IL est clair que la " stratégie renforcée de la dette ", pour parler comme au Fonds monétaire, représente un sérieux affaiblissement de la précédente stratégie tout court sur le même sujet, en même temps qu'un changement de concept et de méthode. Bien que l'expression de " réduction de la dette " utilisée pour la caractériser semble bien dire ce qu'elle veut dire, on a de bonnes raisons de se poser la simple question formulée par le célèbre général : " De quoi s'agit-il ? "
D'abord parce que, subrepticement, on donne à cette expression un sens contraire à la fois à sa définition rigoureuse en langage financier (et cela autant en anglais qu'en français) et à l'usage que vous et moi en faisons communément. Il est rare qu'une inexactitude aussi flagrante de vocabulaire facilite les discussions. Ensuite, parce qu'une grande ambiguité pesait pareillement sur la portée de l'ancienne stratégie tombée sous la coupe des initiatives successives et aujourd'hui conjuguées de Mr François Mitterrand et de Mr George Bush, ce dernier exprimant ses intentions à travers son secrétaire au Trésor, Nicholas Brady.
Si j'ai contracté un emprunt de 300 000 francs auprès de mon banquier, ma dette ne pourra se trouver " réduite " que si je lui en rembourse par anticipation, disons, 100 000 francs. Il arrive que le contrat initial stipule un tel remboursement partiel avant l'échéance finale. Cela est de pratique courante, y compris dans les affaires internationales. Quand, en 1986, fut montée tambour battant, sous la pression vigilante de l'administration Reagan, la deuxième ou troisième opération de secours financier au Mexique, ce pays s'engagea formellement à restituer dès 1989 une partie des prêts qui lui étaient derechef consentis.
Comme les banques, et pour cause, n'ont rien vu venir quand le moment est arrivé - cette année - pour le débiteur de remplir son engagement, marquons au moins ce petit événement (ou non-événement), malgré sa banalité, par une rectification d'ordre sémantique : le " plan Brady " est un plan non de réduction mais de remise partielle de la dette. L'appeler par son nom n'a rien de péjoratif. Mais, en évitant de le faire, on ne trompe personne, et en particulier pas les créanciers ni même les actionnaires de ces derniers. C'est à eux probablement que l'on pensait en bannissant le mot de " remise " dont l'un des équivalents en anglais (celui que comme par hasard se sont mis à employer les adversaires du plan Brady), " forgiveness " a une connotation encore plus désagréable pour tout capitaliste qui respecte sa poche.
Que ce soit de propos délibéré ou pas, je n'en sais rien, mais les inspirateurs (Maison Blanche et Elysée) du programme de remise de la dette ont, en ajoutant après coup une demande supplémentaire aux banques, à savoir l'octroi de nouveaux crédits, réussi, psychologiquement, un petit coup de maitre. Ils obtiendront difficilement, s'ils l'obtiennent jamais, des prêts supplémentaires pour le Mexique, le Venezuela ou le Maroc, mais cette demande a provoqué un tel effet de révulsion sur les créanciers (non seulement on exige d'eux qu'ils reconnaissent, à leur bilan, leurs pertes, mais qu'ils s'exposent à en essuyer d'autres sur le même terrain) que, par comparaison, la remise de dette a cessé de leur apparaitre inacceptable. D'un mal absolu, on a fait un moindre mal.
ENTRE ces différentes préoccupations, il n'existait, financièrement, aucune contradiction. Le principe est que, - aussi longtemps qu'une dette n'a pas été remboursée, elle reste due. C'est vrai que à la faveur des rééchelonnements (ajournement de l'échéance finale), le Mexique, le Brésil et les autres pays débiteurs, si on fait l'addition de tous leurs versements d'intérêts effectués depuis le début, ont déjà, comme on le dit complaisamment, " remboursé " deux ou trois fois le montant du principal. Mais cette façon de s'exprimer est contraire à la logique financière, voire à l'équité. L'emprunteur qui gère correctement ses affaires gardera à sa disposition (et tirera donc profit) du capital qui lui est avancé par le prêteur aussi longtemps qu'il ne l'aura pas restitué à ce dernier. S'il l'a entre-temps dissipé - pour acheter, par exemple, des biens de consommation, - c'est son affaire. Tant que le prêteur ne sera pas rentré dans ses fonds, il aura normalement droit à toucher les intérêts. Et cela, théoriquement, jusqu'à la fin des temps.
Sous cet éclairage, on comprend pourquoi le rééchelonnement réclamé instamment par les débiteurs incapables de rendre le capital arrangeait aussi les banques créancières, pour autant que le paiement des intérêts n'était pas compromis. D'une certaine façon, cette solution était la meilleure dont ils pouvaient rêver au sens plein de ce dernier mot. Inutile pour eux de chercher de nouveaux placements (exercice toujours risqué) pour un capital qui - chut ! - n'existait plus que dans les livres (puisque, dans la réalité, le débiteur l'avait depuis longtemps dépensé) : le rééchelonnement relayé par un autre rééchelonnement, c'était le rêve enfin réalisé d'une rente perpétuelle. Et - manne céleste - d'une rente perpétuelle à taux élevé, de l'ordre de 9 à 10 %. Mais, dans l'histoire des hommes, les titres perpétuels n'ont été durablement honorés que lorsque le taux était durablement supportable. Ce fut le cas au dix-neuvième siècle, ou il ne dépassait pas 3 %.
La preuve que les banquiers s'accrochent à la nostalgie du temps aboli dans la perpétuité (sur ce point, au moins, les mortels que nous sommes les rejoignent sans mal), c'est que, dans l'accord mexicain tant vilipendé, leur instinct les porte à accorder leur préférence à l'option no 2, bien qu'il n'y ait jamais loin, dans la gestion courante, entre le manque à gagner et la perte pure et simple. Cette deuxième option ramène le taux à 6,25 %, mais maintient intégralement sur le papier la valeur de la créance rééchelonnée sur trente ans.
Les intellectuels américains ont passé l'été, on le sait, à discuter de l'article sur " La fin de l'histoire " publié par une jeune philosophe travaillant pour le département d'Etat. Echo de certaines controverses germanopratines des années 60, la thèse de Francis Fukuyama reprend, en la citant abondamment, celle du philosophe franco-russe Alexandre Kojève. Kojève avait décidé de prendre au mot Hegel et de prouver que celui-ci, après tout, avait raison de soutenir qu'en gagnant la bataille de d'Iéna en 1806, sur la Prusse, Napoléon avait scellé la fin de l'Histoire, parce que, en puissance, sa victoire contenait l'homogénéisation de tous les Etats du monde sous l'égide des grands principes de la révolution française.
En quelque sorte, Kufuyama imagine l'avenir universel sous les traits de la vie individuelle de Kojève, dont il écrit dans son article paru dans The National Interest : " La vie de Kojève a été conforme à son enseignement. Croyant que la tâche des philosophes était achevée, puisque Hegel avait déjà atteint à la connaissance absolue, Kojève laissa l'enseignement après la guerre pour travailler jusqu'à sa mort comme bureaucrate pour la Communauté économique européenne ". Pour Fukuyama, on assiste à un début de " common marketization " des relations internationales désormais vouées à la poursuite d'avantages économiques.
SI je me permettais d'évoquer un souvenir, je raconterai ma dernière conversation avec Kojève quelques semaines avant sa mort. Tel Faust qui oublie la science dans les bras de Marguerite, il me parla d'une " très jeune japonaise " avec qui il connaissait l'amour le plus complet.
Pour en revenir à nos banquiers d'après leur retour (malheureux pour eux) sur terre, eux aussi crurent entrevoir un monde où l'Histoire n'existerait plus dans la mesure où la pure logique financière aurait imposé à tout jamais, en tout cas pour longtemps, ses lois. Ils se sont heurtés aux réalités de la politique. Politique qui refuse l'idée d'un temps immobile où les générations futures n'en finiraient pas de payer les intérêts de capitaux gaspillés aussitôt qu'empruntés par une génération de politiciens naguère courtisés par tout ce que New-York, Londres, Paris comptaient de banquiers éminents.
Le vent d'Est souffle favorablement sur l'Allemagne de l'Ouest. D'une part, la perestroika soviétique et les réformes tant en Hongrie qu'en Pologne ne peuvent que renforcer les liens commerciaux et financiers, déjà étroits, entre la RFA et les sept pays du COMECON. De l'autre, l'afflux des réfugiés de RDA va, comme avant la construction du mur de Berlin, soutenir la consommation et la production en Allemagne fédérale. Globalement la croissance de l'économie en RFA tirera avantage de ce double phénomène, ce qui devrait être bénéfique pour la Communauté européenne et le reste du monde.
LE vent de réformes économiques à l'Est profite avant tout à la République fédérale d'Allemagne. Entre 1987 et 1990, ce pays devrait accroitre de 40 % ses exportations à destination de l'Union soviétique. Partout ailleurs, la RFA confirme sa position de partenaire commercial privilégié des pays à économie planifiée. Le secteur des machines-outils est le plus grand bénéficiaire de ce boom des exportations.
L'URSS joue un véritable rôle de locomotive : en 1988, les exportations ouest-allemandes à destination de ce pays ont augmenté de 20 % pour atteindre 9,4 milliards de deutschemarks. Selon les prévisions de l'Institut de conjoncture de Berlin (DIW), elles devraient atteindre 11 milliards de deutschemarks en 1990, soit leur niveau record de 1985.
A l'exception de la Roumanie, cette tendance est confirmée dans tous les autres pays, y compris la RDA, traitée séparément dans les statistiques, puisqu'il s'agit d'opérations interallemandes. Après avoir enregistré un net recul, les exportations de l'Allemagne fédérale vers les pays à commerce d'Etat ont retrouvé un rythme comparable à celui de l'ensemble des ventes à l'étranger, ayant progressé d'environ 10 % depuis le début de l'année.
Toutefois, la part relative de cette zone dans le total des exportations de la RFA n'a cessé de se réduire : alors qu'elle atteignait 7,2 % en 1975, elle n'était plus que de 4 % en 1985 avant de tomber à 3,5 % en 1988 (4,7 % y compris la RDA). Un résultat bien maigre : des pays comme l'Autriche ou la Suisse achètent à eux seuls plus de marchandises à la RFA que l'ensemble des pays de l'Est. Le lourd endettement auquel sont confrontés plusieurs de ces pays, leur compétitivité insuffisante dans le domaine des produits industriels, la baisse des prix des produits qu'ils exportent, qui a entrainé une pénurie de devises, sont autant de facteurs affectant considérablement leurs capacités d'importation.
La nature des marchandises offertes par ces pays - essentiellement des produits énergétiques, des matières premières ou des biens de consommation peu sophistiqués - constitue par ailleurs un frein à l'expansion des échanges commerciaux bilatéraux. L'Union soviétique - dont les fournitures à la RFA se composent pour les deux tiers de pétrole brut, de produits pétroliers ou de gaz naturel - a été en 1988 le pays le plus touché par la forte baisse des cours des produits énergétiques.
Ce pays, qui couvre environ 8 % des besoins en pétrole brut de la RFA, n'a pas pu compenser par un accroissement de ses autres exportations la baisse des recettes en devises qui en a résulté. Malgré un accroissement substantiel depuis 1985 des achats de pétrole et de gaz soviétiques par la RFA (respectivement de 50 % et de 35 %), le déficit commercial entre les deux pays a continué à se creuser pour atteindre 2,5 milliards de deutschemarks en 1988.
Bien qu'elles se soient en général nettement redressées l'an dernier, les importations en provenance des autres pays de l'Est n'ont pas encore retrouvé leur niveau de 1985, à l'exception toutefois de la Hongrie. Dans le cas de la Roumanie et de la Tchécoslovaquie, les livraisons se sont même contractées d'un peu plus de 12 % entre 1985 et 1988, tandis que les ventes de la Pologne diminuaient de 5,5 %.
Ce recul est lié aussi à la chute généralisée des prix des produits de base, des biens intermédiaires et des produits agricoles. Ces derniers représentent environ le quart des fournitures de la Pologne et de la Hongrie. Les produits de base et les biens intermédiaires (essentiellement du fer, de l'acier, des métaux non ferreux et des produits chimiques) représentent, eux, environ 30 % en moyenne du total des importations de la RFA en provenance de l'Est (50 % des exportations de la Tchécoslovaquie).
Compte tenu de cette vulnérabilité des économies de l'Est, la récente embellie dans les relations économiques avec la RFA ne peut s'expliquer que par la combinaison de deux facteurs : la pérestroika se traduit par une plus grande ouverture sur l'Occident ; ces pays ont un besoin croissant de biens d'équipement et de produits semi-finis étrangers, dont le paiement en devises n'est possible que par un accroissement des exportations. De plus le rétablissement du cours des matières premières et des produits énergétiques intervenu récemment a eu des effets bénéfiques dont la RFA semble avoir profité au premier chef.
L'Allemagne fédérale, dont la vaste gamme de biens d'équipement de haute technicité est très prisée par ces pays, jouit de surcroit d'un double avantage : sa proximité géographique et le transfert de technologie résultant notamment de joint ventures (voir encadré). Selon le FMI, l'Union soviétique effectue plus de 10 % de son commerce extérieur avec la RFA, 20 % si l'on ne prend en compte que le groupe des pays industrialisés.
Même chose pour les autres pays de l'Est dont les exportations à destination de l'Allemagne fédérale représentent 10 % du total de leurs ventes à l'étranger. Cependant environ 15 % de leurs approvisionnements extérieurs proviennent de la RFA (comparée au total des importations en provenance des pays industrialisés occidentaux, la barre passe à plus d'un tiers).
Les autres grands pays industrialisés - France, Royaume-Uni, Italie, Japon et Etats-Unis - viennent assez loin derrière avec un fléchissement encore plus net de leurs exportations. La part de la RFA dans le total des ventes des pays industrialisés aux pays à économie planifiée était passée de 17 % en 1985 à 21 % en 1988. C'est seulement avec la Chine que l'Allemagne fédérale joue un rôle moins important, se trouvant devancée par les Etats-Unis et le Japon favorisés par leur position géographique.
Le récent redressement des ventes de l'Allemagne fédérale, notamment à la Pologne et à l'URSS, a un lien direct avec les efforts de ces pays pour moderniser leur économie grâce à la technologie occidentale. Il n'est donc pas surprenant que les machines-outils représentent environ le tiers des exportations de la RFA vers l'Est contre seulement 15 % de l'ensemble de ses ventes à l'étranger.
Les prévisions concernant l'évolution des échanges avec l'Union soviétique sont révélatrices : la part de la construction mécanique doit doubler d'ici à 1990. Selon le ministre soviétique des machines-outils, Mr Nikolai Paritschev, à la foire de Hanovre, les achats à la RFA en 1988 ont représenté à eux seuls environ 12 % du total des exportations ouest-allemandes de machines-outils dans le monde.
Comme toujours, pour le commerce avec l'Est, les perspectives de développement dépendent de la capacité de ces pays à obtenir de nouveaux crédits pour financer leurs importations. L'année dernière, l'Union soviétique est arrivée en tête avec 37 milliards de dollars, devant la RDA (18,6 milliards), la Hongrie (11,5 millards) , la Pologne (10,6 milliards), la Bulgarie (6,9 milliards), la Tchécoslovaquie (4,4 miliards) et la Roumanie (0,8 milliard).
Alors que la RFA est le premier partenaire économique de l'Union soviétique à l'Ouest, les banques ouest-allemandes ont paradoxalement consenti moins de crédits à ce pays en 1988 que les banques françaises qui arrivent en tête des pays industrialisés avec 20,4 % du total, suivies par la RFA (15,7 %) et le Japon (14,9 %). Ce dernier pays a également considérablement renforcé sa position en RDA et en Hongrie où il arrive en tête devant la RFA pour l'octroi de nouveaux crédits (soit respectivement 21,5 % et 30,3 % du total).
La République fédérale reste néanmoins le plus gros pourvoyeur de fonds pour l'ensemble des crédits commerciaux octroyés à l'Est par l'Occident avec 19,9 milliards de dollars - soit environ un cinquième, - suivie par le Japon (16,5 milliards) et la France (14,5 milliards). La Grande-Bretagne avec 9 milliards, et surtout les Etats-Unis (3,4 milliards) arrivent loin derrière.
Les banques ouest-allemandes font preuve d'une extrême prudence à l'égard de l'Est, notamment de la Pologne, suite aux déboires enregistrées en 1983. Elles ont depuis eu le souci de reconstituer leurs réserves, au détriment de nouveaux prêts.
IL y a deux ans, l'Inde a fêté le quarantième anniversaire de son indépendance. La Chine vient de célébrer l'instauration du régime communiste. La voie chinoise se complait dans les virages en épingle à cheveux ou les grands coups de balancier ponctués de crises dramatiques. La voie indienne préfère les virages longs et les changements gradués.
En mars 1989, un jeune Chinois, venu me voir dans ma chambre à l'Hôtel de Pékin (fait inimaginable sous Mao Zedong), m'exprimait la perplexité de ses compatriotes : " Pourquoi ne pouvons-nous pas suivre un développement économique équilibré ? Un jour, la machine s'emballe, le lendemain, c'est un coup de frein brutal. " On peut en dire autant de la vie politique. Sous Mao, de 1949 à 1957, politique prudente et pragmatique ; 1958-1960, coup de boutoir du Bond en avant ; 1961-1965, retour à la froide raison ; 1966-1971, tornade de la révolution culturelle, puis alternance du chaud et du froid jusqu'à la mort de Mao, en septembre 1976. Ces contrastes avaient de quoi désorienter.
On pouvait espérer que Deng Xiaoping introduirait une ère nouvelle. Il est vrai que les excès et les outrances de la révolution culturelle avaient disparu. La Chine a connu un remarquable progrès économique, et la chape de plomb du parti s'était étonnamment allégée, permettant aux Chinois de vivre de manière beaucoup plus détendue que sous Mao.
L'actuelle " reprise en main " ne veut pas dire que la Chine soit revenue à la case départ, car les acquis de l'ère Deng Xiaoping pourraient bien être durables : l'ouverture sur l'étranger, l'ouverture des esprits, les nouvelles volées de cadres bien formés et ne croyant plus aux " paroles creuses ", les gains de l'économie malgré les difficultés actuelles. Toutes ces conditions faciliteront la future relance des réformes. Néanmoins, dans l'immédiat, prévaut une profonde incertitude.
Que se passera-t-il après la mort de Deng Xiaoping ? D'ores et déjà, on peut prévoir une période d'instabilité, peut-être prolongée, jusqu'à ce que s'achève la transition entre les anciennes générations et ces jeunes Chinois qui rêvent d'un pays moderne, d'une économie plus performante dans un cadre politique conforme à la fois aux traditions de la Chine et aux aspirations des nouvelles élites et des masses.
Pour comprendre l'Inde, au lieu de lire la Constitution et les rapports sur les plans quinquennaux, flânons dans les villes, regardons les campagnes. La rue - même les grandes avenues de New-Delhi - est un tohu-bohu perpétuel par rapport à Pékin : toutes sortes d'engins à moteur, à deux, trois ou quatre roues, pétaradant entre les voitures à cheval ; les vélos zigzaguant avec deux ou trois passagers ; le taureau couché en pleine rue au milieu d'une foule bariolée de sikhs à turban, de musulmans à calotte blanche, d'hindous marqués au front du signe de Shiva, et de " jeunes cadres dynamiques " en pantalon et veste saharienne. La presse abonde en faits divers peu reluisants : bagarres, émeutes, troubles entre communautés, fraudes de tel homme politique, corruption (comme en Chine, d'ailleurs).
Pays non gouverné et ingouvernable, pensera l'observateur superficiel. Mais voilà bien le formidable paradoxe de l'Inde depuis 1947. Elle se révèle l'un des Etats les plus stables d'Asie, réussissant à éviter ces crises dramatiques qui compromettent l'existence même de l'Etat, telles qu'en ont vécues la Chine, l'Indonésie, le Pakistan, l'Afghanistan, l'Iran.
Grâce à l'apprentissage de la démocratie sous les Britanniques depuis la fin du siècle dernier, grâce, fait décisif, à Jawaharlal Nehru de 1947 à 1964, l'Inde a eu la chance et la capacité de mettre en place et de roder son système de démocratie parlementaire. Or, malgré toutes sortes d'abus et de manÓuvres rebutantes, les institutions, comme l'armature juridique, continuent à tenir le coup.
Que va-t-il se passer aux élections prévues pour la fin de l'année ? La partie s'annonce serrée. En cas de défaite du Parti du Congrès, l'Inde pourrait continuer d'exister sous un autre gouvernement, comme elle l'avait fait lors de la défaite d'Indira Gandhi aux élections de 1977. Ainsi les institutions politiques rendent-elles l'avenir moins tributaire des hommes en place. En substance, un tel système fonctionne grâce aux soupapes de sûreté que sont la liberté d'expression, le rôle de l'opposition, les possibilités d'alternance, alors qu'en Chine le Parti communiste reste tout-puissant. Si les forces contraires dépassent la norme parce qu'elles n'ont pas d'autre moyen de s'exprimer, comme place Tiananmen, le régime recourt à la manière forte.
En Inde, la vie publique est rythmée par les compromis qui évitent le point de rupture. Enfin, il y a l'administration à New-Delhi et en province. Par quel miracle ces cantonniers réparent-ils les nids-de-poule d'une route secondaire entre deux villages perdus ? Comment les consignes en matière de développement agricole pénètrent-elles jusqu'au fond des campagnes ? Malgré faiblesses et abus, les services publics fonctionnent. Au niveau supérieur, des hommes recrutés par un très sévère concours jouent un rôle capital dans le fonctionnement des institutions et dans le développement. Ils sont, certes, exposés aux manÓuvres des politiciens, mais ils ne peuvent pas être mis à la porte sans motif grave et légitime.
Leur président à peine embaumé, les Chinois avaient commencé à faire leurs comptes : usure idéologique, aspiration à une vie meilleure, lassitude d'un système oppressant, erreurs économiques... En Inde, à la même époque, sans remettre en cause leur système démocratique, les esprits clairvoyants s'interrogeaient sur les options économiques pratiquées jusqu'alors. " C'est le moment de devenir plus pratiques ", nous confiait, un des conseillers d'Indira Gandhi.
A Pékin comme à Delhi, les mots-clés deviennent efficacité, productivité, libéralisation des pesanteurs bureaucratiques, ouverture sur l'étranger et ses technologies. Derrière ces dénominateurs communs, de grosses différences sautent aux yeux. La tâche des Chinois s'annonce beaucoup plus compliquée que celle des Indiens. Pour les premiers, tout le système est à revoir, tandis que chez les seconds, il s'agit de rendre le secteur public plus performant et de donner plus de liberté au secteur privé.
En dix ans (1979-1988), le PNB chinois a, en gros, doublé, entrainant une nette amélioration du niveau de vie ; néanmoins, à partir de 1987, l'appareil économique s'est mis à grincer. Après une envolée provoquée par la décollectivisation de l'agriculture et la libéralisation des petites industries rurales, la première a commencé à boiter : mauvaises conditions météorologiques, prix d'achat trop bas du grain, manque d'investissements publics dans l'hydraulique... La Chine est redevenue, à concurrence de 10 millions de tonnes, importatrice de grain.
La grande industrie du secteur public améliore, certes, ses performances, mais de sérieuses faiblesses de gestion subsistent. Et les dernières mesures d'austérité aggravent le chômage, au point que cinquante millions de Chinois constituent une masse flottante en quête de travail.
En Inde, les réformes accélèrent la croissance, qui passe à 5 % par an. L'industrie privée, malgré certaines entraves, profite des mesures de libéralisation. De nouvelles générations d'entrepreneurs vifs et débrouillards montent en ligne. Le secteur public, quant à lui, présente des résultats mitigés, allant d'entreprises en net progrès à celles qui battent encore d'une aile. Et, après avoir subi de mauvaises moussons de 1985 à 1987, l'Inde connait des récoltes record en 1988, couronnant ainsi les efforts du gouvernement. Elle devient à nouveau autosuffisante en grain.
Reste la lancinante question démographique : de 1,1 milliard, les Chinois vont passer à 1,3 milliard en l'an 2000, les Indiens de 800 millions à près d'un milliard. Une différence de taille, cependant : le taux de croissance chinois s'est réduit à 1,45 % environ sous l'effet de mesures draconiennes, alors qu'en Inde il reste proche de 2 %.
Comment comparer les bilans des voies chinoise et indienne ? Conséquence d'une idéologie beaucoup plus radicale, le recul de la misère est sensiblement plus marqué en Chine qu'en Inde. La croissance industrielle, avant comme après Mao, a été plus nette. Significatives sont, entre autres, les performances des exportations chinoises depuis dix ans. En revanche, l'agriculture indienne fait un meilleur score.
Autres aspects du bilan : les millions de Chinois massacrés après la victoire communiste en 1949, les 20 à 30 millions morts de faim à la suite du Bond en avant, les innombrables personnes maltraitées, emprisonnées, tuées pendant la révolution culturelle. Comment pondérer ces faits face aux mendiants indiens, aux paysans sans terre à la limite de la survie, à tant de malheureux entassés dans les bidonvilles ?
Et l'avenir ? L'Inde a des chances raisonnables, sauf imprévu majeur, de poursuivre sur une voie sans virages en épingle à cheveux. L'accélération mesurée de la croissance liée au grignotage plus rapide de la misère relève de l'art du possible, malgré les péripéties de la vie politique.
L'avenir de la Chine se dessine moins clairement. Comme l'ont montré (contrairement à l'Union soviétique) le Japon d'avant 1945, la Corée du Sud et Taiwan depuis lors, il est possible de faire coexister un pouvoir politique autoritaire et une économie dynamique. Mais à un moment donné, le cadre politique doit se modifier. Quand et comment se produira une telle mutation en Chine ? Il serait étonnant que les Chinois, dotés d'une aussi riche civilisation, ne parviennent pas un jour à mettre au point un système politique et économique qui réponde à leurs aspirations.
"NOUS ne sommes pas le duc des Sung ! " disait Mao ; il faisait allusion à un épisode fameux de l'histoire chinoise.
"Très mauvaise, répondit honnêtement Hua Yuan, nous en sommes à échanger nos enfants pour les manger.
- Tenez bon, dit loyalement Tzu Fan, nous n'avons plus nous-mêmes que six jours de vivres."
Mao, comme Lénine, trouvait naif de ne pas tricher pour vaincre.
Au lycée, le rappel de la bataille de Fontenoy nous divisait en deux camps. Citant Hannibal, Machiavel et Clausewitz, les réalistes prétendaient que la guerre abolissait toute règle ; les moralistes dénonçaient l'absence de scrupule des Anglais.
Nous étions tous dans l'erreur ; la guerre était un jeu meurtrier selon les règles communes. " Messieurs les Français, tirez les premiers ", avaient proposé les Anglais ; " Messieurs les Anglais, tirez les premiers ", avaient répondu les Français. Les Anglais tirèrent : toute la première ligne française tomba.
Les règles peuvent dégénérer, devenir caduques ou injustes ; on peut les moquer, les violer, elles demeurent nécessaires et, en définitive, profitables. La morale étant l'ensemble des règles qui régissent notre vie commune, il ne peut exister de société sans morale.
En 632 av. J.-C., le chef des armées Chin, ayant vaincu celles de Ch'u, au lieu de les exterminer, leur offrit trois jours de vivres. Lorsque les armées de Ch'u furent victorieuses à leur tour, elles se conduisirent de la même manière.
Condamné injustement à mort, Socrate refusa de s'évader de sa prison : il ne voulait pas porter atteinte aux lois de la cité, même dirigées contre lui. Il y perdit la vie, mais il paracheva, pour l'éternité, sa figure philosophique.
Al'origine du nouveau mouvement des surveillants de prison se trouve le fait qu'ils n'ont pas obtenu grand-chose au printemps dernier et que l'augmentation du budget de la justice va être engloutie par les nouveaux établissements.
Ces 13 000 places nouvelles me font irrésistiblement penser à la ligne Maginot. Projet grandiose, onéreux... et parfaitement inadapté, qui va se réaliser en dépit des réticences de tous ceux qui travaillent sur le terrain.
En novembre 1987, toutes les associations chargées de préparer le retour des détenus à la vie libre ont écrit au premier ministre ainsi qu'aux députés, pour attirer leur attention sur l'inopportunité d'ouvrir des nouvelles prisons dans des endroits éloignés des grands centres urbains. Ce cri d'alarme est resté sans réponse.
De plus, ce n'est pas tant de centres de détention pour moyennes peines dont l'administration pénitentiaire a besoin que de places dans les maisons d'arrêt. 80 % des condamnés subissent moins d'un an d'emprisonnement. Cela signifie que, sur une population de 50 000 détenus, près de 44 000 séjournent en maison d'arrêt, soit 21 000 prévenus et 23 000 condamnés à de courtes peines.
Or, du fait des nouvelles prisons, tous les projets de restructuration des grands établissements de ce type sont reculés sine die.
En fait, deux conceptions des prisons s'affrontent.
L'une selon laquelle les prisons doivent protéger la société en éloignant les auteurs de crimes et de délits et en les mettant hors d'état de nuire pendant le temps prescrit par le jugement. La sanction doit jouer un rôle dissuasif. Il importe peu, alors, que, comme les cimetières, ces prisons soient en rase campagne. On respecte les règles d'hygiène et de sécurité, point, c'est tout.
Cette vieille idée de l'effet dissuasif de la prison, nous vaut, bon an mal an, 65 % de récidivistes, chez les auteurs de toute forme de vols, notammment.
Dissuasive, la prison ne l'est que pour les délinquants occasionnels, honnêtes gens fourvoyés dans la délinquance. Les autres, jeunes ou moins jeunes, mais sans maturité, vivent l'instant et ne calculent pas les conséquences de leurs actes. L'éventualité de l'incarcération ne modifie pas leur comportement. Tout au plus peut-elle pousser certains à des actes violents : tirer sur la police par exemple.
L'autre conception exige de la prison une dimension éducative et lui demande d'éviter la récidive par la préparation à la liberté. A quoi l'on peut objecter qu'il parait utopique de penser enseigner le bon usage de la liberté dans un univers totalitaire. Car c'est bien de cela qu'il s'agit !
Relisant les lettres de Custine, écrites de Russie en 1839, j'ai été frappée par des similitudes singulières entre cette monarchie despotique et le monde carcéral : l'un comme l'autre monde de secret, de défiance, de délation et donc de mensonge, monde des " formalités inutiles ", où " ce que dit et fait un inférieur n'a aucun prix ".
Si l'on souhaite éviter la récidive, il ne faut pas que les prisons soient un monde sans droit, et il faut y créer des espaces de liberté qui permettent la spontanéité, l'improvisation, la libre expression et l'esprit d'entreprise.
Ce n'est qu'autour des familles et des intervenants de l'extérieur qu'ils peuvent véritablement se développer. Créer des prisons dans des coins perdus où leur venue sera impossible, c'est compromettre l'avenir des détenus, et, à long terme, c'est mal protéger la société. Devons-nous, pour cela, dépenser des milliards ?
Rejeter les prisons en dehors des villes, cela ne signifie-t-il pas, aussi, que nous refusons de nous sentir concernés et responsables face à la délinquance et aux remèdes qu'il convient d'y apporter ? Le général de Gaulle parlait des prisons comme des " poubelles de la France ". Pour beaucoup d'entre nous, c'est encore ressenti de cette façon. Sinon comment expliquer le peu d'intérêt de nos responsables politiques pour les difficultés de l'administration pénitentiaire ? Que les personnels s'estiment victimes de cette indifférence n'a de quoi étonner personne. En provoquant des mutineries coûteuses et dangereuses, ils se mettent dans leur tort.
Derrière les murs, vieux ou neufs, c'est l'esprit qui doit changer. Extra muros, c'est une réflexion sur les objectifs de la Justice qui doit commencer.
IMAGINEZ un pays européen avec un boom économique digne de Singapour, mais avec des structures politiques médiévales propres au Bhoutan. Où le Parlement est élu tous les quatre ans au suffrage universel, mais où les partis politiques n'ont pas droit de cité. Où le chômage n'existe pas, mais où les syndicats sont interdits. Où personne ne paye d'impôt, mais où la scolarité est entièrement gratuite. Où le revenu annuel par habitant dépasse les 15 000 dollars, mais où les travailleurs immigrés n'ont aucun droit.
Un tel pays existe. Il est même situé aux portes de la France, et a en sus pour cosouverain... Mr François Mitterrand, conjointement avec l'évêque espagnol d'Urgel, Mgr Joan Marti. C'est la principauté d'Andorre, terre placée sous le signe du paradoxe s'il en est. Une principauté qui a toujours lutté pour préserver ses particularités, mais qui est aujourd'hui au bord du changement.
Durant sept siècles, Andorre a su préserver son autonomie grâce à ce système original de coprinces qui a toujours assuré la neutralisation réciproque de ses deux grands voisins. Mais l'Espagne et la France, désormais, se retrouvent dans le même camp, celui de la Communauté, et c'est donc d'une seule voix qu'elles négocient avec les Andorrans, dont elles attendent à cette occasion de profondes réformes.
Des réformes qui modifieront de fond en comble tant l'économie que les structures politiques de la principauté, et que les autochtones, montagnards traditionalistes, cherchent à tempérer. " Andorre est un édifice fragile, et on ne peut avancer que par retouches ", observe Mr Francesc Cerqueda, syndic, c'est-à-dire président du Conseil général des Vallées, ce parlement andorran héritier direct de celui créé au quinzième siècle.
Bouleversement du modèle économique, d'abord : Andorre ne connait aujourd'hui ni l'impôt sur le revenu ni la TVA, et c'est ce statut de paradis fiscal qui est à la base du spectaculaire développement qu'elle a connu à partir des années 50. L'imposition se réduit à de modestes taxes à l'importation qui fournissent 93 % des ressources du rachitique budget de l'Etat.
Rien d'étonnant, dans ces conditions, si le secteur public contribue à peine, à raison de 8 %, à la formation du PIB : un rêve pour les adeptes de Milton Friedman ! Andorre, c'est avant tout la quintessence du libéralisme, la virtuelle inexistence économique de l'Etat.
C'est aussi paradis destiné à tout le monde. Non pas aux institutions financières ou aux grandes sociétés, mais aux particuliers, aux douze millions de touristes (deux cent quarante pour chaque habitant de la principauté !) débarquant chaque année en rangs serrés dans ce gigantesque emporium qu'est devenu le centre d'Andorre-la-Vieille et d'Escaldes. Des touristes assimilant l'image d'Andorre à celle de la bonne affaire... même si la réalité est aujourd'hui plus nuancée.
La réduction progressive des taux de TVA et des barrières douanières entre les Douze a rogné en effet le différentiel de prix entre Andorre et ses voisins. Et l'avancée vers le marché unique ne fera dans le futur qu'accélérer le processus. Tant les autorités que le secteur privé sont d'ailleurs conscients qu'Andorre ne peut éternellement voir le salut dans son seul statut fiscal.
" Nous n'exigeons pas de préserver une situation qui ne peut l'être, assure Mr Josep Pintat, président du gouvernement andorran. Nous sommes parfaitement conscients des réalités européennes, et nous savons que la Communauté veut éviter que nous représentions une brèche dans son système douanier, surtout en prévision du marché unique. "
" Notre force doit résider aussi dans la variété de l'offre, dans la nouveauté de nos produits, reconnait de son côté un important commerçant d'Escaldes. Il faut que nous attirions un nouveau type de touristes : pas seulement l'acheteur du week-end, mais aussi celui qui vient à la recherche de nos paysages, de nos montagnes. Et ce touriste-là achètera tout autant que l'autre, si l'offre commerciale se distingue autant par la qualité que par le prix. "
Beaucoup semblent d'ailleurs commencer à la comprendre, si l'on en juge par la multiplication des commerces " haut de gamme ", tels que bijouteries et parfumeries de luxe, qui disputent de plus en plus la rue principale d'Andorre-la-Vieille aux supermarchés. Le président de l'Union des hôteliers, Mr Luis Munoz, n'est pas d'un avis différent : " Andorre devrait disposer d'une infrastructure touristique bien plus diversifiée que l'actuelle. Ce qui suppose que l'Etat y consacre les investissements nécessaires. " Et d'ajouter, sur le ton de la confidence : " Et pour y parvenir, il faudra bien instaurer finalement l'un ou l'autre type d'impôt. "
Impôt ; le mot tabou est lâché ! Pour avoir émis une suggestion semblable, le prédécesseur de Mr Pintat à la tête du gouvernement, Mr Oscar Rivas, avait provoqué un tel tollé qu'il avait dû démissionner. Dans ce paradis du libéralisme pur et dur, nombreux furent ceux qui y virent un premier pas vers le communisme ! Mais l'idée, depuis, fait son chemin, et, en privé, certains reconnaissent qu'il faudra bien, à un moment ou à un autre, en passer par là, quel que soit le type d'imposition, directe ou indirecte, finalement retenu.
Certes, les Andorrans ne renonceront pas de gaieté de cÓur à leur situation privilégiée actuelle. Une situation qui permet par exemple, en ces temps de boom immobilier à Andorre-la-Vieille, de réussir de fructueuses opérations spéculatives sans payer la moindre taxe sur les plus-values réalisées. Ou aux sept banques installées dans le pays d'accumuler de confortables profits en fonctionnant à la manière d'un oligopole (l'installation de nouveaux établissements financiers est interdite) sans payer la moindre peseta d'impôt !
Les Andorrans n'en ont pas moins conscience que l'époque dorée est en train de prendre fin, et qu'il s'agit désormais, en définissant leurs rapports avec la Communauté, de se plier progressivement à des canons plus européens. Non seulement, d'ailleurs, dans le domaine économique, mais aussi politique. D'autant que le maintien de structures institutionnelles héritées du Moyen Age commence à faire figure d'élément de distorsion dans le contexte d'une économie qui se transforme à marche forcée.
Ainsi, comment se refuser indéfiniment à reconnaitre le droit d'association, de grève ou de manifestation, alors que le boom économique place les employeurs en position de demandeurs sur le marché ? La crainte des autochtones répond, il est vrai, à de réelles préoccupations démographiques : la principauté compte huit mille cinq cents Andorrans contre... quarante mille cinq cents résidents étrangers, espagnols dans leur grande majorité.
Les Andorrans ne constituent que 17 % de la population de leur propre pays ! Et les règles d'acquisition de la nationalité restent toujours des plus strictes, malgré un léger et récent assouplissement. " L'actualité espagnole nous montre le poids politique dont peut disposer une organisation ouvrière, souligne le syndic Mr Cerqueda. Et les Andorrans craignent que ne se constitue dans leur pays un syndicat où seraient majoritaires des personnes qui ne sont chez nous que de passage et qui ne se préoccupent guère du futur économique du pays. "
Un réflexe d'extrême droite... mais compréhensible dans un pays où les résidents étrangers sont près de cinq fois plus nombreux que les nationaux ! " Faites un référendum, et je peux vous assurer que l'écrasante majorité des Andorrans seront opposés à la création de syndicats ", assure Mr Pintat.
Certes, la défense de l'identité nationale permet également de justifier de plus inconfessables intérêts. " L'oligarchie andorrane joue la carte du nationalisme pour justifier son antisyndicalisme, assure Mr Antoni Roig, espagnol vivant depuis vingt-cinq ans dans la principauté, et président de l'Association des résidents étrangers d'Andorre, qui fait en fait office de substitut syndical.
" Il est pour le moins étrange que les syndicats ouvriers soient interdits, alors que les associations patronales, elles, sont autorisées. Le problème de fond, c'est la volonté de maintenir un capitalisme sauvage où le licenciement est pratiquement libre et où les travailleurs étrangers n'ont virtuellement aucun droit. "
Reste que, là aussi, la situation commence à évoluer. Une " loi sur le droit des personnes " a été adoptée en avril dernier, élaborée directement par les deux coprinces. Elle assure la reconnaissance explicite par la principauté de la Déclaration des droits de l'homme de 1948... mais s'en remet aux différents ministères pour leur application effective. Une formule ambiguë, qui permet à chacun d'interpréter la loi à sa manière, mais qui a le mérite de commencer à débloquer, enfin, l'un des problèmes les plus délicats auxquels ait aujourd'hui à faire face la principauté, et qui lui a déjà valu d'être dénoncée à plusieurs reprises devant le Conseil de l'Europe.
Tout évolue donc à Andorre, mais en douceur, à pas comptés, à la manière prudente d'un peuple de montagnards... qui doit faire face, toutefois, aux discrètes pressions de ses deux coprinces désireux d'accélérer le rythme. Car la politique andorrane est un complexe jeu à trois, où le gouvernement local et chacun des deux cosouverains tirent à hue et à dia, et où le consensus entre toutes les parties est, dans ces conditions, souvent ardu.
D'accord face aux Andorrans pour se faire les avocats des réformes, les deux coprinces n'en font pas moins souvent figure de rivaux développant chacun sa propre stratégie politique. Ainsi, l'évêque d'Urgel affiche une grande compréhension face à la revendication des Andorrans d'une plus grande reconnaissance internationale : une manière d'accroitre de la sorte sa propre importance au-delà des frontières !
Du côté français, par contre, où une telle préoccupation ne se pose évidemment pas, les priorités sont apparemment inverses. " La querelle sur la reconnaissance internationale est byzantine, assure le " viguier " (représentant du co-prince) français, Mr Jean-Pierre Courtois. Pour y aspirer, il faut au préalable être capable de moderniser ses structures. "
Face à ces deux coprinces, alliés et concurrents à la fois, les institutions andorranes, de leur côté, cherchent progressivement, par la tactique du grignotage, à accroitre leur marge d'autonomie, ce qui ne va pas sans conflit. Nombre de lois élaborées par le conseil général des Vallées souffrent du veto du pouvoir de tutelle. Ainsi, un texte sur l'aviation civile, définissant les conditions de survol de la principauté, a été bloqué par le viguier français, tandis qu'une autre instituant le mariage civil, toujours inexistant, a connu le même sort du fait du viguier épiscopal, Mr Francesc Badia.
Comme l'affirme ce dernier, " personne ne remet en question l'existence même des deux coprinces, mais les hommes politiques andorrans cherchent à s'attribuer petit à petit leurs prérogatives ". Et l'image de deux coprinces " régnant mais ne gouvernant pas " est de plus en plus souvent évoquée à Andorre-la-Vieille. L'apparition d'une nouvelle génération ayant davantage accès aux études (on compte désormais huit cents universitaires) a favorisé l'émergence d'un nationalisme andorran aspirant à s'affranchir de toute tutelle extérieure.
" Puisqu'on nous parle tant des droits démocratiques, commençons donc par le droit à l'autodétermination, lancent les " jeunes loups " de la politique andorrane à qui l'on parle de nécessaire modernisation. Tout est effectivement fruit de délicats équilibres en terre d'Andorre : de délicats équilibres qui se trouvent tous bouleversés en même temps !
Andorre a fêté en 1978 le septième centenaire de son système politique actuel. C'est en 1278 que le roi Pierre II d'Aragon et de Catalogne décida, par un jugement à la Salomon, d'attribuer conjointement la souveraineté sur Andorre aux deux puissances qui se la disputaient : les évêques d'Urgel d'un côté, et les comtes de Foix de l'autre, qui venaient d'hériter des droits sur la région d'une autre famille noble du sud de la France, les Castelbon.
Depuis, les deux coprinces ont exercé leur pouvoir de manière indivise, ce qui n'est pas allé parfois sans provoquer quelques tiraillements ! Du côté espagnol, rien n'a changé en sept cents ans, l'évêque d'Urgel ayant conservé ses droits. Du côté français, en revanche, le parcours fut plus heurté : le titre de coprince passa, par mariages successifs, des comtes de Foix aux vicomtes de Béarn, aux rois de Navarre et, finalement, aux rois de France.
La décapitation de Louis XVI posa toutefois un grave problème de succession. Bien décidée à rejeter tout vestige de l'Ancien Régime, la Révolution française refusa pendant une quinzaine d'années de reconnaitre cette vassalité andorrane qui paraissait contraire aux nouveaux principes d'égalité. Ce fut finalement Napoléon qui rétablit, à la demande des Andorrans eux-mêmes, la suzeraineté du chef de l'Etat français sur la principauté, qui s'est désormais conservée quels que soient les avatars de la politique française.
Dans ce pays de droit coutumier, où le fait acquis compte davantage que le texte, la délimitation des compétences entre coprinces et autorités andorranes n'a cessé de donner lieu à des conflits. Contrairement au Liechtenstein ou à Saint-Marin, Andorre n'est pas reconnue internationalement comme un Etat.
Les deux coprinces jouissent donc de toutes les prérogatives de sa représentation internationale. Ils sont de même en charge, à travers leurs représentants sur place, les " viguiers ", de l'administration de la justice et de l'ordre public.
Traditionaliste en politique, technocrate sur le plan économique : Antoni Ubach reflète à merveille les contradictions des " jeunes loups " de la principauté ! Directeur de la Caisse andorrane de sécurité sociale, il est, à quarante-quatre ans, l'un des hommes les plus importants du pays, puisqu'il manie un budget qui atteint près de la moitié du budget des administrations publiques.
Parlez-lui de gestion, et il se fera l'apôtre de la modernité, n'ayant d'yeux que pour l'informatisation intégrale et les techniques de pointe. Mais parlez-lui de politique, et il se fera le défenseur d'institutions médiévales qui, assure-t-il, ont amplement démontré leur adéquation aux particularités andorranes.
" Ne plaquons pas artificiellement sur notre pays les schémas des pays voisins ", se plait-il à répéter. Double face. Sa trajectoire symbolise en tout cas la rapidité et l'insolite du " boom " andorran. Une trajectoire l'ayant amené à la tête d'un véritable Etat dans l'Etat qui investit à tour de bras des deux côtés des Pyrénées.
Comment la Sécurité sociale a-t-elle pu devenir aussi puissante dans ce pays symbole du libéralisme sauvage ? Les pressions de l'Espagne en sont sans doute la cause, lorsque, dans les années 60, le gouvernement de Madrid demanda instamment aux autorités andorranes que les entreprises de la principauté employant des travailleurs espagnols cotisent à la Sécurité sociale espagnole. Mais les Andorrans préférèrent créer, en 1967, leur propre caisse.
Mr Ubach en devint le directeur. Aidé par un membre de l'inspection générale des affaires sociales dépêché par le gouvernement français, il allait monter ex nihilo, en quelques années, un système de protection incluant les frais de santé, les pensions de retraite, de veuvage et d'invalidité, et où ne manquent que les allocations familiales et de chômage.
La Caisse allait rapidement se retrouver avec un important excédent, grâce à un rapport très favorable entre cotisants et prestataires. D'autant que l'âge moyen de la population active andorrane n'est que de trente-deux ans, et a tendance à rester stable, en raison du rapide renouvellement des travailleurs immigrés qui restent en général peu de temps dans la principauté.
Aussi, Mr Ubach s'est-il lancé dans une audacieuse stratégie d'investissements tous azimuts. En obligations d'abord, en titres à rendement variable ensuite. De Sud-Radio à Toulouse à Radio-Renaissance au Portugal, en passant par une radio de Barcelone et par une société conjointe avec la CLT luxembourgeoise, le secteur de la communication est devenu, avec celui des loisirs, l'un des principaux bastions de la Caisse. Avec elle, ce sont les investisseurs andorrans qui, pour la première fois, partent à leur tour à l'assaut du monde extérieur !
ETATS-UNIS, Grèce, France : tel est le tiercé des Français quand on les interroge sur les pays où ils aimeraient passer leurs vacances d'été. La destination Amérique rallie les suffrages (surtout ceux du sexe masculin et des jeunes générations), en combinant beauté des lieux, dépaysement et intérêt du voyage. La Grèce, de son côté, doit son classement à la richesse de ses hauts lieux culturels, mais aussi au charme de ses iles et à son climat, qui font apparemment l'unanimité chez les femmes. Engouement que ne partagent pas les hommes interrogés, qui ne la placent qu'en quatrième position de leurs pays préférés.
Quant à la France, elle se voit, à juste titre, créditer d'une diversité et d'une beauté de paysages et de sites (sans oublier l'art de la table) difficiles à retrouver sous d'autres cieux. Qualités qui, notons-le, séduisent surtout les plus de quarante-cinq ans et les couples avec enfants dont elle est, nettement, la destination préférée.
Derrière le trio de tête, deux pays traditionnellement appréciés des vacanciers français, l'Italie (très prisée des plus de soixante ans) et l'Espagne (plus aimée des femmes que des hommes), et une destination, les Antilles, dans leur ensemble (les Antilles françaises, Martinique, Guadeloupe, mais aussi tout l'archipel), qui, en dépit d'un accueil parfois limite, conservent une réelle capacité de séduction, notamment auprès des femmes.
Viennent enfin trois pays, l'Australie (troisième choix des jeunes, derrière les Etats-Unis et la Grèce), le Canada et le Brésil (un pays qui séduit plus les hommes que les femmes, lesquelles lui préfèrent notamment l'Egypte) qui, chacun à sa façon, ont toujours fait rêver les Français.
Force est de constater la nette domination des pays de soleil ou d'exotisme, seuls le Canada et l'Irlande sauvant l'honneur des pays dits froids. On relèvera enfin la présence, dans les profondeurs du classement, de destinations souvent considérées comme paradisiaques : Ceylan (victime, il est vrai, d'une situation troublée), Maldives, Hawaii, Bali, Polynésie, Maurice ou Seychelles. Ainsi Tahiti n'est cité que par dix-sept personnes sur cinq cent six interrogées.
Pour ce qui est des vacances d'hiver, les préférences des personnes interrogées (en particulier des Parisiens et des ménages avec enfants) se portent nettement sur la France, qui apparait ainsi comme la reine incontestée des sports d'hiver, devançant assez largement ses concurrentes traditionnelles, l'Autriche et la Suisse, surtout appréciées des jeunes générations. A noter la percée d'un Canada qui, soutenu par les femmes et les jeunes, voit ainsi récompenser les efforts déployés pour vendre son hiver.
Côté " soleil d'hiver ", les Antilles s'imposent nettement devant le Maroc (qui séduit les plus de soixante ans), l'Egypte, l'Espagne, la Grèce (surtout les femmes) et le Sénégal (surtout les hommes). Cinq pays qui n'en sont pas moins devancés par les Etats-Unis (destination d'hiver appréciée des femmes, des jeunes et, tout comme le Canada, des personnes sans enfants) et la surprenante Italie, qui, il est vrai, joue sur plusieurs tableaux : la neige, le charme hivernal de Venise, la douceur de la Toscane et le soleil de la Sicile.
Une Italie qui, sur le terrain de l'escapade de trois jours dans une ville européenne, se voit plébisciter par notre sondage, avec Venise et Florence (favorite des cadres et des professions libérales) caracolant en tête, roue dans roue avec Vienne, qui séduit particulièrement les plus de trente-cinq ans et les retraités. A ces deux villes vient s'ajouter Rome qui, avec Athènes (prisée des femmes et des jeunes) et Moscou (un choix surtout masculin et parisien), constitue un deuxième trio qui suit de près le tiercé gagnant. Encore une longueur derrière, une nouvelle troika formée de Londres, Istanbul et Amsterdam, précède Madrid, Berlin et... Paris, qui fait jeu égal avec Séville, Stockholm et Leningrad.
En période de pénurie, ou de lassitude, l'étude des formes de la communication politique peut se révéler plus intéressante que celle de son contenu. Au risque de s'abstraire, un moment, des débats de fond qui agitent la majorité et l'opposition, cherchons à comprendre avec la revue Hermès comment s'organise "le nouvel espace public". Le quatrième numéro de cette revue éditée par le CNRS propose une série d'observations et de réflexions sur ce thème, qui nous concerne tous puisqu'il traite du fonctionnement de la démocratie.
L'impression générale laissée par la lecture de ces travaux est celle d'un paysage qui a beaucoup changé en peu de temps. Changé à tel point qu'il faut ouvrir de nouvelles pistes pour s'y retrouver. Nos explorateurs partent dans des directions différentes et reviennent avec des notations qui s'ajoutent, se complètent, se contredisent parfois. On n'en mesure que mieux la richesse et les difficultés d'accès du terrain : la communication a beaucoup à dire mais elle n'est pas spontanément communicative. Il faut donc aller chercher en elle, au-delà de ce qu'elle véhicule publiquement, le sens politique de son fonctionnement.
Jean-Marc Ferry explique qu'on est passé du juridique au médiatique, du règne de la critique à celui de l'opinion. "Le nouveau style de communication est plutôt maitrisé par les metteurs en scène que par les acteurs eux-mêmes", note-t-il, en relevant que l'accès aux médias est devenu un principe de sélection sociale, aux dépens de la légitimité que conférait la culture de type "vieille Europe".
Selon Alain Touraine, l'importance croissante de la communication politique est la contrepartie de l'affaiblissement de la représentativité politique et des idéologies. Cependant, la politique au sens étroit se trouve largement débordée par d'autres secteurs de la vie publique. Raymond Boudon expose brillamment que l'extension du règne de l'opinion va de pair avec celle de "l'incommunication". Aussi préconise-t-il, face à l'incantation qui entoure "la communication", de redécouvrir la valeur de l'esprit critique, ainsi que les voies et moyens qui permettent de l'acquérir. espace agit "comme un facteur d'organisation de l'irrationnalité politique". Le même auteur précise, dans une autre étude, que, contrairement aux apparences, dans ce trio d'acteurs, ce sont les médias qui ont la position la plus difficile et la plus fragile, faute de posséder "la légitimité que donne aux sondages et aux hommes politiques le principe de représentativité".
Gilles Achache observe que le marketing a pris le pas, dans la communication politique, sur le dialogue et la propagande, et Eliséo Véron suggère de reconstituer, face au danger d'une telle évolution, "un espace public de l'Etat" qui préserverait, avec la richesse de l'outil audiovisuel mais sans l'appauvrissement imposé par les règles contraignantes de la campagne électorale officielle, la communication politique de "l'emprise totale du marché".
Avec Marc Abélès, on s'initie à l'évolution du rituel politique, qui privilégie la symbolique consensuelle et transforme en spectacle les rites d'affrontement. Dans cette perspective, le pèlerinage traditionnel que Mr Mitterrand fait à la Pentecôte au rocher de Solutré apparait comme "un élément stratégique de communication".
Ce ne sont là que quelques pas en compagnie de quelques-uns des décrypteurs rassemblés dans ce numéro d'Hermès. Il faut aller plus loin, avec tous, pour pénétrer dans ce nouvel espace public où, à travers le choix de nos sources d'information, nos votes et les mouvements de l'opinion, nous jouons un certain rôle.
Sauf accident de parcours, le calendrier électoral, habituellement si chargé, laisse entrevoir une assez longue pause. C'est peut-être le moment de faire le point à ce sujet en se procurant, à un prix modeste, la nouvelle édition du bilan des études électorales en France, publié sous le titre : Explication du vote.
L'ouvrage répond à toutes les questions que l'on peut se poser sur l'expression du suffrage ou l'abstention. Vingt-quatre spécialistes ont contribué, sous la direction de Daniel Gaxie, à l'établissement de ce bilan. On complétera ce travail de documentation en s'intéressant avec Colette Ysmal aux partis politiques sous la Ve République, qui ont légitimement joué leur rôle en concourant à l'expression du suffrage. Colette Ysmal fournit beaucoup d'informations sur les bases sociales et électorales des partis, champ d'études que les sondages ont largement contribué à défricher.
La baisse de la devise américaine, entretenue par les interventions des banques centrales, conformément aux intentions exprimées à Washington par les sept grands pays industriels, a jeté le trouble sur le marché international des capitaux. Le schéma simple qui guidait les décisions de nombreux investisseurs au mois d'août et durant les trois premières semaines de septembre s'en trouve brouillé. On s'attendait à des évolutions opposées du niveau de l'intérêt de part et d'autre de l'Atlantique. A une hausse en Europe devait correspondre une baisse des taux en Amérique. De fait, on vient d'assister, tant aux Etats-Unis que dans nos pays, à un raffermissement sensible des rendements. Ce raffermissement, à New-York, a poussé momentanément jusqu'à 8,38 % le rapport des fonds d'Etat de trente ans de durée et, à Francfort, a fait se hisser à 7,17 %, son plus haut niveau depuis 1985, le rendement moyen des obligations en deutschemarks que publie chaque jour la Bundesbank.
Dans ces conditions, l'activité primaire, celle des nouvelles émissions, s'est considérablement ralentie et les francs succès ont été fort rares sur l'euromarché. La plupart d'entre eux ont été remportés dans les compartiments des emprunts convertibles où à bons de souscriptions d'actions. Profitant des performances des Bourses de leur pays, les emprunteurs japonais qui sollicitaient les marchés de l'eurodollar, de l'eurodeutschemark et du franc suisse ont tous été fort bien accueillis.
Parmi les nouvelles eurotransactions de type classique, il n'y a guère eu que celle du Danemark à recueillir vraiment la faveur des investisseurs. Il s'agit d'une émission de 150 milliards de lires italiennes d'obligations rémunérées au taux facial de 12,375% durant quatre ans et qui, offertes à 101,375%, procurent un rendement actuariel brut de 11,92%. La direction de l'opération a été confiée à l'Istituto Bancario San Paolo di Torino. Les emprunts internationaux en lires sont très recherchés, surtout par les particuliers avides de rémunérations élevées, supérieures à 10% l'an.
La Banque d'Italie surveille le marché de près et le ménage, n'autorisant qu'au compte-gouttes la sortie de nouvelles émissions,(ce qui renforce encore leur attrait. Elle tient à alterner les catégories d'emprunteurs aussi bien que les durées des titres et souhaite une bonne répartition des mandats auprès du plus grand nombre possible de chefs de file. Tant et si bien que, normalement, toute nouvelle opération en lires est pratiquement vouée à la réussite. Celle du Danemark présente l'avantage d'être la première de ce compartiment pour le compte d'un débiteur souverain. Son produit fait l'objet d'un contrat d'échange au terme duquel le Trésor de Copenhague dispose de fonds en marks à taux variable, à un niveau d'environ 8,4 % inférieur à la référence du Libor à six mois.
Ce niveau est très bas, bien plus bas que celui que les meilleures signatures allemandes peuvent espérer en sollicitant lirectement leur marché national. Kreditanstalt fuer Wiederaufbau (KfW) a, par exemple, lancé mercredi un emprunt le 500 millions de marks d'une durée de dix ans au maximum,mais qui peut être dénoncé après cinq ans aussi bien par les porteurs que par le débiteur. KfW est un établissement public allemand d'une qualité au-dessus de tout soupçon puisque son capital est détenu à raison de 80 %(par la République fédérale et de 20 % par les Laender et que le gouvernement s'est récemment engagé à ne pas réduire sa participation. Or la rémunération faciale servie sur ces titres correspond au Libor moins 0,125 % seulement. C'est la Dresdner Bank qui dirige cette opération qui, d'un point de vue technique est fort intéressante, car elle se situe à la jonction des deux secteurs du marché des capitaux allemand, le secteur national et l'euromarché.
Les titres KfW sont indubitablement destinés à se placer hors d'Allemagne, auprès d'un éventail aussi large que possible de prêteurs, ainsi qu'en témoigne la composition très internationale du groupe de direction. Mais, parce que l'emprunteur est domicilié en République fédérale, ils sont soumis au régime fiscal local. Si Bonn décidait de réintroduire un système de retenue à la source, un précompte serait déduit des intérêts. L'attitude des autorités allemandes ayant été très changeante ces dernières années en matière fiscale, les investisseurs demeurent sur la réserve. Visiblement, ils auraient préféré un véritable euro-emprunt qui, par définition, échapperait à des aléas de ce genre. Mais, pour émettre des euro-obligations, KfW aurait dû se présenter par le truchement d'un véhicule financier étranger, ce qui visiblement n'est guère prisé des autorités allemandes lorsqu'il s'agit de la dette publique.
Sur le marché de l'écu, les nouvelles émissions se sont succédé à un rythme soutenu, qui ne devait rien à l'appétit des investisseurs. Ceux-ci n'étaient guère pressés de souscrire, préférant attendre de voir jusqu'où se poursuivrait la hausse des rendements. Leur préférence allait de toute façon aux dépôts à court terme où des rémunérations proches de 10% leur était assurées.
Mais, pour ce qui est des emprunteurs, les possibilités d'arbitrage étaient si tentantes qu'il était difficile d'y résister. Dans la première partie de la semaine, en lançant une transaction de type classique en écu à trois ans, on pouvait tabler sur un résultat, après swap, de l'ordre de 0,50% de moins que le Libor, en dollars ou en écus. Cette marge s'est par la suite resserrée tout en restant fort appréciable, revenant à 0,45%, puis à 0,30% environ. Le Crédit local de France, la société américaine Du Pont et la Banque nationale de Paris figurent parmi les plus récents emprunteurs en écus à trois ans. Leurs rémunérations faciales s'étagent entre 9 % et 9,25%.
C'est un véritable barrage d'artillerie lourde que la quasi-totalité des banques centrales ont déclenché au début de cette semaine et poursuivi les jours suivants, pour appuyer les vigoureuses déclarations du groupe des sept pays les plus industrialisés du monde, faites le samedi 23 septembre 1989 à Washington. Ils ont " considéré la hausse du dollar, ces derniers mois, incompatible avec la tendance économique fondamentale à plus long terme ", tombant d'accord sur le fait qu'" une hausse du dollar au-dessus des niveaux actuels " ou " un fléchissement excessif " pourraient être " préjudiciables " pour les perspectives de l'économie mondiale. Lors de leur dernière réunion, en avril 1989, ils s'étaient bornés à qualifier d'" improductive " cette hausse du dollar : il y a donc un net changement de ton.
Pour que les marchés ne s'y trompent pas, ils ont donc fait donner les banques centrales jour après jour, tapant sur la tête des opérateurs dès que les cours du billet vert faisaient mine de remonter. Ces banques auraient vendu plus de 15 milliards de dollars dont, parait-il, 6 milliards pour la seule Banque du Japon, le lundi 25 septembre, ce qui n'est pas énorme pour des transactions quotidiennes pouvant atteindre 500 milliards de dollars. Résultat : vendredi 29 septembre au soir, les cours du dollar avaient chuté de 4 % contre le mark, le yen et le franc, après un recul initial de 2 % le lundi 25 septembre.
Comme on l'a vu, la tactique employée a été de ne laisser aucun répit aux marchés pour bien les persuader que " c'était sérieux " et pour vaincre leur scepticisme, car bien des opérateurs demeurent perplexes, se contentant de courber le dos et de panser leurs plaies, pour ceux, notamment, qui avaient auparavant joué la hausse du dollar et la baisse du mark, comme Morgan Stanley à New-York, à l'inverse de Salomon Brothers résolument baissiers sur le billet vert.
Après ce matraquage, tout le monde va vouloir éprouver la résolution des banques centrales qui, certes, ont effectué leur plus forte intervention depuis juin dernier, mais qui, cette fois-ci, ont fait baisser le dollar " à coups de bottes " alors qu'en juin, après une salve initiale, la devise américaine avait fléchi toute seule. En fait, on a bien conscience que le véritable problème n'est pas réglé, à savoir l'harmonisation des politiques économiques et, surtout, celles des taux d'intérêt. Tant que les investisseurs internationaux pourront obtenir deux points de plus à New-York qu'à Francfort, et trois points de plus qu'à Tokyo, le dollar restera fort. Aussi attend-on, maintenant, la deuxième étape de l'offensive, c'est-à-dire un nouveau relèvement des taux en RFA qui devrait, toutefois, s'accompagner d'un abaissement aux Etats-Unis. Mais là, il ne faut pas rêver, et c'est ce qui rend dubitatifs bien des opérateurs : " Rien n'est vraiment réglé ", soupirent-ils...
En Europe, l'événement de la semaine a été, bien entendu, le raffermissement du mark. Déjà sensible la semaine dernière, il s'est effectué par rapport àtoutes les devises, y compris cette fois-ci à l'égard du franc français, qui en a souffert. Vendredi 29 septembre, le cours du mark à Paris a bondi soudainement de 3,3880 F à 3,3950 F pour revenir à 3,3925 F, essentiellement à la suite des déclarations un peu fracassantes du comte Otto Lambsdorff, ancien ministre de l'économie et actuel président du Parti libéral (FDP), membre de la coalition gouvernementale en Allemagne fédérale.
Dans un entretien accordé au quotidien du monde des affaires Handnelsblatt, Mr Lambsdorff a réclamé une réévaluation du mark, notamment par rapport au franc français, qu'il juge surévalué par rapport à la devise allemande. Selon lui, l'" inadéquation " de la parité franc-mark ne fait que stimuler les exportations de la RFA vers la France, tandis qu'à Paris le gouvernement s'oppose à tout réajustement de cette parité " pour des raisons de prestige ".
De son côté, le ministre espagnol des finances, Mr Carlos Solchaga, s'exprimant à Washington, a dit partager le point de vue de Mr Karl Otto Poehl, président de la Bundesbank, selon lequel le mark est sous-évalué. " Sur le fond, Poehl a raison, le mark n'est pas à sa valeur " (on pourrait ajouter, surtout à l'égard de la peseta espagnole, manifestement surévaluée). Mr Solchaga n'est pas opposé à un réalignement du SME mais " ne croit pas que cela soit indispensable, ni même très urgent pour le moment ". Evidemment, dire le contraire serait d'une folle imprudence...
Selon toute vraisemblance, les relations ne sont plus au beau fixe entre Paris et Francfort en ce qui concerne les parités du SME, à en juger par les propos qu'a tenus Mr Pierre Bérégovoy, ministre français des finances, à Washington le week-end dernier. Au cours de l'émission "Grand Jury RTL-le Monde", le ministre a répété avec force que la France avait l'intention de suivre toute réévaluation du mark, ce que " la RFA sait et devra prendre en compte ", a-t-il dit. Le lendemain, il a répété que " la parité entre le franc et le DM serait maintenue ", réaffirmant " le maintien de cette parité est un des éléments de notre politique de désinflation compétitive ". Les déclarations explosives de Mr Otto Lambsdorff, faites trois jours après, ne vont certainement pas arranger les choses. Certes, l'ancien ministre de l'économie est connu pour ses " sorties " provocantes, qui défrayaient la chronique à plusieurs reprises dans le passé. Mais il n'a fait qu'exprimer tout haut ce que tout le monde pense à Francfort, ce qui laisse mal augurer des relations monétaires franco-allemandes l'année prochaine et va peser sur la politique de la Banque de France, qui ne va plus avoir d'autre choix que de suivre étroitement la Bundesbank dans son durcissement.
Apparemment, tout va de mal en pis sur le marché monétaire et obligataire de Paris, où la hausse des taux d'intérêt se poursuit et même s'accélère, déprimant les opérateurs sur le court terme et le long terme, ce qui s'est traduit par une chute des cours du MATIF et un pessimisme accru chez les émetteurs d'obligations.
Une fois de plus, c'est le vent d'Allemagne qui glace les os, que ce soit sur le front des taux d'intérêt comme la semaine dernière ou maintenant, sur celui du franc (voir en rubrique " Devises et or ").
Mercredi, la Bundesbank donnait un cran de plus à la hausse des taux outre-Rhin en faisant passer sa fourchette d'intervention à court terme à 7%-7,20%, encore un peu plus haut que la semaine précédente. Du coup, le loyer de l'argent au jour le jour à Francfort passait à 7%-7 1/4%, débordant carrément le taux Lombard d'avancesur titres, taux directeur de la Bundesbank fixé à 7% depuis juin 1989 et considéré habituellement comme un plafond. Aussitôt, s'est ravivée la rumeur de l'instauration d'un "Lombard spécial", à 8%-9%, ou même 10%, sorte de super-enfer pour les banques qui auraient véritablement besoin de liquidités, histoire de calmer la demande de crédits supplémentaires pour l'économie.
Très logiquement, toutes les échéances se sont orientées à la hausse : plus de 7,50 % à un mois, près de 8 % à un an, le rendement moyen des titres publics allemands approchant de 7,20 %, au plus haut depuis quatre ans.
Naturellement, tous ces mouvements se sont effectués dans l'attente d'un relèvement des taux directeurs de la Bundesbank jeudi prochain 5 octobre, à l'occasion de la réunion de son conseil d'administration, les pronostics variant d'un demi-point à un point.
On imagine sans peine l'impact de tous ces mouvements sur un marché français déjà peu enclin à l'optimisme et qui voit s'amonceler les nuages, découvrant, un peu tard, que son sort est plus que jamais étoitement lié à celui du marché allemand. Il commence à entrevoir avec horreur qu'outre-Rhin, la tension des taux pourrait durer au moins jusqu'au printemps, période de négociations salariales. Surtout, ce marché prend conscience que, pour la Bundesbank, l'essentiel est la lutte contre l'inflation dont elle veut ramener le rythme si possible à 1 % ou moins, contre 2,9 % actuellement, et que le redressement actuel du mark ne va pas freiner ses ardeurs répressives.
Comme si cela ne suffisait pas, la montée subite du cours du deutschemark à Paris, vendredi 29 septembre, à la suite des déclarations de Mr Otto Lambsdorff sur la nécessité d'une réévaluation du mark vis-à-vis du franc, a encore noirci le tableau, poussant à plus de 9 1/2 % le loyer de l'argent au jour le jour et obligeant la Banque de France à bloquer les hausses en servant 13 milliards de francs au taux des pensions à 7-10 % par jours (9 1/2 %). Là aussi, le marché de Paris réalise qu'en cas de relèvement des taux allemands la Banque de France ne pourra que suivre, sous peine d'attaques contre le franc. Au surplus, une augmentation d'un demi-point à Francfort serait jugée insuffisante, car tout le monde attendrait le suivant : il faudrait un point tout entier, et, à Paris, un point, cela ferait très mal...
Conséquence logique, le cours de l'échéance décembre sur le MATIF a chuté à 106,50, contre 107,90 le vendredi précédent, certains opérateurs le voyant déjà à 105 ou 104. C'était les mêmes qui,au début de l'été, prédisaient une montée à 112 ! Aujourd'hui ils sont peut-être légèrement trop pessimistes, mais la déception est si forte...
Sur le marché obligataire, c'est un peu la déroute, avec une accentuation de l'inversion des taux et, tout de même, une montée des taux longs : le rendement de l'obligation assimilable du Trésor (OAT) 9 1/8 % 1999 passait en huit jours de 8,63 % à 8,83 %.
Dans ces conditions, tout émetteur est acculé à augmenter la rémunération offerte, ce qu'a fait le Crédit local de France, qui a pu lever près de 3 milliards de francs en quatre tranches avec le minimum de dégâts. Il est vrai qu'ils offrent un rendement réel de 9 %, porté à plus de 9,20 % pour les souscripteurs en raison de l'abandon total ou partiel des commissions de placement (1,20 %), ce qui n'a pas empêché l'émission d'être décotée de 0,30 % sur le marché gris en fin de semaine. Vendredi soir, le Trésor tirait des plans sur la comète pour ses adjudications mensuelles d'OAT la semaine prochaine. Cela va saigner !
Le 24 octobre 1985, la faillite du Conseil international de l'étain (ITC), l'organisme chargé de stabiliser les cours de ce métal, provoquait un krach retentissant, entrainant par la même occasion la suspension des cotations de l'étain sur le London Metal Exchange (LME), la première Bourse mondiale de non-ferreux.
Les engagements du stock régulateur de l'étain portait sur 340 millions de livres vis-à-vis des banques, dont l'essentiel se trouvait gagé sur du physique alors largement déprécié. Le montant des ordres d'achats que le stock ne pouvait plus honorer représentait 565 millions de livres et les brokers estimaient leurs pertes sèches à environ 250 millions de livres. En outre, ces opérateurs avaient eux-mêmes des contrats de livraison qu'ils ne pouvaient plus honorer et ils risquaient ainsi de perdre quelque 400 millions de livres. Le LME, quant à lui, décidait une suspension définitive du marché et proposait en mars 1987 un règlement des opérations en cours à 6 250 livres la tonne.
Très vite, les créanciers de l'ITC, notamment onze brokers au sein de TinCo Realisation, se sont regroupés pour poursuivre cet organisme en justice, mais sa supra-nationalité a rapidement bloqué toute procédure. D'où l'initiative du Canada, il y a plus d'un an, de mettre en place les mécanismes d'une solution à l'amiable. Compte tenu des indemnités reçues et de la revente de l'étain détenu en gage, les créanciers banquiers et brokers de l'ITC ne lui réclamaient plus que 182,5 millions de livres (1,88 milliard de francs). Le paiement de cette somme devait intervenir au plus tard le samedi 30 septembre 1989.
Réunis à Londres, depuis le 21 septembre, les vingt-deux producteurs et consommateurs membres de l'ITC ont essayé de réunir le montant de la dette en deux tranches, selon une formule proposée par la Suède. La première, de 150 millions de livres, devait être financée par une contribution de chaque membre et la seconde (32,5 millions) par des contributions volontaires. Finalement, l'ITC n'a pu lever au total que 170 millions de livres, certains pays producteurs comme la Thailande, le Zaire et l'Inde ayant refusé de payer l'intégralité de la part qui leur était allouée.
Les pays consommateurs semblent avoir consenti un effort particulier en contribuant à eux seuls à 60% de la tranche de 150 millions de livres. En outre, le Japon, la Grande-Bretagne et les pays nordiques ont accepté de payer environ 17 millions de livres sur la tranche de contribution volontaire. La France, pour sa part, a consenti une contribution volontaire de 1 million de livres en plus de sa quote-part dans la tranche des 150 millions.
Voyant sans doute l'issue relativement proche, les créditeurs de l'ITC ont accepté de repousser le délai de paiement d'un mois. L'organisation devrait à nouveau se réunir les 25 et 26 octobre prochain. De l'avis des observateurs, la Thailande, l'Allemagne fédérale et le Royaume-Uni devraient être plus particulièrement sollicités pour "faire la soudure". Pendant ce temps, l'étain fait preuve d'une belle fermeté.
La faiblesse du billet vert a incontestablement contribué aux achats, mais c'est également l'assainissement du marché qui soutient la tendance. L'Association des pays producteurs d'étain (ATPC), qui a instauré depuis deux ans un système de quotas à l'exportation pour suppléer le défunt accord international, estime que les stocks mondiaux devraient passer de 27000 à 20000 tonnes d'ici à la mi-1990 si ses membres poursuivent leur effort de rationalisation. A l'époque du krach de 1985, les réserves mondiales représentaient 105000 tonnes.
Interrogé, le dimanche 24 septembre, en direct de Washington au cours de l'émission " Le grand jury RTL-Le Monde ", Mr Pierre Bérégovoy, ministre français de l'économie et des finances, a souligné la clarté du communiqué du groupe des Sept. Alors que ce communiqué s'élève, en des termes inhabituellement nets, contre une nouvelle hausse de la monnaie américaine, Mr Bérégovoy a déclaré : " Nous pouvons vivre avec un dollar au niveau actuel ", ajoutant qu'après la réunion des Sept du 23 septembre il convient d'" attendre la réaction des marchés d'ici quelques jours ".
Le ministre a, par ailleurs, réaffirmé qu'il ne souhaitait pas de réalignement des parités dans le système monétaire européen, mais que " s'il devait y avoir un jour une réévaluation du mark allemand, le franc suivrait ".
L'école Saint-Exupéry de Villepinte (Seine-Saint-Denis) a été occupée pendant plusieurs jours par des parents d'élèves qui réclamaient un poste d'instituteur supplémentaire pour faire face à l'arrivée de trente jeunes nomades dans l'établissement. Ils ont obtenu satisfaction vendredi 29 septembre, à la suite d'une entrevue avec l'inspection académique. Les jeunes nomades seront répartis dans deux classes de soutien pour l'apprentissage des diciplines principales et participeront avec les autres élèves aux activités sportives ou artisitique.
Le mot " voyage " peut-il rimer avec " apprentissage " ? A l'école Saint-Exupéry les parents et enseignants semblent en douter. Parce que trente " enfants du voyage " ont été inscrits à la rentrée dans un établissement auquel n'a été attribué qu'un poste d'instituteur supplémentaire, des parents avaient décidé d'occuper l'école, depuis le 25 septembre. Tout en se défendant de prêcher l'exclusion, ils affirment que ces élèves exigent plus d'attention que les autres et ils demandaient donc des moyens exceptionnels.
Sur une vaste dalle bétonnée située à 500 mètres de l'école, trente caravanes stationnent depuis la fin de l'été. Leurs occupants - gitans, roms ou manouches - sont officiellement hébergés sur cette aire qui remplace les campements illégaux dont ils avaient l'habitude. Le maire de Villepinte, rejoint par quatre autres élus des communes avoisinantes, a décidé cette année d'offrir aux " gens du voyage " un lieu de vie plus décent que les décharges et les parkings dont ils doivent bien souvent se contenter. Cette relative stabilité permet aux nomades de s'inscrire dans le paysage communal et, bien sûr, d'envoyer leurs enfants à l'école.
Toute de noir vêtue, devant sa maison roulante, Mandarine se réjouit de cette situation. " Je voudrais, dit-elle, que mes deux enfants soient bien pris en main. Dans les autres écoles on les mettait toujours au fond de la classe à faire des dessins. " De retour du marché où elle travaille chaque matin, cette mère de famille parle fièrement des " progrès " de sa fille de onze ans, qui lui montre ses devoirs après la classe. " Je voudrais surtout qu'elle apprenne à lire. Nous, nous ne savons pas et nous voyons bien comme c'est gênant. " Avec quelques autres mères, Mandarine à rejoint les parents qui occupaient l'école Saint-Exupéry.
Ceux-ci, de leur côté, ne cachent pas toujours leur peur irraisonnée des nomades. " Mon fils, explique une mère, me dit que ces petits sont méchants, qu'ils se battent en récréation ". Plus posé, un père de famile affirme avec vigueur : " Il faut aider ces élèves, mais on doit pouvoir leur apprendre à lire et à écrire sans léser les autres. " Mobilisé par une fracture de la jambe, ce menuisier-charpentier a profité de son congé de maladie pour soutenir le mouvement de protestation. " Sinon j'aurais pris des jours de vacances, explique-t-il. Il ne faut pas que le niveau de l'école baisse. "
La mine accablée, les enseignants acquiescent. " Ces petits n'ont jamais été scolarisés régulièrement, déclare l'un d'eux, ils ne savent pas lire ni écrire et n'ont aucun sens de la discipline. " Ceux que l'on appelle incidemment les " sauvageons " sont accusés de ne pas arriver à l'heure, de s'exprimer intempestivement et même de changer de classe lorsque l'instituteur ne leur plait pas. A Saint-Exupéry, on a fermé à clé les portes du hall pour que les " nouveaux " n'y pénètrent pas durant les heures de récréation.
Cette exaspération n'est cependant pas signe de rejet, au dire des responsables. " Nous souhaitons seulement obtenir un poste supplémentaire pour aider l'instituteur qui donne actuellement des cours de soutien à ces enfants, soulignent-ils. Il est impossible de remettre à niveau trente élèves en un seul groupe. " De plus, observent les enseignants, le roulement qu'impliquent les arrivées et les départs en cours d'année risque d'être une source de travail supplémentaire.
" L'irritation générale a découlé d'un manque d'information ", remarque l'un des parents. " Nous n'avons pas été avertis et l'accueil de ces écoliers n'a pas été réellement préparé. " Personne ne conteste pourtant la nécessité de scolariser ces élèves. " Ce sont des enfants comme les autres, qui ont le droit de fréquenter l'école la plus proche de chez eux ", affirme Mr Alain Guerrero, coordonnateur des aires de campement du département.
L'inspection académique, pour sa part, a longtemps fait la sourde oreille en refusant d'envisager la création de classes-ghettos réservés aux enfants du voyage. " Nous sommes d'accord pour tenir compte de cette population qui demande un traitement particulier, souligne l'inspecteur d'académie, mais il n'y a pas là seulement un problème de moyens : les réclamations sont une façon, pour l'école, de ne pas se demander comment accueillir la différence. "
MrL.Fabius a rendu publique,vendredi 29 septembre,la contribution qu'il desposera au comité directeur du PS, qui doit se réunir les 7 et 8 octobre, en vue du congrès de Rennes.Ce texte, dont le président de l'Assemblée nationale souligne qu'il a été adopté collectivement, est signé par mille cinq cents responsables du PS dont six membres du gouvernement(MM P.Beregovoy, J.Lang, MrCharasse, J.Mellick, P.Quiles, A.Méric) et par cent parlementaires.
Mr Fabius et ses amis se félicitent que le congrès de Rennes soit l'occasion d'un " débat de fond ". " S'il n'y a pas périodiquement discussion entre les militants, notre Parti ne peut pas être pleinement vivant, écrivent-ils. Le débat c'est notre oxygène. " Ils précisent que le congrès de Rennes n'aura pas pour objet de " déterminer qui sera candidat à une élection présidentielle encore lointaine ", mais de " fixer à partir de quelle politique, sur quelles idées, avec quelle stratégie, avec quels moyens, avec quel parti, dans quelle situation " les socialistes pourront " le mieux aborder des élections législatives (et régionales) relativement proches et qui ne seront pas nécessairement faciles ".
La contribution se propose de répondre à six questions dont la première est " quelle politique concrète ? ". La réponse qu'elle y apporte tourne autour de l'idée de démocratie : " davantage de démocratie économique et sociale ", demandent notamment MM Fabius et ses amis en observant qu'" un rééquilibrage au profit des revenus du travail est devenu indispensable ; la gauche y joue sa crédibilité ". Ils demandent que les lois Auroux sur les droits des travailleurs et la loi Roudy sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes soient appliquées. " Le premier investissement économique, déclarent-t-ils, c'est l'investissement social. "
Le texte souligne aussi la nécessité d'un meilleur aménagement du territoire. Il recommande la méthode de la " négociation qui consiste à inviter les partenaires sociaux à négocier à froid puis à tirer les conséquences de leur accord au plan législatif ou à prendre l'initiative s'il y a désaccord ".
La contribution aborde aussi le problème de la démocratie populaire en recommandant la mise en place d'une possibilité de contrôle de la constitutionnalité des lois à la demande des citoyens et du " référendum d'initiative populaire sur les " problèmes de société " après avis du Conseil constitutionnel ". Elle recommande, d'autre part, " l'inscription automatique sur les listes électorales de tous les jeunes de plus de dix-huit ans nés sur le sol français ".
" Quelle Europe ? ", demandent ensuite Mr Fabius et ses amis. Ils estiment nécessaire d'introduire " plus de démocratie dans la vie de la communauté ". Ils soulignent que " la dimension sociale doit être la matrice de la communauté et que des décisions en ce sens doivent être prises à l'occasion de la conférence intergouvernementale de l'automne 1990 ".
" Quelle vision du socialisme ? ", demandent-ils ensuite. Trois idées fondamentales caractérisent, selon eux, cette doctrine. " La nécessité d'une transformation organisée de la société qui nous oppose aux conservateurs ; l'approfondissement de la démocratie et de la justice qui qualifie le contenu de la transformation à conduire ; le scrupuleux souci des libertés qui nous sépare de la pratique communiste. " Selon eux, " le socialisme doit intégrer la modernisation", c'est-à-dire " non seulement moderniser les équipements mais assurer une juste participation des salariés au fruit de la croissance, démocratiser les rapports sociaux dans l'entreprise et mettre en place une organisation qualifiante du travail ". Se référant à la " société mixte combinant la logique marchande et le service public ", ils soulignent leur attachement à ce dernier. Ils indiquent enfin que l'écologie doit faire " pleinement partie de l'identité socialiste ".
A la question des alliances électorales, la contribution répond qu'elles doivent s'opérer autour des " grands axes de la politique du PS et non d'une autre ". Excluant l'alliance parlementaire entre le PS et le centre, Mr Fabius et ses amis affirment que les socialistes doivent être ouverts " à l'égard des personnes ". Ils affirment, que à l'égard du PCF, le PS doit se montrer rassembleur et qu'il doit, d'autre part, " devenir le premier parti écologiste de France ".
Quant aux rapports avec le gouvernement, Mr Fabius et ses amis soulignent que le PS doit, " sur l'essentiel ", soutenir le gouvernement mais aussi l' " aiguillonner " et " parfois même contester ". " L'accession au gouvernement, soulignent-ils, ne doit pas priver le parti de sa capacité à anticiper, à imaginer, à pro- poser. "
" Quel Parti socialiste ? ", demande enfin la contribution. Observant que plus de cinq cent mille personnes ont quitté le PS depuis une dizaine d'années, le texte s'interroge sur les causes de ce mouvement. " Chacun constate que la formation est insuffisante, indiquent-ils ; parmi nos responsables, le nombre des femmes, celui des travailleurs de la production est faible et n'augmente pas. "
Moderniser le parti est, selon Mr Fabius, " un des enjeux majeurs du congrès ". Il estime que le PS entre dans une " troisième phase ", après la période de la SFIO et celle du renouveau des années 70. Il doit devenir un " parti moderne de masse ", ce qui suppose d'abaisser le prix des cotisations, d'augmenter la présence des femmes à tous les niveaux et d'organiser les sympathisants. Le président de l'Assemblée nationale et ses amis recommandent l'ouverture d'un droit statutaire de convoquer une " convention d'initiative militante " à la demande d'une proportion d'adhérents répartis dans plusieurs fédérations. Ils souhaitent que lors des votes internes soient pris en compte les militants présents et non les procurations.
La contribution se prononce aussi pour la création d'un institut national et international de formation, la modernisation de la fédération des élus, la mise en place de structures de coordination régionale et européenne. Il faut, déclarent Mr Fabius et ses amis, " passer de l'objectif d'un parti reflet de la société à celui d'un parti outil de transformation ". Ils souhaitent qu'à l'occasion du congrès soient réintégrés dans le parti " de nombreux militants exclus qui, bien qu'exclus, n'ont jamais cessé de se situer dans la majorité présidentielle " et de " s'ouvrir à des dizaines de milliers d'hommes et de femmes venus d'horizons différents ".
QUI croit encore au "miracle",du côté d'Abidjan ? Convoqués à huis clos pour un "grand dialogue" par Mr Félix Houphouët-Boigny, le chef de l'Etat, au pouvoir depuis l'indépendance en 1960, les responsables politiques, militaires et économiques du pays viennent de constater que tout n'allait plus pour le mieux dans le meilleur des mondes ivoiriens. A l'issue de leurs travaux, le "Vieux" a même été contraint d'annoncer une nouvelle baisse du prix d'achat du cacao au million de planteurs qui font vivre la moitié de la population.
Pour excuser ce nouveau "coup dur", le chef de l'Etat a expliqué qu'il s'était heurté à "un double mur d'argent et d'incompréhension". Il n'empêche qu'il fallait en passer par là pour obtenir les concours du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale en vue de sortir le pays de la crise. Aveuglée par la "rente cacaoyère" des années fastes, la Côte-d'Ivoire n'a pas su se créer, en prévision des jours noirs, d'autres sources de richesses, si bien qu'aujourd'hui elle ne se retrouve plus libre de ses mouvements.
SI l'insécurité grandit dans le pays au point de devenir, pour tous, Ivoiriens comme expatriés, un souci quotidien, "c'est qu'il n'y a pas d'emplois", explique non sans raison le professeur Laurent Gbagbo, le chef de file de l'opposition clandestine, qui a mis au défi Mr Houphouët-Boigny de proposer un véritable programme de gouvernement. Pour le moment, celui-ci s'est contenté d'annoncer que des unités de l'armée, notamment celles déployées le long des frontières, participeraient, aux côtés de la police, à la lutte contre le grand banditisme.
La crise économique se double d'un malaise politique dans la mesure où le "Vieux", officiellement âgé de quatre-vingt-quatre ans, se refuse toujours obstinément à parler de sa succession, à désigner un dauphin. Ce qui n'interdit pas aux "barons" de s'agiter en coulisses pour préparer ces lendemains incertains. Le chef de l'Etat a seulement promis un remaniement ministériel pour la mi-octobre. "La Côte-d'Ivoire est entrée dans une période de fin de règne. Le régime est mourant, mais il meurt mal", assure Mr Gbagbo.
Aceux qui voudraient instaurer le multipartisme, Mr Houphouët-Boigny vient de répondre qu'en parler aujourd'hui "était une simple vue de l'esprit". Cette question est renvoyée, dit-il, à "un demain que je souhaite le plus tôt possible s'il y a l'unité nationale". Pas question, donc, d'ouvrir les élections législatives et présidentielle prévues pour 1990 à d'autres formations que le Parti démocratique de Côte-d'Ivoire.
Cet entêtement du chef de l'Etat à vouloir, coûte que coûte, maintenir le " statu quo ", à gérer son pays à la petite semaine, promet à la Côte-d'Ivoire, jadis citée comme modèle de stabilité politique et de réussite économique, des jours difficiles. Dans ce contexte, la basilique géante construite à Yamoussoukro, le village natal du président, dont le coût s'élève à la bagatelle de 800 millions de francs, parait n'être, comme la qualifient ses détracteurs, qu'"un monument d'orgueil", dressé au beau milieu d'un pays où les pauvres ne croient plus au miracle.
Cultivant sa différence par rapport à Mr Chirac, qui venait de lancer l'idée d'un " pacte commun " de l'opposition, le maire de Lyon, Mr Michel Noir, au nom des " rénovateurs " du RPR, a souhaité, vendredi 29 septembre devant les parlementaires du RPR réunis à Arcachon, que les héritiers du gaullisme proposent aux Français un " nouveau pacte social ". Le député du Rhône a fustigé, au passage, le comportement de la direction de Peugeot en disant : " Pouvons-nous, nous gaullistes, auteurs de tous les textes législatifs sur les rapports sociaux dans l'entreprise, rester silencieux plus longtemps lorsqu'un tel mépris des salariés est affiché ? "
- Le secrétaire d'Etat américain, Mr James Baker, a confirmé, vendredi 29 septembre, que les Etats-Unis s'apprêtaient à vendre plus de trois cents chars M-1 à l'Arabie saoudite. Selon lui, ces armes ne peuvent être considérées comme "déstabilisantes"; il a précisé que les Etats-Unis avaient consulté Israël à propos de cette vente.
TERRE. - Sont élevés au rang et à l'appellation de général de corps d'armée, les généraux de division Hervé Zwingelstein (nommé commandant de la 3e région militaire) et Jean Roué.
Sont promus : général de division, les généraux de brigade Pierre Bourdereau et Etienne Renard ; général de brigade, les colonels Alain Brosseau, Claude Ferret, André Soudon, Bruno Courtois et André Enjalbal ; commissaire général de brigade, les commissaires colonels Jean Laurent et Jean-Claude Lambert.
AIR. - Sont promus : général de division aérienne, les généraux de brigade aérienne Michel Verney (nommé inspecteur technique de l'armée de l'air) et Sylvain Mioche (nommé directeur central de matériel de l'armée de l'air) ; général de brigade aérienne, les colonels Jean Thevenot, Louis Cazaubieilh (nommé directeur technique de la Force aérienne tactique) et Claude Lajoux.
Est nommé directeur technique du comandement " air " des forces de défense aérienne, le général de brigade aérienne Guy Manach.
SERVICE DE SANTÉ. - Sont promus : médecin-général inspecteur, le médecin-général, médecin-chef des services hors classe Charles Lombard ; pharmacien chimiste général inspecteur, le pharmacien chimiste général, pharmacien chimiste chef des services hors-classe Jean-Marie Schmit (nommé inspecteur technique des services pharmaceutiques et chimiques des armées) ; médecin-général, les médecins-chefs des services de classe normale Bernard Servantie et Pierre Dessales ; pharmacien chimiste général, le pharmacien-chimiste chef des services de classe normale Jean Meunier.
GENDARMERIE. - Sont promus : général de division, le général de brigade Albert Raut ; général de brigade, les colonels Pierre de Maximy et Daniel Lerat.
Est nommé commandant la 3e région de gendarmerie, le général de brigade Michel Jeanjean.
"Il faut donc, continue le texte, rassembler demain plus et mieux qu'hier ou avant-hier", car "dans le pays existent les forces sur lesquelles pourrait se construire un vaste rassemblement majoritaire autour d'options de progrès et d'une politique qui les traduise en actes". La contribution énumère les composantes possibles de ce rassemblement et résume : "L'électorat de gauche est le premier à remobiliser. Au-delà (...), le rassemblement de progrès peut et doit dépasser les frontières "naturelles" de la gauche."
La contribution souligne ensuite la nécessité de " mener la bataille des idées contre le libéralisme dominant ", en affirmant : " Au fond, qu'est-ce que cela veut dire, être socialiste en France, en 1989 ? Faire entrer dans la réalité les valeurs de la République." Il s'agit, pour les socialistes, de montrer qu'ils ont pour la France " un projet à long terme (...), la construction d'une société plus juste, plus égalitaire, plus libre".
Le texte aborde ensuite la question de la construction européenne en affirmant que le choix pour les socialistes est le suivant : " Adapter la France, coûte que coûte, à son environnement international et par conséquent se soumettre (...) au primat de la "rigueur" (...) ou (...) réhabiliter la démocratie." " La perspective de la paupérisation de l'Etat, continuent les amis de Mr Chevènement, est inacceptable, injustifiable. Nous savons déjà que l'objectif de " baisse des prélèvements obligatoires " (...) n'est justifié par rien, sauf par l'influence de l'idéologie libérale (...) déjà, on s'habitue à répartir la pénurie, à l'intérieur d'un budget dont on oublie qu'il n'est aussi étriqué que parce que nous le voulons bien. "
Après avoir expliqué comment " l'Europe doit être réorientée économiquement, politiquement, culturellement, ce qui, au fond, revient au même ", Socialisme et République souligne que les socialistes doivent " prendre les moyens économiques de (leurs) objectifs sociaux ". Le texte observe que " la désinflation compétitive, si elle a bien enrayé l'inflation, n'a pas restauré la compétitivité de l'industrie française ". L'Acte unique européen risque de "nous entrainer plus loin encore dans une sorte d'engrenage libéral ". " La logique libérale est un tout, foncièrement inégalitaire, continue le texte. A rien ne sert de réclamer un nouveau partage social sans la remettre en cause."
Sans proposer explicitement une " autre politique ", le texte affirme : " Que voulons-nous ? Une croissance plus forte et plus autonome au service de l'emploi (...), une capacité de négociation d'égal à égal avec les autres grandes puissances industrielles (...) une répartition plus équitable des fruits de la croissance (...), une maitrise des concentrations économiques (...), un développement économique plus respectueux de l'environnement (...) et qui redonne vie au concept aujourd'hui moribond d'aménagement du territoire."
Selon la contribution, dans le cadre de l'harmonisation fiscale et financière européenne, " il nous faut donc maintenir la possibilité de politiques nationales alternatives ". Dans l'immédiat, la libération des mouvements de capitaux de 1990 doit être "suspendue" si n'ont pas été fixées à ce moment des "règles précises concernant un droit social européen et une fiscalité commune du capital". En somme, "dans les prochaines années, il faudra fermer la parenthèse libérale, de préférence en réorientant de l'intérieur la construction européenne, sinon en jouant le jeu mondial de la France".
A l'échelon national, le texte demande "une relance de la politique industrielle", refuse "la juxtaposition stérile et définitivement établie d'un secteur privé à côté d'un secteur public", souhaite que le salaire moyen connaisse à l'avenir "une progression réelle contractuellement liée à la croissance économique" et demande "un rééquilibrage fiscal au détriment des revenus non salariaux", par exemple en agissant sur les droits de succession.
Les amis de Mr Chevènement affirment encore qu'ils veulent "rendre une force neuve à l'idée de laicité et de citoyenneté" et se prononcent à ce propos, à propos de l'intégration des immigrés, pour "une politique massive, systématique, rapide, de naturalisations". Quant à l'école, le texte condamne "les diatribes contre l'encyclopédisme".
Le texte affirme que le PS doit pouvoir tenir un "discours" écologique "capable de devenir" hégémonique et que poser le problème des Verts en termes d'alliance électorale, c'est déjà aider ce mouvement à "se constituer en force politique".
Le texte se conclut sur le rôle du PS et la préparation du congrès. Il affirme : " Le parti n'est pas le gouvernement. Le gouvernement ne procède pas du parti : le gouvernement ne s'identifie pas au parti et rien n'oblige le parti à s'identifier au gouvernement. Le parti n'est pas un rouage de l'Etat (...). Ni godillot ni trublion, le parti doit être une force de proposition, de combat idéologique. (...) Solidaire du gouvernement qu'il soutient de ses votes, le parti doit voir plus loin que lui."
Les amis de Mr Chevènement ne veulent " ni d'une amicale d'écuries personnelles, ni d'une fédération de féodalités électorales, ni d'un parti démocrate à l'américaine, où les militants se dissoudraient dans une nébuleuse de sympathisants ". Ils font une proposition " qui surprendra : elle consiste à appliquer nos statuts, loyalement ", notamment vis-à-vis des courants, qui doivent redevenir des courants de pensée. Socialisme et République propose deux campagnes d'adhésions en deux ans et la création d'une organisation d'étudiants pour élargir le recrutement, et propose d'instituer dans les votes la règle " un militant présent = un mandat ; un homme = une voix ".
A propos de la préparation du congrès, le texte affirme que Socialisme et République recherchera une synthèse " dont personne ne soit a priori exclu " et attaque indirectement les mitterrandistes, en affirmant : " On ne voit pas pourquoi tel texte plutôt que tel autre, plutôt que celui-ci, aurait vocation à être, avant même d'être rédigé, la base d'un " axe majoritaire ". De quel droit ? A quel titre ? Quelle " majorité " ? Les courants du passé sont morts. La parole est aux militants et à eux seuls."
Le texte conclut : " La question qui se pose (...) est de savoir si le Parti socialiste doit aligner sa doctrine sur la politique gouvernementale et se reconnaitre comme un parti de gestion à l'intérieur du système capitaliste libéral ou si, au contraire, après cette phase de consolidation, il doit reprendre sa marche en avant, en se fixant de nouveaux objectifs de transformation sociale. De la réponse à cette question dépendra le sens de la réélection de François Mitterrand (...) et la réussite de deux septennats, l'enracinement du socialisme en France et le rôle de la France en Europe et dans le monde."
Seuls en scène. Côte à côte, face à face : Portal et Cinelu. De toute façon, ils savent tout faire. Mais la question n'est pas là. On ne vient pas vers l'improvisation pour voir des musiciens qui peuvent tout faire. En un sens, on ne voit plus que ça. On vient les voir s'approcher si près de l'impossible qu'ils frisent le non-savoir, invention pure de la musique, son enfance géniale... Ça n'arrive presque plus. Cela vient d'arriver à Torcy (Seine-et-Marne).
Côte à côte, face à face, et pour finir plus exactement deux, mais liés : Michel Portal, dans un murmure, un voile de musique, un jeu d'ombres (au bandonéon) ; et Mino Cinelu, tirant d'une cruche du Ghana des caresses, des bruits de doigts, des frôlements, dessinant dans l'air des sons absents parfaitement visibles, les deux ensemble, tombant ensemble dans la précision hallucinée qu'autorise la chance. La chance et le métier, évidemment : un métier oublié dans l'instant.
Au rappel, une brève allusion aux musiques d'arène, petit signe amical, à Nimeno II, et une volée de notes pour Albert Ayler (Angels). Qui l'ose aujourd'hui vraiment ? La musique des anges...
Rien ne sert à ce point de décliner leur arsenal. La scène est un grenier, un théâtre où l'on va jouer. Pour mémoire, tout de même, puisque la mémoire est le reste ébloui de l'improvisation : Portal épuise la famille des anches, du ténor au soprano en passant par la clarinette basse (avec effets d'amplification). Sa tension est toute intérieure, méchante, comme une violence coulée dans l'attente du rythme. Mino Cinelu, lui, s'affaire dans un parc de percussions (congas, triangles, woodbock, cymbales chinoises, cloches à vache, timbales, " chimes " métalliques) que double un trafic électronique (de vocodeurs, d'échantillonneurs et autres)... On oublie tout ça. On arrive à oublier tout ça au profit du geste, de la circulation, du son, de la musique.
Sur la scène incertaine de l'improvisation, on vient voir ce qui justement ne se voit pas : ce fil invisible qui passe entre deux musiciens. Ce qui se passe entre eux. Cette étrange palabre d'inconscient à inconscient qui les fait se prévenir, se deviner, se faufiler, se casser. Ce moment où chacun d'entre eux, parce qu'ils sont deux précisément, joue ce qu'il ne sait pas vraiment jouer. Ce moment où l'autre va où il ne savait pas pouvoir aller : ce débordement de l'être, ce mystère.
Quand le rapport est tendu à ce point de bonheur, d'équilibre précaire, alors la pensée s'emballe. Cet achèvement du jeu n'advient pas tous les jours. En un sens, dans le jazz (appelons ça ainsi par commodité), dans le jazz ces temps-ci, il n'arrive plus très souvent. Plus personne qui ait sa carrière à offrir, à jouer, à donner en pâture à l'improvisation nue.
Ils n'avaient pas répété. Disent-ils. La belle affaire ! On ne répète pas ce qui ne fait qu'advenir. Et Mino Cinelu et Portal jouent ensemble, de temps en temps depuis dix ans, depuis mille ans peut-être.
Tous deux sont des énigmes éclatantes. Portal plus que jamais à l'instant où va paraitre son enregistrement (enfin), superbe, du concerto de Mozart avec le Wiener Kammerorchester, dirigé par Philippe Entremont. Mino Cinelu, au bout de dix ans à New-York - il a à peine passé trente ans - en compagnie des plus grands : Miles Davis, Weather Report, Herbie Hancock, Sting, Peter Gabriel, Dizzy Gillespie, Gato Barbieri, David Sanborn, la liste est incomplète.. Antillais de Saint-Cloud, il prépare son cahier d'un retour au pays natal sous forme de disque. Nous l'attendons avec la ferveur qui salue celui de Portal. Avec la conviction que cet exercice périlleux, cette rencontre impossible de Torcy, impossible à enregistrer d'abord, est l'accident le plus heureux qui pouvait leur arriver. Et leur arriver ensemble.
Portal et Mino Cinelu, au Centre Châtelet Les Halles, le 30 à 19 heures, avec Andy Emler et François Moutin.
Avec ces Francophonies, créées par Pierre Debauche, Limoges travaille à se doter d'un événement culturel de première grandeur, comme le souhaite toute ville moyenne un peu ambitieuse - Bourges avec son Printemps, Angoulême ou Grenoble avec la BD. Les Francofolies de La Rochelle (festival aujourd'hui animé par Monique Blin) sont toutefois plus l'affaire de la région, et surtout du département de la Haute-Vienne, que de Limoges.
En dehors des moments forts, constitués par l'arrivée d'une vingtaine de troupes étrangères qui investissent une dizaine de petites villes, le Limousin compte six compagnies professionnelles permanentes, et la Fédération régionale de théâtre rassemble une quinzaine de troupes aux activités plus ou moins régulières. Les crédits du ministère de la culture pour le théâtre en Limousin s'élèvent, par des canaux divers, à quelque 6 millions de francs. Le conseil régional lui a consacré pour sa part, en 1989, un budget de 2,92 millions de francs.
Première en importance, la Compagnie théâtrale nationale du Limousin, " la Limousine ", naguère dirigée par Pierre Debauche, l'est maintenant par Arlette Tephany et Pierre Meyrand, deux vétérans de l'aventure théâtrale des années 1960-1970, anciens collaborateurs de Guy Rétoré, Roger Planchon, Gabriel Garran et quelques autres. Le 20 novembre, ils vont s'installer dans un ancien cinéma, bâtiment modern' style, classé, fermé pour vétusté voici vingt ans et maintenant réhabilité. Ils disposeront d'une salle de quatre cents places bien équipée et dotée de locaux administratifs.
Ainsi va se trouver réglé le problème qui avait provoqué le départ de Pierre Debauche. Le coût des travaux se monte à 220 millions de francs. Mais le fonctionnement de ce nouvel espace va devoir être supporté par un budget dont l'augmentation n'est pas à l'ordre du jour : 10 millions de francs (60 % venus de l'Etat, 15 % des collectivités locales, 25 % des recettes propres). Le spectacle-locomotive de la saison 1989-1990, Galilée de Bertolt Brecht, sera aussi présenté dans la banlieue parisienne et dans la région marseillaise.
La deuxième compagnie professionnelle, Fievet-Palies, a largement montré son dernier travail au printemps dernier à Paris : trente représentations des Amants magnifiques, de Molière et Lulli, à l'Athénée en coproduction avec l'Orchestre baroque de Limoges. Claudine Fievet et Jean-Luc Palies sont arrivés à Limoges avec Pierre Debauche. Ils y sont restés en dépit de l'absence d'un lieu de travail fixe. Ils tournent avec un budget de 1,2 million de francs dont un tiers est alimenté par le ministère de la culture.
Les deux autres compagnies professionnelles, elles, ont leur théâtre : Expression 7, créé en 1980 dans un loft aménagé et dirigé par Max et Andrée Eyrolles. Une salle de cent vingt places avec ateliers-décors et bureaux, cinq permanents, un budget de 470 000 F. Spectacles récents : Oh ! les beaux jours de Beckett, la Mouette de Tchekhov, la Reine morte, de Montherlant.
Le Théâtre de la Passerelle est dirigé par Michel Bruzat, un ancien élève de Pierre Valde. Il fonctionne dans une salle de cent places, avec des ateliers, une équipe de quatre permanents et un budget de 800 000 F. Une vingtaine de créations à son activité, de Tchékhov à Beckett ; en chantier actuellement : le Misanthrope de Molière.
Ces trois troupes travaillent aussi beaucoup en milieu scolaire (animations et projets d'action éducative) : le soutien financier de l'éducation nationale pour de telles opérations n'est pas négligeable.
Au cours de cette sixième édition des Francophonies, on retrouve des "fidèles" : Michel Garneau, du Québec, avec les Guerriers ; Prosper Kompaoré, du Burkina-Faso, avec les Voix du silence ; Sony Labou Tansi, du Congo, avec Qui a mangé Mme d'Avoine Bergotha ? Mais on pourra également découvrir des spectacles de Mauritanie, du Zaire, des iles - Martinique et Réunion, - et de... l'Ontario. La musique sera présente, avec Pierre Akendengué (Gabon), le groupe Gnawa de Maalen Si Mohamed Chaouki (Maroc) et les frères Michot (Louisiane).
Trois écrivains, en résidence depuis trois mois dans la région - Moussa Diagana (Mauritanie), Dominique Ngoie-Ngalla (Congo) et Laurent Owondo (Gabon), - animeront des rencontres et des lectures. Les 9 et 10 octobre, auteurs, metteurs en scène et comédiens participeront au séminaire "Coopérer par et pour le théâtre". Enfin les 13 et 14 octobre, le Festival accueillera les Etats généraux de la création théâtrale francophone, en présence du ministre délégué à la francophonie, Alain Decaux. Parallèlement, le Centre limousin de diffusion de films francophones organise, les 6, 7, et 8 octobre, Francofilms, avec Zan Boko, de Gaston Kaboré (Burkina), Bouka, de Roger Gnoan M'bala (Côte-d'Ivoire), Nit Ndox, de Joseph Gai Ramaka (Sénégal), et Nyamanton, de Cheick Oumar Sissoko (Mali).
A Limoges toujours, trois peintres africains - Sokey Edorh (Togo), Théodore Koudougnon (Côte d'Ivoire) et Mohamadou Mbaye " Zulu " (Sénégal) - exposent jusqu'au 30 octobre à l'Espace Noriac (10, rue Jules-Noriac). Cette opération est la première manifestation de Africréation, petite sÓur de Eurocréation, " l'agence française des initiatives de la jeunesse en Europe " (le Monde daté 5-6 février). Son but est d'aider à la réalisation de projets faisant intervenir ensemble des créateurs originaires de différents pays d'Afrique. Ainsi les peintres réunis pour l'opération " Jeunes plasticiens africains " ne s'étaient jamais rencontrés. A Limoges, chacun d'entre eux peindra un élément d'une pyramide haute de 5 mètres qui sera exposée ensuite à Lomé, Dakar et Abidjan. Africréation a également participé à la production du spectacle de Sony Labou Tansi, Qui a mangé Madame d'Avoine Bergotha ?
Jamais la chambre correctionnelle de la bonne ville d'Auxerre n'avait vu autant de monde réuni dans ses murs. Et pour si peu : quelques propos " peu amènes " échangés entre un médecin, pressé et énervé - il venait d'être appelé pour une urgence, - et deux policiers, moins pressés mais sans doute tout aussi énervés - ils avaient la charge, ce soir-là, de bloquer la circulation dans une rue encombrée du centre-ville.
Après un procès long de trois heures on se demande encore ce qui a pu pousser le parquet à engager une action pour quelques " mots aigres-doux ". Car c'est sur l'initiative du procureur que le docteur Jacques Ribier comparaissait devant le tribunal, jeudi 28 septembre, pour outrages à agents dans l'exercice de leurs fonctions.
Des faits invérifiables, des témoignages incertains : le dossier était bien maigre.
Samedi 27 mai, vers 20 heures, le docteur Ribier, pédiatre à Auxerre où il exerce depuis plus de trente ans, est appelé en urgence par une mère inquiète pour son bébé de huit mois. Le médecin prend la R-5 de son épouse et se rend à l'adresse indiquée. Il fait très chaud. En ville, de nombreuses rues sont barrées à cause d'un concert en plein-air qui a lieu ce soir-là. A un barrage, le médecin est arrêté par deux policiers. Les certitudes s'arrêtent àpeu près là.
D'un côté, on raconte une "agression" inconsidérée des fonctionnaires de police, inutilement agressifs et incapables de comprendre l'importance et l'urgence du déplacement du pédiatre. Un comportement considéré même comme dangereux puisqu'il aurait fait perdre une vingtaine de minutes au médecin, mettant éventuellement en péril la santé (la vie ?) de l'enfant. De l'autre, on évoque l'attitude "anormale" de ce conducteur arrogant, qui refuse de couper le moteur et d'exhiber les "pièces justificatives pour la conduite du véhicule" (le médecin, parti en manches de chemise, n'a pas, en effet, ses papiers sur lui). On se révolte contre les insultes - "cow-boys", sûrement; "ivrognes", peut-être - proféré par l'homme au volant. Et personne n'a remarqué le caducée.
Une seule certitude donc: l'incident a bien eu lieu devant ce barrage de la rue de Paris, où une vingtaine de voitures avaient pourtant déjà été autorisées à passer. Mais, seul point de convergence de tous les témoignages: il n'a vraisemblablement duré que quelques minutes. Un accrochage de vingt minutes n'aurait pas manqué, fit remarquer le président, de paralyser totalement le trafic auxerrois. Adoptant un profil bas sur ce point, l'avocat du docteur Ribier n'a d'ailleurs pas héisté à rappeler aux juges la subjectivité du "temps qui passe", appelant Marcel Proust à la rescousse. Reste le médecin, appelé en urgence, qui a trouvé le temps long...
Aujourd'hui, le parquet lui reproche d'avoir fait, devant la presse, le "procès de la police". Mais c'est oublier que sans l'intervention du procureur, l'"affaire Ribier" n'aurait jamais existé.
Classer l'affaire, c'était, à n'en pas douter, le souhait des deux policiers, visiblement navrés d'un tel tapage. Tant et si bien que le procès s'est clos sur cette étrange situation: les policiers, parties civiles, se félicitant de la plaidoirie, jugée apaisante, de l'avocat... du pédiatre et président de la fédération locale de la Ligue des droits de l'homme.
Jugement le 26 octobre.
Quelque cinq cents policiers, responsables locaux et régionaux du Syndicat national autonome des policiers en civil (SNAPC), majoritaire dans la profession, se sont rassemblés, vendredi 29 septembre, à la Mutualité, à Paris, pour faire le point après les récentes rencontres de leur direction syndicale avec Mr Joxe, ministre de l'intérieur.
Lors d'une conférence de presse tenue à l'issue de la réunion, Mr Alain Brillet, secrétaire général du SNAPC, a critiqué la " méthode Rocard, qui ne vise pas à traiter les problèmes au fond, mais à donner un peu à celui qui crie le plus fort ". " C'est du replâtrage, a ajouté Mr Brillet, ce n'est pas comme cela que l'on règle les problèmes. " Le secrétaire général du SNAPC a toutefois indiqué qu'en ce qui concerne les primes qui font actuellement l'objet de discussions entre son syndicat et le ministère de l'intérieur, " tout ce qui peut être pris sera pris, mais si cela s'avère insuffisant nous repartirons à la bataille. Cette prime, dont nous ne connaissons pas encore le montant, est méritée. Elle est justifiée par les contraintes de toutes sortes qui pèsent sur les fonctionnaires de police ".
Auparavant, devant une salle attentive aux remous que traverse actuellement la fonction publique, Mr Brillet s'était longuement étendu, pour s'en féliciter, sur la réforme des corps de la police nationale telles que l'envisage aujourd'hui le ministère de l'intérieur. " Il s'agit d'une vieille revendication du syndicat qui va être mise enfin en chantier ", a déclaré Mr Brillet, qui a toutefois précisé que ses troupes restaient " prudentes et mobilisées, prêtes à intervenir si cela s'avérait nécessaire ".
Huit personnes ont été blessées par balles, vendredi 29 septembre dans un bar de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), La Convention, par deux hommes dotés d'armes automatiques qui ont, peu après 19 h 30, ouvert le feu sur les consommateurs présents dans l'établissement. Ces deux hommes, deux motards qui avaient garé leur véhicule devant l'entrée du bar, au 38, rue de la Convention, ont pénétré dans l'établissement, le visage masqué par un casque intégral. Les deux agresseurs ont alors fait usage d'une arme automatique tirant trois rafales sur la quinzaine de clients présents. Huit d'entre eux devaient être blessés, dont trois grièvement, avant que les deux malfaiteurs ne réussissent à prendre la fuite.
Selon les premières constatations effectuées par la police, une trentaine d'impacts de balles ont pu être relevées dans le bar, un établissement réputé sans histoires. Les policiers de la brigade criminelle chargés de l'enquête n'excluaient aucune hypothèse, notamment une affaire de racket.
Mr Gilbert Bonnemaison (PS) : " Il n'y a pas de pire exemple pour une société que de voir des fonctionnaires chargés d'une mission de sécurité se colleter avec d'autres fonctionnaires également chargés d'une mission de sécurité ", a déclaré le député PS d'Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), auteur d'un rapport, en février 1989, préconisant une réforme d'ensemble de l'institution pénitentiaire.
Mr Marc Blondel (FO) : " Mr Rocard se trompe, le droit de grève est incontournable, même quand il est interdit ", estime Mr Marc Blondel, secrétaire général de Force ouvrière. " J'aimerais qu'on calme le jeu, a cependant précisé Mr Blondel, il n'est pas bon que des fonctionnaires frappent d'autres fonctionnaires. "
Mr Jean-Michel Belorgey (PS) : " Est-il raisonnable, lorsque le ministre qui vous gère propose une négociation, de donner à sa revendication une forme aussi brutale (...) ", demande Mr Jean-Michel Belorgey, député socialiste de l'Allier, président de la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale.
Mr Yves Rousset (CFDT). - Le syndicat CFDT de l'administration pénitentiaire, minoritaire, estime, selon son secrétaire général, Mr Yves Rousset, que " si les autres organisations venaient rapidement discuter, les choses pouraient encore bouger ". A l'issue d'une rencontre de plus d'une heure, jeudi 28 septembre, avec le garde des sceaux, Mr Pierre Arpaillange, le responsable cédétiste précise qu'" il en va de l'intérêt des personnels sanctionnés ".
Il est 13 heures devant les portes de Fleury, l'heure de la " relève ". Mais, ce vendredi, un dispositif inhabituel attend les rares surveillants qui se rendent à leur travail. Une haie d'honneur les accueille, formée par ceux qui, dès 7 heures, ont " rendu les clés ", et refusé de reprendre leur poste. Chaque entrée dans la maison d'arrêt est saluée de coups de sifflets et de huées. " Merci pour les copains. " Et, selon l'humeur, on se promet de " mettre les traitres en quarantaine ", ou on les excuse, " c'est normal, c'est un stagiaire ".
Pas de piquet de grève aux portes de cet établissement pénitentiaire, l'un des plus importants de France avec près de quatre mille détenus. " On n'empêche personne d'entrer ni surveillants ni familles ", affirme un jeune, venu en tenue. Simplement, au lieu d'aller accomplir leur tâche quotidienne, la grande majorité des quelque trois cents surveillants de service l'après-midi restent là à attendre. Déterminés à " tenir " et conscients d'avoir franchi un " point de non-retour " en entrant dans cette grève illégale.
L'annonce, la veille, des révocations a encore aggravé le malaise. " Regardez, en un an, qu'avons-nous obtenu ? Rien, rien, rien. Ou plutôt si, des promesses. " Les surveillants s'estiment lésés par protocole d'accord conclu le 8 octobre 1988. L'augmentation de 500 francs ? "Pas du tout, c'est la prime de nuit qui a été augmentée et comment ! On est passé de 13 francs de l'heure à 30 francs..."
Et puis, il y a tout le reste, tout ce qui, à leurs yeux, doit changer. Le personnel insuffisant, les congés qu'il faut obligatoirement prendre en avril-mai, le mépris affiché pour leur profession. Jusqu'au mot "gardien" - "Gardien, c'est pour un zoo ou gardien de bétail. On surveille des détenus" - qui les irrite.
Les premiers "parloirs" ont déjà à 13 h 30 une demi-heure de retard. Normal : ils ne sont que quatre fonctionnaires par bâtiment au lieu de la quinzaine habituelle pour en assurer la surveillance.
A l'extérieur, les familles s'impatientent. Excédées parce qu'elles sont tenues dans l'ignorance de ce qui se passe dans la prison. Une dizaine de femmes franchissent le cordon de CRS et s'avancent jusqu'à la porte.
Elles tapent dans leurs mains et scandent : "On veut des parloirs." Applaudissements des grévistes, qui enchainent immédiatement : "On veut des sous !" "On en a assez, hurle soudain une femme de prisonnier, on a des gosses à aller chercher à l'école, on fait des kilomètres pour une demi-heure de visite, alors rendez-nous les parloirs !" Côté surveillants, on se défend. "Une grève qui ne dérange pas les usagers, ce n'est pas une grève ", résume froidement l'un d'eux.
Vaille que vaille, la maison d'arrêt des hommes, le " grand quartier ", a pourtant pu maintenir son rythme de vie quotidien. Grâce à la cinquantaine de surveillants qui ont pris leur service - des gardiens réquisitionnés pour la plupart ainsi que des volontaires. Le directeur, Mr Guy Solana, estime que " la sécurité est respectée ". La prison doit vivre au ralenti. " C'est plutôt reposant ", assure un titulaire qui a choisi de travailler.
Privés de toute activité accessoire, les détenus ont dû s'adapter au régime du service minimum : repas, promenades, parloir. " J'ai pu m'installer dans la durée ", assure le directeur qui a fait appel aux gendarmes mobiles uniquement pour remplacer les personnels des six miradors de son établissement.
Dehors, les surveillants attendent les informations. De temps à autre, un délégué syndical de l'UFAP grimpe sur un banc et égrène la liste des dernières prisons " tombées " : " Poissy : les clés sont posées ; Fresnes : le vote a eu lieu à 13 heures ; Lyon, Toulouse, Bayonne... " et puis, reste une consolation : dedans, ce sont " pour une fois " les gradés - " les briscards " - qui font le travail...
Une prise d'armes devait marquer, lundi 2 octobre, à Böblingen, dans le sud de l'Allemagne fédérale, la mise sur pied officielle de la brigade franco-allemande : environ 3 000 hommes placés sous les ordres du général Jean Sengeisen. C'est en octobre 1990 que cette unité comptera les 4 200 hommes qui seront les effectifs définitifs du temps de paix. La brigade ne sera pourtant déclarée complètement opérationnelle qu'à la fin de 1991, après que l'ensemble de ses personnels et son organisation auront été testés à l'issue de grandes manÓuvres.
Annoncée en novembre 1987, à l'occasion d'un " sommet " franco-allemand, à Stuttgart, la création de cette brigade passe par la dissolution de la 55e brigade territoriale de la Bundeswehr, dont sont originaires les détachements ouest-allemands, et par le projet d'implantation, en cours d'exécution, de deux régiments français supplémentaires au-delà du Rhin.
A partir de lundi, le général Sengeisen, assisté d'un colonel ouest-allemand, disposera de tout ou partie de plusieurs unités. Un état-major mixte, avec une compagnie de quartier général et des transmissions, soit 300 hommes environ dont 36 officiers, a été installé à Böblingen, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Stuttgart. Dans cette même garnison est cantonné un bataillon ouest-allemand d'infanterie motorisée de 750 hommes, montés sur des véhicules de l'avant blindés Fuchs. L'autre unité d'infanterie motorisée, soit 750 hommes du 110e régiment français d'infanterie, équipé de véhicules de l'avant blindés VAB, est implantée à Donaueschingen, à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Fribourg-en-Brisgau. Un bataillon mixte de soutien (environ 650 hommes) a été basé à Stetten, à 80 kilomètres au sud de Stuttgart, où se trouve également une compagnie anti-chars ouest-allemande (110 hommes armés de missiles Hot). Enfin, à Horb-sur-Neckar, à 70 kilomètres au sud-est de Strasbourg, a été cantonné un bataillon ouest-allemand d'artillerie (500 hommes) équipé, dans un premier temps, d'obusiers HM2 de 105 en attendant, pour l'an prochain, des obusiers FH70 de 155 mm, plus récents.
Telle quelle, cette brigade représente à ce jour une unité de 3 000 hommes, soit 70 % des effectifs totaux prévus par les deux gouvernements au moment de l'accord de 1987.
C'est le 1er octobre 1990 que la brigade recevra ses effectifs au complet, soit 4 200 hommes, avec l'intégration d'un escadron de reconnaissance et d'un régiment blindé français, ainsi que d'une compagnie ouest-allemande de génie. Le régiment blindé français n'a pas encore été désigné. On sait néanmoins qu'il devra s'installer à Donaueschingen et qu'il devrait réunir 650 hommes, avec des blindés à roues AMX-10 RC. L'escadron de reconnaissance français comptera 160 hommes, à Böblingen, avec des blindés légers à roues VBL.
En attendant le régiment blindé français, la garnison de Donaueschingen, où se trouve déjà le 110e régiment d'infanterie, doit subir des modifications de ses infrastructures, pour environ 200 millions de francs, et s'adapter à l'accueil des nouveaux arrivants, avec la rénovation de certains logements et la construction de locaux scolaires.
On prend bien soin à Paris de souligner, à chaque fois, que la brigade n'est pas une unité-gadget politique, mais qu'elle doit devenir une unité opérationnelle. De même, on répète que la brigade demeure une unité hors du commandement militaire intégré de l'OTAN pour le théâtre du Centre-Europe.
En réalité, la situation est beaucoup plus nuancée. En temps de paix, la brigade relève, par l'intermédiaire du Conseil de défense et de sécurité créé entre les deux pays en janvier 1988, du corps d'armée français installé outre-Rhin, à Baden, et du commandement de la 5e région militaire ouest-allemande, à Stuttgart. En période de conflit, elle recevrait sa mission conjointement du chef d'état-major français des armées et de l'inspecteur général de la Bundeswehr : selon les circonstances, elle serait placée sous le contrôle opérationnel (l'emploi) soit du commandement territorial du sud de l'Allemagne, soit d'un corps d'armée français, soit encore d'un corps d'armée de l'OTAN.
La brigade franco-allemande a donc bien reçu des missions au service des alliés. Ainsi, elle serait chargée d'intercepter, en coopération avec une autre grande unité, des forces adverses qui auraient réussi à percer la défense de l'avant de l'alliance atlantique. Elle serait également appelée à détruire des éléments aéroportés, qui seraient parvenus à s'introduire dans la zone arrière des combats. Elle pourrait être chargée de tenir, pour une durée limitée, une zone jugée essentielle du dispositif allié jusqu'à sa relève par le corps d'armée français de Baden. Enfin, elle devra assurer la sûreté générale des arrières de l'OTAN pour faire face à l'éventualité d'infiltrations aéroportées.
Pour remplir ses tâches, cette unité binationale ne devra pas seulement surmonter les différences linguistiques, administratives, juridiques et logistiques qui séparent les deux armées. Elle devra aussi s'accommoder de la rareté de ses matériels communs et éviter la juxtaposition d'éléments disparates pour rendre " interopérables " les uns et les autres.
La Finlande vient de commander au groupe français Matra des missiles sol-air Mistral, qui seront montés sur ses patrouilleurs de la classe Helsinki, qui sont des bâtiments lance-missiles déplaçant 280 tonnes. Il s'agit d'une première commande qui devrait être suivie d'autres et qui a été obtenue au détriment d'un matériel proposé à la Finlande par le constructeur suédois Bofors.
Ni le client ni le fournisseur ne précisent le montant du contrat ni le nombre de missiles achetés. On sait seulement que ces patrouilleurs lance-missiles, dont douze exemplaires sont prévus au total, devraient constituer l'ossature de la marine finlandaise jusqu'en l'an 2000. Le système choisi est un dérivé du missile Mistral que la marine française a commandé pour le monter, à raison de six engins, sur des tourelles Sadral de tir.
La Finlande devient le cinquième client étranger du Mistral pour la seule année 1989. A ce jour, le système a été commandé par la France et par sept clientsétrangers.
- Le prix Craafoord 1989 de l'Académie suédoise a été décerné au professeur James Van Allen pour " son Óuvre de pionnier dans l'exploration spatiale ". Cet astrophysicien américain était le responsable scientifique du premier satellite américain, Explo- rer-1, grâce auquel furent mises en évidence autour de la Terre, en 1958, les " ceintures de Van Allen ", des zones où se rassemblent des particules " piégées " par le champ magnétique terrestre.
Le voilier suisse Merit de Pierre Fehlman est arrivé, jeudi 28 septembre, deuxième de la première étape (6 281 milles) de la cinquième édition de la Whitbread, course autour du monde en équipage, derrière le ketch néo-zélandais Steinlager-II de Peter Blake (le Monde du 28 septembre). Parti de Southampton (Angleterre), le navigateur vainqueur de la précédente édition a atteint la station balnéaire uruguayenne de Punta-del-Este en 26 jours 8 heures 11 minutes et 20 secondes, soit 17 heures de plus que Peter Blake. Deux concurrents sont encore arrivés au port vendredi : l'autre ketch néo-zélandais, Fisher-and-Paykel, de Grant Dalton et le voilier britannique Rothmans de Lawrie Smith. Le suédois The-Card, le soviétique Fazisi et le finlandais Martela-OF étaient attendus samedi 30 septembre.
Pour Alain Prost, le Français en tête du championnat du monde des pilotes de formule 1, l'ambiance actuelle sur les circuits est " détestable ". A la veille du Grand Prix d'Espagne, le 1er octobre, elle témoignait en tout cas d'un manque certain de rigueur dans l'organisation de ce sport.
Vendredi 29 septembre, les commmissaires sportifs ont décidé d'infliger une amende de 40 000 dollars aux organisateurs espagnols du Grand Prix. Motif : la séance d'essais avait commencé avec un retard de trente minutes, l'hélicoptère de sécurité ne se trouvant pas sur le circuit à l'heure prévue du départ des préqualifications. Peu après, c'était le pilote brésilien Ayrton Senna qui écopait d'une amende de 20 000 dollars. Le tort du co-équipier et rival d'Alain Prost était d'avoir ignoré les drapeaux rouges (sur la ligne d'arrivée) et noirs (le long du circuit) intimant l'arrêt aux pilotes à la suite d'une sortie de piste, spectaculaire mais sans gravité, du Suisse Gregor Foitek (Rial).
Au total, la Fédération internationale du sport automobile (FISA) s'est enrichie de 130 000 dollars en une semaine, ces amendes s'ajoutant aux 50 000 dollars du Britannique Nigel Mansell au Portugal (manÓuvre dangereuse dans les stands), aux 10 000 dollars de Martin Brundell (vitesse excessive dans les stands) et d'Alain Prost (non-participation à une conférence de presse). Mais la Fédération internationale n'a pas pour autant fait preuve de beaucoup de rigueur.
Elle devait laisser courir le Grand Prix d'Espagne, dont les résultats risquaient d'être invalidés par la suite en raison d'un défaut dans la procédure des sanctions distribuées. En effet, outre une amende, le pilote britannique de Ferrari, Nigel Mansell, a été suspendu pour une course à la suite du Grand Prix du Portugal, en raison de l'accrochage qu'il avait provoqué avec Ayrton Senna, alors que les commissaires lui avaient intimé l'ordre de s'arrêter.
Cette décision a été prise par les commissaires sportifs du Grand Prix du Portugal. Le pilote qui estimait que sa manÓuvre dans les stands ne justifiait pas une telle sanction a fait appel. Mais alors que la FISA a confirmé la suspension pour le Grand Prix d'Espagne, elle a annoncé que son instance d'appel ne pouvait pas être réunie avant le jeudi suivant cette épreuve.
En agissant de la sorte, la Fédération internationale a pris le risque de voir la décision des juges portugais annulés. Or cela rendrait nul par ricochet le résultat du Grand Prix d'Espagne auquel Mansell n'aurait pas pu participer dimanche 1er octobre. Et dans cette hypothèse Alain Prost deviendrait champion du monde pour 1989, car Ayrton Senna serait dans l'incapacité de combler son retard de points sur le Français lors des deux Grands Prix restant, Japon et Australie.
En clair, la Fédération fait preuve d'une grande légèreté. Elle risque de fausser le déroulement d'un Grand Prix capital dans la saison et de faire attribuer un titre sur le tapis vert. Ce serait une fin vaudevillesque à un drame qui avait pourtant superbement commencé avec l'affrontement sans merci des deux pilotes de McLaren, Prost et Senna.
Mr Jacques Chirac l'a dit, vendredi 29 septembre, en ouverture des journées parlementaires du RPR à Arcachon : la rénovation a eu "un effet au total positif", même si cette approche a provoqué "quelques heurts". Rénovation ! Rénovation ! Tout le monde est aujourd'hui rénovateur au RPR... Mr Edouard Balladur en est lui-même un des chevau-légers quand il affirme que "le gaullisme n'est pas le catéchisme des idées du passé mais exige un effort d'adaptation et de renouvellement permanent". Voilà l'ancien ministre d'Etat enrôlé sous la bannière de MM Philippe Séguin et Michel Noir.
La rénovation étant inscrite officiellement par Mr Chirac au fronton du gaullisme, chacun dorénavant en accepte le terme. Il n'en recouvre pas moins des acceptions toujours aussi différentes, ainsi que l'a confirmé le débat de politique générale qui a eu lieu dans une salle du casino d'Arcachon avec vue sur les flots bleutés.
Les parlementaires du RPR ont applaudi quand leur président a expliqué : "Nous sommes clairement dans l'opposition, pas systématique mais résolue !" Pourtant, quelques minutes plus tard, une partie des mêmes députés et sénateurs approuveront chaudement Mr Pierre Mazeaud pour s'être prononcé pour "une opposition systématique" au pouvoir.
D'autres intervenants sont venus apporter leur pierre au bunker que certains veulent ériger face au gouvernement socialiste. Pour Mr Gabriel Kaspereit par exemple, il n'est pas question de mettre le moindre doigt de pied sur une voie consensuelle. "Nous sommes hésitants, s'est-il plaint, quand il s'agit de déposer une motion de censure ou de prendre une position sur certains textes oubliant que notre attitude doit être motivée par des impératifs politiques et par ces impératifs seulement." Même écho du côté de Mr Didier Julia qui estime que, puisque le RPR "ne gouverne pas, il parait absurde de se mettre à la place de l'exécutif socialiste. (...) Convenons que les sujets de consensus ne sont que des miroirs aux alouettes (...)". "Bon pour les centristes", a ajouté quelqu'un dans la salle...
La ligne de clivage est nette avec ceux qui sont partisans d'une opposition décrispée et soucieuse de proposer pour mieux séduire les Français. D'une certaine façon, ils font leur la devise de Mr Charles Millon, le nouveau président du groupe UDF : "Il s'agit moins de vaincre nos adversaires que de convaincre les Français." Député de base, Mr Jean-Yves Chamard réfute l'idée d'une opposition systématique : "Il faut être ferme, mais constructif." Mr Xavier Dugoin, qui s'exprimait au nom du courant de Mr Alain Carignon, partageait le même sentiment : "Nous ne voulons pas être les émigrés de 1815. Etre dans l'opposition, ce n'est pas préparer le retour aux affaires. Nous voulons échanger des idées, instituer des réformes, partir à l'assaut des réalités ".
A ces divergences, se surajoute une approche très différente de la façon de mobiliser l'ensemble de l'opposition. C'est ainsi que Mr Chirac a proposé de " conclure avec nos partenaires dans les meilleurs délais un pacte commun " proposant aux Français les conditions de l'alternance politique. " Il veut nous fourguer encore un catalogue de la Redoute ", ronchonna en privé un rénovateur.
A la tribune, Mr Noir ne prendra pas de gants pour dire tout son scepticisme à propos de ce type de propositions : " Nous ne devons point manifester déjà quelque fébrilité dogmatique trois ans et demi avant l'échéance législative, en vue de rédiger une plate-forme gouvernementale indigeste par son épaisseur et par son pointillisme. "
La nouveauté, à Arcachon, par rapport aux journées parlementaires de Nice, en mars dernier, c'est que le débat est ouvert et que personne ne se traite plus d'hérétique, même si certains n'en pensent pas moins. C'est sans doute la première victoire concrète de la rénovation. Reste que Mr Mazeaud a rappelé que la règle de la majorité s'imposait à tous et qu'une fois les débats achevés chacun devait regagner les rangs. Des murmures réprobateurs et des applaudissements mêlés ont accueilli son propos.
De son côté, Mr Chirac a rappelé que " dans pratiquement tous les domaines " il n'avait pas " les mêmes objectifs ni les mêmes convictions que la gauche ". Une phrase qui a fait chaud au cÓur de la " vieille garde " qui estime que la cohabitation, en apaisant les tensions entre les deux camps, a comblé en parti le fossé droite-gauche. Quelques bonnes pelletées seront encore nécessaires, estime-t-il pour le déblayer. " Nous ne pouvons pas approuver une politique qui nous frappe par son manque d'ambition, a encore dit Mr Chirac. Comment, en effet, nous reconnaitre si peu que ce soit dans une politique de " trotte-menu " dans laquelle le parler double a rapidement remplacé le parler vrai ? " Le président du RPR a également affirmé la volonté de son parti à " être demain la force principale de la victoire dans le combat pour l'alternance ".
Pas de précipitation, a semblé dire Mr Noir. Plus qu'un projet " indigeste ", le maire de Lyon souhaite profiter de la période d'accalmie qui se présente pour " forger lentement et sûrement une ou deux ambitions collectives". Et le député de Lyon de proposer " un nouveau pacte social " dans la filiation du gaullisme social. " Vous savez que le monde du travail a une mauvaise image du RPR (murmures dans les rangs). Si demain nous étions capables de lui proposer un nouveau pacte social, je suis sûr de la mobilisation qu'il susciterait. " Mr Noir a également regretté que l'opposition se soit montrée silencieuse sur le conflit Peugeot. Enfin, les discussions sont allées bon train dans les couloirs à propos de l'élection du futur président du Sénat. Mr Pasqua ne dit mot. Mais son nom, ainsi que celui de Mr Maurice Schumann ont été évoqués, ici ou là, pour d'éventuelles candidatures au cas où Mr Poher serait torpillé par ses amis.
Président de la Fédération internationale des sociétés d'aviron, le Suisse Thomas Keller est mort d'une crise cardiaque, vendredi 29 septembre, dans un hôtel de Monaco où il était en vacances.
Messe d'ouverture des Etats généraux, symphonie la Reine de France de Haydn, Messe de Gossec qui accompagna la mort de Mirabeau... Le Centre de musique baroque de Versailles fête à sa façon, en trois concerts et une seule journée, la Révolution au château. Ecrivain, musicologue, père putatif d'une autre révolution - la reconnaissance par la France de sa musique baroque - Philippe Beaussant, directeur du Centre, commente.
" Nous avons passé l'été à trembler : la Traviata à Versailles, c'était loufoque. Le public n'allait-il pas faire l'amalgame avec les activités de notre centre ? " Philippe Beaussant évoque sans vouloir s'y arrêter les opérations peu nettes de l'été versaillais : ce festival d'opéras, chapeauté sans doute un peu à l'aveuglette par la Commission du Bicentenaire, et dont ne sont sorties que des embrouilles (le Monde du 7 septembre). Et voici du même coup elle aussi brouillée l'image que l'on se faisait du Versailles d'après 1987, date de la préfiguration du Centre de musique baroque (toute une journée Lully) ; d'après octobre 1988 surtout, décollage officiel pour ce même centre, occasion d'un long week-end Marc-Antoine Charpentier.
Mais le palais semble définitivement rendu à sa musique, aux délicatesses de chambre et aux grands motets, alors même qu'on y sacrifie, là comme partout, au Bicentenaire cette année. De quelles Óuvres se divertissait la cour de Louis XVI en l'an de grâce 1789 ? Ce sera le thème, cet octobre, des concerts du samedi après-midi (1). Une actualité plus brûlante sera évoquée au château, dans le parc, dans la ville en fête, dimanche 1er octobre (2). Le Te Deum de Gossec marquera l'ouverture des festivités de la journée. Messe à la monarchie moribonde, il résonnait déja le 5 mai 1789, et marquait alors l'ouverture des Etats généraux.
" Ironie de l'histoire, cette messe avait été jouée pour le sacre de Louis XVI, dit Philippe Beaussant. La Musique du Roi l'avait à son répertoire... Tout le monde ignorait, quand elle fut rejouée en mai, qu'elle sonnait cette fois les trois coups de la Révolution. Ce même jour fut exécutée la symphonie la Reine de Haydn, au lever de Marie-Antoinette. Gluck et Noverre avaient été ses professeurs, le premier ne fit carrière en France que parce qu'elle s'occupa personnellement de sa publicité. Un compliment qu'on peut faire à Marie-Antoinette, c'est qu'elle a beaucoup fait pour la musique..."
- L'idée libératrice de la Révolution ne s'est concrétisée en musique que plus tard, avec Berlioz.
- Et Beethoven ! L'Héroique, la Neuvième Symphonie, Fidelio, la Missa solemnis sont les vrais enfants de la Révolution française, des enfants beaucoup plus beaux que ces Hymnes à la liberté ou à l'Etre suprême qu'on composait en France sous la poussée des événements. Gossec le faisait sincèrement, Grétry parce qu'on le lui demandait, mais on ne révolutionne pas un style en trois jours : cela explique peut-être que les arts soient toujours en retard sur l'histoire.
" Pendant les grandes mutations politiques, on pense à autre chose qu'à la musique : il semble que les recherches stylistiques se soient arrêtées au plus fort des événements, alors qu'elles avaient fait une première apparition entre 1780 et 1790. Dans le Témistocles de Philidor, le Seigneur bienfaisant, de Floquet, dans tous ces opéras qui célèbrent le mort des tyrans, qui font chanter des paysans, qui prennent pour héros des personnages historiques et non plus mythologiques, règne déjà l'esprit révolutionnaire.
- Vous semblez très attaché à l'idée de reconstitution.
- Il ne faut évidemment pas ne jouer que ce jeu-là, au détriment de l'invention : pas question de reconstituer les Plaisirs de l'ile enchantée. Mais nous sommes à Versailles ! Le poids des lieux y est écrasant, empêche toute incongruité. Le théâtre de Gabriel est le plus beau du monde : tout spectacle moyen y apparait effroyablement mauvais. De la même façon, quand il s'agira de le restaurer et, surtout, de l'équiper techniquement (le projet devrait être prochainement approuvé), il faudra respecter son histoire et sa vocation, surtout ne pas en faire un théâtre polyvalent.
" Pendant deux siècles, tout ce qui s'est fait de beau a été créé à Versailles : la décision prise par le Centre de privilégier dans ses programmes et ses travaux la musique française des dix-septième et dix-huitième siècles est un choix délibéré, un drapeau que nous brandissons bien haut. Car si la musique baroque était chez nous, il y a quinze ans, à la remorque des Anglais, des Autrichiens, des Hollandais et des Belges, la tendance s'est désormais renversée. A Versailles (lire encadré ci-dessous), nous avons désormais les moyens de réaliser à peu près ce que nous voulons - une grande saison d'opéras exceptée, - dans les conditions musicologiques les plus sérieuses, avec un maximum de musiciens français. Nous sommes ainsi en mesure de prouver que Versailles était, à l'ère baroque, l'un des deux pôles de la culture mondiale, avec Rome - l'Allemagne ne disposait que d'une profusion de petits Versailles ; Bach a appris à danser avec un professeur français. L'Italie en est aujourd'hui là où nous étions il y a quinze ans : la musique baroque y est encore aux mains des Claudio Scimone. A quand, pourtant, un axe Versailles-Rome du baroque ? C'est l'un de nos rêves, et il pourrait bien se réaliser. "
Mr Carlos Salinas de Gortari doit effectuer, du 1er au 5 octobre, une visite officielle aux Etats-Unis. Il rencontrera Mr George Bush et aussi, à New-York, le secrétaire général de l'ONU, Mr Perez de Cuellar. Ce sera le troisième déplacement à l'étranger, en dix mois de pouvoir, pour le jeune président mexicain. Mais aussi le plus important.
" Le dialogue mexicano-américain est souvent âpre - même s'il peut connaitre (ce fut le cas de 1940 à 1970) des périodes plus idylliques ", rappelle Mme Guadalupe Gonzalez, chercheur à l'Institut d'études transnationales de Mexico (ILET). Cette animosité, admet-elle, est fréquemment le fait du partenaire " latino ". Il entre, bien entendu, dans cette attitude le souvenir du traumatisme des années 1835-1848, au cours desquelles, par la sécession et la conquête, la Fédération du Nord a soustrait à son voisin, du Texas à la Californie, près de la moitié de ses territoires.
L'aigreur est aussi, de la part du Mexique, une forme d'" hyper-réaction nationaliste concertée" : le pays répond ainsi tantôt au " benign neglect " (ce " léger dédain " avec lequel les Etats-Unis traitent volontiers ceux qui ne leur semblent pas leurs égaux) et tantôt à la " casse " que peut provoquer un tel mastodonte sans nécessairement penser à mal, du simple fait de ses nécessités vitales.
Mais Washington exprime aussi, parfois, son humeur. Ce fut le cas à partir de 1983. Sur un fond de défiance, justifiée par la différence des approches sur le problème centraméricain, les Etats-Unis entreprirent de dénoncer la " passivité ", voire la " complicité " de certaines autorités envers les trafiquants de drogue.
Ces accusations finirent par déboucher sur une mise en cause officieuse (mais durement relayée par la presse américaine) de tout le système étatique mexicain - corruption, fraude électorale, - dont on s'était pourtant accommodé des décennies durant, au nom de la "stabilité" politique, jugée insdispendable aux portes de l'Union. C'est dire que les relations bilatérales ont connu, durant les mandats de MM Reagan et de La Madrid, une sorte de nadir historique.
Or, dès avant leur prise de fonctions respective, les nouveaux élus américain et mexicain, MM Bush et Salinas, s'étaient, en novembre 1988, rencontrés à Houston (Texas), se promettant de faire prévaloir " un esprit nouveau " dans leurs relations.
L'approche généralement " suave " d'un George Bush toujours prêt à consulter et à concilier, et son évident " professionnalisme " - très éloigné de l'approche hyper-idéologique de son prédécesseur, Mr Reagan, sur le très sensible dossier de l'Amérique centrale notamment - ne pouvait que rassurer le jeune chef d'Etat mexicain. Et l'action de Mr Salinas lorsqu'il était ministre du plan et du budget de Mr de La Madrid - pesant de façon décisive en faveur de " l'ouverture " économique de son pays - ne pouvait, elle, que satisfaire le républicain.
Le président Salinas a eu l'habileté de donner aussitôt à son homologue une intense satisfaction : il a accordé un haut degré de priorité à la lutte contre la production nationale de marijuana et de pavot (base de l'héroine) et contre le transit par son pays de la cocaine colombienne. Voilà qui ne coûtait pas trop cher (l'opinion mexicaine est, sur le sujet, plutôt indifférente), mais prédisposait favorablement un voisin traumatisé par la problème de la drogue. En " échange ", l'administration Bush a fait l'impossible pour assurer à Mexico un traitement privilégié pour la renégociation de sa dette (100 milliards de dollars) dans le cadre redéfini, en mars, par l'" initiative Brady ".
Ainsi les neuf premiers mois de cette année ont-ils été presque édéniques. " Il y a davantage de points de coincidence que jamais par le passé ", reconnait Mr Hector Aguilar Camin, directeur de l'influent mensuel Nexos, assez proche de l'actuel président. Pourtant les rapports sont marqués du sceau d'une inégalité fondamentale, qui fait de cette mitoyenneté une quasi-caricature de dialogue Nord-Sud.
Pour le pays latin, la relation avec son voisin est capitale : 70 % de son commerce, les deux tiers de ses investissements étrangers, etc. Pour la nation anglo-saxonne, en revanche, le Mexique n'est d'évidence qu'une modeste puissance parmi d'autres, même s'il est devenu un grand Etat pétrolier.
Lors des discussions Bush-Salinas on devrait parler surtout, indiquait-on au ministère des affaires étrangères de Mexico, de " questions très concrètes ", liées, pour beaucoup, à l'existence de cette frontière " désarmée " de près de 3300 kilomètres de longueur : amélioration de la coopération en matière de lutte contre la drogue (chacun travaillant, en principe, chez soi, mais avec un accroissement de l'information mutuelle); poursuite du soutien américain à la réduction (désormais perçue comme bien modeste : 2 à 3 milliards de dollars annuels) du fardeau de la dette, après l'accord du 23 juillet avec les banques créditrices du Mexique; immigration clandestine des wet backs (1) vers le Nord.
A Washington on a désormais admis que le voisin ne peut guère empêcher ses ressortissants d'aller chercher du travail là où il y en a; mais on entend que les autorités du Sud collaborent à repérer, parmi les candidats au voyage, les individus aux intentions délictueuses, et aussi, sans doute, fassent un effort pour stopper dès leur sortie du Guatemala les Centre-Américains en route vers les Etats-Unis.
On parlera, bien sûr, de l'Amérique centrale. Mexico espère sur ce sujet obtenir de Mr Bush la discrète marge de manÓuvre que Mr Reagan lui accordait mal. C'est un besoin vis-à-vis d'une opinion qui demeure " à cran " envers toute intervention, à plus forte raison militaire, des Etats-Unis dans l'isthme ou sur la " troisième frontière ", caraibe, du Mexique. Une évidente diminution, de part et d'autre, du sens de l'urgence de ce problème peut aider à une meilleure compréhension. Mais la pierre de touche est désormais Panama, évidemment plus vital pour Washington que le Nicaragua ou le Salvador.
Enfin, et surtout, les deux présidents parleront de leur commerce bilatéral. Car la politique de " modernisation " de Mr Salinas, fondée sur une " ouverture " aux produits et aux capitaux étrangers (donc, d'abord, américains) ne peut réussir sans un fort montant en contrepartie d'exportations - dont les Etats-Unis sont le premier destinataire naturel. Or le Mexique, pour des raisons économiques et " culturelles " évidentes, ne veut pas signer, à l'instar du Canada, un accord général de commerce avec Washington. Et l'union elle-même serait-elle prête à une libre circulation des travailleurs, qu'implique à terme un accord de " marché commun " - et ceci bien que Mr Reagan ait, dès 1979, proposé à son voisin un " accord de l'Amérique du Nord " ?
Pourtant l'idée est dans l'air. Tel ministre ne déclare-t-il pas volontiers aux industriels européens qu'il rencontre qu'ils ont " trois ou quatre ans pour venir prendre des places ", avant que ne soit créée avec les Etats-Unis une " frontière externe commune " jugée " inévitable ", voire " souhaitable ", par les milieux d'affaires nationaux ?
Aussi, pour concilier l'inconciliable, le gouvernement de Mr Salinas parait-il résolu à signer des " accords sectoriels ", aux termes desquels les deux pays s'ouvriraient mutuellement tout grand leurs frontières pour des " segments " précis. " Il s'agirait en somme de créer des zones de libre-échange américano-mexicaines par produit ", constate Mr Jorge Castaneda, pour s'en indigner, puisque cet universitaire, un des meilleurs connaisseurs ici des Etats-Unis, se classe parmi les sympathisants de l'opposition nationaliste de Mr Cuauhtemoc Cardenas. L'automobile, déjà très " intégrée ", serait le premier créneau où l'on devrait aboutir. Suivraient ensuite le textile et l'habillement, la sidérurgie, l'agriculture et l'agro-alimentaire, et l'électronique. Les Etats-Unis souhaiteraient ajouter à cette liste la banque, les assurances et les services en général. Ce pourrait bien être là le prix à payer par leur voisin pour que reprenne vers lui un courant massif d'investissements américains, indispensable à une " sortie de crise ", après huit ans de marasme.
La menace brandie par la chancellerie de révoquer les surveillants de prison grévistes a été mise à exécution. Au-delà même de ce que ces derniers pouvaient craindre. Samedi matin 30 septembre, cent dix-huit surveillants des prisons de la Santé à Paris, Saint-Paul et Saint-Joseph à Lyon, avaient déjà reçu une lettre recommandée. Deux cent soixante-sept autres arrêtés de révocation étaient en cours de notification. Enfin, un relevé comportant un millier de noms de surveillants en grève était à l'étude au ministère.
Ainsi une liste de deux cents surveillants sur quatre cents quarante-trois a-t-elle été dressée à la Santé. Le chiffre est de trois cents pour Fleury-Mérogis. D'autres lettres parviendront dans les jours prochains à tous les surveillants qui ont décidé de " poser les clefs " dans le reste de la France. Les directeurs d'établissement ont été sommés de pointer les agents qui n'ont pas pris leur service normalement.
Transitant par les neuf directions régionales, ces noms arrivent ensuite à la direction de l'administration pénitentiaire, à Paris, qui rédige les arrêtés de révocation et les envoie par lettre recommandée avec accusé de réception. Les surveillants ont alors douze heures, après réception de la lettre, pour décider ou non de reprendre le travail. La révocation devient effective après ce délai. Les révocations ne donnent droit à aucune indemnité et ne peuvent être contestées devant une instance disciplinaire.
Si, dans un premier temps, l'annonce, jeudi, des premières révocations par le directeur de l'administration pénitentiaire à la maison d'arrêt de la Santé a provoqué la rupture des contacts entre les syndicats et le ministère et un réflexe de solidarité dans toute la France qui a entrainé des " dépôts de clefs " massifs et un durcissement du mouvement, l'envoi en nombre de lettres de révocation pourrait faire réfléchir les surveillants et les intimider. C'est du moins le calcul que l'on fait au ministère de la justice.
Les surveillants de base, comme leurs instances syndicales, n'y ont pas cru tout d'abord. Ils ont pris la fermeté affichée du ministère pour une manÓuvre tactique, tant qu'ils n'ont pas reçu la fameuse lettre.
Depuis la situation évolue quelque peu. Les chiffres le montrent. Jeudi, le ministère avait relevé que sur cent quatre-vingt, soixante-treize établissements étaient touchés par le mouvement, dont vingt-trois par un " mouvement dur ".
IVendredi, toujours selon la chancellerie, les chiffres étaient retombés à cinquante-neuf dont douze " durs ", plus déterminés que la veille. C'est-à-dire douze prisons où les surveillants refusaient massivement de travailler. Dans ces établissements, où il fallait assurer la sécurité des détenus et une vie le plus normale possible, on a fait fonctionner le système D. Si les écrous et les extractions se sont déroulés à peu près normalement sous la protection des forces de l'ordre - quoique de vifs incidents aient eu lieu à Fresnes où des barricades ont été dégagées au bulldozer et les surveillants dispersés au canon à eau, - à l'intérieur des prisons des policiers ont pris la place des surveillants. Les gradés, les personnels de direction ont retroussé leurs manches pour distribuer la nourriture et assurer, au mieux, promenades et parloirs.
Ainsi, à la Santé à Paris, les sous-directeurs qui suivaient un stage de formation à l'Ecole nationale de l'administration pénitentiaire, ont revêtu des uniformes de gardiens pour assurer le service des grévistes. A Quimper, quatre policier ont assuré le remplacement des dix-huit gardiens. A Rouen, alors que quarante grévistes s'étaient retranchés à l'intérieur de la prison, les forces de l'ordre ont, avec l'aide des non-grévistes, pénétré dans la prison par une porte oubliée du piquet de grève. A Rennes, le service de nuit a été assuré par des non-grévistes qui ont travaillé 24 heures d'affilée. A Metz-Queuleu, les gendarmes mobiles ont remplacé les gardiens.
Dans le même temps, durant toute la journée de vendredi, tout en appliquant les consignes de sévérité de Mr Michel Rocard, Mr Pierre Arpaillange s'est, à plusieurs reprises, exprimé à la télévision et à la radio pour appeler les surveillants à reprendre le travail, ce dont il fait un préalable à toute ouverture de négociations. " Je voudrais dire aux syndicalistes de ne pas maintenir un mot d'ordre qu'ils savent parfaitement illégal et dont quelqu'un, un jour ou l'autre, paiera le prix. Que les surveillants retrouvent la voie du devoir et me portes sont ouvertes à nouveau devant eux quand ils le voudront ", a-t-il ainsi déclaré.
Les syndicats, de leur côté, font de la levée des révocations un préalable à toute reprise du dialogue. Pour Mr Gilles Sicard, secrétaire général de l'UFAP, " nous sommes salis, trainés dans la boue. Avec ces révocations, le pouvoir actuel se comporte de façon totalitaire ". Mais sur le terrain, on observe des signes d'effritement. " Un frémissement ", dit un directeur de prison. Ce qui explique que la liste de mille noms de surveillants dont les directeurs proposent la révocation soit suspendue. " Il y a quelques petits retours ", dit un responsable pénitentiaire : ainsi trente-cinq agents avaient pris leur service à la Santé contre dix seulement la veille. A Marseille, les surveillants, par crainte des révocations, préfèrent se faire porter malades plutôt que de déposer les clefs. Ce " frémissement " n'est pas le fait de consignes syndicales, toujours aussi radicales, mais de " prises de conscience individuelles ", fruit sûrement de discussions vives à la maison entre les surveillants et leurs femmes.
La journée de samedi devait être décisive. Car c'est le jour où les parloirs avec les familles sont traditionnellement les plus nombreux. Mis à part quelques mouvements de colère - parfois spectaculaires comme à Draguignan où avait éclaté, mercredi une mutinerie et où la prison fut mise à sac, - les détenus sont depuis le début du conflit restés relativement calmes. Si les parloirs du samedi devaient être empêchés, alors que les conditions de vie et de travail en prison sont très perturbées, un mouvement de révolte des prisonniers n'est pas à exclure. Les surveillants le savent bien. Et ce risque, ajouté à la peur des sanctions qui commencent à pleuvoir, pourrait bien au cours du week-end entamer leur combativité. Cela explique sans doute que la pour prévenir une possible démobilisation, les responsables de FO, syndicat majoritaire, aient transmis, établissement par établissement, samedi matin, des consignes de durcissement.
Henri Leconte, qui avait subi une intervention chirurgicale sur un disque vertébral en mai dernier, a repris la compétition à l'occasion du tournoi de Bordeaux. Convalescent, le Français a atteint les quarts de finale de cette épreuve. Mais, à ce stade, il affrontait le numéro un mondial, Ivan Lendl, qui est en meilleure forme. Le Tchécoslovaque a battu Leconte en deux manches (6-2, 6-3). En demi-finale, Lendl devait rencontrer le Péruvien Jaime Yzaga, l'autre partie mettant aux prises le Français Jean-Philippe Fleurian et l'Espagnol Emilio Sanchez.
Avec des couleurs tour à tour flamboyantes et ternes, l'automne a fait son entrée à la Bourse de Paris. Au moment où l'indice CAC atteignait un nouveau sommet historique (557,32) vendredi, une des plus fortes baisses depuis le début du mois de juillet (- 1,57%) était enregistrée. L'hésitation et la prudence observées lors des premières séances devant les incertitudes monétaires se sont muées en inquiétude sourde.
Au lendemain de la réunion du G7, la place parisienne réagissait peu à la résolution des grands argentiers de lutter contre la grande fermeté du dollar. L'indicateur instantané clôturait alors la journée de lundi sur un gain de 0,13%. Une performance modeste, mais justifiée par le souci de consolider l'avance de plus de 10% observée durant l'été. La tendance était analogue mardi (+ 0,24%). La difficulté des banques centrales, malgré leurs interventions multiples, à contenir la poussée de la devise américaine incita à la prudence le lendemain (- 0,19%).
La spéculation sur les valeurs opéables jeudi masqua les premières craintes (+ 0,14%). Celles-ci se révélèrent vendredi matin. La séance, après avoir débuté sur un gain de 0,22%, virait rapidement au rouge. Les agitations monétaires, la hausse du taux de l'argent au jour le jour, auxquelles s'est ajoutée l'aggravation du déficit commercial français en août (3,922 milliards de francs), ont entrainé le marché dans un vif mouvement de recul. L'indicateur de tendance perdait 1,57 %. D'un coup, les professionnels alignaient devant eux toutes les mauvaises nouvelles, y ajoutant même les tensions sociales. Les investisseurs, calmes en début de semaine, devenaient plus nerveux, restant cependant toujours "optimistes à moyen terme".
Les cinq séances auront été dominées par le mystère entourant la Navigation mixte. Les attaques ou les rumeurs de raids sur ce groupe dirigé par Mr Marc Fournier sont fréquentes depuis des années en Bourse. Mais, jusqu'à présent, de telles tentatives n'ont jamais abouti. La dernière offensive en date, lancée au milieu de l'été, a visiblement été jugée très sérieuse puisqu'elle a amené Mr Fournier à demander, mercredi, la suspension des cotations de son groupe. Il faut dire que l'activité s'était particulièrement intensifiée en l'espace de quelques jours. Dans la matinée, avant l'interruption des transactions, pas moins de 317000 titres, représentant près de 3 % du capital de la Navigation mixte, avaient changé de mains. Cette décision de suspension concerne également les filiales d'assurances comme Rhin et Moselle, Via vie et Via IARD. Aucun motif n'était officiellement avancé pour justifier ces mesures.
La reprise des cotations de la Navigation mixte est prévue pour mardi, au lendemain de la révélation par Mr Fournier de son plan de défense contre ses assaillants. Pour contrer cette attaque boursière, il aurait renforcé son pôle d'assurances Via, Rhin et Moselle par l'introduction d'un groupe d'investisseurs au sein duquel le Crédit agricole aurait un rôle prédominant. Le géant allemand Allianz et la Suisse de réassurance pourraient également faire partie du tour de table. Au niveau de la holding Navigation mixte, Paribas a pour sa part renforcé sa position à hauteur de 7 %. Circulant comme une rumeur avant d'être confirmée vendredi, cette nouvelle n'a pas entrainé de réaction sur le titre de la banque de la rue d'Antin. En revanche, des valeurs du secteur bancaire et surtout des assurances ont bénéficié de bruits les plus divers. Mercredi, par exemple, Le Midi s'appréciait subitement de 6 %. On lui prêtait la reprise de Rhin et Moselle. Un démenti stoppait la spéculation.
Le groupe de Mr Bébéar ne semble pas susciter l'enthousiasme dans son projet de regroupement de toutes ses sociétés d'assurances (Drouot assurances, La Paternelle risques divers, Présence assurances et Présence vie) au sein d'une seule entité Axa-Midi Assurances. Annoncée le 19 septembre dernier, l'opération, qui se réalise sous forme d'offre publique d'échange, a débuté difficilement vendredi. Pendant une grande partie de la journée, l'action Drouot assurances fut incotable en raison d'un trop grand décalage à la baisse. Après des tentatives infructueuses, l'action était finalement négociée à 620 F (contre 621 F précédemment). Elle avait toutefois beaucoup monté avant le lancement de l'opération. Il en fut de même pour Axa-Midi Assurances. Sous le poids des ordres de vente, il tombait de 480 F à l'ouverture à 448 F en clôture après de nombreuses interruptions. En revanche, il a été impossible de coter La Paternelle risques divers, Présence assurances et Présence vie en raison d'une décote trop importante (environ 30 %) par rapport aux parités retenues dans l'OPE.
Le groupe Bolloré a opté pour une simplification de ses structures en transformant la Sofical en pivot financier du groupe. Cette société va absorber grâce à une OPE sa filiale Rhin-Rhône, dont elle détient déjà 80 %. Les actionnaires recevront deux actions Sofical en échange d'un de leurs titres. Cela confère une valeur de 2 420 F au titre Rhin-Rhône pour un dernier cours de 2 150 F.
Les cotations des Grands Moulins de Paris (GMP) étaient suspendues jeudi dans la perspective d'un reclassement du capital. D'après un communiqué, certains membres de la famille Vilgrain, actionnaires de GMP, ont fait part de leur intention de céder leurs intérêts dans le groupe. A cet effet, les dirigeants de cette minoterie s'apprêtent à répartir ces titres vers d'autres investisseurs. Une procédure de maintien de cours pourrait alors être envisagée prochainement. L'action, avant sa suspension, était demandée à 1 092 F. Jeudi également, le nom de BSN est revenu en force pour expliquer la flambée des cours des Fromageries Bel et de son actionnaire principal, La Carbonique. Le numéro un français de l'agro-alimentaire démentait alors être intéressé par une acquisition éventuelle.
Comme les semaines précédentes, les cinq séances écoulées ont été riches en publication de résultats semestriels. Comme la plupart, ils ont été très encourageants (Pechiney, Bic). Exception toutefois pour Euromarché, qui affiche pour la première fois une perte de 81 millions de francs. Ce mauvais résultat, attendu depuis quelque temps, relançait les spéculations sur une éventuelle cession du groupe. Cette agitation contribua à nouveau à l'effervescence observée autour des sociétés du groupe Lazard (Eurafrance, Rue Impériale), actionnaire, via Viniprix, d'Euromarché.
Enfin, profitant de la venue du ministre des finances à la remise des Corbeilles d'or de Mieux vivre récompensant les meilleurs gestionnaires de SICAV (Crédit mutuel et Axa-Midi), les autorités boursières ont plaidé une nouvelle fois pour la suppression de l'impôt de Bourse. En réponse à Mr Régis Rousselle, président du Conseil des Bourses de valeurs, Mr Pierre Bérégovoy s'est demandé ce que choisirait un Français, cette suppression ou "la bonne santé de la Bourse". "Les épargnants choisiront la bonne santé", a-t-il estimé. Le motif réel est peut-être aussi politique. Dans le climat social actuel, une telle mesure serait sans doute mal perçue par le public. Alors, est-ce simplement partie remise ?
- Méconnus sont les coptes, ces 6 millions de chrétiens égyptiens, survivants de l'islamisation du pays. Plus mal connues encore sont les femmes coptes. Le cahier spécial que publie la revue le Monde copte, seule publication francophone de vulgarisation coptologique (parrainée par Léopold Sédar Senghor), comble au moins en partie cette lacune. Une quinzaine de spécialistes égyptiens ou européens font ressortir les divers aspects de la condition féminine dans l'histoire et la société coptes. De prochains cahiers seront consacrés au Caire copte et à l'iconographie copte.
Mr Marc Fournier, président de la Navigation mixte, aurait cédé la minorité de blocage au sein de ses filiales d'assurances à l'allemand Allianz. Le plus puissant groupe d'assurances européen, qui cherchait depuis longtemps à s'introduire de manière non agressive sur le marché français a ainsi profité du duel qui oppose Mr Fournier aux Assurances générales de France.
Les AGF, dirigées par Mr Michel Albert, ont lancé depuis le mois d'août un raid sur la Navigation mixte pour prendre une position significative dans les compagnies Via et Rhin-et-Moselle. Cette session d'un bloc de contrôle à Allianz ne serait que l'un des étages d'un dispositif de défense plus complexe imaginé par Mr Fournier.
Les associations de téléspectateurs entendent bien ne pas être les oubliées des Assises européennes de l'audiovisuel. Pour se rappeler au bon souvenir des experts réunis jusqu'au 2 octobre à la Défense (lire page 11), elles ont tenu, le vendredi 29 et le samedi 30 septembre à Paris, une convention au cours de laquelle une Fédération européenne des téléspectateurs a vu le jour. Cette fédération a alors transmis une plate-forme de " recommandations " aux experts afin que l'histoire de la télévision ne soit plus " celle du silence des téléspectateurs ", selon l'expression d'un représentant d'une association québécoise. Parmi ces recommandations, la création d'un conseil européen de téléspectateurs, partenaire officiel des instances européennes, et la suggestion d'une formation à l'audiovisuel dès l'école primaire.
Sur le ton de l'amant devant la belle intouchable, les associations ont donc tenté de recenser les attentes, les griefs, voire les aigreurs, des usagers face au petit écran. " Non au porno, non aux émissions culturelles diffusées aux heures tardives ! ", lance Renate Gossard, la présidente des Panthères grises, ces téléspectatrices de plus de cinquante ans. " Pour vendre quoi que ce soit à la télévision, renchérit une autre " panthère ", on se déculotte. Ce n'est pas normal ! "
Du côté des féministes, le thème de la nudité à l'écran est aussi en vedette. Mme Anne Zelinski, la présidente de la Ligue des droits de la femme, suggère la mise en place d'un réseau de militantes chargé d'exercer une pression constante sur " les décideurs " pour que ne soient plus véhiculées des images dégradantes de la femme. Et, peut-être aussi, pour que soit offert " un regard différent sur l'actualité ", comme le propose timidement une intervenante lors d'une réunion de travail.
Les téléspectateurs ruraux, pour qui la télévision est souvent le principal divertissement, refusent, eux , de se laisser infliger une télévision aux programmes trop uniformes. " Avec le câble, on peut espérer une télévision à la carte ", se prend à rêver Mr Cahen, un représentant de la Fédération nationale des foyers ruraux.
Une télévision à la carte ? C'est, au fond, le désir secret de chaque association, chaque catégorie de téléspectateurs. Car " il n'y a pas un public,mais des publics " en Europe, a insisté Mme Catherine Tasca, le ministre délégué chargé de la communication, qui a affiché un intérêt fort remarqué pour ces rencontres. Des publics qui, lors de ces deux journées, ont exprimé des attentes diverses et présenté des projets parfois démesurément ambitieux, comme Thomas Radecki, ce psychiatre américain qui milite pour que la violence soit définitivement bannie des écrans. Des vÓux pieux ? C'est peut-être ce que penseront les responsables des chaines en lisant le catalogue des propositions adressées par cet Eurêka des téléspectateurs à celui des professionnels. Mais le mouvement est lancé. Et la voix du public, assurent les promoteurs de la nouvelle fédération, ne pourra plus être dédaignée.
- A propos de la "surreprésentation de la France rurale et conservatrice qui n'a aucun rapport avec le centre de gravité du pays" qu'assure, selon lui, le Sénat, Mr Michel Rocard a indiqué, vendredi 29 septembre sur France-Inter, que cette situation est aussi la traduction de la "loi électorale cantonale". "Il n'est pas bon, a-t-il ajouté, qu'une des deux Assemblées soit organisée de manière telle qu'elle ne peut pas être en concordance avec le centre de gravité de la nation. Je refuse d'y toucher à chaud, dans l'émotion générale. Prenons notre temps. (...) Il faut (...) probablement terminer par une réflexion sur le Sénat et commencer par les modes de scrutin de nos élections locales."
Les sénateurs ont regagné, à la fin de la semaine, leur département, ceux du RPR faisant un détour par Arcachon, où se tenaient leurs journées d'études parlementaires. Ils ne reviendront à Paris que le lundi 2 octobre pour l'élection de leur président, fonction que Mr Alain Poher exerce depuis 1968, et dont il sollicite le renouvellement.
Après les votes de défiance émis par les groupes des républicains et indépendants, du Rassemblement démocratique et européen et de l'Union centriste, la question se pose du maintien de la candidature de Mr Alain Poher. Ce dernier a informé, vendredi 29 septembre en fin de matinée, Mr Daniel Hoeffel, président du groupe centriste de sa " détermination ". Il a fait de même, en début d'après-midi, avec Mr Jean François-Poncet, président de la commission des affaires économiques et membre du RDE.
La confirmation de la présence, au moins au premier tour, de Mr Poher, qui bénéficie du soutien de Mr Charles Pasqua et du RPR, est de nature à interdire aux centristes de présenter officiellement leur propre candidat..., ce qui ne signifie pas pour autant qu'un candidat émanant de ce groupe n'entrera pas en lice à titre individuel. Les centristes seront les premiers à se réunir lundi matin, suivis, après le déjeuner, par les RI, qui se sont fixés cette échéance pour investir leur propre porte-drapeau : leur président, Mr Marcel Lucotte, est sur les rangs, ainsi que Mr Pierre-Christian Taittinger, vice-président du Sénat, ou encore Mr Jacques Larché, président de la commission des lois. Quant à Mr Etienne Dailly, déjà investi par son groupe - le RDE - il n'a pas encore décidé s'il sera candidat dès le premier tour.
Le ballottage assuré au premier tour (pour être élu, il faut obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés au premier ou au second tour, la majorité relative suffisant au troisième) devrait conduire à des primaires au second tour. Celles-ci seront-elles réglées dans la nuit au sein de l'UDF (les centristes avaient souhaité la tenue d'un conclave sans succès avant le premier tour) ? Ou au sein de l'ensemble de la majorité sénatoriale, comme certains RPR le souhaitent ? A moins que ce ne soit le second tour lui-même, en séance, qui ne règle la question...
Le nombre des hypothèses en présence rend difficile tout pronostic. Une course de lenteur s'est engagée entre les prétendants qui craignent d'être, en se dévoilant prématurément, les victimes toutes désignées d'oppositions convergentes.
L'issue du scrutin est d'autant plus incertaine que son enjeu n'est pas fixé. Les sénateurs eux-mêmes sont partagés : s'agit-il d'une bataille politique en termes de rapport de forces entre le RPR et l'UDF ? Ou, sous des aspects plus prosaiques, s'agit-il simplement de désigner un président dont on souhaite qu'il redore le blason de l'institution ? Les éléments du choix seraient-ils à ce point incompatibles, les divisions au sein de l'UDF à ce point irréductibles et les ambitions à ce point insurmontables que le stutu quo en découle ?
Dans cette situation confuse, aux évolutions imprévisibles, les socialistes, par la voix de leur président, Mr Claude Estier, affichent une certitude : Mr Estier sera candidat aux trois tours s'il le faut, laissant à la droite le soin de régler la question sauf si " il y a un risque Pasqua ". De quoi redonner du tonus à des candidats UDF, qui ne sont pas assurés de faire le plein des voix dans leur propre camp !
MM Robert Vigouroux, André Vallet et Jacques Roccaserra, élus sénateurs des Bouches-du-Rhône le 24 septembre, ont décidé d'être rattachés administrativement au groupe socialiste du Sénat. Le maire de Marseille, qui a rencontré, vendredi 29 septembre en fin d'après-midi, successivement Mr Claude Estier, président du groupe socialiste du Sénat, et Mr Etienne Dailly, au nom du Rassemblement démocratique et européen, a fait connaitre samedi sa décision et celles de ses colistiers.
L'arrivée du maire de Marseille, de celui de Salon-de-Provence, Mr Vallet, et de l'un des adjoints de Mr Vigouroux fait du groupe socialiste, avec soixante-sept membres, le deuxième en effectif du Palais du Luxembourg, après celui du RPR. La composition définitive des groupes doit intervenir au plus tard le mardi 3 octobre.
Alors que la célébration officielle du quarantième anniversaire de la République populaire de Chine a commencé vendredi 29 septembre à Pékin avec un discours du secrétaire général du PCC, Jiang Zemin (le Monde du 30 septembre), la presse chinoise a fait état de plus de cinquante exécutions capitales en une semaine. A Paris, d'autre part, contrairement à la tradition, aucun membre du governement n'a assisté à la réception donnée vendredi à l'ambassade. La Fédération pour la démocratie en Chine, qui regroupe les opposants au régime de Pékin, a lancé un appel à manifester dimanche devant l'ambassade à Paris. A Hongkong enfin, des manifestants ont hué les invités d'une réception donnée par les représentants de Pékin.
En plein milieu de la plus grande place du monde, le petit soldat de garde au pied du monument " aux héros du peuple " n'a pas du tout l'air martial. Voyant s'approcher deux étrangers à l'allure de journalistes, l'officier se dirige vers la sentinelle, la fusille du regard en pointant le menton vers la Kalachnikov qui pend misérablement à son côté. Le soldat regarde son chef, fait la moue, les yeux implorant la clémence ; l'officier insiste en opinant sèchement du chef ; le soldat finit par se redresser et passer la bandoulière derrière le cou de façon à présenter l'arme dans la position régulière. La dignité nationale est rétablie.
La scène s'est produite sous nos yeux. Depuis lundi, à l'occasion de la fête nationale qui marquera, dimanche, le quarantième anniversaire de la République populaire, la place Tiananmen est accessible aux journalistes accrédités comme aux groupes de touristes étrangers, à des heures " ouvrables ", comme dans un musée. Un musée consacré à l'écrasement de la " rébellion contre-révolutionnaire " du printemps.
Les dalles de béton abimées lors de l'arrivée de l'armée, peu avant l'aube du 4 juin, ont été refaites, mais les employés municipaux n'ont pas remplacé les quelques marches de marbres menant à la face nord du monument central que les chenilles des blindés ont cassées. Ce n'est pas la seule anomalie empêchant cet anniversaire de se dérouler dans l'allégresse.
La plus prestigieuse université de Chine, Beida, est toujours déserte de sa population étudiante, la rentrée ayant été repoussée à la mi-octobre. A travers la ville, les contrôles d'identité ont été considérablement renforcés, principalement la nuit. Le pouvoir se montre nerveux, inquiet, craignant qu'un incident quelconque n'assombrisse " sa " fête. Il y a quelques jours, les étrangers de la résidence diplomatique donnant sur le pont " de la porte de la construction nationale " (Jianguomenwai) ont pu voir, en pleine nuit, les soldats s'entrainer à contrôler une manifestation. Certains jouaient les manifestants, les autres procédaient aux " arrestations ".
La tension verbale reste vive avec le pays occidental qui avait, le premier, reconnu la Chine populaire, il y a un quart de siècle. Toute la semaine, la presse officielle de Pékin a reproché au gouvernement français de s'ingérer dans ses affaires : en condamnant une nouvelle fois, par la voix de Mr Roland Dumas à la tribune des Nations unies, la répression du printemps comme une " violation des droits de l'homme " et en soutenant " ouvertement " le congrès de fondation de l'organisation d'opposition en exil. Mais de représailles diplomatiques, point.
Interrogé sur les actions concrètes que Pékin envisageait à l'encontre de la France, le porte-parole du ministère des affaires étrangères nous a répondu par une nouvelle déclaration enjoignant Paris d'" arrêter le cheval tandis qu'il est encore au bord du précipice ". En d'autres termes, il n'est pas encore tombé. Il faut dire qu'annoncer à la veille de la fête nationale un rappel, toujours possible, de l'ambassadeur de Chine à Paris ou une réduction du niveau de la représentation diplomatique mutuelle avec la France ferait mauvais effet.
Les Pékinois, cela crève les yeux, sont tristes. Ils se rendront peut-être dans les parcs en grand nombre. Mais il y a le ton de la télévision, alternant entre la fausse bonne humeur et la sévérité, l'allure compassée des dirigeants, le style même des réceptions, cérémonies de récompenses décernées aux ouvriers modèles - avec une brève apparition de Mr Deng, jeudi soir, dans le meilleur style du grand patriarche qu'incarna jadis Mao Zedong. Il y a aussi l'ode pesante de la propagande aux réussites de l'industrie lourde, du champ pétrolier de Daqing, et même le coup de chapeau, nuancé mais réel, aux accomplissements du système des " communes populaires " de triste mémoire pour les paysans. Tout cela rappelle trop un retour aux années 50, contredisant, peut-être même sans le vouloir, les affirmations répétées du régime promettant la poursuite de l'ouverture et de la réforme.
Et puis il y a ce monument " provisoire " érigé sur la place Tiananmen, devant lequel se tiendra, dimanche, une grande fête rassemblant des dizaines de milliers de participants bien encadrés face à la haute direction rassemblée sur la tribune de Tiananmen. Ce monument que le régime a dédié au peuple et que ceux qui ont participé au soulèvement populaire du printemps peuvent ressentir comme une insulte. Une vingtaine de mètres cubes de ciment à l'endroit exact où s'est brièvement dressée la statue de la " déesse de la démocratie ".
Quatre personnages collés les uns aux autres dans un même mouvement de marche en avant décrivant l'unité de la nation. L'ouvrier, nanti d'une tige de fondeur, vient en premier. Légèrement en retrait de ses deux côtés, un soldat et une paysanne. Bizarrement, le canon de l'arme du soldat est collé à la poitrine de l'ouvrier. Le dernier personnage, une intellectuelle à lunettes, suit le soldat, dernière dans la marche du groupe. La plaisanterie veut que l'assemblage ait été difficile entre le soldat et l'intellectuelle.
Le premier ministre thailandais, Mr Chatichai Choonhavan, est attendu à Paris, dimanche 1er octobre, en visite officielle, la première en France d'un chef du gouvernement thailandais. Au cours de son séjour, Mr Chatichai sera reçu par le président Mitterrand ; il rencontrera Mr Michel Rocard, qui donnera lundi un déjeuner en son honneur. La France espère de cette visite un renforcement de sa présence dans un pays où elle fait pâle figure : les échanges ne représentent que 1,3 % du commerce thailandais et les investissements français y plafonnent à 0,5 % du total.
En un an de pouvoir, Mr Chatichai Choonhavan a fortement contribué à changer l'image de son pays. Et pourtant, quand il a succédé au général Prem Tinsulanonda - qui avait tenu les rênes du gouvernement pendant huit ans, - rares étaient les observateurs qui donnaient une chance à cet ancien général, play-boy, grand amateur de cocktails... et de gros " cubes ". Surtout face à un Parlement éclaté en quatorze partis et une coalition gouvernementale plutôt hétérogène.
Et pourtant, Mr Chatichai a su imposer son style. D'abord en s'entourant d'un groupe de conseillers - son " kitchen cabinet " - composé d'universitaires dont son propre fils Kraisak. C'est plus vers eux que vers les hommes d'affaires et anciens généraux qui composent la majorité de son gouvernement qu'il se tourne pour chercher des idées nouvelles, ou résoudre des problèmes.
Dès sa nomination, il a su soigner sa popularité en augmentant le SMIC local. Ensuite, il modifia sensiblement le cap de la diplomatie thailandaise sur la question indochinoise. Jusqu'à son arrivée au pouvoir, Bangkok avait, à l'unisson de Pékin, soutenu à fond la résistance cambodgienne dirigée par le prince Sihanouk. Fer de lance de l'ASEAN (1), la Thailande refusait tout compromis avec le régime de Mr Hun Sen à Phnom-Penh.
Tout en maintenant de liens solides avec Pékin, Mr Chatichai - qui est d'origine chinoise, entretient des relations étroites avec les milieux d'affaires de Bangkok, et est depuis longtemps impliqué dans le commerce sino-thailandais - a resserré ses rapports avec Hanoi et Vientiane et noué de liens avec Mr Hun Sen. Ce dernier était, il y a quelques jours, à Bangkok, tandis que Mr Chatichai tentait de relancer les conversations avec le prince Sihanouk. Le chef du gouvernement thailandais voit dans l'Indochine voisine en ruine une nouvelle frontière pour les exportations de son pays - ce qu'il appelle " changer le champ de bataille indochinois en un marché ", - et ne serait pas mécontent de rétablir en partie l'influence traditionnelle de la Thailande sur le Cambodge.
Mr Chatichai bénéficie, outre son habileté, d'une situation économique porteuse. A la tête de son parti nationaliste Chart Thai, dont il a longtemps partagé la direction avec son beau-frère, le général Pramarn Adireksan, cet homme de soixante-sept ans, militaire de carrière, lié par sa femme à la famille royale, est le fils du maréchal Phin, qui fut, de 1947 à 1957, l'adjoint du dictateur Sarit.
Envoyé en exil comme ambassadeur en Argentine à la chute de ce dernier, il a fait, depuis 1973, une brillante carrière politique. Ministre des affaires étrangères, il rétablit en 1975 les relations diplomatiques avec Pékin ; il fut ensuite ministre de l'industrie, puis vice-premier ministre, avant de remplacer le général Prem à la tête du gouvernement à la suite des élections de juillet 1988.
La nouvelle a fait l'effet d'une bombe dans les milieux généralement feutrés de la danse. Mikhail Baryshnikov a brutalement claqué la porte de l'American Ballet Theater dont il assurait la direction artistique. Rendue publique vendredi 29, sa démission prend effet immédiatement.
La décision de l'ancienne vedette du Ballet Kirov, qui avait prévu de quitter ses fonctions l'été prochain, fait suite au refus du conseil d'administration de revenir sur la décision du nouveau directeur exécutif, Mme Jane Hermann, de mettre en congé pendant un an Charles France, l'assistant de Baryshnikov.
Les germes de dissension remontent en fait à l'engagement de Mikhail Baryshnikov par l'ABT il y a six ans. Malgré ses responsabilités au sein de la troupe, le danseur a toujours décliné le statut de salarié ; le conseil d'administration y a souvent vu de sa part le refus d'un engagement total. De fait, ces derniers temps, Baryshnikov ne s'est guère produit avec la troupe. En revanche, il est allé jouer la Métamorphose à Broadway; il envisage plusieurs projets de films; il se soumet à la tournée promotionnelle du lancement de son nouveau parfum, " Misha ", alors que en août dernier, il passait moins d'une semaine sur les trois de la tournée japonaise de l'ABT; il répète (hors compagnie) American Document de Martha Graham, qui sera créé au City Center mardi prochain 2 octobre; il part le lendemain pour Bruxelles où le chorégraphe Mark Morris lui taille un ballet sur mesure pour décembre; enfin, il est fortement question qu'il réponde - à titre personnel - à l'invitation du gouvernement soviétique alors qu'une tournée officielle de l'ABT en URSS fut récemment annulée pour difficultés financières de la troupe, dont le déficit est évalué à 1 million de dollars.
La saison a pourtant battu tous les records de recette guichet et de fund raising (collecte de fonds auprès des mécènes et des grandes entreprises). Mais Baryschnikov a toujours renâclé à participer à ces opérations de collecte ce que lui reproche le conseil d'administration. L'avocat du danseur, dans une lettre adressée à l'ABT, souligne pourtant que, "conscient des problèmes financiers de la compagnie", Baryshnikov y est plus d'une fois allé de sa propre poche et a souvent fait appel à des amis personnels.
Autre grief de Mme Hermann : l'escalade des dépenses artistiques. La guerre entre comptables et saltimbanques est vieille comme le monde. Selon Baryshnikov, rien n'est jamais trop cher pour développer le répertoire et élever le niveau d'une troupe de ballet. Pour Mme Hermann, il faut d'abord payer l'addition, et il n'existe pas aux Etats-Unis de ministère de la culture qui comble le gouffre des déficits.
La rupture parait désormais consommée. On ne sait pas encore si Baryshnikov participera au gala du cinquantenaire de l'ABT le 14 janvier prochain.
Officiellement, les assises européennes de l'audiovisuel n'en débattront pas. Mais son ombre, coincidence de calendrier aidant, planera sur l'ensemble des débats : chacun des trois cents experts, venus discuter à Paris du marché commun de l'image, connait l'enjeu de ce projet de directive "Télévision sans frontières" qui sera examiné, mardi 3 octobre, par le conseil des ministres européens.
C'était au printemps dernier. Cela parait à des années-lumière. a la mi-avril, les professionnels français décidaient de sonner la "grande alarme". Producteurs, réalisateurs, auteurs et artistes dénoncaient d'une même voix le "Munich de l'audiovisuel" qui allait faire des "petits-fils de Molière" les "petits-enfants de Coca-Cola". La raison? La délégation française, isolée à Bruxelles, venait de renoncer à imposer aux télévisions un quota minimum d'Óuvres européennes pour se rallier à une formulation beaucoup plus vague : une proportion majoritaire... "chaque fois que cela est réalisable". Cette trahison, estiment les créateurs, livre l'Hexagone à l'envahisseur américain.
Pris au dépourvu, le gouvernement français recule et choisit de reconsidérer son attitude. Il n'est pas le seul. En Grèce et aux Pays-Bas aussi, des voix s'élèvent, qui contraignent les instances européennes, faute soudain d'une majorité suffisante, à renvoyer l'adoption définitive du projet de directive "Télévision sans frontières" à des jours meilleurs. Pour des raisons de procédure, la date limite est fixée au 4 octobre à minuit. Nous y sommes. Les acteurs ne peuvent plus temporiser. mais, curieusement, le temps des invectives est passé.
"Nous avons, d'abord, le sentiment d'avoir été écoutés, sinon entendus", affirme-t-on au Comité d'action pour l'Europe du cinéma et de la télévision. Ces dernières semaines, les professionnels français ont été, par deux fois, longuement reçus par Mr Jack Lang, ministre de la culture, puis par Mr Roland Dumas, ministre des affaires étrangères, chez qui le dossier est "remonté". Le dialogue se fait moins passionnel, plus technique, donc plus facile. Le gouvernement, lui, s'efforce à plus de pragmatisme. Et si auteurs et producteurs réaffirment avec constance leur exigences, le temps et les événements de l'été ont modifié le regard qu'ils portent sur les dispositions du texte.
Il y a d'abord les pressions américaines. La tournée européenne de Mme Carla Hills - représentante du président Bush pour le commerce international - venue demander "instamment à la Communauté de ne pas adopter une telle directive" ainsi que la saisine du GATT pour entrave au commerce international ont fait réfléchir ceux qui ne voyaient dans le compromis du printemps qu'un simple chiffon de papier. Il y a ensuite le jeu subtil - certains le qualifient de " chantage " - de la Commission de Bruxelles. En ouvrant successivement des procédures contre le décret câble français, les exigences belges de production et le protectionnisme publicitaire des Néerlandais, celle-ci a opportunément mis en lumière la fragilité des protections nationales en l'absence de dispositions communautaires. Et l'on murmure, dans certains milieux, que la CEE aurait pris l'engagement de ne plus contester le système français d'aide à la production, en échange du ralliement de Paris à la directive.
Enfin, il y a la crainte de voir les Douze se rallier à la Convention sur la " Télévision transfrontière " du Conseil de l'Europe - beaucoup moins contraignante - si le projet de directive n'arrivait pas à voir le jour. Beaucoup de raisons, au total, pour que les professionnels deviennent plus circonspects.
Le gouvernement français, lui, est tiraillé entre son désir de tenir compte des griefs exprimés par les professionnles français et entre l'obligation diplomatique - la France exerçant, pour quatre mois encore, la présidence de la CEE - de favoriser le vote d'un texte qui empoisonne la vie de la Communauté. Un difficile exercice d'équilibre. Mercredi, la présidence française a fait parvenir à ses partenaires une série de "déclarations" devant compléter et préciser le texte de la directive. Aux Néerlandais, par exemple, confrontés au lancement de deux chaines privées diffusant depuis le Luxembourg (le Monde du 30 septembre), il est proposé de nouvelles garanties contre la "délocalisation frauduleuse" de télévisions s'installant hors de frontières territoriales pour contourner la législation nationale. Les Belges, qui demandent des aides pour leur production, se voient proposer des dispositions favorables aux "petits pays" ou aux cultures minoritaires. Pour les Allemands, enfin, on élabore des mesures particulières leur permettant à la fois de signer la directive sans se mettre en infraction avec leur loi constitutionnelle et d'entretenir des liens privilégiés avec les pays de l'Est... L'inventaire se récite presque à la Prévert.
Nul ne sait s'il se trouvera, mardi, une majorité qualifiée (1) pour adopter la directive. Qu'elle ne le soit pas, et l'Europe de l'audiovisuel - Euréka ou pas - devrait repartir presque à zéro.
- Radio-Bleue, la station publique de Radio-France plus spécialement destinée aux retraités et aux personnes âgées, est en grève depuis le jeudi 28 septembre. Son personnel refuse de continuer à n'émettre que le matin et réclame, dès 1990, l'extension de ses programmes à l'après-midi. La présidence de Radio-France indique, de son côté, que cette extension " excède les moyens actuels " de la société et " ne peut donc se faire qu'avec l'apport de recettes publiques supplémentaires ".
"En France, lors d'une OPA, les protagonistes et leurs conseillers, souvent des avocats d'affaires, ne regardent les textes que pour y déceler les failles leur permettant d'agir. Il faut à tout prix, désormais, changer cette mentalité. Nous leur disons : des grands principes ont été définis, il faut s'y tenir." Pour Mr Régis Rousselle, président du Conseil des Bourses de valeurs (CBV), la nouvelle réglementation sur les OPA, approuvée par le ministère des finances (le Monde du 29 septembre), devrait être l'occasion d'insuffler "un autre état d'esprit". Car l'enjeu est de taille. Si l'application de ces textes permet rapidement d'aboutir à une situation où l'attaquant et le défenseur ont les mêmes chances de s'exprimer, assurant ainsi l'égalité de traitement des actionnaires, la place financière française peut devenir le lieu privilégié des restructurations industrielles européennes et concurrencer Londres. Toutefois, pour accomplir un tel dessein, les autorités boursières que sont la Commission des opérations de Bourse (COB) et le Conseil des Bourses de valeur (CBV), sont tenues de coopérer pleinement, chacune selon ses compétences désormais clairement définies. Le CBV est chargé de réglementer, d'assurer la bonne conduite d'une OPA pendant que la COB rappelle les grands principes, informe, contrôle a posteriori et sanctionne éventuellement.
Au mois d'août, la bataille boursière pour le contrôle du groupe d'assurances Victoire opposant Mr Jean-Marc Vernes à Suez a permis aux deux instances de coopérer efficacement en faisant respecter les règles en vigueur. Cette clarté assortie de fermeté a été bien accueillie par les investisseurs étrangers, qui détestent s'engager sur des marchés financiers aux règles floues. La nouvelle réglementation va en ce sens. Mais ce souci de transparence indispensable ne doit pas pour autant peser sur la liquidité du marché. Lorsqu'une société fait l'objet d'une tentative d'achat, ses cours sont suspendus dans l'attente d'informations complémentaires précises et détaillées. L'interruption peut être longue, durer plusieurs séances ou même des semaines. Elle empêche alors les opérateurs de réagir et bloque le marché. Dernier exemple en date, la suspension des cours de la Navigation mixte depuis mercredi 27 septembre et, théoriquement, jusqu'au 3 octobre.
Le groupe François-Charles Oberthur, seule entreprise fiduciaire privée française (imprimerie de billets), qui occupe le cinquième rang mondial, a fait savoir jeudi 28 septembre qu'il ouvrira le 1er janvier 1991 une unité dans le département du Puy-de-Dôme à Puy-Guillaume (2 712 habitants), commune adminsitrée par... Mr Michel Charasse, ministre délégué au budget.
L'entreprise emploiera dans un premier temps soixante-dix personnes embauchées localement, mais le projet prévoit un doublement des effectifs en trois ans. Appelée à imprimer des billets de loterie et à terme de la billetterie de voyage des traveller's checks, voire des cartes d'identité et des passeports qu'il convient de protéger de toute fraude, l'usine sera construite selon les normes de sécurité les plus sophistiquées. Représentant un investissement d'environ 11 millions de francs, elle occupera une surface de 4 500 mètres carré dans la zone industrielle de Puy-Guillaume, face aux verreries (principale entreprise locale) qui emploient 620 personnes. Les dirigeants du groupe se réservent la possibilité de doubler cette surface ultérieurement. Oberthur (520 millions de francs de chiffre d'affaires contre 32 en 1983) est connu notamment pour être l'imprimeur de l'almanach des postes. Le groupe est installé à Paris, Rennes, Vitré, Caen, Sophia-Antipolis et Metz.
L'implantation à Puy-Guillaume est assortie du rachat de la nouvelle unité Mont-Louis informatique qui trouvait difficilement repreneur et dont les cinquante-sept salariés continueront de produire pour l'essentiel des chéquiers. Le groupe Oberthur a donné l'assurance que tous seraient repris dans la nouvelle entreprise en bénéficiant d'une formation appropriée à la production envisagée.
Mr Charasse, dès jeudi soir, faisait savoir au journal régional la Montagne que lorsqu'il avait appris qu'Oberthur cherchait une implantation dans le département où se trouve l'imprimerie de la Banque de France il n'avait pas hésité à proposer Puy-Guillaume. Evoquant la reprise des salariés de Mont-Louis informatique, il soulignait : " les marchés de la Loterie nationale étaient la contrepartie de leur embauche. Je voulais qu'Oberthur conclue les deux affaires à la fois ".
Et le ministre délégué de s'exclamer : " J'ai pensé à ma commune, et alors ? C'est une bonne affaire pour Puy-Guillaume et pour le département, car ils (Oberthur) vont verser une belle taxe professionnelle au budget départemental. C'est bon aussi pour l'Etat. "
Le déficit du commerce extérieur français s'est à nouveau creusé, d'après les données brutes publiées vendredi 29 septembre par le ministère de l'économie. Le déficit a atteint 3,922 milliards de francs en août 1989 contre 3,265 milliards en juillet 1989. L'an dernier à la même époque, le solde des échanges commerciaux français avait été déficitaire de 3,2 milliards de francs. Du fait de la grève au ministère des finances, qui affecte la direction nationale des statistiques du commerce extérieur de Toulouse, seules les données brutes ont été rendues publiques.
La publication de ce résulat issu de calculs " partiellement manuels ", selon un communiqué du ministère de l'économie et des finances, n'a pas manqué de susciter une controverse entre l'intersyndical du centre de Toulouse et la direction des Douanes. La première a en effet affirmé que " l'ensemble des informations nécessaires à la confection du chiffre du commerce extérieur n'a pas été pris en compte ", assertion aussitôt démentie par un nouveau communiqué du ministère de l'économie. On ne sait pour l'instant quand les résultats définitifs et corrigés des variations saisonnières du commerce extérieur en août seront connues. L'an dernier le déficit en données corrigées des variations saisonnières était largement supérieur en août à celui en données brutes.
Cependant, les données provisoires publiées le 29 septembre indiquent que le montant des exportations s'est établi en août 1989, en données brutes, à 73,449 milliards de francs et celui des importations à 77,371 milliards. Traditionnellement au mois d'août, le volume des échanges n'atteint que les trois quarts environ de celui des autres mois de l'année, en raison de la fermeture d'un grand nombre d'entreprises.
Entre juin et août 1989, le déficit des échanges commerciaux a atteint 10,46 milliards de francs en données brutes, contre 14,13 milliards entre mars et mai, et 5,3 milliards entre juin et août 1988. Au cours des huit premiers mois de cette année, le déficit du commerce extérieur s'est élevé à 33 milliards en données brutes, un chiffre sensiblement identique à celui de l'ensemble de 1988 (le déficit avait atteint 21,3 milliards au cours des huit premiers mois de l'an dernier). Cette dégradation laisse à craindre que le déficit commercial de 1989 se situera au moins dans la tranche supérieure de la fourchette de 40-45 milliards de dollars récemment estimée par Pierre Bérégovoy.
Chahuté par deux cents à trois cents agents des impôts en grève, le vendredi 29 septembre à Metz lors de l'inauguration de la foire internationale, Mr Pierre Bérégovoy a mis en garde contre une " politisation du conflit ". " J'entends les grévistes réclamer le dialogue, a déclaré le ministre de l'économie. Mais nous avons parlé et nous continuerons à parler. Je me demande s'il n'y a pas un étrange malentendu qu'il faudrait s'efforcer de dissiper. " Selon le ministre, les revendications des agents des impôts entraineraient pour le budget de l'Etat un coût supplémentaire de 36 milliards de francs.
A Toulouse, Mr Marc Blondel, secrétaire général de FO, a évoqué le risque de durcissement : " J'ai le sentiment que dans la fonction publique les serviteurs de l'Etat ne se sentent pas bien. Si Mr Rocard n'en a pas conscience, alors c'est un mauvais premier ministre. " La fédération FO des finances a dénoncé " l'escalade dans la violence ", et la fédération CFDT, " le comportement rétrograde et antisocial " du gouvernement. Les fédérations CGT de la fonction publique ont appelé à un rassemblement le 3 octobre à Paris pour " imposer des négociations ". Le 29 septembre, un millier d'agents des finances ont manifesté devant la direction d'Antenne 2 aux cris de " Libérez l'information ".
Le président de la République a tenté, vendredi 29 septembre, d'apaiser les inquiétudes des soixante-six pays d'Afrique, des Caraibes et du Pacifique (ACP) face à la perspective du Marché européen de 1993. "Le Marché unique vise à rendre la Communauté européenne plus unie et plus forte, mais la coopération avec vos pays ne doit pas en souffrir", a déclaré Mr François Mitterrand devant cent trente-deux parlementaires, hauts fonctionnaires et ambassadeurs en majorité africains, réunis à Versailles depuis lundi 25 septembre pour l'assemblée paritaire de la Communauté européenne et des pays ACP.
Les participants auraient profité de cette rencontre, qui précède la renégociation de la convention de Lomé, pour exprimer leurs préoccupations face au grand marché européen et à la nouvelle ouverture économique de la CEE vers l'Europe de l'Est (le Monde du 29 septembre). "Il ne faut pas que nous soyons laissés pour compte", ont souligné plusieurs experts africains, en évoquant les blocages qui retardent les négociations sur la nouvelle convention de Lomé. Les ACP réclament notamment une augmentation substantielle de l'enveloppe financière de la convention ainsi qu'une aide de la CEE pour l'allégement de leurs dettes.
Rappelant les efforts déjà faits par la France dans ce domaine, Mr Mitterrand a souhaité que le mécanisme de stabilisation des cours des produits de base soit renforcé et simplifié, et a assuré que "toutes les améliorations possibles devront être recherchées pour maintenir aux pays ACP un accès préférentiel au marché communautaire".
- PFG - Hodgson-Kenyon International, nouveau holding formé en Grande-Bretagne par les Pompes funèbres générales (PFG), a pris le contrôle complet à 90 % des sociétés britanniques Hodgson et Kenyon. La nouvelle société, qui vient d'être admise à la Bourse de Londres, est née du rapprochement entre Hodgson et Kenyon Securities, dont PFG, filiale du groupe français Lyonnaise des eaux détenait 28,2 %. Elle constitue le premier groupe funéraire en Grande-Bretagne, avec 11 % du marché.
Les PFG en sont le premier actionnaire avec 25 %. Mr Hodgson en possède 10 %, et Worms et Cie entre 5 et 9 %.
- La fédération de l'énergie CGT a appelé, vendredi 29 septembre, à une grève nationale de 24 heures le 10 octobre à EDF " pour une augmentation mensuelle de 1 000 F minimum à chaque agent actif et retraité et pour l'ouverture de négociations sur toutes les revendications " . La fédération ajoute que " les syndiqués et le personnel décideront au soir du 10 octobre la poursuite des luttes ".
- La direction de Videocolor, filiale du groupe Thomson, a annoncé, mercredi 27 septembre, aux représentants du personnel la fermeture, en janvier 1990, de l'usine de Lyon, qui emploie 400 personnes. Elle envisage le reclassement de 70 % des salariés dans d'autres unités du groupe. Cet événement a provoqué, pour la première fois depuis dix ans, une rencontre, le 28 septembre, entre les responsables locaux de la CGT, de la CFDT, de la CFTC, de FO et de la FEN, qui, dans un communiqué commun, ont dénoncé " l'attitude de Thomson, entreprise nationalisée, qui est semblable à l'attitude de Peugeot ".
- La compagnie aérienne allemande Lufthansa va desservir, à partir du 4 novembre, une fois par semaine, l'ile antillaise de Saint-Martin, à partir de la RFA, avec des correspondances vers la Martinique et la Guadeloupe par des compagnies locales. Lufthansa espère accroitre sa clientèle vers les Antilles de dix mille passagers par an.
- Les grands magasins britanniques Littlewoods ont annoncé vendredi 29 septembre la suppression de 1850 emplois en trois ans, pour maintenir leur compétitivité. Aux 1150 emplois supprimés en 1989 vont s'en ajouter 700 autres en trois ans, normalement par préretraites ou départs volontaires. Ils concernent essentiellement le secteur de la vente par correspondance dont Littlewoods est un des leaders en Grande-Bretagne.
Les camions, une demi-douzaine de semi-remorques, arrivent tous les matins, sous forte escorte militaire. Mission : saisie et confiscation de biens chez les grévistes de l'impôt. Domiciles particuliers, commerces, entreprises, dépôts sont visités par les soldats, guidés par une équipe d'inspecteurs du fisc israélien qui, liste en main, leur désignent les " coupables ".
Depuis le 21 septembre dernier, Beit-Sahour, une petite ville de Cisjordanie au sud de Bethléem, vit à l'heure de la bataille de l'impôt. Le refus d'acquitter impôts, taxes et droits de douane est, depuis bientôt deux ans déjà, une des manifestations du soulèvement palestinien dans les territoires occupés. Mais à Beit-Sahour la confrontation a pris des proportions sans précédent. En une semaine, affirment les résidents, des tonnes de matériel ont été saisies : stocks industriels, marchandises des commerçants, biens particuliers tels que meubles, tapis, équipements de cuisine, machines à laver, téléviseurs, vidéo, alcool, etc. Certaines boutiques ont été entièrement vidées par l'armée.
Les habitants de la localité estiment que la valeur totale des saisies dépasse largement celle du montant des sommes réclamées par le fisc. Les autorités répliquent que les biens confisqués seront rendus contre paiement de l'impôt. Mais l'affaire va bien au-delà de ces considérations comptables. Elle est éminemment politique. En privé, certains responsables israéliens ne cachent pas que la grève de l'impôt pourrait déboucher sur un vaste mouvement de désobéissance civile de nature à paralyser l'administration territoriale.
Dans son salon, préventivement dégarni, un fabricant d'objets en bois d'olivier - une des spécialités de la ville - explique : " Beit-Sahour est une grosse épine dans le pied des autorités ; voilà deux ans que nous refusons de payer ; nous ne paierons toujours pas et nous avons cent bonnes raisons pour ce faire, qui vont d'une sur-imposition décidée (par les Israéliens) sur des bases irréalistes en période de difficultés économiques, à l'obéissance au mot d'ordre de boycottage de l'impôt décrété par la direction unifiée " (du soulèvement).
Il ajoute : " Les Israéliens veulent faire un exemple. " Et si Beit-Sahour parait avoir été choisie, ce n'est sans doute pas par hasard. Cette bourgade de grosses maisons plantées à flanc de colline possède une forte personnalité - militante et bourgeoise. Beit-Sahour - onze mille habitants, en majorité des chrétiens, - est plutôt aisée, dynamique ; elle abrite nombre de petites entreprises et dit compter " soixante-douze ingénieurs, plusieurs dizaines de diplômés d'université et des bacheliers par centaines ". Mais Beit-Sahour est tout aussi nationaliste et compte également nombre de sympathisants du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP de Mr George Habache, un des groupes radicaux de l'OLP). A Beit-Sahour, on peut rencontrer un chef d'entreprise arborant fièrement un porte-clés de voiture à l'effigie de Lénine - ce qui, même en période de perestroika, ne doit pas être si fréquent - et, il n'y a pas si longtemps encore, un vieux curé y prêchait volontiers la révolution contre l'occupant.
" Nous sommes une ville forte, ils veulent nous donner une leçon, de peur que d'autres localités suivent notre exemple ", dit le maire de Beit-Sahour, Mr Hannah al Atrache. Et d'affirmer que les perquisitions ont, ces derniers jours, été accompagnées d'autres sanctions : couvre-feu total puis partiel, coupures du téléphone, entrées de la ville bloquées par l'armée à l'aide de blocs de pierres, cartes d'identité et voitures confisquées, emprisonnement de certains hommes d'affaires, brutalités lors des saisies à domicile.
Une organisation palestinienne de défense des droits de l'homme, el Haq, cite le cas d'un jeune homme arrêté pour forcer son père à payer ses impôts, celui de deux femmes malmenées par la troupe, de portes enfoncées, de biens confisqués à des tiers lorsque les soldats ne trouvaient pas telle ou telle personne mentionnée sur leur liste. A Beit-Sahour, les raids du fisc et de l'armée ont des allures de punition collective.
Les autorités font valoir que les conventions de Genève régissant les situations d'occupation leur accordent le droit de lever l'impôt et assurent que la totalité des sommes collectées retournent, sous forme de services, dans les territoires. Les Palestiniens répondent qu'aucun budget distinct n'a jamais été publié dans la loi de finances et qu'il est impossible de connaitre la répartition du revenu de l'impôt. Ils citent l'exemple de ces routes flambant neuves qui, évitant soigneusement certains villages arabes de Cisjordanie, ne servent qu'à desservir des implantations israéliennes ne comptant, parfois, qu'une vingtaine de familles de colons. Quels ont été les contribuables ? Palestiniens ou Israéliens ?
Jeudi 28 septembre, une des personnalités nationalistes les plus écoutées de Cisjordanie, Mr Fayçal Husseini, accusait les autorités de " perdre la tête à Beit-Sahour " et affirmait que la ville " ne se laisserait pas écraser sans résistance ". Mr Husseini annonçait encore que les Palestiniens des territoires, " sans avoir recours aux armes ", allaient " intensifier le soulèvement ".
Vingt-deux tonnes de cocaine découvertes dans un entrepôt de la banlieue de Los Angeles : c'est la plus grosse saisie de l'histoire de la lutte contre la drogue, un saisie proprement monstrueuse. La marchandise confisquée aurait permis de fabriquer plus d'un milliard de doses de crack, et représente, au prix de vente dans la rue, entre 7 et 10 milliards de dollars : c'est l'équivalent du budget total annuel de la guerre que le président Bush a déclaré à la drogue, il y a trois semaines.
Loin de saluer cette prise extraordinaire par des cris de victoire, le chef de la police de Los Angeles a immédiatement lancé un appel pressant à Washington pour que l'Etat fédéral renforce les effectifs de la DEA (Drug Enforcement Agency) dans la mégalopole californienne. Détrônant Miami, Los Angeles est en effet devenue la capitale des importations de cocaine en provenance d'Amérique latine. Il est vraisemblable que la drogue a été amenée par camion, à travers le Mexique, lieu de passage désormais le plus utilisé.
La désorganisation et la panique provoquées par l'offensive en règle déclenchée récemment par les autorités colombiennes contre les cartels de Medellin et de Cali pourraient expliquer qu'une telle quantité de drogue ait été stockée dans un seul entrepôt. La saisie ne représente malgré tout qu'un peu moins d'un mois de consommation de cocaine aux Etats-Unis.
Ce coup d'éclat a l'avantage d'être authentique, contrairement à un autre coup, monté à la demande de la Maison Blanche, pour donner du relief au discours présidentiel. A l'époque, Mr Bush avait en effet montré à l'écran un sachet de crack qui, affirmait-il, avait été saisi deux jours plus tôt sur un traficant opérant dans un jardin public situé en face de la Maison Blanche.
En fait, un agent de la DEA avait convaincu un dealer de venir lui remettre la marchandise dans le jardin public en question. L'enregistrement de la conversation téléphonique entre l'agent et le dealer, tel qu'il a été publié par Newsweek, est éloquent : " Mais c'est où ce bordel de Maison Blanche ? Ah ! oui, vous voulez dire là où habite Reagan ? " Mr Bush a encore beaucoup à faire pour être respecté des dealers, à commencer par leur apprendre que le président, c'est lui, depuis déjà neuf mois.
Quelque soixante - sur soixante-treize - députés libanais sont arrivés, vendredi 29 septembre dans la soirée, à Taef, en Arabie saoudite, où ils doivent siéger afin de discuter des réformes politiques susceptibles de ramener la paix au Liban. La première réunion de cette session du Parlement libanais - élu en 1972 et dont le mandat est régulièrement prorogé depuis, la guerre empêchant toute élection - devait avoir lieu samedi sous l'égide du comité tripartite arabe (Algérie, Maroc, Arabie saoudite) qui a pris l'initiative de cette convocation pour débattre d'un "document d'entente nationale".
Jamais, depuis plus d'un an, les élus libanais ne s'étaient réunis en aussi grand nombre, leurs divisions ayant entrainé une paralysie totale du Parlement à partir d'août 1988 et l'échec de toute tentative pour élire un président de la République. Le projet arabe de réformes politiques - contesté par le général Michel Aoun, chef du gouvernement militaire chrétien - prévoit, entre autres, un amendement de la Constitution en vue d'un rééquilibrage du pouvoir politique en faveur de la communauté musulmane et évoque un simple redéploiement, à terme, des forces syriennes au Liban, mais non leur retrait.
Certains parlementaires ont emprunté, pour rejoindre Taef, l'aéroport de Beyrouth, sous contrôle syrien, tandis que d'autres ont été acheminés jusqu'à Chypre par des hélicoptères militaires avant de prendre l'avion et que d'autres, enfin, ont gagné l'Arabie saoudite à partir de capitales européennes. Une quinzaine de députés ont fait savoir qu'ils n'assisteraient pas à la session de Taef, notamment pour des raisons de santé (la moyenne d'âge des parlementaires est de soixante-cinq ans) ou, comme Mr Raymond Eddé, en exil à Paris, pour des motifs politiques. - (AFP, Reuter).
La perpétuation de la situation de ni paix ni guerre entre l'Iran et l'Irak pourrait conduire à de nouvelles tensions dans la région mais ne devrait pas déboucher sur une reprise des hostilités ouvertes : telle parait être l'analyse des dirigeants iraniens. Ali Akbar Hachémi Rafsandjani a ainsi exclu, vendredi 28 septembre, " toute reprise des hostilités " entre les deux pays, soulignant que " le monde se prépare à entrer dans une phase de détente, à la lumière du rapprochement entre les deux Super-Grands ".
De son côté, le ministre iranien des affaires étrangères, Mr Ali Akbar Velayati, intervenant vendredi devant l'Assemblée générale de l'ONU, a rejeté sur l'Irak la responsabilité de l'impasse dans les pourparlers de paix et a estimé que cet état de chose pourrait conduire à une augmentation de la tension. Il a assuré que son pays était prêt à libérer tous les prisonniers de guerre qu'il détient - environ soixante-dix mille, tandis que l'Irak en retient quelque trente-cinq mille, - selon le plan proposé par l'ONU. Il a enfin appelé la communauté internationale à faire pression sur les Irakiens pour qu'ils se retirent des quelques poches qu'ils occupent encore en territoire iranien.
Par ailleurs, Mr Velayati a souligné lors d'une conférence de presse que l'aide que l'Iran était susceptible d'apporter à la libération des otages occidentaux au Liban était fondée sur le principe de réciprocité et a demandé, en conséquence, le déblocage des avoirs iraniens gelés aux Etats-Unis depuis 1979.
L'OLP a annoncé, vendredi 29 septembre, qu'elle acceptait la proposition soviétique de pourparlers de paix entre une délégation palestinienne et une délégation israélienne en Union soviétique, rapporte l'agence officielle palestinienne Wafa. " Nous sommes d'accord avec cette proposition et nous invitons le gouvernement d'Israël à y répondre favorablement et à aller à ce dialogue sans condition préalable ", a déclaré Mr Mahmoud Abbas (Abou Mazen), membre du comité exécutif de l'OLP, cité par Wafa.
Le ministre soviétique des affaires étrangères, Mr Edouard Chevardnadze, avait fait cette proposition de dialogue jeudi à New-York, à l'issue d'une rencontre avec son homologue israélien, Mr Moshe Arens. - (Reuter).
- Le 34e tir de la fusée Ariane, prévu pour la nuit du 5 au 6 octobre, est reporté de quatre semaines, a annoncé vendredi 29 septembre la société Arianespace. Cette décision a été prise après la découverte d'un défaut de fonctionnement sur des relais électromagnétiques de la " centrale d'ordre ", qui transmet aux différents éléments de la fusée les indications de l'ordinateur de bord. Ariane devait mettre sur orbite Intelsat-VI, le plus gros satellite civil de télécommunications jamais construit.
Ce report va bouleverser le calendrier de vol, et Arianespace ne pourra probablement pas effecteur les neuf tirs prévus cette année.
- Le satellite " biologique " soviétique Cosmos-2044 est revenu sur Terre vendredi 29 septembre avec à son bord deux singes, des rats, des poissons et des insectes qui ont passé deux semaines en orbite. Une vingtaine de pays, dont la France, ont collaboré à cette expérience scientifique qui avait pour but d'étudier l'impact de l'apesanteur et des rayons cosmiques sur les organismes vivants.
- Selon les observations menées par un satellite de la NASA, la couche d'ozone située au-dessus de l'Antarctique a diminué de 30 % pendant le mois de septembre, soit autant qu'en 1987, considérée comme une année record. En 1988, en effet, la couche d'ozone, qui protège la Terre contre les rayonnements ultraviolets du soleil, avait diminué de 15%.
Mme Simone Veil, député européen, et Mr Pierre Joxe, ministre de l'intérieur, ont assisté, samedi 30 septembre à Gurs (Pyrénées-Atlantiques), à un rassemblement organisé par la Cimade (service Ócuménique d'entraide), à l'occasion de son cinquantième anniversaire. Gurs a été l'un des premiers camps d'internement du régime de Vichy et c'est là qu'est née, à l'initiative de mouvements de jeunes protestants, la Cimade (Comité intermouvements auprès des évacués).
Grâce à des personnalités protestantes comme Madeleine Barot et le pasteur Marc Boegner, la Cimade n'a pas cessé de se développer depuis la guerre, jusqu'à devenir l'une des principales organisations d'aide humanitaire et de développement. Elle a traité, en 1987, sept mille deux cents demandes d'asile et hébergé cent vingt réfugiés dans son centre de Massy. Plus de trois mille immigrés, en instance de reconduction à la frontière, ont été visités dans les centres de rétention administrative.
Présidée par le pasteur Jacques Maury, la Cimade compte soixante-dix salariés. Du 15 au 18 novembre à Paris, elle organise deux colloques sur les thèmes conjoints des migrations, du respect des droits de l'homme et de la démocratie. Ces rencontres seront présidées par Mr Michel Rocard.
APRES les déchirures vichyssoises de l'UDF, après les controverses fraternelles des socialistes, le RPR, en réunissant ses parlementaires à Arcachon, pouvait sans peine accentuer le contraste et se donner une image de " sérénité ". Le mot, employé à plusieurs reprises par Mr Chirac, visait non seulement à souligner son nouveau comportement personnel, mais aussi l'image de " force tranquille " d'opposition qu'il veut donner à son mouvement.
Au total, cette journée de vendredi a montré que si le RPR a surmonté les remous qui auraient pu lui être fatals, il a maintenu sa cohésion en accentuant, et même en officialisant, sa diversité. Mr Chirac a reconnu comme une nécessité la " volonté de rénovation " exprimée par un quarteron de jeunes députés en rébellion. En échange, ceux-ci ont réintégré le giron d'un mouvement avec lequel, d'ailleurs, ils avaient bien du mal à rompre ouvertement.
Etant de nouveau reconnu comme le chef incontesté du RPR et, par la majorité de ses membres comme le seul présidentiable, Mr Chirac a aussi voulu se placer en dehors des querelles et au-dessus des partis pour appeler à une " stratégie d'union de l'opposition ", sans se mêler directement des modalités de réalisation de celle-ci pourvu qu'elle se traduise par un " pacte d'action commune ". De même, son opposition à la politique du gouvernement s'applique aux grandes options, mais ne saurait pourtant être systématique.
Si le positionnement de Mr Chirac est désormais bien fixé, le projet qu'il compte proposer aux Français est encore imprécis. Certes, les " valeurs " qu'il énonce illustrent les traditionnels principes gaullistes, notamment la participation et la dignité de l'homme, mais leur énoncé est un peu court et leur mise en Óuvre totalement ignorée.
Cela a donc laissé toute latitude à Mr Noir d'apparaitre comme le principal porte-parole de la rénovation en avançant des propositions nouvelles, notamment un " nouveau pacte social ". Cela a permis aussi aux représentants de Mr Carignon de proposer trois " chantiers " prioritaires. Face à ce projet, le silence de Mr Chirac peut être interprété comme le désir de laisser s'engager le débat sans précipitation entre les membres du RPR, bien que plusieurs aient regretté, d'ores et déjà, de ne pas recevoir des orientations plus précises. Mr Chirac veut aussi laisser se découvrir ses propres alliés, de façon à ne pas avoir l'air d'imposer ses propres objectif détaillés.
Si tous les parlementaires RPR ont souligné leur référence au gaullisme et leur allégeance à Mr Chirac, si beaucoup attendent que l'union de l'opposition soit également acceptée par l'UDF et l'UDC sans restrictions, en revanche seul Mr Noir a agité la menace de la constitution, dans les régions, d'une formation unique de l'opposition, si les directions nationales des partis ne le faisaient pas elles-mêmes, au niveau central.
Le maire de Lyon a ainsi repris l'idée lancée avant l'été par Mr Charles Millon, président du conseil régional Rhône-Alpes. Mr Noir a-t-il brandi un sabre de bois, s'est-il autoproclamé chef unique de la rénovation, ou parlait-il au nom d'un courant en formation ? Ces questions, ses auditeurs se les posaient. Mais, au total, cette première journée a montré que le RPR ne craignait plus que sa diversité affichée compromette sa cohésion retrouvée.
La nouvelle de la mort en exil de Ferdinand Marcos a été accueillie dans le calme à Manille, voire avec soulagement. Les Philippins avaient eu le temps de s'habituer à cette éventualité ; depuis le mois d'octobre dernier, la presse locale annonçait périodiquement la mort prochaine de Marcos et faisait grand tapage sur ses nombreuses entrées et sorties d'hôpital. Maintenant, dit-on dans les rues de Manille, avec un peu de chance, l'affaire Marcos sera définitivement close.
Mais l'héritage laissé par cet homme " plus grand que nature " laisse les Philippins perplexes. Le paradoxe est parfaitement illustré par le fait que les drapeaux philippins ont été mis en berne pour trois jours en l'honneur de quelqu'un qui demeure interdit de séjour même sur son sol natal.
L'héritage Marcos est en effet plein d'ambiguités. A Manille, personne n'ignore l'important " pillage du patrimoine national " dont il est accusé. On n'oublie pas non plus le luxe de sa femme Imelda, qui choquait dans ce pays où plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. On garde encore en mémoire les rigueurs " antidémocratiques " de neuf années de loi martiale (1972-1981).
Mais, il faut l'admettre, les impressions se font déjà plus floues, car la démocratie de Mme Aquino, après une série apparemment sans fin d'affaires de mÓurs, de corruption... n'a pas convaincu la majorité des Philippins (1). Et puis on se dit que Marcos a été, malgré tout le mal qu'il a pu faire, président de la République pendant près de vingt années. Et un président de la République, quel qu'il soit, a droit ici au respect.
Ainsi, les nombreuses rues, théâtres, écoles... arborant le nom de Marcos n'ont pas été débaptisés. Dans les quartiers populaires, les T-shirts " Marcos na parin " (Marcos toujours) restent plus visibles que les T-shirts jaunes de Cory Aquino.
Certes, pour la présidente, le nom même de Marcos, soupçonné d'avoir ordonné l'assassinat de son mari, reste honni. Mais le Philippin moyen a tendance à pardonner ses excès et à ne voir en Marcos que l'homme qui a situé les Philippins sur la carte du monde comme nul autre avant lui. En grattant un peu, on s'aperçoit aussi que ces mêmes Philippins conservent une certaine admiration pour l'homme. Le problème, si problème il y a, c'est la dépouille mortelle de l'ancien président. Si Marcos vivant a cessé de troubler le régime, sa dépouille pourrait susciter d'autres inquiétudes.
Le nouveau pouvoir chinois a jeté le masque. A la question qui compte plus que tout pour l'avenir du pays le plus peuplé du monde, le secrétaire général du Parti communiste, Mr Jiang Zemin, a répondu : non, la Chine ne veut pas évoluer vers une économie de marché.
C'est la conclusion qu'on retiendra, derrière les promesses de poursuite de la politique de réformes de Mr Deng Xiaoping, dans le discours-programme prononcé par le nouveau chef en titre du parti vendredi 29 septembre à l'occasion de la fête nationale (le Monde du 30 septembre). Mr Jiang a réinterprété à la manière des plus fermes partisans d'une économie planifiée et centralisée, les intentions réformistes énoncées naguère par son prédécesseur, Mr Zhao Ziyang. Au lieu de vouloir, comme ce dernier, diluer l'économie nationalisée dans un marché en expansion, il a clairement indiqué que le secteur privé est " encouragé à se développer vigoureusement dans les limites spécifiées par l'Etat ", mais, en même temps, doit être " géré et guidé de manière renforcée par des moyens économiques, administratifs et légaux ". Contrairement à Mr Zhao, qui avait, il y a deux ans, identifié explicitement les défauts de l'économie centralisée à la soviétique, MrJiang ne les a mentionnés qu'en passant pour répéter à l'envi que leur élimination permettra de démontrer " la supériorité du socialisme ".
Il n'a pas non plus caché le caractère politique de ce choix : " Une poignée de personnes ont tenté de créer en Chine une soi-disant classe moyenne destinée à servir de force subversive contre le système socialiste. " La " lutte des classes " se poursuit donc, avec d'autant plus de vigueur que " la tendance à l'extrême démocratisation et à l'anarchisme dispose d'une large base sociale en Chine ".
Dans les faits, la réforme est bel et bien enterrée : ce qu'on en retiendra n'est destiné qu'à donner le change de manière à continuer d'attirer les investissements étrangers, étant entendu que ceux-ci n'ont pour fonction que de venir au secours du secteur public. Aller plus loin équivaudrait à brader la souveraineté de la Chine et soumettre son peuple au " double esclavage des capitalistes étrangers et de (ses) propres classes exploiteuses ". Auquel cas, a ajouté Mr Jiang, dressant un noir tableau de cet hypothétique avenir, la Chine " ne constituerait plus qu'une dépendance du système capitaliste occidental ". En regard de ces avertissements, son timide appel à l'introduction en Chine de " nouvelles idées " ne pèse d'aucun poids.
Le président Mitterrand a dénoncé " la véritable négation des droits de l'homme " que constitue l'apartheid en commentant, vendredi 29 septembre à Versailles, l'exécution du militant noir Mangena Jeffrey Boesman, pendu le matin même à Pretoria. Le chef de l'Etat, qui s'exprimait devant des parlementaires de la CEE et des pays d'Afrique, des Caraibes et du Pacifique (ACP), a évoqué les " images tragiques " venues d'Afrique du Sud, déplorant " l'exécution d'une personne pour laquelle les plus hautes instances internationales avaient demandé clémence, grâce et compréhension ".
Cette pendaison, à laquelle s'est ajoutée celle d'un Métis (le Monde du 30 septembre), porte à 39 le nombre des exécutions depuis le début de l'année, alors que 291 personnes se trouvent encore dans le quartier des condamnés à mort de la prison de Pretoria. Les 39 personnes exécutées en 1989 étaient 29 Noirs, 8 Métis et 2 Blancs.
D'autre part, le secrétaire général du Front démocratique uni (UDF), l'avocat Mohammed Valli Moosa, a été libéré, vendredi, à Johannesburg, au terme de quarante-deux jours de détention et aussitôt soumis à de sévères restrictions. Il avait joué un rôle essentiel dans la préparation de la " campagne de défiance " du MDM (alliance d'organisation anti-apartheid) dirigée contre les élections générales du 6 septembre dont était exclue la majorité noire.
Les enseignants ont décidé de reprendre les cours samedi 30 septembre. Leur mouvement de grève avait été déclenché il y a une semaine à l'appel d'un Comité national pour l'application du rapport final sur la réforme du système éducatif, inconnu jusque-là. La presse, unanime, s'était élevée contre cette action laissant entendre, sans toutefois les nommer précisément, que les mouvements intégristes et baasistes en étaient les instigateurs.
Plusieurs partis politiques, dont le Front de libération nationale (FLN) avaient désapprouvé cette grève. Le Parti d'avant-garde socialiste (PAGS, communiste) s'interrogeait sur la signification et les objectifs de ce comité, suggérant même que " certains milieux (cherchaient) à créer un climat de provocation, de diversion, de division et d'aggravation de la tension " au moment où l'Algérie a besoin de " mobilisation et d'unité pour faire face à la crise " . Seul le Front islamique du salut (FIS, intégriste) avait jugé la grève des enseignants " légitime ", car l'action du comité devrait permettre de " garantir la justice sociale, la qualité de l'éducation, l'authenticité culturelle et consolider les valeurs islamiques " .
L'agence officielle Algérie Presse Service (APS), reprise par l'ensemble des médias, a levé le voile sur le fameux Rapport final sur la réforme du système éducatif, adopté le 11 juin lors d'une conférence organisée à Ben-Aknoun, dans la banlieue algéroise. Ce document constate, selon l'APS, que " l'aboutissement aux mauvais résultats scolaires est dû au bilinguisme, à la mixité et à l'absentéisme " (des femmes, pour lesquelles on demande la retraite proportionnelle). Il prône " la substitution de l'éducation politique par l'éducation nationale dont la définition est strictement islamiste " et qui ne doit être confiée à l'avenir qu'à " des enseignants chargés des sciences islamiques " .
Le même document exige " la suppression de la musique, de la danse ", jugées " offensantes pour les valeurs arabo-islamiques ", qui doivent être remplacées par " des activités consacrées aux affaires domestiques ". Le rapport estime qu'" une seule langue suffit dans le système éducatif ", que " l'anglais doit être substitué au français " et " enseigné de manière facultative à partir de la septième année fondamentale (1) ".
En annonçant sa décision de lever l'ordre de grève - partiellement suivi sur l'ensemble du territoire algérien, - le Comité national pour l'application du rapport final sur la réforme du système éducatif a cependant exprimé dans un communiqué sa détermination à faire appliquer le texte du 11 juin. Les responsables de ce comité, parmi lesquels des " barbus " (2), selon le quotidien El Moudjahid, ont d'ores et déjà réussi à mobiliser contre leur action la majorité des parents d'élèves et l'opinion publique, habituellement plus réceptifs aux revendications socioprofessionnelles.
Un policier a été tué vendredi 29 septembre en fin d'après-midi à Irun, non loin de la frontière française. Un engin placé à l'intérieur de sa voiture a explosé alors qu'il démarrait dans sa caserne. L'explosion aurait été déclenchée à distance.
Au même moment, les élus du parti indépendantiste basque Herri Batasuna, l'expression politique de l'ETA, occupaient cent quarante mairies des trois provinces basques et de Navarre pour dénoncer la dispersion à travers toute l'Espagne des détenus membres de l'organisation terroriste. Sept cents députés et élus locaux ont pris part au mouvement.
Décidée après la rupture, au début de l'année, des pourparlers menés en Algérie avec l'ETA, la dispersion des détenus basques vise notamment à réduire l'influence de leur " collectif ", qui a souvent joué un rôle important dans les décisions prises par l'organisation.
Mauvaise nouvelle pour les téléphonistes et les informaticiens européens : le numéro un mondial des télécoms, l'américain ATT, débarque sur le marché des services avancés de télécommunications en rachetant Istel, une entreprise installée en Grande-Bretagne, le pays le plus libéral en matière de télécommunications sur le Vieux Continent. Le tout dans la perspective de 1993.
Il est courant de dire, ces dernières semaines, qu'IBM a changé : après avoir dicté sa loi à ses clients pendant des années, le géant de l'informatique s'est brusquement mis à leur écoute. Champion du matériel, il multiplie depuis les rachats d'entreprises de logiciels. Mardi 26 septembre, il s'entendait avec Texas Instruments sur l'usine du futur. Opérant un virage à 90 degrés, on l'a vu cet été proposer à Kodak un contrat de "facilities management", lui permettant de prendre en charge toute la gestion informatique de ce groupe, et quelques dizaines d'informaticiens du photographe...
Mais "Big Blue" n'est pas le seul à évoluer : un autre géant de la haute technologie américaine, pas à pas, change également de visage, peut-être encore plus discrètement. Le début de la révolution copernicienne d'American Telephone and Telegraph date, évidemment, de 1984, année de son démantèlement, synonyme pour elle d'ouverture sur le monde et à la concurrence. Gravement déstabilisé par cet événement, ATT a accumulé dans un premier temps les échecs : dans l'informatique, d'abord, dans ses tentatives pour pénétrer sur les télécommunications publiques européennes, ensuite. Mais l'arrivée d'un nouveau président, plus jeune que le précédent, Mr Robert Allen, marqua le début de l'inflexion de la politique d'ATT en Europe.
Aujourd'hui, le groupe commence à recueillir les fruits de sa nouvelle diplomatie : au nez et à la barbe des autres européens, il a pris pied en Italie dans les télécommunications, au printemps, clarifiant peu après ses relations avec l'informaticien de la péninsule, Olivetti. Autorisé il y a quelques semaines à se lancer dans les services sophistiqués de communication, ATT a jeté son dévolu sur une ancienne filiale de Rover, le britannique Istel. L'établissement de cette tête de pont est particulièrement important, car elle intervient à un moment où les Européens croisent le fer à Bruxelles sur le degré de libéralisation à introduire sur ces mêmes services de télécommunication avancés (la Grande-Bretagne étant la plus libérale en la matière). Istel est l'un des plus grands fournisseurs de ces services, mais il est aussi présent dans l'automatisation des usines... ATT et IBM ne seraient-ils pas au passage en train de devenir concurrents sur l'usine du futur ?
Les premières fiches de paie sont là. Et elles sont bien maigres : 700 francs pour certains, 1 000 francs pour d'autres. Les salaires des grévistes des usines Peugeot, qui ont été envoyés jeudi 28 septembre par la direction, sont amputés de 3 000 francs à 4 500 francs.
Depuis le début du conflit, les syndicats ont multiplié les démarches afin de permettre aux grévistes de tenir. Des accords ont été négociés avec certains organismes de crédit, pour faciliter le report des traites ; et les loyers ont parfois pu être étalés. Mais l'essentiel demeure la " caisse ", un fonds de solidarité alimenté par les collectes réalisées à Mulhouse, à Sochaux ou au-delà.
Sochaux a pu réunir 700 000 francs, et le compte de " soutien aux grévistes de Peugeot ", ouvert la semaine dernière dans une banque de Wittenheim par les syndicats de Mulhouse, a reçu 390 000 francs, sans compter les aides directes de certaines mairies.
Les bureaux d'aide sociale (BAS) apporteront aussi des secours aux familles des grévistes : à Mulhouse comme à Colmar ou dans certaines villes voisines de Sochaux, les BAS s'apprêtent à intervenir en faveur de leurs administrés en difficulté pour cause de grève. Les syndicats ont demandé aux grévistes de Mulhouse et de Colmar un relevé d'identité bancaire, afin de le transmettre aux services sociaux.
Dès l'après-midi, les syndicats ont commencé à dresser des listes afin d'organiser, la semaine prochaine, des " paies de grévistes ", qui seront distribuées " en fonction des besoins ". " Certains ont fait grève sept jours, d'autres trois semaines, souligne Christophe Dominguez, un responsable de la CFDT de Peugeot Mulhouse. Nous nous baserons sans doute sur un forfait journalier pour distribuer ces aides. " Les enveloppes ne seront pas bien garnies.
Les dépenses d'assurance-maladie se sont stabilisées en août. Sur douze mois, leur taux de progression était de 8,1 % fin août (4,7 % en volume) contre 8,2 % en juillet et 7,7 % en juin, selon les statistiques de la Caisse nationale d'assurance-maladie des travailleurs salariés (CNAMTS). La hausse des honoraires privés tend à se ralentir (+ 6,5 % contre + 7,3 % en juillet) de même que les prescriptions (+ 14,8 % contre + 15,3 %) mais les dépenses d'hospitalisation s'accélèrent très légèrement (+ 6,2 % contre + 6,1 %). Depuis le début de l'année 1989, les dépenses d'assurance-maladie atteignent 200,351 milliards de francs.
L'excédent de la balance japonaise des paiements courants s'est élevé à 3,41 milliards de dollars (22,1 milliards de francs environ) en données brutes en août, soit une baisse de 31,3 % par rapport au même mois de 1988. Sur les huit premiers mois, le Japon a dégagé un solde positif de 38 milliards de dollars (données brutes) sur ses transactions courantes (marchandises, services, transferts unilatéraux), en repli de 20 % par rapport aux 48,5 milliards de dollars enregistrés durant la même période de l'année précédente.
En août, l'excédent commercial japonais s'est réduit à 4,8 milliards de dollars - soit une baisse de 22,5 % sur un an - sous la poussée des importations, notamment du gonflement de la facture pétrolière.
Le syndicat CGT des impôts ayant révélé que le roi Hussein de Jordanie a été exonéré de divers impôts et taxes, dont l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), le cabinet du ministre délégué au budget a précisé vendredi 29 septembre que l'exonération fiscale des chefs d'Etat et souverains régnants est une pratique habituelle connue sous le nom de " haute courtoisie internationale ".
Ces exonérations sont valables pour une résidence, mais ne s'appliquent pas aux taxes foncières. En revanche, des impôts comme l'ISF ou la taxe d'habitation ne sont pas exigibles, explique-t-on dans l'entourage de Mr Michel Charasse, tout en déplorant cette " fuite regrettable qui peut créer des complications diplomatiques ".
La fédération des finances de la CGT avait publié la copie d'une lettre en date du 3 janvier 1989, signée personnellement par Mr Charasse, qui exonérait le roi de Jordanie de l'ISF et de la taxe d'habitation pour un bien immobilier situé à Nice. Le roi, qui possède ce bien par l'intermédiaire d'une société domiciliée dans le Liechtenstein, dont il est actionnaire, est également exonéré rétroactivement d'une taxe patrimoniale de 3 %, ainsi que de l'impôt sur les sociétés et des droits de mutation ultérieurs.
- Le ministre britannique de l'énergie a annoncé vendredi 29 septembre que le démembrement et la dénationalisation des compagnies d'électricité sera repoussée de six mois. L'opération, la plus importante et la plus complexe engagée au Royaume Uni, débutera par la création de compagnies indépendantes, en mars 1990. La vente au public du capital des compagnies de distribution n'aura pas lieu avant l'automne 1990 (au lieu du printemps), celle des grosses compagnies de production au cours du premier semestre 1991.
- Les "dix" de Renault ne pourront plus pénétrer dans l'enceinte de l'usine de Billancourt. En revanche, aucune astreinte n'est fixée pour le cas où ils passeraient outre. Ce jugement, rendu vendredi 29 septembre par le tribunal des référés de Nanterre (Hauts-de-Seine) renvoie dos à dos la régie Renault, qui n'a pas obtenu le droit d'expulser ses militants cégétistes, et la CGT, qui ne pourra pas les faire pénéter dans l'usine, à moins de se mettre dans l'illégalité. Licenciés en 1986, puis réintégrés sur une décision de justice, infirmée par la cour d'appel de Versailles, les "dix" en sauront davantage sur leur sort dans quelques semaines, lorsque la Cour de cassation se penchera sur le pourvoi déposé par les avocats de la CGT.
- Le consortium Hoylake et Kerry Packer des hommes d'affaires Sir James Goldsmith, Jacob Rothschild, qui ont lancé le 11 juillet dernier une OPA inamicale de 13,4 milliards de livres (135 milliards de francs) sur le conglomérat britannique BAT, ne contrôlait que 2,3 % du capital de sa cible vendredi 29 septembre à la troisième et dernière date de clôture de son offre.
Le Takeover Panel, organisme de la City chargé de vérifier la régularité des prises de contrôle, a confirmé en appel le même jour sa décision de permettre à Hoylake de revenir avec une nouvelle offre d'ici un an s'il reçoit l'aval des autorités américaines, au lieu d'attendre le délai normal d'une année après la tentative d'une première OPA. Le faible niveau de titres apporté à Hoylake vient de la contre-attaque lancée par BAT en début de semaine. Pour échapper à ses assaillants le conglomérat britannique va entièrement se restructurer (le Monde du 28 septembre).
La situation était calme samedi 30 septembre au matin aux usines Peugeot de Mulhouse et de Sochaux, où les grévistes ont reconduit leur mouvement pour lundi. A la forge de Mulhouse, qui devait rester occupée pendant tout le week-end, la nuit de vendredi à samedi s'est déroulée sans incidents.
Vendredi, les syndicats annonçaient plus de vingt mille grévistes à Mulhouse, et autant à Sochaux (trois à quatre fois moins selon les directions). Le même jour 650 voitures auraient été produites à Mulhouse (contre 1300 en période normale) et un peu plus de 900 à Sochaux (contre 1820). Selon des estimations officieuses, la perte totale de voitures depuis le début du conflit serait de 35000 à 40000.
Tandis que la direction faisait état à Mulhouse de l'engagement de 125 procédures de licenciement (dont 28 concernant des salariés protégés), 150 salariés de la succursale Peugeot du pays de Montbéliard reprenaient le travail après quinze jours de grève, se définissant comme "au-delà de la désespérance". A l'appel de la CGT, plusieurs centaines de personnes ont manifesté le 29 septembre devant le siège de Peugeot à Paris. Des cadres des sites de Mulhouse, Sochaux, Poissy et du siège ont adressé à Mr Calvet une lettre où ils lui expriment leur "entier soutien". Au même moment, Mr Obadia, secrétaire général des cadres CGT estimait que la direction de PSA et Mr Calvet "n'arrivent pas à dresser l'encadrement contre la lutte".
Au tribunal de grande instance de Paris, Mr Jean-Marie Desjardins, juge des référés, aura tout essayé le 29 septembre pour obtenir des négociations entre directions et syndicats. La fédération de la métallurgie CFDT (soutenue par la CFE-CGC) avait présenté une demande de désignation d'un mandataire de justice fondée sur le " refus de négocier " de Peugeot. Malgré l'absence de fondements juridiques de cette demande, Mr Desjardins a tenté d'obtenir que Peugeot accepte la désignation d'un conciliateur. L'avocat de la société a refusé. Mr Desjardins devait rendre son ordonnance lundi.
Mr Lajoinie, président du groupe communiste à l'Assemblée nationale, a annoncé vendredi aux grévistes de Sochaux qu'il déposerait lundi, à l'ouverture de la session parlementaire, une proposition de loi pour porter le SMIC à 6 500 F par mois. Dans un entretien à l'Alsace du 30 septembre, Mr Kaspar, secrétaire général de la CFDT, invite Mr Calvet à choisir " la voie de l'intelligence et de la raison ", en mettant en garde contre une " libanisation sociale de Peugeot ". Dans le Figaro Magazine du même jour, Mr Calvet fait son mea culpa : " J'ai essayé d'expliquer les choses, je ne l'ai visiblement pas bien et pas suffisamment fait. Il faudra en tirer les conséquences pour l'avenir. " Enfin, Mr Chevènement a mis en cause Peugeot, qui " ne peut aller à la fois, contre l'opinion publique et contre le gouvernement de la France ".
- La direction de Sorepark, qui gère le parc de loisirs Big Bang Schtroumpf d'Hagondange (Moselle), a annoncé jeudi 28 septembre, au cours d'un comité d'entreprise extraordinaire, la suppression de plus de 300 emplois (sur 654) au cours de la saison 1990, afin de ramener à un million de visiteurs le point d'équilibre du parc. Mais, selon la direction, il s'agit essentiellement d'emplois temporaires, et une partie des emplois à temps partiel vont être transformés en temps plein (le Monde du 29 septembre).
L'indice composite américain, qui regroupe les principaux indicateurs de l'économie, est censé préfigurer la conjoncture à court terme, a augmenté de 0,3 % en août, a indiqué le département du commerce, vendredi 29 septembre. Cette augmentation fait suite à une hausse de 0,1 % en juillet, et à deux baisses consécutives, de 1,3 % en mai et de 0,1 % en juin. Au cours des huit premiers mois de l'année, cet indice a connu une croissance vigoureuse de 3,8 %, inférieure cependant à celle de 4,5 % enregistrée au cours de la même période de 1988.
- Anheuser Busch, premier brasseur américain, va tripler ses bénéfices dans les parcs de loisirs " à thème " par l'acquisition pour 1,1 milliard de dollars (7 milliards de francs) des six parcs détenus par l'éditeur Harcourt Brace Jovanovich. Il s'agit notamment des quatre parcs aquatiques Sea World en Floride, au Texas, en Californie et à Cleveland (Ohio), et de deux autres parcs de loisirs en Floride. Harcourt Brace se trouve en difficulté depuis 1967 : cette année-là, il avait dû s'endetter de 2,9 milliards de dollars, notamment en prenant 1,6 milliard d'" obligations de pacotille " pour parvenir à repousser la tentative de prise de contrôle par le " tycoon " de la presse Robert Maxwell.
Mr Virgilio Barco a su trouver les mots, vendredi 29 septembre à l'ONU, pour faire comprendre que la lutte contre les narcotrafiquants n'est pas seulement l'affaire de la Colombie mais aussi celle des pays de transit et des pays de consommation, celle des pourvoyeurs d'armes de la mafia de la drogue, celle des pays où l'argent sale va se refaire une vertu, celle de la communauté internationale tout entière.
Ceux qui, à deux pas de lui, alors même qu'il parlait, "confortablement installés dans la tranquillité d'un salon sophistiqué de cet élégant quartier de New-York", étaient en train de prendre de la cocaine, "contribuent à l'assassinat" du peuple colombien, a-t-il dit. "La seule loi que respectent les narco-terroristes est celle de l'offre et de la demande." C'est sur cette demande que la communauté internationale doit en premier lieu agir, selon le président colombien. Il a remercié Mme Thatcher d'insister sur cet aspect de la lutte contre les stupéfiants et d'organiser à Londres en avril prochain une réunion internationale sur ce thème.
Les mêmes pressions doivent d'autre part s'exercer sur les pourvoyeurs de produits chimiques dits précurseur (ammoniaque, acétone, etc.) au moins autant que sur "les paysans pauvres producteurs de feuilles de coca" de l'Amérique centrale. Aucun de ces produits nécessaires à la production de la drogue n'est fabriqué en Colombie, tous y entrent clandestinement, a insisté Mr Barco. Il a appelé les Nations unies à un renforcement des contrôles sur les ventes d'armes et à la coopération pour démanteler les réseaux de blanchiment de l'argent, qui passe par le système bancaire international et s'investit dans les pays industrialisés. Mr Barco a enfin souhaité la convocation d'une session spéciale de l'Assemblée générale sur la drogue (une proposition dont le Brésil a pris l'initiative la semaine dernière), ainsi que la mise sur pied d'un groupe de travail international qui se réunirait périodiquement pour coordonner l'action et en évaluer les résultats.
Au terme d'une semaine très intense en rencontres, Mr Roland Dumas s'est entretenu vendredi avec le ministre des affaires étrangères chinois, qui, le matin à la tribune, n'avait évoqué les événements de la place Tiananmen que pour rappeler à "certains pays occidentaux" le principe de non-ingérence. A son interlocuteur, qui voulait des assurances sur les activités des Chinois réfugiés en France, Mr Roland Dumas a rappelé quelle était la tradition du droit d'asile française et aussi les contraintes qu'il comporte.
Un colloque inhabituel vient de se tenir à Santa-Monica, en Californie, sous les auspices de la Rand Corporation, l'un des principaux instituts de recherche de l'armée de l'air américaine. Il a mis en présence notamment Mr William Colby, ancien directeur de la CIA, Mr Ray Cline, ancien sous-directeur de l'agence de renseignement américaine, et, du côté soviétique, une dizaine de leurs anciens partenaires et adversaires du KGB : le général Fedor Cherbak, en particulier, était chef adjoint de la seconde direction principale du comité de la sécurité d'Etat, celle qui s'occupe entre autres du contre-espionnage et correspond à notre DST. Figurait également dans la délégation le général Valentin Zvezdenkov, ancien responsable du contre-terrorisme.
C'est justement sur la coopération contre le terrorisme que le colloque a été le plus fructueux. Le groupe a recommandé un large échange d'informations à ce sujet entre les deux superpuissances. Selon Mr Cline, les " experts " soviétiques ont été très discrets sur leur coopération passée avec les groupes libyens et palestiniens, mais " ils se sont dits prêts à parler des événements futurs concernant des groupes qu'ils ont soutenus dans le passé ". En revanche, ils n'ont pas répondu lorsqu'on leur a demandé si Moscou pouvait " persuader la Tchécoslovaquie de cesser de distribuer l'explosif Semtex ", responsable probable de l'explosion du DC-10 de l'UTA ce mois-ci et d'un avion de la TWA l'an dernier au-dessus de l'Ecosse.
L'URSS a fait exploser une bombe atomique dans le sud de l'Oural au cours d'un exercice militaire auquel participaient des troupes le 14 septembre 1954, a révélé vendredi Krasnaia Zvesda (Etoile rouge), le journal de l'armée. " Il s'agissait d'étudier l'effet de l'explosion et la capacité des troupes à évoluer en terrain contaminé ", a expliqué le journal. C'est la première fois qu'il est fait mention d'un tel exercice en URSS.
Pour tenter de limiter l'effet des radiations, la bombe avait été jetée d'avion à basse altitude, entre 300 et 500 mètres. Mais l'explosion a été si forte que " la zone était devenue méconnaissable ", indique l'Etoile Rouge. " Cependant, les troupes ont accompli complètement leur mission ", ajoute le journal qui ne dit rien des effets sur les soldats. " Le monde à cette époque était engagé dans la guerre froide. (...) Seulement neuf ans après la fin d'une guerre qui avait causé la mort de 20 millions des nôtres, mettre en cause une mesure destinée à améliorer la préparation au combat de l'armée et la capacité de défense du pays ne nous venait même pas à l'esprit ", écrit Krasnaia Zvesda.
Le journal ajoute que le ministre de la défense, Nikolai Boulganine, avait alors jugé que l'exercice avait été " un succès ". C'est en 1963 que l'Union soviétique, comme les Etats-Unis, ont cessé les essais aériens pour passer à des expériences souterraines. - (AFP).
La Hongrie a refusé de signer, vendredi 29 septembre, le communiqué adopté à l'issue d'une conférence de deux jours des secrétaires des partis communistes chargés des questions internationales qui s'est tenue à Varna, sur la mer Noire.
Selon le chef de la délégation hongroise, Mr Géza Kotai, dans une interview à l'agence hongroise MTI, la Hongrie n'a notamment pas pu adhérer à la dénonciation "du revanchisme, du néo-fascisme et du néo-nazisme dans certains pays". "Nous considérons, a-t-il dit, que cette déclaration se réfère clairement à la RFA et nous la rejetons" car "nous n'estimons pas que la politique du gouvernement de la RFA soit caractérisée par le revanchisme et le néo-nazisme."
La Hongrie n'a pas non plus accepté dans ce communiqué la référence faite "à la consolidation de la propriété socialiste" (...) "à un moment, a également souligné Mr Kotai, où le parti hongrois aspire à une propriété mixte et à une véritable économie de marché". Le représentant hongrois a indiqué que la position des Soviétiques avait "presque entièrement coincidé" avec celle de la Hongrie. La semaine dernière déjà, à Berlin-Est, au cours d'une réunion des responsables idéologiques des partis communistes au pouvoir, la ligne de partage avait été nette entre l'URSS, la Hongrie, la Pologne et les autres membres du pacte de Varsovie.
Vendredi, Gazeta, le quotidien de Solidarité, a révélé à Varsovie que la Roumanie s'était efforcée de convaincre les autres pays du pacte de Varsovie de s'opposer, le mois dernier, à la nomination de Mr Mazowiecki - premier chef de gouvernement non communiste à l'Est - comme premier ministre.
Le fossé n'a cessé de s'élargir ces dernières semaines entre pays favorables ou opposés aux changements en cours. Après le Parlement polonais cet été, le Parlement hongrois a condamné, jeudi, dans une résolution, l'intervention du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie en 1968.
Le ministère polonais de l'intérieur, dirigé par le général Kiszczak, a également annoncé, vendredi, la dissolution des Zomos, les unités d'interventions spéciales de la police polonaise, utilisées par le parti communiste pour la répression des manifestations. Les effectifs des Zomos (unités motorisées de la milice des citoyens) seront réduits de douze mille à cinq mille et reconvertis en unités de prévention de la milice, notamment pour la surveillance des stades. En Hongrie, deux mille personnes ont manifesté le même jour dans le centre de Budapest pour exiger le démantèlement de la milice paramilitaire du parti, forte de soixante mille hommes, créée après l'écrasement de l'insurrection de 1956.
- Mr Valéry Giscard d'Estaing, qui séjourne actuellement en visite officielle en Pologne en qualité de président du groupe libéral au Parlement européen, a rencontré, vendredi 29 septembre, à Gdansk, le président de Solidarité, Mr Lech Walesa. L'entretien a essentiellement porté sur des questions d'organisation de l'aide économique d'urgence et d'assistance technique de la Communauté européenne à la Pologne. Mr Giscard d'Estaing s'est prononcé pour une banque commune CEE-Pologne afin de financer la modernisation de la production polonaise en favorisant les investissements occidentaux.
A l'extérieur, dans le hall de l'Institut des archives, immeuble pâtisserie à deux pas du Kremlin, les étudiants jouaient des coudes pour tenter de se faufiler. A l'intérieur, dans la grande salle de conférences où se pressaient journalistes soviétiques et étrangers, une brochette de députés vitupéraient le mépris dans lequel la représentation nationale peut toujous être tenue par la direction du parti.
Membres de la commission d'enquête parlementaire sur le pacte Molotov-Ribbentrop, ces députés n'ont en effet jamais pu obtenir la publication de leur rapport dans la presse centrale. Leurs conclusions étaient pourtant prêtes en temps voulu. Aucun obstacle technique ne s'opposait à ce qu'elles soient, comme prévu, rendues publiques pour le 23 août, date du cinquantième anniversaire de la signature de ce pacte,mais la direction du parti en a décidé autrement.
Au lieu du rapport, c'est une interview de Mr Alexandre Iakovlev, membre du bureau politique et pilier du premier cercle gorbatchevien, qu'a publiée la Pradva. A première vue, rien d'absolument anormal puisque Mr Iakovlev est également président de cette commission mise en place au printemps dernier par le congrès des députés,mais le problème est que les parlementaires ne se sont pas, mais alors pas du tout, retrouvés dans ses déclarations.
Car, à les entendre, cette interview était surtout faite pour démontrer que le rattachement des trois républiques baltes à l'URSS n'aurait finalement rien eu à voir avec les protocoles secrets du pacte par lesquels Hitler et Staline s'étaient mutuellement concédé des nations et morceaux de nations - dont les Etats baltes qui revenaient à l'URSS.
Sur la réalité de ce partage, jusqu'à présent nié, il n'y a donc pas désaccord. Le point est capital, mais, une fois établi, qu'en fait-on ? Faut-il, en d'autres termes, en conclure que, si les Baltes sont devenus Soviétiques en vertu d'un partage entre les deux monstres du vingtième siècle, ils n'ont plus, aujourd'hui, aucune raison de rester dans l'URSS ?
C'est la position des plus radicaux des nationalistes estoniens, lituaniens et lettons. Pour Mr Gorbatchev et ses amis, en revanche il en va tout autrement. Ils opposent, en substance, à la logique des sécessionnistes la réalité d'une situation dans laquelle les pays Baltes sont, depuis quarante-cinq ans, partie intégrante de l'URSS, après être devenus républiques soviétiques en 1940 et avoir été occupés par l'Allemagne nazie, qu'a ensuite (reconquête ? libération ?) chassée l'armée rouge.
Nullement neutre et éminemment discutable, leur raisonnement est qu'il ne s'agit pas de refaire l'histoire, si abominable ait-elle été, mais d'essayer, avec le moins de casse possible, de sortir l'ensemble de l'URSS de la ruine et de la dictature. Et, pour cela, il faut, à leurs yeux, en même temps ouvrir les vannes et garder le contrôle des flots ainsi libérés.
Quand on a le contrôle de la presse, on s'assied donc tranquillement sur la commission parlementaire pour se réserver le soin de cadrer le débat. Mais quand on a, parallèlement, si profondément libéralisé le pays, on se retrouve cloué au pilori par la démocratie en marche.
Car cette conférence de presse, tranquille, débonnaire et souvent pleine d'humour, c'était la liberté - celle de s'en prendre à la direction du parti, d'annoncer que la commission va poursuivre ses travaux sur les années qui ont suivi la signature du pacte elle-même et demander à la prochaine session du Congrès de déclarer " juridiquement nuls " tous les protocoles secrets conclus entre Hitler et Staline.
Doit-on comprendre que la commission parlementaire, quasiment unanime dans sa protestation, va demander au Congrès de rendre, en novembre prochain, leur indépendance aux pays baltes ? Non - ou en tout cas pas si vite, - car on entre directement là dans la subtilité de cette vie politique qui nait et cherche un équilibre au bord du gouffre, sur fond d'empire éclaté et de période de transition.
Les dirigeants des tout-puissants fronts populaires baltes ne sont, en effet, pas des irresponsables. Si certains souhaitent et le disent la sécession immédiate, d'autres pensent qu'il faut ménager des étapes. D'autres encore considèrent que l'objectif est la souveraineté absolue, dans le cadre d'une structure fédérale garantissant essentiellement la paix avec la Russie. Tous enfin varient au gré du moment et des rapports de forces.
Et l'armée rouge existant après tout encore, on joue avec les mots pour finalement dire quelque chose qui n'est pas irréconciliable avec le discours gorbatchérien. L'appartenance des pays baltes à l'URSS, explique par exemple un député estonien, est aujourd'hui un fait, mais ce fait n'ayant pas de base juridique, il lui faut une confirmation négociée.
Président du Sajudis, le front lituanien, Mr Landsbergus, va plus loin encore dans le faux radicalisme ou (question de point de vue) la fausse modération. Si les troupes soviétiques stationnées aujourd'hui dans les pays baltes ne remplissent plus les fonctions d'une armée d'occupation, dit-il, elles se placent elles-mêmes dans une situation d'occupant puisque ni leur présence ni leurs activités ne découlent d'accords conclus avec les populations et les autorités locales.
La revendication d'un nouveau traité d'alliance entre les Républiques soviétiques (il en existe un datant de 1922) est en train de monter ainsi de toutes parts. A cela, Mr Gorbatchev a déjà dit non - mais pas si catégoriquement que cela - dans la résolution sur la question nationale adoptée par le dernier plénum du comité central. Cette résolution appelle en revanche à la rédaction d'une nouvelle déclaration à incorporer à la Constitution, sur les liens entre l'Etat fédéral soviétique et les Républiques souveraines qui le composent.
L'Histoire se fait ou plutôt se cherche.
Mr Roland Dumas, ministre français des affaires étrangères et président en exercice du conseil des ministres de la CEE, a plaidé, vendredi 29 septembre à New-York, auprès du chef de la diplomatie tchécoslovaque, Mr Jaromir Johannes, pour qu'une solution humanitaire soit trouvée en faveur des réfugiés est-allemands de l'ambassade de RFA à Prague. Au nom de la Communauté européenne, Mr Dumas a appuyé les démarches du gouvernement de Bonn qui demande que les réfugiés puissent être logés provisoirement dans des locaux indépendants de l'ambassade. L'entassement des Allemands de l'Est dans les locaux de l'ambassade ouest-allemande a atteint un point dramatique. Leur nombre était, ce week-end, proche de trois mille.
Le gouvernement tchécoslovaque, réuni vendredi, a indiqué qu'il jugeait réaliste la solution proposée par le gouvernement de RDA, à savoir un retour des réfugiés chez eux contre la promesse d'un visa d'émigration dans les six mois. Il a néanmoins reconnu que la situation à l'ambassade était en train de devenir "un problème pour l'ordre public à Prague" et a confirmé que des contacts se poursuivaient avec Bonn. Le président de la Croix-Rouge ouest-allemande, le prince Botho zu Sayn-Wittgenstein, a quitté Prague vendredi après deux jours d'entretiens avec ses homologues tchécoslovaques pour examiner la possibilité d'héberger les réfugiés dans des locaux provisoires.
La direction du centre Pompidou fait savoir qu'à la suite du mouvement de grève déclenché par le personnel de nettoyage,elle est contraint de fermer l'accés de l'établissement au public à compter du samedi 30 septembre (le Monde du 30 septembre).Une partie de bras-de-fer semble se jouer entre la direction du Centre et la CGT,qui accuse Mme Hélène Ahrweiller, la présidente du Centre de vouloir "casser cette organisation syndicale".
Les musiciens et chercheurs du Centre de musique baroque sont désormais solidement implantés dans ce lieu en tous points exceptionnel, puisqu'il reçoit, par exemple, quatre millions de visiteurs chaque année. Cela explique que l'enceinte royale n'accueille les concerts qu'après 17 h 30, heure de clôture des visites, et qu'à l'inverse leur fréquentation ne soit pas vraiment un sujet de préoccupation : l'auditoire se compose toujours pour un bon tiers de visiteurs.
Comment est financée cette équipe de dix-sept personnes, dirigée par Philippe Beaussant (fondateur dès 1977 de l'Institut de musique et de danse anciennes dont le Centre versaillais est le prolongement) et, côté administration, par un délégué du ministère, Vincent Berthier de Lioncourt ? Son mode de fonctionnement est intéressant puisqu'il s'appuie davantage sur les recettes propres (5 millions annuels) et le mécénat (4,5 millions versés par un "partenaire éclairé", la Compagnie générale d'électricité) que sur les deniers publics : 4,5 millions du ministère, 2 millions des collectivités locales.
Outil de diffusion et de recherches, le Centre assure également depuis l'an dernier une activité pédagogique en plein essor cette rentrée. Une dizaine de chanteurs professionnels vont être désormais initiés aux techniques et au répertoire d'époque par René Jacobs et Rachel Yakar, cela au sein du Studio Versailles Opéra (recrutement en janvier 1990). Un chÓur d'hommes, dirigé par Michel-Marc Gervais et chargé de cornaquer une maitrise de jeunes garçons, a déjà été recruté ; la jeune troupe devrait être formée au déchiffrage à haute dose à l'exemple des chÓurs d'enfants anglais, ce qui suppose que soit déniché le plus grand nombre de partitions originales : trois chercheurs s'y emploient déjà. Quant à Jean Duron, le musicologue chargé de coordonner les activités de l'Atelier d'études, il sort de la Villa Médicis et a entrepris depuis six mois de constituer un fichier exhaustif des recherches, bibliothèques spécialisées, ou autres entreprises concernant de par le monde un domaine - le baroque - pour lequel ce genre d'outil manquait.
Me Jean-Louis Tixier-Vignancour, avocat, ancien candidat à la présidence de la République, est mort vendredi matin 29 septembre, à l'hôpital parisien des Invalides où il était hospitalisé depuis trois mois. Il avait quatre-vingt-un ans. Le Front national, dont il était un des alliés, lui a rendu hommage en soulignant : "Ce ténor du barreau parisien restera le symbole de la fougue et du talent au service de la nation. C'est un grand patriote qui disparait."
Quel souvenir gardera la postérité de ce bretteur incorrigible jusqu'à la fin? Retiendra-t-elle l'"anarchiste de droite" tant de fois décrit et auquel cette appellation convenait si bien parce qu'elle était à ses yeux la plus flatteuse, sinon la plus acceptable? Ou seulement l'avocat politique si habile dans le sous-entendu, si venimeux dans l'insolence instinctive, comme s'il avait pu être de tous les complots, de toutes les intrigues? Ou encore l'avocat tout court qui, lui, savait fort bien, sûr d'un talent archireconnu, s'en tenir au classicisme de bon aloi, dès lors qu'il n'éprouvait plus le besoin de céder à ses démons? Le tribun dont la voix de plein air, "la voix de Tolède", savait si bien manier des façons de dire héritières d'une éloquence naturelle que prisait le siècle précédent? Ou seulement le défenseur de Raoul Salan qui, fort de ce succès, se trouva mis au pinacle par les tenants de l'Algérie française au point de pouvoir se porter candidat contre de Gaulle à l'élection présidentielle de 1965?
En vérité, tous ces Tixier-Vignancour n'ont jamais cessé de se côtoyer et à l'occasion de se fondre dans l'ordre ou dans le désordre, poussant chacun leurs bottes et leurs paradoxes pour composer le portrait d'un nationaliste qui ne cessa jamais de camper à droite et de trouver là ses raisons de vivre.
Le physique tenait chez lui une place qui n'était pas la dernière. Certes le temps, les efforts, la fatigue, avaient buriné le masque de carnassier, affaissé le corps de lutteur. Mais, sous le front carré, le regard ne cessa jamais de se plisser de plaisir dès que s'offrait l'occasion d'une nouvelle polémique. Il n'avait jamais enterré la hache de guerre, le chahuteur brutal qui animait dans ses années de jeunesse, au Quartier latin, les démonstrations des Camelots du roi, dont il n'était pas. Et pas davantage le jeune député d'extrême droite élu à vingt-huit ans, en avril 1936, dans la circonscription d'Orthez, en ce Béarn d'où était originaire la famille maternelle. Une invalidation, conséquence de manÓuvres frauduleuses, pressions et corruptions, sera pour lui plus raison de stimulation que d'abattement. Cinq mois plus tard, il est réélu. Dès lors, sa ligne ne variera guère, que ce soit au Palais, où il est inscrit avocat depuis 1927, que ce soit sur les tréteaux de la vie politique ou à l'Assemblée nationale, retrouvée pour deux ans de 1956 à 1958 dans la flambée "poujadiste".
Non, il n'a pas enterré la hache de guerre, celui qu'à Vichy, en juillet 1940, Maurice Martin du Gard a vu "occupé, avec la voix de Briand, à manger du juif et guetter, pour l'injurier encore, Léon Blum, distant et malheureux". Il est vrai que ce Jean-Louis Tixier-Vignancour semblait, dans ses dernières années, avoir laissé au vestiaire un antisémitisme devenu, depuis la fin de la guerre, trop odieux et, du même coup, plutôt vain pour briguer des suffrages. Il restait que ce passage à Vichy, accompagné d'une profession de foi saluant "les initiatives spectaculaires qu'a su prendre la puissance occupante", devait le marquer d'un sceau indélébile, même s'il n'assura qu'une éphémère charge de secrétaire général adjoint à l'information, à laquelle mettent fin, dit-on, quelques polissonneries peu compatibles avec une devise qui entendait honorer la famille. Il était "de droite", il devenait "fasciste". Pour avoir été brève, l'aventure, soldée par un internement à Vals-les-Bains (Ardèche), suivie d'un départ pour la Tunisie, caractérisait bien un homme qui ne pouvait être lui-même que dans une opposition.
Pourtant, cet antidémocrate, cet adversaire farouche du Front populaire de 1936, avec lequel il n'en finira jamais de régler ses comptes, voudra désespérément, au fil des ans, faire accepter de lui l'image d'un "vieux républicain". Eh quoi ? N'offrait-il pas en exemple les mérites et les vertus de la IIIe République? Ne puisait-il pas ses citations dans Victor Hugo et dans Gambetta, dans Jules Ferry et dans Jaurès, quand ce n'était pas dans Robespierre ou dans Saint-Just?
Assurément. Mais sur les estrades de la vie publique, politique ou judiciaire, les faits sont là. Si Jean-Louis Tixier-Vignancour fut l'avocat d'André Baranès dans l'"affaire des fuites", en 1956, c'était moins pour la défense d'un homme qui l'intéressait assez peu que pour la mise en accusation de témoins qui s'appelaient Pierre Mendès France et François Mitterrand, et afin de pourfendre ceux qui, dans sa vision des choses, frappaient "dans le dos nos soldats d'Indochine". S'il enchaine dans ce genre d'exercices avec l'"affaire du bazooka" dont aurait dû être victime, à Alger, un Raoul Salan pas encore converti à l'Algérie française des années de l'OAS, c'est pour s'en prendre à ceux qui auraient armé le bras de Kowacs, au premier rang desquels il place Michel Debré.
Mais la cible privilégiée restera Charles de Gaulle, "chef d'une faction" qui bien évidemment est celle de Londres en 1940. Et lorsque Georges Pompidou dira, à la mort du général : "La France est veuve", il répondra : "Non, elle avait divorcé."
En attendant, le voilà dans tous les procès de "soldats perdus". Il y déploie sa manière, mais avec suffisamment de rouerie et d'habileté pour éviter les excès qui lui vaudraient une suspension. N'a-t-il pas été élu en 1963 membre du conseil de l'ordre des avocats à la cour de Paris? C'est une consécration, l'octroi par ses pairs d'une reconnaissance de respectabilité qui le flatte. Les circonstances atténuantes qu'il a obtenues pour Raoul Salan devant la Haute Cour de justice, quelques semaines après que cette juridiction eut condamné à mort un Edmond Jouhaud en attente d'exécution, prennent la dimension d'un acquittement triomphal.
D'autres, en dépit des efforts du vieux lion, finiront devant des poteaux d'exécution. Piegts et Dovecar, assassins à Alger du commissaire Gavoury, Degueldre, le chef des commandos Delta, Bastien-Thiry, le conspirateur illuminé de l'attentat du Petit-Clamart. Il restera marqué de ces fins tragiques dont il fut le témoin. La trace de cette émotion vraie tempérera en 1976 le ton des souvenirs publiés sous le titre trop sage, Des républiques, des justices et des hommes.
Le voilà pourtant lancé dans une entreprise nouvelle qui sera, à vrai dire, son chant du cygne. Quand il annonce, en 1964, qu'il sera candidat à l'élection présidentielle de l'année suivante, force est bien d'enregistrer et, surtout, de parler de la campagne de ce prétendant qui n'entend pas faire de la figuration. Car il l'a proclamé : il part pour gagner. Le vrai, le seul challengeur de Charles de Gaulle, c'est lui. A ses côtés, voici tous ceux qui ont mené le "combat pour l'Algérie française" : Jean-Baptiste Biaggi, Jean-Marie Le Pen, Jean-Maurice Demarquet, le colonel Thomazo, le commissaire Dides de l'" affaire des fuites ".
Le challengeur est partout. Il lance ses traits de ville en ville, installe son chapiteau de plage en plage, de Dunkerque à Menton, durant le mois d'août 1965. Il se voit avec 24 % des voix, un chiffre qu'il tempère ensuite. Il fait applaudir les noms de Georges Bidault, de Jacques Soustelle, en rupture de gaullisme depuis l'affaire algérienne et son épilogue. Laudateur de Franco et de Salazar, il offre un programme. Il tonne, il ironise. De Gaulle devient "Satan", le comte de Paris reçoit son fameux "Il descend d'Orléans, oui, mais par Les Aubrais." C'est le temps d'une forme olympique; il se radicalise, en recherche d'un électorat dont les suffrages sont aussi brigués par le centriste Jean Lecanuet, tenu pour négligeable. C'est "De Gaulle, à nous deux!"
Au soir du scrutin, il faut en rabattre : 1269095 voix, 5,31 % des suffrages exprimés, 4,47 % des électeurs inscrits. Seule consolation : de Gaulle est en ballottage.
Dès lors, le Jean-Louis Tixier-Vignancour politique va se chercher. Le parti qu'il décide de fonder en 1966, l'Alliance républicaine pour les libertés et le progrès, n'est pas du goût de tous ses amis. C'est la rupture avec Jean-Marie Le Pen, avec François Brigneau. L'Alliance républicaine elle-même connait bientôt des scissions. Du moins son président peut encore faire un peu parler de lui, proposer des alliances "pour une grande coalition contre de Gaulle" à François Mitterrand et à Jean Lecanuet, qui n'en veulent évidemment pas.
Il flotte. En juin 1968, le voilà accusé par les siens de pactiser avec le gaullisme. Un comble! Car, c'est vrai qu'il a écrit à Georges Pompidou, lui qui claironnait dans sa campagne de 1965 qu'il ne prendrait pas pour premier ministre "un employé de la banque Rothschild". C'était son côté sentimental, en reconnaissance des efforts qu'il savait avoir été déployés à Matignon pour la grâce d'Edmond Jouhaud. Georges Pompidou, surpris d'un soutien pareil dans sa propre campagne après la démission du général, dira seulement : "C'est peut-être le début d'un chemin de Damas."
Ce Tixier-Vignancour, qui se place alors bruyamment dans la majorité présidentielle, sera, en 1971, l'avocat de Mr Rives Henry, député UDR impliqué dans l'"affaire de la Garantie foncière".
Mais il se démarque de nouveau pour entrer dans une opposition constructive.
Le voilà, cette fois, porte-parole du Parti des forces nouvelles. C'est le retour à l'extrême droite, l'entrée dans l'Eurodroite aux côtés du PSI italien et de la Fuerza Nueva espagnole. Il se distrait en plaidant pour le marchand de tableaux Fernand Legros. Il brigue, sans succès, un siège au Parlement européen en 1979. La manière dont il opère aggrave le conflit avec le Front national de Jean-Marie Le Pen. Pourtant, le 14 juin 1984, ils tomberont dans les bras l'un de l'autre pour des retrouvailles dont le président du Front national sait alors qu'il n'a plus besoin. L'avocat, lui, peut reprendre le chemin du Palais. Il y montre encore ce qu'il fut en dépit des ans, de la fatigue.
Ainsi a traversé son siècle ce "monstre sacré", habité de ses tics, de ses frémissements, de ses méchancetés. Il excella plus dans la cruauté que dans l'indulgence qui, l'âge aidant, commençait à sourdre. Incapable à vrai dire d'être un homme de parti, ne trouvant dans ceux qu'il fondait ou rejoignait que des tremplins, sa vraie nature aurait pu se contenter, pour s'accomplir, de ce métier d'avocat, lui qui proclama tant de fois qu'il n'était qu'un "professionnel de sa profession". Mais il lui fallait courir après une respectabilité politique, comme pour se débarrasser de la tunique de Nessus que fut pour lui le temps de Vichy, le seul dont le rappel l'insupporta toujours.
Né le 12 octobre 1907 à Paris, Jean-Louis Tixier-Vignancour obtient dès 1926 son diplôme d'avocat. Il se présente aux élections législatives de 1936 dans les Basses-Pyrénées (futures Pyrénées-Atlantiques). Son élection est invalidée le mois suivant. Mais son succès est confirmé en septembre. Mobilisé en 1939, il prend part aux combats de Beuvraignes lors de la bataille de la Somme.
En juillet 1940, Jean-Louis Tixier-Vignancour fait partie des parlementaires qui, lors de leur réunion de Vichy, accordent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.
Après quelques démêlés avec le régime de Vichy, Tixier-Vignancour gagne l'Afrique du Nord, s'inscrit au barreau de Tunis. Peu après le débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 en Algérie et au Maroc, il est arrêté et interné sur ordre des autorités allemandes d'occupation en Tunisie. Après la défaite militaire germano-italienne dans ce pays, et la capitulation du Cap Bon, le 12 mai 1943, il est affecté au corps expéditionnaire français en Italie, mais y est aussitôt arrêté sur l'ordre du comité d'Alger. Au lendemain de la Libération, le tribunal militaire de Paris rend finalement à son sujet une ordonnance de non-lieu, le 4 décembre 1945, mais le déclare inéligible pour dix ans.
En attendant de pouvoir retrouver son siège à l'Assemblée nationale - ce qu'il fera le 2 janvier 1956 en étant réélu député des Basses-Pyrénées, - puis parallèlement à l'exercice de son mandat, Mr Tixier-Vignancour reprend ses activités d'avocat au barreau de Paris.
Entre-temps, la guerre d'Algérie a éclaté. Dès 1955, Mr Tixier-Vignancour a fondé le Rassemblement national, mouvement d'extrême droite dont il assure la présidence. Le 13 mai 1958, il apporte son soutien aux éléments les plus activistes du soulèvement algérois, avant de prôner le oui au référendum du 28 septembre tout en demeurant hostile à de Gaulle.
Il est battu par son adversaire radical au second tour des premières élections législatives de la Ve République, le 30 novembre.
Les événements d'Algérie, des complots vrais et supposés des " ultras " au putsch et à l'arrestation des principaux dirigeants de l'OAS, donnent à Jean-Louis Tixier-Vignancour, en quelques années, l'occasion de nombreuses plaidoiries retentissantes. Il plaide aussi dans différents procès au civil et au pénal.
En avril 1964, sans renoncer à ses activités au Palais, Jean-Louis Tixier-Vignancour revient à l'action politique proprement dite en annonçant sa candidature à l'élection présidentielle. Le 5 décembre 1965, il obtient 1269095 suffrages en métropole (5,31 % des exprimés).
LE 1er octobre 1949, du haut de Tiananmen, la porte d'entrée de la Cité interdite, un quinquagénaire rondouillard annonçait, avec son accent méridional du Hunan, à couper au couteau, que "les Chinois étaient désormais débout !", que jamais plus ils ne seraient esclaves, et proclamait la création de la République populaire de Chine. Pékin retrouvait soudain son lustre de capitale de la Chine, qu'elle avait perdu pendant deux décennies, quand les nationalistes de Tchiang Kai-chek avaient transféré le gouvernement central à Nankin et avaient rebaptisé Pékin (en chinois, la capitale du Nord) en Peiping (la paix du Nord). Le régime déchu s'était réfugié, derrière son chef, dans l'ile de Taiwan. Il s'y trouve encore.
La conquête du continent par les armées de Mao n'était pas encore terminée. Si Pékin s'était rendue le 31 janvier 1949, Nankin et Shanghai étaient tombées en avril entre les mains des "Martiens" - comme l'écrivit à l'époque l'envoyé spécial du Monde, Robert Guillain ; Canton ne sera prise que le 14 octobre, Chongqing et Chengdu - au Sichuan - les 30 novembre et 27 décembre ; l'ile de Hainan et le Tibet ne seront " libérés " qu'en 1950. Mais les communistes chinois tenaient assez bien le pays pour institutionnaliser leur pouvoir, en partie dans l'espoir de profiter de la débandade du Kuomintang pour obtenir la reconnaissance de la communauté internationale dont les diplomates avaient refusé de suivre Tchiang Kai-chek à Taiwan.
La Chine sortait de décennies de troubles ; à huit années de conflit sino-japonais avaient succédé quatre années de guerre civile qui avaient achevé de ravager le pays. Le Kuomintang, corrompu, inefficace, avait laissé derrière lui une inflation galopante : après avoir été multiplié par 5,6 millions en dix ans, l'indice des prix était à nouveau monté en flèche en 1948. Selon la tradition chinoise, le régime battu avait perdu le "mandat du ciel", qui était tombé entre les mains de vainqueurs plus forts, et auréolés d'une réputation d'honnêteté et de frugalité.
La Chine sera libre, libre !
Après avoir tenté en vain un compromis avec les nationalistes - qui rejetèrent les conditions draconiennes de Mao, - le PCC s'était attelé à la tâche de construire un Etat. En juin s'était réuni à Pékin le comité préparatoire de la nouvelle conférence consultative politique, qui, laissant une large place aux organisations et personnalités " patriotiques ", était solidement verrouillée par le PCC. Mais Mao ne cachait pas son jeu : dans son dernier ouvrage de guerre, De la dictature démocratique du peuple, il répondait par avance aux critiques : " Vous penchez d'un seul côté ?
- C'est exactement cela... Vous exercez une dictature ? Mes bons messieurs, vous avez raison, c'est exactement ce que nous faisons (...) pour priver les réactionnaires du droit à la parole et ne réserver ce droit qu'au peuple. "
Après la réunion de la conférence consultative, la République populaire était proclamée face à la foule par son nouveau président, Mao, entouré des dignitaires du régime. En quelques mois, d'abord avec souplesse, de compromis en compromis, les cadres et les soldats qui avaient pris Pékin dans une tornade de charme, qui pour la première fois de mémoire de Chinois ne volaient ni ne violaient - " ne prenant même pas une aiguille ", - avaient affirmé leur autorité jusqu'au fond des hutong, les ruelles pékinoises. Dans les administrations, les écoles et les universités, si pratiquement tout le monde était resté en place - sauf les " traitres " ou les " criminels ", - le pouvoir avait changé de main ; la coquille semblait la même, mais ce n'était plus qu'une illusion.
Maria Yen raconte la mobilisation des masses pour les premières manifestations " spontanées ", la critique des étudiants qui préfèrent travailler que perdre leur temps à battre la semelle sur Tiananmen ou à assister au xuexi (cours d'éducation politique), le tri du bon grain progressiste et de l'ivraie bourgeoise. Si la masse des Pékinois a salué la naissance du nouveau régime, elle n'attendit pas longtemps avant de prendre le chemin de Hongkong. Elle représentait cependant une petite minorité à l'époque ; l'idéalisme d'une population longtemps humiliée, pour laquelle rien ne semblait pouvoir être pire que les décennies passées, persistait, comme le confirmait, de Shanghai, Robert Guillain (2).
Un autre adolescent de l'époque, devenu écrivain célèbre, puis ministre de la culture - poste dont il vient d'être limogé pour cause de libéralisme au début du mois de septembre, - Wang Meng, a laissé ses souvenirs des jours de la " libération " dans sa ville natale (3). A travers ce roman autobiographique, on sent l'émotion et l'enthousiasme du lycéen de quinze ans qui a été chargé avec son groupe de protéger un pont : " Ils étaient vêtus de guenilles (...). Dans leur regard brillait une force intérieure. Ils étaient animés d'une immense fierté, la fierté de ceux qui font avancer la roue de l'histoire. "
Wang Meng fait ressentir l'atmosphère de conspiration des jeunes militants clandestins en cette année 1949 quand arrivent les premiers soldats, puis celle, quasi religieuse, du meeting où les révolutionnaires vainqueurs se réunissent pour la première fois pour célébrer leur victoire. Huit ans plus tard, avec la répression des intellectuels après les " cent fleurs ", le héros - devenu cadre communiste - sera à son tour victime d'une purge. Il lui faudra attendre vingt ans pour être blanchi.
L'URSS, qui avait soutenu les nationalistes jusqu'au bout, tout en laissant les communistes s'emparer de la Mandchourie, sera la première à reconnaitre le nouveau régime. Staline aurait préféré une Chine faible, divisée ; il devra faire contre mauvaise fortune bon cÓur. Ce malentendu de base entre deux P.C. rivaux ne sera pas étranger à la brouille sino-soviétique qui s'amorcera dix ans plus tard.
De leur côté, les Occidentaux avaient hésité quelques mois à lâcher les vaincus - dont le sort semblait désespéré, - conservant sur place, à Nankin, Shanghai ou Pékin, un embryon de représentation diplomatique. Ils se raidiront face à Mao après le déclenchement de la guerre de Corée, à l'été 1950, et il faudra attendre 1964 pour que de Gaulle prenne l'initiative de reconnaitre la République populaire.
Dépassés par des événements qu'ils n'avaient pas prévus, les Américains s'étaient jeté de nombreux arguments à la figure pour savoir " qui avait perdu la Chine ". Des diplomates qui avaient prédit la victoire de Mao se verront trainer devant les commissions d'épuration maccarthystes pour " activités anti-américaines ". Les partisans de la guerre froide, à l'idéologie aussi rigide que celle de leurs adversaires, comme Dulles ou MacArthur, après avoir tenté d'écraser la " Chine rouge " en Corée, dresseront une muraille autour d'elle, affirmant contre toute évidence qu'il n'y avait pas de gouvernement en Chine, mais seulement un proconsulat soviétique ! A l'intransigeance de l'Occident correspondra un durcissement du maoisme.
Nombreuses auront été les erreurs d'analyse sur le communisme chinois, tant avant qu'après 1949. Dans ses Mémoires (4), le général Guillermaz, alors attaché militaire français en Chine, - qui avait prévu la victoire des communistes en Chine comme au Vietnam cinq ans plus tard - ne se prive pas de brocarder la naiveté de ceux qui, à l'époque, ne voyaient en Mao et les siens que des " réformistes agraires ", tout juste socialistes, mais pas communistes. Dès 1951, contrairement à ces prévisions optimistes, le " Grand Timonier ", qui avait pendant la guerre civile su jouer de la sympathie de certains Occidentaux, abattra son jeu avec les premières attaques contre les intellectuels, qui suivront de peu la purge sanglante des propriétaires fonciers dans les campagnes.
Longtemps, face à un régime communiste de type nouveau, mal connu, imprévisible, nombre d'experts étrangers oscilleront entre les deux extrêmes, de l'approbation sans faille à la condamnation définitive, en particulier pendant la révolution culturelle. Il faut dire que Mao et ses successeurs, par leur langue de bois et leurs brusques changements de cap, ne leur auront pas facilité la tâche. Quant à Deng Xiaoping, qui avait à l'origine prévu de célébrer en grande pompe le quarantième anniversaire de la République populaire, il s'est trouvé contraint par les manifestations du printemps à Pékin et la répression de le célébrer discrètement. L'enthousiasme des premiers jours est bien loin ! Cet anniversaire a cessé d'être matière à réjouissances pour un régime qui, en quelques mois, a pris un terrible coup de vieux.
"COMMENT aborder la politique qui se joue à la télévision ? ", demande Simone Bonnefous, en présentant le contenu de la revue de sciences politiques Mots, dont le dernier numéro s'efforce, précisément, d'apporter des éléments de réponse à cette question. Notons que celle-ci n'est pas formulée, ici, de la manière la plus neutre : la politique qui " se joue " implique la dimension du spectacle, que l'on ne saurait nier : tout est spectacle à la télévision.
Les réponses varient selon le point de vue où se place l'observateur : à l'intérieur, ou à l'extérieur du système. On donnera seulement de brefs aperçus de ces études savantes, dont le moindre mérite n'est pas de dévoiler ce que cache l'écran. Ou ce qu'il ne dit pas.
Patrick Champagne constate que l'analyse interne est largement privilégiée : les acteurs du jeu politico-médiatique se jugent les uns les autres dans la commune conviction que la dimension médiatique est essentielle. Le pouvoir des médias est comme celui du sorcier qui croit à l'efficacité de la magie en face de malades et dans un environnement social qui partagent cette croyance, estime le sociologue et il ajoute : " Le pouvoir des médias pourrait n'être pour l'essentiel que le pouvoir de ceux qui ont intérêt à croire et à faire croire au pouvoir des médias. "
Selon Philippe J. Maarek, le discours politique n'est plus l'essentiel du message télévisé. Par le seul fait de se produire dans une émission connue, explique-t-il, l'homme politique bénéficie, déjà, d'un effet de légitimation, que conforte la redondance de la diffusion à travers d'autres médias ; la façon dont le discours est tenu (apparence physique, gestualité, mise en scène visuelle et sonore) est un autre élément déterminant du message. Bref, la communication proprement verbale, ce qui est dit, ne serait pas ce qui compte le plus.
En étudiant l'émission " l'Heure de vérité ", Erik Neveu a constaté combien les journalistes tiraient parti des attentes prêtées à l'opinion publique et combien le succès de leurs interlocuteurs politiques procédait autant de leur capacité à maitriser les dossiers qu'à celle de gérer la représentation de soi. Aussi bien, note-t-il, il y a adéquation entre la formation de l'ENA, pourvoyeuse du vivier politique, où l'on acquiert ce " savoir-faire qui permet de composer un personnage assuré, donnant toutes les apparences de la compétence et de la clarté ", et l'excellence télégénique : le " grand oral " prépare ainsi à " l'Heure de vérité " ! On apprend des choses en regardant la télévision de l'extérieur, ou d'un autre Óil...
A en croire le discours ambiant, notre époque serait celle de la communication et de ses " nouvelles technologies ". La diffusion massive des " machines à communiquer " serait le signe même de la modernité.
Le premier apport de l'ouvrage de Jacques Perriault est de mettre en évidence la très longue histoire des machines à produire des simulacres pour l'ouie et la vue. De Ptolémée et Euclide aux frères Lumière et Charles Cros, on y reconnait le rôle de savants célèbres (Descartes, Newton, Faraday...), mais aussi d'inventeurs méconnus (Robertson, Zahn, Walgensten) et de rêveurs inspirés (Cellini ou Cagliostro). " L'histoire de la technique ne se réduit pas à une chronique des machines ", mais s'intègre à l'histoire des idées et des mentalités. On comprend alors combien nos innovations apparemment les plus futuristes sont tributaires des mythologies les plus profondément enracinées dans notre culture : de la caverne de Platon et des vitraux médiévaux à l'écran des téléviseurs, la distance n'est pas si grande.
Mais si Jacques Perriault nous montre comment l'offre technique se nourrit des rêves et des fantasmes anciens, il n'en nie évidemment pas pour autant les mutations que produisent les nouvelles machines. C'est que la " logique de l'usage ", thème central de son livre, n'est pas celle de l'invention. L'adaptation et le détournement sont la règle : rares sont les machines dont l'usage effectif correspond aux idées et aux projets de leurs inventeurs. Le téléphone qui, pour Bell et ses successeurs, devait avoir une fonction purement technique (transmission d'ordres) ou artistique (diffusion de musique lyrique), en offre un exemple majeur.
Dans son analyse des usages effectifs, Perriault met à mal nombre d'idées reçues. Ainsi lorsqu'il nous rappelle que les personnes seules sont moins équipées en téléviseurs que les couples, et que la télévision, par-delà sa fonction de distraction ou de compagnie, servirait aussi à éviter la difficulté des relations interpersonnelles. Ou quand, à propos de la photographie dans le grand public, il montre que la croissance continue du nombre d'appareils en usage (de 14 millions en France en 1980 à 22 millions en 1985) s'accompagne d'une décroissance du nombre moyen de pellicules utilisées (de 4 par appareil et par an en 1980, ce qui est déjà fort peu, à 3 environ en 1985). C'est une analyse lucide qu'il nous propose des " appareils désenchantés " - parmi lesquels bien sûr l'ordinateur personnel rabattu au seul traitement de texte, l'ordinateur à fonction pédagogique souvent relégué aux placards des fonds de classe, ou les dérisoires messageries télématiques.
Pour autant, Jacques Perriault ne partage en rien la résignation acrimonieuse de certains. C'est même l'usage innovant et imprévu de la technique qui l'intéresse le plus. Et il consacre des pages éloquentes aux expériences les plus prometteuses, comme celle de l'une des rares radios vraiment libres, le réseau Antelim, destiné à la communication entre les marins de commerce en mer et leurs familles, et animé par ses usagers mêmes. Perriault - dont il ne faut pas oublier qu'il dirige le département Recherche et Innovation du Centre national d'enseignement à distance - porte aussi une grande attention à l'attitude des enfants et des jeunes devant ces technologies qui, pour eux, sont plus naturelles que nouvelles et dont ils développent souvent des utilisations surprenantes.
En refermant ce livre, le lecteur peut souhaiter que Jacques Perriault prolonge bientôt ses analyses - en particulier sur les modifications de notre rapport symbolique aux machines. Ne peut-on attendre en particulier de curieux - et probablement pervers - effets de la généralisation rapide des sous-usages, voire des non-usages, de nombre d'objets techniques? Les reflex 24X36 perfectionnés qui ne servent qu'à prendre quelques photos de famille, les automobiles capables de rouler à 180 kilomètres-heure sur des autoroutes où la vitesse est limitée à 130, les chaines hi-fi 2X80 watts pour l'écoute distraite dans une pièce étriquée, les robots ménagers polyvalents dormant sur leurs rayonnages... Quelles attitudes vont induire ces surcapacités techniques inexploitées?
De même, s'il est vrai que sont largement fantasmatiques beaucoup de nos craintes quant aux effets sur les jeunes d'une télévision dont ils maitrisent mieux que nous la pratique, on ne peut pour autant se contenter d'un optimisme naif - qui n'est certes pas l'attitude de Jacques Perriault, - et notre responsabilité est lourde quant aux images et aux idées que véhiculent les nouveaux médias. On doit partager la conclusion du livre : "Nous n'avons pas à transmettre nos angoisses aux jeunes. Chercheront-ils à se rassurer par de multiples charnières électroniques, manipulant rituellement des interrupteurs à longueur de journée, ou bien maitriseront-ils les machines à communiquer pour qu'elles servent à de véritables projets, toute la question est là." Mais la réponse dépend aussi de nous...
QUAND, en 1952, Robert Mallet rencontre Jean Paulhan afin de préparer leur célèbre entretien, l'interviewer tombe de haut : Jean Paulhan, sur un bout de papier, avait déjà tout préparé, ou presque. Le plan, les questions, les réponses ! C'est donc sur les digressions qu'a été montée l'interview remarquable que France-Culture a rediffusée l'an passé dans " A voix nue ". L'anecdote est à l'image de cette face cachée de la littérature. Paulhan ne laissait pas filer les mots. Pour le directeur de la NRF, éminence grise de l'édition, le langage ne pouvait se permettre d'incontrôlables écarts. Respectueux des mots, Paulhan l'était, comme il l'était des hommes.
C'est donc un portrait précis à son image, en deux parties, qu'a brossé pour " Profils perdus " Gérard Gromer. Portrait d'un homme souvent déroutant par sa faculté de briller si facilement dans l'ombre, au service des autres. Voix déroutante également, fluette presque, qui tranche avec la robustesse du personnage. Gérard Gromer glisse ainsi sans accroc des coulisses de l'édition, où Paulhan tenait à bout de bras les écrivains du moment, les plus grands, à l'avant-scène de l'écriture, où Paulhan s'expose, avec les Fleurs de Tarbes.
Des coulisses, Christian Léger raconte comment Paulhan, en une approche presque cérémoniale de l'individu, aimait tester les nouveaux venus dans son bureau, jouer avec eux. De l'avant-scène, Thomas Ferenczi rappelle quel était son combat pour les mots qui faisait de lui un " moraliste du langage " pour qui " l'intellectuel n'est pas forcément celui qui intervient dans le débat d'idées, mais celui qui veille à la justesse des mots ". La force du langage, Paulhan l'amplifiait aussi par une autre puissance, qui collait au person- nage : la lenteur, qui l'éloignait toujours, par méfiance, des " phénomènes ". Pour Paulhan, la précipitation des modernes, dans leurs choix littéraires notamment, avait quelque chose de choquant.
On découvre également dans ce " Profil " parfaitement rythmé, bien réalisé, le Paulhan défenseur d'Histoire d'O, amateur de Sade, attentif à son corps, soucieux en somme, sans restriction, du secret de l'être. Secret qu'il devait lire sûrement entre les lignes et qu'il percevait sans doute dans la production de ses amis peintres, Braque ou Fautrier.
C'EST un bloc. Sans faille apparente, si ce n'est celle du cÓur, parfois. Henri Tachan ne mâche pas ses mots (il ne l'a jamais fait et à cinquante ans n'est pas près de le faire). Il les jette à ceux qui veulent bien l'entendre. Tachan n'est pas quelqu'un qui s'impose, sauf peut-être dans les marges du show-biz, pour rappeler que tous ne marchent pas dedans : que certains, encore, disent non au système.
Tachan chante depuis 1965. Comme " un artisan qui lutte contre les supermarchés ". Dans son échoppe, il bricole les mots comme d'autres travaillent le bois. Il a le goût des choses simples : des chats, des chiens, des êtres qui passent et qui méritent d'être regardés. Le goût de ce qui ramène l'homme à la terre, au bon sens. Et les femmes, qu'il admire, justement parce qu'" elles ont le sens des choses simples, de ce rapport à la Terre ".
Bien entendu, dans les cinq petites formes que David Jisse a conçues pour ce " Jeu de l'ouie ", on entendra la Nuit, le Parti des p'tits lapins, la Vie, Tarzan... On entendra aussi et surtout cet entretien court mais qui va à l'essentiel. Et derrière la voix ancrée dans la simplicité, enracinée, il y a le rêve qui tire le chanteur vers le ciel. Là, les étoiles sont les mots que Tachan rapproche, lance l'un vers l'autre, par jeu, par amour du jeu. Cavanna dit de lui : " Tachan n'a pas besoin de " retomber " en enfance. De l'enfance, il n'est jamais sorti. Tachan est un perpétuel enfant, aux yeux toujours neufs, au cÓur bondissant. " Et ses mots sont des billes.
Tachan aime le rire, la provocation qui n'est qu'une forme de rire interne. Il vient de sortir un " maxi CD ", soit treize minutes de nouveautés parmi lesquelles Sleep, sleep, sleep (" ...lâche-moi donc l'slip " !). La guitare et la rythmique rock détonnent dans cet univers personnel fait d'intimité et de tendresse. A prendre comme un clin d'Óil sur l'omniprésence rock et surtout pas comme un changement de cap... L'engagement est tout autre. Loin de la politique et des " grandes causes " (malgré les apparences), un engagement dans les textes et les musiques, dans le métier en somme. Toujours fidèle à (et non prisonnier de) son image. Tachan attachant.
GALVAUDÉE, arrangée, rabachée, Carmen résiste. Le chef-d'Óuvre de Bizet triomphe de la routine des théâtres, de la mauvaise foi des esthètes, de l'indifférence des musiciens. Il y a là une sorte de mystère qui irrite les uns et fascine les autres. Si Bizet n'était pas mort à trente-six ans (le 2 juin 1875), il aurait pu composer encore une dizaine d'opéras et serait sans doute devenu le plus grand musicien dramatique de son temps. Personne alors n'aurait hésité à le mettre sur le même plan que ses grands ainés, Wagner et Verdi, Rossini et Mozart. Mais Carmen (créée le 3 mars 1875) mit un point final à la carrière de Bizet, qui, après deux essais déjà magistraux (les Pêcheurs de perles en 1863, la Jolie Fille de Perth en 1867) et tant d'autres réussites moins spectaculaires, venait pour la première fois de donner toute sa mesure.
Carmen n'est l'aboutissement d'une vie créatrice que par accident. On dirait plus justement que c'est celui d'un apprentissage. Mais cet apprentissage surprend de la part d'un musicien si précoce, entré au Conservatoire avec une dispense d'âge, composant à dix-sept ans la Symphonie en ut si célèbre aujourd'hui (mais qu'il ne voulut pas faire exécuter), lauréat du prix de Rome à dix-neuf ans et montrant dans les Pêcheurs de perles une maitrise du théâtre lyrique rare chez un musicien de vingt-cinq ans, Mozart excepté. Pourquoi a-t-il fallu à Bizet encore dix ans pour se trouver ?
Lui-même nous en donne l'explication prémonitoire dans les lettres qu'il écrivit à sa famille lors de son séjour à la villa Médicis. " Je me défie de ma facilité : j'ai autour de moi dix garçons intelligents qui ne seront jamais que des artistes médiocres, et cela à cause de la fatale confiance avec laquelle ils s'abandonnent à leur grande habileté - je suis persuadé qu'il vaut mieux faire mauvais que médiocre - l'habileté en art est presque indispensable, mais elle ne cesse d'être dangereuse qu'au moment où l'homme et l'artiste sont faits. "
En tête de la correspondance de Bizet (dont une partie, parue au tournant du siècle, vient d'être rééditée (1) on pourrait placer cette phrase de 1860 : " Le très bien est si difficile qu'on n'a pas assez de toute la vie pour s'en approcher. " C'est en effet le chemin passionnant de ces années d'apprentissage - celles de l'artiste, non de l'élève, une fois le " métier " assimilé - que nous suivons à travers les lettres adressées par Bizet à sa famille (1857-1860), à un ami musicien-philosophe, Edmont Galabert (1865-1872), à ses proches pendant le siège et la Commune de Paris (1871) et à un apprenti compositeur, Paul Lacombe (1867-1874). A cela il faut ajouter divers billets parfois laconiques de la collection Nydhal publiés en 1988 par l'Académie suédoise de musique : Claude Glayman en a extrait une quarantaine pour compléter les lettres.
Correspondance encore largement fragmentaire, d'autant que la réunion en un seul volume de ce qui faisait naguère l'objet de quatre a nécessité des allégements regrettables compte tenu de l'intérêt de la matière. Peu de compositeurs se sont exprimés aussi bien que Bizet sur les problèmes techniques examinés d'un point de vue vraiment artistique. Au hasard : " La rêverie, le vague, le spleen, le découragement, le dégoût, doivent être exprimés comme les autres sentiments par des moyens solides. Il faut toujours que ce soit fait. " Ou bien : " L'entrée de Paddock est un peu trop rythmée. Ce n'est pas là l'entrée d'un philosophe. Quelque chose comme l'entrée d'Hamlet (il donne un exemple à l'appui) eût mieux fait, je crois. " Et encore : " Le seul moyen que le compositeur ait de se faire comprendre du public d'aujourd'hui, c'est le motif, que l'on appelle à grand tort l'idée. (...) J'ai dans mon opéra une douzaine de motifs, mais des vrais et faciles à retenir, et pourtant je n'ai fait aucune concession à mon goût. " Ces lettres, que Claude Glayman a su judicieusement préfacer, nous renseignent aussi sur le caractère de bûcheur obstiné et clairvoyant de Bizet, sur la diversité de ses goûts où les contradictions apparentes agissent comme un ferment : disciple de Gounod, il admire Beethoven et Rossini, Wagner et Verdi, Mozart enfin, par-dessus tout, et Weber. Enfin, à propos des livrets d'opéra, dont la platitude, souvent, et le mauvais style déclenchent ses sarcasmes, Bizet montre cette acuité psychologique et cette intuition théâtrale qui font les grands compositeurs dramatiques : " Myrrha est, selon moi, une courtisane antique. Le côté chatte n'a pas été suffisamment indiqué par les librettistes : c'est au musicien à réparer cette faute. On peut tirer des effets de ce caractère félin et terrible dans l'ambition déçue : pas de cÓur, mais une tête et autre chose... ce qui vaut mieux que rien. "
Le film de Howard Hawks laisse transparaitre quelque chose de ce qui s'est produit entre Humphrey Bogart et Lauren Bacall. C'est sans doute pourquoi il est devenu mythique.
BOGART vient d'entrer dans sa chambre, accompagné de Dalio. Il n'a pas fait attention - et, sans doute, le spectateur non plus - à une femme qui sort de la chambre située en face de la sienne. Le même plan les a d'ailleurs montrés fugitivement, chacun tournant le dos à l'autre. Sur Bogart, au fond de la pièce, s'attarde la caméra et dans le silence vient s'inscrire en voix-off : " Une allumette ? " (on cite ici par pure commodité le texte du sous-titre). Bogart se retourne et découvre - comme le spectateur - Lauren Bacall sur le seuil. Il lui lance une boite d'allumettes. Elle le regarde ; il la regarde. Elle le regarde de nouveau, jette l'allumette derrière elle et relance la boite à Bogart en disant brièvement : " Merci ".
Scène célèbre, qui, à elle seule, aurait suffi pour faire entrer le Port de l'angoisse dans l'histoire du cinéma. Et l'on pourrait d'ailleurs prendre comme fil conducteur du film cette boite d'allumettes que Bogart et Bacall se lancent, se passent, chacun " allumant " l'autre. Jusqu'au moment où Bogart consent enfin à accepter cette femme qui s'offre à lui depuis leur premier regard et allume lui-même sa cigarette, en la regardant chanter son bonheur. Plus tard encore la même boite d'allumettes sert à " allumer " - mais le mot n'a plus le même sens - les policiers vichystes.
Mais le Port de l'angoisse mérite l'attention pour bien d'autres raisons : il est le résultat d'une alchimie complexe qui mêle un romancier, un scénariste, un metteur en scène, des acteurs et un moment historique.
Le romancier, c'est Hemingway. To Have and Have Not (1937) - c'est aussi le titre original du film - est la réunion de trois nouvelles. Le roman met en scène loin du contexte historique évoqué par le film - une espèce d'aventurier cynique dont le film n'a retenu que quelques traits. Car le scénariste, Faulkner, a préféré transformer une banale affaire de contrebande avec Chinois et révolutionnaires cubains en une lutte sans merci entre Gaullistes et Vichystes, à la Martinique.
Faulkner avait déjà travaillé avec Hawks, toujours dans le même registre : il a adapté, dans les Chemins de la gloire (1936), le roman les Croix de bois de Roland Dorgelès (adaptation tirée d'ailleurs du film que Raymond Bernard avait réalisé en 1932). Quant à Hawks lui-même, la période 1941-1945 le voit s'engager dans l'effort de guerre d'Hollywood ; il tourne successivement Sergent York (1941), Air Force (1943), Corvette K 225 (1943).
Bientôt il passera aux films noirs (le Grand Sommeil date de 1946) et aux westerns (la Rivière rouge est réalisée en 1948).
Si l'on regarde, enfin, la carrière de Bogart, ces mêmes années le voient incarner un sergent pris dans la bataille de Tobrouk (Sahara, Zoltan Korda, 1943), un marin (Convoi vers la Russie, Lloyd Bacon, 1943) et surtout le héros de Casablanca (Michael Curtiz, 1943). D'une tournée en Afrique du Nord, toujours en cette année 1943, il rapporte un court métrage de propagande Report to The Front (1944)) et dans Passage to Marseille (Michael Curtiz, 1944) il est un Français partisan de la France libre.
Faut-il évoquer pour ajouter à cet ensemble de circonstances peu communes - talents conjugués du romancier, du scénariste, du cinéaste et de l'acteur, atmosphère fiévreuse créée par des événements dramatiques que le monde vivait encore - l'aura particulière que la rencontre de Bogart et de Lauren Bacall (dont c'est le premier rôle) a donnée au film ? Hawks lui-même a reconnu qu'il avait transparu dans son Óuvre quelque chose de ce qui s'était produit entre les deux acteurs. Et c'est sans doute là que réside la différence entre le Port de l'angoisse et Casablanca auquel on le compare si souvent, en évoquant l'imperfection de celui-là face à la perfection de celui-ci.
Certes Hawks ne peut et ne veut, comme Curtiz, raconter une histoire de bout en bout. Il disait lui-même à propos de son film : "Le scénariste commençait à s'arracher les cheveux. Il disait : " Je pars. Il y a déjà " quatre bobines de tournées et vous " n'avez pas encore eu le courage de " raconter l'histoire. Quand tournerez-vous ces scènes ? " Je répondis : " Je crois que si je les évite, c'est parce qu'elles sont ennuyeuses." (cité par J.-C. Missiaen, Howard Hawks, Editions universitaires, 1966). Imperfection formelle donc, refus d'une intrigue serrée, juxtaposition de scènes, dont certaines sont gratuites, mais ce don des dieux - que le cinéaste avait bien mérité - la naissance, au cÓur de la fiction, causée par elle et la nourrissant à son tour, de la passion de deux êtres. Mélange unique de rêve et de vie qui font du Port de l'angoisse une Óuvre rétrospectivement bouleversante.
Depuis le 4 septembre, les auditeurs portugais de la région de Lisbonne peuvent capter sur la bande FM (90,4 Mhz) Radio-Paris-Lisbonne (RPL). Radio bilingue animée par une équipe de professionnels portugais et français recrutés localement, RPL diffuse de 6 heures à 22 heures des programmes musicaux, d'information et des magazines.
Le lancement de cette radio s'inscrit dans le cadre d'une politique de relance de l'action radiophonique extérieure et de présence sur les ondes étrangères, menée par le secrétariat d'Etat aux relations culturelles internationales et déjà mise en Óuvre avec la création de radios similaires en Uruguay et en Norvège. RPL est gérée par une société de droit portugais dont la Sofirad est le principal actionnaire.
Qu'y a-t-il donc de commun entre un plasticien toulousain, un éditeur barcelonais, une chanteuse beur bruxelloise, un ministre berlinois du rock, un écrivain yougoslave et une délirante maison des arts genevoise ?... " Alice ", un mensuel télévisé qui balade ses couleurs sur les ondes européennes depuis le 1er janvier de cette année. Ce magazine culturel lancé au printemps 1986 sous le nom de TBM (Toulouse-Barcelone-Montpellier), n'a cessé de faire des adeptes dans les régions d'Europe, hors des capitales et des grands circuits de diffusion. Son principe : une mosaique de petits reportages réalisés chacun sur place par les professionnels des chaines partenaires, dans le domaine de l'art (musique, architecture, arts plastiques, littérature, cinéma, design, mode). Son problème : la coordination et la postproduction, un travail énorme effectué dans les locaux de FR 3 Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon - à l'origine de l'affaire - par Tiziana Cramerotti, de mère italienne et de père allemand, avec un drôle d'accent (européen) et un petit budget (1 million de francs).
Le prochain patchwork de cette créativité bouillonnante sera réservé, en France, aux téléspectateurs de la station régionale de FR 3 Toulouse (le 24 octobre, en deuxième partie de soirée), et simultanément à ceux de la catalane TV E, de la RTBF, de la yougoslave JRT, de l'allemande SFB, de la suisse SSR, de TV 5 Europe et TV 5 Canada. Ces pellicules où s'impriment les sensibilités gagneraient à être vues de tous, mais une théorie les en empêche : Isy Morgenszten, directeur des programmes de FR 3 Toulouse, affirme en effet que " la logique du magazine n'induit pas un passage sur le réseau national, car la zone de réception doit correspondre exactement à celle de production ". Ainsi seuls seront aptes à recevoir " Alice " chez eux, ceux dont la région participe à son élaboration. Dommage pour les autres !
La Convention des droits de l'enfant doit être votée par l'ONU en novembre. Le magazine d'Antenne 2 " Euroclic ", qui s'adresse aux jeunes de l'Europe les mercredis après-midi à 16 h 20, a décidé de leur parler directement de leurs droits, pour qu'ils puissent les défendre. Toutes les semaines, donc, depuis le 13 septembre, " Euroclic " propose de petites fictions, d'une minute environ, jouées par des comédiens adultes et des enfants ayant pour thème, le viol, l'inceste, la drogue...
En France, deux enfants meurent par jour sous les coups. Une fille par classe, au moins, a subi des violences sexuelles avant l'âge de dix-huit ans. La drogue circule dans les lycées. Le harcèlement sexuel existe dans la rue. L'inceste est plus fréquent qu'on ne le croit : comme le dit ingénument une petite fille dans un des clips : " Papa dit que tous les papas font ça ! ".
La nouveauté de cette expérience tentée par la chaine publique à une heure de grande écoute, est que le message s'adresse directement aux enfants. On leur montre des situations précises de danger, en leur disant ce qu'ils doivent faire dans de tels cas. Un leitmotiv conclut chacun des dix clips : " Parles-en, jusqu'à ce qu'on t'écoute, qu'on te croie. Sinon, fais le 3615 A 2 sur le minitel et nous te dirigerons vers des personnes compétentes, comme un avocat spécialisé, susceptible de t'aider. "
La radio d'information continue de Radio-France poursuit son implantation sur le territoire. Depuis la fin du mois de septembre, elle peut être entendue à Chalon-sur-Saône (105 Mhz), Evreux (105,8 Mhz), Brive (105,5 Mhz), Niort (105,5 Mhz), Quimper (105,5 Mhz) et Tulle (105,3 Mhz).
Le compositeur de Samson et Dalila n'avait pas bonne réputation. C'est sûrement injuste. La longue correspondance qu'il a laissée - elle court sur plus de cinquante ans - permet de découvrir un personnage très différent du portrait peu flatteur que l'on connait. Elisabeth Pistorio a eu la bonne idée de se pencher sur ces lettres et de faire de Camille Saint-Saëns (né à Paris en 1835, mort à Alger en 1921) le héros du nouveau feuilleton dominical de France-Musique. Dix épisodes diffusés à partir du 8 octobre à 10 h 30.
Antenne 2 vient d'annoncer que la chaine câblée américaine Learning Channel (captée par environ 18 millions de foyers) retransmettra par satellite le magazine de la chaine publique française " France Panorama ". Lancé il y a dix-huit mois à destination de l'étranger, ce magazine est composé d'extraits de journaux et de documents d'actualité d'A 2. L'accord passé avec Learning Channel permettra de distribuer cette émission auprès de 1 200 stations par câble. Chaque numéro de " France Panorama ", d'une durée de quarante-cinq minutes, sera diffusé outre-Atlantique cinq fois par mois, en français le matin et le soir en anglais.
Jeudi 12 octobre (vers 22 h 30), Antenne 2 commencera la diffusion d'une "série de prestige" sur la Chine intitulée, comme le best-seller, d'Alain Peyrefitte, Quand la Chine s'éveillera. S'appuyant sur ce livre, mais aussi sur le dernier ouvrage de l'académicien, l'Empire immobile, et sur une enquête effectuée à travers les grandes villes chinoises en 1988, Alain Peyrefitte et le réalisateur Daniel Costelle se sont efforcés de brosser le portrait de la Chine d'hier et d'aujourd'hui.
La première émission est une collection de cartes postales sur la Chine éternelle, passée et présente. Dans la deuxième, Alain Peyrefitte narre la décadence de l'empire mandchou sur fond de couleur locale. La troisième reprend l'"enchainement du malheur" dans lequel a été plongé le pays, de la chute de l'empire à la révolution culturelle. Quant à la quatrième, elle donne la vision d'Alain Peyrefitte sur la Chine des années 80 jusqu'à la crise du printemps 1989.
Bientôt chez les vendeurs de vidéocassettes, un panaché d'images pour tous les goûts. Au rayon " nature ", Warner Home Video met en vente une collection réalisée sous la houlette de la très sérieuse société National Geographic de Washington, traitant de l'ours polaire, des rhinos, des requins ou de la forêt tropicale (six cassettes au prix de 149 F l'une), et TF 1 son numéro d'" Histoires naturelles " sur " Le chasseur et son chien ", ainsi que trois heures de la série " La planète miracle ", consacrée à l'environnement (129 F chacune). Côté cinéma, Faux Semblants, de David Cronenberg, Grand Prix du Festival d'Avoriaz cette année, et, trois James Dean (Géant, la Fureur de vivre et A l'Est d'Eden) sont proposés par la Warner ; le Grand Bleu, de Luc Besson, et Tucker, de Coppola, chez CBS Fox Video. Les plus petits pourront enfin se réjouir de la sortie de cinq nouveautés dans la " collection pop corn " de TF 1 : les Maitres de l'univers, Superman III, Supergirl, le Tour du monde en quatre-vingts jours et Richard CÓur de lion (129 F l'unité).
L'engouement de jeunes pour la musique anglo-saxonne peut-il être mis à profit pour leur faire apprendre l'anglais ? M 6 a décidé de joindre l'utile à l'agréable...
" MY tailor is rich ! " (1). Les méthodes classiques pour apprendre l'anglais ne brillent pas par leur préoccupation de la vie quotidienne des gens ordinaires. Qui, aujourd'hui, peut encore se permettre de s'habiller sur mesure chez " son " tailleur (riche ou pauvre) ? D'où l'idée astucieuse de M 6 de profiter des connaissances de sa nouvelle présentatrice-vedette Roxanne - une pétillante Américaine ! - pour donner quelques notions d'anglais à son jeune public (les 12 à 18 ans).
" N'y cherchez surtout pas une volonté pédagogique ou même didactique, insiste Jean-Luc Colin qui réalise " Roxanne Roll " " Pass Time " et " Zap 6 ", les émissions qui meublent les mercredis après-midi de la grille de rentrée, mais plutôt un clin d'Óil à ceux qui font l'école buissonnière ! Roxanne fait découvrir tout ce que l'on n'apprend PAS à l'école : musique, cuisine, sport, drague, spectacles... en langue anglaise. " Ce n'est pas sorcier. L'animatrice présente une chanson du hit parade pour en isoler une phrase du langage parlé, une locution à la mode (" to check out " (2) " to make out " (3), dont elle explique la signification à l'aide du clip.
En outre, elle propose de courtes interviews (deux minutes) avec des artistes et des chanteurs, menées entièrement en anglais mais sous-titrées, ainsi qu'un jeu, à partir des clips et fondé sur la compréhension de la langue, qui permet de gagner chaque semaine un voyage aux Etats-Unis. Avouez que c'est une façon plutôt indolore d'apprendre l'anglais courant !
D'autant que la petite " prof " est mignonne à croquer. Roxanne ne ressemble ni aux héroines romantiques (avec un seul " n ") de Racine ou de Rostand ni à la fille à la robe rouge chantée par le groupe Police, mais plutôt à Liza Minnelli, en plus jeune et plus ingénue. En France depuis bientôt sept ans, elle n'en est pas à ses débuts au petit écran. Elle était venue à Paris de l'université de Stanford (Californie) où elle étudiait le cinéma et la vidéo, ostensiblement pour tourner un film sur le jazz français, mais elle atterrit dans une maison de production, Forum Productions.
Antoine de Caunes l'y dénicha bientôt pour animer son émission " Rock Report ". Ce qu'elle fit en 1986 et 1987, puis, après un petit tour de piste, en anglais, sur Super Channel, elle se présenta, au début de l'été, à un casting (4) organisé par M 6 pour remplacer Mady Tran, débauchée par A 2 pour animer " Télématin ". Si Roxanne est américaine pur sang, Mady Tran est eurasienne et Alan Boone, le nouvel animateur des dimanches après-midi sur M 6 (" Trop tard pour la sieste "), choisi pour remplacer Nagui dans le cÓur des teenagers, qui lui s'est envolé sur la Une, est noir, helvético-américain. Pourquoi cette arrivée en force de présentateurs " étrangers " ?
" On va vers un métissage total, répond Jean-Luc Colin. Les jeunes vivent aujourd'hui un melting pot (5) naturel, et ce ne sont pas des lois sur la francisation ou des quotas qui y changeront grand chose. On ne protège pas le français par décret. Cela mène à l'apartheid culturel ! Un jeune ne dira jamais " baladeur " à la place de " walkman " sur commande. Il aura envie, en revanche, de comprendre ses chansons anglaises préférées, surtout si on lui facilite la tâche. Pour ma part, j'ai appris davantage d'anglais en écoutant les Beatles qu'à l'école ! "
Et Roxanne, prof malgré elle ou ambassadrice linguistique ?
" Au début, j'avais peur d'être accusée d'impérialisme culturel, avoue-t-elle. Mais je me suis rendu compte qu'il existe une véritable histoire d'amour entre la France et l'Amérique. Il fallait en profiter! Et ça démarre bien. En trois semaines, j'ai reçu de nombreuses lettres me demandant des conseils : sur les stages de langue, les échanges au pair, la télévision aux Etats-Unis...
" Je cherche à aider les gens en les initiant aux subtilités de l'anglais parlé. Pas trop d'argot ou de mots " branchés ", donc éphémères, mais des expressions idiomatiques. A la dernière émission, j'ai demandé qu'on m'écrive pour me donner la traduction anglaise de l'expression " chair de poule ". J'ai reçu un assortiment de réponses étonnamment varié et amusant. C'est finalement l'humour qui doit l'emporter. Je ne suis pas une maitresse d'école, mais simplement quelqu'un qui cherche à faire partager, avec le sourire, l'amour de sa langue. "
Hasard de la programmation : FR 3 et la 5 nous invitent à revoir Paul Newman dans deux films, l'un de Richard Brooks, l'autre de Martin Ritt. Deux rôles très différents pour celui qu'on surnomma à ses débuts " le nouveau Brando ".
UN jour, sur les écrans hollywoodiens, est apparu un visage ovale aux lèvres un peu boudeuses, à la fois sensuelles et enfantines. Ce n'était pas Marlon Brando, qui, cette année-là, en 1956, avait déjà tourné un Tramway nommé désir, Jules César, L'Equipée sauvage, qui, en bref, était déjà une star. Le "nouveau Brando", comme on l'a défini alors - c'était la mode de lancer les nouveaux venus en les présentant comme des sortes de dauphins, - avait les yeux d'un bleu unique, clair et glacé. A ce caractère on l'aura reconnu, il s'agit de Paul Newman.
Paul Newman, qui avait déjà plus de trente ans, venait du théâtre. Il avait fait ses débuts au cinéma dans le Calice d'argent, un de ces peplums chrétiens à la Cecil B. de Mille, malheureusement tourné par Victor Saville. Sa prestation ne soulève pas l'enthousiasme, mais il appartient à la famille de l'Actor's Studio, comme tout ce qui compte au box office de l'époque, dont James Dean, qui vient de se tuer et que le "nouveau Brando" remplace dans Marqué par la haine de Robert Wise.
Son style de jeu est tout autre que celui de l'adolescent magique dont le regard myope fait encore rêver. Le regard bleu de Paul Newman n'a rien de vague. C'est un adulte aux traits juvéniles, encore indéfinis, mais il est sportif et ça se voit à son corps solide, à sa façon calme et ferme de bouger. Moins tourmenté que James Dean, moins inquiétant que Brando, Paul Newman néglige les mimiques et les tics. Il pratique la sobriété, tout en utilisant les ambiguités de son personnage : entre la froide lucidité et une certaine mollesse, entre la cruauté tranquille et la sensualité puérile : un moral vulnérable dans un corps sain.
En tout cas, ces ambiguités, il aura tout loisir de les paufiner dans deux films - devenus "cultes" - qui sortent en 1958 : la Chatte sur un toit brûlant, de Richard Brooks d'après Tennessee Williams, avec Elisabeth Taylor, et le Gaucher d'Arthur Penn, un western sur Billy le Kid, qualifié alors d'intellectuel, ce qui est peut-être exagéré, mais sur lequel se sont penchés bien des cinéphiles et des théoriciens pour y voir la fin d'un genre, l'intrusion de la psychologie dans une forme régie par les lois de l'action et dont les personnages sont clairement stéréotypés. Naturellement, l'interprétation de Paul Newman y est pour beaucoup. Sur le moment, ce mélange de chevauchées, et de sentiments nocturnes, de grands espaces et de stanislavskisme revu par Lee Strasberg surprend et intéresse. Aujourd'hui, ce qui intéresse, c'est justement que le film soit à ce point daté.
La Chatte sur un toit brûlant pose d'autres questions. Le film suit de près la pièce de Tennessee Williams sans en restituer le climat de passions étouffantes, impuissantes, ces haines masochistes d'où nait le plaisir. Tennessee Williams écrit toujours l'impossibilité de faire rimer amour et satisfaction, homme et femme, désir et bonheur. Il place ses personnages dans un tourbillon qui les entraine inexorablement dans l'enfer de la folie. Par la présence physique des comédiens, le théâtre peut parfois transmettre la force de ces sentiments exacerbés. Au cinéma, c'est beaucoup plus difficile, d'autant plus qu'avant les années 70, la pudeur édulcorait la façon de traiter la sexualité en général, l'homosexualité en particulier.
Dans un Tramway nommé désir, le couple Brando-Vivien Leigh sautait l'obstacle. Elle parce que déjà, elle portait la folie en elle. Lui, parce que l'outrance narcissique de son jeu et son charme équivoque pouvaient faire croire à l'impossible. Mais si Elisabeth Taylor est une indéniable bête d'écran, vraie tigresse affolée, elle ne franchit pas les portes de la déraison. Face à elle, Paul Newman reste digne. Trop. Un autre metteur en scène aurait peut-être pu déboussoler le beau regard bleu. Richard Brooks n'en était sûrement pas capable.
On ne parlera plus jamais du " nouveau Brando " à propos de Paul Newman qui, finalement, descend plutôt des grands jeunes premiers des années 30 et 40, capable comme eux d'incarner des braves Dupont américains et des héros, des flics durs mais justes et des salauds séduisants, de passer du drame à la comédie. Il est même formidable dans le burlesque - l'Arnaque, avec Robert Redford, mélange de Mission impossible et de Charlot, reste un vrai délice.
Ayant épousé la comédienne Joanne Woodward, Paul Newman se lance dans la réalisation et tourne pour elle. Le premier film, Rachel, Rachel, légèrement désuet, est pourtant le plus réussi. Le dernier, la Ménagerie de verre, qui fait un sort au moindre tic de Joanne Woodward, est pénible. Paul Newman n'a rien à voir avec les perversités et les plaies à vif de Tennessee Williams. Il est trop pudique. Né d'un père juif allemand et d'une mère hongroise catholique, il est un Américain type, formé à se montrer plus fort que l'adversité. Un Américain démocrate, qui verse des fortunes aux associations antidrogues depuis que son fils est mort d'une overdose, et en gagne d'autres pour avoir donné son nom à une vinaigrette.
Un Américain de gauche qui, en 1967, au temps du " tout politique ", tourne avec son réalisateur préféré, Martin Ritt, un western généreux et pro-Indien, Hombre : sur ce plan, tout au moins, il rejoint Brando. Paul Newman est donc un Indien métis, d'où les yeux bleus. Un personnage symbole dans ce western où le naturalisme des décors : boue, pauvreté, inconfort, tue le mythe des grands espaces. Avec également l'aide d'une ironie bienfaisante, et qui peut-être aura permis à ce film plutôt insolent de ne pas paraitre trop anachronique.
DERRIERE le défilé en diagonale des phrases du générique, un décor inattendu se profile : des murs blancs rayés de deux petites bandes grises, un sol immaculé où sont posées, çà et là, à hauteur des tibias, de mini-pyramides de couleur beige. Une mélodie lente et aquatique plonge le téléspectateur dans un univers calme et froid, non sans évoquer ces religions méditatives venues d'Asie qui relaxent, en Europe, les gens des villes. Etrange contexte pour parler politique...
Pierre-Luc Séguillon l'a voulu ainsi. Avec le réalisateur, Alexandre Tarta, il a construit le cadre d'" Aparté ", l'un des nombreux magazines de rentrée de la 5, " comme une épure ". Seul face à un invité, le journaliste apparait sous le faisceau d'un cercle de lumière bleutée, tel un artiste en one-man show. Cette atmosphère artificielle et glacée doit laisser libre cours à l'intimité du dialogue qui va s'engager. Nous voici dans l'arène du confidentiel. Avant de lâcher ses lions, l'animateur explique le titre de son émission, une référence au théâtre, à " ce moment où les clés de l'intrigue sont livrées ". Assis sur un cube de bois laqué clair, agrémenté d'un coussin rond, invisible, plutôt inconfortable, l'interviewé cherche sa position. Tout est prévu : " Je ne voudrais pas qu'il s'installe ", confie Pierre-Luc Séguillon avec malice, faisant allusion au gros fauteuil moelleux de " L'heure de vérité ". Les ingrédients sont à présent réunis pour démarrer un numéro " totalement dépouillé, à contre-pied de la politique-spectacle ".
Et pourtant, après avoir été chef du service politique et économique de TF 1, lancé " Questions à domicile " avec Anne Sinclair puis organisé le houleux débat Lajoinie-Le Pen pour " La preuve par Cinq ", l'ancien rédacteur en chef de Témoignage chrétien connait aujourd'hui les ficelles des lourdes mises en scène télévisées. En février 1988, lorsque " La preuve par Cinq " fut sacrifiée, avec son accord, sur l'autel de l'audience, le spécialiste proposait déjà la mise en place dans la grille des programmes de la chaine de " magazines plus tardifs ou diffusés le week-end, d'une durée de vingt-six minutes environ, qui joueraient sur la simplicité, l'austérité, un peu à la manière américaine ". Il a ainsi conçu " Aparté " en fonction du créneau horaire : 23 h 30. " C'est tard ! s'exclame-t-il. Mais si on fait quelque chose à 20 h 30, l'aspect spectaculaire est nécessaire. " Ses précédents débats étaient coincés, à l'heure dite, entre deux émissions de variétés : il lui fallait sortir la "grosse artillerie" et " avoir un chronomètre dans la tête ". Ici, il a choisi de privilégier l'interview en tête-à-tête, " pour focaliser le contenu des propos, sans paillettes, sans motif de distraction et être, théoriquement, entièrement à la discussion ". Il espère, grâce à cette formule, " trouver une certaine authenticité " et " quelque part, un petit peu de conviction ". Les caméras sont chargées du rythme, filmant les profils champ contre-champ, tournant autour des silhouettes, "zoomant" sur les regards. Ce qui importe, c'est l'interlocuteur, " son visage, ses mains, un ton, une moue ", ajoute Pierre-Luc Séguillon. La sobriété ambiante est censée le " libérer " physiquement ; il s'agit, résume le journaliste, de " créer un climat de bonhomie tout en restant pointu " dans les questions.
Convier un homme politique une heure avant la diffusion de l'émission, sans notes et sans préparation, n'est déjà pas chose facile, mais savoir, à l'avance, que sa présence sera " d'actualité " oblige " à être un peu prospectif ". Edouard Balladur a inauguré la formule et, à la veille du vote par l'Assemblée du budget de l'Etat, Pierre Bérégovoy s'exprime ce soir. D'autres suivront, moins connus, comme le général Maurice Schmitt (le 16 octobre), chef d'état-major des armées, qu'il envisage d'interroger sur ses états de service, tout intrigué qu'il est de " la condition de militaire ". Il a aussi le projet de rencontrer ces deux patrons d'industrie devenus par miracle conseillers en communication des cardinaux Lustiger et Decourtray.
Passé le doute du temps d'antenne - " Je me demandais si j'allais tenir trente minutes tout seul ", avoue-t-il - l'animateur dresse pour l'auditoire un bref inventaire des événements justifiant le choix de l'invité, un peu succinct peut-être pour les non-initiés. Quoi qu'il en soit, " les personnes qui font la démarche de regarder ce type de programme à cette heure-là sont intéressées ", explique l'interviewer. Et " Aparté " est loin d'être rodé... Face à " la surconsommation récente de politique, à la multiplication des pôles de diffusion et à la logique commerciale ", l'intérêt du débat relève avant tout des capacités du meneur de jeu à " ne pas se laisser conduire " par son interlocuteur " et à l'écouter ". Contrairement à ses chroniques politiques dans les journaux télévisés de la chaine, il a le temps de " chauffer les gens " et d'être vraiment " embarrassant ".
Dans le climat d'incertitude qui plane actuellement sur la direction de la 5, Pierre-Luc Séguillon demeure serein. Malchanceux à plusieurs reprises, il estime que la précarité de l'emploi est " le lot de tout professionnel de l'audiovisuel ". Sans plus de commentaires, il ne frémit qu'à une idée : " les bandes-annonces des téléfilms " qui pourraient ternir l'image de marque de son nouveau rendez-vous. La coupure publicitaire à mi-parcours ne le gêne pas mais il redoute les enchainements : son sérieux brin de causette avec l'ancien ministre de l'économie et des finances du gouvernement Chirac fut, en effet, suivi " d'une paire de fesses en gros plan "...
Pour les uns, il s'agit de donner la parole aux citoyens et de renouveler le débat politique ; pour les autres, c'est tout simplement une affaire de sous. Les téléquestionnaires n'épargnent aujourd'hui aucun genre télévisé. Une mode où la crédibilité des sondages a, semble-t-il, beaucoup à perdre, et les téléspectateurs peu à gagner.
LUNDI 2 octobre, François-Henri de Virieu aura cent " Heure de vérité ". Fort de cette expérience de producteur et de présentateur de l'une des plus prestigieuses émissions politiques de la télévision, il sortira également bientôt de son cabas un petit traité de la " médiacratie ", et analysera, de façon définitive, " cette nouvelle forme de pouvoir, extérieure à l'état de droit, qui inaugure une nouvelle étape de la démocratie ".
Aura-t-il quelques mots pour son émission? " L'heure de vérité " participe en tout cas à cette nouvelle donne. Par son influence, cent fois analysée ; par sa longévité ; par son esprit surtout. Dès sa création, en 1982, François-Henri de Virieu songeait en effet à concocter une formule " qui permette un dialogue direct, où le public pourrait répondre et plus seulement questionner et, par contagion, changer le ton du débat politique dans son ensemble ". Voilà désormais quatre ans que Jérôme Jaffré présente, en fin d'émission, les enseignements de son " téléquestionnaire " SOFRES. Virieu, qui " n'hésitait pas à dire " que la formule " préfigurait les nouvelles formes de démocratie dans une société de plus en plus complexe ", s'amuse aujourd'hui de l'emphase de ses propos d'alors, reconnait que la classe politique a " une capacité au changement très rigide et visqueuse ", mais n'en poursuit pas moins sa croisade interactive. Il continue à plaider pour l'" interactivité descendante " (par opposition à celle qui monte vers SVP) de cette méthode " unique ".
En matière d'interrogation à distance, d'ailleurs, " L'heure de vérité " n'a pas tout inventé. En 1983, " Grand public " fut, sur FR 3, la première émission à utiliser les " sondages instantanés ". André Campana et Jean-Charles Eleb, les deux " cerveaux " de l'émission, avaient en effet imaginé de faire réagir en direct à l'homme politique présent dans le studio et passé au crible des questions de Geneviève Guicheney ou de Robert Namias une cinquantaine de personnes, munies, dans une pièce attenante, de médiascopes (voir encadré).
Ces méthodes pionnières furent néanmoins assez vite abandonnées. Certes, Guillaume Durand, dans son fugitif " Face à France ", avait bien recours à un panel de vingt personnes " sélectionné " par l'Institut Louis Harris, sans doute pour dramatiser et pour rapprocher davantage encore l'invité des téléspectateurs ainsi représentés, mais l'émission, pour des raisons essentiellement financières, fut supprimée un an plus tard. Quant aux tentatives de Virieu lui-même, elles ne durèrent que l'espace de deux émissions. Grâce à la logistique des mêmes Campana et Eleb, partis entre-temps fonder une entreprise d'audit vidéo, Charles Pasqua et Georges Marchais, soumis au verdict de vrais Français de la rue, filmés dans l'obscurité d'une Renault Espace, furent les deux cobayes de cette expérience sans lendemain. Le premier se fit tailler un costume mi-barbouze, mi-méridional patelin, tandis que le second, par le miracle du portrait chinois (" et si c'était une voiture ? "), se métamorphosa en Lada.
L'échec de la formule montre assez bien les limites de l'" interactivité descendante ". Elle n'est intéressante, en effet, que si les citoyens remplacent définitivement les journalistes. Plus le journaliste se transforme en animateur, plus il souhaite faire du spectacle, plus la médiascopie se justifie. Elle semblait en revanche convenir assez mal à " L'heure de vérité ". Outre le montant des frais engagés (un " audit " de base coûte environ 250 000 F), Virieu et Campana sont d'accord pour faire porter aux journalistes de l'émission la responsabilité de cette collaboration avortée. " Beaucoup plus que " Grand public ", se souvient André Campana, " L'heure de vérité " est une émission de rôle fortement dramatisée ". " Les journalistes ne changent pas plus que les hommes politiques ", renchérit Virieu. " Ça les embête qu'on introduise un truc dans leur potage et qu'on interrompe le ronron de leurs questions. "
Il n'empêche : les sondages - ou plutôt les téléquestionnaires, puisque la commission des sondages ne reconnait ce titre à aucun d'entre eux - permettent de réaliser ce qu'aucun journaliste ne fait : sanctionner. Les chaines privées l'ont bien compris qui, en adaptant le produit à leur logique commerciale, participent à cette fièvre des sondages-minute.
" Pour nous, les choses étaient claires ", reconnait sans détour Guillaume Durand. " Autant que de participer à ce mouvement de démocratie directe et d'interactivité, il s'agissait de faire de l'audience et, via le minitel, des sous. " Depuis 1987, (octobre, pour le "Duel" de Jean-Claude Bourret ; septembre, pour le "20 heures" de Guillaume Durand, qui livre une première estimation des résultats), le télespectateur présent devant son poste est interrogé, " de façon forcément un peu provocatrice ", par la rédaction de la Cinq. Chaque journal déclenche, en moyenne, 15 000 appels. Lancée au départ avec le minitel, l'opération visait essentiellement à servir de " produit d'appel " à l'ensemble du réseau télématique de la chaine (environ 35 000 heures de connexion par an, soit autant qu'Antenne 2). Aujourd'hui, le téléphone représente les trois quarts des appels, et le coup de fil facturé (quelle que soit son origine) à 3,65 F, assure à la chaine une manne régulière - les PTT ne prélevant que la moitié de la somme, tandis que la Cinq partage le reste avec son éditeur.
"Ciel, mon mardi !" de Christophe Dechavanne, "Santé à la Une", avec Anne Barrère et Robert Namias, prennent eux aussi sur TF1 le pouls de leurs télespectateurs. Comme la Cinq, ils n'ont pas l'imprudence de développer un quelconque argumentaire scientifique. " Nous voulons seulement livrer à l'état brut la photo de l'opinion de nos télespectateurs ", insiste le responsable télématique de la Cinq, Hervé Châteauneuf.
La pertinence scientifique, "L'heure de Vérité" la revendique, elle, haut et fort. Le " téléquestionnaire ", réalisé, selon la formule affichée à l'écran, " auprès d'un échantillon représentatif de 500 personnes ayant accepté de regarder L'heure de vérité ", pose pourtant de nombreux problèmes de méthode. Aucun des grands instituts concurrents de la SOFRES ne lui reconnait d'ailleurs de réelle validité, malgré les efforts de persuasion de leur utilisateur et les sommes investies (trois millions et demi de francs) dans cette " première scientifique ".
Virieu avoue d'ailleurs spontanément trois biais à ce " sondage ". Plutôt qu'une opinion, les télespectateurs, qui n'ont que trois minutes pour répondre, produisent une " impression immédiate ", épidermique et de faible intensité. D'autre part, les personnes interrogées connaissent le résultat d'une question avant de passer à la suivante, ce qui n'est jamais le cas dans un sondage classique. Il faut également compter, dans les conditions de production de ces " opinions ", avec le fait qu'elles réagissent dans leur milieu familial et qu'elles sont volontaires pour être à l'écoute. Enfin personne ne contrôle l'identité des minitélistes. Philippe Dorey, l'ingénieur en chef de la SOFRES, assure néanmoins que la cinquantaine de refus essuyés en moyenne à chaque émission ne nuit pas à la représentativité de l'échantillon. " Il n'y a pas, notamment, de déperdition en fonction de la qualité. "
La taille de l'échantillon pose également un problème. On reconnait en général la validité d'un sondage lorsqu'il est effectué sur au moins 1 500 personnes. Les 500 personnes (elles étaient 260 à l'origine) sélectionnées dans le panel de 1 400 foyers renouvelé par tiers tous les ans (un panéliste participe à une émission sur deux) sont, malgré le triple redressement effectué (un premier socio-démographique - sexe, âge, habitat, région, politique, - un second, selon l'intérêt, pour la politique et les préférences partisanes, et un troisième mixte) insuffisamment représentatifs. Philippe Dorey argumente en notant, de façon assez peu scientifique, " qu'après deux cents réponses traitées, le résultat, pour une question, n'évolue plus ", et il ajoute que, " de toute façon, il n'y a pas d'autre moyen pour obtenir une info en moins de deux minutes ". " Le téléquestionnaire n'est pas un sondage traditionnel, mais une méthode interactive expérimentée en labo. "
Enfin, note le directeur de BVA, Michel Brûlé, " il est difficile de comprendre si l'échantillon est représentatif de l'ensemble des électeurs français, ou bien des télespectateurs qui ont choisi de regarder cette émission, puisque François-Henri de Virieu passe de l'une à l'autre de ces acceptions en cours d'émission " (L'empire des sondages). Philippe Dorey tranche en faveur de la première hypothèse. Mais, dans ce cas, l'échantillon n'est pas vraiment représentatif, " puisqu'il est bâti pour refléter l'équilibre politique national entre la gauche et la droite, ce qui ne correspond jamais à l'auditoire d'une "Heure de vérité" particulière". Jérôme Jaffré avoue par exemple ses difficultés à recruter pour des invités extrêmes comme Jean-Marie Le Pen.
Malgré toutes ces failles, les hommes politiques, même s'ils dénoncent en privé une " mascarade ", se plient au jeu et contestent de moins en moins la légitimité de ces pratiques. Sans doute parce que le flou des critères d'appréciation - on peut être jugé " convaincant " et ne pas avoir convaincu - leur permet de trouver dans la corbeille finale plus de roses que d'épines.
IL n'a pas envie que l'on parle de lui. Pourtant, il connait le " tout-politique ", et le " tout-politique " le connait. Mais, par une sorte de pacte tacite, l'un et l'autre font comme si de rien n'était.
Denis Muzet exerce une profession originale : il est médiascopeur. Après de solides études universitaires (il a une formation scientifique et psychosociologique) à Strasbourg, après avoir été l'assistant d'Abraham Moles, il décide d'appliquer aux réalités françaises la vieille méthode américaine d'" analyse de contenu ". " L'idée, dit-il, c'était d'aller au-delà des opinions, des attitudes, verbalisées ou non, et peut-être même non verbalisables. ". En 1982, il crée l'institut Médiascopie. Le nom deviendra un terme générique.
A la différence des sondages minitel, qui mesurent " à distance, de façon approximative et sans grande fiabilité, une opinion et une écoute poreuse ", la médiascopie recueille " quelque chose de spontané, qui fait la part de ce qui est purement cognitif et de ce qui est strictement émotif : quelque chose qui se fait à la source, avant que la mémoire ait fait son travail de filtrage et que les influences diverses (presse, bouche à oreille) aient joué leur rôle normatif ".
La technique utilisée est simple. Une petite boite noire ultralégère - le médiascope, - munie d'un curseur variant du + (en haut) au - (en bas), permet à un " échantillon " dûment équipé de noter, de 0 à 10 et à chaque seconde, l'impact d'un message publicitaire, le discours institutionnel d'une entreprise (ses meilleurs clients en période de calme électoral) ou d'une émission de télévision (" Nulle part ailleurs " sur Canal +, les journaux de TF 1 et d'Antenne 2 ont ainsi été média- scopés). Les appréciations sont traitées instantanément par des moyens informatiques, et visualisées sous forme de courbe qui se prolonge aussi longtemps que dure le message.
Sur des critères différents (" D'accord pas d'accord "), Denis Muzet peut aussi faire de la politique. " Pour une émission comme " L'heure de vérité " ou, les années passées, " Questions à domicile ", l'échantillon est généralement de cinquante personnes, explique Denis Muzet. Elles sont réparties selon des quotas précis, moitié hommes et moitié femmes, moitié dix-huit-trente-cinq ans et moitié trente-six-soixante ans. Bien sûr, les catégories sociales sont diversifiées, et les opinions politiques constrastées. " Sur l'écran, le trait rouge permet de suivre les réactions des pseudotéléspectateurs de gauche, le trait bleu celles de la droite, et la blanche celles des indécis.
Après quelques folles années passées à s'étaler dans les colonnes des journaux ou à s'épancher sur les ondes, Denis Muzet travaille aujourd'hui en amont et dans la discrétion. L'homme politique a en effet trois bonnes raisons de solliciter ses services. Il peut souhaiter, avant son passage à l'antenne, étudier les réactions du public et peaufiner, grâce aux savants commentaires du directeur de l'institut, ses prestations futures. Il y apprendra par exemple que les longs préambules ont des conséquences désastreuses, tandis qu'une belle envolée gaullienne, comme celles de Laurent Fabius lors de sa campagne pour les européennes, sera du meilleur effet.
L'ensemble des médiascopies réalisées (une cinquantaine par an) constituent d'autre part une banque de données jalousement gardée mais disponible à la location pour peu que l'on veuille, avant un débat, étudier le style de son contradicteur. Enfin, Médiascopie propose, moyennant la bagatelle de 100 000 francs (un prix qui " favorise davantage les ministres en exercice "), des séances de training. Gérard Longuet y a préparé naguère son " Sept sur Sept ", et Pierre Joxe sa dernière " Heure de vérité ".
Ces méthodes ont leurs ennemis irréductibles (elles donnent par exemple de l'urticaire à Philippe Séguin), mais ils sont parait-il assez rares. Denis Muzet travaille pour " la quasi-totalité des grands leaders, à quelques exceptions près ". Pour peu donc qu'on ajoute à ces " générales " quelques gros calibres journalistiques, c'est une classe politique dominant parfaitement son livret qui se présente, quelques jours plus tard, devant les téléspectateurs. Denis Muzet avoue avec franchise que cela pose " quelques problèmes déontologiques "... et puis vite se tait, comme s'il avait dit un gros mot. Déontologie du sondeur, du politique, du journaliste ?
A la demande du BLIC - Bureau de liaison des industries cinématographiques - RTL télévision s'autocensure en occultant dans sa diffusion par câble les films programmés avant 20 heures tous les jours de la semaine, et ceux du samedi soir. On peut s'interroger quant à l'efficacité d'une telle mesure tant pour le câble que pour le monde du cinéma.
En effet, la stratégie commerciale du plan câble repose pour l'essentiel sur la quantité, en proposant une douzaine de chaines en plus des six usuelles, quantité qui permet de choisir la qualité. Diminuer le choix des programmes ne peut que porter un nouveau coup au câble déjà en difficulté.
D'autre part, empêcher la diffusion de films de cinéma à la télévision n'est pas remédier à la crise du cinéma : c'est jeter la pierre inutilement à autrui. On ne remplira pas les salles obscures en vidant les salons !
Si le cinéma est une industrie à part entière, ses professionnels doivent remettre en cause leur propre politique.
Après les ignobles propos tenus par Mr Claude Autant-Lara, apostat de la déontologie cinématographique française, rien ne sert de ratiociner, comme l'a fort bien compris Mme Simone Veil. Pour autant, le stoicisme ne peut pas être permis. Je crois que les chaines télévisées adopteraient une attitude responsable si elles décidaient de ne plus, désormais, diffuser les Óuvres du réalisateur précité. D'aucune façon il ne nous sera pénible de " rater " la Traversée de Paris, le Blé en herbe, la Jument verte ou le Rouge et le Noir. Même si ma suggestion semble quelque peu naive, je suis convaincu qu'elle aurait, si elle était mise en application, pour conséquence de blesser l'amour-propre du réalisateur si toutefois celui-ci a l'audace d'en posséder encore.
D'autre part, il est plus agréable de retrouver Colette ou Stendhal dans leurs écrits que dans les adaptations de l'ancien député européen.
Comme l'écrivait Prosper Mérimée à Mme de Montijo le 8 octobre 1847 : " Il n'y a rien de si laid que la bassesse dans un vieillard. "
On n'a pas assez souligné, à l'occasion de la récente nomination à la tête d'A 2 et FR3 d'un tandem " gestionnaire-saltimbanque ", combien cette situation était symptomatique de la dichotomie dont souffre, dans notre pays, le secteur culture et communication au sens large.
En effet, là plus qu'ailleurs, on appelle à la rescousse des gestionnaires (énarques, X, HEC...) qui n'ont aucune connaissance des techniques et des mécanismes très spécifiques de ce secteur, faute d'avoir reçu la moindre formation en ce domaine. Or les méthodes de gestion classiques qu'ils ont apprises dans ces " bonnes écoles " sont souvent peu adaptables.
Mais, surtout, ils se retrouvent face à des hommes de culture, programmateurs au sens large, qui sont d'un autre univers, ne comprennent pas leur langage et souvent se flattent de ne faire aucun effort pour le comprendre. Essayer d'aller parler d'un budget, d'un plan de financement, d'une politique marketing à un directeur de programmes à l'antenne, à un conservateur ou à un directeur de centre dramatique national... C'est la croix et la bannière !
Bref, quand on a en tête ce schéma, on comprend mieux la difficulté qu'a eue Philippe Guilhaume à trouver des hommes sachant parler les deux langages, gestion et culture au sens large, pour les mettre à la tête des deux chaines publiques. C'est tout simplement un mouton à cinq pattes qu'il recherchait ! La suite, à savoir le choix d'un duo dans chaque chaine, était donc inéluctable.
Décidément, le temps de parole sur France-Musique agite bien des esprits. Après l'article de Gérard Condé (supplément au no 13860 daté 20-21 août) qui me semblait avoir fait le point sur la question, voici qu'un auditeur proteste contre d'" d'intarissables bavards " (supplément au no 13884, Mr Daniel Lebailly de Caen).
Comme le dit Gérard Condé, c'est une " vieille idée " de déclarer qu'on parle trop sur France-Musique !
J'ai entendu proférer la sentence par certains qui, sans être musiciens, veulent paraitre " branchés " et " dans le vent ".
J'estime, quant à moi (étant à la retraite, je peux écouter beaucoup France-Musique), qu'il y a bien, de temps à autre, des parlotes inutiles. Mais France-Musique assume un rôle culturel irremplaçable, en nous mettant en contact avec de très grands interprètes qui parlent admirablement de leur art. C'est parfois très technique, mais le plus souvent passionnant, éclairant, instructif, et cela permet un élargissement considérable de notre champ de vision.
Ainsi de l'émission " Le matin des musiciens " tout au long de cette année. Je n'ai pas pu tout écouter, mais je me souviens avec émotion et gratitude de plusieurs émissions (...).
Voilà de la vraie radio de service public. Le rôle de France-Musique n'est pas seulement de débiter des notes. La présentation, le commentaire, qui replacent l'Óuvre dans son contexte historique et dans l'évolution du compositeur, qui permettent les comparaisons avec d'autres Óuvres de la même époque ou des périodes suivantes, qui permettent ainsi de saisir la diversité considérable des interprétations, me paraissent indispensables.
Et peu importe si, après l'opus 19 de Schöenberg, on entend aussi l'opus 23 qui n'avait pas été annoncé...
Certes, la musique commence où les mots deviennent impuissants. Mais la connaissance des compositeurs, des poèmes qui les ont inspirés, des interprètes, est très utile à l'auditeur désireux d'élargir son domaine et de mieux apprécier la musique.
Avec Gérard Condé, je réclame donc le maintien des émissions didactiques, même si certaines ne me concernent pas personnellement. On n'est pas obligé de tout écouter toujours, et l'électisme a comme limite l'honnêteté intellectuelle : il faut écouter pour essayer de connaitre et de comprendre.
Je trouve le débat sur lequel s'ouvrent vos colonnes sur " France-Musique, France-Parlote " scandaleusement inadéquat. Apparemment, personne ne s'est avisé que c'est un problème de contenu des commentaires plus que des volumes respectifs du texte et de la musique.
Alors, si c'est pour nous assener en série des émissions comme " Musique-Matin ", " Le concert de... ", " De vous à moi ", où l'on a parfois la surprise en une semaine de réentendre trois ou quatre fois des entretiens avec le même artiste, ponctués de questions aussi fabuleusement originales que " Que pensez-vous de l'interprétation sur instruments anciens ? ", ou " Les concours internationaux vous ont-ils apporté quelque chose ? ", alors, non, mille fois non au texte !!
Et ce n'est pas en rebaptisant ces émissions avec les mêmes présentateurs à l'affiche qu'on fera évoluer les choses. Quant aux " annonceuses ", devinette : combien d'entre elles (ou d'entre eux) sont capables de prononcer un nom étranger sans l'écorcher ? De dire HAYDN et pas HAYND ! LISZT et pas LITZ ? Par contre, le pauvre auditeur lambda est censé tout savoir de la forme sonate, de l'ordonnance des mouvements d'une symphonie (que représente le trio dans un menuet ? Pourquoi un menuet et pas un scherzo ?) et aucune émission ne s'abaisserait à le lui enseigner avec un tant soit peu de pédagogie.
Aussi rien de surprenant à ce que coexistent des émissions brillantes (certains " Matins des musiciens ", " L'histoire de la musique ",...) et de médiocres exposés destinés sans doute à servir de gargarisme à un pistonné quelconque.
Qu'on nous épargne les bafouillements, les plaisanteries et improvisations dénuées de finesse, les erreurs de présentation, et France-Musique deviendra ce que tout le monde semble souhaiter : un instrument qui nous fasse comprendre les Óuvres tout en nous les faisant connaitre.
A Nottingham, il y a des toits et des ciels gris, il y a des maisons tièdes et cosy et, dans les tiroirs, des photos (de Peggy, de Valéry) aussi bien rangées que les maisons le long des rues. Mais, depuis que, dans la chambre d'une maternité, un jour de 1936, Blanche Rylatt et Margaret Wheeler sont devenues amies, la vie, derrière les apparences, a pris un goût de désordre. Margaret est sûre qu'on lui a donné le bébé de Blanche. Quelques mois plus tard, d'ailleurs, Valéry devient blonde, tandis que les yeux de Peggy virent au brun.
Margaret et Blanche sont fines et intelligentes. La vie suit donc son cours, sans histoires d'enfants maltraités ou humiliés. Mais en demi-teintes, à demi-mots, le document de Jonathan Gili (ici amputé d'une dizaine de minutes) laisse entrevoir combien est lent et ardu le chemin qui mène à la vérité.
Epuré de toute digression sur l'inné ou l'acquis, heureusement privé de l'humour un peu lourd de La vie est un long fleuve tranquille, Mixed blessings (Cet enfant n'est pas le mien), qui a puisé son scénario dans " The Real Life ", est un documentaire très sobre, très pudique, très anglais. La Grande-Bretagne doit d'ailleurs en être fière, qui l'a proposé à la compétition du prix Italia 1989 doit d.
PEUGEOT, c'est une maison moderne. Sinon il n'y aurait pas une " direction des ressources humaines ". Et, à sa tête, un homme, nommé Jean-Marie Nathan-Hudson. On ignore quelle est la formation de ce haut dirigeant - sciences humaines ou science des ressources, - toujours est-il que le groupe tient en lui un fin stratège du conflit, un tacticien retors. Il lui manque peut-être le sens de la dissimulation, qui lui aurait permis de garder un peu plus secret le document lu et montré lors de l'émission de Claude Sérillon, " Place publique ", mercredi soir, sur Antenne 2. Se plaçant dans l'hypothèse d'un conflit, monsieur le directeur des ressources humaines expose d'abord que " le droit de grève est un droit constitutionnel " et qu'" il faut le respecter ". " Il y a, ajoute-t-il, une jurisprudence très claire et détaillée sur la grève, et nous n'entendons pas en sortir : par conséquent, c'est la bagarre. On mobilise toutes nos forces pour faire pression dans l'autre sens. "
Jusque-là, rien à redire, c'est de bonne bagarre : chacun ses armes, dans le cadre des lois. Mais, plus loin, on lit : " Si le conflit est assez sérieux, la négociation doit déboucher sur quelque chose qui permette de reprendre le travail, mais qui soit plutôt négatif pour le personnel. La grève doit laisser le souvenir de quelque chose où les gens ont perdu, même si cela est symbolique. " Il ne se cache pas derrière son col blanc, Mr Nathan-Hudson, c'est bien, c'est loyal d'annoncer ainsi la couleur. Faites grève, faites grève, il en restera toujours quelque chose : de l'amertume, du remords, un sentiment d'incomplétude. Etre puni par où on a péché, c'est, pour le gréviste, garder au cÓur la rancÓur de son vain combat.
Dans son modeste logis de Mulhouse - ou de Sochaux, on ne sait plus, - un homme au regard très doux, calme et triste derrière ses lunettes, lisait, assis devant la table de sa cuisine, à côté de sa femme qui ne disait mot, la lettre du directeur de l'usine l'appelant à la raison. Il se nomme André uvrard - merveilleux patronyme, si l'on y songe, pour un ouvrier... Bourguignon d'origine, il a deux enfants. Il est Peugeot - comme on dirait : il est Français - depuis vingt ans. Il gagne 4 800 F par mois. Pas de quoi être très raisonnable. Pourtant, il parle calmement, ce gréviste gentil qui n'est ni Turc au regard farouche, ni " gros bras " syndicaliste aux accents militants, ni marginal irrattrapable. Il dit : " On est sous-payés. Il faut faire grève. C'est la seule solution pour montrer au patron qu'on n'a plus de pognon. "
Très compréhensif, au fond, André uvrard : " Il ne faut pas demander 7 000 ou 8 000 F, ce n'est pas le problème, mais tout le monde devrait avoir 6 000 balles. C'est pas le Pérou ! avec 4 800 F, on vit mal. Il n'y a pas de loisirs, on passe à côté : il n'y a pas de pognon. Il faut taper sur la table et dire : Patron ! Ça va plus ! " C'est un grand enfant, il aime bien l'équipe de football de Sochaux - ah oui, c'était Sochaux ! On le voit dans les tribunes du stade : il vibre peu, mais il est là. Il regarde le match l'air un peu détaché. Un peu plus tard, il exprime un coup de colère, toujours à sa manière, qui n'est pas tonitruante mais timide, comme fatiguée : " On est mal considérés, on est de la merde. Il y a des jours où ça passe pas. On ne peut pas toujours ramper, dire : Oui monsieur, oui chef. On est quand même des hommes ! "
Mieux que des hommes : des enfants. Les enfants de la grande famille des Peugeot. Dans les ateliers de carrosserie les plus modernes du groupe sont affichés les commandements du premier constructeur français d'automobiles. Il s'agit, précisons-le pour les méfiants, d'un document dernier cri, comme la 605, et non d'une vieillerie dénichée dans les archives de la première révolution industrielle. Cela s'intitule " Principes de conduite du groupe ". Chaque individu admis à Óuvrer dans ces ateliers superperformants doit s'engager à ce qui suit : " Je respecte les principes du groupe. J'entretiens de bonnes relations avec le groupe et avec la hiérarchie. Je suis présent au travail. Je suis disponible et je m'organise en conséquence. Je suis responsable de la propreté et du rangement de mon secteur : au poste (outillage, mobilier, allées...), le (sic) véhicule et les pièces. Je porte mes vêtements de travail de façon soignée et je les entretiens (...). Je fais mes opérations sans défaut, sinon, je le signale (...). Je fais des efforts pour être mobile (polyvalence, mutation, forme...). A l'extérieur, je contribue à la bonne image de l'entreprise ". Mouche ton nez, ouvrier, et dis bonjour à la dame !
Scandale énorme dans le ciel de France : on a publié, contre tous les usages - et contre les lois, - la feuille d'impôt de Jacques Calvet, le patron de PSA ! Quel trouble, quel émoi ! Gagne-t-il trop, pas assez, progresse-t-il trop vite ? Le pays tout entier a eu à en débattre, un pays profondément ému, bouleversé, la polémique déchirant les bistros, les familles, les salons et les cantines. Pendant ce temps, les corps des victimes de l'attentat du DC-10 d'UTA sont rapatriés dans une indifférence à laquelle n'échappent que les proches.
Il n'y a pas trois ans, chaque attentat plongeait la nation dans un état de choc émotionnel, d'unanimité, de trouble. Or que voit-on en 1989 ? L'attentat le plus meurtrier, le plus imparable, froidement monstreux, nous laisse de marbre. Le fait de n'être plus baignée dans un climat permanent de terrorisme a-t-il anesthésié la France au point qu'elle soit devenue capable de placer sèchement au compte pertes et profits de la fatalité moderne les cent soixante et onze vies brisées au Ténéré ?
Jeudi soir, à la Madeleine, on a célébré un office pour les défunts. Tout l'Etat et toutes les religions étaient là. Quelques secondes dans les journaux télévisés, entre un fait divers et une exposition de peinture, et tout était dit. Ce consensus dans l'insensibilité est bien mystérieux ou trop explicable : si l'avion s'était écrasé sur la Concorde, il y aurait eu plus de gens pour s'en plaindre. Mais le Ténéré, l'Afrique... Et puis, tous ces avions qui se cassent la figure, cela devient banal, quelle que soit la cause. André Gide disait que le jour où il se surprendrait à ne plus s'indigner, ce serait le signal du vieillissement. Ça doit être ça.
Il arrive un moment, un âge, un état où l'homme devient un handicapé de la sensibilité, comme par une insidieuse lobotomie. Bernard Pivot nous a montré, vendredi dernier, un spécimen assez rare - on l'espère - d'humanité inhumaine. Il s'agit de ce Joseph Saadé, du Liban, se disant chrétien, baptisé à Beyrouth " le Boucher ", et qui, il y a de cela des années, assassina à tour de bras des " musulmans " pour venger ses deux fils, eux-mêmes assassinés. On a cru devoir enregistrer les souvenirs de ce tortionnaire-tueur, on les a estimés publiables, et on nous le montrait. Son allure jugeait ses comportements : il était flasque, éteint, émettant des phrases courtes, sèches, sans souffle ni modulations, et passant mal l'obstacle de ses lèvres serrées. Son regard sans vivacité était la négation même du regard. Il donnait l'impression de n'avoir pas souri depuis deux mille ans.
Ce tueur était un homme mort. On ne fait pas le procès d'un fantôme. Et, puisqu'il croit en Dieu, paix à son âme.
Une erreur de traduction a été commise dans la légende de la photo de couverture de notre dernier supplément " Radio-télévision ". Il aurait fallu lire : " Avec ARD et ZDF, vous êtes assis aux premières loges " (et non " asseyez-vous... ").
Un reportage sur le Vatican. Un de plus. Avec les mêmes clichés sur la diplomatie, les finances, la sécurité du pape. C'est le Saint-Siège côté cour. Et côté jardin?
LE Vatican interdit : pourquoi un titre aussi racoleur ? Confondre le siège de l'Eglise catholique avec celui d'une multinationale, en faire une sorte de Fort Knox de la foi déchiré par les clans, où la " filière polonaise a remplacé la Mafia milanaise ", provient d'une vision du Saint-Siège sinon mal intentionnée, tout au moins largement périmée. S'il est vrai que le Vatican n'est pas une maison de verre ni l'Eglise catholique un modèle de communication, une telle présentation de cet organisme relève de l'imagerie d'Epinal.
Seuls les premiers plans d'un trop bref reportage, guidé par un cardinal français à la retraite, rectifient le cliché d'un Vatican secret, peuplé de diplomates en soutane, de policiers discrets, mais armés jusqu'aux dents, et de financiers brassant d'imposants comptes en banque. Comme tous les matins à 7 heures, levé déjà depuis deux heures, Jean-Paul II célèbre sa messe devant une trentaine de privilégiés, dans cette chapelle aux murs couverts de marbre que Paul VI son prédécesseur avait aménagée, trop glaciale pour rendre compte de l'intimité du moment. On y voit le pape s'abimer en prières, puis enfiler lentement, gravement, sa chasuble, comme si, avec l'habit du prêtre, il portait tous les soucis de l'Eglise et du monde.
Voyages à l'étranger (quarante-trois avant son départ le 6 octobre vers la Corée), dans les diocèses italiens (un par mois), dont celui de Rome, le sien : Jean-Paul II a changé le métier de pape. De sédentaire, il est devenu itinérant. Le monde est sa paroisse : Jean Chélini, universitaire (1), estime à environ cinq cents le nombre de chefs d'Etat, de ministres en exercice et d'ambassadeurs reçus par le pape chaque année en audience privée.
Il a également modifié la répartition de son travail avec celui de la Curie. Pie XII, Paul VI examinaient un par un tous les dossiers. Le pape actuel sélectionne davantage ses interventions. Il fait une confiance plus grande à ses collaborateurs, chefs et secrétaires de dicastères, qu'il reçoit d'une manière plus régulière et moins guindée que les célèbres audiences di tabella de ses prédécesseurs. Il a complètement délégué au cardinal secrétaire d'Etat et aux organismes spécialisés de la Curie la charge des problèmes matériels et la gestion des quatre mille employés de l'Etat dont il est le souverain.
En revanche, plus qu'hier, les nominations de nonces et d'évêques font partie de son domaine réservé. Jean-Paul II rédige lui-même intégralement ses grandes encycliques (sept en onze ans de pontificat) et lettres apostoliques, ses catéchèses du mercredi (lors des audiences générales sur la place Saint-Pierre ou dans la salle moderne construite par Paul VI), ses discours à l'étranger, etc. Le pape passe pourtant pour un homme qui écoute ses visiteurs et favorise le travail de groupe. Pie XII ne recevait jamais à table, Jean XXIII, que des membres de sa famille ou des intimes, Paul VI retenait parfois ses collaborateurs. Jean-Paul II le fait tous les jours : séance de travail au déjeuner, diner d'amis (surtout des invités polonais) chaque soir.
Si Jean-Paul II n'est pas le monarque des caricatures, centralisateur et autoritaire, l'autre idée fausse est celle qui fait du Vatican une sorte de machinerie ingénieuse, puissante et bien huilée. La réalité est moins reluisante. L'efficacité de l'organisme central de l'Eglise catholique repose moins sur la sophistication de ses structures que sur le dévouement des hommes qui sont à son service. Au Vatican, on traite l'universel, mais de façon artisanale. Pour huit cent millions de catholiques, on ne compte pas plus de huit cents " curialistes " attachés de manière fixe au service du Saint-Siège.
La congrégation pour la doctrine de la foi, héritière du Saint-Office, qui veille à l'orthodoxie de toutes les idées publiées et enseignées dans le monde catholique, ne fonctionne qu'avec une trentaine de collaborateurs. Ils sont cent quatre-vingts à la secrétairerie d'Etat, organisme central du gouvernement de l'Eglise, divisé en neuf sections linguistiques, qui traite les rapports des nonces et autres sources d'information, ainsi que tout le courrier : lettres de déséquilibrés, de dévotion au pape, de malades qui demandent son intercession, de prisonniers qui le supplient d'intervenir pour leur libération, de couples qui veulent annuler leur mariage, de divorcés qui souhaitent leur réconciliation avec l'Eglise, etc. Tout un courrier de délation aussi pour dénoncer à la Curie tel ou tel prêtre ou évêque. C'est le Vatican, côté jardin. Seul, hélas ! le côté cour est connu.
Depuis toujours amoureuse du documentaire, Canal + lance, pour son cinquième anniversaire, un hymne à la seule gloire du genre.
IL faut de tout pour faire un monde. Un peu de bric, un peu de broc, du " sucré et du salé ", du rire ou bien des larmes. Il faut de tout pour, l'espace d'une nuit, écrire à nouveau la comédie humaine. Il faut les yeux de William Klein, ceux de Jean Vigo et de Joris Ivens, il faut des yeux plus anonymes, dont on est sûr qu'ils sachent voir, il faut des yeux plus étonnés, plus étonnants. A travers les yeux d'une mouche, par exemple, le monde parait plus reposant.
Après les nuits des courts métrages, après la nuit du film d'art, Canal + inaugure, ce soir, la première nuit du documentaire. Pour Catherine Lamour et Anna Glogowski, responsable des documentaires et des magazines de la chaine, et Elisabeth Couturier, la conceptrice de ce " Docs, docs, docs, super docs ", cinq heures n'étaient pas de trop pour " traduire la richesse et le foisonnement du genre ". Savamment découpés (ce qui ne nuit pas forcément à un genre souvent lent), minutieusement assemblés par séquences, liés, sur une idée d'Olivier Guiton, le réalisateur de l'émission, par " L'homme à la caméra ", du Soviétique Dziga Vertov, les documentaires se déroulent toute la nuit sur un rythme endiablé seulement entamé, l'espace d'une demi-heure, par un étonnant " Super doc " (voir encadré).
On retrouve, dans les choix d'Elisabeth Couturier, l'éclectisme de ton et un certain goût " maison " propre à Canal +. Catherine Lamour, qui ne s'est jamais reconnue dans la tradition française du documentaire, qu'elle juge " très docucu et trop pédagogo ", n'aime ni l'hexagonal, ni les bons sentiments, ni le " psy culpabilisant ". Disciple de Rossif, elle adore les grands espaces, l'aventure, le rire, mais s'intéresse aussi aux problèmes de société, pour peu qu'ils ne versent pas dans le " baveux ". On lui doit, par exemple, la programmation de Sans domicile fixe, d'Hervé Chabalier, ou de Ville de chiens, de Marianne Lamour.
Elle traque seulement " les histoires " (de gens, de pays, d'animaux), les true stories et les destins, et puis, bien sûr, les talents. " Une émission, c'est d'abord un film, c'est-à-dire une écriture. Le stylo ne fait pas l'écrivain, pas plus qu'une caméra ne fait le cinéaste. Malheureusement, cette évidence a trop souvent été oubliée, voire niée, et, en France, le documentaire a failli mourir de pauvreté, de négligence, d'oubli, d'ennui. "
Voilà pour la petite note grave. L'équipe a, en effet, assez d'humour et de recul " pour ne pas faire du documentaire une religion ". D'ailleurs, les vrais dangers sont passés, et l'espèce n'est plus menacée de disparition. Aux Etats-Unis, les networks y reviennent et, en France, la " contre-programmation " payante de Canal + commence à faire des émules. " Docs, docs, docs " n'est pas une fusée de détresse, mais un feu d'artifice à la seule gloire du genre.
La série en sept épisodes de Charles Brabant offre une vision nocturne de la Révolution, à travers la vie et l'Óuvre de Restif de La Bretonne. Une petite merveille d'intelligence et d'esthétique théâtrale.
ESTIF de La Bretonne n'était pas du genre à s'en laisser conter. Plutôt homme de terrain, il préférait se frotter à la réalité(pour au besoin s'y xerdre corps et âme. Huitième enfant d'une(famille qui en compta(quatorze,(fils d'un laboureur aisé de Bourgogne qui le destinait à la prêtrise,(Restif de la Bretonne montre très vite un caractère d'indépendance qui déroute parents et éducateurs et un goût prononcé pour(les mauvais penchants. Il conservera d'ailleurs toute sa vie cette philosophie du plaisir, y consacrant son existence, en un siècle ou,(somme toute, la corruption allait jon train. Mais xour(être libertin, l'auteur le la Famille vertueuse , la Fille naturelle, le Pied de Fanchette, le Paysan perverti ou les Dangers de la ville ... (il serait vain d'énumérer une Óuvre(qui compte près de deux cent cinquante volumes), n'en était pas moins à l'écoute de son ùemps,(conscient de vivre(les prémices le la Révolution. Restif de la Bretonne(participe avec une(volupté(à peine contenue à la fin d'un monde qu'il perce de son regard aigu de hibou,(oiseau nocturne dont(il prend l'aspect, grâce à un costume tout juste étudié à cet effet. Il promène cette dégaine dans les ruelles du vieux Xaris, cherche les conversations klandestines qui peuvent éclairer sa vision des événements, s'essaie aux rencontres inattendues et guette les petits riens qui excitent son imagination et nourrissent son Óuvre.
C'est le cette existence et de ces récits que s'est inspirée la série " Les nuits révolutionnaires ". Les sept épisodes " de caractère feuilletonesque " rapprochent le quotidien personnel de l'auteur et l'événement historique(lui-même, afin de sortir,(comme le précise Charles Brabant, " des sentiers battus " , des " ornières de nos(manuels scolaires et de tourner le dos à des images d'Epinal plus ou moins iuthentiques comme la prise de la Bastille ou cette fuite à Varennes(tant de fois rabachée. En revanche, précise le zéalisateur,( côtoyer le xetit peuple dans la vérité(vécue, prendre la mesure de son legré de misère et du ravage de la disette, entrevoir(le comportement entre modérés et sans-culottes, saisir la résonance de savoureuses anecdotes (...), telles sont les composantes fondamentales, essentielles qui ont inspiré " Les Nuits révolutionnaires . "
Ainsi xrostituées vérolées, miséreux, mendiants, aveugles, prolétaires cotoient dans ces nuits sans pudeur,(l'aristocrate clandestin et l'homme de robe. Et dans cet espace-temps des nuits révolutionnaires à la profondeur plus tragique, à l'épaisseur plus ténue que la lueur du jour, le Hibou suit pas à pas, dans l'ombre, la révolution en marche, les élans d'un peuple qui prend(les armes xour obtenir des lois. Charles Brabant i adopté le parti pris de la théâtralité pour(rendre cette(intimité nocturne qui(se déroule(sur(la plus grande scène de théâtre du monde : celle d'un xays où se joue(un les *vénements les plus important de son histoire. Décors (des rues de Paris), éclairages contrastés, contribuent à cette unité de temps et de lieu xropre à l'univers théâtral. BI " La nuit, explique le réalisateur, ne constitue pas, à xroprement parler, un envers du jour, mais offre une réalité autre, un éclairage plus fantastique, un climat plus mystérieux (...). Elle est propice à la découverte, génératrice d'images et d'imagination. " Et meneur(de jeu, guide assidu,(le Hibou conduit le téléspectateur aux confins l'un monde où zéalité et romanesque se mêlent imperceptiblement, à la découverte(de l'insoupçonné.
- Allô, c'est toi ? C'est Sandra. Ça y est, j'y suis !
- Enceinte ?
- Mais non, idiote, amoureuse ! Raide dingue. Un mec sublime. Je l'ai rencontré chez Jean-Pierre et Jeanine. Je l'ai vu... le coup de foudre. Estelle et David Hallyday, c'est rien à côté. Là, ça va faire trois semaines... Il m'a pas encore appelée, mais c'est tellement bon, tellement délicieux, l'amour, que...
- C'est chimique, je te signale.
- Ah non, tu vas pas recommencer ! Le fromage sous emballage plastique, le sirop de grenadine, le jambon blanc... Si on t'écoutait, on pourrait plus rien bouffer. Là, tu m'empêcheras pas de le dévorer à pleines dents, mon Loulou adoré.
- Ah ! Parce qu'il s'appelle Loulou ?
- Oui, et il est beau, t'imagines pas. Avec son chemisier ouvert jusqu'à la taille et ses petites fesses serrées dans son jean, il est à se mettre à genoux devant.
Vital... A l'empreinte inconsciente du premier être qui ait compté pour toi.
- Gérard ? Qu'est-ce que tu racontes ?... Il lui ressemble pas du tout, Loulou. C'est exactement le contraire.
- Non, pas Gérard, ta mère. Parait que, même planqué dans son utérus, elle lui imprime déjà sa marque, au fÓtus. Et, après, il la cherche partout.
- Les garçons, je veux bien, mais pas les filles, voyons !
- Pareil. Tu portes en toi l'image indélébile de ses vêtements, de ses gestes, de ses bijoux, et si jamais tu les croises tu tombes comme une tonne de briques.
- T'as peut-être raison, maman adore les boucles d'oreilles et il a un diam à... Elle se maquille à la Marylin, et lui, ses cils, on croirait qu'il les a passés au rimmel. Leurs cheveux...
- Il serait pas un peu... ton Loulou, dis donc !
- Je commence à me le demander. Remarque, avec cette nouvelle théorie, sauf à aimer les femmes, nous les nanas, on va en être réduites à courir après les travelos.
LA fiscalité aura servi de prétexte à quelques-unes des plus belles batailles politiques de l'année. En Allemagne fédérale, le ministre des finances, Mr Gerhard Stoltenberg, a été remercié en avril, pour avoir imposé un éphémère prélèvement à la source sur les revenus des obligations. Au Japon, la démission du gouvernement Takeshita n'est pas due seulement à divers scandales politico-financiers, mais aussi à l'impopularité de la nouvelle taxe de 3 % sur la valeur ajoutée. En France, Mr Bérégovoy s'apprête à affronter des discussions serrées avec ses camarades socialistes, pour défendre son projet de budget 1989.
Aux Etats-Unis, cependant, le président Bush vient de réussir un coup de maitre. Il est parvenu à faire voter par la Chambre des représentants, à majorité démocrate, un projet de diminution de l'impôt sur les plus-values en capital, malgré les réticences des parlementaires et, à en croire les sondages, celles d'une majorité d'Américains.
ALORS que la plupart des économistes réclament à cor et à cri des augmentations d'impôts aux Etats-Unis afin de contenir l'énorme déficit budgétaire, c'est donc une diminution d'impôt que George Bush vient de faire accepter par le Congrès. On ne lui donnait pourtant pas plus d'un an pour rompre sa promesse électorale de "no tax" (pas d'impôt supplémentaire).
L'argument-choc du président consiste à dire que loin d'amoindrir les recettes fiscales cette disposition va les accroitre, car elle inciterait les Américains, moins imposés, à faire plus d'affaires, créant ainsi davantage de richesses. Ce discours ne ressemble-t-il pas à celui de Mr Reagan, clamant, au début de sa présidence et quelques mois avant la profonde récession de 1981-1982, que la baisse des impôts allait donner un coup de fouet à l'économie américaine ?
S'IL a réussi un beau coup politique, le président se place pourtant en position délicate. Car rien ne prouve qu'il pourra longtemps éviter d'instaurer un impôt supplémentaire sur des produits de grande consommation, comme l'essence, pour regonfler les recettes fiscales. L'électorat américain accueillerait pour le moins froidement une telle mesure alors que le chef de la majorité démocrate à la Chambre, Mr Richard Gephardt, leur affirme que l'allègement d'impôt qui vient d'être adopté constitue " un cadeau de 25 000 dollars par an en moyenne aux plus riches familles d'Amérique ".
La croissance économique soutenue qu'ont connue cette année l'ensemble des pays industrialisés a quelque peu occulté l'immense problème que représente pour l'économie mondiale un déficit budgétaire de plus de 100 milliards de dollars, financé en grande partie par des étrangers. Même si aucune récession ne survient, la conjoncture économique sera certainement moins brillante au début des années 90. Les Japonais achèteront-ils toujours autant de bons du Trésor des Etats-Unis ? La Bourse américaine supportera-t-elle le surcroit de placements qui devrait découler d'une moindre imposition sur les plus-values ? Mr Bush pourrait alors regretter d'avoir été moins prudent, en matière fiscale, que les dirigeants allemands ou japonais.
L'Etat français pourrait émettre un grand " emprunt pour la Pologne ". Interrogé à ce sujet, vendredi 29 septembre sur France-Inter, Mr Michel Rocard, premier ministre, a confirmé qu'un tel projet était bien à l'étude, mais qu'aucune décision n'avait encore été prise.
Mr Rocard a précisé que, compte tenu des difficultés financières de la Pologne, un tel emprunt posait un certain nombre de problèmes techniques, concernant notamment le taux d'intérêt qui devrait être proposé pour que des Français acceptent de souscrire à une telle opération.
Le gouvernement de Mr Carlos Salinas de Gortari vient de faire connaitre sa décision de concéder pour trente ans à des opérateurs privés, majoritairement nationaux, Telefonos de Mexico (Telmex), la principale compagnie publique du pays.
L'annonce a été communiquée le 18 septembre par le chef de l'Etat lui-même, lors du congrès de l'organisation des travailleurs de la branche (STRM). Il s'agissait, par ce biais, de montrer que les intérêts des travailleurs ne seraient pas sacrifiés - une précaution indispensable, du fait que les syndicats, quoique très fortement intégrés dans l'appareil d'Etat, sont dans l'ensemble vivement hostiles à la politique dite de modernisation de Mr Salinas, et dont la privatisation est un volet essentiel. Le 19 septembre, le ministre des communications, Mr Caso Lombardo, a fourni d'importantes précisions lors d'une conférence de presse réunie en présence du leader de la STRM, Mr Hernandez Juarez.
Aucun des cinquante mille employés de Telmex ne sera licencié ; une précision qui a du prix, compte tenu de la manière " sauvage " dont se sont déroulées de précédentes grandes privatisations, telle celle, l'an dernier, de la compagnie d'aviation Aeromexico, ou celle, en cours, de la principale mine de cuivre du pays, Cananea, dans le Nord. Le ministre a encore précisé que la participation du capital étranger, actuellement de 20 % à 25 %, demeurerait minoritaire (un même groupe ne pouvant détenir à lui seul plus de 10 % des actions). L'Etat, même s'il devait, ce qui est peu probable, ramener sa propre participation à zéro (contre 55 % actuellement), gardera une représentation au conseil d'administration.
Ces indications avaient naturellement pour objet d'ôter des arguments à l'opposition nationaliste, et notamment au PRD (Parti de la révolution démocratique de Mr Cuauhtemoc Cardenas), qui a obtenu le tiers des voix lors des élections de 1988 selon le décompte officiel, la majorité selon ses propres calculs. Un Front patriotique national vient d'ailleurs de se constituer autour du PRD, avec plusieurs dizaines de petites formations de gauche, afin précisément de s'opposer à la progressive " désincorporation " d'une partie du secteur public (un terme que le gouvernement juge politiquement " moins cru " que celui de " privatisation ").
Une opposition évidemment plus sourde se manifeste jusqu'au sein de la formation officielle, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), au pouvoir depuis six décennies et dont l'idéologie jacobine a toujours été plutôt favorable à un important contrôle étatique de l'économie.
Plusieurs centaines d'entreprises, sur le gros millier qu'en compte le pays, ont déjà ainsi changé de statut durant la présidence de Mr Miguel de La Madrid (1982-1988).
Hormis Aeromexico et Cananea, la seule privatisation de poids est celle, engagée vers le milieu de cette année, de l'autre compagnie aérienne, la Mexicana de Aviacion. La décision concernant Telmex se veut donc, par-delà ses effets concrets, la confirmation d'une volonté politique - si peu populaire soit-elle en dehors d'une partie des classes moyennes et des milieux d'affaires mexicains ou étrangers. Elle est un élément d'une politique plus générale, dont l'ouverture très large du pays aux produits et investissements étrangers depuis 1986 est l'autre grand volet. La privatisation de Telmex se fera par un appel d'offres dont les résultats ne devraient pas être connus avant le début de l'année prochaine.
Telmex n'est pas en mauvaise santé, même si elle est un peu somnolente. Et la convention collective des " téléphonistes " a été, comme bien d'autres, revue au printemps dernier, dans un sens évidemment moins favorable aux travailleurs. La vente de près de la moitié des actions de l'entreprise sera donc une très grosse affaire : le " paquet " à transférer devrait, selon plusieurs experts, être un peu supérieur à 1 milliard de dollars. Et le marché futur est potentiellement considérable. Le ministre a indiqué que quatre millions de postes, au moins, devront être rapidement installés. Il entend, en particulier, que les quelque dix mille agglomérations de plus de cinq cents habitants actuellement dépourvues de téléphone public en soient dotées à l'horizon 1994, ce qui représenterait, sur un territoire de près de 2 millions de kilomètres carrés, dix mille cabines nouvelles (quarante mille sont actuellement en service).
Les exigences du gouvernement mexicain sont donc très grandes. Le ministre a en outre indiqué n'entendre traiter qu'avec des opérateurs à même d'introduire dans le pays des technologies de pointe. L'actuelle législation devra être modifiée puisqu'un acteur même partiellement étranger est en principe exclu du domaine des communications. Le gouvernement devra demander un vote au Parlement, une opération délicate compte tenu, là encore, d'un sentiment général très nationaliste.
Le plus probable, estime-t-on ici, est que les " grands étrangers " susceptibles d'être intéressés devront constituer des alliances, tant pour alléger leur engagement initial et surtout ultérieur (un tiers des investissements devront être effectués en " argent frais ") que pour créer des synergies entre " opérateurs " proprement dits. Les noms ici prononcés sont ceux d'ATT, de British Telecom, de la Telefonica espagnole, etc. ; pour les fournisseurs de matériel, on évoque Siemens, Alcatel, ATT ou la japonaise NEC.
Trois mois après l'investiture du péroniste Carlos Menem, la vague de privatisations qu'il a définies comme l'un des piliers de son plan d'austérité est engagée. Le principe en a été acquis sans qu'aucune voix discordante ne se fasse entendre. Le Parlement en a approuvé le cadre légal (voir le Monde du 12 septembre). Reste à en préciser les modalités selon les secteurs.
Les dénationalisations toucheront plus de quarante entreprises publiques, leur ampleur tout autant que leur rythme dépendant de multiples facteurs. Mais le gouvernement argentin semble pressé de vendre les plus rentables ou les plus alléchantes. Sans surprise donc, la bureaucratie s'est attelée à préparer en priorité les modalités de la privatisation d'Entel, la compagnie de téléphone. Le sort des vialidades, les ponts et chaussées, sera fixé d'ici deux mois avec l'attribution de nombreux tronçons de routes à des sociétés privées qui exerceront des droits de péage.
La réforme pétrolière est déjà engagée avec un élargissement du " plan Houston ", qui octroiera la prospection et l'exploitation des " zones secondaires " à des sociétés étrangères. La société Total a ainsi signé un contrat substantiel pour une zone offshore dans la région du détroit de Magellan. La privatisation des ferrocariles, les chemins de fer, un gouffre financier actuellement pour l'Etat, se révèle fort complexe, d'autant plus que les syndicats y sont particulièrement actifs. Ils ont organisé une des premières grèves du mandat de Carlos Menem. Restent des dizaines d'autres sociétés, parmi lesquelles la ligne d'aviation Aerolinas Argentinas, mais aussi, entre autres, la poste et la compagnie d'électricité. Le programme est ambitieux et il est déjà lancé.
Le gouvernement argentin souhaite clairement donner à la privatisation de la société nationale des téléphones Entel une valeur exemplaire. " Il s'agit de la première privatisation et elle sera totale. Nous affirmons ainsi, tant à l'intérieur du pays qu'à l'étranger, que nous réduisons véritablement l'Etat ", explique Mme Maria-Julia Alsogaray, la responsable de l'opération.
Sa désignation par le président Carlos Menem a eu clairement valeur de symbole. Celui de l'alliance d'un président péroniste avec la droite libérale. Mme Alsogaray appartient en effet à la direction de l'UCEDE, une formation politique conservatrice qui ne jure que par les lois du marché. Le chef du mouvement est son propre père, le capitaine en retraite Alvaro Alsogaray, qui occupe, par ailleurs, le poste de conseiller présidentiel dans le domaine de la dette extérieure.
Le choix d'Entel comme figure de proue de la dénationalisation argentine repose aussi sur un large consensus de l'ensemble de la population, qui n'a pas à être convaincue de la nécessité de privatiser une entreprise dont les mauvaises prestations sont, depuis longtemps, légendaires et qui vient parfois à bout de la patience de certains usagers.
Le gouvernement précédent avait, de plus, préparé les esprits. Un accord imminent l'année dernière avec la société espagnole Telefonica n'achoppait qu'en raison de l'opposition des péronistes. C'était, bien sûr, avant que Carlos Menem ne convertisse son parti en chantre du néo-libéralisme.
La privatisation d'Entel est, par ailleurs, relativement aisée et surtout financièrement alléchante. " Le gouvernement n'aura aucune difficulté à trouver des acheteurs, le négoce du téléphone est hautement rentable ", constate un expert étranger en la matière.
Fort de ces prémices, le décret de privatisation d'Entel était signé le 12 septembre lors d'une cérémonie à la " Casa Rosada " qui marquait le lancement des privatisations. Il marque avant tout, précise Mme Alsogaray, " la définition de la philosophie des privatisations ".
En substance, celle-ci impose un retrait total de l'Etat. Le gouvernement octroiera des licences et non pas des concessions, afin qu'il n'y ait aucune ambiguité, souligne Mme Alsogaray, sur une éventuelle reprise en main ultérieure. Une dérégulation immédiate est engagée pour les services secondaires, soit les banques de données, la télécopie, etc. La loi prévoit enfin l'ouverture du marché à la concurrence à court terme. Les acheteurs ne se verront garantir l'exclusivité que pour une période de cinq ans.
Il faudra attendre la publication des conditions d'appels d'offre, au plus tard le 30 novembre, pour avoir une idée plus précise des dispositions concrètes de la vente. Les offres seront approuvées un mois plus tard et les adjudications des licences interviendront avant le 28 juin 1990.
La société ainsi mise en vente compte près de 50 000 salariés. Ses actifs avaient été évalués, lors des contacts avec Telefonica, à 18,5 milliards de francs, alors qu'elle cumule un passif d'environ 10 milliards de francs que l'Etat prendra en charge, assure Mme Alsogaray. Entel, une entreprise nationale et centralisée, sera démantelée et régionalisée. Trois zones d'opération ont été définies : le nord du pays, le sud, c'est-à-dire essentiellement la Patagonie, enfin Buenos-Aires et sa banlieue. Les offres devront porter sur chacune des régions délimitées, mais une seule société pourrait éventuellement décrocher les trois marchés. Les communications internationales sont traitées à part et pourraient être gérées en pool par les futurs acquéreurs...
Le gouvernement étudiera les offres à partir d'une série de critères qui tiendront compte tant de l'expérience de l'acheteur potentiel en matière de télécommunications que du prix proposé, des plans d'investissements (6 milliards de francs, selon l'estimation globale de Mme Alsogaray) et de leurs qualités technologiques.
Les sociétés américaines sont particulièrement intéressées, qu'il s'agisse de GTE, d'ATT, de Bell South ou encore de Bell Atlantic. Elles ont clairement les faveurs de Mme Alsogaray, mais les Japonais et les Britanniques ne sont pas absents. Mme Alsogaray semble exclure de prime abord Telefonica, une entreprise mixte mais largement contrôlée par l'Etat espagnol, et surtout France-Télécom. " Il est impossible de justifier politiquement le démantèlement d'une entreprise publique argentine si c'est pour la vendre à une entreprise publique française ", explique Mme Alsogaray, qui ajoute toutefois " profondément le regretter, d'autant plus que France-Télécom a eu une évolution technologique semblable à celle qu'il est nécessaire d'appliquer ici ".
Son patron, Mr José Dromi, ministre des travaux et services publics, se serait cependant montré moins catégorique sur l'exclusion a priori de France-Télécom.
Le décret-loi prévoyant la participation des banques admet la capitalisation de la dette argentine comme mode de paiement, une clause à laquelle les milieux financiers sont évidemment très attachés. Le décret reste fort vague sur la manière de préserver la dimension de service public dans la future opération privée des téléphones argentins. Mme Alsogaray promet qu'il en sera tenu compte dans les adjudications, mais elle balaie à sa manière le problème lorsqu'elle nous déclare : " Pourquoi voulez-vous installer un téléphone dans les villas miserias (les bidonvilles) quand il n'y a même pas encore de tout-à-l'égout ? "
Mme Alsogaray n'a manifestement pas la tête à ce genre de considérations. Elle s'avoue elle-même être bien occupée à l'heure actuelle à " rendre l'opération la plus alléchante possible. "
La plupart des pays latino-américains recherchent désormais une " sortie " de type néo-libéral à la crise qui les assaille depuis le début des années 80. Au nombre des mesures qui ont les faveurs des gouvernements figurent, en priorité, des dénationalisations d'entreprises en déficit chronique, ou simplement peu dynamiques. Les gouvernements à tradition populiste, comme celui du péroniste Carlos Menem en Argentine et celui de Mr Carlos Salinas, leader du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), au Mexique, ne sont pas en reste : les deux viennent de décider, presque simultanément, de dénationalisr leur téléphone.
Au Mexique, Telmex sera concédé pour trente ans et en Argentine Entel sera privatisé, le gouvernement accordant des licences et non des concessions. Dans les deux cas, les sociétés étrangères pourront poser leur candidature.
La Commission européenne peut perquisitionner les locaux des entreprises, dans le cadre d'enquêtes sur le régime concurrentiel. Telle est la conclusion d'un arrêt que vient de rendre la Cour de justice des Communautés européennes, en déboutant l'entreprise chimique allemande Hoechst AG.
Francfort, janvier 1987. La firme Hoechst claque sa porte au nez d'enquêteurs de la Commission. Ceux-ci présument l'existence d'accords ou de pratiques concertées concernant la fixation de prix et de quotas de livraison de PVC et de polyéthylène. Au nom de la libre concurrence, ils veulent procéder à quelques vérifications, notamment dans les locaux de Hoechst. " Perquisition illégale ", estime l'entreprise, qui refuse catégoriquement de les laisser franchir le seuil.
Les vérifications en question auront lieu deux mois plus tard, une fois les fonctionnaires européens munis d'un mandat délivré par un juge de Francfort. Se voyant par ailleurs infliger deux astreintes - l'une de 1 000 écus (7 000 francs) par jour de retard, l'autre, définitive, de 55 000 écus (385 000 francs) - par la Commission, Hoechst décide de la poursuivre devant la Cour de justice de Luxembourg, en invoquant les droits de la défense et l'inviolabilité du domicile.
Dans son arrêt, rendu jeudi 21 septembre, la Cour a estimé que la Commission n'aurait pas dû envisager d'effectuer des perquisitions sans le concours des autorités nationales. Néanmoins, elle a rejeté les trois recours déposés par Hoechst.
Pour ce qui est de l'inviolabilité du domicile, elle a jugé que, si ce principe s'impose pour les personnes physiques dans la mesure où il est commun à tous les Etats membres, il n'en va pas de même en ce qui concerne les entreprises, car les systèmes juridiques des pays membres présentent des " divergences non négligeables ".
En cas de refus de collaboration de la part des entreprises, les agents de la Commission peuvent donc, avec le concours des autorités nationales - qui, précise l'arrêt, sont tenues de leur fournir l'assistance nécessaire - rechercher tous les éléments d'information dont ils ont besoin.
La poignée de mains " historique " qu'ont échangée, le 22 juin, à Gbadolite, au Zaire, devant un aréopage de chefs d'Etat africains à la mine réjouie, Mr Jose Eduardo Dos Santos, le président angolais, et Mr Jonas Savimbi, le chef de l'Union pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA), aura des suites même si, depuis lors, de violations du cessez-le-feu en invectives, la guerre entre frères ennemis n'a jamais cessé. Qui aurait eu la naiveté de penser qu'un conflit vieux de quatorze ans puisse se régler en un tournemain ?
Devant le congrès extraordinaire de son mouvement, qui vient d'achever ses travaux à Jamba, en " zone libérée ", Mr Savimbi a pris ses distances vis-à-vis de tous ceux qui se sont portés au chevet de l'Angola malade, et singulièrement du maréchal Mobutu, le chef de l'Etat zairois, jugeant que ces médiateurs avaient poussé un peu trop loin le bouchon en exigeant notamment de lui qu'il s'absente, un temps, de la scène politique. Invaincu sur le terrain, le chef rebelle propose, aujourd'hui, de négocier " directement " avec Luanda.
Le plan en cinq points que le congrès extraordinaire de l'UNITA a adopté et dans lequel il est question de "gouvernement de transition" et d'"élections libres" n'a aucune chance d'être entériné par le régime marxiste de Luanda. Politicien avisé et retors, Mr Savimbi ne l'ignore pas. Il n'empêche que le chef rebelle ne pourra pas indéfiniment jouer les divas et qu'il lui faudra bien, tôt ou tard, faire des concessions.
Soucieuse de se retirer du bourbier angolais, l'Afrique du Sud, sans le soutien de laquelle l'aventure militaire de Mr Savimbi aurait tourné court, n'est plus à même de lui porter secours. La Namibie par laquelle transitait son aide est appelée, dans les prochains mois, à devenir indépendante sous la probable houlette de la SWAPO, qui ne nourrit aucune sympathie à l'égard des maquisards de l'UNITA, qu'elle a même combattus en Angola.
Les Etats-unis qui, à dessein, ont récemment renouvelé leur appui à Mr Savimbi, ne sont pas prêts à l'abandonner sans contreparties. Ils veulent obtenir, à la faveur des futures négociations, un remodelage du régime angolais qui aille, au-delà des mots, dans le sens d'une véritable ouverture politique. Mr Dos Santos est d'autant moins en position d'ignorer les desiderata de la Maison Blanche, avec laquelle il souhaite nouer des relations diplomatiques, que le Kremlin, aussi, le pousse à la modération.
A n'en point douter, les négociations de paix seront longues et laborieuses. D'aucuns pensent, notamment du côté du Portugal, l'ancienne puissance coloniale, qui a une excellente connaissance du terrain et des hommes et où l'on suit de près le dossier angolais, que ces discussions ne commenceront pas sérieusement avant le début de 1990 et qu'elles pourraient durer au moins un an.
MM Dos Santos et Savimbi devront composer. Ni l'un ni l'autre ne sont maitres du jeu pour la simple raison que les Etats-Unis et l'Union soviétique veulent en finir avec ce conflit régional, quitte à faire payer un juste prix à leurs alliés respectifs.
Une fois scellée la reconciliation nationale, " il ne faudra pas plus de dix ans, avec le concours de la communauté internationale, pour remettre complètement sur pied l'Angola ", assure Mr Joao Deus Pinhero, ministre portugais des affaires étrangères. Il n'est peut-être pas insensé d'imaginer que ce pays ravagé par plusieurs décennies de guerre mais riche notamment de son pétrole et de ses mines, puisse revenir à la vie même si, aujourd'hui, ceux qui parlent en son nom rechignent à faire cause commune.
APRES l'agitation, la décantation. La fin de l'été avait vu fleurir, dans les rangs socialistes, et jusque parmi les ministres, les critiques contre le gouvernement, au point que Mr Michel Rocard avait dû rappeler ses camarades au respect de la solidarité gouvernementale. Le tumulte s'est apaisé.
Le bocal socialiste, d'abord secoué à la perspective du congrès de mars prochain, offre à présent le spectacle, rassérénant pour le premier ministre, de ces bibelots de verre où l'on voit se déposer en strates de sable sagement rangées des couleurs un temps mélangées.
Chacun a choisi sa place. Il ne restait, à la veille des journées parlementaires de Chartres, que six députés ou sénateurs non engagés derrière l'un ou l'autre des dirigeants ; jeudi soir 28 septembre, ils étaient rentrés dans les rangs. Les chefs pouvaient compter et recompter leurs partisans, avec, parfois, la satisfaction d'un renfort inespéré, parfois, le dépit d'une défection inattendue. Cet ordonnancement des troupes transforme la préparation du congrès, de facteur de perturbation, en élément de stabilisation pour le gouvernement.
Les rocardiens sont... rocardiens. Les fabiusiens sont tenus par le fait que le ministre des finances, Mr Pierre Bérégovoy, soit l'un des leurs. Les jospinistes ne peuvent oublier que leur chef de file est le numéro deux du gouvernement.
Les amis de Mr Louis Mermaz restent dans l'expectative. Les partisans de Mr Jean-Pierre Chevènement ont reconstitué la carré naguère déformé par les velléités "rénovatrices" de quelques uns.
Les poperénistes, entrés en piste bien avant les autres, commencent à s'essouffler. Aussi la fronde budgétaire annoncée n'aura-t-elle pas lieu. Ceux qui rêvaient de faire un sort à Mr Bérégovoy et, à travers lui, à Mr Rocard, devront se juger quittes avec quelques aménagements techniques, dont l'intérêt risque d'échapper aux citoyens et, même, aux militants socialistes.
La phase de formation des grandes compagnies étant achevée, l'heure est venue pour elles de manÓuvrer. Mr Lionel Jospin, qui réunit la sienne le 30 septembre à Epinay - la ville qui avait abrité, en 1971, le congrès de refondation du PS - brandit le drapeau de l'unité des mitterrandistes. Son argument principal vis-à-vis de Mr Laurent Fabius est fort : si les mitterrandistes se divisent, ils ouvrent un boulevard à Mr Rocard. Ne serait-il pas paradoxal que la réélection de Mr François Mitterrand, l'an dernier, aboutisse à donner aux rocardiens, après Matignon, la maitrise du parti, grâce à la majorité relative dont ils y disposeraient face aux mitterrandistes désunis ?
Pour Mr Jospin et ses amis, le mitterrandisme a une cohérence historique, qui le différencie toujours du rocardisme. Ils revendiquent pour ce courant l'ancrage à gauche, une certaine conception du rôle de l'Etat et la volonté du " partage ", qu'ils ont mise au centre de leurs réflexions. Il est, à leurs yeux impensable que cet axe politique qui a fait gagner la gauche, en 1981 et en 1988, et qui associe les socialistes et le président de la République pour la durée du septennat, puisse s'effacer.
Mr Fabius s'étant affirmé et ayant depuis deux mois, montré qu'il existe et réuni des forces dans le parti, son objectif, selon les jospinistes, est atteint. Il convient maintenant, disent-ils, de se préparer à faire l'unité et à se présenter ensemble au congrès.
Fort des 1 500 signatures de responsables qu'il a réunies sur son texte - dont 6 membres du gouvernement, 100 parlementaires, 7 présidents de conseil général, 3 présidents de conseil régional et 29 premiers secrétaires de fédération, - Mr Fabius ne l'entend pas de cette oreille. L'unité mitterrandiste, il est pour, bien entendu. Le président de l'Assemblée nationale prévoit, d'ailleurs, de participer à la réunion du courant dirigeant du parti qui précédera, le 6 octobre, celle du comité directeur du PS.
Le souci de l'unité ne doit pas, cependant, selon lui, empêcher le débat, y compris jusqu'au congrès lui-même. Rien n'empêche, en effet, estime M Fabius, de se rassembler à Rennes, après s'être comptés dans le vote des militants, et de former, ainsi, dès l'ouverture des assises, une majorité face aux rocardiens.
L'ancien premier ministre ne dit pas quelles conditions il mettra à cet accord. Bien qu'il n'exclue pas de solliciter le vote des militants sur ses propres orientations et qu'il avance pour thème principal la modernisation du parti, Mr Fabius se garde, aujourd'hui, de mettre en cause explicitement la direction du PS. Il ne reste qu'à se demander à quel moment sera dressée la table au tapis vert. Les jospinistes l'envisagent pour décembre.
Le sujet n'en finit pas de tracasser les élus socialistes : faut-il ou non assortir d'une disposition d'amnistie le projet de loi sur le financement des activités politiques et la limitation des dépenses électorales ?
Les conversations sur ce sujet sont allées bon train durant les deux jours que les parlementaires socialistes ont passés à Chartres, même si la note qui leur avait été remise sur le projet de Mr Pierre Joxe ne comportait pas une ligne sur l'amnistie. Ils ont eu l'occasion d'en discuter, notamment au sein d'un petit groupe réuni, jeudi matin 28 septembre, autour du président de la commission des lois, Mr Marcel Sapin, et du rapporteur du projet, Mr Robert Savy.
La plupart des députés sont d'accord sur un constat que ne réfuteraient pas non plus les élus de l'opposition : la précédente loi n'a pas réglé le problème délicat du financement de la vie politique. Pour l'essentiel, le système reste pervers et contraint les hommes politiques à jongler avec leurs finances. Si tout le monde est bien d'accord pour sanctionner avec la plus grande sévérité l'enrichissement personnel frauduleux, les positions sont partagées quant à la nécessité d'amnistier des faits hier répréhensibles à cause de l'absence de règles mais qui, demain, seront rendus licites du fait de la transparence instaurée. Deux thèses s'opposent alors que le débat en séance publique doit avoir lieu à l'Assemblée nationale le 4 octobre. Nombre de députés estiment, comme Mr Raymond Forni, ancien président de la commission des lois, que l'amnistie s'impose. La tradition veut que, lorsqu'on définit de nouvelles règles - a fortiori quand elles sont drastiques comme celles contenues dans le projet de Mr Joxe, - on efface les séquelles du passé. C'est le point de vue défendu par MM Sapin et Savy.
Ce dernier s'en est expliqué à la tribune le 28 septembre en développant brièvement une argumentation à laquelle beaucoup d'élus sont sensibles : si l'on n'amnistie pas certains faits qui auront été dépénalisés par la nouvelle loi, on risque d'être confronté, dès les mois à venir, à une situation absurde, a-t-il expliqué en substance. Alors qu'on aura expliqué aux Français que la " loi Joxe " impose des règles très strictes, la chronique sera à nouveau défrayée, dans l'avenir, par des affaires liées pourtant aux pratiques du passé. Il faudrait donc apurer les comptes et démarrer sur des bases saines, étant entendu que l'enrichissement personnel ne pourrait être amnistié.
Ceux qui sont hostiles à l'amnistie estiment qu'en l'état actuel de l'opinion publique, il ne peut en être question, l'amnistie apparaissant comme une " auto-amnistie de la classe politique ". On risque de porter atteinte au crédit de la nouvelle loi en la " polluant " par ces " amnisties ", estiment les députés socialistes, comme par exemple MM Jean-Pierre Worms, Bernard Poignant et François Loncle. L'amnistie est jugée d'autant moins adéquate qu'elle est apparue, l'été dernier, un peu trop comme une mesure d'urgence destinée à sortir de l'impasse certains élus inculpés, tandis que le projet de transparence prenait l'allure d'un solide alibi. L'ordre des facteurs ayant été malencontreusement inversé, certains élus socialistes estiment que l'amnistie doit être mise au placard en attendant des jours meilleurs ou une attitude plus responsable de l'opposition.
A l'hôtel Matignon, comme au ministère de l'intérieur, on estime que c'est au Parlement de se prononcer maintenant, le projet qui lui a été transmis l'ayant été avec un article portant amnistie. " C'est à lui de prendre maintenant ses responsabilités ", explique-t-on. L'essentiel, pour le premier ministre, Mr Michel Rocard, c'est le vote d'une loi de transparence qui placerait la France en tête de tous les pays européens en matière de moralisation de la vie politique.
Toutefois, au cours d'une réunion tenue à Matignon, mardi 26 septembre, le sujet de l'amnistie a été de nouveau abordé. Rien n'est encore définitivement tranché, et l'urgence n'ayant pas été déclarée sur ce texte, les positions pourront évoluer, les amendements s'affiner au cours des différentes navettes entre l'Assemblée nationale et le Sénat. Des amendements pourraient être envisagés, par exemple pour amnistier seulement les chefs d'entreprise ou les intermédiaires.
Cette idée est celle qui est le plus souvent agitée, mais elle poserait un problème d'égalité devant la loi.
Les partisans du " tout amnistie " n'ont toutefois pas désarmé : " Quitte à brusquer l'opinion publique, autant le faire une bonne fois pour toutes plutôt que de trainer encore pendant des mois des affaires qui viendront empoisonner l'atmosphère ", explique l'un d'entre eux. Encore faudrait-il trouver à l'Assemblée une majorité pour la voter : celle-ci n'existe pas pour l'instant, la droite et le PC y étant hostiles. Les élus socialistes seront donc sans doute contraints à utiliser l'homéopathie plutôt qu'un traitement de choc. Il n'est pas impensable, alors, que certains députés de l'opposition viennent à leur secours pour établir une si discrète ordonnance.
La République dominicaine a annoncé, mercredi 27 septembre, la suspension de ses paiements au titre de la dette contractée auprès des banques commerciales étrangères.
Le nouveau gouverneur de la Banque centrale dominicaine, Mr Guillermo Caram, a justifié cette décision par la nécessité de consacrer les devises disponibles au paiement de la facture pétrolière. Il a cependant assuré que le pays continuerait d'honorer ses obligations à l'égard des organisations comme le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale. Le pays, dont la dette extérieure dépasse 4 milliards de dollars, a cessé depuis plus d'un an de payer ses créanciers du Club de Paris. Conséquence directe de la dégradation de la situation financière du pays, la crise énergétique s'est encore aggravée. Pour les quelque sept millions de Dominicains, l'électricité, produite pour l'essentiel par des centrales alimentées par du combustible importé, est devenue un service rare, dispensé quelques heures par jour dans la plus grande anarchie. Principal fournisseur de pétrole de la République dominicaine, le Venezuela vient de suspendre les facilités de crédit qu'il accordait traditionnellement, exigeant que les nouvelles fournitures de brut et de produits raffinés soient payées cinq jours à l'avance. Lui-même soumis à la pression de ses créanciers, ce pays a exigé que la République dominicaine rembourse une dette de 227 millions de dollars issue d'achats de brut, dont les deux tiers sont arrivés à Saint-Domingue avant 1986.
Pour obtenir la reprise des livraisons de pétrole, interrompues pendant une dizaine de jours en septembre, Saint-Domingue a proposé un plan de règlement des arriérés au président vénézuélien Carlos Andres Perez. Mais cet engagement est difficile à tenir pour les autorités monétaires dominicaines, dont les réserves en devises sont tombées au plus bas. En dépit d'opérations " coups de poing " menées par la police contre les changeurs du marché noir, la Banque centrale a de plus en plus de mal à capter les devises au taux de change officiel et à maintenir la parité du peso. Un nombre croissant de chefs d'entreprise, surtout dans les deux secteurs les plus dynamiques de l'économie, le tourisme et les zones franches industrielles, poussent à la dévaluation et se font tirer l'oreille pour remettre leurs devises à l'institut d'émission.
Le président Joaquin Balaguer a déclaré que les difficultés de paiement étaient " conjoncturelles ", dues à la baisse des prix des produits d'exportation traditionnels de la République dominicaine, café, sucre, cacao. Mais pour ses adversaires, à droite comme à gauche, la crise financière est d'abord la conséquence de sa politique de grands travaux, financée en large mesure par la planche à billets et responsable du fort accroissement des importations de matériaux de construction. L'ex-gouverneur de la Banque centrale, Mr Roberto Saladin, destitué à la mi-septembre, a publiquement contredit le président en affirmant que la fonte des " captations de devises " par l'institut d'émission était accélérée par les importations de voitures de luxe réglées par des dollars obtenus sur le marché noir, avec l'assentiment du gouvernement, dont la majeure partie de ses ressources est issue des droits de douane.
A l'approche des élections, en mai de l'année prochaine, la plupart des observateurs doutent que le vieux caudillo conservateur Joaquin Balaguer, qui compte bien se représenter, sacrifie ses rentrées fiscales sur l'autel de la raison financière, qui exigerait une réduction durable des importations. Pour maintenir la paix sociale, le gouvernement pratique d'autre part une politique de subventions dont les effets pervers sont de plus en plus évidents. Un exemple parmi d'autres : l'essence vaut moins d'un franc le litre dans ce pays qui importe la totalité de ses besoins en pétrole. La subvention mensuelle à la pompe, plus de 30 millions de francs, est financée par la création monétaire et accélère l'inflation. Quant aux automobilistes, ils ne se privent pas de rouler. Selon des estimations préliminaires, la consommation de carburants augmentera de 27 % cette année par rapport à l'an dernier... si le Venezuela continue de livrer.
- Le général Mustapha Bouaziz a été nommé, jeudi 28 septembre, ministre de la justice, en remplacement de Mr Karoui, devenu chef du gouvernement. Servant dans l'armée tunisienne depuis 1956, le général Bouaziz a effectué une partie de sa carrière au tribunal militaire. Depuis un an, il était chef de cabinet du ministre de la justice.
D'autre part, la cour d'appel de Tunis a confirmé, le mardi 26 septembre, la condamnation à un an de prison de Mr Jelloun Azouna, chef du groupe dissident du Parti de l'unité populaire, non reconnu officiellement. Mr Azouna avait été condamné en première instance le mois dernier pour diffusion d'un tract " portant atteinte à la dignité du président de la République ". Les intellectuels s'étaient mobilisés en faveur de Mr Azouna, comme l'avait déjà fait la Ligue des droits de l'homme craignant que cette condamnation ne marque le retour aux procès d'opinion.
Le président Bush a remporté, jeudi 28 septembre, la première victoire purement politique de son mandat. Il a obtenu de la Chambre des représentants, pourtant à très forte majorité démocrate, un vote en faveur d'une réduction de l'impôt sur les plus-values.
L'approbation du Sénat sur cette réduction d'impôt devant suivre, l'administration républicaine est donc en passe de tenir l'une des promesses pourtant les moins crédibles de la campagne présidentielle. Non seulement il n'y aura pas d'impôts nouveaux, mais l'un de ces impôts sera réduit. A l'heure où les démocrates déplorent à grands cris le manque de moyens de l'Etat, et où le déficit budgétaire n'est contenu que grâce à d'acrobatiques opérations d'écritures, l'exploit n'est pas mince, d'autant que la réduction d'impôt en question favorisera avant tout les Américains les plus fortunés...
Certes, l'administration a pu se prévaloir d'un argument de poids. La réduction de 28 à 19,6 % de l'impôt prélevé sur l'appréciation des biens constatée au moment de leur revente va se traduire, paradoxalement, par des rentrées fiscales supplémentaires, naturellement bienvenues. Pour les trois premières années, on s'attend à une augmentation de recettes d'environ 10 milliards de dollars au total - un grand nombre de propriétaires profitant de la nouvelle loi pour vendre. Par la suite, c'est-à-dire en 1992, le taux d'imposition serait rétabli à 28 %, mais l'assiette de l'impôt serait indexée sur l'inflation : on s'attend alors à des pertes de recettes atteignant 5 milliards de dollars par an.
Une contre-attaque et un contre-projet des démocrates prévoyant une exonération d'impôts pour les comptes de retraite individuels, assortie d'une hausse du taux maximal d'imposition pour les plus hauts revenus, n'ont pas suffi à empêcher la défaite; elle est d'autant plus cuisante pour les démocrates qu'elle intervient après une série de scandales : démission quasi forcée de l'ancien speaker de la Chambre, Jim Wright, révélations concernant les relations entre un représentant homosexuel, Barney Frank, et un prostitué qui organisait ses activités à partir de l'appartement de l'élu.
Les démocrates avaient pourtant de solides arguments à faire valoir, et une occasion en or de présenter leurs adversaires comme les membres du " parti des riches ", toujours en mal d'accorder des cadeaux aux nantis : l'adoption du nouveau taux ne reviendrait-elle pas, selon les adversaires du projet, à offrir 25 000 dollars en moyenne à quelques centaines de milliers d'Américains parmi les plus fortunés ?
Certains ont même essayé de protester au nom de l'héritage de... Ronald Reagan. L'un des inconvénients du projet de l'administration était en effet de réintroduire des cas et des taux particuliers, alors que la grande réforme fiscale passée en 1986 sous l'égide de l'ancien président avait eu un résultat unanimement apprécié : réduire le nombre d'abris fiscaux, rendre plus difficiles les activités des " lobbyistes " acharnés à obtenir des élus des dégrèvements supplémentaires pour leurs clients.
Rien n'y a fait : les pressions de la Maison Blanche, et aussi celles de nombre d'électeurs désireux de profiter de l'aubaine, ont été les plus fortes. C'est une dure leçon pour le nouveau speaker de la Chambre, Tom Foley, et d'une manière générale pour les démocrates, une fois de plus renvoyés à leur péché originel, la division, et incapables de se regrouper à l'occasion d'un combat idéologique pourtant assez simple et clair. Si certains élus ne cachent pas leur amertume, d'autres se réconfortent à l'idée que les républicains regretteront peut-être bientôt d'être apparus en pleine lumière comme le parti des riches.
La lutte, en effet, ne fait que commencer, et le vote des divers articles du budget encore en suspens donnera lieu à de nombreuses escarmouches qui pourraient elles se terminer moins favorablement pour l'administration. Mais pour l'instant, les choses se présentent plutôt bien pour Mr Bush, plus que jamais en état de grâce.
Même dans les domaines où l'administration devra inévitablement faire des concessions, de bonnes surprises sont parfois au rendez-vous. Ainsi, deux jours après avoir rogné de 900 millions de dollars les sommes réclamées par la Maison Blanche pour la poursuite du programme de l'Initiative de défense stratégique (IDS), le Sénat a rétabli les deux tiers des crédits qu'il venait de supprimer - ce qui porterait à 4,3 milliards de dollars le budget de l'IDS en 1990.
En fait, l'administration devra se contenter de moins, la Chambre des représentants ayant déjà résolu de tailler très sévèrement dans ce programme - dit de la " guerre des étoiles " - qu'elle souhaite limiter à 3,1 milliards de dollars. La volte-face du Sénat, opérée à l'instigation du président de la commission des forces armées, le sénateur Sam Nunn, s'explique par la volonté de trouver avec la Chambre un accord autour d'une somme qui évite de compromettre trop gravement l'avenir de l'IDS (le Monde du 26 septembre).
Après huit ans d'exil, les deux plus influents dirigeants de la communauté indienne miskito, MM Brooklyn Rivera et Steadman Fagoth, sont rentrés au Nicaragua le jeudi 28 septembre. " Je ne crois pas que nous aurons le temps avant les élections du 25 février 1990 de former un parti qui défendrait les intérêts de la côte atlantique ", nous a déclaré Mr Rivera (environ cent mille Indiens miskitos et autant de Noirs anglophones et de métis vivent sur la bordure caraibe du Nicaragua).
Mr Rivera et son organisation Yatama ont combattu, les armes à la main, le régime sandiniste qui, dès le début des années 80, avait cherché à s'imposer par la force aux Miskitos, sans tenir compte de leurs traditions culturelle et religieuse. Près de dix mille d'entre eux vivent encore en exil au Honduras voisin, et de petits foyers de guérilla subsistent dans les jungles nicaraguayennes.
Le retour de Mr Rivera avait dû être reporté à plusieurs reprises du fait de l'interdiction par Managua de former un parti indien. Cette interdiction a finalement été levée à la suite de l'intervention de l'ancien président américain Jimmy Carter lors d'une visite au Nicaragua la semaine dernière.
Mr Michel Rocard, vendredi 29 juin sur France-Inter, a affirmé, à propos de l'explosion du DC-10 d'UTA et des mesures de sécurité préventives : " Des tueurs convaincus peuvent toujours, dans le dispositif aéronautique d'une grande nation, trouver une faille dans un système de protection. La France se pensait en paix, et nous ne gérons pas nos vols commerciaux, pas plus ceux d'UTA que d'Air France, avec l'idée que nous sommes en guerre avec quiconque. "
Les sénateurs socialistes n'avaient pas attendu l'issue du scrutin du 24 septembre pour réfléchir à une réforme du mode d'élection à la seconde chambre du Parlement. Au lendemain de la conférence de presse de Mr Pierre Joxe qui a, lundi 25 septembre, fait part de sa volonté de réformer le mode de scrutin sénatorial, le groupe socialiste du Sénat vient, à son tour, de diffuser le rapport réalisé avant l'été à ce sujet par Mr Guy Allouche.
Le sénateur du Nord avance ainsi trois propositions afin de faire disparaitre "le caractère inégalitaire du système électoral sénatorial". Car, affirme Mr Allouche, le Sénat "ne reflète aucunement" l'évolution urbaine de la France et "la population rurale y est sur-représentée". Il préconise d'abord l'élargissement du collège électoral issu des municipalités de plus de 3500 habitants qui représentent 6,3 % du nombre total des communes et 65,5 % de la population globale.
Ayant, de surcroit, constaté qu'un sénateur, seul élu dans son département, "pèse" en moyenne 113843 habitants alors qu'un élu à la proportionnelle en représente 210320, Mr Allouche propose également de réviser le nombre de sénateurs désignés dans chaque département sur la base du recensement prévu en mars 1990. Une décision du Conseil constitutionnel avait ainsi permis, en 1986, de rééquilibrer "le poids démographique" de chaque député. Le dépôt d'une loi organique est toutefois obligatoire en cas d'augmentation du nombre des sièges au palais du Luxembourg.
Enfin, si Mr Allouche se déclare favorable au maintien d'un mode de scrutin mixte, il souhaite que la réprésentation proportionnelle soit appliquée aux départements désignant trois sénateurs ou plus (au lieu de cinq ou plus, comme actuellement).
Autre suggestion du sénateur du Nord, l'abaissement de l'âge d'éligibilité des sénateurs à trente ans au lieu de trente-cinq comme aujourd'hui. Cette mesure nécessiterait également le dépôt d'un projet de loi organique.
Les journées d'études parlementaires du RPR se sont ouvertes vendredi matin 29 septembre à Arcachon. Contrairement à l'habitude c'est Mr Jacques Chirac qui devait, dans l'après-midi, entamer le débat de politique générale qui sera conclu dimanche par les discours des deux présidents de groupe, MM Bernard Pons et Charles Pasqua.
Le président du mouvement à ainsi l'occasion de définir son analyse de la situation politique actuelle et surtout les moyens et les objectifs qu'il assigne non seulement au RPR mais à l'opposition (le Monde du 28 septembre).
Lors des dernières journées parlementaires à Nice, le 1er avril 1989, Mr Pasqua avait occupé la vedette en intervenant le premier pour mettre ses collègues en garde contre les pièges de l'union où il craignait que le RPR ne dissolve sa personnalité et ne perde sa vigueur.
Au lendemain des élections municipales, cette réunion avait fait apparaitre au grand jour les aspirations contradictoires de diverses sensibilités - on n'osait dire " courants " - au sein du mouvement. Depuis lors, le RPR a connu quelques turbulences mais l'habileté des uns, la sagesse des autres, la prudence de certains ont évité les effets ravageurs d'un cyclone annoncé.
Si les impatiences ont été ainsi canalisées, elles n'en persistent pas moins, bien que le " compagnonnage " ait de nouveau rempli son office de ciment. On l'a vu avec l'entreprise des " rénovateurs " qui, lancée à grand fracas au printemps, semble intégrée dans la vie du RPR. Les six députés gaullistes de la " bande des douze " du début ne sont plus que cinq, après la démission de Mr Carignon de son mandat parlementaire. Ces survivants continuent de se voir régulièrement, d'entretenir des relations avec leurs amis des autres groupes mais ils ne sont plus au bord de la rébellion. Ils s'exprimeront à Arcachon comme ils l'ont fait à Saint-Cyprien, début septembre, pour souligner leur spécificité, mais sans mettre en cause Mr Chirac.
Ils espèrent que le renouvellement, voire la rénovation du RPR, pourra être réalisé de l'intérieur. Les autres sensibilités s'exprimeront également, mais en sens inverse, pour mettre en garde Mr Chirac contre toute dérive. Ainsi, un autre " groupe des douze " constitué autour de Mr Franck Borotra (Yvelines) mais dont on dit que Mr Pasqua, bien que sénateur, serait proche, et dont Mr Pierre Mazeaud (Haute-Savoie) est le porte-parole, devait critiquer ouvertement le comportement des alliés centristes dont l'ancrage dans l'opposition est jugé aléatoire.
Plus sévères pourraient être le porte-parole de l'association Présence et action du gaullisme. Ainsi, Mr Kaspereit (Paris) est sceptique sur toutes les structures d'union. Il explique : "Notre pensée reste obscure, nos idées ne sont pas claires et le débat demeure inexistant." Il souhaite que soit pratiquée une opposition plus active et une contestation plus vigoureuse des socialistes. Il demande même : "Allons-nous bêtement vers les marécages de la gauche, sommes-nous fascinés par Mr Mitterrand ?"
Reste le "marais" du groupe RPR constitué par les députés de base qui souhaitent tout à la fois une certaine rénovation mais aussi des manifestations plus nettes d'opposition et l'affirmation plus marquée de l'originalité de leur mouvement. C'est ce que devait exprimer l'un d'eux, Mr Charles de Broissia (Côte-d'Or) qui attend un "credo de l'opposition pour l'alternance" afin que "le pays ne s'endorme pas dans un consensus anesthésiant". Car beaucoup de parlementaires RPR redoutent que l'union des formations de l'opposition s'accompagne de compromis, d'affadissement et de paralysie, bien qu'ils ressentent cette coopération avec leurs partenaires comme indispensable. Cependant la volonté d'action à nouveau affirmée par Mr Chirac pourrait leur redonner confiance. De même, les députés RPR faussement affligés par les dissensions de l'UDF, toujours attentifs et circonspects à l'égard des centristes, sont tentés par la vanité qui les pousserait à bien souligner que leur parti est redevenu le plus solide et le moins troublé de l'opposition.
Mr Lionel Jospin explique, dans un entretien que publie Libération vendredi 29 septembre, sa démarche en vue du congrès que le PS réunira à Rennes en mars prochain. " Nous voulons, déclare le ministre de l'éducation nationale, préparer le maintien et la rénovation du courant majoritaire du PS ".
A propos de ce courant, dit " A-B " (mitterrandiste et mauroyiste), Mr Jospin déclare : " Même (s'il) était devenu une fiction, je pense que ce serait une fiction utile (...) parce que le Parti socialiste a besoin, pour garder sa cohérence, d'un courant majoritaire. Même si cela exige un effort, même s'il n'est pas aussi homogène, aussi uni, aussi amical qu'autrefois, il reste, chez chacun de nous, la référence commune à François Mitterrand et à un fonds d'idées et de réactions qui correspondent à la sensibilité dominante chez les socialistes. "
Selon Mr Jospin, le courant A-B " peut et doit se reconstituer avant le comité directeur dit " de synthèse " de janvier ", autour d'un texte commun. Quant à une éventuelle synthèse avec les autres courants, le ministre de l'éducation nationale précise : " Ou tous les responsables du courant A-B feront la synthèse avec les autres courants, et je la ferai aussi, ou ils ne la feront pas, et je ne la ferai pas seul. " En d'autres termes, Mr Jospin exclut un accord entre lui-même et Mr Michel Rocard contre Mr Laurent Fabius.
Mr Jospin " espère que ce congrès sera utile ". " Je ne crois pas qu'il sera décisif ", dit-il. Il ajoute : " On ne fait pas Epinay, ni Metz, tous les deux ans. Je pense que la suite du socialisme français se jouera plus tard. " Il rappelle que, à ses yeux, la question de la direction du parti " n'est pas posée ". " Si certains la posent, dit-il, il serait honorable qu'ils le fassent ouvertement et politiquement, pour qu'on puisse en parler. "
Aux journées parlementaires du PS, Mr Rocard s'est exprimé sur le conflit Peugeot, la fonction publique, la discussion budgétaire et sur le malaise qui règne chez les socialistes.
Le premier ministre, Mr Michel Rocard, a déclaré jeudi 28 septembre devant neuf parlementaires socialistes, à propos de l'entretien donné récemment au Figaro par Mr Jacques Chirac : " Il faut n'avoir pas compris grand chose aux aspirations et aux besoins des Français pour dire que " "ce n'est pas avec des compromis que l'on gouverne un pays et que l'on assure son avenir". " Si bien sûr ! Le compromis est pour l'histoire un moteur autrement plus puissant que les coups de menton. Taper du poing sur la table est parfois nécessaire, mais si on ne sait faire que ça, on a bien vite une table endommagée et une main endolorie. "
A propos du conflit Peugeot, Mr Rocard a estimé que le gouvernement ne pouvait pas négocier " pour le compte d'autrui ". " On peut le déplorer, on ne peut pas feindre de l'ignorer et il serait tout de même singulier que les déclarations des uns ou des autres aboutissent à faire regarder le gouvernement comme impliqué dans une situation à laquelle il est totalement étranger. "
Mr Rocard a insisté sur le fait que la méthode Calvet était à l'inverse de la sienne. " Il existe un droit et le gouvernement et l'inspection du travail n'ont pas attendu telle ou telle objurgation pour s'en préoccuper. L'inspection du travail est sur les lieux depuis le début du conflit mais elle n'a pas l'habitude de signaler sa présence par des calicots et des banderoles. Elle a déjà dressé des procès-verbaux. Il est bien clair que Jean-Pierre Soisson et moi-même sommes très vigilants (...).
En ce qui concerne maintenant la fonction publique, vous savez que les rencontres ont commencé et qu'elles se déroulent dans un climat qui n'est pas mauvais, malgré les tensions vives dans quelques secteurs. L'exemple du conflit des impôts est significatif. Si un mouvement exprime le besoin d'une amélioration d'ensemble du revenu de la fonction publique - dont les personnels des impôts ne se distinguent pas - cela passe par les négociations en cours sous la responsabilité de Michel Durafour. Si ce mouvement exprime au contraire la volonté d'un alignement sur les récentes revalorisation essentiellement au profit de l'enseigement et de la recherche, naturellement, nous ne pouvons pas y souscrire car ce serait renier nos priorités ".
D'autre part, Mr Rocard a apporté son soutien à Mr Bérégovoy pour la prochaine discussion budgétaire. Il a précisé que ceux qui s'attaquent au ministre de l'économie et des finances s'attaquent au gouvernement et au premier ministre. " Je tiens à ce qu'on sache qu'entre Pierre Bérégovoy et moi sur ces questions, il n'y a pas assez de distance pour qu'on puisse y glisser l'épaisseur d'une motion de congrès ".
S'agissant du malaise qui règne actuellement dans les rangs socialistes, le premier ministre a expliqué qu'il le comprenait : " Vous savez que ce que nous faisons va dans le bon sens, mais il faut bien du temps et, au même moment, toutes vos fibres se révoltent contre le spectacle, pour vous quotidien, d'injustices plus ou moins grandes, d'absurdités plus ou moins graves ou de détresses plus ou moins profondes. Quand notre cÓur dit : vite, notre raison nous dit : prudence ! De là ce sentiment un peu trouble qui conduit pour certains à l'invective et pour d'autres, les plus nombreux, au doute et à la frustration.
Si au moins subsistaient ces grandes empoignades des quinze dernières années, où les certitudes sur l'adversaire dispensaient de s'interroger sur soi-même ; mais même pas ! La guerre civile froide a laissé place à la détente. Oui, je comprends que dans une période comme celle-ci, avec un fonctionnement comme celui-là, on puisse être parlementaire socialiste et vaguement déboussolé. "
Mr Jacques Delors, président de la Commission européenne, s'est également adressé jeudi après-midi aux parlementaires socialistes, pour leur demander, d'abord, de ne pas faire de l'Europe un épouvantail. " Quand j'étais enfant, a raconté Mr Delors, ma grand-mère, pour me faire avaler de l'huile de foie de morue, me disait : " Si tu ne l'avales pas, la Lune te mangera. " Ne faisons pas la même chose avec l'Europe ! (...) La France a, à tout moment, la possibilité de dire " non " à certains aspects du processus européen. "
Le président de la Communauté européenne a plaidé pour la gauche européenne, en soulignant que, en Scandinavie et en Allemagne fédérale, les socialistes élaborent des propositions de transformation sociale. " Le socialisme est en réveil partout, a affirmé Mr Delors. Est-ce que vous allez passer à côté de cela ? Est-ce que vous allez céder au fatalisme que j'ai observé dans les propos que j'ai entendus ce matin ? "
Mr Delors a défendu l'Europe sociale, l'union économique et monétaire et l'union audiovisuelle, en appelant les socialistes à soutenir ces entreprises. Il a évoqué, ensuite, l'évolution des pays de l'Est, en soulignant qu'elle avait été en grande partie déterminée par " le modèle ouest-européen ". Il a affirmé que " seul le cadre communautaire peut rendre possible un rapprochement entre les deux Allemagne ". " Ce n'est pas la fin du communisme ", a-t-il dit, enfin, en appelant ses auditeurs à être attentifs au besoin d'idéal commun que ressentent toujours les peuples de ces pays.
Mr Pierre Mauroy a conclu les journées de Chartres en déclarant que " la crise n'est pas finie " étant donné le nombre des chômeurs dans la CEE, les inégalités de revenus, les atteintes à l'environnement. Selon le premier secrétaire, " le sentiment d'injustice qui se développe face à ce qu'il faut bien appeler un déficit social, qui n'est pas le fait du gouvernement mais de la situation du pays et de son environnement libéral, est directement issu de (la) période (du) chiraquisme triomphant ".
Pour Mr Mauroy, " la micro-politique, celle de la démocratie du quotidien (...) ne suffit pas ". " Le regard des Français, a-t-il dit, ne s'arrête pas à leur seule cage d'escalier. Dans le mouvement du monde, ils aspirent à croire à un projet ambitieux. " Ce projet, c'est aux socialistes, a-t-il ajouté, de l'élaborer. " Ceux qui, pour des raisons personnelles, même tout à fait légitimes, prendraient le risque de nouer le débat du congrès à partir de clivages artificiels, joueraient à l'encontre de l'action collective du parti et, en définitive, à l'encontre de leur propre démarche. "
Mr Mauroy a appelé de ses vÓux un "deuxième souffle " de la décentralisation et une réforme des modes de scrutin pour les élections locales. Il a invité le gouvernement à se montrer " ambitieux pour le secteur public ".
- Trois mois après la démission de Mr François Léotard, le secrétaire général du RPR, Mr Alain Juppé, élu en juin numéro 2 sur la liste d'union UDF-RPR, a annoncé le 27 septembre que "le moment était venu" de donner sa démission du Parlement de Strasbourg, fin octobre après l'examen du budget, pour se consacrer à ses fontions nationales et parisiennes. Il estime avoir "rempli la mission qui lui avait été confiée, (d'avoir) mobilisé et entrainé le mouvement". Mr François Musso, vingt-huitième sur la liste, siégera à sa place au Parlement.
Mr Jean-Marie Le Pen est-il capable de faire de la politique autrement qu'en réduisant régulièrement son message à des diatribes contre les juifs, les immigrés ou les francs-maçons ? Non, répondent ses détracteurs, car sa clientèle n'aime que ce fond de commerce. Oui, rétorquent ses partisans qui voient dans le Front national la force d'avenir de l'opposition face aux socialistes.
Force est de constater que le président du mouvement d'extrême droite a construit l'essentiel de sa notoriété des années 80, d'abord sur le rejet des immigrés maghrébins, ensuite sur la mise en cause des juifs - pas tous les juifs, prend-il toujours soin de préciser - et des loges maçonniques. Et tous les ans, Mr Le Pen s'applique à tirer sur les ficelles du même processus "politico-médiatique", ce qui lui permet de dénoncer "la diabolisation" ou "le procès en sorcellerie" dont il se dit victime alors qu'il en a fait lui-même méthodiquement l'instruction.
Mr Bruno Mégret, délégué général du FN, résume - à sa manière - les étapes de ce scénario répétitif : "Evénement prétexte, campagne médiatique d'anathèmes, exploitation politique sur les thèmes de l'affaiblissement ou de l'éclatement du Front national".
L'année 1989 n'aura pas fait exception à la règle. En plein mois d'août, Mr Le Pen a dénoncé le rôle joué par "l'internationale juive" dans la création de l'esprit antinational, en sachant pertinemment qu'il allait provoquer un tollé... puisque c'était le but de l'opération.
Mais cette fois-ci, le président du groupe " technique " des droites européennes s'est fait voler la vedette par Mr Claude Autant-Lara qui a laissé libre cours à son antisémitisme. Mr Le Pen est bien revenu à la charge contre l'" internationale juive " sur Europe 1, mercredi 27 septembre, mais le remake est tombé à plat. A la veille de la fête annuelle de son mouvement, samedi 30 septembre et dimanche 1er octobre sur l'hippodrome d'Auteuil, le président du FN devait se donner une troisième chance sur RTL.
Cette insistance a attirer les projecteurs sur sa personne, alors même qu'il est l'objet d'une action en justice pour ses propos de l'été, montre que Mr Le Pen se lance délibéremment dans l'élargissement du champ de ce qu'il considère comme sa propre " liberté d'expression ". Depuis plusieurs semaines, la presse d'extrême droite a fait de cette notion un cheval de bataille, ce qui la conduit non seulement à légitimement condamner l'agression contre Mr Robert Faurisson mais encore à revendiquer implicitement une identité de vue avec ce chantre du " révisionnisme ", négateur des chambres à gaz et de l'Holocauste.
A l'évidence, l'extrême droite française n'arrive pas vraiment à se dépêtrer de ses vieux démons qui provoquent, avec la même régularité, des vagues plus ou moins importantes de démissions, de départs ou d'exclusions. Les dirigeants du Front national expliquent que ces "remous" sont logiques dans les rangs d'un "mouvement jeune" dont tout les cadres n'ont pas "une maturité politique suffisante", en oubliant probablement que ce cartel électoral est né le 5 octobre 1972, il y a dix-sept ans ! Il a donc un certain âge, à moins de considérer que sa naissance réelle remonte à l'époque du ralliement des transfuges RPR et UDF-PR, c'est-à-dire au début des années 80.
Les "solidaristes" - tendance opposée au communisme soviétique et à l'impérialisme américain - dont le chef de file le plus connu était Jean-Pierre Stirbois, ne partagent évidemment pas cette appréciation. Cette divergence n'est qu'un des aspects des enjeux stratégiques du huitième congrès du Front, en avril prochain, qui sera précédé par un conseil national, le 28 octobre, pour en faire le cadrage institutionnel.
Ceux que Mr Jean-Claude Martinez, remplaçant au Parlement européen de Mr Autant-Lara, démissionnaire, appelle les "horlogers", en référence au Club de l'Horloge, qui est leur moule commun, espèrent faire sortir le mouvement d'extrême droite de son ghetto, en faisant de lui une "force de recours" car ils estiment que le RPR et l'UDF se sont irrémédiablement fourvoyés.
"L'héritage de Stirbois n'est pas un simple rassemblement de mécontents ; le faire croire est une mauvaise action", confie Mr Jean-Yves Le Gallou, président du groupe FN au conseil régional d'Ile-de-France. D'une certaine façon, l'ancien secrétaire général du Club de l'Horloge pose ainsi les contours de cette "troisième force" qui doit diriger, selon lui, "l'opposition nationale". Il est en tout cas plus facile de le faire croire en période de prospérité électorale qu'en phase de traversée du désert.
La crise qui affecte depuis plusieurs semaines les fédérations du Front national dans les deux départements alsaciens est loin d'être résolue. Elle est significative des accès de contestation chroniques qui minent le mouvement lepéniste en opposant de plus en plus les dirigeants parisiens aux responsables provinciaux.
Une assemblée générale, fin octobre, autour de Mr Le Pen décidera des nouvelles structures de la fédération du Bas-Rhin du Front national. Le secrétaire aux fédérations, Mr Dominique Chaboche, a mis en place provisoirement une direction collégiale autour des deux conseillers régionaux restés "dans la ligne" du parti, Mme France Daulard et Mr Walter Krieger. Il a solennellement demandé aux anciens responsables de la fédération, qui avaient en bloc démissionné de leurs postes, (le Monde du 16 septembre), de "rendre leurs mandats au parti" : parmi eux, figurent en effet deux conseillers régionaux, MM Robert Spieler et Michel Feuillas, et six conseillers municipaux. Ceux-ci avaient déjà refusé : Mr Spieler, ancien député bas-rhinois, explique que "le mouvement (lui) doit autant qu'il doit au mouvement " ; " nous sommes quittes", a-t-il ajouté ; Mr Chaboche a promis le conseil de discipline aux dissidents. Leur grande faute, estime-t-il, est d'avoir "mis sur la place publique des critiques contre le parti". Il oppose à cette attitude celle du conseiller régional haut-rhinois Gérard Freulet, démissionnaire également, mais officiellement "pour raisons professionnelles".
Dans cette "affaire" bas-rhinoise, il n'est facile de juger si la fracture casse en deux le parti : les démissionnaires sont certainement les plus connus des militants du Front national départemental. Mr Spieler, surtout, incarne depuis plusieurs années l'image du Front national dans le Bas-Rhin. Présent au second tour des municipales à Strasbourg, il a gagné trois sièges, et surtout imposé un discours ciblé sur son électorat régional : l'argumentaire traditionnel du Front national mais aussi la défense de la langue et de la culture régionales. A deux reprises au moins, il s'était avoué gêné par les excès de langage des amis de Mr Le Pen, dans l'affaire du " détail " et dans les récentes déclarations de Mr Claude Autant-Lara.
Pour autant, le vote alsacien en faveur de Mr Le Pen, qui a culminé à 22 % au premier tour de la présidentielle, est assez composite. Les " fidèles " du Front tablent sur l'image de leur président national, tandis que les dissidents veulent continuer à jouer une carte " alsacienne, nationale, européenne " en gardant les coudées franches par rapport à Paris. L'absence de scrutin proche ne permettra pas de vérifier tout de suite leurs calculs. De leur côté, les démissionnaires, qui dénoncent le " bureau bidon " mis en place par Mr Chaboche, se refusent à construire un parti bas-rhinois ou régional ; ils réfléchissent actuellement à une structure associative qui leur permette non seulement d'accueillir leurs militants en ville, déjà actifs au sein du groupe Strasbourg d'abord, constitué pour les dernières municipales, mais aussi leurs adhérents et sympathisants dans les campagnes alsaciennes. Là aussi une assemblée générale doit avoir lieu courant octobre.
Le secrétaire régional démissionnaire du Haut-Rhin, Mr Freulet, confirme volontiers, pour sa part, que sa décision a été motivée par des raisons strictement personnelles, mais après avoir clairement exprimé son mécontentement lors de l'intervention de Mr Claude Autant-Lara (" à quatre-vingt-huit ans on n'est pas avenir d'espoir... "), il ne nie pas qu'en Alsace, plus qu'ailleurs peut-être, les diktats parisiens " commencent à bien faire ".
Interrogé, vendredi matin 29 septembre, sur France-Inter, Mr Michel Rocard a affirmé qu'il faut "garder son calme" face à la situation sociale. "Ne nous emballons pas", a ajouté le premier ministre qui a observé qu'il n'y a que "deux mouvements de grève significatifs dans la fonction publique" et que Peugeot est "le seul conflit important du secteur privé". Mr Rocard a observé qu'une rentrée sociale avec seulement deux mouvements de fonctionnaires, "c'est plutôt rare".
Mr Rocard s'est montré ferme vis-à-vis des gardiens de prison (lire par ailleurs) comme des fonctionnaires des impôts. Il a observé que ces derniers ne sont pas "les plus mal payés" de la fonction publique et qu'ils "ne tolèrent pas" de voir réévaluée la "situation relative", par rapport à eux, des infirmières et du personnel de l'éducation nationale.
Le premier ministre a encore observé que le projet de budget pour 1990 est "bon" et "équilibré", puisqu'on "crie" contre lui à droite et à gauche. A propos de la problématique du "partage", Mr Rocard a jugé qu'en proposant un pacte de croissance, "le gouvernement applique exactement les orientations sur lesquelles le président de la République a insisté".
Le premier ministre a encore jugé que la "cohésion" du gouvernement "marche très bien" et que l'opposition offre un spectacle "réconfortant" pour lui. "Tous les soirs, a affirmé Mr Rocard, je me dis : encore une journée gagnée avant que l'opposition n'ait retrouvé son souffle. "
A propos du débat sur l'amnistie des délits liés au financement de la vie politique, le premier ministre a affirmé : " Le Parlement en fera ce qu'il voudra. Je ne vois pas le gouvernement engager sa responsabilité là-dessus. "
La veille, devant les parlementaires socialistes réunis à Chartres, Mr Rocard avait jugé " singulières " certaines déclarations d'élus socialistes à propos du conflit Peugeot, qui sous-entendent que le gouvernement est " impliqué dans une situation à laquelle il est totalement étranger ". Cela précisé, le premier ministre s'était prononcé une nouvelle fois pour l'ouverture de négociations chez Peugeot, soulignant qu'il n'était " pas mécontent qu'on ait utilisé son nom pour qualifier une méthode qui se trouve être à l'opposé exact de celle de Mr Jacques Calvet, président de PSA ".
Mais certains députés socialistes attendaient autre chose de leur premier ministre qu'un simple appel à la négociation et au respect du droit du travail chez PSA. Mr André Sainjon, ancien patron de la fédération CGT de la métallurige, élu parlementaire européen sur la liste du PS en juin dernier, ne décolérait pas contre les " silences " de Mr Rocard sur ce conflit alors que, selon lui, le gouvernement dispose de " réels moyens de pression " sur Mr Calvet. " Pas assez offensifs " estimait pour sa part Mr Christian Pierret, député des Vosges proche de Mr Fabius, " tout juste suffisant ", jugeait Mr Jean-Marie Le Guen, élu de Paris, proche de Mr Jospin, tandis que Mr Louis Mermaz, président du groupe socialiste, confiait que son " inquiétude restait vive ".
Largement partagée, enfin, semblait être la " déception " avouée par Mr Dominique Strauss-Kahn, président de la commission des finances à l'issue de ces journées parlementaires. Mr Rocard lui-même avait perçu " ce sentiment un peu trouble " ressenti par les députés socialistes " qui conduit certains à l'invective et d'autres, les plus nombreux, au doute et à la frustration ".
Le ministre du travail, Mr Jean-Pierre Soisson, a démenti jeudi 28 septembre avoir eu dans l'après-midi un incident avec Mr Jean-Marie Bockel, maire de Mulhouse, lors des journées parlementaires du PS à Chartres. Il précise qu'il a " réagi avec vigueur aux questions d'une journaliste portant sur l'action du gouvernement à l'égard du conflit Peugeot ".
Mr Soisson avait été convié par les journalistes dans la salle de presse, où se trouvait Mr Bockel, président de la commission de la production et des échanges à l'Assemblée nationale et député du Haut-Rhin, qui lui a posé une question sur le " pouvoir politique " dont il disposait pour convoquer les parties en conflit. Peu après, Mr Soisson avait lancé aux journalistes : " Vous n'y connaissez rien. Qu'est-ce que vous croyez que je fais depuis quinze jours ? " avant de quitter la salle de presse.
La compagnie américaine Braniff a demandé, le jeudi 28 septembre, à profiter de la protection sur les faillites pour que soient suspendus les paiements aux créanciers pendant qu'elle se réorganiserait (nos dernières éditions du 29 septembre). Braniff qui a perdu 12 millions de dollars (80 millions de francs) en 1988, explique ses difficultés par le ralentissement de la croissance du trafic aérien et par ses difficultés de trésorerie. Elle a décidé de suspendre presque tous ses vols dans les prochains jours et de reprendre son service sur onze villes américaines au lieu de trente-six. Il est prévu de licencier 2 700 personnes sur les 3 615 salariés que compte la compagnie. Braniff avait déjà demandé à profiter de la protection de la loi sur les faillites en 1982. Elle a commandé cent Airbus A-320 et entend prendre livraison de ces appareils qui représentent, selon son président, Mr William McGee, " un atout important ".
A l'occasion de la remise des Corbeilles d'or Mieux-vivre récompensant les meilleurs gestionnaires de SICAV (le Crédit mutuel et Axa-Midi), Mr Pierre Bérégovoy, ministre de l'économie, a annoncé, jeudi 28 septembre, l'homologation du règlement général de la Commission des opérations de Bourse (COB) et de celui du Conseil des Bourses de valeurs (CBV) traitant des offres publiques d'achat (OPA). Cette réglementation fixe comme convenu le seuil de 33 % pour le lancement d'une OPA avec obligation d'acquérir 66 % des parts. Elle introduit toutefois des dérogations et envisage les cas de prise de contrôle de sociétés cotées par l'intermédiaire de holdings.
Le 8 mars dernier, le conseil des ministres approuvait le projet de loi sur "la sécurité et la transparence des marchés financiers". Evoquant largement le renforcement des pouvoirs de la COB, le texte parlait peu des OPA. Il modifiait toutefois certains aspects en introduisant notamment la notion d'"action de concert". Mais le législateur préférait confier au CBV, l'autorité chargée d'organiser le marché boursier, le soin d'établir une réglementation détaillée. Une manière de ne pas enfermer ces nouvelles règles dans un cadre trop contraignant, difficile à faire évoluer. Le CBV, en association avec la COB et la Banque de France, a donc entrepris de rédiger ce texte pendant l'été après la promulgation de la loi. Cette réglementation vient donc d'être homologuée et comporte peu de modifications par rapport à celle qui avait été annoncée en mars dernier. Comme prévu, le lancement d'une OPA sera obligatoire lorsqu'un investisseur détiendra 33 % du capital ou des droits de vote. Il sera tenu d'acquérir 66 % des parts. Toutefois, une série d'exceptions a été retenue dans le cas où le franchissement de seuil ne modifie pas le contrôle de la société. Ainsi, par exemple, une dérogation pourra être accordée si l'acquisition des titres au-delà du seuil des 33 % ne dépasse pas les 3 % et si les acquéreurs s'engagent à reclasser les titres dans un délai de dix-huit mois.
Enfin, le texte régit les prises de participations importantes dans les sociétés cotées par l'intermédiaire de holdings ou de sociétés coquilles. Dans ce cas, si la part des acquéreurs dépasse les 33 %, ils sont tenus de lancer une OPA sur la firme cotée.
Les Assises européennes de l'audiovisuel seront ouvertes samedi matin 30 septembre à Paris par Mr François Mitterrand et permettront à trois cents experts indépendants venus de vingt-sept pays d'Europe - de l'Est comme de l'Ouest - de dresser l'" état des lieux " de l'audiovisuel européen.
Les conclusions des débats feront l'objet, lundi 2 octobre, d'une déclaration politique des ministres des pays représentés, et seront soumises au prochain sommet des Douze de la CEE.
La directive " Télévisions sans frontières ", qui doit régir la circulation des images dans l'Europe des Douze, sera au centre des préoccupations, puisque le conseil des ministres européen doit en discuter le 3 octobre. Créateurs et producteurs, en tout cas, ont pris date en formulant leur propre catalogue de revendications (lire page 14). Quant aux télévisions privées, l'exemple néerlandais est là pour nous montrer que, réglementations nationales ou pas, les satellites, par nature, ne s'embarrassent pas de frontières...
Le congrès extraordinaire du Front de libération nationale (FLN) se tiendra du 28 au 30 novembre et non plus fin octobre. Ainsi en a décidé le Comité central du parti réuni jeudi 28 septembre au Club des Pins, près d'Alger.
Le report du congrès du FLN avait été exigé la semaine dernière par plusieurs anciens dirigeants du FLN réunis à l'occasion de la conférence nationale des cadres de la révolution (le Monde du 20 septembre). Officiellement, cette décision a été prise afin de permettre une " meilleure préparation matérielle ".
A l'ouverture des travaux, Mr Chadli Bendjedid, président du FLN et chef de l'Etat, a rappelé d'un ton ferme, parfois vif, qu'il avait été élu sur un " programme de réformes clairement exposées ", rendues nécessaires par la situation dans laquelle se trouve le pays. " J'agis donc au nom du FLN, mais, en tant que président de la République, j'ai des responsabilités à assumer, des engagements à honorer envers l'ensemble des Algériens qui ont majoritairement adopté la nouvelle Constitution ", a-t-il indiqué.
" Un nouveau gouvernement a été formé, dirigé par un fils du FLN, son programme est celui du FLN ", a dit le président en invitant son auditoire à " bien comprendre les difficultés économiques et financières du pays ", car " l'intérêt national doit l'emporter sur toute autre considération ". Mr Chadli a aussi insisté sur la nécessité de pratiquer " la démocratie à l'intérieur du Front, qui doit s'ouvrir à la jeunesse ".
Considérant que " l'expression est désormais libre chez nous ", le président du FLN a exprimé le souhait que " les formations politiques donnent leur avis, leur opinion, librement, sur les réformes ". Le chef de l'Etat a demandé aux parlementaires (tous élus du FLN) de " ne pas se contenter d'adopter des lois mais de suivre aussi leur application sur le terrain ".
Le jour où le comité central du FLN était convoqué pour plancher sur les résolutions qui seront soumises au prochain congrès du Front, le Parti d'avant-garde socialiste (PAGS), héritier du Parti communiste algérien (PCA), reconnu officiellement il y a deux semaines, tenait son premier meeting pour célébrer son " passage à la légalité ". Après trente-quatre ans de clandestinité, Mr Sadek Hadjeres, premier secrétaire du PAGS, a fait, jeudi après-midi, salle Ibn-Khaldoun, au pied du siège du FLN, une rentrée politique émouvante. Un millier de personnes, invités et militants, lui ont fait un triomphe.
Sous les youyous et les applaudissements, le docteur Sadek Hadjeres, une heure et demie durant, s'est adressé à un public acquis d'avance. Après une minute de silence dédiée aux " martyrs de la révolution algérienne et de la démocratie " et Qassaman, l'hymne national, le premier secrétaire du PAGS a prononcé un discours au terme duquel il a appelé à la création d'" un Front national démocratique, groupant tous les partis, pour sortir le pays de la crise ".
Convaincu de meurtre, un militant du Congrès national africain (ANC), Mr Mangena Jeffrey Boesman, trente-six ans, a été pendu, vendredi 29 septembre, à l'aube, à la prison centrale de Pretoria, malgré un appel à la clémence lancé par les Nations unies. Un porte-parole du ministère sud-africain de la justice a précisé qu'un autre condamné, Jacobus Freeman, un métis de trente ans, avait aussi été exécuté pour le meurtre d'un vieillard lors d'une attaque à main armée en 1986.
Mr Boesman avait été reconnu coupable de l'assassinat par le " supplice du collier " d'une enseignante noire qui ne s'était pas associée, en 1985, à un boycottage des magasins, dans le cadre d'une grève nationale contre l'apartheid. Ces deux exécutions sont les premières depuis l'accession à la présidence de Mr Frederik De Klerk. Ce dernier a gracié onze condamnés à mort depuis son entrée en fonctions, le mois dernier.
Jeudi, l'Assemblée générale des Nations unies avait exhorté Pretoria à commuer en prison à vie la peine capitale de Mr Boesman. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne se sont abstenus lors du vote de cette résolution, approuvée par cent quarante-huit voix contre zéro.
Présidant, jeudi 28 septembre à Kiev, à une relève attendue à la tête du parti ukrainien, Mr Gorbatchev a enjoint le nouveau premier secrétaire, Mr Vladimir Ivachko, de mettre sa République à l'heure du dialogue et des réformes.
" Ou bien nous reconnaissons aux autres, a déclaré le numéro un soviétique en s'adressant, à travers le comité central ukrainien, à l'ensemble du parti soviétique, le droit à l'indépendance de pensée et d'action et commençons ainsi à vigoureusement travailler à nous gagner l'opinion et les sympathies publiques (...) ou bien nous tournons à l'organisation fermée sur elle-même et prétendant au leadership. "
Même en juillet dernier, dans ses mises en garde les plus tranchées, contre les dangers d'isolement que le parti courrait, Mr Gorbatchev n'avait jamais été jusqu'à agiter le spectre d'une groupuscularisation du PCUS. Malgré les attaques contre les radicaux, contre tous ceux qui voudraient " enfoncer un coin entre le parti et les travailleurs " et ceux qui posent la " question de son autoliquidation ", malgré l'affirmation - cela ne va décidément plus sans dire - de la nécessité de maintenir le parti et malgré la réaffirmation que la " perestroika n'est pas la restauration du capitalisme ", Mr Gorbatchev a donc presque trouvé là les accents des dirigeants communistes hongrois et polonais.
Eux disent déjà que leur parti est menacé dans son existence politique et qu'il faut lui donner nouveau nom et nouveau visage. Mr Gorbatchev, lui, n'en est qu'à dire que sans de profonds changements le PCUS ne tiendra pas le choc du temps. La différence est de taille mais sur le fond le constat est le même.
Cela est particulièrement évident en Ukraine, la plus peuplée des Républiques après la Fédération de Russie. Dans ce grenier de l'URSS, dont elle est un maillon-clé, un vieux premier secrétaire qui vient juste d'être éliminé, la semaine dernière, du bureau politique avait en effet construit, en dix-sept ans de règne, un appareil si totalement dévoué au statu quo que la perestroika y avait été, jusqu'à présent, superbement ignorée. Artificiellement contenue, la pression n'en a pas moins fini par faire sauter les verrous.
En juillet, les mineurs du Donbass en grève formaient ce qu'on peut considérer comme la première véritable organisation ouvrière indépendante d'URSS. Elle se ramifie aujourd'hui et son apparition a donné plus de courage encore aux uniates, ces catholiques ukrainiens intégrés de force par Staline à l'Eglise orthodoxe et qui sont descendus, au début du mois, à cent mille dans les rues de Kiev.
La reconnaissance de leur Eglise est désormais à l'ordre du jour. Avant la visite, en novembre, de Mr Gorbatchev, au Vatican, des négociations devraient s'engager, à Moscou, entre le Saint-Siège et le patriarcat et si rien n'accroche, le Soviet suprême devrait définitivement réparer, au printemps, l'une des grandes injustices staliniennes. En attendant pourtant, les uniates ne sont pas disposés à se reposer sur de bonnes paroles. Craignant autant les fausses promesses qu'une attitude trop conciliante du Vatican, ils se préparent à multiplier les manifestations.
Et à ces pôles syndicalo-politique et religieux, il faut ajouter enfin un puissant mouvement national, Roukh, dont le congrès de fondation, début septembre aussi, a laissé voir un fort courant sécessionniste. Il était plus que temps pour Moscou de créer l'appel d'air à la direction ukrainienne, mais c'est en fait aux quatre coins de l'Union qu'il faut, sous peine de mort, donner des bases nouvelles au parti - dans les pays Baltes comme en Russie, où une extrême droite fascisante s'organise avec l'appui bienveillant de l'appareil, en Asie centrale où les signes de réveil se multiplient comme en Moldavie et dans une légion de territoires et régions autonomes.
C'est cette urgence qui a décidé Mr Gorbatchev à précipiter le processus d'élimination des conservateurs et à avancer de six mois la date du prochain congrès du parti, qui devra adopter de nouveaux statuts et un nouveau programme. Remettant à Mr Ivachko son ordre de mission, Mr Gorbatchev a donc directement polémiqué avec Mr Ligatchev, qui lui avait reproché, au cours du dernier plénum, de " jouer à la démocratie " avec les forces nationalistes et anticommunistes. " Ceux qui expriment ouvertement, a-t-il dit, leur mécontentement envers le renouveau du parti (...), du fait qu'il se place lui-même sous le contrôle du peuple (...), qu'il joue à la démocratie et perd, soi-disant, son rôle d'avant-garde (veulent créer), l'impression que la perestroika est un abandon de la pensée marxiste-léniniste et plonge ainsi le pays dans le chaos. " " Il n'y a rien là que calomnie ", a-t-il ajouté avant de se prononcer pour l'établissement d'un dialogue réel et permanent des structures du parti avec les organisations sociales et les mouvements non officiels ".
Après avoir fait toute sa carrière dans l'appareil ukrainien, Mr Ivachko en était devenu numéro deux en décembre dernier. Le Kremlin le gardait au chaud, mais cela ne signifie nullement qu'il ait assez de talent et d'audace pour canaliser la radicalisation accélérée de sa République.
La tâche est herculéenne - mais moins toujours que celle de Mr Gorbatchev, qui doit faire face, viennent de révéler les Izvestia, à un total dé règlement des chemins de fer. En plus du sabotage et du blocus des voies dans le Caucase, où la situation ne se normalise qu'à moitié, les grèves de Moldavie ont en effet provoqué deux semaines d'arrêt du trafic entre cette République et le port d'Odessa. Vingt-quatre convois de mazout à destination de l'étranger ont ainsi été retardés tandis que soixante mille wagons "n'ont pas atteint leur lieu de destination".
Outre l'aggravation des pénuries et le dérèglement des exportations, cette situation pourrait conduire, pendant l'hiver, à un manque de combustibles, "il se peut que sans nous en apercevoir nous allions gaspiller par le chantage économique (la chance de la démocratie), nous déclarer la guerre à nous-mêmes et nous retrouver en état d'exception", conclut le quotidien, tandis que la Russie soviétique parle de menaces (manque d'essence) sur les lignes aériennes intérieures et de possibilités de grève dans le métro de Moscou.
Le 1er octobre 1949, la victoire de ceux que Staline appelait dédaigneusement les " communistes de margarine " mettait fin à une guerre civile d'un quart de siècle. La République de Chine devenait " populaire ", avec pour premier président Mao Zedong, dont on écrivait alors le nom Mao Tse-toung. Quarante années se sont écoulées depuis, fertiles en rebondissements de toutes sortes. L'ambition du numéro spécial de "Dossiers et documents" que nous publions à l'occasion de cet anniversaire (1) est, à partir d'une série d'articles parus dans le Monde, de les faire revivre dans le climat de l'époque, d'en restituer la trame et d'en dresser le bilan.
Dès la première minute, l'avènement du communisme dans l'empire du Milieu fut ressenti comme une sorte de tremblement de terre. Envoyé spécial du Monde, Robert Guillain avait décrit, quelques mois plus tôt, dans une série de huit articles que personne n'aurait eu l'idée de trouver trop longue, l'entrée à Shanghai de ceux qu'il appelait les " Martiens "... " des soldats chinois qui savent combattre, qui, après la victoire, ne pillent pas la ville conquise, qui couchent sur le trottoir au lieu d'envahir les logis et de prendre les filles... ". Il concluait que " le désordre et la corruption que le monde extérieur avait pris pour un état normal de la Chine et des Chinois (...) avaient engendré en réalité un besoin passionné de discipline sociale et de propreté ".
La Révolution voulait, précisément, répondre à ce besoin. Comme elle avait mis de surcroit à sa tête un personnage hors série, poète à ses heures, auréolé du prestige de la " Longue marche " où il avait entrainé sur 10 000 kilomètres quelque 300 000 combattants rouges, tout ce que la planète comptait de croyants dans le messianisme marxiste y vit un pas décisif vers le triomphe de la révolution mondiale. Pour les Etats-Unis, alliés des nationalistes de Tchiang Kai-chek, l'échec était énorme.
Et il se trouvait aggravé par le fait qu'il se produisait en pleine guerre froide : la superficie du " monolithe communiste " dont on parlait alors s'accroissait du coup de quelque 9 millions de kilomètres carrés.
Un an plus tard, le monolithe avait résisté à la dure épreuve de la guerre de Corée. Comment douter de la bonne entente entre Staline et Mao, quand, après l'intervention américaine et le rapide reflux des troupes nordistes, Pékin jetait massivement ses " volontaires " dans la bataille, obligeant ainsi les GI's à reculer jusqu'à la ligne de démarcation ? Il faudra l'élection de Richard Nixon, en 1968, son désir de se dégager du Vietnam et de sérieux appels du pied de Mao dans sa direction, pour que Washington revienne sur l'opinion exprimée de manière péremptoire par Dean Rusk, secrétaire d'État de John Kennedy puis de Lyndon Johnson : " Il n'y a pas de gouvernement de la Chine populaire. La Chine est gouvernée de Moscou. "
D'autres avaient été plus perspicaces, dont de Gaulle, qui, dans une conférence de presse de novembre 1959, décrivait avec son habituel génie des images l'incompatibilité des ambitions de " la Russie, nation blanche d'une partie de l'Asie, en somme fort bien dotée en terres, usines et richesses " et de " la multitude jaune qu'est la Chine, innombrable et misérable, indestructible et ambitieuse, bâtissant à force d'épreuves une puissance qu'on ne peut mesurer et regardant autour d'elle les étendues sur lesquelles il lui faudra se répandre un jour ".
Dès cette époque, les signes se multipliaient du divorce croissant entre les deux capitales rouges. A vrai dire, le méfiant Staline n'avait pas fait grand effort pour aider Mao à s'emparer du pouvoir. Il s'était heurté avec lui dans les années 30 sur la meilleure stratégie révolutionnaire et redoutait de perdre le contrôle d'une direction communiste installée sur un territoire où n'avait pas pénétré l'armée rouge. Et c'est bien pourquoi il avait longtemps soutenu Tchiang et encouragé les velléités séparatistes de certaines provinces périphériques de la Chine. Mais c'est le refus de Moscou de courir le risque d'une guerre avec les Etats-Unis pour permettre à Pékin de récupérer les iles demeurées aux mains des nationalistes qui devait entrainer la rupture : l'Amérique, disait Mao, est un " tigre de papier ". A quoi Khrouchtchev répondait que le tigre en question avait des " dents atomiques ".
La tension, par moments extrême, devait aller jusqu'à des incidents armés et à des rumeurs d'attaques aériennes soviétiques sur les installations nucléaires chinoises du Xinjiang. Elle contribue largement à expliquer la très grande faveur qu'a connue la Chine populaire, dans les années 60, auprès de l'opinion mondiale. La déstalinisation, l'intervention en Hongrie, avaient porté un rude coup à l'image de l'URSS. On voulut voir en Mao, qui dénonçait sur tous les tons l'impérialisme et le révisionnisme des " nouveaux tsars " et affirmait sa croyance " dans la justesse absolue de la pensée de Lénine ", l'incarnation même de l'authenticité révolutionnaire. De Moscou, la Mecque du communisme allait se déplacer à Pékin.
Il faut sentir ce climat, il faut, remontant plus loin, se rappeler que, déjà au temps de Voltaire, selon le jugement de Paul Hazard, " aucun pays ne comptait autant ( que la Chine ) dans la géographie des idées ", pour comprendre comment cette abominable régression que fut sur tous les plans la révolution culturelle a pu trouver dans le monde tant de naifs admirateurs. Rares d'ailleurs sont ceux qui, sur le moment, en ont compris le sens : celui d'une bataille pour le pouvoir.
Tout enivré de l'encens du culte de la personnalité, Mao avait mis longtemps à s'apercevoir que le président Liu Shaoqi le réduisait progressivement à l'état de potiche. Pour venir à bout de lui et des innombrables cadres sur lesquels il s'appuyait, le Grand Timonier déclencha ce que personne au monde n'avait osé faire avant lui : une révolte des jeunes contre l'ordre établi et ceux qui le servaient.
L'effet d'image, comme on dit aujourd'hui, de l'événement fut énorme : il n'y aurait pas eu de mai 68 sans la révolution culturelle. Mais qui veut faire l'ange fait souvent la bête : on ne mesurait pas à l'époque l'ampleur des pertes subies. Les dirigeants parleront par la suite de cent millions de victimes. Il est difficile de dire combien il y avait parmi elles de morts. En revanche, il est sûr que toute une génération de militants s'est vu persécuter, humilier dans des conditions abjectes, que les universités ont été fermées durant des années, que la production a subi un retard terrible. Mao finit par se rendre compte de l'ampleur des dégâts. " L'anarchie, écrivait le Quotidien du Peuple du 26 avril 1967, dissout les objectifs de notre lutte et détourne son orientation générale. " Il dut se résigner à faire appel à l'armée, dont le chef, Lin Biao, allait être promu par le congrès du parti, en avril 1969, au rang de " plus proche compagnon d'armes " et de successeur désigné.
Deux ans plus tard, le 13 septembre 1971, le même Lin Biao, qui avait tenté de s'emparer du pouvoir par un coup d'Etat, trouvait la mort dans un accident d'avion tandis qu'il tentait de s'enfuir en URSS. Estimait-il que Mao, qui marchait sur ses quatre-vingts ans, mettait bien du temps à se retirer ? Voulait-il s'opposer au renversement d'alliances amorcé, en juillet précédent, par le coup de tonnerre de la visite de Kissinger à Pékin ? Les deux éléments se sont sans doute conjugués. En tout cas, à partir de cette époque, il est clair que pour la Chine le danger principal vient de l'URSS. Du coup elle cesse, à l'intérieur comme à l'extérieur, de donner dans la surenchère révolutionnaire, entre aux Nations unies et, d'une manière générale, s'ouvre au monde, y compris au capitalisme japonais, américain et européen.
Les " révisionnistes " n'ont pas cependant encore complètement partie gagnée. Conduit par l'épouse de Mao, Jiang Qing, le groupe dit de la " bande des quatre " se déchaine contre le premier ministre Zhou Enlai, habile pragmatique auquel Mao laisse de plus en plus la bride sur le cou, et contre son lieutenant Deng Xiaoping, ex-numéro deux de Liu Shaoqi, réduit par la révolution culturelle à la condition d'ouvrier tourneur.
La mort de Zhou, le 8 janvier 1976, est suivie de graves incidents sur la place Tiananmen. Deng, destitué, choisit la clandestinité. Mais la victoire de la " bande des quatre " est de courte durée. Le 9 septembre, Mao disparait à son tour. Entre les " deux lignes " qui se heurtent, selon la tradition, au sein du PC chinois, l'armée arbitre en faveur des modérés. Jiang Qing est arrêtée et condamnée à mort - mais non exécutée - pour avoir tenté un coup d'Etat contre Hua Guofeng, lequel assure avoir été désigné par le Grand Timonier pour lui succéder. Le retour de Deng n'est plus qu'une question de temps.
Aujourd'hui, à quatre-vingt-cinq ans, il est le maitre absolu de la Chine. Mais l'homme à qui ses compatriotes avaient tant fait confiance, celui qui, pour l'opinion étrangère, incarnait l'accès progressif de la Chine à la démocratie et à la modernité, s'est mué, face aux étudiants de Tiananmen, qui réclamaient pourtant précisément la démocratie et la modernité, en autocrate jaloux de son pouvoir. Et pas seulement du sien : de celui d'une nomenklatura aussi corrompue qu'au bon vieux temps, incapable de s'arracher aux vieilles règles du machiavélisme le plus cynique.
Une nouvelle fois, en tout cas, un grand espoir s'est éteint en Chine, alors qu'il semblait que, perestroika aidant, le monde entier était en train de hisser, pour le bicentenaire de 1789, les couleurs de la liberté. Est-ce pour toujours ? Certainement pas. Ces quarante ans auront été marqués de tant de changements de cap qu'on peut s'attendre encore à d'autres. Aucune gérontocratie n'a jamais pu arrêter durablement le cours de l'histoire.
Reste à savoir à quels développements conduira la suite de cette histoire incroyablement mouvementée. Lors de la victoire de Mao sur Tchiang, en 1949, les affaires de Chine étaient traitées au Monde par un ancien du Temps, André Duboscq, qui avait ramené de ses nombreux séjours en Asie les yeux bridés d'un vieux Bouddha. Il se vantait de connaitre la Chine mieux que personne et s'en autorisait pour prédire que la victoire du communisme y serait nécessairement éphémère.
Les jeunes rédacteurs qui parlaient avec lui à l'époque souriaient à ces propos d'attardé. A voir la manière dont ont été liquidées les " communes populaires " dont Mao était si fier, à voir comment prospère - aujourd'hui encore, malgré la répression - le capitalisme dans les " zones économiques spéciales " qui lui sont réservées, à voir enfin l'explosion populaire qui s'est produite au printemps 1989 à Pékin, avec l'édification sur la place Tiananmen d'une réplique de la statue de la Liberté, on peut se demander s'il n'avait pas raison.
Il est clair en tout cas que le régime actuel ne subsiste que par la répression. Or il y a déjà longtemps que Clemenceau a fait remarquer qu'" on peut tout faire avec des baionnettes, sauf s'asseoir dessus ".
De passage à Paris après avoir été, à Lyon, l'hôte de la Société française de physique à l'occasion de son congrès, Mr Andrei Sakharov a répondu à nos questions sur la situation actuelle en URSS, déclarant notamment que Mr Gorbatchev "doit choisir entre la direction de la perestroika et celle de la nomenklatura".
" Que pensez-vous de la situation dans votre pays en ce qui concerne les luttes entre nationalités ?
- Je suis d'accord avec les Baltes : il faut conclure un nouveau pacte fédéral, remplaçant celui de 1922. Nous devons renoncer également à avoir des entités de plusieurs sortes : républiques fédérées, autonomes, régions autonomes, etc. Il faut trouver une structure territoriale excluant l'exploitation et les inégalités.
" Mais la situation la plus tragique est celle du Haut-Karabakh. Le problème a commencé quand cette région a été donnée à l'Azerbaidjan, en vertu d'un arrangement cynique visant à flatter le poids politique des musulmans, avec l'Iran et la Turquie dans le voisinage. Dès le lendemain de la révolution, Moscou a mis l'accent sur les musulmans, considérés comme un tremplin pour l'extension de la révolution vers l'Orient. On a soutenu le régime d'Ataturk en Turquie, et dans le pays on favorisait les musulmans. Le nom de " chrétien " n'a pas été prononcé pendant des dizaines d'années. Gorbatchev lui-même est pro-Azerbaidjanais.
" Au début, le problème pouvait être réglé dans le cadre administratif et constitutionnel, sur la base du droit à l'autodétermination. On a dit que le transfert à l'Arménie était contraire à la Constitution, qui prévoit l'inviolabilité des frontières. Mais ce principe, dans la Constitution, est en fait secondaire au regard du principe d'autodétermination. Il aurait fallu cantonner, dès le début, des troupes du ministère de l'intérieur, ce qui aurait permis de décider dans le calme.
" Mais on a laissé passer l'occasion. De même, le régime d'administration spéciale par Moscou du Haut-Karabakh - une mesure raisonnable - a été institué au début de 1989, alors qu'il aurait fallu le mettre en place dès l'été 1988. Depuis, il y a eu les pogroms, des provocations contre les Arméniens. Et les passions ont monté avec les énormes meetings de Bakou. Le "front populaire" qui vient de se créer en Azerbaidjan est extrémiste.
" Il y a eu symétrie de la violence, mais, pour moi, ce n'est pas un problème entre deux républiques, c'est un problème d'autodétermination de la population du Haut-Karabakh. Le reste n'est qu'intrigues politiques et provocations. Aujourd'hui, la confrontation est extrêmement dangereuse. Lorsque je suis allé dans la région après le tremblement de terre d'Arménie, j'ai entendu des Azéris dire : " Allah les a punis. " Aujourd'hui, il y a blocus de l'Arménie, arrêt des transports ; on coupe même l'eau aux Arméniens du Karabakh. Il y a aussi une menace toute particulière qui pèse sur deux enclaves arméniennes situées en Azerbaidjan hors du Karabakh : le village de Khamlakh et le canton Chaoumianski. Et à Bakou, les quelques Arméniens qui restent ont vu leurs maisons incendiées ; on refuse même de les soigner dans les hôpitaux.
- Quel jugement portez-vous sur Mikhail Gorbatchev ?
- J'ai dit au Congrès, avant son élection comme président, que je ne voyais pas d'alternative à sa direction, mais qu'on devait discuter d'abord son programme et que le poste qu'il occupe devrait être pourvu par des élections directes. N'ayant pas été entendu, je n'ai pas participé au vote. La question de son rôle est complexe. D'un côté, je comprends qu'il est l'initiateur de la perestroika, et que c'était une nécessité historique. De l'autre, je vois qu'il se conduit avec beaucoup d'indécision. Pas seulement à propos de la politique des nationalités (lors du dernier plénum consacré à ce sujet, ce mois-ci, il s'est aligné sur la droite conservatrice), mais aussi sur le reste. On a l'impression que le vrai changement, ç'a été son arrivée à lui à la direction. J'exagère un peu, mais c'est ainsi. Est-ce provisoire, est-ce une manÓuvre, ou quelque chose de permanent ? Je ne le sais pas.
" Que va-t-il faire maintenant ? Sa popularité est tombée de manière importante. Beaucoup s'opposent à lui, mais personne ne voit quelqu'un d'autre à sa place. L'opinion que j'ai de lui s'est également dégradée ces derniers temps. Comme le dit Iouri Afanasiev : " Il doit choisir : être le leader de la perestroika, ou le leader de la nomenklatura. " S'il choisit la première option, son prestige montera à mes yeux.
" Si la droite revient au pouvoir et si Gorbatchev renonce à la perestroika, les conservateurs ne le croiront pas, et ils ne lui pardonneront pas ce qu'il a fait. Donc il ne peut pas changer de cours. Mais ses hésitations sont inquiétantes.
" De toute façon, pour moi, le danger n'est pas que Gorbatchev soit destitué, mais qu'il fasse une politique telle qu'il nous sera indifférent de savoir s'il est là ou non. C'est un peu comme le syndrome de Kossyguine : il n'était pas important de savoir s'il était là ou non, puisque sa politique n'avait rien à voir avec les idées réformatrices qu'on lui prêtait.
- Quel tableau du pays, de l'état des réformes, pouvez-vous dresser après quatre ans de perestroika ?
- Notre pays traverse une phase difficile et même critique. Le Congrès des députés, en mai-juin de cette année, a tiré un trait sur la première étape de la perestroika. Il a été une grande école politique : pratiquement tout le pays y a assisté, grâce à la télévision. Des gens ont même pris des congés spéciaux pour quelques jours afin de n'en rien perdre.
" Pour nous ce fut un événement historique. Nous savions beaucoup de choses, mais souvent une partie seulement de la vérité, sans soupçonner à quel degré nous nous trouvions. Le Congrès a permis d'avoir un tableau complet. Il a marqué la chute des illusions sur la voie suivie pendant des dizaines d'années.
" Nous avons compris par exemple que le système officiel de pleine justice sociale était un mensonge : 40 millions de personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté, avec un revenu inférieur à 70 roubles par mois. Nous avons compris aussi que nous étions au niveau maximum d'exploitation, au sens classique marxiste du terme : 35 % seulement du revenu national va à la rémunération de la force de travail. Nous avons appris que plus de la moitié des hôpitaux ruraux n'ont pas l'eau courante, - je ne parle pas de l'eau chaude - et que bien plus encore n'ont pas le tout-à-l'égoût. Nous avons découvert aussi le désastre écologique, la tragédie de la mer d'Aral, les méfaits de la monoculture du coton, la haute mortalité infantile en Asie centrale etc.
" En fait, les administrations centrales ne s'occupent que de leurs intérêts propres. Chacune est extra territoriale et les autorités locales sont totalement impuissantes. Prenez l'exemple du Minvodkhoz, le ministère chargé de l'économie des eaux, dont le budget est de 15 milliards de roubles : 2 % à 3 % de ce budget seulement va à l'irrigation ; le reste sert à financer des chantiers qui lui sont nécessaires, parce que coûteux, et qui justifient une structure comportant, rien que dans ses bureaux d'études, 60000 personnes.
- N'y a-t-il pas eu changement dans ces structures administratives depuis la constitution du nouveau gouvernement cet été ?
- Il n'y a pas eu changement. Notre système est constitué d'administrations, avec la structure parallèle du parti. Il ne veut pas changer, et le nouveau gouvernement n'a rien changé. Récemment Abalkine (vice-président du gouvernement chargé de la réforme économique) a écrit que cela ne peut changer que lorsque l'état de crise aura été surmonté. C'est-à-dire pas avant 1991...
" Le Soviet suprême est saisi aujourd'hui de plusieurs projets de loi : sur la propriété, sur la réforme agraire, sur les coopératives, sur l'entreprise socialiste. Je n'ai pas eu le temps de les étudier en détail mais à première vue, ces projets contiennent des éléments progressistes. Mais cela est dilué dans des formulations vagues, des réserves et des nuances. Les spécialistes du groupe interrégional dont je fais partie disent qu'elles ne sont pas satisfaisantes. Même si elles l'étaient d'ailleurs, elles seraient inefficaces, car elles impliquent un changement de Constitution qui n'a pas encore eu lieu. Pour le moment donc, on parle surtout. Les actions, nous dit-on, viendront ensuite.
" De la même manière, le budget pour 1990 a été établi selon les anciennes pratiques. Accepter ce budget signifie qu'il n'y aura pas de changement en 1990. Ajoutez-y la dette extérieure, la dévalorisation du rouble... On nous dit que tous ces problèmes économiques nous menacent d'une crise politique, d'un retour au stalinisme. En fait, nous avons déjà le stalinisme.
- Pouvez-vous nous parler de ce groupe interrégional de députés réformateurs dont vous faites partie ?
- Il est encore fragile, il essaie de se constituer. Il a fait son apparition dans les derniers jours du Congrès des députés. Lorsqu'il a été mentionné pour la première fois à la tribune, Gorbatchev fut furieux de cet événement inattendu; on a même coupé les micros pour nous empêcher de parler.
" Le groupe s'est réuni sans moi, car j'était aux Etats-Unis à cette époque. Ses membres ont élu cinq coprésidents : Gavriil, Popov, l'économiste, Iouri Afanasiev, responsable des archives, le député balte Viktor Palm, Boris Eltsine et Sakharov. Puis s'est tenu, en ma présence, une réunion d'organisation qui nous a chargé de rencontrer Loukianov (1) pour obtenir son soutien. Nous avons demandé à avoir notre journal et un compte en banque. Cela a été refusé.
- Environ 400 (2), mais nous ne savons pas combien seront de membres actifs et à quel point. Ce n'est pas un parti, seulement un groupe de gens qui veulent de libres débats au Congrès. Ce qui le distingue encore d'un parti, c'est qu'il ne s'agit que d'un groupe de députés : il n'y a pas de structure, de statut ou de programme. Et ce n'est d'ailleurs pas forcément nécessaire ni utile. En outre, les membres sont d'accord sur certaines choses importantes, mais pas sur tout. C'est une force politique et intellectuelle, et nous ne savons pas comment elle va évoluer. Le groupe a d'ailleurs refusé d'avoir un président, ce qui est stupide, mais cela s'est fait sans moi. Il y a donc cinq coprésidents à pouvoir égal.
- Que pensez-vous de l'évolution en Europe de l'Est ?
- Ce qui se passe en Pologne et en Hongrie, de même que dans les Républiques baltes, est très positif, c'est un bon exemple pour nous. Ce serait une tragédie si le processus conduisait au chaos économique. Pour le moment l'URSS observe une attitude de non-ingérence, et c'est le maximum qu'on peut attendre. Mais s'il y a un retour des forces de droite, il y aura des ingérences. Tout est lié.
- Et sur les élections locales, prévues pour les prochains mois ?
- Ces élections sont très importantes. Il faut liquider la tutelle du parti sur les soviets locaux. Cependant, les lois électorales dans les Républiques datent d'avant les changements ; elles ne peuvent pas être bonnes. Nous demandons que l'on supprime la procédure de la " conférence de circonscription", qui filtre les candidatures et permet toutes sortes de manipulations. Il faut limiter le droit des commissions électorales, très réactionnaires, d'annuler les élections sous prétexte de violation de la loi électorale, et renoncer au principe qu'un candidat ne peut trouver une aide pratique qu'auprès des administrations prévues à cet effet: sous un aspect égalitaire, cela permet aussi toutes sortes de manipulations de la part de l'appareil."
Un habitant de Sannois (Val-d'Oise) n'en est pas revenu : sorti dans son jardin après avoir entendu un bruit anormal, il y a trouvé, le 27 septembre, une pièce métallique plate d'environ 1,80 mètre et de 6 kilogrammes portant la marque de l'Aérospatiale, qu'il a confiée à la police. Après enquête, il est apparu que ce morceau appartenait à un Concorde d'Air France en provenance de New-York, qui s'apprêtait à atterrir sur l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle !
La direction d'Air France a reconnu que la pièce avait été perdue par l'appareil qui évoluait à une altitude de 1100 mètres et à une vitesse de 400 kilomètres-heure. Il s'agit d'un "petit élément de carénage" de la porte du train d'atterrissage gauche qui s'est détaché à la suite de la rupture d'une biellette. Les services d'entretien ont été priés de vérifier toutes les biellettes de tous les trains d'atterrissage de tous les Concorde d'Air France.
Le travail a repris mercredi 27 septembre, après l'accord conclu la veille, entre les directions de Transmanche Link, qui construit le tunnel sous la Manche, et les syndicats (CGT, CFDT, FO et CGC) de l'unité de fabrication de voussoirs (pièces de béton de 2 à 8 tonnes qui revêtent les galeries). Des délégués vont être élus et une négociation salariale va s'engager en octobre. Les heures perdues par la grève seront récupérées et payées en heures supplémentaires. 60 % des 450 ouvriers de l'usine de voussoirs sont en grève depuis le lundi 18 septembre : ils réclament une hausse des salaires, la révision des qualifications, une amélioration des conditions de travail et un reclassement à l'issue du chantier. La grève avait entrainé l'arrêt progressif du creusement du tunnel. Mardi, des barrages avaient bloqué les accès au chantier et à l'usine de voussoirs, mais furent levés avant la réunion.
Mr Jérôme Malavoy, PDG de Dargaud éditeur, vient de présenter les grandes lignes de restructuration de la célèbre maison de bandes dessinées (Astérix, Lucky Luke, etc.). Cette restructuration de la maison d'édition rachetée en décembre 1988 à son fondateur,M. Georges Dargaud, par le groupe Média-Participations était nécessitée par des pertes financières évaluées à 40 millions de francs en 1988 (pour un chiffre d'affaires de 350 millions).
Mr Malavoy, se fondant sur le moindre intérêt manifesté par les moins de vingt-cinq ans pour la BD, a décidé de créer deux catalogues distincts : un catalogue "grand public" et un catalogue intitulé "Images-Passion", dont "les Óuvres seront destinées aux fanas de BD" et à un public plus averti. Les deux catalogues bénéficieront d'une promotion et d'une diffusion spécifiques. Ainsi les BD "grand public" seront distribuées à la fois dans les grandes surfaces et en librairie, les ouvrages du catalogue "Images-Passion" étant davantage réservées au réseau librairies.
Le mensuel Pilote, dont la vente s'est effondrée (25000 exemplaires actuellement), comme c'est le cas pour d'autres titres de la presse BD, verra sa publication interrompue. Une nouvelle formule, plus proche du grand public et plus proche des jeunes lecteurs, naitra en décembre sous la direction de Michel Greg, le "père" d'Achille Talon. Et un comité de lecture des albums,composé de professionnels de la BD et de lecteurs, sera constitué sous sa présidence.
Cette restructuration de Dargaud a causé un certain émoi parmi les collaborateurs de la société. Les déclarations, la semaine dernière, de Mr Jean-Loup Dherse, PDG de Médias-Participations, selon lequel "ces mesures étaient prises sur des critères uniquement économiques", en ont surpris plus d'un. Plusieurs auteurs craignent que cette restructuration ne cache une "moralisation" de la BD chez Dargaud.
- Le secrétaire d'Etat américain Mr James Baker a, mercredi 27 septembre, lors d'un petit-déjeuner qu'il offrait à ses collègues français, britannique, ouest-allemand et autrichien, demandé d'aider l'opposition au régime de Managua dans sa campagne pour les élections du 25 février prochain. Mr Baker a suggéré que les partis politiques des pays considérés financent Mme Violeta Chamorro, candidate de l'UNO (Union nationale de l'opposition) contre Mr Daniel Ortega, le président sortant, qui vient d'être à nouveau proposé comme porte-drapeau par le Front sandiniste. Le secrétaire d'Etat avait déjà demandé à son collègue japonais, Mr Taro Nakayama, que le Parti libéral démocrate, dont il est membre, fournisse une telle assistance à l'UNO. Le Congrès américain a récemment refusé de financer la campagne de l'opposition nicaraguayenne par l'intermédiaire de la Fondation nationale pour la démocratie, organisme privé soutenu par le gouvernement fédéral, estimant qu'une telle action serait contraire à ses statuts.
Les assises européennes de l'audiovisuel s'ouvrent dans une atmosphère de crise, voire dans cette cacophonie dont la télévision est coutumière, en France comme en Europe. Le pessimisme des professionnels est-il justifié ? Sans doute, si l'on observe les statistiques de productions et d'échanges. Mais est-ce le bon angle d'étude ? Ne faut-il pas plutôt, et au préalable, regarder les programmes diffusés et s'interroger sur l'existence d'une Europe audiovisuelle, telle qu'elle est vue par les téléspectateurs ?
Car cette Europe est une réalité. Que les horaires soient différents ou que le style de certaines émissions comme " l'habillage " des grilles de programmation soient plus ou moins novateurs ne doit pas dissimuler l'essentiel : bonne ou mauvaise, les Européens font la même télévision. Leur génie inventif réside moins dans la manière de concevoir les programmes que dans l'art de réglementer, contrôler ou interdire, parfois d'ailleurs de manière surprenante : les Etats les moins libéraux sont ceux du Nord, les plus pragmatiques, ceux du Sud. Le plus rationnel, la Grande-Bretagne, le plus décousu tant il a connu d'allers et retours réglementaires, la France. Quant à l'Allemagne, elle n'en finit pas de coordonner les onze Etats qui la composent.
Supprimer les réglementations nationales ne suffirait pourtant pas. Il faut aussi construire un cadre nouveau. Le laisser-faire serait vécu comme une provocation par tous ceux qui sont attachés à leur langue et à leur identité, et pourrait conduire à des abus de position dominante, là où le pluralisme est nécessaire. La création exige que soient préservées certaines règles spécifiques à un secteur économique, en de nombreux points original par son fonctionnement et son financement.
S'il s'agit de construire sur des bases nouvelles, pourquoi ne pas partir de l'essentiel : les libertés. Concrètement, ne pourrait-on pas s'atteler dès maintenant à concevoir un corps européen de règles déontologiques sur des points aussi essentiels que le droit à l'information, le droit de réponse, la protection des minorités, celle des enfants, et, chantier encore plus ambitieux, le statut des journalistes de la télévision ?
Autant de domaines où un consensus peut rapidement se dégager entre pays qui partagent les mêmes valeurs, même s'ils les expriment parfois de manières différentes. Un conseil formé de représentants des organismes nationaux de régulation (le CSA en France) ou, lorsqu'ils n'existent pas, des instances juridictionnelles les plus élevées, pourrait être constitué à cet effet. Ses propositions seraient soumises au Parlement européen et mises en Óuvre soit dans le cadre des procédures communautaires existantes, soit par traité. Quel symbole si l'Europe se dotait d'un code sur les libertés télévisuelles !
Les libertés se nourrissent du pluralisme des acteurs économiques. L'Europe dispose d'un arsenal juridique dans ce domaine. Il convient de l'adapter à l'audiovisuel, en mettant l'accent sur les problèmes spécifiques à la télévision : répartition du capital des sociétés de diffusion - droits d'exclusivité et droits des auteurs-producteurs à voir leurs Óuvres rediffusées - relations producteurs-diffuseurs-câblodistributeurs... toutes questions d'actualité qui ne peuvent être laissées en suspens.
Enfin, il faut produire plus, créer mieux, échanger entre pays européens. Pour y parvenir, trois priorités s'imposent : d'abord harmoniser les règles et rémunérations applicables aux droits d'auteurs ensuite instituer des obligations de production homogène en Europe pour tout diffuseur ayant accès à un nombre donné de téléspectateurs dans sa langue de diffusion (pour éviter de surcharger de contraintes les chaines les plus petites) ; enfin concevoir des mécanismes de soutien, si possible décentralisés et fondés soit sur la langue de production, soit sur la diffusion du même programme dans plusieurs territoires européens.
Il existe une Europe de la télévision. Trop d'éléments unissent les téléspectateurs de tous les pays qui constituent l'Europe pour que des opérateurs privés ne soient pas à la fois capables et désireux d'en tirer profit pour constituer des réseaux qui se joueront des frontières. L'enjeu de ces assises est de savoir si cette Europe saura être pluraliste, soucieuse des libertés, et créative.
Un milliard d'écus (7 milliards de francs) sur cinq ans ! C'est la demande-clé que les professionnels européens du cinéma et de la télévision - auteurs, réalisateurs, artistes, producteurs - ont solennellement présenté, jeudi 28 septembre, à la veille des assises de l'audiovisuel.
Les organisations professionnelles, qui estiment avoir été tenues à l'écart de la préparation de ce grand rendez-vous européen, ont donc choisi de prendre date avant l'ouverture des travaux, en élaborant leur propre manifeste pour un " véritable " Eurêka de l'audiovisuel. Un manifeste-catalogue de propositions concrètes qui s'inscrit dans la droite ligne des travaux de l'Année européenne du cinéma et de la télévision - le colloque de Venise et la chartre de Delphes, notamment - et dont la crédibilité est renforcée par le soutien que lui apporte l'Union européenne de radiodiffusion (UER) malgré les réserves de certaines télévisions privées.
Aucune relance sérieuse de la production cinématographique et audiovisuelle n'est en effet possible, selon ces professionnels, sans la création d'un fonds d'aide automatique à la coproduction et la codistribution d'Óuvres européennes.
Une aide massive, mais limitée dans le temps, et qui devrait s'accompagner d'une panoplie de mesures concrètes allant de la protection des Óuvres à l'organisation des marchés, en passant par l'éducation, la formation professionnelle ou bien encore la nécessaire solidarité des grands Etats et des instances européennes avec les petits pays ou les cultures minoritaires...
La protection des Óuvres ? Les professionnels la souhaitent très stricte, renforcée même par la généralisation de la redevance sur la copie privé. L'organisation des marchés ? Ils la veulent transparente grâce à la création d'un observatoire de la production et de l'exploitation des Óuvres. Quant aux règles de diffusion, les organisations européennes signataires insistent désormais sur la nécessité d'une lutte renforcée contre les opérateurs de télévision qui iraient s'implanter au-delà de leurs frontières nationales, pour bénéficier d'une réglementation plus laxiste. Enfin, dernier point mis en avant par les professionnels, la nécessaire création d'un organisme permanent de concertation obligatoirement consulté par le Conseil de l'Europe ou la Communauté européenne.
Bref, les professionnels demandent que, par son ampleur, l'Eurêka de l'audiovisuel soit l'équivalent de l'Eurêka technologique. Les assises diront s'ils ont été entendus.
Mr Jacques Calvet, président-directeur général de PSA a échoué dans sa tentative de faire ordonner la saisie judiciaire du dernier numéro du Canard enchainé faisant état du montant de ses revenus déclarés au fisc pour les années 1986, 1987, 1988 (le Monde du 28 septembre).
Devant Mme Huguette Le Foyer de Costil, juge des référés du tribunal de grande instance de Paris, le conseil de Mr Calvet, Me Georges-Antoine Chresteil, avait soutenu que la publication des revenus de son client constituait " une atteinte grave à la vie privée ".
Dans son ordonnance rendue le 28 septembre, le magistrat constate d'abord : " Il ne peut être fait grief au journaliste d'avoir indiqué que le montant de la rémunération de Mr Jacques Calvet avait subi des augmentations importantes dans la mesure où une telle révélation faite à l'occasion d'un événement qui intéresse l'opinion, est conforme à l'esprit de polémique du Canard enchainé et se justifie par les nécessités de l'information."
En revanche, Mme Le Foyer de Costil déclare ensuite : " La divulgation de la rémunération d'une personne, quel que soit son montant, fût-il estimé considérable, conforme aux normes habituelles ou insuffisant, constitue une atteinte à l'intimité de la vie privée. " Le juge remarque que " cet élément de la personnalité qui peut révéler la richesse ou la pauvreté de la personne concernée est, en tout cas dans notre pays, d'ordinaire tenu secret et défendu avec vigilance par les intéressés contre toute intrusion indiscrète ". Cependant, le magistrat relève que l'atteinte dont se plaint Mr Calvet ne justifie pas la saisie d'un journal tout en lui accordant le droit de faire connaitre au public " l'émotion qui a été la sienne ".
En conséquence, le Canard enchainé devra publier dans son prochain numéro un communiqué informant les lecteurs que le président-directeur général de Peugeot SA " a protesté contre l'atteinte portée à l'intimité de sa vie privée ".
"Vous allez voir, à Mulhouse, cela va se terminer comme chez nous en 1983 : par des bagarres. Et puis, ces Alsaciens, quand Poissy a bougé, ils n'ont pas levé le petit doigt. Ici, on est définitivement vaccinés contre la grève."
Pierre, quadragénaire tranquille, s'exprime sans animosité. Quelques instants plus tard, il passera devant les militants CGT qui organisent une collecte de solidarité avec les grévistes de Sochaux et de Mulhouse sans même y prêter attention.
Une demi-douzaine d'années ont passé depuis les débordements de 1982 et de la fin 1983 (la police avait gardé les entrées pendant plusieurs semaines), mais Talbot-Poissy est toujours sous le choc. Onze ans après le rachat de la marque par PSA, Talbot n'est toujours pas Peugeot. "On était Simca, on est devenu Chrysler, maintenant il parait qu'on est Peugeot, mais nous n'avons vraiment pas l'impression de faire partie de la même entreprise que ceux de Mulhouse. Alors, vous savez, la solidarité...", ajoute un ouvrier professionnel.
Il est vrai qu'à Poissy l'absorption par PSA s'est traduite par la perte d'un certain nombre d'acquis : plus de mois double lors du passage à vingt-cinq ans d'ancienneté, cantine plus chère, suppression d'avantages en matière de retraite. La prime de 55 francs par heure supplémentaire en vigueur à Mulhouse et à Sochaux n'existe toujours pas à Poissy. " Sans compter cette fameuse épée de Damoclès inventée par Mr Calvet ", s'indigne Mr Hervé Martin, responsable de la très controversée CSL. Talbot-Poissy, en effet, constitue une structure juridique indépendante de Peugeot. " Comme cela, il peut tout à fait se débarrasser de nous au cas où il le jugerait nécessaire."
Pour leur part, la CGT et la CFDT accusent la CSL d'exploiter cet argument pour démobiliser les 9100 salariés de l'établissement. " Il ne faut pas se fier aux apparences, assure Mr Yves Bongiorno (CGT). Il y a ici les mêmes ingrédients qu'ailleurs, seulement entre le mécontentement et la grève, le passage à l'acte est difficile car la direction repousse les échéances." Selon la CGT et la CFDT, la hiérarchie s'est attachée depuis le début du conflit à désamorcer toute velléité de débrayage en distribuant des primes dans les ateliers les plus " remontés ".
Certains syndicalistes peu suspects de " collaborer " avec la direction ont ainsi eu la surprise de se voir gratifier de primes allant de 105 F à 200 F. " En ce moment, c'est vrai, les agents de maitrise lâchent un peu de lest. On en a même vu un qui a accepté d'arrêter la soufflerie d'un atelier parce que l'un des gars avait mal à la gorge. Mais cela ne durera qu'un moment ", redoute Gabriel, trente-six ans, électricien.
Mr Aires Nascimento (CFDT) rappelle de son côté que Poissy est la seule usine du groupe où existe un plan social. L'établissement, qui a perdu près de la moitié de ses effectifs depuis le début des années 80, devrait encore se séparer de quelque huit cents salariés cette année, dont beaucoup d'immigrés, très présents à Poissy (un bon tiers de l'effectif) contrairement à Mulhouse ou à Sochaux. " Tout cela crée un contexte de peur dans cette usine dont les salariés sont plutôt âgés : quarante-quatre ans contre trente-cinq ans dans les usines en grève ", ajoute Mr Nascimento.
Si l'indifférence à l'égard des grévistes sochaliens et mulhousiens est perceptible, certains salariés de Poissy " se sentent solidaires ". " Tout le monde a la trouille : si on bouge, c'est la lettre de licenciement qui est au bout ", soupire Olivier avant de déposer son obole au profit des grévistes. Mais, décidément, Talbot est encore loin d'être Peugeot. Une collecte organisée à Poissy le 27 septembre a permis de recueillir 6000 francs. Le même jour, au centre d'études Renault de Rueil, 15000 francs ont été récoltés...
Les prix de détail ont augmenté en France de 0,2 % en août, a confirmé l'INSEE jeudi 28 septembre. Ce résultat est identique à la moyenne des pays de la CEE, et ramène la hausse des prix de détail sur douze mois à 3,4 %, contre 3,5 % en juillet. Ce bon chiffre est en partie dû à la baisse de 0,5 % des prix de l'énergie en août, et de 2,8 % entre juin et août. Les prix de l'énergie demeurent tous au-dessus de leur niveau le plus bas enregistré en 1986. Mais la tendance depuis le début 1989 est au repli.
Le capital du constructeur français de chaudières nucléaires, Framatome, va être rééquilibré à parts égales entre actionnaires publics et privé. Investie du rôle d'opérateur industriel, la Compagnie générale d'électricité (CGE) verra ses pouvoirs encadrés par une convention. Placé sous le signe de la normalisation des rapports entre l'Etat et la CGE, cet accord coincide avec une autre opération, le rapprochement du secteur spatial de la CGE et de celui de l'Aérospatiale.
Le président de Framatome, Mr Jean-Claude Leny, aura eu beau se démener, il n'a pas obtenu gain de cause. Comme beaucoup d'autres chefs d'entreprise avant lui, il risque d'apprendre à ses dépens ce que le mot "actionnaire" veut dire... Malgré les efforts qu'il a pu déployer pendant quinze ans à la tête de son entreprise, il va vraisemblablement faire les frais de la restructuration du capital de Framatome et de l'application à la lettre du fameux "ni... ni" ("Ni privatisation ni nationalisation") du président de la République.
Connu pour son franc-parler et son indépendance, Mr Leny a toujours su tenir à distance ses actionnaires successifs, n'hésitant pas à les affronter. Ce fut le cas avec le dernier président de Creusot-Loire (son actionnaire jusqu'en 1985), Mr Didier Pineau-Valencienne. C'est le cas avec Mr Pierre Suard, président de la CGE, le plus gros actionnaire de Framatome. A l'origine du conflit entre les deux hommes, le dossier Télémécanique : il y a quinze mois, au moment où il était proche de l'emporter dans la bataille boursière qu'il menait pour contrôler cette entreprise, Mr Leny s'était heurté au veto de Mr Suard.
Depuis, les réunions du conseil d'administration de Framatome sont autant d'occasions d'affrontement. Or, depuis plusieurs mois, la position de Mr Leny s'est fragilisée. Mr Suard, actionnaire à 40 % de Framatome, a en effet signé avec Dumez (propriétaire de 12 %) un pacte donnant à la CGE une préemption sur les actions détenues par Dumez et prévoyant que ce groupe voterait comme la CGE. Ce pacte n'a pourtant pas suffi à Mr Suard pour obtenir la majorité en conseil : la CGE et Dumez totalisaient certes une voix de plus que les actionnaires publics (EDF pour 10 % et le CEA à 35 %), mais, Mr Leny ayant lui-même une voix prépondérante, il gardait la situation en main en conseil. En revanche, en assemblée générale, le patron de Framatome ne l'emporte pas.
Les pouvoirs publics affirment avoir eu peu de moyens pour dénouer cette situation. La CGE ne voulant pas vendre ses actions, ils assurent s'être tournés vers Dumez, qui, lui non plus, n'aurait rien voulu entendre.
Si elle a accepté d'abaisser de quelques points sa part, la CGE a obtenu d'être l'opérateur industriel de Framatome. Mais les pouvoirs publics ont cherché à s'entourer de quelques précautions : contrairement à ce qu'ils ont imposé l'an passé, les actionnaires ne pourront plus exiger que la totalité du dividende de Framatome (700 millions en 1988) leur soit versée. La fabuleuse trésorerie de l'entreprise (4,5 milliards de francs) ne remontera pas au sein de la CGE, comme on le craignait chez Framatome. Une convention entre le CEA et la CGE prévoirait que le premier serait le maitre d'Óuvre sur le nucléaire, le second s'occupant de la diversification de Framatome.
Un point capital, en revanche, ne semble pas réglé à ce jour : le sort réservé à Mr Leny. Introduira-t-on une clause dans les statuts fixant l'âge de la retraite à soixante-cinq ans (M. Leny a soixante-trois ans), afin de ne pas paraitre le sacrifier ? Sauf à imaginer qu'il devienne muet (ce qui est assez peu dans son tempérament), peut-on sérieusement soutenir que le montage conçu par les pouvoirs publics " pacifiera " la situation au sein de Framatome ?
Mr Suard est un négociateur réputé... et, dit-on, particulièrement dur. Dans le règlement du dossier Framatome, face à des pouvoirs publics brusquement soucieux de " normaliser " leurs relations avec lui, il semble faire un geste de bonne volonté. Ceci expliquant sans doute cela, il s'apprête aussi, dans la foulée, à marier son secteur spatial (Alcatel Espace) avec les satellites de la division systèmes stratégiques et spatiaux de l'Aérospatiale au sein d'une société commune à 50/50. Il est d'ailleurs envisagé, là aussi, de confier à la CGE la fonction d'opérateur industriel. Les pouvoirs publics, inquiets de l'éparpillement des forces spatiales françaises, appelaient de leurs vÓux cette opération, dont ils ne cachent pas la concomitance avec celle de Framatome.
L'heure n'est plus, dans les allées du pouvoir, à faire le procès de Mr Suard, un proche du RPR, et des conditions de la privatisation de la CGE. On y affiche une volonté d'apaisement, au nom des intérêts industriels de la France. Argument légitime, mais qui risque de conduire à sacrifier un des pères du nucléaire français, industriel salué de tous, capable de gérer la récession de son marché sans faire appel à l'Etat et sans drame humain, qui rémunère grassement ses actionnaires (en trois ans, ils ont récupéré en dividendes leur mise de fonds de 1985), sous prétexte qu'il a déplu à son plus gros actionnaire. On reproche à Mr Leny de se comporter comme le seul maitre à bord dans son groupe bref, d'être incontrôlable. Mais Mr Suard, le patron de la CGE, fait-il autre chose lorsqu'il limite les droits de vote de ses actionnaires ?
Mr Marc Fournier, P-DG du conglomérat Navigation mixte, aurait renforcé son pôle d'assurances Via-Rhin et Moselle par l'introduction d'un groupe d'investisseurs au sein duquel le Crédit agricole joue un rôle prédominant. Allianz, le géant allemand, mais aussi la Suisse de réassurance pourraient faire partie des nouveaux propriétaires des assurances. Au sein de la Mixte, holding du groupe, Paribas a renforcé sa position juqu'à hauteur de 7 %, comme il l'a confirmé vendredi dans un communiqué.
Mr Fournier, président de la Navigation mixte, continue de pratiquer la tactique qui lui a si bien réussi jusqu'à présent : celle du " noyau dur mobile ". Ayant soigneusement éclaté le capital du conglomérat (industrie, assurances, banques...), dont il est PDG depuis une vingtaine d'années, entre les mains d'une foule d'investisseur il a, chaque fois que son titre était attaqué en Bourse, joué des intérêts contradictoires des uns et des autres pour en conserver la direction.
Cette fois-ci, pour parer à l'attaque des Assurances générales de France (AGF) sur son capital, Mr Fournier se serait appuyé sur le Crédit agricole et Paribas. A la banque verte aurait été dévolu le rôle d'actionnaire de référence du pôle d'assurances de la Mixte, secteur qui sortirait donc partiellement du giron du holding dirigé par Mr Fournier. A Paribas reviendrait un rôle d'actionnaire important (mais parmi d'autres) au sein de la Mixte. Sans doute conscient, à l'heure où les assurances françaises se restructurent, qu'il ne pourrait plus contenir longtemps les convoitises, Mr Fournier aurait donc décidé de relativiser le contrôle de son holding sur l'ensemble Via IARD-Via Vie (contrôlé à 100 %) et de Rhin et Moselle (contrôlé à 50 %). Parmi les nouveaux propriétaires, on trouverait un ou plusieurs assureurs étrangers : les noms d'Allianz, le géant d'outre-Rhin, mais aussi celui de la Suisse de réassurance circulent. Il est à remarquer également qu'au mois d'août dernier, au plus fort de la bataille Suez-Victoire, le Crédit agricole et les AGF avaient attaqué ensemble le capital de la Mixte. Ce serait bien dans la manière de Mr Fournier de diviser les alliés d'hier en les jouant l'un contre l'autre.
Quant à Paribas, qui ne possédait que 1,7 % du capital de la Mixte, sa participation s'est accrue jusuqe à 7 %. Mr François-Poncet, PDG de la banque de la rue d'Antin, se serait rangé aux côtés des amis du jour de Mr Fournier.
Ayant échoué lui-même à constituer un groupe d'assurances de taille nationale - en 1984, Mr Marc Fournier avait tenté de racheter les parts que Mr Jean-Marc Vernes détenait dans la Compagnie industrielle, c'est-à-dire dans Victoire, - il a, semble-t-il, décidé de sauvegarder les bribes de l'empire plutôt que de tout perdre. Car, à force de faire monter les enchères, les AGF - qui ne se sont toujours pas déclarées comme agresseur officiel et qui auraient largement franchi le seuil des 10 % du capital de la Mixte - auraient sans doute fini par convaincre les plus ardents défenseurs de Mr Fournier de se rallier à elles.
Que va faire Mr Philippe Jaffré, directeur général du Crédit agricole, au sein d'un pôle d'assurances où il était jusqu'à présent absent ? Sans doute cherchera-t-il a créer des synergies avec la branche assurance-vie de la banque verte. Mr Philippe Jaffré s'est en tous cas refusé à faire " le moindre commentaire ".
Les questions les plus ouvertes concernent le groupe public des AGF. Aguichée par les assurances Via et Rhin et Moselle, la compagnie que préside Mr Michel Albert se retrouve désormais un peu marginalisée. Ou forte d'une position dans la Mixte qui ne lui confère actuellement aucun avantage particulier.
La Compagnie de navigation mixte est une holding qui détient des participations largement majoritaires dans le secteur de l'assurance (Via - Rhin et Moselle), dans la banque (Via Banque), l'agroalimentaire (Saupiquet, CFS, Venoge), l'industrie et les services (Fichet-Bauche, GTI, SFIM...). L'ensemble réaliserait en 1989 un chiffre d'affaires d'environ 20 milliards de francs. La valeur boursière de la Mixte se situe aux environs de 15-16 milliards de francs.
Les réunions du FMI et de la Banque mondiale qui viennent de s'achever ont été placées sous le signe de la priorité donnée à l'Est sur le Sud. " Varsovie avant Bangui ", en quelque sorte. Nouvelle version du célèbre slogan " la Corrèze avant le Zambèze ", lancé par Raymond Cartier en 1964.
" Nous devons faire plus pour la Pologne ", s'est exclamé le président George Bush, tandis que Mr Michel Camdessus, directeur général du FMI, assurait la Pologne et les pays d'Europe de l'Est d'un " solide support ". Que ne ferait-on pas pour " défendre les libertés ", comme dit Mr Bush...
" Tout doit être fait pour tenter de donner une chance à la démocratie ", commentait jeudi Mr Pierre Bérégovoy. Et Mr Alfred Herrhausen, patron de la puissante Deutsche Bank, de rappeler quand même que l'aide à la Pologne devait passer par les gouvernements et non uniquement par les banques.
" Et nous ? ", semblaient dire ces derniers jours les pays de l'ACP (Afrique, Caraibes, Pacifique) réunis à Versailles pour discuter de leurs relations avec la CEE. " Il est bien naturel que la Pologne ou la Hongrie puissent prétendre à l'aide de l'Europe. Mais quelles que soient les préoccupations politiques présentes, il ne faut pas que la CEE oublie ses partenaires traditionnels ", résumait jeudi Mr Mamadou Diop, coprésident de l'Assemblée CEE-ACP.
A cela, les pays industriels apportent sans relâche la même réponse : " Prenez des mesures draconiennes de redressement et l'on vous aidera "... tout en étant incapables de se mettre d'accord sur une augmentation des ressources du FMI et de la Banque mondiale. A Washington, le ministre brésilien des finances a rappelé " les effets terribles en termes de souffrances humaines " des politiques de rigueur exigées. Terribles pour la démocratie aussi.
Mais la seule démocratie qui semble aujourd'hui à la mode est celle que redécouvre l'Est. Au-delà des relations historiques avec l'autre partie de l'Europe, cette redécouverte n'est-elle pas intéressée ? La démocratisation à l'Est porte en elle les promesses de marchés solvables.
Après avoir entendu les grands ténors de la diplomatie mondiale, l'Assemblée générale de l'ONU poursuit ses débats sur des thèmes moins politiques, tels que la lutte contre le trafic de drogue et les problèmes de l'environnement.
L'arrivée, vendredi 22 septembre, à l'ONU du président colombien Virgilio Barco, dans un déploiement de forces de sécurité égal à celui qui entoure le président américain lui-même, mettra peut-être quelque piment dans une Assemblée jusqu'ici plutôt atone. La drogue, dont l'organisation s'occupe pourtant, comme de l'environnement, depuis des dizaines d'années dans ses instances spécialisées, est cette année le sujet chaud.
Mme Thatcher avait lancé la charge contre le trafic illicite des stupéfiants en juillet dernier, lors du sommet des Sept. La vaillante offensive des autorités colombiennes contre le cartel de Medellin et son retentissement international ont fait le reste. De nombreux orateurs à la tribune évoquent le problème comme l'une des plaies nouvelles de l'humanité, même si ce n'est souvent que pour saluer le courage du président Barco ou mentionner - quand c'est le cas - l'assistance qu'ils lui ont fournie. Le thème est surtout très présent dans les rencontres tenues en marge du débat général : il a été, mercredi, au centre des entretiens qu'ont eus les représentants de la Communauté européenne, présidés par Mr Roland Dumas, avec ceux de sept pays d'Amérique latine. Il donne surtout lieu à une discussion dans diverses instances de l'ONU, dont le Conseil de sécurité.
Ni la lutte contre la drogue ni la préservation de l'environnement ne sont, en effet, des thèmes consensuels à l'ONU. Ce sont, en premier lieu, des thèmes " culpabilisants " pour les pays en voie de développement. Tous insistent sur la nécessité de coordonner l'action entre pays producteurs, pays de trafic et pays consommateurs. Ils font valoir, en termes plus ou moins aimables, qu'ils sont confrontés à un problème économique grave qui ne saurait être séparé de la lutte contre la drogue. Ainsi Mr Carlos Andres Peres, le président vénézuélien, a-t-il dénoncé à la tribune une solidarité " souvent plus verbale qu'active " : " Devant les événements de Colombie, par exemple, les Etats-Unis ont été indiscutablement en pointe en offrant leur aide matérielle. Mais, plutôt que cette aide de circonstance, n'eût-il pas été préférable de soutenir l'économie colombienne en favorisant un accord international sur le café ? " C'est à propos de cet accord, autant que pour la lutte anti-drogue, que le président colombien a réclamé l'aide de la Communauté européenne.
Une autre inquiétude de ces pays est qu'il ne soit pas porté atteinte à leur souveraineté. La Grande-Bretagne, qui se veut en pointe sur le sujet (beaucoup plus que les Etats-Unis, qui, dans le cadre de l'ONU, ne sont pas les plus actifs), a demandé que le Conseil de sécurité se saisisse lui-même de la question, en faisant valoir que le trafic des stupéfiants était assimilable à une de ces " menaces pour la paix et la sécurité internationales " qui seules sont de sa compétence. Le secrétaire général de l'ONU aurait lui-même souhaité que l'organisation prit une initiative spectaculaire et se rangeait parmi les partisans d'une intervention marquante de l'ONU pouvant aller, dans l'esprit de certains, jusqu'à l'envoi de " casques bleus " en Colombie ou à la création d'un tribunal international spécialisé.
Mais l'idée britannique s'est heurtée à tous ceux qui, dans le tiers-monde, considèrent que le Conseil de sécurité n'est déjà que trop le " directoire " des affaires de la planète ; à quoi s'est ajouté le scepticisme de certains des membres permanents, qui redoutent une dilution des responsabilités du Conseil s'il commence à se mêler de tout. Le Brésil a mené la contre-offensive en demandant la convocation d'une session spéciale de l'Assemblée générale sur le sujet, ce qui est une façon d'en garder le contrôle. Cette session aura lieu cet automne.
On retrouve à peu près la même problématique à propos des questions d'environnement, qui restent pour bon nombre de pays en voie de développement une coquetterie de riches. Même refus de se voir culpabilisés, même défiance envers tout interventionnisme contraignant patronné par les Nations unies. Le président Sarney, du Brésil, exprimait lundi la crainte que l'environnement soit considéré comme un problème Nord-Sud, et que les pays les moins développés apparaissent comme " ceux qui, par leur conduite irresponsable, endommagent l'équilibre écologique du monde ". " La vérité, a-t-il ajouté, c'est que les pays industrialisés portent la plus lourde responsabilité de la pollution. (...) Si le monde peut actuellement se préoccuper de la forêt amazonienne, c'est parce que nous l'avons, par le passé, préservée de l'exploitation colonialiste. " " Nous sommes près à coopérer, concluait-il, mais nous n'accepterons jamais de restriction à notre souveraineté. "
La Grande-Bretagne, relayée par l'URSS, avait aussi lancé l'idée de saisir le Conseil de sécurité du problème global de l'environnement. Elle a encore moins de chances d'aboutir qu'à propos de la drogue. Les pays en voie de développement font front. La France, comme d'autres pays européens, prône au contraire une politique d'adhésion volontaire à des conventions internationales, c'est-à-dire un autocontrôle des comportements.
L'aspect financier est en ce domaine le plus difficile, les pays en voie de développement redoutant fortement de voir l'environnement prendre le pas, dans l'esprit des Occidentaux, sur le problème du développement. Tous les pays qui ont participé à la conférence de La Haye il y a quelques mois défendent - et espèrent avoir imposé dans le camp occidental - l'idée que tout effort demandé aux pays en voie de développement pour la préservation de l'environnement doit être relayé par la communauté internationale. Il la défendent, il est vrai, avec plus ou moins d'enthousiasme.
La Grande-Bretagne est très active au plan médiatique, mais traine un peu les pieds dans les débats. Les Américains ne font que suivre. Le Japon promet beaucoup (M. Nakayama a affirmé lundi que son pays consacrerait à ce problème 300 milliards de yens au cours des trois prochaines années), mais semble prendre conscience avec une certaine inquiétude, dans les débats spécialisés, de ce qui l'attend en matière de contributions (au prorata du PNB) et de modification de ses habitudes de consommation. L'URSS avance un concept très abstrait et très flou de " sécurité écologique ", auquel ne paraissent devoir adhérer ni les Occidentaux ni les pays en développement, parce qu'il a l'air très centralisateur.
Ces débats se déroulent dans le cadre des travaux préparatoires à la conférence environnement-développement, qui doit avoir lieu en 1992. Le Brésil, malgré les réserves exprimées par Mr Sarney, conscient sans doute qu'il ne pourra échapper au mouvement vu l'intérêt que suscite la forêt amazonienne, a pris les devants en proposant d'accueillir en 1992 cette conférence, qui doit définir les objectifs et les termes de la coopération internationale en matière d'environnement. Parallèlement à la mise en Óuvre de projets concrets (lutte contre les inondations au Bangladesh, création d'un observatoire au Sahel, etc.), c'est dans la préparation de cette conférence que se joue la partie politique de la lutte pour l'environnement. Le risque étant, si le message des Occidentaux ne passe pas, qu'elle se transforme en une nouvelle conférence sur le développement tout court, ou en un simple affrontement Nord-Sud.
Les plans Shamir et Moubarak sur l'organisation d'élections dans les territoires occupés " ne sont pas concurrents ". La réunion d'une heure et demie qu'ont eue jeudi à New-York, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, les chefs des diplomaties américaine, égyptienne et israélienne aura essentiellement servi, selon le compte rendu qu'en fait le secrétaire d'Etat américain, Mr James Baker, à dissiper ce " malentendu ". " J'ai toujours dit que l'initiative israélienne offrait une possibilité d'aller de l'avant. La réponse qui est venue des Egyptiens, dans la mesure où ils admettent eux-mêmes qu'elle constitue une acceptation du principe des élections, est positive. Elle n'est pas concurrente. "
" Le plan Moubarak en dix points, a encore dit Mr Baker, représente la position qu'adopteraient les Palestiniens au début d'un dialogue sur les modalités des élections. Israël n'a donc pas à l'accepter ou pas. " L'essentiel, selon le secrétaire d'Etat, est pour l'instant d'amener les Palestiniens aux négociations que proposent eux-mêmes les Israéliens, et c'est sur quoi s'est concentrée la discussion à trois de jeudi. Qui seraient ces Palestiniens ? Mr Baker répond que la question est effectivement importante... mais qu'elle n'a pas encore été tranchée.
Mr Chevardnadze, qui s'est entretenu pendant plus d'une heure dans la matinée avec le ministre israélien, a rappelé que, pour Moscou, la priorité reste l'organisation d'une conférence internationale; il a demandé à nouveau que s'ouvrent des consultations préalables entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. " Mais nous n'excluons pas l'idée d'élections ", a-t-il déclaré, ajoutant qu'il y avait dans les propositions israélienne et égyptienne des " éléments intéressants ". " Il n'y aura aucun progrès si l'OLP est ignorée ", a-t-il dit, et il a appelé de ses vÓux une rencontre directe entre l'organisation palestinienne et les responsables israéliens. " Et je vais vous révéler un secret ", a-t-il conclu en souriant comme s'il n'y croyait pas : " J'ai proposé mes bons offices à Mr Arens pour organiser une telle rencontre en URSS. "
De son côté, Mr Roland Dumas s'est entretenu jeudi avec les ministres syrien et iranien des affaires étrangères. Avec le premier, Mr Charah, le ministre français a parlé essentiellement du Liban et soulevé la question de la présence des troupes syriennes dans ce pays et de leur retrait. Mr Charah a répondu que la Syrie " était prête à discuter de sa présence militaire sous ses divers aspects avec le gouvernement de réconciliation nationale qui devra être formé conformément aux recommandations du comité tripartite ". " La Syrie, a-t-il ajouté, est décidée à aider ce gouvernement à établir son autorité et à l'étendre à l'ensemble du territoire libanais. " Il a souhaité que s'établisse avec la France " un dialogue continu " et a adressé une invitation à se rendre à Damas à Mr Dumas, qui en a accepté le principe.
Avec Mr Velayati, l'entretien a surtout porté sur les négociations financières, dont le ministre iranien a estimé qu'elles avaient commencé " dans de bonnes conditions ". Des contacts reprendront à Paris en octobre entre le Quai d'Orsay et l'émissaire du ministère iranien des affaires étrangères sur cette question.
- Le président François Mitterrand a donné, jeudi 28 septembre, son appui à l'initiative de paix du chef de l'Etat égyptien Hosni Moubarak, qu'il a reçu pendant plus de quatre-vingts minutes au palais de l'Elysée, estimant cette démarche pour l'établissement d'un dialogue israélo-palestinien " judicieuse et réaliste ". " Le président Mitterrand a jugé les propositions de Mr Moubarak solides et utiles et a qualifié cette démarche de judicieuse et réaliste parce qu'elle évite de poser des préalables et des principes incompatibles ", a déclaré, à l'issue de l'entretien, Mr Hubert Védrine, porte-parole du chef de l'Etat.
Le Front Farabundo Marti (FMLN) a repris ses attaques contre les positions des gouvernementaux après la trêve de dix jours qu'il avait annoncée à la veille de sa rencontre à Mexico avec les émissaires du gouvernement salvadorien. Les affrontements entre les deux camps, depuis le 26 septembre, ont fait une quarantaine de morts, de sources concordantes. Les deux parties doivent se rencontrer à nouveau les 16 et 17 octobre au Costa-Rica, pour commencer à discuter de la possibilité d'un cessez-le-feu lié à une démocratisation des rouages de l'Etat. Revendiquant l'attaque de 25 positions militaires, le FMLN est, en outre, tenu responsable, par les officiels, de plusieurs attentats à la bombe dans la capitale, lesquels ont fait d'importants dégâts matériels, mais pas de victimes. Des personnalités de l'opposition civile au gouvernement de Mr Alfredo Cristiani (extrême droite) ont cependant estimé que la reprise des combats ne saurait compromettre le processus de paix démarré à Mexico.
Une rumeur, des silhouettes et quelques banderoles. Là-bas, sur le parking du local syndical de Peugeot-Mulhouse, une centaine d'employés, de techniciens et d'agents de maitrise (ETAM) sont regroupés en silence autour de pancartes à la gloire de la liberté du travail. Henri Krasucki ralentit le pas. "On y va tranquille les gars, surtout pas de provocation." Le local syndical est à 100 mètres. Le cortège, une cinquantaine de grévistes venus accueillir Henri Krasucki aux grilles de l'usine, traverse la place sans mot dire.
Henri Krasucki avait espéré un instant se rendre au cÓur de la grève dans la forge occupée depuis lundi dernier. Il n'en est désormais plus question. "En y allant, je leur donnerais l'occasion de dénaturer le sens de ma présence chez Peugeot, explique-t-il, il vaut mieux garder son sang-froid et ne pas se hasarder là-bas." Dans cette pièce, Henri Krasucki est dans son droit : nul ne peut interdire aux grévistes de recevoir dans leurs locaux un représentant syndical de l'extérieur. L'ambiance est suffisamment tendue. Mieux vaut pour cette fois respecter à la lettre la légalité.
Plus de forge, plus de rencontre avec les grévistes : Henri Krasucki doit se résoudre à lire son discours dans un local de 20 m2 occupé par à peine trente grévistes. Devant le bâtiment, les ETAM attendent toujours. Ils distribuent des tracts signés du " comité de défense Peugeot-Mulhouse " : " Le centre de production n'appartient pas à la CGT et au PCF ! ", clame ce comité, qui regroupe, disent les ETAM, " tous ceux qui en ont ras-le-bol ".
Debout devant une banderole proclamant " la forge aux forgerons ", Robert Camus se dit " exaspéré ". " Voir le Parti communiste pénétrer dans notre entreprise nous fait mal, a expliqué ce responsable de l'outillage central. On ne peut pas nous demander de supporter cela. "
Malgré ses silences et ses hésitations, Robert Camus admet avoir participé au remue-ménage de la nuit précédente autour de la forge occupée. Pétards, fumigènes, boules puantes, concert de klaxons et coupures brutales d'électricité : les grévistes ont passé la nuit à courir d'une porte à l'autre de peur que les cadres ne pénètrent dans l'atelier. Le but des ETAM était atteint : " Ils doivent partir, répète Robert Camus qui a apporté un avertisseur sonore afin de protester contre la venue d'Henri Krasucki. " On ne va tout de même pas les laisser dormir tranquilles. "
Il est 14 heures. L'encadrement manifeste depuis maintenant plus d'une demi-heure, et beaucoup s'impatientent.
Mais Henri Krasucki, qui a terminé son discours, descend les marches du local syndical. Sifflets, huées. Le secrétaire général se dirige à grands pas vers une voiture, qui démarre aussitôt. Devant le bâtiment, deux responsables de la CGT s'installent à l'avant d'une voiture ; le véhicule est immédiatement cerné par des membres de l'encadrement, qui frappent la carrosserie à coups de poing. Le véhicule est secoué, les montants en bois des banderoles aident à porter quelques coups. La voiture tente de se dégager, un employé du service des relations extérieures roule sur le capot, avant de tomber à terre devant le véhicule. Marc Richard a les yeux entrouverts, mais il ne bouge pas. Il sera évacué par les pompiers vers Moenchsberg, à l'hôpital Emile-Müller de Mulhouse et sortira une heure plus tard.
Autour du véhicule occupé par les responsables de la CGT, les ETAM ne décolèrent pas. " Ils lui ont foncé dessus ", lance l'un d'eux. " Le véhicule roulait au pas ", lui rappelle un gréviste. Les ETAM parlent d'" attentat ", la CGT de " mise en scène ". Comment le chauffeur aurait-il pu foncer alors que la voiture était étroitement cernée par l'encadrement ? Insultes, huées, empoignades. Syndicats et cadres tentent tant bien que mal de calmer leurs troupes. Il faudra plus d'une demi-heure pour dégager le parking du bâtiment. " On se retrouvera ", lance un ETAM en partant. " Où tu veux ", lui répond un gréviste.
D'après un communiqué publié le jeudi 28 septembre, certains membres de la famille Vilgrain, principaux actionnaires du GMP, ont fait part de leur intention de céder leurs intérêts dans le groupe. Mr Jean-Louis Vilgrain, PDG des Grands Moulins et ses alliés ont décidé de constituer un tour de table d'investisseurs, afin d'assurer le reclassement de ces titres. A la Bourse de Paris, alors que l'action était demandée à 1 092 F, la cotation de Grands Moulins de Paris avait été suspendue jeudi à 13 heures.
La situation était calme vendredi 29 septembre au matin aux usines Peugeot de Mulhouse et de Sochaux. A Mulhouse, l'occupation de la forge pendant la nuit par une centaine de grévistes s'est déroulée sans incidents. A Sochaux, Mr Guy Perrier, le directeur du centre de production, a estimé, le 28 septembre, qu'il n'y a "jamais assez de dialogue". Il a ajouté qu'un conflit "est toujours un échec pour les parties en cause", soulignant au passage la "grande sagesse" des syndicats à Sochaux.
Dans un communiqué publié jeudi, Mr Jean-Pierre Soisson a rappelé "l'attention personnelle qu'il apporte au respect des garanties que notre droit offre aux salariés, spécialement les plus vulnérables - les intérimaires - et les plus exposés - les représentants du personnel". Le ministre du travail a précisé que des "infractions" donnant lieu à procès-verbal avaient été relevées sur l'utilisation d'intérimaires. A Chartres, Mr Rocard a fait des déclarations dans le même sens (lire page 11). La direction générale de Peugeot en a pris acte tout en regrettant que "M. Soisson ne fasse pas mention des graves atteintes à la liberté du travail" (occupation de la forge de Mulhouse). Quant à Mr Bérégovoy, il s'est déclaré "choqué" par l'absence de dialogue social chez Peugeot.
Tandis que la Fédération générale des mines et de la métallurgie CFDT décidait d'assigner Peugeot en référé pour "refus de négocier", Mr Henri Krasucki s'est rendu jeudi successivement à Sochaux et à Mulhouse pour soutenir le "combat pour la dignité" des grévistes et plaider pour un "rapprochement à tous les niveaux entre les syndicats". A Mulhouse, la venue du secrétaire général de la CGT a été suivie de bousculades au cours desquelles un agent de maitrise a été légèrement blessé. A Antenne 2, Mr Marchais a estimé que les méthodes de Mr Rocard et de Mr Calvet "s'épaulaient mutuellement pour refuser des revendications sérieuses". La Ligue des droits de l'homme a exprimé sa solidarité aux grévistes.
Après quatre mois de montée en puissance et d'évidents signes d'élargissement mais aussi de durcissement, le conflit qui perturbe les services du ministère des finances (180 000 agents), en particulier la direction générale des impôts (80 700 fonctionnaires), commence à sérieusement préoccuper Mr Pierre Bérégovoy, ministre de l'économie, qui a lancé, jeudi 28 septembre, un appel " au sang froid ".
Quai de Bercy, on ne nie pas l'ampleur de la grève et de ses répercussions. Ainsi, les finances admettent-elles que les retards d'encaissement de la TVA imputables aux opérations de rétention des chèques atteignaient 10 milliards de francs le 28 septembre (contre 8 milliards le 21 septembre). Il s'agit, précise le ministère, de " retards provisoires " qui portent sur une faible part des recettes de la TVA (500 milliards par an) et n'affectent pas les opérations quotidiennes de trésorerie de l'Etat.
Par ailleurs, la grève (qui concerne 20 600 agents des impôts selon les pouvoirs publics, 35 000 selon les syndicats) entrave l'activité de plusieurs professions. Il en va ainsi, assure la FNAIM (Fédération nationale de l'immobilier), des transactions immobilières en raison de la paralysie de certains services du cadastre.
Cependant, la récente recrudescence d'occupations de locaux, de piquets de grève, voire de " destruction de matériel ou de rétention de courrier ", inquiète encore davantage les pouvoirs publics, déterminés à faire appel (après discussions avec les grévistes) aux forces de l'ordre (comme cela fut le cas dans le Gard).
Quant aux revendications salariales (700 francs par mois sous forme de 3 points d'indice), le gouvernement affirme clairement qu'il n'ira pas au-delà de ce qu'il a déjà accordé le 5 septembre (prime de 2 200 francs dont quelque 1 000 francs seront finalement à valoir sur la future " prime de croissance " de la fonction publique, allocation de départ en retraite de 20 000 francs). Les syndicats, pour leur part, ne désarment pas. Leur dernière proposition d'action ? Bloquer le versement du traitement des ministres.
En liaison avec Bernard Tapie, le groupe d'investisseurs britanniques World Sea Center a entrepris plusieurs démarches pour reprendre une partie du site des anciens chantiers navals de La Ciotat. Il s'agirait d'aménager un centre mondial de la mer ouvert au public. Ce projet entre en concurrence avec celui de l'armateur américain Lexmar (qui projette de construire cinq grands pétroliers par an en rouvrant le chantier naval), projet jugé " non crédible " par les pouvoirs publics.
La Sofical, en portant sa participation dans Rhin-Rhône de 80% à 100 % par le biais d'une offre publique d'échange, va devenir le pivot financier du groupe Bolloré. Les actionnaires de Rhin-Rhône recevront deux actions Sofical pour une action Rhin-Rhône, et celle-ci disparaitra de la cote. Cela confère une valeur de 2 420 francs à l'action Rhin-Rhône pour un dernier cours de 2 150 francs. Sofical devrait également porter sa participation dans Frans Bonhomme de 75% à 100 %, et dans la SCAC de 52% à 62%. Mr Bolloré entend ainsi simplifier les structures de son groupe. Elles aboutiront à la création de 482 888 actions nouvelles Sofical, portant le nombre total de titres à 2 053 115 pour une capitalisation boursière de 2,5 milliards de francs.
- Mr Patrick Le Lay, PDG de TF1, a annoncé le 27 septembre que sa chaine allait attaquer la société nationale Télédiffusion de France (TDF) devant le tribunal de commerce, pour " tarifs discriminatoires ". TF1 estime anormal de débourser pour sa diffusion plus de 500 millions de francs annuels, alors que la Cinq (qui ne couvre que 75 % du territoire) paie moins de 200 millions annuels.
Installé depuis le 1er juillet sur les antennes de Télé-Monte-Carlo, le programme musical Monte-Carlo Musique (MCM) a satisfait ses dirigeants après ses trois premiers mois de diffusion. Sur un " bassin " de 2,2 millions de téléspectateurs, la chaine estime capter entre 5 % et 10 % du marché de l'audience avec ses émissions en majorité francophones (55 %) et produites en Europe (70 %). Celle qui se décrit comme " la plus FM des télés " veut enrichir progressivement une grille au rythme rapide, dont la mascotte (un petit dauphin rouge) est déjà familière à un public jeune. Elle songe même à fournir des émissions à une chaine américaine du réseau public PBS, ou à la chaine francophone TV 5.
Mais d'abord, MCM veut étendre sa zone de diffusion, et vient pour cela de passer un accord avec Télé-Toulouse. La chaine de la Ville rose (qui couvre près de 400 000 habitants) reprendra MCM dès octobre, en complément de son programme propre. Une vingtaine de réseaux câblés vont aussi distribuer MCM d'ici à la fin de l'année, en commençant par Nimes, Mantes, Versailles, Evry, Lyon... Avec ce surcroit d'audience et de notoriété, la chaine espère convaincre de nouveaux annonceurs publicitaires, dont elle attend de 15 à 20 millions de francs de recettes pour son premier exercice, sur un budget total de 20 à 25 millions de francs.
Les actionnaires de la société Euromusique, qui fabrique MCM (15 % Générale des eaux, 15 % Caisse des dépôts, 12 % NRJ, 12 % RMC, 10 % GMF, ainsi que des éditeurs de musique et des banques), viennent de porter son capital à 10 millions de francs. En complément du canal qu'elle a obtenu sur le satellite TDF 1, la chaine thématique réclame des fréquences hertziennes terrestres, notamment en région parisienne, qui lui assureraient le bassin de 10 à 15 millions d'habitants dont elle estime avoir besoin pour vivre.
- Le groupe Hachette a annoncé la création d'une fondation destinée à " sauvegarder, promouvoir et diffuser la création " littéraire et audiovisuelle. Présidée par Mr Jean-Luc Lagardère, la Fondation Hachette devrait notamment constituer un fond de manuscrits et d'éditions rares au profit des chercheurs et des musées. Elle attribuera en outre des bourses d'étude à de " jeunes talents " sélectionnés par un jury de personnalités. Hachette entend enfin favoriser l'accès au savoir et à la création, " en particulier pour ceux qui vivent dans un environnement social difficile ". Les groupes de travail et les moyens dont sera pourvue la Fondation seront définis courant octobre, lors de la réunion du premier comité d'orientation.
Le débat sur la télévision commerciale, qui agite depuis plusieurs mois les milieux néerlandais de la communication, a connu, le jeudi 28 septembre, un développement important. Sans attendre un éventuel accord des ministres européens sur le texte de la directive "Télévision sans frontières", le 3 octobre, le commissariat aux médias, gendarme du paysage audiovisuel des Pays-Bas, a donné son feu vert à la diffusion, par les réseaux câblés, de Véronique, une chaine commerciale créée aux Pays-Bas, d'où elle est dirigée, mais diffusée depuis le Luxembourg, avec la complicité de la Compagnie luxembourgeoise de télévision (CLT). Cette dernière, qui en est actionnaire, lui a d'ailleurs récemment donné le droit de s'appeler RTL Véronique. Véronique commencera ses émissions le 2 octobre et sera la première télévision destinée au public néerlandais à ne vivre que de la publicité.
Le commissariat aux médias a, en revanche, considéré que la diffusion par les câblo-distributeurs d'une autre chaine privée - TV 10 - était impossible. Créée aux Pays-Bas et destinée, comme Véronique, au public néerlandophone, TV 10 s'est également installée - juridiquement et techniquement - au Luxembourg. Le commissariat a pourtant refusé de la considérer comme une "télévision étrangère", jugeant qu'il s'agissait au contraire d'une chaine nationale "camouflée", créée dans le seul but de contourner une loi interdisant la diffusion de programmes commerciaux.
Deux poids, deux mesures ? le commissariat s'en est tenu à des critères "objectifs" : l'actionnariat de TV 10 est entièrement néerlandais et ses programmes sont animés par des vedettes du petit écran national. Son signal, par ailleurs, ne fait que transiter par le grand-duché du Luxembourg, contrairement à celui de Véronique, qui est simultanément diffusé par voie hertzienne et par le satellite Astra, lequel le répercute sur les têtes de réseaux câblés des Pays-Bas.
TV 10 persiste dans l'intention de commencer à émettre le 28 octobre. D'ici là, elle pourrait ouvrir son capital à des investisseurs étrangers : on parle du groupe suédois Esselte, qui sous-loue à la chaine néerlandaise le canal dont il est titulaire sur le satellite Astra.
La décision du commissariat aux médias est en tout cas loin d'avoir clarifié la situation chaotique du paysage audiovisuel néerlandais. L'organisme de radio-télédiffusion publique NOS, la régie publicité STERN et l'Association néerlandaise des éditeurs de quotidiens (NPD) ont annoncé une série de procès contre six réseaux câblés, qui s'apprêtent à diffuser la nouvelle venue, ainsi que contre le commissariat aux médias. Le jugement de Salomon rendu par ce dernier n'est pas non plus du goût du ministre de la culture. Ce dernier estime que TV 10 et RTL Véronique sont tous les deux en infraction avec la loi nationale et envisage donc de saisir le Conseil d'Etat.
La juridiction administrative devrait arbitrer le débat à la lumière de la législation européenne. La directive "Télévision sans frontières" sera-t-elle alors prête et, si oui, laissera-t-elle aux Etats ou aux instances de régulation le droit de barrer la route à des " astuces" du type TV 10 ? Réponse le 3 octobre.
Il y avait sans doute quelque audace - ou un bel optimisme - à doter du nom dynamique d'" Eurêka " un plan aux contours encore flous concernant l'audiovisuel européen. " Eurêka " (" j'ai trouvé ! " en grec) sonne en effet d'emblée comme une promesse de solutions efficaces aux questions les plus ardues, alors que les Européens, souvent sceptiques sur les fruits d'une collaboration dans le domaine culturel, en sont encore à dresser l'inventaire de leurs problèmes communs. Mais ce défi n'était pas pour déplaire à Mr Mitterrand, auteur du projet et père de la formule.
Fort des succès remportés par les industriels européens réunis dans l'Eurêka de la technologie, le président de la République française avait en effet profité de la réunion du conseil européen à Rhodes, les 2 et 3 décembre 1988, pour lancer solennellement le projet - en lui donnant une résonance résolument politique - et proposer aux Douze une stratégie de reconquête de leurs petits écrans. Tout le monde - y compris Mme Thatcher - avait alors applaudi.
Car la démarche s'appuyait sur quelques chiffres éloquents et un constat effrayant : l'Europe ne produit pas assez d'images. Tandis que se diversifient les supports et que se multiplient les chaines, l'approvisionnement en programmes se fait de plus en plus massivement à l'étranger, et la dépendance à l'égard des Etats-Unis ne fait qu'augmenter. Le besoin total de programmes de fictions et de documentaires en Europe atteindra prochainement 125 000 heures annuelles. Or la capacité de production actuelle de l'Europe occidentale (télévision et cinéma confondus) est inférieure à 20 000 heures. L'urgence est là, que soulignent encore les prévisions réalisées par l'industrie audiovisuelle américaine misant sur un triplement de ses exportations de programmes en Europe d'ici à 1993.
Certes, dans chaque pays de la Communauté, les fournisseurs nationaux gardent une place essentielle, et les programmes sont à plus de 50 % d'origine européenne (le Monde du 14 septembre). Mais les situations varient largement selon la nature de chaque chaine (les chaines privées étant beaucoup plus ouvertes au vent du large), et, à l'échelle de l'Europe, la principale source de programmes est... américaine.
D'où la nécessité d'un sursaut des pays européens. Pour produire bien sûr, et même coproduire ; pour " délocaliser " les contrats des professionnels, favoriser les rencontres et brassages d'équipes internationales, parfaire des formations communes. D'où aussi l'urgence d'une prise de conscience des enjeux culturels ainsi posés par l'industrie des images. Une industrie déficiente, mais qui devrait étudier davantage l'organisation du marché, compte tenu de la variété des chaines mais aussi de la similitude des situations dans les différents pays (une ou deux grandes chaines populaires, d'autres de complément) ; prospecter et anticiper ensemble le développement de nouveaux médias.
Car c'est cela, l'esprit Eurêka : d'une sensibilisation sur les enjeux culturels de la télévision de demain, faire naitre parmi les Etats une ambition, un volontarisme communs pour fédérer les forces et les talents des divers pays d'Europe. Quant à la méthode, elle se veut pragmatique : pas de déclaration-fleuve ou de serments grandiloquents ; pas de référence à la fameuse directive discutée en d'autres lieux... Et pas de fonds importants à distribuer aux professionnels. Une lacune que certains syndicats feront payer cher à l'Eurêka, habitués à ne jauger la crédibilité d'un projet qu'à l'aune des millions d'écus de subventions.
Là n'est pas sa démarche, comme en témoigne, parmi d'autres, cet extrait d'un pré-rapport sur la commercialisation résumant les préoccupations des auteurs : "Chercher dans la mesure du possible des solutions ne réclamant aucune aide, subvention ou protection ; favoriser la concurrence, la compétition, le jeu du marché ; ne pas faire table rase du passé, mais renforcer et améliorer les actions positives existantes (...) ; proposer des solutions concrètes et pragmatiques, aussi facilement applicables que possible par les professionnels, les pouvoirs publics et les institutions européennes..." Un langage déroutant pour nombre d'organisations professionnelles françaises - qui estiment avoir été tenues à l'écart de la préparation des assises - et curieusement plus convaincant pour les étrangers, souvent indisposés, de leur côté, par la nature des revendications françaises, attachées aux systèmes d'aides financières et à une réglementation de type protectionniste.
Alors qu'attendre de ces premières assises inaugurées par le président de la République et clôturées, lundi 2 octobre, en présence d'une vingtaine de ministres venus des quatre coins d'Europe ? D'abord un inventaire minutieux des obstacles à la compétitivité de l'industrie européenne de l'image ; des propositions d'orientation et de mesures visant à dynamiser la production et la coproduction ; enrichir la formation, réunir les informations et projets ; favoriser un véritable marché européen de programmes. Et puis, sûrement, une impulsion pour intensifier les liens entre les entreprises européennes et leurs artisans, et déclencher chez les professionnels, le "réflexe européen ".
Cette impulsion, déterminante par le succès d'Eurêka ne se mesurera ni en écus ni en décibels, mais pourrait engendrer des effets rapides. La qualité et la diversité des invités réunis ce week-end à Paris (de l'Anglais Attenborough à l'Espagnol Solana en passant par le Hongrois Szabo, l'Allemand Morits, l'Italien Scolla, le Soviétique Konchalovski), - qui échappent pour beaucoup aux lobbies traditionnels - sont, dans cette perspective, un atout.
Pour la France, organisatrice de ces assises, toujours jugée arrogante et donneuse de leçons en matière de politique culturelle, l'occasion est belle de corriger l'image. Mais qui nierait que l'enjeu est aussi politique ?
Paris-Première, la chaine locale des réseaux câblés de la région parisienne, gérés par la Lyonnaise des eaux, vient de signer un accord avec le club de football Paris-Saint-Germain. La chaine retransmettra les matches à domicile du club, tant en championnat qu'en coupe de France et en coupe d'Europe, à l'exception de ceux diffusés sur une chaine nationale. Premier du genre, cet accord devrait constituer un important facteur d'appel pour le câble. Il est le fruit d'un partenariat multiple, puisque les images tournées par Paris-Première seront aussi utilisées par TF1 pour ses magazines sportifs, la Une détenant l'essentiel des droits télévisés du football, grâce à son accord avec la ligne nationale de football.
- Au lendemain de son accord avec Columbia pour le rachat de la prestigieuse compagnie américaine, Sony a annoncé l'acquisition de Guber-Peters Entertainment pour la somme de 200 millions de dollars (1,26 milliard de francs). Connus pour leur efficacité dans le domaine de la production, les deux associés responsables de la société, MM Peter Guber et Jon Peters, seraient en fait pressentis par le géant japonais pour prendre la tête de Columbia, dont les dirigeant actuels ont annoncé leur prochaine démission.
Les nouvelles équipes dirigeantes d'Antenne 2 et de FR 3 se mettent progressivement en place. Les conseils d'administration des deux chaines ont respectivement entériné, mercredi 27 septembre, les nominations de Mr Jean-Michel Gaillard et de Mme Dominique Alduy, comme directeurs généraux, mandataires sociaux (le Monde du 28 septembre). A Antenne 2, Mr Gaillard sera entouré, comme prévu, de Mme Eve Ruggieri à la direction des programmes et de Mr Jean Rozat à la direction déléguée à la production, Mr Claude Carré étant reconduit à son poste de directeur de la rédaction. Selon des organisations syndicales reçues jeudi par Mr Philippe Guilhaume, un directeur délégué à la gestion devrait être prochainement désigné. Une nomination d'autant plus urgente que la chaine devrait connaitre cette année un déficit de 200 à 250 millions de francs.
A FR 3, Mme Alduy a, comme prévu, nommé Michelle Vallon directrice déléguée à la production et promu Mr Michel Gazeau jusqu'ici directeur financier, directeur délégué à la gestion. De source syndicale, un troisième directeur sera ultérieurement désigné à la régionalisation.
Enfin, Mr Guilhaume a confirmé qu'il n'y aurait pas de filiale commune à Antenne 2 et à FR 3 pour financement de la coproduction cinématographique, respectant ainsi le souhait des pouvoirs publics et les professionnels du septième art.
- Contrairement à ce qu'une erreur typographique nous a fait écrire dans le Monde du 28 septembre, le Mouvement national somalien (MNS) recrute principalement ses partisans au sein du clan des Issaks et non pas des Issas.
Au lendemain de l'adoption par le Parlement de la Slovénie d'une série d'amendements constitutionnels jugés " menaçants pour l'intégrité du pays ", plusieurs manifestations antislovènes se sont déroulées jeudi 28 septembre dans le sud de la Yougoslavie. En Serbie, quinze mille personnes se sont réunies à Lazarevac, où le maire a déclaré que le vote de ces modifications élargissant l'autonomie de la Slovénie et lui accordant le droit de sécession ne pouvaient qu'accroitre les divisions de la Fédération.
Protestations également à Novi-Sad, capitale de la province autonome de Vojvodine (rattachée à la Serbie), où des manifestants ont réclamé l'intervention des forces de l'ordre en Slovénie contre ce qu'un orateur a qualifié d' " acte de haute trahison ". Au Monténégro, une foule évaluée à cinquante mille personnes avait défilé mercredi soir dans les rues de Titograd pour exiger des sanctions contre Ljubljana.
Par ailleurs, le chef de l'Etat yougoslave, Mr Janez Drnovsek, qui est lui-même slovène, a été violemment pris à partie dans la presse de Serbie. Certains journaux lui reprochent d'avoir abrégé son séjour à New-York, où il participait à des travaux de l'Assemblée générale des Nations unies, en qualité de président du mouvement des non-alignés, pour se rendre à Ljubljana et " applaudir " le vote des amendements de la Constitution de Slovénie, " un acte (qui s'apparente) à la haute trahison ". A Belgrade, l'Organisation des anciens combattants a demandé à la direction de l'Etat de " prendre toutes les mesures qui s'imposent pour sauvegarder l'intégrité du pays " et a estimé que " dans les circonstances actuelles ", Mr Janez Drnovsek ne pouvait plus " exercer les fontions de chef de l'Etat ".
En outre, le Parlement fédéral a saisi, jeudi, la Cour constitutionnelle pour exiger la condamnation de ces amendements. Mais un avis éventuellement défavorable de cette instance ne devrait pas faire revenir en arrière la Slovénie. Les dirigeants de Ljubljana ont accueilli plutôt avec sérénité toutes ces manifestations hostiles. Ils continuent de dire que leur intention n'est pas de quitter la Fédération yougoslave et qu'ils n'ont fait qu'inscrire dans leur propre Constitution un article - le droit à la sécession - qui figure déjà dans la Constitution fédérale.
Présentant aux parlementaires de Solidarité les grandes lignes du plan d'austérité préparé par le gouvernement de Mr Mazowiecki, le vice-ministre des finances, Mr Marek Dabrowski, n'a pas caché, jeudi 28 septembre, que les Polonais doivent être prêts à se serrer encore la ceinture. Il a prévenu que le pouvoir d'achat baisserait sensiblement dans les mois à venir et qu'il ne fallait pas attendre les premiers signes de reprise avant au moins un an.
Le programme du gouvernement, qui doit faire face à une inflation de 200 %, prévoit la fin des subventions alimentaires, le démantèlement de plusieurs monopoles d'Etat, la privatisation d'une partie de l'appareil industriel et des réformes fiscales. Certains prix doivent être libérés dès la semaine prochaine. Jeudi, le ministère des finances, qui s'est fixé pour objectif de rétablir un certain ordre dans le système monétaire polonais, a annoncé une dévaluation du zloty officiel de 20 %, la plus importante des dévaluations intervenues cette année. Cette mesure permet de réduire l'écart entre le cours officiel et celui du marché parallèle.
A l'annonce de ces mesures, Mr Lech Walesa a invité le gouvernement à " accélérer " la mise en place des réformes et demandé aux Polonais de " retrousser leurs manches ". " Si les hausses de prix se poursuivent, il est très vraisemblable que nous n'arriverons pas à calmer les esprits des travailleurs ", a-t-il dit, en n'excluant pas le développement d'une situation de " guerre civile ".
Qu'est-ce qui distingue Mr Hans Modrow, premier secrétaire du Parti socialiste unifié d'Allemagne (SED) pour la région de Dresde, des autres hiérarques du Parti communiste est-allemand ? Cet homme, que l'on présente souvent comme le chef de file des réformateurs au sein du SED, le porteur d'espoir des " gorbatchéviens " de la RDA, a eu pendant quatre jours l'occasion de faire entendre sa différence en République fédérale. Venu à l'invitation de la fédération social-démocrate du Bade-Wurtemberg, il a longuement été reçu par le ministre-président du Land, le chrétien-démocrate Lothar Späth.
Et pourtant, les signaux émis par ce petit homme aux cheveux gris, qui s'exprime avec la sécheresse et la monotonie du prussien rigoriste, passaient à travers la langue de bois. Le maintien de cette visite en dépit du refroidissement brusque entre le deux Allemagnes est déjà à lui seul significatif : il relativise l'annulation, au début de ce mois, de la visite à Berlin-Est d'une délégation de parlementaires du SPD par le président de la Chambre du peuple, Mr Horst Sindermann. On pouvait également percevoir, au ton de sa voix, combien la poursuite du dialogue avec le SPD, qu'il soutient passionnément, lui tenait à cÓur.
Au cours de la visite, Mr Modrow et ses hôtes se sont rendus à la maison natale du poète allemand Friedrich Wolf. Là, l'homme de Dresde n'a pas manqué l'occasion de faire allusion à " son ami Mischa Wolf ", fils de l'écrivain, et ancien chef de l'espionnage. Une déclaration d'amitié qui n'est pas innocente, alors que ce dernier ne manque pas une occasion de prôner l'application à la RDA de la perestroika gorbatchévienne. Sans donner la moindre prise à ceux qui, à Berlin-Est, pourraient l'accuser de déloyauté à l'égard de la direction, Mr Modrow est parvenu à laisser espérer un renouveau de la RDA. Soumis, au début de l'année, dans son fief de Dresde, à une " inspection générale " de la direction nationale du parti, qui l'a blâmé pour " mollesse dans la lutte idéologique ", Hans Modrow a réussi à conserver son poste, fait exceptionnel au regard des usages du SED. Il s'était même permis de faire valoir à ses contrôleurs qu'il n'était " pas seulement là pour le parti, mais aussi pour la population ".
Après la décision de la majorité parlementaire, composée des conservateurs et des communistes, de traduire devant une cour spéciale l'ancien premier ministre socialiste grec, Mr Andréas Papandréou, pour son rôle dans le scandale Koskotas, (le Monde du 29 septembre), le porte-parole du gouvernement a annoncé jeudi que le cabinet démissionnera le vendredi 6 octobre et le président du parti conservateur (Nouvelle Démocratie), Mr Constantin Mitsotakis, a précisé que les élections législatives anticipées auront lieu le 5 novembre.
Mr Mitsotakis a estimé que la mission de " catharsis ", confiée le 2 juillet dernier au gouvernement transitoire de Mr Tzannis Tzannétakis, a été " remplie ". Au cours de ces trois mois, le Parlement a mis en place une cour spéciale pour juger les anciens responsables socialistes impliqués dans les scandales du mais yougoslave, des écoutes téléphoniques illégales et de l'affaire Koskotas.
Dès la démission du gouvernement, le président de la République, Mr Christos Sartzétakis confiera tour à tour une " mission exploratoire " de trois jours aux chefs des trois principaux partis grecs, MM Mitsotakis (Nouvelle Démocratie), Andréas Papandréou (PASOK, socialiste) et Harilaos Florakis (Coalition de gauche et du progrès) pour tenter de former un gouvernement.
D'ores et déjà, MM Mitsotakis et Florakis ont décidé de renoncer à leur mission, et la Coalition a fait savoir qu'elle ne soutiendrait pas Mr Papandréou.
Le président grec nommera alors " un gouvernement de service " dirigé par le président du Conseil d'Etat, de la Cour suprême ou de la Cour des comptes, et prononcera la dissolution du Parlement. Les élections doivent se dérouler un mois, au plus tard, après la décision du chef de l'Etat.
Envahie par les réfugiés est-allemands qui y arrivent maintenant au rythme de plusieurs centaines par jour, l'ambassade de la République fédérale d'Allemagne en Tchécoslovaquie était vendredi 29 septembre archicomble. Deux mille trois cent vingt personnes y étaient entassés dans la matinée sans que rien ne paraisse devoir arrêter le flot.
La petite rue en pente qui mène au périmètre de l'ambassade est un véritable cimetière de voitures Trabant, abandonnées en tous sens. A l'intérieur, les pluies d'automne ont transformé les jardins en bourbier. Les bureaux, les escaliers, servent de dortoirs.
Le dispositif policier a été renforcé mais n'empêche pas les arrivants d'escalader la grille du parc. Les autorités tchécoslovaques refusent, en revanche, de donner au gouvernement ouest-allemand l'autorisation de loger les réfugiés ailleurs. Le ministre ouest-allemand des affaires étrangères, Mr D. Genscher, s'en est entretenu jeudi avec son homologue tchécoslovaque en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New-York.
Le nombre de réfugiés augmente également à Varsovie, où ils arrivent de plus en plus illégalement. Ils seraient actuellement six cents. Selon des informations parvenues à Berlin-Est de la région frontalière, il semble que plusieurs dizaines de personnes aient été interpellées par la police est-allemande en tentant de franchir la frontière.
IL n'y a pas à dire, on vit une époque formidable. Mr François Léotard s'est enfin trouvé un emploi dans la République, celui du receveur de claques, cher à la comédie italienne où il ferait merveille, à moins que ce ne soit dans les jeux du cirque, pour tenir le rôle de l'auguste qui ne rate jamais un seau d'eau.
Avant d'en être le titulaire, Mr Charles Pasqua organise son intérim à la présidence du Sénat en y hissant, pour la énième fois et pour se garder la place au chaud, le podagre Mr Poher. Mais la ficelle est si grosse que même les centristes s'en sont aperçus. La rébellion souffle au centre. La République revit.
Mr Jacques Calvet rassure ses amis et ses proches en ayant accru, de 46 % en deux ans, ses facultés d'"épargne de précaution" comme disent les économistes, s'il venait à affronter une période de vaches maigres. Si cela devait se produire, il vivrait de ce qui l'a fait chuter.
Enfin, nous apprend le Figaro : "Chirac parle". Voilà qui est clair, Mr Chirac, c'est Zarathoustra. Mais cela signifierait que Line Renaud, fleuron émérite du RPR, a tenu la plume de Frédéric Nietzsche.
Quel talent, la France !
FAUT-IL qu'elle ait la légalité chevillée au corps, la France, que les Français soient plus dociles qu'ils n'en ont la réputation, pour ne pas crier "A la lanterne". Mais non, tout dort, ou quasiment, et chacun de souligner que Mr Calvet ne gagne pas tant que cela et que, par comparaison avec ses camarades européens ou américains, il n'est jamais qu'un pauvre parmi les riches.
Pas même deux cent mille francs par mois - avant impôt ! - alors que tant d'autres dirigeants d'entreprises, y compris françaises, équivalentes en personnel et en chiffre d'affaires, gagnent cinq et dix fois cette somme. Pour ne pas parler des cachets du spectacle ou du sport.
L'admirable raisonnement ! Le rigoureux syllogisme ! Parce que certains de ses pairs sont mieux lotis que lui, le voici plus qu'innocent : victime. N'est-ce pas d'ailleurs à ce titre qu'il a réclamé la saisie du Canard enchainé, coupable de diffusion de nouvelles exactes ?
Le moins qu'on puisse dire, c'est que cette parade n'était pas des plus malignes et que son inventeur aurait mieux fait de rester couché quand cette idée géniale lui a germé dans l'esprit. Quel pouvait en être le résultat, outre ce qui est déjà acquis, à savoir que Mr Calvet ne tient pas pour grand-chose cette vieille lune nommée liberté de la presse ?
Un hourvari de protestations si, ce qui paraissait juridiquement peu probable, la saisie avait été accordée. Qu'aurait-on puni par une mesure aussi exorbitante, sinon la vérité, l'utile vérité ? Maintenant que la saisie a été refusée, le président du groupe PSA et autres lieux a la joie d'ajouter à la série des mécomptes et bévues qu'on lui impute à juste titre la réputation de donner des coups d'épée dans l'eau, et d'être mal conseillé. Pour tout dire, un triomphe.
Mais tant d'aplomb s'explique. D'avoir été durant des années à l'école de Mr Giscard d'Estaing, en étant constamment son collaborateur, cela n'enseigne pas la modestie ni la retenue, surtout si l'on n'est pas doué. Ce n'est là, pourtant, qu'un des aspects de la question, la face personnelle, donc la plus négligeable.
QUEL est aujourd'hui le discours politique dominant, au point d'effacer tous les autres, de faire paraitre seconds et presque inconvenants jusqu'aux plus honorables ? Le discours de l'entreprise, celui de la compétitivité, de la conquête des marchés. Nulle bouche dans l'Etat qui n'entonne ce refrain et ne s'en fasse une vertu qui devrait bientôt enrichir d'un quatrième symbole la trilogie républicaine de l'égalité, de la liberté et de la fraternité.
Quoi d'étonnant, dès lors, que les chefs de ces entreprises, à plus forte raison s'ils en redressent le cours et les résultats (ce qui n'est après tout qu'accomplir leur tâche, comme d'autres qu'on ne décore pas pour autant), se sentent rois dans la République et, pour ainsi dire, d'une autre essence : intouchables, invulnérables et dignes du traitement - sans jeu de mots - jadis réservé aux princes du sang ?
Nul domaine, dorénavant, dont l'activité ne doive être analysée au travers de son rendement. Qu'est-ce que le rendement, directement parlant, d'une infirmière, d'un instituteur... ou d'un journaliste ?
"La culture est-elle rentable ?" est un thème de colloque (qui a certainement eu lieu) mais dont personne n'a bruyamment souligné ce qu'il avait d'incongru et de dangereux. Le droit à l'existence, ou à la reconnaissance, se trouve désormais lié à l'idée de performance, économique cela va sans dire. Tout doit être chiffrable et traduisible en bilans et en profits.
Bien sûr qu'il n'est pas question de distribuer ce qui n'a pas été gagné. Bien sûr qu'il ne peut y avoir de prospérité si les entreprises sont souffreteuses. Qui soutient le contraire ? Mais quand vient la prospérité, il se trouve qu'elle profite à certains plus vite et plus généreusement qu'à d'autres. Au nom, précisément, de ce droit divin restauré à l'intention des sauveurs de la République : Bouygues, Calvet, Dassault, à côté de qui, en fait d'influence, Rothschild fait maintenant figure de petit pied.
Hausser le sourcil, s'inquiéter qu'un pays puisse à ce point épouser sa banque, c'est frôler le déraisonnable. Elle est révérée par la droite, adulée par la gauche (qui s'y est quelque peu brûlé les doigts). Comment les chefs d'entreprise ne penseraient-ils pas détenir, et eux seuls, l'avenir de la République et pourquoi ne croiraient-ils pas à leur impunité ? Comment ne rêveraient-ils pas de pouvoir dire comme un ancien président de General Motors que ce qui est bon pour Peugeot est bon pour la France ?
Alors, l'émoi de Mr Calvet, de son point de vue, se comprend fort bien. Tout comme est sincère et légitime sa vraisemblable conviction qu'il est mal payé. Voilà au moins un terrain d'entente avec ses salariés.
MAIS s'il est légitime qu'un homme gagne trente fois le salaire d'un autre, pourquoi s'arrêter à ce multiplicateur ? Pourquoi pas cinquante, ou cent, puisque, à ce stade, le salaire n'a plus la même signification et fait, de ses deux titulaires, des hommes presque différents par nature, vivant dans des mondes, adoptant des modes de vie, des réflexes et des valeurs qui font douter qu'ils soient de la même espèce. Il y a de cela, et qui rappelle de drôles de souvenirs.
Si cette situation est normale, n'y a-t-il pas une logique à ce que se développe un nivellement par le haut des (très) hauts salaires, cependant qu'un nivellement inverse s'appliquerait aux plus bas ? Après tout, en temps de crise, celle-là trop proche encore pour que la prospérité retrouvée écarte toute idée de retour, il faut payer très cher les bons dirigeants d'entreprise, alors que la valetaille, se pressant aux portes des usines, venant à dix pour un seul poste, peut être louée pour trois francs six sous.
A ce jeu-là, le service public, c'est-à-dire peu ou prou l'Etat, ne trouvera plus pour en tenir les rênes que des moines, des médiocres... ou des milliardaires ; ou encore des fous du pouvoir. Bien que, même ces derniers, combien n'en a-t-on pas vu qui ont su trouver dans le secteur privé des sensations de même ampleur mais à meilleurs prix ?
A ce jeu-là, aussi, la nation va retourner à l'avant-1789, quand La Bruyère écrivait : " De simples bourgeois ont eu l'audace d'avaler en un seul morceau la nourriture de cent familles." Mr Calvet est un modéré, il ne dispose que du revenu de trente familles. A quoi il pourrait répliquer que le montant du SMIC n'est pas un critère équitable pour juger du bien-fondé de son revenu. Comme il aurait raison !
P.-S. 1. Quand même ! Imaginer Mr Charles Pasqua président du Sénat, Mr Pasqua numéro deux de l'Etat, Mr Pasqua maitre à une portée de fusil de l'Elysée, lorgnant l'infarctus, guettant la rupture d'anévrisme ou même la démission ! Pasqua à l'Elysée ! Fût-ce en intérimaire ! Et pourquoi pas un franc-maçon au ministère des cultes ? Un objecteur de conscience aux armées ? Un témoin de Jéhovah à la santé ? Mr Calvet à la solidarité nationale et Mr Poher à la jeunesse et aux sports ?
P.-S. 2. Empruntons au Canard enchainé, très à la mode ces jours-ci, sa célèbre formule de mea culpa : "Pan sur le bec !". Car confondre, fût-ce sous le coup de l'irritation, la semaine dernière, la Nuit de mai et la Mort du loup, Musset et Vigny, ce n'est pas brillant. Donc... "Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,/Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots", c'est Musset et non pas Vigny !
P.-S. 3. Les abondantes coquilles de la semaine dernière ne sont, en revanche, pas imputables à l'auteur... qui n'en présente pas moins des excuses.
Le conseil de Paris examinera, le 10 octobre, un plan pour améliorer la circulation. Parmi les mesures envisagées, la création d'une autoroute en sous-sol. Souterraine ou non, la circulation menace à tout moment de bloquer la capitale. Ce gâchis ne peut durer.
Cette fois, peut-être bien qu'on va voir enfin ce qu'on va voir. En déclarant, lors de sa conférence de presse de rentrée, que la circulation est l'un de ses deux chantiers prioritaires, l'autre étant l'aménagement de l'immense quartier Italie-Tolbiac-Masséna, le maire de Paris savait qu'il ne pouvait retarder indéfiniment l'ouverture sérieuse de ce dossier. Trop de raisons le mettent depuis quelque temps au pied du mur.
Il y a un an, devant l'accroissement du trafic dans la capitale, un peu plus important à chaque rentrée, l'asphyxie a menacé. Mr Chirac a mis en cause la préfecture de police et en particulier la mauvaise utilisation des agents. Il en a profité pour demander que le pouvoir de réglementer la circulation soit retiré au patron des policiers et attribué au maire, comme c'est le cas dans toutes les autres villes de France. Aujourd'hui, la " guéguerre " - le conseil de Paris a même retardé le vote du budget de la préfecture de police - est apaisée ; les élections sont passées et Mr Pierre Joxe, visé dans ce conflit, devra attendre quelques années avant de briguer à nouveau une mairie d'arrondissement ou la mairie de Paris. Mais le problème demeure. Mr Jacques Chirac a conscience qu'il ne peut demander des pouvoirs supplémentaires et ne pas utiliser à fond ceux dont il dispose déjà.
D'autant que le nouveau schéma directeur de la région parisienne, dont l'élaboration a été mise en chantier en juillet par Mr Michel Rocard, ne se désintéressera pas d'un sujet décisif pour l'avenir de l'agglomération. Le préfet de région, chargé du Livre blanc préparatoire, est bien décidé à prendre le temps de la concertation, mais sans trainer. Le maire de Paris n'a pas intérêt à être à découvert.
Ces calculs de stratégie compteraient pour rien si des mesures drastiques ne s'imposaient. La situation actuelle ne peut plus durer. Pour une fois, il y a eu coincidence entre politique et vie quotidienne : avec celui du logement, le problème de la circulation n'a cessé de peser sur la campagne des municipales à Paris, comme il ne cesse d'être un problème majeur pour les deux millions de Parisiens, les dix millions d'habitants de l'agglomération.
Contrairement à ce qu'avait laissé espérer une décrue observée en 1985-1986, le nombre de véhicules continue d'augmenter : 10 % de plus en dix ans et il devrait croitre d'autant d'ici a l'an 2000. La vitesse moyenne est de 15 kilomètres à l'heure aux heures de pointe. Celle des bus, de 10 kilomètres à l'heure. Moins vite qu'un cheval il y a un siècle.
Les conséquences sont consternantes : dépense d'énergie, temps perdu (un milliard d'heures en 1985). Et, paradoxalement, ces rues paralysées tuent de plus en plus : 114 morts l'an dernier, 27 de plus qu'en 1987.
Le mal n'est pas spécifiquement français. Il atteint plus ou moins toutes les grandes métropoles. Rome et Athènes, entre autres, frôlent, elles aussi, la thrombose. Ce n'est pas une consolation pour une ville qui prétend bénéficier d'atouts exceptionnels pour mériter de devenir la " porte de l'Europe ".
Faut-il alors faire un choix draconien et absolu : tout pour les transports en commun ? C'est celui que prônent les écologistes, pour qui la survie des villes est à ce prix. La voirie parisienne réservée aux bus, aux taxis, voire à d'éventuels tramways, et aux deux-roues, les investissements publics à la RATP et à la SNCF ? Personne n'a, jusqu'ici, osé ce choix, car il pose des questions qu'on ne peut écarter d'un revers de manche. La satisfaction des besoins individuels exigerait une multiplication des services : livraisons d'achats encombrants (la tringle à rideau...), accompagnement de personnes âgées et d'enfants, dont la mise en place demanderait du temps ; les dérogations seraient inévitablement nombreuses.
Par nature, les transports collectifs sont lents, inadaptés aux individus, peu destinés à répondre au plus grand nombre de voyageurs dans ce qu'ils ont de " différencié ". Le passage brusque à une ville sans voitures serait tout à la fois injuste, et illusoire. Jusqu'à présent, le développement des transports en commun s'est toujours accompagné d'une croissance des transports particuliers. L'amélioration du trafic urbain ne demande pas de telles mesures exclusives. Ou plutôt elle demande beaucoup plus : de l'imagination et du courage.
En 1986, l'adjoint au maire de Paris chargé de la circulation avait présenté un plan qui préfigurait plusieurs des mesures prises en juillet dernier par le préfet de police à l'occasion des fêtes du Bicentenaire et du sommet des Sept. Il n'y manquait même pas le dirigeable pour contrôler le trafic. Cet adjoint, Mr Jean-Pierre Pierre-Bloch, avait été tancé par le maire de Paris, brocardé par ses amis politiques, et son plan avait été repoussé. C'est qu'il contenait de la dynamite, la même que celle contenue dans le plan de juillet dernier qui devait susciter tant de protestations empressées. Entre autres : interdiction totale de stationner dans les quatre arrondissements du centre et sur les grands axes, interdiction des livraisons après 8 heures. Si on ajoute l'augmentation du nombre des (introuvables) taxis, la création de 150 kilomètres de couloirs d'autobus, et toutes les conditions d'une explosion étaient réunies. Des Parisiens et des commerçants. Donc aussi, des élus.
Il faudra pourtant en passer par là. Comme il faudra peut-être passer par les voies souterraines. La prudence avec laquelle avance le maire de Paris dans ce " tunnel " n'est pas critiquable. Il n'a pas tort de situer la construction d'un réseau souterrain à péage " dans un plan d'ensemble ". Encore faudra-t-il que ce plan d'ensemble replace la circulation elle-même dans son environnement : tant que les communes de l'Ouest continueront de construire plus de bureaux que de logements les déséquilibres persisteront et s'aggraveront.
Mais Mr Chirac devra bientôt trancher. Le projet LASER, vient-il d'affirmer, est " techniquement maitrisé ". Si le maire de Paris se donne les moyens de reconquérir les 100 hectares de voirie libérés en surface afin que le terrain soit occupé par les transports publics avant d'être repris par un afflux de voitures particulières ; s'il est acquis que 5 000 places de parking seront creusées à proximité des sorties et que les accès aux " moyens " de sécurité, offriront toutes garanties, alors Mr Chirac pourra prendre le pari en faveur du réseau d'autoroutes dans le sous-sol de la capitale, construit sans bourse délier par la Ville de Paris puisque la société concessionnaire avancera l'argent et se remboursera grâce au péage.
Les arguments ne lui manqueront pas. Tel le constat qu'il n'y a pratiquement pas d'accidents graves dans les tunnels routiers quand le trafic est interdit aux poids lourds, ce qui sera le cas dans le LASER. Ou le fait que huit véhicules sur dix actuellement ne font que traverser l'arrondissement qu'ils encombrent et seraient donc mieux en sous-sol. Ou qu'un véhicule pollue moins à 60 kilomètres à l'heure qu'à 15 kilomètres à l'heure avec des arrêts fréquents.
Ces arguments-là, et même l'économie espérée par les automobilistes et les entreprises, qui débourseront moins en péage qu'en essence inutile, en temps gaspillé et en troubles de santé, devront bien être un jour sérieusement pris en compte. Les élus, y compris ceux de gauche, se sont montrés particulièrement simplistes jusqu'à présent. Le recours à un référendum, dont Mr Chirac a déclaré accepter l'idée, paraitra venir au secours de décisions difficiles. Il n'empêche, le temps du courage est venu.
Serge Férat, qu'Apollinaire dans un compte rendu prénomme Edouard, on ne sait pourquoi, ne s'appelait pas Férat. C'était le comte Jastrebzoff, exact contemporain de Picasso puisque né en Sainte Russie en 1881. Il avait une sÓur assez délurée connue sous le tite de baronne d' ttingen et un vif penchant pour la peinture. Sa noblesse et ses revenus lui permirent de conduire la première à Paris et de satisfaire le second en devenant l'élève de Bouguereau. C'était en 1901, et Bouguereau représentait assurément le nec plus ultra de l'art français vu d'Ukraine et du Minnesota.
Le comte Jastrebzoff eut l'idée singulière de préférer assez rapidement Cézanne à Bouguereau et de constituer une collection de jeunes peintres cézanniens. Tout en continuant ses études, il acquit ainsi des Picasso, des Braque et autres curiosités. On imagine la suite : l'aristocratique sujet du tsar ne trouva rien de mieux à faire que de les imiter et de se convertir au cubisme.
Il fut aidé en cela par les raisonnements et l'exemple d'Apollinaire, qu'il rencontra en 1908 et à qui, en 1913, il permit de devenir le directeur artistique d'une revue nommée les Soirées de Paris en l'achetant à ses " propriétaires ", Billy, Dalize et Salmon. Ce n'était pas une affaire, la revue avait quarante abonnés, quelques dettes et agonisait en riant. Le comte, devenu entre-temps Mr Férat pour plus de commodité, la finança donc, ce qui l'autorisa à entrer dans l'histoire du cubisme avec l'auréole du mécène en compagnie de sa sÓur la baronne, qui organisait des soirées artistiques pour MM Picasso, Léger, Cendrars, Jacob, Modigliani et compagnie.
Le comte mécène cachait un peintre cependant, peintre qui a été absolument négligé jusqu'à aujourd'hui bien qu'il ait dessiné les décors et les costumes pour la représentation des Mamelles de Tirésias en 1917 et vécu de son Óuvre de 1917 - la Révolution russe l'ayant dépossédé de ses biens - jusqu'à sa mort en 1958. Ses huiles sur toile d'avant 1914 relèvent du cubisme, naturellement, et avouent avec franchise ce qu'elles doivent à Picasso et à Braque, à leur technique de la décomposition, à leurs collages, à leur usage du papier journal. Celles d'après-guerre sont d'une géométrie symétrique un peu plate.
Mais les gouaches du seul comte cubiste connu sont, elles, parfaitement délectables. Serge Férat, homme du petit format, y associe les géométrisations du cubisme à un chromatisme très original, fondé sur des bleus, des mauves, des verts, tous très vifs, brillants comme ceux des mosaiques byzantines. Ou comme ceux des toiles de Matisse. Les couleurs sont passées tantôt en surfaces modulées, un peu à la manière de Valmier, tantôt en touches divisées innombrables, qui rappellent certaines recherches de Picasso vers 1914.
Mais l'usage qu'en fait Férat est tout différent : attaquées par la prolifération des points colorés, les formes se dissolvent et il ne reste que l'ovale d'un visage, l'angle d'un coude, la ligne d'une jambe, flottant sur un semis de tons diaprés.
Les études de Férat pour Tirésias et ses variations sur le thème, banal en lui-même, des saltimbanques et des pierrots, toutes exécutées à la gouache, méritent de compter parmi les Óuvres les plus voluptueuses du post-cubisme, cette période si mal connue, si méprisée par les musées et pourtant si fertile en peintres inattendus et séduisants.
- Deux films français, la Vie et rien d'autre, de Bertrand Tavernier et Roselyne et les lions, de Jean-Jacques Beneix ont été sélectionnés pour le troisième Festival international du film à Tokyo qui aura lieu du 29 septembre au 8 octobre. Les festivaliers découvriront également, hors compétition, le premier long métrage d'Eric Rochant, Un monde sans pitié, qui a reçu un excellent accueil à la Mostra de Venise (le Monde du 20 septembre).
Une fresque représentant saint Jean-Baptiste, découverte en 1987 dans la ville italienne de Pérouse, est une Óuvre de Raphaël. Après deux ans d'expertises et de travaux de restauration, les spécialistes ont indiqué qu'elle avait été exécutée à l'époque où l'artiste travaillait avec le Pérugin. Il avait alors dix-sept ou dix-huit ans.
Grand Stade ou pas ? Mr Jacques Chirac a fait son choix ; il est connu. Le maire de Paris, depuis deux ans, répète à l'envi que la capitale doit disposer d'un complexe de 80 000 à 100 000 places. Question de standing. Mais pas seulement. L'ancien premier ministre n'a pas renoncé à l'espoir que sa ville accueillera la finale de la Coupe du monde de football de 1998. Peut-être même les Jeux olympiques de l'an 2000.
Alors, il s'impatiente. Rendant visite à l'équipe du Paris-Saint-Germain, le 25 septembre, il a saisi l'occasion pour rappeler que le site existe, et que deux terrains sont disponibles : le Cornillon à Saint-Denis, et un autre à Tremblay-lès-Gonesse. Le projet se précise : un stade couvert ou " recouvrable " par un auvent amovible comme celui de Toronto, au Canada, qui a visiblement beaucoup impressionné Mr Jacques Perrilliat, le " Mr Grand Stade " nommé par le maire de Paris, et qui revient d'une mission d'étude sur le continent nord-américain. Avec, en prime, une piste d'athlétisme escamotable.
Mr Chirac veut un stade qui ne soit pas " une cathédrale en béton réservée à quelques manifestations sportives par an ", mais un vrai centre d'animation avec hôtel, restaurants, activités culturelles, ouvert au moins deux cents jours pendant l'année.
Ne manquerait-il plus que l'argent ? Même pas. Le maire de Paris sort de sa manche sa recette habituelle, celle qu'il utilise ou envisage d'utiliser pour rénover les marchés Saint-Germain et Saint-Honoré, l'ancien hôpital Beaujon, la piscine Molitor : l'appel aux investisseurs privés. A eux de financer les travaux ; ils se rembourseront en exploitant l'équipement public grâce à une concession, et en le complétant par des logements et des commerces haut de gamme.
Pour justifier sa conviction que le temps presse, Mr Chirac affirme que deux grandes entreprises américaines intéressées par ce genre de projets ont commencé des négociations avec Londres, les Pays-Bas et l'Allemagne.
La balle, estime-t-il, est maintenant entre les mains du premier ministre. Les deux hommes ont entrouvert le dossier en juillet quand Mr Michel Rocard a reçu son prédécesseur à Matignon, à propos de la réforme de la région parisienne. Seulement voilà : le Grand Stade traine avec lui un écheveau de problèmes : impact sur le site, dessertes, transports en commun, etc. Or les partenaires du premier ministre, les élus de l'opposition ne veulent pas être bousculés dans la délicate concertation sur l'agglomération parisienne. Comment aller vite sans courir ?
Djellali Mihoubi, trente-deux ans, considéré comme l'un des meneurs de la mutinerie de la prison d'Ensisheim (Haut-Rhin) en avril 1988, a comparu, mercredi 27 septembre, devant le tribunal de Moulins. Il était poursuivi pour " coups et blessures volontaires " par trois surveillants de la prison de Moulins-Yzeure.
Ils ont été frappés, disent-ils. Ils ont été blessés et menacés de mort aussi. Alors ils ont porté plainte. Retrouver leur agresseur ne présentait aucune difficulté. Aussi le procès devait-il avoir lieu normalement. Leurs collègues de Moulins-Yzeure avaient même eu la délicatesse de repousser d'une journée le déclenchement de leur mouvement de protestation pour ne pas entraver l'action de la justice.
Djellali Mihoubi, dit " Kyou ", condamné à quinze ans de réclusion pour des vols à main armée et à quatre ans de plus pour avoir activement participé à la mutinerie d'Ensisheim ( le Monde du 27 mai 1988), avait été extrait sans problème. Mais Mr Michel Montel, premier surveillant de la maison d'arrêt de Moulins, et ses collègues Jean-Michel Dulac et Gérard Coste n'avaient sans doute eu ni le temps ni l'envie de venir. Cela n'a pas dérangé la présidente du tribunal de Moulins, Mme Chantal Javion, pour qui " ils ont peut-être autre chose à faire que perdre leur temps aujourd'hui ici ", pas plus que le procureur de la République, Mr Jacques Cazals, ni leur avocat, Me Dominique Lardans, qui se sentait très capable de " les représenter tout seul ".
Cela n'a guère agacé que les avocats de Mihoubi et ses amis venus en nombre : Charlie Bauer, bon connaisseur de la prison pour y avoir passé vingt-quatre ans, détenu rebelle, lui aussi, qui mena campagne contre les quartiers de sécurité renforcée et vint dire à la barre que la prison " c'est l'antivie ", les militants de la COPEL (Commission pour l'organisation des prisonniers en lutte), du Comité pour l'abolition de l'isolement carcéral, ou de l'APAD (Association des parents et amis des détenus). Dans la salle, on reconnaissait Hélyette Besse et Bruno Baudrillart, des anciens de la mouvance d'Action directe. Quelques surveillants de prison, qui avaient sûrement des loisirs, s'étaient aussi déplacés.
Répétant qu'il n'était pas question de faire " ici le procès de la justice ou de la prison ", manifestant son hostilité au prévenu à chaque détour de phrase, la présidente tentait de mener son audience comme elle le pouvait. Le procureur ricanait des interventions des avocats de la défense, Mes Raphaël Constant et Christine Martineau. Djellali Mihoubi essayait de garder son calme.
Au cours de cette matinée du 24 juillet dernier, où, condamné une fois de plus au mitard pour avoir refusé une " fouille corporelle provocatrice " et où il s'était battu avec les trois surveillants, on comprendra qu'un matelas prendra une grande place. Les détenus, en vertu d'un règlement que le directeur de la prison, Mr Drut, "retenu par un risque de mouvement revendicatif et par une réunion sur le budget et la sécurité", n'a pas pu expliquer, pas plus que le sous-directeur ou le chef de détention, "excusés" eu aussi, n'ont pas le droit de garder leur literie dans la journée au quartier disciplinaire. Djellali Mihoubi, ce jour-là comme souvent, s'est fâché, disant qu'un médecin l'y avait autorisé. Charme des règlements, c'était vrai à la maison d'arrêt d'où il sortait et faux à la centrale où il venait d'arriver.
Les gardiens ont voulu appliquer littéralement les consignes et emporter le fameux matelas. Mihoubi a protesté. Quelques minutes plus tard, les trois surveillants avaient décidé de porter plainte, ainsi que Mihoubi, qui, ultérieurement, avait fait constater des traces d'ecchymoses par un médecin. La plainte des surveillants aboutit à ce procès dont ils attendent 10000 francs pour Mr Michel Montel, à qui un médecin accorda dix jours d'incapacité de travail pour une entorse au majeur; 6000 francs pour Mr Jean-Michel Dulac, qui souffrait de "douleurs lombaires avec ecchymoses" (huit jours d'ITT) et 6000 francs pour Gérard Coste, dont le genou gauche portait des traces de contusion (huit jours d'ITT). Celle du détenu fut classée sans suite.
Qui fut l'agresseur? Les débats, qui ne pouvaient, en l'absence des victimes, être contradictoires, n'ont rien éclairé sur ce point. A force de triturer la procédure devant une présidente dépassée par les événements et un procureur agacé, les avocats de Djellali Mihoubi ont obtenu le renvoi du procès. A Moulins, rien n'interdisait plus aux surveillants de commencer leur mouvement de protestation.
A la suite de l'enquête sur le système des commandes, parue dans le guide " Arts et spectacles " (le Monde du 21 septembre) consacré au Festival d'automne, nous avons reçu de Pierre Boulez, président de l'Ensemble InterContemporain et directeur de l'IRCAM, des précisions concernant ces deux institutions.
" Le budget de l'IRCAM, écrit Pierre Boulez, est de l'ordre de 30 millions de francs, dont 25 millions de subventions. Il couvre des dépenses correspondant à l'activité scientifique d'une trentaine de chercheurs et ingénieurs à la compétence internationalement reconnue dans des domaines aussi variés que l'acoustique, la synthèse sonore, l'électronique ou le traitement du signal. " Confirmant, par ailleurs que la subvention de l'Ensemble InterContemporain est bien de 13,8 millions de francs, Pierre Boulez précise que cette somme annuelle est complétée par " environ 6 millions de recettes propres ". Les 31 solistes permanents réunis dans cette formation, spécialisée dans l'exécution du répertoire de notre siècle (900 Óuvres au répertoire, émanant de 300 compositeurs environ), ont donné pendant la saison 87-88 " plus de 70 concerts pour près de 50 000 spectateurs ".
L'IRCAM a réservé 336 000 francs en 1989 à des commandes, tandis que " l'InterContemporain ne peut, quant à lui, dégager que 100 000 francs par an, qu'il complète par un appel au mécénat ".
Une délégation de plus de trois cents personnalités sovétiques, qualifiées par les organisateurs d'" acteurs de la perestroika ", est attendue du 1er au 8 octobre en France. Cette délégation comprendra vingt députés, des économistes, des syndicalistes, des enseignants, des artistes, des religieux, des médecins, des spécialistes de la langue et de la culture françaises et même des responsables de mouvements autonomistes, selon les organisateurs soviétiques. En l'absence de Mr Primakov, président d'une des chambres du Soviet suprême, qui devait présider la délégation mais a été retenu à Moscou, le groupe est conduit par Mr Vadim Zagladine, conseiller de Mr Mikhail Gorbatchev, et qui est porteur d'un message de ce dernier au président de la République.
Ses membres seront reçus le 2 octobre par Mr François Mitterrand, puis par diverses autres personnalités politiques. Ils se répartiront ensuite en plusieurs groupes qui se rendront dans des communes de la banlieue parisienne et dans neuf grandes villes de province où l'hébergement des visiteurs soviétiques sera assuré dans des familles françaises.
Ce voyage en France est organisé par l'association France-URSS et répond à celui qu'une délégation française d'importance identique avait fait il y a deux ans en URSS.
Le secrétaire général du Parti communiste chinois, Mr Jiang Zemin, a donné, vendredi 29 septembre, le coup d'envoi des célébrations du quarantième anniversaire de la République populaire en prononçant un discours fleuve devant un parterre de milliers de citoyens d'élite, au Palais du peuple à Pékin. Il a mis en garde le pays contre "les forces réactionnaires internationales (qui) n'ont jamais abandonné leur position fondamentale d'hostilité envers le système socialiste" et assuré que "la lutte contre l'infiltration et la contre-infiltration, la subversion et la contre-subversion, l'évolution pacifique et la contre-évolution pacifique" des pays socialistes contre le capitalisme "durera longtemps".
"Le peuple chinois ne s'est jamais courbé et ne se courbera jamais devant les pressions étrangères", a-t-il lancé, tout en reconnaissant que "la tendance à l'extrême démocratisation et à l'anarchisme" avait "une base sociale étendue" en Chine.
Gérard L. a cinquante-neuf ans. Gratte-papier dans une entreprise commerciale, il dispose pour vivre de 9 000 F par mois, à peu près. Né à Paris, il y a toujours vécu et n'a aucun lien avec la province. Depuis la disparition de ses parents, il y a une vingtaine d'années, il occupe un sympathique et confortable deux-pièces dans le dix-septième arrondissement de Paris.
Son loyer avait stagné, et il payait 1 800 F par mois, hors charges. Son bail venant à expiration à la fin de 1987, son propriétaire lui a proposé de payer désormais 3 500 F. Il a négocié, et ils ont transigé à 2 800 F. Cela fait un peu moins du tiers de son revenu disponible. Il est content, se débrouille bien, est modérément sportif, joue au bridge avec des amis, et entretient les meilleures relations avec ses voisins, sa concierge (qui lui fait un peu de ménage) et les commerçants. Heureux !
Jusqu'à la semaine dernière, où il s'est inquiété de sa retraite, qui approche et qu'il aurait bien prise à soixante ans, pendant qu'il est encore assez fringant pour en profiter un peu. Il s'est aperçu que dans un an il ne touchera plus que quelque 6 300 F par mois. Il lui faudra choisir : rester dans son logement, mais son loyer absorbera alors 44 % de son revenu, et il ne parviendra à le payer qu'en rognant sur quelques projets de voyages, de sorties dont il rêvait ; ou déménager.
Pour aller où ? Trouver moins cher suppose qu'il s'expatrie dans une lointaine banlieue où il ne connaitra personne, et où il n'aura guère le goût de se faire de nouvelles relations. Du coup, il envisage sa retraite d'un cÓur moins léger. Que n'a-t-il acheté un logis il y a quinze ou vingt ans, en s'endettant jusqu'aux yeux, au besoin ! Au contraire, il se gaussait de ses copains qui s'y risquait, ne se sentant pas du tout l'âme d'un " propriétaire-occupant ", et encore moins celle d'un " accédant à la propriété ". Le voilà bien avancé.
Robert V. a soixante-deux ans et un poste intéressant de cadre " moyen-supérieur " dans une grosse société. Il a bien franchi, sans crainte sérieuse, les passages difficiles des concentrations, des réorganisations et des compressions de personnel. Il vit avec sa femme, qui a élevé leurs trois enfants, dans un cinq-pièces agréable à Neuilly. Le loyer (8 000 F par mois) est très raisonnable pour le standing de l'immeuble, mais cela s'explique : ils y sont depuis dix ans. Il absorbe 32 % de son revenu (autour de 25 000 F). C'est parfaitement supportable.
Mais il sait compter, Robert V. Il sait que dans trois an, il prendra sa retraite, et qu'à ce moment-là son loyer mobilisera 58 % de ses ressources mensuelles, ce qui lui parait excessif. Bien sûr, il paiera moins d'impôts, et moins de charges sociales aussi. Mais tout de même ! Au reste, les enfants vivant de leur côté avec les petits- enfants, l'appartement de Neuilly est bien grand. Ils se contenteraient, lui et Maryse, d'un trois-pièces. Mais, dans leur quartier, il n'y faut pas songer : vide, c'est encore plus cher que leur cinq-pièces. Certes, ils ont une résidence secondaire, une fermette en Normandie. S'y installer ? L'été, passe encore. Mais y vivre tout l'hiver, c'est plutôt tristounet. Leur cas n'est pas dramatique. ils vont tenter d'acheter quelque chose en vendant la fermette, dans une autre banlieue, moins cotée. Robert et Maryse ne sauraient dire pourquoi ils n'ont pas acheté quand les prix étaient encore abordables... Sans doute étaient-ils locataires dans l'âme.
Plus inquiétante est la situation de Lucien et Madeleine F., retraités tous les deux. Ils ont un peu plus de soixante-quinze ans et ont emménagé en 1980 dans un agréable trois-pièces dans une tour du treizième en copropriété. Ils n'ont pas d'enfant et ont arrangé amoureusement ce qu'ils appellent, avec une dose d'humour remarquable, leur " dernière demeure ". Le loyer leur va. Ce sont deux vieux heureux et gais. La situation vient de se gâter. Leur propriétaire, un homme charmant avec lequel ils entretiennent les meilleures relations, leur a signifié leur congé. Il veut reprendre l'appartement pour y loger ses enfants. C'est tout à fait légitime, et d'ailleurs il ne leur met pas le couteau sous la gorge, mais ils vont devoir déménager. Chercher autre chose. A leur âge, ce n'est pas simple. Et puis, ils s'étaient bien habitués là.
A la vérité, Paris est dur pour les retraités locataires. Lorsqu'ils prennent conscience de la précarité de leur situation, il est trop tard. Ils auraient dû acheter coûte que coûte, il y a vingt ans. Et la vie, le coût du mètre carré construit, la flambée des loyers, ne leur laissent pas d'autre solution que de déménager, à l'âge où l'on n'a plus guère le courage de courir les agences, d'assumer le tintouin d'un déménagement, de changer radicalement d'habitudes et d'environnement.
En Ile-de-France, en 1984, plus de 40 % des retraités étaient locataires, soit 367 000 ménages, tandis que près de 40 % des ménages ayant entre cinquante et soixante-cinq ans, soit 390 000 ménages, étaient également locataires. Sachant que, dans cette classe d'âge, on comptait 174 000 locataires d'HLM et près de 70 000 locataires d'appartements soumis à la loi de 1948, soit, en tout, 244 000 ménages bénéficiant du maintien dans les lieux, il reste 146 000 ménages qui, aujourd'hui, approchent de près ou de loin de l'âge de la retraite.
Combien sont-ils à se sentir menacés ? Difficile à dire, car certains partiront en province, où ils ont gardé des attaches, d'autres, qui vivent déjà dans des banlieues éloignées où la crise du logement locatif est moins aiguë, n'ont que peu de souci à se faire. Le problème, cependant, existe bel et bien. Et il y a trop peu de logements sociaux (HLM ou logements intermédiaires) pour répondre à ce besoin réel.
Les passagers chinois qui étaient en transit le 8 septembre dernier dans l'aéroport de Roissy étaient tous munis de passeports de service délivrés par le ministère des affaires étrangères de la RPC et de visas de transit valables accordés par l'ambassade de France en Chine, la partie française l'a par la suite confirmé. La police de l'aéroport de Paris n'avait donc aucune raison de leur interdire d'entrer en territoire français et encore moins de les retenir. Il est à souligner que, pendant leur détention, des agents de police les ont privés de liberté de déplacement. Les agissements de ces policiers sont-ils conformes aux usages internationaux, conformes aux principes de l'humanisme et des droits de l'homme préconisés avec tant de vigueur par le gouvernement français et par certaines personnalités françaises ?
Dans le commentaire qui est inséré à la fin de cet article, il est fait mention du problème de l'immigration clandestine. Je crois qu'il s'agit là d'une question qui n'a rien à voir avec les passagers en transit. Et d'ailleurs, la position du gouvernement chinois sur ce problème est claire et nette : nous sommes depuis toujours contre l'immigration clandestine, et avons toujours pris une attitude coopérative avec la partie française. Le commentaire dit : " Elle (l'immigration clandestine) touche des milliers de personnes dont beaucoup originaires de Wenzhov (Zhejiang), et qui ont souvent bénéficié de la connivence d'autorités chinoises qui leur ont fourni des passeports, et même de faux visas français. " Cette accusation est dénuée de tout fondement, c'est une falsification de la juste position du gouvernement chinois.
- Quatre organisations opposées au régime de Pékin, la Fédération pour la démocratie en Chine, la Coordination des Chinois pour la démocratie, Assistance aux victimes de la répression en Chine et le Parti démocratique chinois, ont lancé un appel aux ambassadeurs étrangers en poste à Paris ainsi qu'au président de la République, au premier ministre et au ministre des affaires étrangères leur demandant de boycotter les cérémonies du quarantième anniversaire de la République populaire de Chine, le 1er octobre prochain.
Washington (AFP). - " Les Etats-Unis font face à un arsenal stratégique offensif soviétique plus formidable aujourd'hui qu'il y a quatre ans, lors de l'arrivée au pouvoir de Mr (Mikhail) Gorbatchev ", a affirmé, mercredi 27 septembre, le secrétaire américain à la défense, Mr Dick Cheney.
Mr Cheney, qui présentait le huitième rapport annuel du Pentagone sur " la puissance militaire soviétique ", a reconnu que l'URSS " promet d'être moins menaçante ". Le rapport estime à cet égard que " la probabilité d'un conflit entre l'Union soviétique et les Etats-Unis est probablement plus basse aujourd'hui qu'à aucun moment de l'après-guerre ". " Il n'y a aucun doute que des changements importants, parfois dramatiques, se produisent en URSS ", a-t-il ajouté.
Mr Cheney a insisté sur le renforcement de l'arsenal stratégique de l'URSS qui a déployé, a-t-il dit, quelque deux cents missiles intercontinentaux SS-24 et SS-25, modernisé ses SS-18, et dispose de nouveaux missiles lancés de sous-marins, a modifié son bombardier Blackjack de manière qu'il puisse emporter des missiles de croisière nucléaires.
Le ministre américain a encore affirmé qu'il n'y avait aucun ralentissement des dépenses de recherche et de développement de l'Union soviétique dans le domaine militaire et que, " en dépit de toute la rhétorique sur la réduction de leur budget militaire, les dépenses de défense des Soviétiques ont en réalité augmenté de 3 % par an en termes réels depuis 1985 ", alors qu'elles ont diminué de 11 % aux Etats-Unis pendant la même période. Enfin, a-t-il conclu " même si les Soviétiques respectent leur promesse de réduire unilatéralement leurs forces en Europe, l'Union soviétique restera la puissance militaire la plus vaste du monde ".
Malgré un recrutement impressionnant à l'inter-saison l'AS Cannes occupe la dix-neuvième place du championnat de France de première division avant son match à Mulhouse (quinzième), samedi 30 septembre. Un classement peu conforme aux ambitions du président du club, Mr Alain Pedretti, et du maire, Mr Michel Mouillot (PR).
"Pour l'AS Cannes, votre grand club, hip hip hip..." Le speaker du stade Pierre-de-Coubertin attendit vainement la réaction du public. Il formula son appel une seconde fois. Puis une troisième. De " hourra !" il n'y eut point. Ni même d'applaudissements. La foule, clairsemée sur les gradins, demeura impassible et silencieuse. L'infortuné animateur dut enchainer sur un message publicitaire. Certes, le public cannois n'a jamais été réputé pour son enthousiasme. Mais rarement il avait été aussi amorphe qu'à l'approche de ce match contre le Paris-Saint-Germain, samedi 23 septembre. Avait-il vraiment tort de rester muet ?
Son équipe occupait alors la dix-neuvième place du championnat de France de première division. Un classement indigne d'un club qui s'est pourtant offert à l'inter-saison un luxueux recrutement : des joueurs tels que l'Allemand de l'Ouest Norbert Nachtweich et le Suédois Johnny Ekstroem sont arrivés du Bayern Munich pour un total de 6 millions de francs ; le Yougoslave Marko Mlinaric a quitté Auxerre pour 2 millions et demi ; Yannick Stopyra est venu de Bordeaux pour la même somme. Se sont ajoutés à ceux-ci les internationaux français Luis Fernandez (Matra Racing) et Bruno Bellone (Montpellier) et les défenseurs Jocelyn Rico et Pierre Dreossi (Paris-Saint-Germain).
Bien que nantie de tels joueurs, l'équipe azuréenne n'avait pas remporté un seul match et marqué le moindre but depuis le 19 aôut. Samedi 23 septembre, elle a mis un terme à cette période d'insuccès en dominant le Paris-Saint-Germain (3-1). Cette victoire n'implique pas pour autant un sauvetage définitif.
En première division depuis 1987, le club a obtenu, sans moyens financiers importants, de très bons résultats la saison dernière. Son buteur vedette, le Yougoslave Zlatko Vujovic - aujourd'hui au Paris-Saint-Germain pour 11 millions de francs, - inscrivait but sur but. Jean Fernandez, l'entraineur, était décrété meilleur technicien français de la saison. Quant à Mme Anne-Marie Dupuy, alors maire (RPR) de Cannes, soixante-neuf ans, et présidente du club depuis 1987, elle avouait ne rien connaitre au football. Aussi déléguait-elle une partie de ses pouvoirs à Alain Moizan, manager général, tout en usant volontiers de son droit de regard sur les finances et les transferts.
Bref, l'AS Cannes vivait une vie tranquille de club de milieu de tableau. Arrivèrent alors les élections municipales de mars. Anne-Marie Dupuy céda - non sans une lutte acharnée - sa place de maire à un sémillant " fils de pub" promu golden boy politique avec la bénédiction du Parti républicain : Michel Mouillot, quarante-cinq ans, directeur du marketing chez Pernod-Ricard, puis responsable de la régie publicitaire de FR3.
En même temps que la ville, le club de football changea de mains. Exit " Mamy " Dupuy. Michel Mouillot prit le pouvoir. "Je ne resterai président du club que le temps de trouver un homme apte à bien le diriger", prévint-il au cÓur de la tourmente électorale. Cet homme, il le trouva sans difficulté, puisqu'il le connaissait depuis toujours, lui promettait le club depuis longtemps et jouait au football avec lui chaque dimanche matin : Alain Pedretti, président d'une importante société immobilière, Alain Pedretti Investissements.
Agé de trente-quatre ans, c'est un passionné de ballon. Dès le mois de mai 1989, il commence à Óuvrer au club. Même s'il faudra attendre le 4 septembre pour qu'il devienne officiellement président. Son ami Mouillot obtient du conseil municipal que la subvention allouée au football passe de 6 millions à 8 millions de francs. Tous deux dénichent de généreux partenaires financiers, qui permettent au club de récolter 11 millions de francs de sponsoring. "Nous n'en avions que 1 million et demi la saison dernière", se réjouit aujourd'hui Alain Pedretti. "Je leur ai appris à se vendre", assure Michel Mouillot. Fort d'un budget de 48 millions de francs, Alain Pedretti se lance alors dans le recrutement de joueurs réputés. Avec les Bellone, Fernandez, Stopyra, c'est une partie de l'équipe de France des années Platini qui est reconstituée !
En quelques semaines, Cannes a donc changé de catégorie. Après le temps de la modestie, celui de l'ambition. Mais les résultats n'ont pas suivi, loin de là. L'équipe, malgré toutes ces vedettes, se retrouve en position de relégable en deuxième division. La victoire obtenue face aux Parisiens pourrait permettre de repartir du bon pied. Mais les grands succès attendus sont reportés à une date ultérieure. Ce contre-temps ne semble pas perturber les Cannois. "Nous ne nous sommes pas trompés dans le recrutement", certifie Michel Mouillot. Jean Fernandez, l'entraineur, explique qu'il s'attendait "à un début de saison difficile avec autant de nouveaux joueurs". Yannick Stopyra, qui revit après un an et demi à Bordeaux, certifie qu'il n'y a "jamais eu le feu". Alain Pedretti promet : "Quoi qu'il arrive, Fernandez restera entraineur de l'AS Cannes." Et le plus jeune président de première division de conclure, volontiers offensif : " Croyez-moi, je me sens bien plus à l'aise que Nicollin (président de Montpellier, dont l'équipe s'enfonce au classement malgré la présence des internationaux Xuereb, Cantona et Paille). Nos ambitions ne sont pas disproportionnées. Je ne suis pas venu ici pour diriger un petit club de province et assister tranquillement aux matches. Cette année, cela me parait compromis, mais l'année prochaine, en enrôlant s'il le faut deux ou trois autres éléments, nous jouerons l'Europe."
Laquelle des quatre préférer? Doris, qui a grandi entre les deux guerres et dont la lucidité s'accroit tandis que passent les années, au point de la transformer en la plus drôle, vive et solide des grands-mères? Margaret, déclassée qui préfère mimer la petite-bourgeoise plutôt que de se souvenir de ses origines populaires? Jackie, emportée par le courant baba et utopiste des années 60 et revenue, fille-mère, décidée à se battre pour être enfin elle-même? Rosie, la petite fille nerveuse, intelligente, abandonnée par sa mère, élevée par sa grand-mère, recueillie par son arrière-grand-mère et pourtant résolue à être heureuse?
Quatre portraits de femmes de la guerre à nos jours, quatre esquisses à la pointe fine, au trait léger, aux couleurs contrastées pour une Óuvre signée d'un jeune auteur contemporain anglais, Charlotte Keatley. Entre l'humour le plus vif et la mélancolie la plus noire, elle s'est essayée avec succès à écrire une saga au rythme rapide, à la structure assez sophistiquée entre linéarité et flash-back, dialogues croisés et monologues, drame et mélodrame. Son écriture, qui se réclame presque ouvertement du féminisme, et de la littérature féministe, aurait sûrement été plus incisive si on ne sentait pas ici ou là quelques facilités. On pressent qu'elles sont dues au système de production théâtrale outre-Manche, un système qui ne permet pas, si l'on veut être joué, de s'éloigner trop du ton "boulevard chic". Un reproche encore, une certaine longueur que n'abrège pas la mise en scène sans génie de Michel Fagadau.
Le plaisir de cette soirée à la Gaité-Montparnasse vient des interprètes. Réserve faite des insuffisances de Viviane Elbaz (Margaret), comment ne pas féliciter trois actrices très différentes et très talentueuses? Danièle Lebrun (Doris), dans un rôle de vieillissement à grande vitesse, sait, à tous les âges, trouver une humeur et une drôlerie justes. Dominique Frot (Jackie) joue très bien les teintes sombres d'une époque-charnière où la femme affranchie commence de construire, sans filet, sa nouvelle condition. Anouk Grinberg (Rosie), enfin, incroyable petit gabarit de la scène, trouve dans son personnage de dernière de cordée une parfaite résonance à son énergie, sa nervosité, sa cocasserie naturelles.
A quoi ressembleront les villes du vingt et unième siècle ? Le treizième Congrès international des villes nouvelles tentera de répondre à cette question le 3 octobre, à Evry. Le congrès axé sur le thème " stratégie urbaine et développement économique " s'ouvrira sur une séance plénière consacrée à la " création d'espaces nouveaux " et animée par Jean-Jacques Fournier, président de l'Association française des villes nouvelles (AFVN). Des manifestations culturelles sont également proposées aux participants : défilé de mode, exposition, ou diner-spectacle.
Quels étaient les peintres espagnols majeurs dans les années 50 ? Picasso et Miro. L'un avait soixante-dix ans, l'autre soixante. Leur gloire était universelle. Leur influence aussi. Elle s'exerçait partout. Partout, sauf en Espagne. Comment ne pas y songer devant une exposition consacrée aux abstraits ibériques de cette décennie-là ?
Plutôt que d'être écrasés par l'autorité de leurs grands, trop grands ainés, les artistes de trente ans, madrilènes, catalans ou exilés de Paris, ont préféré renoncer à cet héritage. Ils ont choisi de rompre et, pour mieux rompre, d'une manière plus définitive, de rallier les rangs de la dernière avant-garde, celle de l'" abstact expressionism " new-yorkais et de l'" informel " parisien.
Ils furent alors " de leur temps ", et même " à la mode ". Ils le furent si bien que la plupart de leurs Óuvres semblent désormais très datées, si typiques, si parfaitement exemplaires de l'époque que l'on pourrait ne plus y voir qu'un recueil complet des procédés picturaux alors en vogue. Il n'en manque aucun de ceux, matiéristes et expressionnistes, qui réclament triturations, empâtements et gestes. Tous, Tapiés, Millares, Guinovart, Saura, usent de relief, épaississent la peinture, l'emploient grumeleuse et granuleuse, lui ajoutent du sable, des cendres et des lambeaux d'étoffe. Cette manière est ensuite crépie, striée de coups, agrémentée de débris de grillage, tatouée au charbon de bois.
Quelques-uns, dont Millares, poussent l'exhibition de fureur jusqu'à déchirer la toile, la laisser s'effilocher ou crever. Et tous, avec une uniformité stupéfiante, bannissent la couleur, même les terres, même les bruns, pous ne plus user que du noir et blanc, lancés sur la surface, écrasés et mélangés.
Il arrive qu'accumulation matiériste et gesticulation expressionniste se complètent pour donner des Óuvres denses et puissamment maçonnées. Ainsi Tapiés parfois, ainsi Millares moins souvent. Il arrive aussi qu'elles s'accordent mal et qu'élan et vigueur soient ralentis, étouffés par la pâte picturale et les encroûtements de " mixed medias ". Les Saura, même la plus torturée de ses femmes et le plus macabre de ses crânes, quelles figures feraient-ils comparés à une Woman de De Kooning et à un Pollosk ?
Resterait à comprendre le refus systématique de toute grâce, de toute ironie, la préférence pour le pesant et le funèbre, l'emprisonnement dans le noir. L'histoire politique a sa part dans cette obsession. Etre abstrait de cette manière sombre et déclamatoire, c'était assurément protester contre l'oppression franquiste, contre le conformisme social et l'ordre moral. Le noir était de deuil, le rouge de sang dans les années de l'après-guerre civile. Il fallait du tragique à cette génération, et un tragique, il faut y revenir, qui ne pastiche pas celui de Guernica. Qu'on ne s'étonne donc pas de l'uniformité un peu lassante de l'exposition, de l'air de famille des tableaux; une école essayait de s'inventer un style. Peut-être n'y a-t-elle qu'à demi réussi, confondant quelquefois lyrisme et rhétorique, désespoir et affectation de désespoir. Aussi cette peinture vieillit-elle mal, trop vite, trop évidemment.
Le seul qui fasse triompher une exécution et une inspiration à la singularité indubitable n'est pas un peintre mais un sculpteur, le basque Chillida, ni matiériste ni expressionniste, lui. En un fer, un marbre et un bronze, il démontre clairement qu'il a fait fructifier l'enseignement du cubisme et de Gonzalez et a poussé à l'extrême leur goût de la construction dans l'espace, préférant la tradition moderne à la rupture moderniste. Jouant avec volumes et épaisseurs, il développe dans l'air des structures pliées et dépliées d'une belle complexité, d'un équilibre habilement obtenu sans recourir au socle. Bien des sculpteurs contemporains gagneraient à analyser ces pièces, car peu d'entre eux savent mettre autant de légèreté et de subtilité dans la géométrie qu'Eduardo Chillida.
Mehmet Ulusoy met en scène " Une saison au Congo ", d'Aimé Césaire tandis que Simone Benmussa refait vivre la Convention, Saint-Just et Robespierre dans " Michelet ou le Don des larmes ".
L'année 1960, l'indépendance du Congo belge à la " une " des quotidiens. Ses rebondissements de semaine en semaine : Lumumba emprisonné, Lumumba extrait de prison à la va-vite et amené à Bruxelles, à la " table ronde ", avec son ancien codétenu Kasavubu. L'indépendance le 30 juin. Lumumba chef du gouvernement, Kasavubu, président de la République. Puis mutineries de l'armée, luttes tribales, intervention des soldats belges. Moise Tshombé et la sécession du Katanga. Dag Hammarskjöld. Le drame du massacre des Balubas, les pleins pouvoirs à Lumumba puis son assassinat à Elisabethville le 17 janvier 1961...
Cinq ans avant la mort de Lumumba, Aimé Césaire a publié son Discours sur le colonialisme. Et cinq ans après, il donne sa pièce Une saison au Congo, la tragédie de l'année 1960.
C'est l'Óuvre de théâtre la plus " directe " de Césaire. Découpage vertical des faits, en droite ligne. Paroles simples. Avec une rare sûreté de main, Césaire a libéré les qualités de dynamisme, de couleur, de relief, propres à l'expression africaine et antillaise, et il a transmué ces qualités si vivantes, si animées, en un dialogue "factuel" du premier degré. Si bien que les phrases d'échange simple sont sous-tendues de toute une colère, de tout un espoir ou un désespoir, et de toute une poésie, qui ne s'affichent pas, mais qui sont là. C'est très fort, nous n'avons pas en France de pièce historique ou politique comparable, de notre temps, et Brecht fait un peu boy-scout constipé, à côté.
Il y a vingt-deux ans, le 4 octobre 1967, Une Saison au Congo avait été créée au Théâtre de l'Est parisien, rue Malte-Brun, mise en scène de Jean-Marie Serreau. Ce théâtre a été détruit, le Théâtre de la Colline a été construit, à la place, et c'est donc sur les mêmes lieux que le Lumumba de Césaire est repris aujourd'hui, mis en scène par Mehmet Ulusoy, qui est lié à Césaire puisqu'il participe régulièrement au Festival de Fort-de-France.
Mehmet Ulusoy est, dans notre théâtre, un cas à part. Un cas de "boulimie scénographique" aiguë. Il est Turc, et heureusement pour le Bosphore ils ne sont pas tous comme Mehmet, là-bas. Mehmet est un ogre, une grande gueule, un agité. Il ne peut pas laisser un acteur, une ligne de dialogue, un malheureux petit bout de pièce, vivre sa vie tranquille une seconde. Non, il faut que dans l'espace scénique consenti à Mehmet ça hurle, ça vole, ça éclate, ça cogne, sans le moindre répit.
Cela pourrait être après tout un brouhaha, une danse de Saint-Guy, sans gravité, le théâtre en a vu d'autres, et les pièces se remettent, après l'ouragan. Mais il se trouve que Mehmet Ulusoy est un metteur en scène de première force, un chorégraphe, un décorateur, et pour tout dire un poète, de première force. Un incroyable magicien des planches.
Un chiffonnier de génie, aussi. Il va ramasser des vieux bidons, des pneus éclatés, des tiges de bambous cassées, et puis tout un lot d'ustensiles de cuisine au rebut, et aussi quelques kilomètres de coupons dépareillés de chez Tati, et avec ça Mehmet Ulusoy vous fait apparaitre et disparaitre des fleuves, des villages, des ciels, des dragons, des armées, des défilés, des incendies, vous en restez la bouche ouverte, et vous entendez des orages, des berceuses, des rivières, des galopades de buffles, des voix d'enfants sous les préaus, et c'est fait avec trois fois rien, une peau de tambour et deux fourchettes, et ce n'est pas au juste que vous soyez émus, mais vous en avez des frissons, et des larmes aux yeux, tant ces mirages et ces magies vous secouent.
Reste à savoir si toutes les pièces de théâtre et si tous les spectateurs sont assez solides pour subir ce traitement de choc. Une saison au Congo, d'Aimé Césaire, oui, ça va, les faits évoqués et la force d'expression de l'auteur sont de taille à supporter le bulldozer Ulusoy, et dès lors la pièce y gagne, c'est évident, car Mehmet n'est pas idiot, et son imagination créatrice fait irradier le texte. Quant au spectateur, c'est question de santé : trois heures de charivari et de tintamarre, si vous êtes plutôt une petite nature...
Au Théâtre de l'Odéon, ce sont des luttes plus anciennes que met en scène Simone Benmussa : la Convention, la Terreur, Danton, Saint-Just, Robespierre, évoqués par Michelet.
Adaptée par Elisabeth de Fontenay sous le titre Michelet, ou le Don des larmes, la pièce nous montre Michelet, chez lui, écrivant son Histoire de la Révolution, préparant son cours du Collège de France (qui, le temps de la pièce, est interdit à deux reprises).
Près de Michelet, son ami polonais Adam Mickiewicz, professeur au même Collège. Son père aussi (Michelet, dans son Journal, écrit des pages très belles à la mort de son père).
Michelet, joué avec beaucoup de finesse par Roland Bertin, a des hésitations, des moments de vide. Puis il reprend feu et flamme pour son protégé : le "peuple" de Paris et des grandes villes.
Etrangement, Elisabeth de Fontenay et Simone Benmussa ont "évacué" de la pièce un protagoniste fondamental : la charmante Athénais Mialaret, que Michelet a rencontrée au moment où il écrit son Histoire de la Révolution, et qu'il épouse le 11 mars 1849.
Evénement très connu et commenté. Car la jeune Mme Michelet refuse à son époux une "étreinte entière", et il en est malade. "A peine avais-je en main ce désiré trésor que tout m'était refusé", écrit-il le lendemain des noces. Et les regrets seront constants, dans le journal : "Physiquement, il est impossible d'être moins marié" (...) "Essayé de jouir sans entrer. Je restai sur mon appétit", etc.
Mais ce qui est intéressant, c'est d'entrevoir le lien entre les continences forcées de Michelet et son écriture de l'Histoire. "Ce matin, ma mie faisait semblant de dormir. Rempli les intermèdes de sa toilette par la bataille de Valmy." Ou : "Grâce à Dieu, j'aimais. Et je voulus que les hommes aimassent encore. C'est le sujet même de mon cours."
Des auditeurs du Collège ont dit que, le 15 février 1849, "emporté par sa passion, il improvisa à propos de Jemmapes un dialogue de fiancés, imitant la voix de la jeune fille".
Michelet pensait que le meilleur adjuvant, pour travailler, penser, écrire, était de "prendre l'un dans l'autre l'étincelle électrique". Athénais Mialaret ne le lui permis guère, mais il sut écrire néanmoins de grandes pages sur Robespierre. Simone Benmussa les présente avec force, et Bérangère Dautun, disant le texte de Michelet sur les cimetières de la Terreur, non seulement sait avoir l'élévation juste, la distance juste, mais elle atteint aussi une zone "noire" de conscience, une ambiguité cruciale de la voix même de toute Histoire, qui faisait dire à Michelet, s'agissant des massacres, ces mots, le 21 août 1852 : "La préoccupation absolue de mon livre m'a empêché d'écrire."
Une saison au Congo, Théâtre de la Colline. Tél. : 43-66-43-60.
Michelet ou le Don des larmes, Petit Odéon. Tél. : 43-25-70-32.
Le conseil exécutif de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), composé des représentants de cinquante et un des cent cinquante-huit Etats membres, a ouvert, jeudi 28 septembre, à Paris, sa cent trente-deuxième session, au cours de laquelle il préparera la conférence générale de l'Organisation, prévue également à Paris du 17 octobre au 16 novembre, et qui a lieu tous les deux ans.
Au cours des deux semaines que vont durer ses travaux, le conseil exécutif doit examiner une demande du directeur général, Mr Federico Mayor, en vue d'un accroissement des moyens budgétaires de l'UNESCO, notamment pour ses activités dans les domaines de la science et de l'éducation.
A l'ordre du jour des travaux figure aussi la question de l'admission de l'OLP à l'UNESCO : le conseil va étudier la demande palestinienne et présentera à la conférence générale une " recommandation " sur l'attitude à adopter, n'impliquant pas forcément une décision favorable ou défavorable.
Quand le social redevient conflictuel, la tentation est grande de recourir au vocabulaire militaire. Il n'est question alors que d'offensives, d'ultimatums, de camps retranchés ou même d'état de siège. Entre les gardiens de prison et les CRS, le conflit tourne à la confrontation. Aux violences répondent des révocations. Un cycle infernal ! L'entreprise ou l'administration se trouvent assimilées à des champs de bataille, l'affrontement ne pouvant se terminer que par la victoire de l'un et la défaite de l'autre. Singulière conception des relations sociales ! La grève n'est pas la guerre, et les salariés ne cessent pas le travail par plaisir, la fleur à la musette, avec l'idée de mettre à terre leur entreprise. Pourtant, tant dans la fonction publique que dans le secteur privé, dans les conflits-tests de la rentrée, c'est à qui fera plier le " camp d'en face ". A l'usure.
Les 80 000 agents des impôts, et tous ceux qui les ont rejoints dans l'administration des finances depuis quatre mois que cette grève dure et s'enlise, ne sont pas toute la fonction publique - loin de là ! - mais leur mouvement est révélateur d'un malaise ressenti par l'ensemble des fonctionnaires qui, au-delà de leurs revendications salariales, pensent que leurs qualifications et leurs compétences ne sont guère reconnues.
Plus ce mouvement s'éternise, plus le climat se tend. L'heure est à la crispation. MM Bérégovoy et Charasse refusent de rouvrir des négociations depuis l'échec des discussions du début du mois, au cours desquelles ils avaient fait des concessions non négligeables. Des grévistes sont évacués par la police des hôtels des impôts de Nimes et d'Alès, qu'ils occupaient, et des sous-directeurs de l'administration centrale des impôts commencent à se plaindre du manque de communication de leur ministre. Le conflit tourne au psychodrame, les grévistes recherchant les opérations les plus spectaculaires médiatiquement pour retenir l'attention.
Aurait-on perdu le sens du dialogue dans l'administration ? Ou plutôt y aurait-il deux poids deux mesures, avec un ministre de l'intérieur s'empressant de répondre, sans doute positivement, aux revendications des policiers quand ils menacent de s'agiter et un ministre de l'économie appelant au "sang-froid" tout en s'en tenant à ses propositions initiales face à une grève des impôts qui s'étend et se durcit ? L'impression est d'autant plus fâcheuse que l'heure est au "renouveau du service public". Et, dans sa circulaire sur ce sujet le 23 février dernier, Mr Michel Rocard soulignait que "le dialogue social dans les fonctions publiques doit être renforcé et doit devenir un instrument privilégié de la modernisation des administrations".
Des phrases de cette circulaire du premier ministre, qui invitait son administration à prendre en compte "les compétences et les spécificités de chacun", doivent résonner curieusement aux oreilles des agents des impôts : "L'Etat s'est trop souvent et trop longtemps organisé sur la base de la méfiance à l'égard de ses agents" ; ou encore : "L'immobilisme, s'il est parfois une tentation, n'est jamais une politique." Nul n'attend de l'Etat qu'il accède purement et simplement aux demandes syndicales pour des fonctionnaires qui ne sont pas les plus mal lotis - 30 points d'indice, soit 700 F de hausse, - car cela déclencherait un phénomène boule de neige dans toute la fonction publique. Mais l'Etat perdrait-il la face en renouant le dialogue et même en faisant un geste ? Plus le conflit dure, plus il fait le jeu des jusqu'au-boutistes.
Les 2 500 grévistes de Peugeot ne représentent pas davantage un secteur privé qui reste globalement calme. Mais, au-delà de leurs revendications salariales, aussi diverses qu'il y a de syndicats, ils expriment là aussi un besoin général de reconnaissance, de dignité et de plus grande considération dans leur travail face à des entreprises en panne d'imagination pour sortir de la rigueur.
Ils aspirent au " zéro mépris ". Là aussi pourtant, au bout de plus de trois semaines de grève, l'heure est à la crispation. Le dialogue social est lui aussi en grève. La violence pointe le bout de son nez. Les licenciements pleuvent. Les grévistes ne veulent pas reprendre le travail sans rien. Et la publication des avis d'imposition de Mr Calvet a jeté un peu plus d'huile sur le feu.
Peugeot ne ressemble pas toujours aux caricatures anciennes qu'on en fait. Les images du début des années 80 - la chasse impitoyable des militants syndicaux, le règne du syndicat maison CSL - ont quelque peu vieilli. Mais les technologies ont évolué plus vite que les relations sociales. Le management est encore trop marqué par le paternalisme d'antan. Les syndicats restent marginalisés. Il suffit qu'une grève survienne pour qu'une partie de la maitrise renoue avec des pratiques archaiques de répression et de dissuasion. Pourtant, à Sochaux, la modernisation s'est accompagnée d'un effort important de formation personnalisée. Et un accord de 1986 a ouvert (théoriquement) la possibilité pour les O.S. d'accéder au niveau d'agent professionnel hautement qualifié.
Mais la gestion participative, fondée sur la décentralisation des responsabilités, a ses contraintes et ses limites que le conflit actuel met en relief. La hiérarchie est loin d'avoir accompli sa mutation sociale, affirmant trop souvent son autorité là où l'on attend désormais d'elle un rôle d'animation. Les salariés n'ont sans doute pas été assez motivés pour s'impliquer et se mobiliser davantage pour une entreprise au redressement de laquelle ils ont largement contribué. Le modèle " consensuel ", transparent derrière la gestion participative, révèle ses fragilités. Il n'arrive pas à éviter et à traiter les conflits dès lors que la maitrise ne sait pas jouer son rôle de détection. L'" adhésion " demandée au personnel n'est pas automatique, surtout si les contreparties lui paraissent faibles.
Une entreprise qui ouvre une négociation n'est pas une entreprise qui capitule. Certes, Mr Calvet a la même fermeté que Georges Besse en octobre 1985, quand, face à une grève à l'usine Renault du Mans, il avait refusé toute négociation salariale. Mais ce conflit n'avait duré qu'une huitaine de jours et ne s'était pas étendu. Les adversaires seraient-ils devenus si irréductibles chez Peugeot que la simple idée d'un dialogue soit insupportable ? Jouer le pourrissement serait un calcul à courte vue. Mr Calvet finirait peut-être par l'emporter à l'usure, mais les relations sociales seraient ensuite durablement détériorées. L'Etat sera-t-il obligé, après les mises en garde de MM Rocard, Soisson et Bérégovoy, de nommer un médiateur, ce que le ministre du travail peut faire de sa propre initiative, pour renouer les fils ? Drôle de dialogue, qui s'ouvrirait alors sur fond d'échec.
LASER : Liaison automobile souterraine expresse régionale. Le projet, récemment modifié, prévoit le creusement d'un tunnel dans le sous-sol de la capitale, à une trentaine de mètres de la surface, c'est-à-dire très en-dessous du métro. Le tube ainsi aménagé comporterait deux chaussées superposées - une pour chaque sens de circulation - et trois voies sur chaque chaussée. Pas de poids lourds : le réseau serait réservé aux voitures de tourisme et à des véhicules utilitaires, de dépannage, de sécurité ou de transport en commun de petit gabarit.
Les véhicules entreraient et sortiraient par des trémies de faible longueur : vingt-cinq groupes dans Paris, de deux entrées et deux sorties chacun, dont douze seraient mis en service dès la première phase.
Accès et circulation seraient régulés par ordinateur, en liaison avec la préfecture de police. Le débit admis serait de 500 véhicules à l'heure par entrée, à peine plus que le parking des Galeries Lafayette, nettement moins que le souterrain de l'Etoile (1 800 véhicules à l'heure) ou que la voie sur berge qui, au Châtelet, " crache " 1 200 véhicules à l'heure. La vitesse de circulation devrait être régulière : elle ne dépasserait pas 60 kilomètres heure.
La première tranche de travaux comprendrait la construction d'un anneau central, ou " rocade des gares ", relié à une branche nord-ouest débouchant à la Défense, à une autre (sud) porte de Gentilly (à Orly ultérieurement) et à une branche est, porte de Montreuil, vers l'A 3 et Roissy. Les travaux de cette première phase (19 kilomètres sur les 50 prévus) dureraient trois ans et demi et coûteraient 16 milliards de francs.
La société GTM-Entrepose, auteur de ce projet LASER, plus élaboré que le 3 R de Bougues (Réseau routier régional), prendrait la totalité du coût de construction à sa charge, contre une concession d'exploitation qui lui permettrait de se rembourser par un péage de 20 francs environ.
Cinq mille places de parkings souterrains seraient créées près des entrées et sorties, et un puits d'accès de sécurité serait aménagé tous les 800 mètres.
Au principal reproche formulé par leurs adversaires - celui " d'attirer " encore plus d'autos dans Paris - les concepteurs de LASER opposent un remède préventif ; " reconquérir " les 100 hectares de voirie libérés en surface par les véhicules souterrains, et réserver - avant même l'inauguration de LASER - une grande partie de ces 100 hectares aux transports en commun.
Les écologistes ne se satisfont pas de cette réponse. Ils mettent en compétition déplacements particuliers et transports collectifs. LASER aura, déclarent-ils, une capacité équivalant à celle de 80 bus seulement : " Paris gardera ses embouteillages, et avec un peu plus de pollution. " Réfutant l'argument selon lequel les automobilistes roulant à 60 kilomètres heures pollueront moins qu'à 15 kilomètres heures avec des arrêts fréquents, les Verts Paris-Ecologie considèrent qu'il serait temps de s'occuper de la marche à pied, du métro, du bus et du RER " qui assurent l'essentiel du trafic ".
Le dernier bilan du passage du cyclone tropical Hugo sur les Etats-Unis est de 29 morts, 50 000 sans-abri et 250 000 personnes au chômage forcé. Le président Bush devait se rendre, vendredi 29 septembre, dans les régions de Caroline-du-Sud les plus ravagées et signer, en principe, le texte approuvé la veille par le Sénat américain attribuant 1,1 milliard de dollars (7,5 milliards de francs) en secours d'urgence aux victimes du cyclone.
En Guadeloupe, le bilan - toujours officieux - de Hugo est de 35 000 sinistrés dont 5 000 encore hébergés dans les centres d'accueil, et 10 000 maisons détruites.
La Food and Drug Administration (FDA) a annoncé, jeudi 28 septembre, qu'un nouveau médicament contre le sida, le Didesoxynosine (DDI), sera largement administré aux Etats-Unis avant même la fin des essais visant à prouver son efficacité et son innocuité. Le DDI, qui est un inhibiteur de la transcriptase inverse, et donc de la réplications, du virus HIV, aurait, selon la FDA, moins d'effets secondaires et nécessiterait des prises moins fréquentes que l'AZT. Une deuxième série d'essais cliniques portant sur plus de deux mille six cents personnes va être mise en Óuvre. Parallèlement, la firme pharmaceutique Bristol-Myers, qui produit ce médicament, a décidé de le fournir gratuitement aux malades pour lesquels l'AZT se révèle trop toxique ou inefficace.
Dans une phase ultérieure (en pointillés) d'autres branches seront construites pour relier au réseau le Pont de Sèvres, Orly, les autoroutes de l'Est, l'autoroute du Nord et Roissy.
Plus de 6,4 millions d'hectares de forêt ont été ravagés par le feu au Canada l'été dernier, ont annoncé, mercredi 27 septembre, les autorités canadiennes. Une telle catastrophe n'avait pas été enregistrée depuis le début du siècle, période à laquelle remontent les premiers registres concernant les incendies. 11 504 foyers ont été recensés, principalement dans les provinces centrales du pays (Manitoba, Saskatchewan et Ontario). La forêt canadienne couvre 453 millions d'hectares, soit 45 % de la superficie du pays.
Mgr Robert Runcie, archevêque de Cantorbéry, est reçu pour la première fois par Jean-Paul II, du vendredi 29 septembre au lundi 2 octobre. Geste sans précédent : il assistera à la messe du pape, dimanche 1er octobre, à la basilique Saint-Pierre.
La route de la réunification des confessions catholique et anglicane est jalonnée de rencontres au sommet qui, périodiquement, relancent le discret travail Ócuménique des experts. La plus spectaculaire avait été la visite au Vatican, en 1966, de Mgr Michael Ramsay, reçu par Paul VI, qui effaçait ainsi quatre siècles d'ignorance mutuelle. Un an avant sa mort en 1978, Paul VI devait encore recevoir l'archevêque Coggan.
Depuis douze ans, aucun archevêque de Cantorbéry n'était donc venu en visite officielle à Rome. Pourtant, Mgr Runcie et Jean-Paul II se connaissent bien. Le primat de l'Eglise anglicane avait participé, en 1986 à Assise, à la rencontre de prières pour la paix. Quatre ans plus tôt, le 28 mai 1982, le pape avait fait le pèlerinage historique de Cantorbéry. Peu avant avait été publié le rapport de la première commission internationale anglicane-catholique. Des accords avaient pu être définis sur l'Eucharistie, la primauté du pape, l'autorité dans l'Eglise.
Depuis, les relations se sont gâtées, principalement en raison de l'ordination des femmes, admise par un nombre de plus en plus grand d'Eglises locales de la communion anglicane (60 millions de fidèles dans le monde), sauf par l'Eglise-mère d'Angleterre, très divisée. A la conférence décennale de Lambeth en juillet-août 1988, un pas supplémentaire avait été franchi avec la reconnaissance du droit pour chaque " province " anglicane d'ordonner des femmes évêques. Deux mois après, l'Eglise épiscopalienne des Etats-Unis avait consacré à l'épiscopat Mme Barbara Harris.
En termes sévères, Jean-Paul II a condamné ce geste, le 22 décembre 1988 : " Il s'agit d'une décision unilatérale, déclarait-il devant les cardinaux de la curie, qui n'a pas tenu compte de la dimension Ócuménique du problème et pose de sérieux obstacles au progrès vers la réconciliation réciproque qui était parvenue à des résultats prometteurs ". Cette réaction aiguise les sentiments anti-romains de l'aile intégriste (" évangélique ") de l'Eglise anglicane.
Les experts catholiques et anglicans vont reprendre autrement la question et tenter de rechercher un accord sur la nature de l'Eglise et les conditions de la " communion ". C'est sur ce thème que devraient porter les entretiens et la déclaration commune entre le pape et Mgr Runcie.
Conformément aux vÓux du secrétaire d'Etat aux transports, Mr Georges Sarre, et aux instructions des ministres de l'intérieur et de la santé, les préfets prennent les uns après les autres des arrêtés interdisant la vente d'alcool dans les stations-service entre 21 heures ou 22 heures et 6 heures du matin. Ceux de la Mayenne, de la Meuse, du Nord ainsi que le préfet de police de Paris ont ouvert la voie à ces interdictions qui sont destinées à contenir la poussée des accidents nocturnes dus à la consommation d'alcool abusive, notamment par des jeunes. Selon les enquêtes " Réagir ", la conduite en état d'ivresse est relevée dans plus d'un accident corporel sur trois.
Dès l'annonce de la mort de l'ancien président Marcos à Hawaii, jeudi 28 septembre (voir nos dernières éditions), les forces armées et la police philippines ont été placées en état d'alerte maximale et la sécurité a été renforcée autour des installations vitales. Les autorités s'attendent à des manifestations organisées par les partisans de l'ancien président. Ceux-ci continuent d'exiger que le corps de leur héros puisse être rapatrié dans son pays. Ils ont entamé à cet effet des " veillées de prières ".
Mme Corazon Aquino, qui a succédé à Marcos à la tête de l'Etat, a ordonné, vendredi 29 septembre, que les drapeaux soient en berne sur tous les bâtiments officiels jusqu'au 1er octobre. Mais elle s'est une fois de plus opposée au rapatriement du corps de l'homme qui était soupçonné d'avoir fait tuer son mari. " Dans l'intérêt de la sécurité de ceux pour qui la mort de Mr Marcos susciterait passions et conflits, pour la tranquillité de l'Etat et de la société, le rapatriement dans le pays des restes de Ferdinand Marcos ne sera pas autorisé jusqu'à ce que le gouvernement, sous cette administration ou sous la suivante, en décide autrement. Un chapitre de l'histoire de notre nation, un chapitre unique, se ferme en ce jour avec la mort de Ferdinand Marcos, a-t-elle ajouté, appelant à prier pour son repos et présentant à son épouse et à ses enfants ses condoléances et celles du peuple philippin. "
Aux Etats-Unis, le président Bush s'est dit " attristé " par la mort de Marcos, soulignant que son départ en 1986 avait permis une " transition pacifique vers un régime populaire et démocratique ". L'ancien président Reagan s'est lui aussi dit " profondément attristé ".
Décidément, les Allemands ont de désagréables surprises dans leurs assiettes. En plein été, on avait déjà découvert que certains éleveurs utilisaient du sirop pour la toux pour engraisser les veaux. trois mille huit cents veaux avaient d'ailleurs été mis sous séquestre (le Monde daté 20-21 août).
Voilà maintenant qu'il y aurait de la nortestostérone, une hormone artificielle, dans les raviolis et les tortellinis. C'est du moins ce qu'a indiqué le ministère ouest-allemand de la santé dans un communiqué publié le 27 septembre.
Vendues dans des sachets de plastique de 250 grammes pour les tortellinis et d'un kilo pour les raviolis, ces pâtes ont été retirées de la vente par les firmes Buitoni et Kattus AG, qui les produisaient. Le porte-parole de cette dernière firme a déclaré que " le ministère n'avait pas signalé que des analyses étaient en cours ". Il a précisé que les consommateurs qui ont gardé ces produits dans leurs buffets peuvent les rapporter dans les points de vente où ils les ont achetés.
Depuis le 18 août, les façades du Palais de la Méditerranée sont classées monuments historiques. En collaboration avec la municipalité, Mr Jack Lang, ministre de la culture, de la communication, des grands travaux et du Bicentenaire, a décidé de préserver cet élément important du patrimoine. Les façades seront intégrées dans le nouveau bâtiment qui doit être édifié à l'emplacement de l'ancien palais.
Cinquante concurrents sur deux cent trente-neuf candidats ont été retenus pour participer au concours d'architecture organisé dans le cadre de la construction du centre de conférences internationales du quai Branly à Paris. Un jury international désignera le meilleur projet en janvier 1990. Ce futur centre de conférences (l'aboutissement du projet est prévu pour 1995) s'inscrit dans la politique de grands travaux décidés par le président de la République. Situé au pied de la tour Eiffel et s'étalant su 25 000 mètres carrés, le bâtiment sera le lieu de rencontres politiques et diplomatiques et comprendra un centre de presse ainsi qu'une maison des journalistes.
La revue Droit social, dirigée par Jean-Jacques Dupeyroux, organise les 13 et 14 octobre prochain un colloque sur le thème " Liberté, égalité, fraternité... ", sous la présidence de Mr Jean Laroque, procureur général honoraire près la Cour de cassation. Le 13 octobre, Mr Jean-Pierre Soisson, ministre du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle, introduira les débats qui seront consacrés le matin au thème " Liberté et droit du travail ", avec Mr Jean Pélissier, professeur à l'université Jean-Moulin (Lyon-III), et Mr Jean Savatier, professeur émérite à la faculté de droit de Poitiers.
Mme Suzanne Grévisse, président de la section sociale du Conseil d'Etat, présidera les travaux du matin. Ceux de l'après-midi, sous la présidence de Mr Pierre Guillen, vice-président délégué général de l'UIMM, porteront sur le thème " Egalité et droit du travail ", avec Mr Antoine Lyon-Caen, professeur à l'université de Paris-X, et Mr Jean-Emmanuel Ray, professeur à l'université de Paris-I.
Le 14 octobre, les débats seront consacrés au thème " Fraternité et droit du travail ", sous la présidence de Mr Jean Kaspar, secrétaire général de la CFDT. Interviendront Mr Alain Supiot, professeur à l'université de Nantes, Mr Jean-Maurice Verdier, président honoraire de l'université de Paris-X, Mr François Gaudu, professeur à l'université du Maine, et Mr Jean Cochard, président de la chambre sociale de la Cour de cassation.
Nous étions partis en vacances rassérénés. Le sommet des Sept venait de prendre des mesures raisonnables en matière économique, et avait enfin abordé le problème de l'environnement. On rééchelonnait la dette du tiers-monde ici et là. La Pologne commençait à respirer un petit air de liberté. On négociait enfin en Afrique australe et en Amérique centrale. Et puis parait le numéro 5 de " Manière de voir ", recueil d'articles du Monde diplomatique et de textes inédits, intitulé : le Triomphe des inégalités (1). Quelle douche froide !
On a envie de réagir au titre : la rédaction n'y va-t-elle pas un peu fort ? Et puis on lit. Et à mesure que se déroule le film, que défilent sous nos yeux les paysages sociaux du Nord comme ceux du Sud, et que s'alignent chiffres et témoignages, on se remet à penser, on accepte de retrouver la mémoire, d'ouvrir les yeux. On se reprend à s'indigner contre l'inacceptable. Et que resterait-il de nous si nous perdions notre capacité d'indignation ?
Inacceptable, en effet, ce que nous apprenons sur la plupart des domaines de notre vie quotidienne : éducation, santé, justice, travail, habitat, revenus, culture, avec parfois un coup de projecteur sur une catégorie humaine particulière. Arrêtons-nous, par exemple, aux enfants. Savez-vous que la carence en vitamines A provoque la mort de 700 000 enfants et la cécité de 300 000 autres chaque année ? Que, au Brésil, le nombre des enfants abandonnés est évalué à 32 millions par les sources officielles ? Que les enfants de la rue (200 millions selon le BIT) ne peuvent survivre s'ils ne pratiquent le vol, la prostitution ou s'ils ne se plient pas au racket ? Que, à Los Angeles, les gangs comptent 70 000 adolescents, noyau dur d'une constellation de 1 million de jeunes dont le seul savoir-faire, selon la police locale, est l'aptitude à se battre ? Que 30 % environ des enfants au travail sont victimes d'accidents en Grande-Bretagne et que 35 000 ont dû être hospitalisés en 1986 en URSS ?
La manière de dire n'est pas homogène. Des articles à l'emporte-pièce succèdent à des articles nuancés. Mais tous sont construits autour de faits indéniables, de statistiques nationales ou internationales peu contestables. Les médias audiovisuels ont pour règle tacite de montrer, sans jamais indisposer ou effrayer l'auditeur-spectateur. Ici, il faut bien constater la réalité de ce monde en gésine, il faut bien réfléchir, et on a le temps de le faire puisque le Loto ne chasse pas les images du Liban.
Bien entendu, on peut discuter des causes du mal et de ses remèdes, à condition de ne pas nier le mal. A condition aussi de ne pas rejeter les responsabilités sur quelques acteurs seulement du jeu national ou mondial. La responsabilité des nations riches, par exemple, est considérable en matière d'endettement. Mais la responsabilité des élites du Sud ne l'est pas moins. Pourquoi l'Argentine blanche, grande comme quatre fois la France, au climat tempéré, dotée d'un sol et d'un sous-sol riches, a-t-elle le taux de croissance le plus faible, le taux d'inflation le plus fort et la dette par habitant la plus élevée des pays du Sud ? Mais dire cela ne doit pas empêcher d'aider le Bangladesh à endiguer ses fleuves, ni d'aider le Sahel à stopper l'avancée du désert. Ce que nous n'avons pas encore entrepris.
Autre exemple : les droits de l'homme sont violés dans deux pays sur trois. Mais cela suffit-il à refuser de voir qu'ils le sont chez nous pour au moins deux millions de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté ? Certes, à peu près partout, des programmes de développement et de protection sociale sont mis en Óuvre. Souvent, ils ne suffisent pas à éviter l'enrichissement des riches et l'appauvrissement des pauvres. Ici joue, quasi mécaniquement, une loi cumulative, une main invisible que l'Ecclésiaste dénonçait il y a déjà bien longtemps. C'est pourquoi la lutte pour les plus démunis et les exclus est à reprendre sans cesse sous de nouvelles formes.
D'une façon plus générale, devant la formidable accélération de l'évolution technologique, génératrice de dualisme social, les gouvernements vont-ils enfin s'armer, pour leurs arbitrages fondamentaux, de critères comme celui de l'intérêt de la collectivité ou celui des coûts sociaux ? Les décideurs de tous ordres vont-ils enfin remonter de la stratégie ou de la politique à l'éthique qui les fonde ?
Avis à ceux qui tiennent à leur confort intellectuel et moral : ne lisez pas ce fascicule !
- Mr Joannès Galland, secrétaire de la CGT, a bien adhéré au Parti communiste français, comme nous l'indiquions dans nos éditions du 28 septembre. L'information a été confirmée par la CGT à l'AFP, Mr Galland ayant fait préciser qu'il avait informé le bureau confédéral de sa "décision personnelle", qui entraine cependant la rupture de la parité communistes-socialistes au sein de cette instance.
Le Centre Pompidou est perturbé par une grève du personnel de nettoyage qui pourrait, si elle n'est pas résolue rapidement, amener la direction à fermer le Centre au public.
Ces interruptions de travail surviennent alors que le contrat passé entre le Centre et l'entreprise (extérieure) qui assure la propreté du bâtiment arrive à expiration. Selon la CGT, Mme Hélène Ahrweiler, la présidente du Centre, désirerait profiter de l'occasion pour signer de nouveaux contrats avec plusieurs sociétés, " afin qu'il n'y ait plus de section syndicale ". La présidente indique qu'elle a lancé un appel d'offres en direction de plusieurs entreprises puisque la société actuelle - un rapport de l'inspection des finances l'a montré - n'offrait pas des services satisfaisants. Elle réfute l'argument de la CGT : " Les syndicats seront représentés au sein du comité d'établissement ". Elle précise qu'elle a fait appel, jeudi 28 septembre, aux services d'hygiène de la Ville de Paris afin d'assurer " la salubrité des personnes et des biens ". " S'il n'y a pas un minimum de service, je serai amenée à fermer le Centre au public ", a-t-elle ajouté. Pour l'instant, les autres catégories de personnels ne semblent pas solidaires du mouvement de revendication.
L'ancien entraineur du FC Nantes José Arribas est décédé jeudi 28 septembre à Nantes.
Sir Leon Britton, le représentant de Mme Thatcher à la Commission européenne, a été le seul des dix-sept commissaires européens à voter contre la proposition de charte communautaire des droits sociaux adoptée mercredi 27 septembre. Pour le premier ministre britannique, le projet de charte sociale est "inspiré par les valeurs du marxisme et de la lutte des classes".
La Commission européenne vient d'adopter la version définitive d'un projet de charte communautaire des droits sociaux fondamentaux. Il s'agit d'une déclaration solennelle, dépourvue de caractère juridique contraignant, qui illustre les valeurs sociales des démocraties de la CEE.
La Commission annonce en outre qu'elle présentera avant le 31 décembre un programme de travail décrivant les mesures à prendre, y compris au niveau communautaire (directives, règlements), pour assurer la mise en Óuvre effective de la charte. Les propositions de la Commission sont attendues avec impatience par le Parlement européen, très motivé sur ce dossier, comme par les syndicats. Ils espèrent que, faisant une interprétation moins restrictive que jadis du traité de Rome, elle aura l'audace de proposer une réglementation communautaire donnant des garanties convaincantes aux salariés.
Mme Vassos Papandréou, le commissaire compétent, a indiqué, mercredi 27 septembre, que le projet de programme pourrait être soumis avant le 31 décembre, peut-être même avant les 8 et 9 décembre, date du conseil européen de Strasbourg, afin que les chefs d'Etat et de gouvernement, dont on espère qu'ils approuveront la charte, puissent se prononcer en connaissance de cause.
Pour éviter de braquer le premier ministre britannique, Mr Delors aurait apparemment préféré que la Commission adopte la charte sans annoncer ce brûlot que représente le programme d'action. C'est là un point de vue qu'il n'était assurément pas facile de proclamer et encore moins d'imposer. D'autant que le Parlement européen veille, en insistant pour que la Commission légifère sur le plan social, et que, début septembre à Strasbourg, Mr Delors, infléchissant soudain sa position, a pris à son égard des engagements dans ce sens.
Début septembre, l'assemblée nouvellement élue avait eu l'impression légitime de marquer un point. " La Commission admet désormais avec nous qu'il existe un objectif de politique sociale fixée par l'Acte unique et qu'il faut trouver les moyens juridiques permettant de l'atteindre ", constatait Jean-Pierre Cot, président du groupe socialiste.
Les problèmes de tactique qui se posent à Mr Delors interpellent également la présidence française. Charger la barque sociale, c'est accepter l'idée d'une cassure avec les Britanniques, moins divisés sur ce terrain que sur celui de l'union économique et monétaire. Faut-il prendre un profil bas, avec un effet négatif assuré à l'égard de la gauche, pour amadouer Mme Thatcher et l'amener à signer la charte ? Ou bien, si l'on considère la crise avec Londres comme inévitable - pour cause de divergences politiques sur les objectifs de la construction européenne, - faut-il en prendre son parti : signer la charte à onze, et favoriser alors sans complexes un débat sur la nature des droits sociaux qui pourraient utilement être garantis par une réglementation communautaire ?
Les Nations unies ont mis en vente, le 22 septembre, la dixième et dernière série de timbres reproduisant les drapeaux des cent cinquante-neuf Etats membres de l'organisation. Cette série comprend seize drapeaux, émis sous forme de quatre feuillets réunissant chacun quatre blocs de quatre timbres à 25 cents.
Se trouvent ainsi réunis dans un premier feuillet, Indonésie, Lesotho, Guatemala, Pays-Bas ; puis dans un second, Afrique du Sud, Portugal, Maroc, République arabe syrienne ; dans un troisième, Honduras, Cambodge, Guinée-Bissau, Chypre ; enfin Algérie, Brunei, Saint-Christophe-et-Nevis et les Nations unies, 160e drapeau, pour compléter le dernier feuillet.
Fait unique, les Nations unies disposent de trois administrations postales distinctes usant chacune de timbres spéciaux en trois unités monétaires.
L'ONU a son siège a New-York et dispose d'une administration postale qui lui est propre, dotée de timbres en dollars depuis 1951.
Un office annexe a été ouvert à Genève en 1969, qui émet ses propres timbres en francs suisses, rejoint en 1979 par le centre international de Vienne qui émet ses timbres en schillings autrichiens.
Seuls peuvent être affranchis à l'aide de ces timbres les objets de correspondance expédiés depuis les différents sièges de l'organisation des Nations unies.
Premiers timbres pour les JO d'Albertville. - Plusieurs pays ont déjà émis des timbres-poste pour annoncer les Jeux olympiques d'hiver qui se dérouleront en 1992 à Albertville : le Paraguay (deux séries, Franck Piccard apparaissant sur deux timbres), le Laos et la Guinée-Bissau.
Expositions. - L'amicale philatélique rennaise organise, les 6, 7 et 8 octobre dans la salle des Congrès, 27, boulevard Solférino à Rennes, sa première exposition interrégionale à l'occasion du 35e congrès des sociétés philatéliques de Bretagne.
Exposition philatélique sur le bicentenaire de la Révolution à l'hôtel de ville de Sainte-Menehould, les 7 et 8 octobre, pour la mise en service d'une nouvelle flamme d'oblitération "Jean-Baptiste Drouet - Louis XVI" (souvenirs philatéliques : Cercle philatélique menehildien, Michel Walfray, 5, rue Chanzy, 51800 Sainte-Menehould).
Le Musée régional du timbre du Luc-en-Provence (le Château, place de la Convention, 83340 Le Luc-en-Provence. Tél. : 94-47-96-16) accueille durant le mois d'octobre une exposition philatélique sur les Terres australes et antarctiques françaises. Avec, en prime, un colloque, le dimanche 8 octobre, de 9 h 30 à 17 heures (conférences, projections).
Souvenirs de Solférino. - Le Centre Henry-Dunant fêtait le 24 juin le 130e anniversaire de la bataille de Solférino. Un souvenir philatélique a été édité : une carte postale qui reprend une image d'Epinal, affranchie à l'aide du timbre émis pour le 125e anniversaire de la Croix-Rouge et revêtue d'une oblitération spéciale illustrée "Un souvenir de Solférino par Henry-Dunant". Prix de vente, 12 F plus port (Centre Henry-Dunant, A. Godof, 12, rue Chardin, 75016 Paris). Le produit de la vente contribuera au financement de ce centre de recherches et de documentation de la Croix-Rouge française.
Le président de la République, Mr François Mitterrand, a assisté, jeudi 28 septembre, en l'église de la Madeleine, à Paris, à une cérémonie occuménique organisée à la mémoire des cent soixante et onze victimes de l'explosion en vol du DC-10 d'UTA le 19 septembre, au-dessus du désert nigérien du Ténéré. Près de quatre mille personnes étaient présentes, que ce soit à l'intérieur de l'église ou sur le parvis de la Madeleine. Accueilli par le père Brizard, curé de la paroisse, le chef de l'Etat a gagné le premier rang de la nef, où il a écouté, en présence des familles des victimes et du premier ministre, Mr Michel Rocard, la lecture du texte d'une bénédiction spéciale du pape Jean-Paul II, puis l'homélie de l'archevêque de Paris, Mgr Lustiger. Les représentants de différentes confessions - protestante, musulmane, orthodoxe et anglicane - ont ensuite lu des textes religieux et dit des prières à la mémoire des cent soixante et onze disparus, dont la mort était symbolisée par cent soixante et onze cierges. " Ne pouvant, pour des raisons religieuses, assister à cette cérémonie " le grand rabbin Alain Goldmann avait envoyé un message, lu par le président d'UTA, Mr Lapautre.
Plusieurs membres du gouvernement, notamment MM Pierre Joxe, ministre de l'intérieur, Jean-Pierre Chevènement, ministre de la défense, Pierre Arpaillange, garde des sceaux, et Mme Edwige Avice, ministre délégué auprès du ministre des affaires étrangères, assistaient également à ce service religieux.
Dans les prisons lyonnaises la situation qui était jugée très sérieuse mercredi, est devenue, jeudi 28 septembre, " gravissime " de l'aveu même de leur directeur, Mr André Olivier. En refusant de " prendre les clés ", une partie des surveillants de Saint-Paul et de Saint-Joseph se sont engagés dans la voie - illégale au regard de leur statut - de la grève pure et simple et ont délibérément choisi l'épreuve de force.
Le fil des événements de la journée de jeudi éclaire ce durcissement radical.
- Considérant que le "devoir de réserve et les règles de sécurité sont bafoués" (leurs syndicats envisagent d'ailleurs de déposer une plainte auprès du procureur de la République), les grévistes tournent le dos et se regroupent à l'écart pour scander: "Olivier t'es foutu, tes matons sont dans la rue." Un ultimatum leur est lancé et une note "à l'attention du personnel" est placardée sur la porte de la maison d'arrêt. On peut y lire: "Les fonctionnaires qui se sont délibérément placés en situation illégale ne pourront reprendre leur service qu'avec une autorisation expresse de l'administration. Celle-ci ne sera délivrée qu'après un entretien de chaque agent avec le directeur régional et moi-même. " signé : " le Directeur ".
Pour faire face à l'urgence et afin de disposer d'un effectif minimal, la direction réquisitionne la plupart des surveillants qui viennent de terminer leur service (de 7 heures à 13 heures). Beaucoup d'entre eux effectueront ainsi une journée de travail de douze heures pleines, ceux dont le tour d'astreinte prévoyait l'enchainement d'un service de nuit (de 19 heures à 7 heures) obtenant, toutefois, l'autorisation d'aller prendre quelques heures de repos à leur domicile à partir de quinze heures.
Si du côté des détenus le calme est relatif - à l'exception de quelques chahuts sporadiques - la tension ne cesse de monter entre l'administration et les surveillants, qui estiment que cette réquisition correspond à une " séquestration arbitraire " ou a une " prise d'otages ". La rumeur selon laquelle la liste des quarante-sept noms des surveillants " grévistes " a été transmise au directeur de l'administration pénitentiaire du ministère de la justice et la menace de révocation collective qu'elle laisse planer détériorent un peu plus le climat.
"En tant que premier surveillant, je ne peux pas me permettre de rendre les clés mais je suis solidaire de mes camarades. On en a marre de ne pas être reconnus et d'entendre des promesses qui ne sont pas tenues", confie l'un des fonctionnaires qui vient de boucler ses douze heures non stop. "J'étais tout seul pour assurer la surveillance d'un étage regroupant cent cinquante détenus. Non seulement la prison est sordide, mais le climat y est devenu détestable", soupire un autre.
Les esprits s'échauffent, on évoque dans le désordre les atteintes à la dignité - "en plus d'être insultés par les détenus nous sommes méprisés par notre direction", - la pénurie de matériel - "quand la cuvette de WC d'une cellule est cassée, on n'a même pas de quoi la remplacer et à Montluc (troisième prison de Lyon), c'est pire, ils en sont encore aux tinettes !" - et, presque accessoirement, les problèmes de salaire: "La revalorisation de l'indemnité de sujétion spéciale qu'on nous avait promise, on l'attend toujours."
L'heure n'est décidément pas à la décrispation. "Si on n'est pas indispensable, y'a qu'à le dire, on se fait tous révoquer et on laisse les clés aux CRS..."
Contrairement à ce que laissait entendre le titre de l'article consacré, dans nos éditions du 29 septembre, à l'inculpation pour recel d'abus de biens sociaux de Mr Pierre Lacour, sénateur (CDS) de la Charente, celle-ci ne relève pas de l'affaire de la Sormae. Le dossier instruit à Lyon dans lequel Mr Lacour a été inculpé a le même point de départ que l'affaire de la Sormae - les fausses factures de l'entreprise marseillaise Paul Bernard - mais est différent : il concerne essentiellement le Groupe de recherche et de construction (GRC), établi à Lyon, dans le cadre d'une information judiciaire ouverte depuis le 29 septembre 1988 pour faux et usage de faux, abus de biens sociaux (le Monde du 14 septembre).
Un serrurier au chômage de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire), Olivier Devalez, a été condamné, jeudi 28 septembre, à six mois de prison, dont trois fermes, par le tribunal de grande instance de Tours, pour provocation à la haine et à la discrimination raciales. Considéré comme un ancien " idéologue " du mouvement skinhead en France, Olivier Devalez, qui dit, aujourd'hui, s'être éloigné de ce mouvement, avait publié dans la revue le Rebelle blanc, un article évoquant les " hordes de métèques en furie " et les " adolescents nord-africains et noirs qui nous terrorisent ". A l'audience, Olivier Devalez n'a rien renié de ses écrits. Membre du Klu Klux Klan, il se dit " suprématiste blanc " et partisan de l'apartheid.
Un discours qui a fait bondir le substitut du procureur Mme Catherine Melet-Champrenault. " Votre idéologie, a-t-elle dit, c'est du fascisme. Elle est contraire aux idéaux de liberté, d'égalité et de fraternité entre les peuples. Il ne peut y avoir de tolérance avec les ennemis de la tolérance. " Elle a requis une peine de six mois de prison, dont trois avec sursis, et 6 000 F d'amende. Le tribunal qui l'a suivie, a ajouté trois ans de mise à l'épreuve.
Olivier Devalez, qui a fait appel écrit dans le no 2 du même Rebelle blanc que son combat reste celui " de la libération de la race blanche et de la réinstauration de la suprématie aryenne ".
C'était au mois de juillet 1957, à la maison d'arrêt de la Santé, déjà... Les gardiens de prison, qui demandent la parité avec la police, sont en grève. Ils ont déposé les clefs et laissé le champ libre aux détenus. Ces derniers ont brisé leurs portes, saccagé la prison, fait brûler leurs paillasses, et sont montés sur les toits, d'où ils jettent des croûtons de pain sur les passants, et des briques sur les forces de l'ordre. L'une blesse même le directeur de l'établissement. Au cÓur des événements d'Algérie, un détenu politique tente de raisonner ses compagnons, il s'appelle Ahmed Ben Bella.
C'est ce précédent historique qu'ont en mémoire tous les personnels pénitentiaires, car il est à l'origine du statut spécial qui, à la fois, les protège et les contraint à des servitudes qu'ils bravent aujourd'hui.
Après cette crise, les pouvoirs publics proposent un marché aux personnels pénitentiaires : d'accord, ils obtiendront des primes, un statut plus proche de celui des policiers. Mais ils auront en contrepartie des obligations, fixées par l'ordonnance no 58-696 du 6 août 1958. Ce texte sera par la suite complété à deux reprises par des décrets de novembre 1966 et août 1977. Les personnels pénitentiaires sont tenus à l'obligation de réserve, et doivent s'abstenir en public, qu'ils soient ou non en service, de " déconsidérer le corps et de porter atteinte à l'ordre public ". Le garde des sceaux a le droit d'exiger des conjoints de ses agents qu'ils cessent leur activité professionnelle si celle-ci " peut jeter un discrédit sur la fonction " ou paraitre équivoque. Mais, plus important, les personnels pénitentiaires n'ont pas le droit de grève. Sans consulter le conseil de discipline, le ministre de la justice, ou, par délégation, le directeur de l'administration pénitentiaire peut prononcer des sanctions disciplinaires " dans le cas d'actes collectifs d'indiscipline caractérisée ou de cessation concertée du service lorsque ces faits sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public ". En outre, peut être révoqué " le fonctionnaire qui a cessé, sans autorisation, d'exercer ses fonctions et n'a pas dans le délai fixé par la mise en demeure (...) déféré à l'ordre de reprendre son service ou de rejoindre le poste qui lui avait été assigné ".
Ces textes ont été appliqués à la lettre par l'administration pénitentiaire, même si, dans un jeu de cache-cache un peu enfantin, les surveillants ont refusé de se plier aux procédures de notification classiques et ont contraint leur administration à leur envoyer des lettres recommandées que rien ne les oblige à aller chercher ! Dans son rapport sur la modernisation du service public pénitentiaire, Mr Gilbert Bonnemaison rappelait qu'après douze jours de blocus des prisons, au mois d'octobre dernier, les surveillants étaient déjà passibles de révocation. Or il fallut attendre le conflit de février pour que des sanctions disciplinaires (des suspensions provisoires) soient prises. Elles avaient été très vite rapportées devant le mouvement de solidarité qu'elles avaient déclenché. Le 28 septembre, le ministère de la justice a sauté toutes les gradations des sanctions possibles, suspensions provisoires, mises à pied de quelques jours, pour arriver tout de suite à la plus grave. On connait et l'on redoute, à l'administration pénitentiaire, les réflexes de corps des surveillants, qui fonctionnent comme une amicale. Si l'on a choisi cette arme-là, c'est qu'on a jugé que l'on ne pouvait faire autrement.
" Dans la mesure où l'Etat reconnait aux personnels pénitentiaires certains avantages particuliers tenant au statut spécial, il attend d'eux le respect des dispositions de ce statut, comme il se doit pour les agents publics d'une démocratie républicaine ", précisait Mr Bonnemaison dans son rapport.
Le mouvement revendicatif des surveillants de prison, déclenché mercredi 27 septembre, s'est heurté dès sa deuxième journée à l'attitude de fermeté du gouvernement. Le garde des sceaux, Mr Pierre Arpaillange, a confirmé, jeudi, ce que son directeur de l'administration pénitentiaire, Mr Jean-Pierre Dintilhac était lui-même venu annoncer, dans la matinée, aux grévistes qui bloquaient la porte de la prison de la Santé, à Paris : une cinquantaine au moins de révocations de gardiens venaient d'être prononcées, notamment à l'encontre de grévistes de la Santé et des établissements lyonnais, en vertu du " statut spécial " régissant l'activité professionnelle des surveillants.
Vendredi matin, sur France-Inter, Mr Michel Rocard a rappelé que les gardiens de prison n'avaient pas le droit de grève et que, compensation, ils percevaient une indemnité de sujétion spéciale pénitentiaire représentant 22 % de leur salaire. " Il y a une règle du jeu, et les gardiens sont en train de la violer, a expliqué le premier ministre. Il y a rupture de parole. " Comme Mr Arpaillange, qui affirme dans l'édition de vendredi du Figaro que le rétablissement " de l'ordre et de la sécurité " constitue " une urgence absolue ", Mr Rocard estime que " l'Etat n'a pas le droit moral " de laisser " la pagaille " s'installer en milieu carcéral.
Ces révocations pour faits de grève interdite, déjà employées en 1957, lors d'un conflit de même nature dans l'administration pénitentiaire, ont amené l'intersyndicale des surveillants à renoncer à la rencontre prévue, jeudi soir, avec le garde des sceaux. Dans la plupart des soixante établissements - soit un tiers des prisons - touchés par le mouvement, les syndicalistes de FO, de l'UFAP, du SNAPP, de la CGT, du SPI et du SNIPP recommandent même à leurs adhérents de refuser " la prise des clés ", et aux équipes de jour de ne pas prendre leur poste. Cette consigne paraissait suivie, ce vendredi en début de matinée, dans la plupart des établissements de la région parisienne, ainsi qu'à Lyon. Toutefois, certains syndicats, à l'exemple de FO, conseillaient parallèlement aux surveillants d'assurer le petit déjeuner et les promenades du matin. Et même, à Lyon. les parloirs ont pu accueillir les familles.
Les forces de l'ordre faisaient toujours face, en début de journée, aux piquets de grève devant les prisons de Strasbourg, de Caen et de Rouen. Cependant, certaines extractions de détenus n'ont pas déclenché les mêmes bousculades que la veille au soir. Devant la maison d'arrêt de Fresnes, en effet, dix surveillants et trois policiers avaient été blessés jeudi 28 septembre, au retour des détenus des tribunaux, lors d'échauffourées opposant les grévistes aux CRS. Les mêmes scènes se sont reproduites à Fleury-Mérogis et à Lyon.
Vendredi, les syndicats paraissaient hésiter encore, malgré les consignes de durcissement, sur l'attitude à adopter. Sentant que ce mouvement n'avait guère d'autre choix que la fuite en avant ou la négociation, le gouvernement renouvelle ses offres de rencontre. Mr Arpaillange a lancé vendredi en fin de matinée, dans une interview à l'AFP, dans " un appel très, très pressant aux gardiens de prison, pour qu'ils prennent conscience de leurs responsabilités et rejoignent leur poste d travail ". " Il est difficile d'engager une discussion en profondeur, si dans le même temps les syndicats demandent aux surveillants de déposer les clés ", a dit le ministre.
S.O.S.-Racisme envisage de créer un " observatoire de la démocratie ". Dirigé par Mr Pierre-André Taguieff, chercheur au CNRS, cet observatoire recensera et analysera toutes les provocations, agressions, incidents et tracts antisémites en France.
D'autre part, à l'initiative de S.O.S.-Racisme, un groupe de jeunes de toutes origines va parcourir la France dans un bus, à partir du 15 novembre, avec un bus, pour défendre l'" égalité des droits ". Cette opération, qui vise à lutter contre la " ségrégation entre quartiers chics et zones chocs ", se terminera le 9 décembre par un concert aux Arcs, dans le Var, où sont attendus 7 à 8 000 jeunes. Le bus ira notamment à Saint-Gilles, dont le maire est un élu du Front national, ainsi qu'à Dreux et à Marseille.
" Au 31 décembre 1984 il y avait à Dreux 8 505 étrangers. Au 31 décembre 1988 il y en avait 9 477, soit 11,4 % d'augmentation en quatre ans. Jean Hieaux, (le maire, à la tête d'une liste divers droite) est plus que jamais décidé à agir pour arrêter cette évolution et même tendre à l'inverser. Il réclame pour la ville ce qu'on l'on reconnait aux familles : le droit à la contraception, c'est-à-dire à la limitation du nombre d'étrangers dans notre ville. "
Il mesure 122 cm, il souffle le chaud et le froid et les Américains en sont fous : le microfridge, est le nouvel appareil ménager en vente aux Etats-Unis.
A la fois four à micro-ondes, réfrigérateur et congélateur, il permet de réchauffer un croissant, conserver une plaquette de beurre et congeler un poisson dans un espace réduit. A l'époque des loyers chers et des petits appartements, ce " tout-en-un " comporte évidemment des avantages. D'autant que cet appareil coûte seulement 430 dollars (2 600 francs).
L'invention de cet appareil a donné naissance à une société particulière : Microfridge Inc. A la fin du mois d'août, 1 700 appareils étaient vendus et la jeune entreprise était en rupture de stock. Avec la mise sur le marché de nouveaux appareils en novembre, elle compte réaliser un chiffre d'affaires de 1,9 million de dollars (11,4 millions de francs) d'ici à la fin de l'année.
Un inconvénient tout de même : quand on utilise une des fonctions de l'appareil, les autres cessent de fonctionner pendant un moment. Difficile du coup de préparer pour le dessert un sorbet et des tartelettes. Mais Robert Bennet, cofondateur de la société, s'en défend : l'utilisation pendant quarante-cinq minutes du four à micro-ondes fait grimper de six degrés seulement la température du réfrigérateur et du congélateur.
Alors qu'une soixantaine d'établissements pénitentiaires, sur cent quatre-vingts, sont touchés par le mouvement des surveillants, Mr Rocard a déclaré, vendredi matin 29 septembre, que "l'Etat n'a pas le droit moral de laisser s'installer la pagaille dans les prisons". Cinquante-neuf arrêtés de révocation visant des surveillants de la Santé ont déjà été signés. Plusieurs dizaines d'autres sont envisagés pour l'ensemble de la France.
Contre la porte de la Santé, des hommes cognent avec leurs poings : ils scandent " Libérez nos camarades ! " Ce sont des surveillants. Contre les portes des cellules qui, par endroits, ont failli céder, ce sont les pieds des détenus qui frappent. Dans le bureau du directeur de la prison, entouré de son état-major, il y a le directeur de l'administration pénitentiaire, Mr Jean-Pierre Dintilhac, et le procureur général près la cour d'appel de Paris, Mr Pierre Truche. A ce moment, les 1 860 détenus de la maison d'arrêt sont sous la surveillance d'une quarantaine d'agents contre quatre-vingts en temps normal. Parmi eux, trente ont déjà travaillé la nuit précédente. Les autres ont refusé de prendre leur service.
Cette fois, jeudi 28 septembre, le tabou est brisé : les surveillants font véritablement grève. Une grève illégale, interdite par leur statut. Après le tabou des parloirs avec les familles, auquel jusqu'ici ils avaient refusé de toucher, c'est celui du " dépôt des clefs ", comme on dit dans le jargon pénitentiaire, qui est tombé.
Depuis 1957, où des événements semblables avaient eu lieu au même endroit, on n'avait jamais vu ça. Glacé, le mot est tombé : il y aurait des révocations, par dizaines. L'administration est dans l'impossibilité de les notifier aux surveillants massés dans la rue, de l'autre côté de la porte de la prison que seuls parviennent à franchir les 130 CRS appelés en renfort, car ils refusent de rencontrer leurs supérieurs. On leur signifiera donc, par écrit, que cette fois la sanction disciplinaire la plus grave vient d'être prise à leur enconre. Le directeur de l'établissement s'il parvient à les rencontrer le leur dira de son côté.
Dans la soirée du 28 septembre, 59 arrêtés de révocation sont signés. Ils sont envoyés par lettres recommandées avec accusés de réception et seront effectifs douze heures "après notification, sauf reprise du service dans ce délai". Des mesures similaires sont envisagées à Lyon. Fulgurante, explosive, la nouvelle se répand parmi les syndicalistes et sur tout le territoire. Cette fois, le ministère de la justice, avec l'aval de Matignon où une réunion de crise vient de se tenir entre représentants du gouvernement et le premier ministre, a choisi la sanction la plus dure.
Le pari est risqué: ou bien les surveillants prennent peur et rentrent dans le rang et ensuite seulement on discutera, ou bien la sévérité soudaine et inhabituelle d'un ministère, qui a habitué ses troupes à plus d'indécision, suscite une réaction de solidarité qui durcira encore le mouvement de protestation. Les syndicats choisissent cette deuxième analyse. Ils annulent aussitôt la rencontre prévue dans la soirée avec le garde des sceaux et entonnent l'air connu de "répression-solidarité".
Leur calcul est simple: si le ministère est prêt à révoquer plusieurs dizaines de surveillants, que fera-t-il si, par centaines sur tout le territoire, les gardiens déposent les clefs ? De chaque côté, chacun ayant très vite monté la barre très haut, sans guère se laisser de position de repli, on diffuse des consignes de fermeté. C'est donc à qui cédera le premier. En attendant, les nouvelles les plus alarmantes circulent. Même si au ministère on tente de se rassurer en constatant que "la déflagration n'est pas générale et qu'une soixantaine de prisons sur cent quatre vingt sont prises dans la tourmente". Les faits mis bout à bout transforment la carte pénitentaire en poudrière.
On sait déjà qu'à Draguignan la mutinerie entrainée par la suppression des parloirs avec les familles (des surveillants auraient même interdit aux détenus de prévenir leurs proches par télégramme) a provoqué des dégâts évalués à 50 millions de francs. A Lannemezan, les détenus se sont rendus maitres de la prison et les surveillants d'abord retranchés dans les quartiers de détention ont fini par quitter les lieux. Les forces de l'ordre chargeant, crosse en avant, interviennent de façon musclée à Fresnes où 13 personnes sont blessés. A Strasbourg, 200 détenus refusent de remonter de promenade. Ici on joue du chalumeau ou de la pince coupante pour ouvrir le chemin aux fourgons pénitentiaires. Là on leur dégage la voie à la grenade lacrymogène. On s'inquiète de la situation à Perpignan, Lyon, Melun, Angers, Douai...
On est loin du climat presque bon enfant, des deux derniers conflits. Au plus fort de cette tourmente, chaque camp dénie à l'autre la qualité d'interlocuteur valable. Les surveillants s'exaspèrent au contact d'un ministre qu'ils accusent de ne rien connaitre aux prisons et qu'ils perçoivent comme un homme " de salon ", ou " de palais ", incapable de comprendre lui, le haut magistrat, leur monde de barreaux et d'uniformes. Certains se rappellent leur première entrevue avec lui. " Il nous a expliqué que notre problème était avant tout un problème culturel. Nous avons eu le sentiment qu'il nous prenait pour des brutes épaisses et des analphabètes. "
L'éclatement syndical - on n'est pas ici dans la police où l'existence d'un syndicat fort, la FASP, arrange bien les choses - désarconne le ministère. Les revendications apparaissent floues : que veulent-ils ? Un meilleur traitement ? Avec un salaire brut de 6 000 francs, bien arrondi par les primes de sujétion spéciales pour un surveillant de base débutant, ils sont moins à plaindre que les ouvriers de Peugeot, même si injustement ils appellent leur directeur Mr Dintilhac " le Calvet de la pénitentiaire ".
Grâce aux derniers accords, leurs indemnités ont augmenté, selon leur échelon, de 300 francs à 500 francs De la considération ? Ils ont rejeté le rapport Bonnemaison qui tentait de proposer des solutions pour les débarrasser de leur malaise et de leurs complexes. Des créations de poste ? Avec près de deux mille cette année, jamais il n'y en eut autant. De meilleures conditions de travail ? Alors pourquoi refuser la fermeture de vingt-cinq vieilles prisons dont certaines, comme à Pontoise, sont des endroits indignes à la fois des détenus et des gardiens ?
Entre la chancellerie et les surveillants, il n'y a même plus de dialogue de sourd. Mais une logique d'affrontement qui ne laissera de place qu'à un vainqueur et à un vaincu. Et au milieu, des détenus qui, quoi qu'il advienne, paient, aujourd'hui, les pots cassés d'un conflit qu'il leur est étranger.
Manipulations génétiques, greffes d'organe, euthanasie, avortement... : que disent la tradition juive et la jurisprudence rabbinique sur les questions éthiques nouvelles posées par l'explosion des progrès médicaux, scientifiques ou par l'extension d'une épidémie comme le sida? En ouvrant une chaire d'éthique médicale juive, le Centre Rachi-CUEJ (Centre universitaire d'études juives) répond à un besoin de plus en plus ressenti dans la communauté juive et au-dehors.
Animées par des personnalités comme Mme Barzach, ancien ministre de la santé, MM René-Samuel Sirat, ancien grand rabbin de France, Pierre Drai, premier président de la Cour de cassation..., deux tables rondes, ayant réuni sept cents personnes, viennent d'inaugurer cet enseignement placé sous la direction du docteur Bernard Kanovitch, président du Centre Rachi, destiné à des praticiens (médecins, chercheurs ou juristes) ou à des étudiants en fin de cycle.
La vocation du Centre universitaire d'études juives, fondé il y a une trentaine d'années, est d'établir des passerelles entre la tradition et le monde moderne, et de reformuler en termes universitaires l'enseignement du judaisme. Un millier de personnes (étudiants, universitaires, auditeurs libres) suivent les séminaires et cycles de conférences du CUEJ. Celui-ci délivre un diplôme universitaire d'études juives, reconnu par l'Etat (à l'issue d'une convention avec l'université Paris-I), incluant des unités de valeur d'hébreu moderne, d'anthropologie et d'histoire du judaisme, d'étude du sionisme et d'Israël... Cinquante étudiants préparent cette année ce diplôme, équivalant au DEUG. Des négociations sont en cours pour l'amener au niveau de la maitrise.
L'université Paris-III-Sorbonne nouvelle crée une licence d'animation culturelle et sociale, accessible aux titulaires d'un DEUG culture et communication, lettres modernes ou sciences humaines ayant, de préférence, une expérience dans le domaine des pratiques corporelles, d'expression ou des arts du mouvement. Inscriptions jusqu'au 9 octobre.
Mr Alan Spoon,l'un des trois membres du comité de direction qui
gérait l'hebdomadaire américain Newsweek depuis le départ de
son ancien directeur au printemps dernier,vient d'être nommé
président de Newsweek (tirage :3,2 millions d'exemplaires).M.Spoon
qui est âgé de trente-huit ans,était entré dans le groupe
de presse The Washington Post Co,propriétaire de l'hebdomadaire,en
Les assises européennes de l'audiovisuel s'ouvrent à Paris samedi 30 septembre.Elles reuniront pendant trois jours tout ce que le continent compte d'experts et de professionnels de l'image.Organisée par la France et la Commission de Bruxelles,et inaugurée par MrMitterrand,cette manifestationconstitue le coup d'envoi de "l'Eurêka de l'audiovisuel", un projet annoncé il ya un an par le président de la république pour tenter de relancer en Europe un véritable industrie de l'image. Comment alimenter en Óuvres européennes les chaînes de télévision qui se multiplient ? Les débats sur ces questions conduiront à une déclaration des ministres des vingt-sept pays représentés,et devraient déboucher sur des projets concrets soumis au sommet des Douze de Strasbourg en décembre.
UNE page est tournée en Afrique du Sud après les élections générales de septembre. Mr Botha a cédé la présidence de la République à Mr De Klerk, au moment où le pays s'ouvre sur des horizons inédits.
Le fait majeur est que l'Afrique australe sort maintenant du champ des affrontements Est-Ouest qui paralysaient les chances d'évolutions positives en Afrique du Sud et dans son voisinage. L'affaire angolo-namibienne va consacrer la nature primordialement régionale et africaine du conflit dont elle est l'enjeu : à bien des égards une querelle de famille entre l'Afrique noire décolonisée et l'Afrique du Sud, ou plus exactement avec la tribu blanche des Afrikaners.
La fin de partie entre les Etats-Unis et l'URSS et la clarification des antagonismes ouvrent une " fenêtre d'opportunité " sans précédent pour l'Afrique du Sud et l'Afrique noire.
La première conséquence sera de rendre les pays noirs plus ouverts et plus souples, à commencer par les plus modérés, face à une Afrique du Sud en regain de force et de respectabilité. A l'inverse, dans les pays les plus " engagés ", souvent d'ailleurs en proie à des catastrophes abyssales, les fantasmagories du socialisme tiers-mondiste s'envoleront en fumée. Il n'est même plus exclu que l'Afrique du Sud soit un jour invitée à rejoindre la famille de l'Organisation de l'unité africaine. Après une douzaine d'années de blocages et d'immobilisme, le pragmatisme semble devoir l'emporter sur l'idéologie.
Constante, jamais démentie au cours de sa longue histoire, l'Afrique du Sud possède le don prodigieux d'acheter du temps à bon compte. Se contentera-t-elle de jouir encore une fois d'un répit ? Ou bien saura-t-elle riposter au défi qui lui est lancé : passer de l'ethnocratie des Blancs à la démocratie pour tous ?
Quant aux grandes puissances, elles vont rivaliser d'initiative autour de l'Afrique du Sud. Les canaux de communication n'avaient pas été rompus entre l'URSS et l'Afrique du Sud, notamment pour ce qui touche à l'or et au diamant. Mais la rupture des relations diplomatiques officielles depuis trente ans avait brouillé l'exacte perception des réalités de part et d'autre. Or les Soviétiques découvrent tout à coup un pays insoupçonné et surprenant pour eux.
Après le remarquable succès diplomatique de Chester Crocker en Angola et Namibie, les Américains semblent décidés à jouer un rôle actif de catalyseurs, en entente plus ou moins poussée avec les Soviétiques. Ceux-ci " conseillent " à l'ANC et au Parti communiste sud-africain de renoncer à la violence, d'autant que leur manque de cohésion et leur incapacité militaire leur dénient l'espoir de renverser le régime de Pretoria par la force.
En dépit du fait que le sort de l'Afrique du Sud redevient une querelle de famille entre Africains, l'Afrique du Sud met à l'épreuve l'Afrique tout entière. Trente années après la décolonisation, l'Afrique noire est aujourd'hui plus pauvre que jamais et compte 24 des 37 nations classées par la Banque mondiale comme les moins développées. Tôt ou tard, et mieux vaut plus tôt que trop tard, s'imposera la conviction que l'Afrique du Sud, loin d'être une provocation pour le Continent noir, est la clé des problèmes dramatiques qui l'étreignent. Qu'elle le veuille ou non, l'Afrique du Sud ne peut éluder la nécessité, pour une simple raison vitale de sécurité, de venir au secours des pays de l'Afrique sub- saharienne. Telle est, à portée de main, la chance de survie et de progrès pour ces malheureux pays.
Pour l'Europe, l'avenir et l'intérêt propres de l'Afrique noire sont un mystère. Que représente une zone qui réalise 1 % seulement des échanges commerciaux du monde ? Si l'Afrique disparaissait, l'événement, vu d'ailleurs, resterait inaperçu, si l'on peut dire. On peut surtout s'interroger sur l'épreuve qui se prépare, pour l'Afrique, du fait de l'Europe de 1993, autrement dit de la compétition généralisée.
L'engagement de la France dans un tel contexte risque de s'avérer incompatible, sinon insupportable, puisque, premier donateur d'aides et de loin (10 fois plus que la Grande-Bretagne), sa contribution est à la fois comparativement trop lourde et économiquement comme politiquement trop peu cohérente : les échanges de la France avec le Nigeria excèdent à eux seuls ceux qu'elle entretient avec toute l'Afrique francophone. Puisque les faits sont têtus et qu'ils le seront impitoyablement après 1993, une " communautarisation " du sur-engagement français en Afrique est inéluctable.
L'Afrique australe demeure, aux yeux des Français, sur la " face cachée " de la Terre. La France, fort active jusqu'à l'équateur, est absente au sud, par éloignement et plus encore par cécité. Si son avenir ne devait se mesurer là-bas qu'à l'aune de sa diplomatie récente ou plutôt de ses contorsions et de ses impérities, alors la conclusion serait sombre. Comparativement à la RFA, au Portugal et à la Grande-Bretagne, dont la présence est multiple et ramifiée, il lui faudra mettre moins de préjugés idéologiques et plus de cÓur à son ouvrage si elle veut vraiment retrouver voix au chapitre. Heureusement cependant, l'Afrique du Sud afrikaner - qui conserve quelques souvenirs cuisants de son passé sous la colonisation britannique, voire de ses liens obligés avec le monde anglo-saxon - conserve en faveur de notre pays un capital de sympathie apparemment inentamé.
Au-delà de l'Afrique et de l'Europe, l'Afrique du Sud est l'ultime épreuve qui guette l'ensemble du monde avancé de l'hémisphère nord. De cela, l'on n'est guère conscient quoique l'évidence crève les yeux. Parmi tous les pays industrialisés, c'est le seul qui soit composite, le seul où le monde avancé, séparé géographiquement du tiers-monde par les océans dans l'hémisphère nord, se trouve là-bas inextricablement imbriqué avec lui. Le seul, en conséquence, où coexistent sur le même territoire des cultures hétérogènes que tout distingue : leur histoire, leurs traditions, leurs niveaux de développement, leurs aspirations, leurs forces respectives.
Le seul qui doit donc faire l'apprentissage de leur vie en commun, autrement dit est forcé par prétérition de riposter avec promptitude aux défis qui seront tôt ou tard les nôtres : les proportions relatives entre Blancs et hommes de couleur, entre nantis et déshérités n'y sont guère différentes de ce qu'elles sont à l'échelle de toute la planète, c'est-à-dire pour nous-mêmes. Ni nos océans ni nos frontières ne nous immuniseront contre l'irruption des faméliques et des " damnés de la terre " ou plus simplement des " autres ".
Vu de loin, le problème sud-africain n'est une énigme indéchiffrable que pour ceux qui répugnent à regarder les choses en face. C'est bel et bien un enjeu universel, sans doute l'enjeu majeur du siècle à venir. " Laboratoire " du prochain monde, l'Afrique du Sud, pays si étrange et si atypique, a intérêt à s'acheminer sans drame vers l'idéal de la démocratie plurielle, quintessence de l'Europe et de l'Amérique, peut-être espérance des masses soviétiques et chinoises.
L'Afrique du Sud est forcée, comme l'Union soviétique, comme la Chine, comme tous les systèmes clos, si endurants soient-ils, de sortir de sa solitude et de s'ouvrir sur le monde, qui est un, sauf à imploser. Tel est son destin.
LA victoire de Charles Million sur François Léotard pour la présidence du groupe UDF de l'Assemblée nationale n'a pas surpris les lecteurs des Héritiers, de jean-Marie Colombani et Jean-Yves Lhomeau ; pas plus que la nomination de Jean-Michel Gaillard à la direction générale d'Antenne 2 ne les a pas pris de court. Ces trois représentants de la nouvelle génération sont en effet au nombre des vingt-quatre personnalités, de droite ou de gauche, dont les auteurs scrutent avec attention l'itinéraire politique.
Ainsi de François Léotard, ce nostalgique d'un héroisme passé de mode, ils nous disent qu'" il a accumulé, en si peu d'années, tant d'erreurs politiques, de faux pas et de reculs spectaculaires qu'il devrait s'être depuis longtemps écrasé au centre de la piste " : voilà qui est fait, ou presque, même s'il est plus facile aux politiques qu'aux acrobates de se relever de pareille chute. Charles Million est plus discret, mais il parait plus solide, peut-être parce qu'il " reste arc-bouté à la fois sur son intégrisme et sur sa volonté de rénovation " ; en tout cas, cet apôtre de la décentralisation, lecteur de Proudhon et de Péguy, va son chemin d'un pas sûr.
Quant à Jean-Michel Gaillard, l'un des quatre mousquetaires des " transcourants " du P.S., on comprend mieux qu'il ait accepté la mission impossible que lui proposait Philippe Guilhaume quand on connait sa crainte d'une " crise d'identité " franco-française en cette période de transition, " entre l'Etat nation et l'idéal européen " : la télévision n'est-elle pas l'un des moyens de gérer une telle situation ?
Si cette instructive galerie de portraits offre ainsi des clés pour comprendre quelques évènements récents, la politique politicienne, dont ils traitent quotidiennement dans Le Monde, n'est pourtant pas ici la préoccupation majeure de nos deux auteurs. leur démarche est à la fois plus simple et plus ambitieuse : considérant que la politique est ou devrait être avant tout affaire d'idées plus que de tactique ou de jeux de pouvoir, ils ont demandé à nos futurs dirigeants de leur exposer les leurs. Et on découvre, avec surprise quelque fois, avec intérêt toujours, qu'ils en ont, des idées, et même qu'elles soutiennent ou justifient leur parcours, leurs luttes, leur vie publique toute entière.
Il suffisait de les interroger sur autre chose que sur les sempiternels combats des chefs ou les traditionnels échanges de " petites phrases " pour s'apercevoir qu'ils avaient aussi une pensée, des convictions. Jean-marie Comobani et Jean-Yves Lhomeau l'ont donc fait, avec un peu d'ironie - c'est dans leur nature - et beaucoup de sérieux.
Contrairement à leurs prédécesseurs, qui puisaient à l'envie dans le stock idéologique fourni par les grandes doctrines aujourd'hui moribondes, ces hommes politiques, héritiers sans héritage, sont obligés d'inventer une nouvelle philosophie de la politique. car les vieilles idéologies leur sont d'un faible secours : le " haullisme " et le " mitterandisme " ont également échoué, le premier " sous le choc de la révolte étudiante ", le second " sous le poids de la crise économique ". Résultat ; un paysage politique qui ressemble, sous la plume alerte de deux auteurs, à un champ de ruines. La société française se fissure, l'école se délabre, la civisme s'effondre : faute d'une réponse appropriée, " l'ère du vide " se profile à l'horizon de 1993. Il faut désormais reconstruire.
Nos jeunes loups s'y emploient, avec persévérance, en revenant aux réalités dont les anciennes croyances avaient trop souvent détourné leurs ainés. Et chacun d'apporter sa pierre : Claude Allègre, le bras droit de Lionel Jospin, a trouvé aux Etats-Unis la théorie du partage, Bernard Bosson, l'Européen, cherche à donner un contenu aux valeurs de la démocratie chrétienne, Alain Carignon, l'homme de l'ouverture, veut faire de son fief grenoblois un modèle démocratique, Michel Delebarre, l'ancien dauphin de Pierre Mauroy, tente de définir un socialisme du quotidien, Harlem Désir, le " pote " de l'anti-racisme, n'entend pas limiter sa réflexion au thème de l'immigration, Laurent Fabius, l'héritier avec un grand H, relit Jaurès, BLum et... Metterrand, Alain Juppé, la " grosse tête " du RPR, refuse de n'être qu'un apparatchick, Michel Noir, le rénovateur, s'inspire de " l'analyse de système ", etc.
Les " défis " qu'ils recensent ensemble ne sont pas très neufs : l'Europe, le tiers monde, l'éducation, la justice sociale, la démocratie. Mais leur approche est plus originale. Ce qu'ils ont en commun, en effet, ce n'est pas seulement d'avoir des idées, mais aussi de les tester sur le terrain, de les confronter aux besoins locaux, de pratiquer ce que Jean-Marie Colombani et Jean-Yves Lhomeau appellent une " politique expérimentale ". Sans doute n'est-ce pas un hasard si la proportion d'énarques y est moindre que dans la génération précédente.
On pourra juger l'échantillon incomplet (il ne comprend ni communiste, ce qui est normal, ni écologiste, ce qui l'est moins, ni femme, ce qui ne l'est pas du tout, et quelques absences surprennent, celle de Michel Charasse, par exemple, présent sur la jaquette et non dans le livre, ou celle d'Alain Madelin), mais il n'en reste pas moins représentatif de la vague montante. On ne sait si ces cadets de la République parviendront à faire renaitre en France un débat digne de ce nom, mais leur tentative mérite d'être suivie. Leur but est de nous réconcilier avec la politique. C'est aussi celui de Jean-Marie Colombani et Jean-Yves Lhomeau. Les uns et les autres sont sur la bonne voie.
Ils seront deux, un ensemble de musique contemporaine et son chef - l'ensemble 2 E 2 M dirigé par Paul Mefano - et une agence de communication - Clé d'Ut - au service de l'Afrique. Le 2 novembre prochain, ils feront l'événement. Ce jour-là, en effet, au Centre culturel français d'Abidjan, en Côte-d'Ivoire, Paul Mefano dirigera un concert unique devant 600 spectateurs : Ravel, Janacek, Berio et surtout une création de Paul Mefano, Africa Stans. L'Afrique debout. Pour la première fois une Óuvre occidentale sera créée en Afrique. Une création vue comme " un acte d'amitié et de révérence au continent africain ". Ainsi le veulent les initiateurs et on aime à penser qu'il en sera ainsi. L'Óuvre comportera des plages où pourront intervenir deux percussionnistes africains. Un dialogue Europe-Afrique où pourra s'exprimer le génie des deux continents. Le reste du voyage est bâti autour de ce concert et vise à faire découvrir l'Afrique authentique, dans sa spontanéité et sa ferveur : visite d'Abidjan. Yamoussoukro (basilique Notre-Dame-de-la-Paix en construction sur le modèle de Saint-Pierre de Rome) et sourtout " Nuit d'Anyama " une agglomération de 65 000 habitants, à 25 kilomètres d'Abidjan, regroupant huit villages disséminés dans la forêt tropicale. D'ores et déjà sa population est mobilisée par la préparation de cette longue nuit au cours de laquelle tout sera africain : le repas, les chants et les danses. Importé de France, un feu d'artifice du maitre artificier Ruggieri. Du 1er au 5 novembre, 16 900 F par personne, tout compris, avec prestations de luxe (vols en première classe, séjour à l'hôtel Ivoire, à Abidjan). Renseignements et inscriptions : Vogages Smart, 3, place de la Forge, 95320 Saint-Leu-la-Forêt, tél. : 30-40-01-40. Ce concert sera retransmis par satellite sur vingt-quatre chaines de télévision africaines et sur plusieurs chaines de radio et de télévision européennes.
Ce festival en croisière, rencontre de l'Orient et de l'Occident, se double d'une action caritative en faveur des enfants, auxquels une soirée sera dédiée.
A l'intention des futurs croisiéristes, précisons qu'elle aura lieu sur des bateaux de grand confort, durera neuf jours et comportera les visites de sites classiques en Egypte sous la conduite d'archéologues. Trois dates de départ : les 3, 4, 8 ou 9 novembre. Prix à partir de 30 000 F. Un dépliant programme et toutes les informations sont donnés au Monde de l'Egypte et du Proche-Orient (20, rue des Fossés-Saint-Bernard, 75005 Paris, tél. : 43-26-76-37).
Tout ce que vous avez voulu voir en Belgique sans avoir forcément le temps d'y aller. Une bonne intention prochainement réalisable au moindre coût, à la suite d'une initiative des Chemins de fer belges. Les samedi 7 et dimanche 8 octobre prochains, tous les moyens de transport en commun seront accessibles, sans limitation de parcours, par le biais d'un forfait TTB (train, tram, bus) étendu aux touristes français.
Deux possibilités : le forfait individuel et le forfait quatre personnes maxi, l'un et l'autre d'une durée d'un ou deux jours. En deuxième classe, au départ de Paris, le forfait individuel coûte 189 F pour un jour (310 F l'aller-retour au plein tarif) et 220 F pour deux jours. Le forfait quatre personnes maxi est à 529 F (un jour) et 617 F (deux jours). Des prix au départ de la province sont également prévus. Informations, remise d'une brochure explicative (certains hôtels et musées proposent des réductions) et réservations auprès de la représentation générale des Chemins de fer belges (21, bd des Capucines, 75002 Paris, tél. : 47-42-40-41), à la gare SNCF de Paris Nord et dans plusieurs gares de la région parisienne.
On peut choisir le train de la côte, qui passe par Oost Duinkerke (Musée Paul-Delvaux et Musée de la pêche), Koksijde (abbaye des Dunes) et Ostende (maison du peintre James Ensor), circuit réalisable en un jour ; on peut préférer les expositions Europalia Japon - certains objets inédits sortent du Japon pour la première fois - à Bruxelles, Charleroi (estampes), Gand, Anvers et Liège notamment ; les stations de métro décorées par les dessinateurs (Hergé, Folon) ; Liège pour une visite gratuite de la ville et Spa avec son circuit des fontaines ; Namur (citadelle et Festival du film francophone) et l'abbaye de Maredsous ? Il reste huit jours pour se décider. Pour plus de détails, consulter l'Office belge de tourisme, 21, bd des Capucines, 75002 Paris, tél. : 47-42-41-18.
Le calme revenu, les voyages ont repris vers la Chine. Pourtant on ne peut faire comme si rien ne s'était passé. Aussi est-il nécessaire de faire le point, d'autant que la République populaire de Chine fête, le 1er octobre, le 40e anniversaire de sa fondation. Simple accès de fièvre ou épisode d'une guerre de succession, ce sera aux spécialistes, sinologues et journalistes, de faire le point sur les événements de la place Tianan-men en mai dernier au cours du douzième Grand Forum d'information, qui aura lieu le 7 octobre, au Palais des congrès.
Après un exposé sur les courants philosophiques et les institutions de la Chine des origines au début du vingtième siècle par Léon Vandermeersch, et depuis le 4 mai 1919 (début du mouvement intellectuel nationaliste) par Alain Roux, nos collaborateurs Patrice de Beer et Jean-Luc Domenach évoqueront les enjeux économiques et politiques d'aujourd'hui. Un diaporama de Marc Riboud et des images d'un journaliste d'Antenne 2 tournées à Pékin pendant les événements de mai-juin 1989 précéderont un débat auquel participera Alain Peyrefitte.
Inscriptions auprès de l'organisateur, le carrefour de la Chine (45, rue Sainte-Anne, 75001 Paris, tél. : 42-61-08-28), ou sur place, au Palais des congrès (salle bleue) dès 9 heures. Participation aux frais de 100 si l'on est inscrit dans l'un des Carrefours du Voyage).
La Savoie n'est-elle pas plus belle quand les foules de l'été l'ont rendue à elle-même et aux amateurs de valeurs discrètes et authentiques? La montagne et ses hôtes familiers osent alors se montrer dans leur simplicité : bouquetins et chamois, dont c'est la saison des combats et des amours, marmottes, renards et, dans l'azur, perdrix des neiges et aigles volant en couple.
Val-d'Isère, juste avant les premières neiges, redevient un village et une base d'où l'on rayonne en étoile vers les hameaux perdus et les bergers isolés. Le club Images et connaissance de la montagne (B.P. 47, 73150 Val-d'Isère, tél. : 79.06.00.03) propose d'emporter bâton, musette et appareil photo, et de partir d'un bon pas à la découverte de l'alpe. Le soir, on sèchera ses souliers mouillés devant un feu de bois.
Une semaine, du 8 au 15 octobre prochain, 3 220 F en pension complète (hôtel familial, cuisine savoureuse, pique-nique à midi) et sous la conduite d'un guide du pays.
"TU n'es pas une ville, tu es le monde... ", écrivait de Séville - celle du seizième siècle - le poète Fernando de Herrera. Dans trois ans, cette déclaration d'amour sera à nouveau d'actualité. Aussi, pour l'Exposition universelle qu'elle accueillera en 1992, d'avril à octobre, la ville se prépare, s'aménage, rattrape à toute allure un siècle et demi de retard (le Monde du 8 septembre).
L'ex-capitale des découvertes du Nouveau Monde, l'ancien passage obligé des cultures et du commerce, redécouvre, pour ce rendez-vous (déjà cent une nations inscrites) une ile oubliée, son fleuve perdu et une identité à nouveau ouverte sur l'avenir.
Dans la cité encore repliée sur elle-même, au sud de l'Europe, certains y croient, beaucoup plaisantent, d'autres doutent... Portraits à travers quelques personnages d'une métropole décadente en plein bouleversement, pour conjurer le sort.
Angel aime sa ville. A vingt-neuf ans, et depuis l'âge de douze ans, pas une nuit ne l'a vu se coucher avant 2 heures du matin, pas une journée n'a ressemblé à la précédente. Il vit dans l'inspiration du moment et, par réflexe, laisse à d'autres les soucis du lendemain. Toutes ces heures passées au soleil ou dans la fraicheur des rues, des places et des fontaines, ont aiguisé en lui l'instinct de communication. Il sait apprécier l'habileté, l'art et l'imagination d'un être, et se désole du chômage (un tiers de la population active) et de l'analphabétisme (15 %), qui gâchent injustement tant de richesses humaines. " Le problème, souligne Angel, c'est que même les diplômés ne trouvent pas de travail dans leurs branches ! " Sceptique, il n'ose croire à un miracle longue durée de l'Expo.
Face aux circonstances, par habitude, Séville se console avec l'odeur des plantes, le mouvement des passants, ou le son d'une cloche. " Elle a changé de dimension sans changer d'époque ", dit de sa ville l'écrivain Julio Mr de la Rosa. Une preuve ? Les mêmes cinq ou six familles de senorios (propriétaires terriens), dans l'ombre, la gèrent toujours au passé. Ils investissent dans " 92 ", mais ont-ils intérêt à ce que la mentalité de perdante quitte la ville dès 1993 ?
Alejandro Rojos Marcos espère le réveil. Issu de ces grandes familles, le leader du Parti andalou sait qu'une partie de Séville peut ne pas supporter de se voir face à elle-même dans cette rencontre avec le monde. Il a confiance, car, pour lui, " la bataille est d'abord à remporter dans le cÓur des gens et cette ville, plus qu'une autre, a beaucoup à donner à la civilisation qui vient : celle des loisirs, des technologies et des cultures ". " Les grandes familles, précise-t-il, devront s'y faire et perdre une partie de leur pouvoir. " Bourré d'idées (il serait plus tranquille s'il était maire à la place du maire), il voudrait communiquer son enthousiasme aux taxis, aux penas, aux confréries, à tout le tissu associatif des quartiers, et leur dire : " Luttons pour Séville, ensemble découvrons " l'autre Séville " qui sort de la décadence ! "
Un paradis terrestre possède un fleuve. A Séville, il porta le nom de Guad-al-Kabir durant huit siècles d'islam, de splendeur et de paix au sein de l'Al Andalus. A la reconquête des Rois catholiques, une fois l'énigme de Colomb résolue (1492), c'est le Guadalquivir - voie de communication entre deux continents - qui porta les richesses jusqu'à la " tour de l'Or ". Séville triple alors sa population, les étrangers s'installent avec leurs capitaux et elle est la porte de l'Europe, la capitale du monde !
Mais les bateaux devenaient plus gros et le fleuve incapable de les accueillir : Séville n'était plus qu'un port, celui d'un navire que l'on abandonne comme on fuit une épidémie. Colonisée par l'Etat, Séville la dominante était dominée de toutes parts. L'inexistence d'une bourgeoisie locale permit à Madrid et aux dictatures de la maintenir à l'écart du siècle industriel. On lui promit la cinquième sidérurgie du pays : promesse non tenue, ses enfants continuaient d'émigrer, ceux qui restaient cultivaient l'art d'esquiver les problèmes et de tout tourner, par des chistes (plaisanteries), en ridicule.
Aujourd'hui, la ville n'oublie pas qu'elle fut jouée, par Primo de Riveira, contre Barcelone en 1929, pour une exposition ibéro-américaine, aux multiples inaugurations fantômes (tous les deux ans à partir de 1914). La ville y a gagné le parc Maria-Luisa, la place d'Espagne, l'hôtel de luxe Alfonso-XIII, une architecture... Mais après une année de rêve, elle héritait d'une main-d'Óuvre venue du monde agricole, puis devenue peuple de chômeurs, d'une nouvelle "couronne d'épines", véritable cordon de misère avec ses chabolas (baraques de fortune), et de 10% supplémentaires en impôts et en charges à payer, jusque dans les années 70. Parlez-lui d'expo, et Séville a la mémoire négative !
La spéculation immobilière, conséquence des faux espoirs de 1929, déplaça les populations modestes, et créa la ville dans son état actuel : anarchique, inarticulée, sans connection logique. De plus, les voies ferroviaires, nouvelles cicatrices de l'époque, bloquent et blessent la croissance de la cité, la coupant d'elle-même, du fleuve et de son splendide centre historique. "Territoire en tranches, vieilles et nouvelles voies, murs de défense et décombres, indécis mais puissants bouts d'autoroute, polygones dévastés sur des hectares et au destin vacillant...", constate le dernier plan général d'aménagement, s'étonnant que, avec de si maigres investissements, on ait produit autant de mal urbain. Il reconnait aussi que Séville, insubordonnée, par sa forte personnalité, a résisté à la brutale chirurgie infligée à sa peau... "dans une muette et dolente expectative".
C'est vrai, la vie déborde, même dans les quartiers et cités de fin du monde! Dans les HLM du Poligono Sur ("Au cul de Séville, le Polygone Sud, c'est un ghetto de plus, clôture de l'enfer", chante le groupe rock sévillan Dogo y los Mercenarios), les gitans montent toujours leurs vaches à l'étage et les enfants qui jouent avec le feu et la haine dansent le rap mêlé de Buleria...
"Particularisme et universalisme, ruralité et cosmopolitisme, sont les concepts avec lesquels Séville doit reconstruire sa condition et son image", concluent avec justesse les auteurs du plan.
A la fin du siècle et à l'heure de l'Europe, Séville voit à nouveau passer sa chance. Autrefois, la décision politique fut : celui qui veut aller en Amérique passe par Séville ! Aujourd'hui, la démocratie espagnole choisit : On fait l'Exposition à Séville ! "En profitant de tous les enseignements de l'Histoire", souligne Manuel Olivencia, commissaire général de l'Expo, pour faire reconnaitre les différences entre 1992 et 1929. "Il n'y a pas concurrence avec Barcelone et ses Jeux, mais coopération et communauté d'efforts, précise-t-il. Huit ans de travaux pour recomposer la ville en profondeur coûteront 85 milliards de pesetas. Notre budget de 430 milliards est supérieur à celui des Jeux de Barcelone. Pour elle, comme pour nous, l'Etat fait exactement le contraire de 1929 : il propose des avantages fiscaux, des exonérations en faveur des initiatives nationales et internationales en accord avec nos plans et programmes. Et puis nous faisons surtout 92 en pensant 93... Pour laisser un héritage utile à Séville et donner envie aux étrangers et aux entreprises d'y rester."
Face à ces préoccupations pour redonner du neuf à la ville, l'apathie et le scepticisme sévillans sont parfois lourds à supporter. En 1985, même la presse locale insinuait : l'Exposition n'aura pas lieu..., ce ne sera qu'une tentative..., ou bien, elle aura lieu, mais Séville ne la fera pas. Dans les rues on riait, incrédule, en pensant aux trois cent mille personnes par jour faisant pipi ! Humour pour humour, Manuel Villegas, délégué au tourisme, rétorque : "Si cela avait été un projet sévillan, il en aurait fallu cinq cents de plus !"
En effet, c'est la première fois dans l'histoire des grandes expositions qu'un Etat propose au Bureau international des expositions une cité problématique dans une région encore défavorisée. Une vraie provocation, un vrai défi au destin...
L'Expo sera universelle avec une majuscule : déjà cent une nations y participent, alors que la précédente, à Osaka en 1970, avait réuni soixante-dix-sept pays... Ignacio Montano, son directeur général, se réjouit : "Séville doit changer, mais elle ne doit pas tourner le dos à ses mythes. Car, du Labrador à la Patagonie, toute l'Amérique sera présente ! Et les pays arabes y seront en force : les riches comme des riches, les pauvres comme des riches aussi ; tous fêteront les retrouvailles avec une terre d'origine."
Le thème : "L'ère des découvertes", récapitulatif, prospectif et humaniste, est aussi une incitation pour Séville à se redécouvrir un point de départ. "L'Exposition qui se préoccupe le plus du contenu, raconte son commissaire général, est celle qui va bénéficier d'une enceinte exceptionnelle : l'ile de la Cartuja. 215 ha sur les 340 d'un terrain vierge (hormis la Chartreuse, où Colomb prépara son voyage), sur le Guadalquivir et à 800 m du centre-ville". Le plus incroyable est que les Sévillans, depuis Colomb, n'y avaient plus jamais mis les pieds.
Pour retrouver la force des symboles et toucher la ville au cÓur, on lui rend son fleuve dans son cours d'origine. Sept nouveaux ponts sont en construction, l'infernal couloir ferroviaire est démantelé, le "mur de Berlin" de l'avenue Torneo ne dissimulera plus le fleuve à la cité. Comme Barcelone se tourne vers la mer, Séville a toutes les chances de se tourner vers l'avenir. En empruntant l'avenue fluviale de l'Expo, remettra-t-elle la main sur son destin ? Sans perdre en rien son âme, l'Expo en est l'occasion, le risque à courir : Si sale con barba san Anton, y, si no, la Purisima Concepcion. Autrement dit, ça se passera comme Dieu voudra.
De Lawrence d'Arabie aux westerns de Sergio Leone, des dizaines de films ont été tournés dans ce vrai-faux décor : le désert d'Almeria.
"Connaissez-vous dans Barcelone une Andalouse au sein bruni ? ", chante-t-on dans une comédie-vaudeville de l'excellent Eugène Labiche. Elles ont certes le teint mat, ces descendantes de la conquête arabe que suivirent huit siècles de présence de l'islam dans les huit provinces andalouses. S'il est une région de l'Espagne qui s'enchante des clichés, c'est celle-là : entre pas de danse - flamenco - et spécialités - gaspacho, - l'Andalousie se réduit le plus souvent à la justement glorieuse trilogie de ses villes : Grenade l'Almoravide, Séville l'Almohade, Cordoue l'Ommeyade, toutes trois fières de leur Alcazar.
Splendeur architecturale, syncrétisme des trois religions monothéistes : tout ou presque a été dit de l'Espagne extrême qu'est l'Andalousie. Pourquoi ne pas mettre ses pas dans ceux d'un stylite et gagner le désert, puisque le sud-est de la péninsule en recèle un ? Il n'est pas en Europe d'étendue dénudée aussi proche du légendaire équivalent nord-américain, de l'Arizona ou du Nouveau-Mexique.
Le désert d'Almeria commence aux portes de cette ville, chef-lieu de province au doux climat. A l'ombre des palmiers, les pêcheurs prennent le frais dans le Parque de Nicolas Salmeron ; ils iront plus tard rejoindre dans la Chanca, leur quartier, les maisons à terrasse multicolores. Bien sûr, le désert proche n'a rien du Gobi ou du Kalahari ; il fait bon cependant, l'Afrique est à vol d'oiseau, et d'Almeria partent les ferries vers Melilla, ville espagnole du Maroc.
Oui, déjà l'Afrique ! Les noms de lieux comme autant de signaux, village de Benahadux, mont de Mulhacen, les maisons carrées aux murs chaulés et treillés de vigne. Cactus, agaves, figuiers de Barbarie bordent le lit des rivières asséchées ; au loin, vers l'intérieur et les sierras de Los Filabres, de Gador, de Contraviesa, s'élèvent les étranges buttes-témoins, collines tabulaires vestiges d'antiques secousses. Tout désert a ses oasis. Vers Guadix, au détour de la route et de ses sinuosités escarpées, une petite vallée verte regorge d'agrumes et de raisins. Plus au levant, les terres rouges mènent au littoral, aux à-pics des falaises précipitées vers la Méditerranée. Potiers et tisserands font leur Óuvre, le regard un instant levé vers la mer d'où jaillissent, chassés par les barques de pêche, des hordes de poissons volants.
Nevada a de vraies allures de sierra Madre, et tout naturellement la région de Tabernas est devenue le cadre du tournage de bien des westerns, yankees ou spaghettis, lorsque Hollywood et Cinecitta s'avisèrent que l'Espagne coûtait moins cher que le studio.
Plusieurs fausses villes de l'Ouest ont poussé au Sud. A Yucca-City, entre saloon, corral et cimetière, circulent des chevaux en liberté ; et, si chemin de fer et Indiens sont absents, c'est qu'ils se sont fait excuser. De Lawrence d'Arabie aux films de Sergio Leone (le Bon, la Brute et le truand, Il était une fois la révolution), ce sont des dizaines de productions qui se sont fabriquées là, dans ces quatre mêmes rues, si vraisemblables, si conformes à nos souvenirs. Tout récemment encore, le troisième épisode, encore inédit, des aventures d'Indiana Jones y a été réalisé.
Quand vient le soir et que rougeoie le soleil à l'horizon, il faut revenir à Almeria et, comme ses habitants, remonter le paseo bordé d'arbres à baies jusqu'à la rambla, puis en redescendre par le trottoir d'en face. Au cours de cette promenade cérémonielle propre à toute l'Espagne, on s'arrêtera à une terrasse de café pour y goûter une glace granitée, tandis que les citadins passent et repassent en se tenant le bras. Les vieux messieurs, chaussures bicolores, cheveux calamistrés et fleurant l'eau de Cologne, semblent détenir de graves secrets ; et les femmes, la jambe désormais dégagée, incarnent espoirs et rêves de la nouvelle Espagne.
MrJEAN-PIERRE SOISSON, ministre du travail, vient d'entrer dans l'histoire. Et avec lui tout le gouvernement dont il est, faute de démenti, l'interprète autorisé. On le sait, il suffit de cinq lettres parfois pour devenir une référence historique. Mr Soisson a utilisé quelques mots de plus, mais sa phrase, à propos du conflit Peugeot, est admirable : " Je n'ai aucun pouvoir pour inciter qui que ce soit à la négociation " (le Monde, 28 septembre).
Louons l'humilité du ministre et du gouvernement. Emus sans aucun doute. Mr Soisson a du cÓur. Il est social s'il n'est pas socialiste. Et ses collègues sont pour la plupart membres du Parti socialiste. Comment seraient-ils insensibles à ces situations (4 800 francs par mois pour une famille de cinq personnes), à ces mots (dignité, justice), à ce refus d'être traités en " esclaves ", à cette volonté d'être écoutés qui porte toute la séculaire protestation ouvrière ?
Mais le ministre reste à son banc. Celui du gouvernement. Il ne peut rien. Il incarne pourtant en principe l'intérêt national. Il fut un temps où, au nom de cet impératif, le gouvernement aidait financièrement Peugeot.
Mais tout a changé. Les ministres n'ont plus de pouvoir. Ils observent. Ils attendent. Quoi ? Que les rapports de forces mis à vif désignent un vainqueur et un vaincu ? Mr Soisson ne le veut pas, dit-il. On le croit. Mais il se contente de " se tenir à la disposition des deux parties dès lors que celles-ci voudraient renouer efficacement les fils du dialogue ". Et si la direction maintient son refus ? A quoi servent les bonnes intentions de Mr Soisson ?
On n'a que peu d'inquiétudes pour le destin personnel de Mr Calvet ou celui des membres de la famille Peugeot. Mais on se soucie de l'avenir d'une industrie nationale et de ceux qui y travaillent. Ils reçoivent déjà des lettres de licenciement. Qui seront, dit encore Mr Soisson, examinées au " cas par cas ". Tiens ? La grève n'est plus un conflit collectif mais une affaire entre des " individus " et une " entreprise ".
Décidément, Mr Soisson, au nom du gouvernement, accomplit une révolution copernicienne. Il invente une nouvelle manière d'être social-démocrate : le gouvernement regarde s'affronter les renards libres et les poules libres dans le poulailler libre. Et que le meilleur gagne. Il examinera, objectivement, la situation des victimes, quelles qu'elles soient. Il relève les infractions de la direction, c'est bien, mais il n'interviendra pas dans le conflit - affaire privée s'il en est - qui oppose Mr Dupont, P1 (4 800 F par mois, et 3 000 F de crédit mensuel à rembourser) et la Société des automobiles Peugeot (8, 9, 13 ? on ne sait plus, milliards de francs de profit).
Qui prétendait que les socialistes, à la veille de leur congrès, recherchaient un socialisme pour l'an 2000 ? Mr Soisson en dessine les perspectives novatrices. Pratiques et théoriques.
On voit d'ailleurs ces principes mis en Óuvre, avec efficacité, dans le conflit des agents des impôts.
On avait cru cependant que la " méthode " du gouvernement consistait à désigner des médiateurs, à parler avec toutes les parties en présence jusqu'à ce que la solution surgisse. On avait vanté l'efficacité des " accords de Matignon ". Faut-il attendre un " Ouvéa social ", la tragédie en moins, pour s'asseoir autour d'une table gouvernementale ?
On imaginait qu'un gouvernement socialiste, social-démocrate, etc., saurait entendre la voix des Canaques d'ici, avant conflit.
Mais peut-être Mr Soisson et le gouvernement se veulent-ils pédagogues. Ils nous réapprennent que le capital reste le capital. Le salariat le salariat.
En somme, comme disait Pierre Mauroy, il n'y a que les socialistes qui aient changé.
Chaque année, à Deauville, TOP RESA met en présence prestataires de services et distributeurs, venus sur la côte normande découvrir, l'espace d'un week-end d'automne, à quoi ressemblera, dans le domaine des voyages, la nouvelle "collection d'hiver". Seront au rendez-vous de cette onzième édition, les 29, 30 septembre et 1er octobre, 365 exposants (représentant 821 marques), dont 216 voyagistes, 147 réceptifs étrangers (preuve que ce Salon est devenu un point de passage obligé pour une promotion efficace sur le marché français), 155 hôteliers, 85 compagnies aériennes, 67 offices de tourisme, 55 compagnies maritimes et 14 assureurs.
Des chiffres qui témoignent du succès d'une manifestation qui s'agrandit chaque année et chaque année affiche "complet". Et qui illustre, à sa façon, le véritable boom enregistré par le tourisme dans tous les pays industrialisés. Un boom qui explique la présence à Deauville de près de 5 500 visiteurs (agents de voyages et autres acheteurs) venus faire leur marché dans ce véritable " Salon de l'auto du tourisme ", même si TOP RESA est, lui, réservé aux seuls professionnels.
Amboise, c'est le château de jeunesse de François Ier, les musées, la porte de l'Horloge. Amboise (ambre et framboise, disait Armand Lanoux), c'est aussi, voisins, le chandelier de pierre qu'est la pagode de Chanteloup et, surtout, le Clos-Lucé où travailla Léonard de Vinci (il y peignit la Joconde ?) avant d'y mourir, le 2 mai 1519.
Le lendemain, la D 45 vous conduira à Montbazon. L'on ne se souvient plus de la duchesse de Montbazon (une des Dix filles dans un pré de la complainte) et à peine du Lys dans la vallée, où Balzac décrit cette vallée "qui commence à Montbazon... magnifique coupe d'émeraude au fond de laquelle l'Indre se roule par des mouvements de serpent". On retrouvera, plus moderne, le château de François Coty devenu d'Artigny, une des grandes adresses de la table française (Château d'Artigny, route d'Azay-le-Rideau. Tél. : 47-26-24-24). Le summum du confort hôtelier et de l'épicurisme, grâce à Mr Alain Rabier qui veille à tout. Parc, piscine, tennis, etc. Prix en conséquence (1).
Tours enfin ! Il faudrait plusieurs jours pour bien connaitre cette ville "les pieds dedans la Loire comme une jolie fille qui se baigne et joue avec l'eau", disait Balzac (Contes drolatiques), les vieux hôtels, les cloitres, la cathédrale Saint-Gatien, la tour Charlemagne, les musées. Et les "logis" des environs: la Béchellerie où vécut Anatole France, la Gaudinière où mourut Bergson, la Chavonnière (à Veretz) qui vécut le drame de Paul-Louis Courrier, etc. Il faudrait plusieurs repas, aussi, pour en épuiser les plaisirs gourmands.
Mais tout de suite, quels étaient leurs pays préférés pour l'été ? Réponse : les Etats-Unis, la Grèce et la France.
Motivations profondes pour le choix des destinations, dates de départ, voyage en groupe ou voyage individuel,impact de la télévision ou de la presse écrite beaucoup de clichés tombent. Les Français se rebiffent.
LES vacances des Français. Vaste sujet que le Monde a demandé à IPSOS d'explorer, à l'occasion du rendez-vous que, chaque année à Deauville, TOP RESA donne aux professionnels du tourisme. Avec pour résultat le sondage que le " Monde sans visa " présente aujourd'hui. Un sondage portant sur les attentes des Français en matière de vacances.
Quels Français et quelles vacances ? Dans le cas présent, nous nous sommes intéressés exclusivement aux personnes qui non seulement partent en vacances (actuellement, le taux de départ en vacances se situerait autour de 58 %) mais, également, changent chaque année de lieu de vacances. C'est-à-dire aux vacanciers voyageurs qui, au sein de la grande tribu des vacanciers français, ne constituent qu'une minorité. Une minorité, certes, mais certainement pas en voie de disparition. Bien au contraire. Une minorité agissante et dépensante. Une minorité en voie d'expansion et dont la vague montante explique le succès d'une manifestation comme TOP RESA.
Avant de passer à l'analyse de notre sondage, il n'est pas inutile d'indiquer les quelques chiffres qui permettent de se faire une idée de la façon dont les Français prennent leurs vacances. Savoir, par exemple, que 85 % environ resteraient en France et que sur la trentaine de millions de vacanciers recensés dans notre pays, ils ne seraient qu'entre 5 et 6 millions à quitter l'Hexagone, contre une vingtaine de millions en RFA et une dizaine de millions au Royaume-Uni. De plus, quand ils vont à l'étranger, ils s'éloigneraient peu. Ainsi près de 80 % resteraient en Europe (dont 50 % en Espagne, en Italie et au Portugal et un fort contingent en Grèce, Yougoslavie et Turquie) tandis que 12 % environ se rendraient en Afrique du Nord et 7 %, seulement, mettraient le cap sur des destinations lointaines. Une mobilité toute relative dans la mesure où plus de 80 % de ceux qui vont à l'étranger opteraient pour un séjour fixe.
Retour au sondage en commençant par les motivations de ces vacanciers mobiles. Qu'est-ce qui fait partir les Français ? Interrogés sur les facteurs qui conditionnent le choix d'une destination de vacances (question no 4), ces derniers (surtout les femmes, les couples sans enfants et les jeunes générations) plébiscitent l'éloignement, estimant prépondérants, dans leur sélection personnelle, le dépaysement et l'exotisme. Viennent ensuite l'intérêt culturel et humain du voyage considéré (les couples avec enfants y attachent beaucoup d'importance), puis la beauté des lieux, à laquelle sont particulièrement sensibles les femmes et les plus de trente-cinq ans. Cette exigence esthétique arrive même largement en tête des invitations au voyage lorsqu'on cumule les trois facteurs les plus souvent cités. Dans ce cas de figure, le tiercé gagnant privilégie, dans l'ordre, la beauté, l'éloignement puis l'intérêt du déplacement envisagé.
Le facteur climatique, lui, n'arrive qu'en quatrième position, ce qui montre bien que les personnes interrogées ne constituent pas vraiment les gros bataillons de ce tourisme balnéaire dont le credo a fort bien été résumé par la formule anglo-saxonne : " sea, sun and sand " (de la mer, du soleil et du sable), trois " S " auxquels on en ajoute parfois un autre, celui du " sexe ". Nous avons affaire ici plus à des voyageurs qu'à des vacanciers statiques ainsi qu'en témoigne leur moindre intérêt à l'égard de la qualité de l'accueil (encore que cette dernière apparaisse comme leur préoccupation secondaire la plus importante), du coût de la vie sur place, de la qualité de l'hébergement ou de la possibilité de pratiquer une activité sportive, considération qui retient davantage l'attention des hommes que celle des femmes.
Apparait ainsi une échelle de valeurs où les critères " nobles ", esthétiques et culturels, l'emportent nettement sur des considérations plus pragmatiques et des préoccupations plus terre à terre. Le plaisir des yeux et les nourritures intellectuelles priment sur le confort personnel et les nourritures terrestres. Ainsi que le confirme le second volet de la question no 4 : les Français interrogés partent majoritairement pour découvrir d'autres lieux et d'autres gens bien plus que pour se refaire une santé, recharger leurs batteries ou se mettre au vert et bien plus encore que pour se consacrer à leurs proches. Du voyage considéré comme une ouverture et comme un enrichissement.
Ainsi, au travers de ce sondage, le Français apparait-il comme un voyageur presque modèle que seuls une situation locale troublée (pour 68 % des personnes interrogées), ou le prix du voyage envisagé (pour 60 %) avec, dans une moindre mesure, les risiques inhérents aux conditions sanitaires régnant dans les lieux visités (28 %), peuvent dissuader de boucler sa valise. Un voyageur prudent, donc, adepte d'un tourisme paisible. Mais un voyageur déterminé pour qui, ni la peur de l'avion ni le mal de mer (cités l'une et l'autre par seulement 8 et 7 %) ne semblent constituer des obstacles au départ. Pas plus que la non-connaissance de la langue locale (17 %). Ce qui peut témoigner soit d'une curiosité à toute épreuve, soit d'une reconnaissance de l'inaptitude congénitale des Français à s'exprimer dans une langue étrangère, soit d'une confiance illimitée dans les vertus de la communication gestuelle, soit, enfin, ce qui revient un peu au même, d'une conception relativement limitée des contacts avec les populations rencontrées... Un mépris des langues qui explique peut-être l'écrasante majorité des personnes interrogées (83 %) qui se déclarent prêtes à partir avec un groupe où les Français seraient minoritaires. De quoi faire réfléchir les voyagistes de l'Hexagone, qui, face à la concurrence entrainée par l'ouverture d'un marché unique européen, tablent souvent sur l'attachement de leurs clients à des vacances "à la française" et sur leurs réticences supposées à acheter des produits concoctés en Angleterre ou en Allemagne.
Encore convient-il de pondérer cet élan communautaire en relevant (question no 6) que seule une personne interrogée sur dix avoue sa préférence pour le voyage en groupe (une proportion identique se prononçant en faveur du voyage individuel organisé) alors qu'une personne sur deux choisit le voyage individuel que l'on organise soi-même. Comment s'étonner ensuite (question no 7) qu'à peine deux personnes sur dix déclarent avoir souvent recours aux services d'une agence de voyages. Certes, près de quatre sondés sur dix avouent utiliser parfois ce prestataire de services. Reste une fréquentation insuffisante (et nettement inférieure à ce que l'on observe en Allemagne et, surtout, en Grande-Bretagne) pour conforter sérieusement une profession non seulement en quête de clients mais, surtout, de raison d'être.
D'autant que les personnes qui entrent dans une agence précisent, dans la même question, le faire surtout pour réserver ou acheter un billet de train ou d'avion. C'est-à-dire pour une activité - la billetterie - que lui disputent désormais d'autres filières, souvent plus rapides et plus directes, donc plus séduisantes pour le consommateur. Une réelle menace pour une profession qui, pour survivre, ne peut se contenter d'effectuer des réservations d'hôtel ou des locations de voiture, ni de distribuer mécaniquement des brochures qui, notons-le au passage, demeurent, au dire des candidats à l'évasion (question no 8), d'indispensables aides à la décision.
Au-delà de l'acte de vendre un voyage ou un séjour, les agences de voyages doivent s'orienter résolument dans la voie de l'information et du conseil, voire de la construction de déplacements sur mesures. En sachant bien que sur ce terrain, également, elles risquent d'être confrontées aux initiatives de producteurs qui, constatant qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même, décideraient d'ajouter à leur activité celle de conseiller en voyage.
Un point positif cependant. En février 1984, un sondage publié par le magazine Géo indiquait que 45% des personnes interrogées utilisaient, plus ou moins régulièrement, les services d'une agence de voyages lorsqu'elles allaient à l'étranger, alors que 54% n'y avaient jamais recours. A en juger par notre sondage, la proportion serait aujourd'hui inversée. Un petit rayon de soleil dans un ciel menaçant.
Un filon à exploiter si l'on en juge par les éléments qui, selon notre sondage (question no 8), déterminent le choix d'un lieu de vacances. Largement en tête, en effet, le bouche à oreille... Au siècle de l'ordinateur, la méthode, avouons-le, a quelque chose d'archaique. Plus positif, en revanche, le fait qu'une personne sur deux avoue se déterminer à la lecture d'un journal ou d'un magazine. Constat réconfortant pour une presse écrite ainsi reconnue comme un vecteur efficace dans la propagation du virus du voyage.
Certes, la force de l'image est également illustrée par les quatre personnes sur dix qui déclarent s'être décidées après avoir vu un film ou une émission télévisée. Ce qui n'excuse en rien l'étonnante absence du petit écran sur la scène touristique, absence vigoureusement relevée par notre sondage (question no 9), près de huit personnes sur dix jugeant que la télévision ne les informe pas correctement dans le domaine du tourisme, des voyages et des vacances.
Une lacune dont on peut se demander sérieusement si elle n'explique pas en partie, d'une part, l'amateurisme et l'individualisme qui caractérisent le comportement des Français en matière de vacances et, d'autre part, l'immobilisme et les difficultés de nombreuses agences de voyages. Il n'est, pour s'en convaincre, qu'à observer les retombées d'une émission comme " Apostrophes " sur l'activité des librairies. Encore faudrait-il, pour que les choses bougent, que les responsables des différentes chaines de télévision cessent de considérer le tourisme et les voyages uniquement sous l'angle de l'aventure ou de l'exploit sportif et comme un secteur corvéable et sponsorisable à merci. En leur accordant, enfin, dans les programmes, la place qu'ils méritent : celle d'une émission indépendante et grand public, à une heure de forte écoute.
L'absence d'une émission télévisée grand public sur le tourisme explique aussi, en partie, la faible notoriété des voyagistes (question no 10), les plus cités d'entre eux - Club Med, Nouvelles Frontières, FRAM et le pôle constitué autour d'Air France - ne l'étant que par le quart des personnes interrogées. Notons sur ce point la paradoxale première place décrochée non par un voyagiste, mais par Havas (qui outre un important réseau d'agences de voyages est présent dans les domaines de la production de voyages, de transport aérien et d'hôtellerie), et l'impressionnante dispersion des réponses qui, à sa façon, témoigne de la fragmentation du secteur des voyages, émiettement qui n'est pas sans susciter quelques inquiétudes dans la perspective du marché unique de 1993.
Que pèseront, en effet, les poids plume français face aux mastodontes anglais et allemands ? Une question qui semble d'ailleurs préoccuper davantage les pouvoirs publics que les intéressés eux-mêmes. Une indifférence confortée par celle que manifestent les personnes interrogées dans notre sondage, à l'égard d'un marché unique dont près de 60 % estiment qu'il ne changera rien à leurs vacances.
Une attitude qui pourrait laisser penser que ces Français voyageurs sont attachés à leurs habitudes ainsi qu'en témoigne le non-intérêt largement majoritaire (74 %) qu'ils manifestent, par exemple, à l'égard de la possibilité de payer leurs vacances à crédit. Cela dit, les comportements se modifient progressivement. Ainsi voit-on aujourd'hui l'option vacances fractionnées en plusieurs séjours de courte durée recueillir davantage de suffrages (52 contre 47) que les rituelles grandes vacances qui, notons-le au passage, sont désormais souvent scindées en deux séjours de longue durée. Ce qui pose, bien entendu, le problème des durées de location.
Certes, les vacances des Français restent également conditionnées, pour nombre d'entre eux, par des facteurs extérieurs tels que les congés scolaires et les fermetures annuelles, le ralentissement considérable de l'économie en plein été coincidant logiquement avec les plages bondées et les sites touristiques saturés. D'où l'intérêt des préférences exprimées par les personnes interrogées (question no 5) quand elles sont invitées à choisir, en toute liberté, leur mois de vacances idéal.
Ainsi voit-on juin et septembre faire jeu égal dans le cÓur des Français (ils sont cités par près de 55 % des sondés) et l'emporter largement sur les mois de juillet et aôut, qui ne recueillent à eux deux que 30 % des suffrages. Comme quoi l'étalement des vacances, tarte à la crème des aménageurs et autres planificateurs, fait, malgré les résistances et les blocages d'une société allergique aux changements, son petit bonhomme de chemin, du moins dans les esprits. Aux professionnels du voyage de s'engouffrer dans la brèche en favorisant autant que possible ceux qui aspirent à ne plus jouer les moutons de Panurge.
ON le savait, mais c'est seulement à la mort de Picasso, en 1973, qu'on mesura vraiment l'ampleur du phénomène : le peintre n'aimait pas se défaire de ses Óuvres, et, s'il ne gardait pas tout, il en gardait beaucoup. L'abondance de sa production le lui permettait d'ailleurs. Il gardait des Óuvres-jalons comme la Nature morte à la chaise cannée, ou La flute de Pan, entrées dans la dation et qui sont aujourd'hui à l'hôtel Salé. Il gardait des Óuvres à contenu sentimental et intime : portraits de ses dames et portraits de ses enfants notamment. Il gardait des feuilles de dessins par milliers. Il gardait enfin ses carnets de croquis, dont quelques-uns seulement ont été publiés de son vivant, et quelques-uns démantelés et vendus en feuilles séparées. Aussi, lors de l'inventaire, en a-t-on découvert cent soixante-quinze. Cent soixante-quinze carnets de tous formats et de diverses épaisseurs, petits calepins contenant aussi des notes de blanchisserie, des bouts de phrases, des noms d'amis, peut-être des exercices de vocabulaire, cahiers d'écolier recouverts parfois avec soin de tissus fleuris et colorés - c'est dire combien Picasso y tenait- dans lesquels le peintre avait inséré des feuilles libres, des photographies en rapport avec les dessins, simples blocs, carnets à spirales plus tard... Une mine.
Car du gribouillis impromptu, du croqueton sur le vif au dessin soigné, abouti, rehaussé de gouache ou d'aquarelle, il y avait là matière à revoir tout Picasso depuis l'époque des Saltimbanques jusqu'aux nus et aux images du peintre et de son modèle du milieu des années 60. Matière à comprendre mieux que jamais la complexité du processus créateur et les méthodes de travail de l'artiste dont l'oeuvre en général, comme celle des anciens maitres, passe par quantité d'études préparatoires, par l'accumulation d'idées graphiques qui trouvent leur place dans les peintures du moment, ou bien seront reprises plus tard. Matière, enfin, à suivre au plus près la génèse de certains grands tableaux, les carnets montrent page après page l'évolution des figures à travers des dessins encore très près de leurs sources - Ingres, Poussin, Delacroix, Manet..., quand d'autres ne cessent de s'en éloigner.
L'exposition de 1988 consacrée aux Demoiselles d'Avignon révelait l'existence d'au moins seize cahiers consacrés au tableau qui ébranla l'histoire de la peinture. Publiés in extenso dans le catalogue, ils ont permis de lever le voile sur quantité de questions que l'on se posait encore sur les protagonistes de la scène de bordel, et surtout, du croquis de pied ou de main classique aux formulations stylisées, de suivre au plus près l'invention, beaucoup plus laborieuse qu'on ne le croit généralement, du primitivisme des Demoiselles.
Surprises que le peintre gardait en secret, comme pour être sûr de se survivre, lui tout entier, les carnets, auxquels Picasso s'identifiait totalement, au point d'écrire sur la couverture de l'un d'eux : " Je suis le cahier ", bien evidemment vont à l'encontre de cette idée de la spontanéité absolue du peintre, comme le film de Clouzot tend à le faire croire, qui n'est vraie sans doute que dans les dernières années de sa vie, lorsqu'il dessine directement à la couleur sur les toiles. Mais cela ne gâche rien d'apprendre que la plupart des tableaux ne sont pas sortis comme Athéna toute armée du crâne de Jupiter. Le plaisir est immense de voir dans les cahiers se bousculer les idées, s'enchevêtrer les thèmes, se juxtaposer les styles, et d'être, comme jamais aucun artiste n'a permis de le faire, au plus près de la pensée à l'Óuvre. Et quel artiste, et quelle Óuvre !
Aussi ne faudra-t-il pas manquer l'exposition qui s'ouvre le 28 septembre au Musée des Arts décoratifs. Celle-ci réunit 40 cahiers que trois des héritiers de Picasso ont accepté de prêter pour une exposition qui a d'abord eu lieu à la Pace Gallery, à New-York, au printemps 1986, puis a circulé aux Etats-Unis et en Europe avant de finir son périple à Paris. Un livre l'accompagne (1), compensant ainsi l'effet de frustration que procure un livre d'images dont on ne peut voir que la couverture ou deux pages.
Cela dit, certains cahiers ont été décousus, à d'autres on a enlevé les spirales, de façon à présenter des suites presque complètes de dessins. Ce qui permet, par exemple, de suivre les péripéties de l'Enlèvement des Sabines, où Picasso, s'inspirant de David et de Poussin, penchant tantôt vers l'un, tantôt vers l'autre, se souvenant du Massacre des innocents et de Guernica, finit par y mêler une anecdote très particulière de sa vie : en incorporant à la scène cette figure féminine tombée de bicyclette qui n'est autre que l'image d'une agression réelle ou imaginaire subie par Dora Maar, alors en cure chez Lacan. De là à faire de l'oeuvre, par Romulus interposé, une sorte de parabole de la relation de Picasso aux femmes, il n'y a qu'un pas, ou plutôt qu'un pied, ce pied chaussé de sandales, très présent dans plusieurs dessins où l'on voit un jeune athlète penché, non sans gentillesse, sur les jupes relevées de la belle étalée par terre au milieu des roues de son vélo, le tout figuré d'un trait sans bavure, tendre et implacable à la fois.
NON mais, où ils vont, les mecs au Sénat ? Ils sont tombés sur la tête, ou quoi ? Trop usé, trop fatigué, Poher, pour se hisser encore un coup sur le perchoir ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? D'abord, il est comme moi avec mes cinq étages sans ascenseur : les marches de la tribune, il les a dans les jambes, depuis le temps. Et il a tellement envie d'y rester qu'il serait prêt à les grimper à quatre pattes s'il le fallait.
Poher, ça suffit ! Comment ils osent ? Ça fait jamais que vingt ans qu'il y trône, au palais du Luxembourg, le pauvre chéri. Je vous entends d'ici : Cherche pas, cette ignoble campagne, cet ostracisme infâme, cette levée de boucliers contre sa candidature, c'est de l'âgisme pur, une honteuse manifestation de racisme anti-vieux. Vous n'y pensez pas ! Le Tout-Etat plane à des millions d'années-lumière de la retraite couperet qui frappe le Tiers Etat. Faut pas confondre ! S'agit d'un club ultra-sélect, ultra-fermé, dont les membres se recrutent à l'ancienneté. C'est comme si vous me disiez que les socialos auraient le culot de lui refuser un troisième mandat, à mon Mimi, sous prétexte qu'en 2002 ça lui ferait quatre-vingt-six ans, pardon, printemps. C'est pas concevable.
Non, il y a autre chose. Mais quoi ? Le seul dont on comprenne l'attitude, d'ailleurs très favorable au père Poher, c'est Pasqua. A soixante-deux balais, à peine sorti de ses couches-culottes, il est encore beaucoup trop petit pour manger à la table des grands de ce monde si par malheur mon Mimi venait à... Non, parce qu'il faut pas oublier qu'en cas de vacance du pouvoir il va coucher à l'Elysée, le président du Sénat. Oui, Pasqua, il veut se le garder, en guise de marchepied, le pépé, assis, debout ou encore mieux couché, jusqu'à la prochaine élection, dans trois ans. Là, il sera plus grand.
Et les autres, c'est quoi, leur calcul ? J'ai demandé à mes copains, au journal. Ils sont formels : Ce qu'il a, Poher, c'est qu'il est retombé en enfance. Alors, ils vont le remplacer par leur doyen, un certain Geoffroy de Montalembert. Quatre-vingt-onze ans. L'âge des responsabilités là-haut, tout là-haut, sur l'Olympe où règnent nos Dieux, ces immortels.
Le Musée national des techniques du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) va être rénové. Par manque de moyens d'entretien et de restauration, cet endroit prestigieux a peu à peu pris des allures de château de la Belle au bois dormant.
Les locaux de la rue Saint-Martin à Paris abritent la plus grande collection du monde d'objets scientifiques et techniques. On peut y voir le fardier de Cugnot, l'avion d'Ader, les premières voitures de Panhard, les instruments de laboratoires de Lavoisier, des automates du dix-huitième siècle, les sphères célestes de Reinhold et de Bürgi, des horloges marines et des milliers de trésors méconnus et surtout mal mis en valeur.
Afin d'engager une rénovation en profondeur de ce musée, Mr Robert Chapuis, secrétaire d'Etat à l'enseignement technique, a demandé un rapport à Mr Pierre Piganiol, ancien délégué général à la recherche scientifique et technique. Dans le projet de budget de l'éducation nationale pour 1990, une somme de 15 millions de francs a été dégagée pour financer les études nécessaires ainsi que quelques travaux d'urgence. Mr Chapuis espère que la remise à neuf sera terminée en 1994, pour le bicentenaire de la création du musée par l'abbé Grégoire.
Le Centre de recherches sur les littératures populaires de l'université de Limoges organise, le 16 décembre, un colloque sur le théâtre populaire. Le centre dramatique national La Limousine accueillera, à cette occasion, les participants dans son théâtre en cours de rénovation.
L'université de Montpellier délivre un nouveau DEA Microéconomie et calcul économique, offrant la possibilité d'une spécialisation en économie industrielle, économie financière et bancaire ou économie publique, ainsi qu'une large gamme d'options : énergie, environnement, santé, éducation, transports, économie urbaine.
A l'occasion de la publication de ses Mémoires, Une vie, Elia Kazan inaugurera le 4 octobre prochain la rétrospective que lui consacre la Cinémathèque française jusqu'au 27 octobre. Au cours de cette première soirée, la Cinémathèque projettera la Fièvre dans le sang. Les jours suivants, elle présentera, parmi ses films les plus célèbres, Viva Zapata, Baby Doll, et ses premières Óuvres, A Tree Grows in Brooklyn, Boomerang.
Cinémathèque française, palais de Chaillot, 21 heures.
Starfix lance une édition française de la revue américaine Cinefex, spécialisée dans les effets spéciaux au cinéma. Vendu 35 francs (abonnement annuel 120 francs), ce nouveau trimestriel consacre son premier numéro français à Abyss, de James Cameron (Aliens). Il est disponible dans les kiosques depuis le 1er septembre.
Il y a dix ans que Francis Cabrel promène dans la chanson sa silhouette d'homme tranquille, presque ordinaire, son air un peu candide et sans apprêt, un parfum du terroir, un charme insouciant de chroniqueur laissant venir les choses jusqu'au village de Lot-et-Garonne où il se réfugie quand il n'est pas au Québec qui l'a consacré star. Cet artisan de la chanson qui a si peu de goût pour la ville (" Mon cÓur a peur d'être emmuré entre vos tours de glace ") aime les mots justes, les mots forts. Il chante des histoires simples qui empruntent la narration du folk et relatent avec un " beat " souvent proche du blues une émotion inachevée, une expérience personnelle, une volonté de fuite et une nostalgie de rêve accentuées par un ton en douceur et curieusement absent. Avec dans la voix le nasillement du chanteur country.
L'interprète de Je t'aime à mourir et de Sarbacane se réfère volontiers à une certaine lignée de chanteurs folk, et singulièrement à l'Américain de Boston James Taylor, l'auteur de Sweet Baby James et de Walking Man.
Et il est vrai que, avec son septième album qui porte le titre de la chanson Sarbacane et avec son dernier spectacle au Zénith, jamais la filiation n'a été si évidente et si heureuse en même temps. Moins étriqué qu'autrefois, presque à l'aise sur scène, plus riche dans l'orchestration des chansons, Francis Cabrel présente incontestablement aujourd'hui le meilleur spectacle qu'il ait jamais produit, même si celui-ci contient quelques longueurs et se termine dans l'habituelle routine d'une vedette de la chanson.
" Ce n'est pas une compétition, il n'y a pas de palmarès, ce n'est pas un marché, c'est une présentation de mode. " Daniel Toscan du Plantier vient de présenter la liste des Óuvres qui participeront au premier Festival du film français des Etats-Unis, du 14 au 19 novembre à Sarasta (Floride). Le président d'Unifrance Films s'est félicité d'une telle initiative. Une quinzaine de films seront présentés, dont I Want To Go Home, d'Alain Resnais. Baxter, de Jérôme Boivin ou la Vie et rien d'autre, de Bertrand Tavernier. French Cancan, de Jean Renoir clôturera ce festival qui rendra également hommage à René Clément et à la comédie classique française.
Mr Michel Debré, ancien premier ministre du général de Gaulle, ancien député de La Réunion, vient de faire ses adieux aux Réunionnais. " Créole un jour, créole toujours ", a-t-il répondu à ses amis qui lui ont crié : " Oublie pas nou ! "
" Monsieur Debré, monsieur le premier ministre, merci de tout ce que vous avez fait pour La Réunion. " La dame en chapeau de paille traditionnel est venue de Saint-Paul à Bras-Panon, l'une des deux municipalités que conserve le RPR dans l'ile, pour saluer une dernière fois Mr Michel Debré qui s'engouffre dans une grosse voiture. L'ancien premier ministre embrasse la petite foule du regard. Sans doute y cherche-t-il la présence de jeunes, ces " enfants de la départementalisation ", comme il aime à dire. Mais la jeunesse réunionnaise n'est pas là. Seuls les anciens ont répondu à l'appel, ceux qui ont vu le général de Gaulle et son premier ministre débarquer un jour de juillet 1959 dans le département de l'océan Indien. L'ile comptait alors, tout au plus, deux cent soixante mille âmes. Depuis, la population a doublé.
Avant de reprendre l'avion pour Paris l'ancien premier ministre a jeté un dernier pavé dans la mare en se déclarant hostile à l'introduction du RMI (revenu minimum d'insertion) à La Réunion : " On donne 1 milliard de francs à des gens pour ne rien faire ! ", a-t-il lancé en défendant la notion de parité sociale, alors que toute la droite locale s'est rangée à la demande d'égalité sociale par rapport à la métropole, une idée vulgarisée... par le PCR. " L'identité politique ne veut pas forcément dire l'uniformité économique et sociale ". Ultime post-scriptum à un message martelé pendant un quart de siècle : La Réunion est département, les Réunionnais doivent être des Français à part entière...
Rentrant de Tahiti, je lis avec une extrême surprise l'article d'Edwy Plenel. La première plainte reproche à Mr Flosse d'avoir fait construire une " route d'urbanisation des collines d'Arue " pour desservir la propriété de sa famille et enlever une servitude qui la traversait. Votre article ajoute que personne n'a vu cette " urbanisation ".
Quant à la seconde prétendue ingérence relative, en deux occasions, à des services de billets ou de transit - enjeu chaque fois : 1 500 francs, - sollicités auprès de deux agences de la famille, Mr Flosse n'a ni demandé les services ni ordonné les paiements. Il s'agit de deux erreurs de fonctionnaires sur les centaines de billets d'avion pris par le Territoire. Mr Flosse y est totalement étranger.
Le Parlement autrichien a voté, mercredi 27 septembre, la constitution d'une commission d'enquête sur un vaste trafic d'armes avec l'Iran dont le chef de file était la firme Noricum, filiale du groupe nationalisé Voest. Cette affaire embarrasse sérieusement le Parti socialiste du chancelier Vranitzki, dont les députés se sont abstenus. Plusieurs dirigeants, anciens et actuels du parti, sont mis en cause.
Le vote du Parlement fait suite à l'ouverture d'une instruction judiciaire en juillet contre l'ancien chancelier Fred Sinowatz, l'ancien ministre de l'intérieur, Karl Blecha, et l'ancien président du Parlement, Leopold Gratz, à l'époque ministre des affaires étrangères, soupçonnés d'avoir couvert ce trafic. Accusés par une autre commission d'enquête d'avoir tenté de camoufler une grave affaire de carambouille - l'affaire Lucona, - MM Blecha et Gratz avaient déjà dû démissionner de toutes leurs fonctions au début de l'année. Plus embarrassante pour le chancelier est pourtant l'implication de son ministre des finances, Mr Ferdinand Lacina, un homme de cette nouvelle génération de dirigeants socialistes qui table sur sa réputation d'irréprochabilité pour redorer le blason du parti. Bien qu'apparemment " doublé " à l'époque par les dirigeants des firmes mises en cause, Mr Lacina n'en était pas moins le ministre de tutelle de l'industrie nationalisée. Le chancelier aurait sans doute préféré que Mr Lacina soit mis hors de cause lors du procès qui doit s'ouvrir le 22 novembre contre les responsables directs de l'affaire, avant que le Parlement ne débate des responsabilités politiques.
Après avoir vendu début 1983 des canons à l'Irak avec de faux certificats de destination pour la Jordanie, la firme Noricum a signé, en mars 1985, un contrat avec l'Iran sur la livraison de deux cents canons de type GHN 45 - les mêmes qu'avaient reçus Bagdad - et sur cent mille obus fabriqués par une autre firme d'Etat, Hirtenberger. Le contrat assurait également aux Iraniens une certaine assistance technique, notamment l'entrainement d'officiers, et une option sur quatre cents autres canons. Au total, ce marché portait sur 21 milliards de schillings (10,5 milliards de francs).
Un seul inconvénient : ce marché était illégal. La loi sur les exportations d'armes interdit à l'Autriche, pays neutre, d'exporter des armes dans des pays en guerre ou sur le point d'être impliqués dans un conflit armé. Pour "légaliser" le trafic, on s'est servi de faux certificats de garantie pour la Libye et, plus tard, pour le Brésil, l'Argentine, la Thailande et même la Pologne (munitions).
Tout se sait cependant très vite dans les milieux d'initiés. Tandis que l'ambassade des Etats-Unis mettait en garde contre la vente d'armes à Tripoli, l'ambassadeur d'Autriche en Grèce, Mr Herbert Amry, recevait des informations détaillées par un marchand d'armes iranien, Hadj Dai, en conflit avec les dirigeants de Noricum, sur la réalité de l'opération. Mais le ministre de l'intérieur, Mr Karl Blecha, se contentait de demander à voir les certificats de destination finale - qui lui ont été promptement présentés... pour la Libye. Ce pays n'étant pas encore en guerre, dans l'optique de Vienne, l'autorisation pour les exportations a été accordée. La Noricum avait de son côté payé 35 millions de schillings à Hadj Dai pour garder le silence.
La mort soudaine de Mr Amry (" crise cardiaque ") après une réception à l'ambassade à Athènes a alerté la presse, qui spéculait sur les conditions assez mystérieuses de ce décès. Quelques mois plus tard, des journalistes découvraient dans le port yougoslave de Kardeljevoz une quarantaine de canons GHN 45 destinés à la Libye. Curieusement, ce matériel de guerre était muni de modes d'emploi en langue iranienne.
Il a fallu attendre juin 1987 et les aveux d'un ancien dirigeant de la Voest, Mr Gernot Preschern, pour en savoir plus. Il confirmait l'authenticité d'un contrat illégalement passé avec l'Iran et, mieux encore, il ne laissait pas de doute qu'à son avis toute la classe politique était " au parfum ". Il affirmait aussi que Mr Heribert Apfalter, directeur général de la Voest - à la retraite au moment des aveux - lui avait assuré que le chancelier Sinowatz avait personnellement donné le feu vert à la vente des canons.
Cité à comparaitre, Mr Apfalter meurt - lui aussi d'une crise cardiaque - avant d'avoir pu témoigner. Mais les dirigeants de Noricum et de la Voest passent les uns après les autres aux aveux.
Les responsables socialistes ont maintenu jusqu'au bout n'avoir été au courant de rien, jusqu'à ce que cet été des dossiers contenant notamment la correspondance des ambassadeurs dans la région refassent surface. Il en ressort que MM Sinowatz, Blecha et Gratz étaient forcément avertis de ce qui se passait et qu'ils avaient dû subir un véritable chantage de la part de l'Iran.
Ayant pris connaissance des livraisons de canons autrichiens à son adversaire dans la guerre du Golfe, Téhéran menaçait en effet de bloquer tout commerce avec l'industrie d'Etat autrichienne si l'Iran ne recevait pas également le même type d'armes. L'enjeu était de taille : en cas de perte du marché, un secteur déjà en crise, qui assurait des milliers d'emplois, risquait de s'écrouler.
Pour terminer en beauté la restauration du Théâtre du Châtelet, la mairie de Paris a demandé à Valerio Adami de décorer la loggia, et à Gérard Garouste le rideau de scène. Le concert d'ouverture a eu lieu mercredi 27 septembre.
Nos élus sont décidément en progrès, tout au moins dans le domaine de la commande artistique. Après le tout et n'importe quoi des premières années de relance de la formule quelque peu oubliée, les voici capables d'ajuster le tir, de frapper aux bonnes portes, de s'adresser à qui il faut pour là où il faut. Il est vrai que l'attitude des artistes a bien changé aussi. Ils rêvaient depuis longtemps d'être présents dans l'espace public, mais se tenaient sur la défensive et conservaient encore, faute de pratique sans doute, un peu trop les réflexes individualistes que des décennies de travail en chambre ont engendrés. Les voici donc capables de souplesse, de s'adapter, de se plier aux exigences, difficiles parfois, des espaces qui leur sont confiés. A preuve les interventions d'Adami et de Garouste au Théâtre du Châtelet, si respectueuses des lieux, chacune à sa manière, si réussies.
Passée à Adami, la commande d'une peinture pour la loggia ouverte (mais protégée par un verre) sur la façade n'était pas commode à concevoir, parce que prise en sandwich entre l'extérieur et l'intérieur du théâtre, et parce qu'il fallait s'arranger avec un mur déjà fortement découpé d'arcades et d'oculi entourés d'ornements. Pourtant, le peintre s'en sort remarquablement, avec une belle intelligence de la composition monumentale. On serait presque tenté d'en recommander l'étude aux étudiants en histoire de l'art. Le sujet est parfaitement adéquat : c'est une évocation de la danse, du théâtre, et de la musique sous forme de grandes figures allégoriques de 4 mètres de haut. Tout ce qu'il faut pour occuper l'espace entre les ouvertures, renvoyer les têtes et les masques de sa peinture aux masques sculptés du décor préexistant, laisser au-dessus l'espace d'un ciel étoilé pour unifier le tout, et, enfin, pour que l'ensemble se voie bien de la place du Châtelet.
Et cela se voit du dehors, un peu comme les grandes fresques ou mosaiques des façades italiennes, du Grand Canal ou d'ailleurs ; cela anime sans la trahir l'architecture pas trop mal fichue, mais assez banale de Davioud. Le tout est très présent sans pour autant alourdir, paraitre en surcharge, même lorsqu'on circule dans la galerie étroite. L'absence de recul vous colle sur les talons, et les mollets des figures dessinées au trait soutenu et peintes en grands aplats de couleurs fortes, dans le style habituel de l'artiste, grand manipulateur, rappelons-le, d'images symboliques, grand spéculateur sur les données du monde et sa représentation, ses artifices et mascarades. Donc artiste passablement bien choisi pour vous introduire dans le monde du théâtre.
En emboitant le pas du ministère de la culture, premier commanditaire de rideaux de scène à des peintres d'aujourd'hui (Olivier Debré à la Comédie-Française, Cy Twombly à l'Opéra Bastille), la mairie de Paris n'a pas fait de faux pas : le rideau de Garouste pour le Châtelet, décidément bien servi, est, lui aussi, une petite merveille d'intégration au décor architectural, celui d'une salle à l'italienne, qui vient de faire l'objet d'une bonne restauration. Garouste a repris tous les tons mordorés et un peu flottants des balcons, du plafond, du pourtour de la scène.
Il a aussi trouvé des éléments décoratifs légers qui pouvaient rappeler ceux de l'architecture, si bien que sa grande peinture semble avoir été faite non seulement pour celle-ci, mais en même temps qu'elle. Avec cependant cette idée de fermer la salle sur elle-même, plutôt que d'annoncer l'espace scénique, comme le ferait un rideau traditionnel, rouge et tranchant entre les mondes de la réalité et de l'illusion. Ce n'est pas un reproche, car l'univers du théâtre, dans l'imaginaire du peintre depuis longtemps - depuis ses débuts comme décorateur du Palace, - est dans la toile et ses motifs, une toile qui constitue une sorte d'intermède. Les regards peuvent glisser dessus : elle n'impose vraiment rien, aucune lecture ; ils peuvent errer sans interruption d'une loge de droite à une loge de gauche, passer du plafond au parterre, et papoter, comme il se doit aussi en attendant les trois coups. Mais ils peuvent être intrigués par ce milieu de formes énigmatiques, de figures possibles, de bribes d'histoire, de semblants de personnages, par ce monde d'images cachées, en coulisses, que cultive Garouste dans ses tableaux. Et qui, là, s'en donne à cÓur joie, disposant d'une surface gigantesque, d'ailleurs parfaitement maitrisée, comme le peintre maitrise ses toiles libres, ses " indiennes ".
L'Orchestre de Paris reçoit, chaque année, des subventions de l'Etat (60%) et de la Ville de Paris (40%). A cette enveloppe budgétaire viennent s'ajouter des fonds propres à l'orchestre (vente des billets, abonnements, royalties issues des enregistrements discographiques, droits de retransmissions radiophoniques et télévisuelles) et le produit du mécénat.
En 1987, l'Orchestre de Paris a dépensé (hors taxes) 63950500 F pour des recettes (subventions et fonds propres) de 63648000 F (hors taxes). En 1988, les dépenses se sont élevées à 69152500 F pour 65444700 F de recettes. En 1989, les dépenses devraient s'élever à 76518000 F pour des recettes de 67364300 F (budget prévisionnel).
Un simple calcul permet de constater que, en 1987, le déficit de l'Orchestre de Paris ne s'élevait qu'à 302000 F, mais qu'il atteignait la somme de 3707800 F l'année suivante et devrait atteindre le chiffre de 9153700 F en 1989. Devrait, car l'exercice n'est pas clos : à la demande des autorités de tutelle, l'Orchestre de Paris devra réaliser des économies qui devraient réduire ce trou de 1 million de francs.
Pour l'année 1989, la subvention de l'Etat a été de 31 690 000 F (dont 200 000 F pour apurer le déficit de la tournée mondiale de l'orchestre), et celle de la Ville de Paris de 21 700 000 F (chiffres toutes taxes comprises).
Les raisons de ce déficit seraient dues, d'après le ministère de la culture, à une programmation coûteuse et à une équipe artistique trop lourde - (en plus du directeur musical l'Orchestre de Paris salarie deux conseillers artistiques pour soixante-dix concerts annuels (1). Des chiffres et une analyse que conteste l'orchestre de Paris sans toutefois apporter de précisions chiffrées supplémentaires. Pour Pierre Vozlinsky, directeur général de l'orchestre, le déficit est moins élevé et est dû à une augmentation générale et légale des charges (cotisations sociales, salaires, et autres) qui n'a pas été suivie par des subventions à peine indexées sur l'inflation.
Douze musiciens, dont quatre bandonéonistes, gueules de ruffians en smoking, torses massifs qui balancent, et dans leurs bras, le bandonéon s'étire. Il y a de l'émotion à fleur de peau, de la sensation dans la gorge. Glorieux, ils posent un pied sur leur chaise et se penchent, comme les guitaristes flamencos sur leur guitare, comme pour écouter un secret. Depuis la première version du spectacle de Claudio Segovia et Hector Orezzoli, Tango argentino, au Châtelet, en 1983, ce sont les mêmes musiciens qui ont suivi cette époustouflante histoire, et ils ont largement contribué à sa réussite.
Pendant six ans, et ce n'est pas terminé, Tango argentino a trimballé sa nostalgie brutalement sensuelle dans le monde entier, sauf en Amérique latine, trop pauvre, à l'exception de Caracas, pour s'offrir le luxe d'un mythe populaire revisité. A vrai dire, le spectacle avait été invité à Buenos-Aires, par le Colon, le plus fameux Opéra du continent. "Ça n'avait aucun sens, le tango au Colon, expliquent Claudio Segovia et Hector Orezzoli. On voulait raconter une histoire d'adversité."
Si les musiciens sont les mêmes, de nouveaux couples de danseurs les ont rejoints. Au fil des tournées, vont et viennent des chanteurs - Raul Lavié, fidèle depuis toujours, comme Jovita Luna et Elba Beron, avec sa bouille de Fréhel truculente, plus la voix écorchée d'Alba Solis, ses cheveux rouille collés à son visage trop blanc.
Il y a l'orchestre, les mains agiles sur les touches des bandonéons. Dans l'ombre, des silhouettes masculines, chapeau sur l'Óil, écharpe blanche, veston court cintré. Ils dansent ensemble comme pour un duel. Les filles arrivent, chaussées de bottines. Epaules nues, elles font virevolter leurs jupons, leur châle. Bientôt, c'est en fourreau fendu et souliers à brides qu'elles dansent. Main à plat sur la hanche, les hommes les tiennent et les dirigent. Lascifs, puis impérieux. Ils se penchent, elles se cambrent. Les jambes se mêlent, se caressent, la main de l'homme sur la cuisse dénudée de la femme. La main ouverte, frôlant à peine. Ils se regardent et se défient.
Le tango, en son temps, quand il est sorti des bals voyous, a renversé bien des barrières. Pendant des années, il s'est contenté d'une fonction symbolique. Symbole d'une liberté insolite dans ces sociétés des plus catholiques. Une liberté trouble, venue de l'exil, des bouleversements de l'entre-deux-guerres, d'un temps sans hier ni lendemain. Pourquoi a-t-il fallu à Bernardo Bertolucci "un dernier tango à Paris" pour raconter trois jours de passion radicale, sans interdits et sans issue? Il y a eu cette liberté volée à la misère, puis l'engouement suspect des nouveaux bourgeois encanaillés, puis l'intellectualisation et le retour à la quasi-clandestinité des dancings populaires, la déformation des couples en poupées fardées dans les concours, gardant malgré tout quelque chose du charme ensorcelant.
La preuve en est : dès que le tango est reparu à la chaleur des projecteurs, les générations du musette et celles de l'après-Beatle se sont retrouvées, tanguant dans une même houle.
Contrairement aux danses tropicales, le tango n'est pas un jeu, n'a rien de ludique. Il porte la noblesse de la tragédie. Né dans un pays où se mêlent les Europes latines, il dit le culte de la séduction. Séduction exercée par les fils-rois, rois d'un système patriarcal gouverné par les femmes-mères. C'est la Méditerranée des antipodes.
C'est ce que montre, au-delà des images infiniment sophistiquées, le spectacle de Claudio Segovia et Hector Orezzoli. Il montre ce qu'est le tango, ce qu'on en a fait, ce que l'on peut en faire. On passe des figures simples aux plus virtuoses, des vestes rayées aux smokings très chic, des jupes fendues à l'insolence des robes somptueusement pailletées, découpant sur la peau des croisillons noirs. On passe de la fureur à la langueur, des ensembles réglés comme à Broadway aux couples qui dansent comme s'ils étaient seuls au monde. Le tango peut tout dire.
Les cinq danseurs de Needcompany parlent beaucoup et dansent peu. Sur la scène presque vide, tantôt sombre, tantôt éclairée d'une lumière crue, une petite fille observe leurs gesticulations. Eux, ils ne la voient pas, ou si peu. Ils s'aiment, se déchirent et souffrent en fanfare. Ils n'ont pas le temps de lui demander si... Ça va. Les pieds nus, sa petite robe bleue très simple couverte d'une cascade de cheveux dorés, elle erre sur la scène trop grande pour elle. Ici, le monde des adultes se résume à deux jeunes hommes un peu paumés, deux jeunes filles presque agressives et un vieil homme, le patriarche, qui n'hésite pas à donner des conseils chorégraphiques à ses rejetons de danseurs. Lui seul accordera une étincelle de vie à l'enfant. Il lui donnera l'illusion de revivre en entamant avec elle un sirtaki endiablé. Mais c'est déjà trop tard. Elle est fascinée par les ailes d'un oiseau géant qui surplombent le plateau. Elle voudrait en avoir de semblables. Elle voudrait être un ange.
Jan Lauwers, le directeur de Needcompany, s'est inspiré d'un fait divers réel. Le suicide d'une enfant. C'est un curieux spectacle, pathétique et cocasse, que cette petite fille désespérée qui observe la troupe comme elle a scruté le public, tout à l'heure, en pleine lumière, mangeant une pomme pendant cinq minutes. Sous ses yeux tranquilles, les adultes, grands enfants trop vite grandis, ne se parlent pas, ne dialoguent pas, mais communiquent par monologues en anglais ou en français, tirés d'Óuvres de Canetti et Lawrence, ou encore de dialogues de l'Aida, de Verdi. Lorsqu'ils dansent, ils sont violents, cassants, refont leurs figures, comme à la répétition. L'enfant est déjà loin, perdue dans sa détresse.
Les orchestres français ne manquent pas de qualités, mais ils ne sont pas toujours irréprochables. De jeunes chefs leur donnent un nouveau départ.
A Paris, il n'y a pas moins de huit formations orchestrales (y compris les associations symphoniques) qui se produisent tout au long de l'année. Mais pourquoi se voiler la face? Aucune d'entre elles ne peut prétendre égaler les meilleures formations internationales. Une exception, l'Ensemble InterContemporain, phalange de trente et un musiciens spécialisée dans le répertoire du vingtième siècle. Les orchestres Lamoureux, Pasdeloup et, dans une moindre mesure, la Société des concerts Colonne ne sont plus que l'ombre de ce qu'ils ont été. Restent l'Orchestre national de France et l'Orchestre philharmonique de Radio-France, l'Orchestre de Paris et l'Ensemble orchestral de Paris (un orchestre de chambre). Des ensembles parfois brillants mais dont l'histoire récente n'est pas exempte de ces soubresauts qui peuvent en quelques mois ruiner des années d'efforts.
L'Ensemble orchestral de Paris revient de loin. La nomination du chef suisse Armin Jordan a redonné du courage et de l'ambition à des musiciens qui avaient fini, sous le règne de Jean-Pierre Wallez, par sombrer dans une routine désolante.
Aujourd'hui, l'orchestre a recouvré la santé. Sa programmation (Óuvres, artistes) en fait l'une des formations avec lesquelles il faut compter. Pour combien de temps? En France, rien n'est jamais acquis.
Refondu par Pierre Vozlinsky (qui, en 1973, avait appelé Sergiu Clibidache à sa tête), l'Orchestre national s'était hissé en peu de temps au niveau des plus illustres formations mondiales. Au prix de quelles luttes, de quelles résistances! Célibidache, puis Vozlinsky partis, la politique artistique a changé de cap. Privé de chef permanent (et aujourd'hui, à nouveau, sans manager), l'orchestre s'est peu à peu lézardé. Au point que son petit frère, l'Orchestre philharmonique, a peu à peu monopolisé l'attention grâce au remarquable travail d'une équipe artistique tenue d'une main de fer par Marek Janowski. Le "Philhar" est devenu la formation la plus solide et polyvalente de la capitale. Etait-ce sa vocation? La nouvelle direction de Radio-France semble pencher pour une réorientation vers la musique contemporaine.
Aujourd'hui, le moral remonte au National. Jeffrey Tate vient d'en être nommé premier chef invité. A ce titre, il n'aura pas à assumer la responsabilité globale des programmes, qui est du ressort du directeur musical (un directeur qui reste à trouver car Lorin Maazel quitte ses fonctions en août 1990), mais il a la possibilité de choisir les Óuvres qu'il souhaite diriger : "Nous allons pouvoir faire du bon travail, nous disait-il lundi. Je suis prêt à donner le maximum de mon temps à l'orchestre, et l'orchestre semble heureux de travailler avec moi. Nous n'avons aucun problème pour les répétitions, il y a une grande souplesse dans ce domaine et comme tous les orchestres français que j'ai dirigés, le National s'adapte très facilement à tous les répertoires. Je ne leur imposerai pas trop de musique anglaise, mais j'espère pouvoir travailler avec eux Haydn, Mozart, qui sont à la base du répertoire d'une formation symphonique et la musique de la fin du dix-neuvième siècle, aussi bien française qu'allemande. Pas spécialement Debussy ou Ravel que le National joue si bien et depuis si longtemps, mais Paul Dukas, Vincent d'Indy, Gounod et Zemlinsky, dont j'aimerais pouvoir diriger et enregistrer quelques Óuvres. Pour le moment, je n'ai pas proposé ces projets d'enregistrements à mon éditeur, mais je pense que cela pourra se faire."
A l'Orchestre de Paris, la situation est bien différente. Les musiciens n'ont pas connu ces hauts et ces bas. En quinze ans, Daniel Barenboim a su élargir leur répertoire grâce à une politique musicale, certes coûteuse, et c'est un euphémisme pour les deux dernières saisons (lire par ailleurs), qui a su attirer les plus prestigieux solistes et chefs d'orchestre, rendant par làmême à Paris son rang parmi les capitales musicales mondiales.
L'Orchestre lui-même a-t-il suivi cette courbe ascendante? Ses prestations dépendent directement du chef qui le dirige. Une irrégularité que ne connaissent pas l'Orchestre de Cleveland, le Concertgebouw d'Amsterdam ou l'Orchestre de Chicago : il y a dans ces orchestres une discipline collective qui prime tout. Même mal dirigés, ces musiciens ne s'abaisseraient jamais à mal jouer, voire à saboter un concert. Ce n'est pas encore le cas des Français.
Semyon Bychkov entame sa première saison comme directeur musical. A trente-sept ans, il arrive précédé d'une flatteuse réputation. Herbert von Karajan n'avait pas hésité à déclarer qu'il voyait en lui un successeur possible (le Monde de la musique no 78, mai 1985), et les quelques concerts et opéras qu'il a dirigés à la tête des formations hexagonales ont prouvé des capacités techniques peu ordinaires chez un si jeune chef. A l'Orchestre de Paris, il va devoir travailler pour rééquilibrer les pupitres : si les vents, la percussion, les cordes graves et médianes sont, grâce au recrutement judicieux de Daniel Barenboim, devenus excellents (au point que clarinettes, flûtes, hautbois pourraient en remontrer à n'importe quel orchestre étranger), les violons manquent d'homogénéité et leur sonorité d'ensemble est encore trop rêche.
Directeur musical, Semyon Bychkov a l'entière responsabilité de la programmation. Cet hiver, il restera dix-huit semaines à Paris. " Grâce au soutien de l'Etat, au mécénat, nous pourrons travailler efficacement. Pour la Deuxième Symphonie, de Mahler (lire par ailleurs), nous avons eu dix-neuf répétitions, ce qui serait impensable aux Etats-Unis ou à Londres. Profitons-en. Je fais travailler l'orchestre pupitre par pupitre, ce qui permet un travail plus en profondeur. Nous avons de grands projets qui vont se concrétiser prochainement par des disques et des vidéo-disques. Cet orchestre a de grandes possibilités d'adaptation ; on dit toujours cela des orchestres français mais c'est vrai. Récemment, ils ont joué un poème symphonique de Richard Strauss sous la direction de Naeme Järvi et je puis vous assurer qu'ils ont été magnifiques... comme ils l'avaient été dans une symphonie de Schubert dirigée par Daniel Barenboim. Je ne sais pas combien de temps je resterai à la tête de cet orchestre, trois ans, dix ans, peut-être davantage, mais je voudrais qu'après mon départ l'orchestre ait progressé, qu'il soit encore meilleur. "
Le ministre d'Etat, ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, a présenté au conseil des ministres, en application du plan de revalorisation des personnels de l'enseignement supérieur, quatre décrets relatifs aux statuts des professeurs et des maitres de conférences de l'enseignement supérieur, aux statuts des corps des directeurs d'études et des maitres de conférences de l'Ecole des hautes études en sciences sociales et de l'Ecole pratique des hautes études, et au reclassement des enseignants chercheurs.
Le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et du budget, a rendu compte au conseil des ministres des réunions de l'assemblée générale du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale qui se sont tenues à Washington.
Le ministre de l'intérieur a rendu compte au conseil des ministres des résultats des élections sénatoriales. Celles-ci se sont traduites par une stabilité globale de la configuration politique de la Haute Assemblée.
- Sur proposition du ministre de l'industrie et de l'aménagement du territoire, Mme Maud Bailly-Turchi est nommée président du conseil d'administration des houillières de bassin du Nord-Pas-de-Calais ; Mr Jean Brenas est renouvelé en qualité de président du conseil d'administration des houillières de bassin de Lorraine ; Mr Paul Bourrelier est renouvelé en qualité de président du conseil d'administration des houillières de bassin du Centre et du Midi.
Le docteur Jean-Maurice Demarquet, ancien député du Finistère, est mort brutalement, le 16 septembre, à l'âge de soixante-six ans. Ses obsèques ont eu lieu dans la plus stricte intimité.
Né le 20 août 1923 à Martigues (Bouches-du-Rhône), Jean-Maurice Demarquet avait dix-sept ans quand éclata la seconde guerre mondiale. Il s'était engagé dans la première division de la France libre, comme auxiliaire médical, avant même d'avoir terminé ses études de médecine. Promu médecin-lieutenant sur les champs de bataille au cours des campagnes d'Italie et de France, en 1944, il était resté sous les drapeaux, à la Libération, pour servir ensuite comme médecin en Indochine, dans les rangs du deuxième bataillon de parachutistes. C'est là qu'il avait fait la connaissance d'un autre volontaire, plus jeune que lui, Jean-Marie Le Pen, en compagnie duquel il s'était rallié au mouvement de défense des petits commerçants et artisans, fondé par Pierre Poujade.
Elu député, en 1956, dans le Finistère sur les listes poujadistes, il avait exercé pendant quelques mois les fonctions de vice-président du groupe parlementaire d'Union et fraternité française (UFF), avant de se mettre en congé de l'Assemblée nationale pour un nouveau baroud, cette fois en Algérie, toujours en compagnie de Jean-Marie Le Pen.
Chef-adjoint de commando au huitième régiment de parachutistes coloniaux, Jean-Marie Demarquet, blessé, avait définitivement quitté le groupe parlementaire UFF, en janvier 1957, pour se mettre au service de la cause activiste de l'Algérie française, participant à la semaine insurrectionnelle d'Alger, en janvier 1960, aux côtés de Pierre Lagaillarde, qu'il avait accompagné dans sa fuite en Espagne. Acquitté au " procès des barricades ", en 1961, il avait repris ses études médicales, interrompues vingt ans auparavant, pour ouvrir un cabinet dans la région parisienne.
Jean-Maurice Demarquet n'était réapparu sur la scène publique qu'en 1985 pour rompre spectaculairement avec Jean-Marie Le Pen, après avoir refusé de témoigner en faveur du président du Front national dans un procès impliquant cet ancien compagnon de route dans la pratique des tortures pendant la guerre d'Algérie, une pratique qu'il avait, personnellement, assumée. Il s'était alors violemment opposé à Jean-Marie Le Pen en portant contre lui diverses accusations. Jean-Maurice Demarquet était titulaire de nombreuses décorations militaires.
Tête de liste des Grünen (Verts allemands) à l'élection européenne en RFA, en juin dernier, Mme Dorothée Piermont, pacifiste active, vient de donner sa démission du groupe des Verts du Parlement de Strasbourg, qu'elle accuse d'avoir des positions pro-européennes. Elle aurait manifesté le désir de rejoindre le groupe Arc-en-Ciel, où siègent des régionalistes, des autonomistes et des députés "anti-CEE".
A l'occasion du scrutin du 18 juin, Mme Piermont s'était déjà démarquée de son mouvement en apportant son soutien à la liste des rénovateurs communistes de Mr Claude Llabrès en France. Son inimitié pour Mr Antoine Waechter, porte-drapeau des Verts français, est parfaitement connue et, du reste, réciproque. Elle accuse celui-ci de "droitisme" ; il l'accuse de "gauchisme". Avec cette démission, le groupe européen des Verts, dont les Français veulent faire "une vitrine", compte vingt-neuf membres - huit Français, sept Allemands et sept Italiens, notamment - et le groupe Arc-en-Ciel en compte quatorze, tout comme celui constitué, en partie, par les communistes français, portugais et grecs.
Deux personnes qui se trouvaient à bord d'une voiture piégée ont été tuées, mercredi 27 septembre, dans l'explosion de leur véhicule devant une station-service au nord de Bogota.
Douze personnes ont péri depuis le 18 août, date à laquelle le gouvernement du président colombien Virgilio Barco a déclaré la guerre aux gangs de la drogue. Pour prévenir de tels attentats - une bombe chaque jour, en moyenne, dans la seule capitale, - les autorités viennent d'affecter mille deux cents agents en civil, militaires et policiers, dans les lieux publics et les grands magasins de la capitale.
Si la hausse globale reste très nette (26 %), elle accuse un ralentissement par rapport à 1989, année marquée par le coup d'accélérateur brutal (40 % de postes en plus) donné par Mr Jospin, afin de contenir la grave crise de recrutement que connait l'éducation nationale. Car il ne suffit pas d'augmenter le volume des postes offerts, encore faut-il les pourvoir. La hausse de 40 % du nombre de postes au CAPES en 1989 ne s'est traduite que par une augmentation de 27 % des admis, en dépit d'une vaste campagne de publicité et d'information. Car près d'un emploi sur trois (un sur deux en physique) ne trouve pas preneur (le Monde du 21 septembre).
Cette situation est inquiétante au moment où une génération d'enseignants s'apprête à partir en retraite, et où les lycées connaissent un afflux inédit d'élèves. A la rentrée 1989, il aurait fallu 10 050 nouveaux professeurs dans les classes ; or seuls 5 000 recrutements de titulaires ont pu être opérés, soit la moitié des besoins et moins que les seuls départs en retraite (6 200), d'après le ministère.
La situation ne devrait guère s'améliorer l'an prochain : les 6 850 nouvelles recrues seront loin de satisfaire les besoins estimés officiellement à 12 300, même si les recrutements doivent combler alors les retraites. Ce profond déficit conduit l'administration à employer un nombre croissant de maitres auxiliaires au statut précaire (plus de 32 000, selon le ministère, à la rentrée 1989) et à instaurer, à partir de cette année, une aide financière pour 2 000 étudiants des académies déficitaires qui s'engagent à passer les concours de recrutement.
La persistance d'une telle crise s'explique par le peu d'attrait qu'exerce la profession d'enseignant chez les étudiants, mais aussi par le fait que nombre de candidats aux concours de recrutement, même externes, enseignent déjà et ne constituent pas du " sang neuf ". Les efforts d'information s'ajoutant à l'effet de l'annonce d'une augmentation massive du nombre de postes ont été relativement payants : de 1987 à 1989, l'effectif des étudiants candidats à l'agrégation et au CAPES a augmenté de 80 %. Encouragé par ces résultats, le ministère s'apprête donc à repartir en campagne sous le slogan étrenné l'an passé : " L'avenir des uns, c'est l'avenir des autres. Profession professeur ". Au programme, " spots " publicitaires à la radio, affiches, brochures et renseignements par minitel (3614 EDUTEL) et dans les rectorats.
CINQ sur cinq. Jamais le football français n'avait connu pareille réussite lors du premier tour des coupes d'Europe de football. Les cinq équipes engagées dans ces différentes compétitions - Marseille, Monaco, Paris SG, Auxerre et Sochaux - se sont qualifiées pour le prochain tour.
Alors que l'équipe nationale est éliminée de la course à la Coupe du monde 1990 en Italie et que l'ensemble du football français se remet péniblement d'une saison 1988-1989 marquée par de nombreuses affaires, ces succès arrivent à point nommé, mais ils ne constituent certainement pas des exploits historiques. Les équipes françaises ont en effet affronté des adversaires de faible niveau. Rarement le tirage au sort avait été aussi clément avec eux. Seuls Marseille et Monaco ont éliminé des équipes professionnelles. Les autres n'ont eu à dominer que des formations amateurs aux moyens limités. La performance est donc appréciable, mais beaucoup moins valorisante que celle, par exemple, des Allemands de l'Ouest, qui ont qualifié leurs six représentants, dont certains rencontraient des clubs renommés comme Glasgow Rangers (Bayern Munich) ou Feyenoord Rotterdam (VFB Stuttgart).
Le seul véritable intérêt de ce grand chelem des clubs français est qu'il permet à la France de glaner quelques points au classement établi par les instances du football européen. C'est en fonction de ce classement que sont attribées les places dans les différentes compétitions européennes de clubs. L'idéal serait donc de renouveler cet "exploit" au prochain tour (matches aller le 18 octobre, retour le 1er novembre), dont le tirage au sort sera effectué le vendredi 29 septembre à Zurich.
Des supporters de l'Ajax d'Amsterdam n'ont pas accepté que leur club dispute les prolongations, mercredi 27 septembre : ils ont arrosé de projectiles le gardien de but adverse. A Rotterdam, les policiers ont agi préventivement : huit Allemands, âgés de dix-sept à vingt-deux ans, ont été interpellés pour port d'armes prohibées.
"C'est une honte pour l'Ajax, une honte pour Amsterdam" : la tête baissée, le regard vide, Léo Beenhakker, l'entraineur de l'équipe, a eu vite fait de résumer le grave incident qui a provoqué l'interruption de la rencontre de Coupe d'Europe entre l'Ajax d'Amsterdam et l'Austria de Vienne.
Alors que les deux formations, à égalité sur l'ensemble des deux matches (1-1), disputaient la première prolongation, les supporters ont arrosé de projectiles divers le gardien de but autrichien Wohfahrt. Alors que celui-ci attirait l'attention de l'arbitre sur le fait qu'un morceau de bois d'environ 1,50 mètre venait à nouveau de s'abattre à ses pieds, il a été violemment touché dans les reins par une barre de métal. Projeté au sol par la douleur, le joueur a reçu ensuite des pierres.
Quelques minutes auparavant, le capitaine de l'Ajax d'Amsterdam avait, sous les sifflets d'une partie du public, décroché des filets de Wohfahrt deux longs bouts de bois dont les supporters s'étaient servis comme des lances. Véritablement déchainés, accrochés au grillage qu'ils secouaient comme des fétus de paille, des spectateurs ont laissé libre cours à leur fureur : l'Austria de Vienne venait de prendre l'avantage à la marque.
L'arbitre a immédiatement suspendu la rencontre, se refusant à la poursuivre même en cas d'évacuation complète de la tribune concernée. Eliminé sans gloire de la compétition européenne, l'Ajax s'attend à une sanction qui, selon l'expression de l'observateur français envoyé par l'UEFA, Mr Barbé, "ne sera pas négligeable". Le président du club néerlandais spéculait, dans les vestiaires, sur une importante amende et sur une exclusion de la compétition européenne pendant au moins un an.
Le Paris-SG s'est qualifié pour les seizièmes de finale de la coupe de l'UEFA en dominant les Finlandais de Lahti, mercredi 27 septembre à Paris (3-2). En marge des succès de l'équipe professionnelle, le PSG savoure également le titre du " meilleur club de jeunes " qui lui a été récemment décerné.
Le premier est franco-yougoslave, Safet Susic. Le deuxième est uniquement yougoslave, Zlatko Vujovic. Le troisième est argentin, Gabrielle Calderon. Les trois buteurs de la victoire parisienne face aux Finlandais de Lahti (3-2), mercredi 27 septembre au parc des Princes en match retour du premier tour de la coupe de l'UEFA, sont des vedettes venues de l'étranger. Parmi les joueurs ayant participé à cette victoire étriquée, un seulement est passé par le centre de formation du club, Franck Tanasi. Tous les autres ont appris le métier ailleurs qu'à Paris, dans des clubs de province ou à l'étranger. Une situation paradoxale : pour la première fois depuis sa création en 1973, le Paris-SG ne vient-il pas de remporter le challenge du meilleur club de jeunes ?
Cette distinction est attribuée en fonction des résultats obtenus dans les différentes compétitions juniors, cadets, minimes et poussins. En 1988-1989, le Paris-SG et ses cinq cents jeunes ont été les plus performants, juste devant Lille. " Sur l'ensemble des trois dernières années, nous arrivons également en tête ", note avec satisfaction le président du club, Francis Borelli, qui consacre un budget annuel de 5 millions de francs à la formation.
Tout part d'une vieille maison bourgeoise blottie au cÓur d'un quartier résidentiel de Saint-Germain-en-Laye : gazon anglais, allées de gravillons, parterres d'hortensias ; de vieilles dames y prendraient volontiers le thé avant d'aller se promener dans la forêt toute proche. Mais la demeure est occupée par des jeunes gens venus de Sarcelles, d'Aubervilliers ou de Villeneuve-Saint-Georges, et, s'ils se rendent chaque jour dans les sous-bois, c'est pour transpirer et apprendre le métier de joueur de football au " Camp des loges ", le terrain d'entrainement du Paris-SG.
Dans cette demeure, Luis Fernandez (aujourd'hui à Cannes), Jean-Marc Pilorget (Guingamp), Jean-Claude Lemoult (Montpellier) ou François Brisson (Lyon) ont été initiés au ballon rond. Dans ces murs, également, vingt-huit autres jeunes - la moitié d'entre eux sont logés sur place, le benjamin a quatorze ans - cherchent aujourd'hui à suivre la même voie sous le conduite de Marc Collat, l'entraineur responsable du centre. Les pensionnaires suivent de front leur carrière sportive et des études dans les lycées de la ville.
"Si une demi-douzaine d'entre eux arrivent un jour à devenir pros, nous serons satisfaits", avoue Thierry Morin, le directeur administratif du club. Cet ancien joueur du Paris-SG, formé lui aussi sur place, explique les succès des jeunes Parisiens par les efforts entrepris ces dernières années en matière de recrutement : "Contrairement à ce qui se passait il y a encore quelques années, les gamins de la région viennent volontiers au PSG et ne partent plus en province. Le club est devenu crédible. Sortir d'ici est un label de qualité. Rares sont aujourd'hui les jeunes Parisiens ou banlieusards, qui nous échappent... C'est d'ailleurs beaucoup mieux pour eux parce qu'ils ne se retrouvent pas coupés du jour au lendemain de leurs familles. Des clubs comme Auxerre et Sochaux, qui recrutaient largement à Paris, subissent d'ailleurs les conséquences de ces nouvelles tendances."
Le classement du challenge l'atteste : la formation des joueurs a évolué ces dernières années. Les clubs réputés pour la qualité de leur école de football marquent le pas. L'AJ Auxerre se contente d'une modeste treizième place à l'issue de la saison 1988-89, l'AS Saint-Etienne est vingt-quatrième, le FC Sochaux, trentième, et le FC Nantes, trente et unième. Sans doute faut-il voir aussi dans cette évolution le signe d'une remise en question générale de la politique de formation des clubs français.
Le temps des " laboratoires " du ballon, d'où sortent des joueurs stéréotypés et saturés de football avant l'âge, semble révolu. A Paris, comme à Saint-Etienne (le Monde du 15 août), l'objectif des éducateurs est d'inciter les jeunes à sortir de leur cocon et de leur environnement sportif : " Ce n'est pas toujours facile, reconnait Thierry Morin, lui-même détenteur d'une maitrise de sciences naturelles décrochée du temps où il jouait encore. Mais nous essayons de leur montrer que le football est avant tout un jeu, qu'il existe autre chose dans la vie. "
Le plus dur reste sans doute de leur expliquer que, même doué pour le maniement du ballon, ils n'ont que peu de chances de se retrouver un jour en équipe professionnelle du PSG. D'autres ont réussi avant eux, certes. Mais l'essentiel de la main-d'Óuvre du club vient toujours de l'extérieur. Seuls des jeunes de très grand avenir auront leur chance à Paris. Francis Borelli le reconnait et l'assume : " Un centre de formation est une nécessité, mais ce n'est pas parce que nous obtenons de bons résultats chez les jeunes que nous allons nous forcer à les intégrer dans l'équipe professionnelle. "
La Grenobloise Jeannie Longo a amélioré, mercredi 27 septembre, à Mexico, son propre record du monde des 5 kilomètres sur piste en plein air : elle a couvert la distance en 6 min 14 s 13, deux jours après avoir battu celui des 3 kilomètres. La championne du monde a mis en cause la piste encore humide, les rafales de vent et un mauvais braquet (56X16).
Le beau rideau safran du théâtre du Châtelet s'est ouvert pour la première fois sur l'Orchestre d'Etat de Moscou, un ensemble jeune créé tout exprès en 1981 " pour servir et mettre en Óuvre les idées toujours fortes et originales de son chef, Guennadi Rojdestvenski ". Mais, mercredi soir 27 septembre, l'Orchestre national célébrait ses " fiançailles " avec son nouveau " premier chef invité ", Jeffrey Tate, qui avait choisi galamment pour cette inauguration deux Óuvres françaises : Pelléas et Mélisande de Fauré où il ménagea quelques moments admirables de mystère dans le finale, et le Concerto en sol de Ravel. Le soliste était un Philippe Entremont plein d'entrain, très sûr techniquement, pourtant moins raffiné que le chef. L'adagio, où le compositeur déroule sans rupture un fil d'or que viennent broder les instruments tour à tour, parut un peu quelconque comme toucher et comme phrasé pour soutenir de bout en bout une courbe aussi pure.
Dans la 8e Symphonie de Beethoven, Tate donnait toute sa mesure. Ses interprétations sont marquées avant tout par une extraordinaire énergie, ou plutôt une " énergétique " que les deux bras levés puissamment communiquent sans cesse à l'orchestre, et qui porte de surcroit la joie, l'élan, le charme, le lyrisme au suprême degré.
S'il a conquis ainsi l'Orchestre national, il n'en a pas encore reçu en échange la transparence, le velouté, la profondeur sonore qu'il obtenait par exemple, cet été à Aix, de l'English Chamber Orchestra dans sa flamboyante exécution d'Elie de Mendelssohn (le Monde du 25 juillet). Ce sera pour le temps des " épousailles "...
En choisissant la Deuxième Symphonie "Résurrection", de Gustav Mahler, pour ouvrir sa première saison comme directeur musical de l'Orchestre de Paris, Semyon Bychkov a pris un risque justement calculé. L'Óuvre est diablement difficile, harassante, elle accumule les changements de mesure, exige des musiciens et du chef des réflexes de sportif, une concentration jamais relâchée sans quoi l'Óuvre s'effondre, amas hétéroclite d'effets. Mais quel public peut résister à ce finale en majeur triomphant, aux interventions poignantes des solistes, au mystère évoqué par le chÓur? L'interprétation de cette symphonie est toujours suivie de salves d'applaudissements.
Mercredi soir, Semyon Bychkov, l'orchestre, le chÓur, Edith Wiens, Anne Gjevang et Arthur Oldham ont été fêtés. Leur interprétation était-elle pour autant à la hauteur des terribles exigences de l'Óuvre? Claire, acérée, la direction de Bychkov fait perdre à l'Orchestre de Paris cette sonorité pâteuse, cet embonpoint trop souvent regrettés, elle sait aussi aller droit son chemin tout en ménageant d'habiles coups de théâtre, en déployant des phrases d'une élégance viscontienne bien en situation. Mais il manque encore au jeune chef cette liberté dans la rigueur qui seule peut transcender les quelques tunnels d'une Óuvre qui a paru un peu longue. A moins que préoccupé par des troupes encore fragiles, le chef se soit avant tout attaché à en donner une exécution la plus propre possible. De ce point de vue, ce fut excellent et, malgré quelques dérapages dans les cuivres, l'Orchestre de Paris s'est montré sous son meilleur jour.
Le budget de la culture est taxé " parisianisme ". L'effort de la Rue de Valois favoriserait, depuis 1981 en particulier, les équipements de la capitale au détriment des régions. Ce fut d'ailleurs un des griefs de François Léotard lors de son passage au ministère de la culture, entre 1986 et 1988. C'est sans doute pour répondre à ces reproches nourris par le spectacle de grands travaux, que Jack Lang présente, pour 1990, un budget nettement orienté vers la province.
Le budget de 1990 dépasse pour la première fois les 10 milliards de francs (0,86 % du budget national) et croit officiellement au rythme de celui de l'Etat (plus de 5 %). Il le dépasse en réalité (+ 7,5 %) puisque l'aide à la presse (280 millions de francs), l'un des chapitres du budget de la culture, est maintenant rattachée à celui du premier ministre.
Le poids des grands travaux cesse de croitre avec 1,2 milliard de francs en dépit du démarrage de l'opération Bibliothèque de France affectée de 300 millions de francs d'autorisation de programme et de 150 millions de francs de crédits de paiement. Reste à achever le Grand Louvre (883 millions de francs pour la poursuite de la deuxième tranche des travaux), de l'Opéra-Bastille (140 millions pour la salle modulable et les ateliers de décors), le parc de la Villette (195 millions de francs) et la poursuite de la construction de la Cité de la musique dont une partie devrait abriter, dès l'au- tomne 1990, le Conservatoire national de musique.
Mais l'effort du ministère se porte maintenant dans les régions où la dotation des grandes opérations culturelles augmente de 40 %. Les dotations des musées classés contrôlés, qui étaient de 93,5 millions de francs en 1989, seront portées à 185 millions de francs. Somme qui sera gonflée d'une enveloppe particulière au titre des grands travaux de province. Les musées de Grenoble, de Rouen et de Lyon devraient être les premiers à en profiter. Enfin, les crédits débloqués en faveur du patrimoine passent de 1 054 millions de francs à 1 459 millions de francs, soit une progression de 38,5 % (le Monde du 19 septembre).
Le soutien à la création, qui avait marqué une pause l'an passé, redémarre : 98 millions de francs sont inscrits au budget pour aider les compagnies théâtrales qui traversent une grave crise ; une réforme des aides au théâtre doit privilégier la promotion des compagnies régionales et la constitution de troupes permanentes dans les centres dramatiques ; 16 millions de francs sont proposés pour les théâtres nationaux dont les budgets sont tous en augmentation. Le budget de la danse atteint, cette année, pour la première fois les 100 millions de francs (+ 26%). La politique musicale devrait être marquée par un rééquilibrage en faveur des ensembles de musique contemporaine implantés en province ainsi que par accroissement de l'aide apportée au jazz et au rock (le Monde du 27 septembre). Tours, Nancy, Lyon et Marseille se disputent déjà le Zénith qui doit être construit cette année en région. Les arts plastiques verront leurs crédits augmentés de 10 millions de francs pour les commandes et les acquisitions d'Óuvres d'art. Les mesures prises en 1989 et concernant le cinéma seront maintenues en 1990.
Le ministère de la culture n'oubliera pas de verser sa quote-part à l'effort général entrepris pour rénover notre système éducatif. La difficulté sera de ne pas arroser de manière aveugle les établissements scolaires mais d'inciter le corps enseignant à des innovations pédagogiques significatives. La déconcentration des subventions et d'une partie importante des crédits passe par une régionalisation effective. Les responsabilités des directeurs régionaux des affaires culturelles devraient être augmentées pour que tous les dossiers ne remontent pas systématiquement à Paris mais puissent être réglés sur place. Jouer la carte de la décentralisation, cela veut dire également appuyer financièrement les initiatives prises par les collectivités territoriales. Elles sont aujourd'hui de plus en plus nombreuses. La culture est désormais un chapitre obligé de toute politique locale dynamique. Et le coup de pouce indispensable qui permet bien souvent d'emporter une élection.
Jiri Kylian, maitre de cette compagnie et l'un des chorégraphes majeurs d'aujourd'hui, est un fidèle du Théâtre de la Ville. Il y revient ici pour la sixième fois. Son style est dynamique, nerveux, fluide, très lié au discours musical ; sa troupe est brillante, rompue à toutes ses exigences.
Le canal1 du satellite de télévision directe TDF1, en panne depuis le 1er août (le Monde du 18 août), est définitivement hors d'état de fonctionner, a annoncé, le 27 septembre, le PDG de Télédiffusion de France, Mr Xavier Gouyou Beauchamps.
Les experts attribuent la panne du canal1 de TDF 1 à une fuite d'un système de propulsion ayant entrainé des courts-circuits et des dommages irréversibles dans l'alimentation électrique du canal affecté à la chaine sportive Sports 2-3. Selon ces experts, la panne n'affecte pas les quatre autres canaux de TDF1, ne limite pas la durée de vie du satellite et, n'étant pas due à un défaut de conception, ne nécessite aucune modification du satellite de secours TDF2.
Toutefois, avant le lancement de ce dernier, toujours prévu pour le 20 février 1990, TDF va engager des travaux pour augmenter la sécurité du canal de Sports 2-3 sur TDF1. La chaine sportive, à défaut de pouvoir être présente sur les deux satellites, bénéficiera d'un équipement redondant, initialement affecté à la chaine Canal Plus Allemagne.
Dans l'immédiat, la panne n'a de conséquences pratiques que sur Hector, le programme musical de Radio-France également diffusé sur ce canal1, puisque la SEPT est la seule des cinq chaines de télévision choisies par le CSA en avril dernier à être diffusée par TDF1. Sports 2-3 - qui réunit Chargeurs SA, A2 et FR3 - n'est pas encore constituée comme société, et n'envisage d'émettre au mieux que courant 1990, après le lancement de TDF2.
Mais même si, en un sens, il justifie a posteriori le choix d'un système à deux satellites redondant, ce nouveau revers (après la perte complète de TV Sat 1 en novembre 1987) est un coup dur pour la filière franco-allemande de satellites de télévision directe à forte puissance. Alors que les contrats définitifs liant TDF et les opérateurs de chaines retenus (Canal Plus, sa version allemande, Canal Enfants-Euromusique, Sports 2-3) ne sont pas encore signés, ces derniers vont sans doute en tirer argument pour tenter de faire baisser le prix des loyers. Sans même parler de Sports 2-3, dont la situation est à l'évidence fragilisée, certains évoquent déjà la hausse possible de leurs assurances pour demander des discussions avec TDF.
L'incertitude sur le sort de Sports 2-3 pourrait aussi conduire le CSA à ignorer le délai du 30 septembre qu'il avait lui-même fixé pour que les opérateurs de chaines payantes se mettent d'accord sur un système de contrôle d'accès. Dans ses autorisations, le CSA imposait le principe d'un terminal (dit " décodeur ") unique chez l'usager, respectant la norme d'embrouillage Eurocrypt. Bref, le CSA souhaitait, à défaut d'une société commune gérant les décodeurs pour satellite, un accord permettant une offre commerciale unique des trois chaines payantes, Canal Plus, Canal Enfants et Sports 2-3. Sinon, le conseil se réservait le droit de fixer d'autorité les modalités du partage des terminaux.
Or, le cadre fixé par le CSA, pour précis qu'il soit, ne couvre pas tous les problèmes de la télévision payante. Outre les terminaux, un système de contrôle d'accès fait aussi appel à un centre informatique de gestion des titres d'accès, et à des cartes à mémoire. Deux puissants acteurs ont passé des commandes massives de décodeurs : Canal Plus et France Télécom. Et tous deux estiment de leur vocation de gérer un tel système.
Cette lutte de pouvoir pour la tenue des "guichets" de la télévision payante dépasse en fait largement le seul cadre du satellite TDF1. Car les décisions prises maintenant conditionneront un marché qui n'est encore que balbutiant, en France et en Europe. Le CSA, lui, semble estimer qu'il est "urgent d'attendre" que les négociateurs trouvent un terrain d'entente.
Mr Robert Hersant a remporté, mercredi 27 septembre, une nouvelle manche dans sa bataille contre le tandem Seydoux-Berlusconi pour le contrôle de la Cinq. Le tribunal de commerce de Paris a notamment accédé à sa demande en plaçant sous séquestre les actions litigieuses des Mutuelles agricoles (nos dernières éditions).
La 5 ne changera pas de président. En tout cas, pas encore. Le putsch tenté à la mi-septembre par MM Jérôme Seydoux, PDG de Chargeurs SA, et Silvio Berlusconi a, pour l'heure, avorté. Les Mutuelles agricoles, dont ils s'étaient fait un allié décisif dans leur stratégie, se trouvent mises hors jeu. Le tribunal de commerce de Paris en a décidé ainsi en plaçant sous séquestre les 16,83% du capital de la 5 qu'elles détiennent et en confiant à Me Claude Levet, administrateur judiciaire, la charge de les représenter tant aux assemblées générales des actionnaires qu'aux séances du conseil d'administration.
Certes, le président du tribunal, Mr Philippe Grandjean, statuant en référé, n'avait pas compétence pour trancher sur le fond et se prononcer sur la réalité de la vente des actions des Mutuelles à Mr Jérôme Seydoux. Mr Robert Hersant dénonce cette vente car elle ne tiendrait pas compte du droit de préemption reconnu à tous les actionnaires, mais les Mutuelles comme Mr Seydoux ont nié la réalité de cette vente. Dans un échange de lettres du 25 septembre, ils affirment même avoir purement et simplement renoncé à ce qui n'a jamais été, selon eux, qu'une simple "option". Néanmoins, étant donné l'importance du litige et les risques d'une " confusion extrême (...), hautement préjudiciable à l'intérêt de la société et de son personnel ", qu'entrainerait une éventuelle nullité des délibérations du conseil d'administration, le président Grandjean a considéré de son devoir de prendre des mesures conservatoires, allant même au-delà de la mise sous séquestre.
Tout en autorisant la tenue de conseils d'administration (dont Mr Robert Hersant demandait l'interdiction provisoire), il en modifie les rapports de force en interdisant à Me Levet, désormais représentant des Mutuelles de prendre part aux votes. Se plaçant dans l'hypothèse d'un transfert de propriété des actions, il juge " peu convenable qu'une personne n'ayant plus de participation, donc plus d'intérêt dans l'entreprise, influe sur la conduite et l'avenir de celle-ci ". Une remarque plus proche d'un rappel aux convenances que de la règle juridique et qui, selon Me Georges Terrier, avocat de la 5, vise tout autant deux autres administrateurs siégeant à titre personnel, Mme Jacqueline Beytout et Mr Louis Bordeaux-Montrieux. La première représente le groupe Les Echos, actuellement vendeur ; le second... les Mutuelles. Que la majorité du conseil d'administration doive, en toute hypothèse, basculer dans le camp de MM Seydoux et Berlusconi, ne va donc plus de soi.
Les deux parties en sont donc contraintes, aujourd'hui, à attendre une décision sur le fond. Une décision que le président Grandjean a voulu rapide, enjoignant aux plaignants d'en saisir officiellement le tribunal de commerce de Paris avant le 2 octobre, ce qui permet d'envisager un jugement aux alentours de la mi-novembre.
Si les Mutuelles, sans doute embarrassées, se refusaient mercredi à tout commentaire, le camp Hersant, lui, affichait une relative satisfaction, tout en reconnaissant que loin d'être apaisé, le conflit avait atteint les dimensions d'" une lutte à mort ". Peut-être prélude aux plus incroyables négociations.
Des députés socialistes, parmi lesquels le premier secrétaire du PS, qui soulignent " l'urgence d'une pression suffisamment forte du gouvernement " pour " obliger " Mr Jacques Calvet à négocier ; un président de groupe - Mr Mermaz - qui donne l'assaut contre le projet de budget, des conflits qui durent (aux impôts) ou resurgissent (les gardiens de prison) : cette montée de fièvre politique et sociale traduit, on ne peut plus clairement, le passage d'un été que l'annonce du " pacte de croissance " avait réussi à prolonger à un automne qui devrait être semé d'embûches pour le gouvernement.
" Il est un peu injuste de mettre sur le même plan le comportement de Peugeot avec celui de Michel Charasse et moi-même ", a protesté Mr Pierre Bérégovoy en réponse aux critiques qui lui sont adressées des rangs mêmes du PS. Le ministre des finances aurait pu ajouter qu'une telle comparaison est tout aussi injuste à l'égard de Mr Rocard. Car qu'est-ce que la méthode Calvet, sinon une contre-méthode Rocard ? Le premier ministre (qui entendait user de ce dernier argument) voudrait être l'homme de la modernisation économique et du dialogue social. Le PDG de PSA incarne désormais la modernisation industrielle et l'archaisme social.
Le problème n'est d'ailleurs pas sa propre feuille de paie. Elle n'est devenue un symbole, et donc une affaire politique, qu'à travers la disproportion qui existe entre l'augmentation de salaire qu'il s'octroie, ou qu'il accepte pour lui-même, et celle qu'il concède aux ouvriers. La difficulté n'est pas non plus dans l'écart qui existe au départ entre le salaire du patron et celui des personnels, mais dans le fait que, au moment où les gains de productivité justifieraient une meilleure répartition, il refuse aux uns ce qu'il s'accorde à lui-même. Bref, l'arrogance ne saurait remplacer la cohérence, surtout à l'heure où il devrait être admis que l'implication du personnel, et sa motivation, font aussi la différence entre les compétiteurs.
Au reste, la méthode Calvet est doublement archaique : elle l'est parce que le PDG de PSA semble avoir fait sien le lourd passé antisyndical d'un groupe qui a vu naitre la sinistre CSL, syndicat jaune qui est resté maitre des carrières, et face auquel la poussée CGT de Mulhouse traduit un phénomène de " ras-le-bol " ; elle l'est aussi parce qu'en France, aujourd'hui, plus personne, pas même Mr Georges Marchais, ne croit qu'il y ait un "modèle". Il n'y en a pas plus à l'Est qu'il n'y en a au Japon. Il y a certes des exemples d'entreprises qui intègrent les nouvelles données internationales et qui les adaptent à leur culture. Mais personne ne croit plus - comme, semble-t-il, Mr Calvet - que les Japonais sont des petits hommes jaunes qui obéissent au doigt et à l'Óil.
Il ne faudrait pas, cependant, opposer un archaisme à un autre. Il y a, dans la colère des élus socialistes des départements concernés par le conflit Peugeot, des réactions locales parfaitement compréhensibles. Ne serait-ce que parce qu'en deux ans les salaires des ouvriers de cette entreprise sont passés de la moyenne régionale la plus haute à la moyenne la plus basse.
Mais il y a, dans les réactions socialistes, l'évidente nostalgie d'une culture d'opposition, qu'incarne le pourtant jeune député (et proche de l'Elysée) Julien Dray, ainsi qu'une résurgence interventionniste hors de propos. Le temps ne peut plus être, pour un governement, fût-il de gauche, à la police des salaires. MM Rocard, Bérégovoy et Charasse ne peuvent se substituer aux membres du conseil d'administration de PSA.
Qui ne voit, en outre, que certains socialistes utilisent les conflits sociaux pour tenter de faire progresser... les voix potentiels d'une motion de congrès. Il arrive, au PS, que le détournement le dispute à la démagogie.
Dans ce contexte, Mr Rocard aura beau jeu de faire valoir que, dans la sphère qui le concerne, c'est-à-dire le respect des lois sociales, il n'est pas inerte: Mr Soisson n'a pas attendu les injonctions socialistes de Chartres pour dépêcher sur place l'inspection du travail.
Il reste que, si le gouvernement veut réamorcer un débat social "digne de ce nom", comme le souhaite Mr Jean-Michel Belorgey, il lui reste beaucoup à faire. Il a, certes, réussi, en lançant son projet de "pacte social", à désamorcer - ou à simplement retarder - les plus graves conflits qui s'annonçaient dans la fonction publique. Mr Rocard est, de ce point de vue, devenu expert dans le maniement des lances à incendie. Mais le conflit Peugeot met cruellement en lumière, comme le note le président de la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, le retour, dans certains secteurs, "à des formes et à un style de relations du travail bien moins satisfaisants que dans les années 70".
L'enjeu est bien là pour le premier ministre ; toutes les tentatives sérieuses d'acclimater le social à l'économie ont successivement échoué: la participation chère au général de Gaulle; la "nouvelle société" de Jacques Chaban-Delmas et Jacques Delors; le programme "changer la vie" du PS en 1981, qui ne flamba guère plus qu'un été. Le social est cyclothymique: l'oublie-t-on qu'il réapparait avec une force si soudaine qu'il manque tout emporter (1986); puis il redisparait, au prix d'un malaise diffus qui éclate en conflits ponctuels (1989), obligeant le gouvernement à vivre au-dessus d'un volcan.
Chacun connait, aujourd'hui, la contrainte européenne. Mais on n'en retient, en France, que l'adaptation à la logique des plus ultralibéraux de nos partenaires, en oubliant que la France est d'abord confrontée à la concurrence d'un pays, l'Allemagne fédérale, qui a, depuis longtemps, intégré le social à l'économie.
Après la drogue et les armes chimiques, l'éducation. A sa manière, Mr Bush tient parole. Le jour de son entrée en fonctions, il avait promis d'éliminer le fléau du " crack ", et s'il n'a bien sûr rien éliminé du tout pour l'instant, au moins a-t-il consacré à la drogue son premier discours à la nation, à la rentrée de septembre. Il s'était aussi fixé comme objectif prioritaire - dans le domaine du désarmement - la liquidation des armes chimiques : ce fut le thème de sa première allocution devant l'Assemblée générale des Nations unies, lundi 25 septembre. Deux jours plus tard, celui qui, tout au long de sa campagne électorale, avait trompetté " je serai le président de l'éducation ", réunit autour de lui les gouverneurs des cinquante Etats de l'Union pour un " sommet de l'éducation " : c'est assurément de l'excellente politique et, accessoirement, un moyen de dérober aux démocrates un des thèmes de société qui, logiquement, devraient leur revenir.
Mais ce n'est pas seulement de la politique astucieuse. De plus en plus d'Américains ont le sentiment que leur système éducatif n'est absolument pas à la hauteur et que l'avenir des Etats-Unis et leur place dans le monde sont en jeu. " Si une nation croit pouvoir être ignorante et libre, elle croit ce qui n'a jamais été et jamais ne sera ", assurait Thomas Jefferson, l'un des tout premiers présidents américains, et ce n'est pas par hasard que le " sommet de l'éducation " a été organisé à Monticello, lieu où Jefferson passa les dernières années de sa vie et fonda l'université de Virginie.
Les maux du système éducatif américain sont nombreux, et pas forcément très différents de ce qui se passe dans le reste du monde " riche ". Mais un mauvais rendement est insupportable à un pays plus habitué à être premier que dernier. Un récent test de mathématiques portant sur des groupes d'enfants de treize ans de différents pays a frappé les esprits : les petits Américains se sont retrouvés, précisément, bons derniers.
Et on commence à tirer de plus en plus frénétiquement le signal d'alarme. Le niveau des connaissances scolaires en sciences et en mathématiques est particulièrement bas, ce qui n'est pas forcément surprenant dans cette Amérique où la voie royale de l'argent et du prestige social passe par le droit et les professions juridiques (50 % des juristes de la planète sont américains...).
Loin d'avoir disparu, l'analphabétisme touche une frange de la population qui va de 10 % à 20 %, selon les estimations. Il ne s'agit pas forcément d'analphabétisme au sens strict, mais d'analphabétisme dit " fonctionnel ", " illettrisme ", de gens qui sont incapables de lire " utilement ", de mettre en pratique dans la vie de tous les jours leur capacité à déchiffrer péniblement un texte.
Phénomène aggravant, bien des emplois " simples " requièrent maintenant la maitrise de techniques fondées sur l'écriture - bien des chauffeurs-livreurs, par exemple, doivent manier un petit ordinateur pour connaitre le point de livraison et l'itinéraire à suivre.
En même temps, un nombre considérable de gens semblent à peu près incapables de faire une simple addition ou une soustraction, et la généralisation des calculateurs et caisses électroniques encourage sans doute le phénomène.
Pourtant, les sommes consacrées à l'éducation ont considérablement augmenté, de plus de 30 % en valeur réelle au cours de la dernière décade, les salaires des enseignants s'accroissant dans le même temps de 20 %, pour atteindre 29000 dollars par an en moyenne - soit environ 15000 F par mois avant impôt. En fait, le système éducatif américain absorbe plus d'argent par élève que les systèmes japonais ou allemand, avec des résultats nettement moindres. Même les démocrates, traditionnellement dépensiers, s'abstiennent cette fois de réclamer plus d'argent à l'Etat fédéral.
Seule une très petite partie du financement des écoles publiques vient de Washington (7 %), ce qui ne représente que 1,8 % du budget fédéral. Tout le reste est fourni par les Etats et les collectivités locales. Mr Bush est en droit de faire valoir que si son rôle est de sonner l'alarme et de mobiliser les énergies, les initiatives concrètes doivent venir de ces gouverneurs, réunis à dessein en dehors de la capitale fédérale. Après leurs deux jours de " séminaires " avec le président et des membres du cabinet, lesdits gouverneurs vont devoir consulter leurs électeurs sur les remèdes à apporter, après quoi un nouveau " sommet de l'éducation " pourra être convoqué d'ici à sans doute quatre mois.
Parmi les solutions envisagées - mais celle-là serait très coûteuse, - on souhaiterait développer les jardins d'enfants, pour éviter que les enfants de milieux défavorisés ne soient déjà en retard avant même de commencer l'école. On voudrait aussi introduire dans le système de l'enseignement public une certaine concurrence entre établissements - de cette possibilité pour les parents de choisir leur école, Mr Bush avait fait l'un de ses thèmes de campagne. Certaines expériences sont tentées ici et là, mais la règle reste que les familles sont tenues d'inscrire leurs enfants selon leur lieu de résidence - ce qui est l'une des raisons pour lesquelles un si grand nombre d'entre elles préfèrent les écoles privées, où la scolarité dépasse couramment 8000 dollars par an. Ou alors, on s'arrange pour emménager dans un quartier où l'école publique a bonne réputation, à condition, là encore, d'en avoir les moyens, car il s'agit bien souvent des quartiers riches.
Les entreprises sont elles aussi mises à contribution ; un certain nombre d'entre elles organisent dès à présent des programmes destinés à rendre leurs employés utilisables, c'est-à-dire à leur apprendre ou réapprendre à lire et à compter.
On souhaite aussi que les parents s'intéressent de plus près à la vie scolaire - le pasteur noir Jesse Jackson s'est taillé un beau succès en organisant à Washington une sorte de rentrée des parents, en incitant les parents, en particulier ceux des quartiers noirs, à accompagner leurs enfants à l'école et à faire la connaissance des enseignants.
Reste le problème posé par les enfants eux-mêmes : les écoliers américains, dotés d'établissements souvent très richement équipés, ont le bonheur de ne passer en moyenne que vingt heures par semaine en classe, et la quantité de travail exigée est notoirement modeste. A vrai dire, le système scolaire semble souvent plus destiné à intégrer l'enfant dans le moule social américain qu'à lui apporter un grand nombre de connaissances.
Résultat positif, les enfants américains font en règle générale preuve d'une étonnante assurance. Résultat négatif, ils ne sont guère incités à faire des efforts, les études sérieuses ne débutant qu'après l'école secondaire, et on commence à s'apercevoir que la plupart des concours organisés pour les meilleurs élèves sont systématiquement gagnés par des enfants d'immigrés récents - asiatiques en général.
Le Ballet du Nord possède à son répertoire plusieurs ballets de Balanchine, et notamment ces trois chefs-d'Óuvre que sont Quatre tempéraments, Rubis et Thème et variations. Son directeur, Alfonso Cata, a profité de la venue à Paris du New-York City Ballet (NYCB) pour inviter à Lille six de ses jeunes solistes, qui se joindront au Ballet du Nord pour les danser. Balanchine au sommet.
Une des personnalités les plus fortes et les plus originales de la jeune danse. Ses danseuses semblent jaillies de la musique de Bartok - Mikrokosmos et le Quatuor no 4, avec les instrumentistes sur scène, - qu'elles interprètent avec une énergie, une vitalité et une fantaisie merveilleuses.
Changeling. Trois personnages insolites au bord d'une autoroute, les deux premiers font des numéros de foire, le troisième est peut-être un ange. Spectacle plein de drôlerie et de poésie. Une des réussites de CréAnge.
- Réuni le 25 septembre, le conseil de surveillance du groupe de communication Bayard-Presse (la Croix, le Pèlerin, Notre temps, Pomme d'api, etc.), présidé par Mr Jean Gêlamur, a renouvelé pour quatre ans le mandat des quatre membres du directoire nommés le 1er octobre 1985 : il s'agit de MM Yves Beccaria, Pierre-Emmanuel Rospide et Lucien Vialle, tous trois directeurs généraux, et de Mr Bernard Porte, reconduit à la présidence du directoire. Un cinquième membre, Mr Claude Sand, directeur financier de Bayard-Presse, a également été nommé et devient directeur général. Cet élargissement du directoire est dû au développement du groupe catholique, dont le chiffre d'affaires a progressé de 45 % de 1985 à 1989, la marge brute des activités médias augmentant de 88 % durant la même période.
Présentées en première mondiale au Salon de Francfort (le Monde du 15 septembre), les 605 de Peugeot seront commercialisées en France le 2 octobre.
Destinées avant tout à prendre sa place sur le terrain des hauts de gamme - tenu essentiellement par des marques allemandes, Mercedes, BMW et Audi, par plusieurs japonaises et certaines versions de la Renault 25, - les 605 seront sur les marchés d'outre-Rhin au printemps prochain. La même mission a été confiée à la XM de Citroën - marque sÓur, - sortie en juin dernier. Bien que les deux hauts de gamme du groupe PSA utilisent largement des éléments communs, les 605 apparaissent dotées au départ d'atouts dont ne bénéficieront les Citroën, pour certains, que plus tard.
Pour l'essentiel, les XM de Citroën, bien accueillies par la presse européenne, se distinguent par une silhouette originale et une suspension hydractive dans laquelle la marque aux chevrons a mis tout un savoir accumulé depuis des lustres.
Le bénéfice qu'en tire un conducteur est, d'une part, de ne pas passer inaperçu et, d'autre part, de profiter d'une sécurité supplémentaire et d'un confort jusqu'ici inégalé dans une voiture de série. Toutefois, cette suspension nouvelle n'est livrée dans la gamme des XM qu'à partir d'un certain niveau de finition et, par là, de prix. Par ailleurs, les performances n'ont pas été systématiquement la préoccupation de la marque.
Peugeot s'est vu confier par la direction de PSA le même objectif que Citroën - conquérir une place au soleil dans les hauts de gamme - et a choisi dès sa version la plus accessible (116 700 francs) de livrer - ce qui fait là encore son attrait principal - une exceptionnelle liaison au sol, mais qui favorise les performances.
Ainsi, avec des éléments identiques pour l'essentiel - motorisation, plate-forme et même train avant, - les résultats sont-ils fort différents. La 605, dans l'affaire, apparait en définitive plus... allemande. Ce n'est évidemment pas un hasard.
Trois volumes, traction avant (on avait toutefois songé à un retour à la propulsion), allure générale classique, large place intérieure, les 605 utilisent des moteurs connus déjà pour avoir été montés sur les XM. Deux sont des 2 litres, l'un à carburateur (115 ch pour 9 CV fiscaux), l'autre à injection (130 ch pour 11 CV fiscaux), le troisième moteur étant le six-cylindres PRV revu qui sort 170 ch pour 16 CV fiscaux. Et il faut ajouter à cette gamme de moteurs un V6 avec 24 soupapes et 200 ch de puissance, qui, lui, n'est pas du tout prévu pour l'instant sur Citroën.
Train avant de type pseudo-McPherson (comme sur les 205 GTI, 309 GTI, 405... et les XM), suspension arrière à épure pilotée (multibarres), les 605 se présentent en toutes circonstances, grâce à un mariage de techniques intelligent, avec une stabilité à toute épreuve.
Quelle que soit, en effet, la position de la voiture par rapport à la route, la roue reste toujours perpendiculaire au sol. Chaque point de la position est donc connu tant au point de vue du carrossage que du parallélisme. Cette technique utilisée par Mercedes, BMW et Porsche, notamment, n'avait guère été expérimentée, semble-t-il, sur les tractions avant. La voilà désormais utilisée sur toutes les versions de la 605.
Il en découle un excellent comportement routier que servent des boites de vitesses à rapports courts et des directions - toutes assistées - d'une grande précision (assistance variable en série sur les 3 litres).
A très haute vitesse (sur les circuits prévus pour les essais), la voiture observe une tenue de cap exceptionnelle, revenant naturellement en ligne, quel que soit le profil, tourmenté ou non, et les courbes de la route. Le freinage est à la hauteur des performances et livré avec un antiblocage de roues en série sur les trois modèles à six cylindres.
Sauf dans la version quatre cylindres de départ (dont les bruits moteur apparaissent mal masqués par l'insonorisation), il faut noter que les 605 sont particulièrement bien finies. Cette finition, qui peut comporter des éléments de luxe (cuir, cÓur de noyer, climatisation automatique et autre sono), est l'un des atouts de cette série de voitures capables en effet de supporter dans bien des domaines la comparaison avec les belles allemandes.
Toutefois, une boite automatique (détail apprécié outre-Rhin) ne sera disponible qu'au printemps prochain. Cette version indispensable sur un marché étranger riche sera, il est vrai, là au moment du lancement des 605 en Allemagne.
On ne manquera pas de dire que la silhouette des 605 est bien discrète. Là aussi c'est une volonté de la marque qui a voulu ainsi assurer l'air de famille de la gamme Peugeot. Tout comme BMW et Mercedes le font d'ailleurs.
Tout se rejoint.
LA Fédération yougoslave existe depuis novembre 1945 et, depuis cette date, certains prédisent, à intervalles réguliers, sa désintégration. Il est vrai que les conflits entre les Républiques, les provinces autonomes et les nationalités se sont sérieusement accentués après la mort de Tito, en 1980. Privées subitement d'un arbitre aux coups de sifflet autoritaires, les pièces de cette fragile marqueterie ont commencé à bouger d'une manière assez anarchique.
Les déconfitures économiques, avec une inflation de l'ordre de... 800 % par an, n'ont pas contribué à recoller les morceaux et à rétablir un minimum d'esprit de coexistence. Bien au contraire, la raison a cédé la place à l'invective. Serbes, Slovènes et Croates ne cessent, par voie de presse, de se lancer des injures à la figure. Les militaires commencent à s'inquiéter.
NOUVELLE étape de cette crise devenue presque chronique : l'adoption, mercredi 27 septembre, par le Parlement slovène d'une révision de la Constitution, prévoyant notamment le droit de la République à l'autodétermination et à la sécession, après consultation de la population par référendum. Ces amendements étaient en discussion depuis presque deux ans, et ils ont donc été votés. Les députés de Ljubljana ont fait fi des recommandations musclées de la présidence collégiale de l'Etat et de la Ligue des communistes, qui les avaient priés de renoncer à ces initiatives trop libérales à leur goût.
En fait, le conflit met aux prises une fois de plus la Serbie et son dirigeant adulé, Slobodan Milosevic, partisan d'un renforcement du pouvoir fédéral central - seule façon à ses yeux de remettre sur les rails une économie et un système politique à la dérive, - et la Slovénie, qui, sous l'impulsion du responsable du parti local, Milan Kucan, se lance résolument, avec le même soutien populaire, dans la voie de la démocratisation et d'une décentralisation encore plus large. Les amendements apportés à la Constitution vont dans ce sens, et la guerre des nerfs vient de monter d'un cran: les Serbes dénoncent les "séparatistes" slovènes, et les Slovènes, soutenus par une bonne partie des Croates, ne veulent plus adresser la parole aux "hégémonistes" serbes.
IL n'est pas exclu que les amis de Mr Milosevic aient volontairement voulu exagérer la portée du vote des parlementaires de Ljubljana, car ces derniers ont à maintes reprises insisté sur le fait qu'ils n'avaient absolument pas l'intention d'abandonner la Fédération. Les mises en garde de la direction collégiale de la Yougoslavie ont été décidées alors que le chef de l'Etat, Janez Drnovsek, lui-même Slovène, était à New-York pour l'Assemblée générale des Nations unies. La réunion de mardi fut donc présidée par Mr Borisav Jovic, un des bras droits de Mr Milosevic.
Le président de la République a interrompu son séjour aux Etats-Unis et a laissé entendre, en termes feutrés, qu'il n'était pas tout à fait d'accord avec ces décisions prises en son absence. La lutte pour le pouvoir continue, et elle ne semble pas près d'être résolue, puisque le congrès "extraordinaire" de la Ligue des communistes, prévu pour décembre, a été reporté au mois de janvier.
- Plusieurs écrivains arabes résidant dans de grandes métropoles européennes, notamment Paris, ont reçu des menaces de mort et se retrouvent ainsi dans la même situation que Salman Rushdie, a-t-on appris à Toronto, au 54e congrès international du PEN club. Mr Alexandre Blokh, secrétaire international du PEN club, a affirmé qu'à Paris des écrivains étaient " sous surveillance presque constante ".
- L'un des composants de l'explosif utilisé dans l'attentat contre le DC-10 de la compagnie UTA la semaine dernière, qui a coûté la vie à cent soixante et onze personnes, était de la pentrite, a-t-on appris, mercredi 27 septembre, de source bien informée. La pentrite est, avec l'hexogène, l'un des composants du Semtex, l'un des explosifs les plus fréquemment employés par les terroristes basés au Proche-Orient. La pentrite est utilisée comme réacteur, car elle offre une très grande vitesse de propagation, de l'ordre de 8 000 à 10 000 mètres-seconde.
Le quotidien iranien Kayhan, proche du gouvernement, a accusé mercredi 27 septembre la France de manquer à ses engagements au sujet du remboursement de l'emprunt Eurodif et de la libération d'Anis Naccache, faisant ainsi "obstacle à des relations bilatérales pacifiques" entre les deux pays.
"La République islamique, qui a toujours été favorable à une atmosphère exempte de tension, n'a pas ménagé ses efforts pour hisser les relations entre Paris et Téhéran à un niveau convenable. Si les Français avaient été reconnaissants, ils n'auraient jamais oublié les efforts de Téhéran pour la libération de leurs otages détenus au Liban", affirme le quotidien, qui poursuit : "Malgré les promesses, faites par Paris après la victoire électorale des socialistes, de rembourser un emprunt en souffrance et de libérer Anis Naccache des cachots de ce pays, les Français ont effrontément oublié de coopérer de quelque façon que ce soit en retour."
De son côté, à Dakar, le cheikh Abdel Moneim Zein, chef de la communauté chiite libanaise en Afrique occidentale, a affirmé que "des engagements pris par le gouvernement Chirac n'ont pas été tenus" après la libération des otages français en mai 1988. Dans un entretien accordé à deux journalistes, le dignitaire religieux a ajouté que "ceux qui dans l'entourage de l'ancien premier ministre disent qu'il n'y a pas eu d'engagements de la France sont des menteurs". Selon lui, l'ancien ministre de l'intérieur, Mr Pasqua, l'avait encouragé dans sa mission à libérer les otages, "mais, a-t-il ajouté, quand j'ai accompli ma mission, tout le monde m'a oublié". - (AFP, Reuter).
Mr Pierre Lacour, sénateur et maire CDS de Montbron (Charente) a été inculpé, le 25 septembre de recel d'abus de biens sociaux par Mr Jacques Chauvot, juge d'instruction à Lyon. Agé de soixante-six ans Mr Lacour qui appartient au groupe Union centriste du Sénat, proche de Mr Poher, avait été réélu sénateur dimanche dernier par six cents voix sur mille cinquante-cinq exprimées.
L'inculptation du sénateur est l'un des multiples sous-produits de l'affaire Paul Bernard commencée en 1986, à Marseille, et qui devait notamment aboutir aux fausses factures de la Sormae, société de travaux publics du Sud-Est, dont plusieurs dirigeants sont aujourd'hui inculpés (le Monde du 14 septembre), ainsi que les hommes politiques.
L'inculpation de Mr Lacour semble indiquer que le dossier en cours d'instruction à Lyon pourrait connaitre, dans les prochaines semaines, de significatifs prolongements. Elle intervient aussi alors qu'un vice-président de la chambre de commerce et d'industrie du Var, Mr Armand Da Silva, vient d'être, à nouveau, inculpé d'abus de biens sociaux, faux et usage, et trafic d'influence, Mr Da Silva a été écroué à la maison d'arrêt des Baumettes le 27 septembre.
L'exode a repris mais il est difficile d'appréhender son ampleur. Faute de connaitre la taille de cette ville mouvante qui progresse au ras du sol entre ses collines et se greffe quotidiennement d'appendices de tôle ondulée et de conteneurs, comment savoir ? Des " milliers " de Kaboulis partent, fuyant les roquettes et l'approche de l'hiver, mais d'autres arrivent. Juste avant la guerre, la capitale de l'Afghanistan comptait environ 700 000 habitants, chiffre qui a progressivement dépassé 2 millions.
Aujourd'hui, les organismes internationaux en évaluent la population à " environ 1,5 million de personnes ", c'est-à-dire presque 500 000 de moins que ne le prétendent les autorités. Selon des estimations forcément approximatives, quelque 30 000 personnes quittent chaque mois la ville à destination des provinces limitrophes et du Pakistan.
Selon le gouvernement, 12 700 réfugiés seraient d'autre part revenus à Kaboul depuis mars en utilisant les circuits d'accueil officiels. Plus nombreux sans doute sont ceux qui ont pris le chemin de leur village en franchissant la frontière pakistanaise ou iranienne par leurs propres moyens. Décision bien difficile à certains égards : outre le danger des mines, les organisations de la résistance qui contrôlent les camps de réfugiés au Pakistan ne font rien pour favoriser les départs, au contraire.
Les autorités afghanes viennent de publier un bilan partiel des attaques sur Kaboul. Du 16 au 23 septembre, 267 roquettes ont atteint la ville, tuant 113 personnes et en blessant 279 autres. Ces bombardements entretiennent un sentiment d'insécurité, renforcé par les souvenirs de l'hiver dernier. La famine avait été évitée mais la population avait souffert du froid et des pénuries. Le gouvernement afghan a récemment réaffirmé que des stocks suffisants de nourriture avaient été constitués ; mais la multiplication des départs montre que les Kaboulis ne croient pas aux promesses officielles.
Les avions soviétiques livrent en moyenne 250 tonnes de blé chaque jour auxquelles s'ajoute la cargaison des convois venant d'Union soviétique (environ 700 tonnes au total). Kaboul a besoin de près de 1 millier de tonnes de farine chaque jour et tout porte à croire que les réserves ne dépassent pas 30 000 tonnes.
Si la piste de l'aéroport devient inutilisable et si la route du nord (via le tunnel de Salang) est coupée, Kaboul risque une fois encore l'asphyxie. Sans doute n'y aura-t-il pas d'hécatombe due à la famine, mais la population la plus vulnérable sera menacée : le taux de mortalité des enfants (jusqu'à un an) est de 200, et la malnutrition multiplie certaines maladies ; 60 % de la population est affectée par la tuberculose, 70 % par la malaria.
Enfin, 30 % à 35 % seulement de la population a accès à l'eau " potable " (ce qui ne veut pas dire pure). Alors qu'aucune pénurie ne frappe encore la ville, le ser (mesure de 7 kilos) de blé est actuellement vendu 950 afghanis (1) contre 600 en mai. Cela signifie que le " marché " anticipe une situation que chacun prévoit difficile.
Depuis plusieurs semaines, de longues queues se sont formées devant les pompes dans l'espoir d'obtenir quelques litres de fuel domestique, et le prix de l'essence ne cesse de grimper. L'oléoduc qui amenait du carburant depuis la frontière soviétique a été coupé il y a plus de six mois.
Les avions soviétiques Iliouchyne-76 décollent de Tashkent, leurs soutes pleines, et " recrachent " leurs réservoirs une fois arrivés à Kaboul pour alimenter les hélicoptères et avions gouvernementaux. Cette assistance soviétique multiforme au régime de Kaboul s'effectue aujourd'hui sans compensation financière : par crainte des sabotages, les canalisations reliant les sites de production du gaz afghan (provinces de Jozjan et de Faryab, dans le nord du pays) à l'Union soviétique ont été fermées.
Dans un domaine au moins, la situation parait satisfaisante : les organisations humanitaires ne sont pas inquiètes des réserves en médicaments. 200 tonnes ont déjà été " prépositionnées " dans plusieurs entrepôts de la ville, et jusque-là l'armée n'a pas tenté de se servir dans les stocks civils.
Partir donc, mais comment ? Quatre " ceintures de sécurité " distantes l'une de l'autre de 10 kilomètres entourent désormais la ville. Ce système n'est certes pas imperméable, mais il rend la tâche des candidats au départ plus hasardeuse. Des passeurs professionnels demandent 25 000 afghanis par personne. Les Kaboulis possèdent une carte d'identité sur laquelle est mentionné leur lieu de résidence. Pour fuir la capitale, il faut posséder des papiers portant le nom d'une autre province plus proche de la frontière pakistanaise. Une carte trafiquée coûte de 5 000 à 10 000 afghanis. Ceux qui veulent partir en avion doivent acheter un passeport et un permis de sortie pour 200 000 afghanis, la moitié de cette somme étant remise aux agents du Khad (les services secrets) qui à l'aéroport vérifient l'identité des voyageurs.
En plus grand nombre sans dout que leurs homologues occidentaux, des hommes d'affaires et des parlementaires japonais assisteront, le 1er octobre à Pékin, à la célébration du quarantième anniversaire de la fondation de la République populaire. Ces visites, annoncées quelques jours après que le gouvernement japonais eut levé les " restrictions " mises aux voyages en Chine, sont significatives de la " normalisation " progressive des relations nippo-chinoises. S'il est encore retenu par les engagements, pris notamment au sommet de l'Arche, le Japon parait de plus en plus pressé de renouer pleinement avec la Chine.
L'une des premières conséquences de la levée des restrictions aux voyages en Chine sera le rétablissement des échanges culturels et scientifiques. Le gouvernement envisagerait des visites à Pékin de membres du cabinet, mais il hésite encore de peur de susciter des critiques de ses partenaires du camp occidental. Le récent voyage en Chine de parlementaires japonais, avec à leur tête Mr Masayoshi Ito, ancien ministre des affaires étrangères, a été le signe d'un nouvel assouplissement de la position nippone.
La rigidité des interlocuteurs chinois de Mr Ito à l'égard du mouvement démocratique était clairement destinée à faire comprendre qu'il était vain d'attendre de la part de Pékin un geste de modération quelconque susceptible de justifier d'amélioration des rappprts bilatéraux. Tokyo a parfaitement compris le message et, semble-t-il, n'a pas insisté. Le Japon entend néanmoins désormais aider ce pays à poursuivre sa " politique de réforme et d'ouverture ".
Sur le plan économique, les Japonais sont conscients que les incertitudes sont loin d'être levées. Si les entreprises sont encore prudentes, la préoccupation gouvernementale de ne pas participer à une politique visant à isoler la Chine parait une priorité. Un récent éditorial du quotidien économique Nihon Keizai est à cet égard révélateur : " Les sanctions mises en Óuvre par les pays occidentaux frappent sans doute l'actuelle équipe au pouvoir à Pékin, mais elles ont aussi d'inévitables répercussions sur le peuple chinois. " Le quotidien note que l'on voit ailleurs qu'au Japon des mouvements animés par la volonté de " ne pas négliger l'énorme marché de 1,1 milliard d'habitants ", et il ajoute en guise de conclusion que " quel que soit le jugement de valeur que l'on porte sur de telles attitudes, le Japon estime désormais souhaitable de ne pas faire trainer en longueur les sanctions anti-chinoises ".
La mission de Mr Ito en Chine reflétait, soulignent certains commentateurs, le souci des Japonais de trouver un prétexte à une amélioration des relations avec la Chine plutot que de chercher à exercer une pression sur les dirigeants de Pékin afin d'obtenir certaines garanties en matière de défense des droits de l'homme en échange d'une reprise de la coopération.A son retour, sans avoir obtenu aucune assurance, Mr Ito a pressé le premier ministre, Mr Kaifu, de rétablir au plus tôt l'aide économique à la Chine.
" Le premier obstacle à une reprise de la coopération a été levé ", déclarait la semaine dernière un haut fonctionnaire du ministère des affaires étrangères commentant la reprise des visites en Chine. Le 28 septembre, une mission de cent cinquante Japonais (parlementaires libéraux, démocrates, équipe féminine de volley-ball et musiciens) se rendront à Pékin pour une visite de quatre jours.
Après avoir frôlé la réussite, puis la débâcle, les principaux exportateurs mondiaux de pétrole se sont finalement séparés, mercredi 27 septembre, sur un constat de semi-échec.
Loin de renforcer la cohésion du groupe, la décision finalement adoptée par une faible majorité, qui consiste à augmenter le plafond de production de 19,5 à 20,5 millions de barils/jour pour le quatrième trimestre de l'année, sans modifier la répartition des parts de marché pays par pays, n'a fait qu'accuser les divergences séparant les Treize. Après le Koweit et les Emirats arabes unis, exclus de facto des accord depuis plusieurs mois, l'Algérie, à son tour, s'est publiquement dissociée de la décision adoptée.
Les marchés internationaux, après un bref mouvement de panique, n'ont finalement pas réagi, et les cours ont clôturé mercredi au même niveau que la veille. Compte tenu de la production réelle du cartel - un peu plus de 22 millions de barils par jour actuellement- et de son indiscipline chonique, le nouveau plafond apparait, il est vrai, tout aussi théorique que le précédent. La production réelle, assurait le ministre koweitien, sera certainement "plus proche de 23 millions de barils/jour" que de 20,5 millions.
En réalité, confiait un ministre en privé, la hausse du plafond - et de tous les quotas dans la même proportion - était la seule manière d'éviter que l'Arabie saoudite et l'Irak, jusqu'ici à peu près respectueux des accords, mais de plus en plus exaspérés par l'indiscipline du Koweit et des Emirats arabes unis, ne reprennent à leur tour leur liberté.
Ayant de justesse évité l'éclatement, le cartel ne s'en trouve guère plus avancé pour autant. Il doit rapidement, sous peine de voir tout son système de contrôle de la production s'effondrer, réviser la répartition des quotas pays par pays pour tenir compte de l'évolution du marché.
Le groupe aborde en effet une délicate période de transition. Le temps des vaches maigres, où, faute de demande, tous les membres devaient se serrer la ceinture pour soutenir les prix, est en train de se terminer. Mais le temps de l'abondance, où chaque pays pourrait produire autant qu'il le souhaite, n'est pas encore venu. Le niveau actuel de la demande - plus de 22 millions de barils/jour prévus au quatrième trimestre - permet certes de saturer les capacités de production de nombreux pays membres, mais les gros producteurs riverains du golfe Persique, comme l'Arabie saoudite, sont encore loin du compte et doivent encore se restreindre.
Sans discipline, le cartel court donc le risque de laisser déraper sa production bien au-delà de la demande, et de favoriser une rechute des prix.
C'est pour tenir compte de cette réalité que l'Iran a proposé une nouvelle clé de répartition des quotas. Cette proposition, a expliqué le ministre iranien, "pourrait résoudre les problèmes de l'OPEP et rapprocher les points de vue : les grands producteurs garantiraient un certain niveau de prix, et les autres accepteraient une certaine flexibilité sur leurs quotas".
Bien que cette suggestion ait buté sur l'intransigeance de la Lybie et surtout des Emirats arabes unis, l'Iran, comme un certain nombre d'autres délégations, restait néammoins convaincu qu'elle finirait par s'imposer. Le marché va dans ce sens, c'est une question de réalisme, expliquait en privé un important délégué iranien.
Le bureau exécutif de la Fédération nationale de la presse française (FNPF) nous a fait part de ses observations concernant l'article consacré à la hausse des tarifs postaux de la presse le 1er octobre (le Monde du 20 septembre). Le bureau de la FNPF relève que "le "chapeau" de cet article recèle une confusion entre deux négociations avec la poste totalement distinctes : l'augmentation des tarifs au 1er octobre, qui a fait l'objet d'une consultation de tous les syndicats constitutifs de la FNPF, et l'étude d'une nouvelle grille tarifaire, qui, sur un plan purement technique, est effectivement examinée par un groupe comprenant des représentants de la poste et des représentants de la presse".
La FNPF indique aussi que, "s'il est bien vrai que dans la grille de tarification actuelle les journaux sont traités différemment selon leur poids, ce qui est normal, les journaux "lourds" paient proportionnellement beaucoup plus cher que les journaux dits "légers". Le fait que ceux-ci aient en général peu de publicité se trouve ainsi compensé, et la publicité paie largement sa part de transport postal".
"La presse dans sa totalité a accepté de se porter solidaire des quotidiens à faibles ressources publicitaires et de prendre à sa charge toutes les augmentations des années précédentes qui n'ont pas ainsi été appliquées à ces journaux", précise la FNPF, qui ajoute que les journaux légers bénéficient depuis 1971 d'un tarif exceptionnel de 50%.
" Selon les nouveaux tarifs applicables au 1er octobre, les journaux de moins de 70 grammes devront payer en plus 3,4 centimes, et les journaux de plus de 301 grammes, 11,4 centimes ", note encore la FNPF. " S'il est vrai que les pourcentages d'augmentation sont de plus de 18,1 % dans un cas et de plus de 6,3 % dans l'autre, on peut dire que la distorsion en valeur absolue est tout à fait différente et même inverse. "
A propos de cette augmentation du pourcentage, supérieure pour les journaux de faible poids à celle qui affecte les journaux de poids plus élevé, la FNPF précise, " le jeu des augmentations annuelles en pourcentages prévues par le plan Laurent a amené ainsi les journaux de poids plus élevé à payer une part proportionnellement beaucoup plus importante des charges postales. Il ne s'agit là que d'un très timide essai de redressement de cette situation ", entériné à l'unanimité par les syndicats et par la Fédération.
" Il est tout à fait inexact, remarque la FNPF, de dire, ainsi que l'a écrit le Monde, " que la FNPF a décidé de faire payer à chaque titre le tiers de son coût postal ", une mesure qui serait " injuste " et " impossible à mettre en Óuvre ". La FNPF note que les journaux de moins de 100 grammes paient un taux de couverture postal de 9,9 % à 17,2 % (4,5 % pour les quotidiens à faibles ressources publicitaires), tandis que les journaux lourds paient au moins 33 %, voire plus, certaines publications payant jusqu'à 72 % de leur coût postal. " Il est donc contraire à la vérité d'écrire que les mesures prévues au 1er octobre pénalisent les journaux les moins argentés ", conclut la FNPF.
Les parlementaires socialistes ont critiqué le budget de Mr Bérégovoy, mais sans vraiment passer à l'attaque. Congrès... et rigueur obligent.
" On nous a présenté un rôti avec sa garniture de carottes et de cresson. On a eu la possibilité de discuter la composition de la garniture, mais pas celle du rôti "... C'est ainsi que le député socialiste Mr Jean-Paul Planchou résume le débat sur le budget auquel avaient été conviés les parlementaires socialistes réunis depuis mercredi à Chartres. Pour éviter tout dérapage, le débat sur la qualité de ce " rôti " mitonné par Mr Pierre Bérégovoy avait été soigneusement orchestré la veille, au cours d'une réunion des chefs de file du PS et des groupes parlementaires.
Chacun avait convenu de la nécessité de ne pas tenter de trop réchauffer le débat qui avait eu lieu cet été sur la plus ou moins grande saveur sociale du pavé budgétaire. Congrès oblige, les différentes parties en lice ont préféré le statu quo. Inutile de donner à l'opinion publique l'image de querelles de famille alors que le budget est, dans ses grandes lignes, bouclé et alors qu'il permet, grâce à la croissance, un très sérieux coup de pouce aux grandes priorités tracées par le chef de l'Etat (logement, social, éducation).
Le débat de fond n'a donc pas eu lieu. Quelques piques furent seulement échangées, sans que le sang soit versé.
Afin que nul n'en ignore, une banderole bleue affichait la couleur de ces deux journées : " Le grand ensemble pour réduire les inégalités. " Les " amendements significatifs " que les députés socialistes doivent déposer sur le budget ne sont pas encore définitivement arrêtés, mais on sait qu'ils porteront notamment sur la fiscalité locale. Ils sont hostiles à l'indexation sur les prix de la dotation globale de fonctionnement ; sur la taxe professionnelle que le groupe souhaite voir modifiée afin qu'elle n'entrave pas la politique d'aménagement du territoire ; sur la baisse de l'impôt sur les sociétés (les députés préféreraient d'autres formules, comme celle du crédit d'impôt-recherche ou tout autre formule orientée) ; sur la création d'une tranche supplémentaire de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Cette disposition apparait également à beaucoup de députés comme un pis-aller par rapport aux mesures de lutte à prendre contre la spéculation financière.
S'agissant des inégalités, le président de la commission des finances de l'Assemblée, Mr Dominique Strauss-Kahn, a souhaité qu'une fiscalité du patrimoine plus imaginative soit mise en place : " Pourquoi ne pas prendre en compte, par exemple, le niveau de fortune de la personne qui hérite lors des successions ? "
Ne pouvant pas vraiment s'en prendre au fond du budget, Mr Strauss-Kahn a critiqué la façon dont il avait été préparé, notamment le fait que sa teneur avait été diffusée dans la presse avant que les députés en aient eu connaissance. Il a également regretté que le gouvernement, en annonçant à l'avance certaines mesures sur la baisse du taux de TVA ou sur la baisse de l'impôt sur les sociétés, se soit privé d'un " instrument de négociation " avec les centristes lors de la prochaine discussion budgétaire. Enfin, il a souhaité que Mr Louis Mermaz trouve un renforcement des capacités d'expertise de l'Assemblée.
Soucieux d'apaiser le jeu, le rapporteur général du budget, Mr Alain Richard, a insisté sur le fait que, compte tenu de " l'atonie de l'opposition ", tout débat entre le gouvernement et le groupe " prenait facilement l'allure d'un événement ". Il a rappelé à ses amis qu'aujourd'hui, en matière de gestion économique, la gauche avait acquis " un crédit et une autorité qui renversaient, au détriment de la droite, la charge de la preuve de l'efficacité ".
Prenant la parole à son tour, Mr Bérégovoy a campé sur une ligne macro-économique imprenable : y a-t-il une autre politique économique possible ? On peut peut-être améliorer le budget, mais on ne peut pas changer de politique économique, à moins de connaitre des périodes difficiles que nous avons déjà connues... Il ne faut rien faire qui puisse casser la croissance. Il faut accélérer le mouvement d'investissement et d'épargne tout en assurant la cohésion sociale et le financement des priorités de l'avenir. " Nous avons de la durée ! ", a-t-il encore ajouté pour rappeler implicitement certains à la mesure.
Quant à Mr Michel Charasse, interrogé sur la dotation globale de fonctionnement des collectivités locales, il s'est livré à un de ses cours magistraux sur les arcanes des finances locales dont il a le secret. L'assistance n'y a compris goutte, mais en a déduit que si le ministre du budget cherchait à noyer le poisson, c'est que la réforme envisagée ne cachait vraiment rien de bon pour les finances des collectivités locales.
C'est sans grand enthousiasme que les parlementaires socialistes réunis à Chartres depuis mercredi ont accueilli l'intervention du premier ministre Michel Rocard jeudi 28 septembre en fin de matinée.
Son discours sur Peugeot n'a pas suscité une franche adhésion : " Un " niet " brutal n'est jamais une bonne réponse et je songe ici à Peugeot, a dit Mr Michel Rocard. Nous ne pouvons pas négocier pour le compte d'autrui et nous ne sommes pas en position d'intervenir directement dans ce conflit ; on peut le déplorer, on ne peut pas feindre de l'ignorer. Et il sera tout de même singulier que les déclarations des uns et des autres aboutissent à faire regarder le gouvernement comme impliqué dans une situation à laquelle il est totalement étranger. "
Le premier ministre a précisé que le gouvernement et l'inspection du travail n'avaient pas " attendu telle ou telle objurgation pour s'en préoccuper. L'inspection du travail est sur les lieux depuis le début du conflit, mais elle n'a pas l'habitude de signaler sa présence par des calicots et des banderoles. Elle a déjà dressé des procès-verbaux. Il est bien clair que Jean-Pierre Soisson et moi-même sommes très vigilants. Nous pouvons au moins assurer que tout est fait pour que le droit du travail soit respecté et empêcher que quiconque puisse profiter d'un conflit pour régler des comptes avec des militants syndicaux. "
Enfin, s'agissant du budget, Mr Michel Rocard a rappelé que ceux qui attaquaient Pierre Bérégovoy, s'en prenaient à l'ensemble du gouvernement et avant tout au premier ministre : " Je tiens, a-t-il souligné, à ce qu'on sache qu'entre Mr Pierre Bérégovoy et moi, sur ces questions, il n'y a pas assez de distance pour qu'on puisse y glisser l'épaisseur d'une motion de congrès. "
Mercredi, les journées parlementaires socialistes s'étaient ouvertes sous le signe des conflits sociaux. Les députés du PS avaient fait sèchement savoir à MM Bérégovoy et Charasse qu'ils ne comprenaient pas la façon dont ils géraient la grève des fonctionnaires de leur ministère. Ils ont aussi, clairement, demandé au gouvernement d'intervenir dans le dossier Peugeot en votant une motion dans laquelle ils " appellent la direction générale de PSA à ouvrir au plus vite des négociations et demandent au gouvernement de faire usage des moyens réglementaires à sa disposition pour que les discussions s'engagent". (Lire l'article de Patrick Jarreau page 26, section C).
De même, la journée de mercredi avait été marquée par de sévères critiques du projet de loi de finances.
A condition que Mr Pierre Bérégovoy donne son feu vert, Rhône-Poulenc émettra dans quelques semaines des titres participatifs d'un type nouveau qui lui permettront de financer ses récentes et ses prochaines acquisitions sans alourdir trop son endettement.
Officiellement, une entreprise nationalisée n'a que deux moyens pour augmenter ses fonds propres : par une dotation en capital de l'Etat ou par émission de certificats d'investissement. Mais l'Etat actionnaire est peu généreux et, si les besoins de financement d'une entreprise sont supérieurs à ce que peut fournir le marché domestique, les certificats d'investissement sont insuffisants. Inutile de compter alors sur les investisseurs étrangers, ces actions sans droit de vote ne les intéressent pas. Comment financer alors des acquisitions importantes sur les marchés étrangers? Tel est aujourd'hui le problème de Rhône-Poulenc.
La firme chimique nationalisée, qui a récemment conclu le rachat de deux groupes chimiques étrangers (RTZ Chemicals et GAF), a besoin au minimum de 12 milliards de francs. Sans parler de l'OPA qu'elle a lancée, via sa filiale Mérieux, sur le laboratoire canadien Connaught. Pour trouver l'argent nécessaire sans l'aide de l'Etat ni du marché financier français, Rhône-Poulenc, avec l'aide des banques américaines Shearson Lehman et Merril Lynch, a mis au point un outil financier international original.
Ce nouvel instrument est tout entier bâti autour de la rémunération, seul critère capable de retenir l'attention à Wall Street ou sur l'euromarché. Celle-ci sera double. Une partie sera fixe et obligatoire comme pour l'obligation, mais une seconde, qui variera en fonction des résultats, s'y ajoutera. En cela, le nouveau titre participatif s'apparente à une action classique... sans droit de vote. Il n'aura cependant rien d'une obligation non plus, car il n'est pas remboursable. Même s'il peut être considéré comme un instrument de dette, celle-ci est doté d'un caractère perpétuel, c'est-à-dire non amortissable. La rémunération fixe sera, quant à elle, supérieure de 50 % à tout ce qui existe déjà, puisque, pour chaque titre de 100 F, l'intérêt fixe versé sera de 7,50 F au lieu de 5 F.
Ce nouveau monstre financier n'a pas encore reçu de feu vert officiel du ministère de l'économie et des finances. Pourtant, Mr Bérégovoy a évoqué publiquement le titre participatif de Rhône-Poulenc à deux reprises. Cette manière de faire du ministre de l'économie indique-t-elle qu'il entend se blanchir en cas de veto gouvernemental ? Le nouveau titre participatif encourt le risque d'un refus de l'Elysée au nom du " ni nationalisation ni privatisation " de la Lettre aux Français. Cette innovation financière peut être en effet interprétée comme une privatisation rampante : qu'on lui ajoute un droit de vote et elle devient alors une action comme une autre.
Si le feu vert est donné, Rhône-Poulenc émettra pour environ 400 millions de dollars de titres, qui seront cotés à New-York et à Londres, soit 2,5 à 3 milliards de francs. A ce chiffre s'ajouteront 2,5 milliards de réserves pris sur les résultats à venir de Rhône-Poulenc, plus 2 milliards en provenance de cessions d'activités périphériques au sein des entreprises étrangères récemment rachetées. Soit en tout environ 7 milliards de francs. Le reste - 5 milliards - sera financé par endettement. Il est à noter que l'OPA lancée sur Connaught nécessite des capitaux supplémentaires, mais, là encore, la facture ne sera pas en totalité à la charge de Rhône-Poulenc, qui a déjà prévu de recéder 49% du capital à des intérêts privés canadiens.
C'est un homme discret, toujours affable, à la réputation d'intégrité et de pondération bien établie, qui n'a cessé, depuis trente-trois ans, d'exercer des responsabilités politiques, que le président Ben Ali vient de désigner comme premier ministre.
Né à Sousse en 1927, médecin de profession, Mr Hamed Karoui a milité, dès l'âge de quinze ans, dans les rangs de l'ancien Parti socialiste déstourien (PSD) dont il a dirigé, dès l'indépendance, les activités dans sa région du Sahel tout en siégeant à plusieurs reprises à la Chambre des députés. Ce n'est qu'en 1986 qu'il a fait son entrée au gouvernement en tant que ministre de la jeunesse et des sports. Il était nommé, un an plus tard, par l'ancien président Bourguiba, directeur du PSD avec rang de ministre délégué. Cette désignation, au plus fort de la crise que traversait le pays, avait alors été interprétée comme un signe d'apaisement.
Lors de l'accession au pouvoir du président Ben Ali, le 7 novembre 1987, Mr Karoui fut maintenu à la tête du parti qui devint par la suite le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), puis nommé, le 26 juillet 1988, ministre de la justice.
Dans la difficile période des dernières années du règne de Mr Bourguiba, Mr Karoui avait su se montrer ouvert au dialogue en dépit de l'autoritarisme qu'imposait le président, conserver des amitiés dans tous les milieux et se tenir soigneusement en dehors des luttes de clans qui minaient le régime. Aussi rien d'étonnant à ce que le mouvement d'opposition des Démocrates socialistes ait tenu, dès l'annonce de sa désignation à la tête du gouvernement, à saluer en lui " le militant patriote connu et crédible " et à relever dans sa première déclaration " des indices qui incitent à augurer positivement de l'avenir ".
La municipalité de Johannesburg, aux mains du Parti national (PN), a décidé, mardi 26 septembre, d'ouvrir ses piscines, ses centres de loisirs et ses lignes d'autobus à toutes les races. Cette première a fait dire au chef de file de la majorité au conseil municipal, Mr Jan Burger, qu'il s'agissait d'un " jour historique ". Cette mesure a été prise à la suite d'un référendum parmi les électeurs Blancs qui a révélé que la population était - à une faible majorité - favorable à la " déségrégation ", sauf pour les piscines.
Désormais, il ne sera plus possible d'interdire l'accès des " non-blancs " dans les parcs, sur les terrains de sport et dans les salles des fêtes de la municipalité. En revanche, il faudra encore attendre environ deux mois avant que le bureau des transports routiers ne se prononce pour que les autobus puissent accueillir n'importe quel passager. Actuellement, seules trois lignes sur soixante-cinq sont " déségréguées " à titre d'expérience. Ce dernier obstacle franchi, l'intégration du réseau ne se fera pas du jour au lendemain. Cela afin d'éviter les possibles incidents. Parallèlement à cette décision, une autre ville de la périphérie de Johannesburg, Benoni, a annoncé que l'utilisation de sa bibliothèque municipale n'était plus réservée exclusivement aux Blancs. Le conseil des universités de la province de l'Etat libre d'Orange a aussi décidé d'ouvrir les résidences universitaires à toutes les races.
L'apartheid s'effrite donc petit à petit, mais il est loin d'être mort. A Johannesburg comme ailleurs, les hôpitaux, les écoles et l'habitat sont toujours régis par le principe de la séparation des races. Cela dépend du gouvernement (excepté pour les hôpitaux, relevant des autorités provinciales), qui a promis de faire disparaitre ce que l'ancien président Pieter Botha avait appelé, il y a trois ans et demi, " un concept périmé ".
Le président tunisien a changé son premier ministre, le mercredi 27 septembre. Mr Karoui remplace Mr Baccouche, qui paie les blocages entravant une politique de modernisation.
Tout en demeurant le maitre-mot du discours politique, le " changement " auquel le président Ben Ali s'est attelé depuis sa prise de pouvoir, voici deux ans, semblait marquer le pas depuis quelques mois, et le désenchantement gagnait peu à peu aussi bien les différentes sphères politiques que l'opinion publique.
Pour relancer son projet, le chef de l'Etat n'avait apparemment pas d'autre choix que de provoquer le " choc " auquel appelait, il y a quelques jours, le journal gouvernemental la Presse en remplaçant, mercredi 27 septembre, son premier ministre, Mr Hedi Baccouche, " appelé à d'autres fonctions " qui n'ont pas été précisées. C'est Mr Hamed Karoui, ministre de la justice, qui lui succède.
A peine investi de ses nouvelles fonctions, Mr Karoui a défini le cadre dans lequel le président Ben Ali entend qu'il situe son action, soulignant ainsi indirectement les manquements de son prédécesseur. " Le chef de l'Etat m'a recommandé d'Óuvrer en vue d'enraciner le processus démocratique en consacrant l'Etat de droit et des institutions et d'impulser le pacte national (1) à travers l'intensification du dialogue et de la concertation avec les différents partenaires politiques et sociaux aux fins de renforcer et de conforter la réconciliation nationale, a-t-il déclaré. Cette saine plate-forme est de nature à favoriser la poursuite et la mise en Óuvre de choix économiques en vue de dynamiser la relance par l'encouragement des initiatives dans tous les secteurs (...) de manière à parvenir à surmonter les difficultés et à relever les défis dont, en premier lieu, l'emploi et les questions sociales qui requièrent davantage d'intérêt. "
Mr Baccouche, que le président Ben Ali avait appelé à ses côtés dans la nuit du 6 au 7 novembre 1987 durant laquelle fut destitué Mr Bourguiba, prévoyait-il sa disgrâce et a-t-il choisi de " tomber à gauche " ? Il y a vingt-quatre heures encore, il nous affirmait que " tout était normal " et qu'il n'existait aucun désaccord entre lui et le chef de l'Etat. Toujours est-il qu'il avait ouvert, au début du mois, un véritable débat sur les options économiques du pays qui avaient entrainé une polémique très feutrée au sein même de son gouvernement.
Sans rejeter explicitement la libéralisation progressive du système qu'implique le plan de réajustement structurel suivi depuis trois ans, Mr Baccouche avait tenu à s'en démarquer, prudemment mais publiquement. Il insistait sur les dangers que ce plan pouvait entrainer s'il n'était pas sérieusement modulé, notamment en matière d'emploi et d'investissements. Il se montrait aussi réservé à l'égard de la politique de vérité des prix et d'une trop rapide privatisation dans le secteur public.
Cette analyse ne coincidait pas, c'est le moins qu'on puisse dire, avec la ligne redéfinie le 25 juillet dernier par Mr Ben Ali. Celui-ci avait réaffirmé sa volonté de continuer la restructuration de l'économie tout en insistant sur sa volonté d'éviter toutes les retombées sociales qu'elle pourrait entrainer, notamment en matière d'emploi.
La décision du chef de l'Etat a été aussi dictée à l'évidence par d'autres considérations. Des phénomènes de blocage se sont manifestés un peu partout. Dans l'administration, par exemple, les pesanteurs du passé ont persisté, la " redynamisation " prévue n'a pas eu lieu. Les médias officiels sont demeurés réfractaires au changement. La concertation avec les partenaires sociaux n'a pas non plus toujours été menée jusqu'à son terme, comme, par exemple, en août, lorsque la centrale syndicale UGTT a déploré de ne pas avoir été plus amplement consultée avant l'augmentation des prix des produits de première nécessité.
Le dialogue avec l'opposition, bien qu'ayant fait l'objet, voilà quelques semaines, d'une timide reprise - demeurée sans suite - a été pratiquement inexistant depuis les élections législatives d'avril qui ont reconduit une chambre monocolore alors que le président semblait souhaiter, du moins le faisait-il dire, que des voix autres que celles du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) puissent s'y faire entendre. Il y eut aussi quelques " bavures " en matière de droits de l'homme et de liberté d'opinion.
En un mot, le processus démocratique qui avait démarré spectaculairement est demeuré figé. On peut se demander si, en dépit des divergences de vues, petites ou grandes, des coups de frein, volontaires ou non, enregistrés ici et là, Mr Baccouche ne fait pas aussi office de bouc émissaire. Dans un régime présidentiel, le premier ministre court des risques...
Le général Aoun a jeté un doute, mercredi 27 septembre, sur les chances de succès du plan de paix de la Ligue arabe au Liban en revenant en partie sur son acceptation du projet de réconciliation nationale du triumvirat (Algérie, Arabie saoudite, Maroc).
Au cours d'une conférence de presse, le chef du gouvernement militaire chrétien a jugé " inacceptable en l'état " le projet de " document d'entente nationale " élaboré par le triumvirat arabe et mis en garde les députés libanais contre toute " trahison ". Ce projet préconise notamment l'adoption de réformes constitutionnelles et l'élection d'un président de la République, qui précéderaient d'un délai d'au moins deux ans un éventuel " redéploiement " des troupes syriennes dans l'est du Liban.
Selon le général Aoun, les députés se réuniront le samedi 30 septembre à Taëf, en Arabie saoudite, " sous une double pression : celle de l'occupant syrien qu'ils savent inévitable dès leur retour et celle, morale, du triumvirat, qui tient à faire aboutir son projet ". Il a affirmé avoir été " forcé " d'accepter le plan de paix arabe car celui-ci avait " reçu une perception internationale positive ", précisant : " il fallait convaincre nos amis que nous sommes souples et flexibles. " " Mais, a-t-il ajouté, je n'ai rien concédé ", demandant aux députés chrétiens de discuter en priorité, lors de cette réunion, d'un calendrier de retrait des troupes syriennes " avant tout projet de réforme et avant tout consensus national ".
La Syrie, a-t-il poursuivi, " a déjà assassiné l'initiative arabe avant la rencontre de Taëf en refusant de retirer immédiatement les trente-trois mille soldats syriens déployés au Liban ". Le général Aoun réagissait ainsi à une déclaration du vice-président syrien Abdel Halim Khaddam selon laquelle aucun soldat de Damas ne quitterait le Liban avant des réformes politiques et la formation d'un cabinet d'unité nationale dans ce pays.
Le général Aoun a, en conclusion, affirmé " n'(attendre) rien de positif " de la réunion de Taëf, qui, a-t-il souligné, " n'a aucun pouvoir constitutionnel ". " Nous ne permettrons pas, a-t-il ajouté, que l'on cède par la politique ce que le canon a réussi à préserver. Ce serait une trahison. La souveraineté nationale n'est pas à marchander. " Il a enfin rappelé qu'il se réservait le droit de " recourir à tous les moyens pour parvenir à mettre un terme aux occupations étrangères du Liban ".
Il reste encore des milliers de soldats vietnamiens au Cambodge, au lendemain de l'annonce de leur retrait total, a déclaré, mercredi 27 septembre, le vice-ministre thailandais des affaires étrangères. "Des dizaines de milliers de colons vietnamiens (au Cambodge) ont été recrutés et subissent un entrainement militaire pour remplacer les soldats qui viennent de se retirer", a ajouté Mr Prapas Limpabhandu. D'autre part, selon l'hebdomadaire britannique Jane's Defense Weekly, des résistants cambodgiens non communistes sont entrainés depuis plus de quatre ans dans des bases secrètes en Thailande par la Grande-Bretagne.
Aux Nations unies, les deux coprésidents de la conférence sur le Cambodge, qui s'était terminée, en août dernier, à Paris, par un échec, ont "favorablement accueilli", mercredi, le retrait vietnamien du Cambodge. Les ministres français et indonésien des affaires étrangères se sont déclarés disposés "à reprendre le processus de négociation et à réunir la conférence (...) en temps opportun". Pour sa part, la Chine a estimé, jeudi, que la reprise du dialogue sur le Cambodge était du ressort des "parties concernées", mais s'est dite prête à soutenir "tous les efforts" en vue d'une solution du conflit.
Le terroriste libanais Anis Naccache a proposé, dans une déclaration rendue publique par son avocat, Me Jacques Vergès, mercredi 27 septembre, l'indemnisation des victimes de la tentative d'attentat commise en 1980 contre l'ancien premier ministre iranien, Mr Chapour Bakhtiar. Au cours de cette opération, pour laquelle Anis Naccache a été condamné à une peine de prison à vie, deux personnes, un policier et une voisine, avaient été tuées et trois autres blessées.
" La démarche de Mr Naccache répond à deux soucis majeurs, a indiqué son défenseur : régler définitivement l'affaire de sa libération ; préserver la qualité des relations franco-iraniennes. " Mr Naccache estime que sa proposition est " conforme à l'esprit des dernières déclarations du président Mitterrand à ce sujet ". Il se prévaut, d'autre part, de la " confiance totale " de l'actuel président de la République islamique d'Iran, Mr Rafsandjani, pour résoudre le problème de sa libération avec les autorités françaises.
Anis Naccache, qui espère du gouvernement une réponse " claire, limpide et publique ", a l'intention, pour le moment, de continuer sa grève de la faim, commencée il y a dix jours, pour revendiquer la réunion dans un même établissement pénitentiaire des membres de son groupe.
Interrogé par ailleurs sur un lien éventuel entre la situation d'Anis Naccache et l'attentat contre le DC-10 d'UTA, Me Vergès a répondu que les opérations entreprises pour la libération de Naccache avaient toujours été revendiquées, ce qui n'était pas le cas dans cette affaire.
La fuite de gaz du réservoir souterrain de Chémery (Loir-et-Cher) au puits 47, a été colmatée mercredi 27 septembre à 17 h 45.
Accessoires devenus inutiles, les casques antibruit pendent au bras des techniciens soulagés. Le silence brutalement retombé sur les champs de mais alentour est bien la preuve que la fuite de gaz survenue l'avant-veille dans le plus grand réservoir de stockage souterrain d'Europe est enfin jugulée.
Après trois essais infructueux en cours de matinée, un bouchon composé de billes métalliques, de morceaux de caoutchouc et de boue a enfin réussi à contenir la violence du méthane. Il ne restait plus, au cours de la soirée et de la nuit, qu'à injecter de la boue dans le puits au rythme de 300 litres par minute afin de refouler définitivement le gaz vers les entrailles de la terre où il est stocké.
Pour les cinq hommes qui luttaient en première ligne contre les caprices du gaz sous haute pression, une première phase du travail est terminée. Devant les caméras accourues, deux Américains, Joe Bowden, cinquante-six ans, et son fils Joe Junior, trente ans, vieux routiers des interviews comme des catastrophes industrielles en tout genre. Il y avait aussi, un pas en arrière, trois gaziers français, dont c'était le baptême du feu.
Pendant les longues heures passées sur la plate-forme couronnant le puits, à la merci d'une étincelle, ils ne se sont guère parlé. Il est vrai que les 110 décibels mesurés au périmètre du site ne favorisaient pas les conversations. " Parfois, on s'isolait pour faire le point, raconte Yannick Guerrini, responsable de la sécurité des réservoirs souterrains à GDF. Mais la plupart du temps, un geste, un croquis ou quelques lignes griffonnées, cela suffisait à une bonne coordination. "
Guerrini et ses collègues, Bernard Bouchet et Jean-Charles Busch, sont de vrais professionnels. Mais leur savoir-faire, ils l'ont acquis sur des puits d'école lors de simulations d'éruption. " Nos équipes sont parfaitement formées, mais elles n'ont jamais été en situation, explique Jacques Maire, directeur adjoint de Gaz de France. C'est pourquoi, l'an dernier, nous avons passé un contrat d'assistance avec Joe Bowden. "
Fameuse idée ! Cet ancien bras droit de Red Adair a passé plus de trente ans de sa vie au pied des puits en folie, qu'ils soient de pétrole ou de gaz. Son entreprise, la Wild Well Control Inc. (WWC), créée en 1975 à Houston (Texas), emploie une dizaine de personnes, et ses " pompiers volants " interviennent bon an mal an sur une vingtaine d'accidents industriels. Outre les interventions " à chaud ", Joe Bowden prodigue à ses clients des conseils sur les matériels et les moyens de prévention. Dans ce cadre, il avait déjà visité tous les sites d'exploitation de GDF. Il était attendu la semaine prochaine à Chémery pour une réunion de travail.
Le hasard aura précipité son arrivée en terre solognote, avec son fils, son presque double. Même prénom, même double menton, même gris acier dans le regard. Les Bowden ont dirigé la manÓuvre sans laisser la moindre place à l'improvisation. " Le secret de la réussite, c'est d'avoir trouvé rapidement le bon dosage des billes pour constituer un bouchon, en particulier en choisissant un caoutchouc très dur ", explique Yannick Guerrini. La recette, bien sûr, était de Joe Bowden.
Encore une fois vainqueur de son corps à corps avec le plus volatil des adversaires, le Texan n'a sûrement pas perdu son temps à Chémery, mais le montant de son cachet restera secret. " Pour les risques qu'il prend, ses honoraires sont très modestes ", a simplement déclaré Jacques Maire.
La perte enregistrée par GDF s'exprime selon ses dirigeants à la manière simple des exercices de calcul soumis aux élèves de sixième : soit une fuite de 100 000 mètres cubes par heure pendant 52 heures à raison de 50 centimes le mètre cube...
Chémery n'a connu qu'un accident de parcours puisque le puits défaillant sera à nouveau opérationnel dans un mois. Cependant, estime Mr Jacques Maire, " il importe à GDF d'analyser les causes de l'incident et d'en tirer les leçons en matière de procédures et de matériels ".
La direction de GDF a d'ores et déjà annoncé la création d'une commission d'enquête et de réflexion ouverte à des experts extérieurs à l'entreprise.
Trente-deux années après le précédent incident de même nature, les répercussions risquent en effet d'être négatives sur l'opinion. Or GDF est toujours à la recherche de nouveaux sites de stockage. Celui de Céré-la-Ronde, près de Loches, qui pourra recevoir 1,5 milliard de mètres cubes sera prochainement soumis à l'enquête d'utilité publique. Plusieurs autres font l'objet d'études exploratoires, près de Verdun, dans l'Oise, dans la Creuse, etc. En pensant aux prochaines réunions d'information qu'il doit tenir dans ces régions, un cadre de GDF soupirait : " Notre approche des populations et des élus locaux sera plus difficile. Désormais, il faudra gérer l'après-Chémery. "
Mr Michel David-Weill, cinquante-six ans, succédera, le 1er janvier 1990, à Sir John Nott, ancien ministre britannique de la défense, à la présidence de Lazard Brothers, branche britannique du groupe Lazard. Déjà responsable des maisons parisienne et new-yorkaise, Mr David-Weill sera ainsi le premier à diriger les trois entités de la banque d'affaires multinationale, spécialiste du marché des fusions et acquisitions. Il n'entend pas pour autant en modifier les structures ni la stratégie, mais compte profiter du potentiel de développement que donnera une meilleure coordination des trois unités.
Sur proposition du ministre de l'industrie et de l'aménagement du territoire, Mr Olivier Appert, ingénieur en chef des Mines, a été nommé, au conseil des ministres du 27 septembre, directeur des Hydrocarbures. Il remplace Mr Gilles Bellec.
Quelle stratégie Mr Marc Fournier, président-fondateur de la Navigation mixte, a-t-il mis au point pour se défendre? Le dirigeant de ce conglomérat, dont le capital fait l'objet d'attaques répétées depuis le milieu du mois d'août, a demandé, mercredi 27 septembre, aux autorités boursières la suspension des cotations de sa société. Cette mesure concerne également les filiales d'assurances Rhin et Moselle, Via Vie et Via IARD. Le même jour, un conseil d'administration s'est tenu au siège de la Mixte, vraisemblablement pour présenter aux actionnaires la tactique mise au point par son président. Aucune information n'a filtré, et rien ne devrait être officiellement rendu public avant lundi. Il semble cependant que le projet de défense concerne la branche "assurances" du groupe. Certains évoquent l'ombre des AGF, qui détiennent déjà 5% du capital, ou même l'allemand Allianz.
Les attaques visant la Navigation mixte - ou les rumeurs de raids - sont fréquentes depuis de nombreuses années à la Bourse. Car ce groupe mystérieux aux activités multiples, allant de l'agroalimentaire à l'industrie et aux services, en passant par la finance et les assurances, apparait comme la cible idéale pour être reprise et revendue par appartements. De plus, son actionnariat, apparemment très diversifié (chacun des porteurs dépassant rarement les 5%), permet d'envisager des renversements d'alliances... Tous les ingrédients paraissent réunis pour faire de la Navigation mixte une valeur opéable idéale.
Jamais cependant, jusqu'à présent, de telles tentatives n'ont abouti. La dernière offensive en date, lancée au beau milieu de l'été a visiblement été jugée plus sérieuse obligeant alors Mr Fournier à réagir. Les transactions n'ont cessé de s'amplifier, et des groupes comme les AGF ont renforcé leurs positions. A titre d'exemple, mercredi 27 septembre, 317 000 titres représentant près de 3 % du capital avaient changé de mains dans la matinée avant la suspension de cotation. Mr Marc Fournier, pour contrer les ardeurs de ses assaillants - qu'il aurait réussi à localiser, - serait en train de mettre une dernière main à son plan de défense, d'où sa décision de vouloir en retarder jusqu'à lundi l'annonce officielle. Selon diverses rumeurs, il s'apprêterait notamment à renforcer l'actionnariat de Rhin et Moselle, en faisant revenir dans son capital la Suisse de réassurances. D'autres alliés, des banquiers pourraient également participer à cette réorganisation. Le nom de Paribas circulait même chez les boursiers, tout comme celui de l'assureur Axa Midi. Ce dernier a démenti être intéressé par cette opération.
Les deux conflits sociaux de la rentrée, celui de Peugeot et celui des impôts, ont tenu la vedette pendant la première des deux journées parlementaires du Parti socialiste, mercredi 27 septembre, à Chartres.
Mr Raymond Forni, député de Belfort, partisan de Mr Laurent Fabius, a demandé que le ministre du travail, Mr Jean-Pierre Soisson, refuse les licenciements prononcés par la direction de Peugeot à l'encontre des salariés protégés par un mandat syndical, et que ceux qui concernent des salariés non protégés soient dénoncés comme mettant en cause le droit de grève.
Les dirigeants socialistes et les parlementaires franc-comtois ont reçu, dans l'après-midi, une délégation des fédérations socialistes du Haut-Rhin, de Belfort, du Doubs et de la Haute-Saône. Mr André Sainjon, ancien dirigeant de la fédération CGT de la métallurgie, présent en tant que parlementaire européen élu sur la liste du PS, a jugé Mr Jacques Calvet " représentatif de ce qu'il y a de plus réactionnaire dans le patronat français ".
Mr Pierre Mauroy a exprimé le souhait que le gouvernement exerce " la pression maximum " sur la direction de Peugeot pour que des négociations s'ouvrent. Le premier secrétaire du PS s'est engagé à faire passer ce message à Mr Michel Rocard qui était attendu jeudi matin à Chartres. Les parlementaires ont ensuite adopté une motion en ce sens à l'unanimité des présents.
Un popereniste, Mr Jean-Claude Ayrault, maire de Nantes et rapporteur général à l'Assemblée nationale du budget du ministère des finances,a ouvert le feu sur le conflit des impôts en mettant en cause les ministres responsables, MM Pierre Bérégovoy et Michel Charasse. Mr Ayrault a regretté les " propos parfois durs et provocants " tenus à l'adresse des agents des impôts, et il a déclaré qu'il ne peut, en l'état actuel des choses, recommander d'adoption du budget dont il est le rapporteur.
MM Bérégovoy et Charasse sont fabiusiens. " Il est injuste, a répondu Mr Bérégovoy, de mettre sur le même plan le comportement de la direction de Peugeot et celui de Michel Charasse, donc de moi-même, aux impôts. " Il a rappelé que Mr Charasse et lui-même avaient reçu les représentants syndicaux des agents des impôts le 5 septembre et qu'ils sont prêts à les recevoir de nouveau après le 1er décembre, lorsqu'aura été élaboré un " projet de service ". " Nous dialoguons, a souligné Mr Bérégovoy, mais ils veulent plus, et la question est de savoir si nous pouvons leur accorder ce qu'ils demandent sans mettre en danger l'économie... "
Ils vaquent autour de la forge occupée de l'usine Peugeot de Mulhouse tous les jours, mais ils n'aiment guère parler du conflit. Badge "sécurité" au revers de la veste, les ETAM - employés, techniciens et agents de maitrise - sont avant tout des yeux. Ceux de la direction.
Depuis le début du conflit, le 5 septembre, une centaine de membres du personnel d'encadrement suivent les grévistes pas à pas à l'intérieur de l'usine. Ils sont aux portes lorsque les syndicats décident de bloquer les accès au site.
Et, depuis l'occupation de la forge, ils ne quittent plus la "zone sud" où les grévistes se sont retranchés. Toujours silencieux et toujours groupés. Une "présence" dit la direction, qui a pour but "d'assurer la sécurité". Depuis l'occupation de la forge, le lundi 25 septembre, ils se réunissent par groupes d'une trentaine et se promènent autour du bâtiment plusieurs fois par jour.
Debout aux abords des entrées, ils observent les grévistes. Sans rien dires. Les dialogues sont rares. Le face à face dure parfois plus d'une heure. "On est là pour que tout se passe bien, explique un chef d'atelier. On surveille la grève pour qu'elle ne dégénère pas. On est surtout là pour regarder".
Pour regarder et parfois aussi pour aider, notamment lorsque les huissiers, qui ne connaissent pas les noms de tous les grévistes, dressent leur constat d'entrave à la liberté du travail. Ce sont souvent les ETAM qui les guident discrètement vers les zones agitées où les grévistes bloquent la production. Ce sont eux aussi qui leur glissent à l'oreille le nom des " coupables " lorsque sont établis les constats.
Pour les grévistes, les ETAM restent " ceux des Boquettes ", ces bureaux-aquariums protégés du bruit des ateliers par d'épaisses cloisons de verre. Beaucoup sont d'anciens ouvriers, mais " ils otn tout oublié ", disent les grévistes. En temps normal, les 1 985 cadres de l'usine Peugeot de Mulhouse, qui compte 12 000 salariés, " veillent au bon déroulement de la production, mais, depuis le début du conflit, c'est la grève qu'ils surveillent. Avec de plus en plus de nervosité. Il n'y a plus rien de normal dans cette usine, lance un agent de maitrise. Plus de discipline, plus de rigueur, plus rien du tout. L'occupation de la forge est tout à fait inacceptable. Il ne faut pas exagérer, l'usine ne leur appartient pas. "
Depuis lundi, les grévistes vont et viennent dans l'atelier sans contraintes et sans horaires. " Comme pour nous narguer " disent les ETAM. L'occupation de la forge est, à leurs yeux, une véritable provocation. " Le droit de grève a son corollaire c'est la liberté du travail explique un chef d'atelier. Ici, il est bafoué tous les jours. La direction est désormais en droit, estiment-ils, de " faire redémarrer la forge ".
Comment ? Tous refusent de se prononcer. Il faut que les grévistes s'en aillent, se contentent-ils de répéter. Mais, ils ne partiront pas d'eux-mêmes, au moins dans les prochains jours : les syndicats ne songent pas un instant à lever l'occupation de la forge. Faut-il, dès lors utiliser la force ? Les ETAM détournent la tête, mais certains ont déjà choisi ; lors de la deuxième nuit d'occupation, plusieurs groupes ont harcelé les grévistes pour leur donner " une bonne leçon " : jets de projectiles et de boules puantes, coupures d'électricité et pierres frappées contre les conteneurs au beau milieu de la nuit.
Certaines équipes ont même tenté de détruire les barrages élevés devant les quatre portes de l'atelier. Mais, ces méthodes musclées n'émeuvent guère les groupes d'ETAM de journée qui affirment d'ailleurs, " ne rien savoir de cette nuit agitée ". " Ils les ont simplement empêché de dormir " commente une contremaitre. Et de raconter à son tour les mauvais traitements subis par les ETAM depuis le début du conflit : les insultes lors des face à face, les bousculades le jour du blocage des entrées, la sortie de la forge au son des sifflets le jour de l'occupation.
La direction, qui a mis en place un " état-major de crise ", admet que les personnels d'encadrement sont aujourd'hui " excédés ". Les chefs d'équipe ne saluent plus les grévistes avec lesquels ils travaillaient dans les ateliers il y a encore un mois. " Le plus difficile, ce sera de travailler de nouveau ensemble, conclut un contremaitre. On ne pourra pas tout effacer en un jour et croyez-moi, ici, on a de la mémoire. "
La mobilisation des agents des finances a pris une ampleur supplémentaire après l'évacuation par les forces de l'ordre, mercredi 27 septembre aux premières heures de la matinée, des hôtels des impôts de Nimes et d'Alès (Gard), qui étaient occupés par des grévistes. Les syndicats, qui réclament une revalorisation de trente points d'indice (700 francs par mois environ) et des créations de postes, ont parlé de " provocation ". Par ailleurs, un engin de nature indéterminée a explosé, dans la nuit de mercredi à jeudi, au centre des impôts de Montélimar (Drôme), ne faisant que des dégâts matériels.
Selon le SNUI (autonomes), cinquante-cinq départements sont concernés par la grève des recettes et soixante-dix-huit départements ou directions sont affectés par des grèves reconductibles, alors que quinze centres régionaux des impôts sont paralysés.
Des délégués des chefs de centre, receveurs et inspecteurs principaux des impôts de la région parisienne ont appelé leurs collègues à se joindre au mouvement. Des douaniers ont installé des piquets de grève, mercredi, au centre de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), provoquant l'arrêt du système de dédouanement automatisé. Les syndicats font aussi état d'un durcissement dans l'administration du Trésor.
La guerre des nerfs s'installe à l'usine Peugeot de Mulhouse. Dans la nuit du mercredi 27 au jeudi 28 septembre, une cinquantaine de cadres et d'agents de maitrise se sont de nouveau livrés à des opérations de harcèlement autour de la forge occupée, destinées à empêcher les deux cents grévistes de dormir, nous indique notre envoyée spéciale.
A Mulhouse comme à Sochaux, la publication par le Canard enchainé de l'avis d'imposition de Mr Jacques Calvet, PDG de PSA, a semble-t-il revigoré les grévistes sans pour autant grossir leurs effectifs. Mr Calvet a demandé la saisie de l'hebdomadaire.
Dans un entretien à Paris Match (réalisé avant les révélations du Canard enchainé), Mr Calvet affirme qu'il n'est nullement question pour lui de démissionner. Mr François Périgot, président du CNPF, s'est demandé " qui, aujourd'hui, comparerait les revenus de Yannick Noah avec le salaire de celui qui fabrique sa raquette ". Le ministère du budget a ordonné une enquête administrative afin de déterminer l'origine de la fuite.
Mr Roger Fauroux, ministre de l'industrie, a estimé que les deux parties doivent " absolument " se rencontrer. Mr Jean Bornard, président de la CFTC, demande " un dialogue véritable ", la Confédération européenne des syndicats (CES) juge " inadmissible " le comportement de Peugeot. Mr Henri Krasucki, secrétaire général de la CGT, a, pour sa part, assuré, jeudi, dans une interview à l'Alsace qu'il " n'y a aucune différence entre la méthode Calvet et la méthode Rocard ". Quant à Mr Jean-Marie Le Pen, président du Front national, il a condamné l'attitude de la CGT.
Claude Autant-Lara a été déclaré persona non grata mercredi 27 septembre par l'Académie des beaux-arts, dont il est le vice-président. Cette décision a été prise à la suite des déclarations antisémites du cinéaste à l'encontre de Mme Simone Veil, dans un entretien au mensuel Globe. Les membres de l'Académie ont "exprimé leur opposition à ce que Claude Autant-Lara exerce quelque fonction que ce soit au sein de l'Académie et émis le vÓu de ne plus se trouver en la présence de Mr Autant-Lara".
Ce vote équivaut à une exclusion d'un organisme où les membres sont désignés à vie par leurs pairs et d'où, par conséquent, on ne peut démissionner ou être exclu. Si Claude Autant-Lara se présentait, la séance serait immédiatement suspendue. Il devait devenir président de l'Académie des beaux-arts l'an prochain.
Le repreneur contesté de Pathé-Cinéma, Gian Carlo Parretti, vient de prendre la contrôle de 59 % du capital d'Odeon-TV, un réseau privé de télévision qui couvre principalement la région de Milan et la Toscane. Contrôlée par le PDG de l'industrie laitière italienne Parmalat, Mr Calisto Tanzi, proche des démocrates-chrétiens, Odeon-TV était destinée à être le pendant des réseaux privés de Mr Silvio Berlusconi. Mais l'audience d'Odeon-TV plafonne à 4 %, et le réseau a enregistré des pertes de l'ordre de 100 milliards de lires (500 millions de francs). C'est à la faveur d'une augmentation de capital d'Odeon-TV, qui porte celui-ci à 50 milliards de lires, que Mr Parretti a acquis la majorité, 41 % restant détenus par Mr Tanzi.
Le conflit israélo-arabe va être au centre des entretiens qui ont lieu, entre les responsables de la diplomatie, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU. Par ailleurs, Mr Genscher a réaffirmé l'engagement de la RFA en faveur du respect des frontières en Europe.
Toutes les délégations arabes, à l'exception de celle de l'Egypte, ont quitté la salle, mercredi 27 septembre, lorsque le ministre israélien des affaires étrangères a pris la parole à la tribune de l'ONU. Contrairement aux autres orateurs, ce n'est pas par l'éloge des Nations unies que Mr Moshe Arens a ouvert son discours, mais par une longue et dramatique évocation de l'Holocauste, par le rappel des origines de l'Etat d'Israël, de celles des Nations unies et par la dénonciation de l' " hypocrisie ". Tant que ne sera pas révoquée la résolution par laquelle, en 1975, l'ONU a assimilé le sionisme au racisme, vingt-huit ans après avoir reconnu au peuple juif le droit à un Etat en Palestine, " les décisions des Nations unies, a dit Mr Arens, ne pourront prétendre à aucune autorité morale et un air d'hypocrisie continuera d'envelopper leurs débats ".
Après avoir ensuite longuement décrit les menaces qui encerclent Israël, Mr Moshe Arens a rappelé les principes de l'initiative de paix du premier ministre Shamir (essentiellement l'organisation d'élections dans les territoires occupés), en soulignant qu'il n'y avait pas " d'alternative pour engager un processus de paix ". " Le moment n'est pas venu, a-t-il dit, de tenter d'obtenir des concessions d'Israël en vue d'un règlement définitif. Notre objectif immédiat doit être de mettre fin à la violence et d'engager des négociations. "
Bien qu'il ne l'ait pas évoqué directement, le ministre israélien faisait allusion au plan en dix points proposé par Mr Moubarak et récusait ainsi tout ce qui, dans ce plan, va au-delà des questions de procédure et relève d'un règlement de paix global. " Si les représentants des populations palestiniennes arabes de Judée, de Samarie et de Gaza viennent à la table des négociations conscients non seulement des aspirations de ceux qui les ont élus, mais aussi des droits légitimes et des préoccupations d'Israël, il y a de bonnes chances que ces négociations aboutissent à un accord ", a ajouté Mr Arens. Il a enfin invité les représentants des vingt pays arabes, qu'il a énumérés comme s'il recensait les absents, mais en omettant l'OLP, à venir s'entretenir avec lui.
Après deux premières journées qui, dans la foulée des rencontres américano-soviétiques du Wyoming, avaient été dominées par les questions Est-Ouest et celles du désarmement, le problème israélo-palestinien va devenir le thème essentiel des conversations qui ont lieu en marge de l'Assemblée générale. Mr Moubarak arrive à New-York, où il parlera vendredi à la tribune de l'ONU. Le secrétaire d'Etat américain, Mr James Baker, a eu, mercredi, un entretien avec son homologue israélien, dont à peu près rien n'a filtré. Une rencontre entre eux deux et le chef de la diplomatie égyptienne, Mr Abdel Meguid, est annoncée pour jeudi.
Si les Américains travaillent " en coulisse ", comme en a convenu lui-même le président Bush dans son discours de lundi, ils se gardent bien de monter en première ligne sur cette affaire et sont très chiches en déclarations et commentaires. D'autant plus que deux sons de cloche israéliens se font entendre actuellement aux Etats-Unis. Mr Shimon Pérès est là aussi. Il a eu, à New-York et à Washington, ces derniers jours, des contacts à très haut niveau avec l'administration américaine, y compris avec Mr Bush, auprès de qui il a devancé, lundi, Mr Arens.
La session de l'ONU aura permis, mercredi, au ministre ouest-allemand des affaires étrangères, Mr Genscher, à la fois de rétablir un contact interrompu avec la RDA depuis la crise ouverte par l'exode massif d'Allemands de l'Est ces dernières semaines, et de rassurer très solennellement l'ensemble de la communauté internationale sur les intentions de la République fédérale. Mr Genscher qui a diné, mercredi, avec son homologue est-allemand, Mr Oskar Fischer, n'a pas voulu rendre compte de la partie de leur conversation consacrée à la question des réfugiés. Il a toutefois rapporté la volonté exprimée par Mr Fischer de voir les relations entre les deux Etats allemands se développer normalement.
L'essentiel du discours prononcé le matin à la tribune de l'ONU par le ministre ouest-allemand était une mise au point destinée à couper court aux inquiétudes ou aux procès d'intention que suscite actuellement la République fédérale, et à témoigner de son souci d'éviter tout dérapage et déstabilisation.
Les premiers mots de ce discours ont été pour les Polonais, " premières victimes de l'Allemagne hitlérienne il y a cinquante ans ". " Le peuple polonais, a dit Mr Genscher, peut être assuré que son droit de vivre dans des frontières sûres ne sera pas mis en cause par des revendications territoriales de notre part à nous, Allemands, ni aujourd'hui ni demain. La roue de l'histoire ne fera pas marche arrière. "
Cette réaffirmation du principe de l'inviolabilité des frontières était une réponse directe à l'intervention de Mr Chevardnadze, la veille, à la même tribune.
Ce sont non seulement la Pologne et l'URSS, mais aussi les Occidentaux que Mr Genscher voulait rassurer en réaffirmant ensuite, tout aussi solennellement, la fidélité de la République fédérale aux traités et accords qui fondent actuellement l'ordre européen. L'objectif de l'unité allemande inscrit dans la Constitution n'est pas antinomique de ce cadre juridique, a-t-il ajouté en substance. La RFA entend poursuivre cet objectif avec les autres Etats européens et non contre eux. Autrement dit, Bonn ne remet pas en cause l'existence de la RDA.
Mais la situation actuelle en Europe de l'Est comporte le risque d'une déstabilisation. De la même manière qu'il a appelé les Occidentaux à ne rien faire qui la favorise, Mr Genscher a invité les autorités est-allemandes à ne pas y contribuer par leur immobilisme. Le processus de réformes en cours dans d'autres pays de l'Est est " irréversible, a-t-il dit, aucun pays ne peut y échapper à terme ". " C'est avec une profonde émotion, a-t-il conclu, que nous sommes témoins du sort de ces jeunes gens qui quittent leur foyer. Personne ne peut souhaiter cela. Une politique de réformes offrirait en RDA, comme dans les autres pays de l'Est,des perspectives nouvelles. Elle engagerait ces jeunes gens à rester là où ils ont grandi, là où ils sont chez eux. "
Le premier ministre, Mr Michel Rocard, qui s'est entretenu mercredi soir 27 septembre, pendant plus d'une heure, avec le chef de l'Etat égyptien, Mr Hosni Moubarak, a qualifié de " tout à fait positive " l'initiative égyptienne en dix points, définissant les conditions de création d'un dialogue israélo-palestinien et l'organisation d'élections dans les territoires occupés.
" Il faut chercher par tous les moyens le dialogue dans cette région ", a souligné Mr Rocard à l'issue de son entretien.
Il a précisé qu'il avait évoqué avec le président égyptien les problèmes de la dette du Moyen-Orient, du Liban, ainsi que des conflits africains qu'il n'a pas cités. Mr Moubarak, qui assure depuis juillet la présidence de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), préside le comité de médiation panafricain chargé des différends journaliers entre la Mauritanie et le Sénégal.
On indique, dans l'entourage du chef d'Etat égyptien, qui devait être reçu jeudi matin avant son départ pour New-York par Mr François Mitterrand, que l'entretien a également porté sur la relance du dialogue Nord-Sud et sur les problèmes de remboursement de la dette du tiers-monde.
- Les jours de Mr Joao Soares, fils du président portugais Mario Soares, grièvement blessé, mardi 26 septembre, dans un accident d'avion dans le sud-est de l'Angola, " ne sont pas en danger dans l'immédiat ", a affirmé le ministre sud-africain des affaires étrangères, Mr " Pik " Botha. Mr Soares, ses trois compagnons de voyage (deux autres députés portugais et un ressortissant ouest-allemand) et le pilote ont été hospitalisés à Pretoria. Leur appareil s'est écrasé près de Jamba, où se trouve le quartier général des rebelles de l'UNITA.
La grève se poursuit aux usines Peugeot de Sochaux et de Mulhouse. Mr Soisson a rappelé, 28 septembre, la nécessité de respecter les garanties légales pour l'utilisation d'intérimaires ou le licenciement de salariés protégés. Aux journées parlementaires socialistes, Mr Michel Rocard a invité, jeudi, Mr Calvet au respect des lois sociales (page 9 et page 26 - section C).
La tension est par ailleurs très vive dans les prisons à la suite du mot d'ordre de l'intersyndicale des gardiens visant à " paralyser l'appareil judiciaire ". Des violences ont eu lieu à Draguignan, où la police est intervenue après un début de mutinerie des détenus. Mr Arpaillange devrait recevoir jeudi les syndicats de gardiens (page 16 - section B).
- Un sanglant affrontement entre les deux principaux partis politiques namibiens engagés dans la campagne en vue des élections pour l'Assemblée constituante du 7 novembre a fait au moins dix-sept blessés, mardi soir 26 septembre, à Katatura, la grande township noire de Windhoek, la capitale. Il a opposé partisans de la SWAPO et leurs adversaires de l'Alliance démocratique Turnhalle (DTA).
Après l'embellie de l'été, les cotes de popularité de MM François Mitterrand et Michel Rocard se sont sensiblement dégradées, selon les résultats du sondage réalisé par l'IFOP et publié, le 24 septembre, dans le Journal du Dimanche. 43% des personnes interrogées (au lieu de 50% au mois d'août) se déclarent satisfaites de l'action du président de la République, tandis que 36% (au lieu de 32%) portent un jugement négatif à son égard. De même, 43% des personnes interrogées (au lieu de 52%) ont une bonne opinion du premier ministre, tandis que 31% (au lieu de 27%) s'en déclarent mécontents.
Les deux enquêtes n'ont pas été réalisées suivant la même méthode. Tandis qu'au mois d'août mille personnes avaient été interrogées par téléphone du 28 au 31 août, deux mille vingt-trois l'ont été, cette fois-ci, du 11 au 18 septembre, suivant la technique du face-à-face, comme c'est le cas d'habitude.
Les électeurs du Parti socialiste demeurent les plus solides soutiens du chef de l'Etat et du premier ministre : 85% d'entre eux (au lieu de 81% en août) déclarent avoir une bonne opinion de Mr Mitterrand, tandis que 77% (au lieu de 75%) pensent de même à l'égard de Mr Rocard. En revanche, 36% des sympathisants de l'UDF (au lieu de 53%) et 32% de ceux du RPR (au lieu de 42%) portent un jugement négatif à l'égard du premier ministre. 19% des électeurs de l'UDF et 21% de ceux du RPR se déclarent également mécontents de l'action du président de la République.
Le marché unique européen inquiète les associations. Elles s'y préparent en réclamant plus de cohérence aussi bien en leur sein que du côté de l'Etat.
Nul doute, la création du marché unique européen représente un sujet d'inquiétude pour les associations. L'inquiétude est d'autant plus grande que l'on connait très mal nos voisins dans ce secteur très particulier qu'est la vie associative. Lors de la dixième Rencontre nationale de ses sociétaires, jeudi 21 septembre, le Crédit coopératif a organisé un atelier sur le thème " Association : quel avenir ? ". Cela a été l'occasion de faire un état des lieux en France.
Depuis la fin des années 70, les associations subissent un grand chambardement avec le repli de l'Etat-providence et la décentralisation, qui ont abouti à une redistribution des sources de financement. On peut se demander dans quelle mesure la deuxième onde de choc que représentera le marché unique affectera les associations encore convalescentes.
La prospective a bien sûr ses limites mais on peut toujours, comme l'a fait Mme Sylvie Tsyboula, directeur général adjoint de la Fondation de France, dégager les éléments prévisibles de l'évolution de notre société à court et à moyen terme. Ainsi, parmi les tendances lourdes, on peut citer entre autres : une démographie qui piétine, un allongement de la durée de la vie et une volonté persistante des femmes à s'accrocher sur le marché du travail. Parmi les données moins prévisibles, on classe : la persistance de la faillite de l'Etat-providence, l'incrustation d'une société à deux vitesses avec une aggravation du nombre des exclus. Il semble cependant que les associations colmatant les failles de l'Etat ne sont pas près de disparaitre ; l'école, qui ne joue pas à plein son rôle d'insertion, continue aussi à avoir besoin d'associations-béquilles. De même, l'hôpital, qui traverse une crise profonde, doit s'appuyer pour un moment encore sur les militants d'associations qui peuvent apporter plus de chaleur dans les rapports humains... Mme Tsyboula souligne cependant le danger qu'il y a de voir ces organisations d'aide aux démunis s'essouffler : " Elles manquent de bras et de financements. " Répondant à des besoins accentués par la crise, elles devront rapidement bénéficier d'un regain de militantisme ou de plus de subsides si l'on veut qu'elles répondent correctement à la demande.
Du côté du loisir et de la culture, l'horizon est globalement clair : " On vit bien et même de mieux en mieux, sauf dans le tourisme où la concurrence est très forte et risque de s'accentuer dans les années à venir. De même, toutes les associations s'occupant d'alcoolisme, de drogue, de violence, de la protection des animaux et de l'environnement n'ont pas trop de soucis à se faire. "
S'appuyant de façon significative sur des subventions provenant des organisations communautaires et sur les collectes de fonds, les associations humanitaires intervenant dans le tiers-monde ont davantage de sujets d'inquiétude. Comme l'a expliqué Mr Bernard Holzer, secrétaire général du Comité catholique contre la faim et pour le développement, les Anglo-Saxons possèdent une avance sur la France dans les techniques de collecte de fonds. D'autre part, il parait urgent de comparer les avantages fiscaux proposés par les différents pays, car ces avantages joueront auprès des donateurs dans l'envoi de leurs dons.
Mr Daniel Bruneau, responsable du développement à l'Association des paralysés de France, qui n'est pas tendre dans son analyse de la politique suivie ces dix dernières années, ne l'est pas plus avec le discours du monde associatif. Selon lui, on nage des deux côtés dans l'incohérence. " Contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays, il n'y a pas de statut fiscal propre aux associations en France. Les dégrèvements fiscaux sont attribués suivant des critères difficiles à comprendre. Ainsi la fiscalité des associations s'occupant des sourds est différente de celle des associations d'aveugles. " Le droit fiscal est fixé non pas en fonction de la structure mais de la nature de l'activité (notion subjective et fluctuante de l'intérêt général). Comme il y a très peu de " spécialistes associations " dans les services fiscaux, on peut avoir des différences significatives d'une région à l'autre, avec des régions qui imposent une taxe à un certain type d'associations et d'autres qui ne le font pas.
Mais l'incohérence est plus globale. " D'un côté, vous avez le gouvernement, qui dit avoir de moins en moins d'argent à offrir aux associations et encourage celles-ci à diversifier leurs activités ; de l'autre, vous avez un fisc qui a une vision archaique du monde associatif. Il soutient que celui-ci ne doit pas faire de bénéfices, alors qu'il n'a seulement pas le droit de les répartir entre ses membres (il peut en revanche les réinvestir) ; de même, il estime que les permanents ne doivent pas être trop payés et ne veut pas que les associations aient recours à des activités commerciales. "
Face à cette situation, l'attitude du monde associatif n'est peut-être pas appropriée. " Il présente des revendications hétérogènes et fluctuantes, et la compétence laisse à désirer. " On constate qu'il vit la fiscalité de façon pénalisante et que, dans son souvenir, la dimension politique des subventions, tant récriée autrefois, s'estompe...
Selon Mr Bruneau, la question qui se pose actuellement pour l'Etat, c'est de savoir si les associations sont indispensables à la vie moderne et sociale. " Si oui, il lui appartient d'en faciliter le fonctionnement et d'en assurer une partie des charges, soit directement par le biais des subventions, soit indirectement au moyen de la fiscalité sur le public ou sur les associations. "
D'un côté, de plus en plus de Français souffrent de solitude, de l'autre, des associations cherchent désespérément des volontaires bénévoles. Mais, comment les faire se rencontrer ? Depuis dix ans, le Centre national du volontariat (CNV) (1) s'emploie à mettre les uns et les autres en relation grâce à ses quarante-cinq centres implantés en France. Quarante-cinq centres, c'est beaucoup et peu à la fois.
L'expérience a montré que les habitants de la campagne, ceux des petites et même ceux des moyennes villes échappent aux mailles du réseau. Aussi, ce n'est pas sans intérêt que le CNV a étudié l'offre d'Associc-Services (2) d'abriter sur son minitel un secteur offre et demande de bénévoles. Après plus d'un an d'études, Associc-Services a mis au point, gratuitement (il récupère une partie des fonds investis sur les appels), un logiciel. Le kiosque a été ouvert à la fin du printemps dernier (3).
Il est encore trop tôt pour faire un bilan mais déjà de grandes tendances se dessinent. Malgré le peu de publicité faite jusqu'ici, les appels augmentent à un rythme régulier. Les plus nombreux à pianoter sont les jeunes. Se gardant d'une interprétation hâtive, Mr Claude Biltz, un retraité qui s'occupe bénévolement du Minitel-Volontariat, a cherché à comprendre pourquoi.
La réponse est venue rapidement : les personnes âgées sont rebutées a priori par le minitel et encore plus quand il leur est demandé de faire plusieurs manipulations, plusieurs recherches. Le CNV étudie avec Associc-Services les possibilités d'un accès simplifié.
Du côté des associations, les tâches proposées nécessitent un investissement personnel moyen variant entre deux et cinq heures par semaine. Elles concernent surtout le secrétariat, l'informatique, la gestion ou la recherche des fonds.
On trouve également une demande importante de volontaires pour rendre visite aux enfants hospitalisés, s'occuper des personnes âgées ou handicapées et pour aider scolairement les enfants en difficulté. Ces dernières propositions restent rarement longtemps sans réponse car elles correspondent à l'attente des jeunes.
Le service est actuellement mis à jour toutes les quarante-huit heures mais il devrait, dans quelque temps l'être toutes les vingt-quatre heures. Le CNV contrôle, autant que faire se peut, les offres et demandes. Il veille à ce que ne se glissent pas des annonces indélicates et que ne soient pas proposées des tâches qui normalement nécessiteraient l'embauche d'un permanent salarié.
Plus qu'une simple modernisation de ses outils de communication, le minitel peut être pour le CNV un défi. Il devrait procurer une meilleure adéquation de l'offre et de la demande de bénévoles, élargir la " clientèle ", permettre une recherche plus rapide et donc procurer à tous une plus grande satisfaction.
Les chefs d'entreprise européens sont favorables à une monnaie commune : selon un sondage Gallup (1) effectué à la demande de l'Association pour l'action monétaire de l'Europe, 83 % d'entre eux se prononcent pour et seulement 10 % contre.
En tête viennent les Italiens, avec 94 % d'avis favorables, suivis des Espagnols (92 %) puis des Belges et des Français, ex aequo à 90 %. Les plus réticents sont (sachant que cette enquête n'a été réalisée que dans sept pays de la Communauté, le Danemark, la Grèce, l'Irlande, le Luxembourg et le Portugal en étant exclus) les Allemands (69 % d'avis favorables) et les Britanniques (65 %).
Les trois quarts des dirigeants en faveur d'une monnaie commune estiment que les monnaies nationales devraient progressivement disparaitre. Mais l'association entre les deux concepts de monnaie commune et de monnaie unique est moins développée en France et dans les Pays-Bas que dans les autres pays couverts par l'étude. En revanche, elle est réelle en Belgique, en Italie et même en RFA.
Mr Laurent Fabius soumettra au bureau de l'Assemblée nationale, qui se réunira le lundi 2 octobre, jour de la rentrée, un certain nombre de propositions destinées à améliorer le travail parlementaire. Il devait exposer celles-ci jeudi 28 septembre aux députés socialistes réunis en journées d'études parlementaires à Chartres.
Le souci principal du président de l'Assemblée nationale est de rechercher des remèdes au "déséquilibre de nos pratiques institutionnelles" et plus précisément à "la faiblesse persistante depuis 1958 de notre pouvoir législatif."
Mr Fabius se défend de vouloir "mettre sens dessus-dessous nos institutions qui prévoient un président et un gouvernement forts" mais il ajoute : "Une chose est la force, une autre est la toute-puissance." En revanche, pour assurer un meilleur contrôle de l'exécutif, il propose diverses mesures nouvelles : un nombre minimum de séances de l'Assemblée nationale serait réservé à l'examen de propositions de loi d'origine parlementaire alors que la pratique de "l'ordre du jour prioritaire" accorde au gouvernement le quasi monopole de l'initiative des lois. Cette réforme peut intervenir sans texte de loi et s'appliquer dès cette session.
Une autre proposition de Mr Fabius porte sur l'organisation du suivi de l'application et de l'évaluation des lois votées. Il s'agit, selon lui de " combler le fossé entre la décision et son application " une fois que celle-ci a pu montrer des lacunes que le législateur n'avait pas imaginées.
La législation européenne prenant plus d'importance, il est nécessaire d'élargir la composition, la compétence et les moyens des délégations parlementaires pour les Communautés européennes comme cela a été convenu avec le Sénat et entre les Parlements des Douze au cours de leur réunion de Madrid en juin dernier. Mr Fabius souhaite aussi que chaque semestre, avant chaque changement de présidence de la Communauté, le gouvernement vienne devant le Parlement pour faire un bilan car " il n'est pas admissible que les décisions communautaires soient prises hors de tout contrôle démocratique ".
Le président de l'Assemblée nationale voudrait également développer le contrôle du Parlement sur le pouvoir administratif pour corriger les modalités d'application des lois ; sur le pouvoir scientifique avec l'Office d'évaluation des choix scientifiques et technologiques créé avec le Sénat en 1983 ; et sur le pouvoir économique en fournissant aux députés de nouveaux moyens d'investigation.
Quant à l'" ouverture " de l'Assemblée nationale sur l'extérieur, Mr Fabius veut aussi la développer. Après avoir permis l'accès de certaines séances des commissions permanentes à la presse, il souhaite étendre cette disposition aux comissions d'enquête et de contrôle.
Enfin, le président de l'Assemblée veut trouver des remèdes à l'absentéisme, qui est, " à la fois inévitable, visible et mal ressenti ". Il estime qu'"une piste de solution passe par une meilleure différenciation entre les séances plénières et les travaux en commission. La plupart des textes de lois pourraient fort bien être examinés et adoptés en commission, générale ou spéciale, après discussion entre députés qui veulent tout spécialement s'intéresser à la question, quitte à être ratifiés en séance plénière. Les séances plénières, elles, seraient moins nombreuses qu'aujourd'hui et réservées à des débats plus politiques. Le Parlement retrouverait alors son rôle d'enceinte où s'expriment et se contrôlent les grandes décisions, sous la présence effective des députés et avec le relais des médias ".
Ces réformes seront sans doute perçues par l'ensemble des groupes politiques comme un effort louable de revalorisation de l'institution parlementaire. Certaines, toutefois, soulèveront des objections et la dernière risque même de rencontrer des obstacles juridiques et constitutionnels.
Y a-t-il une deuxième "méthode Rocard" ? A l'automne 1988, Mr Michel Rocard, premier ministre fraichement promu, surprenait en gérant "au coup par coup" les conflits dans la fonction publique. Un an après, il "globalise" la négociation et prend les devants en proposant un "pacte de croissance". Celui-ci pourrait intéresser au premier chef les fonctionnaires ; mais, s'ils en sont d'accord, les acteurs du secteur privé doivent pouvoir en bénéficier. Cette deuxième méthode serait-elle la vraie "méthode Rocard" ?
Rocard souhaitait, dans les entreprises, la signature d'un "nouveau contrat". Au début de 1988, les clubs Convaincre - dont la fonction est alors de nourrir ses réflexions et ses propositions - ont publié un ouvrage (2) où ils proposent un tel "contrat" en (déjà) trois volets : négociation "contractuelle" et "décentralisée" sur la réduction et l'aménagement du temps de travail (pour lutter contre le chômage), la formation et les salaires. Quand Mr Michel Rocard arrive à Matignon, tout le monde l'attend sur le terrain social. Il parle compromis, dialogue, contrat. Pendant sa précampagne "présidentielle", il avait proposé un "nouveau pacte social" réintroduisant le "qualitatif" dans la négociation salariale (1). Mr
En somme, Mr Rocard arrive à Matignon muni d'un réel corpus théorique sur la politique sociale. Pourtant, à peine installé, il fait l'inverse de ce qu'on attend de lui. Pris de court par l'explosion des conflits dont il n'avait prévu ni la force ni la simultanéité, il doit laisser son projet dans les tiroirs et parer au plus pressé : éteindre les incendies, tout en " lâchant " le moins possible. Le nouveau premier ministre s'est vite convaincu que la conjoncture économique ne lui donne pas - en dehors d'un coup de pousse de 1 % accordé de façon unilatérale et préventive - le " grain à moudre " qui nourrirait une négociation salariale globale. Sur le terrain, il découvre, avec les infirmières, la négociation métier par métier. Une approche dont il usera, et même abusera, tout au long de l'hiver.
Au terme d'une période confuse, les grèves s'arrêtent sans que le premier ministre ait réuni le " Grenelle " de la fonction publique que lui réclament ses amis socialistes. Mr Rocard, néanmoins, a obtenu que 95 % des salariés du secteur public finissent par être couverts par contrat salarial signé avec la majorité des organisations syndicales.
Début 1989, le cabinet tire les leçons de l'hiver qu'il vient de vivre. Selon l'expression employée par l'un des principaux artisans de cette réflexion, on réfléchit sur "les forces et les limites " aussi bien du contrat salarial global que du traitement par métier. Conclusion : la combinaison des deux est nécessaire, mais dans une proportion inverse de celle de 1988 : il faut plus de contractualisation globale et un traitement métier par métier appliqué de façon " plus exigeante et restrictive ". C'est-à-dire uniquement dans les secteurs où sera engagée une action de modernisation.
Ce critère devrait éviter les hésitations de 1988, quand les situations d'injustice, devaient, pour être corrigées, être " reconnues par l'opinion ". Il s'agit aussi de responsabiliser davantage les syndicats. En contrepartie de cette sélectivité, une réflexion sur l'évolution technique des emplois du cadre B (contrôleurs, techniciens supérieurs...), laissée de côté en 1988, se profile pour 1989.
Le pacte de croissance, concrétisé, cette année, par l'octroi d'une " prime de croissance ", est, évidemment, l'aspect le plus spectaculaire de l'extension du champ de la négociation salariale globale. Si cette proposition correspond aux idées de Mr Rocard, sa mise en musique relève d'une collaboration étroite avec Bercy (M. Rocard devait, d'ailleurs, souligner à Chartres, sa parfaite entente avec Mr Pierre Bérégovoy).
" C'est un enfant commun Rocard-Bérégovoy ", dit-on à Matignon. Dans l'affaire, le cabinet du premier ministre affirme ne pas prétendre à l'originalité, mais à l'efficacité. Le ministre des finances, le premier, dit-on, a eu l'idée d'une prime liée à l'évolution de l'économie. Mr Rocard a, ensuite, fait la relation avec son idée de " pacte social " et ainsi de suite. " Il n'y a pas de changement de pied, soutient un conseiller du premier ministre. Chaque chose arrive en son temps, en fonction du contexte."
Dès la remise à Mr Michel Durafour du rapport Guilhamon sur les négociations salariales dans la fonction publique, fin novembre 1988, Matignon a entamé une réflexion qui n'a pas pu aboutir dans cette période agitée et sera, plus tard, nourrie des leçons, déjà évoquées, des conflits de l'automne et de l'hiver. En avril, lorsque Mr Michel Rocard, lors de l'émission " Questions à domicile " de TF 1, évoque le théorème des " trois tiers " (un tiers de la croissance pour l'emploi, un tiers pour l'investissement et la formation, un tiers pour le pouvoir d'achat), théorème qui, là aussi doit au moins autant aux finances qu'à Matignon, le lien n'est pas encore fait avec l'idée du " pacte " social. Au bout du compte, la synthèse de tous ces éléments donnera les orientations annoncées à la fin de l'été par le gouvernement.
Une fois que le principe d'un pacte de croissance est arrêté, il reste encore à vérifier un détail avant de l'annoncer : mieux vaut éviter de proposer ce pacte si l'amélioration de la situation économique ne permet pas qu'il se concrétise tout de suite par une prime... Le gouvernement attendra la mi-juillet pour être sûr qu'il disposera du " plus " de croissance nécessaire. Il est alors prévu de rendre cette proposition publique au début de l'automne. La mauvaise humeur des socialistes en décidera autrement.
Dès la deuxième quinzaine d'août, les " éléphants " du PS, certains poids lourds du gouvernement, relancent leurs critiques à l'encontre de la politique suivie. C'est pourquoi Matignon presse le mouvement, et rend publique son idée dès la fin août, afin de couper court à ce mouvement, quitte à susciter de nouvelles critiques, de la part des syndicats cette fois, dont certains auraient aimé être mis au courant au préalable.
La proposition d'une " prime de croissance " est évidemment le gros morceau d'un dispositif d'anticipation et de prévention des conflits sociaux pour l'automne. S'ajoute, dit-on à Matignon, une " écoute sociale " plus attentive, notamment dans chaque ministère, afin de déceler les tensions en amont avant leur point d'éclatement. Une stratégie, dite familièrement des " palpeurs sociaux ", ce qui alimente au sein du cabinet les plaisanteries que l'on peut imaginer...
Il est trop tôt pour savoir si Mr Rocard empêchera la température sociale du secteur public de monter en passant, comme l'expliquent ses collaborateurs, du principe du maintien du pouvoir d'achat en 1988 à celui d'une progression en 1989. En revanche, il semble clair, dès maintenant, que Mr Rocard ne parviendra pas à calmer les troupes de son propre mouvement politique dont une partie, il est vrai, est à l'affût de toutes les occasions pour attaquer le premier ministre. Ainsi, lors de la première des deux journées parlementaires socialistes à Chartres (lire par ailleurs), des députés ont-ils demandé avec insistance que Mr Rocard mette fin au conflit des impôts et intervienne dans celui de Peugeot.
Seul le premier relève de l'autorité directe de l'Etat. S'il s'éternise, c'est en partie parce que Mr Rocard et son cabinet jugent précisément que, parmi les fonctionnaires, ceux des impôts sont loin, financièrement parlant, d'être les plus mal lotis. En théorie, ils n'ont donc pas grand-chose à espérer. Tous se passe comme si Mr Rocard usait avec eux de sa tactique du printemps en Corse : l'usure.
Quant à Peugeot, Mr Rocard, jeudi à Chartres, a rappelé Mr Jacques Calvet au respect de la législation sociale, en particulier sur les licenciements et se féliciter que sa méthode soit l'exact opposé de celle du patron de Peugeot. Il s'agit de la seule intervention dans le conflit qui soit, pour le moment, envisagée.
L'ironie de l'histoire aura voulu qu'après avoir pris soin de " déminer " autant que possible le terrain social dans le secteur public, ce soit du privé que viennent les premières difficultés de la rentrée. L'automne dernier, la contagion n'avait pas gagné du public au privé. Gagnera-t-elle, cette fois, du privé au public ?
Budget 1990. - Les deux économistes du groupe centriste, MM Edmond Alphandéry et Bruno Durieux, n'ont pas la même appréciation du budget 1990. Si tous deux désapprouvent le rejet en bloc de ce budget par le groupe RPR, Mr Alphandéry s'est tout de même montré nettement plus critique que Mr Durieux. Pour Mr Durieux, le budget doit être mesuré " à l'aune d'une politique économique ". Les mesures présentées sont satisfaisantes, en ce qu'elles ne sont " ni inflationnistes ni menaçantes pour la stabilité monétaire ", affirme-t-il. Il a en outre souligné que ce budget " permettait l'investissement et préparait en partie l'échéance européenne ". " On ne peut pas dire, comme Mr Juppé, que c'est un budget " nul ", ni condamnable ", observait Mr Durieux, qui estime que " la loi de finances constitue une base amendable ". " Nous devons être crédibles et continuer de voter vrai ", observait le député du Nord.
Pour Mr Alphandéry, ce budget est " décevant ", car il reste " au milieu du gué " alors que les conditions - prévisions de croissance économique optimistes et rentrées fiscales importantes - auraient dû inciter le gouvernement à prendre davantage de risques, notamment sur la taxe professionnelle et la baisse de la TVA. Mr Alphandéry s'est, en outre, déclaré hostile à la création d'une tranche supplémentaire de l'impôt sur la fortune qui reste, à ses yeux, un impôt "stupide". "Le problème est de savoir si on entre ou non dans le jeu du gouvernement. Oui, ce budget va un peu vers l'Europe. Oui, il réduit un peu la dette. Oui, il comporte des mesures en faveur de l'épargne, observait Mr Alphandéry, mais nous devons définir ce que nous voulons et distinguer des priorités." Pour Mr Alphandéry, ces deux priorité, la lutte contre le chômage et l'amélioration des salaires directs, ne sont pas suffisamment affirmées.
Cette position plus sévère semblait remporter l'adhésion de la majorité du groupe centriste, soucieux aussi de ne pas renouveler durant cette session le jeu des "marchandages" de couloirs avec le gouvernement qui ont souvent été mal perçus par l'opinion publique.
Financement des partis. - Contrairement à l'UDF, qui n'est pas encore parvenue à définir une position claire sur le projet de loi relatif au financement des campagnes électorales et des partis politiques (le Monde du 27 septembre), les députés centristes se sont déclarés favorables à l'adoption de ce texte. Porte-parole au sein de son groupe, Mr Jean-Jacques Hyest a notamment déclaré : "A condition que l'amnistie soit supprimée, il serait de notre honneur de voter ce texte, quoi qu'en pensent les autres, et d'être les hérauts de la moralisation de la vie politique."
Le bureau politique du Front national a nommé Mr Fernand Le Rachinel, le 25 septembre, au poste de délégué national à la propagande. Il "travaillera en liaison avec Dominique Chaboche", vice-président du FN jusque-là chargé de la propagande.
Le groupe centriste se prononce contre une nouvelle candidature du président sortant et propose que les sénateurs UDF présentent un candidat commun.
Les sentiments seraient-ils interdits en politique ? Un sénateur d' " expérience " qui voyait Mr Alain Poher s'éloigner accompagné de son seul directeur de cabinet, le sénateur de Paris Bernard Guyomard, n'a pu retenir un " C'est bien triste... " un peu ému. C'était en effet un homme blessé qui sortait de la réunion de ses collègues - on n'oserait dire, amis - centristes, mercredi 27 septembre. Il était 16 h 20. Cela faisait près d'une heure et demie que Mr Poher s'entendait dire, dans un huis clos somme toute public, ce que beaucoup lui avaient déjà dit en privé.
Une dizaine de sénateurs sont intervenus pour exprimer au " président " l'affection qu'ils lui portaient, et le regret qu'ils avaient à lui demander de se retirer dans son intérêt, dans le leur, dans celui du Sénat, dans celui de leur famille politique...
Mr Poher a répondu à tous et à chacun en faisant montre d'une compréhension que d'aucuns auront jugée, sinon pitoyable, du moins pathétique, avec des formules du style : " Vous auriez dû venir m'en parler ; il est normal que les jeunes veuillent aller vite... "
Ses réponses n'auront pas plus convaincu que son propos liminaire. Lisant quelques feuillets dactylographiés, Mr Poher avait tenté de justifier sa candidature. Il s'était présenté comme "décidé à combattre pour l'union de l'opposition". Il avait expliqué qu'il n'avait pas fait part plus tôt de son intention de se représenter afin de ne pas troubler la campagne électorale sénatoriale. Il avait répété vouloir éviter les querelles personnelles que pourrait provoquer sa succession. Il avait résumé son objectif : faire du Sénat non pas une "vitrine de la désunion", mais un "laboratoire de l'union". Il avait, enfin, voulu lever une hypothèse - non, il n'était pas l'homme de Charles Pasqua : "Quand je lui ai dit non, il m'a obéi", a-t-il assuré.
A l'évidence, les sénateurs centristes sont moins obéissants que le président du groupe RPR, et l'autorité de Mr Poher ne les impressionne plus guère.
Mr Poher serait-il tout à fait, complètement, irrémédiablement, mis au ban de son propre groupe ? Mr Jean Cluzel, que Mr Poher était venu soutenir dans l'Allier, lui a apporté son appui. Mr André Fosset, élu des Hauts-de-Seine, a fait valoir qu'à ce petit jeu les centristes risquaient de perdre la présidence et qu'il y aurait bien des difficultés à trouver un successeur... ce qui n'avait échappé, à vrai dire, à personne.
Comme il l'avait fait le matin même sur RMC, puis au déjeuner qui réunissait le bureau du groupe de l'Union centriste, Mr Jean Lecanuet, relayé sur ce thème par Mr Pierre Méhaignerie, a plaidé pour un vote de l'ensemble des sénateurs UDF. Après un entracte d'une vingtaine de minutes, les sénateurs centristes se sont retrouvés en l'absence de Mr Poher, et ils ont voté, syndrome de Vichy oblige, à bulletins secrets. Tout comme fut secret le dépouillement effectué par Mr Daniel Hoeffel, président du groupe, chargé d'en transmettre les résultats à l'intéressé. Si les chiffres ne sont pas connus, en tout cas les pointeurs sont formels : les quelque quarante votants se sont partagés mais avec une majorité hostile à la candidature de Mr Poher.
Avant d'apprendre cette fâcheuse nouvelle, le candidat-président avait subi une autre épreuve : MM Pierre Laffitte et Raymond Soucaret, vice-présidents du petit groupe du Rassemblement démocratique et européen (censé représenter l'aile centre gauche de la majorité sénatoriale), étaient venus l'informer que par vingt voix contre une (celle de Mr Louis Brives, élu du Tarn et âgé de soixante-dix-sept ans) et une abstention, ils avaient décidé de ne pas le soutenir. A croire Mr Laffitte, qui vient de retrouver son mandat de sénateur des Alpes-Maritimes, Mr Poher n'aurait guère réagi à cet " élément d'information ".
Mr Poher peut-il être surpris du vent de fronde qui s'est levé au lendemain de l'annonce publique de sa décision de solliciter à quatre-vingts ans, pour la septième fois, la reconduction d'un mandat qu'il détient depuis 1968 ? A l'évidence, il ne s'y attendait pas ; à l'évidence, son étonnement, aussi grand soit-il, ne le conduit pas à envisager de renoncer. Mr Pierre Bordry, son conseiller spécial qui avait été déclaré persona non grata à la réunion du groupe centriste, et que beaucoup soupçonnent d'être à l'origine de l'obstination de Mr Poher, assurait, il y a peu de temps encore, que le "président " non seulement serait candidat mais qu'il le serait jusqu'au troisième tour le 2 octobre, car il n'est pas " homme à abandonner un combat qu'il a décidé de mener ".
Fort du seul soutien officiel de Mr Charles Pasqua et du gros des troupes RPR (mais pas de la totalité), rappelé encore par lettre mercredi, Mr Poher ne peut plus compter que sur les divisions de ses " amis " dont le seul point commun est l'opposition à sa reconduction. Jusque-là assez prudents, les successeurs potentiels commencent à se dévoiler. Le premier à le faire est Mr Etienne Dailly qui, à l'unanimité moins un bulletin blanc (le sien), s'est vu demander par son groupe du RDE d'être candidat. Muni de cette " autorisation ", le vice-président radical commence au grand jour une campagne qu'il a entamée depuis bien longtemps déjà, ne voulant pas croire qu'à l'automne 1989 Mr Poher serait de nouveau en lice.
Le processus de la multiplication des candidatures est enclenché. Les républicains et indépendants, qui, dès mardi, avaient fait savoir à l'unanimité moins une abstention qu'ils recherchaient une autre solution que celle du président sortant, se sont retrouvés jeudi matin pour prendre acte de la demande des centristes d'" examiner avec l'ensemble des sénateurs UDF les conditions dans lesquelles peut être envisagée une candidature unique ". L'initiative leur a semblé pour le moins tardive. Les sénateurs R.I. ont confirmé leur non-soutien à Mr Alain Poher et ils ont décidé de présenter leur propre candidat qu'ils choisiront lundi.
Une première étape a été franchie en quarante-huit heures : la réélection de Mr Poher est lourdement hypothéquée. Y ont contribué, pour une part non négligeable, les sénateurs qui reviennent de leur campagne électorale et qui ont entendu leurs grands électeurs proférer des mots sévères sur l'image du Sénat donnée par son président. Les sénateurs ont aussi lu la presse nationale et régionale qui n'a guère été tendre pour leur assemblée et celui qui la préside. La mayonnaise a pris. " Il y a une incompréhension de l'opinion, et cette incompréhension peut se retourner contre nous ", explique Mr Méhaignerie qui a tenté de dissuader Mr Poher, pour la première fois, mardi soir 26 septembre après un diner au Plessis-Trévise.
La deuxième étape dépend de la capacité d'entente au sein de l'UDF, de la détermination des centristes et des leçons qu'en tirera le RPR.
Certaines images en disent plus long, parfois, que bien des commentaires. Ainsi, mercredi 27 septembre, le déjeuner de la journée parlementaire du groupe UDC à Plessis-Trévise (Val-de-Marne), qui vit ensemble attablés Mr Pierre Méhaignerie, le président de ce groupe, et ses deux invités, Mr Charles Millon étrennant là ses nouvelles fonctions de président du groupe UDF, et Mr Bernard Pons, leur homologue du RPR.
Farouche adversaire au printemps dernier de la rénovation, Mr Pons était déjà, en venant à ce rendez-vous, dans ses petits souliers. Bien qu'en grand professionnel il se soit efforcé de ne rien trahir de ses sentiments, il dut être au fil des plats encore plus mal dans son assiette tant la complicité naturelle entre Mr Méhaignerie et Mr Millon était par tous visible. Comment aurait-il pu en être autrement ? Même éducation traditionalo-chrétienne, même style, même enracinement dans les terres de province, même médaille d'ancien combattant du barrisme, ces deux hommes au centre du manège politique ne peuvent que s'entendre comme larrons en foire de la rénovation.
L'an dernier, quand il rêvait encore à la constitution d'un grand parti du centre, Mr Méhaignerie songeait à faire de Mr Millon le secrétaire général de cette formation. Si ce rêve ne s'est peut-être pas au fond d'eux-mêmes dissipé, les voici tous deux visiblement prêts pour de nouvelles aventures communes.
La plus immédiate est la mise en place de l'intergroupe parlementaire de l'opposition à l'Assemblée nationale. Bien entendu, MM Méhaignerie, Millon et Pons ont été tous trois d'accord pour réaffirmer officiellement que cette structure devait permettre d'instaurer de "meilleures relations de travail et de confiance". Mais en réalité cette aventure-là parait bien périlleuse. Au vu de ce petit épisode de mardi, la simple cohabitation entre MM Méhaignerie, Millon et Pons n'apparait pas évidente. Des problèmes de méthode subsistent également. Cet intergroupe fonctionnera-t-il pour tous les textes et comment ? Le principe du vote par tête semble admis. Toute la question est de savoir si ce vote sera effectué à main levée comme le souhaite Mr Pons ou à bulletin secret comme le réclament les centristes.
Ce qui s'est passé cette semaine tant au groupe UDF qu'au Sénat montre que la discipline démocratique du vote secret peut changer bien des choses.
Enfin, autre problème : le droit de veto que pourraient exercer les chefs de formations politiques sur les textes à soumettre ou pas aux délibérations de l'intergroupe. Le RPR est pour les centristes contre, redoutant, à l'instar de Mr Jacques Barrot, que "cet intergroupe devienne une affaire d'état-major". L'affaire est d'importance pour les semaines à venir, mais surtout à moyen terme pour le devenir de l'opposition. Volontaires pour un essai de trois mois, les centristes n'accepteront sans doute pas un intergroupe strictement formel.
En revanche, si cette structure devenait un exemple de démocratie interne, les débats risquent d'être rudes, à commencer par celui sur le budget, voire ceux sur des textes aussi périlleux que le projet de réaménagement de la région parisienne qui a mis le RPR en alerte maximale. La réussite de cet intergroupe serait cependant la première démonstration que la fusion de toute l'opposition en un seul mouvement est possible. C'est ce que souhaite Mr Dominique Baudis. Mais peu de ses amis parient en fait sur cette hypothèse. Les dirigeants centristes préfèrent tabler sur la constitution naturelle et logique au sein de cet intergroupe et à travers le tamis de l'examen des textes de loi de deux grandes forces : républicaine autour du RPR et démocrate autour du nouvel axe Méhaignerie-Millon. Avec d'autant plus d'empressement qu'ils ne veulent pas laisser au nouveau président du groupe UDF le soin d'incarner à lui seul un centre bien arrimé dans l'opposition à côté d'un autre centre toujours flottant.
A côté de quelques rares projectiles, les invectives et les noms d'oiseaux les plus divers ont volé haut, mercredi 27 septembre, de part et d'autre des murs d'enceinte des maisons d'arrêt de Lyon. En pratiquant, dès le premier jour d'un mouvement largement annoncé, la "grève des parloirs", les surveillants des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph ont provoqué la réaction immédiate et indignée des détenus et de leurs familles. Pas d'affrontement autre que verbal, mais une tension audible et palpable, qu'un important déploiement de forces de police a permis de canaliser. Tout au long de la matinée, un concert de cris et de tambourinades pour barreaux et gamelles rappela au voisinage certaines heures chaudes des mutineries passées.
"On veut nos parloirs !", scandé à intervalles réguliers par une cinquantaine de personnes - des femmes essentiellement - massées cours Suchet et trépignant d'impatience et de colère en face du grand portail jaune désespérement fermé, ce slogan explicite n'a pas infléchi la détermination des gardiens. Avec leurs sacs de plastique ou leurs baluchons renfermant du linge propre et quelques friandises, les parents de détenus ont été privés du " droit de visite " qui, la veille ou le matin même, leur avait été accordé, sur le papier. "C'est un scandale ! j'ai fait 50 kilomètres pour venir voir mon fils et on me refuse l'accès au parloir. Il est en pleine dépression et ce contact est vital pour lui", se lamente une dame aux cheveux gris, qui n'hésite pas à parler de "loi de la jungle". "On peut comprendre que les gardiens aient des revendications, chacun a le droit de défendre son bifteck, mais ce qui est inadmissible, c'est qu'on nous prenne en otage dans une affaire qui ne nous concerne pas", renchérit une jeune femme maghrébine qui serre un enfant dans ses bras et ne se résout pas à repartir vers sa lointaine banlieue sans avoir pu parler à son mari. "Les voir une demi-heure, ou même un quart d'heure, c'est tout ce qu'on demande."
Beaucoup des fiancées, des épouses ou des mères ainsi retenues, sans explication officielle, de l'autre côté de l'avenue par un cordon de policiers impassibles expriment plus vertement leur désarroi. En reprochant aux surveillants de ne pas "avoir le courage de venir s'expliquer", ou de ne pas prendre en considération les aspects humains de leur mission. "Ce sont des délinquants peut-être, pas des chiens !"
Les imposantes bâtisses grises qui bordent la gare de Lyon-Perrache faisaient ainsi, d'emblée, figure de " bastion " de la contestation. Si lors du long mouvement de l'hiver dernier les prisons lyonnaises avaient souvent été en tête, jamais les surveillants ne s'étaient résolus à interdire l'accès des familles aux parloirs. Cette fois, à l'exception du libre accès des avocats, toutes les activités en relation avec l'extérieur sont suspendues. Les syndicalistes tiennent à insister sur le fait que cette action dure constitue un "dernier recours" pour obtenir satisfaction sur leurs revendications salariales. Mais aussi parce qu'ils " en ont marre de travailler dans des dépotoirs. C'est sale pour nous comme pour les détenus... "
En verrouillant le portail principal de Saint-Paul, les " grévistes " ont contraint les forces de l'ordre à faire de l'escalade. Ainsi, vers 13 h 30, une quinzaine de fonctionnaires du groupe d'intervention de la police nationale (GIPN) durent-ils se munir d'échelles métalliques et de cordes pour " faire le mur " de la prison d'arrêt afin de libérer une partie du personnel administratif, bloqué dans le mess, et permettre à un détachement de policiers d'entrer dans l'établissement. Un peu plus tard, les sapeurs-pompiers s'apprêtèrent à intervenir à leur tour pour maitriser un début d'incendie. L'épaisse fumée noire qui s'échappait du bâtiment central provenait simplement de quelques paillasses et morceaux de cartons enflammés par des détenus...
En fin d'après-midi, alors que les détenus avaient regagné leurs cellules à l'issue de la promenade - imposée par la direction régionale contre l'avis des surveillants, - la situation semblait redevenue normale dans les prisons de Lyon.
La fuite de gaz de Chémery a attiré l'attention sur le stockage souterrain du gaz à usage industriel ou domestique. Avant la guerre, les gazomètres, ces énormes cuves métalliques de surface, faisaient partie des paysages urbains. Depuis 1956, Gaz de France a choisi le stockage dans des réservoirs souterrains, reprenant ainsi une idée à laquelle les Canadiens puis les Américains avaient pensé depuis 1915.
La sécurité : dans un stockage situé à plusieurs centaines de mètres sous la surface du sol, le gaz est forcément à l'abri de tout contact avec l'air. Sans oxygène, il ne peut y avoir explosion puisque le gaz ne peut s'enflammer en masse. Tel n'est pas le cas avec les gazomètres (1) qui, eux, peuvent exploser... Avec les réservoirs souterrains, seul peut brûler le jet de gaz qui jaillit en surface.
La capacité : le plus grand gazomètre français (à Alfortville), un des deux qui existent encore en France, peut contenir 225 000 mètres cubes de gaz. Alors que le plus petit et le plus ancien stockage souterrain de gaz de Beynes supérieur (Yvelines) a une capacité de 475 millions de mètres cubes et le plus grand, celui de Chémery, une capacité de 6 milliards de mètres cubes. A eux treize, les réservoirs de ce type, dont un appartient à ELF-Aquitaine, ont une capacité totale de quelque 20 milliards de mètres cubes dont la moitié seulement sont utilisables puisqu'il ne faut jamais vider complètement les réservoirs. Pour mieux apprécier la capacité de stockage de ces réservoirs, rappelons que la France consomme en moyenne 10 milliards de mètres cubes de gaz en trois mois ; que, pendant une heure d'un jour de très grand froid, Paris consomme 450 000 mètres cubes.
La plupart des réservoirs souterrains sont aménagés dans un aquifère. La France en a onze de ce type. Comme pour les gisements d'hydrocarbures, il faut que cet aquifère soit un " piège ", c'est-à-dire que les hydrocarbures ne puissent, dans le sous-sol, poursuivre leur montée vers le haut, montée due au fait que leur densité est inférieure à celle de l'eau et encore plus à celle des terrains. Cela suppose une structure en anticlinal : les hydrocarbures, ayant une tendance naturelle à monter, s'accumulent dans la partie haute de la flexure. Cela suppose aussi une couverture imperméable : une couche d'argile ou aussi de sel qui piège les hydrocarbures en les empêchant de continuer leur progression vers le haut.
Les réservoirs de ce type sont identiques aux gisements naturels d'hydrocarbures et aussi aux aquifères (2) : ces précieux liquides ou gaz ne remplissent pas de grandes cavernes, mais les innombrables pores minuscules d'une roche perméable, grès ou sable le plus souvent (3).
Lorsque la structure adéquate a été décelée dans le sous-sol par les méthodes géophysiques de prospection de surface, on fore des puits (cinquante-huit à Chémery), dans sa partie centrale pour injecter ou soutirer le gaz.
Chaque puits est chemisé, sauf dans sa partie la plus basse, par un tube d'acier cimenté aux terrains traversés. A l'intérieur de ce premier tube de 160 millimètres de diamètre, en général, est installé le tube de production (127 millimètres de diamètre). La partie basse de celui-ci se termine par une crépine, c'est-à-dire une sorte de passoire qui doit être nettoyée régulièrement, car elle peut être obstruée par des grains de sable ou par d'autres impuretés. Une opération relativement de routine consiste donc à remonter l'ensemble du tube de production pour changer la crépine. Opération tout à fait semblable aux travaux de maintenance faits dans les puits d'exploitation des champs naturels d'hydrocarbures.
Sur le pourtour de l'anticlinal sont forés des puits de contrôle (vingt à Chémery) dans lesquels sont faites diverses mesures. En outre, quelques puits n'allant pas jusqu'à l'aquifère surveillent en permanence l'étanchéité du réservoir.
L'injection de gaz sous pression chasse l'eau vers les côtes de l'anticlinal. Ce qui explique que le soutirage de trop de gaz permettrait à l'eau de revenir dans la partie centrale.
Tout différents sont les réservoirs aménagés dans des couches souterraines de sel (deux en France). Là il s'agit de très grandes cavernes " fabriquées " exprès par des injections très subtilement contrôlées d'eau douce et par la remontée des saumures de plus en plus salées résultant de la dissolution du sel. Ainsi peut-on évider en dix-huit mois un énorme volume (de l'ordre de 300 000 mètres cubes à Etrez, Ain) qui a la forme générale d'une poire ou d'une bouteille très pansue. Le toit d'un tel volume est capable, en effet, de résister aux contraintes nées des dépressions et surpressions successives liées aux injections et aux soutirages du gaz.
La forme de ces cavernes est obtenue en suivant un modèle mathématique et contrôlée grâce à un sonar qui est descendu tant que la caverne est pleine de saumures. Ainsi la hauteur de la caverne, à Etrez, est-elle de l'ordre de 130 mètres et le diamètre le plus grand de 76 mètres. Ces cavernes ont en général une capacité moins grande que les réservoirs de stockage des aquifères : 1 milliard de mètres cubes tout de même à Etrez ; 425 millions de mètres cubes à Tersanne (Drôme).
Lorsque la caverne est complètement évidée, les injections de gaz faites sous pression croissante chassent la totalité des saumures dont, en stade final, la salinité est de l'ordre de 250 grammes de sel par litre (rappelons que la salinité moyenne de l'eau de mer est de 35 grammes par litre). Le gaz sous pression (220 bars à Tersanne) remplit donc toute la caverne. Là non plus il ne peut être soutiré dans sa totalité. La pression du gaz doit être maintenue à un degré suffisant pour éviter que la caverne ne se déforme (le sel est plastique). Ce qui en diminuerait le volume utile.
Trois surveillants étaient pris à partie et légèrement blessés par des détenus l'un d'eux fut même délesté de son trousseau de clés. Deux cent vingt portes de cellules furent ainsi ouvertes, le centre de détention très vite envahi, et le personnel d'encadrement dut céder sous le nombre, malgré des tirs de grenades lacrymogènes. La situation, vers 20 heures, était devenue incontrôlable, de l'aveu même des premières forces de police arrivées sur place et qui tentaient de compenser l'absence des surveillants.
En début de soirée, le calme n'avait pas pu être rétabli. Plus de cent mutins ont pratiquement tout détruit dans l'espace de liberté abandonné par les gardiens. Des cellules étaient dévastées, des meubles saccagés. Plusieurs incendies étaient allumés, à l'aide de matelas, notamment dans le bureau d'un éducateur, et, à chaque alerte de fumée, les pompiers ont dû intervenir, appuyés par des CRS envoyés en renfort.
Vers 21 heures, les policiers et une vingtaine d'éléments du peloton de réserve ministérielle de la gendarmerie parvenaient à reconquérir un peu du terrain perdu et à repousser les détenus vers les couloirs de détention. A l'extérieur, selon des informations recueillies par notre correspondant, Jean-Paul Giraud, les surveillants en " grève " tentaient de justifier leur mouvement et surtout de le distinguer de la mutinerie. Mr Pierre Simon, délégué FO des gardiens, déplorait l'arrivée tardive, dans la prison, des forces de l'ordre, " plus de quarante-cinq minutes après le déclenchement de l'alarme ".
A l'aube de jeudi les policiers et les gendarmes préparaient l'assaut des quartiers de détention alors que des ambulances se rangeaient devant la prison. Selon certaines informations, plusieurs détenus auraient pu être blessés au cours de la nuit, certains même victimes de brûlures lors des tentatives d'incendies. De la rue, où attendaient quelques familles, les dégâts causés étaient visibles, le toit d'un pavillon effondré. Dans cette prison, construite en 1983 et qui abrite une maison d'arrêt et une centrale où certains prisonniers purgent de longues peines.
L'issue approchait. Vers 8 heures, jeudi matin, les forces de l'ordre pénétraient dans l'établissement pour entrer en contact avec des détenus qui, selon les policiers eux-mêmes, avaient pour la plupart renoncé à toute velléité de mutinerie bien avant le lever du jour. Ils attendaient simplement dans leurs cellules ouvertes, celles au moins qui n'avaient pas été détruites, et se sont laissé mener docilement vers le terrain de sport pour y être regroupés.
A Saint-Germain-en-Laye et à Montesson (Yvelines), les élus municipaux ont voté, à l'unanimité, leur refus de mettre en conformité leur plan d'occupation des sols avec le projet d'autoroute urbaine à péage.
Cette A-14 est destinée à soulager l'autoroute de Normandie (A-13) sur 20 kilomètres. Elle devrait relier, en 1994, Nanterre et Orgeval.
A Saint-Germain-en-Laye, le maire, Mr Michel Péricard (député RPR des Yvelines), et le conseil municipal ne remettent pas en cause le principe de l'A-14. Ils en contestent le tracé, dénonçant les " agressions à l'environnement " et le risque d'" asphyxie totale " de la circulation dans les quartiers ouest de la ville, déjà saturés.
Les élus de Montesson s'en prennent eux aussi au tracé actuel qui, par rapport au tracé initial, " aggrave les nuisances pour la commune " et présuppose l'abandon définitif du franchissement de la Seine par un souterrain. Ils demandent une étude sérieuse sur ce passage sous-fluvial qui ne peut être écarté, déclarent-tils, pour des raisons seulement financières.
L'avenir de l'ensemble de la plaine de Montesson que l'A-14 doit traverser les inquiète. Cette plaine maraichère située dans l'alignement du Louvre, de l'Etoile et de la Grande Arche, devrait faire, selon eux, l'objet d'un aménagement spécifique. Ils souhaitent à tout le moins que le parcours en déblai de la future A-14 y soit creusé au minimum à 6 mètres de profondeur afin de pouvoir un jour être recouvert.
Pourquoi, s'étonne pour sa part Mr Michel Péricard, l'administration semble-t-elle presser le mouvement et envisager la réalisation de l'autoroute sans attendre le nouveau schéma directeur de l'Ile-de-France dont les travaux préparatoires ont commencé à l'initiative du gouverment ?
Le directeur de l'administration pénitentiaire, Mr Jean-Pierre Dintilhac, accompagné de Mr Pierre Truche, procureur général près la cour d'appel de Paris et de Mr Hubert Bonaldi, directeur régional de l'administration pénitentiaire, se sont rendus à la maison d'arrêt de la Santé à Paris pour signifier au personnel, qui avait refusé de reprendre le service au milieu de la journée jeudi 28 septembre, qu'une soixantaine de surveillants allaient être révoqués. Ces derniers disposaient d'un délai d'une demi-heure pour reprendre leur service. Ils n'ont pas voulu rencontrer les représentants de leur administration. Ce sont donc les syndicalistes qui ont enregistré la notification de ces révocations. La liste des personnels concernés a été transmise au bureau du personnel de l'établissement. Les révocations sont effectives immédiatement.
Dans le même temps, une compagnie et demie de CRS a pris position à l'intérieur de la prison. Une trentaine de détenus, qui refusaient de remonter de la promenade, ont été réintégrés dans leurs cellules par les forces de l'ordre. Une quarantaine de surveillants seulement se trouvaient, en début d'après-midi, à l'intérieur de la prison au lieu de quatre-vingts habituellement et parmi eux une trentaine qui, après avoir travaillé au cours de la nuit précédente, ont enchainé sur le service de jour. Sitôt annoncées, ces révocations ont entrainé une riposte des syndicats qui refusent de se rendre à la réunion proposée dans la soirée par le garde des sceaux.
Les syndicats de surveillants de prison avaient promis de " paralyser l'appareil judiciaire " à partir du mercredi 27 septembre, pour appuyer leur troisième mouvement de protestation et de revendication en moins de huit mois. Ils ont réussi, en quelques heures, au-delà de toute espérance, et beaucoup, de la chancellerie aux directions d'établissements n'hésitent pas à dire qu'ils sont allés trop loin en refusant de prendre leur service, comme à la Santé, et en bloquant les parloirs avec les familles.
C'est cette dernière forme qui a prévalu, notamment dans les prisons de Lyon et de Draguignan, et dans l'un et l'autre cas elle a menacé un équilibre pénitentiaire déjà fragile. A Lyon, des familles de prisonniers se sont massées toute la journée de mercredi devant les portes de la maison d'arrêt, tandis que les détenus entamaient un long concert de casseroles. A Draguignan, le mouvement a été la cause directe d'un début de mutinerie. Jeudi, en début de matinée, le calme était revenu après l'intervention des forces de l'ordre. Trois gardiens de cette prison ont été légèrement blessés.
Devant la méthode choisie par l'intersyndicale, Mr Pierre Arpaillange, garde des sceaux, avait, tôt dans la journée de mercredi, mis en garde les surveillants contre les risques encourus à jouer ainsi de la population carcérale. Dans un communiqué, la chancellerie avait d'abord rappelé qu'il " ne saurait être toléré que le fonctionnement de l'institution judiciaire soit entravé par le refus des écrous et des extractions ". " Il est encore moins admissible, expliquait-on place Vendôme, que par l'interruption des parloirs, certains aient choisi d'utiliser la population pénale et les familles comme moyen de pression. " Le ministre de la justice demandait aux agents de " ne pas recourir à des formes d'action qui discréditent la fonction pénitentiaire ".
Dans la soirée, le garde des sceaux se faisait plus pressant encore, et, devant les dérapages du mouvement revendicatif, il affirmait à Europe 1 que la situation n'était pas " supportable ". " Je ne la tolèrerai pas. " Mr Arpaillange accusait directement les surveillants d'entrainer le dérèglement des établissements et de mettre en jeu des vies humaines. Toutefois, au plus fort de la tension, le garde des sceaux a aussi affirmé qu'il était prêt à recevoir immédiatement les syndicats, jeudi même si possible. A l'annonce des révocations, les principaux syndicats annonçaient qu'ils ne se rendraient pas à la réunion prévue le 28 septembre.
L'Intersyndicale des personnels pénitentiaires, à plusieurs reprises demandé au ministre de la justice de la recevoir. Aucune rencontre n'a eu lieu depuis le 7 septembre lorsque Mr Pierre Arpaillange a exposé les grandes lignes de son budget. Par écrit, faute d'être reçus ensemble, les syndicats ont exprimé leurs revendications.
Dans une lettre datée du 13 septembre, l'Intersyndicale explique qu'elle n'a trouvé dans le nouveau budget " aucune mesure susceptible d'améliorer le sort de l'ensemble des personnels pénitentiaires et le service public ". " Ces personnels connaissent une aggravation permanente de leurs conditions de vie. Leur pouvoir d'achat, comme celui des autres fonctionnaires, se dégrade de jour en jour. Ils subissent en outre des atteintes journalières à leur dignité. Ils demandent qu'on reconnaisse leur qualification et la pénibilité de leur travail. "
L'Intersyndicale demande l'ouverture de négociations sur les points suivants : création d'emplois, pouvoir d'achat, pension de retraite, conditions de travail, respect de leurs droits et dignité, mise en Óuvre sans délai de tous les engagements pris lors des précédents mouvements. Les syndicats demandent, aussi, que soit reconsidérée la décision de fermer vingt-cinq établissements pénitentiaires jugés vétustes par le ministère. La décision prise au mois de juillet avait été annoncée sans concertation.
Deux accidents survenus au sol en 1973 et en 1980 ont fait au total cinquante-neuf morts sur le pas de tir du cosmodrome de Plesetsk, à 800 kilomètres au nord de Moscou, ont révélé, mercredi 27 septembre, des responsables soviétiques.
Les deux catastrophes n'étaient pas connues en Occident. La plus récente s'est produite le 18 mars 1980, a expliqué Mr Anatoli Lapshin, porte-parole du centre de Plesetsk. Une explosion est survenue lors du remplissage en kérosène et en oxygène liquide des réservoirs d'une fusée. Quarante-cinq ouvriers et techniciens ont été carbonisés, cinq autres sont morts des suites de leurs brûlures. L'autre qui avait fait neuf morts, était survenue dans des circonstances similaires le 26 juin 1973. Les victimes étaient pour la plupart de jeunes appelés d'une vingtaine d'années, a précisé Mr Lapshin.
Le cosmodrome de Plesetsk, près d'Arkhangelsk, est l'une des deux grandes bases spatiales soviétiques. Plus de mille fusées y ont été tirées depuis 1960, pour la mise en orbite de satellites militaires et civils. Le cosmodrome de Baikonour (alias Tyuratam), à l'est de la mer d'Aral, dans le Kasakhstan, est, lui, plus particulièrement spécialisé dans les vols humains.
Ces révélations sont intervenues un peu par hasard, en réponse aux questions de journalistes étrangers basés à Moscou, invités pour la première fois à Plesetsk pour un lancement, et qui avaient remarqué un mémorial de granit rose orné des photos des victimes.
La catastrophe de mars 1980 est la seconde en importance dans l'histoire mondiale de l'espace. La première s'était produite en URSS également, à Baikonour, le 24 octobre 1960. Une énorme explosion de carburant y avait fait cinquante-quatre morts, parmi lesquels plusieurs membres de l'élite de la technologie spatiale soviétique, dont le maréchal Nedeline, responsable à l'époque du lancement des fusées. Parmi les accidents spatiaux importants survenus au sol, figure encore l'incendie d'une capsule Apollo le 27 janvier 1967 à Cap Canaveral, dans lequel trois astronautes américains avaient péri carbonisés. Une fusée américaine Titan 34 D avait par ailleurs explosé au décollage le 18 avril 1986, causant des dégâts considérables sur la base américaine de Vandenberg (Californie), sans faire de victimes. Un accident similaire s'était produit durant l'été 1969 sur le cosmodrome de Baikonour, où un prototype avait explosé au sol, sans apparemment provoquer de morts.
S'ajoutent évidemment à cette liste les accidents en vol : écrasement à l'atterrissage de la capsule Soyouz-1 le 24 avril 1967 (un mort), dépressurisation de Soyouz-11 le 30 juin 1971 (trois morts) et, surtout, explosion de la navette américaine Challenger soixante-quinze secondes après le décollage, le 28 janvier 1986 (sept morts).
COMME un fruit trop mûr, un fruit qui pourrit, les prisons ont éclaté. Par la colère, la rancÓur, une nouvelle fois, de ceux qui les gardent, et par la réponse suscitée, si prévisible, des détenus. Non contents de bloquer l'appareil judiciaire, de maintenir leurs portes closes, d'empêcher les détenus d'être jugés, d'être incarcérés, de travailler, les surveillants, cette fois, ont franchi le pas le plus symbolique et le plus redoutable : ils empêchent les visites des familles et des amis des détenus. Certains syndicats, certains surveillants, y étaient hostiles. Ils n'ont pas résisté à la surenchère, et sont ainsi montés d'un cran, un cran de trop.
On a vu ces femmes, leur paquet de linge propre sous le bras, souvent venues de loin, se presser aux portes des parloirs pour voir leur père, leur mari, leur frère, leur amoureux. Elles attendent ce jour de visite, jour de peine et de joie. Les hommes aussi, à l'intérieur. Ces demi-heures furtives, surveillées par les caméras, par les rondes, c'est ce qui, de part et d'autre des murs, leur permet de tenir. C'est à cela que les surveillants ont touché.
Les surveillants ont joué avec cette dynamite. Aux cris de colère des visiteurs refoulés se sont joints ceux des détenus. De la confrontation à huis clos entre deux mondes par nature hostiles - les gardiens et les gardés, - on est aussitôt passé à la haine ouverte. Il faut avoir entendu un détenu au fond de son mitard, ne disposant que d'une dalle de béton et de grilles, taper et taper encore, sans qu'on lui ouvre la porte, pour comprendre ce qu'est la solitude absolue en prison. Ces visites des familles, le travail aussi, le bout de ciel que l'on aperçoit au cours d'un transfèrement, c'est la soupape qui rend l'enfermement moins insoutenable. Y toucher, c'est aller volontairement à l'affrontement entre surveillants et détenus, qui avait été évité au cours des deux précédents conflits.
Les armes utilisées par le personnel pénitentiaire se retournent contre lui. Physiquement d'abord. Trois surveillants ont été blessés à Draguignan. Symboliquement ensuite. S'ils se ressentent comme des " bâtards ", selon le mot de Mr Gilles Sicard, le secrétaire général de l'UFAP ou des " deuxième catégorie ", comme dit Mr Jacques Vialettes (FO), s'ils aspirent, à côté de leurs revendications salariales ou de conditions de travail, à plus de dignité, les personnels pénitentiaires ont choisi la mauvaise manière pour convaincre. Ce n'est pas en prenant les détenus en otages, ce n'est pas en piétinant le peu de droits qui restent aux prisonniers, qu'ils pourront eux-mêmes en acquérir de nouveaux. Ni secouer cette image pénible de gardes-chiourme hostiles qui leur colle à la peau. S'en prendre de façon aussi provocante aux détenus les renvoie des années en arrière. C'est donner raison aux détenus qui voient dans les prisons une zone de non-droit.
Dès la première journée de reprise du mouvement de protestation des surveillants de prison, de vifs incidents ont éclaté dans plusieurs établissements. Décidé à bloquer l'appareil judiciaire en refusant les écrous et les extractions, les surveillants ont aussi, dans certaines prisons, empêché la tenue des parloirs avec les familles, déclenchant la colère des détenus. A Draguignan, les détenus se sont rendus maitres de la maison d'arrêt toute la nuit, du mercredi 27 au jeudi 28 septembre, avant l'intervention des forces de l'ordre. Jeudi, dans l'après-midi, l'administration pénitentiaire a révoqué plusieurs dizaines de surveillants de la prison de la Santé à Paris qui avaient refusé de reprendre leur service. Les principaux syndicats des gardiens de prison s'apprêtaient à boycotter les négociations avec Mr Arpaillange.
Un nouveau memorandum sur les tarifs aériens a été signé, le lundi 25 septembre, par les Etats-Unis et seize des vingt-trois membres de la commission européenne de l'aviation civile (CEAC) qui vise à donner aux compagnies aériennes une plus grande liberté de tarification. Cet accord prévoit, pour la première fois, que des tarifs " jeunes ", " personnes âgées " et " excursions non remboursables " seront automatiquement approuvés à des niveaux allant jusqu'à 12 % au-dessous des autres tarifs promotionnels.
A quelques mois du congrès du Parti socialiste, Mr Michel Delebarre, ministre de l'équipement, du logement, des transports et de la mer, pratique habilement l'ouverture sur sa gauche et sur sa droite. Il y a une semaine, sur sa proposition, Mr Claude Martinand, ingénieur en chef des Ponts et chaussées et ancien directeur du cabinet du ministre communiste, Mr Charles Fiterman, était nommé au conseil des ministres directeur des affaires économiques et internationales au ministère de l'équipement. Le 26 septembre, Mr Jean-François Carrez, conseiller-maitre à la Cour des comptes, proche ami du centriste Mr Pierre Méhaignerie, et, jusqu'à ce jour, patron de la DATAR, a été désigné comme directeur général de l'Institut géographique national, un établissement public placé aussi sous la tutelle de Mr Delebarre.
Mais, si les observateurs politiques auront été sensibles à ces subtils nominations et reclassements, c'est le départ de Mr Carrez qui, pour le moment, et bien qu'il fût programmé depuis longtemps, retient l'attention. D'autant que le choix de son successeur pour ce poste très haut placé dans la hiérarchie administrative donne lieu à de nombreuses et hésitantes manÓuvres que l'Elysée entretient à plaisir.
Mr Carrez, nommé à la tête de la DATAR en mai 1987, fonctionnaire scrupuleux et conscient de ses pouvoirs, n'a pas résisté, à la longue, à la position de plus en plus inconfortable qui était la sienne. Car, de par son statut depuis 1963, la DATAR est un service du premier ministre, juridiquement en prise directe avec Matignon. Cette carte et cette légitimité, Mr Carrez n'a jamais accepté, depuis le retour d'un gouvernement socialiste, de les voir écornées. Mais son ministre de tutelle, Mr Jacques Chérèque, lui-même sous l'autorité de Mr Roger Fauroux, poussé par son cabinet, se serait politiquement condamné s'il avait accepté que la DATAR négocie, rende compte et cherche des instructions directement à Matignon. Le conflit était dans l'Óuf, organiquement, dès la formation du gouvernement Rocard. Et il ne pouvait pas ne pas conduire Mr Chérèque à demander un jour à Mr Michel Rocard (qui l'a accepté sans plaisir) le départ de Mr Carrez.
Ce dernier pourra mettre à son actif la " sortie " de dossiers difficiles comme les contrats de plan signés entre l'Etat et les régions, la négociation de subventions avec Bruxelles, la recherche d'investissements étrangers, notamment japonais et coréens, en dépit de moyens financiers manifestement insuffisants.
La DATAR, à coup sûr, n'a pas retrouvé son lustre d'antan, mais Mr Carrez a commencé à relancer des travaux de prospective sur le rôle des villes, sur le grand sud, l'arc nord-est, le réseau éducatif, la recherche ou les TGV européens. Quel élu local de quelque importance n'a pas fait le siège de son bureau pour solliciter un appui ou pleurer ses misères ? " Que voulez-vous, aimait-il raconter, la devise des Français n'est pas " liberté, égalité, fraternité ", mais " tous prioritaires ! "
Son successeur aura la tâche très délicate, tout en restant dans la trace de son ministre, de replacer la DATAR au cÓur du dispositif gouvernemental. L'aménagement du territoire, parmi d'autres handicaps, souffre en effet d'une sorte de complexe de préséance dans l'ordre hiérarchique. Le ministre, Mr Chérèque, n'est que ministre- délégué. Avant d'entrer au gouvernement, l'ancien syndicaliste occupait le poste insolite de préfet-délégué pour le redéploiement industriel de la Lorraine, et, aujourd'hui, son bras séculier est la délégation à l'aménagement du territoire. A quand une politique, non par délégation, mais à part entière ?
Au Japon, on ne badine pas avec la durée du travail. Cela fait vingt-deux ans que Mr Hideyuki Tanaka, un ingénieur japonais, bataille contre le géant Hitachi, l'un des principaux fabricants japonais d'électronique et d'électroménager. Pour une histoire d'heures supplémentaires qu'il refusait de faire, Mr Tanaka avait été licencié en septembre 1967.
Cette affaire a déjà fait l'objet de deux jugements contradictoires. C'est maintenant à la Cour suprême du Japon de statuer. La plus haute instance judiciaire du pays a reçu plus de 113000 signatures, notamment d'intellectuels japonais et étrangers qui soutiennent Mr Tanaka et voient dans son combat une bataille pour " les droits civiques fondamentaux " des travailleurs, en particulier celui de droit au repos.
Il est vrai que, en 1987, les salariés japonais ont travaillé 2168 heures en moyenne, contre 1949 heures pour les Américains, 1645 heures pour les Français et 1642 heures pour les salariés ouest-allemands.
Des marques célèbres et un PDG très secret : avec un chiffre d'affaires de 12 milliards de francs, le groupe Bongrain fait partie des grands de l'agroalimentaire en France.
Le succès de ses fromages, Caprice des dieux, Saint-Moret et beaucoup d'autres ont permis à Bongrain d'engranger de substantiels bénéfices et de se lancer dans une diversification dans la charcuterie (il en est le numéro trois en Europe) et la confiserie. Avec l'objectif permanent de s'installer dans des " niches " de marchés et de jouer l'internationalisation, notamment par des acquisitions à l'étranger.
Ces recettes ont été mises au point par le président fondateur, Jean-Noël Bongrain, un autodidacte qui n'aime pas les médias. Cet homme de soixante-cinq ans, qui a si bien réussi le développement de son groupe, doit encore régler deux problèmes : assurer sa succession tout en préservant le contrôle familial et atteindre la " taille critique " au niveau européen et mondial.
La quarante-quatrième assemblée générale annuelle du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale devait s'achever le jeudi 28 septembre à Washington. La veille, le président George Bush avait prononcé le premier discours de son mandat devant les membres des deux institutions. Consacrant le rôle de vedette tenu par la Pologne et les autres pays d'Europe de l'Est au cours de cette assemblée, le président Bush a qualifié de "stupéfiants" les changements en cours dans ces pays et s'est prononcé en faveur d'une aide financière accrue à la Pologne. D'ailleurs, Mr Leszek Balcerowicz a, devant la même tribune, évoqué la "faillite financière" de son pays et demandé de nouvelles aides internationales d'urgence. Mr Bush a également insisté sur la nécessité de l'appui des banques créditrices pour la réussite du plan Brady de réduction de la dette. A la surprise des interlocuteurs, il n'a pas rejeté la possibilité d'une augmentation des ressources financières du FMI. "Les Etats-Unis sont bien conscients du fait que le FMI doit disposer des ressources nécessaires pour jouer son rôle dans l'application du plan Brady", a-t-il affirmé. Le président américain n'a pas manqué d'évoquer le problème de la drogue qui "corrompt les politiques et même la sécurité de nos nations". Il a demandé à ce qu'il soit mis fin au blanchiment de l'argent de la drogue.
C'est une assemblée générale du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale peu ordinaire qui s'achève. Aucune décision n'y a été prise sur les questions à l'ordre du jour : augmentation des quotas (c'est-à-dire des ressources) du FMI, redistribution des droits de vote au sein du superclub des " Cinq " ayant l'influence prépondérante au sein de cette institution, bien qu'il soit quasiment certain que le Japon obtiendra la deuxième place occupée actuellement par la Grande-Bretagne.
Mais quelque chose de plus important s'y est passé : de même qu'il y a une quinzaine d'années les entreprises industrielles et commerciales avaient commencé à refuser de jouer le rôle que les Etats voulaient les voir mener - maintenir à tout prix le plein emploi au détriment de leurs capacités bénéficiaires, - aujourd'hui on voit les banques rechigner devant la tâche qu'on leur avait assignée au service de desseins politiques qui leur sont étrangers. Rien, n'est non plus réglé pour l'application pratique du plan Brady.
Les difficultés de dernière minute se sont accumulées. Les deux accords déjà conclus, l'un avec le Mexique et l'autre avec les Philippines, restent donc des cadres vides. Il en est a fortiori de même pour l'accord en cours de négociation avec le Maroc. Le choix de ce dernier pays pour illustrer la nouvelle "stratégie renforcée de la dette" n'est sans doute pas étranger à la bonne entente entre Paris et Washington sur ce chapitre.
Outre l'enjeu qui est en soi considérable - 53 milliards de dollars de dettes bancaires pour le seul cas du Mexique, - les particularités de l'exercice confèrent au sort encore incertain de ces négociations une importance politico-financière exceptionnelle.
En adoptant la nouvelle "stratégie", les gouvernement occidentaux et le Japon ont défini dans ses grandes lignes le contrat-type, dont les banques commerciales créancières et pays débiteurs doivent négocier les modalités.
Cependant, comme ces accords comprennent trois options offertes en principe au libre choix de chaque banque créancière, on sait bien dès maintenant, alors que ces choix n'ont pas été faits, en quoi consiste l'engagement global pris par le débiteur, mais on ignore à quoi correspond pour chaque banque créancière en particulier cet engagement. Or ce qui intéresse chaque établissement, c'est ce à quoi il aura droit et non pas l'économie générale de l'accord.
Dans l'accord mexicain, toute l'opération repose sur l'idée que les banques doivent recevoir des titres dont la valeur est supérieure à celle des titres qu'ils possèdent actuellement moins les provisions qu'elles ont constituées en vue d'une défaillance partielle du débiteur.
Pour garantir cette valeur supérieure, le Mexique doit recevoir du FMI, de la Banque mondiale et de onze Etats un total de 7 milliards de dollars.
Avec ces 7 milliards, le Trésor mexicain souscrira des obligations à coupon O, elles-mêmes remboursables dans trente ans, ces obligations seront émises par le Trésor japonais, par le Trésor américain, par le Trésor français, etc. Elles serviront de gage. Le calcul montre que la somme prévue, fût-elle multipliée par le jeu des intérêts composés, sera insuffisante pour faire face à l'engagement de garantie si un nombre insuffisant de banques choisissent l'option no 3, à savoir l'octroi au Mexique de nouveaux crédits.
L'accord tel qu'il a été conclu se fonde sur la supposition que l'argent frais ainsi apporté au Mexique, qui le réclame urgemment, représentera 20 % du total de la dette bancaire à consolider. Et si tel n'était pas le cas ? Eh bien, les banques ayant opté pour la solution 1 ou la solution 2 ne pourront plus compter sur la totalité de la garantie. Or il semblerait que la plupart des banques qui ont constitué de fortes provisions (supérieures à 35 % en tout cas) n'auraient guère l'intention de prêter à nouveau.
En attendant, le climat des négociations a été alourdi par plusieurs exigences du débiteur, appuyé, quand il le fallait, par le gouvernement américain - soucieux d'obtenir coûte que coûte un accord avec le Mexique - et les institutions internationales.
La première a trait à l'assiette : quels prêts doivent être pris en compte ? Le Mexique a obtenu - contre l'avis des banquiers - que soient compris dans les crédits susceptibles d'être réduits ceux que les banques ont accordées à titre de complément à des prêts de la Banque mondiale.
La deuxième exigence, très mal reçue, est relative au caractère nominatif des nouveaux titres de la dette mexicaine. Un avantage que les banques espéraient tirer de la conversion (des promesses leur avaient été faites en ce sens) était qu'elles recevraient des titres au porteur plus facilement négociables. Mais il n'est finalement pas question. Il semble qu'une majorité de banques marquent une préférence pour l'option numéro 2, parce que, au contraire de la première, elle ne les obligerait pas à annuler dans leur bilan une partie de leurs créances et qu'elle évite l'option numéro 3. Mais - on est en pleine guerre psychologique - les banques feignent de redouter que pour obtenir l'option no 2, elles devront consentir quelques crédits supplémentaires.
On est aussi conduit à un autre incident de la négociation pas encore réglé. La Banque mondiale, de par ses statuts ne peut verser tout de suite sa quote-part pour rassembler la somme de 7 milliards de dollars dont il a été question plus haut. Manquent donc à l'appel 1,2 milliard de dollars. On demanderait aux banques faisant partie du comité restreint de négociation de fournir, en attendant, leur propre garantie sur le gage qu'on leur a promis.
Et l'argent frais ? Ce qui tendrait à montrer qu'au-delà des aspects négatifs de la négociation, des perspectives de grands changements s'ouvrent est la réponse que nous a faite à cette question un haut fonctionnaire mexicain : " L'argent frais viendra quand les banquiers seront convaincus qu'il est rentable de prêter à des entreprises mexicaines, car il n'y a aucune raison que le gouvernement mexicain soit lui-même l'emprunteur. " Dans l'idéal, les investissements directs étrangers devraient remplacer les emprunts aux banques.
Mr Jack Lang va devoir réviser ses formules : il lui faudra parler de "satellite Sony" et non plus de "satellite Coca-Cola" pour stigmatiser l'impérialisme culturel des séries américaines. Le rachat de Columbia, major d'Hollywood, par le champion nippon de l'électronique est un événement dans l'industrie de la communication. Il souligne la fin de ce que l'on croyait être un solide accord américano-japonais pour une division à l'amiable des tâches, conclu dans les années 70 et valable jusqu'à l'an 2000 : aux Japonais le "hardware", les téléviseurs, l'industrie; aux Américains le "software", les films, les logiciels, les services.
Sans doute Sony avait-il dépassé la frontière l'an dernier en rachetant les disques CBS. Sans doute aussi les Japonais, après la percée de Goldorak, ont-ils conquis le créneau du dessin animé. Mais cette fois le pacte est déchiré. Les 4,3 milliards de dollars mis sur la table (28 milliards de francs) pèsent leur poids: il s'agit du plus important investissement japonais aux Etats-Unis.
On y verra la victoire de Mac Luhan, le "contenant" compte plus que le "contenu" ou de Marx, l'industrie plus que les services. Il faut y voir surtout la victoire d'une stratégie - Sony l'explique on ne peut plus clairement - qui articule les deux. Pour vendre, c'est un exemple, ses appareils-vidéo de format 8 mm, Sony doit proposer un catalogue attrayant de films à ce standard. Tous les produits nouveaux de consommation sont du même type. Mais la leçon est de portée générale : le développement de ce qu'on appelle les services industriels (financement, après-vente, maintenance...) et la fusion des secteurs secondaire et tertiaire troublent les pistes de la sortie de la crise, et renvoient le schéma sur la "société post-industrielle" dans les poubelles.
De là deux conclusions : il faut d'abord que les Européens soutiennent beaucoup plus activement, et sans pudeur, leurs programmes télévisuels s'ils veulent conserver une industrie d'électronique. Le plan TVHD n'a qu'une jambe. La seconde remarque concerne l'Amérique, décidément "à vendre" depuis quelques mois. Pour la politique conduite tout au long des années 80 par Mr Reagan, acteur d'Hollywood, quel échec!
En dix ans, de 1977 à 1987, les grands établissements industriels employant plus de 100 salariés ont perdu 1 130 000 de leurs effectifs, passant de 3,7 millions à 2,6 millions. Ils sont largement responsables des pertes d'emplois enregistrées pendant toute la période, note l'INSEE dans une étude publiée le 28 septembre.
Les compagnies aériennes SAS et Swissair devaient signer, le jeudi 28 septembre, un accord prévoyant une participation réciproque dans leur capital (de 5% à 10%) et une coopération commerciale et technique accrue. Swissair améliorera son réseau européen grâce à son allié scandinave et celui-ci prendra pied en Afrique et au Proche-Orient grâce à la compagnie helvétique.
SAS a, depuis plusieurs années, tenté de s'associer avec de nombreuses autres compagnies. Elle a cherché, en vain, à reprendre British Caledonian et Argentinas Aerolineas. Elle est devenue actionnaire à 10 % de l'américain Texas Air et lorgne sur Lan Chile. De son côté, Swissair est en train de racheter 5 % du capital de Delta Airlines.
Cette nouvelle association entre transporteurs aériens confirme la stratégie des Européens qui, à la différence des Américains, ont choisi d'atteindre la taille critique par le moyen de rapprochements où les partenaires conservent leur identité plutôt que de se lancer dans des rachats coûteux et aléatoires compte tenu des réglementations nationales en vigueur.
Il y a une semaine, Air France et Lufthansa (le Monde du 16 septembre) avaient annoncé un renforcement de leurs liens techniques et commerciaux, notamment par la création d'une filiale commune dans la restauration aérienne.
L'acquisition de la société cinématographique américaine Columbia par le géant japonais de l'électronique est confirmée. Sony va devenir propriétaire de l'une des majors hollywoodiennes plus prestigieuses en déboursant quelque 3 milliards de dollars (environ 19 milliards de francs), soit 27 dollars par action, et effectue ainsi la plus grosse acquisition japonaise jamais réalisée à l'étranger. Cette opération - soutenue par Coca-Cola, premier fabricant américain de boissons gazeuses, qui détient 49 % du capital de Columbia - met fin à des mois de spéculation concernant les intentions de Sony, qui n'avait guère caché son intention d'investir fortement à Hollywood.
Après les disques - Sony a racheté la compagnie de disques CBS en 1987 pour 2 milliards de dollars, - voilà donc la télévision et le cinéma : la concrétisation d'une stratégie à long terme visant, comme l'expliquent les dirigeants de la compagnie, à développer des activités de production de programme en synergie avec les activités de fabrication d'équipements audio et vidéo. Et la richesse du catalogue de Columbia (2700 films, 23 000 programmes de télévision) n'était pas aux yeux des responsables de Sony, le moindre des atouts de la société américaine.
Les Japonais affichent la volonté de laisser Columbia " le plus possible indépendante, comme partie intégrante de l'industrie américaine du film " et s'emploient à rassurer l'industrie américaine en niant l'éventualité d'un changement à la tête de la société. Changement pourtant inévitable si l'on en croit les déclarations faites mercredi 27 septembre par plusieurs membres de l'équipe actuelle de direction prêts à démissionner en cas de réalisation de la vente.
A vrai dire, Columbia n'a guère brillé ces derniers mois ni par ses résultats financiers ni par ses éclats au box-office. Le studio perd de l'argent dans l'activité cinématographique et la santé de la société ne tient qu'aux performances de la branche télévision axée autour de la production de comédies et de jeux vendus dans le monde entier, comme "La roue de la fortune".
Hollywood considère néanmoins aujourd'hui avec un certain embarras, voire de l'inquiétude, cette irruption massive de capitaux étrangers dans l'industrie du spectacle et du divertissement, traditionnellement dominée par la suprématie américaine. La plupart des achats et opérations d'envergure réalisés ces cinq dernières années l'ont été au profit de groupes étrangers (italiens, australiens, japonais). Et l'échec rencontré par de nombreuses compagnies de production américaine dans leur tentative de contrer les grands "majors" ne fait que renforcer le mouvement de concentration irréversible que rencontre aujourd'hui l'industrie du cinéma en proie aux convoitises du monde entier.
- Le tribunal de première instance de Ramleh, près de Tel-Aviv, a reconnu, jeudi 28 septembre, le pacifiste israélien Abbie Nathan coupable de " contacts avec une organisation terroriste " à la suite d'un entretien qu'il avait eu, en 1988, à Tunis, avec le chef de l'OLP, Mr Yasser Arafat. Mr Abbie Nathan, surnommé le " pilote de la paix ", âgé d'une cinquantaine d'années, avait reconnu les faits mais plaidé non coupable, soulignant que l'OLP ne pouvait pas être assimilée à une " organisation terroriste ".
La visite du roi Hassan II à Madrid, du lundi 25 au mercredi 27 septembre, a permis un "déblocage" des relations entre le Maroc et l'Espagne et une évocation des problèmes en litige entre les deux pays.
Une rencontre entre les chefs de gouvernement espagnol et marocain aura désormais lieu une fois par an, alternativement dans l'un et l'autre pays. C'est là le principal résultat de la visite officielle du roi Hassan II - la première depuis son accession au trône il y a vingt-huit ans.
L'Espagne inaugure de la sorte avec son voisin africain des relations régulières au sommet semblables à celles qu'elle entretient avec ses voisins européens, la France et le Portugal. Un geste particulièrement apprécié par le monarque marocain, à un moment où celui-ci a précisément fait du rapprochement avec l'Europe l'un des axes de sa politique.
Les responsables marocains, observe-t-on dans les milieux diplomatiques espagnols, ont désormais compris qu'il était indispensable de commencer par améliorer globalement les rapports entre les deux pays au lieu de se polariser sur les litiges, qui ne pourront être efficacement traités qu'une fois "réchauffées" les relations d'ensemble. Si le communiqué commun signé mercredi souligne avec emphase " l'excellente phase des relations bilatérales ", les désaccords n'en ont pas moins été évoqués, notamment à propos du Sahara occidental : si l'Espagne tente de maintenir à ce sujet, dans la mesure du possible, une attitude diplomatique de " profil bas ", elle ne peut toutefois se soustraire totalement à ses responsabilités historiques quant au sort de son ancienne colonie.
Le roi Juan Carlos a joué les bons offices en transmettant discrètement à Hassan II un message du secrétaire général des Nations unies, Mr Javier Perez de Cuellar, suggérant au monarque alaouite un assouplissement de ses positions qui permette la reprise du dialogue avec le Front Polisario. Juan Carlos a, d'autre part, rappelé publiquement, lors du diner officiel au palais royal, la position de son pays en faveur d'un référendum d'autodétermination au Sahara occidental, " sous les auspices des Nations unies (et) avec les garanties adéquates ".
Quant à la revendication marocaine sur les deux villes espagnoles de Ceuta et Melilla, sur la côte nord-africaine, le roi Hassan II s'est abstenu d'y faire publiquement mention durant son séjour à Madrid, ce qui a été particulièrement apprécié par ses hôtes, surtout en cette période préélectorale. Il semble toutefois que, malgré les démentis espagnols, le thème ait bien été évoqué lors de ses conversations avec Mr Felipe Gonzalez. En janvier 1987, le roi avait officiellement suggéré à l'Espagne, sans obtenir de réponse, la création conjointe d'une cellule de réflexion à ce propos.
L'évocation de litiges dont personne ne nie l'existence n'empêche pas que ce voyage puisse être considéré comme celui du déblocage politique entre les deux pays. Tout au moins au niveau officiel : car si les responsables espagnols se montraient satisfaits, il n'en va pas de même de la presse. Les journaux madrilènes ont apparemment surtout retenu de ce voyage l'absence totale de ponctualité du souverain, qui s'est ingénié durant son séjour à faire longuement attendre tous ses hôtes - y compris le roi Juan Carlos - et à reporter ses divers rendez-vous. A ce niveau au moins, le " réchauffement " des rapports bilatéraux est encore à réaliser.
Mr Gorbatchev fera sa première visite officielle au Japon en 1991, a annoncé, mercredi 28 septembre à New-York, le porte-parole de la délégation japonaise à l'Assemblée générale de l'ONU. Cette décision, a-t-il ajouté, a été prise lors d'un entretien que les ministres japonais et soviétique des affaires étrangères, MM Taro Nakayama et Edouard Chevardnadze, ont eu mercredi.
Le premier ministre turc, Mr Turgut Ozal, a annoncé mercredi 27 septembre à Strasbourg, devant le Conseil de l'Europe, que son pays allait reconnaitre la compétence de la Cour européenne des droits de l'homme. Cette reconnaissance permettra aux requêtes individuelles contre l'Etat turc de parvenir à la Cour de Strasbourg. En janvier 1987, la Turquie, signataire de la Convention européenne des droits de l'homme depuis 1954, avait reconnu le principe du recours individuel mais pas la compétence de la Cour de Strasbourg, ce qui avait pour effet de bloquer ces requêtes au niveau du comité des ministres des Vingt-Trois.
Mr Ozal était le premier chef de gouvernement turc à prendre la parole devant l'assemblée du Conseil de l'Europe depuis Mr Bulent Ecevit en 1978. La Turquie avait été suspendue de cette assemblée en 1980 en raison du coup d'Etat militaire. Il a souligné son attachement au respect des droits de l'homme et à la démocratie pluraliste. Citant Amnesty International, plusieurs députés avaient dénoncé au cours de la séance la poursuite de violations des droits de l'homme en Turquie, notamment les arrestations pour raisons politiques.
Malgré l'assurance de l'avocat est-allemand Wolfgang Vogel d'obtenir l'autorisation d'émigrer légalement vers la RFA dans les six mois à venir, la plupart des Allemands de l'Est réfugiés à l'ambassade ouest-allemande à Prague, refusent toujours de regagner la RDA.
Leur nombre ne cesse d'augmenter de jour en jour avec l'arrivée de nouveaux candidats à l'émigration. Mille cinq cents personnes étaient massées, mercredi 27 septembre, dans le périmètre de l'ambassade, où l'on redoutait un nouvel afflux à l'occasion du match de Coupe d'Europe de football Banik-Ostrava (Tchécoslovaquie) contre Rostock (RDA).
Le retour à la vie publique d'Erich Honecker, il y a quelques jours, a mis fin à une relative paralysie du régime est-allemand. Me Vogel dispose d'une plus grande marge de manÓuvre pour tenter de résoudre la crise. L'avocat fait actuellement la navette entre l'ambassade de RFA à Prague et à celle de Varsovie, où sont réfugiées trois cent cinquante personnes.
Il est accompagné de trois représentants du gouvernement ouest-allemand, dont le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, Mr Juergen Südhof. Mais ces efforts portent peu leurs fruits. Le nombre de ceux qui ont accepté de rentrer en RDA était de cent soixante-dix-sept, mardi, et d'une cinquantaine, mercredi.
Le porte-parole du gouvernement ouest-allemand a annoncé officiellement mercredi, à Bonn, que plusieurs réfugiés qui avaient accepté de quitter la représentation ouest-allemande à Berlin-Est, le 8 septembre, et l'ambassade à Prague, le 12 septembre, après avoir reçu la promesse de pouvoir émigrer, étaient déjà arrivés en RFA.
Réuni mercredi 27 septembre à Ljubljana, le Parlement de Slovénie, la république la plus septentrionale de la fédération yougoslave a adopté des amendements à la Constitution qui renforcent son autonomie par rapport à Belgrade. Dans la soirée, après le vote, les automobilistes manifestaient leur joie en klaxonnant joyeusement dans les rues, tandis que des passants, massés à la sortie du Parlement, acclamaient leurs députés.
Le Parlement de la Slovénie ne s'est pas soucié des avertissements répétés qui lui avaient été adressés ces derniers jours à la fois par la présidence collégiale de l'Etat et la Ligue fédérale des communistes, convoqués en plénum extraordinaire, mardi à Belgrade. Les députés slovènes des trois chambres ont rejeté tout compromis et refusé d'ajourner leur débat, comme on leur avait demandé instamment de le faire. C'est à une majorité écrasante (256 voix pour, une contre et une abstention) et sous les applaudissements, qu'ils adoptent plus de soixante-dix modifications de leur Constitution.
Ces amendements tendent à renforcer l'autonomie de la Slovénie par rapport au pouvoir central et scellent d'une certaine façon le développement du processus de démocratisation politique et économique en cours dans cette république, qui est déjà la plus avancée sur le plan industriel. Voisins de l'Autriche et de l'Italie, quelque deux millions de Slovènes (sur une population totale de vingt-trois millions d'habitants) sont responsables de 20 % des revenus d'exportation de l'ensemble de la fédération.
Au chapitre de la libéralisation du régime, les changements constitutionnels prévoient que les groupes politiques indépendants, jusqu'ici obligatoirement "chapeautés" par l'Alliance socialiste, pourront à l'avenir agir en dehors de ce "parapluie" et présenter des candidats aux élections. La nouvelle loi fondamentale ne fait plus état du "rôle dirigeant du parti". Ce sont deux éléments qui vont distinguer la Slovénie des cinq autres républiques du pays, plus ou moins opposées au pluralisme politique. Un pluralisme qui, dit-on à Belgrade, à Sarajevo et à Zagreb, pourrait faire resurgir les vieux antagonismes du passé.
Ce qui inquiète le plus les autorités fédérales et qui a justifié les réunions de la présidence collégiale et de la Ligue, mercredi à Belgrade, est toutefois le fait que le Parlement de Slovénie vient d'inscrire dans sa nouvelle constitution des articles qui consacrent "le droit à l'autodétermination, jusqu'à la sécession", et empêchent le pouvoir central de décréter l'état d'urgence et d'utiliser les forces armées en temps de paix sur le territoire de cette république, sans feu vert préalable des dirigeants de Ljubljana.
Selon la direction de l'Etat et du Parti communiste, ces amendements sont " contraires à la Constitution fédérale " et menacent l'" intégrité du pays ". Les responsables militaires, siégeant au sein de ces organismes, avaient, pour leur part, lancé une mise en garde contre " les conséquences imprévisibles " de ces décisions. Thèse récusée totalement par les dirigeants slovènes, qui ont vu dans ces admonestations une " pression politique inadmissible ". " Il n'y a aucune raison pour les députés slovènes d'ajourner leurs discussions ", a déclaré, mercredi à la tribune, le président du Parlement de Ljubljana, Mr Miran Potrc. Et d'ajouter : " C'est le droit souverain du peuple slovène. " A ses yeux, les amendements votés peuvent être " la base d'une rupture finale avec une longue période durant laquelle l'idéologie et la politique ont dominé la vie des hommes et les problèmes économiques ". Pour Mr Potrc, l'adoption de ces amendements " ne signifie pas que la Slovénie veuille faire du tort aux autres nationalités vivant en Yougoslavie ".
Jeudi, la presse serbe de Belgrade - qui défend son chef, Mr Slobodan Milosevic et les thèses qu'il développe, à l'opposé des Slovènes, sur un renforcement du pouvoir central - s'est déchainée, comme les jours précédents, contre les dirigeants " libéraux " de Ljubljana. Mercredi soir, au Monténégro, selon la télévision de Belgrade, des millier d'ouvriers " hostiles au vote des amendements " avaient défilé dans les rues de Titograd, pour réclamer le " renversement de la direction slovène actuelle ".
Par ailleurs, le Parlement fédéral a décidé de saisir la Cour constitutionnelle, lui demandant de se prononcer d'urgence sur la validité des amendements de la Constitution slovène.
La Yougoslavie, qui compte 23 millions d'habitants, est composée de six Républiques : la Serbie (9,3 millions d'habitants), la Croatie (4,6 millions), la Bosnie-Herzégovine (4,1 millions), la Macédoine (2 millions), la Slovénie (2 millions) et le Monténégro (600000). Deux provinces autonomes, la Voivodine (2 millions) et le Kosovo (1,6 million), sont rattachées à la Serbie.
Le Parlement grec a décidé, jeudi matin 28 septembre, pour la deuxième fois en deux semaines, de traduire l'ancien premier ministre socialiste Andréas Papandréou devant une cour spéciale. La coalition des conservateurs de la Nouvelle Démocratie, des communistes et apparentés de la Coalition de gauche et du progrès avait déjà voté la semaine dernière pour déférer Mr Papandréou devant la justice pour des écoutes téléphoniques illégales. Cette fois-ci, les députés se sont prononcés, après deux jours de débats-marathon, par 166 voix contre 121, pour sa comparution pour son rôle dans le vaste scandale politico-financier déclenché par le banquier Georges Koskotas, qui a entrainé l'échec des socialistes aux élections de juin dernier.
C'est la première fois qu'un ancien chef de gouvernement sera traduit devant la cour spéciale, si l'on exclut le cas de l'ancien dictateur Georges Papadopoulos, condamné à la prison à vie en 1975 pour " haute trahison ".
Mr Papandreou sera jugé en compagnie de quatre anciens ministres, MM Agamemnon Koutsogiorgas, ancien vice-premier ministre et ministre de la justice, Georges Petsos (transports et communications), Panayotis Roumeliotis (économie) et Dimitri Tsovolas (finances).
Trois chefs d'inculpation ont été retenus contre l'ancien premier ministre. Il est accusé de " corruption passive ", de " recel de produits de vol ", ainsi que d'avoir été " l'instigateur moral " du dépôt de 3,3 millions de dollars fait par les entreprises publiques grecques à la Banque de Crète, que dirigeait Koskotas et qui connaissait des difficultés de trésorerie.
Pour la première fois depuis le mois de juillet, Mr Papandréou s'est présenté au Parlement pour se défendre. " Toutes les accusations portées contre moi, a-t-il dit, sont le fruit de la fantaisie d'un escroc. " " Je ne suis pas venu ici pour avouer quoi que ce soit ", a souligné Mr Papandréou avant d'ajouter : " J'accuse mes accusateurs ", leur reprochant tour à tour de vouloir le " souiller et le détruire personnellement ", de le " calomnier ", de " fabriquer des accusations " afin d'aboutir à " la chute et à l'éclatement du PASOK ". Il a affirmé que Koskotas, actuellement emprisonné aux Etats-Unis, poursuivait ses calomnies contre lui en échange de sa libération.
Mr Papandréou a une nouvelle fois dénoncé une tentative de la majorité parlementaire de " criminaliser " la minorité avant d'insister sur " l'impasse morale et politique " dans laquelle le pays s'est, selon lui, engagé.
L'ancien premier ministre a terminé son discours en lançant un appel à la Coalition de gauche pour une éventuelle coopération dans l'avenir. " Nous gardons les horizons ouverts pour construire une Grèce indépendante, démocratique et progressiste ", a-t-il conclu, avant de quitter la salle pour des " raisons de sensibilité personnelle ".
" Il n'y a aucune impasse politique, elle existerait si le PASOK était resté au pouvoir ", a souligné le président de la Nouvelle Démocratie, Mr Constantin Mitsotakis, qui portait le deuil de son gendre Pavlos Bakoyannis, assassiné la veille sous les balles du groupe terroriste 17-Novembre. " Il n'est pas agréable de traduire des hommes politiques devant la justice, mais on ne pouvait pas faire autrement ", a ajouté Mr Mitsotakis. Il a assuré qu'il n'y aura pas de prescription des scandales. " La catharsis se poursuivra, a poursuivi le dirigeant conservateu; la justice examinera tous les scandales, petits, moyens et gros ", après la victoire de la Nouvelle Démocratie aux prochaines élections, prévues pour le 29 octobre ou le 5 novembre.
Le président de la Coalition de gauche et du progrès, Mr Harilaos Florakis, a, de son côté, souligné que la gauche ne pénalisait pas Mr Papandréou et ses anciens ministres, mais estimait nécessaire leur comparution pour que " la justice tranche ". Mr Florakis a accusé les socialistes d'avoir tout fait pour " couvrir " le scandale, d'avoir aidé Koskotas dans ses efforts pour investir et contrôler des secteurs importants comme la presse, la banque et le sport.
L'intervention très attendue de Mr Koutsogiorgas a constitué un autre point fort du débat transmis en direct à la télévision. L'ancien numéro deux du gouvernement, homme politique chevronné et l'un des meilleurs avocats grecs, s'est défendu pendant plus d'une heure et demie devant ses ex-confrères. Il a catégoriquement démenti avoir touché un pot-de-vin de 2 millions de dollars, comme l'accuse l'ancien conseiller juridique de Koskotas, affirmant que l'argent a été déposé à son insu sur son compte suisse et a ensuite été retiré par le banquier, une fois que le scandale eut éclaté. Selon l'accusation, cette somme devait le " récompenser " pour avoir fait adopter en août 1988 uhe loi sur le secret bancaire, qui arrangeait bien à l'époque Koskotas.
La session d'automne du Parlement soviétique s'est poursuivie par un débat animé sur les coopératives, objets de critiques convergentes.
Riche en sujets de mécontentement et pauvre en objets de consensus, la société soviétique est pourtant à peu près unanime dans son hostilité aux coopératives : qu'on soit bureaucrate conservateur, simple grand-mère en charge des courses, ouvrier ou employé, on n'arrive pas à trouver une légitimité à ces mini-entreprises privées introduites par Mr Gorbatchev.
La raison peut en être la jalousie, l'outrage même que suscitent la réussite et l'argent facile dans un pays pauvre où le nivellement social a été fait vertu et dont les énormes inégalités étaient, jusqu'à présent, soigneusement dissimulées. La bureaucratie, quant à elle, craint que ce développement d'une nouvelle couche d'entrepreneurs et de commerçants ne soit la plus sûre de ses condamnations. Et Mr et Mme Tout-le-Monde, enfin, enragent de pouvoir trouver dans les coopératives, mais à des prix inabordables pour eux, des produits de première nécessité qu'ils ne peuvent plus se procurer dans les magasins d'Etat.
Il est donc fréquent d'entendre, dans les queues ou dans l'autobus une même personne vitupérer les conservateurs et vouer les coopérateurs à la pendaison.
Déstabilisés, impopulaires et, de semestre en semestre, décimés au sommet par Mr Gorbatchev, les conservateurs ont donc ainsi trouvé un terrain de bataille rêvé puisqu'il leur permet d'essayer de tuer dans l'Óuf la libéralisation économique et de s'en prendre directement au secrétaire général sans même avoir à le nommer, tout cela avec le soutien du public.
Avantage annexe et particulièrement pernicieux de cette bataille : elle entretient un tel sentiment de précarité parmi les coopérateurs que certains d'entre eux se contentent, sans rien créer, de faire le plus d'argent possible le plus vite possible sans réinvestir leurs bénéfices. A force de les dépeindre en affameurs du peuple, on les pousse ainsi a devenir de simples intermédiaires - commerçants avisés qui savent voir dans quelle région de l'immense territoire soviétique on peut se procurer, sur le marché d'Etat, tel ou tel produit totalement absent ailleurs, qui courent acheter en masse et viennent revendre à trois ou cinq fois le prix.
Encore remplissent-ils là une fonction défendable - celle de régulateurs du marché - et leurs prix ne font-ils après tout, qu'anticiper les hausses générales à venir. Là, en revanche, où le scandale est réel, c'est lorsque des coopérateurs, de mèche ou très officiellement associés à des fonctionnaires du réseau de distribution d'Etat, préemptent des livraisons, vident en d'autres termes les magasins publics pour remplir les leurs. Cela devient de plus en plus fréquent et ne constitue qu'un des aspects du sabotage organisé auquel se livre la bureaucratie. En l'affaire, les plus grands coupables sont naturellement les fonctionnaires qui font de cette manière coup triple puisqu'il se remplissent les poches, font monter la colère contre la perestroika et oublier que les coopératives purement commerciales - on dit " spéculatives " - ne représentent que 7 % de l'ensemble du secteur.
Dynamiques et déjà indispensables, les coopératives de services en représentent, elles, 13,5 %, tandis que les coopératives de construction en constituent le cinquième. La pression est néanmoins devenue tellement forte - et les abus parfois si réels - que le gouvernement mis en place au début de l'été s'est résolu à présenter devant la deuxième session du Soviet suprême un projet de loi donnant, de facto, aux assemblées locales pouvoir de vie ou de mort sur les coopératives.
C'est à la fois lâcher du lest, se prémunir de toute accusation contre le pouvoir central et tabler sur une prochaine sagesse de ces assemblées dont les élections locales devraient, cette année, profondément renouveler les effectifs - En faveur, bien sûr, des réformateurs, sitôt présenté, en première lecture, par le vice-premier ministre Leonid Abalkine, le projet a donc provoqué un savoureux psychodrame dans lequel Mr Abalkine, un économiste réformateur, défendait les coopératives comme embryon de " marché socialiste " tandis que des députés vitupéraient ces " spéculateurs " qui s'engraissent sur " le dos de nos enfants ".
Mr Gorbatchev s'est même offert le luxe de jouer les vox populi et de se faire ovationner par les conservateurs. Interrompant Mr Abalkine et prenant le ton du bon sens indigné, il a en effet expliqué, exemples à l'appui, qu'on pouvait " difficilement parler de travail honnête " à propos des coopératives d'achat et de revente et qu'il était donc " justifié de vouloir ériger des barrières contre ceux qui s'enrichissent illégitimement et discréditent le mouvement coopératif sans le développement dynamique duquel on ne peut assurer le succès de la pérestroika ". Rarement débat parlementaire aura été, de bout en bout, aussi faux puisque chacun poursuivait ses arrière-pensées.
Le projet défendu par Mr Abalkine (et Mr Gorbatchev avec lui) a été adopté en première lecture.
Un autre projet, interdisant purement et simplement, à l'échelle nationale et dès le 1er octobre, les coopératives commerciales, a, lui, été repoussé de justesse (205 voix contre 190).
L'alerte a été chaude. Il y en aura d'autres - et pas seulement sur les coopératives.