-gentils.

Mais surtout je suis de ceux qui ne peuvent accepter que la singularité unique du destin juif nourrisse une fermeture particulariste par rapport aux autres expériences atroces, aux autres dénis de justice, aux autres horreurs de l'Histoire.

La conscience d'Auschwitz ne me fait pas penser que cette horreur transcende l'Histoire. Il a fallu le traité de Versailles de 1918 et la crise économique de 1929 pour créer les conditions favorables au déferlement de l'antisémitisme nazi en Allemagne. Si l'extermination est virtuelle dans la haine atroce portée aux juifs dès Mein Kampf, il a fallu attendre l'année de guerre paroxystique de 1942 pour que Hitler décide de la solution finale. En outre, le sort inique fait aux juifs n'a pas été unique. Shoah, le mot est très juste en hébreu, mais moi je dis tentative d'extermination ou de génocide, et cela a frappé aussi les Tziganes. D'autres ont été massacrés par Hitler, et bien d'autres, plus nombreux encore, par Staline.

Je suis de ceux qui ne se sentent nullement représentés dans l'image punitive du juif, pourchassant quarante-cinq ans après les bourreaux devenus séniles, poursuivant en justice tout propos antisémite, extorquant même une éructation au premier Autant-Lara venu pour le désigner à la vindicte. Je suis de ceux qui ne renvoient pas sur l'antisémite la marque indélébile que celui-ci a imprimée au juif. Je suis de ceux qui attendent le repentir du méchant. Je suis de ceux qui n'ont jamais enfermé l'homme qui a commis un crime dans le concept de criminel qui le recouvre en entier.

L'expérience du camp de concentration a conduit ses victimes à deux leçons contraires. Il y eut ceux qui, comme Robert Antelme, se refusèrent désormais à humilier quiconque, y compris leurs bourreaux, et ceux qui au contraire furent prêts à mettre dans les mêmes camps ceux qui les y avaient mis. De même, l'on voit que la leçon de l'antisémitisme conduit les uns à refuser toute humiliation contre les Arabes, alors qu'elle conduit les autres à les humilier. C'est là une ligne de partage des eaux.

Il y a désormais une bipolarité dans le champ recouvert par le mot juif. A un pôle, ce mot est le substantif qui définit leur être par leur appartenance au peuple et à la religion de la Bible, et par leur relation ombilicale avec l'Etat-nation d'Israël. A l'autre pole, le mot est un adjectif pour définir une des qualités, un des traits de l'identité. Entre les deux pôles, il y a toute une gamme de positions intermédiaires. C'est pour cela que la notion de juif est devenue confuse, équivoque, complexe, parfois contradictoire.

Ceux pour qui être juif est un des adjectifs qui les caractérisent ne se reconnaissent ni dans la synagogue, ni dans l'Etat d'Israël. Ils sont assimilés, mais ils sont aussi d'ailleurs. Ils ont gardé quelque chose de l'exil, et ils sont d'autant plus exilés qu'ils sont cette fois volontairement exilés d'Israël, et qu'ils n'ont pas la référence hiérosolomytaine. Ils ont pu souffrir de manque, d'insuffisance, de carence, et ils le peuvent encore puisqu'ils ne sont plus juifs comme les autres, sans être pour autant gentils. Ils peuvent vivre comme une vacuité le fait qu'ils sont dans une faille entre juifs et gentils.

Mais ils peuvent aussi se sentir riches de plusieurs racines, riches de la culture européenne (née de la dialogique entre la source judéochrétienne et la source gréco-latine) qui est leur vraie nourriture spirituelle, riches de l'universalisme qui est à la source et au terme de leur expérience dans le monde des gentils. Ils savent aussi que cette même culture européenne qui les a émancipés leur a aussi apporté la pire persécution, et qu'elle a dans le monde apporté non seulement les Lumières et l'humanisme, mais aussi la domination et la mort. Mais la singularité et l'unicité d'un destin persécuté, au lieu de les renfermer dans le particularisme supérieur du peuple élu, les a ouverts sur l'universalité de la cause des humiliés et offensés. C'est pourquoi, sans pouvoir se donner un autre nom que celui, provisoire, de spinosants, ils veulent reprendre comme leur idéal et dans sa plénitude véritablement humaniste la recherche qu'avait formulée l'homme à double identité Saül/Paul d'un monde où juifs et gentils ne se définiraient pas de façon substantive ni exclusive, la substance commune étant l'humanité.

Un " carrefour de travail " sur le thème " L'insertion par l'économique : comment faire ? ", réservé aux élus, est organisé le jeudi 12 octobre à l'Opéra-Bastille, à partir de 9 heures. L'initiative de cette rencontre, à laquelle participeront plus de quatre cents personnes, revient à la Fondation de France, en liaison avec divers ministères et associations intéressés par l'insertion. Un guide pratique à destination des élus sera publié dans les prochaines semaines ainsi que les actes du " carrefour ", auquel doivent participer le premier ministre ainsi que les ministres du travail et de la santé (1). Notre journal s'est associé à cette journée pour assurer, avec le Quotidien du maire, l'animation des quatre tables rondes. Nous avons demandé à Mr Francis Bailleau, sociologue (CNRS), d'expliquer la nécessité pour les élus de s'impliquer dans de nouvelles formes de lutte contre l'exclusion.

LA réduction brutale de la croissance économique, les transformations des conditions de production et d'échanges ont profondément modifié les conditions d'accès à la vie active.

Depuis plusieurs années, de nouvelles démarches sont apparues pour faciliter l'accès à l'emploi des personnes qui ne pouvaient plus emprunter les voies traditionnelles. Le terme d'insertion est celui qui, aujourd'hui, est utilisé pour désigner ces nouvelles approches. Parmi celles-ci, l'insertion par l'économique est l'une des plus prometteuses.

Insérer par l'économique, c'est offrir à des personnes en difficulté la possibilité d'occuper un poste de travail sur un contrat à durée déterminée afin de leur permettre de se préparer, dans de bonnes conditions, à intégrer un emploi stable. Sur cette base, depuis la fin des années 70, différentes expériences ont été conduites, principalement par des travailleurs sociaux.

La forme la plus novatrice, issue de ce lent mouvement d'action et de réflexion, est l'entreprise intermédiaire, devenue par la suite entreprise d'insertion.

Elle se présente, à première vue, comme une entreprise traditionnelle vendant un produit ou un service sur un marché. Elle s'en distingue pourtant par le double objectif qu'elle poursuit et qui marque toute son activité : une finalité économique : se développer dans un espace local en offrant des produits ou des services à un prix concurrentiel sur le marché ; une finalité sociale : insérer ou réinsérer sur le marché du travail des personnes en difficulté qui ne peuvent, pour de multiples raisons, bénéficier des différentes formules de formation proposées par les pouvoirs publics.

Cette entreprise offre donc deux types de service à la collectivité : une activité productive nécessaire au développement économique local ; une activité d'insertion permettant de réinsérer, dans de bonnes conditions, des exclus.

Ce surcoût, pour les entreprises qui ont atteint leur vitesse de croisière, les empêche de rassembler, par autofinancement, les fonds nécessaires au développement économique, qui passe tant par le financement de la modernisation des outils de production que par des investissements immatériels recherche de nouveaux créneaux, mise au point d'une nouvelle organisation du travail, réseau commercial, amélioration des produits...

Dans ces conditions particulières et eu égard au service évident rendu à la collectivité, ces entreprises ont besoin de l'aide des pouvoirs publics : en moyenne, 60 % des personnes passées par ce type de structure ont pu réintégrer le marché du travail dans de bonnes conditions. Ce qui, au regard de la productivité et du coût des différentes procédures mises en place depuis 1975, est une belle réussite.

Le soutien qui a pu être apporté ces dernières années par l'Etat s'est révélé trop aléatoire et a été distribué sous des formes qui ont souvent fragilisé les entreprises au lieu d'Óuvrer à leur consolidation.

C'est en partant de ce constat et des transformations en cours aujourd'hui - liées principalement aux nouvelles responsabilités des collectivités territoriales (l'exemple du RMI, avec le volet insertion) - qu'il est apparu urgent de sensibiliser les élus locaux à ces expériences.

Ce sont eux, aujourd'hui, les plus à même de juger de l'utilité de ces entreprises et de les aider à s'enraciner sur le marché, en assurant cette fonction d'insertion à travers une activité qui fait du social et de l'économique les deux dimensions indispensables d'un développement local équilibré, c'est-à-dire sans exclusion.

En s'appuyant sur des constats semblables - fruits d'un long travail de soutien à ces expériences, - la Fondation de France veut, avec l'aide de ses partenaires, mobiliser les élus afin qu'ils apportent à ces entreprises le soutien dont elles ont besoin pour s'ancrer sur le territoire et se développer au profit des collectivités locales.

Le groupe allemand Bertelsmann a réalisé un chiffre d'affaires de 12,5 milliards de marks (42 milliards de francs) pour son exercice annuel 1988-1989 clos en juin dernier, enregistrant ainsi une hausse de 10,4 % en un an. Le bénéfice net du groupe progresse, lui, de 16 % pour atteindre 420 millions de marks (1,4 milliard de francs). Le premier groupe européen de médias - qui devrait perdre sa place de premier mondial à la suite de la fusion Time-Warner - montre ainsi qu'il digère bien ses acquisitions des dernières années, qui lui ont permis d'augmenter son chiffre d'affaires de 5 milliards de marks en cinq ans. Bertelsmann a ainsi repris RCA (disques) et Doubleday (édition) aux Etats-Unis, et lancé RTL Plus (chaine privée allemande), ainsi que de nombreux magazines. Après cette phase de croissance, le groupe procède à une consolidation de ses activités, réparties entre trois gros secteurs couvrant plus de 20 % chacun (magazines avec Gruner und Jahr, clubs de livres avec notamment France Loisirs, disques), auxquels s'ajoutent édition, imprimerie (plus de 10 % chacun) et médias électroniques.

Portraits de famille, meubles, vaisselle ou voitures à cheval, commandes officielles ou cadeaux ; grâce à la règle d'inaliénabilité des possessions royales, François Ier et ses descendants entassèrent des milliers d'Óuvres d'art pour meubler les châteaux de Versailles, Saint-Cloud, Meudon ou les Tuileries. A quelques rares exceptions près, ces trésors furent dispersés à la Révolution. Entre 1793 et 1794, les révolutionnaires organisèrent des ventes aux enchères devant le château de Versailles. Elles firent le bonheur des marchands et des fripiers qui revendirent leurs achats dans l'Europe entière. Seules quelques pièces jugées dignes de figurer dans les musées nationaux échappèrent à la dispersion.

Le destin de ces trésors est évoqué dans une exposition qui est un petit événement car certaines de ces Óuvres retrouvent la France pour la première fois depuis la Révolution. Elles dévoilent l'intimité des souverains et témoignent du rayonnement de l'art français des XVIIe et XVIIIe siècles. On y découvre le petit salon de poupée de Marie-Antoinette, son austère - mais magnifique - service de porcelaine, quelques diamants dont la taille donne le vertige. Le minuscule cabriolet du Dauphin qui était tiré par des chèvres et le monumental baromètre, en bois sculpté doré, soutenu par deux angelots dodus. Cette Óuvre commandée à Jean-Joseph Lemaire provient d'une collection privée suisse. Présentée pour la première fois, elle est le clou de cette promenade un peu touffue.

Adrien, qui a échoué au concours de l'école militaire, vient passer les vacances dans la propriété familiale, avec un uniforme de lieutenant qu'il a emprunté, pour ne pas décevoir son père, colonel en retraite. Sur lui plane la menace d'un duel avec un civil qui déteste l'armée. Mais Adrien ne songe qu'à séduire Vicky, amie de sa mère, une femme divorcée, dont le précepteur, Sébastien, est amoureux comme un ver de terre peut l'être d'une étoile.

Un court et très beau roman d'Eduard von Keyserling, Versant sud, à l'atmosphère, disons tchékhovienne, a été transposé, par Colo Tavernier O'Hagan, d'un milieu aristocratique balte fin dix-neuvième siècle, à un microcosme bourgeois français de l'été 1914, veille de la fin d'un monde. C'est adopter le parti pris, toujours prisé du public, du réalisme psychologique. Les personnages se comportent comme on pense qu'ils vont le faire, selon leur éducation, leur esprit de classe, leurs préjugés et leurs passions. André Neau a mieux photographié les paysages que les intérieurs et les visages, mais Daniel Vigne, qui aime beaucoup les acteurs, leur a laissé la part belle à tous. Remi Martin sort de ses emplois de prolétaire, Thierry Fortineau fait une fin romantique, la séduction de Maruschka Detmers est toujours aussi grande, on apprécie l'autorité de Nelly Borgeaud et de Jean-Claude Brialy. En aieule du grand monde, Mila Parely, sous sa perruque blanche, nous ramène au souvenir d'une certaine Geneviève de Marrast, chez Jean Renoir. La "règle du jeu", elle connait.

Contraint de déposer le bilan au commencement de l'été, l'équipe du Printemps de Bourges, avec à sa tête Daniel Colling, a su garder la tête froide. Son succès, la manifestation l'avait dû dès le début aux jeunes. Devenu une énorme entreprise culturelle employant pendant deux semaines sept cents personnes, il était naturel qu'elle arrive à un seuil de saturation.

Le festival, qui avait déjà rencontré des problèmes de mutation en 1979 et 1982, aura lieu en 1990 du 11 au 16 avril, soit six jours au lieu de dix. Tout en gardant et en renforçant son identité, le Printemps, dans sa quatorzième édition, aura une structure moins lourde et présentera moins de spectacles. Objectifs : dégager 3 millions de francs de bénéfices. Tout en trouvant un appui naturel auprès des pouvoir publics (2,1 millions de francs en 1989), des organismes professionnels (1,5 million de francs en 1989) et des sponsors, qui, dans le passé, ont déjà établi là un record dans le parrainage culturel.

Le lit en désordre, face à la salle, est vide, tandis que la tumultueuse ouverture dépeint les gloires de l'amour. Délicate entrée en matière de Jean-Louis Martinoty, qui évite de doubler les évocations fort précises de Richard Strauss par les efforts toujours un peu risibles des cantatrices pour essayer de faire " comme si " mais " sans " le faire... Qu'on se rassure, les ivresses sensuelles seront pour après, lorsque rentre la Maréchale, et qu'Octavian jaillit d'un amas d'oreillers et de coussins, comme un dieu grec éclaboussant de virilité (!), dont on sent bien que la carrière ne va pas s'achever dans cette chambre.

Comme dans ses meilleures réalisations, Martinoty ne cède pas à la mode des mises en scène a contrario, qui démentent presque systématiquement le livret ; mais, sans la souligner d'un trait gras, il met en relief la musique grâce aux personnages, à l'acuité de leurs gestes, de leurs expressions. Ce peut être aussi bien la richesse exceptionnelle des détails et le tourbillon si savoureusement ordonné lors du lever de la Maréchale, que l'immobilité méditative des dames, le recul très lent d'Octavian à la fin du premier acte ou le duo face au public, main dans la main, yeux clos, du chevalier et de Sophie, tandis que les éclairages virent au bleu et que la neige tombe sur le départ discret de la Maréchale avec Faninal. La musique, toujours, commande.

Les décors de Hans Schavernoch (et les costumes de Lore Hass) participent à cette lecture proche de la partition. Comme dans le Masque noir, de Penderecki, à Salzbourg, tout un panneau balaye la scène, mur ou miroir, qui agrandit l'aire de jeu ou lui rend son intimité, ouvre la chambre de la Maréchale sur un paysage à la Fragonard, démultiplie les volées d'escaliers du palais de Faninal, élargit la vision charmante de Vienne sur les papiers peints, dévorés par les farces et attrapes, de l'auberge.

La Maréchale, de Mechthild Gessendorf a considérablement progressé depuis Aix-en-Provence en 1987, non point vocalement, car elle avait déjà cette diversité de coloris, mais en approfondissant le personnage, que son apparence physique un peu courte tire naturellement vers la nostalgie, voire le tragique.

Séduisant androgyne, Suzanne Mentzer est la révélation de la soirée, merveilleuse cantatrice à la voix jaillissante, victorieuse et tendre, même si elle n'a pas encore su exprimer, au deuxième acte, ce qu'a de magique la rencontre de l'idéal féminin, de son "double" mystérieux en Sophie. Celle-ci, Liliane Watson (la pétulante Blondchen de Salzbourg) donne une amusante image de la petite bourgeoise naive, coincée dans son état, dont les ailes et le chant vont s'ouvrir vraiment lors du dénouement où les trois femmes chantent comme des anges mozartiens.

Günter Messenhardt ne leur fait pas d'ombre, le baron Ochs n'est pas un "monstre vulgaire" : simplement un hobereau jouisseur.

Fort homogène, la distribution mérite des éloges: Riccardo Cassinelli et Jane Berbié forment un couple pétillant d'entremetteurs; Paul Hartfield, excellent chanteur italien, fait sensation lorsqu'il tire de sa poche le mouchoir de Pavarotti; Florian Cerny (Faninal), Isabelle Vernet (la duègne), Antoine garcin (le commissaire), tous les petits rôles, ainsi que les chÓurs de l'Opéra de Paris, les personnages du carnaval italien et le nain noir de la Maréchale jouent de manière éblouissante sous la férule redoutable de Martinoty: une comédie féérique dans une main de fer...

Malgré quelques turbulences au début de chaque acte, l'Orchestre de l'Opéra fait honneur à sa réputation, en particulier les bois suaves et les cuivres solaires, sous la direction souple et sensible de Georg Schmöhe qui, au même titre que le metteur en scène, fait éclore le rire, le sourire, et l'enchantement !

Le ministère de la défense a pu, en 1988, donner un coup de frein à l'évolution des dispenses et des réformes du service national en les contenant à leur plus bas niveau depuis de nombreuses années. Soit, respectivement, de l'ordre de 4,6 % et 21,5 % d'une classe de jeunes Français (entre dix-neuf et vingt-deux ans) en âge de servir sous l'uniforme.

Cette estimation émane des dernières statistiques publiées par la direction centrale du service national pour l'année 1988, qui rappelle que la conscription a fourni cette année-là 262 297 hommes aux trois armées et à la gendarmerie (soit 45 % des effectifs militaires) et 11 770 hommes aux différentes formes civiles de ce service national.

Prononcées pour des raisons sociales ou administratives, les dispenses ont concerné 19 498 jeunes Français, soit 4,6 % de la classe d'âge considérée, quand, pour la décennie écoulée, ce même taux a varié entre 7,3 % et 4,8 %. C'est l'autorité civile qui accorde les dispenses à caractère social. Les dispenses à caractère administratif (Français résidant à l'étranger, doubles nationaux ou bénéficiaires de conventions internationales) relèvent de l'autorité militaire, mais des recours peuvent intervenir devant la justice.

Décidées pour des motifs médicaux, les réformes du service national ont concerné 99047 jeunes Français, et ces exemptions représentent 21,52 % des cas examinés en 1988. Ce taux était de 22,36 % l'année précédente. Il dépend des seuils médicaux fixés par le ministre de la défense pour répondre aux besoins des armées. En effet, il est souhaitable de n'incorporer que des recrues capables de subir un entrainement militaire ou d'exercer une spécialité intéressante, de façon à constituer des unités opérationnelles et à éviter d'avoir trop d'indisponibilités temporaires ou définitives qui, dans certains cas, donneraient droit à des pensions.

Selon les études de la direction centrale du service national, la proportion des exemptés est beaucoup plus forte parmi les jeunes Français de bas niveau scolaire (une recrue présente ses diplômes au centre de sélection) et de bas niveau général (apprécié par une batterie de tests).

D'autre part, les jeunes Français tirent davantage profit des formes de plus en plus diversifiées de service national ouvertes par la loi. L'armée de terre et la gendarmerie voient baisser leurs part de recrues au sein des effectifs de la conscription, quand la marine, la police, la coopération et l'aide technique voient croitre les leurs. En revanche, les parts de l'armée de l'air et de l'objection de conscience (qui peut permettre un service civil) n'évoluent pas.

Le nombre des jeunes filles volontaires pour un service national féminin de durée égale à celui des jeunes appelés est en légère régression : 1 136 (dont plus de la moitié dans l'armée de terre), au lieu de 1 257 l'année antérieure, mais le nombre des demandes déposées (2 958) a augmenté.

De même a augmenté la durée moyenne (de l'ordre de vingt mois et trois jours) du service national de volontaires (hommes et femmes) pour un contrat dit " allongé " (dont la durée peut être le double de celle du service actuel de douze mois). En 1988, on a compté 24 087 candidats (dont 1 156 femmes) à ce service national volontaire plus long, sans grande différence sur le plan des effectifs par rapport à 1987.

La direction centrale du service national a, enfin, remporté une victoire discrète contre ceux qu'on appelle les " inscrits d'office ", c'est-à-dire les jeunes Français qui oublient ou négligent de se faire recenser dès dix-sept ans à leur mairie. Cette démarche est obligatoire. Ils avaient été 93 902 (soit 21,41 % des recrues potentielles) en 1987. Ils n'ont plus été que 75 501 en 1988, soit 16,88 % à être inscrits d'office. Entre-temps, les armées avaient lancé une grande campagne d'information pour diminuer ce contingent. Des régions comme l'Ile-de-France, la Corse, la Provence-Côte-d'Azur ou la Haute-Normandie continuent d'être les plus réfractaires.

Les clubs de rugby gallois, qui étaient réunis en assemblée générale extraordinaire, le 8 octobre, à Port-Talbot, ont décidé de rompre leurs liens sportifs avec l'Afrique du Sud par 276 voix contre 113 et 6 abstentions.

Ce vote avait été sollicité par le président de la Fédération galloise, Clive Rowlands, qui avait désapprouvé la participation de neuf joueurs et de plusieurs officiels gallois à la tournée internationale organisée à l'occasion du centenaire de la Fédération sud-africaine (SARB). " Il est évident que les temps changent ", a commenté Clive Rowlands après le vote qui a donné un résultat inverse que celui organisé en 1984 sur le même sujet.

Toutefois le président de la Fédération a expliqué que la décision des clubs n'empêcherait pas les joueurs de se rendre à titre individuel en Afrique du Sud : " Si un joueur veut aller là-bas et emmener ses crampons nous n'avons aucun moyne de nous y opposer. "

Le ministère de l'économie, des finances et du budget organise, dans le cadre du Bicentenaire de la Révolution, un colloque sur ce thème les 12, 13 et 14 octobre au centre de conférences de Bercy, 139, rue de Bercy, 75012 Paris.

En France, actuellement, sur trois couples mariés, un est divorcé. Le divorce, un échec de la vie conjugale... Comment le gérer le mieux possible ? Sur ces thèmes, le centre culturel Les Fontaines propose, les 21 et 22 octobre, un week-end avec Michel Lefrain, de l'Institut catholique de Paris.

LE 15 juin dernier, le Conseil supérieur de la fonction militaire n'avait pas voulu se saborder ou, à tout le moins, s'interroger sur sa représentativité. Il avait refusé la proposition de Mr Chevènement que, désormais, ses membres soient tirés au sort parmi des volontaires, au lieu, comme c'est le cas depuis sa création, qu'ils soient désignés réellement au hasard à partir d'une liste de six noms pour chaque poste.

Quatre mois après, le ministre de la défense est revenu à la charge, fort de ce qui s'est passé cet été avec la fronde épistolaire des gendarmes. En août dernier, Mr Chevènement a, en effet, institué des commissions de concertation dans la gendarmerie - dont trois sur cinq continueront leurs travaux jusqu'à la fin de l'année - en faisant appel à des volontaires parmi lesquels furent tirés au sort les officiers et les sous-officiers mandatés pour dialoguer avec leur hiérarchie et, d'abord, leur nouveau directeur général.

C'est cette formule-là dont s'inspire aujourd'hui le ministre de la défense pour rénover le fonctionnement interne du Conseil supérieur et en améliorer la représentativité au bénéfice de l'ensemble de la corporation des militaires.

Aucune institution et, à plus forte raison, aucun de ses membres, ne se font aisément hara-kiri, sous le reproche qu'ils ont cessé d'être le bon intermédiaire entre un sommet et sa " base ". On comprend donc que, le 15 juin, le Conseil et ses instances régionales aient préféré temporiser. Depuis, les événements de l'été ont balayé leurs hésitations.

Pouvait-on, pour autant, aller plus loin que le tirage au sort parmi des volontaires ? La communauté militaire est un édifice fragile et c'est cette observation qui doit guider toute réflexion sur son nécessaire aggiornamento.

D'une part, l'arbitraire de la désignation par le hasard laisse planer un doute sur la compétence des délégués ainsi choisis et, du même coup, sur leur aptitude à s'improviser des spécialistes des questions militaires mises à l'ordre du jour du Conseil. Mais, d'autre part, la procédure de l'élection pure et simple suppose que les candidats mènent une campagne préalable au sein d'une population militaire géographiquement très dispersée, avec tous les risques inhérents à une " politisation " qui reste contraire au statut militaire.

La voie retenue - le tirage au sort parmi des volontaires - navigue entre ces deux écueils, celui d'une désignation mécanique, qui manque de spontanéité, et celui d'une syndicalisation progressive, qui peut bloquer les rouages de la machine militaire. Le pire aurait été la voie hiérarchique.

C'est sans surprise qu'a été repoussée, lundi 9 octobre, à l'Assemblée nationale, la motion de censure déposée par le RPR en riposte au 49-3 (engagement de responsabilité) utilisé par le gouvernement pour faire passer sa loi de programmation militaire 1990-1993. A l'issue d'un débat vidé en bonne partie de sa substance par le boycottage de l'UDF et de l'UDC (pas de vote ni prise de parole), cette première motion de censure de la session n'a recueilli que cent cinquante-neuf voix au lieu des deux cent quatre-vingt-huit nécessaires pour censurer le gouvernement. L'hémicycle reflétait, par sa physionomie, le profond malaise de l'opposition et l'indifférence de la majorité : les bancs de l'UDC étaient vides, six UDF étaient présents. Le RPR comptait environ vingt-cinq députés, dont un seul "rénovateur", tandis que le PCF avait mobilisé un "piquet d'incendie" composé de deux élus. Le PS n'avait pas cru bon de déplacer plus de huit parlementaires pour ce que le premier ministre, Mr Michel Rocard, a appelé "une péripétie".

Premier orateur à intervenir, Mr Robert Galley, RPR, a reproché au gouvernement d'avoir, sans raison valable, révisé à la baisse la loi de programmation militaire votée en 1987 à la quasi-unanimité. Il a réfuté l'idée selon laquelle le projet Chevènement était "un simple réajustement" : "Ce projet a-t-il dit, réduit les dépenses d'équipement de plus de 20 milliards pour les années 1990-1991 et de 48 milliards sur la période 1990-1993." (...) "Il ne s'agit pas d'une simple actualisation. Pourquoi une telle incohérence ?", s'est interrogé l'ancien ministre de la défense. "Le projet qui nous est proposé place la France dans une position délibérée de faiblesse. Si nous n'avions pas voté cette motion de censure, a expliqué Mr Galley, vous auriez sans doute laissé croire aux Français soit que nous étions d'accord avec vous, soit que nous étions résignés. Eh bien ! n'y comptez pas, les gaullistes ne se résignent jamais lorsqu'il s'agit de la sécurité de la France et des moyens de son indépendance. Il peut arriver des circonstances où cette détermination nous entraine à un exercice solitaire."

Le président de la commission de la défense, Mr Michel Boucheron (PS, Ille-et-Vilaine), n'a pas manqué d'ironiser devant les divisions de l'opposition : "Cette motion de censure est un prétexte ; la loi de programmation a une réalité : les querelles internes de l'opposition. Il suffit de prendre les considérants de la motion de censure pour s'apercevoir qu'elle a été rédigée à la hâte sur un coin de table. (...) Pourtant, avec cette loi de programmation, nous avons fait un travail sérieux. Mais ce débat illustre un fait nouveau. Deux partis se sont isolés : le PCF, qui reste fidèle à lui-même, et le RPR, qui essaie de créer un état de guerre politique sur n'importe quel sujet. "

Pour le groupe communiste, il n'était pas question de s'associer à une motion de censure dont le texte s'apparente à " un véritable plaidoyer militariste ". Les communistes, " pour qui la politique de défense nationale ne saurait être dictée par des intérêts industriels et pour qui le processus de désarmement en cours constitue une défense inappréciable pour la sécurité de la France, ne voteront évidemment pas cette motion, qui s'inspire de principes radicalement opposés aux leurs ", a déclaré Mr Louis Pierna (PC, Seine-Saint-Denis), renvoyant dos-à-dos le gouvernement et la droite. Le groupe communiste a dénoncé " le jusqu'au-boutisme dans le surarmement ".

Le premier ministre, confronté à l'opposition un peu solitaire du RPR, a pu jouer sur du velours. Mr Michel Rocard ne s'est pas privé de rendre hommage " aux deux ou trois groupes de l'Assemblée qui, tout en critiquant par conviction " le texte " ont préféré ne pas censurer le gouvernement ". Une précision destinée à mettre en relief la position de Mr Bernard Pons et de ses amis, rejoints par une poignée d'UDF : " Certains décident de s'opposer, l'annoncent par voie de presse et ne recherchent les arguments qu'ensuite, pour nourrir plus ou moins une motion de censure." Protestations sur les bancs du RPR quand MM Pierre Mazeaud et Robert André-Vivien tentent de galvaniser leurs maigres troupes par quelques propos vifs.

" Libre à vous, et si je critique ce type d'attitude, a poursuivi le premier ministre, voyez-y davantage une manifestation de ma sollicitude que de mon inquiétude, car je suis sûr que votre motion de censure fait plus de tort à vous qu'à moi." Mr Rocard a également expliqué, point par point, que la loi de programmation militaire était marquée au coin du " réalisme politique et économique ".

" C'est le meilleur gage du consensus. Et nos concitoyens ne s'y trompent pas. Il eût été plus simple d'annoncer la poursuite de notre effort de défense à un rythme inchangé et de compter sur l'avenir pour que les choix se fassent d'eux mêmes, au lieu d'en assumer aujourd'hui la responsabilité. Une ambition excessive nous aurait privés d'illusions, mais d'illusions sans lendemain : bien amer eût été alors le retour à la réalité. "

Répondant alors directement à Mr Galley (après quelques hésitations pour retrouver son nom), le premier ministre a expliqué qu'en aucune façon la crédibilité de la dissuasion nucléaire n'était atteinte.

Dans les couloirs, Mr Jean-Pierre Chevènement confirmait : " Il y a un consensus sur le fait qu'il ne faut pas rompre le consensus. Un vote politicien ne peut mettre en cause un consensus aussi profond. Quant à notre force de dissuasion nucléaire, elle est intacte. "

Quant au président du groupe RPR, Mr Pons, il devait expliquer, un peu plus tard dans la nuit, à l'issue du vote, qu'il proposerait que dorénavant le dépôt d'une motion de censure vienne en riposte " systématique " à l'utilisation par le gouvernement du 49-3. Cette proposition sera-t-elle compatible avec le souhait de MM Millon et Méhaignerie de conserver à cette pratique de la censure un caractère exceptionnel et solennel ?

LE degré zéro de la motion de censure ! Les précédentes n'avaient pas été fameuses. Celle-ci restera dans les mémoires comme l'un des plus beaux ratages d'une opposition qui, selon l'expression de Mr Hervé de Charette (UDF), "n'a pas encore touché le fond". D'ordinaire destinée à mettre solennellement en accusation le gouvernement, la censure en solo du RPR a eu un double effet boomerang : non seulement elle a confirmé, encore un peu plus, l'extrême friabilité de l'opposition, mais elle a, en outre, lavé de tout soupçon la loi de programmation militaire.

Oublié, en effet, le 49-3, qui traduisait pourtant une position de faiblesse du gouvernement, confronté à l'hostilité conjointe des oppositions ! Le RPR, l'UDF et l'UDC, malgré leur intergroupe, ou plutôt à cause de lui, ont ainsi fourni à la majorité, une nouvelle fois, les verges pour se faire battre.

Certes, le "noyau dur" du groupe RPR a pu y trouver son compte, et il a applaudi l'apologie par Mr Galley de "l'exercice solitaire" du pouvoir d'opposants. Les élus du RPR, partisans d'une opposition radicale, ne sont pas pressés de faire la moindre concession au thème de l'union avec l'UDF et l'UDC. Nombreux sont ceux qui estiment que l'intergroupe RPR-UDF-UDC est moribond avant même d'avoir vraiment vu le jour.

Une nouvelle fois, l'opposition a donné l'illustration d'une réalité que les "rénovateurs" avaient tenté de mettre en valeur au printemps dernier: tant que la droite et le centre ne se réorganiseront pas ou ne se recomposeront pas, l'opposition sera réduite à jouer les mouches du coche du gouvernement. Comment, en effet, gérer les conflits internes à chacune des formations tout en prétendant parler d'une voix, sinon harmonieuse, du moins accordée face au gouvernement ?

Dans l'hémicycle, le travelling sur les bancs de l'opposition révélait à l'envi les clivages internes au RPR et à l'UDF. La garde rapprochée de Mr Léotard était là pour voter avec les "moines soldats" du RPR, comme par défi vis-à-vis de leur tout nouveau président de groupe, Mr Charles Millon.

Un seul "rénovateur" RPR faisait de la figuration, Mr François Fillon: une présence technique, voulue par les "rénovateurs" afin de marquer leur défiance à l'égard d'une motion destinée, à leurs yeux, à torpiller l'intergroupe UDF-UDC-RPR. Les "rénovateurs" du RPR ont d'ailleurs voté la censure, mais par procuration. Ils n'ont pas l'intention de se faire piéger sur une ligne "ultra".

Ils ont inauguré, lors du débat sur le financement de la vie politique, une tactique tendant à faire entendre leurs voix, parallèlement à celle d'un représentant de l'aile dure du groupe. L'expérience sera renouvelée.

A droite, la décantation est toujours en marche, et le vote par tête devrait permettre que se dessine, au cours des prochaines sessions, une carte des sensibilités qui transcendera les groupes actuels. Quand la décantation sera faite, chacun pourra reconnaitre les siens. En attendant, le Parti socialiste peut continuer, avec une certaine quiétude, à jouer tous les rôles à la fois: celui du soutien au gouvernement et celui de soutier de sa contestation.

La motion de censure n'a recueilli que 159 voix au lieu des 288 requises pour atteindre la majorité absolue. Le groupe RPR (131 députés) a voté la censure, à l'exception de MM Charbonnel, de Bénouville, Mauger et Olivier Dassault.

Sur les quatre-vingt-neuf députés de l'UDF, trente et un ont décidé de joindre leurs voix à celles du RPR : pour l'essentiel, on y retrouve les proches de Mr François Léotard, qui a lui-même voté la censure (il avait donné sa procuration à Mr Falco) : MM Blanc, Blum, Cazalet, Clément, Colin, Colombani, Colombier, Delattre, Dimeglio, Ehrmann, Falco, Farran, Gaillard, Gantier, Gonnot, Griotteray, Haby, Hunault, Jacquat, Kerguéris, Léotard, Longuet, Marcellin, Mesmin, Mestre, Paecht, Philibert, de Robien, Rossi, Salles et Vasseur. Mme Yann Piat (non-incrite) a également voté la censure.

Les socialistes, les communistes, les centristes et donc cinquant-huit UDF sur quatre-vingt-neuf ne l'ont pas votée, ainsi que quinze des seize non-inscrits.

L'Italien Alessandro Fiorio (Lancia) était en tête, lundi 9 octobre, dans la soirée, du rallye de San-Remo (Italie) comptant pour le championnat du monde de la spécialité. Cette première journée de course a été marquée par l'abandon du Français Didier Auriol (Lancia), victime d'une sortie de route alors qu'il menait après quatre épreuves spéciales.

L'équipe italienne Cagiva a pris, lundi 9 octobre, une bonne option sur la victoire finale à moto du Rallye des Pharaons. Après l'abandon sur chute du Français Stephan Peterhansel (Yamaha YZE 750), deuxième au classement général, dans la neuvième étape, une boucle de 270 km à partir d'Hourghada, dans le désert arabique, l'Italien Alessandro De Petri précède son équipier Edy Orioli, vainqueur du Dakar 1988, de 42 min. 59 sec. Le Finlandais Ari Vatanen (Peugeot 405 grand raid) a encore accentué son avantage chez les voitures après sa sixième victoire d'étape.

Une malédiction des Pharaons frappe-t-elle Stephan Peterhansel ? L'an dernier, le motard français avait dû abandonner sur chute, alors qu'il occupait la tête du rallye. Le scénario, presque identique, s'est reproduit lundi 9 octobre. Parti dans la poussière d'Alessandro De Petri, le jeune champion du monde d'enduro a lourdement chuté à la réception d'une succession de bosses.

Premier à arriver sur lui, l'Italien Franco Picco (Yamaha YZE 750), lui a aussitôt porté secours. " Il était encore assommé, raconte-t-il. Il était un peu touché au visage mais, dès qu'il a repris connaisance, il s'est surtout plaint de ses doigts (deux fracturés). Avec Gilles Lalay (Suzuki DRZ 750), nous l'avons dégagé de sa moto, puis j'ai dû couper son gant avec mon couteau. "

L'abandon du Français, deuxième à 17 minutes, laisse le champ libre aux " Elefant " des deux Italiens, puisque Alessandro De Petri devance désormais son équipier Edy Orioli de 42 min. 59 sec. et l'Espagnol Carlos Mas (Yamaha XT 600) de 1 h 25 min. 29 sec. Mais cet accident a surtout été révélateur des caractères des principaux concurrents. Parmi ces modernes cavaliers du désert, il y a les seigneurs, comme Franco Picco, Edy Orioli, Gilles Lalay qui n'hésitent pas à porter secours malgré le chronomètre qui tourne sur la ligne d'arrivée, et... les autres comme l'Espagnol Carlos Mas (arrêté 5 secondes) ou le Belge Gaston Rahier (Suzuki DRZ 750) qui filent en espérant profiter des circonstances pour gagner une ou deux places.

" Le Rallye des pharaons devient trop dangereux pour les motards, estime Edy Orioli. Le parcours ne change pas assez. Les anciens n'ont plus besoin du " road book " car ils connaissent les pistes des spéciales par cÓur. Cette année, toutes les étapes ont été gagnées à plus de 100 km/h. Alessandro, qui vient du moto-cross, est plus à l'aise dans cet exercice car c'est un fonceur. Après ma chute ici même, l'an dernier (fracture de vertèbres lombaires), je ne suis revenu que pour tester la nouvelle " Elefant " avant le Dakar. "

Si le forfait de Honda, annoncé à l'issue du dernier Dakar, se confirme, les motos italiennes partiront favorites du grand raid africain. Des suspensions arrière plus souples, un réservoir de 67 litres abaissé, ont permis de diminuer la taille des monstrueuses " Elefant " de 9 cm pour améliorer leur équilibre. Les nouvelles Yamaha bi-cylindres YZE 750 et surtout les nouvellles Suzuki, victimes de la chaleur ambiante (souvent plus de 50o) et d'un phénomène de " vapor-lock " (des bulles se forment dans l'essence à cause de la trop grande proximité d'un moteur brûlant), n'ont pas convaincu.

Ces constatations rendent Edy Orioli très optimiste pour le Paris-Dakar où il espère bien signer la deuxième victoire italienne après son premier succès de 1988. " Les motards et les constructeurs italiens, comme Cagiva en 1985, ont découvert le Dakar plus tard que les Français, dit-il. Nous manquions encore d'expérience, mais je crois que nous somme désormais prêts pour succéder aux Cyrill Neveu, Hubert Auriol ou Gaston Rahier et assumer le rôle de favoris au départ. "

Un vélodrome couvert, doté d'une piste de deux cent cinquante mètres, a été inauguré à Bordeaux lundi 9 octobre, par le maire Mr Jacques Chaban-Delmas en présence de Laurent Fignon, Charly Mottet, Miguel Indurain. Cet équipement est cependant loin de faire l'unanimité.

Construit dans le quartier de Bordeaux-Lac, à peu de distance du hall des expositions et des congrès, le nouveau vélodrome offre quatre mille quatre cents places assises. La piste, en bois de doussié, assemblée selon la technique du lamellé-collé, est complétée d'une aire d'athlétisme susceptible d'acueillir des compétitions de saut et de course.

Sa construction a été décidée en 1986, en compensation de la destruction de l'ancienne piste du stade vélodrome. Celle-ci avait été démolie afin de libérer des places pour les matches des Girondins de Bordeaux FC.

De 60 millions de francs au départ, le vélodrome a été successivement estimé à 75 millions, puis à 86,5 millions. Il reviendrait finalement à 110 millions de francs. Cette inflation s'expliquerait par la modification des plans initiaux. A la demande de la Fédération française de cyclisme, on a ajouté des équipements intérieurs, afin de donner une dimension "internationale" au vélodrome. La nature du terrain, marécageux, aurait aussi contraint la SOCAC, filiale régionale de la SAE, à des travaux particuliers de terrassement.

Ces explications ne convainquent pas les milieux économiques qui ont du mal, de leur côté, à faire financer un nouvel équipement d'exposition, indispensable pour accueillir le prestigieux salon VINEXO et le Salon nautique du Grand Pavois.

La rentabilité de l'ouvrage suscite aussi des doutes. Au dernier moment, il a été rebaptisé stadium, terme plus neutre que vélodrome. Il semble en effet évident que le cyclisme ne suffira pas à remplir les lieux. On sait déjà que les accès de la piste sont trop étroits pour permettre l'accueil de la plus populaire des manifestations cyclistes, le Tour de France. D'autres manifestations sportives ont été sollicitées mais, malgré une transformation de dernière heure, il n'est pas sûr non plus que le Jumping de Bordeaux puisse se tenir là à la fin de l'année.

Y aurait-il quelque chose de changé dans la géographie parisienne, une nouvelle répartition des rôles? Le quartier Saint-Germain, entre rue Mazarine et rue Bonaparte, semblait avoir perdu son lustre. L'art dit d'avant-garde l'a déserté pour prendre ses quartiers entre les Halles et la Bastille, et le commerce des " tableaux de maitres " a depuis longtemps les siens avenue Matignon et rue du Faubourg-Saint-Honoré. Exception faite de quelques galeries auxquelles leur célébrité et leur passé paraissent interdire tout déménagement, celles d'Albert Loeb et de Claude Bernard, les nouveaux barons du territoire se recrutaient parmi les antiquaires et les marchands d'art primitif.

Or voici que ce qui passait pour irréversible, la migration des beaux-arts sur la rive droite, est remis en cause. Deux nouvelles galeries se sont ouvertes presque coup sur coup, d'autres affichent de vastes ambitions, Saint-Germain revient à la mode et on y organise des vernissages groupés. C'est là qu'il faut aller pour se réjouir l'Óil et l'esprit devant les expositions Twombly et Hélion, là que s'exposent des sculptures de Cragg et de Gonzalez. Le mixage est étrange de valeurs sûres, éminemment sûres, et de réputations plus récentes mais séduisant et substantiel.

Les derniers arrivés ne sont pas les plus modestes. " Dix Óuvres majeures des années 50 " promet la galerie Prazan-Fitoussi (1), qui a pris la place de la galerie Briance, qui défendait le cher Courmes. Dix, c'est trop dire. Mais cinq ou six, peut-être bien. Le Degottex, le Hartung, le Riopelle, le Poliakoff sont de premier ordre dans l'Óuvre de ces abstraits que l'on a longuement négligés. Le Mathieu date de 1948 et, dans ces années-là, Georges Mathieu n'était pas encore l'inventeur de l'" abstraction lyrique " sang et or à usage publicitaire ni membre de l'Institut. Il expérimentait une peinture rugueuse et sombre qui avait de la puissance et l'a conservée.

Sur ce panthéon des fifties règnent deux toiles " exceptionnelles ", comme l'on dit dans les ventes aux enchères, un petit Nicolas de Staël de 1950 de la veine la moins figurative, rouge, blanc et bleu gris, volupteux et précis à la fois, et un Soulages de 1957, obliques et horizontales noires croisées et équilibrées entre lesquelles sourd une lumière que l'on croirait venue de derrière le tableau. De la très bonne peinture moderne, tout simplement.

De la très bonne sculpture du vingtième siècle, il y en a à cinquante mètres de là, à la galerie JGM (2), ainsi baptisée parce que le maitre de maison se nomme Jean-Gabriel Mitterrand. Depuis quelques mois, il compose de riches expositions de sculpteurs modernes, prenant la défense d'un art que ses confrères délaissent souvent par commodité. Cet automne, le thème choisi est le fer. Il y a donc en devanture un Arlequin de Gargallo et, à l'intérieur, les assemblages circulaires du Britannique Tony Cragg et des pièces de Gonzalez, ce patron discret des artistes contemporains qui forgent et soudent le fer.

Ce n'est cependant pas là l'exposition la plus inattendue. Il faut accorder ce titre à l'accrochage d'une dizaine de Twombly rue des Beaux-Arts (3). Cet Américain établi en Italie a, depuis trente ans, élevé le graffiti bâclé, la coulure, la tache de peinture et le crayonnage inachevé au rang de disciplines nobles. Ses Óuvres confinent au presque rien. Mais ce n'est pas le presque rien ascétique, castrateur, haineux parfois, du minimalisme géométrique. A la dureté qui s'exhibe, Twombly préfère la désinvolture. A la pauvreté proclamée, le jeu des allusions poétiques. Il sait les vertus de l'ironie et de l'élégance, plus justes, plus efficaces que toutes les professions de foi et de système. Aux emphases de l'époque, aux certitudes de bronze des théoriciens de musée, il lui suffit d'opposer un dessin comme on opposerait une épigramme à un traité en quatres tomes. Naturellement, à ce jeu-là, c'est le traité qui mord la poussière. Voilà pourquoi toute exposition de Cy Twombly est délectable, et celle-ci l'une des plus délectables de l'automne.

Après l'avoir vue, il est assez périlleux de se rendre tout à côté contempler les toiles récentes, d'un bleu lavande, de Geneviève Asse (4) ou un ensemble de Hartung des années 70 et 80 (5). Twombly " dégonfle ", si l'on ose dire, tout ce qu'il effleure, et met en danger ses voisins de cimaises, quelles que soient leurs qualités. Mieux vaut s'en aller découvrir une troisième galerie toute neuve qui, elle, s'est établie près de Beaubourg pour y montrer ce que l'on n'a pas l'habitude d'y exposer, un maitre du vingtième siècle, André Masson (6).

Adroitement disposés dans l'un des plus beaux espaces du Marais, peintures, pastels, encres et dessins témoigent de la fécondité de création de Masson. Et de sa diversité : de l'imagerie surréaliste la plus illustrative - le moins bon de son Óuvre - aux peintures de sable et aux calligraphies " rupestres ", il a usé de toutes les ressources de son art en praticien irréprochable. Peut-être était-il même plus habile qu'inspiré, plus " peintre-peintre " que " peintre-poète ". Mais les meilleurs Massson ont une éloquence flamboyante et une liberté d'exécution admirables. Cela suffit à lui assurer son rang de classique.

Gérard Blanchard et son accordéon ont longtemps bourlingué du Café des sports aux fêtes du 14 juillet. C'était dans les années 70 à Tours. Ancien élève des Beaux-Arts, Blanchard anime les bals de campagne et les noces. Selon les moyens des organisateurs, il se déplace avec un ou cinq musiciens et interprète Le petit vin blanc et tous les classiques du genre. Mais déjà Gérard Blanchard dégage l'accordéon de l'image développée par le musette.

Blanchard a appris l'accordéon en autodidacte, en écoutant Gus Viseur et Clifton Chénier, les tziganes d'Europe centrale et les musiciens du Nordeste brésilien. Il va placer cet instrument magique, mais décrié, dans un bain de métissage où le rock et le rhythm and blues voisinent avec un son chaud, nostalgique, rassurant.

Il va imaginer une musique de variétés un peu décalée, qui accorde de la place à l'humour et à la dérision, avec des textes (publiés aujourd'hui chez Seghers) où fleurissent le jeu de mots et le délire verbal.

Après la tournée des bals, Gérard Blanchard se produit dans de petites salles régionales avec des groupes alternatifs (Roxy, Gueule d'amour). Rockamadour, un titre burlesque proche des chansons-gags de Boby Lapointe le projette en 1981 au devant de la scène. Suivront Elle voulait revoir sa Normandie, Gabriel le pyromane, Marylou. D'album en album, Blanchard affirme son style, même si une certaine ambiguité demeure, comme le démontre le caustique Rockamadour repris par les orchestres des bals populaires à la suite de la Danse des canards.

Au Printemps de Bourges 1988, Gérard Blanchard fait un triomphe. Le voici à présent au Casino de Paris avec de nouvelles chansons toutes différentes les unes des autres.

Les réalisateurs Idrissa Ouedraogo, de Burkina-Faso, et Rajko Grlic, de Yougoslavie, ont été les deux grands vainqueurs du troisième Festival international du film de Tokyo qui s'est achevé dimanche 9 octobre. Ouedraogo a reçu le premier prix du jeune cinéma pour son film Yaaba. Rajko Grlic, réalisateur de dix-sept films, a pour sa part obtenu le Grand Prix de Tokyo pour l'Eté des roses blanches, sa première Óuvre en anglais. Grlic a également obtenu le prix du meilleur réalisateur. Son film traite de la vie d'un homme ordinaire entrainé dans la guerre lors de l'occupation de la Yougoslavie par l'Allemagne.

Présidé par Yves Montand, le jury de ce troisième Festival du cinéma à Tokyo a attribué le prix de la meilleure contribution à l'art au film de Bertrand Tavernier, la Vie et rien d'autre.

Sans doute mieux organisé que les deux fois précédentes, le Festival de Tokyo cherche encore son identité. Entre les productions à gros budget et à succès populaire assuré, comme le dernier James Bond, Licence to kill, et les réalisations de metteurs en scène inconnus du Ghana ou d'Inde, les organisateurs paraissent ne pas savoir choisir ce qui peut faire la spécificité d'une manifestation qui se déroule certes en Asie mais pourrait avoir lieu n'importe où ailleurs.

Le Festival de Tokyo fut néanmoins l'occasion de voir un film émouvant du réalisateur soviétique Pyotr Todorowsky, Intergirl, sur la prostitution, la drogue et le racisme en URSS et de découvrir un jeune metteur en scène indonésien, Eros Djarot, dont le film Tjoet Nja Dhiem relate le combat d'une femme contre l'armée hollandaise au dix-neuvième siècle.

Du coté japonais, le réalisateur Shunichi Nagasaki, qui a obtenu le second prix dans la catégorie du jeune cinéma, a confirmé, avec Séduction, une finesse qu'il avait déjà manifestée précédemment avec Yojo no jidai (" L'époque où elle était enfant "). En revanche, l'écrivain Ryu Murakami, auteur de Bleu presque transparent, qui s'est lancé dans la mise en scène, n'a convaincu aucun critique avec son film Raffles Hotel.