LE théâtre de Schnitzler est apparemment désinvolte, en réalité, il est plein d'inquiétudes mortelles. Une sorte de boulevard mordant, plus désespéré que mélancolique, plus franchement comique que souriant. Pour Luc Bondy, l'homme qui s'en rapproche le plus est Max Ophuls.

Schnitzler raconte les gens qu'il connait le mieux : doués mais gâchant leurs dons, orgueilleux et vaniteux, frivoles mais suicidaires. Moins égoistes peut-être qu'enfermés dans un rituel social depuis longtemps dépassé. Il décrit le premier décor de la pièce comme un jardin clos qui ne laisse rien voir de l'extérieur. Et des personnages qui vont y apparaitre, trois seront morts à la fin du spectacle. D'abord, la mère. Puis sa fille, Johanna se suicide ainsi que l'homme - plus âgé - qu'elle aime.

" Mais, dit Luc Bondy, Sala ne se suicide pas à cause d'elle. Pas seulement. Son angoisse : il est malade, et les autres vont le découvrir. Pour un aristocrate comme lui, qui toujours doit paraitre impeccable, sans faiblesse, c'est inconcevable. Quant à Johanna, son suicide a plusieurs motifs. Elle hait la mort. La mort la dégoûte, elle en a peur. Elle porte, finalement, les stigmates de la mort, et ne voit pas d'autre solution. Il est curieux que Schnitzler ait focalisé là-dessus, car sa fille effectivement se suicidait, peu de temps après qu'il eut écrit la pièce.

" La mère, on peut dire qu'une longue maladie d'amour l'a détruite. Elle a eu un fils adultérin, et l'a toujours caché à son mari. L'arrivée de son ancien amant l'achève. Cette pièce représente, en somme, une sorte de " psychanalyse inverse ". Habituellement, la psychanalyse apporte une connaissance qui permet de survivre en coexistence avec ses problèmes. Ici, c'est le contraire. Dès que les gens savent, ils meurent. Ils ne peuvent supporter la connaissance. Comme si le mensonge les faisait exister. Plus exactement, le mensonge est le reflet d'une vérité impossible à regarder directement. Ils ne disent pas : " Je ne veux pas le savoir ", mais " Je veux bien savoir, à condition que les autres ne sachent pas ".

" Sauvegarder le rituel social est nécessaire, sans doute, et même vital, pour eux comme pour tout être civilisé. Mais ce n'est pas tout, ça va plus loin. Il y a un retournement des relations entre fils et père. Le fils adultérin héroise son père tant qu'il est loin, le méprise dès qu'il l'approche, le refuse et choisit, cette fois en toute connaissance de cause, l'homme avec qui il a jusqu'à présent vécu, son faux père.

" Schnitzler prend les gens à un moment de leur existence où ils font face aux conséquences de leur passé, tout juste à la quarantaine. Souvent, quand on monte cette pièce, c'est avec des acteurs plus âgés. Mais je m'intéresse au comportement de deux artistes qui se cognent à leurs ratages. L'un est un auteur dramatique qui a eu un commencement de succès et se trouve dans une position établie. L'autre - le père - est un peintre tombé dans le fonctionnarisme. Tous deux sont confortables mais, devenus incapables de créer, sont obligés de ramer.

" Entre quarante et cinquante ans, les gens regardent volontiers en arrière, difficilement en avant, et refusent le présent. Là, dans cette pièce, on voit que les deux artistes en question ont manifesté un talent auquel ils ont sacrifié leur vie affective et familiale. Ils ont voulu la liberté totale pour l'épanouissement de leur créativité, mais ça n'a pas fonctionné, elle les a trahis. Ils se trouvent là, démunis. L'un, avec une maladresse véritablement égoiste, veut amener à lui un fils qu'il connait à peine, mais qui lui est devenu indispensable, car c'est la seule chose qui lui reste. Naturellement, il échoue.

" L'autre veut se débarrasser de ses responsabilités, entraine le suicide de la jeune fille. Il a d'abord voulu entrainer le frère dans une expédition archéologique - l'archéologie représente une recherche de racines, d'identité. Une tentative pour pénétrer l'énigme de soi-même. - Freud était archéologue. Le frère refuse, finalement, au cours d'une scène qui peut être vue comme un duel de mots. Il est normal qu'un frère provoque en duel l'amant de sa sÓur...

" Ce frère, ce fils, est un personnage intéressant, parce qu'il appartient à une génération au bord du gouffre. Militaire comme il se doit, il est prêt à changer de condition. Il pense qu'il aurait pu vivre dans une période de guerre où il aurait rencontré l'occasion de se couvrir de gloire, mais enfin il est content, ce n'est pas un révolté. Sala lui propose le voyage archéologique, comme pour lui transmettre un message : mieux vaut partir que s'enfermer dans des problèmes Ódipiens. En fait, la mère était le pilier de cette famille, elle en détenait le secret, maintenait l'équilibre entre vérité et mensonge. Quand elle meurt, il y a comme une perte généralisée d'identité, les vérités deviennent imprécises, floues comme des couleurs délavées...

" Chez Botho Strauss aussi - en particulier dans la dernière pièce que j'ai montée à la Schaubühne, la Chambre et le Temps (le Monde du 18 février), les gens ne cessent, tout en mentant, de chercher la vérité. Mais la structure de fiction est fondée sur l'amnésie. Ce qui est formidablement théâtral, car on peut alors recréer des situations, les fragmenter. Ecrire aujourd'hui en continuité, comme Tchekhov ou Schnitzler, me parait difficile.

" Ces auteurs, Schnitzler ou Botho Strauss, me permettent à moi un type de travail que j'apprécie de plus en plus : j'utilise les acteurs. J'aime installer des situations qui racontent - ou semblent raconter - leur histoire. Ils sont tout le temps là, ensemble, et des liens secrets se discernent, les choses se décantent, chacun trouve sa vérité singulière. Les acteurs qui ne se connaissent pas ont tendance à amener des trucs, raffinés d'ailleurs quand ils sont bons. Mais ce qu'ils font est alors moins rare. La vérité d'un acteur, c'est quand j'ai l'impression qu'il n'est pas là seulement pour se perfectionner, mais pour se casser. Je parle de la vérité du théâtre. L'autre...

" Au théâtre, on a la possibilité de montrer quand une phrase sonne faux. Quand le corps raconte autre chose que les mots, quand un geste n'est pas en harmonie. Par exemple, quelqu'un dit : " Vous partez définitivement ? " L'autre veut en effet partir définitivement mais n'ose pas l'avouer et répond : " Non, pour quelque temps ", tandis que son geste trahit son désir réel... Le sous-texte, chez Schnitzler, est d'une importance énorme. Il ne s'agit pas seulement d'hypocrisie mondaine. Le milieu est moins snob que dans Terre étrangère, par exemple.

" L'Autriche de la pièce, un empire austro-hongrois en pleine décadence, est un tout autre pays que celle d'aujourd'hui, d'ailleurs multiple. Il y a l'Autriche américaine de Peter Handke, mais d'autres aussi, encore balkaniques, très juives, qui font penser à la Hongrie, avec les petites gares jaunes. Il y a l'Autriche des casernes et des banlieues...Celle de Schnitzler est plus européenne, dans le sens occidental. Il y a autant d'Autriche que d'auteurs autrichiens.

" Schnitzler n'est pas un violent, dans la mesure où on associe généralement la violence à des comportements moins nuancés que ceux de ses personnages. Chez lui, avec une grande perversité, les dommages arrivent à petits pas, et même les meurtres. Un à un il enlève les masques jusqu'à débusquer celui de la mort. Il dit que la fiction est en nous, et pas en dehors de nous. Comme Freud, Schnitzler était un sous-marin de l'âme humaine. "

Le merveilleux dans cette histoire est que l'on se trouve comme à l'intérieur de la gueule de bois, dans un monde cotonneux où l'on perd la notion du temps, où le moindre bruit transperce la tête. Donc, tout sonne feutré et le plus petit décalage provoque des catastrophes. Les personnages ne s'agitent pas, ils en sont bien incapables. Ils ne s'évadent pas de leur cauchemar, ils y tanguent comme des nageurs dans une mer poisseuse.

Degliame me raconta sa vie, son action de syndicaliste, sa détention en Allemagne, et le long périple de son évasion qui l'amena en Syrie à travers l'Autriche, la Hongrie, la Roumanie et la Turquie. Nous le trouvâmes, ma femme et moi, profondément sympathique. Il ne cachait pas qu'il était syndicaliste unitaire, donc communiste ou communisant, mais ne semblait pas vouloir rejoindre les organisations de ce parti qui d'ailleurs, en 1941 en zone sud, étaient à peu près inexistantes.

Il commença tout de suite à travailler avec nous sur les Alpes-Maritimes, puis je l'emmenai à Lyon pour le présenter à Henri Frenay, qui lui confia le développement de ce que l'on appela bientôt : l'Action ouvrière. Grâce à Degliame, le mouvement Combat fut bientôt solidement implanté dans de nombreuses entreprises. Lui-même devint, grâce à ses qualités humaines et à son sens de l'organisation, un élément important de la direction collective du mouvement qui, autour d'Henri Frenay, rassemblait des hommes de toutes couleurs politiques, comme Jean-Guy Bernard, Marcel Peck, Edmond Michelet, Pierre de Bénouville, Pierre-Henri Teitgen, Maurice Bertin-Chevance, François Morin-Forestier, moi-même et bien d'autres.

Au printemps 1943, j'avais été désigné pour représenter Combat au Conseil national de la Résistance créé par Jean Moulin. Un peu plus tard, Frenay, partant en Angleterre puis à Alger, me laissa le rôle de coordination du mouvement, et je vis plus souvent Marcel Degliame et pus apprécier ses qualités encore davantage. Après mon arrestation par la Gestapo en mars 1944, Marcel me remplaça comme représentant de Combat au CNR.

Entre-temps, il avait étendu le rôle d'Action ouvrière à un secteur plus vaste que l'on appela dès lors l'Action immédiate et qui regroupait non seulement le sabotage en usine, mais le sabotage ferroviaire (développé à l'origine par René Hardy avant l'atroce affaire de Caluire), les actions des groupes francs, certaines actions des maquis, enfin toute une série d'opérations qui contribuèrent à la réputation d'activisme de Combat et des Mouvements unis.

Au printemps, expédié par la Gestapo en " villégiature " dans divers camps de concentration allemands, je n'eus plus que de loin en loin des nouvelles de l'activité de Degliame. Mais à mon retour, en avril 1945, j'appris, sans étonnement, qu'il avait joué un rôle capital dans l'insurrection nationale.

Ce qui était remarquable chez Marcel Degliame, c'était la chaleur et la solidité des rapports qu'il était capable de lier avec des individus très différents, que ce soit des hommes de droite comme Pierre de Bénouville, des officiers de carrière comme Louis Mangin, Maurice Chevance ou Frenay lui-même, des communistes comme Serge Ravanel du mouvement Libération, chef des groupes francs des Mouvements unis, Raymond et Lucie Aubrac, aussi de Libération, Jean Pronteau et Victor Leduc de Combat. Kriegel-Valrimont de Libération et bien d'autres. Cet homme symbolisait l'amitié, et c'est cela sans doute, autant que ses qualités techniques, son intelligence et son sens politique, qui explique l'efficacité de son action dans tant de domaines.

Après guerre, nommé gouverneur de Constance, le colonel Degliame fut apprécié aussi bien par l'administration française que par la population locale. Plus tard, revenu en France, il se consacra d'abord à des activités théâtrales, créant le théâtre de Babylone où furent montées de nombreuses pièces d'avant-garde, puis s'occupa de télévision et fut pendant longtemps actif à la SFP.

Depuis quelques années, il avait pris sa retraite dans une petite maison de campagne située à Sennevières, près de Loches, partageant son activité entre la rédaction de ses mémoires et des travaux de menuiserie et de jardinage où il se montrait particulièrement habile, secondé par sa femme Janine, soutien et réconfort de toutes ces années.

Ses amis de la Résistance venaient souvent les voir, Janine et lui, dans leur demeure des champs. Ils y sont encore revenus le 11 septembre pour entourer Janine et sa fille Claude, et, après une courte et émouvante cérémonie militaire à Loches, l'accompagner au cimetière où il repose maintenant.

Tous étaient profondément émus. Quelqu'un disait : " Tant de courage, tant d'intelligence et tant de gentillesse ! " C'était là vraiment Marcel Degliame.

LA France est un curieux pays où l'addition des quidams mécontents donne un peuple globalement satisfait. Ne sommes-nous pas parmi les pays les plus industrialisés du monde ? Ce paradoxe est explicable : les Français ne connaissent pas leur bonheur. Et comment pourraient-ils le connaitre, puisque - tous les hommes politiques l'affirment - le bonheur est toujours pour demain ?

De Barre à Rocard, c'est la même antienne : rigueur, ouvrage, solidarité devant l'ennemi commun, l'infâme concurrent nippon, asiatique, voire européen, qui menace nos positions sur le champ de bataille du commerce extérieur.

Nous arrivons donc, de trous en déficits, à usiner des épées de Damoclès de plus en plus pointues : réclamer un petit pourcentage d'augmentation de salaires, c'est s'exposer inévitablement à perdre la compétition devant les sabres des samourais. Et à quoi bon produire, objectent les ouvriers, si les fruits de cet effort nous passent sous le nez ?

Il devient donc urgent de créer une unité de mesure nouvelle pour évaluer le BNB, le bonheur national brut. Les comparaisons internationales ne manqueront pas de sel : voulez-vous, comme au Japon, faire cadeau de vos congés payés au patron ? Et, comme en Corée du Sud ou dans d'autres pays d'Asie du Sud-Est, travailler pour des clopinettes, sans couverture sociale ? Aimeriez-vous passer vos vacances d'été au bord de la Baltique ? Vivre au calme à New-York ? Goûter la gastronomie britannique ?

Le calcul du BNB aurait d'heureuses conséquences : le travailleur français se verrait moins calamiteux. Le patron ne serait plus obnubilé par le niveau de ses charges sociales. La qualité de vie remplaçant la quantité de marchandises, nous pourrions alors exporter cet art de vivre dont nos visiteurs étrangers sont friands, l'été venu.

La France serait numéro un mondial au palmarès des esthètes-sybarites-feignants-et-pas-complexés. Seulement voilà :la primauté de l'être sur l'avoir est une notion farfelue qui n'intéresse aucun parti, aucun syndicat. Le bonheur ne se met pas en équations. Il n'existe donc pas.

Klaus-Michael Grüber est imprévisible.

Avec une pièce de Schnitzler.

Et sans doute aussi ses angoisses.

- Philippe Manoury : " En règle générale, mes gommes s'usent plus vite que mes crayons. "

- Jean-Claude Eloy : " En vingt-cinq ans d'activités, je n'ai constaté, autour de l'institution française, que crises politiques, ambitions dominatrices, désir de pouvoir, malveillances, manÓuvres et contre-manÓuvres de couloirs... "

- Anthony Braxton : " Mon problème n'a jamais été de savoir quelle approche était nécessaire à la composition, mais plutôt de savoir comment j'allais pouvoir emprunter 10 dollars pour déjeuner. "

- Luciano Berio (à la manière zen) : " Tout le monde connait le bruit de deux mains frappées, mais quel est celui d'une seule? "

Quatre noms dominent le début de cette saison, et ce sont par bonheur quatre parmi les plus grands chorégraphes de l'époque : Balanchine, Robbins, Kylian et Forsythe.

L'ÉVÉNEMENT de cette rentrée chorégraphique, c'est la venue du New-York City Ballet, qui n'avait pas posé ses chaussons sur le sol parisien depuis six ans. La visite de l'illustre troupe est si coûteuse qu'elle engloutit à elle seule tout le budget du Festival international de danse de Paris : il n'y aura rien d'autre à son programme cette année.

La curiosité est grande de savoir comment le NYCB survit à la mort de son fondateur et maitre George Balanchine, survenue en 1983. " Mr. B. " n'en avait pas fait seulement une des premières troupes du monde, et peut-être la plus excitante : il avait forgé en elle l'instrument hypersophistiqué de son idéal artistique. Ses ballets continuent de former la base du répertoire : sur les onze présentés à Paris, six sont signés de lui, quatre de Jerome Robbins et un de Peter Martins, ces deux derniers étant aujourd'hui codirecteurs. Sept représentations au Théâtre des Champs-Elysées, du 19 au 24 septembre.

Autre vedette de la rentrée, le Tchèque Jiri Kylian, un des meilleurs chorégraphes du moment. Présent sur deux fronts : au Théâtre de la Ville, avec sa troupe, le Nederlands Dans Theater (deux programmes, du 29 septembre au 7 octobre), et au palais Garnier, où il montera pour le corps de ballet maison deux Óuvres, sa célèbre Sinfonietta et sa toute dernière création, Tantzschul (du 20 au 29 octobre). Si la réouverture du Palais Garnier, devenu Palais de la danse, le 20 octobre, est prétexte à gala habillé et à tarif spécial, le lendemain aura lieu une journée " portes ouvertes " où toutes les manifestations (leçons, films, soirée Kylian) seront gratuites.

Après un programme Diaghilev sans surprises mais de qualité (Petrouchka, le Spectre de la rose, l'Après-midi d'un faune et Noces), Garnier nous propose une alléchante soirée Robbins " sous réserves ". Sous réserves de quoi ? Qu'on puisse s'entendre avec le très exigeant Robbins, notamment sur le nombre de répétitions. Si ça marche, on verra une merveille entre les merveilles, Dances at a Gathering, entre Moves et Glass Pieces (26 novembre au 9 décembre).

Le Festival d'automne nous ramène la grande Trisha Brown avec Son of Gone Fishin', Glacial Decoy, Newark et son tout récent Astral Convertible (Théâtre de la Ville, 24 au 29 octobre). Puis affiche pour la première fois un des jeunes loups de la danse contemporaine, Daniel Larrieu, avec les Marchands et les Bâtisseurs (Théâtre de la Bastille, du 2 au 10 novembre).

Pour la danse contemporaine française ou étrangère, escales obligées au Théâtre de la Ville, bien sûr, où la saison est particulièrement brillante. On y retrouvera les grands fidèles de la maison - Pina Bausch, Mats Ek, Jean-Claude Gallotta - mais on y fera peut-être aussi des découvertes, comme Christine Bastin ou les Espagnols Danat Danza. Ouverture avec des spectacles à la frontière de la danse et du théâtre, les Canadiens Carbone 14 (20 au 23 septembre) et les Belges Needcompany (26 et 27 septembre).

Toujours au rayon contemporain, il ne faut pas manquer une des réussites de l'année, Insurrection d'Odile Duboc : mieux inspirée par le Bicentenaire que sa consÓur Maguy Marin, Duboc donne là une Óuvre vive, dense et légère, reprise pour trois soirs seulement à la Maison des arts de Créteil (13, 14 et 15 octobre).

Stéphane Lissner, directeur du Châtelet, meurt d'impatience et ne peut pas attendre le contrat qui le lie pour trois ans, à partir de la rentrée 1990, à William Forsythe et à son Ballet de Francfort : il les invite dès cet automne, qui s'en plaindra ? Forsythe, le chorégraphe qu'on s'arrache dans le monde entier, nous apporte son stupéfiant Impressing the Czar (c'est dans ce spectacle que figure Bongo Bongo Nageela, sabbat de Lolitas en folie dont on vous avait parlé l'an dernier). Puis, dans un second programme, Die Befragung des Robert Scott, le très étrange Enemy in the Figure (le Monde du 31 mai) et Pretty Ungly, charmante réussite d'une danseuse de la troupe, Amanda Miller (du 6 au 17 décembre).

Où en est le ballet russe, à l'heure de la perestroika ? Touche-t-elle le très conservateur Bolchoi ? On le saura au Théâtre des Champs-ELysées, où le Ballet du Bolchoi apporte des extraits de Giselle, de Spartacus, de Raymonda, ainsi que Paquita et Divertissements (14 au 21 décembre). Et comme il est très à la mode, aujourd'hui, de montrer les écoles de danse, on verra aussi celle du Bolchoi, du 23 au 31 décembre. On dit que c'est plutôt sur le Ballet-Théâtre de Leningrad que souffle un vent de modernisme : il viendra pour la première fois à Paris (au Théâtre des Champs-Elysées, du 2 au 7 janvier), avec le Duel et Figaro de son maitre Boris Eifman.

Quant à notre superstar nationale, la belle Sylvie Guillem, ses admirateurs devront traverser le Channel pour la voir danser : elle est affichée au Covent Garden de Londres, avec le Royal Ballet, le 29 septembre dans la Bayadère et le 5 novembre dans le Lac des cygnes...

Ou comment un festival fête la Révolution. Et comment va la vie des compositeurs d'aujourd'hui, au travers des témoignages d'un débutant, et d'un pape.

PAS une note de musique n'a encore résonné. Les premières répétitions viennent à peine de commencer, les premières partitions d'arriver rue de Rivoli, au siège du Festival d'automne. Du programme musical de cette année révolutionnaire - l'idée de Révolution traduite par une floraison sans précédent d'Óuvres en création - on ne connait encore qu'une liste impressionnante de noms : trente-trois titres inédits et un nombre encore plus imposant d'auteurs (outre les créations, il y a aussi les premières auditions) ; une cohorte de mécènes ; une multitude de coproducteurs... Mais, déja, la polémique est entamée sur le pourquoi, le comment, le bien-fondé de l'idée. Trente-trois Óuvres commandées, vingt-trois concerts de nouveautés, c'est bien, mais ce n'est pas assez quand on compare au nombre des élus celui des exclus. Programme franco-français... tribune offerte encore une fois aux mêmes, aux pontifes, aux profiteurs, à ceux que l'on connait par cÓur...La controverse va bon train dans le dernier numéro de la revue Diapason.

Michel Guy et Joséphine Markovitz, son adjointe pour la musique, l'ont peut-être un peu cherché en proposant à Boulez le soin d'ouvrir et de fermer le programme (non sans figurer d'ailleurs à mi-course, avec Messiaen et Stravinsky !). Ils savaient que l'effet IRCAM-EIC donne toujours aux allergiques les mêmes boutons et qu'il ne saurait être conjuré par la commande passée à ... Marcel Landowski : note d'humour qui n'a pas fait taire la contestation.

La faiblesse du menu musical 89 - on pourrait aussi bien dire : sa force - n'est un mystère pour personne, et surtout pas pour ses instigateurs. Fidélité aux compositeurs qu'on a toujours ici accueillis, aimés, soutenus (Ligeti mais aussi Eloy) ; Xenakis, Nono mais aussi Aperghis ; et Steve Reich, et Ornette Coleman). Confiance gardée aux ex-petits jeunes aujourd'hui montés en grade (Dusapin, Manoury). Coups de cÓur, tout de même, pour Bussotti que la France a oublié, pour Michael Jarrell, l'Américano-Suisse qui monte, comme pour Anthony Braxton, Roger Woodward, créateur en 1987 du Concerto pour piano de Xenakis, cette fois dans le rôle de compositeur. Et un pari sur deux très jeunes musiciens qui ne sont pas précisément dans la ligne boulézienne : Eric Tanguy, vingt et un ans, élève du Roumain Horatiu Radulescu (école " spectrale " élargie) et de l'Anglais James Dillon (la complexité comme principe fondateur) ; Franck Krawczyk, vingt ans, admirateur de Louis Couperin, Schumann et Debussy, élève en électroacoustique dans la classe lyonnaise de Philippe Manoury, remarqué par Claude Helffer qui jouera son Kammerkonzert, encore un vrai-faux concerto pour piano (lire ci-dessous l'article d'Alain Lompech).

" Notre devoir n'est pas d'être équitable, nous déclarait Michel Guy. Il est de faire ce qui nous parait important et urgent dans la limite de nos goûts, forcément contestables. Qu'on n'aille pas chercher dans notre programme un bilan sur l'état actuel de la création : nous aussi, nous nous trompons, et nous ne représentons qu'une toute petite partie de la vie culturelle hexagonale. Les choses se sont faites d'elles-mêmes, d'une certaine façon, grâce aux contacts que nous entretenons avec les interprètes. Par exemple, j'ai assisté au récital Pollini à Pleyel. Je suis allé le féliciter dans sa loge et je lui ai demandé : A qui désirez-vous que je commande une Óuvre à votre intention ? Au même instant, Pierre Boulez est entré dans la loge. Maurizio n'a eu qu'à tendre la main dans sa direction. "

Quel festival, y compris Royan à la grande époque, a eu les moyens de commanditer une telle foison d'Óuvres pour une seule édition ? La richesse fait des jaloux, c'est normal ; en temps de récession, elle interdit le gaspillage. Mais seuls les vrais " accros ", ceux qui n'auront raté aucun concert, pourront dire au soir du 16 décembre si la Rue de Rivoli s'est trompée ou non. Un ou deux chefs-d'Óuvre feraient évidemment bien dans le décor.

Riche, en vérité, le département musique du Festival d'automne ? De quelle richesse parle-t-on ? Le montant des commandes passées pour cet ensemble de créations s'élève à 1,6 million de francs. C'est énorme par rapport aux sommes dont dispose chaque année le ministère pour faire naitre des partitions : 2,5 millions cette année (3,5 en 1990) sur les 5,4 millions du budget de la création musicale. La direction de la musique a d'ailleurs dû répartir sur deux ans sa contribution (au total, 800 000 F, qui s'ajoutent à la subvention annuelle habituelle de 300 000 F), se trouvant à ce jour quelque peu exsangue pour passer commande cette année hors Festival d'automne. Mais une addition de 1,6 million n'apparait plus si considérable quand on songe que le budget de l'IRCAM se situe entre 42 et 45 millions (dont 13,8 millions pour le seul Ensemble Intercontemporain), soit une somme qui excède très largement le coût de toutes les actions de l'Etat pour la musique, qu'il s'agisse des festivals (5,4 millions), des orchestres ou ensembles autres que l'EIC (6,75 millions), des disques. Un budget de commandes de 1,6 millions pour des heures et des heures de musique vivante, de musique existante, prête ensuite à voyager aux quatre coins du monde par la grâce de leurs interprètes, c'est en vérité ridicule dès qu'on le compare à des secteurs autrement plus riches que la musique contemporaine, l'opéra par exemple.

Notez que le député de Paris Jacques Toubon, reprenant une question posée à l'Assemblée par Jean-Paul Fuchs, maire de Colmar, le 27 avril dernier, adressait le 11 septembre une lettre écrite au ministère de la Culture et de la Communication à propos de la " disparition " de 20 millions. Ces 2 milliards de centimes-là étaient en principe destinés à renflouer les établissements lyriques de province ; c'est en tout cas ce qu'avaient voté les députés après discussion du budget de la culture pour 1989. Or cette dotation n'est jamais parvenue aux institutions intéressées. N'aurait-elle pas été engloutie par le concert d'inauguration de l'Opéra-Bastille, dont Mr Toubon chiffre le coût à 20 millions exactement ? Cette arithmétique est sans doute un peu simple. Il y a eu, il y aura à la Bastille d'autres gouffres que le concert d'ouverture.

Et puis, 180 000 francs pour la commande d'une partition d'orchestre d'environ trente minutes, est-ce vraiment le Pérou ? Rien à côté des à-valoir obtenus par des romanciers de renom, qui se chiffrent en millions de francs lourds. Encore ce tarif n'est-il pas pratiqué en France (pour Stockhausen excepté), le Festival d'automne payant au maximum 100 000 F, pour une Óuvre d'un compositeur de grande renommée. Le barème, situé dans une fourchette de 2 à 10 selon la notoriété de l'artiste, prend en compte la difficulté d'écriture de la partition, l'importance de l'effectif instrumental. Et pas le minutage, ce qui est bien dans le style Grand Siècle du Festival. Le barème de commandes du ministère, le seul qui - service public oblige - ne prenne pas en compte la notoriété de l'artiste, est quant à lui fixé selon des critères sévères, et égalitaires : genre, difficulté, effectif, durée. 80 000 F pour un opéra, 50 000 pour un concerto... On mesure là encore les limites (forcées) de l'initiative publique en matière de création. Limites qu'avait tenté d'élargir Maurice Fleuret, doublant en 1981 les crédits de la commission des commandes, et veillant déja - un système de vote à bulletin secret a été institué - à ce que les esquisses et les dossiers soient jugés par les douze commissaires (1) avec un maximum d'objectivité plutôt qu'en considération des réseaux d'influence et en prévision des renvois d'ascenseur. Le système de vote à bulletin secret a eu ainsi récemment pour effet de faire refuser par la commission des commandes une petite Óuvre de Stockhausen et une partition de Claude Lefebvre. Précédent extraordinaire quand on sait que ce dernier dirige le Festival de musique contemporaine de Metz, qu'il a donc le pouvoir de faire jouer ses collègues.

Une commission, des dossiers, des compositeurs jaugés sur des partitions qu'ils n'ont pas achevées ou même pas commencées ? Le Festival d'automne a choisi de ne pas chipoter et, sur le principe du tout ou rien, a demandé au ministère une contribution globale, passant par la région Ile-de-France selon la procédure des commandes déconcentrées. Contribution que les mécènes sont venus ensuite, au coup par coup, compléter. Régime de faveur, en tout point, puisque les quelque cinquante compositeurs qui reçoivent chaque année des commandes de l'Etat sont eux- mêmes, bien que moins payés, des favorisés : il existe en France des compositeurs aux talents confirmés qui crèvent de faim. Et trois seulement qui gagnent confortablement leur vie avec leur musique : Xenakis, Dutilleux, Messiaen.

Xenakis, le plus prolixe peut-être de nos compositeurs, n'accepte en général de commandes que de l'étranger. Il lui est arrivé, voici très longtemps, d'en accepter de Radio-France, mais les projets, abandonnés ou trop mal payés, ont avorté. Désormais, le successeur de Varèse accepte d'autant moins de commandes françaises qu'il a revu ses tarifs à la hausse, n'acceptant plus de composer que pour 100 000 à 150 000 F, ceci " à la tête du client ".

Récemment guéri d'une maladie cardio-pulmonaire qui l'a laissé inactif pendant sept mois, Xenakis se retrouve aujourd'hui devant un carnet de commandes de diva : Londres, Francfort, Stockholm, les orchestres de Bordeaux, de Lyon, de Montpellier, sans compter un centre culturel suédois et quelques guitaristes du monde entier, attendent qu'il compose pour eux pièces symphoniques, solos, Óuvres pour orchestres de chambre (pour le London Sinfonietta), un second quatuor (les Arditti jouent déja le premier) : soit dix commandes à honorer dans les deux ans... Quand Xenakis dit que l'argent ne l'intéresse pas, on le croit. Comme lorsqu'il déclare pouvoir sans peine écrire pour des effectifs imposés : " La variété des commandes que je reçois ne m'empêche pas de réfléchir sur le fond. La pensée théorique est mon plancher des vaches. J'y plaque des préoccupations ponctuelles.

" J'ai tellement composé que, l'âge aidant, je crois que je m'arrêterais si les interprètes ne me pressaient d'écrire. Ma musique ne fait plus scandale, je ne suis pas très convaincu de son succès, mon seul bien est ma solitude, comme au temps où j'écrivais sur la Crise de la musique sérielle et que je mettais tout le monde contre moi. Je ne crois qu'à la confiance, à l'enthousiasme des interprètes. Pour eux, je continue à composer. "

Pur et heureux hasard, assure Peter Brook, le programme qu'il présente dans son théâtre des Bouffes du Nord, en coproduction avec le Festival d'Automne, a reçu tout naturellement le soutien de la Fondation France-Libertés de Danielle Mitterrand et coincide avec l'Année des droits de l'homme. Depuis quelque temps - il lui fallait auparavant achever l'aventure du Mahabharata, - Peter Brook souhaitait faire découvrir la culture noire de l'Afrique du Sud, " connue dans les pays anglophones, mais totalement inconnue en France ". Pour lui, cette découverte fut un choc.

" Vous parlez d'intense vitalité, de joie de vivre à propos de l'Afrique du Sud. N'est-ce pas un paradoxe ?

- Il faut se méfier du mot joie, car dans son sens banal il véhicule les pires stéréotypes sur la race noire, il désigne une sorte de naiveté, le sourire d'éternels enfants de la nature. Si je l'utilise, c'est à défaut de meilleur mot pour nommer cette extraordinaire capacité de vivre le moment, cette intense vitalité qui est le propre de la culture des townships, où pourtant la situation est intolérable. La vie dépasse tout, et la vie ne peut être une force négative...

- Existe-t-il des survivances de contes africains ou des grands mythes dans cette culture par essence urbaine ?

- Non. Car le conteur est inséparable de la structure de la vie traditionnelle à la campagne. A la différence du reste de l'Afrique, l'Afrique du Sud est un pays totalement urbanisé, moderne. Les Noirs ont créé, à la place de la vie traditionnelle, une culture bien sûr influencée par leurs racines et beaucoup par le jazz - mais d'abord très liée à la rue. Les townships ne sont pas équipés en théâtres, il y a peu d'hôpitaux, et pour le reste ce sont des maisons dans un no man's land d'une immense tristesse. L'équivalent du bazar, du théâtre, est justement la rue, où s'exprime cette joie de vivre que j'évoquais, à la différence des autres cultures urbaines d'Europe ou d'Amérique du Sud, où d'ordinaire on exprime des revendications.

" Je ne connais rien qui s'apparente à la situation sud-africaine. Habituellement, ce qui donne au créateur africain sa dignité, sa profondeur, sa poésie, c'est la tradition. Quand elle disparait, quand l'individu sort de son contexte traditionnel et entre dans la ville du vingtième siècle, il perd ses racines, et avec elles sa compréhension du monde, sa vitalité.

- La civilisation urbaine semble faire irruption dans votre travail. Dans les Iks, vous évoquiez un peuple qui passait brutalement d'une civilisation à une autre, la Conférence des oiseaux s'inspirait de la tradition persane, le Mahabharata de la tradition indienne..

- Les Iks, c'était une tragédie sur la mort d'une tradition, un mot, cette fois encore, très difficile à comprendre pour nous Occidentaux. J'ai passé toute ma vie à lutter contre les traditions, car pour nous cela signifie non vivant, arraché à la compréhension de la vie. La tragédie des Iks était claire : dans des conditions de vie imposées, la tribu perd peu à peu les liens avec la nature qui donnaient sens à sa vie, et à sa mort. Elle survit, au niveau le plus bas. La Conférence des oiseaux montrait l'autre face, positive, de la survivance d'une tradition. La guerre du Mahabharata était la guerre entre un monde pour lequel seul compte la possession et un monde convaincu que la vie n'a de sens que si l'on dépasse ce concept limité du devenir humain. Le Mahabharata témoignait encore d'une conception, de valeurs, profondément traditionnelles.

" Bien sûr nous vivons dans ce monde-ci, il est inutile d'en dénoncer uniquement la décadence, car nous devons le vivre au quotidien, résoudre les problèmes moment après moment. Il est indispensable de revenir à l'image de ce que pourrait être une vie plus saine, mais aussi, revenir à la réalité contemporaine.

" Le théâtre n'est ni le journalisme ni la télévision : dans une représentation d' dipe, on ne peut pas parler de la Russie d'aujourd'hui, alors que dans un journal on peut avoir une page sur dipe et une autre sur Gorbatchev. Le théâtre dramatise avec la plus grande intensité possible un cas précis, et alors il devient universel. Et pour moi l'Afrique du Sud dramatise, concentre de manière irrésistiblement frappante les situations d'injustice épouvantable, dans le monde entier ; c'est un pays d'une technologie géniale et d'une souffrance atroce, ce fut l'expérience de mon premier voyage, une sorte de paradis, de jardin d'Adam et Eve ; l'on comprend pourquoi Noirs et Blancs lui sont si attachés. Dans ce paradis, il y a le poison, la cruauté, la misère. Si on veut, on peut ne rien en voir. Mais si on veut, on voit : l'apartheid est une chose immonde, car la cruauté est fantastiquement technologique et bien organisée : l'Afrique du Sud n'est pas ubuesque, car Ubu est une image de la bêtise, de la tyrannie..

- C'est en Afrique du Sud que vous avez découvert le théâtre noir ?

- Non, je l'ai connu bien avant mon premier voyage là-bas. A Londres, il y a une vingtaine d'années, je suis devenu très ami avec Athol Fugard, un homme de très grand talent, auteur, acteur et metteur en scène sud-africain et blanc, profondément concerné par l'apartheid. Il a réussit à braver il y a vingt-cinq ans, pour la première fois, cette interdiction : un Noir et un Blanc ne pouvaient être ensemble ni sur une scène ni dans la salle. Il a d'abord été prudent : il a écrit une pièce qui touchait à des problèmes tabous, l'a fait jouer par des acteurs noirs et blancs, mais dans des lieux privés, sans l'appeler " représentation théâtrale ", sans faire payer les places.

" Deux hommes très remarquables l'ont rejoint, pour des raisons purement idéologiques : un administrateur organisateur, Mannie Manim, et un metteur en scène de retour en Afrique du Sud après avoir travaillé en Angleterre et aux Etats-Unis, Barney Simon. Ensemble, ils ont fondé en 1974, à Johannesburg, le Market Theatre, un théatre mixte, qui a rencontré un tel succès que le gouvernement n'a pas osé le fermer. Ils y ont monté des pièces qui traitaient directement de l'apartheid, et des classiques - Ibsen, Shakespeare. Fugard a attiré à lui deux acteurs noirs de très grande qualité, John Kani et Winston Ntshona, et co-signé des pièces avec eux. Ce sont celles que j'ai vues à Londres : Swizie Banzi est mort fut une première révélation, car on y parlait des pass-books, ces sortes de passeports que tout Noir doit avoir avec lui à chaque instant pour justifier de sa présence et de son travail dans tel ou tel lieu.

" Dans la seconde pièce, The Island, l'ile qui est le bagne où Mandela fut emprisonné, ces mêmes deux acteurs noirs jouaient, sans accessoires, sur une scène totalement dépouillée, en utilisant une technique d'expression corporelle proche de celle travaillée alors dans les théâtres expérimentaux sous l'influence de Grotowski, par réaction contre l'art figuratif. Or ces acteurs, eux, visaient un but hyperréaliste. Il n'y avait ni rocher à casser ni soleil impitoyable, tout était imaginaire, mais la totalité de leur épiderme était réellement telle que le montre le cinéma documentaire dans cette situation de bagne.

" Les pièces de Fugard sont peu connues en France, mais énormément en Angleterre et aux Etats-Unis. Elles sont réalistes, de très haute qualité, très liées à la tradition européenne, c'est-à-dire post-Ibsen. Le théâtre sud-africain fut longtemps pour moi symbolisé par le Market Theatre, par ce mariage entre des auteurs et des metteurs en scène blancs et des acteurs noirs merveilleusement doués.

" J'ai découvert une nouvelle génération à Harlem, il y a cinq ans. Elle venait de Soweto, où un homme très influencé par Stanislavski, Gibson Kente, faisait du théâtre depuis dix ans, sans aucun moyen, dans un style très animé, plein d'humour. Il tournait dans les townships. Un jour, dans un bus, deux de ses acteurs, Mbongeni Ngema et Percy Mtwa, ont imaginé : que se passerait-il si le Sauveur revenait dans notre pays, que dirait-Il de la situation ? L'Afrique du Sud noire et blanche est profondément chrétienne, et les Blancs utilisent le protestantisme pour maintenir l'ordre, ils commettent leurs atrocités la Bible à la main...

" Ces deux acteurs pendant un an ont improvisé sur ce thème à la fois émouvant et comique. Ils manquaient d'argent, d'aide professionnelle. Ils sont allés voir Barney Simon au Market Theatre, ont travaillé avec lui, pendant des mois. Ainsi est né Woza Albert, en 1981, au Market Theatre. J'ai vu la suite à Harlem, Asinamali, une pièce sur les prisons : six acteurs zoulous, le crane rasé, jouaient avec une vitesse, une force, une adresse incroyables, comme un seul homme. Jamais je n'avais vu une telle virtuosité, un tel travail d'ensemble. Sans accessoires, par un travail totalement antifiguratif, ces six hommes nous obligeaient à comprendre leur vie. J'ai demandé à Mbongeni de faire partie de la troupe du Mahabharata. Il était tenté, mais il avait entamé l'écriture de Sarafina .Il en a écrit la musique et le livret, l'a mis en scène avec un groupe de gosses pour lesquels il a construit un lieu où vivre et travailler. Il voulait parler de l'effroyable existence de ces mômes qui à huit ans ont tout vu, tout subi, par une comédie musicale.

- Vous avez choisi de mettre en scène Woza Albert, cette fable sur le retour du Christ...

- C'est une vision téléscopique et panoramique de la vie des townships, une pièce-clef. J'ai senti que, si nous la présentions en anglais, nous en perdrions le contenu, et que seule passerait la virtuosité des acteurs. La nécessité de faire une nouvelle version française s'est imposée. Je l'ai demandée, tout comme celle du Mahabharata, à Jean-Claude Carrière. Nous sommes partis ensemble pour l'Afrique du Sud. Nous avons discuté avec les trois auteurs, ils nous ont montré les faits, les lieux qu'ils jugeaient nécessaires pour nourrir le travail de Carrière. Et j'ai décidé de monter Woza Albert avec deux acteurs africains d'expression française, Mamadou Dioume et Bakary Sankaré. Leur réalité est différente de celle de l'Afrique du Sud, qu'ils ne connaissent pas. Un acteur transpose, il n'a pas besoin d'avoir vécu exactement ce qu'il décrit, mais il doit posséder les éléments nécessaires pour comprendre. Eux, bien entendu, les possèdent, et en même temps pas tout à fait : ainsi la transposition devient très vivante. Je voulais que Woza Albert, en français, ait une unité. Je suis très attaché, je l'ai souvent écrit, au mot " représenter ". Pour moi, il est la clef du phénomène théâtral, car il veut dire " rendre présent ".

- Inévitablement, il y a un effet de déplacement, voire d'exotisme ?

- Tout à fait. L'exotisme est capital. L'émerveillement, l'étonnement, la surprise, sont au point de départ de l'expérience théâtrale. Mais il ne faut pas en rester au simple stade de l'admiration, de la démonstration : le contenu doit passer, à part égale. Pour cette raison, deux de nos acteurs donneront certaines parties du texte de Sarafina en français, pour que le public puisse le vivre directement, et non théoriquement, en lisant le résumé .

- Sans cesse, vous éprouvez le besoin de vous frotter à d'autres cultures. Ces allers et retours relèvent-ils d'une nécessité esthétique ou est-ce la réalité sociale et politique de l'Afrique du Sud qui vous a le plus frappé ?

- Tout ce qui touche à l'Afrique du Sud est politique. Or je suis très méfiant vis-à-vis de ce qu'on appelle le théâtre politique. La réalité politique et sociale est le tremplin, le terrain. Mon intérêt pour cette culture va plus loin : nous sommes, je crois, tous incomplets. Comme le sont l'Indien, l'Africain. Notre culture, avec ses beautés, est une partie très limitée de la gamme humaine. Le monde entier est un puzzle. Chaque culture, chaque individu, en possède un fragment. J'ai un grand respect pour le sens social des townships. Il dépasse de très loin ce que nous entendons par ces mots. Il concerne la sagesse, et le respect pour la sagesse, le sens réel et non théorique du groupe. Bien sûr, chez les Africains existent aussi la corruption, la malhonnêteté, la férocité. Mais il y a un respect - c'était le sujet des Iks - pour les relations sociales, familiales et je dirais, spirituelles. "

Sa vie durant, Cézanne a dessiné et peint baigneuses et baigneurs. Fantasmes érotiques, souvenirs du romantisme et désir de classicisme se disputent le premier rôle.

C'ETAIT inévitable : un jour devait venir où la légende de Cézanne peintre sans sujets, peintre de la " peinture pure " " ouvrant la voie à l'abstraction ", comme on disait dans les années 50, s'effondrerait. Il y avait eu déjà un historien américain pour suggérer que les pommes des natures mortes n'étaient pas de simples sphères écarlates. Il y a eu ensuite, à Orsay, la révélation du premier Cézanne, épris de Delacroix et de Courbet. Il y a, cet automne l'exposition bâloise " Les Baigneurs de Cézanne ", une exposition claire, accrochée sans fantaisies de décorateurs sur des murs blancs et dans l'ordre chronologique, une exposition dont le catalogue ne théorise ni ne glose à perte de pages.

Il pourrait gloser cependant, puisque, sous couvert d'analyse thématique et iconographique, l'exposition impose en douceur son interprétation de Cézanne, achevant de démontrer ce qui était suggéré à Orsay, l'an dernier. Il s'agit d'affirmer que l'art de Cézanne relève bien plus du romantisme, avec ce que ce romantisme tardif et outré suppose d'excès, d'aveux autobiographiques et de métaphores, que de l'impressionnisme.

Qu'en somme les pommes et les vues de la Sainte-Victoire ne sont pas tout Cézanne, tant s'en faut, et que à le réduire à un paysage provençal et une desserte, l'histoire travestit le peintre d'Aix.

Que voit-on à Bâle ? Cent cinquante Óuvres, toiles, aquarelles, lithographies et dessins, tous uniformément consacrés au même motif, des corps nus, féminins et masculins, disposés dans un paysage, presque à chaque fois le même, un étang, une prairie, des arbres pour contenir la composition entre leurs troncs. Cézanne se soucie aussi peu de varier le décor que de représenter un lieu précis, campagne de Pontoise ou de l'Estaque. Il suffit que la construction du paysage épouse la disposition des figures, en frise, en ronde ou en triangle. Un immuable printemps verdit les feuillages, un éternel soleil rosit les lointains. Peu importent l'heure et l'endroit.

Et peu importe même l'année de l'exécution, fin des années 1860 ou début des années 1900, puisque l'inspiration et le style obéissent à des règles constantes. A l'idée reçue d'une Óuvre à découper en périodes, l'exposition, quoique disposée selon la chronologie, substitue celle d'une peinture balançant sans cesse entre deux pôles, entre épure et surcharge, allusion et expression forcée. La cohérence des séries est assurée par le thème érotique.

Ces baigneuses, en effet, songent peu aux joies de la natation, elles ne sont baigneuses que parce qu'il n'est plus permis, après Manet, de peindre des nymphes surprises, des bergères d'Arcadie et des Diane au bain. Cézanne a commencé par elles, cependant, copiant Rubens et la Bethsabée de Rembrandt. Il a commencé par rêver des tentations de saint Antoine et des Après-midi à Naples où des femmes s'enlacent. Il a peint le Viol, toile puissante et lourde, et des bacchanales intitulées la Lutte d'amour. Ces Óuvres ont été naturellement jugées inacceptables. Un fils de bonne famille catholique aixoise, exhiber de telles horreurs au Salon !

Aussi Cézanne a-t-il renoncé - point tout à fait, car il eut des " rechutes " - à ses tableaux scabreux. Mais il n'a pas renoncé au nu. En dépit des impressionnistes, il a persévéré. Pas plus que Manet et Degas, il n'a consenti au sacrifice de la figure, trop épris des Vénitiens et des Flamands pour ignorer que le paysage, fût-il moderne, demeure un genre mineur. Il a persévéré en reprenant sans lassitude des compositions peu nombreuses, des attitudes identiques, la femme allongée sur le ventre, celle debout qui lève un bras, celle qui marche dans l'eau, l'homme aux bras en croix, celui, vu de dos, qui semble sauter pour atteindre une branche où un linge est suspendu. Plus d'étreintes sous des taillis qui ne cachent rien. L'érotisme est sublimé.

Il passe dans la peinture même, dans le corps de la peinture. On l'a dit : du peintre du Viol à celui des Grandes Baigneuses, les changements de style sont moins décisifs qu'il n'y parait d'abord. Le chromatisme seul évolue, allant de la dominante brune à la bleu-mauve. Pour le reste, Cézanne demeure celui qui alterne empâtement et légèreté, celui qui va de l'expression la plus dense, maçonnée de touches obliques, scandée de verts aigres et de jaunes citrins, à l'art le plus diaphane, le plus aérien. D'un côté, la tradition du Tintoret vivifiée par le romantisme, de l'autre, un rêve d'encres chinoises et de dissolution des formes et des tons. Entre les deux, le souvenir de Delacroix, dont Cézanne imite le dessin, et celui, moins attendu, de Daumier.

Dans une seule série, il n'est pas rare que Cézanne se résolve à passer par tous les états de son style. En 1900 encore, il glisse de l'épaisseur à l'esquisse, du plus incarné au presque impalpable, sans se décider à choisir, comme si l'essentiel du plaisir était dans la variation et les rapports qu'elle tisse entre les toiles. On est loin du Cézanne théoricien du cube et du cylindre tant de fois célébré. Et bien près de Fragonard, un Fragonard aquarelliste à l'habileté miraculeuse.

S'il était permis cependant de choisir dans cette diversité, on préférerait les visions les plus troubles, celles où les couleurs se mêlent et où il ne reste des corps que quelques boucles, muscles ou chevelures, on ne sait. Cézanne lui-même vantait les mérites de l'allusif. On ne peut trouver à son art meilleur qualificatif.

C'est principalement le festival qui, avec obstination, a fait connaitre la danse américaine. Douglas Dunn et Trisha Brown font partie de ses poulains et sont là cette année. Et aussi un Français, Daniel Larrieu, qui crée un spectacle à deux volets : les Marchands et les Bâtisseurs.

" Les Marchands, explique Daniel Larrieu, est un trio que j'ai imaginé à partir d'un tableau de la Renaissance, le Décan de la Balance - mes pièces partent souvent d'Óuvres picturales. On y voit un personnage central, une femme, symbole de la tempérance. Puis un homme très déchiré, qui représente la terre, la nature. Et un page, qui est en relation avec l'extérieur, avec le social, l'apparence.

" Si j'ai seulement trois interprètes, ce n'est pas par contrainte financière. C'est un choix. Les " petites formes " permettent de se trouver plus proche des interprètes, facilitent les échanges. Avec dix danseurs, on perd vite le contact. Il est vrai aussi qu'à trois le spectacle tourne plus facilement, je ne pense pas nier ce genre de considération financières.

" J'avais envie de composer un programme avec deux pièces, car il me semble que tout est dit en vingt minutes. Mais pour la Biennale de Lyon, en 1990, je prépare un troisième volet.

" Les Batisseurs où nous sommes quatre est également inspiré de la peinture : de l'oeuvre d'un peintre japonais contemporain (il est mort en 1984) très obsessionnel, influencé par les Italiens de la Renaissance, auxquels il emprunte beaucoup. Dans ses tableaux, il y a en général un personnage et beaucoup d'absences...

" Tom Willems, le compositeur habituel de William Forsythe, a écrit la musique de cette pièce. Quand on a des moyens, on peut travailler avec des gens de qualité, et j'espère que tout - décors, musiques, éclairages, costumes - sera au top niveau. "

Franck Krawczyk a vingt ans. Et s'il ne se considère pas comme un débutant, c'est qu'il a déjà composé de petites choses pour ses condisciples du lycée Racine, et quinze minutes de Luminescences pour douze instruments à l'intention des élèves du Conservatoire de Paris, qui ne les ont jamais exécutées.

A sa manière, c'est un vétéran. Lui qui composait " de petites sonates schubertiennes " à neuf ans n'a jamais cessé de noircir du papier rayé depuis et ne saurait, dit-il, " compter les Óuvres qu'il a déjà reniées. Trente environ. Des partitions plutôt mégalo, pour orchestres anormalement nombreux. Je joue de pas mal d'instruments, poursuit-il, pourtant les cuivres me restent encore étrangers : je sais que je ne domine pas bien l'écriture pour une grande formation. Pour le Kammerkonzert, Manoury m'a aidé de ses conseils ". Claude Helffer, lui, a remarqué le jeune pianiste en 1986, à Flaine, dans Boulez et Beethoven. Lui aussi l'a fait travailler. En échange, Krawczyk lui a dédié une sonate pour piano... Bref, quand le Festival d'automne s'est mis en quête de très jeunes compositeurs pour leur passer commande, Helffer et Manoury ont parlé du même.

" Quand le Festival m'a proposé 20 000 francs pour treize à quatorze minutes de musique, j'ai trouvé cela convenable. Charges déduites, il me reste 18 800 F. Je n'avais aucune notion de ce que coûte une oeuvre. Je n'ai pas encore tout à fait intégré l'idée que la musique puisse avoir une valeur marchande. Quelles que soient les conditions, de toute façon je composerai. J'espère aussi entrer dans la classe de direction d'orchestre de Gilbert Amy à Lyon. Ecrire des analyses de l'Óuvre de Schumann et de Debussy en rapport avec le romantisme allemand et le symbolisme. Mettre en musique les Illuminations de Rimbaud en m'inspirant conjointement du Songe d'une nuit d'été, de Shakespeare. Oui, je lis beaucoup... "

Délaissé par l'avant-garde au profit de formes musicales moins ostentatoires, le concerto refait surface : on en créera cinq, cet automne, à Paris.

EST-CE Claude Debussy qui a signé l'arrêt de mort du concerto en se demandant dans Monsieur Croche antidilettante si ceux de Mozart étaient plus ennuyeux que ceux de Beethoven ? Mais dès la fin du dix-neuvième siècle, le genre perd de son lustre et un virtuose aussi fêté et puriste que Camille Saint-Saëns se fera sortir lors de la création du Concerto d'Alexis de Castillon. Pas parce que la musique en était mauvaise (elle n'est ni plus ni moins intéressante que celle de bien d'autres Óuvres concertantes applaudies pendant un siècle), mais le public était lassé des numéros d'histrions. La figure du virtuose qui se sert de la musique devenait la cible favorite des esprits éclairés. A leur façon Schumann et Brahms redoreront le blason du genre. Le premier en repoussant le plus loin possible le pianisme. Le second en renouant avec la symphonie concertante dans son Concerto en si bémol.

Des concertos, il s'en écrira pourtant d'autres au cours du vingtième siècle : Busoni, Ravel, Prokofiev, Bartok, Stravinsky, même Schoenberg et Berg sacrifieront au genre. Mais, année après année, la forme concertante tombe en désuétude (on n'en connait guère qui, écrits après ceux-là, se soient maintenus au répertoire). Le coup de grâce vient avec les sériels. Le concerto a vécu, avec sa dualité combative, sa propension à placer le soliste sous le feu des projecteurs, à lui offrir sur un plateau la possibilité de voler à l'Óuvre (donc au compositeur) ses applaudissements. Et puis, il n'y a plus guère de compositeur-pianiste : Rachmaninov et Busoni furent sans doute les derniers musiciens chez qui le pianiste égalait, voire dominait, le compositeur. Retour aux formes pures, au quatuor à cordes, à la sonate. Retour à une certaine forme d'orthodoxie classique et beethovénienne. Et donc à l'invention de nouvelles formes dictées par un projet musical, par la spéculation intellectuelle. Place au timbre et à une virtuosité transcendant les possibilités de l'instrument-roi déchu, ou plutôt faisant table rase de la virtuosité traditionnelle : le piano a des marteaux, faisons-les entendre ; poussé au-delà de ses limites physiques, il donne d'intéressantes possibilités timbriques et harmoniques, explorons-les ; le legato est un leurre, ne nous laissons pas piéger ; et si ce n'est pas suffisant, abimons-le, " préparons-le " pour le rendre méconnaissable.

Refuser l'expression, la projection du moi, l'individualité devient le maitre mot. Curieusement, des compositeurs comme Olivier Messiaen ou Henri Dutilleux ne sacrifieront pas au genre du concerto pour piano. Messiaen, qui avait à sa portée une pianiste-inspiratrice, n'a jamais utilisé le piano dans la forme concertante stricte, même si le piano est le soliste privilégié des Oiseaux exotiques, des Sept Haikai, du Réveil des oiseaux, voire de la Turangalila Symphonie; et Dutilleux, qui a inauguré (ou presque) sa carrière de compositeur en écrivant une sonate pour piano, attendra 1960 pour se lancer dans un concerto pour violoncelle qu'il nommera Tout un monde lointain... Mais de concerto pour piano, point. Et pourtant ces deux compositeurs, l'un héritier de Debussy, l'autre de Ravel et Bartok, n'ont jamais été soumis au dogme sériel, n'ont jamais voulu rejeter a priori les anciennes formes.

Il y a aussi les francs-tireurs de la modernité, Maurice Ohana, André Boucourechliev, Gérard Masson, Dao, l'école polonaise, et Stravinsky, bien sûr, qui,trente-cinq ans après son Concerto pour piano et instruments à vent (une Óuvre néoclassique), renoue avec le genre concertant et compose des Mouvements pour piano et orchestre, bien dans la veine sérielle. Mais il ne les appelle pas concerto, et leur forme en cinq mouvements reliés par des intermèdes orchestraux, sinon véritablement symphoniques, et une écriture qui imbrique le piano dans l'orchestre davantage qu'elle ne l'expose (même si la virtuosité de la partie de piano y est réelle) interdisent que l'on place cette Óuvre dans la lignée du concerto.

Et Xenakis ? Lui qui expose tant la virtuosité de ses interprètes, qui la cultive à plaisir, tout en la situant dans une perspective rigoureusement mathématique et architecturale ? Son Synaphai, créé par Georges Pludermacher au Festival de Royan, en 1969, restitue au piano une place prépondérante au sein d'un orchestre éclaté (quatre groupes de cordes, vents divisés) et au virtuose, qui le tient, son rôle " démoniaque " : le soliste plaçant sa gigantesque partition (une portée par doigt) sur le pupitre du piano est déjà un spectacle en soi, spectacle qui renoue avec les effets de manches des grands virtuoses, qui fait ressembler le soliste aux gravures humoristiques montrant Liszt chevauchant son piano, lançant des cascades d'arpèges à la figure de ses auditeurs. Mais à sa façon Xenakis est un grand romantique qui prise fort la Quatrième symphonie de Brahms. Presque une exception parmi les compositeurs de sa génération. Il a d'ailleurs fini par écrire un vrai concerto, Keqrops, pour le pianiste Roger Woodward qui l'a créé à New-York en 1986, avec l'Orchestre de Paris, sous la direction de Zubin Metha, avant de le reprendre en novembre 1987 au Festival d'automne, avec le même chef et l'Orchestre de Paris. Un vrai concerto : Xenakis y oppose le piano à l'orchestre en un combat athlétique, lui laisse la parole dans de nombreuses et courtes cadences qui, pour être sauvages, n'en sont pas moins mélodiques.

Questionné sur le Concerto pour piano, de Ligeti - un titre sans ambiguité, - Florent Boffard (vingt-cinq ans, pianiste depuis un an de l'Ensemble InterContemporain et qui va donner la première audition française de la version intégrale, le 23 octobre) remarque que " Ligeti y renoue avec les superpositions rythmiques, la polytonalité, l'utilisation du mode pentatonique caractéristiques de l'Óuvre de Bartok, et avec une virtuosité pure, au service d'une spéculation intellectuelle qui ne donne au soliste l'occasion de s'émanciper qu'en une ou deux pages. Il ne comprend néanmoins pas de cadences proprement dites, encore moins de lutte entre le piano et l'orchestre. Ce dernier ponctue, prolonge, précède, s'insinue dans la partie de piano qui est à la fois couleur et individu. Enlevez un ou deux éléments de la partition et tout disparait. Ces phénomènes de superposition sortent tout droit des Etudes pour piano. "

N'aurait-on plus peur de la mélodie dans les cercles avant-gardistes ? N'aurait-on plus peur de la forme archaique et rétrograde du concerto ? A examiner la programmation du Festival d'automne, il semble bien que non. Car ce ne sont pas moins de cinq concertos (qu'ils s'appellent ainsi ou pas) qui vont être créés là : celui de Ligeti, le Kammerkonzert, de Franck Krawczyk, la Ville d'en haut, d'Olivier Messiaen (soliste : Yvonne Loriod), A String Around Automn, pour alto et orchestre, de Toru Takemitsu (soliste : Nobuko Imai), et les Antiphonies, de Pierre Boulez, dédiées à Maurizio Pollini.

Le Festival d'automne, avec celui d'Avignon, participe à la restauration du patrimoine cinématographique : une tâche aussi indispensable que la conservation des manuscrits anciens. Le cinéma n'est pas une partie négligeable de la civilisation. Le festival présente cette année au Théâtre de Chaillot l'Etudiant de Prague, de Hanns Heinz Ewers, et porte également à son programme le Décalogue, de Krzysztof Kieslowski, une série de dix téléfilms illustrant - et pervertissant - les dix commandements. On avait déjà découvert à Cannes Tu ne tueras pas. L'ensemble projeté à Venise a été l'événement de la Mostra (le Monde du 16 septembre). Six inédits " de la dernière heure " font la surprise, deux marginaux sont à l'honneur. Le Français Jean-Daniel Pollet (huit films) et John Cassavetes, le New-Yorkais, un cinéaste des plus librement imaginatif, et aussi un comédien étrangement séduisant. Jean-Daniel Pollet se raconte à travers son acteur-fétiche Claude Melki, John Cassavetes à travers sa famille, sa tribu, son clan.

JEAN-DANIEL POLLET est né à Paris, le 20 juin 1936. A vingt-trois ans, il était célèbre. A cause d'un court-métrage, Pourvu qu'on ait l'ivresse, qui, au moment où la " nouvelle vague " faisait une révolution dans le cinéma français, avait reçu au Festival de Venise (1958) le premier prix du court-métrage à scénario. Pourvu qu'on ait l'ivresse ou les bals de banlieue en fin de semaine. A l'époque c'était tout un monde...

Jean-Daniel Pollet fait son service militaire au Service cinématographique des armées (SCA). Et comme les militaires vont au bal, il regarde ce qui s'y passe. Il a envie de filmer. " Je voulais me prouver qu'il était possible de raconter en vingt minutes une histoire avec les qualités de photo et de mise en scène d'une séquence de long-métrage bien faite, mais sans le lourd appareil de production qui s'y attache généralement et qui, trop souvent, paralyse la verve créatrice du cinéma " ( Arts, no 701, 17 décembre 1958). Quand on vous disait " nouvelle vague "...

En dix-sept semaines, chaque dimanche, Jean-Daniel Pollet tourne dans deux dancings, à Joinville et à Robinson. Mais, comme il veut éviter " le ton reportage ", il invente, avec des personnages choisis sur place, une histoire sans paroles. Ce film en noir et blanc s'en passe facilement.

Car le regard porté par Pollet sur le petit univers où l'on danse est suffisamment original pour qu'on soit fasciné par des images d'où surgit un curieux bonhomme à la mine longue, triste, qui se passe un coup de peigne soigné ou remonte furtivement son nÓud de cravate avant d'aller inviter les filles. Elles disent toujours non. Ainsi Claude Melki, que, dans l'enthousiasme, on comparera à Buster Keaton, entre-t-il dans l'univers cinématographique de Jean-Daniel Pollet. Claude Melki, un tailleur du quartier du Sentier qui, justement, allait, le samedi et le dimanche, danser dans une guinguette de Nogent, " Chez Max ".

Pollet a inventé Melki, à moins que ce ne soit le contraire. Car les seuls films populaires du réalisateur sont ceux qu'ils ont tournés ensemble, complices. En 1959, après le succès foudroyant de Pourvu qu'on ait l'ivresse, on mise sur Pollet comme on va miser sur Jean-Luc Godard. Mais son premier long-métrage, la Ligne de mire (1958-1960), réalisé avec de grandes difficultés, reste inédit et cela lui fait la réputation d'un cinéaste " difficile ", qui a couru à l'échec, peut-être bien par prétention. Tout va très vite, à cette époque : la consécration et le refus. Pollet reste le solitaire de la " nouvelle vague ". Il lui faudra quatre ans (1963-1967) pour mener à bien Méditerranée, moyen-métrage en plans fixes où passent des visions de jardins, de portiques, de masques funéraires, de corridas, tout cela d'une grande beauté comme le commentaire de Philippe Sollers.

Mais, en 1965, Pollet participe à Paris vu par, entreprise collective de cinéastes " nouvelle vague " ou apparentés (avec lui, Jean Rouch, Jean Douchet, Eric Rohmer, Jean-Luc Godard et Claude Chabrol). Il écrit et filme le sketch Rue Saint-Denis et voilà Melki, aussi velléitaire qu'au bal, dans une chambre de prostituée. Va-t-il se décider à consommer ? L'humour noir de Pollet, sa tendresse à l'égard du personnage déphasé, font mouche.

Mais le cinéma, c'est bien difficile et Une balle au cÓur (1965), tragédie sous le soleil de Sicile et de Grèce, ne redore pas le blason de Pollet. Il a pris pour interprètes Sami Frey et la chanteuse Françoise Hardy, " idole des jeunes " que son public n'a pas envie d'aller chercher là. Retour, trois ans plus tard, après des infortunes diverses, à la saga Melki : L'amour c'est gai, l'amour c'est triste, comédie burlesque dialoguée par Remo Forlani.

Melki, c'est Léon, un tailleur pour hommes du quartier Strasbourg-Saint-Denis. Gentil, timide affligé d'une sÓur (Bernadette Lafont) cartomancienne à domicile (entendez prostituée pour le compte d'un drôle de " fiancé ", Jean-Pierre Marielle). Léon tombe amoureux d'une jeune Bretonne (Chantal Goya), copine de sa sÓur, venue habiter chez eux. Rien ne se passe comme on pourrait le croire, tantôt c'est gai, tantôt c'est triste, car Claude Melki - c'est son talent, sa destinée - n'est pas vraiment un personnage drôle, même si l'eau du robinet s'arrête toujours de couler quand il tend son verre pour le remplir. Léon-Melki a la tête pleine de rêves, il est faible, brimé, en perpétuel décalage avec la réalité. Il ne comprend rien de ce qui se passe autour de lui et les autres ne le comprennent pas. Mais les spectateurs le remarquent, l'adoptent, on dirait.

Jean-Daniel Pollet donne sa revanche à Léon, devenu garçon de bains-douches-sauna dans le quartier de Strasbourg-Saint-Denis, avec l'Acrobate (1975). Léon est toujours timide, toujours tourné en dérision par son entourage. Il aime, sans espoir, Fumée (Laurence Bru), une tapineuse du coin. Un jour, en accompagnant Lili (Marion Game), la cousine de Fumée, dans une compétition de danse, il découvre le tango (qui revenait à la mode). De quoi transformer une vie. Maladroit et en butte à la mauvaise volonté des objets, Léon s'anime, se transfigure sur la piste des concours de danse, avec Fumée pour partenaire, après avoir appris le tango. C'est Fred Astaire emportant Ginger Rogers dans des figures langoureuses, un acrobate, un funambule qui va, enfin, accéder à l'amour. Les ruptures de ton font le charme de ce film poétique, mélancolique, où l'univers quotidien décevant de Léon s'estompe dans l'univers tout en glissades et en envolées de jupes multi- colores des championnats de tangos.

Apothéose de Claude Melki et de Jean-Daniel Pollet, l'Acrobate reçoit le Prix de la critique en 1976 au Festival international du film d'humour de Chamrousse. Une chance qui ne profite ni à l'un ni à l'autre. Pollet retourne à ses étranges moyens-métrages " impressionnistes ", tel l'Ordre (la condition de lépreux grecs sortis par le gouvernement d'une ile où ils vivaient en communauté pour être soignés, mais enfermés, dans un hôpital), qu'il avait tourné juste avant. Melki devient un comédien au chômage, dont certains se souviennent, parfois.

Les rétrospectives sont faites pour remonter le temps.

JOHN CASSAVETES : il s'est montré tel que je l'attendais et l'espérais, petit, très intense, chaleureux, énergique, souriant, plein de charme. C'était à Los Angeles en 1977 et je le rencontrais pour la première fois. Le seul élément qui me semblait clocher était justement Los Angeles, cette métropole tellement fausse de l'industrie cinématographique, pour lui qui était resté avant tout un artisan, un New-Yorkais.

Un New-Yorkais typique des années 50/60, tel qu'on l'avait aimé dans ses films ou ceux de Shirley Clarke, Robert Franck, etc. New-Yorkais, et fils d'immigrés grecs, encore très grec dans son corps, ses gestes, ses sourcils bruns, sa façon de les hausser en esquissant un sourire, sa façon de rire très fort... John Cassavetes était new-yorkais dans l'âme, comme le pianiste-détective Johnny Staccato dans la série (diffusée dans l'émission "Cinéma Cinémas" en 1987). C'était un amoureux de jazz, d'ailleurs et de métissage, ainsi qu'on le voit dès ses premiers films, Shadows et Too Late Blues (la Ballade des sans-espoir), amateur de virées nocturnes entre amis comme il ne peut en exister qu'à New-York ou dans les capitales européennes, mais jamais à Los Angeles - les trois héros de Husbands doivent aller jusqu'à Londres pour vivre une fois encore ce genre de folle nuit entre hommes.

New-Yorkais enfin, John Cassavetes, parce que nerveux, rapide, efficace, toujours " on the move " et non " laid back ", (tranquille et calme à la manière des Californiens). C'est pourquoi il avait émigré : afin de se consacrer à son travail. New-York offrait trop de tentations.

Mais rien n'était perdu, il avait emporté dans ses bagages son inspiration, ses influences, son background. Ici, à Los Angeles, isolé dans cette communauté de " film people ", il pouvait écrire, monter jour et nuit, entouré de quelques fidèles - Gena Rowlands sa femme, Al Ruban, San Shaw, tour à tour producteurs et cameramen, parfois acteurs comme tous les membres de la famille, et des acteurs-frères : Peter Falk, Ben Gazzara, Seymour Cassel, Tim Carey, Val Avery...

Il avait besoin de la famille au sens plus large de clan. Et au sens plus restrictif de filiation, de réseau entre gens qui ont les mêmes amours, les mêmes intérêts, une façon identique de voir la vie et de la vivre. Il avait recréé autour de lui son microcosme, une mini-tribu en marge de la machine hollywoodienne.

Il reviendra d'ailleurs à New-York pour Gloria, qui, à première vue, n'est peut-être pas ce qu'il a fait de mieux. Mais c'est un témoignage intime, avec une manière très personnelle de montrer sa ville. John Cassavetes a filmé la violence, les rues, la foule, sur le même ton libre que les scènes de tendresse entre Gloria et le petit garçon...New-York, si souvent utilisée prend ici un air nouveau, presque provincial.

Bien que Gloria soit un travail de commande - Cassavetes n'avait plus tourné depuis vingt ans, depuis l'échec de A Child is Waiting - le cinéaste s'est d'abord intéressé à ses personnages, c'est-à-dire aux acteurs. Toujours, il laissait divaguer sa caméra à leur recherche, les suivant dans leurs déplacements à travers les rues, comme se collant à la trace d'un être aimé que l'on ne veut surtout pas perdre, sans jamais s'encombrer de fidélité aux dialogues, à une narration précise.

La notoriété de John Cassavetes auprès de cinéphiles, même très jeunes, en Europe - en France notamment - est arrivée assez tardivement. Soudain, au moment de son dernier film, Love Streams (Torrents d'amour), tout le monde le connaissait, l'aimait. C'était vraiment son dernier film, car Big Trouble (1984), inédit en France, demeure avant tout le produit d'une commande.

Il est mort en février et nous manque déjà. D'autant que son influence, parfois revendiquée, reste limitée. Et personne n'a réussi à l'égaler. Très peu de cinéastes possèdent le même don de liberté dans le choix des thèmes et la façon de les traiter, dans le rythme qui s'étire et se casse, dans la teneur des sentiments. Cette sincérité de l'auteur et des personnages, on la retrouve rarement aujourd'hui et surtout pas dans le cinéma américain.

Deux " marginaux ", de plus français, semblent être les seuls héritiers de Cassavetes, les seuls à avoir compris et assimilé son influence : Jean-François Stevenin et Patrick Grandperret. De même que Cassavates, ils sont acteurs, fonceurs, parlant beaucoup et fort, d'une grande générosité dans leur façon de bouger, dans leurs rapports avec les autres, avec les acteurs et la caméra. Eux aussi sont parvenus à restituer le contact intime, presque peau à peau, avec les personnages. Eux aussi les suivent, prêts à leur laisser vivre des histoires, des émotions pas forcément écrites, planifiées, ou des scènes sinon véritablement improvisées, du moins pas précisément décrites.

Cassavetes - de même que Stevenin et Grandperret - aime les visages des acteurs, le grain de leur peau, leurs rides, leurs défauts et décalages, se montre capable, à chaque instant, de filmer en longs plans-séquences, ne craint pas les rires, les larmes, les crises de nerfs. En un mot, ses images ne sont pas aseptisées. Il ne craint pas non plus de décrire les à-côtés du quotidien et de la normalité - la folie (Une femme sous influence), le doute, le désespoir, la solitude (Faces, Opening Night), la dérive (Minnie et Moskowitz, Meurtre d'un bookmaker chinois) et toute autre sensation d'entre-deux-eaux.

Mais il savait aussi, John Cassavetes, passer de la tristesse au bonheur, et à l'amour, et au rire...

Sous l'autorité de ses nouveaux dirigeants, la salle Favart s'apprête à sortir du giron de l'Opéra de Paris et veut retrouver sa vocation première : la création et l'accueil de productions lyriques, musicales et chorégraphiques plus légères et plus innovantes. A condition de trouver de l'argent.

J'AI deux nouvelles à vous annoncer, une bonne, une mauvaise. Je commence par la bonne ? La voici : la salle Favart devrait rouvrir ses portes au public mélomane au début du mois de février 1990 sous l'autorité de son jeune directeur, Thierry Fouquet, qui se bat depuis deux ans pour sauver le théâtre d'un toujours possible nouveau naufrage, lui qui en a déjà tant connus. Nommé par François Léotard, il a été confirmé dans ses fonctions par les nouveaux dirigeants des scènes musicales parisiennes, le ministère de la culture, la direction de la musique et Mr Pierre Bergé, qui, pour ne pas être au top - la Bastille est beaucoup plus difficile à prendre aujourd'hui qu'hier, - n'en préside pas moins l'ATOP, prestigieuse Association des théâtres de l'Opéra de Paris.

La mauvaise nouvelle maintenant : l'Etat, tout occupé à remettre à flot son navire lyrique amiral, n'a que peu de moyens à consacrer au théâtre de 1 300 places qui connut pourtant de belles heures : faut-il réécrire que furent créés à Favart Carmen et les Pêcheurs de perles, de Bizet, Pelléas et Mélisande, de Claude Debussy, l'Heure espagnole, de Ravel, Werther, de Massenet, ou abritées les Óuvres nouvelles de Puccini, Leoncavallo, de Falla ? Cette faiblesse de moyens se traduit aujourd'hui par l'annonce d'une subvention de 17 millions de francs pour 1990 - sous réserve d'arbitrage ultime et du vote du Parlement - quand le gouvernement précédent avait parlé de 25 millions. Mais l'Etat a-t-il vraiment ces jours-ci, en matière d'opéra, une parole ? Bref, cette somme permettra de maintenir la salle Favart en ordre de marche.

Une marche difficile, si l'on pense qu'ici, il y a peu, travaillaient plus de cent salariés permanents et que l'on en compte aujourd'hui quarante-cinq ; cinq à l'administration : le directeur, déjà nommé, Jean-Luc Maeso, secrétaire général, et trois assistants ; quarante à la technique et à l'entretien. Si bien qu'il faudra trouver très vite de l'argent hors des subsides de l'Etat. Une tâche qui n'effraie pas Thierry Fouquet, polytechnicien de formation, qui choisit de faire son stage d'entreprise à l'Opéra de Paris avant de devenir administrateur de la danse à Garnier puis responsable de la programmation de Garnier et de Favart.

Thierry Fouquet et Jean-Luc Maeso ont pensé d'abord au public. Un restaurant sera installé dans l'ancien foyer des locations, les sanitaires ont été rénovés et la place Boieldieu pourrait devenir piétonne très bientôt. Pour assurer une meilleure rotation des spectacles et offrir quelques fauteuils d'orchestre supplémentaires, la fosse d'orchestre est désormais modulable et installée sur des vérins hydrauliques très maniables. Le plafond de la salle devrait faire l'objet de prochains travaux pour améliorer l'acoustique. Enfin, ce jeudi 21 septembre, un beau concert réunira June Anderson, Alida Ferrarini, Michèle Lagrange, Hélène Perraguin, Rockwell Blake, Mati Palm et Jean-Philippe Lafont, venus à titre gracieux témoigner leur confiance dans le renouveau de Favart ; l'Orchestre de l'Opéra de Paris sera dirigé par Patrick Fournillier. Prix des places en forme de soutien : de 300 F à 1 500 F. Mélomanes, disons-le tout net : cela est cher mais manifestera votre attachement à l'existence d'un Opéra de taille humaine, presque amical, à Paris.

Le désengagement de l'Etat se traduit bien souvent par un resserrement des liens avec les collectivités locales. Thierry Fouquet s'est donc lancé dans des discussions dont rien n'a transpiré avec le conseil régional d'Ile-de-France. Celui-ci, apprend-on par ailleurs, ne serait pas fâché de pouvoir abriter les répétitions de son orchestre à Favart à un moment où Etat et région paraissent vouloir lui donner un nouveau lustre. La mairie de Paris ne serait pas insensible à la situation actuelle du théâtre.

De son côté, Jean-Luc Maeso, qui fit plusieurs années durant les belles heures de l'Association pour le rayonnement de l'Opéra de Paris - on lui doit en particulier la reprise d' Atys à Favart et son triomphe à New-York en mai dernier, - a décidé de mettre à profit sa grande connaissance des milieux argentés de la capitale pour organiser un tour de table de mécènes qui participeraient à la gestion de la salle Favart. Plusieurs devraient confirmer bientôt leur engagement, comme les deux plus prestigieux voisins du théâtre, les AGF et le Crédit du Nord, ainsi que TDK, la Fondation France Télécom et quelques sociétés amies comme les parfums Givenchy.

Au total, le duo qui a pris, sans filet, la responsabilité de l'ancien Opéra-Comique espère rassembler avant la fin de l'année 35 millions de francs pour un budget total de 50 millions de francs. Il sera temps alors d'adopter de nouveaux statuts pour Favart, qui sera séparée de l'ATOP le 1er janvier prochain. Association ou société d'économie mixte, société anonyme ou société à responsabilité limitée, la décision est à l'étude. Un seul critère présidera au choix : la souplesse et le moyen de rendre à Favart son rôle dans la production et l'accueil de productions lyriques, de concerts, de ballets et de récitals, en totale complémentarité avec les autres salles parisiennes et plus particulièrement la salle modulable de l'Opéra-Bastille. Enfin, Favart continuera d'abriter l'école de chant de l'Opéra, dirigée par Michel Sénéchal.

Il est encore trop tôt pour annoncer la saison " inaugurale ". Cependant, voici quelques indiscrétions : reprise de l'Heure espagnole, de Ravel, dans la mise en scène de Jean-Louis Martinoty, qui pourrait monter aussi les Tréteaux de Maitre Pierre, opéra en un acte de Manuel de Falla ; accueil de deux Opéras amis, Prague et Tallin, et poursuite de la collaboration avec le Festival d'Automne, avec lequel Favart pourrait coproduire des spectacles plutôt que de se contenter de les abriter. On devrait connaitre le détail de la saison au début du mois de novembre.

Des révélations, et le bon niveau des auteurs régionaux, assurent le succès de cette première biennale internationale.

Dans le calendrier déjà chargé des manifestations photographiques, le Mois de la photo de Nice a réussi à se tailler une place confortable. Cette agréable façon de prolonger l'été est l'occasion d'attirer l'attention sur une ville qui est plus connue pour son caractère estival que pour sa culture.

Le volet principal de ce " Mois ", réparti dans dix-sept lieux d'expositions, privés ou municipaux, est consacré aux douze pays de la Communauté. A côté de noms connus (Carez, Ghirri, Basilico, Catany, Esclusa), cet ensemble bien dosé a le mérite de s'intéresser à des pays ethétiquement méconnus (Irlande, Portugal, Danemark). Et de faire découvrir des créateurs jusqu'ici non exposés en France : le Luxembourgeois Jean-Luc Koenig, aux rêves cruels et angoissants, proches de Witkin. Les Grecs Antoniadis et Depollas, révélés à Athènes en 1987. Et l'Anglais John Stathatos, qui, dans son hommage à Melville, autopsie en quinze séquences le squelette d'une baleine. Mis en parallèle avec des chênes millénaires, ces tableaux vertigineux, agencés en diptyque, constituent une réflexion sur la mémoire, l'architecture, l'espace et la nature.

Ce riche panorama, malgré des dégrés de maturité variés, offre un bon aperçu de la vitalité de la création photographique en Europe. Même si les Pays-Bas sont plutôt desservis par Lieve Prins (copie couleur laser) et Margriet Smulders (portraits féminins mis en scène).

Le temps fort de la manifestation a lieu à la galerie Lola Gassin qui présente l'Allemande Jaschi Klein. Errants, désÓuvrés dans des sites déserts, des personnages énigmatiques, à l'étrange gestuelle, dansant ou en état de transe, esquissant une pantomime désespérée qui unit avec bonheur George Platt Lynes, Ueda et Pina Bausch.

Cet univers cauchemardesque et d'inspiration surréaliste est d'une intense théâtralité. Immergés dans des lumières très étudiées, distribuées, et, dirigés comme des acteurs de film, ces héros de Beckett campent d'envoûtantes scènes métaphysiques. Malgré un accrochage bâclé, ces tirages virés bleus méritent amplement d'être exposés à Paris.

Le second volet de cette biennale est réservé à la création régionale, représentée par huit auteurs. Dans cet ensemble, il faut épingler les baigneurs au sténopé de Fabienne Lucas, proches de clichés de famille et nimbés d'une aura meurtrière. Les nus d'Etienne Revault, figuration de l'androgynie réalisée avec une contorsionniste. Les portraits d'inconnus, très intériorisés, de Laurent Theillet. Et les études à la chambre de Roger Thiery qui, à partir de tissus déchirés, sensuellement déviés de leur usage, aboutit à une subtile réflexion sur les ombres, la trame et l'air.

Avec une pointe jusqu'à Antibes, où expose Hosoë. "Septembre de la photo", dont l'ambition est de s'étendre à tout le département, a pour but de montrer la photo à un public qui n'en a pas l'habitude. Organisé par Jean-Pierre Giusto et quelques amis, son budget est encore modique (270 000 F). Il devrait être réajusté par les pouvoirs locaux si ceux-ci veulent réellement se doter d'un festival digne de la cinquième ville de France.

A Venise, la Semaine de la critique joue un rôle de découvreur. Cette année, elle a révélé des jeunes gens sincères, sans pitié pour eux-mêmes ni le monde qu'ils habitent.

En ne présentant qu'un seul premier film en compétition, le Mari et la Fille de Tamara Alexandrovna de la cinéaste soviétique Olga Naruskaya, le directeur de la Mostra, Guglielmo Biraghi, a permis à la Semaine de la critique réservée aux débutants de remplir son rôle de découvreur et de présenter une sélection cohérente.

Koma, des Russes Nijole Adomenajte et Boris Gorlov, produit par les studios de Leningrad, les plus en pointe de l'URSS, est le premier film, à notre connaissance, qui décrive l'univers du Goulag. Tournée en hiver sur les lieux mêmes d'un ancien camp de concentration, il évoque un monde carcéral du début des années 50, peuplé exclusivement de femmes, où dominent la peur et la trahison, la banalisation du mal et l'acceptation de l'innommable. Une caméra toujours en mouvement traque les épreuves d'une détenue " humiliée et offensée ".

Tout compte fait, c'est en parlant de leur génération que les cinéastes débutants s'expriment le mieux. Wendell B. Harris n'est pas Spike Lee, mais il s'en approche avec son Chameleon Street.. Il interprète lui-même un Zelig noir, génial imposteur et grand coureur de jupons. Accumulant les maladresses, il se laisse sans cesse piéger mais, à chaque sortie de prison, grâce à son bagout impénitent, il repart pour une nouvelle escroquerie.

Les meilleurs films venaient des benjamins de la sélection. A vingt-huit ans, Ilkka Järvilaturi confirme avec les frères Kurismaki l'existence d'un jeune cinéma finlandais. Dans son Kotia Pain (" Fuite devant le passé "), on retrouve les mêmes cieux plombés, les beuveries, les petits matins blêmes et les visages patibulaires associés à la mélancolie des longs hivers nordiques.

La grande révélation de cette sélection fut incontestablement Un monde sans pitié, premier film d'Eric Rochant. Son film, rapide et léger, s'inscrit dans une lignée française de moralistes lapidaires qui décrivent sans complaisance, avec une sympathie dépourvue d'apitoiement, des héros velléitaires. Godard, Eustache, Carax et aujourd'hui Rochant ont su montrer chacun à leur manière la difficulté de vivre de personnages mal avec le monde, mal avec les femmes, mal avec eux-mêmes. Hippo (magnifiquement interprété par Hippolyte Girardot) ne fait rien, ne veut rien, se désintéresse d'un futur qui lui promet le grand marché européen. Il vit entre son frère et son copain, indifférent à tout jusqu'à sa rencontre avec Nathalie (Mireille Perrier, parfaite), normalienne, interprète de russe, solide et décidée, qu'exaspère la vie papillonnante. Alors, rien ne va plus. Rochant excelle à capter l'air du temps, cisèle des dialogues d'une grande justesse et donne à son film un rythme allègre, un ton élégant qui cachent une réelle émotion.

Enfin, hors sélection, mais patronné par la critique italienne, Palombella Rossa, le dernier film (inexplicablement absent de la compétition), de Nanni Moretti, cinéaste culte des jeunes cinéphiles transalpins. Le titre renvoie à la Palombella, un tir parabolique qui surprend le gardien de but adverse au moment du coup-franc en water-polo, car l'Óuvre de Moretti se déroule pour l'essentiel dans le décor unique d'une piscine. Et si la palombella est rouge c'est que le héros est un dirigeant communiste, joueur de water-polo à ses heures perdues comme Moretti lui-même qui, bien évidemment, l'interprète.

Moretti a introduit dans la comédie italienne une hystérie et une paranoia qu'il pousse ici à des limites rarement atteintes. Si La messe est finie, son précédent film, faisait le bilan de l'Eglise catholique à travers un personnage de curé, Moretti se livre aujourd'hui au même exercice, quitte à faire grincer des dents, sur l'autre Eglise, le PCI.

Palombella Rossa est une étape nouvelle dans la conquête par Moretti d'un style visuel original. Dans ce film audacieux, sans vrai fil narratif, il nous submerge de sa logorrhée irresistible. Entouré de deux admirateurs - persécuteurs, d'un journaliste qui horripile par son langage branché (le " trend négatif "), d'un arbitre qui ne lui laisse rien passer, Moretti auteur-acteur complet développe sa métaphore aquatique avec une rare insolence. Et son " lob " parfaitement exécuté a pris a contrepied plus d'un festivalier.

Vivant à la campagne sans vocation particulière, si ce n'est de poursuivre un rêve écolo, Kevin Costner se promène dans son champ de mais, et le film de Phil Alden Robinson Jusqu'au bout du rêve, présenté à Deauville, plonge immédiatement dans l'humour fantasque.

En effet, parvient au fermier une voix qui lui enjoint : " Construis-le, et il viendra "... sans plus de précision sur ce qu'il s'agit de construire et de faire venir. Kevin Costner se fie à son intuition et, avec le soutien de sa femme, fidèle et courageuse Amy Madigan, arrache son mais et aménage un terrain de base-ball.

Le base-ball - comme on l'explique plus tard dans le film - est, mieux encore que le drapeau, le lien entre les générations d'Américains. C'est en tout cas, autour de ce jeu - ésotérique pour les Européens - que s'est forgée la vie de Kevin Costner, depuis ses rapports avec son père, jusqu'aux conséquences de son désenchentement quand il a appris que son équipe favorite était accusée de triche, jusqu'à son engagement dans les idéologies des années 60...

Au premier abord, le film est plutôt confus, construit comme un jeu de l'oie ou de Trivial Pursuit, avec des indices, des pièges, des dangers extérieurs et intérieurs, un perpétuel enchevêtrement de réalisme et de doux fantastique. Les difficultés matérielles s'accumulent, mais Kevin Costner, toujours soutenu par sa femme, poursuit sa quête d'il ne sait quoi encore. Il sait seulement qu'il doit chercher.

On cite toujours Capra quand on montre des gentils aux prises avec les difficultés de l'existence. Kevin Costner, séduisant costaud au sourire inquiet, prend la suite des Gary Cooper et James Stewart. D'ailleurs, regardant à la télévision James Stewart et son lapin rose dans Harvey, il a une illumination...

Seulement, le film n'est pas si simple qu'il y parait. Rien ne se passe exactement comme le héros et le public s'y attendent. Les clichés sont bien là, pas vraiment dévoyés, juste légèrement sortis de leurs rails, ce qui donne son charme à cette rêverie gentiment grisante, où s'unissent morale et amertume.

Il aura fallu que Kevin Costner franchisse bien des obstacles pour comprendre qui doit venir : c'est son père. Avec beaucoup de tendresse il l'a toujours considéré comme un raté. Sûrement, il l'a été, mais en définitive, qu'est-ce que ça veut dire...

Rufus et Evelyne Dress jouent le Boucher, d'après Alina Reyes. On en deviendrait végétarien.

Qu'allait-il faire dans cette galère ? La question se pose en voyant Rufus, comédien estimable, sympathique, embarqué dans un spectacle tellement nul qu'il en devient presque drôle, le rire étant ici l'expression d'un ennui nerveux.

Rufus, d'ailleurs, n'a pas grand-chose à faire, sinon tenir un rôle de monsieur Loyal ; il sert de faire-valoir à Evelyne Dress. Tous deux, mais surtout elle, donc, se démènent avec un texte il est vrai assez difficile à faire passer, mais ils l'ont choisi : le Boucher d'Alina Reyes (éditions du Seuil), d'un érotisme assez cru sinon torride, descriptions cliniques des états du désir entre un boucher et une caissière, entre chambre froide, étal et côtelettes. Quand les odeurs d'herbe fraiche coupée nous parviennent enfin, il est trop tard : le naufrage est devenu depuis longtemps déjà irrémédiable.

Les thèmes sont cousins de ceux de Bataille : le sexe, la mort, la dépense. Mais la langue n'a pas la beauté de celle de l'auteur du Bleu du ciel. Elle travaille beaucoup sur la banalité, il aurait fallu la parler avec une légèreté, une froideur un peu décalées. Rufus y parvient un peu, en tout début de spectacle. Le voir prononcer, impeccable dans son costume noir, des mots sans détours a quelque chose de piquant. Ensuite, ça se gâte. Evelyne Dress aurait mieux fait de rester assise derrière son comptoir dans sa robe lamée, plutôt que de se lever pour jouer, dans une affreuse nuisette rose, au tout premier degré. La mise en scène enfonce le clou : " Une voiture passe ", dit-elle, et on entend le bruit d'une voiture... La musique en rajoute, sur des projections de diapositives dont l'auteur, prudent, ne figure pas sur le programme. Mais la mise en scène est bien de Philippe Ferran.

Bien que sans compétition le Festival de Toronto s'est terminé le 17 septembre par des remises de prix.

Au Festival de Toronto, c'est le public qui distribue les prix, et il a choisi Roger et moi de Michael Moore (le Monde du 13 septembre), tandis que la critique internationale récompensait Jésus de Montréal de Denys Arcand. Le court métrage d'Alan Zweig Stealing Images recevait un prix spécial (pour le cinquantième anniversaire du National film board) de 2 000 dollars. Enfin, City-TV et la ville de Toronto remettaient un chèque de 25 000 dollars pour son Roadkill à Bruce McDonald, qui, baba attardé, remerciait en disant : " Je vais m'acheter une bonne boutte de hasch... "

" C'est dur d'être un camé ; y a pas un ouvrier plus stressé que nous quand on cherche qu'à continuer de planer ", dit Matt Dillon, le " cow-boy des drugstores ". Des films sur la drogue, il y en a eu pour tous les goûts et tous les usages. Présenté aux festivals de Montréal et de Toronto, Drugstore Cow-boy, de Gus Van Sant, plonge dans un sous-univers généralement traité par le pathétique, l'indifférence, ou l'hystérie justicière, politiquement payante.

Tiré du roman homonyme et inédit de James Fogle (actuellement dans un pénitencier de l'Oregon) Drugstore Cow-boy est, sous forme de comédie noire et rose à la manière de Fassbinder, un constat honnête et réaliste, qui allie lucidité et générosité, un humour acerbe (avec William Burroughs, acteur épatant) et enfantin (avec Matt Dillon, jamais aussi bien depuis Rumble Fish). Par moments, l'imagerie réaliste cède le pas à un surréalisme façon Dali : Gus Van Sant a été peintre. Le film mériterait une d'être rapidement distribué en France.

Centré sur les rapports troubles entre un jeune projectionniste argentin élevé en Angleterre et un mystérieux locataire américain, Appartement zéro, de Martin Donovan, plonge également, et également non sans humour, dans un monde d'instabilité morale et politique, dans un pays où chaque voisin peut appartenir aux brigades de la mort. Pratiquant ouvertement la métaphore, Appartement zéro frôle l'insistance, mais en est sauvé par l'inquiétante justesse de ses deux interprètes : l'Américain Hart Bochner (Riches et célèbres) et l'Anglais Colin Firth, le Valmont de Milos Forman.

Au cours du Festival, on a pu remarquer les débuts d'une production canadienne consacrée aux Indiens, réalisée par les Indiens eux-mêmes, mais aussi par des Blancs : ainsi Where the Spirit Lives, de Bruce Pittman, qui ne craint pas de reprendre l'antienne " génocide culturel ". Il raconte comment le gouvernement canadien, déterminé à " civiliser les indigènes " envers et contre les réticences des tribus, a arraché les enfants à ces tribus, les a envoyés de force dans des écoles anglaises. Dans un débat sur le thème de " L'image indigène ", on a même eu droit à la pasionaria indienne, qui, se plaçant judicieusement devant les caméras, est venue déposer ses mocassins devant le scénariste (blanc) de Where the Spirit Lives, lui reprochant de voler aux Indiens jusqu'à leur histoire...

A l'opposé, For All Mankind tient du prodige. Pour les voyages Apollo, de décembre 1968 à novembre 1972, les laboratoires Kodak ont mis au point une pellicule et les astronautes ont rapporté deux mille heures de film. La NASA y a jeté un coup d'Óil, et a enfermé le tout. Vingt ans après, le journaliste et réalisateur Al Reinert a obtenu l'autorisation de s'en servir et a composé " son " voyage intersidéral, soutenu par des interviews et une remarquable musique de Brian Eno. Les images éblouissantes, et même le suspense, et aussi les gags font de For All Mankind presque un film de fiction. " Je ne savais pas qu'il était encore permis de rêver à ce point ", s'émerveillait un spectateur. Le Festival - éminemment public - de Toronto a donc réussi.

Il y a de plus en plus de galeries à la Bastille. Naissance d'un nouveau quartier de l'art?

Rue Keller, il y a un établissement spécialisé dans le toilettage des chiens, un teinturier, un épicier et un bar-tabac. Il y a aussi une demi-douzaine de galeries d'art. Et il y en a d'autres, de plus en plus nombreuses, dans les rues et les passages voisins, rue de Charonne, rue Saint-Sabin et passage Lhomme.

Echoppes et caves sont ripolinées en blanc rapidement, et il reste parfois des traces de l'ancien commerce, ne serait-ce que la traditionnelle vitrine qui aide ces galeries à rompre avec le goût du secret et du dissimulé qui règne encore au Marais. Ici, l'art n'est pas au fond d'un couloir sombre, mais en devanture.

Le phénomène n'est pas nouveau, mais il gagne en ampleur. La preuve : des galeristes connus de longue date déménagent pour venir à la Bastille et profiter de sa neuve notoriété. Autre preuve : à leur suite, antiquaires, bars et magasins de mode envahissent l'endroit. Explication sociologique ordinaire : empêchés de s'établir dans le périmètre du Marais par le renchérissement de l'immobilier, les jeunes galeristes ont cherché un quartier moins coûteux et ont élu celui de la rue de Charonne. Ils ont, de la sorte, rejoint les artistes établis depuis longtemps dans les cours et arrière-cours des immeubles d'artisans bâtis au siècle dernier.

Ce serait, en somme, la répétition parisienne de l'histoire de l'East Village new-yorkais. Au début des années 80, incapables de se loger à Soho ou las du " style Soho " et de ses conventions, des aventuriers du marché ont imaginé d'émigrer dans l'East Village, l'un des lieux les plus mal famés de la ville. Peu à peu, ils l'ont conquis et transformé, tout en imposant leurs goûts et leurs artistes. De l'East Village sont issues les modes "graffiti" et néo-dadaiste, qui campent désormais dans les musées. Verrait-on l'histoire recommencer à Paris, et le déplacement géographique s'accompagner d'un renouvellement des artistes ?

A la vue des expositions d'automne, il y a de quoi en douter. Manifestant pour la plupart une étrange et inquiétante propension à préférer le déjà connu et à se défier des débutants, les galeries de la Bastille exposent du contemporain qui a cessé de l'être, le conceptuel Lawrence Weiner (1), que l'on a vu écrire des phrases aux murs de toutes les institutions culturelles parisiennes, et les anciens combattants de Fluxus, tous groupés derrière le célébrissime Nam June Paik (2).

Ce n'est pas que les pièces exposées soient médiocres : le Paik est un ingénieux et spectaculaire assemblage de télévisions aux images rutilantes, le Villeglé un arrachage d'affiches bien classique, les Weiner convenablement exemplaires. On peut trouver de la solidité, à défaut d'originalité véritable, aux abstractions matiéristes d'Olivier Tomé (3). Mais il est un peu décevant de voir des galeristes de trente-cinq ans ne pas exposer les artistes de leur âge, reproduire le modèle de leurs ainés du quartier Beaubourg et obéir au marché au lieu de tenter de l'infléchir.

Résultat : les Óuvres les plus singulières ne sont pas nécessairement dans les galeries dites d'art mais dans d'autres, plus sensibles au décoratif et au design. Le verrier Matei Negreanu expose ainsi des sculptures translucides d'une belle vigueur, sans rien des afféteries et mignardises trop souvent pratiquées par les artistes du verre (4). A la joliesse il préfère la violence et taille ses blocs à reflets jaune soufre comme d'autres tailleraient le marbre et le granit. C'est étrange et souvent séduisant. Or, que l'on sache, Negreanu n'est pas pour autant un habitué des foires d'art contemporain et des expositions à grand spectacle. Encore un effet du conformisme ambiant ?

Si trois de nos meilleurs acteurs, Edwige Feuillère, Guy Tréjan et Henri Virlogeux, avaient travaillé avec un bon metteur en scène, cette pièce anglaise eût été réussie.

Un trio d'acteurs d'exception, un très beau théâtre, un texte assez bon, les Meilleurs Amis, d'Hugh Whitemore, aurait dû être l'un des spectacles les plus courus de cette rentrée. Hélas ! Les deux producteurs de la pièce, Jacqueline Cormier, la bonne fée des théâtres privés parisiens, et Guy Descaux, à la tête de la Comédie des Champs-Elysées, sont allés chercher en Angleterre un metteur en scène du nom de James Roose-Evans.

On nous dit qu'il a gagné beaucoup de récompenses, à Londres comme à New-York, et connu de grands succès dans le West End. Tant mieux. Mais si, de temps en temps, le spectacle parait frappé d'asthénie, si, en plusieurs endroits, les trois interprètes perdent et leur voix et leurs mots, si, à de nombreuses reprises, ils se déplacent à l'aveugle, ne sachant plus très bien ce qu'ils font là, tout est de la faute de James Roose-Evans.

Lui qui confesse pourtant une grande admiration pour Edwige Feuillère n'a eu, pour deux heures de spectacle, que deux idées. Une à l'heure, c'est peu. La première est d'ordre artistique : il a demandé à son décorateur - Pace, qui s'en sort bellement - d'organiser l'espace scénique en trois zones. Au jardin, la bibliothèque de Sir Sydney Cockerell (Guy Tréjan), directeur du Musée de Cambridge et connu dans le monde entier pour sa collection de manuscrits médiévaux. Au centre, les grilles de fer et les arcs brisés stylisés de l'abbaye bénédictine de Stanbrook où Laurentia Mac Lachlan (Edwige Feuillère) a choisi de vivre pour Dieu, d'écrire des livres pour les hommes et de correspondre avec tout ce que son époque (1885-1953) compte de gens importants.

A la cour, le cabinet de travail, ouvert sur un jardin, de George Bernard Shaw (Henri Virlogeux), auteur dramatique et militant socialiste virulent. Une fois l'espace ainsi découpé, le metteur en scène n'a rien su indiquer à ses acteurs, à l'exception d'une scène de nettoyage et de rangement de pommes dont Edwige Feuillère sort indemne. C'est lamentable.

La seconde idée de James Roose-Evans est d'ordre technique : comme la matière de la pièce est un échange de correspondance dialoguée entre les trois protagonistes, il parait avoir eu peur que le spectateur s'ennuie et a donc demandé à ses interprètes de parler très - trop - vite et d'enchainer le texte sans faiblir, au risque que les uns volent aux autres la plupart de leurs ultimes répliques. Nous avons beau être au Boulevard, chic, mais au Boulevard, le public n'est pas complètement incapable d'écouter et de partager la conversation amicale et intelligente des trois amis. Ce manque de confiance dans les spectateurs est affligeant.

James Roose-Evans est resté sourd aux rumeurs du siècle qu'introduit dans l'action un Bernard Shaw dont la générosité, l'humour, l'exubérance créative l'ont laissé de glace. Il n'a pris à aucun moment la dimension de la douleur, de la solitude, du courage démesuré d'une abbesse intelligente que l'on a propulsée sur la scène du monde quand sa condition l'enfermait dans ses murs de silence. Il n'a pas senti sous l'apparente bienveillance du médiéviste l'infinie patience d'une recherche ingrate. Rien, cela ne lui a rien inspiré. A grand peine a-t-il imaginé une adresse de SÓur Laurentia au public commençant par un bruyant " Mes SÓurs ! " qui, il le comprendra, a laissé les spectateurs hommes perplexes.

Aussi bien faudra-t-il oublier le nom de James Roose-Evans, ou plutôt tâcher de s'en souvenir, et ne retenir que la performance quasi héroique de trois acteurs qui ont su trouver en eux, et en eux seulement, la force, le courage, le bonheur de nous parler un moment. Malgré lui.

A la suite d'une accusation de plagiat déposée par le compositeur Guy Boyer, la chanson de Guy Béart Liban libre a été saisie vendredi 15 septembre sur ordre du tribunal de grande instance de Paris. Guy Boyer reproche à Guy Béart d'avoir copié un thème de sa composition intitulée Jérusalem Stones déposé en 1978. Cet air avait à l'époque servi de générique à l'émission "La course autour du monde". Guy Béart estime que l'on " jette le discrédit sur sa chanson ". La SACEM, qui enregistre annuellement 70 000 titres, dénombre 200 différends de ce type chaque année. Une demi-douzaine de cas seulement sont soumis aux tribunaux. Les autres sont réglés sous les auspices de la SACEM.

Comment choisir un livre pour son enfant ? Comment être sûr de la qualité de tel documentaire ? Quels sont les meilleurs ouvrages dans telle discipline ? Dans le maquis de l'édition pour la jeunesse, les parents - voire certains enseignants - ont toujours du mal à se faire une opinion. Pour les aider, l'association Lire pour comprendre analyse en toute indépendance les ouvrages pour enfants en réunissant dans un comité de lecture des enseignants, des bibliothécaires et des scientifiques. Les remarques de ces spécialistes bénévoles sont ensuite publiées dans des bulletins et des sélections.

En raison de moyens limités (aucune aide de l'éducation nationale, subvention en peau de chagrin de la culture), les militants de Lire pour comprendre ne se sont pas encore penchés sur les manuels scolaires, pour lesquels les besoins d'une information objective sont pourtant immenses, mais ils étudient de plus en plus la production parascolaire.

L'association vient de publier sa sélection 1989 des meilleurs ouvrages documentaires pour les jeunes, dans tous les domaines, de la maternelle à la troisième. Dans Mille livres pour aider les enfants à comprendre le monde, les ouvrages sont classés par grands thèmes, avec, pour chacun d'eux, une indication d'âge, de prix et un commentaire.

Le musée Nissim-de-Camondo fait lentement peau neuve, pièce par pièce. La restauration entamée en 1985 se poursuit aujourd'hui avec la réouverture de la salle à manger et du cabinet de porcelaines. Les boiseries du dix-huitième siècle ont été repeintes en harmonie avec les tentures restaurées. Les marqueteries de Leleu et de Weisweiler ont retrouvé leurs teintes d'origine. Le jardin, laissé à l'abandon, a été redessiné sur les plans de Duchène. C'est la société Honda qui a payé cette tranche de travaux qui dépasse le million de francs. Il reste à remettre en état la bibliothèque et deux chambres à coucher pour que l'hôtel, construit par Moise de Camondo en 1914, retrouve son lustre.

Moise de Camondo, fils d'un richissime banquier, banquier lui-même, rassembla dans le bâtiment inspiré du Petit Trianon qu'il fit élever par l'architecte Sergent en bordure du parc Monceau ses étonnantes collections du dix-huitième siècle. Celles-ci peuvent rivaliser sur bien des points avec la célèbre collection Frick de New-York.

Le décor imaginé par le collectionneur est intact. Nous avons là une image du dix-huitième vu à travers les lunettes de la Belle Epoque. Nissim, fils de Moise, mourut au cours de la première guerre mondiale. Son père accola son prénom à l'hôtel et le donna à l'Union des arts décoratifs. Les derniers membres de la famille Camondo (Béatrice Reinach, fille du donateur, et ses enfants) furent déportés à Auschwitz, où ils disparurent.

La Lambada, titre vendu à plus d'un million et demi d'exemplaires cet été en France, première au hit-parade en Belgique, aux Pays-Bas, en Espagne et en RFA, peut se vanter d'une brillante carrière internationale. Née à Cochabamba en Bolivie en 1981 de la plume d'Ulises Hermosa, leader du groupe traditionnel Los Kjarkas, et éditée par la maison du disque Lauro, elle connut un certain succès dans les pays andins sous le titre de Llorando se fue.

Elle gagna ensuite l'enthousiasme du public de la côte et de l'Amazonie colombiennes grâce à Pastor Lopez, dit le " roi de la salsa ". Elle devint Chorando se foi au Brésil, où la chanteuse Marcia Feirera l'interprète. Retravaillée pour les besoins du marché français par le groupe Kaoma, elle fut enfin déposée à la SACEM sous le pseudonyme de Chico de Oliveira, par Olivier Lamotte d'Incamps, vrai nom d'Olivier Lorsac, le producteur en Europe, avec Jean Georgakarakos, de l'opération lambada (voir le Monde du 30 août 1989).

Jean Georgakarakos nous a affirmé avoir passé des accords sous seing privé " avec les auteurs boliviens, Quatro Continental, de Llorando se fue ". Or la version de la chanson éditée par le Quarteto continental (et non Quatro) sous la marque Midas en Colombie (et non en Bolivie) en indique bien le nom de l'auteur-compositeur, Ulises Hermosa.

Interrogé par notre correspondante à Lima, Gonzalo Hermosa, frère d'Ulises et coauteur de la chanson, a confirmé n'avoir perçu aucun droit d'auteur. L'Association des auteurs compositeurs boliviens a intenté une action en justice pour plagiat. Luis Tennier, représentant légal du groupe Los Kjarkas, a indiqué qu'une plainte pour appropriation illicite de droits d'auteur et interprétation clandestine avait été déposée par ses soins en Allemagne fédérale.

Contactée par l'avocate du groupe, Mme Almut Kovalski, de Francfort, la société française BM Production, fondée à l'occasion du lancement du titre par Olivier Lorsac et Jean Georgakarakos, aurait offert à Los Kjarkas la somme de 60 000 dollars pour pertes et préjudices au cas où le plagiat serait prouvé, somme considérée négligeable par les frères Hermosa, qui font remarquer que les frais de justice engagés s'élèvent déjà à 30 000 dollars.

Jean Georgakarakos avoue " avoir été trompé par l'éditeur brésilien, la marque Latino ", qui aurait vendu les droits de Chorando se foi à Olivier Lorsac sans en être propriétaire. La chanson ayant connu un succès certain à travers l'Amérique hispanique avant d'arriver au Brésil, il était pourtant facile aux producteurs français d'en vérifier l'origine avant tout dépôt en leur nom propre à la SACEM, négligence d'autant plus surprenante que cette opération d'envergure mettait en jeu l'intérêt de partenaires tels que la chaine de télévision TF 1, la société Orangina ou l'éditeur CBS.

Décidément, la diplomatie hongroise fait flèche de tout bois. Parallèlement à une profonde démocratisation interne, l'équipe " réformiste " au pouvoir à Budapest multiplie les initiatives à l'extérieur. Sa politique étrangère caracole aux avant-postes de la perestroika. En autorisant la semaine dernière " via " son territoire le passage à l'Ouest de milliers d'Allemands de l'Est assoiffés de liberté, la Hongrie a manifesté avec une tranquille détermination son désir d'habiter une " maison commune européenne " enfin nettoyée des barbelés du communisme.

Mais l'ouverture par Budapest de sa frontière avec l'Autriche n'est que l'un des aspects d'un plus vaste " aggiornamento ", qui, si l'on en croit le président du Parlement hongrois, pourrait déboucher, à moyen terme, sur une neutralité de type autrichien ou finlandais. L'an dernier, déjà, la Hongrie avait provoqué la colère du dernier monstre sacré stalinien, le Nord-Coréen Kim Il-sung, en établissant des relations diplomatiques avec la très capitaliste Corée du Sud.

Il y a deux jours, elle annonçait son intention de se réconcilier " le plus tôt possible " avec le Vatican, dans la perspective de la visite que Jean-Paul II doit lui rendre en 1991. Lundi 18 septembre, la Hongrie a une nouvelle fois joué les éclaireurs en étant le premier pays socialiste à renouer les liens diplomatiques avec Israël, rompus après la guerre de six jours.

Les Etats-Unis ne pouvaient rester longtemps insensibles à tant d'audace. Le président Bush l'a payée de retour en octroyant, lundi, à la Hongrie - de manière permanente et sans conditions - le bénéfice de la clause de la nation la plus favorisée et en lui accordant des facilités commerciales offertes par le Système de préférences généralisées. Même si le grand chambardement en cours en Europe de l'Est la rend un peu moins spectaculaire qu'elle ne l'eût été il y a quelques années, la normalisation entre la Hongrie et Israël représente une date importante. Elle marque " le début de la fin " de l'ostracisme diplomatique officiel de l'Etat hébreu par un monde communiste européen qui avait pourtant largement aidé à réaliser en 1948 le rêve sioniste.

Initiatrice du dialogue avec l'Etat juif, la Pologne pourrait rapidement l'imiter, à condition que s'apaise la malheureuse polémique autour du carmel d'Auschwitz.

Maintenant que l'étoile de David flotte sur un immeuble de Budapest, reste la question essentielle : que fera Moscou ? Conscients de longue date que la normalisation diplomatique avec Israël est la clé de leur véritable retour sur la scène proche-orientale, les dirigeants soviétiques ont entrepris, il y a deux ans, une longue marche d'approche entamée avec l'envoi à Tel-Aviv d'une délégation consulaire officiellement chargée de dresser l'inventaire des biens de l'Eglise russe en Terre sainte.

Mais ils hésitent encore à franchir le pas décisif, de crainte de heurter leurs amitiés arabes. Pour les Israéliens, qui prennent leur mal en patience, l'échange d'ambassadeurs avec Moscou sera le véritable test de la perestroika.

Depuis plus d'un quart de siècle que je traine mes guêtres dans les salles de rédaction, j'avais encore jamais vu ça : un journal qui disparait, un journal du matin, très sérieux, très ambitieux, très complet, un journal télévisé lancé à grand fracas il y a un ou deux ans, qu'on vient de saborder, de noyer sous la marée montante des feuilletons et des dessins animés. Sans que personne moufte. Pas un mot, pas un cri de stupeur ou de regret. Fabuleux, non ? " Une première ", c'est fini. Il y avait du mou dans l'audimat, et comme chez Bouygues on se guide au son du tiroir-caisse, on a arrêté les frais. Pas tout de suite. L'ami Poli raconte ça avec beaucoup de drôlerie dans son dernier bouquin, la Télé des anges et... des autres. On a laissé passer quelques semaines pour pas faire de vagues, et puis là, au retour des vacances, on a tout largué. Enfin, presque. On n'a gardé que deux petits bulletins squelettiques à 7 heures et à 8 h 15, d'une tristesse à pleurer malgré l'impertinente revue de presse de Viviane Blassel, miraculeusement sauvée des eaux.

OK, d'accord, on peut toujours aller voir ailleurs : l'excellent journal permanent de la 5, un peu répétitif, vu qu'il repasse tous les quarts d'heure, et le magazine d'A2, bien, très bien, varié, vivant, un pot-pourri de nouvelles, de recettes de cuisine, de conseils de jardinage, de clips et d'extraits de films. Mais, bon, ceci ne remplace pas cela. Si nous, ici, on fermait boutique, vous ne vous en consoleriez pas forcément en lisant Libé ou France-Soir.

C'est d'autant plus débile qu'en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en Allemagne, grâce aux chaines privées, justement, la Breakfast TV, après des débuts difficiles, a gagné la partie. Les gens ont appris à l'écouter depuis la cuisine ou la salle d'eau avant d'avoir les moyens de la regarder en trempant leur tartine devant une deuxième télé. Ce qui n'enlève rien à l'audience des radios, au contraire. Simplement, ça les oblige à modifier leurs horaires et à mettre le paquet sur le radio-réveil et l'autoradio.

On y viendra, nous aussi, vous verrez. Et à ce moment-là, rue Cognacq-Jay, M'sieur Béton sera bien obligé de bétonner vite fait, mal fait.

ROULER à 300 km/h coûte cher. Aussi la SNCF a-t-elle mis en place une tarification adaptée à son nouveau TGV, qui sera plus coûteux - de 5 à 47 % environ - que les trains actuels et surtout qui inaugure une modulation assez spectaculaire du prix des billets en fonction de la demande.

Le système est complexe. Tout voyageur acquitte le prix du billet ordinaire calculé en fonction du kilométrage parcouru ; il paie aussi un supplément " Resa 300 ", qui comprend une part de réservation (13 F) et un forfait modulable selon les classes et les trains en fonction de l'affluence. Pour plus des deux tiers des trains, le montant de la Resa 300 est de 29 F en deuxième classe et de 37 F en première classe ; pour 30 % des trains, il passe respectivement à 61 F et 101 F ; sur 5 % des trains, les plus demandés, il atteint 77 F et 117 F.

Si l'on compare l'addition finale avec les prix acquittés par le voyageur empruntant des trains classiques à supplément comme le Maine-Océan, l'Armor ou le Jules-Verne, on arrive à des augmentations significatives. En période creuse, il en coûtait, par exemple, 127 F pour se rendre au Mans en deuxième classe ; le billet Atlantique atteint le prix de 143 F (+ 12,6 %) et en première classe le saut est de 183 F à 207 F (+ 13,1 %). Vers Brest et Quimper, la hausse se limite à 5,6 % en deuxième classe et à 5,7 % en première classe. Pour les trains circulant aux heures de pointe, certaines augmentations atteignent 47 % entre Paris et Le Mans, 30 % sur Paris-Nantes et 21 % sur Paris-Brest et Quimper.

Le nouveau système tarifaire n'a pas manqué de susciter la colère des associations d'usagers, qui y ont vu une mesure inique. " Nous trouvons que le supplément " grande vitesse " est une mesure anti-commerciale, déclare Mr Jean Sivardière, secrétaire général de la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (FNAUT). Air Inter n'augmente pas ses tarifs lorsqu'elle modernise sa flotte, bien au contraire ! A quand une diminution du prix du billet lorsque la vitesse se dégrade sur les lignes régionales, comme Nice-Breil ? Nous estimons qu'un tiers des trains à supplément cela fait déjà beaucoup, et l'exemple du TGV Sud-Est nous fait craindre le pire : entre Grenoble et Paris et en semaine, cinq TGV sur six comportent un supplément. " A ces critiques, s'ajoutent celles qui concernent l'embrouillamini tarifaire, où le voyageur éprouve du mal à se retrouver.

" Il n'était pas possible de ne pas faire payer plus cher un train dont la place assise coûte 10 % de plus que celle offerte sur le TGV Sud-Est et deux fois plus que celle d'un train Corail, répond Mr Jean-Marie Metzler, directeur commercial voyageurs. Ce n'est pas scandaleux de demander à notre clientèle d'acquitter le prix des améliorations dont elle profite : un important gain de temps, un confort remarquable, des fréquences accrues, soit par exemple onze allers-retours Paris-Nantes, que nous porterons plus tard à une quinzaine, et trente-six gares rénovées. Pour le TGV Sud-Est, nous avions pu ne pas augmenter nos tarifs car la ligne nouvelle comptait 90 kilomètres de moins que l'ancienne. Nous nous étions contentés de les maintenir. Pour le TGV Atlantique, nous n'avons pu rendre indolore le saut technologique. "

Dans cinq ans, le trafic à grande vitesse représentera 60 % du trafic total voyageurs de la SNCF. Aussi était-il important de construire une nouvelle politique tarifaire, " qui ne se contente pas de multiplier des kilomètres par des centimes, poursuit Mr Metzler. Il nous faut d'abord coller à notre marché et aux concurrents que sont l'avion et la voiture. Cela suppose que nos prix reflètent nos coûts et qu'ils soient dégressifs pour avantager les parcours les plus longs. D'autre part, une tarification fixe ne permet pas d'étaler les pointes, et la création de trains supplémentaires est une solution peu efficace et coûteuse. Nous avons donc décidé de moduler nos tarifs pour adapter la demande à l'offre. Les variations entre la première et la deuxième classe n'évoluent pas de la même façon. Tout dépend du trafic. Le lundi, au départ de Nantes, la première est remplie d'hommes d'affaires, mais la deuxième est vide : nous favorisons le remplissage de la seconde par des tarifs attractifs. Le vendredi, au départ de Paris, pour le week-end, c'est l'affluence des familles en seconde : nous réduisons la différence de prix entre les deux classes pour favoriser la première ".

D'ores et déjà, le voyageur profite d'une simplification, puisque le billet classique, la réservation - qui n'est plus " obligatoire " mais " associée " - et le forfait modulable tiennent en deux billets. Dans deux ou trois ans, le système informatique Socrate permettra d'émettre un seul titre de transport. Il faudra que la communication de la SNCF s'adapte à cette évolution. " Il n'est plus possible que nous nous contentions de diffuser une information en termes d'horaires. Nous devons apprendre à communiquer nos tarifs et à expliquer que leur relative complication est contrebalancée par l'augmentation des fréquences, afin que le voyageur puisse faire son choix en connaissance de cause. " Car il n'est pas question, pour la société nationale, d'abandonner la réservation préalable. Celle-ci vaut au TGV Sud-Est un taux de remplissage moyen de 73 % contre 50 % pour les trains Corail ordinaires.

LE train et la voie à grande vitesse bientôt en service entre Paris et la Bretagne sont d'une génération tout à fait nouvelle bien que les 30 kilomètres à l'heure gagnés sur la vitesse de pointe du TGV Sud-Est n'y paraissent pas. La problématique était la suivante : le trafic attendu (21 millions de passagers par an) était plus important que celui du Sud-Est (18 millions), et ses pointes hebdomadaires s'annonçant plus marquées il a été décidé de former des rames avec dix voitures au lieu de huit, ce qui voulait dire un train plus léger équipés de moins de moteurs mais deux fois plus puissants.

Si l'on voulait conserver la vitesse commerciale de 300 kilomètres à l'heure, ces contraintes supposaient des rampes maximales plus faibles que sur le Sud-Est (25 millimètres par mètre contre 35 millimètres) et, par conséquent, quatre tunnels totalisant 8,6 km devaient être creusés. Si l'on ajoute que le TGV A est le premier train informatisé du monde où l'ordinateur aide et surveille le mécanicien, on comprend mieux les ennuis rencontrés au cours de sa mise au point et les progrès spectaculaires qu'il représente.

Les 278 kilomètres de voie à grande vitesse qui dessinent une fourche à travers le bassin parisien et qui filent depuis Montparnasse vers Le Mans et vers Tours, n'ont pas posé de gros problèmes une fois calmés les agriculteurs du Loir-et-Cher qui séquestraient gentiment les agents de la SNCF chargés de préparer le chantier afin d'obtenir qu'on leur promette une gare à Vendôme ! Les autres difficultés ont concerné les terrains instables rencontrés dans la banlieue parisienne et les inévitables défectuosités électroniques des circuits de signalisation. Mr Etienne Chambon, directeur de la ligne nouvelle, n'est pas peu fier d'avoir tenu les délais (1984-1988) et les prix (10 milliards de francs 1989, soit 1 ou 2 % de plus que prévu) pour constuire une voie exceptionnelle : " Quelques jours après l'achèvement des travaux sur la section Auneau-Courtalain, déclare-t-il, les rames y roulaient sans difficulté à 350 kilomètres à l'heure et dans des conditions de confort remarquable. "

Il faut dire que les améliorations de l'infrastructure par rapport à la voie Sud-Est sont notables. Les pierres du ballast ayant tendance à se morceler, la SNCF a demandé des roches plus résistantes et fait porter l'épaisseur du ballast de 30 à 35 centimètres. La plateforme a été élargie pour installer les câbles à fibre optique qui acheminent les 1 920 communications simultanées nécessaires au train. La caténaire - le fil électrique qui alimente la motrice - est plus simple et mieux tendue. Le fini du rail soudé a encore progressé grâce à un meulage systématique après la pose : un vrai billard.

Les précautions écologiques ont conduit la SNCF à jumeler la ligne avec des infrastructures existantes comme l'autoroute A 10 et la voie ferrée Trans-Beauce afin de minimiser les nuisances. Quarante points sensibles ont été répertoriés ; des écrans anti bruit ont été placés sur environ 10 % du tracé. Des passages ont été construits pour faciliter les migrations de la grande faune et des crapauds. On a déplacé des mares à grenouilles et des plantes rares comme le pigamon jaune et la gratiole officinale. Dans le vignoble de Vouvray, les rails ont été montés sur caoutchouc de façon que les vibrations émises par un train n'excèdent pas celles des pas d'un vigneron dans sa cave. Surcoût de la protection de l'environnement : entre 10 et 15 % de l'addition totale.

Du côté du train proprement dit, les mauvaises surprises ont d'abord dominé. Le constructeur GEC-Alsthom, en pleine réorganisation après l'absorption de la division ferroviaire de Jeumont-Schneider, n'a pu tenir les délais de mise au point. D'autre part, la SNCF et Alsthom ont commis l'erreur de vouloir faire l'économie d'une rame de pré-série et les mises au point des systèmes informatiques sophistiqués ont été faites sur les rames de série avec ce que cela suppose de pannes. Techniquement, tout est en train de rentrer dans l'ordre, mais GEC-Alsthom a livré les trente rames prévues avec un peu de retard, ce qui a empêché la SNCF de les tester toutes pendant au moins 10 000 kilomètres. Vingt et une seulement ont été déclarées bonnes pour le service, ce qui obligera la SNCF à rajouter, jusqu'au 28 janvier prochain, des trains Corail sur la ligne classique. Tous leurs circuits n'ayant pas été vérifiés, elles ne pourront provisoirement circuler en unités doubles ou dialoguer avec les postes au sol. A la cadence de trois rames par mois, le parc de 95 unités (83 millions de francs l'une) sera complet au printemps 1991.

Ces " plâtres " mis à part, les spécialistes sont enchantés du train à grande vitesse Atlantique. Mr Michel Olivier, directeur général adjoint de la division ferroviaire de GEC-Alsthom, et Mr François Lacôte, chef du département de la construction à la direction du matériel SNCF, ne tarissent pas d'éloges sur leur enfant. Sa motrice devait peser 68 tonnes : elle n'en pèse que 67 et cette tonne gagnée augure bien des progrès futurs. Les bogie émettent trois ou quatre décibels de moins que ceux du Sud-Est. Le cahier des charges fixait à 3 500 mètres la distance maximum pour arrêter une rame lancée à 300 kilomètres à l'heure ; le TGV-Atlantique stoppe en 3 200 mètres. Pas de bruit aérodynamique particulier aux alentours de 409 kilomètres à l'heure, des efforts sur la voie moindres : " Après quelques mois d'essais au cours desquels nous avons acquis une bonne connaissance du domaine des 350 kilomètres à l'heure ", conclut Mr Lacôte, j'estime que nous n'avons pas rencontré de vraie limite technique à la grande vitesse ferroviaire. "

Les hommes de l'art ne se reposent pas sur leurs lauriers. A la SNCF comme chez Alsthom, on prépare les TGV suivants. Le " Nord ", qui devrait rouler à 320 kilomètres à l'heure ; un TGV à étage (600 places) pour Paris-Lyon qui pourrait tenter les Sud-Coréens ; un TGV pressurisé pour supporter le choc du franchissement des tunnels sur la future voie à grande vitesse Lyon-Marseille. Dans le secret des bureaux, on travaille à un train quadricourant qui pourra ainsi rouler à 350 kilomètres à l'heure, en France, en Belgique, en RFA, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne et prendre définitivement le meilleur sur le Shinkansen japonais et l'ICE allemand.

LA SNCF avait raté la modernisation des gares du réseau Sud-Est. Ou plutôt elle avait conçu son premier TGV comme une sorte de navette expérimentale, et, hormis la gare de Lyon-Part-Dieu et les haltes intermédiaires et fonctionnelles, elle n'avait pas déployé de grande Óuvre architecturale pour souligner l'arrivée de la vitesse.

Cette lacune n'était plus supportable avec la mise en Óuvre du TGV-Atlantique, qui représentera un véritable réseau à l'échelle du territoire. La société nationale devait profiter de cette occasion pour décliner à travers ses gares une image forte du rail et d'elle-même, et une image qui soit modulée dans chaque étape du TGV.

" L'endroit où l'on s'embrasse le plus, c'est la gare, ajoute Mr Jean-Marie Duthilleul, chef du département des bâtiments de la SNCF et architecte. La SNCF doit aussi créer un décor pour ces émotions sur fond de départ à 18 h 23. "

Pour parvenir à marier ses exigences d'homogénéité, d'identité et d'affectivité, Mr Duthilleul et son équipe ont arrêté une charte architecturale reposant sur cinq principes. Le premier : " Les gares doivent ressembler à des gares. " Autrement dit, leurs formes et leurs volumes ne doivent laisser aucun doute sur leur destination. La gare Montparnasse était tellement peu " lisible " qu'on avait été obligé d'écrire son nom à son fronton pour guider les voyageurs. " La société d'aujourd'hui veut des signes, et la gare en est un. "

Deuxième principe : ce sont les volumes et les agencements qui orientent le voyageur, sans qu'il soit besoin d'une signalisation lourde. Par exemple : " Au pied d'un escalier, il faut qu'on puisse voir où il mène. "

Troisième principe : " La gare doit s'inscrire harmonieusement dans la ville ", c'est-à-dire qu'elle est non seulement reliée aux autres modes de transports, mais qu'elle se veut aussi ouverture sur la rue, la place ou le jardin qui la flanque.

Quatrième principe : l'architecture d'une gare fait nécessairement référence à la technique : " A Nantes, à Montparnasse, à Saint-Pierre-des-Corps, au Mans, nous avons couvert les bâtiments de toiles supportées par des haubans qui rendent perceptible la technique et introduisent en douceur le voyageur à l'autre technique qui va le transporter ailleurs. "

Dernier principe enfin : " Une gare du TGV-Atlantique ne peut pas ne pas faire référence à l'Océan. Il y a là une source inappréciable de rêve. Les toiles que nous avons tendues sur les quais ou sur les couloirs sont déjà les voiles. La transparence d'une verrière parle des étendues marines. Le granit annonce la Bretagne. "

Dans beaucoup de gares nouvelles ou rénovées, on retrouvera donc un bâtiment - " porte ", plus haut que les autres et transparent, pour donner à voir les rails et, à ses côtés, des ailes de toile qui inviteront au voyage.

Pour que le voyageur " lise " sans peine où, quand et pourquoi la gare le concerne, Mr Duthilleul a tenu à redessiner tout le mobilier ferroviaire, qu'il appelle " vocabulaire " tant il croit aux mots, fussent-ils de pierre ou de verre.

Il a recalibré le poteau placé sur le quai pour le rendre visible et pour qu'il annonce l'arrivée toute proche. Il a recréé dans un même " meuble " les panneaux d'informations, l'horloge, les téléphones de service, les armoires électriques. Il a réformé les guichets afin que soit facilité le dialogue entre l'agent et son client.

Ces messages, ces transparences, ces fluidités mis en formes peuvent-ils contribuer à faire évoluer la SNCF elle-même et à l'ouvrir à ce qu'ils signifient ? " Au moyen des volumes, on arrive à faire se poser des questions aux gestionnaires d'un espace, répond Mr Duthilleul. Regardez ce qui s'est passé au Louvre. Les conservateurs et les fonctionnaires ne voulaient rien changer. La décision du président de la République de construire une pyramide les a obligés à repenser l'usage du Louvre. De la même façon, le nouveau guichet influe sur le comportement des deux acteurs de la transaction. D'ailleurs, les critiques ne nous ont pas manqué à ce sujet : le guichet était jugé trop moderne, il allait rendre nécessaires le sourire et l'accueil... "

Avec le Charles-de-Gaulle, la France a-t-elle choisi de propos délibéré de construire un porte-avions nucléaire à l'économie ou bien la marine nationale a-t-elle été contrainte de faire un compromis entre le coût de ce bâtiment et ses performances ? La question vaut d'être posée, s'agissant d'un investissement de l'ordre de 14 milliards de francs, sans compter le prix des avions embarqués.

Dans la revue Cols bleus, de l'état major de la marine, le capitaine de vaisseau Robert Feuilloy, qui annonce que la valeur de 2 000 tonnes du Charles-de-Gaulle est actuellement assemblée à l'arsenal de Brest, révèle que le porte-avions français sera l'un des moins rapides des bâtiments du même type en service ou en projet dans le monde. Avec sa propulsion nucléaire qui développera 82 000 chevaux, au lieu de 126 000 pour chacun des deux-portes avions classiques Foch et Clemenceau, le Charles-de-Gaulle aura une vitesse maximale de 27 nÓuds (environ 50 kilomètres à l'heure) sur ses deux lignes d'arbres ou de 20 nÓuds (soit 37 kilomètres à l'heure) sur une seule. Il pourrait naviguer à 25 nÓuds (de l'ordre de 46 kilomètres à l'heure) pendant cinq ans sans interruption, s'il était nécessaire.

Seul le porte-avions espagnol à propulsion classique le Principe de Asturias, est moins rapide, quand les autres bâtiments du même type filent entre 28 nÓuds (pour le Royaume-Uni) et 33 nÓuds (pour les Etats-Unis). Le premier véritable porte-avions soviétique, le Tbilissi, qui sera en service en 1990, est donné pour plus de 30 nÓuds.

" Cette vitesse maximale de 27 nÓuds, écrit notamment le commandant Feuilloy, est certes faible pour un porte-avions. Mais elle n'a été acceptée qu'après un long débat, en tenant compte de l'économie réalisée en évitant de développer une autre chaufferie nucléaire et du fait que les installations réservées à l'aviation sont très puissantes. "

L'auteur de l'article de Cols bleus fait allusion à un double fait. Primo : la marine a choisi d'installer sur le Charles-de-Gaulle deux chaufferies nucléaires à eau pressurisée qui seront dérivées de la chaufferie nucléaire du nouveau sous-marin stratégique de la classe le Triomphant. Secundo : les deux catapultes à vapeur du Charles-de-Gaulle sont des modèles britanniques C13-3 longues de 75 mètres (pour 50 mètres sur le Foch ou le Clemenceau) qui peuvent lancer des avions de 22 tonnes (au lieu de 15 tonnes actuellement).

En retenant la solution de la propulsion déjà conçue pour le Triomphant, la marine fera l'économie du développement d'une chaufferie propre au porte-avions, de la construction du prototype à terre et des essais en mer. Quand on sait que l'ensemble propulsif d'un bâtiment de ce type représente entre 30 % et 35 % de l'investissement global, on peut comprendre que la marine ait choisi de travailler à l'économie. Les chaufferies nucléaires du Charles-de-Gaulle auront l'avantage d'être compactes, ce qui permet de réserver plus de volume au stockage des carburants pour les avions et à la soute des munitions qui arment les appareils.

C'est au terme de longues discussions technico-financières au sein du conseil supérieur de la marine, présidé par le ministre de la défense, que la vitesse du Charles-de-Gaulle a été déterminée, avec l'argument majeur de pouvoir disposer d'un porte-avions plus permanent sur zone qui compensera sa faiblesse par la vitesse et le rayon d'action allongé des différents avions embarqués dans ses hangars.

Il n'en demeure pas moins que le Charles-de-Gaulle, dont la vitesse sera en harmonie avec les navires de surface qui forment son escorte, peut être handicapé dans sa navigation de transit ou dans ses manÓuvres de dérobade pour rallier son objectif. Il aura, de surcroit, un ennemi principal, le sous-marin nucléaire d'attaque, qui, en immersion, va plus vite que lui pour le pister et le neutraliser.

Mr Alain Carignon, maire de Grenoble, vient de créer, au sein du RPR, son propre courant. Mr Carignon s'explique sur cette initiative, sur la rénovation des partis. Il accuse également les socialistes d'avoir mis le pouvoir politique "aux abonnés absents".

"Vous avez créé le premier "courant" au sein du RPR. Pourquoi l'avoir appelé VIE ?

- Parce que ce courant veut incarner la vitalité économique, l'imagination sociale et la préoccupation de l'environnement, et aussi rappeler que l'action politique, c'est la vie.

- Qui est avec vous ?

- Des parlementaires et des élus locaux dont les noms seront révélés en octobre lorsque nous présenterons au sein du RPR des propositions positives pour l'avenir. Nous voulons faire passer les idées et nous voulons éviter les querelles de personnes.

- Y a-t-il beaucoup de rénovateurs avec vous ?

- Il va de soi que tous ceux qui m'ont manifesté leur amitié ces derniers mois sont à mes côtés. Bien entendu, d'autres membres du RPR, qui ne s'étaient pas manifestés jusque-là, y participeront.

- Quel est désormais l'avenir de l'association des rénovateurs autour du groupe des "douze" ?

- Ils ont un rôle important que l'on peut qualifier de "transpartis", qui consiste à proposer à leur mouvement des idées pour le renouvellement et pour l'union. Chacun les défend dans le cadre des règles de fonctionnement de sa propre formation.

- Vous voulez donc la rénovation par l'intérieur ?

- Alain Juppé a fait beaucoup pour que les choses bougent dans le RPR. Le conseil national de juin a accepté l'expression de sensibilités diverses. Cette décision s'impose donc désormais à tous.

- Et pourtant, Mr Pasqua a critiqué le principe même des " courants ".

- Il n'est pas dans les habitudes de Charles Pasqua de critiquer les décisions prises par le RPR dans son conseil national unanime.

- Quelles différences y a-t-il entre ce que vous souhaitez et ce que propose Mr Jacques Chirac ?

- Je ne cherche pas à me différencier de Jacques Chirac dont l'autorité à la tête de notre mouvement et l'avenir ne sont pas en cause.

- Mais alors, pourquoi un courant ?

- Mon analyse est simple : la société française a connu de nombreux et réels changements et le monde politique n'en a pas assez tenu compte. La classe politique parait vouée à devenir une sorte de nouvelle Eglise avec crise des vocations et absence de fidèles.

- Quels sont vos remèdes après le diagnostic ?

- Il faut une évolution forte sur deux plans. D'une part, la fin du monolithisme des mentalités fait courir aux partis politiques, eux-mêmes hyper-monolithiques, le risque de n'être que des groupes de pression et non des structures aptes à rassembler et donc à gouverner. Ils doivent donc s'ouvrir et se diversifier.

" D'autre part, l'autorité interne doit être plus partagée, mieux expliquée et davantage concurrencée. Nous exaltons la concurrence dans le sport, dans l'économie, nous acceptons la diversité dans la culture. Pourquoi ne pas en faire autant pour nos propres organisations politiques ?

" Cette diversité ne peut être comprise que si elle répond à des idéaux, des aspirations et non à des conflits de carrière, des ambitions de personnes, comme le Parti socialiste en offre un spectacle affligeant.

- Et pourtant, le PS connait le système des courants ?

- Le système du PS a abouti du fait des conflits de personnes à une sorte de fossilisation. Si vous ajoutez à cela que Mr Mitterrand se comporte avec les Français comme s'il les considérait comme des enfants, leur prenant la main pour les faire traverser, on comprend que le débat d'idées soit mis en veilleuse.

" En matière d'idéaux, c'est au RPR de reprendre l'initiative. Tenez, il y a juste vingt ans, le 16 septembre 1969, Jacques Chaban-Delmas proposait la " nouvelle société ". Elle est toujours d'actualité. Car le problème ne se pose pas seulement en termes de croissance et de partage comme le fait Mr Rocard. Aujourd'hui, le risque social s'étend à de nouveaux domaines qui concernent l'éducation, la qualité de la vie, l'insécurité, la drogue. La croissance économique seule est donc incapable de couvrir le coût de cette protection sociale élargie.

- Le RPR est-il capable de proposer cette réforme de la société ?

- En 1958, les gaullistes, autour du général de Gaulle, ont réformé un Etat qui était inadapté. Aujourd'hui, trente ans après, il faut reprendre l'ouvrage. J'ai confiance car chaque fois les gaullistes ont su être de vrais réformistes. Le RPR peut donc incarner les solidarités modernes même s'il lui faut parfois un aiguillon. On ne peut pas s'accommoder longtemps d'une société civile sans direction politique. Le pays a besoin de règles et d'hommes qui l'accompagnent et le conduisent. Il est inquiétant que le pouvoir politique soit " aux abonnés absents ". Aujourd'hui, l'Etat a atteint son seuil d'incompétence car il a trop étendu son champ d'intervention. Il devrait se contenter de réguler et de contrôler mais laisser la plus grande partie de la gestion à d'autres, plus proches de la société civile et plus agiles.

- Et l'actuel président de la République ?

- Son gouvernement manque d'esprit réformateur.

- Il a pourtant proposé des réformes de la Constitution.

- La saisine directe du Conseil constitutionnel, je l'avais souhaitée il y a un an au moins. Ce n'est pas suffisant. Il faut d'autres réformes comme le référendum d'abrogation des lois, les référendums locaux, la saisine directe du médiateur, la consultation des citoyens sur la sécurité routière, l'éthique médicale, la peine de mort, la drogue, etc. pour renforcer la démocratie directe.

- Jacques Chirac assigne à l'opposition de préparer l'alternance. N'est-ce pas trop tôt ?

- C'est le rôle de l'opposition de se préparer à accéder au pouvoir. Mais il faut prendre d'abord en compte ce qu'attendent les citoyens et il faut exposer nos choix et nos priorités. Jacques Chirac a raison de poser les problèmes en termes d'alternance, c'est sain dans une démocratie.

- L'opposition peut-elle y aller en ordre dispersé ?

- L'union de l'opposition est inéluctable à terme. Personne n'a encore trouvé la bonne méthode mais il faut que cela soit résolu avant 1993. Si l'opposition a des idées et qu'elle en débat, elle peut gagner ; si elle en vient aux querelles d'hommes, alors ce sera compromis.

- Etes-vous partisan d'un candidat unique à la présidentielle ?

- Je suis partisan d'une méthode par laquelle toutes les composantes de l'opposition se mettent d'accord. Car si l'une seule d'entre elles manque à l'appel, nous risquons d'échouer. "

L'arrêt de la Cour européenne de justice mettant en cause les tarifs de la SACEM (le Monde du 27 juillet) coûte cher à la Société des auteurs. Sans attendre les décisions des tribunaux français, discothèques et cafés-théâtres ont suspendu leurs paiements. Considérant que les instances européennes ont méconnu les intérêts des créateurs, la SACEM demande la médiation de Mr Jaques Delors, président de la Commission européenne, et de Mr François Mitterrand, qui assure actuellement la présidence du conseil européen.

" L'arrêt de la Cour de Luxembourg fait peser une grave menace non seulement sur les comptes de la SACEM mais aussi sur le financement de la création en Europe. " Mr Jean-Loup Tournier, directeur général de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, n'est pas optimiste. Certes, la juridiction européenne a reconnu le droit à la SACEM de gérer collectivement les intérêts de ses adhérents. Elle n'a pas remis pas en cause le monopole de fait dont jouit l'organisme, ni rien trouvé à redire au partage du marché avec les autres sociétés d'auteurs européennes. Mais, tirant les conséquences de cette situation, les juges du Luxembourg ont estimé que la SACEM pouvait abuser de sa position dominante en réclamant aux discothèques 6,25 % de leur chiffre d'affaires pour rémunérer les créateurs de musique. Un tarif que la Cour estime trop élevé par rapport à ceux pratiqués dans le reste de la Communauté.

Se référant à un rapport de la direction de la concurrence de la CEE, la Cour européenne pense que le monopole de la SACEM est à l'origine d'un dérapage de ses frais de gestion, qui, eux-mêmes, pèsent sur ses tarifs et lèsent les utilisateurs. Elle demande aux tribunaux français de revenir sur onze ans de jurisprudence pour reconsidérer les plaintes des discothèques. Les conséquences de cet arrêt, sans appel, ont été immédiates. Sans attendre le verdict de la justice française, près de sept cents discothèques ont déjà suspendu leurs paiements, entrainant une perte de 30 millions de francs dans le budget de fonctionnement de la SACEM. Avec le risque que cette attitude fasse tâche d'huile et s'étende à d'autres utilisateurs de musique.

Après les polémiques sur les quotas audiovisuels de la directive " Télévision sans frontières ", cette nouvelle décision européenne a mis le petit monde des créateurs en émoi. " Pourquoi le pouvoir européen, exécutif ou judiciaire, semble-t-il prendre les auteurs comme cible au lieu de les prendre en compte ou à cÓur ? ", demande Pierre Delanoë, président de la SACEM, lors de l'inauguration du Salon de la musique, le 11 septembre. " La direction générale de la concurrence de Bruxelles nous a diffamés, renchérit Mr Tournier. Nos frais de gestion représentent 18,06 % de nos perceptions. Ils sont de 29 % pour nos homologues portugais, de 26 % en Grèce, de 22 % en Belgique. De plus, le raisonnement de la commission est économiquement inepte. Supposons que nous parvenions à réduire nos frais d'un tiers : les discothèques feraient une économie de 86 centimes sur une consommation de 100 francs ! "

La Société des auteurs supporte mal de voir les instances européennes appliquer la logique strictement économique du traité de Rome à des problèmes spécifiquement culturels. Elle regrette de ne pas avoir d'interlocuteurs compétents à Bruxelles. " Jean Monnet serait le premier étonné de voir des textes, élaborés pour le charbon et l'acier, s'appliquer à la musique, s'indigne Mr Tournier. La SACEM n'est pas assimilable à un fabricant de petits pois en conserve qui abuse de sa position de monopole pour fixer ses tarifs de manière discrétionnaire. Les droits d'auteur sont le produit d'une longue négociation entre les créateurs et les diffuseurs de musique, la conséquence de toute une histoire culturelle. Rien d'étonnant s'ils sont plus élevés en France, en Grande-Bretagne qu'en Grèce ou en Espagne, où le fascisme a décimé la création artistique. Appliquer la stricte logique de la concurrence au domaine culturel conduit à des absurdités ; on ne choisit pas entre un concert de Boulez et un récital de Michael Jackson en fonction du tarif. "

Mais comment s'opposer à un arrêt de la Cour européenne qui s'impose de droit aux plus hautes juridictions françaises ? Les dirigeants de la SACEM espèrent encore que les gouvernements feront preuve d'initiative politique et doteront la Communauté de vraies instances culturelles. Ils ont écrit en ce sens à MM François Mitterrand et Jacques Delors. Mr Jack Lang leur a promis d'intervenir au prochain conseil des ministres de la culture, le 2 octobre.

Dans un programme largement ouvert aux jeunes compositeurs, le Festival de Strasbourg n'oublie pas les grands anciens, ni leurs Óuvres rarement jouées...

La sensibilité ouvrière de Luigi Nono aurait sans doute frémi d'aise de se voir à l'honneur dans les ateliers SNCF de Bischheim, qui ont réservé à sa musique, comme à celle de Stockhausen, le meilleur accueil acoustique, au point de poser le problème de la nécessité des salles de concerts...

Maitre des lieux une nouvelle fois : Michael Gielen, chef aussi rigoureux qu'inspiré, à la tête des musiciens du Sudwestfunk de Baden-Baden, rompus depuis Rosbaud et Bour à tous les pièges de l'art contemporain, et qui ont traduit les Óuvres de Nono dans toute leur merveilleuse pureté.

Le programme liait d'un trait, en quelque sorte, l'alpha et l'oméga (provisoire). La première Óuvre, Variations canoniques sur la série de l'op. 41 de Schoenberg (1950), est comme un collier de perles weberniennes, une musique raréfiée où chaque son est posé, filtré dans une polyphonie très claire, une architecture translucide, qui apparait aujourd'hui " reposée " et classique. Et c'est déjà très Nono avec cette alliance du plus grand raffinement et de la violence, du drame : en quelques notes, la présence du tragique absolu.

A l'autre bout de la ligne, deux partitions récentes, A Carlo Scarpa (1984), musique funèbre pour un ami, petits flashs de musique immobile, lambeaux de musique spectrale dans le silence, et, en première audition européenne, No hay caminos (1987) à la mémoire d'Andrei Tarkovski, pour sept groupes instrumentaux dispersés autour du public, comme une ceinture de poussières lumineuses qui, par moments, s'allument, irradient un instant et s'éteignent : tambourinements légers, ponctuations de trompettes, éclats de fanfares, effroyables coups de canon de la grosse caisse, tandis que certains sons des cordes tournent et trainent à l'infini, avant de tomber dans un long silence. Un sommet de condensation sonore où les connexions entre les notes et les nervures du développement semblent effacées, tandis que seule demeure une fascination proche de l'hypnose, cmme dans le Prometeo des mêmes années.

Au milieu du concert revenait l'extraordinaire Bernhard Wambach dans ...soferte onde serene... pour piano et bande magnétique, écrit par Nono à l'intention de son ami Pollini. Et c'était, comme dans le Klavierstück X de Stockhausen, un fabuleux paysage d'ondes frémissantes, de jeux de vagues dans l'aigu ou l'extrême grave, avec les mystérieux ébranlements des coups de pédale. Une vaste marine impressionniste, flottante, une Venise vue par Turner jaillissant de ce piano transfiguré.

- Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a demandé, lundi 18 septembre, au Conseil d'Etat d'instruire une procédure de sanction contre M 6 pour avoir récemment diffusé à 20 h 30 " plusieurs téléfilms contenant des scènes susceptibles de heurter gravement la sensibilité des enfants et des adolescents ". Le CSA reproche à la chaine soit d'avoir diffusé ces téléfilms sans en avertir les téléspectateurs, soit de les avoir programmés avant 22 h 30. L'instance, en revanche, vient d'accorder quatre dérogations pour des films normalement interdits de diffusion à 20 h 30, compte tenu de l'ancienneté des visas et de l'évolution des mÓurs.

EUROCOM, filiale publicitaire d'Havas, a récemment acquis 77 % du capital d'ABC, numéro un de la communication corporate et des relations publiques en RFA et en Europe continentale. L'ambition d'EUROCOM est de mettre sur pied, en trois ans, l'un des trois premiers réseaux européens d'agences de communication spécialisée dont la firme allemande devrait être l'animateur dans le domaine particulier de la communication d'image. Düsseldorf sera le siège de ce réseau aux agences locales résolument indépendantes quoique travaillant " en coopération étroite " avec les agences de conseil en publicité du groupe EUROCOM (HDM, Bélier, ECOM).

ABC, qui s'est développé uniquement par croissance interne, emploie 135 personnes et a affiché une marge brute de 61 millions de francs pour le dernier exercice.

Les nouveaux dirigeants des chaines publiques de télévision ont " trois mois pour convaincre " et engager le redressement du service public de l'audiovisuel, a estimé, lundi 18 septembre, Mr Jean-Jacques Queyranne, porte-parole et secrétaire national du Parti socialiste, chargé de l'audiovisuel. " Les directeurs nommés ont besoin maintenant d'élaborer des projets d'entreprise " pour " dynamiser leurs entreprises " en évitant les " pièges de la bureaucratie et du statu quo ", préconise Mr Queyranne, qui avertit que " les socialistes jugeront sur les actes, sans présomption ".

Administrateur d'Antenne 2, Mr Queyranne dénonce la " surpolitisation des questions de l'audiovisuel " qui est le fait non seulement des politiques mais des médias eux-mêmes. " Il ne faut pas croire que derrière chaque affaire de médias il y ait la main invisible du pouvoir politique ", dit le porte-parole du PS, qui voit dans le conflit pour le contrôle de la Cinq une " querelle d'actionnaires ". En cas de changement à la Cinq, il espère qu'"il ne se fera pas sur le dos de l'information ".

Maxwell Communications Corporation (MCC) vient d'accepter d'acquérir pour 260 millions de dollars (1,7 milliard de francs) l'éditeur américain Merrill Publishing, qui appartenait au groupe Bell et Howell.

Merrill est un éditeur de manuels scolaires, notamment dans le domaine des sciences, dont le chiffre d'affaires a atteint 100 millions de dollars en 1988. Si les autorités anti-trusts donnent leur feu vert à la transaction, Merrill rejoindra la filiale de livres scolaires créée en mai dernier par MacGraw Hill et Macmillan, la branche éditoriale de MCC outre-Atlantique. Cette filiale commune se place au deuxième rang des éditeurs scolaires américains, derrière Harcourt Brace Jovanovitch, une société que Mr Robert Maxwell avait en vain tenté d'acheter il y a trois ans.

Le rachat de Merrill confirme les deux orientations actuelles du groupe de Mr Robert Maxwell : priorité aux Etats-Unis (90 % des actifs du groupe y sont concentrés) et priorité à l'édition au détriment de l'imprimerie (secteur dans lequel MCC a déjà vendu pour 2 milliards de dollars d'actifs et s'apprête à céder encore l'équivalent de 1,4 milliard de dollars). En moins de deux ans, Mr Maxwell aura ainsi largement changé la physionomie de son groupe.

Le groupe Presse-Hachette a annoncé la construction en Espagne d'une imprimerie spécialisée dans l'héliogravure, Hélio Color SA. Avec un investissement de 300 millions de francs, Hachette y sera majoritaire. Les espagnols Bilbao Editorial et Novograph en détiendront respectivement 20 % et 10 %. Située à 45 kilomètres au nord-ouest de Madrid, cette unité sera équipée de trois rotatives et pourra imprimer 36 000 tonnes de papier par an. En service à partir de janvier 1991, elle emploiera 200 personnes. Outre les commandes extérieures, Hélio Color imprimera les publications éditées en Espagne par le groupe Presse-Hachette.

Dans son combat pour garder le contrôle de la Cinq, Mr Robert Hersant a réussi, lundi 18 septembre, à gagner du temps et à éviter le pire.

Sur le point d'être défait en conseil d'administration, le PDG de la Cinq brusquement a contre-attaqué sur le plan juridique et il a obtenu du tribunal de commerce un nouveau report de cette réunion (nos dernières éditions du 19 septembre).

Le matin même, en effet, la démarche de l'un des responsables du groupe, Mr Yves de Chaisemartin, auprès du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), avait échoué. Non seulement le CSA ne revenait pas sur sa décision d'autoriser un changement de présidence sans remettre en cause l'autorisation de la chaine, mais, il la confirmait dans un communiqué, mettant ainsi fin à un début de polémique interne. L'instance de régulation rappelle, en revanche, que toute modification du capital doit " être portée à sa connaissance ".

Assuré de perdre sa présidence si le conseil se réunissait, Mr Hersant obtient par référé un nouveau sursis. Le patron de presse affirme, en effet, que les mutuelles agricoles (Groupama) ont déjà vendu à Mr Jérôme Seydoux leurs actions de la Cinq (16,83 % du capital) sans faire jouer le droit de préemption. Mr Hersant conteste la légalité de cette vente devant le tribunal de commerce qui doit examiner l'affaire mercredi 20 septembre. Entre-temps, le conseil d'administration ne peut pas se réunir.

Mais Groupama conteste radicalement les affirmations de Mr Hersant. Les mutuelles agricoles assurent qu'elles n'ont pas encore vendu leurs actions et qu'elles le feront en respectant le droit de préemption. La direction de Groupama estime, de plus, que cette vente ne peut avoir lieu qu'après un changement à la présidence de la Cinq. Position cohérente en bonne logique financière, puisqu'un bouleversement de cette nature relance inévitablement une surenchère autour des actions de la Cinq et revalorise leurs actifs.

Le groupe les Echos, qui détient 3,67 % du capital, adopte, semble- t-il, la même position. Désireux de vendre sa participation depuis plusieurs mois, ce groupe affirme aujourd'hui " qu'afin d'observer une position de stricte neutralité, les Echos ont confirmé leur intention de se défaire de leurs parts en les cédant au plus offrant. Celui-ci devra respecter le droit de préemption ".

Le Crédit lyonnais, qui ne serait ni acheteur ni vendeur, joue aussi la " neutralité " sans avoir décidé s'il se portait ou non acquéreur de nouvelles actions dans le cadre du droit de préemption. Les autres petits actionnaires - le groupe canadien Vidéotron (3,42 %), SMA filiale du CIC (2,28 %) - n'ont pas encore fait connaitre leur position. Expar, société holding de Mr Guy de Roquemaurel, soutient Mr Hersant, comme Mr Jean-Marc Vernes, mais ne détient que 0,57 % du capital de la Cinq.

En attendant le jugement du tribunal de commerce, les deux blocs d'actionnaires campent donc sur leurs positions. MM Jérome Seydoux et Silvio Berlusconi, assurés du soutien de Groupama et de la neutralité des Echos, contrôlent la majorité du conseil d'administration et peuvent donc toujours espérer la présidence de la chaine. En revanche, la logique du droit de préférence donne un léger avantage au tandem Robert Hersant-Jean-Marc Vernes (35,81 % des actions) contre l'alliance Seydoux-Berlusconi (32,28 %) dès qu'il s'agit de racheter, au prorata, des parts du capital.

Néanmoins, dans l'état actuel, aucun des deux camps ne peut obtenir la majorité absolue. Le contrôle de la chaine dépend donc à terme de l'attitude des petits actionnaires encore indécis et de la position du Crédit Lyonnais. Cette situation d'incertitude ne peut se prolonger indéfiniment sans risque pour la Cinq. Les annonceurs publicitaires, essentiels à la survie économique de la chaine, risquent en effet de différer leurs investissements tant que ne seront pas connus les nouveaux dirigeants et leur stratégie de programmes.

Les préfets des départements et des territoires renouvelables aux élections sénatoriales devaient publier, mercredi 20 septembre au plus tard, la liste officielle des candidatures déposées jusqu'au 15 septembre à minuit. Cent deux sièges sont, au total, à pourvoir, dimanche 24 septembre, dans le cadre de la série A, qui comprend les trente-sept départements de l'Ain à l'Indre (plus le Territoire de Belfort et la Guyane), deux territoires (la Polynésie française et Wallis-et-Futuna) et quatre sièges (dont deux supplémentaires) réservés aux représentants des Français de l'étranger.

Les sénateurs seront désignés par un collège électoral de 47 787 membres (46 954 en métropole) composé des députés, des conseillers régionaux et des conseillers généraux ainsi que des délégués des conseils municipaux qui ont été élus le 3 septembre dernier. Dans tous les départements et territoires où moins de cinq sièges sont à pourvoir, le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours est en vigueur. En revanche, dans les Bouches-du-Rhône et la Gironde, où respectivement sept et cinq sénateurs sont à élire, les candidats sont désignés à la proportionnelle.

Porte-parole du Parti socialiste, Mr Jean-Jack Queyranne a déploré lundi, à l'occasion de son point de presse hebdomadaire, que "la surreprésentation du milieu rural" au sein du collège électoral transforme les élections sénatoriales en " un scrutin conservateur qui ne reflètera pas nos résultats aux dernières élections municipales". Mr Queyranne a cité l'exemple du Finistère où le PS n'espère aucun siège "alors que toutes les grandes villes, à l'exception de Morlaix, sont détenues par des maires socialistes" (voir ci-dessous).

Parallèlement, Mr Charles Pasqua, président du groupe RPR du Sénat, a souhaité, dans sa Lettre du groupe RPR du Sénat publiée lundi, que "l'opposition se mobilise pour que la majorité sénatoriale et en particulier le groupe du RPR sortent encore renforcés de ce scrutin afin de faire échec aux projets qu'inspire à ce pouvoir une idéologie qui lui est consubstantielle". Estimant que "la gauche est, selon toute vraisemblance, au pouvoir pour quelques années", Mr Pasqua a fait observer que "le Sénat est redevenu aujourd'hui ce qu'il avait été entre 1981 et 1986 : l'unique bastion national de l'opposition".

On ne dira jamais assez les délices des élections sénatoriales : la perspective d'un mandat de neuf ans et une campagne paisible qui se déroule par beau temps. Sortants et candidats partagent ce plaisir. Ils ont aussi en commun des obligations, par exemple celle de sillonner les routes, ce qui est plutôt agréable en Charente-Maritime.

Deux des quatre équipes en lice (1), celle des sortants et celle de l'opposition, ont déjà avalé quelque 15000 kilomètres depuis la mi-juillet, entre Aunis et Saintonge. Un premier tour les a conduites dans quasiment chacune des 472 communes du département avant que soient désignés, le 3 septembre, les délégués des conseils municipaux. Pour les trois dernières semaines précédant le scrutin, leur programme prévoit des rencontres, le plus souvent à l'échelon cantonal, avec les délégués.

Les deux autres trios - il y a trois sièges à pourvoir en Charente-Maritime - sont moins affairés. Côté socialiste, le chef de file, Mr Michel Baron, confie son manque de goût pour ce qu'il appelle du " racollage ". Pour le maire de Saintes, " la petite ville la plus belle du monde ", selon Mr François Mitterrand qui en est un visiteur régulier, " un sénateur ne doit pas aller voir ses grands électeurs un fois tous les neuf ans ", mais au moins trois fois par mandat. Regrettant que les autres candidats transforment cette élection de parlementaires en compétition purement locale, Mr Baron, qui s'est résolu à être une nouvelle fois candidat parce que ses amis socialistes l'ont investi, sait qu'il détient en grande partie les clés du second tour.

En 1980, devancé au premier tour, il s'était retiré, permettant ainsi aux trois candidats radicaux de gauche et apparentés de l'emporter, et ce malgré le conseil de Mr Mitterrand, alors premier secrétaire du PS, qui lui avait demandé de se maintenir. Cette fois, il espère que, fort d'un bon score au premier tour, son sort sera meilleur.

La présence de Mr Baron sur une liste d'union de la majorité présidentielle au second tour rendrait plus ardue la question du désistement du Parti communiste.

Pour les sortants, à commencer par Mr Josy Moinet, président du groupe RDE (Rassemblement démocratique européen, anciennement Gauche démocratique) au palais du Luxembourg, la présence de trois listes à gauche devrait permettre de ratisser large face à une opposition qui, une fois n'est pas coutume, a ici réalisé l'union.

Mr Moinet et ses deux amis croient qu'on gagne les élections sur un bilan. Alors, ils distribuent de beaux dépliants sur papier glacé, consacrés au compte rendu de leur mandat, avec mention de chacune de leur interventions. Les trois sortants ont chacun leur image, leur réputation et leur style.

Ainsi Mr Michel Rigou (MRG) donne dans le genre " copain ", décontracté, incollable sur les questions agricoles comme sur les activités du littoral.L'homme fort de la région de Saint-Jean-d'Angély, Mr Stéphane Bonduel (divers gauche), joue de son principal atout : son intérêt pour le tourisme, et son caractère conciliant qui en fait, dans son secteur, une sorte de recours ou d'arbitre. Quant à " Josy ", il se voit réserver les questions de finances locales et se réserve les " pointes " politiques... contre la droite, ses " Batman " et ses " Zorro ", qui " prétendent que depuis qu'ils sont là tout va bien ", et qui " confondent bonne administration et BB comme béton-bitume ".

L'essentiel du discours des trois candidats de l'union UDF-RPR se résume aux liens qui les rassemblent, à l'esprit d'équipe qui les anime, et à l'efficacité de leur complémentarité... Il est vrai qu'il y a neuf ans la droite dispersée avait, entre autres concurrents, MM Blaizot, aujourd'hui président (CDS) du conseil général, et Belot. Cette fois, le premier a décidé de prendre le second sur sa liste et de choisir comme troisième homme Mr Michel Doublet, suppléant de Mr Jean de Lipkowski (RPR). Ce dernier, qui a perdu sa mairie de Royan en mars, y a vu une mauvaise manière, mais il ne s'est pas pour autant présenté.

Sur le ton de la confidence, ce novice en campagne sénatoriale, Mr Doublet, qui se définit "non comme le régional de l'étape", mais comme le "rural" du trio, assure : "J'ai passé plus de temps avec eux (ses deux colistiers) depuis 1985 (date à laquelle la gauche a perdu la majorité du conseil général et Mr Blaizot en est devenu le président) qu'avec ma femme."

Après le "président" centriste et le RPR "rural", c'est le "radical" qui intervient dans les réunions de délégués. Professeur à l'université de Poitiers, Mr Belot, l'"économiste" de la bande, est maire de Jonzac, commune-éprouvette de ce que l'on peut faire de mieux en espaces verts, carrefours grandioses, kilomètres de bitume et esprit de franche camaraderie au conseil municipal. Candidat à plus de fonctions qu'il n'en détient, Mr Belot, dont on dit qu'il agace autant qu'il plait, n'hésite pas à plaider pour "le sang neuf" qu'il faut introduire au Sénat et pour l'accroissement des responsabilités pour "les hommes pragmatiques et les hommes d'action", sous-entendu pour les responsables du conseil général.

Le souverain président du conseil général, Mr Blaizot, ne craint pas d'aller à l'inverse des idées les mieux reçues. Quand on lui demande si le cumul des mandats à la tête du département et au Parlement ne sera pas trop lourd, il affirme que la présidence du conseil général d'avant la décentralisation demandait beaucoup plus de temps dans la mesure où toutes les décisions qu'il prenait obligeaient le président du conseil général à perdre beaucoup d'énergie dans les négociations avec le préfet...

C'est la première fois, de mémoire de grand électeur charentais, que l'issue d'un scrutin sénatorial apparait aussi imprévisible. En mars dernier, près d'un tiers des fauteuils de maire ont changé de titulaires. Une infime minorité des maires affichent une préférence partisane.

Mr Michel Rocard veut pousser les feux sur l'un de ses grands chantiers : le réaménagement de la région parisienne. Il l'a dit, lundi 18 septembre, à Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), à l'occasion du vingtième anniversaire de l'établissement public d'aménagement de cette ville nouvelle, qu'il connait bien puisqu'elle jouxte Conflans-Sainte-Honorine.

Le premier ministre est particulièrement sensible à ce dossier, dont il n'est pas loin de penser qu'il est l'un des plus importants de ceux qu'il doit régler. Il a été heurté par certains doutes émis après la présentation de son plan, au conseil des ministres du 26 juillet. La " méthode " se heurte, en effet, à une difficulté de perception.

Il est persuadé que l'amélioration de la situation est une Óuvre de longue haleine, puisqu'elle passe par l'élaboration d'un nouveau schéma d'aménagement et sa traduction sur l'urbanisme régional.

Il sait que, dans une région dominée par l'opposition, le pouvoir central ne peut imposer ses vues s'il ne convainc pas une bonne partie des élus locaux de droite. Pourtant, Mr Rocard sait aussi qu'il faut que le changement se traduise vite pour les Franciliens, puisqu'il estime que leurs conditions de vie et de logement sont une des causes importantes du malaise de la fonction publique, qui est particulièrement sensible dans des services fortement implantés en Ile-de-France : infirmières, postiers, policiers, agents des impôts.

Ainsi, le chef du gouvernement, qui avait été accueilli à Cergy-Pontoise par cinq cents à six cents manifestants de la CGT, de la CFDT, de FO, du SNI et du SNUI (syndicat autonome des impôts), a affirmé, dans son allocution, que " l'aigreur " des manifestants est " l'expression des difficultés de la région parisienne ".

C'est aussi certainement à eux qu'il pensait quand il a déclaré : " C'est une véritable ville à deux vitesses qui est en train de se constituer sous nos yeux. D'un côté, les entreprises symboles de la prospérité retrouvée et ceux qui peuvent s'offrir d'habiter au cÓur d'une des plus belles villes du monde. De l'autre, le plus grand nombre, qui vit de plus en plus mal, soumis à une dégradation constante de ses conditions de transport et aux difficultés de logement. "

Aussi Mr Rocard a-t-il annoncé que le programme que prépare Mr Michel Delebarre, pour la fin du mois de septembre, aura pour but de " s'attaquer, sans délai, aux évolutions les plus préoccupantes notamment dans le domaine du logement, des transports ou des déséquilibres habitat-emploi ", car, a-t-il ajouté : " J'ai tenu à ce que des mesures très concrètes soient décidées immédiatement pour que les choses commencent à changer très vite sur le terrain. " Ce coup d'accélérateur n'empêche pas la poursuite d'un travail à long terme, puisque Mr Jean-Paul Huchon, le directeur de cabinet du premier ministre, en rangeant le réaménagement de la région parisienne dans les " travaux d'Hercule ", a affirmé qu'il s'agit d'une tâche pour " cinq à dix ans ".

La gauche, qui a remporté d'importants succès lors des dernières élections municipales dans le Finistère en enlevant notamment les villes de Brest et de Quimper, semble avoir peu de chances d'obtenir un des quatre sièges sénatoriaux renouvelables, le 24 septembre. A la liste socialiste conduite par Mr Pierre Maille, maire de Brest, s'ajoute une liste communiste menée par Mr Daniel Creoff, conseiller général, et une liste régionale, de sensibilité écologiste, conduite par un conseiller municipal de Brest. La droite part de son côté en ordre dispersé : la constitution d'une liste d'union RPR-UDF - regroupant trois sénateurs sortants sur quatre candidats, MM Alphonse Arzel (Union centriste), président du Syndicat " Amoco-Cadiz ", Alain Gérard (RPR), élu en 1986 lors d'une élection partielle, et Edouard Le Jeune (Union centriste), et Mr Jacques De Menou (RPR), n'a pas empêché les candidatures " isolées ". Sont ainsi entrés dans la bataille : le quatrième sénateur sortant, Mr Georges Lombard (non-inscrit), ancien président de la Communauté urbaine de Brest, Mr Marc Bécam, qui avait abandonné son mandat de sénateur en 1986 pour celui de député, de 1986 à 1988, et qui fut battu aux élections municipales à Quimper, et Mr Pierre Chapalain, maire de Plounevez-Lochrist.

Mr Pierre Maille, tête de liste socialiste, le reconnait sans trop d'efforts : pour lui, cette campagne sénatoriale, quelques mois seulement après sa victoire à la mairie de Brest, est " une petite sucrerie ". Certes, il envoie des lettres à tous les grands électeurs et anime de multiples réunions dans les communes, mais il serait faible de dire qu'il n'est guère convaincu. Pour les socialistes, une fois de plus, le seul espoir pourrait venir d'une division insoluble de la droite.

Fidèle à ses habitudes, celle-ci a multiplié les candidats. Mais, gare au vocabulaire ! A droite, on n'appelle pas cela une " division ", mais une " richesse de choix ". Et, affirme-t-on, nul n'a d'" adversaire " au sein de sa propre famille politique. Même si Mr Lombard rappelle volontiers que ce n'est qu'à Paris, le 5 juillet, où il était venu poser aux côtés de ses colistiers pour la photographie de campagne, qu'il a appris qu'il ne figurait pas sur la liste d'union. Même si l'UDF a donné son investiture à la fois à Mr Lombard et aux candidats de la liste officielle. Même si ces derniers raillent gentiment, par presse interposée, les " isolés ". Ce ne sont que péripéties, observe-t-on. Preuve que cette campagne est celle d'hommes courtois ? Mr Georges Lombard n'a-t-il pas été invité, dernièrement, au mariage de la fille d'Alphonse Arzel...

Sur le terrain, que tous sillonnent avec la même énergie, la polémique n'est donc pas à l'ordre du jour face à des maires et à des conseillers municipaux qui veulent entendre parler de statut de l'élu, de fiscalité locale, des moyens de lutter contre le dépérissement des campagnes ou de la scolarisation des enfants.

Chacun son style : barbe finement taillée, tête haute, costume sombre, discours volontiers emphatique, Mr Lombard est incontestablement plus à l'aise dans les exposés sur la Bretagne dans la perspective européenne, dans les débats sur le " grand Finistère " gagnant contre Paris, ou dans le projet de " Brest, centre nautique européen ", que dans l'évocation des difficultés de la culture maraichère, de l'informatisation des exploitations agricoles ou de la transformation du lisier de porc. Autant de thèmes qu'il abandonne volontiers à son suppléant, Mr Job Mallejac, syndicaliste agricole et personnalité très connue dans le département. L'alliance du grand seigneur et du terroir pourrait bien, une troisème fois, renvoyer Mr Lombard au Sénat.

Mr Marc Bécam, qui, en deux ans, a perdu successivement ses mandats de conseiller général, de député (RPR) et de maire de Quimper, mène une campagne plus intimiste, fort avant tout de son expérience de secrétaire d'Etat aux collectivités locales dans le gouvernement de Mr Raymond Barre de 1977 à 1981.

" Professionnel " de la Dotation globale de fonctionnement (DGF), de la décentralisation et de la coopération intercommunale, il a toutefois du mal à convaincre ses électeurs potentiels de lui rendre un mandat qu'il avait abandonné en 1986. Son suppléant d'alors, Mr Alain Gérard, figure aujourd'hui sur la liste d'union RPR-UDF derrière Mr Arzel, avec de bonnes chances d'être réélu. Mr Bécam, comme Mr Lombard, a toutefois conclu avec Mr Arzel un accord de retrait, au second tour de l'élection, en faveur des candidats de droite les mieux placés.

La seule surprise pourrait en fait venir de Mr Pierre Chapalain, un agriculteur de cinquante-quatre ans, maire d'une commune de deux mille cinq cents habitants. Mr Chapalain ne fait " surtout pas de politique " et se bat pour le " bien public ". Sans le secours d'un parti, entouré de bénévoles, il peste contre ces sénateurs " cumulards ", qui " passent plus de temps à remplir leur feuille de route qu'à servir le bien public ". Et, toujours sans faire de politique, il montre en souriant la dernière livraison de littérature de campagne de la " liste d'union " RPR-UDF - mal affranchie à 2,20 F au lieu de 2,70 F, taxe qu'il s'est refusé à payer, - présentant aux grands électeurs... le groupe RPR du Sénat, sans dire un mot de l'UDF.

Mr Chapalain, qui espère obtenir " au moins 350 voix " sur les 2065 grands électeurs du département, n'a pas donné son accord formel pour un désistement au second tour. Une incertitude qui ne semble guère inquiéter Mr Arzel.

Crise dans le championnat de nationale 1 B de basket-ball : après Salon-de-Provence samedi 16 septembre, Sceaux devait refuser de rencontrer Saint-Etienne mardi 19 septembre parce que cette équipe aligne deux joueurs qu'on ne peut sélectionner en équipe de France, c'est-à-dire naturalisés, depuis moins de trois ans.

Le règlement d'une fédération sportive peut-il faire abstraction du droit français ? Le Conseil d'Etat a répondu par la négative (le Monde daté 25-26 juin) en rappelant à la Fédération de basket-ball qu'elle ne pouvait pas faire de discrimination entre les joueurs de nationalité française, qu'ils le soient de naissance ou par naturalisation.

Cela n'a pas empêché le Comité des clubs de haut niveau (CCHN) d'adopter à Cholet un code de conduite pour l'application des règles internationales considérant comme "non sélectionnable" un joueur naturalisé depuis moins de trois ans.

Tous les clubs avaient adhéré à ce code sauf un, Saint-Etienne, qui évolue en nationale 1B. Au nom de " l'éthique sportive " les quinze clubs de cette division ont décidé de ne pas jouer contre les Stéphanois. Salon-de-Provence ne s'est donc pas présenté samedi 16 septembre au stadium du Bardot pour le premier match de la saison, et Sceaux a indiqué qu'il ne recevrait pas Saint-Etienne, mardi 19, pour la deuxième journée de championnat. Ces forfaits devraient entrainer le versement d'indemnités (de 50 000 à 100 000 francs par match).

Le président du Comité des clubs de haut niveau, Mr Jean Bayle-Lespiteau, a été pris de court par l'attitude des clubs envers Saint-Etienne : " Nous ne pouvons qu'appliquer le règlement (qui ne fait plus de discrimination à l'égard des naturalisés). Nous ne pensions pas qu'une action de ce type serait adoptée par les clubs. "

Le problème des naturalisés déborde largement le cas du basket-ball. C'est la raison pour laquelle le président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), Mr Nelson Paillou, a décidé de demander au Conseil d'Etat de trouver une solution : " L'intention des fédérations sportives demeure la protection du sport olympique et la préparation de nos meilleurs athlètes. "

MM Claude Evin, ministre de la santé, et Maurice Derlin, président de la Caisse nationale d'assurance-maladie, ont rendu publics, lundi 18 septembre, les grands axes de la nouvelle " grande politique nationale de prévention " que le gouvernement entend développer en liaison avec la Sécurité sociale. Confirmant le développement d'une série d'initiatives portant sur le dépistage précoce du cancer du sein chez les femmes de cinquante à soixante-neuf ans (le Monde du 17 septembre), Mr Evin a annoncé que la somme consacrée aux diverses actions de prévention serait, pour l'année 1990, de 835 millions de francs.

Après la publication du rapport sur la santé des Français (le Monde daté 11-12 septembre) et avant celle, très attendue, du rapport demandé à un groupe de spécialistes de santé publique, la présentation du programme d'action 1989 au titre du second semestre de 1989 permettrait, pour la première fois, à Mr Evin d'entrer dans les détails. Ces actions seront financées sur le Fonds national de prévention.

Le programme expérimental de dépistage précoce du cancer du sein (25 000 nouveaux cas par an, soit 15 % de l'ensemble des cancers). Six départements - Alpes-Maritimes, Ardennes, Bouches-du-Rhône, Rhône, Bas-Rhin et Sarthe - sont concernés par ce dépistage à partir des mammographies, pour une somme de 6 millions de francs. Et pour 3,5 millions de francs, le dépistage (par recherche de sang dans les selles) du cancer du côlon et du rectum dans les régions Nord, Picardie et Aquitaine.

Une action " à titre expérimental " de prévention bucco-dentaire. On estime que 68 % des enfants de six ans et 92 % de ceux de quinze ans souffrent de caries. L'action, prévue dans huit sites - caisses primaires d'assurance-maladie - Chaumont, Epinal, Hagueneau, Reims, Sélestat, Strasbourg, Tulle et Vannes - consistera en une éducation sanitaire en milieu scolaire ainsi que dans le dépistage et le traitement des lésions, afin de prévenir le développement ultérieur des caries. L'action sera financée, pour le second semestre 1989, à hauteur de 8,9 millions de francs.

La vaccination contre la grippe et contre la rougeole, les oreillons et la rubéole. 115 millions de francs seront consacrés, d'ici à la fin de l'année, à la prise en charge de la vaccination gratuite contre la grippe des assurés sociaux âgés de soixante-dix ans et plus et des personnes souffrant d'une affection dite de " longue durée ". D'autre part, 10 millions de francs seront affectés à une campagne d'incitation à la vaccination des enfants contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, trois maladies infantiles dont le coût général, en 1988, était de 510 millions de francs. L'objectif est de parvenir à un taux de couverture vaccinale situé entre 90 et 95 %, contre 50 % actuellement.

Un programme de prévention des maladies métaboliques de l'enfant (47 millions de francs), ainsi que les examens de santé pour les assurés sociaux de moins de soixante ans, et, à hauteur de 29 millions de francs, le renforcement des programmes d'éducation sanitaire contre le sida et l'alcoolisme.

En ce qui concerne les examens de santé (dont le coût équivaut à plus de la moitié du Fonds national de prévention), Mr Evin a déclaré que ceux-ci devraient être rapidement redéfinis, en précisant que ces examens devraient " s'adresser prioritairement aux populations n'ayant pas naturellement accès à notre système de santé, compte tenu de leur niveau de vie ou de leur marginalisation ".

D'autre part, le ministre de la santé a annoncé la création prochaine d'une instance scientifique chargée de conseiller les pouvoirs publics et la CNAM sur les programmes prioritaires de prévention, d'information, d'éducation sanitaire et de dépistage. Il a par ailleurs indiqué que le Fonds national de prévention serait, au total, pour l'année 1990, de 835 millions de francs, Mr Derlin souhaitant pour sa part que les montants ultérieurs de ce Fonds national puissent être réexaminés et augmentés.

LE détail des mesures que vient d'annoncer Mr Claude Evin apparaitra bien modeste, eu égard à la réalité sanitaire française. Chaque année, non seulement le montant du nouveau fonds national de prévention (500 millions de francs pour la fin 1989, 835 millions de francs pour 1990) apparait dérisoire, ou presque, mais ce fonds sert pour l'essentiel à des actions déjà mises en chantier (vaccination contre la grippe, examens de santé, information sur l'alcoolisme et le sida) depuis plusieurs années. En outre, les quelques rares actions originales sont lancées avec trop peu de moyens.

L'exemple du cancer du sein est significatif. Alors que l'utilité de ce dépistage n'est plus à démontrer - ce qui permettrait, s'il était effectivement mis en Óuvre en France, de prévenir un millier de morts chaque année, - le ministre de la santé et la Caisse d'assurance-maladie se bornent aujourd'hui à "officialiser" six expériences départementales, tout en sachant qu'un dépistage "sauvage" existe depuis plusieurs années, particulièrement coûteux pour la collectivité et réalisé dans la plus totale anarchie, sans donner lieu à la moindre analyse ou évaluation scientifique. De même, pour le cancer du poumon, alors que tout indique que la consommation de tabac est directement à l'origine de l'augmentation croissante du cancer du poumon en France (vingt et un mille morts en 1987), rien n'est prévu quant à l'intensification de la politique - actuellement on ne peut plus laxiste - de lutte contre le tabagisme.

L'ile de Bornéo, naguère habitée seulement par les orangs-outangs et quelques peuplades éparses, comme les Dayaks " coupeurs de tête ", est devenue en une décennie le paradis des exploitants forestiers - sans parler de l'Eldorado pétrolier du sultanat de Brunei. La forêt vierge est aujourd'hui intensément exploitée par les deux Etats qui se la partagent : Malaisie et Indonésie.

Kalimantan, la partie indonésienne, a déjà été largement exploitée au profit des colons amenés de l'ile surpeuplée de Java. Sarawak, la partie malaisienne, est la région de l'ile qui fait aujourd'hui l'objet des plus fortes convoitises. La Malaisie, en effet, a pratiquement épuisé les ressources forestières " vierges " de la péninsule malaise. Les concessions aux grandes sociétés étrangères sont donc attribuées à Sarawak. Par solidarité islamique, la Malaisie fournit en bois les pays du Moyen-Orient dépourvus de ressources forestières..., mais souvent bien pourvus en dollars. Le reste est exploité par des sociétés mixtes nippo-malaisiennes pour le seul marché japonais.

A Sarawak, un mouvement de protestation a surgi parmi les tribus penangs, qui sont aujourd'hui à la pointe du combat contre l'exploitation industrielle de leur forêt. Le gouvernement malaisien souligne pour sa part que les protestataires, soutenus par un militant étranger - suisse en l'occurrence - ne sont qu'une toute petite minorité (trois cents nomades), alors que la majorité des penangs, aujourd'hui sédentarisés, participent activement à l'exploitation forestière.

Kuala-Lumpur a déjà mis en " protection totale " quelque 4,6 millions d'hectares, et vise à préserver au total 6 millions d'hectares vierges. Mais cette protection s'applique à 7 % du territoire. Les 93 % restants seront donc largement ouverts aux bulldozers et aux tronçonneuses, en échange de dollars et surtout de yens.

Après avoir semé la désolation dans l'ile de la Guadeloupe, le cyclone tropical Hugo est arrivé sur Porto-Rico dans la matinée du lundi 18 septembre. Au passage, il avait tué cinq personnes à la Guadeloupe puis six à Montserrat, et deux à Antigua.

A la Dominique, on ne déplore pas de victimes, mais les dégâts matériels sont considérables. Sur l'ile de Montserrat, Hugo a privé de toit 99 % des 12000 habitants et détruit la majorité des cultures. Des dégâts sont signalés aussi dans les iles Vierges.

Porto-Rico ne déplore, mardi, qu'un seul mort, mais ce n'est là qu'un bilan provisoire. On compterait 50000 sans-abri, surtout sur la côte nord de l'ile.

Dans l'après-midi du 18 septembre,le cyclone se déplaçait de nouveau sur une mer chaude, risquant d'y puiser un supplément d'énergie. Il semblait vouloir se diriger vers les iles Turks et Caicos puis vers les Bahamas. Mais il pouvait aussi menacer la République dominicaine, où soufflaient déjà des vents très violents. Par prudence, on avait évacué de la côte plusieurs milliers de familles.

Le ministère français de la mer a annoncé que "l'ensemble des navires français dans cette zone ont été mis en alerte et se tiennent prêts à effectuer des transports locaux et des approvisionnements d'urgence".

Trop de personnes, dans les zones de conflit ou de guerre civile, sont encore privées de l'assistance que devrait leur valoir le statut de réfugié. Il en résulte des drames d'une rare cruauté, comme celui que vivent - et dont meurent - chaque jour tant de réfugiés d'Indochine. Les Etats donnent en effet généralement une interprétation très restrictive de la définition des réfugiés qui figure dans la convention de Genève de 1951. C'est sur ce problème que se sont penchés la semaine dernière une centaine de juristes, d'universitaires et de diplomates, dans le cadre d'une table ronde organisée à San-Remo par l'Institut international de droit humanitaire (1).

Ils ont fait part de leur " profonde préoccupation " quant au sort non seulement des réfugiés " classiques ", mais aussi des demandeurs d'asile et des personnes déplacées, c'est-à-dire celles que les événements ont contraint à se réfugier parfois jusqu'à des centaines de kilomètres de leur lieu d'origine, mais à l'intérieur des frontières de leur propre pays, comme c'est le cas en Afghanistan et dans certains pays africains, sans oublier les quelque trois cent mille réfugiés cambodgiens parqués à la frontière de leur pays avec la Thailande. Le texte adopté à San-Remo rappelle à la communauté internationale que les catégories de victimes non prévues par le statut du réfugié sont en droit de bénéficier de la protection d'instruments tels que la Charte des Nations unies, la Déclaration universelle des droits de l'homme, les conventions de la Croix-Rouge et divers traités régionaux comme la convention de l'OUA de 1969, qui donne du réfugié une définition plus large.

Ce texte, après la procédure d'examen, devrait être présenté à l'Assemblée générale des Nations unies.

Quatre cents Allemands de l'Est campent à nouveau dans les locaux et les jardins de l'ambassade de République fédérale à Prague et cent dix dans celle de Varsovie. La semaine dernière, après l'intervention de l'avocat est-allemand Wolfgang Vogel, environ trois cents réfugiés avaient accepté de quitter l'ambassade de RFA à Prague et de regagner la RDA moyennant la promesse que leur demande d'émigration serait étudiée favorablement et que, dans l'intervalle, ils retrouveraient leur travail. Deux cent cinquante autres Allemands de l'Est sont de nouveau arrivés depuis, sans que les autorités tchécoslovaques ni les gardes ouest-allemands de l'ambassade les empêchent de franchir les grilles.

Il y a parmi eux des personnes qui ont tenté de gagner la Hongrie sans l'autorisation nécessaire et que la police tchécoslovaque a empêché de passer. Plusieurs autres Allemands de l'Est ont réussi, ces derniers jours, à passer clandestinement de Tchécoslovaquie en Hongrie, en traversant à la nage le Danube, qui sert de frontière entre les deux pays sur plusieurs centaines de kilomètres. Mais l'un d'entre eux s'est noyé dans le fleuve dans la nuit de dimanche à lundi.

La RDA continue cependant à délivrer des autorisations de voyage en Hongrie et l'exode se poursuit par l'Autriche et les postes-frontières bavarois. Trois cent cinquante personnes sont arrivées en Bavière dans la nuit de lundi à mardi en autocar, ainsi qu'une centaine d'autres à bord de voitures individuelles. " Il semble qu'il soit devenu plus difficile pour les Allemands de l'Est de gagner la Hongrie ", a cependant déclaré, lundi, un porte-parole du ministère ouest-allemand des affaires étrangères.

D'autre part, MM Freimut Duve et Gert Weisskirchen, députés du SPD, ont été refoulés à l'un des points de passage vers Berlin-Est par les gardes-frontières est-allemands qui leur ont signifié qu'ils étaient " pour l'instant indésirables " en RDA. Ils souhaitaient passer la journée à l'Est et y avoir des entretiens privés. Cet incident fait suite à l'annulation, vendredi dernier par la RDA, de l'invitation qu'elle avait précédemment adressée à une délégation de quatorze parlementaires du SPD.

Enfin, l'écrivain est-allemand Lutz Rathenow s'est vu une nouvelle fois interdire, lundi, de se rendre en République fédérale, où il était invité pour la sortie de l'un de ses livres. On l'avait déjà empêché en juin de venir à Paris, où il était invité à un colloque organisé par la Fondation du futur.

Une réception chaleureuse, une atmosphère amicale, des propos aimables échangés de part et d'autre et trois heures de conversation en tête-à-tête avec le président Hosni Moubarak : le ministre israélien de la défense, Mr Itzhak Rabin, aurait pu afficher une relative satisfaction à l'issue de sa visite-éclair au Caire, le lundi 18 septembre. Les contacts israélo-égyptiens à haut niveau sont rares et pas toujours de cette qualité.

Mr Rabin, s'il arborait un sourire optimiste sous les lustres du palais présidentiel d'Héliopolis, n'a pas caché que les points les plus importants des propositions formulées par l'Egypte pour relancer des négociations de paix au Proche-Orient faisaient moins que jamais l'unanimité au sein du gouvernement israélien.

Sur ces points-là, a-t-il reconnu avec franchise, " je n'ai rien dit qui puisse engager le gouvernement d'Israël ". Là étaient les limites de l'exercice diplomatique auquel pouvait se livrer au Caire le représentant d'un gouvernement d'union nationale Likoud-travaillistes toujours aussi divisé sur les initiatives de paix de l'Egypte. Numéro deux du Parti travailliste, Mr Rabin aurait sans doute aimé s'engager plus avant, mais il risquait alors d'être démenti par le premier ministre et chef du Likoud, Mr Itzhak Shamir - et de précipiter une crise que le ministre de la défense ne souhaite sûrement pas.

Le président Moubarak lui a présenté à nouveau l'essentiel de la démarche égyptienne. Il s'agit d'amener Israéliens et Palestiniens à la table de négociation pour débattre de l'organisation d'élections dans les territoires occupés - comme l'a proposé le gouvernement israélien dans le plan qu'il a adopté au printemps dernier. Les Palestiniens - en fait, l'OLP - n'y consentiront, estime Le Caire, que si le plan israélien est quelque peu aménagé. Il doit notamment stipuler les points suivants (parmi une liste de dix suggestions) : les résidents arabes de Jérusalem pourront participer au scrutin ; la période d'autonomie dans les territoires qui suivra ne sera que transitoire, avant une négociation sur le statut définitif de la Cisjordanie et Gaza, qui devra être fondée sur le principe d'un compromis territorial.

Pour l'Egypte, c'est seulement à ces conditions qu'une délégation palestinienne pourrait accepter de discuter du projet d'élections en Cisjordanie et à Gaza. Si les travaillistes en conviennent et sont prêts à jouer le jeu, le Likoud rejette ces aménagements du projet israélien.

Mais il y a un second point de discorde, plus important encore et qui porte sur la composition de la délégation palestinienne devant discuter du projet d'élections. Pour le Likoud, cette délégation doit ne comprendre que des résidents des territoires occupés : accepter toute autre formule serait souscrire à une participation, même déguisée, de l'OLP aux négociations. L'Egypte, les Etats-Unis et les travaillistes israéliens estiment, en revanche, que l'OLP ne donnera jamais son feu vert à l'organisation d'élections dans les territoires si des représentants des Palestiniens de l'extérieur ne font pas partie de la délégation.

Cravaté, sanglé dans un costume bleu roi pour sa première visite au Caire en tant que ministre, Mr Rabin n'a pas esquivé les contraintes que lui imposait ce double désaccord au sein du gouvernement d'union nationale. Il est allé aussi loin qu'il le pouvait pour encourager l'Egypte à poursuivre sa médiation. S'adressant à la presse à l'issue de ces entretiens, il a affirmé qu'il y avait en Israël " un large consensus " sur trois points : l'Egypte doit maintenir ses efforts, il lui revient de lancer les invitations à ces négociations israélo-palestiniennes et de nommer ou de participer à la nomination des personnalités qui feront partie de la délégation palestinienne.

En principe, la formule est suffisamment vague pour que le Likoud ne puisse s'y opposer. Mais, dès qu'il s'agit d'être plus spécifique, Mr Rabin a constaté : " C'est vrai, il y a des différences d'opinions en Israël, à la fois sur la composition de la délégation palestinienne et sur l'objet d'éventuels pourparlers (israélo-palestiniens) ". Il a laissé entendre que les travaillistes ne s'opposeraient pas, pour leur part, à ce qu'une ou deux personnalités palestiniennes expulsées des territoires (on parle du journaliste Akram Hanieh et de l'ancien maire Mohamed Milhem, tous deux membres de l'OLP) ou un ou deux membres du Conseil national palestinien (on parle de deux professeurs américains d'origine palestinienne, MM Edouard Said et Abou Lughod) participent à la délégation palestinienne.

S'adressant à son tour aux journalistes, lors d'une conférence de presse organisée séparément, le président Moubarak a maintenu qu'il ne fallait pas " négliger les Palestiniens de l'extérieur si l'on voulait avoir un dialogue significatif ". Sans assurer que ses propositions avaient formellement reçu l'aval de l'OLP, il a indiqué qu'il travaillait " toujours à la composition de cette délégation ", qu'il s'en était entretenu à plusieurs reprises, ces dix derniers jours, avec Mr Yasser Arafat, et il a estimé que le chef de l'OLP " avait déjà beaucoup fait ".

Le président égyptien a longuement dialogué en arabe avec les spécialistes de la presse israélienne, s'attachant à manier tour à tour fermeté et souplesse. Il entend poursuivre le dialogue sur les points litigieux, notamment lors des rencontres qu'il aura dans les jours à venir aux Etats-unis avec le ministre israélien des affaires étrangères, Mr Moshe Arens, et avec Mr Shimon Pérès, chef du Parti travailliste et ministre des finances. Mais il n'acceptera de s'entretenir avec Mr Itzhak Shamir que " s'il y a des résultats en perspective ".

Mr Moubarak ne demande pas aux Israéliens de renoncer à leur propre plan de paix. Il leur demande seulement d'accepter que les Palestiniens viennent à la table de négociation sur la base du document un peu différent suggéré par l'Egypte - document qui ne mentionne ni " le droit à l'autodétermination des Palestiniens " ni nommément l'OLP. En somme, la différence est dans le carton d'invitation et porte sur la qualité des invités (palestiniens). Pour reprendre l'expression d'un commentateur, il est demandé à Israël de " fermer un Óil " sur la composition de la délégation palestinienne et, à l'OLP, d'en faire autant sur l'ordre du jour d'une négociation qui ne reprend pas les principales revendications de la centrale palestinienne.

Mais une fois les deux parties réunies autour de la table de négociation, qu'il entend dresser au Caire, Mr Moubarak fait confiance aux mérites du dialogue pour qu'un accord se fasse sur l'organisation des élections, lesquelles seraient la première étape d'un processus de paix. Il faudra que Mr Rabin manifeste autant de confiance dans les mérites du dialogue pour convaincre Mr Shamir de ne pas rejeter l'initiative égyptienne. Car à peine rentré en Israël, le ministre de la défense a essuyé un tir de barrage de la part de ses partenaires adversaires du Likoud. Ministres et parlementaires de la droite ont multiplié les attaques contre les propositions du Caire qu'ils jugent incompatibles avec le plan israélien.

Comme lors de chaque conflit entre Likoud et travaillistes et ils n'ont pas manqué depuis près de cinq ans qu'ils gouvernent ensemble, on a évoqué la prochaine et " inévitable " crise de l'union nationale. Mr Shamir n'a pas été le dernier à avoir parlé, dans la soirée à la télévision, de " menace " sur l'union nationale, une formule, a-t-il dit, à laquelle il est attaché mais qui ne saurait être maintenue " à n'importe quel prix ". Le gouvernement devra donner une réponse à Mr Moubarak d'ici deux à trois semaines ; en politique israélienne, c'est sans doute un délai suffisant pour qu'on trouve une formule d'attente ou de compromis de nature à retarder l' " inévitable crise ".

Evidemment, à l'heure de la glasnost soviétique et des bouleversements quotidiens en Europe de l'Est, le geste n'étonne plus guère. Pourtant, en annonçant, lundi 18 septembre, la reprise de pleines relations diplomatiques avec Israël, la Hongrie brise un tabou : elle est le premier pays du bloc de l'Est à franchir le pas depuis que l'ensemble des nations du pacte de Varsovie, à l'initiative de l'URSS et à l'exception de la Roumanie, ont rompu leurs relations avec l'Etat hébreu au lendemain de la guerre israélo-arabe de juin 1967.

Le premier ministre, Mr Itzhak Shamir, ne s'y est pas trompé. Il a salué une " décision courageuse et audacieuse " et, tout en se refusant à donner des noms, a affirmé que la Hongrie allait être suivie par d'autres pays d'Europe de l'Est. Vraisemblablement prise avec l'aval du Kremlin, la décision de Budapest marque la fin d'un boycottage diplomatique - au moins officiel - de l'Etat hébreu par un ensemble de pays, qui, outre l'importance de leurs communautés juives, avaient tous peu ou prou aidé à la naissance d'Israël en 1948.

Le terrain a été préparé depuis que les deux pays ont repris des relations à la mi-septembre 1987, décidant d'ouvrir des " sections d'intérêts " à Tel-Aviv et à Budapest. Apparemment, le gouvernement hongrois a pris sa décision la semaine dernière. Elle a été communiquée à Israël dans la journée de dimanche et, dans le plus grand secret, le ministre des affaires étrangères, Mr Moshe Arens, s'est rendu lundi à Budapest pour y signer l'accord.

Si le premier ministre, Mr Shamir, a estimé que la décision hongroise prouvait " qu'Israël progresse, que ses liens diplomatiques s'étendent, et ce en dépit de la campagne de calomnies menée à son encontre sur la scène internationale ", Mr Arens n'en a pas moins reconnu que le geste de Budapest s'expliquait avant tout par " les bouleversements historiques que connait aujourd'hui la Hongrie : libéralisation de l'économie, démocratisation politique intérieure et volonté de soustraire la politique étrangère à l'idéologie ". Il a indiqué que son homologue hongrois, Mr Gyula Horn, avait admis lundi ce qui se dit un peu partout en Europe de l'Est, et depuis pas mal de temps déjà : la rupture de 1967 a été " une erreur ".

Il est vrai que, depuis bientôt trois ans, les dirigeants soviétiques ont redressé la barre en direction d'Israël (rétablissement de relations consulaires, échanges commerciaux, culturels et touristiques d'une ampleur sans précédent).

Les relations entre une partie de la presse écrite et le gouvernement risquent de se tendre dans les jours à venir. La pomme de discorde porte sur l'augmentation des tarifs postaux des abonnements, prévue le 1er octobre. Cette mesure, décidée après avis d'une commission paritaire dans laquelle siègent des représentants du ministère des postes, des télécommunications et de l'espace (PTE), et ceux des éditeurs, pénalise les journaux les moins argentés.

L'augmentation sera de 8,86 % en moyenne. Mais il s'agit d'un arbre qui cache la forêt. Les journaux sont en effet traités différemment selon leur poids. Ainsi un hebdomadaire de moins de 70 grammes acquittait jusqu'alors 0,187 F par abonnement distribué par la poste. A partir du 1er octobre, il devra payer 0,22 F, ce qui correspond à une hausse de 17,6 %. En revanche, un périodique dont le poids excède 301 grammes devra verser 1,901 F au lieu de 1,787 F, ce qui se traduit par une augmentation de 6,9 %. Or les journaux de faible poids sont traditionnellement ceux qui recueillent le moins de publicité. Ce sont fréquemment des titres d'informations politiques et générales.

Cette différence de traitement qui avantage les journaux les plus riches en publicité est imputable à la progressive dérive du système des aides à la presse, dont font partie les aides postales. Traditionnellement, depuis les accords Laurent de 1980, qui souhaitaient pallier le déficit chronique de la poste dans le domaine des abonnements, l'ensemble de la presse acceptait d'assumer une part plus importante des coûts de transport et de distribution (33 % du coût total, le reste étant pris en charge par les postes et l'Etat). La poste garantissait, une amélioration de la qualité du service. Mais les éditeurs des " poids lourds " - hebdomadaires d'actualité et magazines spécialisés à forte pagination publicitaire - ont jugé que leur prise en charge d'une fraction de la part des petits journaux devenait trop lourde.

A la suite de plusieurs réunions, la décision, avalisée par la Fédération nationale de la presse française (FNPF), a été prise de faire payer à chaque titre le tiers de son coût postal. Au ministère, on assure qu'" il n'y a pas eu de pression des grands éditeurs " et que " les décisions ont été prises entre techniciens ". " L'augmentation décidée, affirme-t-on encore, est ponctuelle et ne doit pas être liée aux futures discussions sur la nouvelle grille tarifaire ", qui doivent reprendre le 3 octobre. Divers critères - poids du journal, paiement à l'exemplaire, pondération entre la surface publicitaire et le volume rédactionnel - y seront examinés. " Nous sommes conscients des problèmes des journaux qui ont peu de publicité ", renchérit-on au ministère des postes.

Les dissensions et les clivages existant au sein de la presse écrite augurent mal des négociations sur la nouvelle grille. On peut aussi craindre que le principe de solidarité entre journaux, institué depuis la Libération, ne succombe du fait de ces dissensions. Comme on peut s'étonner qu'une telle différence de traitement entre titres ait recueilli l'acceptation bienveillante d'un gouvernement à majorité socialiste auquel appartient Mr Paul Quilès, ministre des PTE, qui dirigea en d'autres temps le Matin de Paris.

" Je suis de droite : voyez l'Aisne ; je suis de gauche : voyez Paris ! " Jacques Pelletier aimerait bien laisser planer le doute d'ici au 24 septembre, sur la couleur de son camp politique, mais la chauve-souris a besoin de la pénombre pour s'épanouir et il est bien difficile de mener une campagne sénatoriale hors de la grande lumière, surtout lorsque l'on est, comme le ministre de la coopération et du développement, le seul membre du gouvernement à affronter les grands électeurs sénatoriaux.

L'inconfort de cette situation oblige le ministre candidat à des contorsions qui pourraient ne pas être du goût de son électorat. Travaillant à Paris sous les ordres d'un président de la République et d'un chef de gouvernement socialistes, il n'a pas pu faire ami-ami avec la gauche de sdon département. Il lui faut donc, dans l'Aisne, convaincre de sa fidélité les grands électeurs de droite. Paul Girod, patron départemental de l'opposition nationale, incite d'ailleurs ces derniers à ne pas oublier leur ancien compagnon.

Impossible d'accuser Jacques Pelletier d'avoir retourné sa veste. Avoir été séduit par le slogan de " la France unie ", s'être rallié à François Mitterrand entre les deux tours de la présidentielle, être entré dans le gouvernement d'ouverture de Michel Rocard, tout cela est tout à fait cohérent avec le passé politique d'un homme qui a toujours reproché au gaullisme triomphant de couper la France en deux, qui, avec le Centre démocrate puis les réformateurs, a longtemps recherché une " troisième voie ", qui, déjà en 1974, avait choisi le candidat de la gauche au deuxième tour et avait tenté d'ouvrir une porte vers le Mouvement des radicaux de gauche.

Quand Valéry Giscard d'Estaing, en 1978, veut ouvrir son gouvernement vers la gauche, il fait de Jacques Pelletier un secrétaire d'Etat à l'éducation ; quand François Mitterrand veut ouvrir le sien vers la droite, il fait du même homme un ministre de la coopération. Le sénateur de l'Aisne n'a pas bougé, ce sont les autres qui sont venus à lui...

A Paris, on peut comprendre. Mais dans les 817 mairies d'un département encore très rural ? Jacques Pelletier a longtemps conforté ce fief en profitant des sentiments antigaullistes des gros agriculteurs, betteraviers et céréaliers, avec qui il a - de tout temps été - et est encore - très lié. Mais ces électeurs - là ont maintenant retrouvé leur habitat naturel à droite, accompagnés par leur vieux complice André Rossi et celui qu'il a fait naitre à la politique, André Girod. Jacques Pelletier, lui, a continué à arpenter son chemin familier. Il y est de plus en plus solitaire, car les grands airs de l'ouverture, entonnés dans la capitale, ne trouvent que bien peu d'oreilles complaisantes dans cette province-ci.

Le classique affrontement droite-gauche a encore les préférences de socialistes amers. Eux qui depuis 1981 donnent de solides majorités à François Mitterrand et trois députés sur cinq constatent que le seul membre d'un gouvernement de gauche issu du département depuis huit ans a toujours été leur adversaire ; qu'en juin 1988, déjà ministre, il n'a rien fait - bien au contraire ! - pour aider le candidat du PS dans une difficile bataille contre André Rossi alors que sa " base " personnelle est dans cette circonscription et qu'un léger coup de pouce aurait pu suffire à faire basculer le combat qui fut un des plus serrés de France ; qu'en septembre 1989 il n'a pas plus aidé la gauche à tenter de prendre la présidence du conseil général, votant même pour Paul Girod, délégué général des adhérents directs de l'UDF.

L'amitié n'est pas un vain mot, même en politique. Jacques Pelletier assure que la condition mise par le président de la République et le premier ministre à son entrée au gouvernement était de garder les mains libres dans l'Aisne. Au- jourd'hui, ses partenaires de toujours lui renvoient l'ascenseur. Paul Girod, sénateur sortant, a constitué une liste incomplète avec l'autre sortant Jacques Braconnier (RPR). Il aurait aimé, dit-il, adjoindre à cette liste, comme il y a neuf ans, Jacques Pelletier ; s'il ne l'a pas fait, c'est que vraiment c'était impossible, mais...

" Un peu trop grosse, un peu trop cousue de fil blanc, leur histoire ", ont pensé quelques élus de droite, plus classiques... D'abord Gilbert Devèze, un ancien député et ancien sénateur CNIP, qui cette fois a l'investiture du Front national. Ensuite Alain Richet, un saint-quentinois qui a quelques comptes à régler avec Jacques Braconnier. Surtout Charles Brazier, un divers droite, à qui Paul Girod a pris, sans ménagement, la présidence du conseil général à l'automne et qui ne veut pas comprendre pouquoi les non-inscrits, qui forment le tiers de la majorité de l'Assemblée départementale, n'ont pas leur place sur la liste de celle-ci. Sa campagne vise Jacques Pelletier, mais elle pourrait bien atteindre le sortant RPR dont la position est fragile après qu'il a perdu la mairie de Saint-Quentin.

La gauche n'a pas les pudeurs de la droite officielle. Les communistes, bien sûr, qui présentent une liste complète de trois noms. Les socialistes aussi, qui font de même, alors que le rapport de forces au sein des grands électeurs ne leur laisse aucun espoir, sauf si la droite se divise au deuxième tour. Certes, en la faisant conduire par un simple adjoint au maire de Soissons, ils n'ont pas sorti de gros calibres. Mais enfin, ils sont tout de même candidats contre un membre du gouvernement qu'ils soutiennent à Paris ! Peuvent-ils admettre qu'il soit battu ? Eux peut-être, le " national " certainement pas. Si le ministre candidat est mis en ballottage, ils lui feront payer un soutien que Jacques Pelletier souhaite discret afin de ne pas effaroucher ses amitiés traditionnelles. Dans l'intérêt de tous, il vaudrait mieux que son élection soit réglée au premier tour.

Seul contre tous, ou presque, puisque l'appui de Paul Girod ne peut être que discret, Jacques Pelletier s'y emploie en faisant appel à ses amis fidèles, à ses soutiens habituels chez certains dirigeants agricoles. Méthodiquement - avec François Lesein qui l'a remplacé au Sénat, qui est à nouveau son suppléant et qui, après une longue carrière de centriste antigaulliste, vient opportunément d'adhérer à l'Association des démocrates, - il a entrepris la tournée de tous les cantons du département.

Partout il tient le même discours : " J'ai toujours été contre les extrêmes ; j'ai toujours essayé de rapprocher les deux France ; il faut prendre ce qui est bon de chaque côté. Depuis quinze mois que je suis au gouvernement, je n'ai pas d'états d'âme ; il n'y a pas eu de projets qui m'aient heurté, qui aient été contraires à ma conscience. " Et sans discrétion il fait miroiter l'intérêt pour l'Aisne et pour ses habitants d'élire un ministre... C'est bien la seule chose qui chagrine publiquement ses auditeurs : ne s'agit-il pas d'une élection de " dupes " ? Il répond clairement : si on le lui demandait, il préférerait rester au gouvernement encore deux ou trois ans ; son suppléant a pris l'engagement de démissionner pour lui laisser, le moment venu, reconquérir sa place au Sénat.

Les vraies questions, ici comme ailleurs, tournent autour des finances des petites communes, de la nécessité et de la difficulté du travail en commun des collectivités locales. Plus de trente ans de vie politique dans l'Aisne permettent à Jacques Pelletier de connaitre tout le monde. Et tout le monde tutoie " Jacques " avant que l'assistant de François Lesein, qui n'est autre que le fils de la suppléante de Paul Girod, ne sorte les bouteilles de champagne. En votant le 24 septembre, les grands électeurs de l'Aisne se souviendront-ils de " Jacques ", ou ne verront-ils que le ministre d'un gouvernement de gauche ?

Le premier ministre, Mr Michel Rocard, et le ministre de l'équipement, du logement et des transports, Mr Michel Delebarre, doivent inaugurer, le mercredi 20 septembre en début d'après-midi, la ligne à grande vitesse Paris-Le Mans et le TGV Atlantique qui y roulera à 300 km/h. La France conserve, avec ce nouveau TGV, le record mondial de la vitesse ferroviaire la plus élevée en exploitation commerciale.

Le TGV Atlantique n'avait pas très bien commencé quand, dans les années 70, la SNCF commença à extrapoler les succès futurs de son TGV Sud-Est, qui ne devait entrer en service qu'en 1981, et à rêver à rapprocher l'océan de la capitale. Son plus chaud partisan fut peut-être Mr Jean-Pierre Fourcade, sénateur, maire de Saint-Cloud et ancien ministre de l'économie et des finances, et son adversaire le plus célèbre, Mr Valéry Giscard d'Estaing qui avait fait siennes les préventions de la direction du budget à l'égard du train, certes rentable, mais beaucoup moins que le TGV Sud-Est. Il fallut attendre la présidence de Mr François Mitterrand, dans un premier temps peu enthousiasmé par un TGV passant au large de la Nièvre, pour que le feu vert soit donné. Le 22 septembre 1981, le président de la République demanda à la SNCF de " préparer un projet de train à grande vitesse vers les régions atlantiques " (1).

De rapports en commissions et de protestations en revendications, les 278 km de voies nouvelles prirent peu à peu leur place sur la carte. Non sans mal. Il y avait les élus du littoral et des gares desservies qui les réclamaient à cor et à cri, et ceux dont les électeurs-agriculteurs refusaient que leurs beaux champs de blé soient coupés en deux par un bolide dont ils ne profiteraient pas. Certains agents de la SNCF, en reconnaissance sur le terrain, se souviennent encore d'avoir été bloqués par des tracteurs. Les vignerons de Vouvray ont brandi leurs sécateurs contre un projet de train dont les vibrations pouvaient faire tourner leurs crus en vinaigre. Et puis, la SNCF a accepté d'arrêter le TGV à Vendôme et de monter ses rails sur caoutchouc aux approches des caves, et tout s'est apaisé.

Pour le voyageur, le TGV Atlantique représentera une nouvelle contraction de l'espace et du temps. A 300 km/h, Le Mans ne sera plus qu'à 55 minutes de Paris, contre 1 h 40, dans le meilleur des cas avec un train classique ; Rennes, à 2 H 04 contre 2 h 53 ; Brest à 3 h 59 contre 5 h 55 ; Nantes à 2 h 53 contre 3 h 37. Dans un an, en septembre 1990, les rames bleu-argent et gris fileront plus au sud vers Vendôme (0 h 49 au lieu de 2 h 08), Tours (1 h 02 au lieu de 1 h 34), Poitiers (1 h 35 au lieu de 2 h 15), Bordeaux (2 h 58 au lieu de 4 h 08), Hendaye (5 h 08 au lieu de 6 h 45) et Toulouse (5 h 10 au lieu de 5 h 59).

Une délégation de l'association internationale Save the Forests, Save the Planet - connue en France sous le nom d'Ecoropa - devait remettre, le 19 septembre, au siège des Nations unies, à New-York, les quelque trois millions de signatures, recueillies dans vingt-trois pays, pour un appel en faveur de la forêt tropicale. Les signataires demandent la réunion d'une assemblée générale extraordinaire afin que la communauté internationale prenne des mesures pour la sauvegarde de ce patrimoine en péril. Principal accusé : le Japon.

Pour voir arriver les fameux bois tropicaux importés au Japon, il ne faut pas attendre à quai. A Tokyo, les cargos chargés de grumes - des navires malaisiens battant pavillon panaméen - n'accostent pas au port. Ils débarquent les lourds troncs d'arbre en pleine baie de Tokyo, directement dans la mer, où des ouvriers japonais bottés et casqués les réceptionnent et, jouant de la gaffe, assemblent les grumes en trains de bois, qui sont ensuite remorqués dans un bassin du port. Si les grumes sont ainsi déchargées en mer, ce n'est pas par volonté de discrétion, mais simplement parce que le procédé est plus commode, et aussi plus sûr que la mise à quai.

Les trains de bois venus des iles vont aussi être stockés en mer, dans des bassins dont le plus grand - 115 hectares - peut contenir 430000 tonnes. En 1987, le port de Tokyo a réceptionné 1825000 tonnes de bois de Malaisie, devenue le premier fournisseur du Japon. D'Indonésie, il a reçu 372000 tonnes, et des Philippines moins de 300000 tonnes.

A ces bois tropicaux il faut ajouter le bois importé des Etats-Unis et du Canada, qui arrive sous forme de sciages et est entreposé dans un immense parc à bois d'une capacité de 400000 tonnes, installé sur des terrains reconquis sur la mer. En 1988, quelque 920000 tonnes de bois américain sont passées par le port de Tokyo.

La capitale du Japon n'est cependant qu'un des grands ports d'entrée du bois importé sur l'archipel nippon. Au total, avec 15 millions de tonnes de bois importées par an, le Japon est devenu le premier importateur du monde, devançant à lui tout seul la Communauté européenne, qui absorbe le tiers des bois tropicaux mis sur le marché.

Plus encore que la France, qui, avec 25 % de son territoire couvert de forêts, importe encore massivement des " bois du Nord " (Scandinavie et URSS) et des bois tropicaux (Afrique surtout), le Japon présente un paradoxe : bien qu'il ait près de 75 % de son territoire couvert de forêts, il importe 60 % de sa consommation de bois !

C'est qu'il est plus rentable d'importer du bois canadien ou soviétique, cultivé en très grandes surfaces, que d'exploiter la forêt japonaise, qui se trouve à 70 % en montagne, sur des pentes difficiles d'accès. Et il est encore plus rentable d'importer du bois de Malaisie ou d'Indonésie, où des sociétés japonaises sont à l'Óuvre sur le terrain.

Le boom économique japonais se traduit par une consommation toujours plus grande du bois comme du reste. Pour satisfaire ses besoins en pâte en papier, par exemple, le Japon importe du bois de mangrove, dont la fibre est très recherchée pour les papiers de qualité. Résultat : la Thailande a perdu 100000 hectares de mangrove en dix ans (dont le bois est aussi coupé pour faire des parcs à crevettes exportées également au Japon) ; les Philippines ont perdu 200000 hectares de mangrove entre 1968 et 1977, et l'Indonésie en a perdu près de 2 millions d'hectares en vingt ans.

Pour approvisionner ses usines à papier haut de gamme, comme le papier de reprographie (265000 tonnes de papier ont été utilisées pour ce seul secteur en 1988), le Japon importe aussi de l'eucalyptus, qu'il va chercher en Australie (850000 tonnes par an) ou qu'il essaye de planter en remplacement de la forêt primaire, comme en Thailande, malgré l'opposition des populations locales.

Les Japonais sont aussi d'importants consommateurs de baguettes, chez eux comme au restaurant. Ces waribashi - baguettes en bois blanc jetées après usage, - les Japonais en ont consommé vingt milliards de paires l'an dernier, dont la moitié ont été importées de Chine, d'Indonésie, de Corée et des Philippines.

Même si les baguettes, en poids, ne représentent qu'une très faible partie du tonnage de bois consommé, elles contribuent à l'importation des grumes de l'arbre appelé lauan en malais. Cet arbre de Bornéo, partagé entre la Malaisie (Sarawak) et l'Indonésie (Kalimantan), est devenu la première victime des exploitants forestiers. L'an dernier, il a représenté 88% des quelque douze millions de tonnes de bois tropicaux importées par le Japon.

Après les Philippines, puis l'Indonésie, c'est donc la Malaisie qui vide ses forêts pour alimenter l'industrie japonaise. Les importateurs de bois nippons lorgnent maintenant vers la Nouvelle-Zélande et même la forêt amazonienne, lorsque la Malaisie, à son tour, devra déclarer forfait...

Mr Mikhail Gorbatchev a prononcé, mardi matin 19 septembre, le discours d'ouverture de la session plénière du comité central du PC soviétique principalement consacrée au problème des nationalités. Retardé à plusieurs reprises, ce plénum est saisi d'un document qui énonce les principes de " la politique nationale du parti " et vise à accroitre l'autonomie des Républiques soviétiques, notamment dans le domaine économique. Le comité central a, d'autre part, fixé au mois d'octobre 1990 la date du prochain congrès ordinaire du parti.

Comme le Québec est représenté à Paris sans être pour autant sorti du Canada, l'Estonie pourrait bientôt l'être en Finlande ou l'Arménie en France, tandis que telle ou telle autre des Républiques soviétiques demanderait son adhésion à l'UNESCO ou au Bureau international du travail.

Ce " droit d'entrer en relations avec des Etats étrangers et organisations internationales " est en effet défini par le document sur " la politique nationale du parti " que le comité central soviétique examinait, mardi 19 septembre, comme l'une des " caractéristiques inaliénables de la souveraineté " de chacune des quinze Républiques de l'URSS.

Très novateur sur bien d'autres points encore, ce texte ne va pour autant pas résoudre le nombre toujours croissant de conflits de nationalités qui secouent le pays. Mardi matin encore - quelques heures, donc, avant l'ouverture du plénum, - la Pravda publiait en première page une " correspondance alarmante " protestant contre le blocus ferroviaire et routier imposé à l'Arménie, depuis un bon mois, par l'Azerbaidjan.

Signé par l'ensemble des correspondants de la presse centrale à Erevan, cet article a révélé à l'URSS que non seulement les réserves de papier s'épuisent en Arménie et que les journaux ne pourront plus y paraitre dès jeudi, mais que la République va également manquer, bientôt, de nourriture et de combustible et qu'elle ne peut, d'ores et déjà, plus exporter vers le reste de l'Union.

Plus encore, peut-être, que les massacres de l'année dernière, ce blocus illustre la situation de quasi-guerre civile dans laquelle s'enfonce la Transcaucasie, où des mouvements de grève secouent parallèlement la République autonome d'Abkhazie, qui demande à ne plus dépendre de la Géorgie.

Signe de l'inextricable complexité de ces problèmes de territoires et d'allégeance dans lesquels on se jette à la figure dix ou vingt siècles d'Histoire, la centaine d'organisations démocratiques réunie depuis samedi à Léningrad n'est toujours pas parvenue à adopter de résolution sur cette question nationale. Là, l'accord n'était, lundi soir encore, pas possible, alors qu'il n'a pas été fait problème pour demander l'abandon des dispositions constitutionnelles sur le " rôle dirigeant du parti " et l'instauration d'un système de propriété privée, de démocratie parlementaire et de multipartisme.

Les prochaines résolutions du comité central réussiront donc d'autant moins à instaurer la concorde que le document de travail qui lui est soumis ne prend position sur aucun de ces conflits dont il ne fait que... dresser la liste en souhaitant la solution. Quant à la future répartition des pouvoirs entre Moscou et les républiques, entre l'union et ses composantes, bien que traitée, elle, à fond, elle fait beaucoup plus l'objet d'une énonciation de principes que de mesures concrètes.

Compromis laborieusement trouvé entre la réalité des rapports de forces locaux, la crispation des conservateurs et l'ouverture des réformateurs, ce texte se contente en effet d'officialiser ce qui était déjà acquis ou virtuellement irréversible. Il n'en reste pas moins que cette officialisation va considérablement accélérer le processus d'autonomisation et de différenciation des Républiques. Celles - les pays baltes surtout - qui s'étaient déjà considérablement affirmées vont aller maintenant très vite vers la souveraineté. Celles qui n'avaient pas encore bougé vont être encouragées à le faire. Et toutes vont finalement être, à leurs risques et périls, contraintes de prendre leurs responsabilités dans les domaines économique et social.

Car si l'ensemble des dirigeants soviétiques ont, en dix-huit mois seulement, pu se mettre d'accord pour déclarer que seuls les fondements du système politique, la défense, la sécurité et la politique extérieure du pays étaient de la compétence de l'Union, c'est que Moscou a tout intérêt aujourdhui - en pleine crise - à diluer les responsabilités économiques.

Après que cette crise eut été créée par l'instauration, imposée, de l'économie que l'on sait, il y a là à la fois un cynisme absolu et un redoutable défi pour les élites locales qui vont se dégager des prochaines élections républicaines. Le cadeau est empoisonné, mais il offre, pourtant, dans le même temps, des perspectives totalement nouvelles aux Républiques qui se voient reconnus " tous les droits conformes à leur statut d'Etats souverains ", c'est-à-dire, notamment celui de " résoudre tous les problèmes de la vie politique et sociale, à l'exception de ceux qu'elles remettent, de leur gré (voir paragraphe précédent), à la compétence de l'Union ".

Par rapport à une situation où les instances républicaines relevaient de la mauvaise farce et où rigoureusement tout se décidait à Moscou, le changement est radical - et ses implications logiques, détaillées par le document, fondamentales. Car non seulement les Républiques se voient en conséquence accorder le droit à l'autonomie de gestion, mais elles récupèrent le droit de propriété sur leurs ressources naturelles, leur sol et leur sous-sol, vont pouvoir négocier avec l'Union la propriété de leurs infrastructures et appareils productifs et auront la possibilité, surtout, de " choisir leurs méthodes économiques et leurs formes de gestion ".

Si demain - et on en voit les prémices dans les pays baltes - une République décide qu'il est mieux pour elle de réduire le secteur d'Etat (désormais, partiellement en tout cas, sa propriété), elle en aura autrement dit le droit.

Droit théorique, certes, qu'il lui restera à imposer, mais droit tout de même, dont la définition précise, puis l'application dépendront, comme en toute période de mutation historique, des rapports de forces, du lieu et du moment. Or ces rapports de forces penchent toujours plus vers les Républiques et à Moscou même, les réformateurs de l'équipe Gorbatchev sont partisans de laisser les Républiques trouver leur équilibre jusqu'à ce que se redéfinisse, chemin faisant, l'Union soviétique d'après demain.

C'est une dynamique qui s'ouvre maintenant et c'est la raison pour laquelle les très nombreux flous, trous et embûches de ce texte ont beaucoup moins d'importance que le simple fait de la reconnaissance officielle du principe de souveraineté et de la nécessité du transfert de propriété qu'il induit.

Il laisse pendants de nombreux problèmes explosifs et s'oppose directement aux mouvements nationalistes sur la question des restrictions apportées aux droits civiques des citoyens soviétiques fraichement installés dans une nouvelle République. Il crée même de nouvelles sources de conflits en affirmant les pouvoirs et l'autonomie des Républiques, régions et territoires autonomes des différentes Républiques fédérées avec lesquels Moscou conclut ainsi une alliance en se faisant leur défenseur.

En clair, le pouvoir central joue là les vassaux des vassaux contre les vassaux. Ce sera mal pris comme sera vue avec inquiétude la lente émergence d'une organisation propre aux communistes russes qui ne disposent jusqu'à présent pas de leur parti à eux, confondu avec celui de l'URSS. Les Républiques périphériques montent en puissance, mais, parallèlement - le contraire eût été injustifiable, - la Russie aussi.

Contradictoire, complexe et encore indéfini, le changement est total, - y compris pour les peuples dispersés, les juifs notamment, qui pourront désormais avoir leurs assemblées représentatives.

Un colloque européen sur la coopération entre syndicats et recherche est organisé les 27 et 28 septembre par le laboratoire d'économie et de sociologie du travail du CNRS. Les relations professionnelles, la participation ou les nouvelles technologies feront partie des thèmes analysés en présence de chercheurs tels que MM Alain Touraine ou Renaud Sainsaulieu.

Renseignements : Viviane Bernadac : 91-91-36-72.

A l'occasion de l'inauguration d'une Maison de la France à Séoul, Mr Olivier Stirn, ministre du tourisme, a annoncé, le lundi 11 septembre, que les gouvernements français et sud-coréen étaient convenus de supprimer l'obligation réciproque du visa pour leurs nationaux. Le tourisme français souhaite profiter de l'émergence économique du Pays du matin calme.

Mr Olivier Stirn ne voulait pas rater la Corée du Sud. " Nous n'avions pas cru au Japon, reconnait-il, et nous nous sommes fait distancer dans le domaine du tourisme comme dans d'autres secteurs industriels et financiers. C'est pourquoi, lorsque notre représentant au Japon m'a signalé un potentiel important de touristes en Corée du Sud, j'ai décidé que la vingt-huitième Maison chargée de la promotion de la France à l'étranger serait installée à Séoul. "

Les astres semblent tout à fait favorables à cette entreprise si l'on en croit la note rédigée par Mr Hubert de La Fortelle, ambassadeur de France à Séoul. Celui-ci y rappelle que le Sud-Coréen sortait peu du territoire national. L'obtention d'un passeport était soumise à des conditions d'âge et de virginité politique draconiennes. Il était mal vu de rapporter de l'étranger des produits et des souvenirs auxquels la douane appliquait des taxes prohibitives.

Le retournement est spectaculaire. On dénombrait, en 1987, 460 000 départs à l'étranger de Sud-Coréens, 700 000 en 1988, et l'on parle de 1,5 million pour l'année 1989. Il faut dire que depuis le 1er janvier dernier les ultimes barrages administratifs ont sauté : tout le monde peut obtenir un passeport à condition d'avoir satisfait à ses obligations militaires, et chaque voyageur peut, désormais, emporter jusqu'à 66 000 F.

Bien sûr, en tant que destination de voyage, l'Europe reste marginale, 69 % des Sud-Coréens choisissant de visiter en priorité l'Asie. Pourtant, pour ce qui concerne l'Europe, la France y occupe la première place, avec 40 000 touristes en provenance de Séoul. C'est peu, comparé aux 800 000 visiteurs japonais en France, mais l'effectif sud-coréen est en croissance rapide, et Air France a réalisé au cours des huit premiers mois de 1989 80 % de passagers supplémentaires entre Séoul et Paris par rapport à la période correspondante de l'année précédente.

Pourquoi cet engouement? L'image traditionnellement forte de Paris attire bien sûr grâce à ses connotations culturelles et à la " mode ". Jouent également la francophilie et la francophonie des Sud-Coréens, puisque 400000 lycéens apprennent le français. Enfin, Mr Olivier Stirn attribue une part de la forte attraction de la France à la présence des missionnaires français en Corée depuis deux siècles. "Les 9 ou 10 millions de chrétiens - sur une population de 42 millions d'habitants - sont de plus en plus intéressés à visiter Jérusalem, Rome et Paris." La France, "fille ainée de l'Eglise", et la France des droits de l'homme séduisent toutes deux les catholiques coréens, longtemps persécutés.

Au cours de son voyage officiel de trois jours en Corée du Sud, Mr Olivier Stirn a donné le coup d'envoi d'une politique de longue haleine qui pourrait porter, d'ici à la fin du siècle, à 200000 le nombre de touristes coréens en France.

En préalable, il a annoncé le 11 septembre la suppression du visa exigé des ressortissants sud-coréens depuis la poussée terroriste en France de septembre 1986. Le gouvernement de Séoul avait été profondément vexé que les Japonais soient les premiers Asiatiques dispensés de cette formalité. Mr Stirn a donc apporté la bonne nouvelle.

Le ministre du tourisme a inauguré le même jour en compagnie de Mr Kim Chang-keun, ministre sud-coréen des transports, la Maison de la France, premier office de tourisme d'un pays européen à Séoul. Cette antenne disposera en 1990 d'un budget de promotion pour persuader les agents de voyages, les journalistes et, au bout du compte, la clientèle que la France mérite qu'on s'y arrête plus qu'un ou deux jours et qu'au-delà de Paris et de la tour Eiffel les châteaux de la Loire et Lourdes valent le détour.

MM Stirn et Kim sont convenus que leurs services prépareraient pour l'année prochaine un accord de coopération qui pourrait prévoir des échanges de spécialistes du tourisme dans le cadre d'une formation, des transferts de technologies et la mise sur pied de filiales communes ayant vocation à exporter dans le reste de l'Asie des produits hôteliers et touristiques.

Pour que cette approche réussisse, il reste au ministre français à persuader les patrons du Club Méditerranée ou des Wagons-Lits, les groupes du bâtiment, des travaux publics et de l'immobilier de loisirs, comme Bouygues, SPIE ou Brémond, que la Corée du Sud est un jeune Japon qui mérite toute leur attention.

Ainsi la France pourrait-elle accroitre sa présence économique et technique par un effet de boule de neige où le TGV d'Alsthom, les sonars de Thomson, les remontées mécaniques de Pomagalski, les architectes d'Aéroports de Paris, les " G.O. " du " Club " et les visiteurs sud-coréens du château de Versailles auraient chacun leur part. Histoire de rééquilibrer une balance commerciale obstinément déficitaire (3 milliards de francs en 1988) au détriment de la France et d'apprivoiser durablement l'un des " dragons " économiques de l'Asie.

La perestroika permettra-t-elle de réformer la psychiatrie en Union soviétique, fréquemment détournée, notamment au cours des années 70, à des fins de répression à l'encontre des opposants au régime ? La presse soviétique dénonce aujourd'hui avec vigueur le rôle abusif des psychiatres, et de nombreux articles n'hésitent pas à mettre en cause les responsables actuels. L'URSS vient de demander sa réintégration au sein de l'Association mondiale de psychiatrie. Cette demande sera examinée le 17 octobre, à Athènes, à l'occasion du congrès mondial de psychiatrie.

L'Union soviétique, principal fournisseur d'armes à la Syrie, envisage de réduire son aide militaire à ce pays, a laissé entendre, lundi 18 septembre, l'ambassadeur d'URSS à Damas, Mr Alexandre Zotov. Les demandes syriennes en matière d'aide militaire pour les cinq années à venir " sont examinées de manière très critique, et, s'il y a des changements, ils se feront dans le sens d'une réduction ", a-t-il dit à Moscou, ajoutant : " D'autant plus que les capacités de paiement du gouvernement syrien ne sont pas illimitées. "

Le camp chrétien libanais va de désillusion en désillusion. Après avoir fait volte-face et s'être finalement aligné sur les thèses syriennes dans un plan de règlement de la crise libanaise qui ne mentionne plus le rôle de Damas dans cette crise (le Monde du 19 septembre), le comité tripartite arabe (Algérie, Maroc, Arabie saoudite) a rendu public un nouveau document que les dirigeants ainsi que la population du " réduit " chrétien ont ressenti comme un coup de massue. Ce texte, diffusé à Riyad, définit non seulement les réformes institutionnelles en vue de rééquilibrer les pouvoirs entre les communautés dans un Liban réunifié, mais évoque surtout les conditions de stationnement des troupes syriennes dans le pays du Cèdre.

Concernant les réformes institutionnelles, le document du comité arabe n'apporte rien de bien nouveau. Il consacre néanmoins une nette diminution des pouvoirs du président de la République chrétien au bénéfice du président du conseil musulman, restaure une autorité centrale tout en admettant une décentralisation administrative, et procède à une répartition entre chrétiens et musulmans des sièges du Parlement, portés à 128, dispositions plus ou moins contenues dans la quasi-totalité des projets de réforme.

Cela étant, ayant proclamé la souveraineté de l'Etat libanais ainsi réconstitué sur tout le territoire national, il définit ses rapports avec son voisin syrien, en particulier en ce qui concerne la présence de l'armée syrienne au Liban, spécifiant expressément à ce sujet : " Les forces syriennes - qu'elles en soient remerciées - aideront les forces légales libanaises à étendre l'autorité de l'Etat libanais au cours d'une période maximum de deux ans commençant après l'approbation du document de l'entente, l'élection d'un chef de l'Etat, la formation d'un cabinet et l'approbation constitutionnelle des réformes. A la fin de cette période, le gouvernement syrien décidera, en accord avec le gouvernement libanais, le regroupement des forces syriennes dans la Bekaa et à l'entrée de la Bekaa-Ouest, à Dahr-el-Baidar, jusqu'à la ligne Hammana-Mdeirej-Ayn-Dara, ainsi que dans d'autres points. Un accord prévoyant le volume de ces forces et la durée de leur présence dans ces régions sera signé. "

Face à ce retournement, dont on ne parvient pas à s'expliquer ici les causes de la part d'un comité qui avait commencé par entrer en conflit ouvert avec la Syrie pour avoir tenu tête à Damas, le général Aoun, premier ministre en secteur chrétien cherche, manifestement, à souscrire au volet sécuritaire immédiat - cessez-le-feu et levée du blocus, - qu'il ne peut se permettre de rejeter, tout en demandant des garanties, écrites croit-on savoir, du comité arabe en ce qui concerne le retrait syrien. Mais, à vrai dire, telles que définies dans le document de Riyad, même assorties de garanties écrites arabes, les conditions de ce retrait peuvent-elles être acceptées par le général et même par le reste du camp chrétien ?

Après avoir rencontré, lundi, une première fois le général Aoun, qu'il devait revoir le lendemain, l'émissaire du comité, Mr Lakhdar Ibrahimi, a jugé ces entretiens " utiles et positifs ", ajoutant : " Donnez-moi deux ou trois jours ", mais qualifiant de " provocantes ", en refusant d'y répondre, toutes les questions concernant l'armée syrienne au Liban. Patient négociateur, Mr Ibrahimi va des uns aux autres - dans les deux secteurs de Beyrouth - à longueur de journée. Ses négociations les plus significatives se déroulent en secteur chrétien où, en sus du général Aoun, il a rencontré en quarante-huit heures le patriarche maronite, Mgr Sfeir, le secrétaire général des affaires étrangères, Mr Farouk Abillama, le chef des forces libanaises (milice chrétienne), Mr Samir Geagea, et le président du Parti phalangiste et du Front libanais, Mr Georges Saade.

Ses interlocuteurs se sont abstenus de commenter le projet du comité que leur soumettait Mr Ibrahimi. Mais, dans l'entourage de la plupart d'entre eux, circulent les qualificatifs " inacceptables ", " absurdes ", " ahurissants ".

Cependant, Beyrouth continue d'être soumise à des bombardements sporadiques qui ont fait, lundi, dix-huit morts dans un immeuble - servant de dépôt de munitions - de la banlieue sud (chiite) de la capitale, touché par deux obus tirés du secteur chrétien.

- Une délégation du Parti communiste est-allemand (SED) devrait arriver lundi 25 septembre à Stuttgart pour une visite de quatre jours dans le Land de Bade-Wurtemberg, à l'invitation de la direction locale de SPD. Cette délégation devrait être conduite par Mr Hans Modrow, ancien chef du parti pour la région de Dresde, membre du comité central du SED. Mr Hans Modrow est généralement considéré comme partisan d'une politique de réformes ; son nom est fréquemment cité dans la presse ouest-allemande au sujet de la succession de Mr Honecker.

Le conflit afghan traine en longueur. Chaque camp continue de s'armer (le Monde du 15 septembre), l'aide américaine se renforçant pour compenser l'appui massif accordé par Moscou au régime allié de Kaboul. Ce dernier, qui a résisté bien mieux que prévu au départ des soldats soviétiques, joue habilement des dissensions politiques et tribales au sein de la résistance.

De lourds camions chargés de roquettes freinent dans un vacarme d'essieux fatigués et de tôles bringuebalantes. Un nuage de poussière et de fumés d'échappement enveloppe les familles qui, juchées depuis plusieurs centaines de kilomètres sur ce feu d'artifice ambulant, s'extraient péniblement de leur monture. Des baluchons s'écrasent au sol où les rejoignent bientôt des enfants aux traits mongoloides qui étaient assis à califourchon sur les obus. Débonnaires, les soldats qui gardent l'entrée de la nouvelle route du Nord laissent passer cette troupe hétéroclite et grise de poussière.

Loin de fuir des combats, ces villageois viennent à Kaboul pour faire du commerce : les lourds sacs que portent sur leur dos quelques vieillards secs et solides en témoignent. Le trafic ne faiblit pas : les civils viennent des provinces de Parwan, Baghlan et Kundunz, les camions militaires, d'Union soviétique. Cette route caillouteuse mène à Baghram, une localité distante d'environ 55 kilomètres de la capitale. Là elle rejoint l'ancienne route qui aboutit au tunnel de Salang.

Tracé en terrain découvert pour éviter les embuscades, ce parcours est parallèle à l'ancienne route. Les abords immédiats de celle-ci sont en effet tenus par les groupes du Hezb-I-Islami de Mr Gulbuddin Hekmatyar, eux-mêmes encadrés, mais à une certaine distance, par ceux de Massoud, commandant charismatique du Jamiat-I-Islami. Nul ne sait exactement quels types de compromis sont conclus entre les représentants du gouvernement de Kaboul et la " résistance " mais une chose est sûre : ces accords, pour le moment, perdurent, favorisant sans discontinuer le ravitaillement de la capitale.

L'hiver prochain, si la nouvelle route est asphaltée avant les neiges, ce sera un atout majeur pour le ravitaillement de Kaboul. Entre Salang et la capitale afghane, la politique de " réconciliation nationale " bat son plein : des " petits " commandants déposent les armes contre espèces sonnantes et trébuchantes parfois, souvent par lassitude et de toute façon pour une durée indéterminée.

Le Kabul Times annonce quotidiennement que des " centaines " d'opposants se rallient : trente-cinq groupes représentant plus de quinze mille combattants se seraient ainsi rendus depuis six mois. Ils conservent la plupart du temps leurs armes, " grade " et prérogatives, et pour ceux qui le souhaitent, rejoignent le front... à Khost. Du moins est-ce ainsi que le général Abdul Haq Ulumi, secrétaire du Conseil suprême de défense et responsable militaire au comité central du PDPA (Parti démocratique du peuple afghan), présentait les choses il y a quelques jours.

Peu de temps avant, Mr Najmuddin Kawyani, membre du bureau politique du PDPA, avait dit la même chose : " Nous donnons aux commandants les privilèges de notre armée et nous leur demandons une seule chose, qu'ils cessent le feu et qu'ils préservent la sécurité de leur propre zone. La plupart d'entre eux sont en contact avec Kaboul. En pratique, 80 % des commandants ne combattent plus contre nous. "

Propagande ? Pas seulement : le dialogue, même s'il est éparpillé et s'il se déroule à des niveaux encore non significatifs (aucun " grand " commandant ne s'est encore rallié), a été noué depuis longtemps. " Oui, des accords existent ", a récemment indiqué le président Najibullah, évoquant les " petits pas " d'une politique tournée tant en direction des chefs militaires que des partis politiques ayant pignon sur rue à Peshawar. Et Mr Youli Vorontsov, qui vient de quitter son poste d'ambassadeur d'Union soviétique à Kaboul, avait confirmé : " Ils se parlent. "

La route du Nord Est, en ce sens, instructive. Au-delà du tunnel de Salang et presque jusqu'à Mazar-I-Sharif commence une région où la " réconciliation nationale " a pris des aspects spécifiques : depuis plus de deux ans, rares ont été les combats qui se sont déroulés dans les provinces de Baghlan et de Samangan. Dans la première notamment, la communauté ismaélienne (rameau chiite) veille au maintien d'une " paix à l'afghane ". A la tête de milices regroupant plus de sept mille hommes, Said Mansour Nasseri, chef militaire, et Sayed Saadi, chef politique de la secte ismaélienne, ont les meilleurs rapports avec les Soviétiques. Les convois venant d'URSS traversent sans encombre toute cette partie nord de l'Afghanistan.

La communauté ismaélienne entretient d'autre part d'excellentes relations avec les groupes de la résistance non chiite. A Kaboul, elle a ses représentants au gouvernement, et sa fidélité est régulièrement alimentée par des dons financiers, des armes et des munitions. En un sens cette région est donc pacifiée. Plus à l'ouest, dans le Hazarajat, le gouvernement de Kaboul tente d'obtenir le même type de paix armée au prix de concessions politiques voire territoriales importantes.

L'URSS encourage une politique qui tend à rétablir le calme sur sa frontière, quitte à jouer éventuellement double jeu : en entretenant un foyer de tensions ethniques contre le pouvoir central (chose presque naturelle ici), les Soviétiques se donnent un moyen de pression supplémentaire sur le régime de Kaboul, au cas où ... la " réconciliation nationale " ce concept aux contours encore un peu flous, s'exerce aussi à l'intérieur du régime du PDPA et sur ses marges.

Au lendemain de la proclamation de l'état d'urgence (le 18 février dernier), trois cents personnes ont été arrêtées à Kaboul dans la plus grande discrétion. Ils représentaient les chefs d'un mouvement semi-clandestin, le Kaja (Jeunes communistes d'Afhanistan). Trois mois plus tard, 285 d'entre eux, qui avaient accepté de rejoindre le " Front national ", ont été libérés. Parmi les quinze irréductibles restés en prison, le chef du mouvement, Mr Sofichena. Formation d'extrême gauche contrôlée par les Soviétiques, issue d'une scission de la fraction Khalq du PDPA, ses membres (sans doute près de six cents personnes il y a encore quelques mois) sont originaires du Nord (région de Mazar-I-Sharif et d'ethnies tadjik et ouzbek.

Fortement implanté au sein de l'armée, il ne fait pas de doute que le Kaja aurait été le fer de lance d'un coup d'Etat si, au moment du départ de leurs troupes d'Afghanistan, les Soviétiques avaient décidé de remplacer le président Najibullah. Cette hypothèse ayant été - momentanément ? - écartée, les dirigeants du Kaja ont eux aussi accepté de taire leurs divergences. Ce compromis pourrait trouver sa rétribution dans le prochain remaniement du gouvernement, plusieurs postes étant sans aucun doute confiés aux " ex-gauchistes ".

Le Front national est une structure d'accueil : le Setam-E-Milli (devenu le Saza), organisation politique à forte connotation ethnique, constitue un autre exemple de ralliement monnayé : armées et financées par le gouvernement, les milices du Saza permettent de " fixer " ou tout au moins de gêner les groupes de Massoud dans le Nord alors que les deux camps sont d'une même origine tadjik.

Du nord-ouest (avec les groupes " iraniens " hazaras) au nord-est, cette politique de paix successives, qui sert les intérêts de Kaboul, a l'avantage de créer une sorte de couloir sanitaire le long de la frontière soviétique. Désormais, beaucoup plus sûr de lui, le président Najibullah va probablement refaire une tentative d'ouverture politique. La proclamation de l'état d'urgence avait mis un terme à un premier essai infructueux (les ministres non membres du PDPA avaient été remplacés par des gens du parti) parce que, face à ce que l'on pensait être une offensive des Moudjahidines sur Kaboul, il était urgent de serrer les rangs.

Aujourd'hui, alors que l'image de marque de la résistance est sérieusement ternie (échecs militaires et divisions fratricides), le moment est peut-être venu, estime-t-on à Kaboul, de lancer de nouvelles offres aux formations politiques de Peshawar même si celles-ci sont de plus en plus déconsidérées, y compris par une politique américaine visant à livrer armes et munitions directement aux commandants militaires. Cet émiettement politique de la résistance favorise les desseins de Kaboul.

Dans la capitale afghane, les rumeurs courent de plus belle sur les contacts entre le gouvernement et ce qu'il est désormais convenu d'appeler l'"opposition " ; un fils du Pir Gaylani, chef du NIFA - formation traditionaliste et royaliste, - se serait rendu il y a environ un mois et demi à Kaboul pour y rencontrer le président Najibullah et discuter du rôle politique futur de l'ex-roi Zaher Shah. Entrevue facilitée par les liens ethniques existant entre Pashtouns de la tribu Durrani (1). De son côté, Mr Gulbuddin Hekmatyar aurait eu des contacts " secrets " dans la " banlieue " de Kaboul avec des membres de la fraction Khalq du PDDA ; là aussi une solidarité pachtoune (celle-ci, en l'occurrence, entre Ghilzais) entrerait en ligne de compte : tout plutôt que de redonner le pouvoir aux Durranis qui l'ont monopolisé pendant plusieurs siècles.

Le président Najibullah utilise les ramifications multiples que permet la carte ethnique de l'Afghanistan et s'appuie sur les minorités proches du pouvoir (les membres du Khad, les services secrets qui constituent le fer de lance du régime sont la plupart issus de minorités, notamment tadjik). " Il y a des tractations à tous les niveaux, reconnait Mr Habibi, le président du Sénat, et tout spécialement avec les milieux royalistes. "

A Kaboul une " commission de médiation " a été créée, dont le rôle est justement de lancer des " ballons d'essai ". Son président est Mr Mohammad Asghar, ancien doyen de l'Université et ancien ministre de la justice du roi. Agé de soixante-quinze ans, il jouit d'une certaine réputation d'indépendance, ce qui n'est pas le cas des quelque quatre-vingts membres de la commission dont la nomination a été ratifiée par Mr Najibullah. Dans les milieux intellectuels, on parle aussi de la mission exploratoire dont serait chargé un personnage à la réputation douteuse, Mr Amanullah Rasul, membre de la famille royale et homme d'affaires qui n'hésite pas à traiter avec le régime.

Les intellectuels de Kaboul hostiles au PDPA se sont regroupés en association et préparent, eux aussi, leur plan de paix. Leurs propositions représentent une solution " à l'afghane " et posent en préalable la démission de l'actuel gouvernement. Les membres de l'Association islamique et nationale des partisans de la liberté de l'Afghanistan n'excluent personne si ce n'est " environ cinq cents membres du PDPA qui doivent être écartés ".

Comme beaucoup d'acteurs et de témoins de la crise afghane, un haut fonctionnaire de l'époque du roi manifeste ainsi sa confiance en l'avenir : " En Afghanistan tout se termine toujours par une réunion de tribus. "

" Le TGV Atlantique est-il un prolongement du TGV Sud-Est ou bien une nouvelle étape pour la grande vitesse ferroviaire ?

- Il représente une nouvelle et importante étape. Le matériel appartient à une autre génération ; il est équipé d'un moteur plus performant ; il roule plus vite ; il est plus économe en énergie. Nous l'avons conçu de telle sorte que le voyageur ait le choix de l'espace qui lui convient, de l'intime au plus convivial.

" D'autre part, le TGV Sud-Est n'est plus seul. Nous disposons, désormais, d'une amorce de réseau qui couvrira peu à peu le territoire national. En septembre 1990, le TGV Atlantique desservira Tours et Bordeaux. Nous engageons maintenant le chantier du TGV Nord, qui doit relier, en 1993, Paris, Londres et Bruxelles. En 1994, la ligne Sud-Est contournera Lyon par l'est et, en Ile-de-France, la voie d'interconnexion mettra en communication les lignes Sud-Est, Atlantique et Nord, autorisant des dessertes rapides et commodes de province à province.

" Il est raisonnable d'espérer que nous réaliserons, un jour, le TGV Est vers Strasbourg et que nous prolongerons la voie Sud-Est vers la Méditerranée, Marseille et Nice d'un côté, Montpellier, Perpignan et l'Espagne de l'autre. Nous discutons, en ce moment, avec le gouvernement et les régions concernées, d'un schéma directeur des trains à grande vitesse, qui sera soumis, d'ici à la fin de l'année, à une procédure de consultation officielle. Ce schéma présentera les liaisons possibles, avec leur coût et une évaluation de leur rentabilité, mais sans échéancier. Mon ambition est de conserver à la SNCF sa première place en Europe, que ce soit en termes de vitesse ou d'étendue du réseau.

- La SNCF assimile-t-elle la nouvelle culture que représente la grande vitesse ?

- Elle comprend de mieux en mieux que le TGV n'est pas un système marginal, mais qu'il représente l'amorce d'une recomposition d'ensemble de ses dessertes voyageurs. Notre projet de plan d'entreprise (1990-1994) prévoit qu'en 1994 plus de 50 % de notre clientèle circulera sur des lignes à grande vitesse. Il est vrai que l'arrivée du TGV dans une région nous oblige à bien articuler le nouveau système sur le réseau classique. Après tout, le TGV Sud-Est roule sur quelque 400 km de voies nouvelles et sur 2 000 km de voies anciennes. Le TGV nous a permis d'électrifier la ligne Lyon-Grenoble, celle de la Tarentaise, Rennes-Brest et Poitiers-La Rochelle. Le Nord se prépare à en faire autant. On saisit encore mal ces avantages dans l'entreprise. Je pense qu'ils deviendront progressivement plus tangibles et que l'on constatera alors que ces évolutions ne sont pas des abandons.

- On entend déplorer, à l'intérieur et à l'extérieur de l'entreprise, que la direction mette en place une SNCF à deux vitesses, avec un réseau TGV très avantagé et un réseau classique en cours de dégradation en quantité et en qualité. Qu'en pensez-vous ?

- Ce n'est pas notre politique. Bien sûr, la vitesse est essentielle ! Elle figure au premier rang des orientations de notre projet de plan d'entreprise, mais y figurent aussi l'amélioration des transports de la vie quotidienne, autrement dit, nos missions de service public en zones urbaines, et le maintien de notre activité dans le fret.

" Nous prévoyons d'investir 76 milliards de francs en cinq ans. Sur ce total, la moitié ira au réseau classique. Il y aura 9 milliards de francs d'investissements dans la région parisienne. C'est dire que nous n'avons pas d'yeux que pour le TGV !

- Pourtant, la mise en service d'un TGV s'accompagne à terme de réductions de certains services, de fermeture de gares. Les bénéfices du TGV ne pourraient-ils être aussi affectés au maintien du service public et à l'aménagement du territoire ?

- Je suis juriste de formation et je rappelle que le service public présente deux caractéristiques en droit français : la continuité, mais aussi l'adaptabilité en fonction des besoins recensés. Quand une classe rurale compte moins de quinze élèves, on la ferme pour en créer une autre en zone urbaine où les effectifs par classe sont pléthoriques. Il est légitime de s'interroger sur le maintien de certaines dessertes dont la fréquentation n'est pas suffisante pour justifier l'usage du train. En revanche, nous devrons renforcer nos liaisons sur le pourtour des grandes villes. Nous créerons, en deux ans, cinq cents emplois et nous investirons, en trois ans, 300 millions de francs pour accompagner l'effort de l'Etat destiné à rendre plus sûrs les trains de la banlieue parisienne. Adapter l'outil est de saine politique et porteur d'avenir.

- Les suppléments de prix du TGV Atlantique suscitent des critiques. Comment se justifient-ils ?

- S'agissant d'un service qui représente une amélioration spectaculaire sur le plan de la rapidité, de l'accueil, du confort et de la fréquence, il n'est pas anormal qu'il soit payé plus cher. Le TGV Sud-Est a connu une hausse du prix kilométrique, mais comme cette ligne à grande vitesse était plus courte, nous avons pu maintenir le prix global, si bien que la clientèle n'a pas ressenti cette augmentation.

" Sur la ligne atlantique, où les distances restent les mêmes, il y aura une différence de prix. Mais elle demeure très raisonnable : 16 F en seconde, correspondant au trajet sur ligne nouvelle. Si l'on ajoute la réservation qui devient obligatoire, soit 13 F, cela fait une somme de 29 F, identique quelle que soit la distance. Plus on ira loin, en Bretagne par exemple, moins cette somme pèsera par rapport au prix du train classique.

" Il est vrai que sur certains trains particulièrement demandés - un tiers environ, - le supplément grande vitesse, appelé Resa 300, sera d'un montant plus élevé. Il s'agit d'encourager les voyageurs à choisir des trains moins pleins. Ce système n'est pas nouveau : il existe déjà sur certains trains classiques circulant aux heures de pointe. Je souligne qu'il ne concernera pas les deux tiers des TGV Atlantique.

L'équilibre en 1989...

- En attendant de rapporter beaucoup d'argent à la SNCF, le TGV contribue, dans un premier temps, à accroitre une dette déjà impressionnante. Ce train peut-il être, comme on l'a espéré, l'instrument de votre redressement financier ?

- Le TGV a un effet bénéfique dans nos comptes. Le contrat de plan en cours nous avait assigné le retour à l'équilibre en 1989. Nous devrions y parvenir.

" Nous discutons avec l'Etat le nouveau contrat de plan en souhaitant faire de la SNCF une entreprise vraiment autonome, qui ne recevra des concours de l'Etat que pour couvrir les charges qui lui seront imposées. Cela suppose que soit réglé le problème de notre endettement.

" Il est anormal que la SNCF ait dû emprunter à certaines époques pour combler ses déficits. Je souhaiterais que nous soyons déchargés de ce fardeau financier qui représente une quarantaine de milliards de francs sur un endettement total qui atteindra 100 milliards de francs à la fin de cette année. Plusieurs formules sont possibles. L'Etat fédéral ouest-allemand est en train d'annuler 42 milliards de francs de la dette de la Bundesbahn, et l'Etat japonais a pris à sa charge l'énorme endettement - qui excédait 1 000 milliards de francs - des chemins de fer nippons avant de les privatiser. Nous en parlons avec nos ministères de tutelle.

- Comment financerez-vous vos futurs TGV ?

- Nous étudions un mode de financement qui ne pèserait pas sur le volume de notre dette, comme le leasing, et qui nous éviterait l'inconvénient d'un lourd déficit pendant les premières années de fonctionnement de la nouvelle infrastructure.

- La modernisation sociale de la SNCF semble progresser moins vite que les rails des TGV. Pourquoi ?

- Nous essayons de les faire avancer de conserve. Il existe certes à la SNCF des pesanteurs ou des crispations qui ne disparaitront pas en un jour. Nous progressons pourtant. L'accord salarial de décembre 1988 a constitué une avancée reconnue par un grand nombre de cheminots. La décentralisation avance elle aussi. Nous souhaitons ouvrir dès le début de l'année 1990 des discussions sur la modernisation de notre système de rémunération. Nous sommes prêts à discuter de l'intéressement avec les organisations syndicales. Je souligne enfin que, pour la première fois dans l'histoire de la SNCF, un plan d'entreprise est actuellement soumis à la concertation de l'ensemble du personnel. Il est clair que l'avenir de la SNCF ne peut se construire qu'avec les cheminots. La politique sociale fait partie intégrante de nos options stratégiques.

- La rame prototype du TGV Atlantique a approché plusieurs fois - mais officieusement - les 410km/h sur la ligne Sud-Est. Quand la SNCF reprendra-t-elle à la Bundesbahn le record du monde de vitesse sur rail qui est de 406,8km/h ?

- Ma préoccupation est que le TGV Atlantique fonctionne parfaitement ; qu'il procure à ses voyageurs la vitesse, la régularité, la fiabilité, la sécurité et le confort qu'ils sont en droit d'attendre de ce train magnifique. Pour le reste, nous verrons plus tard... "

Malgré la tension provoquée par l'afflux de milliers de réfugiés est-allemands en RFA et l'incertitude qui pèse sur l'avenir de la RDA, les industriels ouest-allemands restent confiants quant à l'évolution des échanges commerciaux entre les deux Allemagnes.

L'embellie amorcée en 1988 pourrait se confirmer cette année. Alors que le volume des échanges entre les deux Etats allemands n'avait cessé de se dégrader depuis trois ans - il a atteint 14,2 milliards de deutsche marks (environ 47 milliards de francs) l'année dernière, contre 16,7 milliards en 1985, - la tendance s'est renversée au premier semestre, avec une croissance de 7 % par rapport au premier semestre de 1988.

La forte demande de biens d'équipement en provenance de la RDA, qui sature un peu plus les carnets de commande à l'Ouest, permet aux industriels de RFA d'afficher un bel optimisme, notamment au vu des très bonnes performances réalisées en 1988. Selon une enquête de l'Association fédérale des chambres de commerce et d'industrie allemandes (DIHT), effectuée auprès des six cent quarante exposants ouest-allemands présents à la Foire de Leipzig, la plupart des secteurs, notamment la chimie et la sidérurgie, sont en plein boom, même au cas où pour ces industries la très forte progression de leurs livraisons à la RDA, lors du premier semestre de 1989, devrait se ralentir au cours de la deuxième partie de l'année.

Seules les entreprises spécialisées dans les biens de consommation semblent faire exception. Ainsi dans le textile, toujours selon le DIHT, les attentes des industriels n'ont été qu'en partie satisfaites, tandis que, pour l'ameublement, une amélioration ne pourra se produire que plus tard.

Satisfaction quasi générale, donc, par des contacts directs de firme à firme, rendus en partie possibles par une plus grande autonomie laissée aux combinats, les entreprises d'Etat qui régentent l'économie en RDA. Ces contacts se sont révélés payants dans des secteurs comme la protection de l'environnement ou les équipements hospitaliers, pour lesquels les Allemands de l'Est sont en demande d'assistance technique de l'Ouest dans le cadre de projets communs.

Pour la plupart des exposants, toutefois, le refus catégorique de laisser le vent de réforme qui souffle actuellement à l'Est s'engouffrer chez eux rend difficiles, voire impossibles, pour la RDA toute modernisation et donc tout rééquilibrage du commerce avec la RFA, dont elle est de plus en plus dépendante économiquement.

La liste des plaintes des firmes ouest-allemandes importatrices de biens fabriqués à l'Est est révélatrice à cet égard. Toutes se plaignent du rapide engorgement des capacités de livraison dans l'autre Allemagne ; d'un manque chronique d'adaptabilité pour répondre à l'évolution de la demande ; d'une qualité stagnante même en ce qui concerne les produits les plus performants ; et surtout d'une incapacité à innover. Elles citent comme exemple la nécessité dans laquelle se sont trouvés de nombreux combinats est-allemands, avant même l'ouverture à Leipzig du traditionnel happening d'automne entre l'Est et l'Ouest, de tailler brusquement dans leurs carnets de commandes, faute de pouvoir satisfaire la demande accrue en provenance de la RFA.

Autant de freins qui expliquent la difficulté de la RDA, longtemps considérée comme le pays le plus performant de l'Europe socialiste, à résorber son déficit commercial avec la RFA. Celui-ci n'a cessé de se creuser depuis trois ans, pour atteindre 440 millions de deutschemarks en 1988. Alors que, bon an mal an, les échanges entre les deux pays avaient toujours été excédentaires au profit de la RDA, grâce, notamment, aux largesses de Bonn. Ce qui permet à la RDA d'être quasiment membre du Marché commun, et lui fait économiser chaque année environ 1 milliard de deutschemarks.

La décision de Bonn d'accroitre, dès 1990, les multiples subventions et aides d'un montant annuel et non remboursable d'au moins 3,3 milliards de deutschemarks, dont la RDA bénéficie actuellement dans le cadre du traité de 1972 réglementant les relations interallemandes, a donc de quoi satisfaire Mr Honecker. Il est moins sûr, toutefois, que l'objectif avoué du chancelier Kohl - " Tout faire pour que le niveau de vie des Allemands de l'Est se rapproche de celui de la RFA " - se vérifie à court terme.

L'accord de coopération récemment conclu entre la Pologne et la Communauté devait être signé mardi 19 septembre à Varsovie par MM Roland Dumas, président du conseil des ministres des Douze, et Frans Andriessen, le vice-président de la Commission européenne, chargé des relations extérieures. Sa principale disposition en matière d'échanges commerciaux concerne l'élimination progressive d'ici à 1994 de la quasi-totalité des restrictions quantitatives appliquées par la CEE aux importations en provenance de Pologne.

Jeudi 14 septembre, à Strasbourg, lors du débat devant le Parlement européen, Mr Valéry Giscard d'Estaing, parlant en tant que président du groupe libéral, ainsi que plusieurs autres orateurs avaient estimé qu'il faudrait aller plus loin et offrir à la Pologne un accès au marché des Douze, comparable à celui dont bénéficient les pays de l'Association européenne de libre-échange (AELE). Mr Andriessen n'avait pas rejeté a priori une telle perspective, faisant valoir que l'accord maintenant signé devait être considéré comme un point de départ.

C'est assurément vrai en matière de coopération économique. L'accord pourra, dans bien des cas, servir de base juridique aux efforts que consentira la CEE pour appuyer la politique de redressement économique mise en Óuvre par le nouveau gouvernement polonais. Les entretiens qu'auront MM Dumas et Andriessen porteront surtout sur la forme que pourrait revêtir le concours de la CEE et, plus généralement, de l'Occident. On sait qu'une réunion de coordination, rassemblant des représentants des vingt-quatre pays de l'OCDE mobilisés pour aider la Pologne, doit se tenir sous la présidence de la Commission européenne le 26 septembre à Bruxelles.

Il s'agit là de la mise en Óuvre de l'opération "PHARE", décidée par le sommet de l'Arche. Les Polonais, si l'on en croit les informations recueillies auprès de la Commission, mettent l'accent sur quatre points : 1) l'amplification de l'aide alimentaire ; 2) une aide à la formation, combinée, le cas échéant, avec l'envoi de techniciens occidentaux ; 3) une participation communautaire ou, mieux, occidentale aussi importante que possible à la conception et à la mise en Óuvre d'un programme de développement agricole à moyen terme ; 4) la mobilisation d'une partie des intérêts de la dette extérieure polonaise pour financer les besoins d'importation du pays, ainsi que la modernisation de ses entreprises.

En juillet, au titre de l'opération "PHARE", les Douze avaient adopté un programme d'aide alimentaire de 130 millions d'ECU (910 millions de francs) portant sur 10 000 tonnes de viande bovine, 500 000 tonnes de blé, 300 000 tonnes de céréales fouragères et 20 000 tonnes d'agrumes. Les livraisons de viande, les plus urgentes selon Varsovie, ont débuté fin août et s'achèveront début octobre. Un programme a été établi pour échelonner les premières livraisons de céréales de la fin septembre à la fin octobre. Le blé viendra des stocks allemands, l'orge des stocks français et belges. Le premier cargo, chargé de 25 000 tonnes d'orge, devrait arriver entre le 25 et le 28 septembre à Gdansk.

Les banques ouest-allemandes détiennent moins de participations dans les entreprises que par le passé. Répondant aux critiques du monde politique sur le pouvoir grandissant des banques sur l'économie en RFA, le magazine Die Bank a publié lundi 18 septembre une étude qui montre la réduction du montant des participations des banques ouest-allemandes dans les entreprises. Les dix plus grands établissements de crédit ouest-allemands se sont séparé de 40 participations entre 1976 et 1986. Ils ne détenaient plus, fin 1986, que 0,7 % du capital nominal de toutes les sociétés par actions ouest-allemandes, contre 1,3 % dix ans plus tôt.

Une augmentation du nombre de têtes de bétail par rapport à l'année précédente sera rémunérée de 350 à 500 leva par vache et de 40 à 60 leva par brebis, selon les régions. En cas de diminution du cheptel au cours des cinq années suivantes, ces sommes devront être remboursées.

Tous les éleveurs de vaches, de buffles et de brebis seront exempts d'impôt sur le revenu. - (AFP).

Le Gabon devait entamer, mardi 19 septembre, des négociations avec les Etats créditeurs regroupés dans le club de Paris, afin d'obtenir la restruction de sa dette extérieure, estimée à 750 milliards de francs CFA (15 milliards de francs). Ces négociations sont rendues possibles par l'approbation par le Fonds monétaire international (FMI) d'un programme d'ajustement structurel de l'économie gabonaise, pour la période allant de septembre 1989 à mars 1991. Les effectifs des ministères et les traitements des hauts fonctionnaires seront réduits. Afin de soutenir ce programme, le FMI a annoncé l'octroi d'un crédit-relais de 43 millions de DTS (droits de tirage spéciaux) soit 350 millions de francs.

Afin de simplifier la vie des entreprises dans le futur marché unique et de faciliter les rapprochements qui leur permettront d'atteindre une meilleure compétitivité sans pour autant freiner le jeu de la concurrence, les Douze sont d'accord pour confier à la Commission européenne le contrôle des principales concentrations. Mais ils divergent quant aux modalités de cette nouvelle mission. Le Royaume-Uni et la RDA souhaiteraient en limiter la portée aux concentrations de grande ampleur. La plupart des autres Etats membres, et en particulier ceux du Sud, plaident pour une intervention plus systématique de l'exécutif bruxellois. Lundi, lors d'une réunion ministérielle à Bruxelles, la France, qui assure la présidence des travaux des Douze, a présenté un projet de Compromis que la commission a soutenu.

Il reste que, sur certains points sensibles, notamment sur l'opportunité d'élargir au bout de quatre ans les pouvoirs d'exécution de la Commission, des divergences importantes demeurent, en raison en particulier de la position britannique.

Bruxelles estime qu'au-dessus d'un chiffre d'affaires mondial de 2 milliards d'ECU (14 milliards de francs) réalisé par les entreprises voulant se rapprocher, il est probable que l'opération aura un impact sur l'économie de l'ensemble de la CEE.

Il serait donc logique de fixer autour de 2 milliards d'ECU le seuil à partir duquel le contrôle serait exercé par la Commission. Mais les Anglais et les Allemands trouvaient que la barre était placée ainsi beaucoup trop bas. Dans son compromis, Mme Cresson propose une période transitoire de quatre ou cinq ans durant laquelle le seuil serait fixé à 5 milliards d'ECU, soit 35 milliards de francs de chiffre d'affaires, étant entendu qu'au bout de cette période expérimentale la Commission proposerait une révision du seuil à la baisse. " Il y a eu pratiquement consensus ", ont déclaré de concert Mme Cresson et Mr Brittan devant la presse.

L'Italie néanmoins refuse encore d'accepter le seuil de 5 milliards d'ECU, qu'elle estime trop élevé. Pour atténuer les craintes des Etats membres qui n'ont pas de véritable organisation nationale de contrôle, les Néerlandais ont suggéré que, durant la période de transition, la Commission puisse intervenir quand même dans des cas exceptionnels lors de concentrations d'entreprises réalisant un chiffre d'affaires mondial compris entre 2 et 5 milliards d'ECU. Cette formule devrait faciliter un accord.

Les Allemands, de leur côté, souhaitent que la Commission n'ait pas l'exclusivité du contrôle. Ils estiment que, dans certains cas, une opération de concentration, même si elle n'affecte pas la concurrence au niveau communautaire, peut le faire à un niveau national, régional ou sectoriel, et que, par conséquent, il conviendrait que les organismes nationaux (en l'occurrence le Bundeskartelamt) puissent intervenir après la Commission pour, par exemple, imposer des modifications partielles à l'opération envisagée. Une piste parait en vue pour leur donner satisfaction. Le principe resterait celui d'une compétence exclusive accordée à la Commission. Mais lorsque, alertée par les capitales, elle identifierait un problème national spécifique du type de ceux auxquels pensent les Allemands, elle pourrait habiliter l'organisation de contrôle du pays membre en cause à compléter ou à moduler l'autorisation qu'elle aura donnée. En cas d'interdiction, le problème ne se pose même pas. Il est bien évident, en effet, qu'il n'est pas question de laisser une organisation nationale autoriser une fusion interdite auparavant par Bruxelles.

Manufacturers Hanover, qui figure parmi les banques américaines les plus engagées en Amérique latine, a annoncé, lundi 18 septembre, qu'elle allait accroitre de 950 millions de dollars ses provisions pour créances douteuses sur les prêts consentis aux pays en développement, portant ainsi leur montant total à 2,4 milliards de dollars. 36 % des engagements de la banque sur des pays du tiers-monde seraient ainsi couverts. Manufacturers Hanover s'attend à une perte nette d'environ 475 millions de dollars cette année.

Deux fois par jour, sous l'Óil blasé des " askaris " (gardes de sécurité) et des vendeurs de fleurs de Standard Street, a lieu l'immuable rituel : courbant sa silhouette menue, la jeune Japonaise dépose, à gauche de l'entrée, trois minuscules monticules de sel blanc. Trois ? " Parce que c'est un bon chiffre. " Le sel ? " Pour éloigner les mauvais esprits. " La coutume shintoiste accomplie, Haremi Oyama peut alors ouvrir sereinement la porte du restaurant Akasaka, le plus vieux restaurant japonais de Nairobi.

" C'est même le premier d'Afrique ", assure, sans quitter des doigts son boulier, le patron de l'établissement, Ichiro Hirai. N'est-ce pas sa propre mère, la défunte Hazuko, qui a servi en 1972 les premiers " sushis " made in Africa ? Depuis cette époque pionnière, le nombre des expatriés japonais installés au Kenya a pratiquement doublé, passant de 400 à environ 800 personnes en 1989. Une progression modeste, mais têtue. Deux autres restaurants japonais se sont ouverts dans la foulée, dont le fameux Nihonjin Club, fréquenté par les hommes d'affaires qui viennent, à l'heure du déjeuner, dévorer les journaux de Tokyo fraichement arrivés de la veille.

Au Kenya comme dans toute l'Afrique de l'Est, cela fait plusieurs années déjà que la Rover anglaise et la Peugeot française n'ont plus pignon sur piste. Toyota, Izuzu et autres Suzuki sont désormais les nouvelles reines de la route africaine. "Quand je suis arrivé en Tanzanie, il y a trois ans, j'ai été un des premiers à acheter une Pajero", raconte un diplomate occidental. "A présent, il y en a partout. Ils ont même réussi à équiper l'armée tanzanienne en petites voitures tout-terrain", dit-il, admiratif.

Le secteur de l'automobile, du matériel électronique et électrique a connu, en moins de dix ans, un bond en avant remarquable. Toutes les vitrines des capitales de la région l'attestent. Mais c'est à Nairobi, élue pour son confort et ses facilités de communication, que les grandes firmes japonaises ont ouvert leurs bureaux : de Mitsubishi à Sumitomo, en passant par Marubeni, G. Itoh, Nisso Iwai ou Matsushita, elles sont une quarantaine au total, implantées au Kenya, d'où elles "rayonnent" généralement à travers l'Afrique - pays anglophones en tête.

S'il se révèle laborieux de connaitre le chiffre d'affaires de chacune de ces compagnies, le résultat global ne fait, lui, l'objet d'aucun mystère. En 1988, le Japon a exporté au Kenya pour plus de 228 millions de dollars (1,43 milliard de francs), soit une augmentation de quelque 38% par rapport à 1987. "Il n'y a guère de mérite à ça. La concurrence est presque inexistante", commente une jeune expatriée de Tokyo. "Pour gagner un marché ici, il n'y a pas de gros efforts à fournir."

Face aux produits nippons, le Kenya, avec ses 17,5 millions de dollars (110 millions de francs) d'exportations en 1988, fait bien piètre figure. " En gros, le Japon vend au Kenya des Toyota - 102 millions de dollars l'an passé (640 millions de francs) - et lui achète... des cacahuètes ", résume, avec une courtoise ironie, Kenichi Uematsu, correspondant de l'agence de presse Kyodo. Malgré tous ses efforts et sa relative prospérité, le Kenya n'est guère considéré que comme un parent pauvre. En Afrique, le vrai partenaire du Japon, numéro un de l'économie mondiale, reste plus que jamais l'Afrique du Sud.

Dans son ensemble, le continent africain pourrait-il constituer, à terme, un réel potentiel commercial ? Rien n'est moins sûr. Jusqu'à présent, le Japon vend un peu, donne beaucoup, mais n'investit pratiquement pas. " Au Kenya, l'environnement n'est pas vraiment incitatif ", explique Jun Arima, premier secrétaire à l'ambassade du Japon. " Les entreprises doivent compter souvent jusqu'à deux ans avant de pouvoir rapatrier leurs bénéfices. Et les taux d'intérêt sont très élevés ", regrette-t-il. " Et puis, même pour l'automobile, le marché est-africain est limité. " En attendant que des jours plus radieux se lèvent sur l'Afrique, les firmes et l'Etat japonais " s'arrangent ". Ce que l'un donne généreusement d'une main, sous couvert des programmes d'aide, les autres le récupèrent, en partie, ... en exécutant lesdits programmes.

" Prenez l'exemple de la Voice of Kenya (la radio-télévision nationale), c'est le plus gros projet d'aide japonaise en Afrique : plus de 16 milliards de yens pour moderniser leur réseau ", commente, avec fougue, Takushi Ono, correspondant du quotidien Asahi Shimbun (15 millions de lecteurs). " Eh bien, à votre avis, à qui va le gros de cet argent ? Aux firmes japonaises. C'est elles qui assurent le maitre d'Óuvre. " Tokyo réaliserait ainsi une bonne affaire et... une bonne action. A côté de ce prêt colossal (remboursable sur trente ans avec un taux d'intérêt de 2,5 %), l'assistance apportée par les Occidentaux finirait presque par faire figure d'argent de poche. Et ce n'est qu'un début.

Après avoir doublé en cinq ans son volume d'aide à l'Afrique (estimée en 1989 à 593 millions de dollars, soit environ 37 milliards de francs), le Japon, devenu cette année le plus important donateur dans le monde, annonce son intention de verser plus encore : d'ici les cinq prochaines années, ce sont près de 50 milliards de dollars (315 milliards de francs) qui seront accordés aux pays en voie de développement. Une avalanche vertigineuse, sans précédent.

A tel point que Tokyo, sous la pression des Occidentaux et notamment des Etats-Unis, doit se résoudre non seulement à prêter, mais aussi à donner. " Les Africains ne disent pas non, évidemment, mais ils nous regardent parfois avec suspicion : ils ne comprennent pas qu'on donne sans rien exiger en retour ", dit le journaliste. Son collègue acquiesce : " Contrairement aux Français et aux Britanniques, nous ne connaissons pas du tout l'Afrique. L'argent que nous versons ne va pas forcément aux pays qui en auraient le plus besoin. On donne aux pays les plus stables et, en cela, nous suivons complètement le chemin tracé par les Américains. Le Japon, en tant que tel, n'a pas de stratégie en Afrique, pas de philosophie. C'est un problème. " Malgré l'énormité des sommes en jeu, l'aide japonaise à l'Afrique ne représente pas plus de 11 % - peut-être 12 % cette année - du total de son volume d'aide étrangère. " L'intérêt des Japonais pour l'Afrique équivaut à ce pourcentage. " Les voisins asiatiques continuent à recevoir 70 % environ de l'aide de Tokyo.

Si quelques-uns de ces " Japonais d'Afrique " avouent ressentir parfois un malaise, d'autres semblent s'adapter sans problèmes. Tsukasa Kunishima, trente-six ans, architecte de formation, est arrivé en Tanzanie en 1977. Il y a travaillé plusieurs années comme " volontaire " (l'équivalent des " peace corps " américains) avant de gagner le Kenya et de rejoindre la communauté religieuse Tenriko - une secte fondée au Japon au milieu du XIXe siècle.

Chaque fin d'après-midi, à l'heure où ses compatriotes s'apprêtent à entamer la traditionnelle partie de go ou d'échecs, Tsukasa retrouve ses compagnons de prière dans le quartier de Hurlingham, où la société Tenriko a son siège. Dans la pièce minuscule, meublée d'un simple autel en bois et de bancs, la quinzaine de fidèles se recueille et danse lentement au son du gong. Quatre ou cinq Kényans sont là, des " convertis ". Le budget de la communauté, très modeste (un peu plus de 3 millions de francs), lui permet malgré tout de construire des écoles et même d'organiser des voyages d'échange pour les jeunes Kényans.

Comme la plupart de ses coreligionnaires, Tsukasa parle assez mal l'anglais. " Mais mon swahili est très bon ", assure-t-il. Ne s'est-il pas marié, d'ailleurs, avec une Tanzanienne ? Il en a eu deux enfants et n'envisage pas de retourner au Japon. A Nairobi, rares sont les Japonais qui se déclarent pressés de repartir chez eux. Le patron du club Nihonjin, qui vit ici depuis dix-huit ans, affirme avoir commencé à songer à sa future pierre tombale. " Je serai le premier Japonais enterré au Kenya ", jure-t-il.

Nous référant à des chiffres de l'OCDE de 1987, nous avons écrit dans le Monde daté17-18 septembre que la dette de l'Irak s'élevait en 1987 à environ 16 milliards de dollars. Si l'on en compte l'ensemble de la dette extérieure irakienne, elle se situe aujourd'hui entre 70 et 80 milliards ; encore faut-il faire la différence entre la dette due à des pays comme l'Arabie saoudite et le Koweit (plus de trente milliards de dollars), qui ne sera jamais remboursée, celle due à l'URSS et à certains pays socialistes (plus de 10 milliards), également fort aléatoire, et celle contractée à l'égard des pays occidentaux.

Dès le vendredi 15 septembre dans la matinée, toute la Martinique avait commencé à dresser l'oreille avec inquiétude. Il apparaissait déjà, et la météo l'affirmait, que le gros du cyclone tropical Hugo passerait plus au nord. On n'osait pas se réjouir du probable malheur des autres, mais le soulagement était certain.

D'ailleurs, les prévisionnistes de la Météorologie nationale répétaient que les Martiniquais, sans subir directement le cyclone, auraient, de toute façon, à souffrir de vents assez violents - de l'ordre de 100 à 120 kilomètres à l'heure, - de coups de mer et, surtout de précipitations très abondantes. Or toute pluie diluvienne est inquiétante dans le contexte géographique et topographique de l'ile. Elle signifie, à coup sûr, des débordements de rivières, des glissements de terrain.

Samedi matin, on attendait le déclenchement de l'alerte numéro 2. Ce fut fait à 14 heures. Les femmes avaient couru au supermarché et, là, dans une affluence supérieure à celle d'une veille de Noël, remplissaient plusieurs chariots d'eau minérale, de pain, d'huile, de conserves, de légumes secs, de piles électriques...

A la maison, les hommes ôtaient de leur jardin tous les pots de fleurs et autres objets qu'un vent de cyclone transforme en projectiles meurtriers, calfeutraient les moindres entrées d'air, clouaient des planches en travers des fenêtres, remplissaient d'eau tous les récipients disponibles. Leur transistor ne les quittait pas.

Le cyclone arrive, disaient en substance les météorologues compétents. Puis : non, il n'arrive pas, en tout cas pas tout de suite. Il avançait à 25 kilomètres à l'heure et, d'un coup, il a ralenti. Nous ne comprenons pas très bien sa personnalité. Va-t-il bondir, se calmer, dévier de sa route ? Nous y perdons un peu notre science...

Quoique largement rassuré, le préfet refusait de lever l'alerte numéro 2. " Trop de prudence ne peut nuire. " Pour lui donner raison, dix ou quinze minutes après, survenait une première rafale de vent chargée de pluie. Dix minutes plus tard, c'était le calme plat. Cette douche écossaise a duré des heures.

Dimanche matin, on savait qu'il n'y avait plus rien à craindre de sérieux. Quelques arbres déracinés, quelques poteaux téléphoniques abattus, un ou deux gués sur des routes rendues passagèrement dangereuses, le bord de mer de Fort-de-France encombré de galets et de détritus projetés par la houle... Mais pas un blessé, pas une maison endommagée, pas une route vraiment coupée.

Le soulagement a donné lieu aussitôt à d'innombrables déclarations et initiatives de solidarité en faveur de la Guadeloupe, distante de 200 kilomètres et qui, elle, n'avait pas été épargnée.

Divers organismes peuvent donner des renseignements sur la Guadeloupe par téléphone.

Ministère des DOM-TOM : 45-67-94-23.

Air-France : 43-37-31-50 ou 43-37-31-51.

Secours populaire français : CCP Paris 23-33 S.

Association SOS-Hugo (créée par plusieurs associations d'outre-mer) : compte BNP (32, place du Maréchal-Juin 75017), no 005095-25.

Comité de solidarité nationale en faveur des sinistrés de l'outre-mer (COSSIDOM), créé en 1966 après le passage sur les Antilles du cyclone Inès : compte Crédit Lyonnais (agence 430, 7, place Victor-Hugo, 75016 Paris), no 67159 J.

Dès sa descente d'hélicoptère, lundi 18 septembre, en compagnie de Mr Hubert Fournier, directeur de la sécurité civile, Mr Louis Le Pensec, ministre des DOM-TOM et porte-parole du gouvernement, a affirmé son intention de visiter tous les lieux les plus atteints par la catastrophe. " Nous ne sommes pas venus de Paris pour rester dans des bureaux ", a précisé le ministre.

C'est par la commune du Moule (17 000 habitants) que Mr Le Pensec a commencé sa visite en compagnie de Mme Gabrielle Louis Carabin, maire de la commune où 80 % des familles sont sans abri. Seule auprès d'une case disloquée une femme ne cesse de répéter : " c'était écrit dans la Bible, persuadée que " Dieu a sauvé ses enfants et son mari. "

Ici ou là, à la fatalité répond le fatalisme. Mais déjà des familles s'affairent à remettre leur maison debout avec le secours du " koudmen ", pratique qui consiste à demander aux voisins un coup de main en échange d'un repas. Dans le centre du bourg, des barques de pêcheurs, des toitures de tôle se mêlent aux branches des arbres abattus par le vent jonchant les rues.

Mr Fournier, sous-préfet de la Grande-Terre, constate avec effarement l'étendue du désastre. Il annonce son départ pour Paris où il doit aider à coordonner les secours, laissant des administrés qui, malgré leur fatigue, n'ont pas perdu tout espoir.

De son côté, Mr Le Pensec " apprécie " que " personne ne baisse les bras " et considère que " la Guadeloupe s'est déjà aidée elle-même ". Il annonce toutefois des mesures exceptionnelles : une avance de 34 millions de francs de secours d'urgence, le report des échéances fiscales et des cotisations sociales pour les particuliers et pour les entreprises sinistrées. A quoi il ajoute le report des échéances des prêts à long terme (doublé d'un minimum garanti de ressources) pour les agriculteurs et le versement en une seule fois du solde des dotations globales de fonctionnement des collectivités locales.

Enfin, Mr Le Pensec a fait savoir que la CEE débloquerait 1,3 million d'écus (9 millions de francs) pour la Guadeloupe. Pour évaluer les indemnisations, une mission interministérielle qui devrait se rendre à Pointe-à-Pitre jeudi 21 septembre remettra sous une semaine un rapport au gouvernement. Avant le 18 octobre, a affirmé Mr Le Pensec, les conditions d'indemnisation seront fixées.

En attendant il faut résoudre les problèmes urgents, rétablir l'eau, l'électricité, assurer l'hébergement. Déjà sur les ondes de Radio-Caraibes International, un boucher de Pointe-à-Pitre, privé de chambre froide a proposé d'offrir son stock de viande aux plus nécessiteux.

Si rien n'est rapidement rétabli, les marchandises périssables seront, avant deux ou trois jours, arrivées à leur date limite de consommation et il faudra que la Guadeloupe soit ravitaillée par la France métropolitaine ou par la Martinique. Après avoir fait le point à Basse-Terre avec les autorités locales le ministre des DOM-TOM devait avoir, mardi 19 septembre, un entretien avec les planteurs de bananes qui sont les plus cruellement touchés par le cyclone. Il devait aussi visiter les communes du nord de la Basse-Terre, Sainte-Rose et Deshaies.

Alors que la " guerre " entre le gouvernement colombien et la mafia de la drogue dure depuis un mois, Bogota connait une recrudescence d'attentats à la bombe, malgré l'impressionnant dispositif militaire quadrillant la ville. Une roquette - qui n'a pas explosé - a même été tirée contre l'ambassade américaine dimanche 17 septembre. De nombreuses banques et un central téléphonique ont subi d'importants dégâts lors de ces attentats. Le président Virgilio Barco a demandé à la presse de continuer à se mobiliser contre les trafiquants de drogue.

Aucun camp ne semble pour l'instant l'emporter. Les " narcos " ont multiplié les attentats à Medellin, assassiné l'ancien maire de la ville, mais leur action, ailleurs, a été relativement limitée. A dire vrai, on s'attendait à pire, à quelque assassinat comparable, par sa répercussion, à celui de l'homme politique prestigieux qu'était Luis Carlos Galan, tué le 18 août dernier par les sicaires, à neuf mois d'une élection présidentielle qu'il avait toutes les chances de remporter.

Quant aux forces de l'ordre, elles peuvent présenter un bilan satisfaisant des perquisitions et saisies effectuées dans tout le pays, car elles ont réduit considérablement le champ d'action des trafiquants. Mais aucun capo n'a été arrêté, et la plupart de leurs complices sont, apparemment, à l'abri.

Dans un rapport confidentiel daté du début de septembre, le DAS, le département de sécurité, se disait incapable de " formuler un pronostic optimiste sur l'issue de la guerre avec les mafias, car celles-ci ont tellement élargi leur assise que seule une action soutenue et de longue durée peut garantir le démantèlement de leurs centres vitaux et la confiscation de leur fortune démesurée ".

Autrement dit, la Colombie peut s'attendre à de longs mois de terreur. La psychose de la bombe est très sensible à Medellin, où la moyenne des attentats est de deux par jour. Elle n'épargne pas Bogota, victime du terrorisme téléphonique avant même que des bombes n'éclatent au cours du dernier week-end. Le samedi 16 septembre, qui était le Jour de l'amour et de l'amitié en Colombie, il a fallu que le directeur de la police apparaisse deux fois à la télévision pour tranquilliser les habitants de la capitale, et leur dire qu'ils pourraient célébrer cette fête comme les autres années. Le bruit avait circulé, en effet, que la Mafia allait faire sauter des salles de bal, des cinémas, des restaurants, des supermarchés, et déjà de nombreux Bogotanais s'apprêtaient à se terrer chez eux. Les jours précédents, des appels anonymes avaient semé la panique dans les familles, en annonçant des attentats dans les écoles et les lycées.

Lorsque le président Barco a lancé son offensive contre la Mafia, on s'est d'abord demandé s'il irait jusqu'au bout. Peu de personnes en doutent aujourd'hui. Le chef de l'Etat s'est dit prêt à tous les sacrifices, et comme il n'est pas homme de rhétorique - il pécherait plutôt par excès inverse - les Colombiens l'ont cru. Il ne se passe d'ailleurs pas de semaine sans qu'il décrète de nouvelles mesures exceptionnelles, pour maintenir le pays sur le pied de guerre. Les dernières en date prévoient de placer sous contrôle militaire les deux régions (celles de Pacho, au nord de Bogota, et de Puerto-Boyaca, dans le moyen Magdalena), où les barons de la cocaine ont - ou avaient - le gros de leurs troupes et de leur armement.

Une autre question concernait l'attitude de la police et de l'armée. Personne n'ignore en effet que les " narcos " disposent, dans ces deux corps, de nombreuses complicités. Mais la police a été sérieusement épurée, et c'est à une unité d'élite - tenue pour incorruptible - qu'ont été confiées la plupart des opérations menées ces derniers mois contre la Mafia.

Quant à l'armée, " le problème, pour elle, est de changer d'adversaire ", dit un " violentologue ", nom donné en Colombie aux analystes de la violence, phénomène politique et social qui affecte le pays depuis plus d'un siècle. Jusqu'à présent, les militaires n'avaient en effet qu'un ennemi : la guérilla. Des intellectuels du M-19 aux communistes " banditisés " des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), en passant par les prêtres-guérilleros de l'ELN (armée de libération nationale), spécialisés dans les attentats contre les installations pétrolières, le principal péril, à leurs yeux, était le " marxisme en armes ".

Les offres de paix successives des présidents Betancur et Barco ont démobilisé le M-19, qui devrait se transformer en mouvement politique si les négociations commencées au début du mois avec le gouvernement aboutissent à un accord. Les autres organisations de guérilla observent une trêve, à quelques exceptions près.

La tension a donc diminué sur le front de la subversion. Avant même l'assassinat de Galan, elle n'avait cessé de monter avec les " narcos ". Jusqu'à l'an dernier, l'aveuglement, voire la complaisance, dominait dans les classes dirigeantes, devant la " sale guerre " menée par la Mafia et certains éléments de l'armée, pour liquider communistes et militants d'organisations populaires. Mais les assassinats répétés de juges et de policiers, la présence de mercenaires étrangers dans les camps d'entrainement de sicaires, la formation dans le moyen Magdalena d'une organisation " narco-militaire " de caractère fasciste, aux ambitions politiques avouées, ont montré que la " sale guerre " menaçait aussi le régime et ses dirigeants.

Une évolution s'est donc amorcée en haut lieu. Dès le début de cette année, le gouvernement Barco a préparé les mesures répressives qui ont été finalement annoncées le 18 août dernier. Les " narcos ", qui ont des agents partout, ont su qu'était à l'étude la reprise des extraditions vers les Etats-Unis. Ils ont fait campagne à leur manière pour s'y opposer : ils ont tué successivement un gouverneur, un juge, un magistrat, un chef de la police et un candidat à la présidence. La réaction de Mr Virgilio Barco a été à l'inverse de ce qu'ils espéraient.

Rien ne dit que l'armée soit entièrement convaincue que l'ennemi principal a changé. Au dire des spécialistes, le haut commandement est divisé à ce sujet. A lire le dernier bulletin de la corporation, on est frappé, malgré tout, de voir que certains termes réservés autrefois à la guérilla sont appliqués désormais aux mafiosi : ceux-ci sont des " antisociaux sans foi ni loi, (des) " barbares, vils et monstrueux (qui) assassinent lâchement " les gens. L'armée est décidée à leur faire la guerre " coûte que coûte ". Rien ne l'y fera renoncer.

C'est dans les garnisons situées en zones de turbulence que le changement, sans doute, sera plus tardif. Les militaires appelés à lutter contre la guérilla avaient trouvé dans les " narcos " de précieux alliés. Le premier d'entre eux était Rodriguez Gacha, dit le Mexicain, le plus sanguinaire - et aussi le plus messianique - des capos du cartel de Medellin. Responsable d'une bonne partie des assassinats (environ neuf cents) qui ont décimé l'Union patriotique (communiste), l'homme est persuadé d'avoir fait Óuvre utile.

Pourtant, il n'a pas toujours été un anticommuniste de choc. Il a cohabité pendant un temps avec les FARC dans les régions, telles que les savanes (llanos) méridionales et orientales, où la guérilla communiste contrôlait la culture de la coca. Son organisation payait même l'impôt révolutionnaire pour avoir la paix. Mais, à la suite d'un incident - le vol d'un chargement de drogue par les FARC, - il s'est convaincu que celles-ci n'étaient pas régulières en affaires, et depuis ce jour-là, il leur a donné la chasse, les expulsant des zones où il opérait.

L'année 1988 a été celle des massacres collectifs et a marqué l'apogée de Rodriguez Gacha. Cinquante-six de ces tueries ont eu lieu l'an dernier et, à chaque fois, plus de cinq personnes ont été tuées : paysans des plantations bananières d'Uraba soupçonnés de sympathie pour la guérilla, militants syndicaux coupables d'agitation sociale... Surnommé " Vladimir ", l'un des tueurs entrainés dans les camps de Puerto-Boyaca a été arrêté récemment. Avant de devenir l'un des meilleurs élèves des instructeurs israéliens embauchés en 1987, il avait été un cadre des FARC...

Sicaires et militaires se sont prêté la main. " L'Etat décore ses soldats, dit Rodriguez Gacha. Moi, je les paie. " L'argent des " narcos " n'a pas seulement servi à acquérir des terres, il a aussi permis d'acheter des fidélités dans la police, dans l'administration, et dans l'armée. Avant l'offensive gouvernementale de ces dernières semaines, la Mafia étendait son emprise sur 30 % du territoire colombien. Les " violentologues " de l'université centrale de Bogota ont fait le calcul et dressé la carte de cette domination. Sur leurs décalques, " narcos " et guérilleros se disputent les zones où l'Etat a renoncé, depuis longtemps, à être présent.

Combien de temps la guerre peut-elle durer ? Longtemps, répond Rodriguez Gacha, dans une conversation enregistrée par un journaliste colombien. Le Mexicain part du principe que le trafic de cocaine bénéficiant, directement et indirectement, à 70 % de la population - c'est ce qu'il dit, - les " narcos " ont 70 % du pays avec eux. " Nous sommes associés à de nombreuses affaires ", dit-il. Et de préciser : les propriétés confisquées ne rapportaient pas d'argent ; en revanche, elles procuraient des emplois ; la puissance financière du Cartel reste intacte, car ses bénéfices ont été placés à l'étranger.

Soixante-dix pour cent des Colombiens derrière Rodriguez Gacha, qui dit " se battre pour le peuple " et compare son " combat " à celui de Bolivar ? L'affirmation donne la mesure de la paranoia du Mexicain. En réalité, en se lançant dans le terrorisme aveugle, les parrains de la cocaine se sont isolés dans le pays. Les hommes politiques qui proposaient de dialoguer avec eux n'osent plus défendre cette idée. Seul le maire de Medellin s'y tient.

Le gouvernement colombien ne mettra évidemment pas fin au trafic de cocaine en saisissant des laboratoires, des avions, des propriétés de trafiquants : tant qu'il y aura des amateurs de poudre blanche, le réseau se maintiendra. L'enjeu de la guerre actuelle est plus limité : il s'agit de neutraliser Pablo Escobar et Rodriguez Gacha, dont la tête, pour la première fois, a été mise à prix ; ces deux hommes ont violé toutes les règles non écrites de la délinquance tolérée en assassinant des personnages en vue, en déstabilisant les institutions de leur pays.

" La Mafia colombienne en est à l'ère quaternaire, dit Lucio Lami, du quotidien Il Giornale de Milan. Elle n'a pas l'expérience de la Mafia sicilienne, qui se perpétue de père en fils, et s'est intégrée à la société. Elle ignore encore qu'il ne faut pas tuer l'adversaire. "

Si les " narcos " colombiens apprenaient à bien se tenir, nombre de leurs compatriotes trouveraient sans doute que des accommodements sont possibles avec leur commerce.

Reproches mutuels, pour tenter de prendre un avantage psychologique, mais reproches pas trop appuyés, parce qu'on ne veut pas se donner le mauvais rôle : les prochaines conversations américano-soviétiques font l'objet de préparatifs médiatiques tout à fait classiques.

Mr Edouard Chevardnadze, qui doit rencontrer son homologue James Baker dans une villégiature touristique du Wyoming les 22 et 23 septembre, avait entamé la manoeuvre en regrettant, il y a une semaine, le peu d'empressement manifesté selon lui par l'administation Bush à faire progresser les négociations sur les armements stratégiques. Lundi 18 septembre, le département d'Etat, à son tour, s'est étonné que le bloc soviétique continue à alimenter massivement en armes un gouvernement nicaraguayen qui n'a pourtant plus à combattre la Contra.

Le président Bush lui-même a renchéri, déclarant que l'attitude de Moscou à l'égard du continent américain n'était pas " très douce et gentille ", selon son expression désormais célèbre.

Mr Bush s'est, par ailleurs, défendu de trainer des pieds dans le domaine des négociations stratégiques et a même assuré que les Etats-Unis préparaient de nouvelles propositions. Mais il tout de même rappelé que la question " la plus pressante " était celle des armes conventionnelles.

Ce qui semble par contre beaucoup moins pressant à Mr Bush, c'est de rencontrer Mr Gorbatchev. Il " n'y a pas urgence ", a-t-il délaré, préférant concentrer son attention et celle de la presse sur les prochains entretiens Baker-Chevardnadze. Ceux-ci se présentent de manière un peu inhabituelle, puisque le ministre soviétique des affaires étrangères viendra d'abord à Washington, pour y être reçu par le président Bush auquel il doit remettre un message du numéro un soviétique. Ce n'est qu'ensuite qu'il s'envolera vers l'Ouest - le Wyoming - pour y passer deux jours avec Mr Baker, avant de repartir vers l'Est pour s'adresser à l'Assemblée générale de l'ONU. Un programme un peu tortueux, qui pourrait s'expliquer par des embarras de calendrier aussi bien que par le désir d'annoncer une inititiative importante. Comme pour aiguiser l'attente, le principal négociateur soviétique sur les armements, Mr Viktor Karpov, qui devait arriver dès le début de cette semaine à Washington, ne viendra finalement que jeudi, avec Mr Chevardnadze.

Mme Margaret Thatcher est arrivée, mardi 19 septembre, à Tokyo pour une visite officielle de quatre jours au cours de laquelle elle s'entretiendra avec le premier ministre nippon, Mr Toshiki Kaifu, et sera reçue par l'empereur Akihito. En chemin, la " Dame de fer " a fait escale à Moscou, où elle s'est entretenue avec Mr Primakov, président de la Chambre de l'Union du Soviet suprême.

Le premier ministre britannique abordera avec Mr Kaifu les grands problèmes internationaux, sur lesquels existent peu de désaccords, dont les relations Est-Ouest, l'assistance qui pourrait être apportée à des pays d'Europe orientale comme la Pologne et la Hongrie, de la situation en Chine et de l'afflux de réfugiés vietnamiens tant au Japon qu'à Hongkong.

Les désaccords portent essentiellement sur le domaine commercial. Mme Thatcher a déclaré à la télévision que le déficit " colossal " de la Grande-Bretagne dans ses échanges avec le Japon était dû au fait que ce dernier n'ouvrait pas assez son marché. Elle a exprimé sa " frustration " devant les manÓuvres dilatoires de la Bourse de Tokyo face à la demande d'admission de deux maisons de courtage britanniques. La Grande-Bretagne est le pays de la CEE qui a le plus bénéficié des investissements nippons (37,5 % d'un total de 10 milliards de dollars).

La visite de Mme Thatcher coincide avec la tenue à Tokyo d'une conférence de l'Union démocratique internationale, un forum des partis conservateurs devant lequel elle prononcera vendredi un important discours qui devrait notamment porter sur l'environnement et la lutte contre le terrorisme.

Lors d'une conférence de presse au Pentagone, lundi 18 septembre, le secrétaire à la défense, Mr Richard Cheney, a annoncé que les forces armées américaines allaient étendre sensiblement leur participation à la lutte contre la drogue. Il a notamment indiqué avoir donné comme directive au commandement de la zone atlantique de mettre à l'étude " l'établissement d'une task force dans la région des Caraibes avec un nombre approprié d'avions et de navires pour réduire les arrivages d'Amérique latine ". Par ailleurs, l'accent devrait être mis plus particulièrement sur la surveillance de la frontière américano-mexicaine. D'ici au 15 octobre, les chefs des différentes zones de commandement devront lui remettre un plan d'action détaillé.

Les déclarations de Mr Cheney vont dans le sens souhaité par le Congrès qui, depuis des mois, faisait pression sur le Pentagone pour que les militaires jouent un rôle accru dans le contrôle du trafic des stupéfiants. Mais le secrétaire à la défense - qui n'a énoncé qu'un programme, pour le moment, assez vague - doit tenir compte des fortes réticences et des objections des dirigeants militaires. De nombreux généraux ont fait valoir que les forces armées ne devaient pas être détournées de leur mission essentielle : la " sécurité des Etats-Unis " et qu'une tâche supplémentaire serait d'autant plus difficile à assurer que le Congrès est en train d'essayer de réduire leur budget.

C'est sans doute pour cela que Mr Cheney a pris soin de souligner que " le trafic international (de la drogue) est pour les Etats-Unis un problème de sécurité national " et qu'il s'agirait davantage de surveillance que d'intervention. Il a précisé qu'il était opposé à l'idée émise par certains parlementaires selon laquelle tout avion non identifié et soupçonné de transporter de la drogue devrait être abattu dans l'espace aérien américain.

Il a réitéré les assurances données par le président Bush qui avait affirmé que les personnels américains envoyés dans les pays producteurs comme la Colombie, pour entrainer les troupes colombiennes au maniement du matériel américain, n'accompagneraient pas ces troupes en opération et ne seraient donc pas engagés dans d'éventuels combats.

" Les conditions d'une éventuelle réunification de l'Allemagne n'ont rien à voir avec celles qui prévalaient au cours des quarante dernières années.

" Ce qui était envisagé, d'ailleurs bien à tort, c'était un rapprochement plus ou moins étroit entre les deux Allemagnes en échange d'une " neutralisation ".

" Il n'y a aucune raison de s'en tenir aujourd'hui à ce vieux schéma. C'est par la disparition, progressive peut-être, de l'Etat communiste est-allemand, permettant à la population d'exercer son droit à l'autodétermination, que se fera éventuellement la réunification. Moscou n'en détient plus les clés. Celle-ci n'implique donc plus la " neutralisation ".

" Rien ne justifie donc les réserves, si visibles, du gouvernement français à l'égard de la réunification.

" Rappelons, en outre, que la position de de Gaulle sur ce sujet, qui a fait l'objet de tant d'interprétations inexactes, était très claire. Il ne pouvait être question, pour la France et les Occidentaux, de faire obstacle à la réunification allemande. Face à la volonté du peuple allemand, une telle position eût été intenable. "

Le comité central du Parti communiste polonais, le POUP, a décidé lundi 18 septembre, à l'issue d'une réunion plénière, de demander à ses membres de se prononcer sur l'avenir de leur parti. La question qui se pose à eux, ont indiqué les dirigeants, est de savoir s'il faut conserver le même parti ou en créer un autre, avec un nouveau nom et un nouveau programme. Ce quinzième plénum du comité central qui, pour la première fois dans le bloc socialiste, était ouvert à la presse occidentale, se déroule en deux étapes et doit s'achever d'ici la fin du mois.

Quel effet cela fait-il d'être membre du premier Parti communiste de l'Est à perdre le monopole du pouvoir et son sacro-saint corollaire, le " rôle dirigeant " ? Visiblement, c'est dur. " C'est vrai, camarades, que la situation est difficile, voire dramatique à certains égards ", disait récemment, compatissant, l'un des dirigeants du Parti ouvrier unifié polonais, Mr Marian Orzechowski, à ses militants. Si l'on en croit un autre membre du bureau politique, Mr Janusz Kubasiewicz, " cela se traduit par des réactions négatives, des sentiments d'amertume chez ceux qui sont émotionnellement liés au parti ". La lecture de Trybuna Ludu, ces derniers mois, et des lettres de lecteurs communistes jurant de ne " pas se laisser piétiner plus longtemps ", frisait le pathétique...

" Les gens de ma génération ont mieux supporté ", remarque le député Marek Krol, qui, à trente-six ans, a été élu cet été secrétaire du comité central chargé de la propagande. Né " une semaine avant la mort de Staline ", Marek Krol, aujourd'hui l'un des leaders de la jeune garde réformatrice, a adhéré au parti " quand tout le monde s'inscrivait à Solidarité ". " Je l'ai fait, dit-il, peut-être par esprit de contradiction, et aussi pour appartenir à un parti qui devait lutter pour conserver son influence. "

Mais l'immense majorité des membres du POUP sont nés bien avant la mort de Staline - la moyenne d'âge approche cinquante ans - et la débâcle des communistes aux élections de juin les a plongés dans un tel désarroi qu'ils se raccrochent à l'idée d'un congrès extraordinaire comme à une bouée de sauvetage. Le 4 juin, tout s'est écroulé d'un seul coup pour ces gens auxquels pendant plus de quarante ans on n'avait pas permis de douter de leur supériorité ni de leurs privilèges. C'est d'ailleurs dans cet excès d'assurance que certains responsables cherchent aujourd'hui les raisons de la défaite : " Le parti avait une confiance excessive dans sa force et dans sa vérité ", dit Alfred Miodjowicz, président des syndicats officiels OPZZ et l'un des " durs " du POUP, tandis que pour Janusz Kubasiewicz, " le fait que la Constitution ait consacré le rôle dirigeant du Parti communiste a eu un mauvais effet sur notre moral, car beaucoup pensaient que le pouvoir nous appartenait pour toujours ".

Aujourd'hui, un groupe de députés communistes a pris l'initiative de demander la suppression de cet alinéa de la Constitution et le général Jaruselski reconnait à la télévision américaine que " la formule du monopole du pouvoir est inefficace ; je pense que cette règle ne reviendra jamais ". Il reste donc au POUP, créé en 1948 par la fusion forcée de diverses formations, à devenir un parti susceptible de gagner une authentique audience sociale. Cela ne s'est encore jamais fait.

Pour des gens comme Marek Krol, Majrcin Swiecicki (le nouveau ministre du commerce extérieur), Slawomir Wiatr, ou Aleksander Kwiasniewski, qui ont tous moins de quarante ans, le choc du 4 juin n'est finalement pas une mauvaise chose car il va permettre de repartir sur de nouvelles bases. " Cela va accélérer le rejet du modèle stalinien ", dit Krol, qui tient sans doute le langage le plus réformiste à l'heure actuelle, au point de se déclarer favorable à la transformation du POUP en un parti social-démocrate, ou encore en un PC " à l'italienne ", et de considérer la Finlande comme le modèle le plus attrayant. " Nous allons créer un scénario de reconquête du pouvoir et de notre influence par des méthodes politiques ". Pour Kwiasniewski, le prochain congrès du POUP " sera le dernier " : " Les forces liées à la gauche socialiste vont chercher une autre formule, celle d'un parti moderne qui part au combat parlementaire ".

Le premier secrétaire du POUP, Mieczyslaw Rakowski, voit, lui, un avenir pour " un parti de gauche moderne, un parti d'hommes d'action réalistes et capables ". Selon lui, un tel parti " ne peut pas être simplement l'héritier des courants qui forment actuellement le POUP, il doit s'allier les forces semblables qui existent aussi " dans l'ancienne opposition.

Voilà donc dans quels termes doivent réfléchir les deux millions de membres du POUP. Il parait acquis que le parti changera de nom - les termes " unifié " et " ouvrier " sont un peu anachroniques, entend-on souvent, un " parti socialiste du travail " ferait bien meilleur effet. Mais changera-t-il de nature ? C'est tout l'enjeu de la préparation du onzième congrès, qui pourrait se tenir d'ici au printemps prochain.

Certains jusqu'au-boutistes, comme Mr Miodowicz, font savoir qu'ils n'hésiteront pas à créer leur propre parti communiste orthodoxe si le POUP vire à la social-démocratie, " une idée à la mode ", dit Alfred Miodowicz. Il y a deux semaines, la direction de l'OPZZ a décrété que le POUP ne pouvait plus être considéré comme " le garant politique des intérêts des travailleurs " et a lancé un " front pour le renouveau " ; cela pourrait être le premier pas vers un parti " dur ". Ces " durs ", qu'on appelle en Pologne le " béton ", ont en effet du mal à avaler, en ce moment, certaines revendications de Solidarité, qui demande, par exemple, qu'on retire les cellules du POUP des entreprises, ou l'attitude des députés " progressistes " du POUP, comme Marian Czerwinski, qui arbore ostensiblement un badge du syndicat Solidarité et a voté contre Jaruzelski le jour de l'élection du chef de l'Etat. Certes, il y a toujours Jaruzelski, mais celui-ci a abandonné ses fonctions au parti en devenant président de la République et joue de plus en plus sa carte personnelle, comme en témoignent les reportages élogieux pour sa personne qu'il fait projeter ces derniers temps à la télévision polonaise.

Mais, se rassure Marek Krol, les " signaux du béton sont relativement faibles, comparés au passé ; ils relèvent surtout de l'instinct de survie. Après tout, c'est nous qui avons créé le béton, en monopolisant la vie politique pendant plus de quarante ans ". Quant au congrès, il ne faut pas en attendre une formule magique, il faut surtout le préparer avec soin, Mr Rakowski, lui, demande qu'on évite les règlements de comptes dans cette phase de préparation : " Il faut d'abord stabiliser la nouvelle structure politique, avant de traiter de l'évolution du parti, disait-il, le mois dernier, au quotidien Zycie Warszawy. Si l'équipage se met à se disputer quand un bateau prend l'eau, le bateau va couler et l'équipage avec. "

Le séjour que Mr Boris Eltsine vient d'effectuer aux Etats-Unis risque fort de laisser des traces qui nuiront à sa réputation. Il a en tout cas eu la désagréable surprise de découvrir lundi 18 septembre à son retour à Moscou, dans les pages de la Pravda,un article repris du quotidien italien la Repubblica dans lequel sa conduite outre-Atlantique est décrite sous un jour peu flatteur. Ainsi le voit-on débarquer aux petites heures du matin à Baltimore, une bouteille de whisky à moitié vide à la main, distribuant des baisers mouillés à ses hôtes américains venus l'accueillir et les invitant à trinquer " à la liberté " en levant lui-même un verre rempli à ras bord.

" Pour Eltsine, écrit l'auteur de l'article, l'Amérique est une fête, une scène, un bar long de 5 000 kilomètres. Et pour l'Amérique, Eltsine est un petit jouet nouveau et merveilleux, une poupée avec un visage parfait de Russe qui dit ce qu'aucun Russe n'avait dit auparavant. "

Entre autres acquisitions, le bouillant député de Moscou se serait offert deux magnétoscopes et une collection de cassettes vidéo parmi lesquelles la série complète des Rambo, E.T. et la Guerre des étoiles. " Il traversait les grands magasins, rapporte la Repubblica, avec la même impétuosité que celle avec laquelle il est entré dans l'histoire soviétique des années 80. "

La lecture de cet article a provoqué chez Mr Eltsine les réactions que l'on devine. " C'est un pur mensonge, une calomnie, a-t-il déclaré à l'agence Associated Press, une revanche due au fait que les Américains nous ont reçus avec admiration. "

L'affaire tombe assez mal pour l'enfant terrible de la perestroika. Mr Boris Eltsine est en effet, théoriquement du moins, sous le coup d'une enquête du comité central du parti - dont il est toujours membre et qui s'est réuni mardi à Moscou - pour avoir enfreint les règles du PC soviétique en prônant l'étude d'un système multipartis en URSS.

Téhéran (AFP). - Le secrétaire général du ministère des affaires étrangères, Mr François Scheer, a terminé, lundi soir 18 septembre, avec les autorités iraniennes une série d'entretiens qui marquent, a- t-il souligné, " un tournant dans les relations entre la France et la république islamique ". Mr Scheer et la délégation qui l'accompagne étaient arrivés dimanche soir à Téhéran pour relancer des négociations interrompues, pour certaines, depuis plusieurs années, et officiellement, pour discuter notamment des contentieux financiers entre Téhéran et Paris.

Ces contentieux portent d'une part sur le remboursement d'une dette d'1 milliard de dollars contractée en 1974 sous le régime impérial pour le projet nucléaire civil Eurodif, et, d'autre part, sur le montant de l'indemnité à verser par l'Iran aux entreprises françaises en dédommagement des contrats rompus par Téhéran après la victoire de la révolution islamique en 1979 et que la France évalue à 14 milliards de francs (plus de 2 milliards de dollars).

Mr Scheer et le vice-ministre iranien des affaires étrangères pour l'Europe et l'Amérique, Mr Mahmoud Vaezi, ont chacun exprimé le souhait de voir désormais aboutir rapidement les négociations et sont convenus d'organiser des réunions périodiques, dont la prochaine devrait se tenir " à Paris dans environ un mois ", souligne-t-on de source diplomatique. Mr Scheer a également fait part à ses interlocuteurs iraniens du désir de Paris de renforcer les relations bilatérales, mais aussi de les placer dans le cadre plus large de la politique régionale, reconnaissant ainsi implicitement la République islamique comme partie prenante du problème libanais. Mr Scheer, au cours de la dizaine d'heures qu'ont duré les entretiens également souligné, selon l'agence officielle iranienne, la nécessité d'une " solution politique " au Liban et écarté toute solution militaire. Mr Velayati le ministre iranien des affaires étrangères, n'en a pas moins réaffirmé de son côté " les relations émotionnelles et idéologiques de l'Iran avec une grande partie du peuple libanais " et déclaré qu'il continuerait à l'aider " dans la défense des droits qu'on lui refusait ", a-t-on ajouté de source diplomatique.

Cette reprise de contacts entre Paris et Téhéran ouvre la voie à une série de négociations qui devraient désormais se poursuivre au cours des prochains mois, selon des sources diplomatiques, à l'échelon de délégations élargies, successivement dans l'une ou l'autre des capitales. Mr Scheer devait quitter Téhéran pour Paris mardi matin.

Les huit chefs d'Etat d'Afrique centrale et australe réunis, lundi 18 septembre à N'Sele (40 kilomètres au nord de Kinshasa) pour un sommet consacré à l'évolution de la situation en Angola, ont mis au point un " projet de déclaration " qui devrait être soumis prochainement au chef de l'UNITA, Mr Jonas Savimbi, selon le communiqué final de cette rencontre.

Celui-ci, selon des sources proches de la présidence zairoise, avait été convié à cette réunion, mais a décliné cette offre au dernier moment. Dans une lettre adressée au maréchal Mobutu, le chef des rebelles angolais se serait excusé de son absence tout en renouvelant son " engagement " aux accords de Gbadolite ainsi que sa " confiance au médiateur ".

Lors de l'ouverture de ce sommet, le président zairois avait appelé les parties concernées dans le conflit angolais à " transcender leurs divergences et à saisir cette opportunité pour amener la paix au peuple angolais qui en a besoin pour son développement ". Cette déclaration est intervenue alors que les Etats-Unis avaient, la veille, déclaré " soutenir fermement l'UNITA et ses objectifs de réconciliation nationale ". Le département d'Etat américain avait aussi rejeté les concepts " d'exil temporaire (de Mr Savimbi), et d'intégration (de l'UNITA au sein de la nationa angolaise).

Mr Mehri explique dans sa lettre que les changements profonds de la société algérienne posent " avec acuité " deux questions. " La première, écrit-il, se rapporte au rôle du FLN dans l'accélération du processus de ces changements et réformes, et leur accomplissement dans les meilleures conditions. " La seconde a trait, estime-il, à " la stratégie qui permet au pays de relever les défis et d'affronter les graves problèmes induits par l'évolution générale ou qui sont générés par des erreurs de conception ou d'exécution ". L'autocritique n'est pas loin et si Mr Abdelhamid Mehri pense que " le FLN représente une force nécessaire pour l'équilibre politique de la société algérienne " et qu'il doit rester " un facteur de rassemblement et de dialogue ", il estime nécessaire d'" élucider les facteurs qui ont conduit à la situation actuelle ".

Le secrétaire général du CC insiste sur " les conditions difficiles ", dans lesquelles les directions successives ont Óuvré, " qui ont généré de nombreux problèmes entre les dirigeants eux-mêmes ". Il remarque également que " le manque de dialogue politique et de débat libre entre les militants a fait que les considérations personnelles ont souvent dominé la physionomie générale, donnant l'impression que ces différends n'étaient autres que des luttes personnelles pour le pouvoir ".

La décision d'organiser cette conférence des cadres du FLN a été prise en clôture de la réunion tumultueuse du comité central, au printemps. Mais elle avait, en fait, été suggérée dès le 23 octobre dernier par un groupe de dix-huit anciens hauts responsables qui préconisaient, dans une déclaration remise au président de la République, de surseoir au congrès du Parti et d'organiser une " conférence nationale " pour préparer les réformes politiques.

L'unanimité ne régnait pas dans les rangs des anciens responsables du parti, à la veille de la conférence. Plusieurs cadres de l'ALN-FLN de la Wilaya V (Oranie) réunis le 14 septembre à l'université des sciences et de la technologie d'Oran (USTO) avaient adopté une résolution politique indiquant leur refus de participer à la conférence et invitant les anciens responsables ALN-FLN des autres wilayas à boycotter la réunion. A un mois du congrès extraordinaire du FLN qui resituera le Front dans le nouvel environnement politique, l'ex-parti unique cohabite d'ores et déjà avec cinq autres formations.

En effet, après le Parti social-démocrate (PSD), le Parti d'avant-garde socialiste (PAGS) et le Front islamique de salut (FIS), deux organisations viennent d'être agréées par les autorités. Il s'agit du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et du Parti national pour la solidarité et le développement (PNSD). Trois autres attendent encore le label du ministère de l'intérieur pour exister officiellement : le Parti du peuple algérien (PPA), le Parti national algérien (PNA) et le Parti pour le renouveau de l'Algérie (PRA).

Le sultan Azlan Shah est devenu lundi 18 septembre le neuvième roi de Malaisie lors d'une traditionnelle cérémonie d'intronisation qui a eu lieu à Kuala-Lumpur. Ce juriste de soixante et un ans, président de la Cour suprême pendant vingt-neuf ans avant de devenir sultant de l'Etat du Perak, succède - en vertu d'une procédure complexe - sur le trône de la Fédération au sultan Iskandar Mahmood. En effet, le " souverain suprême " de Malaisie, Yang di-pertuan agung, est élu pour cinq ans par ses pairs, les neuf sultans héréditaires du pays, au scrutin secret. Un vice-roi est également choisi à cette occasion. Les fonctions du roi sont essentiellement représentatives, sauf en ce qui concerne l'islam, religion officielle, et les droits des Malais, population d'origine du pays.

Le sultan Azlan Shah est connu pour sa rectitude, ainsi que pour son respect des règles juridiques et constitutionnelles, ce qui l'avait conduit à s'opposer au premier ministre, Mr Mahathir bin Mohamad.

Trois personnes étaient toujours retenues en otages, mardi matin 19 septembre, dans une villa de la banlieue de Liège par trois malfaiteurs, dont au moins un Français, Philippe Delaire, connu des services de police.

Il devait être environ 21 heures, samedi 16 septembre, lorsque trois malfaiteurs menés par Philippe Delaire entraient dans la maison de Mr Guy Jeuris, gérant d'une agence du Crédit communal belge, à Tilff, une bourgade de la banlieue huppée de Liège. Leur but : prendre en otages la compagne de Mr Jeuris et les deux petites filles de celle-ci, Joëlle, dix ans, et François, treize ans, pendant que le gérant leur ouvrait les portes de la banque et des coffres. Mais, durant le week-end, il est impossible de pénétrer dans l'établissement sans déclencher l'alarme, c'est la raison pour laquelle les gangsters - Philippe Delaire serait accompagné de deux complices de longue date : Jean Lacotte et Jean Lombardo - décidaient d'attendre le début de la semaine en compagnie de leurs otages.

Dimanche soir, pourtant - on ne sait toujours pas exactement dans quelles circonstances -, Mr Jeuris parvenait à s'enfuir et à prévenir les forces de l'ordre. Le siège de la villa commence alors. Toutes les rues avoisinantes sont bouclées, plusieurs centaines de gendarmes dont une quarantaine de spécialistes de l'escadron spécial d'intervention (ESI) investissent le quartier, lundi matin, même l'école sera déserte. Les malfaiteurs, qui seraient puissamment armés et auraient même piégé les portes de la villa pour interdire tout assaut, ont d'abord communiqué de vive voix avec les gendarmes, puis grâce à un téléphone de campagne mis à leur disposition.

Les informations dont on dispose restent très fragmentaires. Lundi en début de soirée, on apprenait ainsi que Mme Jeuris était allée, sur l'ordre des gangsters, chercher des sandwiches et des cigarettes et avait eu juste le temps de dire : " Tout va bien... mais ça commence à être long. " Le bourgmestre (maire) de la localité voisine, le docteur Bossuroy, déclarait que la " négociation " avec les malfaiteurs avait été interrompue à la demande de ceux-ci jusqu'à mardi matin. Autre bruit mais non confirmé : les trois preneurs d'otages demanderaient une voiture pour s'enfuir ainsi que 40 millions de francs belges (environ 6 millions de francs français).

Philippe Delaire, le chef de la bande (il aurait été formellement reconnu par Mr Jeuris), n'en est pas à son premier coup en Belgique ni à sa première prise d'otages. Le 7 juillet 1985, il avait tué un boxeur, Romain Mianzula, dans une boite de nuit de Liège. En 1986, à la suite d'une attaque à main armée manquée, il avait fui en emmenant une infirmière. Arrêté, il s'était évadé quatre mois plus tard de la prison de Lantin. Aux Pays-Bas, il avait pris onze personnes en otages, après l'attaque d'une banque. Le 13 juillet dernier, c'est lui qui avait pris un gendarme en otage en France et ses complices avaient blessé un autre gendarme au cours d'un affrontement. En juillet 1987, à l'aide d'un hélicoptère, il avait organisé l'évasion de Philippe Truc de la prison de Nice.

L'Ecole d'architecture de Versailles organise un stage de formation professionnelle continue en réhabilitation et amélioration de l'habitat ancien du 4 décembre au 18 mai 1990. Cette formation est destinée aux architectes, ingénieurs et techniciens du bâtiment.

Ecole d'architecture de Versailles, 4, avenue de Paris, 78000 Versailles. Tél. : 39-51-52-51.

L'IUT de gestion de l'université Nancy-II crée un diplôme de " gestion européenne des PME " à destination des étudiants titulaires d'un DUT, d'un BTS tertiaire, d'un DEUG LEA, économique ou juridique et des salariés ou demandeurs d'emploi possédant une formation équivalente.

" On ne savait pas bien de quoi il vivait ; il n'aimait pas parler, alors on ne cherchait pas à savoir ", racontent les vieux habitants de ce village de l'Isère, indignés, mais finalement peu surpris d'apprendre les crimes commis dont leur voisin, André L., est accusé.

L'homme, cinquante-deux ans, a été inculpé de viol par ascendant sur mineur et infanticide, et écroué à la maison d'arrêt de Bourgoin-Jallieu le 15 septembre. Il lui est reproché d'avoir fait subir des violences sexuelles à sa fille Christine, qui, entre quatorze et seize ans, avait mené à terme deux grossesses, en les dissimulant sous d'épais bandages. Chaque fois, il l'aurait accouchée lui-même, avant d'étouffer les enfants et de les enterrer dans le jardin attenant à sa ferme. Christine, aujourd'hui âgée de vingt-deux ans, vit dans une ville proche de la Suisse. Lors d'un passage à Bourgoin, elle s'est confiée à une amie qui, avec son accord, est allée tout raconter au commissariat.

"Avant de s'intaller au village, le père L. chargeait du bois, au noir, du côté de Bourgoin. Un jour, il a dû se prendre la jambe dans un câble : ça l'a coupée net, au-dessous du genou. Depuis, il porte une prothèse", raconte l'un des habitants. "C'est peut-être pour ça que sa femme l'a quitté. Il est arrivé ici en I981, avec ses six enfants. Il devait toucher une petite pension d'invalidité et les allocations familiales. Et puis, il bricolait, sans doute. On lui avait retiré le permisde conduire, à cause de sa jambe. Mais il conduisait un tracteur. Quand on se retrouvait derrière lui, il faisait tout son possible pour vous empêcher de passer ", se souvient un client du café-restaurant.

Personne, dans le village, ne connaissait Christine, l'avant-dernière enfant d'André L. Seule la directrice de la section d'éducation spécialisée du collège voisin où l'adolescente était inscrite de douze à seize ans, s'en souvient : " Cétait une blondinette aux yeux bleus, qui avait toujours un air naif et ravi : une gosse, très gentille, mais déficiente intellectuellement, et surtout extrêmement vulnérable. Ses frères étaient plus débrouillards et, pendant la saison de la chasse, on ne les voyait plus. A la maison, Christine servait de bonne. Elle s'occupait du ménage et de la lessive et se plaignait d'avoir à faire les lits de ses frères. Elle disait que son père la battait, et le médecin scolaire avait en effet établi un constat de coups. Mais jamais elle n'avait parlé d'inceste. "

La directrice déclare avoir pourtant conçu des soupçons en I981, "parce que Christine, qui avait manqué pendant deux trimestres, était revenue anormalement grosse. De plus, j'avais vu le père lorsqu'il avait dû signer des papiers : il répétait que " toutes les femmes étaient des putes ", c'était un violent. " La directrice fait part de ses doutes aux assistantes sociales, mais sans résultat. Lorsque Christine quitte le collège, en I983, elle insiste pour qu'elle soit placée dans une maison familiale. "Ne serait-ce que parce qu'il ne me paraissait pas sain que Christine dorme encore dans la même chambre que trois de ses frères. "

La jeune fille se retrouve donc en pension dans un lycée d'enseignement professionnel privé, où, manifestement, elle n'est pas l'objet de la même sollicitude. " Parfois, elle ne revenait pas en classe parce qu'elle faisait le travail à la maison, ce qui s'expliquait bien, puisqu'il n'y avait pas de femme à la maison ", déclare la directrice de l'établissement, qui affirme avoir été bien reçue à la ferme et ne s'étonne pas autrement d'avoir vu la famille, sans électricité, s'éclairer à la lampe à pétrole.

Comment Christine a-t-elle trouvé l'énergie de partir de la ferme ? Qui est cette amie à qui elle a osé se confier ? S'agit-il de l'aide familiale, une fille robuste et énergique, à laquelle on dit qu'elle s'était attachée ? Sa biographie comporte des lacunes, que ses frères ne veulent pas combler. "Ils se sont toujours refusé à parler d'elle quand je demandais des nouvelles, dit la directrice de la section d'éducation spécialisée. Seul le cadet, qui était le seul à lui manifester un peu d'affection, a accepté de me dire qu'elle avait refait sa vie ailleurs."

Le Vatican est intervenu pour la première fois officiellement, mardi 19 septembre, dans l'affaire du carmel d'Auschwitz, en estimant dans un communiqué que les carmélites devaient s'installer dans le centre prévu par les accords de Genève signés en février 1987 entre juifs et chrétiens.

Pancartes et banderoles sont rangées dans les filets à bagages. Derrière les rideaux baissés des compartiments, la plupart des " Peugeot " ont fini par s'endormir. Il est 23 heures. Les grévistes du "train de la lutte" sont debout depuis 4 heures du matin. Ils sont déçus, furieux aussi. Furieux à cause des CRS qui les attendaient devant le siège de Peugeot, avenue de la Grande-Armée à Paris. Furieux à cause des cadres qui, du haut de leurs fenêtres, les observaient "en rigolant". Furieux d'avoir vu leurs huit délégués revenir les mains vides, après une entrevue de quinze minutes à peine avec des responsables de la direction. "On ne pourra pas dire qu'on ne veut pas négocier, soupire Sylviane, qui travaille à l'emboutissage; on a fait huit heures de train aller-retour de Mulhouse, juste pour demander à les rencontrer. Et on n'y arrive même pas !"

Dans le couloir, une responsable de la CGT passe de compartiment en compartiment avec un grand cahier. "Demain, rendez-vous à l'usine à midi et demi, lance-t-elle; on bloque les routes ou les chaines?" "Les routes ! lui répond-on, ça, au moins, ça servira à quelque chose." Debout dans le couloir, elle note scrupuleusement huit voix dans la colonne "route". "On vous donnera le résultat demain."

De temps en temps, les slogans, repris de compartiment en compartiment, résonnent encore dans le couloir. Mais ils n'évoquent plus les 1500 F clamés toute la journée sur l'avenue de la Grande-Armée. "1500 F, c'est surtout un symbole, explique Jeannette, dont le salaire de base se monte à 5 300 F par mois. Au début du conflit, on aurait tout arrêté s'ils nous avaient donné 300 à 400 F. A ce moment-là, ils pouvaient négocier pour pas cher ! Mais, aujourd'hui, ils cherchent l'épreuve de force en refusant les négociations. Et maintenant, nous, on veut plus. "

Plus pour " vivre décemment ", disent-ils. Plus pour compenser des années de rigueur salariale consenties alors que Peugeot traversait une passe difficile. " On ne regrette pas, ajoute Jeannette. Il fallait le faire ; mais, aujourd'hui, on compte les investissements et les bénéfices en milliards et, nous, on ne voit rien venir sur notre fiche de paie. "

L'augmentation de 1,5 % accordée par Jacques Calvet les fait sourire : pour la plupart d'entre eux, l'augmentation reste inférieure à 100. " De quoi s'acheter sept ou huit paquets de café. "

La plupart ont dix ans, voire quinze ans, de Peugeot-Mulhouse derrière eux. Et ils découvrent là leur première grève. " C'est curieux de voir des rassemblements sur les parkings, note Pierre, qui travaille à Mulhouse depuis treize ans on n'était pas habitués à cela. " Certains ont reçu des coups de téléphone de leur chef d'équipe pour les encourager à reprendre le travail. D'autres montrent aujourd'hui les premiers signes d'énervement lorsqu'ils parlent des non-grévistes : " Ils croient qu'on ne fait rien, alors qu'on est là encore plus souvent que d'habitude, souligne un gréviste ; eux, ils auront leur fiche de paie à la fin du mois et, si on obtient quelque chose, ils l'auront aussi ".

Il est minuit. Le train approche de Mulhouse. Jeannette reconnait la cimenterie d'Alkirsch, puis l'usine d'incinération d'ordures, le pont et, enfin, " la grande maison blanche ". Ils descendent leurs sacs chargés de pulls, de casse-croûtes et de " chaussures à courir ", apportées " au cas où ". " Ils ont dû profiter de notre absence pour tourner à plein, soupire un gréviste. Ils ont dû en produire, des voitures, aujourd'hui ! "...

Mr Jean-Louis Beffa, président-directeur général de Saint-Gobain, a inauguré, lundi 18 septembre à Salaise-sur-Sanne, dans l'Isère, son treizième " float " en Europe. Cette unité de production de verre plat a coûté 550 millions de francs et emploiera 120 salariés. Les 120 000 tonnes de verre produites chaque année seront acheminées dans le sud-est de la France, le nord de l'Italie et le sud de l'Allemagne, pour répondre aux besoins des filiales de Saint-Gobain implantées dans ces régions. Mr Beffa a rappelé qu'au cours des trois dernières années le groupe Saint-Gobain a investi plus de 13 milliards de francs. Cette nouvelle usine est, selon lui, la preuve qu'il " n'y a pas de fatalité industrielle française ".

On avait donc mal compris. Depuis que l'Amsterdam Rotterdam Bank (AMRO, troisième banque des Pays-Bas) et la Générale de banque (première banque belge) avaient rendu publique, le 12 février 1988, la signature d'un accord devant déboucher d'ici à 1992 sur " la création d'une entité bancaire multinationale intégrée ", on ne parlait plus que de fusion entre les deux institutions. Il apparait aujourd'hui que c'était une vision trop simpliste des choses, une interprétation erronée !

En annonçant, lundi 18 septembre à Amsterdam, que les deux banques venaient " d'opter pour une nouvelle approche de leur collaboration mutuelle ", le président de l'AMRO, Mr Roelof Nelissen, et son homologue de la Générale, Mr Paul-Emmanuel Janssen, ont en effet contesté qu'il ait jamais été question de... fusion. " J'ai toujours été opposé à l'usage de ce terme ", a rappelé le premier. Le second a insisté pour sa part sur le fait que l'accord de 1988 prévoyait " le maintien de l'identité et de l'autonomie respectives " des deux partenaires.

La convention du 12 février 1988 n'est plus aujourd'hui qu'un chiffon de papier. Les deux " anciens futurs mariés " n'excluent toujours pas de " procéder à une intégration totale ou partielle " certes, mais il ne s'agit plus que d'une " possibilité " repoussée à une date ultérieure.

Pour l'heure, les rapports entre l'AMRO et la Générale ne sont plus placés que sous le signe de la " coopération ". La nouvelle convention institutionnalise des services ou des habitudes développées en commun au cours des dix-huit derniers mois. Il s'agit notamment de la fusion de certaines succursales comme à Anvers, de la participation conjointe à des syndicats d'émission ou de la mise au point de crédits consortiaux. Le principe-clé de cette coopération est le " traitement préférentiel ou prioritaire " que chacune des deux banques s'engage à préserver aux clients de l'autre.

Le président de la Générale a par ailleurs évoqué un certain nombre de domaines nouveaux où la collaboration avec l'AMRO pourrait s'exprimer " de façon concrète : le rapprochement des systèmes de paiement, la formation des cadres et des employés ou encore la comptabilité des systèmes informatiques ". Il reste à savoir ce qui a contraint l'AMRO et la Générale à réviser à la baisse les modalités de leur alliance. Changement de stratégie ? Les deux banques disent pourtant " rester d'avis que vu leur importance individuelle et la taille limitée de leur marché domestique, une collaboration mutuelle peut fournir une contribution positive " au renforcement de leur position dans leur pays d'origine, en Europe et dans le monde.

Mais pourquoi cette collaboration a-t-elle changé aussi profondément de finalité ? La volonté prêtée à Mr Janssen de rapprocher la Générale de la Banque et Indosuez a-t-elle par exemple joué un rôle ? " Il n'y a jamais eu de négociations avec Indosuez, s'est défendu l'intéressé, et la Générale ne s'est nullement posé la question du choix entre cette banque et l'AMRO. "

Cela n'exclut pas que la banque française soit associée au tandem belgo-néerlandais dans ses secteurs qualifiés de " périphériques " par Mr Janssen. Celui-ci a cité l'exemple de la création récente par ces trois banques d'une banque d'investissements en Turquie. En fait, le président d'AMRO a invoqué "des difficultés de nature juridique et fiscale ". En l'absence d'une législation européenne en matière de droit des sociétés au sens large (statuts, organes dirigeants, représentants du personnel, droit social, impôts) " il a été impossible de trouver une forme juridique qui garantisse un équilibre à 50/50 aux deux banques".

En clair, il eût fallu que la nouvelle entité bancaire fût rattachée exclusivement à l'un des deux pays. Dans ces conditions, " l'identité et l'autonomie des deux institutions " n'auraient pas pu être maintenues. Qui, d'AMRO ou de la Générale a reculé devant de telles implications ? Aucun de leurs responsables n'a voulu le dire mais c'est bien à ce sujet que " des différences d'appréciation " sont apparues, amenant les deux banques à limiter la portée de leur coopération.

Selon Mr Janssen, un autre facteur explique le recul tactique opéré par l'AMRO et la Générale : " les opinions publiques et les marchés ne sont pas mûrs pour des opérations aussi ambitieuses que celles qui étaient envisagées ".

Néanmoins, ni l'AMRO ni la Générale ne pensent que leur renoncement à la fusion est de mauvais augure pour la construction de l'Europe financière. "L'Europe ne s'est pas faite en un jour ", a rappelé Mr Janssen avant de clore sur une note optimiste : " Ce que l'AMRO et la Générale entreprennent ensemble est significatif de 93 ! "

Le groupe commercial ouest-allemand Co-op a retiré, lundi 18 septembre, la demande de mise en règlement judiciaire qu'il avait formulée le 13 septembre (le Monde du 14 septembre). Selon le communiqué publié par la société, elle dispose " de nouveau de suffisamment de liquidités pour honorer ses engagements ".

En effet, la DG Bank (Deutsche Genossenschafts-bank) et la BFG (Bank für Gemeinwirtschaft, du groupe Aachener und Muenchener) se sont portées garantes d'un renforcement des fonds propres de Co-op à hauteur de 300 à 350 millions de DM. On ne sait pas encore si les quatres banques étrangères (Amro, Swiss Bank, Security Pacific et Svenska Handelsbanken), qui détiennent actuellement 72 % de Co-op, entendent exercer leur droit d'option prioritaire, mais si elles décidaient de ne pas participer au futur tour de table, les deux banques ouest-allemandes souscriraient à elles seules à l'augmentation de capital. Les détails du nouveau plan ne sont pas connus.

Les syndicats de salariés ont salué l'accord intervenu qui crée les conditions du maintien des quarante-six mille emplois de l'entreprise, tandis que les fournisseurs, qui avaient retiré à Co-op ses facilités de paiement traditionnelles, envisagent la reprise de relations commerciales normales. - (AFP.).

Les grévistes étant partis à Paris, le 18 septembre, l'une des deux lignes de fabrication pour la 205 a pu être relancée dans l'usine Peugeot de Mulhouse. De même, la direction de l'usine de Sochaux annonçait la reprise de la production sur l'une des quatre lignes de fabrication, celle où sont montées les 605. Dans un cas comme dans l'autre, il apparaissait que le travail était pour partie assuré par des intérimaires, actuellement sous contrat dans le groupe, et que la proportion dépassait même les 50 % sur la chaine de Sochaux.

Or, s'il y a bien un point sur lequel la législation à propos du travail temporaire est précise, c'est bien sûr le recours à des intérimaires en cas de grève, formellement interdit, justement pour éviter que ceux-ci ne soient utilisés comme des " jaunes ". L'article L 124-2-2 du Code du travail dispose en effet qu'" il ne peut tre fait appel aux salariés des entreprises de travail temporaire pour remplacer un salarié dont le contrat de travail est suspendu par suite d'un conflit collectif du travail dans l'établissement utilisateur ".

Toute la question est donc de savoir si ces intérimaires travaillaient bien, en temps normal, sur les lignes remises en marche.

Généralement représentatif de la position des banques commerciales internationales, l'Institut for International Finance, basé à Washington, a exprimé, le lundi 18 septembre par la voix de son directeur, Mr Horst Schulmann, de vives critiques à l'égard de la politique du FMI en matière de réduction de la dette.

Mr Schulmann estime en effet que le FMI a tort de laisser s'accumuler les arriérés des pays endettés auprès des banques, car ces arriérés risquent de se propager aux créances officielles. De plus, organisations monétaires internationales accordent une place trop importante à la stratégie de réduction des dettes telle qu'elle est définie par le plan Brady. Dans sa lettre aux dirigeants du FMI et de la Banque mondiale, l'Institut reconnait que les accords de réduction de dette passés avec le Mexique et les Philippines contiennent des éléments intéressants, mais indique que, dans le cas mexicain, les banques pourraient être incitées à ne pas participer à la réduction de la dette si les Etats créditeurs n'offrent pas suffisamment de garanties financières. Mr Schulmann a qualifié de " complètement irréaliste " la demande du Venezuela d'obtenir une réduction de créances atteignant 50 %.

La BNP (Banque nationale de Paris) va reprendre la Banque de Bretagne. L'accord a été donné le 18 septembre par le ministre de l'économie. L'Etat apportera 100 % des titres de la Banque de Bretagne et sera payé en titres BNP par une augmentation de capital réservée de l'ordre de 300 millions de francs.

La Banque de Bretagne, faiblement rentable (17 millions de francs de bénéfice net en 1988), avec 70 guichets et 1 100 personnes, basée à Rennes, occupe environ 3,5 % du marché (crédits et dépôts) et détient 15 % du marché des entreprises, surtout des PME. Surtout forte en Ille-et-Vilaine et dans les Côtes du Nord, elle viendra renforcer la position de la BNP, qui ne contrôle que 7 % des crédits et 3,5 % des dépôts, dans une région traditionnellement dominée (à plus de 80 %) par les réseaux mutualistes - Crédit agricole, Crédit mutuel et Caisses d'épargne.

La Banque de Bretagne avait notoirement besoin d'être recapitalisée et de s'adosser à un établissement bancaire important pour assurer sa pérennité. Le premier problème avait été résolu par la dotation en capital de 140 millions de francs accordée récemment par l'Etat. Le second avait suscité deux candidatures, celle du Crédit mutuel et celle du CIO (groupe CIC), qui présentaient divers inconvénients : renforcement du secteur mutualiste, risque de suppressions d'emplois, transgression de la doctrine présidentielle : " ni privatisation ni nationalisation "...

C'est Mr Xavier de Villeneuve, président de la Banque de Bretagne, reconduit par le gouvernement en juin dernier, qui est venu trouver la BNP en juillet dernier pour lui confier la prise de contrôle de son établissement. La BNP aidera la Banque de Bretagne à améliorer sa productivité et sa rentabilité (aucune réduction d'effectif n'est envisagée), à élargir sa gamme de produits (en matière de gestion de taux, de gestion de trésorerie...) et la fera bénéficier de son appui international. Elle garantit à l'établissement régional le maintien de son autonomie, de son réseau et de son président.

La BNP récupère du même coup une petite filiale intéressante, rachetée au début des années 80 par la Banque de Bretagne : la Banque de la Cité, très rentable, basée à Paris et spécialisée dans le financement du cinéma et des galeries d'art (dont elle est le numéro un en France). Deux secteurs qui intéressent la BNP : dans le premier, elle détient déjà à parité avec la Banque Worms, filiale de l'UAP, la société UFCA ; dans le second, elle vient de se doter d'une structure " BNP Art ", qui sera lancée début octobre, aussi bien pour faire du crédit-bail que pour créer des fonds communs de placement en Óuvres d'art destinés à une clientèle haut de gamme.

La situation demeurait bloquée, ce mardi aux usines Peugeot de Mulhouse et de Sochaux. Au lendemain de leur manifestation à Paris, à l'issue de laquelle la direction a refusé d'engager des négociations, les 1 200 grévistes qui ont fait le déplacement devaient se retrouver à la prise de poste à 13 heures. Selon le comité d'organisation CGT, CFDT, CFTC et FO, une " action spectaculaire " est prévue. Pour la direction, les rentrées du personnel se sont effectuées normalement le 19 septembre au matin. Le 18, un peu moins de la moitié de la production aurait été assurée. A l'usine Sochaux, les grévistes (2 000 selon la direction sur 23 000 salariés, 3 000 selon les syndicats) devaient manifester le 19 septembre devant le Musée Peugeot. Selon la direction, 20 % de la production (380 véhicules) ont été assurés le 18 septembre. Au centre de Peugeot, comme nous l'indique notre envoyé spécial, les grévistes s'en prennent de plus en plus à l'ensemble de la politique sociale du groupe. La CSL a réuni ses instances " afin d'envisager toutes les formes d'action qui seraient nécessaires pour amener la direction générale à ouvrir des négociations ". A la Régie Renault, le syndicat FO a annoncé que la direction avait réuni le 18 septembre les signataires de l'accord salarial 1989 (qui prévoit une augmentation générale des salaires de 2,5 %). Celle-ci a annoncé que l'augmentation de 0,5 % prévue au 1er septembre s'ajoutera à la même date à celle de 0,5 % prévue pour le 1er octobre. La hausse de 0,5 % du 1er décembre sera avancée au 1er octobre.

Pascal l'a encore en travers de la gorge. " Quand je me suis mis en grève avec les autres, le chef d'atelier m'a dit : "Fais attention, ta carrière est compromise." Un comble, qu'il me parle de ma carrière ! Après vingt ans chez Peugeot, je gagne 5500 francs, et, ma seconde prime, je l'ai attendue jusqu'à l'année dernière. Une prime royale : 45 francs par mois. ". Trente-huit ans, agent de production non syndiqué, Pascal a été choisi pour travailler sur les chaines d'où sort la nouvelle 605. " Un grand moment, dit-il. Trois semaines de stage, ou plutôt de bourrage de crâne : on nous a dit qu'on était les meilleurs, que l'entreprise comptait sur nous et que les cadences seraient moins rapides. Mais, comme par hasard, j'attends toujours d'être affecté. "

Lancée sur des revendications salariales, la grève chez Peugeot-Sochaux fait aussi remonter à la surface bien des rancÓurs. Un véritable exutoire pour des grévistes qui donnent libre cours à leurs griefs contre " la méthode Peugeot pratiquée par une hiérarchie qui (les) traite comme des robots ".

" Les chefs d'atelier appellent cela une visite de courtoisie. Lorsque l'on est en arrêt-maladie, ils viennent chez toi pour te ramener au boulot. Tu ne travailleras peut-être pas, mais au moins cela fera baisser les statistiques, et la société cotisera moins à la Sécu pour les accidents du travail. Résultat : il n'est pas exceptionnel de voir des gars avec un plâtre à côté des chaines ", affirme cet ouvrier venu de sa Bretagne natale.

Gérard, tatouages hard rock sur l'avant-bras, parle des cercles de qualité avec le plus parfait dédain. " Ça aussi, c'est une belle invention. Avant, une proposition d'amélioration technique se traduisait par une prime. Désormais, on fait la même chose mais gratuitement. Au moins les réunions permettent-elles un moment de ne plus avoir le chronométreur sur le dos. "

L'avancement au mérite ? Les grévistes de Sochaux lèvent les yeux au ciel. " C'est un moyen de chantage pour les petits chefs car ce sont eux qui les attribuent. " Les heures supplémentaires du samedi ? "Si tu viens trois semaines de suite et que, la quatrième, tu as un empêchement, tu risques de ne plus en faire du tout pendant un bon moment. "

Alors qu'il n'existe plus vraiment de " cités Peugeot " et que les magasins " Ravi " pour " ravitaillement " ont été cédés par le constructeur - ce dont bien des salariés se sont pourtant émus à l'époque, - les grévistes assurent qu'ils voient leurs dirigeants mal aimés partout, les accusant pêle-mêle de noyauter municipalité ou associations de parents d'élèves. Seul le sacro-saint Football-club de Sochaux, créé par la firme automobile, est épargné par leurs critiques.

Entourant la seule des quatre chaines de montage de Sochaux qui reste en activité, cadres et agents de maitrise affichent une sérénité à toute épreuve. " Ce véhicule vaut 200000 francs. Etes-vous prêt à le payer 400000 pour satisfaire les revendications des grévistes ? ", interroge l'un d'eux en posant son regard sur une rutilante 605 gris métallisé. Un peu plus loin, un ingénieur se désole de constater que, " obnubilés par les 8-9 milliards de profits de Peugeot en 1988, les ouvriers ne veulent pas voir que l'entreprise reste fragile. "

Selon cet ingénieur, " on ne peut pas parler de social dans une société qui est en train de sauver sa peau ". Quant aux accusations portées à l'encontre de la politique sociale du groupe, l'encadrement y voit surtout la mauvaise foi de syndicats quelque peu ringards opposés à l'avancement au mérite et se dit prêt à citer des exemples d'" abus concernant les arrêts maladie ". Un cadre administratif concède toutefois que le PDG de PSA, Mr Jacques Calvet - " un patron formidable ", par ailleurs - a " peut-être, en l'occurrence, manqué de réalisme ".

Une cinquantaine d'intellectuels polonais, catholiques, juifs athées, ont lancé, mardi 19 septembre, un appel au départ des carmélites du couvent qu'elles occupent à Auschwitz et au respect des accords signés à Genève en février 1987. Ce texte devait être publié le même jour dans le quotidien de Solidarité Gazeta (1).

"Pendant des siècles, Polonais et juifs ont vécu ensemble dans une histoire marquée par des hauts et des bas, affirme le texte. Quand on les persécutait ailleurs, les juifs ont trouvé en Pologne leur nouvelle patrie, jusqu'à ce qu'on les y persécute aussi. Les juifs ont pourtant fourni une précieuse contribution à la culture polonaise, à la lutte du pays pour l'indépendance. L'Holocauste a mis fin à cette histoire (...).

"Maintenant, ajoute le texte des intellectuels, nous avons devant nous une nouvelle épreuve qui pourrait annihiler le travail de ceux qui, depuis des années, travaillent à la fraternité des juifs et des Polonais. Le carmel à Auschwitz, symbole de la Shoah, est aussi le lieu des martyres des hommes appartenant à plusieurs nations et religions de l'Europe.

"L'intention des carmélites de prier en ce lieu d'extermination est belle et noble. Elle n'avait pas pour but de diviser les nations, mais si le résultat n'a fait qu'approfondir les divisions, il faut qu'elles se retirent, sans chercher les coupables et les responsables. De part et d'autre, sous l'effet de l'émotion, beaucoup d'arguments irresponsables et semant la discorde ont été utilisés. Il faut que cela cesse. Nous lançons un appel pour que s'arrête ce conflit, en référence aux accords signés à Genève. Notre pays traverse un moment crucial pour son avenir politique. Polonais et juifs, essayons d'accueillir cette perspective de liberté dans l'amour et la vérité ", conclut le texte.

De son côté, Mgr Glemp, primat de Pologne, a de nouveau dénoncé, lundi 18 septembre, sur Antenne 2, la " valeur juridique " des accords signés à Genève : il ne s'agissait pas selon lui d'un véritable engagement, mais seulement " d'une déclaration d'intention découlant de la simple bonne volonté des deux parties ".

Le primat de Pologne a pris à partie la presse française, qui a traité ce conflit, dit-il, " de manière partiale ". Ajoutant : " Cela nous a fait mal. Cette façon de critiquer les droits des sÓurs qui vivent tranquillement là-bas était pour moi la preuve que l'influence des centres juifs sur les médias est très grande. "

Mr Ibrahim Souss affirme qu'il se sent " un peu plus juif encore " depuis que se manifeste l'hostilité de ses futurs voisins de La Celle-Saint-Cloud dans les Yvelines (le Monde du 8 septembre). " Toute cette campagne contre moi n'est que racisme à l'état pur, souligne le représentant de l'OLP en France dans un entretien accordé au correspondant du Jerusalem Post à Paris. Non pas du racisme contre Souss de l'OLP, mais Souss l'Arabe. Je me suis toujours senti un peu juif, mais depuis cette affaire, je me sens un peu plus juif encore. "

Alors qu'il avait vainement tenté de s'installer à Rueil-Malmaison, puis à Garches (Hauts-de-Seine), avant de choisir La Celle-Saint-Cloud, Mr Souss avait vu ses futurs voisins, effrayés par " les mesures de sécurité ", signer des pétitions pour l'empêcher de venir habiter dans leur quartier. " Le racisme et l'antisémitisme sont largement développés en France, poursuit-il. Je suis persuadé que si un Israélien bien gardé avait voulu acheter une maison dans le voisinage, il aurait rencontré les mêmes problèmes de la part de ses voisins. "

Mr Ibrahim Souss ne renonce, toutefois, pas à s'installer à La Celle-Saint-Cloud. " Ultérieurement, je revendrai probablement cette maison à la municipalité, souligne-t-il. Je n'ai pas l'intention de vivre dans un environnement aussi raciste. "

Par ailleurs, SOS-Racisme se déclare " choqué " par l'hostilité des futurs voisins de Mr Ibrahim Souss. Dans un communiqué, publié lundi 18 septembre, l'association antiraciste rappelle que " la liberté de résidence est un principe élémentaire de la France. Elle s'applique à tous, sans distinction aucune ".

Mr Jean-Pierre Getti, juge d'instruction à Paris, chargé du dossier des plaintes pour crimes contre l'humanité visant Paul Touvier, ex-chef du service de renseignement de la milice lyonnaise, s'est rendu, lundi 18 septembre, à Lyon, pour y consulter les archives du diocèse. En juin dernier, le cardinal Decourtray, archevêque de Lyon, avait annoncé que ces archives seraient mises à la disposition du juge afin que celui-ci puisse recueillir " tous les éléments suffisants " sur les relations entre l'ancien milicien et l'Eglise catholique, accusée de l'avoir aidé à se cacher durant sa clandestinité.

Le juge d'instruction doit séjourner quatre jours à Lyon pour mener à bien ses investigations. En plus des archives du diocèse, il a aussi l'intention d'examiner les archives départementales et de se rendre à la synagogue de Lyon, où Paul Touvier est accusé d'avoir commis un attentat à la grenade en 1944. Il rencontrera, en outre, deux témoins : Mme Rosa Vogel et Mr Louis Goudard.

Un homme, un militaire, le lieutenant-colonel Jean-Michel Beau, en retraite de la gendarmerie depuis 1987, après vingt-six années de service, publie un livre au titre manifeste l'Honneur d'un gendarme (1). Ce livre, à la fois plaidoyer et réquisitoire, écrit par son auteur comme l'on suit une thérapie, est d'abord celui d'un soldat racontant l'effondrement de son monde, de ses valeurs, de ses amitiés. Mais il est bien plus encore une sorte de brûlot vengeur et explosif.

La lecture de l'Honneur d'un gendarme crée un sentiment de malaise. Soit il s'agit de fiction, la fiction d'une série B politico-policière, une sorte de scénario habile inspiré des ténébreuses " affaires " d'Etat. Soit il s'agit d'une réalité beaucoup plus inquiétante, le récit fidèle de l'affaire dite des Irlandais de Vincennes. Une affaire où s'est égarée en 1982 la cellule antiterroriste de l'Elysée, où se sont déchirés d'anciens compagnons d'armes, officiers et sous-officiers de la gendarmerie nationale. Une affaire enfin où a failli sombrer un homme, Jean-Michel Beau, victime pas tout à fait innocente, " coiffé d'un chapeau trop grand pour lui ", selon ses propres termes.

S'il s'agit bien de cette affaire-là, ainsi racontée, et si la mémoire de celui qui couvrit les irrégularités de procédures commises à Vincennes par le GIGN est fidèle, ce que rapporte le commandant Beau est grave. Ainsi ce récit d'une série de rencontres.

" - Regarde.

" Il me tend les P.V. des auditions des Irlandais faites au juge Verleene.

" - Tu as eu ça comment ?

" - T'occupes. Lis.

" Je suis rapidement édifié : les Irlandais contestent tout, soulignent leur non-participation à la perquisition, en discutent les résultats, mentionnent la présence de civils...

" - C'est gagné ! Qu'est-ce qu'on fait ?

" Prouteau est catégorique.

" - On fait tenir. On va pas se laisser emmerder par des terroristes.

" - Le juge ne se contentera pas de ma seule audition. Tout le monde va y passer, les OPJ, Barril, le GIGN...

" - Ne te fais pas de bile. J'en ai discuté avec le président ; il n'est pas question de laisser un petit juge emmerder des gendarmes qui font leur devoir, pour de simples détails. "

Novembre 1982, cinquième visite au " château ". " Tu devais, parait-il, obtenir que le juge se calme ", assure avoir demandé Jean-Michel Beau. Réponse de Christian Prouteau, toujours selon le livre : " Je l'ai fait. J'ai eu des assurances, via la chancellerie. Le parquet suivra de très près le dossier et est déjà intervenu pour faire discrètement passer le message. Contente-toi de réunir tes sous-officiers pour t'assurer qu'ils ne vont pas raconter des conneries. "

" Pas question ! aurait répliqué Christian Prouteau. Le président veut que tout tienne, et tout doit tenir ! "

Et ce ne sont là que quelques exemples. Autrement dit, au sommet de l'Etat, un conseiller du président de la République aurait coordonné, sinon ordonné, le mensonge, obtenant des procès-verbaux judiciaires à peine terminées les auditions, intervenant dans la marche de la justice sans hésitations. Du moins si Mr Beau dit vrai. Or il ne demande qu'une chose : que la justice, justement, ose lui dire qu'il ment. Car tout ce qui précède relève, depuis sept ans, de plusieurs informations confiées au même juge d'instruction parisien, Mr Alain Verleene, et dans lesquelles sont notamment inculpés Mr Beau, Mr Bernard Jégat, l'informateur du capitaine Paul Barril, qui assure avoir lui-même remis au capitaine les armes et les explosifs prétendument " saisis " à Vincennes, et Mr Christian Prouteau.

Indéniablement, Mr Beau cherche les ennuis. Son livre ne peut qu'aggraver ses relations déjà tumultueuses avec un juge d'instruction dont il fustige les précautions et la lenteur. Sa confession est une déclaration de guerre : à ses chefs, ces généraux et colonels " bureaucrates et conservateurs " qui l'ont lâché ; à MM Barril et Prouteau, qui l'ont laissé tout prendre sur lui, assurant que tout relevait de ses propres fautes de procédure, quand le pot aux roses fut découvert, en juin 1983 ; au président de la République lui-même qui, en septembre 1987, lors de l'inculpation de Mr Prouteau, osait un éloge appuyé de celui-ci " un homme extraordinaire ", " le prototype de ce que notre armée peut produire ".

La loi du genre est que l'on règle des comptes. Mais il n'y a pas que cela. Toutes les affaires où l'Etat s'est placé hors jeu, ignorant ses propres règles, ont ceci de commun qu'on y croise des seconds rôles qui tombent de haut, écrasés par ce qu'ils avaient servi, livrés à eux-mêmes, au ressentiment et au désarroi, quand ce n'est pas - et ce fut le cas du commandant Beau - à la dépression. Aujourd'hui, il en sort par la grâce de la confession, en vidant sans précaution son sac. Sans se donner pour autant le beau rôle. Son credo tient en trois points : 1) oui, il a en toute conscience couvert les irrégularités de procédure de Vincennes, en croyant agir au nom d'une suprême "raison d'Etat"; 2) non, il ne l'a pas fait seul : Mr Prouteau savait tout; 3) non, il ne savait pas que les pièces à conviction avaient été, en fait, déposées préalablement dans l'appartement par le GIGN.

Et il est indiscutable que MM Prouteau et Barril présentèrent à ce brillant officier, en passe alors de prendre la tête de la plus importante unité de police judiciaire de la gendarmerie, l'opération de Vincennes comme un secret d'Etat, comme un dossier directement suivi par le président lui-même. "L'affaire est top secret. Le président ne souhaite pas qu'on en parle avant." "Tu n'avertis absolument personne, ni parquet ni hiérarchie... avant que je te rappelle (...) Je vais contacter le président à Latché pour lui rendre compte." "Je viens d'avoir le président. Il est très content, il vous félicite, il va faire un communiqué à la presse" : autant de phrases que Mr Beau assure avoir entendu de la bouche des deux "supergendarmes", le 28 août 1982, à Vincennes.

L'aspect le plus passionnant de ce récit est la quête de son auteur pour savoir, pour comprendre à quel point il fut " naif ", ou plutôt aveugle. Avec des ruses de Sioux, il localisera lui-même l'informateur du capitaine Barril, livrant en 1985 au juge d'instruction son adresse par un télégramme anonyme. Il ne tait rien de ses contacts, avec d'autres gendarmes mais aussi avec des journalistes, dont ceux du Monde et du Canard enchainé. Une fois n'est pas coutume, la source de quelques scoops se dévoile elle-même : c'est en effet le commandant Beau qui fit " fuiter " dans nos colonnes tel ou tel document indûment classés " secret défense ".

En ce sens, ce livre est vrai. Sans doute Mr Beau aura-t-il droit à une vigoureuse contre-attaque de ceux qu'il accable. Mais peu lui importe : il aura dit sa vérité, en espérant que, faute d'un tribunal, ce livre lui rende justice. Au passage, il aura, pour la petite histoire des faces cachées de l'Etat, laissé un témoignage utile. Car cette affaire, qui fut aussi celle de la chute d'officiers de gendarmerie ayant compromis, dans l'aventure, l'arme toute entière, son image et son entregent, permet de comprendre nombre d'aspects de la récente grogne des gendarmes. Ce fut en quelque sorte une première alerte. Toutes les leçons n'en furent pas tirées à temps. Et Mr Beau, de ce point de vue, reste à mi-chemin, proclamant toujours son inébranlable fidélité à une institution qui a pourtant brisé sa carrière et saccagé sa vie.

Alors qu'elles ont presque toutes créé un service environnement, les grandes entreprises préfèrent recruter des généralistes et les former par la suite.

PARADOXALEMENT, alors que l'emploi et la protection de l'environnement figurent en tête des préoccupations des Français, les études portant sur les liens entre ces deux secteurs sont très peu nombreuses. Si l'on ne compte plus les enquêtes sur les " milliards de l'industrie verte ", rares sont celles qui se risquent à évaluer l'impact de ces investissements sur le marché du travail. Certes le secrétariat d'Etat à l'environnement estime que les 93,4 milliards consacrés en 1987 à l'" économie de l'environnement " ont généré directement ou indirectement 349 000 emplois, mais les responsables du service statistique ont l'honnêteté de reconnaitre que la dernière étude approfondie dans ce domaine remonte à... 1977.

Malgré certaines approximations, quelques tendances se dégagent. Ainsi les éco-industries, c'est-à-dire les industries directement liées à la protection de l'environnement, emploient 90 000 salariés, soit moins que les administrations (123 000 personnes). Autre fait marquant : en 1987, l'environnement a occupé 60 000 " tucistes ", soit 18,5 % du nombre total de stages TUC.

Par secteur d'activité, l'adduction, l'épuration et l'assainissement des eaux emploient plus de 161 000 salariés, loin devant les secteurs des déchets (98 000), du bruit (25 000) et de l'air (15 000).

Mais ces chiffres occultent un phénomène essentiel qui les relativise. Depuis que l'écologie est devenue un thème à la mode et que les autorités de Bruxelles ont décidé d'en faire un de leurs chevaux de bataille, les grands groupes industriels, en particulier chimiques, créent des divisions Environnement et prennent le problème à bras-le-corps. Tirant les conséquences des catastrophes de Bhopal, Seveso, Bâle ou de l'usine Protex de Nantes, les multinationales font de nécessité vertu et multiplient les initiatives pour améliorer leur environnement ainsi que la sécurité des salariés et des riverains.

" Les industriels les plus importants ont enfin compris qu'ils avaient un problème d'image de marque et qu'il était difficile de faire admettre à la population qu'un médicament bon pour la santé puisse tuer des milliers de poissons ", résume crûment un responsable du secrétariat d'Etat à l'environnement. Quelles que soient leurs arrière-pensées, ceux qui ont longtemps estimé que les problèmes de pollution étaient du ressort de l'administration tentent aujourd'hui de considérer l'environnement comme un gage de progrès et non plus comme une contrainte.

Pourtant, bien que ce phénomène existe depuis plusieurs années, personne n'est en mesure de le quantifier. " Nous ne savons pas combien de chercheurs travaillent sur les éco-produits ni combien de salariés s'occupent directement de l'environnement dans les entreprises ", reconnait Mr Marc Aviam, responsable des études économiques au secrétariat d'Etat à l'environnement. Pour sa part, l'Union des industries chimiques (UIC) estime que 3 % à 5 % des 266400 salariés de ce secteur sont chargés des problèmes de sécurité ou d'environnement. Se trouverait-on face à un gisement d'emplois encore inexploré ? Beaucoup en doutent car les industriels qui dans d'autres secteurs se plaignent de la pénurie de spécialistes réclament ici des généralistes.

Sur les 1200 personnes employées par la direction Qualité, Sécurité, Environnement de Rhône-Poulenc, quatre-vingt seulement sont spécialistes de biotechnologies, de mécanique des fluides ou de problèmes tels que la simulation de dispersion de nuages ou la décomposition de produits au feu. Et encore, ces ingénieurs sont le plus souvent recrutés à la sortie d'écoles où ils ont reçu une formation générale.

Rhône-Poulenc, comme les autres industriels, préfère tester sur le terrain la plupart de ceux qui seront choisis pour être spécialistes de ces questions. " Les universitaires hyper pointus ont du mal à se faire embaucher, car les entreprises se demandent ce qu'elles en feront une fois que leurs compétences auront été utilisées. De plus, ces spécialistes sont encore considérés comme des écolos ", remarque-t-on au secrétariat à l'environnement. Pour les grandes entreprises, le profil idéal consiste donc à présenter un diplôme d'ingénieur ou de technicien supérieur qui a donné lieu à quelques dizaines d'heures de formation à l'environnement. Ce type de cursus existe. On en recense une cinquantaine dans les écoles d'ingénieurs et quatre-vingt-dix au niveau bac + 2.

Dans quelles directions s'orientera la recherche dans les années à venir ? Pour Mr Gérard Vuillard, directeur qualité, sécurité, environnement chez Rhône-Poulenc (cf. encadré page 51), les ingénieurs familiarisés au problème phonique seront très recherchés ainsi que les toxicologues capables de mesurer la toxicité des produits.

D'autres domaines sont également porteurs : en particulier, l'incinération et le retraitement des déchets ainsi que le traitement des odeurs, un secteur encore largement en friche. Les professions techniques ne sont pas les seules concernées. Grâce aux réglementations nationales et internationales de plus en plus complexes, les juristes spécialisés dans le droit de l'environnement ne risquent pas de subir les affres du chômage.

Si un " diplôme ès écologie " ne constitue pas encore la voie royale pour entrer dans une entreprise, passer quelques années dans le service Environnement devient un avantage non négligeable pour gravir les échelons internes. " Il y a encore dix ans, la direction Sécurité-Environnement constituait une voie de garage. Maintenant, c'est un tremplin. On y affecte les ingénieurs à haut potentiel. Pour devenir directeur d'usine, être passé par cette filière constituera bientôt un critère important ", estime Mr Vuillard, qui rappelle que plus de 20 % des investissements industriels de son entreprise sont consacrés à la sécurité et à l'environnement.

Les formations initiales consacrées uniquement à l'environnement n'ont pas encore convaincu les industriels français. Mais ceux-ci se tournent avec beaucoup moins de réticence vers la formation continue. " Il ne faut pas parler d'environnement aux dirigeants d'entreprise, mais leur expliquer que tout développement technologique crée un risque et que, pour maitriser ce risque, il faut d'abord le reconnaitre et vouloir en assurer la gestion ", explique Mr André Pavia, professeur à l'université de Montpellier et responsable du programme européen Comett de maitrise des risques technologiques. Pour cet enseignant, leur gestion impose une réponse à la fois technique, économique, juridique et sociale. " Le risk management est un acte total qui dépasse forcément la compétence des généralistes ", estime-t-il.

Grâce aux subsides de la CEE, Mr André Pavia organise donc depuis deux ans des séminaires européens de formation où se rencontrent des universitaires, des industriels et des hauts fonctionnaires. Visiblement, ces rencontres de travail répondent à un véritable besoin. Le nombre des participants approche presque toujours la centaine et, à la mi-octobre, trois cents personnes plancheront à Berlin sur le transport, le stockage et le traitement des déchets toxiques et dangereux.

Parallèlement à ces formations destinées aux grandes entreprises, les autorités de Bruxelles ont décidé de soutenir le Centre européen de la formation à la gestion de l'environnement et des ressources naturelles, une réalisation de la chambre de commerce et de l'industrie du Vaucluse. Objectif des responsables de ce centre ouvert depuis le début de l'année : inciter les responsables des PME du bassin méditerranéen à prendre en compte la dimension de l'environnement. Pour le moment, cette prise de conscience est limitée mais, en France, le secrétaire d'Etat à l'environnement reçoit de plus en plus de demandes de renseignements venant des PME-PMI. Un créneau d'emplois potentiels pour les éco-conseillers et les ingénieurs-conseils en environnement.

C'EST, dans certains secteurs d'activité, une obligation : il faut se donner l'allure " surfeur ", qui navigue d'entreprise en entreprise, sans jamais penser à la noyade. La publicité, l'informatique, les sociétés de conseil obéissent à ce rituel. Les jeunes cadres passent d'Avenir à Publicis et de Bernard Krief à Promo 2000. Ainsi de suite, tous les deux ou trois ans.

D'autres, au contraire, vivent en complète autarcie. " Quitter une grande banque pour une autre est considéré, dans les milieux financiers, comme une trahison, lâche-t-on à l'Association pour l'emploi des cadres (APEC). Interprétation stricte en quelque sorte, des " gentleman's agreement " qui interdisent de venir débaucher sur les terres du concurrent.

" Il est rare ainsi de voir un proctérien intégrer Unilever " remarque une chasseuse de têtes. La culture d'entreprise est trop forte. N'oubliez pas non plus que certaines multinationales ont, en bout de chaine, des filiales communes. Comment dans ces conditions débaucher sans complexe ? "

Le problème devient crucial lorsque deux entreprises se départagent un marché, comme c'est le cas pour Peugeot et Renault. " Impossible d'imaginer un responsable de bureau d'études de Billancourt venir travailler chez Peugeot. Même s'il respecte les clauses de non-concurrence, il lui arrivera très naturellement d'aller diner chez l'un de ses nouveaux collègues, et là, le risque existe. "

Le deuxième emploi obéit à certaines règles, même si, comme l'indique ce responsable de l'APEC, " il y a autant de cas d'espèce que de filières ". Les jeunes diplômés s'engouffrent parfois trop rapidement dans des rues qui se révèlent par la suite être des sens uniques.

Conseil no 1 : faire attention à la taille de l'entreprise. Les cadres choisissent de préférence un grand groupe " à la réputation solide " pour rebondir ensuite dans une " entreprise petite ou moyenne qui paiera mieux ".

L'inverse est excessivement rare. " A moins, indique ce responsable d'une association d'anciens élèves, d'avoir comme premier employeur une PME très pointue et leader sur son secteur. "

Deuxième règle : éviter les filières réputées comme incompatibles. " On ne commence pas chez McDonald pour poursuivre à Air Liquide, et on ne passe pas de Framatome à Casino, constate un consultant. Les mondes sont trop différents. "

Tout jeune qui souhaite se vendre une deuxième fois a trois atouts en mains : ses connaissances du produit, du marché et de la fonction. Il n'est pas bon de changer les trois en même temps. " C'est simple, un chef d'entreprise fait confiance à quelqu'un qui a fait, mais pas à quelqu'un qui n'a pas fait ".

Le choix de la première fonction est donc décisif et peut fermer des portes. Un principe de base : débuter si possible par la " technique " qui ouvre un champ très large de possibilités de carrière.

La production mène à la gestion. L'inverse est faux. " Il suffit d'étudier, confirme ce consultant de PCM Europe, la dispersion d'une cohorte d'ingénieurs sur dix ans. Très peu d'entre eux travaillent en laboratoires ou en centres de recherche. En revanche, le nombre de gestionnaires est impressionnant. "

Pour éviter toutes ces déconvenues, il reste la solution du deuxième emploi au sein de la même entreprise. Une mobilité interne qui trouve de plus en plus grâce aux yeux des spécialistes : " Je vois tous les jours des jeunes qui sont mécontents. Ils s'ennuient ou sont déçus par leur poste dont ils ont vite fait le tour. J'ai fait un petit sondage. 90 % d'entre eux n'osent pas aller voir leur directeur général pour lui poser cette question toute simple : J'ai fait mes preuves, qu'est ce que vous avez à me proposer ? Ils ont tort. "

Surtout que, là aussi, des recettes existent. Comme demander à travailler avec l'étoile montante du groupe.

Le cadre doit, quoi qu'il en soit, se montrer vigilant car " la société fait des plans de carrière pour elle, mais pas pour les candidats ".

Les vingt premiers éco-conseillers de France sortiront de l'Institut d'éco-conseil de Strasbourg fin octobre. Recrutés au niveau bac+4, ils ont reçu une formation théorique et pratique d'un an centrée autour de la gestion de l'environnement. Salariés d'une collectivité locale ou d'une association, leur rôle sera de sensibiliser le public à ces questions et de répondre à ses attentes. L'Institut d'éco-conseil, financé par le Fonds social européen et le Conseil régional d'Alsace, est à ce point convaincu du succès de son initiative que les deux prochaines promotions compteront quarante élèves chacune. Il est vrai qu'on recense actuellement 400 éco-conseillers dans la CEE et que, dans certains pays comme la RFA, les entreprises constituent l'essentiel de leur clientèle.

Les infirmières de la Coordination nationale se sont donné deux rendez-vous nationaux, le 12 et le 21 octobre, pour faire savoir au gouvernement que le mécontentement règne toujours au sein de la profession.

Réunies en assemblée générale samedi 16 septembre, les infirmières ont repoussé des motions proposant des journées de grève nationales successives pour en adopter trois autres jugées plus réalistes. Si l'on constate toujours une insatisfaction sur les accords qui ont mis fin au conflit de l'automne dernier, le climat n'est pas, du moins actuellement, au redémarrage d'un mouvement dur comme celui de l'an passé.

A la demande de représentants de nombreux hôpitaux de province, la Coordination a décidé de préparer cet automne des actions médiatiques spectaculaires et décisivesainsi qu'" un immense rassemblement de la profession le 12 octobre à Paris ". Ce rassemblement national concernant strictement les infirmières devrait être suivi d'une journée d'action, le 21, élargie à toutes les professions de la santé : les coordinations de kinésithérapeutes, d'ergo-thérapeutes, les psychomotriciens, les aides soignants et les agents de service ont en effet déjà fait savoir qu'ils appelaient ce même jour à une grève nationale et à une manifestation.

La coordination a prévu par ailleurs que, à partir du 2 octobre, les infirmières dénonceront quotidiennement " les scandales des sous-effectifs et leurs conséquences sur la qualité des soins et les conditions de sécurité ". Ce problème des effectifs (la désertion dans la profession et la pénurie de candidats aux écoles d'infirmières) est passé au premier rang des préoccupations.

Parmi les autres revendications figurant dans la charte adoptée lors des états généraux de l'été dernier à Paris, se trouvent, entre autres, la semaine de 35 heures (32 pour les services de nuit), une hausse salariale de 2 000 francs pour tous, le paiement à 100 % des dimanches et jours fériés, un treizième mois, la reconnaissance du diplôme d'infirmier psychiatrique comme diplôme d'Etat...

L'avenir de la coordination a fait l'objet d'un débat très vif, mais court, l'assemblée repoussant tout projet pouvant modifier les statuts actuels de l'association. Pour la majorité des infirmières présentes, la force de la Coordination réside dans son originalité : un regroupement quasi informel de syndiqués, non-syndiqués, associés et non-associés. Toucher à cette originalité serait la rendre vulnérable.

Conscient de l'insatisfaction régnant toujours au sein de cette profession, Mr Claude Evin, ministre des affaires sociales et de la santé, ne cesse d'affirmer que le dossier santé n'est pas clos. Vendredi 15 septembre, il a rendu publique une circulaire qui clarifie le rôle propre de l'infirmière figurant dans la loi du 31 mai 1978 et le décret du 17 juillet 1984. Définition qui fait l'objet de frictions entre les infirmières et les aides-soignantes ou les infirmières et les médecins. Dans la circulaire, Mr Evin souligne que " les aides-soignantes et les auxiliaires de puériculture, au sein des établissements hospitaliers, travaillent en étroite collaboration avec les infirmiers et les infirmières qui les encadrent et qui peuvent leur confier des tâches relevant de leur rôle propre ". Il rappelle les éléments que doivent comporter les dossiers des infirmières sur les patients et suggère qu'une partie de ceux-ci soient transmis aux médecins traitants.

Mr Evin précise surtout que " les prescriptions médicales doivent être clairement formulées et les ordonnances signées par les médecins ". Une démarche qui semble aller de soi mais que les médecins répugnent à respecter complètement, certains n'hésitant pas à communiquer leurs prescriptions par téléphone, ce qui laisse peser sur les épaules des infirmières des responsabilités allant au-delà de leurs fonctions.

IL y a un marché du premier emploi pour les jeunes diplômés qui retient toute l'attention. Les professeurs des grandes écoles l'évoquent volontiers auprès de leurs élèves, quand ils ne jouent pas le rôle de " rabatteurs ", s'ils travaillent eux-mêmes dans une grande entreprise. Les groupes commerciaux et industriels viennent sur les campus, parfois avec des stands, pour y vanter leurs mérites et attirer une partie des futures promotions. A longueur d'année, leurs " sergents recruteurs " multiplient les tentatives d'approche, et les journaux regorgent de ces publicités dites " institutionnelles " par lesquelles les ténors de l'économie entretiennent une image flatteuse, propre à séduire des surdoués qui pourraient venir faire carrière chez eux. Les médias, eux aussi, évoquent dans de multiples numéros spéciaux ce passage du jeune diplômé à la vie active et collectionnent les conseils.

Tout cela est connu, inventorié. En revanche, on ignore pratiquement tout des premiers pas de ces mêmes jeunes, si convoités, dans l'exercice d'une profession et dans la phase de découverte de l'entreprise. Ces quelques années demeurent secrètes.

De la même manière, on ne prête guère attention au marché du deuxième ou du troisième emploi, tout aussi important que celui du premier. Surtout, on se préoccupe peu de la façon d'aborder cet autre tournant que constitue, pour un jeune, le choix de quitter son premier employeur.

Or, et tous les spécialistes du recrutement le disent, cet acte décisif dans une nouvelle carrière est primordial, plus déterminant encore que l'entrée dans un premier emploi. " On peut se tromper une fois, pas deux, affirment-ils. Après une expérience et une immersion, il faut commencer à construire un projet, un profil, qui influencera la suite. Il n'est plus temps de commettre des erreurs. "

Le plan de carrière ou les objectifs se définissent à cette occasion. Il faut apprendre à jouer des complémentarités et donner à voir l'ébauche d'un curriculum vitae construit, élaboré, et donc les promesses d'un parcours réfléchi, poursuivent ces mêmes spécialistes, sensibles à la personnalité qui se bâtit. Mais il y a aussi, sous-jacent dans le choix du deuxième emploi, le risque du dérapage qui ne se rattrapera que difficilement, la menace de la confirmation d'un naufrage potentiel ou la persistance dans une mauvaise orientation. Autant d'indices qui s'interprètent comme des fautes et qui deviendront à leur tour des handicaps. Des départs ratés dans la vie professionnelle peuvent se transformer en une succession d'échecs, même si l'on était doté, à l'origine, des meilleures chances.

Ils sortent de ces écoles que les recruteurs classent en groupe A, celui du " premier choix " : HEC, ESCP, ESSEC et ESC Lyon pour les écoles de commerce ; Polytechnique, Centrale, Mines, Ponts et chaussées, Centrale Lyon, Arts et métiers, Supélec et Télécoms pour les ingénieurs. Brillamment diplômés, ils ont moins de trente ans et représentent la cible préférée des sociétés les plus prestigieuses, qui tentent, toutes, de se les arracher. Pour les découvrir, le Monde et Média-PA ont demandé à DSA-Marketing de réaliser, auprès de ces jeunes cadres, diplômés des grandes écoles, un sondage exclusif. Sur trois mille questionnés, 675 ont répondu, la plupart acceptant d'être à nouveau contactés pour poursuivre l'étude, preuve de l'intérêt et de l'originalité de l'enquête dont nous publions aujourd'hui les principaux résultats. On le verra, ceux qui constituent la future élite des entreprises françaises n'ont pas spécialement froid aux yeux. A défaut d'avoir arrêté une stratégie, ils fonctionnent avec des certitudes. Ce qui ne les empêche pas de réussir avec insolence ou de nourrir des projets audacieux. Mobiles et déjà très bien rémunérés, ils ont l'assurance de ceux qui ne doutent plus de rien et surtout pas de leurs capacités. Parce qu'ils ont acquis la preuve que tout leur est possible.

INGÉNIEURS ou " commerciaux ", le profil des meilleurs jeunes diplômés ne souffre pas la demi-mesure et laisse peu de place à l'hésitation. Il n'y a pas de doute possible : nous sommes bien dans le groupe des gagnants.

Réalisé par DSA-Marketing, pour le compte de Média-PA et du Monde, le sondage brosse en effet un portrait tranché d'une population à peine sensible à l'introspection et bâtie sur le même modèle. Quand il y en a, les différences sont marquées par l'école d'origine, commerciale ou scientifique, qui détermine les destins et forge les comportements.

Ensemble, ils sont à ce point mobiles, et peut-être pressés de réussir, qu'ils changent continuellement d'entreprise. La plupart en sont à leur deuxième ou troisième emploi après quelques années de carrière, et un quart des commerciaux quittent leur premier employeur dès la première année de travail. Deux ou trois ans dans un poste, c'est un maximum, et ils ne sont pas décidés à s'éterniser. A part quelques irréductibles de l'emploi à vie, qui envisagent de rester dans une seule et même entreprise, ils auront pratiquement tous abandonné leur emploi actuel dans les cinq ans à venir. Là encore, les commerciaux tiennent encore moins en place que les ingénieurs.

Le phénomène de rotation atteint de telles extrémités qu'on peut s'interroger sur le sens de cette frénésie et, surtout, se demander si les entreprises ne font pas fausse route avec leur communication. Pourquoi les grands groupes continuent-ils à vanter auprès des jeunes une possibilité d'y faire carrière qui, manifestement, ne les enchante guère ? Le culte de l'entreprise ne passe pas. Des thèmes à la mode comme le projet ou la culture d'entreprise ne correspondent pas à une réelle attente, au moins chez ces recrues d'exception.

En revanche, l'engouement actuel pour les métiers liés à la banque, aux services financiers ou aux activités des cabinets de conseil et d'audit prend des proportions surprenantes. Manifestement, ces professions exercent une véritable fascination. Nombre de commerciaux sont logiquement attirés (un sur quatre dans les services et conseil, un sur cinq dans les banques ou les finances), mais les ingénieurs sont également alléchés (15,5 % en services et conseil). A la faveur de la sophistication croissante des produits financiers, il est vrai que les spécialistes recherchent des forts en maths. D'ailleurs, ils les paieront mieux que les diplômés des écoles de commerce.

Ceux-ci se laisseront séduire, au risque d'accélérer le mouvement de défection des sortants des écoles d'ingénieurs pour les métiers de l'industrie ou de la recherche. De 20 à 25 % des jeunes ingénieurs travaillent dans un secteur d'activité qui n'a aucun rapport avec leur formation et 25 % occupent une fonction qui en est éloignée.

Perdus définitivement pour ce qui n'est plus leur " vocation ", à l'évidence, ou ne l'a peut-être jamais été, ces transfuges seront tôt ou tard rejoints par d'autres. Un tiers de ceux qui ne sont pas satisfaits de leur premier choix de carrière dans une entreprise - rares, tout de même - lorgnent également vers les services et le conseil, tandis que d'autres rêvent de l'information, de l'édition et de la communication. Disposés à modifier leur orientation, " si c'était à refaire ", 36 % de ces ingénieurs auraient opté pour des professions hors de leurs compétences acquises.

Ils sont de toute manière nombreux (plus d'un tiers) à vouloir entrer dans un secteur d'activité " hors ingénieur " lors de leur prochain changement de poste et sont 32,7 % à souhaiter une fonction extérieure à leur savoir-faire d'origine. Quand ils évoquent leurs projets, ils ne sont plus que 47,2 % à se voir comme de purs ingénieurs dans leur second emploi. Ce qui revient à dire que, l'environnement aidant, les écoles scientifiques ne fournissent plus à l'industrie et à la recherche les promotions dont celles-ci ont besoin. On touche là le paradoxe d'un système de sélection. La France, on le sait, ne produit déjà pas assez d'ingénieurs...

Une autre caractéristique de la population observée tient dans l'absence de stratégie de carrière, au moins avouée. Environ 27 % seulement déclarent en avoir une et, plus significatif encore, plus d'un quart ne savent que répondre quand on leur demande quelle serait leur ambition dans dix ans.

En fait, il semblerait bien que, ayant parfaitement conscience de leur position privilégiée, ils n'aient pas besoin de s'encombrer - à cet âge, du moins - de ces calculs. Sans avoir à réfléchir à un plan, et les moyens de parvenir à leurs fins, ils ont acquis la certitude que, quelques règles étant respectées, ils connaitront une réussite qui ne les a jamais abandonnés.

Pour l'essentiel, ils sont donc satisfaits de leurs premiers choix, qui ne doivent sans doute rien au hasard, et n'affichent pas de regrets à propos de leurs premières fonctions, sauf ceux qui sont allés vers l'énergie, le textile et l'habillement ou le matériel de transport. Aux deux tiers, ils savent que le deuxième emploi est plus décisif que le premier, mais ils lui attribuent certainement davantage la valeur d'une expérience complémentaire, au même titre que la formation qu'ils envisagent le plus souvent d'entreprendre pour élargir le champ de leurs capacités. Tandis que 14,7 % des commerciaux s'orientent alors vers les connaissances juridiques et fiscales, les ingénieurs cherchent massivement à compléter leur palette dans l'idée de devenir des dirigeants. Ils pensent obtenir des diplômes pour la gestion et la finance, et il n'y en a guère que 9 % pour vouloir approfondir la gestion de projets ou pour améliorer leur savoir technique. Dans un cas comme dans l'autre, la notoriété de certaines formations est manifeste, telle celle de l'INSEAD.

Ayant généralement commencé leur vie professionnelle dans des ensembles de plus de dix mille salariés, ils n'éprouvent pas le désir de se maintenir dans de grandes structures. Bien au contraire, une tendance les oriente vers les PME ou la direction des petites équipes, dans une filiale ou un centre de profit, où l'on pourra se croire plus autonome.

Déjà, 4,8 % des commerciaux sont PDG ou gérants d'entreprises qu'ils ont créées ou reprises, mais, à échéance de dix ans, ils sont 18,2 % à vouloir diriger une PME et 13 % à souhaiter être maitres dans leur secteur. Sont moins nombreux ceux qui se projettent dans l'orthodoxie : 11,2 % s'imaginent directeurs financiers. A peine plus frileux, les ingénieurs aspirent, pour 11 % d'entre eux, à prendre la tête d'une PME et, pour 15 %, à mener une petite équipe. Là encore, un sur dix seulement souhaite devenir patron d'un bureau d'études, la reconnaissance sociale étant sans doute très faible dans la fonction d'expert.

Avec l'air du temps, on trouve des explications psychologiques à ces attitudes. Nantis et ne doutant de rien, les jeunes diplômés sont persuadés qu'ils peuvent progresser sans avoir à supporter trop longtemps les rites de l'initiation au sein d'un mastodonte. Ils ne prévoient rien mais savent qu'ils doivent impérativement bouger pour rester dans la course. Les attraits de la grande entreprise leur sont assez étrangers puisqu'ils ne se décident pas en fonction de sa renommée, de sa position prédominante sur le marché ou de l'excellence de ses résultats financiers.

Par contre, ils mettent en avant l'autonomie dans le travail, l'ambiance et l'ouverture internationales quand ils définissent les critères qu'ils utiliseront lors du choix de leur prochaine entreprise. Individualistes, égocentriques sans doute, ils ne s'encombrent pas des fidélités de leurs ainés ou ne se laissent pas séduire par le discours sur la performance. Ce qui ne les empêche pas d'être sévères, à l'occasion, à propos de certains secteurs qui ont, décidément, une bien mauvaise image. Les assurances et la grande distribution, notamment, ne parviennent pas à les attirer malgré les efforts déployés.

Tout en affirmant, pour pratiquement deux sur trois d'entre eux, que leurs décisions de carrière ne sont pas influencées par leur conjoint, la vie familiale domine toutes les autres valeurs-clés auxquelles ils se référeront encore dans dix ans. Un quart d'entre eux la classent en tête, même si l'intérêt pour le travail est formulé avec véhémence par les ingénieurs, particulièrement quand ceux-ci tiennent à exercer leur métier comme un sacerdoce et qu'ils sont relativement mal payés dans les bureaux d'études et la recherche.

Encore dans la première partie de leur vie professionnelle - les ingénieurs ont en moyenne un peu plus de vingt-sept ans, et les commerciaux un an de moins, - les jeunes diplômés donnent aussi l'impression de devoir ronger leur frein, en attendant mieux, et d'être encore dans la phase où ils se conforment au rôle qu'on entend leur faire jouer, sans pour autant renier leur esprit critique.

Par exemple, 20,7 % des commerciaux et 38,3 % des ingénieurs estiment que leurs fonctions ne correspondent pas aux compétences acquises pendant leur formation. Mais ils considèrent malgré tout que leur niveau de connaissances est actuellement supérieur ou égal à celui qu'ils avaient à leur sortie de l'école. Leur enthousiasme et leur imagination, disent-ils, se sont un peu écornés au contact de l'entreprise mais ils prétendent y avoir gagné en compétence et en efficacité.

D'ailleurs, 24,8 % des commerciaux et 26 % des ingénieurs reconnaissent après coup qu'il y avait un décalage entre la réalité du poste offert et la présentation qui leur en avait été faite par l'employeur, le responsable de l'embauche ou le cabinet spécialisé. Plus de la moitié des ingénieurs et 45 % des commerciaux voudraient être sélectionnés par un de leurs pairs, connaissant bien la fonction, et donc par un cadre supérieur polyvalent plus âgé. On peut supposer que les erreurs commises accélèrent encore la tendance à un " turn over " déjà fort.

Est-ce pour toutes ces raisons que les jeunes diplômés, enfants chéris du recrutement, n'ont décidément pas froid aux yeux quand il est question de salaire et d'avenir ? Plus que les petites annonces, toujours en deuxième position, les commerciaux aiment à être contactés par les cabinets ou les chasseurs de tête - prestige oblige - et les ingénieurs préfèrent la démarche de la candidature spontanée - proche de la cooptation. On retrouve des différences financières entre les deux catégories, mais à partir de bases extraordinairement élevées. Les 22 000 F annuels qui séparent les uns des autres, en moyenne, s'expliquent par une mobilité plus accentuée et par le détachement plus grand d'ingénieurs qui se passionnent pour leur métier, apparemment moins lucratif. Les progressions de revenus en cinq ans accentuent le décalage, au rythme des changements d'emploi manifestement, en faveur des commerciaux, qui l'améliorent de 75 % contre 60 % aux ingénieurs, mais les sommets atteints ne manquent pas de surprendre.

Dans le détail, on constate que la surenchère des salaires provient de certains secteurs d'activité ou de fonctions, tels que les banques et les finances, et que les diplômés d'écoles d'ingénieurs qui y travaillent bénéficient alors d'une surprime, à son tour capable d'expliquer leur fuite vers ces métiers nouveaux. En moyenne, un ingénieur gagne 296 000 F par an dans ce secteur, contre moins de 190 000 F dans la mécanique. Toujours en moyenne, un ingénieur qui intervient sur les marchés financiers touchera 304 619 F par an, contre 271 615 F pour un commercial, mais obtiendra 197 000 F s'il se consacre à la recherche ou s'il travaille dans un bureau d'études.

Comme dans toute enquête, DSA-Marketing a découvert l'existence de cas limites tout à fait éloquents. Un polytechnicien de vingt-sept ans, qui en est à son deuxième emploi et annonce cinquante-cinq heures de travail hebdomadaires dans les services financiers, prétend avoir un revenu annuel de 1 million de francs, avec les primes. Du même âge, un autre X, devenu chercheur, se satisfait de 72 000 F annuels, parce qu'il aime ce qu'il fait.

Trois anciens de l'ESCP claironnent leur réussite. Gérant de PME, vingt-huit ans, l'un affiche 900 000 F annuels après cinq années de vie professionnelle et veut être dirigeant d'un groupe de sociétés. Pour son deuxième emploi dans la finance, à vingt-quatre ans, l'autre déclare 600 000 F bruts pour quarante-cinq heures par semaine. Il se voit chef d'entreprise. Célibataire, à son troisième emploi depuis cinq ans, également dans la finance, le dernier ne se satisfait pas de ses 600 000 F annuels. Il compte bien progresser de 50 % avec son prochain poste et se voit... " riche " dans dix ans.

En règle générale, les autres sondés ne sont pas vraiment moins exigeants. Une augmentation de 20 % à 30 % à l'occasion d'un changement d'emploi leur parait normal, quand ils ne pensent pas à davantage. S'ils n'ont pas de plan de bataille, leur ambition est donc énorme et l'on peut raisonnablement se demander ce qu'il adviendra d'eux quand ils auront quarante ou, pis, cinquante ans. A ce rythme, ils deviendront inaccessibles ou plafonneront, rattrapés par la nouvelle génération de diplômés. Il y aura peut-être des déconvenues.

Est-ce pour se prémunir de cette menace que deux diplômés de l'ESCP se proposent de devenir... " rentiers " dans dix ans ? Dans un livre récent, intitulé la France travaille trop(1), Mr Jacques Marseille, membre du jury d'HEC, préconisait aux ex-jeunes loups d'arrêter leur carrière à quarante-cinq ans et de vivre de leur patrimoine, conseils fiscaux à l'appui. " Vous serez heureux et éviterez l'infarctus, dit-il. Et, ainsi, vous libérerez des emplois pour d'autres. "

Avant d'en profiter dans une préretraite d'une extraordinaire précocité. De cette façon, tous les surdoués auraient l'occasion de grimper sur les plus hautes marches du podium et d'atteindre le firmament des affaires.

Les jeunes diplômés des écoles de commerce et d'ingénieurs rêvent de parcours professionnel " blitzkrieg ". Le temps des carrières linéaires est terminé. Le premier job sert d'abord de tremplin.

"CELA fait deux ans que je suis sur mon premier poste et j'ai vraiment envie d'autre chose ", explique Patrick, jeune centralien de vingt-cinq ans qui met au point des modèles informatiques de simulation pour l'industrie aéronautique. " J'ai le sentiment d'avoir fait le tour de mon job. Je n'apprends plus rien. Je ne me heurte plus qu'à des problèmes déjà rencontrés ", constate de son côté Frédéric, HEC, vingt-quatre ans, qui intervient comme arbitragiste sur le marché obligataire américain pour une petite banque spécialisée. Les plaisirs du premier emploi s'épuiseraient-ils de plus en plus vite ? Une chose est sûre, en tout cas : au bout de un ou de deux ans " passés dans la carrière ", les jeunes diplômés commencent à ronger leur frein.

Le sondage réalisé pour le Monde en témoigne : il n'est pas rare de quitter son poste dans les douze à quinze mois qui suivent une première embauche par une entreprise. " Si ma boite n'a pas de perspectives claires de carrière à me proposer, je ne vais pas m'attarder ", commente Thierry, assistant-chef de produits dans l'agro-alimentaire. " Le premier emploi, il faut s'en servir comme d'un tremplin. C'est un emploi jetable, un emploi Kleenex. "

Courtisés par les entreprises qui se les arrachent (cf. le supplément " l'Emploi-Formation " du Monde du 6 septembre), les jeunes diplômés d'écoles de commerce et d'ingénieurs, mais dans une moindre mesure, rêvent de carrière " blitzkrieg ", de parcours professionnel à " fort effet de levier ". Pour réussir, il faut réussir vite. Le temps des carrières linéaires est terminé. Et, dans cette optique, il faut se servir du premier job comme d'une perche pour se propulser.

" Une grande partie de ma promo a choisi un premier job cosmétique ", c'est-à-dire très opérationnel, très terre à terre, parce que les entreprises sont friandes de jeunes diplômés qui ont fait leurs preuves sur le terrain, qui ont mis leurs mains dans le cambouis ", analyse Renaud, vingt-cinq ans, diplômé d'HEC, consultant dans un cabinet de stratégie basé à Londres.

" La contrepartie de ce deal, poursuit-il, c'est, si l'on fait l'affaire, d'obtenir plus rapidement un poste intéressant avec des responsabilités. Si les entreprises ne respectent pas ce contrat tacite, il est naturel d'aller vendre ailleurs cette première expérience opérationnelle. " Aller sur le terrain, cela veut dire pour un commercial mettre sa mallette sous le bras et visiter les sociétés clientes pour leur proposer de remplacer leur ancien photocopieur.

Pour un ingénieur, cela signifie faire de la maintenance, se pencher sur un épineux problème de vis et de boulon qui ralentit la fabrication. " Bref, conclut Renaud, c'est le type même de boulot ingrat qu'on accepte pour un ou deux ans, histoire de faire ses preuves. Quand on ne voit rien venir, on se dit : je vaux mieux que cela, et puis l'on s'en va. "

Cette impatience des jeunes diplômés commence à préoccuper sérieusement les recruteurs et les agace même parfois. " Attention ! une carrière cela se construit aussi dans la durée, avertit Catherine Thibaux, qui, chaque année, recrute une centaine de jeunes diplômés pour l'ensemble du groupe BSN. " Je ne pense pas que cela soit une bonne chose de papillonner. Pour vendre une expérience, il faut avoir occupé trois ou quatre ans la même fonction, s'y être affirmé progressivement, avoir pris de la bouteille en exerçant des responsabilités réelles d'encadrement. La mobilité pour la mobilité, cela ne sert à rien. C'est même souvent le signe d'un manque de maturité. C'est pourquoi nous recrutons soit des débutants, soit des cadres confirmés qui, eux, ont une crédibilité dans leur métier. "

Il n'empêche : la vingtaine de grandes entreprises qui se disputent les " grosses têtes " sur les campus, qui courent les Carrefours et autres Forum-Carrières et qui rivalisent d'originalité dans leur présentation aux jeunes diplômés, anticipent désormais ce fameux " spleen du un an après ". Pour éviter que, à peine embauchés, leurs protégés ne prennent la clé des champs, elles se targuent d'offrir " des perspectives de carrière à forte visibilité ". Ce qui revient à dire qu'elles vendent le deuxième job en même temps qu'elles présentent le premier.

D'autres employeurs, plus classiques, épient, traquent le moindre signe de lassitude. " Au début, comme tout le monde, j'avais l'impression de piétiner. C'est long un an et demi comme simple ingénieur d'études. J'en ai vaguement parlé à mon chef de projet. Eh bien, quelques semaines après, on me proposait de prendre en main la commercialisation d'un produit à l'export et d'animer une petite équipe ", raconte Richard, ingénieur électronicien de vingt-huit ans.

" Faut-il partir dès que l'on a le sentiment d'avoir fait le tour de son job ?, demande Sophie, responsable du marketing d'une ligne de produits de beauté. On n'a aucun critère pour se décider. J'aime bien ce que je fais. Mais, depuis deux ans, j'occupe le même poste. En fait, je ne sais pas vraiment ce que je peux exiger. "

Perspectives de carrière incertaines mais également erreurs d'aiguillage expliquent la bougeotte des jeunes diplômés. " Le premier emploi fait office de bain de décantation ", observe-t-on au service orientation et placement des anciens de Centrale. " Il permet à l'ingénieur débutant de choisir sa voie : est-il à l'aise dans l'industrie ? A-t-il le profil BTP ? Est-il réellement fait pour la banque ? On observe souvent des réorientations lors du second poste occupé. " Un constat que l'on reprend volontiers à HEC : " Le premier job doit beaucoup au hasard, aux effets de mode. Il y a cinq ans le must, c'était la pub, le marketing chez Procter, Henkel ou Nestlé. Plus récemment, les jeunes diplômés ne juraient que par les nouveaux instruments financiers. Depuis le krach, ce sont les cabinets d'audit, les sociétés de conseil en stratégie, les départements fusions et acquisitions des grandes banques, qui tiennent le haut du pavé ", souligne Françoise Blot. " Or chaque type de poste requiert un profil particulier. Ceux qui se sont trompés et mettent fin à leur première expérience ont une réaction saine. A vingt-cinq ans, on peut utiliser son droit à l'erreur. Cela devient beaucoup plus dur à trente. "

Ce droit à l'erreur, ce joker, les jeunes diplômés n'ont aucun scrupule à le faire fonctionner. Comme Eric, Sup de Co Tours, vingt-six ans, qui, au bout d'une année passée dans un cabinet d'audit, s'est rendu compte qu'il n'avait décidément pas l'âme d'un expert-comptable.

" Une remise en cause sans heurt, explique-t-il. D'ailleurs, quelques semaines après ma démission, je trouvais le poste de responsable des achats que j'occupe actuellement. " Ou encore comme Nadine, qui elle aussi s'est essayée à l'audit (" quinze jours à peine "), puis a administré une ligne de métro pour la RATP avant d'assurer le contrôle de gestion d'une partie des publications d'un grand groupe français de presse professionnelle.

" Je n'ai eu aucun mal à vendre mes expériences successives car, au fil des postes, mon projet professionnel s'est clarifié. Deux ans après être sortie de l'école, je sais très précisément ce que je ne veux pas : un emploi qui enferme sur une technique, une spécialité. "

Le deuxième job marque donc bel et bien l'entrée du jeune diplômé dans la vie professionnelle. Quoi d'étonnant puisqu'il ne fait que passer dans son premier emploi, un premier emploi qu'il utilise soit pour confirmer son orientation, soit comme formation complémentaire (une sorte de troisième cycle), soit, plus pragmatiquement, pour la seule carte de visite...

Directeur " qualité, sécurité, environnement ", une division créée en 1983 à la dimension du groupe, il dit aujourd'hui avoir pour ambition de transmettre. En clair, le rêve caché de cet homme qui fut tour à tour gestionnaire, directeur d'usine, chercheur, est, aujourd'hui, d'embrasser la pédagogie. Un professorat. Qui aurait pour vocation la protection de l'environnement.

Paradoxe ? Certainement, de la part d'un chimiste appartenant à l'un des plus grands pollueurs mondiaux...

Détourne-t-il habilement, ou plutôt récupère-t-il subtilement, au service de Rhône-Poulenc, comme le font aujourd'hui tant d'industriels, les impératifs de l'environnement ? Après tout, n'est-il pas le symbole de ce que les écologistes des années 70 vilipendaient ?

" Je suis un montagnard ", répond placidement cet Alsacien dont le bureau domine, à Courbevoie, les eaux usées de la Seine.

Un bureau où des photos de cimes et de parois enneigées indiquent des nostalgies rentrées. Car c'est à l'âge de dix-neuf ans que Gérard Vuillard - bien avant de venir flirter avec la production d'hexaméthylène et autres quantités de SO2 - découvrit la montagne. C'était en Autriche. Dans l'immédiat après-guerre. Avec les troupes d'occupation françaises. Il devint alors guide de haute montagne en kaki, avec, se souvient-il, Honoré Bonnet. Un grand nom des sports alpins.

L'évocation de ce seul nom, aujourd'hui encore, éclaire un visage sévère et adoucit le ton de voix volontiers tranché de l'ingénieur. Et du président du Centre d'études pour la prévention des risques technologiques. (CEPRITE). Une association créée à l'initiative des ministères de l'environnement et de l'industrie, qui a notamment pour vocation l'" élaboration des études de danger ", et qu'il préside depuis l'année dernière avec les fleurons des représentants de la chimie, de l'Union des industries chimiques (UIC) aux chambres syndicales de l'industrie du pétrole.

Un montagnard donc. Authentiquement amoureux. Ces choses-là ne peuvent être feintes - " dès qu'il a trois jours, disent de lui ses proches collaborateurs, il prend son sac et file vers les Vosges ". Et qui aujourd'hui se souvient de ses premiers balbutiements en matière d'environnement ?

Cela avait plutôt mal commencé. Car c'est à la gestion du personnel que le jeune ingénieur est nommé à ses débuts. Une manière, estime-t-il rétrospectivement, de mieux le préparer à la charge de directeur d'usine. Ce qu'il devint, passage effectué dans la recherche, en 1972. Lui est alors confiée en Alsace l'unité de Chalampé, à l'est de Mulhouse, dans le Haut-Rhin. Une usine de premier plan, en plein développement, spécialisée dans la production des matières premières du nylon, totalisant un effectif de 1 100 personnes, bénéficiant de gros investissements à l'époque. Et posant d'" énormes problèmes de sécurité et d'environnement ", à quelques battements d'ailes de cigognes du Rhin et du canal d'Alsace. Avec en prime l'existence de la nappe phréatique la plus importante d'Europe. Un vrai défi d'ingénieur.

C'était il y a près de vingt ans. Gérard Vuillard n'a pas oublié que, déjà, les Grunen se manifestaient de l'autre côté du Rhin. Que les écologistes français s'agitaient verbalement et physiquement beaucoup. Que Seveso se profilait. Que Greenpeace était né quelques années plus tôt discrètement au Canada. Et que la loi sur les établissements classés dangereux était en cours de refonte.

" Je veux zéro fuite dans le sol. " C'est un ordre quasi militaire que le directeur de Chalampé lance alors à ses ingénieurs. Pas question de polluer la nappe phréatique avec des effluents liquides très dangereux. Ni non plus de laisser les émissions gazeuses s'envoler avec les vents vers la Forêt-Noire. Règles à calcul tirées, planches à dessin dressées, les ingénieurs de Chalampé conçoivent alors des installations et un bassin de rétention - " un égout en or massif ", disait-on, - tant l'investissement fut jugé important à l'époque. Des " déluges " sont également mis en place. Capables de noyer sous 3 000 mètres cubes déversés par heure des départs d'incendie. Un travail considérable donc, et précurseur. D'autant que les textes réglementaires du moment n'appréhendaient pas la prise en charge de l'environnement dans sa globalité. Pas plus d'ailleurs que les industriels. Restait à répondre aux inquiétudes des écologistes de la région.

" Je leur ai ouvert les portes de l'usine ", dit aujourd'hui Gérard Vuillard, qui inaugurait ainsi les premières journées portes ouvertes, une formule que les industriels actuels de cette fin de décennie pratiquent à l'envi. " Je leur ai montré les ateliers dangereux et je leur ai fait des exposés. " Jusqu'au jour où une jeune femme, enseignante, lors d'une visite, a posé à Chalampé cette question : " Et si vos ingénieurs s'étaient trompés dans leurs calculs ? "

Rude pour un ingénieur, resté dans l'âme un peu saint-simonien, avec un zeste de scoutisme. Une question qui ébranle le directeur de l'usine alsacienne. Le met en colère dans un premier temps. Aujourd'hui, il assure qu'elle lui fut bénéfique, en remettant en cause ses certitudes d'alors. Et qu'elle a contribué depuis, grâce à la demande des écologistes, à concevoir et élaborer des plans de sécurité-environnement, et donc à réaliser des investissements. Une question symbole qui est, bien que de loin, à l'origine de la direction que Gérard Vuillard pilote aujourd'hui, avec quelque mille deux cents personnes et un budget de 1,8 milliard de francs.

Aujourd'hui, l'ancien premier de cordée d'Honoré Bonnet est un peu considéré à Courbevoie, dans cette tour dont le parterre est ostensiblement jonché de pétunias, comme l'un des penseurs du groupe en matière d'environnement. Sans doute assied-il sa crédibilité auprès des jeunes ingénieurs parce qu'il fut, à ses débuts, un homme d'usine. On le crédite volontiers d'une " rigueur carrée " et d'un franc-parler apprécié lors des séminaires qu'il anime. " Une manière de me remettre en cause en permanence ", confie-t-il. Et ainsi de servir " la finalité éthique " et " la philosophie d'entreprise responsable " que les industriels de la chimie se sont peu ou prou découvertes.

Toujours est-il que l'équipe animée par le responsable de Rhône-Poulenc accompagne cette politique par un gros effort de formation des troupes. A ce jour, quelque trente mille personnes ont suivi des stages spécialisés. L'objectif fixé par Jean-René Fourtou, PDG du groupe, est de former vingt mille autres personnes dans les trois ans à venir. Au siège, on n'est pas loin d'affirmer que, désormais, " l'environnement fait partie de la culture du groupe ".

" C'est ainsi, par sensibilisation, que s'opérera l'effet boule de neige, affirme Gérard Vuillard. Il n'est pas question de former des spécialistes à vie. " Ces actions de formation, associées aux études de danger, mobilisent le directeur, lequel, il faut le noter, possède un droit de regard sur la politique d'investissement du groupe. Il est là aussi pour parler budget. Mais aussi pour servir d'interface entre le groupe et le ministère de tutelle. Voire la CEE ou le directeur du programme des Nations unies pour l'environnement. Au sein de la direction " qualité, sécurité, environnement ", il réfléchit avec l'ensemble de l'équipe aux techniques innovantes en matière de recyclage, valorisation des déchets, procédés propres, et autres " éco-produits ". Et toujours la hantise de l'accident. Bhopal a " bouleversé " l'ingénieur chimiste.

D'où peut-être aujourd'hui ce souci de ne pas dételer. Aussi l'ancien élève de l'Ecole de chimie de Rennes siège-t-il au conseil d'administration de l'Ecole de chimie de Strasbourg, collabore à l'élaboration d'un mastère de l'environnement à l'École centrale, est sollicité par l'université de Chambéry. Toujours le souci de transmettre un savoir.

A la veille d'une course en montagne, les matériels sont vérifiés. Une école et une discipline qui marquent. Il n'y a pas grand mal à imaginer que cette formation d'origine a servi l'actuel directeur. Mais il est plus rare que le goût des neiges vienne servir la chimie. Somme toute, une heureuse rencontre.

Perestroika oblige : la gestion des ressources humaines va être enseignée en URSS. Un centre de perfectionnement au management et au commerce extérieur va être créé. Avec le concours de la CEGOS.

LE projet devrait voir le jour au mieux mi-1990. Pour l'heure, il fait encore discrètement l'objet d'arbitrages entre Moscou et Paris. A l'Est, le recteur Bourenine, homme de la perestroika, à qui Mr Mikhail Gorbatchev a confié la direction de la nouvelle Ecole supérieure de commerce de Moscou. A l'Ouest, la CEGOS et ses équipes de consultants d'entreprise, qui accueillent chaque année 50.000 stagiaires européens. Sur la table des négociations, la création à Moscou d'un " centre de perfectionnement au management et au commerce extérieur de cadres soviétiques ".

Fin mars, les deux partenaires en contacts officieux depuis plusieurs mois ont signé un protocole d'accord. L'organisme prendra la forme d'une société d'économie mixte. La CEGOS, appuyée entre autres par un pool bancaire, participera au capital.

De part et d'autre, les objectifs sont clairement quantifiés : l'ingénierie pédagogique française doit permettre " la formation de 1000 à 1100 stagiaires par an, aux méthodes de gestion applicables dans les entreprises soviétiques et mixtes ". Une fois ce rythme de croisière atteint, " d'ici quatre ans ", d'autres centres régionaux pourraient voir le jour, à Riga, Kazan, Erevan et Vladivostok.

La CEGOS mise quant à elle, de surcroit, sur l'information et la formation de cadres supérieurs français (50 à 100 par an) " à la réalité économique soviétique et aux potentialités de business en URSS ". Coût du projet (hors bâtiments) : 20 millions de francs sur trois ou quatre ans.

Des cadres soviétiques sur les bancs de l'école du management, le phénomène n'a jusqu'ici rien d'exceptionnel. La perestroika a frappé un grand coup le 2 décembre 1988 en autorisant par décret un millier d'entreprises à contracter directement avec l'étranger. Droit initialement et exclusivement accordé à quelques rares élues (une soixantaine) ou à l'administration.

" L'entreprise soviétique, note Mr Luc Krokossevitch, qui suit le projet CEGOS à la Délégation à la formation professionnelle, n'est plus désormais une simple unité de production rattachée à un ministère et chapeautée par une centrale d'achat. Elle gagne peu à peu son autonomie et doit maintenant se lancer dans la gestion au sens occidental du terme. "

Le terrain est vierge. Concepts, vocabulaire, tout est à apprendre : prix de revient, trésorerie, compte d'exploitation, investissement... La liste est longue, mais les formateurs nombreux à répondre à l'appel. La RFA dispense déjà à Leningrad son savoir-faire marketing. Les Etats-Unis ouvrent les portes de leurs business-schools. L'Institut supérieur de gestion étudie de son côté les possibilités de développement d'une première école de gestion pour managers soviétiques, la Higher Commercial Management School.

On reste là dans le domaine de la formation initiale, adressée aux jeunes têtes bien faites de l'Union soviétique. Philosophie inverse pour le projet de la CEGOS et de l'Ecole supérieure de commerce de Moscou, qui vise à toucher " les cadres en activité " et qui en tire là toute son originalité.

" L'avantage politique de notre projet est évident, puisque la diffusion de l'information est immédiate, explique Mr Pierre-Michel Malbert, de la CEGOS, chef du projet à Moscou. Les stagiaires, ne l'oubliez pas, sont des responsables d'entreprise choisis au départ parmi une population stratégique. " Déjà les listes d'attente se forment.

Profil type du futur élève : trente-cinq-quarante-cinq ans. Ingénieur de formation technique, étranger à toute approche marketing, mais avec, insiste Mr Malbert, " une soif d'apprendre impressionnante. Tous sont curieux et veulent savoir ce qui se passe précisément à l'Occident ". En majorité ils sont issus des secteurs à tradition fortement exportatrice : automobile, sidérurgie, chemins de fer, équipements lourds... " Je ne sais pas si le directeur du konzern de fabrication des voitures Lada est inscrit sur nos registres, mais il correspond au stagiaire par excellence ", confirme le responsable de la CEGOS.

" En fait, ajoute Mr Raymond Franjou, directeur de CEGOS-coopération, nous nous trouvons transportés dans la France des années 50, époque où les dirigeants des grandes entreprises ont pompé les techniques américaines de management. Mais là, les Soviétiques doivent créer leur propre modèle. Ce n'est pas pensable autrement, les références historiques et culturelles sont trop différentes. Nous opérons donc juste un transfert de savoir-faire au management auprès de gens en position d'agir. "

Peu d'avantages financiers à une telle " mission ". Si l'objectif est de rendre à terme le centre de formation " autorentable ", selon les termes mêmes des autorités soviétiques, la CEGOS note bien, dans une de ses études de faisabilité, qu'il n'est en aucun cas " pensable de récupérer l'investissement initial ". Les intérêts sont tout autres.

Le gouvernement français (qu'il s'agisse du Quai d'Orsay, du ministère des finances ou de celui du commerce extérieur) suit d'un Óil bienveillant la chronologie des opérations, appelées à " fortifier les relations franco-soviétiques ". Le projet n'engendre même, à part les réflexes habituels, aucun signe d'inquiétude de la part du ministère de l'intérieur, ou du COCOM, qui dit se " désintéresser des prestations intellectuelles ".

Deuxième bénéfice : un carnet d'adresses " inestimable " pour les entreprises françaises mises en relation directe avec les hommes de terrain soviétiques, " ceux qui vont amorcer l'économie des prochaines années ".

De quoi peut-être leur remettre le pied à l'étrier. La France accuse un déficit commercial d'ordre structurel avec l'URSS, qui s'est élevé l'année dernière à 5,1 milliards de francs. Sans parler de la frilosité manifestée par les chefs d'entreprise tricolores, qui restent loin derrière leurs concurrents européens pour le nombre de créations de sociétés d'économie mixte (SEM). En avril dernier, 384 SEM avaient vu le jour, dont seulement 24 françaises.

Au ministère du travail, on va plus loin. " Si des organismes comme la CEGOS ont été contactés par les autorités soviétiques, c'est aussi en raison de la bonne réputation de notre système de formation permanente, constate Mr Luc Krokossevitch. Pourquoi alors ne pas imaginer le développement à Moscou d'un système de formation continue qui s'inspirerait largement de notre loi de 1971. " Surtout si l'expérience du centre de formation fait tache d'huile auprès des autres pays de l'Europe de l'Est. Ce qui est déjà le cas.

La Hongrie travaille ainsi avec la CEGOS sur la réorganisation de ses entreprises qui éprouvent actuellement de sérieuses difficultés financières. Les Polonais veulent, eux aussi, se lancer dans la course à la formation de ses dirigeants. " Nous avons aussi reçu des demandes de renseignements émanant de la Bulgarie ", indique la délégation de la formation professionnelle. Le marché est en extension, et pas seulement sur un plan géographique. " Replacez-vous encore une fois dans le contexte de la France des années 50, insiste Mr Franjou. Les cadres sont formés en premier, mais après ? Il faut bien s'attaquer aux autres barreaux de la hiérarchie. " Et envoyer alors dans les stages les agents de maitrise soviétiques, en attendant que les employés et les ouvriers suivent.

Les industriels français ont peur de se lancer dans l'embauche d'un universitaire. Comment faire pour attirer les " cracks " ?

L'ÉCONOMIE française manque de main-d'Óuvre qualifiée, et pourtant les diplômés d'université ont du mal à trouver un emploi. Un récent débat organisé par les Annales des mines, revue presque bicentenaire de l'Ecole des mines, a tenté de décortiquer cette situation absurde et préoccupante, dans l'espoir d'en repérer les causes et de dégager les remèdes possibles.

Certes, l'existence de 14 % de chômeurs parmi les diplômés de l'enseignement supérieur, neuf mois après leur sortie de l'université, n'est pas catastrophique ; ceux qui n'ont pas eu accès à l'université connaissent en effet des taux de chômage bien plus élevés. Mais certaines branches sont en mauvaise posture : on trouve 24 % de chômeurs parmi les diplômés en sciences de la vie, 22 % en économie, 18 % en gestion.

Et il y a plus grave : nombre de ceux qui ont un travail occupent un poste précaire ou sous-qualifié, y compris parmi ceux qui ont un diplôme de haut niveau. La moitié des titulaires de diplôme d'études approfondies (DEA) ou de diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS) se trouvent ainsi dans cette situation, alors qu'ils ont fait des études aussi longues qu'un ingénieur.

La France formerait-elle trop de diplômés ? Une étude réalisée par deux jeunes chercheurs, Jean-Marie Arnaud et Dung Van Anh, fait apparaitre qu'un tiers seulement des 90000 jeunes accédant chaque année au niveau bac + 4 ont une chance de trouver la place qu'ils souhaitent parmi les " cadres supérieurs et professions libérales ". Mais ce constat brutal s'appuie sur une structure de l'emploi dont on sait dès à présent qu'elle se modifiera profondément dans les années à venir, la notion même de cadre devant être repensée. D'autre part, ce même constat n'explique pas pourquoi, parmi tant de diplômés, les employeurs ne trouvent pas les compétences dont ils ont besoin.

L'approche qualitative se révèle plus féconde : il faut former mieux et autrement ces diplômés. En vingt ans, le nombre d'étudiants a été multiplié par cinq, et l'université a dû, de ce fait, assumer des responsabilités imprévues. Dans le passé, sa tâche consistait à élaborer et transmettre les connaissances ; et elle préparait environ 10 % de chaque classe d'âge aux meilleurs emplois de la fonction publique (notamment de l'enseignement) ainsi qu'aux professions libérales et intellectuelles.

Aujourd'hui, accueillant 30 % de chaque génération, elle doit également permettre à une masse de jeunes de trouver des emplois dans les entreprises. Or son mode de fonctionnement n'a pas été modifié en fonction de cette tâche nouvelle : c'est ainsi que les professeurs d'université ne sont pas jugés sur les efforts qu'ils font (ou ne font pas) pour préparer leurs étudiants à cette insertion professionnelle, mais continuent à l'être exclusivement sur ce qu'ils publient.

Quand on aborde ces sujets, les Français résistent rarement à la tentation de chercher un modèle outre-Rhin. La RFA n'est-elle pas le pays où les entreprises ont réussi à jouer un rôle décisif dans la préparation des jeunes à l'emploi ? Surprise : la rencontre des Annales des mines - à travers une intervention d'Erhard Friedberg, directeur de recherche au CNRS - fait apparaitre qu'il existe des pesanteurs analogues dans les universités allemandes et françaises : concentration sur l'effort intellectuel pur et la production d'une élite, afflux d'étudiants, formations mal adaptées au marché de l'emploi...

L'université allemande dispose cependant d'atouts qui font défaut à sa consÓur française : comme il n'existe pas en RFA d'équivalent du CNRS, toute la recherche se fait en université ; et, en l'absence de grandes écoles analogues aux nôtres, c'est également en université que les entreprises viennent recruter nombre de leurs cadres. Il y a donc connaissance réciproque, alors qu'en France les deux mondes sont étrangers l'un à l'autre.

Il en résulte que les industriels français, tout en ayant besoin des spécialistes de très haut niveau que l'université forme, hésitent à se lancer dans l'embauche d'un universitaire. Selon Jean-Marie Oury, directeur de la Compagnie générale des eaux, la question qu'ils se posent face à un candidat n'est pas : " Comment vais-je faire pour l'attirer ? ", mais : " Est-il encore récupérable ? "

Autrement dit : a-t-il pu échapper au syndrome du " savant " ou du " crack ", c'est-à-dire à un intérêt exclusif pour la maitrise de la matière et le pur travail cérébral ? Et a-t-il développé une personnalité ouverte, capable de s'adapter, d'écouter, d'animer des équipes, de faire face à des problèmes de tous ordres ? Car telles sont désormais les demandes essentielles d'une économie de plus en plus tournée vers les services, y compris dans l'industrie. Une étude du Massachusetts Institute of Technology (MIT) ne révèle-t-elle pas que l'innovation technique elle-même nait aujourd'hui beaucoup plus des contacts entre clients et fournisseurs que du travail des laboratoires de recherche ? Conséquence : pour 120 000 salariés, la Compagnie générale des eaux embauche actuellement moins d'une dizaine de " cracks " par an...

L'enseignement universitaire ne peut donc pas se dispenser d'intégrer ces nouvelles tâches de formation des personnalités. Au moins en ses hauts niveaux, il dispose d'un atout à cet égard : la recherche. En effet, souligne Michel Matheu, rédacteur en chef des Annales des mines, celle-ci forme à " analyser une situation complexe, à se poser des questions nouvelles..., à s'intéresser à des problèmes qui n'ont pas de solution ". Et cet atout est d'autant plus important que les grandes écoles ne font guère ce travail de plus en plus nécessaire. On y apprend en effet " à répondre aux questions plutôt qu'à bien les poser ", et l'on s'y forme " aux lois de la matière et aux domaines du prévisible (le " dur ") plutôt qu'aux domaines du subjectif et de l'incertain " où se meut désormais la vie économique (1).

Quelles réformes envisager concrètement ? Le débat n'a pas apporté de réponse sur ce point, à tout le moins apparait-il qu'il faut multiplier les liens avec les entreprises. S'appuyant sur l'évolution récente de l'Ecole normale supérieure, Josiane Serre, directrice honoraire de l'ancienne Ecole normale supérieure de jeunes filles, souligne que l'organisation de stages et de liaisons multiples avec les entreprises y a fait se lever un grand vent d'ouverture. " Il n'est pas rare désormais que des jeunes femmes littéraires... réussissent brillamment dans l'industrie ; et, dans la dernière promotion de scientifiques sortie de l'école, trente-quatre élèves sur quatre-vingts travaillent dans des domaines industriels. " Une évolution qui doit donner des sueurs froides à ceux qui ont à recruter des professeurs pour l'éducation nationale, mais qui témoigne de ce qu'un effort de changement même limité peut apporter des améliorations sensibles.

Que sont nos salons d'exposition devenus ? Le vent du changement souffle sur ces manifestations qui pèse environ 20 milliards de francs par an.

LES bonnes vieilles foires et salons d'exposition vont-ils à leur tour subir la loi des concentrations, absorptions et autres rachats spectaculaires qui agitent l'industrie ? Le " métier " d'organisateur de salon serait-il devenu désuet après avoir, depuis l'immédiat après-guerre, fait la fortune de la porte de Versailles et autres places de Lyon, de Marseille ou de Lille ? Quels sont les nouveaux organisateurs qui s'apprêtent - avec des techniques d'hommes d'affaires avertis - à " vendre " et à " manager " auprès des exposants et des visiteurs les célèbres salons de l'hôtellerie (Equip'hôtel), du bâtiment (Batimat) ou de la micro-informatique (Forum-PC) ? Bref, que sont nos salons devenus ?

Toute nostalgie mise à part, force est de reconnaitre qu'une nouvelle race d'organisateurs apparait dans un paysage teinté de passéisme. Depuis moins de cinq ans, une bataille s'est engagée entre les anciens et les modernes. Les intérêts en jeu sont loin d'être négligeables : une étude, en cours d'élaboration, de la Fédération française des salons spécialisés (FFS) n'indique-t-elle pas que cette activité de services (300 salons et 150 organisateurs identifiés en France), représentant en termes d'effectifs à temps plein et à temps partiel près de 10 000 personnes, génère environ 20 milliards de francs ?

Or que prévoit l'étude de la fédération ? Que les salons " pourraient évoluer vers la constitution de groupes nationaux ou internationaux - prenant parfois l'aspect de holdings financiers - réduisant encore le nombre des organisateurs et contrôlant (...) l'essentiel des manifestations organisées ".

Le constat est prémonitoire. Une fois de plus en effet, le 7 septembre dernier, le groupe Blenheim, organisateur britannique de salons leader en Europe, créait la surprise en réalisant sa plus grosse opération en territoire français : 309 millions de francs, pas moins, pour se porter acquéreur de quatre sociétés françaises organisatrices de quinze salons, dont les fameux Batimat et Forum-PC.

De surcroit, Blenheim ne cachait pas ses ambitions. Les salons, à ses yeux, sont devenus un marché comme un autre. Autant s'agrandir donc de 423 000 mètres carrés. Et de confirmer son intérêt prioritaire pour l'Europe ! Un raisonnement de croissance externe... auquel ne nous ont pas habitués caciques et notables du Salon de l'agriculture. " Le temps des équipes et des petis groupes de copains sympas est révolu ", prévient Mr Bernard Becker, directeur général de Blenheim France et administrateur du groupe : " L'organisation d'un salon est devenu un métier à part entière. Cela est de plus en plus vrai. Les industriels sont en train d'intégrer l'outil-salon dans leur stratégie de communication et de promotion. Pourquoi ? Parce qu'il reste un lieu de rencontres et d'échanges incontournable, à la condition qu'il soit bien " ciblé ". Il est l'ancêtre du marché. "

Le directeur général du holding français de Blenheim parle bien en businessman. Avec cent cinquante personnes à Paris, il affirme faire appel à des compétences nouvelles dans ce métier. Il lui faut " des hommes de marketing de haut niveau, des experts en bases de données, des personnels capables de " croiser " des fichiers qui s'internationalisent, des commerciaux, hommes de terrain qui vont à la recherche des entreprises ". " Nous avons aussi des architectes pour la mise en scène et un département édition pour nos multiples plaquettes. " Une caractéristique : l'équipe parisienne est intégrée. Et à entendre Mr Becker, il y aura de moins en moins de place, dans le futur, pour la sous-traitance.

Une sous-traitance qui est de règle dans les salons " classiques ". Qu'ils soient le fait d'associations, de fédérations professionnelles, ou tout simplement privés, les salons français qui fleurissent pour une huitaine font massivement appel à la sous-traitance, avec le recrutement ponctuel d'une noria d'artisans, de peintres et décorateurs, des hôtesses d'accueil et des restaurateurs... bref, une main-d'Óuvre atomisée. Au passage, il faut noter que les salons - activités de services - ont très fortement recours au travail à temps partiel, pour 66 % des besoins d'après l'INSEE. Les organisateurs, d'une manière générale, sont quant à eux au moins aussi dispersés.

" La profession bouge, convient cependant Mr François, secrétaire général de la Fédération des salons spécialisés. Pour ce qui concerne des groupes internationaux comme Blenheim, il faut convenir qu'ils disposent de capitaux. Et que l'organisation de salons est considérée comme un marché. "

Cela dit, la FFS ne baisse pas les bras. Ni non plus ne s'illusionne sur l'avenir. " Il y a une forte concurrence dans la mesure où, aujourd'hui, la plupart des secteurs sont couverts (...). Les salons spécialisés vont devoir s'adapter à la nouvelle donne des marchés telle qu'elle résulte des phénomènes de concentration ", indique l'étude qu'elle a commanditée.

La FFS le sait bien qui s'efforce de séduire les écoles de commerce en organisant un prix annuel. Et Mr François admet tout à fait qu' " un salon est une entreprise, puisque fidéliser les exposants comme les visiteurs est au moins aussi important que l'aspect vitrine ". Il convient par ailleurs que l'on fera de plus en plus appel à des professionnels de la communication " maniant les langues, ce qui est essentiel ". Et que l'on aura moins recours à la sous-traitance, au bénéfice d'équipes plus professionnelles.

Tel ne semble pas être tout à fait l'avis de Mr Michel Renard, directeur de la SEPAIC, société d'édition d'ouvrages professionnels. S'il estime, comme tout un chacun, que la profession doit faire appel, parce que " tout bouge très vite ", à des hommes " intelligents, volontaires, et surtout disponibles dans un métier très impliquant ", il préfère avoir affaire à des sous-traitants qu'il connait bien. Et qu'il peut mettre en concurrence, les salons qu'il anime - dont celui du bricolage - étant commerciaux. Pour ce qui concerne la constitution de holdings financiers - allusions à la venue des Britanniques, - Mr Renard a cette réflexion : " Il ne suffit pas d'acheter. Il faut faire tourner. "

Les pouvoirs publics, quant à eux, s'efforcent de se montrer à l'écoute des organisateurs. Selon ces derniers, il y a " insuffisance des surfaces d'exposition en région parisienne ". Un problème qu'ils souhaitent voir vite résolu " pour préserver leur compétitivité ", face notamment à la concurrence de villes comme Hanovre ou Milan.

De fait, la direction du commerce intérieur et le comité consultatif des foires et salons ainsi que le ministère de tutelle ont réagi favorablement. Parmi les " solutions raisonnables " qui seront d'actualité " dans les prochains mois ", il est en effet envisagé un doublement du parc des expositions du Bourget, une extension (40 000 mètres carrés) du Parc des expositions de Paris (avec un réaménagement de la station de métro de la porte de Versailles) et l'ouverture d'un parc supplémentaire (100 000 mètres carrés) à Paris-Nord-Villepinte. De quoi mettre du baume au cÓur des organisateurs de salons.

Le premier ministre, Mr Michel Rocard, et le ministre de l'équipement, du logement et des transports, Mr Michel Delebarre, doivent inaugurer, le mercredi 20 septembre en début d'après-midi, la ligne à grande vitesse Paris-Le Mans et le TGV Atlantique qui y roulera à 300 km/h. La France conserve, avec ce nouveau TGV, le record mondial de la vitesse ferroviaire la plus élevée en exploitation commerciale.

Le TGV Atlantique n'avait pas très bien commencé quand, dans les années 70, la SNCF commença à extrapoler les succès futurs de son TGV Sud-Est, qui ne devait entrer en service qu'en 1981, et à rêver à rapprocher l'océan de la capitale. Son plus chaud partisan fut peut-être Mr Jean-Pierre Fourcade, sénateur, maire de Saint-Cloud et ancien ministre de l'économie et des finances, et son adversaire le plus célèbre, Mr Valéry Giscard d'Estaing qui avait fait siennes les préventions de la direction du budget à l'égard du train, certes rentable, mais beaucoup moins que le TGV Sud-Est. Il fallut attendre la présidence de Mr François Mitterrand, dans un premier temps peu enthousiasmé par un TGV passant au large de la Nièvre, pour que le feu vert soit donné. Le 22 septembre 1981, le président de la République demanda à la SNCF de " préparer un projet de train à grande vitesse vers les régions atlantiques " (1).

De rapports en commissions et de protestations en revendications, les 278 km de voies nouvelles prirent peu à peu leur place sur la carte. Non sans mal. Il y avait les élus du littoral et des gares desservies qui les réclamaient à cor et à cri, et ceux dont les électeurs-agriculteurs refusaient que leurs beaux champs de blé soient coupés en deux par un bolide dont ils ne profiteraient pas. Certains agents de la SNCF, en reconnaissance sur le terrain, se souviennent encore d'avoir été bloqués par des tracteurs. Les vignerons de Vouvray ont brandi leurs sécateurs contre un projet de train dont les vibrations pouvaient faire tourner leurs crus en vinaigre. Et puis, la SNCF a accepté d'arrêter le TGV à Vendôme et de monter ses rails sur caoutchouc aux approches des caves, et tout s'est apaisé.

Pour le voyageur, le TGV Atlantique représentera une nouvelle contraction de l'espace et du temps. A 300 km/h, Le Mans ne sera plus qu'à 55 minutes de Paris, contre 1 h 40, dans le meilleur des cas avec un train classique ; Rennes, à 2 H 04 contre 2 h 53 ; Brest à 3 h 59 contre 5 h 55 ; Nantes à 2 h 53 contre 3 h 37. Dans un an, en septembre 1990, les rames bleu-argent et gris fileront plus au sud vers Vendôme (0 h 49 au lieu de 2 h 08), Tours (1 h 02 au lieu de 1 h 34), Poitiers (1 h 35 au lieu de 2 h 15), Bordeaux (2 h 58 au lieu de 4 h 08), Hendaye (5 h 08 au lieu de 6 h 45) et Toulouse (5 h 10 au lieu de 5 h 59).

On dit que le prix des terrains et des appartements de Vendôme connait une poussée importante en raison de l'envie des cadres parisiens de se mettre au vert tout en travaillant dans la capitale...

Le confort des rames du nouveau TGV frappera non seulement les habitués des voitures Corail, mais aussi les abonnés du TGV Paris-Lyon. Finis les cahots rythmés et les vibrations qui, vers 250 km h empêchent d'écrire ! Le rail devenu de velours et la suspension pneumatique ont eu raison de ce qui contribuait au charme du train et faisait pester les hommes d'affaires penchés sur leurs dossiers. Même la seconde classe sera de la fête puisque la SNCF a décidé de remiser le Skai qui habillait traditionnellement ses sièges et de recourir au tissu.

La grande nouveauté apportée par l'Atlantique est qu'il amorce un véritable réseau national à grande vitesse. La SNCF avait d'abord pensé à repéter, mais en plus rapide, le réseau classique qui converge vers Paris. Dans quelle tête est née la bonne idée ? ? Nul ne le saura jamais ! Toujours est-il que les gouvernements et la SNCF se sont lentement persuadés qu'en construisant une voie à grande vitesse qui contournerait Paris par l'est, il serait possible de raccorder en 1991, d'abord " l'Atlantique " et le " Sud-Est ", puis le " Nord " (1993), puis " l'Est ". Tous les TGV ne rentreraient plus dans Paris, mais, frôlant l'agglomération parisienne, ils y complèteraient le remplissage de liaisons de province à province, voire de province à pays étranger. En 1991, lorsque la gare de Massy-Palaiseau entrera en service, on commencera par réaliser des TGV Bordeaux-Massy-Lyon (5 h 15), puis des Rennes-Massy-Lille (3 h 15), en 1993 des Bordeaux-Massy-Londres (6 heures et des poussières), des Bruxelles-Lille-Strasbourg, des Marseille-Brest, etc. Le cul-de-sac parisien aura disparu.

Quelle SNCF ?

Ces performances et ces innovations ne vont pas sans bouleverser la SNCF. D'un côté, celle-ci et l'ensemble des cheminots estiment que le TGV est la source de jouvence qui permettra au chemin de fer de supporter la vigoureuse concurrence de l'avion et de l'auto. Mais le TGV oblige à repenser beaucoup d'habitudes ferroviaires. Comme il met 21 kilomètres à atteindre sa vitesse de croisière, il est exclu de l'arrêter trop souvent. Comme il attire les foules, il a tendance à raréfier la clientèle sur les autres trains. Comme il séduit les hommes d'affaires, il est tentant de le faire payer cher pour remplir les caisses d'une SNCF endettée de 100 milliards de francs. Le TGV conduira-t-il à fermer des petites gares et des lignes point trop fréquentées ? Ses tarifs flexibles et renchéris ne marquent-ils pas l'abandon d'une forme de service public ?

Au sein de la société nationale, on assiste à une querelle des anciens et des modernes. Ceux-ci font valoir qu'à l'heure des 300 km/h et des ordinateurs, il faut mettre le train aux rythmes de l'avion et du marketing. En revanche, les cheminots qui se souviennent de la " bataille du rail " et d'un chemin de fer égalitaire joignent leurs critiques à celles des associations d'usagers et de certains syndicats pour dénoncer la naissance d'une SNCF à deux vitesses avec, d'un côté, un TGV privilégié et cher et, de l'autre, un réseau de plus en plus désavantagé en termes de budget et d'effectifs. Ils mettent en avant les nécessités de l'aménagement du territoire et refusent que la recherche des bénéfices deviennent la raison d'être de la SNCF.

Reste la dimension internationale du TGV. Car la France et ses industriels ont bien l'intention d'exploiter le ruban bleu de " l'Atlantique " et d'exporter le train le plus rapide du monde en exploitation. Pour bien faire, il faudra que le TGV reprenne à son concurrent ouest-allemand, l'ICE, le record de vitesse pure de 406,8 km/h. Cette performance devrait intervenir en 1990, tant il est vrai qu'une rame a déjà roulé officieusement une dizaine de fois à 409 km/h. Fort de ce record et de la vente à l'Espagne de vingt-quatre TGV, le tandem GEC-Alsthom-SNCF doit maintenant battre le japonais Mitsubishi en Corée du Sud pour équiper la ligne Séoul-Pusan, obliger Siemens à coopérer pour un TGV véritablement européen et séduire Américains et Canadiens, qui repensent au rail pour desservir leur littoral atlantique tant la congestion aérienne y est grave.

Le TGV Atlantique n'ouvrira pas seulement les portes océanes à vingt et un millions de passagers par an. Il consolide la France à la première place mondiale de la technique et de l'industrie ferroviaires.

EN répondant, fin août, à une enquête de l'Evénement du jeudi, " Juifs, catholiques, pourquoi l'affrontement ? ", je ne pouvais me douter que, deux semaines plus tard, le jour même où paraissait cette enquête, Claude Autant-Lara ferait son ignoble déclaration contre Simone Veil. Dès lors, les malintentionnés des deux bords eurent beau jeu de se saisir d'une phrase de mon interview pour la replacer dans le sillage de l'événement du jour (1). Or cet événement était lui-même une création médiatique, puisqu'un journaliste de Globe avait sollicité de cet homme de quatre-vingt-huit ans une déclaration antisémite. Mais cet amalgame déplaisant qu'a subi mon propos en apportait en même temps la confirmation : il y a des gens qui font monter la température, et ils se situent des deux côtés.

Fait révélateur également : ce même 7 septembre paraissait dans le Nouvel Observateur un texte de Maxime Rodinson, " L'honneur des juifs ", qui soulignait " les conséquences désastreuses aussi bien sur la population sacralisée que sur les autres " qu'entraine le comportement de certains juifs. Or ce texte, bien plus dur que le mien, fut ignoré par les médias : provenant d'un juif, il ne s'insérait pas dans la bataille que certains s'employaient à déchainer. Chrétiens contre juifs, c'est passionnant.Juifs contre juifs, ça n'intéresse pas... Si le débat public revient à exciter les adversaires, comme dans les mauvais cirques, en leur lançant des lambeaux de phrase détachés du contexte, et parfois déformés (2), on peut être sûr qu'une fois le mal fait, il sera oublié, pour resurgir dans un an, comme les incendies de forêts.

Cependant, si les médias lancent une " affaire ", c'est qu'ils sentent un terrain favorable. En l'occurrence, la déclaration du cardinal Glemp a servi de détonateur. Triste exemple d'un prêtre, serviteur de la parole de Dieu, qui se refuse à honorer la parole donnée ! Trois cardinaux le lui ont fait savoir, mais le mal était fait. Glemp plus Autant-Lara, on allait rejouer la scène la plus abominable que le monde ait connue. La querelle du carmel devenait la querelle d'Auschwitz.

Elie Wiesel s'est demandé pourquoi le climat s'était détérioré depuis une dizaine d'années. A mon avis, c'est une conséquence de l'effondrement des idéaux des Lumières. Après la guerre, j'ai participé à des meetings contre le colonialisme et le franquisme avec d'illustres vétérans de l'affaire Dreyfus, Jacques Hadamard, Emile Kahn... Ces hommes se battaient pour une cause universelle. L'antisémitisme était pour eux la pire forme de la haine raciale, mais pas la seule. Cette tradition n'est plus portée que par une poignée d'intellectuels juifs laics, qui ne sont plus guère entendus lorsque chaque communauté tend à se replier sur son " fondamental ".

L'apparition de l'Etat d'Israël, les guerres qu'il a dû mener, l'occupation, puis la répression qui se sont envuivies, ont fracturé le front de la protestation. Comme l'écrit Maxime Rodinson, " l'incitation (consciente ou non) à la haine raciale me parait venir de tous ceux, comme Elie Wiesel et bien d'autres, qui se refusent à condamner en Israël ou en Palestine ce qu'ils condamneraient avec vigueur partout ailleurs ".

La question d'Auschwitz est du même ordre, quoique plus grave (3). Le génocide du peuple juif ne concerne-t-il que les juifs, les autres étant renvoyés à la culpabilité et au silence ? Le fait que plusieurs centaines de milliers de non-juifs sont morts à Auschwitz devrait empêcher Wiesel d'en parler comme d'un " cimetière juif ". Mais l'essentiel est ailleurs : s'agit-il d'un crime contre l'humanité, ou seulement d'un crime contre la judaité ? Ma réponse sera celle de Wladimir Rabinovitch : l'un et l'autre. " Auschwitz a un caractère à la fois spécifique et universel. Car Auschwitz constitue un précédent. On sait désormais que n'importe quel peuple au monde peut être détruit dans le silence universel " (4). En visant les juifs, Hitler visait l'humanité tout entière, à l'exception du peuple des seigneurs. Ne l'avons-nous pas combattu côte à côte ? Pourquoi séparer les morts, quand les vivants ne l'étaient pas ?

Mais on a poussé plus loin la question. L'humanité serait non seulement exclue de la commémoration du crime, mais globalement complice. C'est ce que suggérait Wiesel dans le Mendiant de Jérusalem : " L'humanité frappe la mémoire qui lui fait peur, qui la relie aux ténèbres du commencement. Ainsi, en tuant, elle espère devenir immortelle. " Cet état d'esprit incite à la vengeance, à cette traque de l'antisémite camouflé, à laquelle se sont livrés B.H. Lévy et Z. Sternhell. Cet antiracisme-là est la face inversée du racisme.

Une réserve sur la politique d'Israël, une critique d'un livre d'un auteur d'origine juive, exposent à l'accusation d'antisémitisme. Globe, Radio-Shalom, s'en font une spécialité. Passages a publié d'obscènes caricatures du Christ. Or ces abus ne sont pas dénoncés par les autorités du judaisme français. Tel est le déséquilibre, qu'on s'emporte avec juste raison contre le cardinal Glemp, mais lorsque Itzhak Shamir déclare que " les Polonais sucent l'antisémitisme avec le lait maternel ", cette phrase, de nature raciste, ne suscite pas de protestation. Les catholiques comme moi, qui ont, pendant trente ans, dénoncé les silences et les abus de leur Eglise, s'étonnent qu'Elie Wiesel n'use pas de son prestige pour condamner les fanatiques qui, du côté juif, coopèrent objectivement avec les fanatiques du côté catholique.

Le sacré, ou ce qu'on appelle l'indicible, du génocide appelle la méditation, le respect, la piété. S'en faire une arme, l'utiliser pour ce que J. Berque appelle une " discrimination à rebours ", n'est-ce pas la pire des impiétés ?

Enfin, qu'on ne laisse pas croire, comme je l'entendais à la radio de la bouche d'une autorité juive en France, que les juifs vivent " une situation d'exclusion ". L'intégration réussie d'environ deux cent mille sépharades et la promotion méritée de beaucoup d'entre eux dans les secteurs de pointe prouvent le contraire. Susciter l'inquiétude et même l'angoisse chez les juifs de France est une mauvaise action. Sartre disait, non sans exagération, que c'est l'antisémite qui fait le juif. Il y a maintenant des antiracistes qui font des racistes. Dans quel but ?

Les très nombreux témoignages d'approbation que j'ai reçus, de juifs et de non-juifs, m'ont prouvé qu'il existait dans ce pays un " refoulé " plus inquiétant que je l'imaginais chez des gens qui n'ont rien à voir avec Autant-Lara, mais qui sont las de l'intimidation que des extrémistes font peser sur la liberté de l'esprit. Il y a pis : dans les quelques protestations que j'ai pu lire, j'ai trouvé des échos, parfois ignobles, d'un nouveau racisme qui se développe sous le masque de l'antiracisme. Ceux qui, des deux côtés, exploitent la déchirure, il n'est pas trop tard pour établir contre eux un front commun.

Si, par malheur, nous devions régresser jusqu'au point où l'on se compterait entre juifs et non-juifs, je ne me bornerais pas à rappeler aux obsédés de la chasse à l'antisémite qu'ils l'ont bien cherché, je serais encore à leurs côtés pour combattre l'infamie des quotas. L'espace reste assez large pour l'espérance. Mais on ne m'enfermera pas dans l'accusation et le remords.

DES centaines d'enfants juifs qui partageaient les bancs de mon école, je suis le seul survivant. Bialystock, ma ville natale, est devenue un cimetière juif. Au fond de la forêt voisine, mon père, torturé par la Gestapo, exécuté, puis jeté dans une fosse commune avec d'autres héros de la résistance, repose maintenant sous une immense croix.

Pour la première fois, j'ai emmené dans ces lieux de mort mes enfants. Sans que je lui dise rien, Leah, seize ans, a déposé spontanément au pied de cette croix une petite étoile de David. Aucun mot n'a pu sortir de sa bouche, ni de la mienne.

En écoutant les homélies du cardinal Glemp, j'ai senti mon cÓur se tordre. Comme si, cinquante ans après la guerre, une sorte de victoire posthume était décernée à Hitler. Deux peuples, qui furent ses premières victimes, se disputent les morts que sa haine a dispersés sur le sol polonais.

Ainsi, au moment où l'on assiste à l'accouchement si précaire de la démocratie et des droits de l'homme, se dessine à nouveau l'antagonisme éternel : d'un côté les intégristes, les preneurs d'otages vivants ou morts, qui rêvent d'un âge des ténèbres ; de l'autre côté, ceux qui, avec résolution, essaient de faire avancer le monde vers plus de liberté, de tolérance, de créativité, construisant l'avenir avec les leçons du passé.

" Votre liberté est encore fragile, ai-je dit au premier ministre, Mr Mazowiecki. Et le monde vous regarde. Aviez-vous besoin de cette malheureuse sortie du cardinal, et de cette croix qui domine maintenant Auschwitz - symbole même de la Shoah ?" Il ne m'a pas répondu directement, mais m'a fait clairement savoir qu'il partageait " la douleur et le chagrin " exprimés par le quotidien de Solidarité. Le président Jaruzelski me parut également très ému, lorsque je lui présentai ma famille à la veille de notre pèlerinage à Auschwitz.

Les cendres demandent qu'on les laisse en paix, et les survivants qu'on ne rouvre pas leurs plaies. Je ne parle pas ici en tant que responsable juif, mais comme un homme qui voit renaitre son inquiétude devant les étranges relents d'antisémitisme dans un peuple qui n'a plus de juifs, et devant les passions déchainées à nouveau : l'escalade imbécile des révisionnistes, des provocateurs et des faibles d'esprit.

Le débat autour du carmel contient de sinistres germes. Il ne doit pas dégénérer en conflit entre juifs et catholiques. Pour ma part, je respecte profondément le désir des religieuses de prier. mais je partage avec beaucoup d'hommes et de femmes de bonne foi le sentiment qu'elles seraient mieux entendues à quelques centaines de mètres de cette enceinte. Le peuple juif a été décimé. Chercher à convertir les âmes en plantant des croix sur leur mémoire n'est pas supportable.

Pendant la guerre, Pie XII est resté dans un silence glacé devant le martyre d'un peuple. Il est sorti par la petite porte de l'Histoire. Le pape actuel a grandi juste de l'autre côté des barbelés qui m'enfermaient. Il a été le témoin de la plus grande infamie de notre civilisation. Il a sans doute puisé dans cette douleur le surcroit de force spirituelle qui l'amena au diocèse de Cracovie et d'Auschwitz, puis à Rome. Que ressent cet homme aujourd'hui ?

Comme le cardinal Decourtray, je pense que la parole est à lui. Ce n'est pas un acte d'autorité sur son Eglise et sa Pologne que je lui demande, mais un geste de compassion.

La querelle a pris des proportions inquiétantes qui ne disparaitront pas facilement. Elle ne se cicatrisera pas avec des compromis religieux, des arguments juridiques, ou des négociations successives. Seule, l'expression d'une résonance profonde à la souffrance des hommes mettra un terme à l'engrenage et permettra de retrouver la paix des cÓurs.

Jean-Paul II ne sera pas le pape de l'indifférence.

Pour l'avoir souvent traversée et pour y avoir situé une scène de mon roman En nos vertes années, je connais bien, à Montpellier, la place de la Canourgue, à laquelle Mr Frédéric Edelmann a consacré, dans le Monde du 30 août, un article dans lequel il déplore que le maire veuille installer un parking en sous-sol de la fameuse place.

Je ne donnerai pas mon avis sur ce parking avant que le plan en ait été rendu public, montrant clairement les entrées et les sorties. Mais je voudrais rappeler ici les critiques véhémentes dont Mr Frèche a été l'objet quand il a entrepris d'enterrer l'artère à grande circulation qui traversait la place de la Comédie. Que de cris alors ! Que de lamentations ! Et pourtant, quelle indubitable réussite, le fameux " Óuf " montpelliérain étant consacré désormais tout entier à la circulation piétonne et débarrassé du bruit infernal des autos et des nuisances qu'elles entrainaient.

Quant à l'Antigone de Mr Ricardo Bofill, que je ne suis pas seul à admirer, mais que Mr Edelmann qualifie dédaigneusement de " rodomontades pseudo-baroques ", je m'étonne que Mr Edelmann voie du baroque et même du " pseudo-baroque " là où le monde entier voit un classicisme inspiré de la Grèce antique et particulièrement bien adapté au beau ciel bleu de Montpellier.

Les propos de Mr Autant-Lara constituent un crime verbal, mais ils n'auraient fait aucune victime s'ils n'avaient pas été rapportés.

Les publier ne constitue-t-il pas une complicité de ce crime ?

Et qu'aurait-on entendu si cela avait été Minute ou Présent à la place de Globe ?

Réunis en congrès prochainement à Athènes, les spécialistes mettront à l'ordre du jour la réadmission de l'URSS au sein de l'Association mondiale de psychiatrie.

LA situation de la psychiatrie soviétique, qui, dans les années 70, c'est-à-dire sous Brejnev, s'est particulièrement distinguée par l'usage politique qui en a été fait, a-t-elle changé? Cette question sera débattue au cours du congrès mondial de la psychiatrie qui se tiendra à Athènes du 12 au 19 octobre pour décider de réintégrer ou non l'Union soviétique au sein de l'Association mondiale de psychiatrie (WPA).

Il y a deux mois (le Monde du 26 juillet), un rapport rédigé par des experts américains ayant été autorisés à visiter des hôpitaux psychiatriques soviétiques et à rencontrer un certain nombre de malades qui leur avaient été signalés, avait témoigné du fait qu'il existe encore des personnes internées pour délit d'opinion. Qualifié de "document valable et utile" (Psychiatric News, 4 août 1989) par les Soviétiques, ce rapport préconisait un certain nombre de réformes du système psychiatrique actuellement en vigueur en URSS, visant en particulier à améliorer le recours aux avocats et à limiter l'internement forcé.

Les temps changent... les Soviétiques ont longtemps préféré se dérober aux accusations de l'Occident en niant les abus et en défendant la spécificité de leur système psychiatrique, socialiste et par essence différent de celui des pays capitalistes.

On trouve dans la version soviétique du serment d'Hippocrate un cinquième paragraphe, où le médecin "jure de fonder tous ses actes sur les principes de la morale communiste, d'avoir toujours présent à l'esprit le haut titre de médecin soviétique, d'être toujours conscient de ses responsabilités envers le peuple et l'Etat soviétiques".

Sur la base de ce serment, beaucoup d'abus ont été perpétrés au nom des principes de la morale communiste dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle a été galvaudée jusqu'à une époque récente. Toutes les tentatives de protestation de l'Occident contre l'internement d'opposants ont été interprétées par les autorités soviétiques comme des ingérences dans les affaires intérieures de l'URSS, et celles de la résistance intérieure comme de l'agitation antisocialiste commanditée par l'étranger.

La politique gorbatchévienne a réformé ce discours, mais continue à défendre l'idée de la spécificité du sytème socialiste et de ses valeurs progressistes. Ainsi le discours actuel d'ouverture de l'URSS est-il ambigu. Si les erreurs du passé sont dénoncées, peu de changements fondamentaux ont vu le jour. Dans le domaine de la psychiatrie, le désaveu unanime de l'Occident face aux abus de son usage a conduit l'URSS à se retirer de l'Association mondiale de psychiatrie en 1983. Tout en relâchant quelques individualités célèbres (Pliouchtch, Boukovski, Gorbanevskaia), les dirigeants de la psychiatrie continuaient à nier farouchement la pratique de l'internement de " ceux qui pensent autrement ".

C'est le cas du professeur Vartanian, actuellement directeur du Centre de recherche sur la santé mentale. Fort du soutien de certaines personnalités de l'Association mondiale qui prônent un dialogue avec l'URSS sans ingérence dans ses affaires intérieures, il analyse la situation actuelle de la façon suivante : l'URSS est prête à revenir au sein de l'Association, car, nous dit-il, " l'atmosphère y est aujourd'hui plus objective, on n'y cherche plus la confrontation mais la coopération ".

Le docteur Tchourkine, qui dirige la psychiatrie au ministère de la santé, déclarait de même, au cours d'une conférence de presse à Moscou en février 1988 : " Nous sommes prêts à revenir au sein de l'Association... à la condition qu'il y ait une atmosphère de travail et pas de discussion sur l'activité politique. "

La tentative de dépolitiser le débat actuel sur la psychiatrie montre la volonté des dirigeants de la psychiatrie soviétique d'éviter certains sujets épineux. Selon Peter Reddaway, un expert sur les droits de l'homme en URSS et membre de la délégation américaine, ces dirigeants en place depuis longtemps " se battent pour préserver leur position ". Selon lui, ils savent que, " en permettant des réformes sérieuses, ils entraineraient leur propre chute ". " Un départ timide a été réalisé ", ajoute-t-il, mais il a été imposé par quelques politiciens réformateurs à la bureaucratie du système sanitaire " résistante, hostile et sur la défensive ".

Il semble bien que l'absence de changements dans la direction de la psychiatrie soit la clef de l'ambiguité de la position soviétique, qui, paradoxalement, a recours aux experts américains pour arbitrer chez elle des questions des droits de l'homme.

Les experts américains dénoncent dans leur rapport l' " hyperdiagnostic " pratiqué en URSS dans les cas de schizophrénie. Selon eux, les symptômes d' " activité unitaire prônant des réformes politiques ", d' " échec de l'adaptation à la société " et d' " inaptitude à vivre en société sans être arrêté pour sa conduite " illustrent aussi l'hyperdiagnostic concernant les " psychopathes ".

Pour la " schizophrénie à évolution lente " diagnostiquée chez des personnes manifestant leur soutien à des causes politiques, les experts ont dénoncé les symptômes de " délire de réformisme " et de " sens exagéré de l'opinion de soi " qui ne sont pas des preuves de psychopathologie dans les critères de diagnostic américains ou internationaux.

Sur les quinze patients hospitalisés et les douze qui avaient été relâchés, qu'ont pu rencontrer les experts, quatorze cas, selon eux, ne présentaient aucun trouble mental présent ou passé, et trois présentaient des symptômes légers qui ne nécessitaient pas d'hospitalisation. Les traitements subis par ces patients leur avaient été administrés " pour les punir ou les contrôler ".

L'usage de l'atropine, de sulfazine ou de coma insulinique pour traiter des psychoses ou augmenter l'action de neuroleptiques n'est pas accepté à l'Ouest, ajoutent-ils. Les Soviétiques n'ayant pas pu fournir la preuve de l'efficacité d'un médicament aussi dangereux que la sulfazine, aux effets secondaires si douloureux, les Américains ont conclu à son usage " punitif plutôt que thérapeutique ".

Ce rapport sévère a reçu une réponse circonstanciée de la part des Soviétiques. Ils ont reproché aux psychiatres américains d'avoir trop mis l'accent sur la mémoire subjective des patients sur leur hospitalisation, ce qui, selon eux, témoigne d'une position trop partisane. Sur l'usage de traitements punitifs, ils ont affirmé qu'ils n'étaient plus utilisés. Acceptant les critiques concernant l'usage de la sulfazine et de l'atropine, ils ont défendu celui du coma insulinique, efficace, selon eux, sur certains schizophrènes, mais ont nié son utilisation pour provoquer des convulsions. Ils n'ont pas non plus admis l'idée d'inclure le patient dans les décisions de traitement, ce qui n'est pas chez eux coutumier dans la médecine, sauf si le patient est lui-même médecin.

Confrontés à l' " ingérence étrangère " de la délégation américaine, les dirigeants de la psychiatrie soviétique s'efforcent de sauver la face. Mais les Américains précisent qu'ils se sont heurtés à de nombreux obstacles de procédure, significatifs, selon eux, d'une réticence à offrir un accès libre à toute l'information nécessaire. Les experts n'ont ainsi pas eu accès aux rapports d'enquête juridiques des cas qu'ils étudiaient, le fondement des affaires concernées restant ainsi caché.

Si les autorités psychiatriques refusent de reconnaitre la systématisation de la psychiatrie punitive, elles admettent désormais l'existence désormais d'erreurs passées et, adoptant le discours réformiste aujourd'hui en vigueur de la perestroika, affirment que de tels abus ne pourront plus avoir lieu.

S'il semble qu'il y ait réellement eu des changements politiques en ce qui concerne l'internement des dissidents connus (croyants, objecteurs de conscience, opposants politiques) qui ont presque tous été relâchés avant la visite de psychiatres américains, les autorités psychiatriques ont l'air peu enclines à réformer en profondeur un système qu'elles ont contribué à créer.

Selon les experts américains, la psychiatrie soviétique a encore de grands progrès à faire pour rendre son système thérapeutique plutôt que punitif. Les hôpitaux spéciaux ressemblent plus à des " prisons psychiatriques " qu'à des hôpitaux, selon le docteur Roth, le chef de la délégation : les patients y sont privés de tous droits et ont peur de mesures de rétorsion au cas où ils se plaindraient. Des changements plus importants devraient avoir lieu dans les procédures de placement volontaire, pour prévenir les abus. Les commissions psychiatriques de révision prévues tous les six mois après un internement sont " brèves et formelles ", selon le rapport, et n'incluent pas de " décision indépendante " qui permettrait aux patients de s'opposer à la volonté de la direction de l'hôpital de les retenir.

Malgré les changements récents, le docteur Roth se dit " peu rassuré " sur leur effet préventif contre le type d'abus psychiatriques qui ont encore lieu actuellement en URSS. Les experts recommandent aux psychiatriques de commencer à utiliser les critères de diagnostic internationaux pour tous les problèmes mentaux. Ils estiment que la pratique des échanges entre psychiatres américains et soviétiques, ainsi que la formation d'une commission internationale pour contrôler les abus psychiatriques de tous pays, seraient bénéfiques à leur prévention.

Selon Alexandre Podrabinek, le représentant à Moscou de l'Association internationale contre l'utilisation de la psychiatrie à des fins politiques (IAPUP), (1) il faudrait en outre une réhabilitation juridique et médicale de toutes les victimes des abus psychiatriques en URSS et le droit pour des organisations civiles indépendantes de contrôler la pratique des hospitalisations et des traitements psychiatriques, pour que la volonté des autorités soviétiques de renoncer à la psychiatrie punitive soit véritablement garantie.

DEPUIS 1987, un certain nombre d'articles critiques sur la psychiatrie ont paru dans la presse soviétique, tantôt dans des journaux assez confidentiels, et plus récemment dans des journaux à grand tirage. Des " faits divers psychiatriques " sont aussi dénoncés, avec, par exemple, le récit dans Nedelia (la Semaine) de l'internement pour le moins suspect d'un comptable qui avait dénoncé des malversations.

Si l'on ne peut parler d'un débat public sur le sujet, comparable à la mise en accusation du stalinisme ou de la corruption, du moins la glasnost dévoile en partie ce sujet tabou et met en cause des responsables et un système qui sont encore en place.

Evgueni Evtouchenko, poète connu pour son non-conformisme dans les années 60, s'adressait à toute la nation de la tribune du Congrès des députés du peuple le 1er juin 1989 en ces termes : " Je propose de priver du droit d'exercer tous les psychiatres qui, brisant le serment d'Hippocrate, ont envoyé en hôpitaux psychiatriques des gens normaux et pensant librement, sous prétexte qu'ils pensaient autrement. "

Un article publié le 28 juin dans la Literatournaia Gazeta exposait ensuite à un large public l'étendue des problèmes de la psychiatrie soviétique, de l'état délabré et carcéral des hôpitaux à l'utilisation politique qui en a été faite, conduisant ses victimes (les gens considérés comme fous parce que en désaccord avec les autorités) à être " soignés " avec des médicaments punitifs et parfois battus.

L'article s'attaquait à la figure-clef de la psychiatrie soviétique, feu l'académicien Snejnevski, qui, du temps de Staline, par son fanatisme et sa servilité, a " porté un coup fatal à la psychiatrie humanitaire ". Les professeurs Vartanian (Centre scientifique de la santé mentale), G. Morozov (Institut Serbski) et A. Tchourkine (chef de la psychiatrie au ministère de la santé), des " gens du passé " portent la responsabilité de l'inféodation de la psychiatrie au pouvoir politique. Seule la glasnost, conclut l'auteur, permettra un contrôle sur le ministère de la santé, qui, " comme avant, garde secret tout ce qui touche à la psychiatrie, et qui décide de tous les actes et instructions sans que la société soit consultée ".

Ogonyok, en juillet 1989, publiait la confession d'un ancien procureur qui avait fait l'essentiel de sa carrière au KGB, où il avait personnellement participé à la lutte contre les dissidents. Qualifiant de " honteux " l'internement en hôpital psychiatrique de gens normaux, il cite l'exemple du général Grigorenko qui fut, sur l'initiative du KGB, exclu du parti, puis de l'armée et dégradé, puis interné en hôpital psychiatrique pour avoir critiqué la politique intérieure et étrangère de Khrouchtchev.

Un autre signe de la glasnost fut la publication, le 21 mai, par la Meditsinskaia Gazeta (un journal médical) d'un article du psychiatre Semion Glouzman, qui a passé dix ans en camp pour s'être opposé à l'utilisation de la psychiatrie à des fins politiques (le Monde du 26 juillet). Si cette publication est essentiellement lue par des médecins, elle a l'avantage d'exposer l'opinion d'un spécialiste, lui-même victime de répression, et qui témoigne de cas précis rencontrés pendant sa captivité.

Cet article est un réquisitoire précis contre le système actuel de la psychiatrie en URSS, qui a notamment " une hostilité générale pour les classifications occidentales, Freud, le freudisme, et tous les autres " ismes " ". Selon lui, " actuellement, les psychiatres soignent l'état du malade, et non les causes de sa maladie ".

" Les méthodes de diagnostic sont relatives et subjectives, le psychiatre est constamment pressé, ce qui le rend indifférent et inattentif à ses patients ; la qualification des médecins est basse, il n'y a aucun contrôle public sur l'activité des psychiatres, et, bien sûr, l'éducation des psychiatres est totalitaire. "

Semion Glouzman dénonce aussi le concept soviétique de " schizophrénie à évolution lente " qui est si insidieuse que les " malades " ne présentent à aucun moment d'états psychotiques sérieux (elle peut même être asymptomatique), mais les " malades " ont tout de même rejoint les malades sérieux dans les hôpitaux psychiatriques, où on leur a donné des traitements massifs de sulfazine, d'électrochocs et de neuroleptiques.

Glouzman conclut que la seule prévention contre de tels abus est évidemment la loi, mais aussi " la capacité des psychiatres de questionner leur propre jugement dans l'intérêt des patients ". " Se poser des questions, ajoute-t-il, ce doit être, au même titre que les bonnes manières, enseigné dès l'enfance. "

L'analyse précise des droits et intérêts légaux des personnes souffrant de problèmes psychiques, menée par les juristes B. Protchenko et A. Roudiakov en février 1989 dans Kommunist (mensuel théorique du comité central du PCUS), est un réquisitoire contre la législation actuelle du système psychiatrique en URSS, mettant même en évidence certains de ses aspects illégaux (en contradiction avec le code pénal). Les auteurs mettent d'emblée en avant l'utilisation de la psychiatrie par le pouvoir politique pour faire pression sur ceux qui pensent différemment, et parlent de " tragédies humaines qui se jouent derrière les barreaux des fenêtres des hôpitaux spéciaux, et des conditions de détention qui y sont pratiquées " dont ils entendent parler périodiquement, " le plus souvent de sources non officielles ".

La loi votée par le Soviet suprême le 5 janvier 1988 et le décret du ministère de la santé du 21 mars, selon eux, " souffrent de sérieux manques qui font douter de leur efficacité en pratique ". Certes, ces textes présentent des innovations positives, comme le droit de recours à un avocat pour les malades ayant à se plaindre de leur psychiatre, qui peuvent porter l'affaire en justice. De même, le transfert des hôpitaux spéciaux dépendant du ministère de l'intérieur au ministère de la santé. Mais, selon ces juristes, ces textes ont un caractère formel. Rien ne garantit concrètement l'application du nouveau droit prévu pour les malades, et, plus grave, les concepts mêmes qui ont servi de base aux abus psychiatriques ne sont pas remis en cause : que vaut la formulation de l'article 9 de la loi qui prévoit l'examen psychiatrique de ceux qui ont enfreint " les règles de vie communautaire socialiste " ? " La perestroika et la glasnost n'ont-elles pas démontré tout ce que ce concept a d'éphémère et de fragile ", s'étonnent-ils ?

Ces dénonciations virulentes du système psychiatrique ont été possibles grâce à la glasnost et concluent toutes à la nécessité de la transparence pour le contrôler, afin d'en prévenir les abus, y compris dans le traitement des malades. Mais ici comme dans beaucoup de domaines en URSS, la glasnost peut rester lettre morte, si la perestroika tarde à faire sentir ses effets.

La prestigieuse revue britannique sera pour la première fois éditée en français. Un événement dans le monde de l'information médicale.

DANS le plus que distingué Bedford Square, seule une très discrète plaque de cuivre indique le siège de l'une des plus prestigieuses revues médicales internationales. Créé le 5 octobre 1823 à Londres, The Lancet (le Bistouri) est l'un des rares exemples d'un journal ayant su résister à l'usure du temps et à la dangereuse manne de la publicité ; l'un des rares exemples aussi d'un journal médical qui, en respectant scrupuleusement les principes définis par son fondateur, soit parvenu à s'imposer aujourd'hui - avec son homologue américain The New England Journal of Medicine - comme référence internationale en matière de recherche et de publication.

" Nous avons commencé à bénéficier d'une réelle audience internationale dans les années 60, expliquent Mr David Sharp et le docteur Robin Fox, rédacteurs en chef adjoints. Ce phénomène est apparu à une époque où nous avons perdu un certain nombre de nos lecteurs médecins généralistes britanniques et où la recherche médicale s'est rapprochée des sciences fondamentales. " S'il est encore loin derrière le New England (200000 exemplaires environ), le Lancet, avec 42000 abonnés dont 10000 en Grande-Bretagne et 15000 en Amérique du Nord, jouit d'une position confortable, qui lui permet notamment de maintenir son volume de publicité en deçà de ce que l'on observe habituellement.

Une position d'autant plus enviable que les collaborateurs - le plus souvent gracieux - de l'hebdomadaire adressent leurs textes du monde entier et que l'on sait cultiver à Bedford Square les joies de l'indépendance absolue. A la différence de nombreuses revues médicales, le Lancet n'est pas en effet l'émanation d'une association médicale ou de l'institution.

Depuis peu, l'hebdomadaire britannique est entré dans une nouvelle ère de sa longue histoire. Alors que le numéro 8664 vient tout juste d'être imprimé à Londres, sortira à Paris, le mercredi 20 septembre, le premier numéro de la version française de l'hebdomadaire britannique. Après l'Espagne en 1982, l'Italie en 1984 et l'Allemagne fédérale en 1987, les responsables du Lancet complètent ainsi leur implantation en Europe par le biais d'éditions dans des langues différentes, avant de s'attaquer au Japon. C'est la filiale française d'Elsevier (1), l'un des principaux éditeurs scientifiques internationaux, qui a acquis l'exclusivité de la rédaction en français sous réserve que l'image du Lancet soit respectée.

Il ne s'agira pas toutefois de la traduction pure et simple des textes parus à Londres. " Nous sortirons à un rythme mensuel, explique le docteur Philippe Brenier, rédacteur en chef de la publication, et nous sélectionnerons des articles parus dans les dernières semaines ou les derniers mois de l'édition anglaise. Notre sélection se fera en fonction de l'importance et de l'urgence du sujet traité, mais aussi en fonction de l'intérêt que pourront trouver les médecins français à la lecture d'articles de synthèse, de réflexion, et d'éditoriaux. "

La principale cible visée par les responsables d'Elsevier est celle des médecins spécialistes hospitaliers, qui " n'ont pas le temps de lire en anglais "... Sans doute espère-t-on aussi que les médecins généralistes pourront trouver là une source d'informations originale, différente de celle qu'ils peuvent trouver, lorsqu'ils en ont une, dans leurs revues de formation médicale continue.

" Même si la chose est difficile à expliquer, soulignent Mr Sharp et le docteur Fox, nous avons observé que, en Italie, en Espagne et en Allemagne fédérale, la publication d'une traduction mensuelle ne nuisait aucunement aux ventes de l'hebdomadaire. Sans doute parce que les médecins intéressés par l'édition traduite n'ont pas les mêmes centres d'intérêt que les autres abonnés. " On compte actuellement plus de mille trois cents abonnés au Lancet en France, et l'on espère, chez Elsevier, en attirer vingt mille de plus " avant la fin de l'année ". On indique aussi que, si cette expérience est concluante, rien n'interdit de penser à la mise en place d'une équipe spécialement chargée de conseiller les médecins français désirant publier en langue anglaise.

Cette expérience de traduction en français n'est certes pas la première (le journal de l'association médicale américaine la réalise depuis plusieurs années), elle n'en souligne pas moins la dramatique perte d'audience des revues françaises de formation continue. Car, de manière paradoxale, ces traductions sont le reflet direct de la domination quasi monopolistique exercée en médecine et en sciences par la langue anglaise, qu'il s'agisse de découverte ou de formation continue. Le phénomène semble aujourd'hui irréversible, et l'on voit mal, compte tenu notamment de l'immobilisme des pouvoirs publics français et des organismes nationaux de recherche, ou encore des maisons d'édition, comment le français pourrait retrouver ne serait-ce qu'une part de la place éminente qu'il occupa au dix-neuvième siècle et au début du vingtième dans l'avancée de la science et de la pratique médicales.

Depuis treize ans, les archéologues ont mis au jour les objets les plus divers et les plus surprenants.

UNE petite plaque en or où des émaux colorent, dans un style carolingien, les espaces ménagés par les techniques du cloisonné et du champlevé (1). L'objet n'a guère que 3 centimètres sur 1. Mais, découvert en août dernier dans les fouilles de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), il a soulevé l'enthousiasme (encore un peu dubitatif) de Mme Danielle Gaborit-Chopin, conservateur au département des objets d'art du Louvre : la petite plaque semble bien provenir de la " table d'or " (ou devant d'autel) donnée à l'abbaye par Charles le Chauve (823-877).

Le trésor de l'abbaye de Saint-Denis était l'un des plus riches d'Europe. La " table d'or " en était une des pièces maitresses. Transformée en retable à la fin du treizième siècle, elle a été fondue à la Révolution comme presque tous les objets du trésor. Mais, sous sa forme de retable, elle figure avec beaucoup de précision dans un tableau du quinzième siècle, la Messe de saint Gilles de la National Gallery de Londres. Ainsi est-il légitime de penser que la petite plaque est très probablement un des motifs de la frise qui faisait tout le tour de la " table d'or ".

Autre indice qui étaye cette hypothèse : la petite plaque a été trouvée dans un atelier d'orfèvre de la fin du treizième siècle qui était tout proche de la nécropole occupant les terrains bordant le côté nord de l'abbaye. Elle était dans un tas de détritus. Ce qui permet d'imaginer l'affolement de l'orfèvre mettant son atelier sens dessus dessous à la recherche de l'élément égaré au cours des travaux de transformation de la " table d'or ". Si les études confirment l'hypothèse de la provenance de la petite plaque, on aurait désormais l'unique fragment subsistant de la " table d'or ".

Les fouilles de Saint-Denis sont menées en permanence depuis 1973, sous la direction de Mr Olivier Meyer, nommé archéologue municipal en 1982. Elles ont ainsi scruté le sous-sol de 13 hectares du quartier " basilique - centre-ville " au fil de vastes opérations de rénovation urbaine.

Le site de Saint-Denis a été occupé au début du néolithique (vers 5000 ou 6000 avant Jésus-Christ) et, en continu, au moins depuis le septième siècle de notre ère. Jusqu'au premier tiers du neuvième siècle, l'occupation a été diffuse, mêlant éléments civils et religieux. N'oublions pas que le tombeau présumé de saint Denis, premier évêque de Paris (décapité à Montmartre au troisième siècle, selon la tradition), a très vite attiré des foules de pèlerins.

Au début du septième siècle, le bon roi Dagobert construisit une abbaye ou enrichit un établissement préexistant. En tout cas, son trésorier saint Eloi, évêque et orfèvre, fit, pour l'abbaye, une superbe croix en or et pierres précieuses, qui figure, elle aussi, sur le tableau la messe de saint Gilles. Rien ne subsiste de cette abbaye.

Vers 830 est édifiée l'enceinte monastique le long de laquelle ont été construites, au fil des siècles, huit églises dont les fouilles ont retrouvé les vestiges. En 869, devant le danger des raids normands, Charles le Chauve, abbé laique de Saint-Denis, entoure la ville d'une muraille. Celle-ci aura pour effet de concentrer la population et, surtout, de déterminer jusqu'à nos jours la trame urbaine avec le tracé des rues et même des parcelles.

Enfin Suger vint (vers 1081-1151). Abbé de Saint-Denis, conseiller très avisé de Louis VI le Gros et de Louis VII le Jeune, Suger commence la basilique actuelle et donne à l'abbaye son rayonnement maximal. Par la suite, Saint-Denis souffre sûrement de la Grande Peste du milieu du quatorzième siècle. Les guerres de Religion (1562-1598) marquent le déclin de Saint-Denis. La population diminue beaucoup. Si bien qu'au dix-septième siècle de nombreux couvents (notamment le carmel, dont Louise de France, fille de Louis XV, fut la supérieure, et qui abrite maintenant le Musée d'art et d'histoire de la ville de Saint-Denis) purent s'entourer de très grands jardins, origine des grands espaces non bâtis que Saint-Denis avait encore très récemment.

Depuis seize ans, les fouilles ont été faites en fonction des opérations d'urbanisme. Elles ont mis au jour un labyrinthe très enchevêtré de murs et de rues, et même, cette année, une partie de l'aqueduc souterrain qui alimentait trois fontaines. Surtout, elles ont permis de dégager des fonds de cabanes, de maisons et d'ateliers de dix-sept sortes d'activités artisanales, des dépotoirs, des nécropoles de toutes les époques, où la moisson a été extrêmement riche surtout pour la période allant de 550 environ à 1450 : sept cents tombes, vingt-cinq mille " objets " (sans compter des dizaines de milliers de tessons), et même des tissus et des chaussures.

Les plus intéressants des objets trouvés il y a plusieurs années sont exposés au Musée d'art et d'histoire (2). Parmi eux, des chapiteaux romans (dont certains tout juste ébauchés), un manche de couteau en ivoire représentant un adolescent jouant aux dés, un saint Joseph en ivoire autrefois polychrome, un couvre-feu (un très grand plat creux percé de deux trous qui permettait de garder les braises chaudes en évitant que le feu ne se propage hors du foyer). Et surtout un bonnet tricoté du quatorzième siècle. Dégagé à la pointe d'aiguille de la gangue très dure qui l'emprisonnait, ce bonnet tricoté au point de jersey, à quatre aiguilles puisqu'il ne comporte aucune couture, n'a pas nécessité de traitement compliqué de préservation. Il n'est pas fait de laine, comme on l'a d'abord cru, mais de byssus (3) de Pinna nobilis, le plus grand bivalve de Méditerranée (le nom local est " jambonneau de mer "). Le byssus très fin de ce bivalve était effectivement utilisé comme textile de prix depuis l'Antiquité - et encore récemment en Italie du Sud - sous le nom de " soie de mer ".

Des objets trouvés plus récemment sont exposés au dépôt de fouilles, une ancienne école maternelle mise à la disposition des archéologues par la municipalité (4). Des verreries étonnent par leur élégance. Les chaussures sont encore souples. Les tabletiers (ces artisans qui travaillaient l'os, l'ivoire, la corne ou le bois) émerveillent par leur technique : les totons sont fins et délicats ; un dé, tout bosselé de cupules minuscules, est fait comme nos dés à coudre ; les épingles sont finement décorées. Les patenôtriers utilisent des matériaux très divers pour faire les grains de chapelet. Il y a même des patins à glace (comme ceux dont parle un hagiographe de Thomas Becket) : de petits os longs (de bovins ?) dont une face, parfaitement aplanie, porte les stries gravées par les glissades sur la glace.

AUJOURD'HUI l'Himalya, hier l'Angleterre, l'Union soviétique ou les Etats-Unis : les falsifications scientifiques ne connaissent pas de frontières. Et, si les " scandales " éclaboussent plus souvent le milieu des sciences de la vie (témoin le cas de Sir Cyril Burt, célèbre psychologue britannique, mort en 1971 couvert d'honneurs et qui se révéla, quelques années plus tard, avoir inventé ses couples de jumeaux... et jusqu'à ses collaboratrices pour justifier sa théorie héréditariste de l'intelligence), la supercherie en paléontologie, bien avant l'" affaire Gupta ", a, elle aussi, connu ses heures de gloire.

Ainsi, le cas de l'" homme de Piltdown ", dont la célébrité reste à ce jour inégalée. Un crâne primitif d'être humain, découvert dans le Sussex (Grande-Bretagne) en 1912, présenté par Charles Dawson et considéré, dans un premier temps, comme preuve probable de l'existence du fameux chainon manquant entre le singe et l'homme. Pendant plus de quarante ans, les spécialistes de paléontologie humaine crurent à son authenticité, avant de découvrir qu'il s'agissait d'un habile montage entre une mâchoire d'orang-outang et un crâne humain - gigantesque farce dont les auteurs n'ont jamais pu être identifiés.

Mais l'affaire présentant la plus grande analogie avec celle des fossiles himalayens se joue en France, au sortir de la Grande Guerre. Géologue brillant et reconnu, directeur du service géologique d'Indochine à Hanoi, Jacques Deprat est violemment accusé par certains de ses pairs d'avoir falsifié l'origine de fossiles qu'il affirme provenir du nord du Tonkin et que l'on ne connait, en principe, que dans des terrains primaires d'Europe centrale. Personne n'eut jamais le fin mot de l'histoire, mais les présomptions pesant sur Deprat, banni de la Société géologique de France au début des années 20, furent par la suite largement remises en cause, lorsque l'on découvrit, vérification sur le terrain à l'appui, que la plupart de ses descriptions étaient parfaitement exactes.

Aujourd'hui, la plupart des spécialistes plaident son innocence. Ce qui contribue probablement à expliquer la réticence, chez bon nombre de paléontologues français, à passer trop vite des soupçons à l'accusation en matière de fraude scientifique.

Depuis vingt ans, un paléontologue spécialiste de l'Himalaya aurait trompé ses collègues sur l'origine des fossiles qu'il soumettait à leur expertise.

An'en pas douter, l'histoire restera dans les annales. Le scandale secoue depuis six mois le milieu très fermé des paléontologues, et vient de connaitre la semaine dernière un nouveau rebondissement avec la publication, dans la revue britannique Nature (1), de quatre articles, provenant de chercheurs impliqués de près ou de loin dans ce que la communauté scientifique appelle désormais " l'affaire des fossiles péripatéticiens ". Un scénario rocambolesque ayant toutes les apparences d'une gigantesque escroquerie paléontologique, orchestrée depuis vingt ans par un chercheur indien, et dont la révélation remet désormais en question tout un pan des connaissances acquises en cette fin de siècle sur l'Himalaya.

A eux seuls, titres et chiffres font frémir : membre de l'Académie de l'Inde, doyen de la faculté des sciences de l'université du Pendjab à Chandigarh, Mr Vishwa Gupta aurait truffé d'anomalies et d'invraisemblances plus de trois cents publications scientifiques en vingt ans de travaux ! Pire : mêlant adroitement le douteux et l'authentique, brouillant les pistes stratigraphiques et géographiques, qui, en temps normal, permettent de dater les sites étudiés, ses " découvertes " rendraient aujourd'hui inutilisables la quasi-totalité des données accumulées depuis lors sur la géologie himalayenne. Un véritable imbroglio scientifique réalisé au nez et à la barbe d'une bonne soixantaine de paléontologues internationaux, souvent de renom, avec lesquels Vishwa Gupta prenait soin de co-signer ses publications.

Spécialiste des vertébrés fossiles à l'Institut de paléontologie du Muséum national d'histoire naturelle de Paris, Mr Philippe Janvier est de ceux-là. En 1980, il travaille au laboratoire de paléontologie de l'université Paris-VI, sur des poissons fossiles datant de 400 millions d'années. Un terrain d'étude qui l'amène à rencontrer le géologue indien, et même, à l'occasion d'un voyage touristique, à visiter son laboratoire.

" En 1981, Gupta est à son tour venu à Paris pour assister à un colloque international, raconte Philippe Janvier. Il m'apportait par la même occasion un magnifique petit crâne de poisson, provenant d'après lui de la vallée du Zanskar, au nord de l'Inde, dont il me demandait de faire une étude descriptive le plus rapidement possible. " Proposition immédiatement acceptée, avec d'autant plus d'intérêt que le fossile, spécimen jusqu'alors inconnu du groupe des cÓlacanthes, révèle des caractéristiques tout à fait particulières pour l'Óil exercé d'un paléontologue.

Jusque-là, rien que de très normal. Mais quelques semaines plus tard, Mr Janvier rencontre une collègue chinoise, Mme Zhang Miman, aujourd'hui directrice de l'Institut de paléontologie de Pékin. A l'époque, cette dernière termine tout juste sa thèse sur des poissons fossiles qui viennent d'être découverts dans le sud de la Chine, sur le gisement de Qujing. " Or ces fossiles présentaient une ressemblance stupéfiante avec celui que je venais d'étudier - et ce, fait rarissime, jusqu'à la couleur de la roche ! ", relate Philippe Janvier. Saisi d'un léger soupçon, celui-ci écrit immédiatement à Mr Gupta pour lui demander de mentionner dans leur publication commune cette étonnante gémellité - ce qui fut fait.

Deuxième surprise : dans les mois suivant la publication de l'article, Mr Janvier reçoit plusieurs lettres de paléontologues internationaux, désireux de confronter avec lui leur point de vue. Tous ont cosigné, dans les années précédentes, une publication avec Mr Vishwa Gupta. Tous émettent eux aussi des réserves, des inquiétudes. " A la dixième lettre, j'ai compris que quelque chose ne tournait pas rond. " De l'étonnement, Mr Janvier passe à la suspicion. Et il n'est pas le seul. Au début des années 80, la rumeur s'amplifie parmi les paléontologues: considéré dix ans plus tôt comme l'un des principaux spécialistes de l'Himalaya, Mr Gupta perd son crédit international, et bon nombre de chercheurs refusent désormais, non seulement de collaborer avec lui, mais encore de tenir compte de ses publications.

Les choses en seraient probablement restées là si un scientifique australien, lui-même bon connaisseur de la géologie himalayenne, ne s'était décidé à dénoncer le scandale. Paléontologue à l'université Macquarie de Sydney, Mr John Talent, qui aurait commencé à soupçonner Mr Gupta dès 1971, va se livrer, des années durant, à une enquête digne de Sherlock Holmes.

De la rue parisienne Saint-Louis-en-l'Ile (où il retrouve, dans la boutique Minéraux fossiles, d'Alain Carion, des spécimens provenant du Maroc rigoureusement identiques à ceux décrits par le géologue indien) à la vérification (par la négative) de l'existence de plusieurs gisements himalayens cités dans ses articles, la piste, semée d'invraisemblablances et de coincidences douteuses, le mène jusqu'à l'incroyable: Etats-Unis, Afrique, Tchécoslovaquie ou Grande-Bretagne, les fossiles décrits par Mr Gupta semblent venir pratiquement de toutes les régions du monde... sauf d'Himalaya.

"Comment se peut-il qu'une telle quantité de matériel d'origine suspecte ait résisté si longtemps à l'investigation du milieu scientifique ?", s'interroge Mr John Talent en conclusion de son article paru au printemps dernier dans Nature (2). Première réponse: l'impossibilité, pour les paléontologues internationaux, de vérifier sur place les allégations de Mr Gupta. S'étendant du Cachemire au Bhoutan, les gisements indiqués (le plus souvent de façon approximative) se trouvent la plupart du temps dans des sites quasiment inaccessibles, et de surcroit interdits, pour des raisons politiques, à l'investigation des étrangers.

Autre élément ayant joué en faveur de Mr Gupta: les règles déontologiques du milieu scientifique, qui interdisent aux chercheurs de mettre en doute, a priori, la véracité des dires d'un collaborateur. "Je n'ai pas été assez prudent, mais cela est facile à dire après coup", souligne Mr Gary Webster, paléontologue à l'université américaine de Washington et coauteur avec le géologue indien de neuf publications. "Toute étude paléontologique est basée sur une confiance implicite dans l'origine des données de base", renchérit Mr Janvier, qui précise néanmoins ne plus travailler, désormais, "qu'avec des fossiles récoltés par mon équipe ou provenant d'un muséum garantissant leur origine".

On peut, en revanche, s'étonner de découvrir que nombre de spécialistes de l'Himalaya, qui reconnaissent aujourd'hui avoir soupçonné depuis plusieurs années les pratiques plus que douteuses de leur collègue, n'aient pas jugé utile d'en avertir plus tôt l'ensemble de la communauté scientifique.

La dénonciation ouverte, certes, n'est pas une pratique courante de la profession, et les paléontologues avaient sans doute suffisamment de fossiles en tête pour ne pas se plonger dans la bibliographie exhaustive de Vishwa Gupta. Il n'empêche : outre les nouvelles " victimes " que ce dernier a pu continuer de duper, la " loi du milieu " a sans doute ainsi contribué à transformer la géologie du Toit du monde en un inextricable réseau de contradictions, dont cette discipline mettra longtemps à se remettre - même si le temps finit toujours par séparer le bon grain de l'ivraie.

" Toutes les données stratigraphiques et paléontologiques accumulées sur l'Himalaya sont désormais à revoir complètement ", confirme Willi Ziegler, directeur du Museum Senckerberg de Francfort (RFA). De nombreux chercheurs ont en effet intégré de bonne foi les " découvertes " de Mr Gupta dans leur propre réflexion, rendant aujourd'hui les connaissances et les hypothèses établies depuis vingt ans quasiment inutilisables.

Mr Gupta, quant à lui, semble cette fois définitivement discrédité. Six mois après le coup d'envoi donné par John Talent, les langues commencent à se délier. Les auteurs des quatre articles que vient de publier Nature, dont deux proviennent de collègues très proches du géologue indien, dénoncent tous, en termes parfois très durs, les malversations probables de leur cosignataire. Mais la communauté scientifique ne dispose, aujourd'hui encore, d'aucune preuve tangible contre Mr Gupta.

La solution la plus simple, suggérée par de nombreux palé- ontologues, serait sans doute de constituer une commission internationale - sous l'égide, peut-être, du Survey Geological indien - chargée de vérifier, un à un, l'existence - ou plus probablement l'absence - des gisements signalés dans ses publications. Selon toute vraisemblance, l'" affaire des fossiles péripatéticiens " ne fait que commencer.

Suite à l'article paru dans " le Monde Sciences et Médecine " du mercredi 13 septembre, Mr Jacques Mehler, directeur du laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistiques (CNRS/EHESS, Paris), nous précise que les études réalisées sur le bilinguisme des adultes, parues dans la revue Nature, ont été menées en collaboration avec Mr Juan Segui, du laboratoire de psychologie expérimentale du CNRS (université Paris-V).

Me trouvant récemment à Vézelay, j'ai été consterné en voyant l'état de la maison dans laquelle Romain Rolland est mort en 1944. Une plaque rappelle l'événement, mais la maison tombe en ruine. Carreaux cassés, volets délabrés, tout indique l'abandon. Dans l'Europe qui se construit, le souvenir de Romain Rolland a une grande place. Les amis de l'écrivain se doivent de sauver la maison dans laquelle il écrivait ses dernières Óuvres.

Je lis dans le Monde du 9 septembre (article intitulé " Master-sur-le Main ") que vous déplacez la capitale du Land de Hesse. Vous écrivez, en effet, qu'un tournoi sportif prévu à Francfort " aura donc lieu dans la capitale du Land de Hesse et de la saucisse ". Si cette ville est certes importante sur le plan économique, elle ne joue aucun rôle politique majeur, même dans le Land où elle est située. Quant à sa qualification de " capitale de la saucisse ", elle est assez cavalière pour ce grand centre d'éditions, chimique et financier.

La capitale du Land de Hesse, elle, a toujours été Wiesbaden, une élégante station thermale de 300 000 habitants peu détruite par les bombardements de la dernière guerre.

BP, troisième compagnie pétrolière mondiale et premier groupe britannique tous secteurs confondus, a annoncé, jeudi 14 septembre, qu'il va profondément restructurer sa division exploration-production, en vendant 1,31 milliard de dollars (8,3 milliards de francs) d'actifs et en supprimant mille sept cents emplois (sur dix mille cinq cents) dans le monde.

Ce repli, mal accueilli par la Bourse puisque l'action BP a perdu 5 pence à Londres aussitôt la nouvelle connue, vise, selon la direction, à réduire les frais généraux et à rendre l'exploration pétrolière " plus agressive " et " plus sélective ". La plupart des observateurs notent cependant que cette restructuration suit les rachats successifs de la totalité du capital de Standard Oil Co (Sohio) aux Etats-Unis pour 50 milliards de francs en 1987, et de Brit- oil pour 26 milliards de francs en 1988, et qu'elle permettra surtout de réduire l'endettement excessif du groupe et éventuellement de préparer une nouvelle acquisition.

L'essentiel des actifs pétroliers et gaziers cédés, correspondant à des réserves de 367 millions de barils équivalent pétrole seront rachetés par Oryx Energy, une petite compagnie américaine issue de Sun Oil, qui acquérera ainsi environ 9 % du patrimoine de BP en mer du Nord. Parmi ces actifs figurent les participations de BP dans cinq gisements déjà exploités en mer du Nord (Ninian, Murchinson, Hutton, Dunlin et Audrey), dans des gisements en cours d'exploitation et dans quarante-deux blocs d'exploration. Les intérêts de BP dans les systèmes d'oléoducs de Ninian et de Brent sont également compris dans la vente. En outre, BP cédera un certain nombre de permis et de participations à l'étranger (en Colombie, à Dubai, en Equateur, au Gabon, en Indonésie et en Italie). Ces opérations sont encore sujettes à l'approbation des divers partenaires de BP dans les champs concernés.

Quant aux suppressions d'emplois, elles devraient surtout concerner l'Ecosse (970), les effectifs du siège londonien étant également touchés (470), ainsi que le siège de Houston, aux Etats-Unis. Cette mesure permettra, selon la direction, une économie de 950 millions de francs par an environ. Elle a toutefois suscité de vives réactions en Ecosse où le groupe est accusé de ne pas tenir les promesses qu'il avait faites lors du rachat de Britoil il y a un an.

Vous l'avez vu, vous, son super show, à mon Mimi, Valmy naissance d'une nation ? Moi, non, enfin si... De loin ! Mon poste était pris d'assaut par un commando d'étudiants, des copains à mes enfants, très Marché commun, lancés sabre au clair contre la connerie de cette patriotarde rigolade enveloppée dans de la toile à matelas signée Buren, un pote à Djack.

A quoi ça rime, la célébration d'une victoire sur des pays à qui on a commencé par déclarer la guerre ? Une victoire achetée à prix d'or - Malraux s'était pas gêné pour le rappeler, - l'or versé aux officiers autrichiens et prussiens en les priant de détaler aussi vite que leurs soldats, pris de coliques... Pas la trouille, non, la dysenterie ! Une victoire contre l'ennemi de l'extérieur qui va tourner un an plus tard, avec la Terreur, à la guerre contre l'ennemi de l'intérieur.

Qui c'est qui peut bien les guigner, nos frontières, là aujourd'hui, on peut savoir ? Pas les Sov, ils ont d'autres chats à fouetter. Non, les Prussiens, je veux dire les Allemands, de l'Ouest, de l'Est, les Allemands enfin réunis qui menacent à tous moments de nous tomber dessus à bras raccourcis !

D'accord, il s'agissait de rassurer notre armée, de la caresser dans le sens du poil, de lui remonter le moral. Mais, bon, imaginez que Maggie offre à sa flotte désÓuvrée une reconstitution de Trafalgar ! Ou encore que le père Kohl nous demande de prêter la galerie des Glaces à Versailles pour y monter le spectacle de la reddition de la France en 1870 ! Là, il y aurait vraiment de quoi crier : Aux armes, citoyens !

Un grave incident technique lié à la mise au point des nouvelles rotatives du Monde à l'imprimerie d'Ivry a perturbé, samedi, la distribution du journal (numéro daté 17-18 septembre). Nous prions nos lecteurs de bien vouloir nous en excuser et de croire que tout est mis en Óuvre pour assurer, dans les plus brefs délais, l'acheminement régulier du Monde.

Le conseil d'administration de la Cinq prévu lundi 18 septembre à 15 heures a été annulé à la demande de Mr Robert Hersant, président de la chaine. Ce dernier a porté devant le tribunal de commerce le contentieux qui l'oppose à certains des actionnaires de la chaine, notamment Mr Silvio Berlusconi et Mr Jérôme Seydoux. Un premier conseil d'administration prévu vendredi avait déjà été annulé par Mr Hersant.

" Votre rapport conclut à la nécessité d'organiser les méthodes d'évaluation des politiques et des actions publiques pour juger si elles sont ou non bien fondées. Quelles sont les raisons qui rendent cet examen nécessaire?

- Il faut d'abord partir de l'analyse que fait le premier ministre. Il s'interroge sur la façon de gouverner des sociétés complexes alors que, dans ces sociétés, le pouvoir de l'expertise ou du savoir devient déterminant. Vient ensuite la toute première circulaire de Michel Rocard à ses ministres, destinée à lutter contre une certaine dégradation de la vie politique, y compris gouvernementale, et la pratique des effets d'annonce.

" Cela s'intègre en outre dans un ensemble plus général de comparaison avec l'étranger. De plus en plus, la concurrence économique se jouera autant sur la qualité des systèmes publics que sur les critères de compétition économique classique. La réforme de l'administration, le renouveau des services publics, la modernisation de l'Etat, etc., deviennent des éléments déterminants.

" Nous ne sommes pas dans une troisième révolution industrielle, dans une société prioritairement structurée par de l'industrie, mais dans une société progressivement dominée par de l'information. L'intelligence est la matière première centrale de la production de richesse. La différence se fait là, aujourd'hui. Dès lors, la démocratie devient non seulement une exigence politique et éthique, mais également un gisement de productivité de l'intelligence.

- Vous voulez donc offrir les moyens d'une amélioration du débat public?

- L'évaluation élargit un débat et redonne une grande importance au rôle du Parlement. Cela lui permet d'intervenir avec autorité et lui fournit l'occasion d'accéder à toutes les ressources en information ou en expertise, qui sont souvent monopolisées par les décideurs. Pour cette raison, le pluralisme de l'évaluation est lui-même lié au pluralisme de l'expertise.

- Serait-ce un moyen pour mieux exercer un contre-pouvoir?

- D'une certaine façon. Il s'agit de faire aboutir pleinement l'Etat de droit en France. Non seulement sous sa forme traditionnelle, parce que la pleine indépendance et la pleine séparation des pouvoirs ne sont pas complètement respectées, mais aussi parce que la nouvelle source des pouvoirs, dans les sociétés développées, réside justement dans l'expertise, le savoir et l'information. Il n'y a pas de véritable équilibre des pouvoirs, et l'évaluation offre l'occasion d'y parvenir.

- Il y a donc un lien entre la capacité d'évaluer et l'amélioration de la vie démocratique ?

- Tous les systèmes d'organisation du conflit politique étaient construits sur de grandes passions politiques. Maintenant, ils se trouvent inadaptés à la délibération et au choix dans des sociétés qui, pacifiées sur les grands choix de sociétés auraient par contre besoin de débattre sur des politiques publiques précises, y compris avec des conséquences lourdes. Ce sont les applications ou les actions concrètes du quotidien qui doivent être jugées.

" Quand, par exemple, le rapport Andrieu sur les dysfonctionnements du système scolaire en chiffre le coût à près de 100 milliards de francs annuels, voilà un type d'information qui permet à des groupes de citoyens d'intervenir parce qu'ils disposent d'informations. Quand l'ancien directeur des hôpitaux souligne un des problèmes majeurs de la politique hospitalière en expliquant qu'il y a près des deux tiers de la population de l'hôpital qui ne sont pas là pour se faire soigner, on y voit plus clair. La vieille fonction de relégation qu'évoquait Michel Foucault existe toujours et entraine une inadaptation totale de notre système de santé.

" Sur la politique de l'éducation, sur la politique de la santé - et on pourrait dire la même chose sur l'urbanisme, - cela prouve qu'il y a des choix importants qui sont faits, qui engagent des sommes considérables, la vie de millions de personnes, alors que les outils démocratiques pour débattre de ces choix, pour former un jugement des citoyens, sont aujourd'hui très insuffisants.

- L'équipement nucléaire d'EDF ou le dossier de Concorde auraient pu faire l'objet d'une telle procédure. Comment cela se serait-il passé ?

- En amont, il y aurait eu un pluralisme. Les forces sociales ou économiques qui émettaient un diagnostic différent sur les besoins en énergie et les propositions - je pense en particulier à la CFDT dans les années 75 - auraient été consultées et auraient eu droit à la parole au même titre que le CEA, EDF, et les grands corps techniques des mines ou des ponts et chaussées.

" Ce qui conduit à une première conclusion. Comme il se trouve que ces diagnostics ont été au total davantage confirmés par la réalité que les autres, on aurait pu - à partir d'un véritable débat public facilité par une contre-expertise qui permettait également au Parlement de se faire une opinion plus formée, - avoir d'autres choix et peut-être éviter le surdimensionnement actuel. Ou alors, on aurait pu avoir le même choix, mais qui aurait été pris en pleine conscience, pour des raisons d'indépendance stratégique ou de puissance. On n'aurait pas fait semblant de croire qu'en plus cela correspondait à une réalité économique.

- Quels sont les sujets actuels qui se prêteraient à l'évaluation ?

- J'ai proposé trois types d'intervention. D'une part, les évaluations qui portent sur des mesures nouvelles. On introduirait un mécanisme comparable à celui qui a été adopté pour l'évaluation du revenu minimum d'insertion. Au moment où la décision est prise et la loi votée, on met en Óuvre de façon concomitante un mécanisme pour avoir un élément de référence sur la situation avant et après qui permet d'apprécier les effets de la politique. Dans cette catégorie, on a l'embarras du choix entre toutes les nouvelles mesures prises en matière de lutte pour l'environnement, pour la prévention du sida et pour le crédit-formation.

" Ensuite, un deuxième groupe serait constitué des grands programmes techniques puisque, en général, énormément d'argent public leur est consacré. Comme ils sont très souvent conduits en France sous un monopole de l'expertise des grands corps techniques, il est difficile de juger de leur efficacité réelle. Citons les exemples récents du plan câble ou du plan informatique pour tous. A chaque fois, des sommes énormes ont été engagées, il y a eu de grandes proclamations, et il serait très important d'y regarder de plus près, ensuite, y compris pour réajuster des stratégies.

" Le troisième grand créneau vise de très grandes politiques publiques qui sont conduites depuis une quinzaine ou une vingtaine d'années. L'exemple des politiques d'emploi vient tout de suite à l'esprit. En raison de l'accumulation des politiques successives des différents gouvernements, voire internes à un même gouvernement, il est tout à fait essentiel de savoir ce que, au fond, cela a donné. En plus, cela dépassionne le débat puisqu'il ne s'agit pas de juger tel ou tel mais de regarder dans la durée si, dans ce qui a été fait pour l'emploi des jeunes, pour les chômeurs de longue durée, il n'y a pas eu d'effets pervers, dysfonctionnement ou contradictions.

- Mieux informés, les citoyens ne s'opposeront plus, ou pourraient être moins emportés dans leurs jugements... "

- Un des objets, c'est le changement du lieu de la passion politique. Il n'y a pas de vie politique sans passion. Le gouvernement des hommes ne se réduira jamais à l'administration des choses, et c'est tant mieux. Mais il faut justement créer de la passion sur les vrais objets de débat. C'est-à-dire là où il y a un véritable enjeu, de l'argent en cause, des conséquences pour la vie concrète des gens qui sont considérables. Les moyens d'information qui irriguent le débat doivent pouvoir être à la hauteur.

" Par exemple, je trouverais très intéressant que le prochain congrès du Parti socialiste se passionne pour la question de la réforme des grands corps de l'Etat, ce qu'il n'a jamais fait. Ce serait un bel objet de discussion et cela metrait beaucoup de gens en cause, y compris dans ses rangs."

Une semaine avant les championnats d'Europe qui seront disputés en Suède, l'équipe de France de volley-ball a gagné le Tournoi international d'Orléans où elle a affronté l'Italie, les Pays-Bas et l'Argentine.

Il est parti sur une blessure. Une cheville meurtrie, gonflée par une entorse, à deux matches de la fin du tournoi olympique de Séoul. Alain Fabiani est sorti du terrain en boitant. Le " Platini du volley " avait longtemps par avance annoncé son intention de quitter l'équipe de France après les Jeux olympiques. Mais, en le voyant partir ainsi, soutenu par deux camarades, tout le monde s'était dit que, pour le volley-ball français, cette blessure serait peut-être définitive, qu'il ne se remettrait jamais vraiment du départ de son passeur.

La plaie aurait pu ne guérir qu'à force de patience, après de longs mois de douleur. Au lieu de cela, elle s'est refermée à la vitesse d'un smash gagnant et l'équipe de France de l'après-Fabiani respire aujourd'hui la santé et la joie de vivre.

Alain Fabiani ne joue plus aujourd'hui qu'à Fréjus, et Philippe Blain, l'autre monument de l'ancienne formation, a choisi l'exil vers le très rentable championnat italien. Sans eux, les internationaux français smashent toujours sur tout ce qui bouge. Ils ont disputé depuis cinq mois plus de trente matchs de préparation aux championnats d'Europe (du 23 septembre au 2 octobre en Suède), ils ont rencontré les Etats-Unis, le Brésil, l'Argentine, l'Italie, les Pays-Bas... Pour gagner au moins une rencontre chaque fois, face à ces équipes considérées comme les meilleures du monde.

" Fabiani est unique. Il ne fallait même pas essayer de le remplacer, mais plutôt tirer un trait et repartir vers de nouveaux objectifs. " Eric Bouvier, vingt-huit ans, yeux bleus et bras de plomb, grimace et se ferme lorsqu'il lui faut parler du passé. Gérard Castan, le nouvel entraineur de l'équipe de France, avance quelques noms et gribouille un croquis. " Le départ d'Alain nous a obligés à changer le style de jeu de l'équipe car, jusqu'en 1988, il s'organisait autour de lui. Nous avons désormais deux passeurs, Patrick Duflos, vingt-quatre ans, et Laurent Chambertin, vingt-trois ans. Et notre jeu d'attaque est plus simple, avec deux réceptionneurs au lieu de trois. "

Arnaud Josserand, grand gaillard (1,98 m) au cheveu ras et au sourire encore timide, avoue sa surprise. Débarqué en équipe de France au début de l'année, Josserand n'a rien connu de l'ère Fabiani. " Je pensais trouver des joueurs un peu blasés par tout ce qu'ils avaient déjà connu. Je me disais qu'ils seraient forcément un peu démotivés après l'échec des Jeux olympiques (NDLR : partie pour monter sur le podium, l'équipe de France s'est arrêtée en chemin, à la huitième place) et qu'ils ne se donneraient pas à fond à l'entrainement. Je me trompais. Les gars sont encore plus motivés, tout le monde se bat sur chaque ballon. Je crois qu'ils veulent prouver que Séoul a été un accident. Et surtout que, sans Blain et Fabiani, ils peuvent quand même battre tout le monde. "

La plaie a laissé peu de traces. Le volley-ball français croit en son avenir. Mais, pour beaucoup, il passe par une " équipe de France permanente ". Idée : placer les internationaux, loin des contraintes parfois lassantes du Championnat de France, afin de les préparer au mieux à conquérir le monde. " On ne peut pas continuer longtemps à concilier la vie en club et en équipe de France, affirme Eric Bouvier. Sinon, on ne parviendra jamais à monter sur le podium aux Championnats du monde ou aux Jeux Olympique. " Gérard Castan promet la rupture : " A trop tirer sur les internationaux, on va finir par les briser. Et tout sera perdu. "

Déjà en 1985, les internationaux avaient été regroupés à Montpellier, dix-huit mois durant, loin des clubs, de la famille et des contraintes de la vie professionnelle ou universitaire. Dix-huit mois de joie et d'enfer, de victoires et de défaites, pour amener l'équipe de France à la sixième place mondiale en 1986 et à la deuxième européenne en 1987.

Le projet d'un tel regroupement est donc à nouveau dans l'air du temps. " Je le souhaite vivement, avoue Eric Bouvier. Simplement, il ne faudrait pas essayer de refaire la même chose qu'en 1985. A cette époque, le volley-ball français ne représentait rien. Tout était à faire. Maintenant, nous sommes reconnus et respectés. Et puis, surtout, il faudra d'autres moyens. A Montpellier, nous étions payés 6 000 F par mois. Aujourd'hui, l'argent est arrivé dans le volley, via les clubs. Il parait difficile de demander aux joueurs de gagner moins en équipe nationale que dans leurs clubs. "

" Le ministère peut intervenir au titre de la préparation olympique, explique Gérard Castan. Et puis, si nos résultats sont bons, les sponsors viendront avec nous. " Reste à obtenir l'aval, même forcé, des clubs. Les internationaux le savent. Mais leur plaisir de jouer ensemble sous le maillot bleu est tel qu'ils iront jusqu'au bout de leur idée. " Je n'ai pas vécu l'expérience précédente, raconte Arnaud Josserand. Cela devait être extraordinaire. Si l'on avait la possibilité de vivre à nouveau un tel projet, c'est sûr, je fonce tout de suite. "

Le désir de reconstituer en compact sa discothèque personnelle joint au succès des campagnes publicitaires à la télévision suscitent la réédition par les firmes phonographiques de l'ensemble du répertoire des grands interprètes de la variété. Après la discographie complète d'Edith Piaf, de Charles Trenet, de Georges Brassens et de Jacques Brel, voici l'Intégrale de Serge Gainsbourg. Trente années d'aventures en deux cent sept chansons et neuf compacts, des débuts avec le Poinçonneur des Lilas. Le gars qu'on croise et qu'on n'regarde pas à l'Eau à la bouche (sa première musique de film), de la Javanaise au sommet de l'onomatopée avec Comic Strip et aux derniers titres flamboyants interprétés avec un groupe de musiciens new-yorkais. Belle occasion de savourer l'écriture de Gainsbourg, son goût des mots et des jeux qu'il suscite, son ironie et sa dérision.

Quelques pièces rares dans cette intégrale : l'enregistrement public aux Trois-Baudets du Poinçonneur des Lilas, l'original de Je t'aime moi non plus, en duo avec Brigitte Bardot, Dieu fumeur de havanes, en duo avec Catherine Deneuve, l'Herbe tendre, chantée par Michel Simon et Serge Gainsbourg, la bande originale de la comédie musicale Anna, avec Anna Karina et Jean-Claude Brialy.

Septième du nom, le Festival international des musiques d'aujourd'hui tient, d'emblée, ses promesses et offre quarante soirées passionnantes, d'ici au 11 octobre, aux Strasbourgeois, qui s'y pressent en foule. Prolongation à Bonn pour sept concerts. Et rencontre avec le directeur, Laurent Spielmann.

Musica 89 s'est ouvert en fanfare, samedi 16 septembre, par une double exécution de Gruppen de Stockhausen, dont les trois formations orchestrales ne comportent pas moins de quarante instruments à vent. C'est à Bischheim, dans les gigantesques ateliers de la SNCF (où l'on avait présenté, il y a quelques années, l'oratorio de Kagel, la Décréation du monde), que se déployait cette vaste partition spatiale, sous le mufle des TGV, venus panser leurs plaies (1).

Mille cinq cents personnes y étaient cernées par les instrumentistes virtuoses du Sudwestfunk de Baden-Baden, répartis sous les baguettes de Michael Gielen, de Peter Eötvös et d'Arturo Tamayo, qui réalisent un véritable travail d'horlogerie.

Le cadre, l'effectif, la difficulté de l'Óuvre sont si exceptionnels qu'elle est rarement jouée (on ne l'a pas entendue à Paris depuis 1971). Mais l'abstraction hautaine de Stockhausen y a sans doute aussi sa part. L'intelligence de Laurent Spielmann, directeur de Musica (lire ci-dessous), a été de nous offrir deux fois Gruppen. D'abord, on se trouvait submergé par le spectacle et l'audition, incapable de faire la liaison entre ces sonorités voltigeant d'un orchestre à l'autre, entre les gestes des chefs et le résultat sonore. Puis à la seconde exécution, concentré sur la musique, avec une perception entière de la spatialité, on pouvait enfin écouter polyphoniquement ce jeu d'enchainements, de questions et de réponses, de résonances, dont on perçoit la logique sans deviner où elle vous mène.

Avec de grandes respirations, des scintillements intenses, mais tout de même un discours intimidant, où le démonisme du compositeur s'exprime moins librement que dans Carré. Mais Laurent Spielmann nous promet, pour une prochaine année, ce grand sommet lyrique, dans le même lieu.

Entre les deux auditions, Bernhard Wambach jouait de façon stupéfiante le Klavierstück X, du même Stockhausen, avec une technique souple, séduisante, intégrant les clusters, ces paquets de notes frappés avec le plat de la main ou l'avant-bras, à l'intérieur de ce flux quasi schumannien. Un jeu vif-argent, plongeant dans la musique comme une truite dans le torrent, déchainant des cyclones légers en tous sens à travers le clavier. Wambach, né en 1948, n'avait que sept ans lors de la création de cette Óuvre ; il s'y est trouvé spontanément à l'aise, avec son toucher, sa virtuosité et son intelligence incomparables.

Dimanche, Musica mettait, comme toujours, les petits plats dans les grands, avec trois concerts copieux. Au palais de justice, on jugeait, en première instance, Pascal Dusapin, dont le Roméo et Juliette sera représenté aux entrepôts Kronenbourg les 29 septembre et 1er octobre. Deux délicieuses cantatrices, Kubler et Gerstenhaber, ont mis tout leur talent et leur cÓur dans les pièces vocales de ce compositeur.

Mais celles-ci ressemblent un peu trop à des exercices, d'ailleurs tout à fait légitimes, pour un compositeur qui prépare un opéra ; et ces jeux de virtuosité sur les folies verbales très sages d'Olivier Cadiot n'atteignent pas les irrésistibles délires de Luciano Berio et de Cathy Berberian, jadis dans la même optique.

Au contraire, dans les pièces instrumentales (Laps pour clarinette et contrebasse, In et Out pour contrebasse), on retrouvait le courant profond et lyrique de Dusapin, une possession du temps par le chant et le flux mélodique, grâce à ces merveilleux musiciens que sont le clarinettiste Armand Angster et le contrebassiste Jean-Paul Celea, qui tire de son instrument des accents passionnés et déchirants.

Dans la petite salle Hubert-Gignoux du TNS, c'était ensuite, la création du Combat d'Hector et d'Achille de Georgio Battistelli ; on gardait un souvenir mitigé du Jules Verne assez pagailleux de ce dernier à Musica 87. Voici, au contraire, un spectacle rigoureux, qui s'appuie sur deux interprètes exceptionnels - Brigitte et Gaston Sylvestre, la harpiste et le percusionniste, de plus ici comédiens et chanteurs !

Le célèbre duel antique est saisi à travers une anthologie poétique où Homère, Dante, Shakespeare, Goethe, Valéry et bien d'autres se côtoient dans leurs langues originales ; et c'est une grande déclamation pompeuse, fantaisiste et émouvante, dite, susurrée ou chantée, dévorée par l'électronique, prolongée par les sons étrangers du synthétiseur, et jouée avec un charme, une poésie et une invention extrêmes.

Dans ce petit théâtre, où les acteurs touchent les spectateurs, on retrouve l'atmosphère et la magie des spectacles de trétaux, avec un attirail d'objets inattendus autour des instruments. Une musique simple mais qui a une véritable emprise sur les textes et un mystère. La mise en scène de Virgilio Sieni, la direction vocale de Martine Viard, les décors de Luigi Benedetti et la dramaturgie du compositeur sont sans doute pour beaucoup dans cette réussite (2).

Nous reviendrons sur le troisième et superbe concert sonsacré à Luigi Nono.

Un festival de musique contemporaine que le public ne boude pas! Un public spécialisé, mais aussi bien local, bourgeois ou marginal! On n'en finit pas de s'extasier sur ce petit miracle.

Second directeur artistique de Musica, festival strasbourgeois créé par Maurice Fleuret en 1983, Laurent Spielmann est toujours conscient, à la troisième année de son mandat, de la fragilité des enjeux et plaide pour une nécessaire confrontation des genres et des écoles au sein de la programmation ainsi que pour l'indépendance des " programmateurs " ("Il faut que les compositeurs composent et que les organisateurs organisent") et le renouvellement périodique des directions. Il annonce son départ, "par crainte d'encroûtement", pour le 30 octobre 1990, et son remplacement par Dominique Marco, ancien délégué à la musique en Alsace.

Les propos sans fard de ce jeune capitaine venu du jazz, qui ne s'est pas laissé piéger par les circuits institutionnels, sont à replacer dans le contexte français. Trois festivals de musique contemporaine sont dirigés par des compositeurs : celui de Nice, par Michel Redolfi (il est passé cette année de Pâques en été); celui de Metz, par Claude Lefebvre (ses subventions sont légèrement diminuées pour novembre cette année) ; celui d'Angers, par Roger Tessier (dont le mandat ne devrait pas se prolonger au-delà de l'édition d'octobre prochain).

Pour le Festival de Lille, enfin, autrefois le plus vivant, sous la direction de Maurice Fleuret, de nouvelles formules sont testées chaque année pour tenter de le faire renaitre de ses cendres. Musica, vocation européenne oblige, a préféré se tourner vers l'Allemagne (1).

"En 1983, dès la première édition (2), nous avons été étonnés par l'affluence, dit Laurent Spielmann. " Nous avions tout fait pour cela. Mais c'était épatant de penser que la mission qui nous avait été assignée - trouver un public pour la musique d'aujourd'hui - n'était pas une vue de l'esprit. La proximité de l'Allemagne, un réseau exceptionnel de musiciens amateurs et professionnels, l'action d'Ernest Bour, de Charles Brück, des Percussions de Strasbourg nous avaient facilité la tâche. Mais nous avions aussi l'avantage de travailler dans une ville moyenne : ce qui est possible à Montpellier, Lille, Toulouse, est plus difficile à Lyon, impossible à Paris. On ne sait plus ce qu'est un festival dans la capitale, puisque tout ce qui a une volonté de communication s'intitule festival.

" Comment échapper aux réseaux de diffusion ? La question est devenue cruciale pour les festivals classiques, entièrement soumis aux calendriers des tournées. Si je voulais avoir l'orchestre de Boston pour moi tout seul, cela me coûterait très cher. En fait, je ne l'aurais jamais puisque je voudrais lui imposer ma programmation. On voit par quel système pervers le contenu des programmes peut devenir la dernière roue du carrosse alors qu'il doit être le moteur même.

" Un festival, c'est un concept mis en scène. Cette année, nous avons retenu l'idée de mythologies, avec Hector et Achille, de Battistelli, Roméo et Juliette, de Dusapin, mais aussi les Hörspiele, ces Óuvres conçues uniquement pour la radio, ces spectacles imaginaires. Mais un festival, ce sont aussi des points de repère, des événements, et l'événement peut être la reprise de Gruppen (lire l'article de Jacques Lonchampt). Car ce monument est d'une brûlante actualité en regard de la jeune création. Et l'intérêt d'un festival ne se mesure pas au nombre d'Óuvres créées : encore faut-il que l'Óuvre donnée en création soit ensuite diffusée. Chaque année, la Cinquième Symphonie de Beethoven est peut-être exécutée cinq cents fois par cinquante orchestres différents. Alors qu'une Óuvre contemporaine, qu'il a fallu six mois pour mettre au point, disparaitrait aussitôt créée sans la moindre chance de perfectionnement ? Cela ne peut satisfaire que la bonne conscience des directeurs de festivals.

" Multiplier les commandes, à quoi ça sert si l'on joue devant des salles vides ? Quand on dirige un festival et que l'on est soi-même compositeur, cela sert à élargir ses réseaux d'influence, à être soi-même joué ailleurs. D'honorables motivations esthétiques s'y mêlent : favoriser une école plutôt qu'une autre - la sienne ; faire jouer les musiques qu'on aime et qui ne sont pas jouées ailleurs. Mais l'ouverture esthétique d'un compositeur, si sensible et intelligent soit-il, se limite forcément à la part qu'il revendique pour lui-même. Quand ce compositeur dirige un festival, il évite de mettre en présence des esthétiques contradictoires. Cela donne des programmes atones. Peut-on s'attendre que le public vienne ?

" Comment s'étonner alors que le réseau français interfestivals manque de vigueur, que nous soyons contraints de nous tourner vers la filière des théâtres, des opéras allemands, vers une association de compositeurs à Rome ? En France, les festivals de création existent parce que les orchestres ne remplissent pas leur mission de création, parce que les conservatoires manquent d'ambition. Si l'ensemble du système pouvait évoluer - il semble qu'il soit en train de le faire, - les festivals joueraient enfin leur rôle : lieux d'exposition sans exclusives ; portes de sortie pour la création. "

Les succès du disque, de la lambada à la musique de Batman, sont aujourd'hui vendus dans les hypermarchés par des distributeurs musclés qui viennent de se réunir en convention.

C'est en 1962 qu'Eddy Barclay, déjà roi incontesté de la pétanque tropézienne et du yéyé, lança l'idée : les 45 tours qui s'enlevaient alors comme des petits pains, via Johnny, Sylvie ou Françoise, méritaient mieux qu'une distribution au compte-gouttes par des artisans disquaires aux goûts variables et tatillons. A musique populaire, magasins populaires : des Monoprix aux Nouvelles Galeries, le consommateur en manque pourrait désormais trouver immédiatement son tube dans un rayon nouveautés-disques entièrement dédié aux succès du moment.

Ainsi naissait la Compagnie générale européenne de distribution et d'édition phonographique et littéraire (COGEDEP), aujourd'hui le premier distributeur français de supports musicaux (disques, compacts-cassettes audio et vidéo) dans les grandes surfaces, responsables à elles seules de la moitié des ventes de l'Hexagone.

La COGEDEP maitrise ainsi 20 % du marché global, qui s'élève à 3,7 milliards de francs par an. Chaque jour, 100 000 disques partent par ses soins vers des grandes surfaces (le Printemps, Prisunic) ou des hypermarchés (Leclerc, Intermarché, Codec, Auchan) pour être installés dans des " linéaires ", rayons de 25 à 30 mètres de long qui offrent parfois plus de 5 000 titres.

Important maillon de la chaine du commerce de la musique, la COGEDEP arrive cependant en bout de course. " Une fois le produit lancé, nous voulons au secours de la victoire ", commentait son président, Olivier Sauty de Chalon, lors de la deuxième convention du disque et de la musique qui s'est tenue à son initiative les 11 et 12 septembre au château d'Esclimont, dans l'Eure. Deux phénomènes de marketing, la Lambada (notre encadré) et Batman, ont été disséqués par les professionnels venus réfléchir sur la survie des linéaires d'hypermarché.

Le scénario de lancement d'un produit est désormais connu, et Batman reste un modèle du genre. Un disque phare (Prince), un film, un battage médiatique qui l'élève au rang de phénomène de société. La stratégie adoptée pour promouvoir la Lambada, telle qu'elle a été présentée par son producteur Jean Georgakarakos au château d'Esclimont, n'est pas si éloignée du marketing américain, toutes proportions gardées.

Les maisons de disques confient d'ailleurs de plus en plus souvent leurs campagnes de promotion à des agences spécialisées qui orchestrent le lancement du produit dans les médias, le " merchandising " (affiches, badges, tee-shirt) et peaufinent les modes de diffusion et de présentation dans les points de vente. L'agence Antonietti, Pascault et Associés, pionnière en la matière, qui a pris en charge des artistes aussi différents que Johnny Clegg, France Gall, Johnny Hallyday, Georges Brassens ou Jacques Brel (dont le double album 15 ans d'amour, édité à l'occasion du dixième anniversaire de sa mort, s'est vendu à 1 million d'exemplaires), affiche une devise tranquille : " Rendre plus commercial ce qui est artistique et plus artistique ce qui est commercial. " Mais attention au télescopage ! D'ici à la fin de l'année 1989, ce sont quatre-vingts campagnes nationales de promotion qui sont prévues.

Fournir les points de vente en moins de vingt-quatre heures, voilà le premier devoir d'un distributeur. Un passage à la télévision, une place gagnée dans les Top, et la demande décolle. La clientèle visée par les grandes surfaces, hypermarchés, ou mégastores, se situe prioritairement dans la tranche d'âge des douze-quinze ans, qui achètent de manière impulsive, comme l'a souligné Ennio Menichini, directeur général de Pathé-Marconi, filiale française de l'Anglais HMV (qui annonce l'ouverture d'un mégastore HMV pour la fin de 1990, sans doute à proximité du magasin Virgin sur les Champs-Elysées).

Mais le rôle d'un distributeur tel que la COGEDEP, dont Polygram (détenteur de 30 % du marché français) est l'actionnaire majoritaire aux côtés d'autres majors du disque (WEA, Carrere, Musidisc AZ, EMI, Virgin), ne se limite pas à la confection de paquets ou à la mise au point de présentoires sophistiqués. Elle met à la disposition des hypermarchés, des gestionnaires de rayon, chargés de l'animation et des commandes, maitrisant ainsi le choix des produits proposés à la -télé par semaine), celle du Top 50, du Top 30.

Quant au classique, il ne représente que 2 % du volume de vente de la COGEDEP, qui, là aussi, joue la prudence. " On ne diffuse que les valeurs sûres : Deutsche Grammophon, Pathé-Marconi... ". Comme pour le secteur cinéma des vidéo-cassettes, les professionnels de la grande distribution misent sur l'esprit collectionneur du Français moyen. La COGEDEP édite en disques compacts sous le label Naxos les grands classiques, classés par thèmes et vendus au prix moyen de 55 F. Cent mille exemplaires ont été achetés depuis le lancement de la collection, malgré une qualité musicale des plus moyennes.

Enfin, les distributeurs jouent un rôle actif dans la définition même du support. Le CDV (compact-disque laser) fait rêver et monter les courbes prévisionnelles de vente. Et puis, la COGEDEP reviendrait volontiers à ses premières amours, le 45 tours, produit d'appel, dont la version moderne, le CD Single, est vendue actuellement trop cher à son goût. " Avec une baisse de prix de moitié, concluait Olivier Sauty de Chalon, on pourrait se rapprocher du marché japonais, où 30 % des disques compacts vendus sont des CD Single. "

" Patrimoine et argent " sera le thème des cinquièmes rencontres internationales pour la protection du patrimoine culturel qui se tiendront à Avignon les 8, 9 et 10 novembre sous le patronage du ministère de la culture, du Conseil de l'Europe et d'Icomos international.

Ces cinquièmes rencontres permettront d'examiner le problème du développement rapide du financement privé des institutions culturelles et des conséquences, parfois abusives, que peut avoir le mécénat sur les objectifs des responsables du patrimoine culturel.

Renseignements : RMG/Patrimoine, Nicole Leroy, Centre ces congrès du Palais des papes, BP 149, 84008 Avignon Cedex. Tél. : (16) 90-27-50-26.

Palais de la République, châteaux privés ou chantiers de fouilles, les Français ont répondu en grand nombre, dimanche 17 septembre, à l'invitation lancée par quelque sept mille sept cents monuments historiques à l'occasion de la sixième Journée du patrimoine. A Paris, Mr Jack Lang a lui-même fait les honneurs de son ministère et la Bibliothèque nationale a accueilli de nombreux curieux. Le public a découvert les cryptes des cathédrales de Chartres ou de Blois, le temple protestant de La Rochelle ou le château de Brest. En Franche-Comté, on a commenté la récente découverte d'un ensemble de villages lacustres sur le lac Chalain. Dans l'Eure, les architectes des bâtiments de France, fidèles à leurs principes, ont fêté la journée du patrimoine sur le terrain.

Gabriel Gendreau commence sa promenade dans Verneuil avec gourmandise. La Journée du patrimoine, c'est un peu son jour. Il est architecte des bâtiments de France depuis 1955, chef du service du département de l'Eure. Comme lui, deux cents de ses confrères, les " ABF " dans leur jargon, aident les monuments classés à bien vieillir. Ils auscultent la pierre ou le bois, alertent et conseillent les élus locaux, dénichent des entrepreneurs pour restaurer un site ou le mettre en valeur. " Nous sommes les médecins de famille du patrimoine français, explique Gabriel Gendreau. Nous devons avoir une idée précise de l'état de santé de tous les monuments classés de notre département (il y en a cent trente-quatre dans l'Eure), et même des autres. Malgré des moyens plus qu'insuffisants, nous les visitons trois fois par an. Au printemps, nous faisons le constat des dégâts causés par l'hiver, et nous ordonnons des travaux de restauration. L'été, nous vérifions si nos ordres ont bien été respectés. La visite de fin d'année nous permet de faire un bilan. " Un architecte des bâtiments de France avale 40 000 kilomètres de bitume par an, un tour du monde.

La visite de Verneuil, un village coquet habillé de brun, tient plus de la promenade que de la réunion de travail. Accompagné de son unique adjoint, Jean-Christophe Simon, Gabriel Gendreau savoure sans retenue les résultats de leur intervention sur quelques-uns des treize monuments classés de la commune. Dans six mois, il partira à la retraite, après trente-cinq ans de sacerdoce. Mais, pour l'heure, il n'hésite pas à marcher sur des planchers vermoulus, grimpe allègrement des escaliers interminables et sombres pour présenter son domaine à ses confrères. Une vaste maison du quinzième siècle, entièrement restaurée, accueille la perception. La bibliothèque déploie ses trésors sous un extraordinaire enchevêtrement de poutres. A quelques pas, une église arbore une enseigne lumineuse, le Trianon. C'est le cinéma du village. Les architectes des bâtiments de France travaillent actuellement à la réfection d'une ancienne forge qui a, elle aussi, trouvé refuge dans une église. Derrière les pierres fraichement taillées de la façade restaurée, des carcasses de machines-outils dorment sous une voûte brûlée par la suie. Il reste des heures de travail pour la remettre en état. " Nous en ferons un musée des métiers ", s'exclame le maire. A Verneuil, les conseils des ABF ont porté de jolis fruits.

Après un parcours du combattant dans un labyrinthe semé de cachettes aux voûtes superbes, l'équipe achève son escapade sur les toits de la collégiale Notre-Dame de Vernon. Sous le regard goguenard des gargouilles, les architectes auscultent une dernière fois les pierres malades et vérifient si les autres ont bien cicatrisé. Devant l'église, près des vieilles maisons à colombage, un petit jardin étale un parterre de plantes médiévales, lavande ou lys. " Nous avons pensé que ce serait mieux qu'un jardin de sous-préfecture ", sourit Jean-Christophe Simon.

Après la victoire de la Mitsubishi Galant VR4 du Suédois Mikael Ericsson, le 27 août au Rallye des 1000 lacs en Finlande, le premier Rallye d'Australie, disputé dans les forêts d'eucalyptus à proximité de Perth, a confirmé l'offensive des constructeurs japonais dans le championnat du monde avec un doublé des Toyota Celica 4WD du Finlandais Juha Kankkunen et du Suédois Kenneth Eriksson. Les Lancia Delta Integrale qui avaient remporté les huit premières épreuves de la saison, ont dû se contenter des troisième et quatrième places avec le Finlandais Markku Alen et l'Italien Alessandro Fiorio.

Apparues au Tour de Corse 1988, les Toyota Celica 4WD s'étaient souvent distinguées dans les premières spéciales, grâce à une puissance supérieure à celles de leurs rivales, avant d'être contraintes à l'abandon. Champion du monde en 1986 avec Peugeot et en 1987 avec Lancia, Juha Kankkunen a pu constater en Australie que les voitures japonaises avaient atteint un seuil de fiabilité satisfaisant en prenant la tête dès la première épreuve spéciale chronométrée pour ne plus la quitter. Son seul rival potentiel a été son coéquipier Kenneth Eriksson qui a terminé à 2 min 14 s malgré une pénalité routière de 1 min 30 s.

La défaite des Lancia est aussi celle de Michelin qui restait sur vingt victoires consécutives en championnat du monde des rallyes. Markku Alen s'est plaint d'un manque de puissance et d'une tenue de route déficiente, affirmant même qu'il avait piloté la " pire voiture " depuis le début de sa carrière chez Lancia en 1982. Les voitures italiennes ne disposaient pas en Australie des dernières nouveautés du manufacturier français expérimentées en Finlande car les pneus avaient dû être expédiés fin juin aux antipodes. De plus, contrairement aux Toyota expédiées neuves en Australie, les Lancia étaient celles déjà utilisées au Kenya et en Argentine, qui n'avaient pu être que " reconditionnées " à Buenos-Aires, sans repasser par les ateliers de Turin.

L'offensive japonaise ne remet pas en cause la supériorité de Lancia, qui avait obtenu le titre 1989 de champion du monde des constructeurs dès le rallye des 1000 lacs. Les regards sont déjà tournés vers la saison prochaine avec l'espoir d'une lutte plus serrée entre les grandes marques. A peine son hégémonie contestée, Lancia a déjà préparé sa riposte, avec la version 16 soupapes de son Integrale qui devrait débuter au Rallye de San-Remo, la prochaine épreuve du championnat, organisée du 6 au 14 octobre.

L'Argentin Eduardo Romero a créé la surprise en gagnant le trophée Lancôme de golf, dimanche 17 septembre, à Saint-Nom-la-Bretêche (Yvelines), après que l'Anglais Andrew Murray (jeudi), et l'Australien Peter Fowler (vendredi et samedi) eurent été en tête.

Romero a soufflé la victoire aux meilleurs mondiaux et les vingt bougies d'un gâteau d'anniversaire de ce tournoi majeur du circuit européen Volvo. Il a ainsi remporté les 750 000 francs de la dotation globale de 4,3 millions.

Ce chasseur et parachutiste de trente-cinq ans, deuxième, samedi à deux coups, a signé sa première grande victoire sur le circuit européen qu'il fréquente depuis deux ans. " Je vais jouer plus souvent ", a-t-il promis, très ému après son succès acquis avec un coup d'avance sur l'Espagnol José-Maria Olazabal - deuxième pour la deuxième fois consécutive - et l'Allemand de l'Ouest Berhnard Langer, en tête jusqu'au... dix-huitième trou. " Je n'ai pas assez d'argent et ne possède aucun sponsor pour jouer plus souvent ", a souligné cet enfant de Cordoba aux vingt-cinq succès en Amérique du Sud depuis 1982, date de ses débuts professionnels.

C'est au seizième trou - un par 5 de 465 mètres - du parcours de 6 177 m que l'Argentin, huitième du dernier British Open, a assuré sa victoire avec un eagle (2 sous le par), s'ajoutant à deux birdies, pour terminer en 66 (- 4), soit un total de 266, (- 14) après quatre parcours.

L'Australien Peter Fowler, leader avant ce quatrième tour ensoleillé, a mal supporté la pression. Il finit quatrième, en dépit d'une carte de 68 (- 2), supérieure de quatre coups à celle de l'Anglais Howard Clark, le meilleur du jour.

Le Tropézien Emmanuel Dussart, ressuscitant avec le beau temps, a rapporté une carte de 65. Cette ultime performance n'a toutefois pas empêché le Landais Jean Van de Velde, professionnel depuis cette saison, de terminer premier Français en prenant une honorable vingt-neuvième place, à 14 coups. " J'aurais pu jouer à moins 4 ou 5 au lieu de - 2, a-t-il précisé. Toutefois, je ne suis pas mécontent de ma production d'ensemble. Le métier va rentrer. Il ne faut pas brûler les étapes. En début d'année, j'avais fixé la barre à la cent vingtième place afin de garder ma carte européenne. Maintenant, je la monte à la cinquante-cinquième. "

Le Grand Prix du Brésil, disputé dimanche 17 septembre à Goiânia, a été remporté par l'Américain Kevin Schwantz (Pepsi Suzuki) dans la catégorie des 500 centimètres-cubes. Il devance ses compatriotes Eddie Lawson (Rothmans Honda) et Wayne Rainey (Lucky Stricke Yamaha). Au classement mondial des pilotes, Eddie Lawson empoche, à l'occasion de ce quinzième et dernier Grand Prix de la saison, son quatrième titre dans la catégorie reine. Le Français Christian Sarron (Gauloises blondes Yamaha), qui a fini à la huitième place, termine troisième du championnat, alors que son frère Dominique, qui venait de reprendre la compétition après une blessure a été victime d'une chute après trente minutes de course.

Le championnat du monde de la catégorie des 500 centimètres-cubes aurait pu se conclure de façon simple. Mis à part une menace de grève des pilotes motivée par l'absence du versement des primes de départ, réglée dimanche 17 septembre, au matin, la saison aurait pu se terminer sans suspense.

Sur le circuit de Goiânia, situé à l'est de Brasilia, Eddie Lawson, vainqueur l'an passé et en tête après les quatorze épreuves déjà disputées, semblait disposer des meilleurs atouts pour s'emparer une nouvelle fois de la couronne mondiale. Le pilote américain devait juste se méfier de son compatriote Wayne Rainey, son rival de toute une saison, qu'il distançait seulement de 15,5 points au classement.

Dès le départ de la course cette hiérarchie semble devoir être respectée. Lawson prend la tête, suivi de Rainey. Le spectacle de la suprématie de la machine Honda va-t-il s'afficher pendant trente-deux tours de circuit ? Qui va bousculer cet ordre trop bien établi ? Qui va apporter la dose d'animation nécessaire à ce genre d'épreuve ?

Le trouble-fête de la saison est là pour jouer, une nouvelle fois, les héros de troisième acte. Sur un revêtement bosselé, où l'adhérence réclame beaucoup de doigté et de virtuosité, un troisième cow-boy pointe sa monture. Kevin Schwantz, le Texan blond a déjà montré, sur les circuits européens ou japonais, qu'il sait prendre des risques lorsqu'il décide de venir troubler le jeu des grands.

Pour sa deuxième participation au Continental Circus, Kevin Schwantz a su imposer son style et son sourire, dans les stands comme dans les tribunes. Ses vingt-cinq ans ne doivent pas le faire passer pour un débutant. Fils d'un marchand de motos de Houston, il a été initié très jeune aux sports mécaniques par une famille passionnée par la compétition.

Avec son père ou avec son oncle, l'adolescent longiforme participe avec succès à des motocross. Vainqueur d'épreuves sur route, à vingt ans, il se fait remarquer aussi bien à Willow Springs qu'à Daytona, les temples de la moto aux Etats-Unis. Seul pilote à se positionner très près de son guidon, il surprend rapidement les habitués des courses de vitesse par son habileté à sortir sa moto des virages, à relancer la machine lorsque la roue arrière commence à glisser. Kevin, l'équilibriste de la discipline, imprime son style en Grand Prix dès la saison 1988. De mauvaises blessures au genou l'empêchent de conclure brillamment.

Dimanche 17 septembre, sur le circuit brésilien, il joue le ballet qu'il a si souvent présenté ces derniers mois. Toujours aussi souple, il effectue une démonstration de ces qualités pour le plaisir du public. Alors que la chaleur qui règne sur la piste entraine sa moto dans de nombreux travers, il réussit à maitriser son engin et à donner l'accélération nécessaire aux chevaux qui vont le propulser vers la courbe suivante.

Troisième au départ, il profite d'un moment d'inattention de Wayne Rainey pour lui voler la seconde place. La perte d'un cale-pied ne l'empêche pas de se lancer à la poursuite du leader de la course. Dix tours avant la fin, il s'installe aux commandes d'une compétition qu'il va contrôler jusqu'au drapeau à damier. Kevin Schwantz remporte ainsi sa sixième victoire de la saison, soit deux de plus que son compatriote Lawson, mais doit néanmoins se contenter de la quatrième place au classement mondial des pilotes.

Le fougeux Texan s'incline devant le Californien de trente et un ans. "Buster" Lawson, le pilote qui sourit rarement, a su assurer son titre en accumulant des places sur le podium, si importantes quand sonne l'heure du calcul des points. Kevin et Eddie, deux styles différents de pilotage, mais aussi deux façons de concevoir la compétition. Le chien fou possède sans doute moins de sagesse que le tacticien méticuleux. Sa Suzuki est moins rapide en vitesse de pointe que la puissante Honda de son adversaire, mais elle est très maniable. Face à la mécanique, presque toujours parfaite de l'écurie Honda, Kevin Schwantz se devait à chaque Grand Prix de jouer les risque-tout pour se hisser en tête. La manÓuvre comportait des dangers, le Texan a connu les sorties de piste, mais il a aussi flirté avec la gloire.

Le professionnalisme de Lawson est récompensé. Il a remporté son quatrième titre mondial, mais, tout l'hiver, le pilote va sans doute penser à cette dernière course de la saison où une seule chose comptait pour lui : "ne pas tomber". L'an prochain, la lutte va recommencer avec un Kevin Schwantz encore plus ambitieux.

Rien ne va plus entre les frères ennemis du ballon ovale, les rugby à XIII et à XV. La querelle est ancienne. Mais elle a pris samedi 16 septembre une dimension internationale.

Tout a commencé - ou plutôt recommencé - au cÓur de l'été. Estimant être dans son bon droit, puisque la fédération de rugby à XIII n'a pas accepté de renouveler le protocole signé en 1981 avec la fédération de rugby à XV (à la suite de l'affaire Bourret), Albert Ferrasse, président de la FFR, a autorisé les "transferts" de deux internationaux treizistes, Eric Vergniol et Daniel Verdes, tous deux de Villeneuve-sur-Lot, dans les équipes "quinzistes" de Marmande et d'Agen. Fureur de son homologue "treiziste", Jean-Paul Verdaguer : "Les opérations du président Albert Ferrasse et de la fédération du XV pour recruter des joueurs de notre fédération sur lesquels nous avons beaucoup investi, accompagnées de propositions sonnantes et trébuchantes, sont répugnantes."

Mais celui-ci est dans une position beaucoup trop faible pour affronter la puissante fédération du XV sur le terrain strictement français. Il a donc demandé du secours à ses amis britanniques. Dans un premier temps, il a donc brandi avec ceux-ci la menace d'achat de joueurs à XV français par les riches clubs de la Ligue anglaise. Puis il a fait porter le conflit sur le terrain de l'amateurisme, qui est toujours un point sensible pour les partenaires britanniques d'Albert Ferrasse.

Dans les colonnes du Times, David Oxley, secrétaire général de la fédération anglaise de rugby à XIII, affirmait donc, samedi 16 septembre, qu'il était en possession de documents prouvant que les joueurs français sont des professionnels. Il s'agissait d'une note de la FFR sur les limites à ne pas dépasser dans le dédommagemement des joueurs, pour qu'ils ne soient pas imposables.

La réplique d'Albert Ferrasse a été dans son registre habituel : " Moi, je ne m'occupe pas de la fiscalité anglaise. Alors que ce monsieur reste chez lui avec ses professionnels. Mr Oxley vient au secours de ses amis français. Je lui dis : " Go home ! " J'avais fixé un protocole avec les treizistes. Ils l'ont dénoncé. Non seulement ils ont mis le feu à la maison, mais, maintenant, en plus, ils crient au voleur. "

Reste que ce déballage sur les pratiques d'un jeu prétendument amateur risque de mettre la FFR en difficulté au sein de l'International Board, instance régissant le rugby à XV, deux ans avant le coup d'envoi de la Coupe du monde, dont une partie des matches doivent avoir lieu en France.

Mr Patrick Viveret vient de remettre au premier ministre le rapport que celui-ci lui avait demandé sur la mise en place de procédures et de dispositifs d'évaluation des politiques publiques. Parallèlement, la commission d'évaluation et de suivi du revenu minimum d'insertion (RMI), première application des idées de Mr Viveret, a été officiellement installée le 14 septembre.

Au-delà du contrôle des actions de l'État, tel qu'il est notamment pratiqué par la Cour des comptes, l'objectif de l'évaluation serait de vérifier l'efficacité ou l'opportunité des mesures entreprises. Mais son jeu est également plus large, ainsi que l'explique l'auteur du rapport dans l'entretien qu'il nous a accordé.

En toile de fond, il s'agit de " moderniser les outils de l'intelligence politique ", selon l'expression de Mr Michel Rocard, pour entreprendre la rénovation de l'État et de la fonction publique, rendue encore plus nécessaire par les nouvelles exigences de la concurrence internationale.

Mr Viveret, analyste fin et intellectuel brillant, est proche de Mr Rocard depuis les années 70, époque à laquelle il était membre du bureau national du PSU. Il a, pendant plusieurs années, animé la revue du courant rocardien au sein du PS, Faire, aujourd'hui disparue. Il avait créé un " observatoire de la décision publique " avant d'être nommé, par le gouvernement constitué au printemps 1988, dans l'équipe du Commissariat du plan.

Le secrétaire général du PCF, Mr Georges Marchais, séjournera en Union soviétique du 21 au 27 septembre et s'entretiendra avec Mr Mikhail Gorbatchev, secrétaire général du PCUS, vendredi 22 septembre. L'Humanité du 18 septembre précise que Mr Marchais sera accompagné par Mr Maxime Gremetz, membre du secrétariat du comité central, chargé de la politique extérieure, par Mr Alain Bocquet, membre du comité central et premier secrétaire de la fédération du PCF du Nord, et par Mr Jean-François Gau, membre du comité central et secrétaire politique de Mr Marchais. Le secrétaire général avait été invité à se rendre en URSS par Mr Gorbatchev lors de la visite du dirigeant soviétique à Paris, le 5 juillet.

" Comme mouvement politique national, le Mouvement des rénovateurs communistes (MRC) est politiquement hors jeu, et donc inutile. Pour qu'il joue un rôle, il faut qu'il renoue des alliances avec les forces qui comptent. " Ce constat figure dans le rapport présenté, samedi 16 septembre à Paris, par Mr Claude Llabres devant l'exécutif (quatorze membres) de son mouvement.

Tirant le bilan de son échec européen (0,4 % des voix), le coordonateur national du MRC estime que " la voie de la réforme de la société capitaliste apparait en définitive comme la seule praticable dans la mesure où, seule, elle garantit à chaque étape de sa réalisation l'adhésion explicite de la majorité du peuple ".

Même si l'expression "indépen- dance-association" avec le PS a été retirée du texte, il n'en demeure pas moins que Mr Llabrès et certains de ses amis restent favorables à un recentrage réformiste qui prendrait le relais du " réalisme révolutionnaire ".

Si tous les membres de l'exécutif semblent s'accorder sur la vanité de leur tentative hors du PCF ainsi que sur la réalité de l'écroulement de ce parti en France, ils se séparent, en revanche, sur l'utilisation de leur héritage culturel - être ou ne pas être communiste - et sur leur positionnement politique.

Une prochaine scission parait écartée - un conseil national est prévu en octobre et un congrès en décembre, - mais il est sûr que certains responsables du MRC ne suivront pas Mr Llabres et ses amis dans la voie du rapprochement avec le Parti socialiste, dont la première étape est, d'ores et déjà, une reconnaissance de l'appartenance à la majorité présidentielle.

En l'état actuel, les quatorze membres de la direction sont, grosso modo, partagés en trois groupes non homogènes. Les " indécis " balancent entre les " droitiers " pro-socialistes et les " archéo " fidèles au concept communiste. Parmi ces derniers, certains envisagent de cesser le militantisme politique traditionnel pour se consacrer à la " réflexion ".

Mr Michel Delebarre mène une entreprise qui emprunte à l'esprit des " transcourants " : sortir du cadre intellectuel imposé par le jeu des courants au sein du PS, afin de parler des problèmes politiques dans des termes qui ne soient pas codés par les impératifs tactiques. Cette démarche suscite manifestement de l'intérêt parmi nombre de socialistes, mais il se trouve que Mr Delebarre est engagé au côté de Mr Lionel Jospin dans la préparation du congrès de Rennes et qu'il est donc tenu par une logique de courant ou plutôt, dans l'état actuel des choses, de " sous-courant ".

C'est ce qui explique que la réunion organisée par le ministre de l'équipement et des transports à Gouvieux dans l'Oise, samedi 16 et dimanche 17 septembre, ait été suivie par quelque deux cents personnes, mais qui étaient, dans leur grande majorité, très " marquées ". Les invitations avaient été lancées par Mr Delebarre et par Mr Henri Nallet, ministre de l'agriculture, partisan de Mr Jospin. Mr Jacques Mellick, voisin régional de Mr Delebarre (l'un est du Pas-de-Calais, l'autre du Nord) et ministre délégué à la mer, n'a pas participé à cette rencontre.

Ami de Mr Delebarre, mais partisan de Mr Fabius (qui a reçu le 15 septembre l'appui unanime des responsables de la fédération du Pas-de-Calais appartenant au courant majoritaire), Mr Mellick n'a pas souhaité participer à une initiative qui lui paraissait trop nettement orientée en faveur de Mr Jospin.

Conscient de ce handicap, Mr Delebarre a précisé, dans une interview au Journal du dimanche du 17 septembre, les limites de son engagement auprès du ministre de l'éducation nationale. " Je ne veux pas faire de la peine à Lionel Jospin, mais je ne suis pas jospiniste ", déclare-t-il dans cet entretien. " Sinon, explique-t-il, cela voudrait dire que sa stratégie est une stratégie présidentielle. " Or Mr Jospin nie que ce soit le cas. " L'heure venue, ajoute Mr Delebarre, il y aura débat sur le meilleur candidat, et je me déterminerai. " Pour le ministre de l'équipement et des transports, l'essentiel est d'éviter que les courants ne se tranforment en " écuries " et le PS en " un gigantesque haras ".

A l'appui de ce souci de ne pas paraitre trop lié par son engagement au côté de Mr Jospin, Mr Delebarre a fait, samedi, une visite au Creusot en compagnie de Mr André Billardon, député de la Saône-et-Loire, proche de Mr Fabius. Il n'en reste pas moins que les fabiusiens se signalaient par leur absence à Gouvieux, où l'on remarquait en revanche une brochette de jospinistes distingués - MM Dominique Strauss-Kahn, Jean-Marie Le Guen, Jean-Christophe Cambadélis, François Hollande, Gérard Le Gall - ainsi qu'un rocardien (M. Bernard Poignant, député du Finistère, maire de Quimper), Mme Catherine Tasca, ministre délégué à la communication, Mr Yves Durand, poperéniste, député du Nord, et le porte-parole de l'Elysée, Mr Hubert Védrine, venu témoigner là - comme la semaine précédente chez les fabiusiens, à Evry - du nihil obstat présidentiel.

Pour la plupart, néanmoins, les socialistes réunis par MM Delebarre et Nallet appartenaient à l'ancien courant " B ", celui de Mr Pierre Mauroy, qui est lui-même venu déjeuner en compagnie de son ancien directeur de cabinet et officiel " dauphin ". Depuis la fusion de ce courant avec le " A ", c'est-à-dire les mitterrandistes, il y a deux ans - ce que les amis de Mr Jean-Pierre Chevènement raillent en parlant du courant " B-A " (" béat "), - Mr Mauroy ne se considère plus comme le chef de file d'une tendance, mais comme le dépositaire et le continuateur de la synthèse mitterrandienne.

Libre à Mr Delebarre, si cela lui chante, de réunir les anciens " B ", tels MM Georges Frêche, maire de Montpellier, Edmond Hervé, maire de Rennes, Roger Quilliot, maire de Clermont-Ferrand, Jean-Yves Le Drian, maire de Lorient ! Ceux-là ne sauraient suffire à assurer une base à un prétendant au poste de premier secrétaire.

Une telle réunion a, du moins, pour Mr Delebarre, l'avantage de rappeler qu'il existe et que son action ne se borne pas à faire figurer sa signature au bas d'un texte à côté de celle de Mr Jospin. Le maire de Dunkerque a tenté de se situer, dans le débat de congrès, en retrait par rapport à MM Fabius et Jospin. " Je ne crois pas, a-t-il dit, que le rôle du parti en période préparatoire au congrès soit la critique systématique du gouvernement. " Cela était dit pour les jospinistes. " Je ne crois pas, a-t-il ajouté, que la phase préparatoire soit la critique systématique de la direction du parti. " Cela visait les fabiusiens.

Pour tenter de se redonner de la marge et pour entretenir son image anticonformiste, Mr Delebarre a voulu que la réunion de Gouvieux soit l'occasion d'une confrontation entre des politiques et des observateurs, ou des intellectuels. Le diner de samedi a permis aux participants d'entendre le philosophe Michel Serres, venu leur expliquer sa conception d'une politique qui s'efforcerait de répondre aux nouveaux défis posés par les pouvoirs scientifique, administratif et médiatique. Dimanche, les politologues Alain Duhamel et Jérôme Jaffré ont tendu à leur auditoire un miroir sympathique mais objectif, devant lequel les politiques étaient invités à faire leur examen de conscience.

" Une oasis sur la piste des éléphants ", ainsi Mr Delebarre a-t-il défini la réunion de Gouvieux. Les militants présents ont pu se désaltérer, mais le barrissement des éléphants (surnom des dirigeants socialistes) se faisait entendre dans le lointain.

Les prix de détail en Grande-Bretagne ont augmenté de 0,3 % en août par rapport à juillet, la hausse des prix alimentaires (+ 0,5 %) et des boissons alcoolisées (+ 1 %) n'ayant été que partiellement compensée par la baisse du prix de l'essence.

Sur un an (août 1989 comparé à août 1988), l'inflation est de 7,3 % contre 8,2 % en juillet. Le ralentissement du rythme annuel de la hausse des prix est dû à la prise en compte du fort relèvement des taux du crédit au logement intervenu en août 1988. Si l'on exclut du calcul de l'indice des prix de détail le coût du crédit au logement, le ralentissement du taux d'inflation en rythme annuel se confirme, mais apparait moins net : 5,7 % en août, contre 5,8 % en juillet, 5,9 % en juin et 6 % en mai.

Interrogé au "Grand Jury RTL-le Monde", Mr Jacques Fournier, président du conseil d'administration de la SNCF, a confirmé, le dimanche 17 septembre à Nantes, que la société nationale envisageait de réduire ses effectifs dans les prochaines années. "Il y avait 500000 cheminots en 1940 et 350000 en 1965, a-t-il déclaré. Il y en a aujourd'hui un peu plus de 200000. On retrouve cette évolution dans tous les réseaux comparables au nôtre, à l'Est comme à l'Ouest (...). La SNCF n'a jamais procédé à des licenciements. Dans le cadre du statut que nous respectons scrupuleusement, nous assurons la gestion de l'évolution des effectifs. Je n'ai pas la religion de la réduction des effectifs (...). Cela dit, il nous parait raisonnable de prévoir que, dans les toutes prochaines années, il y aura encore des réductions, mais elles seront très inférieures à celles des dernières années (...). Nous prévoyons de réduire d'environ 4500 personnes par an les effectifs. Mais, compte tenu des départs en retraite, dont le nombre se situe autour de 7500 par an, nous pouvons recruter 3000 personnes chaque année. C'est un phénomène nouveau puisque, au cours de la période récente, la SNCF ne recrutait plus. "

A propos des pannes qui ont bloqué des milliers de voyageurs, cet été, sur les lignes de la Côte d'Azur, Mr Fournier a déclaré qu'elles avaient donné lieu à réparation : 90% des dossiers déposés par les voyageurs pénalisés ont été réglés par l'attribution de billets de train; dans 10% des cas, la SNCF a remboursé les frais supplémentaires qui lui avaient été présentés.

Mme Carla Hills, la représentante des Etats-Unis pour les questions commerciales, achève sa tournée européenne rassurée. C'est du moins ce qu'elle a déclaré après s'être entretenue samedi 16 septembre avec Mr Frantz Andriessen, le vice-président de la Communauté européenne. " Nous sommes décidés à rester ouverts aux importations. Notre intention n'est en aucune manière, comme on le prétend à Washington, de multiplier les barrières pour forcer les entreprises des pays tiers à venir investir en Europe ", avait préalablement précisé le responsable européen.

En fait, tout au long de sa tournée, Mme Hills est partie en guerre contre le protectionnisme, selon elle de plus en plus menaçant de la Communauté. A Londres, l'une des dernières étapes de sa tournée, Mme Hills a souligné combien la garantie de change donnée par le gouvernement allemand aux industriels participant au programme Airbus (et notamment à Daimler Benz) déplaisait à son gouvernement. Elle en a une nouvelle fois fait état à Bruxelles devant Mr Frantz Andriessen.

Mme Hills est également revenue à Bruxelles sur les projets supposés de la CEE en matière de " contenu local ". Cette crainte est apparue après que des produits fabriqués par des entreprises japonaises installées aux Etats-Unis, en particulier dans le domaine des semi-conducteurs, ont été taxés à l'entrée de la Communauté, sous prétexte qu'ils comportaient une part de composants japonais trop importante.

Mr Andriessen a répondu que la CEE s'en tenait strictement aux dispositions du GATT et n'avait pas du tout l'intention d'imposer à ses fournisseurs des exigences particulières concernant le contenu local.

D'autres litiges commerciaux entre la CEE et les Etats-Unis ont été abordés au cours de ces entretiens : le dossier de la viande traitée aux hormones (la CEE a affirmé sa volonté de pénaliser le moins possible les exportateurs américains), d'une part, et celui des ventes d'acier de la Communauté aux Etats-Unis, d'autre part. Ces exportations sont soumises à un quota qui viendra à échéance en avril 1992. La CEE pourrait accepter sous condition la reconduction de ces accords de limitation. Mr Frantz Andriessen et Mme Carla Hills devraient se revoir trois fois d'ici à la fin de l'année... Les deux parties ont réaffirmé avec force leur volonté de consentir aux efforts nécessaires pour que l'Uruguay Round (les négociations commerciales multilatérales engagées en septembre 1986 à Punta del Este dans le cadre du GATT) s'achève au terme prévu, c'est-à-dire à la fin de 1990.

Sur la question agricole, dossier sensible s'il en est, Mme Hills avait annoncé jeudi 14 septembre, à Londres, que son gouvernement avait l'intention de soumettre au GATT d'ici à la fin de l'automne un programme détaillé de réformes des marchés agricoles. Les Etats-Unis envisagent par ailleurs de proposer des modifications à la procédure de résolution des conflits entre partenaires commerciaux au sein du GATT, le système actuel ne prévoyant pas de possibilité d'appel.

Le président de la Bundesbank, Mr Karl-Otto Poehl, a déclaré, dans un entretien publié le 17 septembre par le journal allemand Welt am Sonntag, que le franc français devrait jouer un rôle international accru si la France continue de mener une politique économique stable, et de libéraliser son marché des capitaux. Une telle montée en puissance de la devise française réjouirait la Bundesbank, selon Mr Poehl, et " allégerait le fardeau (supporté par le mark) en tant que monnaie de réserve ".

Par ailleurs, le président de la Bundesbank a formulé une mise en garde contre la réalisation trop rapide de l'union économique et monétaire européenne.

Une étude, réalisée sous l'égide de l'INSERM, montre que depuis quatre ans la consommation de drogue parmi les adolescents s'est stabilisée. Elle ne constitue pas pour autant un phénomène marginal, puisque un jeune sur onze est concerné. Les principaux résultats de cette étude devaient être rendus publics lundi 18 septembre, au cours de l'émission " La marche du siècle " sur Antenne 2.

On ne disposait jusqu'à présent que d'indices tendant à montrer que la consommation de drogues illicites chez les adolescents n'augmentait plus. Une importante étude épidémiologique, réalisée par une équipe de l'unité 169 de l'INSERM, dirigée par Mr Choquet et S. Ledoux, confirme cette observation : en France, depuis quatre ans, dans la classe d'âge onze-vingt ans, " le phénomène drogue est limité et semble stabilisé ".

Selon cette enquête, 9 % des adolescents ont, au moins une fois, consommé une drogue illicite. Cette étude permet de dresser une sorte de profil-type du jeune consommateur de drogue. Près de trois mille trois cents élèves des lycées et collèges de la Haute-Marne, principalement situés à Chaumont et à Langres, y ont participé en mars 1988.

Première donnée : la marijuana (ou le haschisch) est le produit le plus consommé (6,4 % des garçons et 5,5 % des filles en ont déjà pris). Parmi les plus jeunes (douze-treize ans), 0,3 % l'ont essayée, la proportion s'élevant à 13 % pour les plus âgés (plus de dix-huit ans).

Viennent ensuite les produits à inhaler : 3,3 % des garçons et 4,5 % des filles les ont expérimentés. Ce sont les produits les plus utilisés par les plus jeunes.

Fait relativement nouveau : la prise, de plus en plus importante d'amphétamines, et, plus généralement, de médicaments. 5 % des jeunes de dix-huit ans et plus y ont eu recours au moins une fois. Quant aux drogues dites " dures " (héroine, cocaine, hallucinogènes), leur usage reste limité : moins de 2 % de la population scolaire en ont déjà fait l'expérience.

L'expérimentation unique ou répétée est aussi répandue parmi les garçons que parmi les filles : respectivement 9,1 % et 9,8 % ont pris de la drogue au moins une fois, 3,1 % et 2,5 % au moins dix fois.

La consommation de drogue augmente avec l'âge : parmi les douze-treize ans, 2,6 % ont pris, contre 18 % parmi les dix-huit ans et plus. C'est entre la classe de troisième et celle de seconde, c'est-à-dire entre le collège et le lycée, que se produit le " saut " le plus important : 15 % des élèves de seconde et 19 % de ceux de terminale en ont consommé au moins une fois. Ces derniers sont les plus gros consommateurs d'amphétamines, de médicaments pour se droguer et de produits à inhaler (6,4 % des plus âgés en prennent). L'étude montre que " l'expérience de la drogue n'induit pas nécessairement la répétition ", puisque environ un expérimentateur sur deux ne renouvelle pas l'expérience. En outre, la polyconsommation n'est pas de règle, deux jeunes sur trois ne cumulant pas l'essai de plusieurs produits. Différence notable, les filles restent des consommatrices plus modérées que les garçons.

Les enfants des cadres sont plus volontiers consommateurs que ceux d'ouvriers et d'agriculteurs.

La prise de drogues illicites va de pair avec un usage répété de drogues licites, comme le tabac et l'alcool : la moitié des consommateurs plus ou moins réguliers de drogue fument au moins un demi-paquet de cigarettes chaque jour. Le tabagisme est huit fois plus important chez les consommateurs de drogue. De même, la proportion des jeunes qui s'enivrent est dix fois élevée dans le groupe des consommateurs de drogue. L'usage de médicaments, prescrits ou non, est deux fois supérieur parmi les consommateurs de drogue. 35 % d'entre eux ont pris, durant l'année, des médicaments contre la nervosité et 18 % contre l'insomnie.

Le fait d'être consommateur de drogue semble lié à une conduite scolaire spécifique. 56 % des consommateurs arrivent souvent en retard, 42 % " sèchent " souvent les cours, et 15 % ont déjà été renvoyés de l'école. Certaines conduites " violentes " sont aussi plus fréquentes chez les consommateurs de drogue, 26 % d'entre eux participent souvent à des bagarres (contre 8 % de non-consommateurs). 8 % ont fait du racket pendant l'année. 12 % ont fait une fugue, et 29 % ont volé dans un lieu public.

La fréquence des conduites déviantes (vol, fugue, violences) et des difficultés scolaires (abandon de scolarité, faible niveau scolaire) caractérise, selon le rapport, " le processus de désinsertion dans lequel s'engagent les consommateurs de drogue. A terme, ce processus peut compromettre leur insertion sociale ", poursuivent les auteurs. Ces risques sont aggravés par le fait que les consommateurs de drogue sont également " souvent nerveux " (60 %), déprimés (30 %), et ont fréquemment des idées suicidaires, 18 %. Dans un cas sur trois environ, ils se plaignent du désintérêt de leurs parents (généralement du père).

Cette multiplicité de problèmes permet de tirer ce que les auteurs de l'étude appellent "la signification de l'expérimentation avec une drogue". Selon eux, "il ne s'agit pas d'un hasard mais d'une expression d'un malaise. C'est dans un contexte global de mal-être qu'il faut situer et comprendre le passage du licite à l'illicite". Ce malaise s'exprime également par un style de vie différent : s'ils font moins de sport et passent moins de temps devant la télévision que les non-consommateurs, les jeunes consommateurs de drogue ont une vie sexuelle beaucoup plus intense : deux fois et demie plus de rapports hétérosexuels et, surtout, onze fois plus de rapports homosexuels. Peu d'entre eux ont recours aux préservatifs, même s'ils en reconnaissent l'efficacité. 9 % seulement des consommateurs de drogue pensent qu'ils risquent d'attraper le sida. Ils se disent seulement saturés par les campagnes d'information sur la maladie, mais également sceptiques quant à leur efficacité.

Selon une étude de l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale), la consommation de drogues illicites chez les adolescents en France s'est stabilisée ; 2,7 % des élèves de sixième et 19 % des élèves de terminale ont au moins une fois dans leur vie " touché " à la drogue, en général de la marijuana ou du haschisch.

"L'EUROPE ? Une belle idée qui agita les esprits à la fin du vingtième siècle. Elle donna lieu, pour les amateurs, à force réunions, colloques, sommets et directives. Hélas, ce ne fut qu'une idée, qui finit par lasser puis, très vite, par dépérir. Les pays concernés échouèrent en effet à faire image, à faire ensemble des images, à faire un ensemble vivant par l'image et les images. Laissant à d'autres - le Japon, l'Amérique - l'industrie du rêve et les ateliers du mythe, renonçant à se doter des moyens indispensables à la naissance de cet imaginaire, de cet esprit communautaire ils laissèrent mourir l'Europe faute d'Européens. L'époque, sans illusions, tourna la page. "

Ecrira-t-on, un jour, ainsi, la catastrophe nommée Europe ? Cela dépend aujourd'hui de quelques décisions simples. Et ces décisions ne se joueront sur le terrain ni des quotas laitiers ni de la monnaie - mais sur celui de cette culture qui, seule, peut cimenter une vision commune du monde et de soi-même.

La France, il faut le rappeler, a pris l'initiative d'une chaine de télévision à vocation européenne. Cette chaine - la SEPT - devait et peut encore offrir un lieu de rencontres et de recherches à des artistes et intellectuels, aussi dissemblables que les soussignés et qui, trop souvent, se tournent le dos. Elle peut aussi devenir une sorte de passerelle qui relierait, à terme, les Europes d'Est et d'Ouest. Bref, elle est probablement l'un des moins mauvais outils pour que l'Europe du vingtième siècle rattrape enfin celle du seizième, lorsque les universités et les premières imprimeries tissaient entre nos pays un réseau d'échanges incomparable. Or, force est de constater que cet organe vital est menacé de mort - lente et digne - par la confusion de deux objectifs, l'un industriel, l'autre culturel : l'unique chaine publique de télévision européenne risque aujourd'hui de s'éteindre, victime d'une situation irréelle qui la condamne à émettre dans le noir, pour un public inexistant.

Résumons. La SEPT a commencé, voilà quelques années, à concevoir et, depuis quelques mois, à diffuser des programmes ambitieux qui ne peuvent être reçus faute d'appareillages adéquats : hissée sur le satellite TDF 1, elle suppose ou la diffusion directe (trop chère, et, pour le moment, introuvable), ou le câblage des foyers (qui a pris, en France, un retard dont chacun convient).

Dans le même temps, l'Allemagne fédérale, tous Länder réunis, s'investit dans le projet, y apporte ses ressources et ses idées, adhère avec enthousiasme à cette grande première : un vaste projet franco-allemand dans l'ordre de la culture ; or le câblage du pays lui permet une large diffusion.

Résultat : la RFA apporte à la chaine culturelle six millions de foyers câblés - et la France deux cent mille. Aux Allemands donc, bientôt rejoints - ils en ont manifesté le désir - par les Belges, les Suisses, les Italiens et les Espagnols, le choix des grilles et des programmes. Le moteur de l'Europe culturelle, franco-allemand dans sa conception, serait à l'arrivée tout simplement allemand. Et si cela était, il ne faudrait pas l'imputer à la volonté d'hégémonie de nos amis d'outre-Rhin, mais à l'inconséquence des décideurs français.

En sacrifiant un objectif culturel immédiat à un objectif technologique lointain, celui de la diffusion directe, nous risquons de manquer l'un et l'autre. En transformant la SEPT en porte-drapeau d'un système d'équipement assez périlleux et une création culturelle orpheline en otage d'une incertaine bataille industrielle, nous risquons de laisser passer - ou pourrir - une chance historique qui ne reviendra pas de sitôt.

Alors, messieurs les politiques, trouvez la solution. Réception directe, réseau hertzien ou câble - seul le résultat compte. Ou bien se dégage, par fusion entre des chaines privées qui s'épuisent l'une l'autre dans de coûteuses guerres commerciales, un réseau hertzien libre d'emploi. Ou bien la SEPT et FR 3 choisissent, sous une forme ou sous une autre, une destinée commune. Cette option - la plus simple et la seule, surtout, que l'on puisse mettre en Óuvre tout de suite - ne serait du reste pas exclusive, à l'avenir, d'un mieux technologique qui est devenu, aujourd'hui, l'ennemi du bien culturel, c'est-à-dire européen.

Pour le moment, en gagnant un corps, la chaine culturelle ne serait nullement contrainte de perdre son âme ; et, quant à la chaine des régions, elle deviendrait le lieu par excellence de la création et de la découverte : celle de cette Europe du verbe et de l'idée dont notre pays, muré dans son provincial orgueil, entend toujours parler, mais sans jamais lui donner figure.

Nous sommes las de conjuguer l'Europe au futur en alignant au jour le jour les rendez-vous manqués et les malentendus. Nous sommes las de ces réformes de structures sans finalité réelle, de ces batailles de nominations qui cachent l'absence de conception. Nous sommes las d'un système où le divorce entre le discours et l'action, érigé en principe, permet de gonfler le biceps, à Paris, dans les colloques - avant de passer sous la table, à Bruxelles, en commission.

L'image met aujourd'hui les discours au pied du mur. Le sort fait à la SEPT - et il se joue en ce moment - nous dira si les panégyristes de l'Europe en mots ne sont pas ses fossoyeurs en fait. Téléspectateurs, créateurs, vous êtes concernés. Responsables politiques et médiatiques, vous êtes en première ligne. Votre reculade serait notre défaite. Il est minuit moins cinq, sur le petit écran.

"La SEPT ne doit pas rester invisible et interdite au grand public." Cinq mois après son lancement, la chaine culturelle par satellite n'a qu'une obsession : contourner les obstacles qui entravent sa réception.

Un réseau hertzien? Le président de son directoire, Mr Jérôme Clément, qui l'avait réclamé, s'est fait pour l'instant éconduire. Une reprise sur les réseaux câblés? Suisses, Belges et bientôt Allemands de l'Ouest en bénéficient sans difficulté, mais seuls 146000 foyers français peuvent aujourd'hui les imiter. La réception directe? La SEPT est encore trop seule sur son satellite pour favoriser l'essor du marché. Alors, bien décidée à "ne pas rester les deux pieds dans le même sabot", l'équipe de la chaine a décidé de renouer avec les recettes des débuts de la télévision. Et d'adapter une idée de l'un de ses pionniers, Roger Louis, en créant des "Télé-clubs SEPT".

"Nous ne pouvons pas prétendre régler les problèmes de réception, explique Mme Sylvie Jézéquel, directeur délégué de la chaine. Mais nous pouvons agir dans le strict souci du service public qui nous anime." Son idée? Demander aux élus, aux responsables d'associations culturelles (plus de trois cents lettres ont déjà été envoyées) de mettre à la disposition du public un local où celui-ci pourrait venir gratuitement regarder les programmes de la chaine.

A tous ceux qui accepteront de jouer le jeu, la SEPT propose un accès privilégié à l'équipement nécessaire (parabole et démodulateur) pour un coût compris entre 5000 F et 7000 F. A terme, la SEPT espère pouvoir tabler sur un véritable réseau d'animateurs répartis dans toute la France. Puisque son public ne vient pas à elle, la chaine tente d'aller vers lui.

Après avoir modifié son actionnariat en avril, CGEE Alsthom change maintenant de nom. Elle s'est choisi celui de Cegelec, subtile contraction de la raison sociale de ses deux nouveaux actionnaires (la CGE française pour 75,5 % et la General Electric britannique - GEC - pour 24,5 %) et de son domaine d'activité, l'électricité. Ce changement de nom n'est pas du luxe. Rares ont été les entreprises françaises à avoir dû supporter tant de fautes d'orthographe dans leur raison sociale ! Cette modification est également chargée de sens : après être sorti du capital de l'entreprise (dans lequel il était présent à 45 %), le groupe Alsthom disparait même de sa raison sociale... ce grand frère encombrant, qui ne rêvait que de croquer la CGEE Alsthom, qu'il avait dû se résigner à posséder à 45 % seulement.

Outre la reprise des activités de contrôle industriel de GEC, Cegelec a également racheté cette année le secteur du contrôle industriel des ACEC belges et, il y a quelques jours, CGA-HBS, filiale d'Alcatel CIT (elle aussi dans la galaxie CGE). Avec 1,2 milliard de francs de chiffre d'affaires et un effectif de 1 900 personnes, CGA-HBS travaille dans le péage, le contrôle de trafic dans les transports routiers et ferroviaires, et le tri postal automatisé, notamment. Cegelec a également pris récemment une participation de 50 % du capital de CETT, (également filiale à 100 % d'Alcatel CIT), une petite société de 150 millions de francs de chiffre d'affaires spécialisée dans l'étude et la réalisation de systèmes de gestion technique centralisée par télésurveillance pour l'énergie et l'industrie et d'équipement de réseaux de transmission et de télécommunication.

Cegelec pèsera désormais 15 milliards de francs de chiffre d'affaires, soit 3 de plus qu'auparavant. Créée en 1971 à partir du regroupement des activités des différentes filiales de la CGE dans les domaines du contrôle industriel et de l'entreprise électrique, elle travaille dans trois métiers : l'entreprise électrique, son secteur d'origine, le contrôle industriel et les services d'assistance technique, son troisième et plus récent domaine.

Avec ses 3 milliards de trésorerie et une rentabilité égale à 1,5 % du chiffre d'affaires, Cegelec a aussi fait une véritable moisson de contrats cette année : le dernier en date, de 425 millions de francs, à Taiwan, concerne le contrôle d'une aciérie de 2 millions de tonnes en association avec l'allemand Man.

Dans la lettre d'accompagnement de son rapport, Mr Patrick Viveret souligne que "passer d'une culture exclusivement centrée sur le contrôle à une culture-dévaluation, ne plus considérer les citoyens comme des "assujettis" mais comme des acteurs de plein droit de la rénovation des services publics et jouer la carte d'une mobilisation de l'intelligence des agents publics plutôt que celle de l'obéissance des fonctionnaires est une entreprise de longue haleine".

Pour ce faire, il propose que l'évaluation des actions publiques respecte les "exigences d'indépendance, de rigueur, de pluralisme et de transparence",avec des modes de fonctionnement qui seraient distincts des organismes actuellement chargés du contrôle, c'est-à-dire les grands corps de l'Etat ou la Cour des comptes. Afin de contrer le "monopole de l'expertise légitime", il conviendrait de favoriser le pluralisme en multipliant les "pôles" de demande d'évaluation, y compris par la possibilité de saisine par les citoyens eux-mêmes, et les "pôles" de l'offre, tout en faisant appel à des cabinets d'audit privés.

Deux niveaux de déclenchement de la demande pourraient coexister. Un "conseil interministériel de l'évaluation" (CIME), rattaché au Commissariat général du Plan, qui serait actionné par le gouvernement. Un "conseil national de l'évaluation" (CNE), autorité administrative indépendante qui serait un organisme public capable d'intervenir de son propre chef, ou à l'appel de tel ou tel groupe constitué. Dans ce schéma, le Parlement et le Conseil économique et social seraient appelés à jouer un grand rôle, tant pour la demande que pour l'offre d'évaluation.

Mr Viveret préconise la constitution d'un " conseil scientifique de l'évaluation " (CSE), pour s'assurer de la qualité des études et veiller à la déontologie, ainsi que la création d'un " fonds national de l'évaluation ", (FNE) chargé de donner les moyens nécessaires à la demande publique d'évaluation, tous deux communs à ces organismes.

L'ensemble du dispositif devrait pouvoir fonctionner pendant toute la durée du Xe Plan et serait alors soumis lui-même à une évaluation, sous forme de bilan. D'ores et déjà, la commission d'évaluation du RMI, à l'Óuvre depuis le 14 septembre, et qui doit rendre son rapport en 1992, préfigure ce que pourrait être ce nouvel outil, utilisé pour accompagner une mesure, l'aménager en cours de route, le cas échéant, et pour en apprécier l'efficacité.

Le groupe Générale des eaux va prendre le contrôle complet de Grandjouan, une entreprise moyenne (propriété urbaine, assainissement et transports), implantée principalement à Nantes et dans l'Ouest, dans laquelle il avait déjà des intérêts. Cette prise de possession fait suite au retrait des principaux détenteurs de cette affaire familiale, et notamment du président, Mr Paul Grandjouan.

Propriété des familles Grandjouan et Peigné, Grandjouan réunit un ensemble de sociétés, essentiellement dans deux domaines : le transport et l'affrètement des marchandises (avec diverses filiales spécialisées) et surtout la propreté urbaine (collecte d'ordures ménagères et de déchets industriels, pompage et curage de canalisations), dans les sociétés SACO (et ses filiales CORADIC et SACOM) à Nantes, NETRA (à Rennes) et STMB (à Bordeaux). Ces dernières travaillent pour plus de deux cent cinquante collectivités locales sur la façade atlantique, de Saint-Brieuc à Saint-Jean-de-Luz, mais surtout dans la région nantaise et en Bretagne.

La Générale des eaux avait déjà des liens étroits avec elles : sa filiale CGEA, qui va reprendre l'ensemble des parts familiales (à l'exception de l'immobilier et de la location de véhicules), détenait déjà 50 % de Netra, 33,98 % de STMB et 33,95 % de la maison mère SACO. C'est surtout dans ce secteur " propriété urbaine ", où la concurrence est vive dans l'optique du marché unique européen, tant avec les entreprises françaises qu'étrangères, que la synergie est claire : la CGEA consolide ainsi l'implantation du groupe Générale des eaux dans l'Ouest et le Sud-Ouest. Grandjouan a un chiffre d'affaires de 230 millions de francs dans ce secteur, dont 100 millions environ pour la collecte des ordures ménagères, où l'entreprise estime tenir la quatrième place parmi les sociétés françaises. Le prix de la transaction n'est pas définitivement fixé, mais pourrait être de l'ordre de 200 millions de francs.

Au sein de la 5, chacun des deux blocs d'actionnaires rivaux compte ses forces. Pour le conseil d'administration qui devait se tenir à 15 heures, lundi 18 septembre, MM Jérôme Seydoux et Silvio Berlusconi semblaient assurés de la victoire. Les trois représentants du groupe italien et l'administrateur de Chargeurs SA pouvaient compter sur le soutien des deux délégués des mutuelles agricoles Groupama. Cette majorité de six voix sur onze serait suffisante pour obtenir le départ de Mr Robert Hersant de la présidence de la 5 et un changement à la direction générale (le Monde daté 17-18 septembre).

Mais le patron du Figaro prépare sa contre-offensive. Mr Yves de Chaisemartin était, dès lundi matin, au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) pour protester contre le feu vert donné au changement de présidence de la chaine. Le directeur général du groupe Hersant, qui regrette de ne pas avoir été consulté au préalable par le CSA, estime que la remise en cause de Mr Hersant est liée à un bouleversement complet de l'actionnariat et du management de la chaine. Condition qui devrait obligatoirement remettre en question l'autorisation d'émettre accordée en 1986 à la 5. Toutefois, en fin de matinée, le CSA annonçait qu'il donnait son agrément à un changement de présidence, sous réserve d'être informé au préalable.

Dans le Figaro, Mr Philippe Villin, autre responsable du groupe, affirme que Groupama a vendu sa participation à Mr Jérôme Seydoux et ajoute : "Cette vente a été effectuée en contradiction avec les statuts de la société qui comportent un droit de préférence exerçable par l'ensemble des actionnaires. "

Dans le cadre de ce " droit de préférence ", les actions détenues par Groupama devraient être réparties entre les autres actionnaires de la société, à l'exception de MM Hersant et Berlusconi qui, détenant chacun 25 % du capital, ne peuvent légalement augmenter leur participation. Or, Mr Hersant dispose au sein du capital d'un allié précieux : Mr Jean-Marc Vernes, qui détient 10,5 % des actions (contre 6,9 % à Mr Seydoux), s'est enrichi de plusieurs milliards de francs après l'OPA sur le groupe Victoire et peut donc acheter, lui aussi, une partie des titres détenus par Groupama. Interrogé lundi, Mr Vernes nous a assuré : " J'ai toujours été aux côtés de Mr Hersant. Je ne vais pas changer d'attitude. Je me porterai acquéreur de toutes les actions de la 5 dans le cadre du droit de préférence. "

Cet imbroglio juridico-financier risque fort de compliquer la tâche de MM Seydoux et Berlusconi. Leur victoire au conseil d'administration pourrait être remise en question à l'assemblée générale des actionnaires, lorsqu'il s'agira de permettre l'élection de Mr Seydoux à la présidence. Pour contrer l'opération, ce dernier cherche à acquérir les actions détenues par le groupe Les Echos (4,2 % environ) et par le groupe canadien Vidéotron (3,42 %). Mais celles-ci sont également soumises au droit de préférence.

Le titre de Campeau Corp., groupe fondé par l'homme d'affaires canadien Robert Campeau, n'a pas été coté vendredi 15 septembre à New-York ni à Toronto, dans l'attente d'un plan de restructuration pour le sortir de lourdes difficultés financières (11,5 milliards de dollars de dettes) nées du rachat d'importantes chaines de distribution américaines. Un de ses principaux actionnaires (25% du capital), Olympia and York Developments, du groupe Reichmann, de Toronto également, doit garantir un prêt de 250 millions de dollars. La révélation au milieu de la semaine dernière de la gravité des problèmes financiers de Campeau a mis en ébullition le marché des "junk bonds", ces obligations à haut risque, appelées aussi "actions de pacotille", grâce auxquelles Mr Robert Campeau avait financé ses OPA.

Le Canadien Robert Campeau vient de perdre, à tout le moins, quelques-unes de ses illusions. " Aux Etats-Unis, disait-il en avril 1988, le capitalisme est plus sain ; on tient moins compte des origines. "

Parti de rien, ce sexagénaire avide d'une revanche sur les barons nantis de son pays natal venait alors de conclure à l'arraché la plus importante OPA non pétrolière jamais réalisée aux Etats-Unis. Le groupe Federated Departement Stores, avec ses sept cent soixante-quinze points de vente et ses seize enseignes de grand magasin, dont le prestigieux Bloomingdale's, était passé sous son contrôle à l'issue d'une bataille acharnée.

Mr Robert Campeau avait certes pris d'énormes risques en recourant fortement aux obligations à hauts rendements (ces fameux junk bonds à court terme) pour financer son opération de 6,6 milliards de dollars. Le " nouveau roi du commerce de détail américain " promettait toutefois, avec une belle assurance, de confondre les sceptiques. N'avait-il pas conquis deux ans plus tôt, pour 3,6 milliards de dollars, le géant new-yorkais Allied Stores (vingt et une chaines de magasins), grâce à sa première OPA hostile financée sur endettement ?

Ces derniers jours, Wall Street n'a pas spécialement fait de différence de classes : en exigeant de tout homme d'affaires - qu'il soit bien né ou qu'il soit issu, comme Robert Campeau, des quartiers francophones pauvres de la ville minière de Sudbury, dans l'Ontario - le simple respect des engagements financiers pris.

Or, l'empire bâti par ce corsaire des affaires croule actuellement sous le poids d'une dette de 11,5 milliards de dollars, soit plus de 75 milliards de francs (dont 3 milliards en obligations à court terme), et manque cruellement de liquidités.

Mr Robert Campeau doit d'une part rembourser rapidement le prêt-relais de 400 millions de dollars octroyé pour l'achat de Federated Stores par trois institutions conduites par la First Boston Corp. Il lui faut d'autre part payer au plus vite près de 51 millions de dollars d'intérêts sur un emprunt contracté pour l'achat d'Allied Stores. Il lui faut enfin renflouer toutes ses chaines de distribution actuellement à court de fonds de roulement au moment où elles achètent le gros de leurs marchandises en vue du traditionnel boom commercial de décembre.

A ce dernier chapitre, les riches frères canadiens Paul, Ralph et Albert Reichmann ont accepté de voler, dans une cetaine mesure, au secours de leur compatriote. Leur groupe immobilier et pétrolier Olympia and York Developments financera, sous certaines conditions, un prêt de 250 millions de dollars, au prix fort. Mr Campeau perdra vraisemblablement le contrôle de son groupe, au sein duquel la participation des frères Reichmann devrait passer de 25 % à 36 %.

Campeau Corp. est d'ores et déjà sous tutelle : une équipe d'administrateurs sera chargé de la restructuration financière du groupe, dont le joyau, Blooomingdale's, sera vendu. Si le champion de l'OPA à crédit en est arrivé là, c'est qu'il a commis quelques erreurs, qui ne pardonnent pas lorsqu'on joue très serré. Il avait notamment misé sur une baisse des taux d'intérêt. Il avait aussi cru que la consommation américaine repartirait d'un pied plus vaillant.

Mr Robert Campeau, jamais à court de jugements péremptoires sur l'état du monde, de l'économie et de ses affaires, n'en est pas à ses premiers déboires. Sa vie est une succession d'émotions fortes, façon montagnes russes.

ManÓuvre dès l'âge de quinze ans, il a fait tous les métiers avant de construire de ses mains, à vingt-cinq ans, sa première maison. A peine terminée, elle est revendue. Bénéfice de l'opération : 3 000 dollars, six fois son salaire mensuel de l'époque. Devenu entrepreneur, il bâtit plus de vingt mille maisons à Ottawa, accumule les succès à Mont- réal et à Toronto, mais voit trop grand. Après la vente en 1970 de son entreprise à Paul Desmarais, homme d'affaires franco-ontarien comme lui, Mr Robert Campeau part se remettre d'une dépression nerveuse sous le soleil de Floride.

Deux ans plus tard, ragaillardi, il rachète sa compagnie à son ami Desmarais et repart de plus belle dans l'immobilier, jusqu'en 1980. Cette année-là, l'establishment anglophone de Toronto, qui n'aime guère ce " nouveau riche flamboyant, se ligue contre lui et l'empêche d'acquérir la plus grosse société fiduciaire du Canada, Royal Trustco. Nouvelle déprime, nouvelle fuite, de cinq mois seulement cette fois.

A son retour, il n'a qu'une idée en tête : partir à la conquête des Etats-Unis, eldorado de l'OPA, où il regrette de n'avoir pas commencé sa carrière.

C'est là qu'elle risque actuellement de se terminer. Cet homme déroutant, dont la suffisance a impatienté ces derniers mois les financiers américains, doit faire vite, à soixante-cinq ans, pour se relever une nouvelle fois.

Au lendemain de la réponse positive apportée, vendredi 15 septembre, par Mr Giscard d'Estaing à Mr Alain Juppé, secrétaire général du RPR, qui souhaitait la création d'un conseil supérieur de l'opposition, la région Auvergne s'est donné une structure allant dans ce sens. C'est la première région à prendre une telle initiative.

Le Comité de l'union pour l'Auvergne qui a vu le jour dimanche au terme d'une réunion dans les salons de l'aéroport de Clermont-Ferrand-Aulnat, en présence de nombreux élus UDF et RPR, a mis en place un bureau exécutif dont le président d'honneur n'est autre que Mr Valéry Giscard d'Estaing.

Dans ce bureau les deux principaux courants de l'opposition, l'UDF et le RPR sont représentés respectivement par MM Proriol et Marleix.

" Notre décision, a dit Mr Giscard d'Estaing, est essentiellement régionale. Son but est de permettre à l'opposition de s'unir en vue des prochaines échéances électorales. " " La dynamique qui s'est créée en Auvergne durant la campagne pour l'élection européenne du 18 juin et qui a abouti à la victoire de l'opposition doit être poursuivie. "

Après avoir défini les buts du comité, qui sont de réunir et de coordonner les différentes composantes de l'opposition afin de préparer des programmes d'action " prenant en compte toutes les données de la vie régionale ", Mr Giscard d'Estaing n'a pas dissimulé qu'il souhaite que " l'initiative auvergnate serve d'exemple ". " L'union est notre meilleur vecteur, a-t-il conclu, c'est un label de qualité. "

Invité, dimanche 17 septembre, du " Grand oral Libération-Pacific FM ", Mr Pierre Méhaignerie a déclaré qu'il contine à s'interroger sur la constitution d'un grand parti unique de l'opposition. " Pour le moment, a-t-il dit, je ne dis pas non. Je veux expérimenter. Et si l'expérimentation des prochains mois me montre que cette voie est meilleure pour le pays, alors nous l'examinerons. Mais je ne veux pas y aller sans perdre les convictions de ceux qui nous font confiance. " Le président du CDS a admis par ailleurs " partager globalement ce que dit Michel Rocard ", mais que le " tort " de celui-ci " est d'être soutenu par un parti qui dans sa globalité ne partage pas sa vision de l'avenir. "

Inscr., 5 693; vot., 3 368; abst. 40,83 %; suffr. expr., 3 231. MM Pierre Bonnin, RPR, m. de Greneville-en-Beauce, 1 760 voix (54,47 %), élu; Jean-Pierre Crossoneau, div. d., 1 083 (33,51 %); Gérard Couvret, PC, 388 (12 %).

Mr Bonnin a été élu, dès le premier tour de cette élection partielle organisée à la suite du décès, en août, de Pierre Mondine (RPR), conseiller général depuis 1982. Avec 54,47 % des suffrages, le candidat du RPR, qui bénéficiait du soutien de Mr Kléber Malécot (UDF), président de l'Assemblée départementale, ne retrouve toutefois pas le score enregistré par Pierre Mondine en 1988 (56,36 %). Stable en voix, le représentant du PC a progressé de plus d'un point en pourcentage.

Au premier tour de l'élection de 1988, Pierre Mondine avait été réélu avec 1 998 voix (56,36 %), contre 1 165 (32,86 %) à Mr Crossoneau, div. d., et 382 (10,77 %) à Mme Pelletier, PC. Il y avait eu 3 015 suffrages exprimés, 3 681 votants (abst., 34,82 %) et 5 648 électeurs inscrits.

Au cours de leur conseil national interrégional (CNIR) qui s'est réuni à Paris, samedi 16 et dimanche 17 septembre, les Verts ont désigné deux nouveaux porte-parole pour remplacer les trois précédents titulaires, dont Mr Antoine Waechter, qui sont devenus députés européens, et Mr François Berthout, qui a donné sa démission. Il s'agit de Mr Christian Brodhag, ingénieur de Saint-Etienne, et de Mme Françoise Holtz-Bonneau, universitaire de Lyon.

Les Verts, qui tiendront une assemblée générale en novembre à Marseille, doivent adapter leurs structures et leur mode de fonctionnement à l'éclosion de leur mouvement, qui a provoqué une vague d'adhésions. Des propositions ont été avancées lors de la réunion du CNIR afin de trouver un moyen terme entre l'assemblée générale annuelle à forte connotation basiste et l'éventuel congrès considéré, par le fait de la délégation de pouvoir, comme moins démocratique mais peut-être plus facile à gérer. Le mouvement écologiste s'est aussi penché sur le rôle dévolu à ses élus européens (huit députés et autant de suppléants). Certains redoutent qu'ils ne deviennent des " professionnels de la politique ", mais nombreux sont ceux qui les considèrent comme la " vitrine " des Verts.

Dans le Figaro du 18 septembre, Mr Brice Lalonde, secrétaire d'Etat à l'environnement, déclare que le parti vert est " pour l'instant un vrai bouillon de culture. Il y a de tout. Une droite nouvelle, une gauche nouvelle, un nouveau centre. Beaucoup de gauchistes archaiques, pas d'écologistes réalistes, pas mal d'ayatollahs délirants ". Mr Lalonde estime que " l'écologie ne s'inscrit pas dans le clivage droite-gauche. L'écologie est une nouvelle époque de la politique ".

Le Parlement européen a adopté, la semaine dernière, une série de résolutions présentées par la quasi-totalité de ses groupes politiques où il demande à la Commission européenne ainsi qu'au conseil des ministres de prendre rapidement les dispositions législatives nécessaires pour que les droits sociaux des salariés soient effectivement respectés dans le marché unique de 1993.

La résolution présentée par le groupe socialiste, qui a mené avec succès l'offensive dans cette affaire, a été adoptée par 234 voix contre 29. En raison des efforts consentis la veille par Mr Jacques Delors, le président de la Commission pour se rapprocher du point de vue du Parlement ainsi que du refus du Parti populaire européen (PPE), où siègent les démocrates-chrétiens, de s'engager dans cette voie, la menace de bloquer les travaux concernant la mise en place du marché unique dans le cas où la Commission et le Conseil ne feraient pas diligence a été exprimée avec moins de vigueur que ne le prévoyaient originellement les socialistes; mais la pression est maintenue. "Le Parlement, lit-on dans la résolution, met en garde conre les graves répercussions que l'absence de progrès substantiels dans le domaine social aurait sur la future collaboration entre le Parlement européen et les autres institutions."

Hugo en 1989 ; Gilbert en 1988 ; Allen en 1980 ; David et Frédéric en 1979. Sans remonter au-delà de dix ans, on comprend que les Antilles et les côtes du golfe du Mexique sont des terres d'élection des hurricanes (lire encadré),ces cyclones tropicaux de la région des Caraibes.

Les cyclones tropicaux sont des tourbillons de l'atmosphère de 300 kilomètres à 800 kilomètres de diamètre. Ils naissent obligatoirement au-dessus de mers dont la température superficielle est supérieure à 26oC. C'est-à-dire qu'ils se produisent à la fin de l'été ou pendant l'automne, en général entre les 8e et 30e parallèle nord et sud. Ils frappent les côtes orientales des continents et aussi le fond du golfe du Bengale.

Une dépression banale puise une énergie formidable en se déplaçant sur une mer chaude où l'évaporation est forcément très intense. Ce qui explique qu'en arrivant sur une masse continentale, le cyclone, n'étant plus alimenté en énergie, perd très vite sa violence. Au centre du système, la pression baisse considérablement. Plus basse est la pression, plus forts sont les vents qui, à cause de la rotation de la Terre, tournent autour du centre (l'Óil) du cyclone dans le sens contraire des aiguilles d'une montre dans l'hémisphère Nord, dans le sens des aiguilles d'une montre dans l'hémisphère Sud.

La pression au centre permet de hiérarchiser les cyclones tropicaux en cinq classes (la pression atmosphérique moyenne est de 1015 millibars, soit autant d'hectopascals pour employer les nouvelles unités officielles).

La vitesse des vents décide du nom à donner au phénomène : à moins de 64 kilomètres à l'heure, on a affaire à une " dépression tropicale " ; de 64 à 120 kilomètres à l'heure à une " tempête tropicale " ; au-delà de 120 kilomètres à l'heure, à un " cyclone tropical "." Il ne faut pas confondre la vitesse des vents et celle du déplacement du système tourbillonnaire, qui est, en général, de l'ordre de 20 à 30 kilomètres à l'heure. Les trajectoires des cyclones tropicaux vont d'abord d'est en ouest. Elles s'infléchissent ensuite vers le nord, puis vers le nord-est dans l'hémisphère Nord et vers le sud, puis le sud-est, dans l'hémisphère Sud. Mais ces trajectoires ne peuvent être prévues avec précision. Pour des raisons tenant, sans doute, à des conditions marines et atmosphériques locales, des cyclones peuvent faire des festons et même des boucles complètes qui les font repasser là où ils ont déjà exercé leurs ravages.

Outre les vents extrêmement violents, les cyclones sont accompagnés de pluies diluviennes : plus de 1 000 millimètres d'eau en vingt-quatre ou quarante-huit heures (à comparer avec les quelque 600 millimètres annuels qui tombent en moyenne à Paris).

Lorsqu'une dépression atmosphérique passe, le niveau de la mer monte d'environ 1 centimètre pour une baisse de la pression atmosphérique de 1 millibar. A cette montée, " barométrique " pourrait-on dire, s'ajoutent éventuellement, sur les côtes, une montée de la mer due à une haute mer de vive eau, une autre due au fait que le vent souffle vers la côte et une troisième liée à la forme des fonds marins proches de la côte. Si tous ces facteurs coincident, le niveau de la mer peut monter de 7 à 8 mètres, ce qui est évidemment catastrophique sur une côte plate " au ras " de la mer.

" Hurricane " est un mot anglais dérivé de l'espagnol " huracan " transcrivant un mot des Indiens caraibes des Antilles. Certes, le mot français " ouragan " a la même origine. Mais " ouragan " désigne de nos jours une tempête extrêmement violente (le dégré 12, maximum de l'échelle de Beaufort) pendant laquelle les vents soufflent à plus de 118 km/h et qui peut se produire n'importe où dans le monde. Le " hurricane ", au contraire, désigne quelque chose de très précis : un cyclone tropical de la région des Caraibes ; tout comme le " typhon " est un cyclone tropical du nord-ouest du Pacifique.

- La Maison Blanche a donné son feu vert, vendredi 16 septembre, pour le lancement par la navette Atlantis - prévu pour le 12 octobre - de la sonde Galileo, qui doit explorer Jupiter. Galileo est munie d'un générateur d'électricité au plutonium, et des écologistes américains, qui craignent les conséquences d'une explosion comme celle de la navette Challenger en 1986, ont manifesté dimanche 17 septembre à Cap-Canaveral et veulent en empêcher le lancement par voie judiciaire. Depuis les débuts de l'ère spatiale, vingt-deux engins utilisant l'énergie nucléaire - dont les sondes Voyager - ont été lancés par les Etats-Unis. Sur trois accidents, l'un a provoqué une légère contamination de l'environnement, en avril 1964.

Un paysage de désolation, des sinistrés fatalistes, tous les moyens de communication coupés : tel était le triste aspect de l'agglomération de Pointe-à-Pitre, dimanche 17 septembre, peu avant que l'armée commence à circuler dans les artères les moins encombrées pour faire une première évaluation des dégâts.

L'Óil du cyclone venait de traverser de part en part l'archipel guadeloupéen. Dans les rues, les gens mi-affolés, mi-rassurés venaient voir le spectacle dont ils avaient entendu le son quelques heures auparavant. Pointe-à-Pitre, dimanche, après avoir enregistré pendant la nuit précédente des vents de 220 à 230 km/h, offrait le triste spectacle d'une sous-préfecture sans toits devant laquelle gisaient des carcasses de bateaux victimes de vagues de près de 4 mètres de hauteur. Plus loin, encore arrimées à la darse, des vedettes de passagers, servant à relier plusieurs fois par jour la Guadeloupe à ses dépendances, commençaient à sombrer...

Entre Pointe-à-Pitre et la zone industrielle Jarry, qui semble avoir été particulièrement touchée, un petit trimaran de huit mètres brave encore les éléments, seul au milieu d'une mer déchainée. D'autres bateaux plus importants ont été propulsés sur la terre ferme, ainsi que des tonnes de matériel d'amarrage. Les cases du bord de mer ne sont qu'amas de tôle, près desquels gisent des troncs ou des palmes de cocotiers.

Dans les autres communes, le spectacle est tout aussi affligeant. Dans des centres de secours, des femmes se sont réunies avec leurs enfants en bas âge. Certaines d'entre elles, même, prient... mais il est trop tard. Les fils téléphoniques ou électriques, arrachés, trainent çà et là au beau milieu des routes inondées ou encombrées de troncs d'arbres et de branchages. Ils attestent de la violence des vents qui, toute la nuit, se sont déchainés sur un axe allant de l'ile de la Désirade (1600 habitants, à 35 kilomètres à l'est de Pointe-à-Pitre) au nord de Basse-Terre. Au total, neuf communes ont été particulièrement touchées, et, dimanche soir, Mr Philippe Demester, responsable de la sécurité civile à la préfecture de Basse-Terre, indiquait que le nombre de gens sans abri pourrait se situer entre huit mille et douze mille.

Les nombreuses constructions ont eu leur toit de tôle arraché par le vent. Parfois, la charpente et une partie de la case ont suivi. Le nombre des sinistrés est vraisemblablement sous-évalué et devra être revu à la hausse dans les jours à venir.

Dans les rues, où, autour d'une case effondrée ou d'une voiture écrasée par un arbre, des gens se regroupent, un seul commentaire : " C'est pire qu'en 1956 " (date d'une précédente catastrophe, particulièrement violente). Les plus âgés, eux, se souviennent encore du cyclone de 1928, qui avait pourtant occasionné moins de dégâts matériels que celui-ci.

Toutes les communications radio (y compris celles empruntant le réseau spécialisé Moustique) et téléphoniques ont été interrompues. Elles n'ont pu reprendre - pour les plus heureux des cent mille abonnés que compte ici France-Telecom - que dans la journée du dimanche. Mais elles étaient très difficiles, voire impossibles. Les sauveteurs (quatre cent cinquante personnes au total), devaient arriver lundi dans la matinée à Pointe-à-Pitre (soit l'après-midi, heure de Paris), auront fort à faire avec leurs bâches, leurs tronçonneuses, leurs lits de camp et leurs citernes d'eau. La remise en service des réseaux de distribution d'eau et d'électricité ne se fera pas avant le milieu de la semaine, et encore, pour les plus chanceux.

Dans la nuit de dimanche à lundi, malgré les très fortes pluies, des scènes de pillage de maisons abandonnées étaient signalées à la gendarmerie.

L'addition sera très lourde...

Né, comme la plupart des hurricanes, au large des iles du Cap-Vert, et ayant augmenté de violence pendant sa traversée de l'Atlantique tropical, le cyclone Hugo a balayé la Guadeloupe et ses dépendances au cours de la nuit du 16 au 17 septembre (voir l'article que notre correspondant André Léger, dont la maison a été détruite, a pu nous faire parvenir). Lundi, un premier bilan faisait état de cinq morts et de quatre-vingt-cinq blessés. " Hugo " a aussi provoqué d'importants dégâts dans les iles de la Dominique, d'Antigua, de Montserrat, de Saint-Martin et de Saint-Kitts. Poursuivant sa course, il devait arriver, dans les premières heures de la matinée du lundi 18 septembre, à Porto-Rico. Dans la soirée du 17 septembre, cinq mille habitants des côtes portoricaines avaient fui ces zones particulièrement menacées. Le gouverneur a mobilisé deux mille cinq cents gardes nationaux et fermé l'aéroport international de San-Juan. L'alerte au cyclone a aussi été lancée aux iles Vierges. La France, comme l'a annoncé dans l'après-midi de dimanche Mr Louis le Pensec, ministre des DOM-TOM, a envoyé plusieurs avions avec des sauveteurs et du matériel de secours. Des appareils ont atterri à La Martinique, d'où leur cargaison est acheminée par Transall de l'armée de l'air vers la Guadeloupe, où la piste, encombrée de débris variés, a été dégagée très tôt dans la matinée de lundi. La Dominique, ancienne colonie britannique située entre la Martinique et la Guadeloupe, a demandé le secours de la France, comme elle l'avait fait en 1979 après le passage du cyclone " David ".

- Quelque six mille personnes se sont rassemblées, dimanche 17 septembre à Segré (Maine-et-Loire), à l'occasion de la Fête de l'avenir, organisée par les opposants au projet de stockage étudié par l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA). D'autre part, un millier de manifestants se sont rassemblés, samedi 16 septembre à Berné (Morbihan), puis ont marché vers le site où la COGEMA (Compagnie générale des matières nucléaires) s'est vu attribuer un permis de recherche et d'exploitation de mine d'uranium. Les manifestants ont symboliquement dressé un mur de parpaings pour " barrer la route à l'uranium ".

Plusieurs organisations caritatives reçoivent les dons en argent en faveur des sinistrés de Guadeloupe. Mentionner à chaque envoi " cyclone ".

Croix-Rouge française : CCP Paris 600 00 Y ou par minitel et carte bleue 3615, code CRF.

Action d'urgence internationale : CCP Paris 15 820 17 P.

D'autre part, le ministère des DOM-TOM a mis en place une permanence téléphonique ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour renseigner les personnes de métropole sur la situation à la Guadeloupe : 45-67-94-23.

Mr Robert Faurisson, soixante ans, l'un des chefs de file de ceux qui nient l'existence des chambres à gaz, a été victime, samedi 16 septembre, d'une agression alors qu'il sortait de son domicile, à Vichy (Allier) (nos dernières éditions datées 17-18 septembre). Trois jeunes inconnus l'ont sévèrement frappé au visage. Transféré au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand, Mr Faurisson, qui souffre notamment d'une fracture de la mâchoire, a dû subir une intervention chirurgicale durant quatre heures.

Un groupe inconnu Les fils de la mémoire juive, a revendiqué cette action en précisant auprès de l'AFP : " Cet individu est à l'origine, par ses mensonges, de l'affaire du carmel d'Auschwitz qui divise gravement les communautés juive et catholique (...). Que les négateurs de la Shoah soient prudents. Mentir ne pourra plus se faire impunément. "

La LICRA, Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme, et le maire de Vichy, Mr Claude Malhuret, ont condamné sans réserve cette agression. Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Mr Jean Kahn, nous a déclaré : " Le CRIF a pour méthode lorsqu'il veut faire passer une idée, d'essayer d'expliquer, de convaincre (...). Nous condamnons les actes de violence et ceux qui veulent se faire justice eux-mêmes. " Mme Beate Klarsfeld, quant à elle, après avoir indiqué que Mr Faurisson se moque depuis des années de la souffrance des survivants, a déclaré : " Quoi de plus normal que quelques jeunes se soient peut-être mis en colère et aient essayé de donner une leçon à Faurisson. "

Le cyclone Hugo a quitté dimanche soir 17 septembre la Guadeloupe, laissant derrière lui au moins cinq morts, plus de quatre-vingts blessés, de dix mille à douze mille sans-abri et de très importants dégâts matériels, selon le dernier bilan provisoire établi lundi matin à Paris par la Sécurité civile.

Le cyclone a poursuivi, dans la journée du lundi 18 septembre, sa route dans les Caraibes et se dirigeait vers Porto-Rico, après avoir touché les iles Vierges et fait quatre autres victimes.

Un premier avion militaire Transall est arrivé dimanche en fin d'après-midi en Guadeloupe avec, à son bord, une cinquantaine de militaires, de personnels médicaux et du matériel de première urgence. Trois autres avions étaient attendus dans la journée de lundi, avec notamment le ministre des DOM-TOM, Mr Louis Le Pensec, et le directeur de la sécurité civile, Mr Hubert Fournier. Au total, ce sont près de cinq cents secouristes qui ont quitté la métropole pour la Guadeloupe.

" Les sinistrés recevront dans les prochains jours une indemnisation nettement plus importante que les habituels secours d'urgence ", avait précisé Mr Le Pensec avant son départ.

D'autres avions militaires devaient faire lundi la navette entre la Martinique, relativement épargnée par le cyclone, et la Guadeloupe.

Selon les météorologues, Hugo est aussi violent que le cyclone David, qui avait frappé en 1979 la Dominique, la République dominicaine et la Floride, faisant plus de mille morts sur son passage.

Willy Brandt, soixante-quinze ans, chancelier fédéral de 1969 à 1974, a été à l'origine du rapprochement de son pays avec les pays de l'Est et la RDA. Aujourd'hui président d'honneur du SPD et président de l'Internationale socialiste, il observe non sans inquiétude l'évolution de la situation en Allemagne de l'Est. Il plaide ici pour " le plus d'unité possible " des Allemands, un objectif qui, selon lui, ne peut se réaliser qu'avec l'assentiment des voisins de l'Allemagne et des vainqueurs de la seconde guerre mondiale.

" Les événements qui viennent de se dérouler en RDA et en Hongrie, la fuite massive vers l'Ouest de plusieurs milliers de ressortissants est-allemands ont suscité émotion et interrogations, en Allemagne et à l'étranger. Comment analysez-vous cette situation ?

- Ce mouvement de fuite est certes un événement qui nous touche, sur le plan humain, mais qui ne change rien au coeur du problème. Le vrai problème, c'est la RDA, qui, il faut le reconnaitre à obtenu sur le plan économique de meilleurs résultats que ses voisins orientaux. Mais l'expérience chinoise nous a montré que des réformes économiques ne parviennent pas à apporter une réponse à l'autre exigence des hommes : être traités comme des citoyens majeurs sur le plan politique. Si le processus de démocratisation et de restructuration se poursuit dans cette partie du monde jusque-là dominée par le communisme, la RDA ne pourra pas s'en tenir à l'écart. Ce n'est pas pensable.

" Ce que l'on peut aujourd'hui affirmer avec certitude, c'est que les perspectives allemandes, l'avenir des Allemands vivant dans les deux Etats ne peuvent pas être séparés de l'évolution de l'Europe dans son ensemble. Certains de mes compatriotes, et quelquefois nos voisins, oublient que les affaires allemandes sont de plus en plus dépendantes des affaires européennes. Des progrès de l'intégration au sein de la Communauté à l'Ouest, et de l'avancée du mouvement de réforme à l'Est.

- En ce qui concerne l'avenir des rapports entre la RFA et la RDA, vous avez déclaré récemment que l'ère du rapprochement par " petits pas " touchait à sa fin. Par quoi peut-elle être remplacée ?

- Je crois que ce que l'on a appelé la " politique des petits pas " a été un succès. Elle a facilité la vie de beaucoup de gens.

" D'un point de vue national, elle a maintenu vivants les liens familiaux, et, comme je le disais déjà au temps où j'étais bourgmestre de Berlin, " que peut être la nation si ses familles sont séparées ? ". Mais, au-delà des problèmes humanitaires, cette politique faisait partie de nos efforts pour promouvoir un nouvel ordre européen : par le processus d'Helsinki, les accords de Berlin, etc. Les propos que vous évoquez ne doivent pas être compris comme une prise de distance par rapport à cette politique, mais comme l'indication qu'aujourd'hui l'enjeu est autre. Il s'agit de l'avenir de la RDA, de l'avenir des deux Etats allemands dans un contexte européen modifié.

- Au sein de votre parti, le SPD, le débat est ouvert sur l'attitude qu'il convient d'adopter vis-à-vis du SED, le parti communiste est-allemand. Certain disent que la politique du " changement par le rapprochement " doit être poursuivie, d'autres estiment au contraire qu'il faut prendre plus de distance. Certains pensent également que la signature, en 1987, d'un document commun avec le SED a été une erreur. Qu'en pensez vous ?

- Je dirais tout d'abord que les deux attitudes - changement par le rapprochement et changement par la prise de distance - peuvent se compléter dialectiquement. Il y a des circonstances où l'on doit mettre l'accent sur ce qui sépare, et il y a des domaines pratiques où il faut se rapprocher le plus possible.

" En ce qui concerne le document SPD-SED, son message essentiel est que la confrontation des principes, ou d'idéologies fondamentalement opposées, ne peut se dérouler que par des moyens pacifiques.Il essaye de décrire comment on peut se disputer de manière civilisée. Il y a des gens qui voient plus dans ce texte que ce que je vous en dis là. Mais si l'on considère l'état actuel du SED,aujourd'hui je ne signerais pas un tel document.

- Quelle attitude vis-à-vis du SED s'impose pour vous aujourd'hui : prise de distance ou rapprochement ?

- Je suis contre l'affaiblissement des relations économiques. Cela serait déraisonnable pour les deux côtés. Je suis contre le fait d'arrêter les négociations sur des problèmes pratiques : l'environnement, les transports et autres. Mais je suis également contre l'attitude consistant à mettre entre parenthèses les sujets délicats qui sont aujourd'hui à l'ordre du jour. Mon parti et moi-même avons toujours estimé que le principe d'autodétermination devait rester une boussole. L'application des droits de l'homme les plus élementaires doit être étendue aux droits démocratiques. Cela, de plus en plus de gens le demandent en RDA. Jusque-là, la sécurité d'Etat de la RDA envoyait vers l'ouest les gens qui lui déplaisaient. Elle a fait passer plus de gens de l'autre côté du mur qu'elle n'en a mis en prison. On doit également observer avec attention la manière dont les évolutions en cours dans le bloc oriental exercent leur influence en RDA. Nous constatons par exemple que, dans le processus en cours à l'Est, les idées et les groupements d'inspiration social-démocrate commencent à jouer un rôle. Il serait complètement absurde de penser que cela ne pourra jamais être le cas en RDA.

- Souhaitez-vous personnellement qu'un jour les Allemands vivent dans une seule entité étatique ?

- Vous avez remarqué que l'ambassadeur des Etats-Unis en RFA vient de déclarer que la question de la réunification était importante et actuelle. Il a repris aujourd'hui des termes qui, dans les années antérieures, étaient contenus dans chaque communiqué de l'OTAN. J'estime, en accord avec ce que le chancelier Kohl a dit au congrès de la CDU à Brême, que l'autodétermination et l'unité demeurent des objectifs importants. Je signale en passant que, dans le préambule à la loi fondamentale de la République fédérale, on ne trouve pas le mot " réunification ", mais celui d'" unité ".

" Je vois les choses ainsi : il faut parvenir, dans les circonstances qui nous sont données aujourd'hui, au maximum d'unité, ce qui ne signifie pas obligatoirement l'existence d'un seul Etat, hypothèse qui ne peut pourtant être exclue. La réunification est un concept qui me déplait de plus en plus parce qu'il implique qu'il pourrait s'agir d'un retour au Reich bismarkien, qui ne se fera jamais. Si, comme on peut l'entrevoir pour les décennies à venir, la division de l'Europe s'efface peu à peu, se pose alors la question de savoir comment les Allemands pourront resserrer leursliens dans les domaines où ils ont plus d'affinités entre eux qu'avec les autres nations : la langue, la culture, l'héritage historique commun.

" Cela ne doit pas obligatoirement se traduire par l'existence d'un seul Etat. Je pense que, dans ce domaine, on doit laisser à l'Histoire le soin d'avoir de l'imagination. Mais l'expérience de plusieurs siècles nous a appris que la forme étatique ou quasiétatique dans laquelle ont vécu les Allemands n'a jamais été déeterminée par eux seuls, mais par les eux et leurs voisins. Pour être exact, il faut ajouter qu'aujourd'hui l'avenir de l'Allemagne ne peut se décider qu'avec l'accord des vainqueurs de la seconde guerre mondiale.

" Il y a pourtant une question à laquelle je n'ai pas de réponse : que se passera-t-il si rien ne bouge en RDA, si les dirigeants de ce pays persistent dans leur immobilisme ? Imaginez qu'un jour, dans les rues de Leipzig, de Dresde ou de Berlin-Est, il n'y ait pas comme aujourd'hui quelques centaines, mais quelque centaines de milliers de manifestants demandant d'être réunis à l'autre Allemagne ? Comme Helmut Schmidt, je pense que nous ne devons pas fonder notre politique sur l'éventualité d'un mouvement éruptif en RDA, mais je ne peux donner aucune garantie qu'un tel mouvement ne se produira pas.

- Une autre question qui inquiète les voisins de l'Allemagne : celle des frontières à l'Est, de la ligne Oder-Neisse que, régulièrement, des hommes politiques ouest-allemands remettent en question...

- On dit beaucoup de sottises à ce propos. J'ai dit dans mon discours au Bundestag le 1er septembre que nous aurions perdu tout bon sens si nous faisions en sorte que l'on puisse dire que la présence des troupes soviétiques en Pologne est nécessaire pour défendre la frontière occidentale de ce pays. Je repense à mes entretiens avec Charles de Gaulle au temps où j'étais bourgmestre de Berlin. A cette époque il disait avec une absolue clarté : nous, Français, sommes prêts à vous aider dans beaucoup de domaines, sauf à mettre en question les frontières établies avec la Pologne et l'Autriche.

- Que pense l'homme qui a impressionné le monde entier en s'agenouillant devant le monument aux morts du ghetto de Varsovie de la controverse en cours à propos du Carmel d'Auschwitz ?

- Je vois avec une grande tristesse réapparaitre en Pologne certaines formes d'antisémitisme que l'on pouvait croire passées aux poubelles de l'Histoire. Cela n'est pas seulement à porter au débit des Polonais d'aujourd'hui, mais c'est la conséquence du fait que le régime en place jusque-là n'avait pas fait son travail d'analyse de l'histoire. Il n'a pas su ou pas voulu reconnaitre la spécificité du martyre juif, et n'a voulu voir que des victimes indifférenciées du fascisme et de l'occupation. Mais on n'est pas seulement triste, on est aussi révolté lorsque l'on entend le primat de l'Eglise catholique de Pologne s'exprimer comme il l'a fait récemment. Mais un Allemand, même avec un passé comme le mien, est mal placé pour porter des jugements sur de telles déclarations... "

Inscr., 3 246; vot., 2 465; abst., 24,06 %; suffr. expr., 2 383. Liste PS conduite par Mr Serge Petit, c.g., 1 259 voix (52,83 %), 21 élus; liste divers droite conduite par Mr Gaston Hervier, 907 (38,06 %), 5 élus; liste PC conduite par Mr Alban Chertier, 217 (9,10 %), 1 élu.

Le tribunal administratif de Tours avait annulé, le 1er juin, les élections de mars dernier, en raison de l'existence de procurations litigieuses de nature à altérer les résultats. Seize voix séparaient, en effet, la liste socialiste, arrivée en tête, de la liste de droite. Mr Petit, qui a préféré s'en remettre aux électeurs plutôt que de faire appel de cette annulation, a réalisé une bonne opération puisque sa liste l'emporte, cette fois-ci, dès le premier tour en gagnant un siège supplémentaire.

Le remplacement de l'ancienne tête de liste de droite par Mr Hervier, de sensibilité centre gauche, n'a, en revanche, pas empêché cette liste d'abandonner plus de 5 points d'un scrutin à l'autre. De même, la liste communiste perd près de 8 points, obtenant 9,10 % des voix contre 16,71 % en mars.

LA RÉUNION : Saint-Pierre (1er tour).

Inscr., 31 984; vot., 26 329; abst., 17,68 %; suffr. expr., 25 965. Liste PCR conduite par Mr Elie Hoarau, d., 13 082 voix (50,38 %) 34 élus; liste RPR conduite par Mr André-Maurice Pihouée, 12 063 voix (46,45 %) 11 élus; liste PS conduite par Mr Ismaël Daoudjee, 820 (3,15 %).

Sept mois après s'être autoproclamé élu, au soir du premier tour des élections municipales, Mr Hoarau a remporté, dès le premier tour, cette élection partielle. Le Conseil d'Etat avait confirmé l'annulation par le tribunal administratif de Saint-Denis de cette élection après que Mr Hoarau eut unilatéralement décidé de considérer comme nulles les mille cinq cents voix recueillies par deux listes mineures, cela lui permettant ainsi de se proclamer élu.

En dépit du soutien apporté par MM Jean-Paul Virapoullé et André Thien Ah Koon, députés centristes, la liste Pihouée n'a pas réussi à ramener Saint-Pierre dans le camp de la droite. Au premier tour de l'élection de mars, les résultats étaient les suivants : inscr., 26 453; vot., 25 179; abst., 21,10 %; suffr. expr., 24 537. Liste PCR conduite par Mr Hoarau, 11 578 voix (47,18 %); liste RPR conduite par Mr Pihouée, 11 545 (47,05 %); liste div. conduite par Mr Passinay, 733 (2,98 %); liste div. g. conduite par Mr Denuzière, 681 (2,77 %).

Par produit.

- La grève lancée le 15 septembre par le Syndicat national des ingénieurs des travaux publics de l'Etat (SNITPE-FO), pour protester contre l'échec de négociations avec le ministère de l'équipement sur la modernisation (le Monde du 12 septembre), semble avoir été suivie. Selon le SNITPE-FO, 70 % des 5 100 ingénieurs étaient en grève.

La Hongrie et Israël ont rétabli, lundi 18 septembre, leurs relations diplomatiques, rompues en 1967. La Hongrie est le premier parmi les pays de l'Est ayant rompu les relations avec Israël après la guerre de six jours, en 1967 (tous les membres du pacte de Varsovie, à l'exception de la Roumanie), à les rétablir.

Sur le quai 26 de la gare de l'Est, lundi 18 septembre, le panneau d'arrivée précisait bien : " Mulhouse, train spécial ". Les grévistes de l'usine Peugeot de Mulhouse, attendus par plusieurs centaines de militants CGT accompagnés de représentants - moins nombreux - de la CFDT et de la CFTC, se rendaient à Paris pour défiler dans l'après-midi sous les fenêtres du PDG de Peugeot, Mr Jacques Calvet, avenue de la Grande-Armée.

La CGT avait mobilisé plusieurs usines de la région parisienne - Renault-Flins, Renault-Billancourt, Chausson-Gennevilliers, Citroën-Asnières ou la SNECMA, - mais le cortège de l'usine Talbot de Poissy restait bien maigre : une vingtaine de militants regroupés autour d'une banderole CGT aux couleurs de Talbot. " Les travailleurs de Poissy se préparent à entrer dans l'action, expliquait tout de même Mr Yves Bongiorno, secrétaire de la CGT dans cette usine, mais une grève ne se décide pas en appuyant sur un bouton. A Talbot, on ne peut pas s'exprimer facilement : dès que les militants se déplacent, il y a des nervis de la direction pour étouffer dans l'Óuf tout mouvement. "

A 12 h 35, le train entrait en gare, couvert de drapeaux rouges.

Ce jour-là, le 20 septembre 1792, il pleuvait sur la butte de Valmy lorsque le maréchal Kellermann cria " Vive la nation ! " pour entrainer les Français à bouter hors de la Marne les troupes prussiennes du duc de Brunswick. Pour célébrer, avec trois ans d'avance, le bicentenaire de la bataille de Valmy, Mr François Mitterrand n'eut pas droit à la pluie, mais au ciel lourd de nuages de la Champagne. Le chef de l'Etat, " chef des armées " a-t-il tenu à rappeler, est venu, samedi 16 septembre en fin d'après-midi, " tirer les leçons de l'Histoire " au pied du moulin où le général Dumouriez avait, dit-on, installé son poste d'observation.

En compagnie de deux mille invités et escorté de nombreux membres du gouvernement derrière le premier ministre, Mr Mitterrand a assisté au spectacle, Naissance d'une nation monté par Patrick Bouchain avec l'aide des armées et un budget avoué officiellement de 15 millions de francs.

Un parcours-spectacle, doit-on dire (le Monde daté 17-18 septembre). Un chemin ponctué de douze stations pour commémorer des batailles ou des combats populaires, plus ou moins appréciés, comme la station Potemkine des marins présents à Valmy, pour lesquels c'est, d'abord, un hommage rendu à l'indiscipline d'un équipage. Puis, la " relecture active du paysage ", là même où eut lieu l'affrontement avec les Prussiens, c'est-à-dire un spectacle stylisé, intellectualisé et, sans doute, un peu froid à force de dépouillement, avec quelques pétards et fumerolles pour marquer la canonnade et avec l'envolée maigrelette de vingt antiques hélicoptères Alouette pour symboliser l'adversaire.

Dans son allocution sur le front des troupes, le président de la République a cru pouvoir tirer trois leçons.

Première leçon. " La France qui l'a emporté à Valmy, a dit Mr Mitterrand, est une nation capable à l'heure des dangers de rassembler les siens (...). Ce sont " les soldats libres ", dira d'eux Servan, le ministre de la guerre, qui les félicitera après la victoire. Et Jaurès, plus tard, vantera L' " énergie radieuse " que produit l'alliance des forces traditionnelles et des forces révolutionnaires. "

Deuxième leçon. " L'expérience des troupes de métier et l'ardeur des levées citoyennes, sur fond de mobilisation patriotique, ont fait la qualité de l'armée de Valmy. L'armée républicaine est l'héritière de cette complémentarité. " Après avoir rappelé la loi Jourdan de 1798, qui crée la conscription universelle, Mr Mitterrand a ajouté : " Telles sont toujours la signification et la justification de notre service national. Celui-ci peut et doit être amélioré, diversifié, modifié afin que soit mieux garanti son caractère universel et égalitaire, mieux démontrée son utilité (...). Demain, je crois que ni la nature solitaire de la décision nucléaire, ni la technologie complexe des armements, ni l'indispensable spécialisation des hommes, ne sauraient remplacer l'effort collectif hors duquel la défense nationale perdrait son véritable sens."

Troisième leçon. " Pour rester souveraine, la nation doit être forte, a expliqué le chef de l'Etat. Le vide des armes appelle l'ingérence extérieure, et les droits auxquels nous sommes accoutumés, les libertés qui nous paraissent aller de soi, sont d'autant mieux assurés qu'on nous sait détenir les moyens suffisants pour les protéger. Telle est bien la règle qui nous inspire alors que la France, l'un des cinq pays du monde à posséder l'arme nucléaire, dispose à la fois d'une stratégie autonome et d'une alliance défensive non point pour faire la guerre, mais pour l'empêcher tout en développant une diplomatie qui, par le dialogue, cherche à réduire les tensions et à privilégier le désarmement lorsque celui-ci réduit les arsenaux sur- abondants et préserve les équilibres (...). Détermination morale et puissance de combat ne cessent d'être le gage de la paix, qui demeure l'objectif suprême et constant de notre peuple. "

Mr Mitterrand a ensuite, sans faire la moindre référence à la fronde épistolaire dont des cadres d'active ont été les acteurs durant l'été, évoqué longuement les problèmes actuels de la condition des militaires.

" La République sait ce qu'elle doit à son armée. J'en connais l'exceptionnelle qualité. Elle l'a montré récemment encore au Tchad, au Liban, dans toutes les missions que je lui ai confiées, a déclaré le chef de l'Etat. La République sait aussi que les armes ne valent que par ceux qui les servent à quelque poste qu'ils occupent. Le métier de soldat commande à ceux qui le choisissent des devoirs élevés. En regard, les responsables de l'Etat et le pays, dont ils tiennent leurs missions, ont pour obligation d'assurer les conditions matérielles et morales nécessaires à l'accomplissement de leurs tâches. C'est ce que j'ai rappelé le 20 juillet dernier. Il appartient au gouvernement d'agir en conséquence.

" Citoyens parmi les citoyens, les soldats de l'armée active, loin du confort et de la routine, consacrent leur vie au service de l'intérêt général. Disponibles parce qu'il le faut, conduits à se former sans cesse pour rester aptes à leurs fonctions, les soldats modernes d'un pays démocratique ont la responsabilité paradoxale de se préparer à la guerre afin, le plus souvent, d'éviter au pays d'en connaitre le poids et les souffrances. Et, cependant, l'obligation d'excellence persiste. Toujours l'abnégation et la discipline s'imposent. Mais elles ne seront acceptées que si une bonne communication, un dialogue au sein de l'institution militaire et l'adaptation de la condition militaire à son temps entrent davantage et sans délai dans les préoccupations de chacun et, par là, dans les mÓurs. " " Je le demande à tous, a ajouté Mr Mitterrand, et j'entends y veiller.

" L'armée a autant qu'hier besoin de sentir qu'elle fait corps avec la nation. Elle a droit de compter sur notre attachement aux valeurs qu'elle incarne : ce sont celles de la République. Et la nation doit savoir que son armée est digne d'elle. Chef de l'Etat, chef des armées, ici à Valmy, je dis à nos soldats l'estime et la confiance du peuple français. "

Mr Mitterrand a annoncé, en conclusion, qu'il avait accordé à soixante et un régiments d'active ou dérivés, qui ont participé à la bataille de Valmy et qui n'ont pas été dissous depuis, le droit d'inscrire le nom de " Valmy " sur leurs drapeaux ou étendards. Déjà, sept régiments d'artillerie en portent la trace depuis le 3 février 1879, lorsque le Journal officiel a entériné des décisions antérieures de Bonaparte, du Second Empire et de la IIIe République.

LES hasards de la célébration du Bicentenaire de la Révolution française auront voulu que le chef des armées commémore la bataille de Valmy à un moment où, dans l'institution militaire, on entend, ici ou là, quelques grincements de dents de cadres mécontents de leur sort. Mr Mitterrand a eu l'habileté de rappeler à ses ministres, réunis autour de lui à Valmy, qu'il avait été en quelque sorte le premier à encourager, dès le 26 juillet, le gouvernement pour qu'il accompagne la modernisation des armées, avec l'adoption du plan " Armées 2000 ", par une réflexion nouvelle sur la condition militaire. Or, à la même époque, le ministre de la défense, en visite dans une unité de haute montagne dans les Alpes, niait l'existence d'une quelconque crise dans la gendarmerie, où commençaient de circuler des lettres anonymes.

Devant le moulin de Valmy, le président de la République a délivré " trois leçons de l'histoire ", selon sa propre expression. En réalité, n'y aurait-il pas eu une quatrième leçon de l'histoire immédiate, qui est restée dans le domaine du non-dit ? A savoir qu'il est temps que le gouvernement et la hiérarchie des armées se mettent à l'ouvrage pour rénover l'institution militaire. Dans l'entourage de Mr Jean-Pierre Chevènement, on semblait l'avoir perçu ainsi, en admettant qu'on ait désormais devant soi, avec ce discours, une " bible " de référence pour le travail à accomplir.

Au gouvernement, une " obligation " - et le chef de l'Etat a forcé sa voix sur ce seul mot - a été fixée : il devra agir en conséquence pour assurer aux cadres " des conditions matérielles et morales " qui compenseront leurs contraintes professionnelles. En direction de la hiérarchie, l'avertissement s'est voulu encore plus solennel : le chef des armées " entend veiller " lui-même au fait que règnent sans retard, dans l'institution de défense, " une bonne communication " et " un dialogue " enfin adaptés à l'air du temps, puisque le cadre militaire est " un citoyen parmi des citoyens ".

Comptable depuis huit ans de l'état des armées, Mr Mitterrand se devait, comme le lui demande le RPR, qui le rend responsable en partie de la crise actuelle, d'intervenir dans le débat. Il l'a fait, en prenant le parti de son ministre de la défense. Mr Chevènement se bat sur deux fronts. D'abord contre les ministres en charge des finances de l'Etat, qui tentent d'endiguer un amélioration de la condition militaire dont s'inspireraient les autres corporations de la fonction publique. Ensuite contre la hiérarchie et l'encadrement militaire, qui voient d'un mauvais Óil tout progrès dans la concertation au sein des armées. Avec le soutien présidentiel, le ministre de la défense devrait se sentir ragaillardi. En étalant publiquement leurs états d'âme, les cadres militaires ont fait avancer leurs revendications.

Plus de cent mille Ukrainiens ont participé dimanche 17 septembre à deux messes en plein air à Lvov pour réclamer la légalisation de l'Eglise catholique d'Ukraine, dite " uniate ". Dans la soirée, plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont encore rassemblées à Lvov pour marquer le cinquantième anniversaire de l'invasion de l'Ukraine occidentale par l'armée rouge, le 17 septembre 1939, tandis que les habitants allumaient des cierges devant leurs fenêtres.

La manifestation de Lvov est la plus importante démonstration jamais organisée par les catholiques ukrainiens dits " uniates ", parce qu'ils veulent rester unis à Rome tout en gardant leur rite byzantin séculaire. Ils n'ont aucune existence légale à l'intérieur des frontières soviétiques. C'est en 1946, dans cette même ville de Lvov, au cours d'un synode truqué par les amis de Staline, que leur Eglise avait été liquidée, leurs évêques, conduits par le métropolite Slipyj, arrêtés, leurs paroisses rayées de la carte ou rattachées de force à l'Eglise nationale orthodoxe entre les mains du pouvoir communiste.

Malgré l'émigration et la répression, on estime encore à quatre millions au moins le nombre des catholiques de rite oriental, implantés notamment dans les trois diocèses orthodoxes d'Ukraine occidentale (Lvov, Ivano-Frankosk et Ternopol). Ils pratiquent leur culte clandestinement, ordonnent de même leurs prêtres (sans doute plusieurs centaines) et leurs évêques.

A la faveur de la perestroika, les appels à la reconnaissance légale de cette Eglise ont monté en intensité.

Ils sont répercutés bruyamment à l'étranger (Etats-Unis, Canada, Australie) par la nombreuse diaspora catholique ukrainienne, plus discrètement au Vatican, où réside, en exil, l'archevêque de Lvov, le cardinal Lubachivski, mais où l'on craint de compromettre le processus de rapprochement avec le patriarcat orthodoxe de Moscou et avec Mr Gorbatchev, qui devrait culminer lors de la première rencontre prévue, à la fin du mois de novembre, entre le pape et le numéro un soviétique en visite à Rome.

Historiquement, la question uniate plonge ses racines dans un terreau de rancÓurs et de haines profondes, marqué par des épisodes dramatiques. Avec l'incorporation forcée de l'Eglise ukrainienne catholique à l'orthodoxie, le synode de Lvov de 1946 est, toutes proportions gardées, la réplique exacte de celui de Brest-Litovsk à la fin du seizième siècle quand, au moyen d'" unions " locales, le Vatican cherchait à récupérer tout ou partie des territoires gagnés par l'orthodoxie depuis le schisme entre Rome et Constantinople de 1054.

Cette union de Brest rencontra de violentes oppositions, en Ukraine notamment, où une hiérarchie orthodoxe a été vite reconstituée et où les catholiques de rite byzantin ont subi à leur tour des pressions pour revenir à l'orthodoxie. En revanche, en Galicie (Ukraine occidentale), les autorités se sont montrées relativement libérales et l'Eglise catholique a joué un rôle déterminant dans le développement culturel, politique et social de l'Ukraine.

La situation parait aujourd'hui sans issue. L'Eglise orthodoxe de Russie n'est pas prête à céder un pouce de terrain à une hiérarchie catholique restaurée, conservant la liturgie, le rite et les traditions nationales, c'est-à-dire byzantines et non latines. L'Eglise russe tire sa cohésion de son caractère national. Dans une interview récente à un hebdomadaire catholique américain, le métropolite Philarète, chargé des relations extérieures au patriarcat de Moscou, répète que " l'uniatisme est un acte de prosélytisme visant l'Eglise russe ". Ajoutant à l'adresse des catholiques uniates : " Si vous souhaitez garder la tradition byzantine, alors vous devez accepter l'Eglise orthodoxe. Si vous ne souhaitez pas rester sous la direction spirituelle du patriarcat de Moscou, alors rejoignez l'Eglise latine. "

Après le succès de la manifestation de Lvov, il semble peu probable que les catholiques ukrainiens acceptent de passer au rite latin et de se soumettre à l'autorité de l'administrateur apostolique de Riga en Lettonie, de celui de Minsk nouvellement nommé par le pape en Biélorussie, ou encore, pour la partie de l'Ukraine située de l'autre côté des Carpates, du primat de Hongrie.

Il y a maintenant une semaine que les routiers italiens, avec vingt mille camions, ont établi un blocus entre la péninsule italienne et le Tyrol autrichien. Une semaine de colère, de menaces et de diplomatie pour rien, puisque Vienne refuse toujours de laisser polluer ses magnifiques vallées par les envahisseurs du Sud.

Deux cent trente mille par an, c'est-à-dire plus d'un millier par jour ouvrable : c'est le nombre de poids lourds italiens - sans compter les grecs, les turcs, les yougoslaves, les hongrois et les autres - qui sont autorisés à transiter en Autriche par l'autoroute du Brenner. Destinations finales, pour la plupart d'entre eux : l'Allemagne fédérale et la Belgique. Pour les Italiens, ce n'est plus assez. Pour Vienne, soumise à la pression des élus " verts ", qui ont obtenu l'interdiction - à partir du 1er décembre et pour tous les gros camions - de circuler la nuit, c'est déjà trop.

" L'Italie, disent-ils, promet, depuis vingt ans, de réduire son trafic marchandises sur route et d'accroitre le ferroviaire. Or celui-ci n'a augmenté que de 60 %, tandis que le tonnage sur pneumatiques a été décuplé dans le même temps. " Et les écologistes tyroliens, soutenus par leur ministre des transports, de dénoncer, au surplus, l'état parfois hallucinant des monstres d'acier fumant et crachant la pollution à qui mieux mieux dans leurs pâturages. Les Autrichiens, qui entendent désormais contraindre les poids lourds italiens à s'équiper de pots catalyseurs et de silencieux, sont d'accord pour augmenter le nombre de permis de transit, mais sur rail.

Or pour transporter les transporteurs, il faudrait que les chemins de fer italiens prélèvent au moins quinze locomotives sur leur stock. Sauf à désorganiser un peu plus leur transport voyageurs, ils ne le peuvent pas.

Au Brenner, les routiers en furie, qui ont obtenu trente mille autorisations immédiates de transit à valoir sur le contingent de l'année prochaine, réclament maintenant la dénonciation par l'Italie de l'accord bilatéral de circulation des biens, signé il y a trente ans entre les deux pays. La plupart des chauffeurs ont regagné leur foyer pour le week-end, abandonnant un véritable cimetière de 30 kilomètres de long de camions sur l'autoroute.

Une centaine d'organisations indépendantes ont tenu, samedi 16 septembre, une réunion à Leningrad au cours de laquelle Mr Iouri Afanassiev, coprésident du groupe des députés progressistes du Congrès de l'URSS, a accusé Mr Gorbatchev et le bureau politique d'être " incapables d'écouter les voix nationalistes et de les considérer autrement que comme des phénomènes hostiles et négatifs ". De son côté, le Parlement arménien a accusé samedi l'Azerbaidjan d'imposer un véritable blocus économique à l'Arménie au moyen d'une grève des cheminots qui empêche l'approvisionnement en vivres et en essence. La situation du ravitaillement devient particulièrement préoccupante dans le Haut-Karabakh.

Logiquement l'agence Tass devrait annoncer, mardi 19 septembre en fin de soirée, qu'à l'issue de sa première réunion plénière de l'année politique, le comité central du Parti communiste de l'URSS a remercié Mr Gorbatchev et désigné un nouveau secrétaire général.

Ce serait logique puisque le système soviétique craque aujourd'hui sur tous les fronts, que, jamais depuis les débuts de la perestroika, le chaos n'a semblé si absolu, et que cette situation révulse une forte majorité de l'appareil et notamment de ce comité central dont Mr Gorbatchev tient, statutairement, son pouvoir. Logique ou pas, pourtant, non seulement ce scénario de la destitution n'est tenu pour crédible par à peu près personne à Moscou mais plusieurs hauts responsables laissaient au contraire entendre, à la veille du week-end, qu'une nouvelle purge se préparait contre les conservateurs.

Certains parlaient de quatre départs au bureau politique. D'autres indiquaient qu'on s'orientait, en une ou plusieurs étapes, vers la constitution d'une direction restreinte car " le réservoir (d'hommes neufs) de l'actuel comité central ne déborde pas d'eau fraiche ". D'autres encore ne se refusaient aux confidences que pour ajouter qu'ils étaient trop superstitieux - sous-entendu pour vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

Non seulement donc, les proches de Mr Gorbatchev ne semblaient en rien soucieux, mais ils affichaient une sérénité en complet contraste tant avec le total pessimisme des milieux intellectuels libéraux qu'avec la multiplication, à l'Ouest, des pronostics sur le prochain échec et mat du secrétaire général. Cela ne signifie pas que le plénum de mardi sera pour lui une partie de plaisir. On ne peut même en rien exclure qu'il ait - ce ne serait pas la première fois - à battre en retraite, mais le fait est que pour au moins trois raisons le glas de la perestroika n'a pas encore sonné.

Fondamentale, la première en est que dans ce chaos croissant Mr Gorbatchev a toujours l'initiative face à une mouvance conservatrice qui n'a encore trouvé ni sa ligne de défense ni ses chefs de file indiscutés. Car lorsqu'on se dit, logique aidant, que Mr Gorbatchev est virtuellement fini, on oublie que même le plus furieux des conservateurs obtus ne peut ignorer qu'une entreprise de restauration pure et simple ne serait pas aisée.

Si l'URSS arrogante et gâteusement agressive de Leonid Brejnev n'a jamais osé intervenir en Pologne, alors que Solidarité ne rêvait que d'un dialogue avec un sytème communiste toujours puissant, on voit en effet mal ce que Moscou pourrait aujourd'hui faire pour ramener à l'orthodoxie les marches de l'Empire. Non seulement le Parti polonais ne dispose plus d'une majorité parlementaire, mais le gouvernement formé par Solidarité bénéficie à l'évidence d'appuis plus que circonstanciels dans l'armée, la police et les services secrets. La Hongrie bascule parallèlement, dirigeants communistes en tête, dans la démocratie parlementaire.

Bref, la normalisation de ces pays qu'on appelait autrefois satellites demanderait un tel effort que l'hypothétique successeur conservateur de Mr Gorbatchev n'aurait le choix qu'entre y renoncer ou déstabiliser un peu plus, en s'y lançant, l'URSS elle-même. Or la renonciation serait un aveu de faiblesse qui ne contribuerait pas, aux quatre coins de l'URSS, à la crédibilité d'une entreprise de restauration intérieure, et l'aventure d'une tentative de reconquête de l'empire serait, elle, si aléatoire qu'on peut, sans risque d'erreur, la dire perdue d'avance.

Sa réussite supposerait en effet la résignation de l'Europe centrale à sa défaite, l'acquiescement tacite du monde occidental, la cohésion interne de l'URSS et surtout sa capacité à faire face à sa crise socio-économique sans réelles réformes, sans appuis étrangers et avec l'obligation, en revanche, de réaugmenter brutalement ses dépenses militaires.

Si même, et contre toute probabilité, les trois premières conditions se révélaient réunies, la quatrième ne pourrait l'être en aucun cas, car l'URSS est aujourd'hui un pays ruiné dont la population non seulement n'est plus prête à se satisfaire de sa situation présente, mais encore exige un relèvement de son niveau de vie.

De tous points de vue, l'alternative conservatrice est ainsi si peu évidente que la masse de l'appareil en est encore à juger moins dangereux de laisser en place un Gorbatchev sur lequel elle a prise que de se lancer dans une épreuve de force dont les incertitudes lui sont évidentes.

Tactiquement - et c'est là la deuxième raison de ne pas le déclarer politiquement mort - le secrétaire général et ses amis paraissent en outre décidés à passer à l'offensive. Dans le domaine économique d'abord, un coup d'accélérateur, annoncé il y a dix jours par Mr Gorbatchev, est maintenant en préparation (le Monde du 12 septembre). Sous couvert d'un objectif aussi difficilement discutable que la réduction des 120 milliards de roubles de déficit budgétaire, plusieurs mesures radicales vont être prochainement proposées au Parlement.

De la diversification des formes de propriété (étatiques, républicaines, municipales ou coopératives) à l'arrêt des subventions aux entreprises chroniquement déficitaires, en passant par un coup de frein sur les investissement lourds, la création d'un marché d'actions, le lancement d'emprunts rémunérés destinés à éponger la masse monétaire et un coup d'accélérateur sur la production des biens de consommation, le chamboulement devrait être assez profond pour acquérir une dynamique propre. Et dans le domaine politique, Mr Gorbatchev a déjà obtenu du bureau politique que le comité central soit appelé à avancer de quelque six mois la date du prochain congrès du parti, qui devrait en conséquence se tenir à l'automne de l'année prochaine.

Cela signifie que, dès avant Noël, va s'engager la bataille pour l'élection des délégués et la redéfinition de la ligne du parti ; et ces quelques mois de différence devraient permettre, espère-t-on dans l'équipe au pouvoir, de court-circuiter à la fois les réformateurs les plus radicaux et les conservateurs.

Face à l'enjeu clair de la réforme contre la contre-réforme, les premiers - des nationalistes baltes à Mr Eltsine, en passant par les Arméniens et l'intelligentsia libérale - ne pourront, en effet, rien faire d'autre que se rallier à Mr Gorbatchev. Quant aux seconds, qui tentent en ce moment de mettre les bouchées doubles sur la voie de l'union entre slavophiles anti-occidentalistes et bureaucrates staliniens, ils auront du mal à ne pas être pris de court dans la recherche de leur programme commun.

Stratégiquement, enfin - troisième raison de la relative sérénité de l'équipe gorbatchévienne - l'ampleur des changements dont le secrétaire général est prêt à prendre son parti dans l'ensemble de l'empire est encore largement sous- estimée, tant à l'Ouest que dans les salons politiques moscovites.

Homme d'Etat et homme d'Etat russe, Mr Gorbatchev sait, comme ses collaborateurs, que le seul moyen de préserver aujourd'hui les chances de la Russie en Europe et dans le monde est de négocier la transition de l'asservissement à l'indépendance dans l'interdépendance économique. Il a pour cela un atout de taille : la possibilité d'offrir l'espoir que cette transition se fasse pacifiquement. Naturellement capital pour les élites de l'empire comme pour le monde, cet atout offre d'autant plus de chances de réussite qu'économiquement parlant une brutale rupture des liens du défunt bloc ne serait une bonne chose pour personne.

En Europe centrale comme dans les pays baltes et l'ensemble de l'Union soviétique, Mr Gorbatchev est en conséquence décidé - ou résigné - à accepter l'évolution démocratique à la seule condition qu'elle n'aille pas si vite ni si loin qu'il se retrouve mis en minorité dans le parti, et donc paralysé.

Car s'il s'est mis à l'abri d'une soudaine destitution par le comité central en se faisant élire chef de l'Etat par le nouveau Parlement, il ne pourrait, en effet, se permettre d'engager, dès cette année, une épreuve de force frontale avec un appareil qui reste la seule colonne vertébrale de l'URSS. Comme les conservateurs et comme les réformateurs les plus radicaux, il est en fait condamné à temporiser, et, dans l'incertaine partie qui va se jouer jusqu'au congrès, au milieu des cent rebondissements que promet l'année politique, se laissent déjà voir un avantage précaire et un lourd handicap.

Le premier est que, l'un dans l'autre, aisément en Estonie et difficilement en Lituanie, les pays baltes comprennent qu'ils n'ont nullement intérêt à ne laisser à Mr Gorbatchev le choix qu'entre défaite et reniement. L'ébauche de compromis conclu la semaine dernière (le Monde daté 17-18 septembre) en est le signe et elle devrait aider le secrétaire général à bien se sortir de ce plénum consacré à la question des nationalités - c'est-à-dire de la décentralisation du pouvoir en URSS.

La soudaine et profonde accélération de la crise allemande constitue a contrario un problème majeur pour le Kremlin. Hypothèse tenue pour parfaitement plausible à Moscou, l'éventuel écroulement du régime est-allemand pour cause de sclérose rigide conduirait, en effet, à une telle remise en question de l'équilibre européen que les intérêts géo-stratégiques et non plus idéologiques de la Russie s'en trouveraient assez menacés pour induire une crispation brutale.

Plusieurs manifestations, dont certaines ont revêtu un caractère ouvertement antisoviétique, ont marqué dimanche 17 septembre le cinquantième anniversaire de l'invasion de la Pologne par l'Armée rouge. Ces rassemblements autorisés, notamment à Varsovie, Szczecin, Gdansk et Cracovie, n'ont donné lieu à aucun incident.

L'organe du Parti communiste polonais (POUP), Trybuna Ludu, a pour la première fois évoqué cette date de manière critique. " Le 17 septembre, écrivait samedi le quotidien, a profondément marqué la conscience des Polonais, en particulier parce que l'entrée de l'armée soviétique a été suivie d'une répression de plus en plus dure et de crimes de masse, dont ont été victimes des millions de Polonais. Il faut dire la vérité sur ces événements, par devoir à l'égard des victimes de cette répression et envers la nation toute entière, mais aussi parce qu'il est important de libérer les relations soviéto-polonaises du fardeau de la période stalinienne. " Trybuna Ludu précise que les frontières tracées après la guerre ne sont pas remises en cause. C'est également ce qu'avaient précisé le bureau politique du POUP puis le Parlement polonais en adoptant, le mois dernier, des résolutions qui condamnaient comme " nul et non avenu " le pacte Molotov-Ribbentrop.

Par ailleurs, le comité central du POUP devait tenir, lundi 18 septembre, son quinzième plénum et débattre de l'éventualité d'un congrès extraordinaire, que nombre de militants réclament comme " la seule chance de survie " du Parti communiste. Le plénum devait décider si les préparatifs du congrès se feraient dans l'optique d'une transformation du POUP en un nouveau parti.

De son côté, le chef du groupe parlementaire de Solidarité, Mr Bronislaw Geremek, a lancé un appel aux gouvernements occidentaux pour qu'ils réduisent le service de la dette polonaise. " C'est vous qui avez prêté de l'argent au pouvoir communiste, et c'est nous maintenant qui portons ce fardeau de 40 milliards de dettes, contractées dans les années 70, à l'époque de l'argent facile ", a dit Mr Geremek, interrogé sur Europe 1 dans le cadre de l'émission " Le club de la presse ". Le dirigeant de Solidarité a estimé qu'" en huit à dix mois " l'agriculture polonaise pourrait de nouveau assurer l'approvisionnement du pays en produits alimentaires, et notamment en viande, mais que la Pologne avait besoin d'une aide alimentaire de départ. Il s'est également déclaré favorable au plan Giscard d'Estaing proposant un fonds d'aide à la modernisation de l'industrie polonaise - le même Mr Giscard d'Estaing qui, dans les années 70, accordait d'importants crédits à Edward Gierek, alors numéro un de la Pologne, dont le remboursement étrangle aujourd'hui l'économie polonaise.

Au cours de cette émission, Mr Geremek a, pour la première fois, publiquement pris position sur l'affaire du carmel d'Auschwitz. Jugeant "malheureux" les propos du cardinal Glemp, il s'est cependant refusé à les qualifier d'antisémites. "Il n'y a pas plus d'antisémitisme en Pologne qu'ailleurs", a-t-il affirmé, et le recours "aux stéréotypes de l'antisémitisme constitue des accusations injustifiées à l'égard de la société polonaise et à l'égard du cardinal Glemp". La croix érigée à Auschwitz, a-t-il dit, "restera en place, car elle est liée à l'histoire de la Pologne, elle est le symbole de la répression de l'Eglise par le régime communiste". Cela dit, "les carmélites doivent partir".

Mr Adam Michnik, autre dirigeant juif de Solidarité, avait pris vendredi une position similaire dans un éditorial publié par le journal qu'il dirige, Gazeta Wyborcza. Mr Michnik s'élevait en particulier contre les déclarations du premier ministre israélien, Mr Shamir, selon lequel les Polonais "têtent l'antisémitisme avec le lait de leur mère". Ce type de généralisation, estimait Mr Adam Michnik, est une "offense" pour les Polonais et ne peut que servir la cause de l'antisémitisme.

Le ministre de la défense, Mr Jean-Pierre Chevènement, devait réunir, lundi 18 septembre, les chefs d'état-major " pour parler de concertation, dialogue au sein de l'institution et revalorisation de la condition militaire ".

" Il faut responsabiliser l'institution, a expliqué Mr Chevènement à l'émission télévisée " 7 sur 7 ", dimanche 17 septembre à TF1, car il y a des problèmes qui doivent être traités au niveau du gouvernement " et d'autres, tels que les trop grandes astreintes professionnelles, " qui doivent se résoudre au niveau inférieur à celui du ministre ".

Le ministre de la défense s'est prononcé contre la création de syndicats, qui " casserait la force et l'unité de l'outil militaire " et que, du reste, a-t-il ajouté, personne dans les armées ne lui demande. En revanche, Mr Chevènement a rappelé qu'il souhaitait rénover le mode de fonctionnement du Conseil supérieur de la fonction militaire (Le Monde du 31 août) et des organes de représentativité dans les unités (les présidences de sous-officiers ou d'officiers subalternes). Il s'agit, en particulier, de prévoir un système de désignation qui permettrait de tirer au sort parmi des volontaires les membres du Conseil supérieur et les représentants dans les unités.

Dans quelques semaines, Mr Chevènement présentera en conseil des ministres deux communications sur la condition militaire et la rénovation du service national.

Mr André Méric, secrétaire d'Etat chargé des anciens combattants et victimes de guerre, s'est exprimé, jeudi 14 septembre, à Clermont-Ferrand, devant le trente-huitième congrès de la Fédération des combattants prisonniers de guerre et combattants d'Algérie, Maroc, Tunisie (FNCPG-CATM), dont le président est Mr Georges Lepeltier, et non devant le congrès de la FNACA, comme indiqué dans le Monde du 16 septembre.

Mr Egilfredo Franchi, dont le nom était cité dans un article sur l'organisation autonome, par rapport au PCF, des communistes italiens résidant en France (le Monde daté 17-18 septembre) nous prie de préciser qu'il n'a jamais été " permanent " du parti français.

Mr Pierre Brantus, sénateur UDF-CDS et président du conseil général du Jura, est décédé, dimanche 17 septembre à Dijon (Côte-d'Or), des suites d'un cancer du pancréas. Il sera remplacé au Palais du Luxembourg par son suppléant, Mr André Jourdain (RPR), premier vice-président du conseil général du Jura, où il représente le canton de Champagnole.

Mr Henri Emmanuelli, numéro deux du Parti socialiste, a déclaré, dimanche 17 septembre, au "Forum" de FR3 et Radio-Monte-Carlo, que "les méthodes employées par la direction de Peugeot ne font pas honneur à la démocratie française ni au patronat ". "On ne peut pas s'opposer systématiquement à des revendications sociales sous prétexte qu'à Hongkong ou en Corée, les salaires sont plus bas, a continué Mr Emmanuelli. Dans la compétitivité, il y a, aujourd'hui, quelque chose d'important, ce sont les relations humaines, la politique sociale de l'entreprise. Il me semble que, là, Mr Calvet devrait suivre des stages de formation".

Depuis le rejet du "relevé de conclusions", à la suite des propositions gouvernementales, les syndicats des impôts et du Trésor organisent la mobilisation des agents. Le SNUI (autonome), la CGT, la CFDT, FO et la CGC ont appelé les 80000 agents de la direction générale des impôts à des manifestations départementales et à un rassemblement à Paris, le 22 septembre. La grève des recettes de TVA coûterait 10 milliards de francs par mois à l'Etat, selon les syndicats. Tous les syndicats du Trésor (FO, CFDT, CFTC et CGC) ont exprimé leur "vive indignation".

La baisse de la fécondité en France serait-elle stabilisée ? C'est, en tout cas, ce qui ressort du rapport annuel que vient de publier l'Institut national d'études démographiques (INED). Tous les indicateurs 1988 démontrent une stabilité, ou presque. Le nombre des naissances d'abord : 770000 comme en 1987 (13,8 pour 1 000). Le taux de fécondité reste à 1,82 : le niveau est demeuré presque inchangé depuis 1984, après une brève petite remontée à 1,95 en 1980-1981. Dans ces naissances, la part des parents étrangers continue à baisser lentement : 10 % environ, contre 11,9 % en 1983. Les avortements diminuent depuis 1984 : 160732 en 1987, contre 166797 en 1986. Mais des variations bizarres dans certains départements amènent les démographes à se demander si l'enregistrement est toujours correct.

La stabilité de la fécondité met aujourd'hui la France à un niveau relativement élevé en Europe. La chute de la fécondité, commencée dans les pays d'Europe du Sud (Italie, Espagne, Portugal, Grèce), continue. En revanche, la situation se stabilise dans l'Europe du Nord (un peu au-dessous de 1,8 en Grande-Bretagne et en Norvège, vers 1,6 aux Pays-Bas) ; elle remonte même en Allemagne fédérale et au Danemark (qui avaient atteint des niveaux très bas et se situent maintenant au-dessus de 1,4 et 1,5 respectivement), et surtout en Suède (à 2).

Hormis la Suède et l'Irlande, seuls les pays d'Europe de l'Est se situent au-dessus du niveau français : ceux-ci s'échelonnent de 1,8 environ en Hongrie à 2,3 en Pologne. Mais sauf dans ce dernier pays, la fécondité baisse partout plus ou moins vite, que ce soit en Roumanie (2,2), en Tchécoslovaquie, Bulgarie et Yougoslavie (2 environ). En RDA, après la remontée de 1975-1980 consécutive à des mesures d'aide aux familles, le taux de fécondité est revenu à 1,7.

De son côté, le déclin du mariage en France semble s'arrêter. On en enregistrait 273 000 en 1988 contre 265 000 en 1987, après la chute d'un tiers constatée de 1970 à 1986. Au total, on peut estimer que 30 % des femmes resteront célibataires. Le divorce parait se stabiliser aussi : 30,8 % des mariages ont abouti à un divorce contre 31 % en 1987. Mais les remariages de divorcés connaissent la même crise que les premiers mariages. Ils ont diminué de moitié en quinze ans.

La mortalité enfin reste presque stable aussi : on a compté 524 000 décès en 1988 (soit 9,4 pour 1 000) contre 527 000 en 1987. La mortalité infantile, déjà basse, ne peut diminuer que lentement, arrivant à 7,7 pour 1 000 naissances vivantes. Mais l'espérance de vie à la naissance, progressant de plus de trois mois par an, dépasse désormais quatre-vingts ans pour les femmes, si elle n'atteint que 72,3 ans pour les hommes.

La baisse de la mortalité en 1987 avait concerné la plupart des causes de décès, mais pas les cancers (plus 1,5 %) ni le sida : même si ce dernier n'a été responsable " que " de 964 décès, il domine " le paysage sanitaire français ".

Les dispositions fiscales du projet de budget pour 1990 sont maintenant à peu près complètement arrêtées. Le conseil des ministres du mercredi 20 n'aura donc pour l'essentiel qu'à les ratifier.

Quelques modifications importantes ont été apportées en fin de semaine aux mesures déjà connues (le Monde du 5 septembre). Elles touchent la réduction de la fiscalité de l'épargne qui ne concernera pas seulement les revenus des obligations pour lesquelles le prélèvement passera de 25 % à 15 % (ou de 27 % à 17 % si l'on prend en compte le prélèvement social qui s'y ajoute), mais aussi les titres des créances négociables (32 % à 15 %), les dépôts en comptes courants (45 % à 35 %), les profits réalisés sur les marchés à terme (32 % à 16 %). Les bons du Trésor et les bons de caisse et autres titres assimilés passeront d'un prélèvement libératoire de 45 % à 35 %, mais uniquement pour les bons et titres émis à compter du 1er janvier 1990 (la fiscalité n'est pas allégée sur le stock de ces bons).

Pour le reste des dispositions fiscales, le budget de 1990 modifiera au profit des contribuables modestes le calcul de la taxe d'habitation. Celle-ci sera plafonnée à 4 % du revenu imposable. Les personnes âgées de plus de soixante ans qui ne paient pas d'impôt sur le revenu sont déjà exonérées de cette taxe locale. En revanche, les personnes âgées de moins de soixante ans se trouvant dans la même situation n'étaient pas complètement exonérées, bénéficiant d'un abattement de 30 % sur la part de leur impôt local dépassant 1 305 F. Ces personnes seront désormais elles aussi complètement exonérées de taxe d'habitation.

Plusieurs mesures touchent le logement dans le projet de budget 1990. La première concerne la déduction forfaitaire de 15 % que les propriétaires louant un logement peuvent pratiquer sur le revenu brut de leurs immeubles urbains. Cet abattement sera ramené à 10 %.

D'autre part, la déduction d'intérêts d'emprunt pour le logement sera modifiée mais pour les seuls prêts contractés à partir du 1er janvier prochain et pour les seules personnes dont le revenu imposable par part dépassera 210 210 F, correspondant à un taux marginal de 49 % (limite inférieure de la 12e tranche).

Enfin, la loi Méhaignerie, qui encourage fiscalement l'investissement logement quand celui-ci est destiné à la location, est légèrement modifiée. La réduction d'impôt restera de 10 %j, mais son assiette (le prix de revient du logement) passera de 200 000 F à 300 000 F pour une personne seule et de 400 000 F à 600 000 F pour un couple marié. En revanche, cet avantage fiscal sera plafonné à 15 000 F pour les personnes seules et à 30 000 F pour les couples la première année, le solde étant déduit la seconde année. Enfin, cet avantage fiscal ne pourra plus jouer qu'une seule fois. Les personnes qui bénéficient des avantages de la loi Méhaignerie verront l'abattement spécial de 35 % sur leurs revenus fonciers ramené à 25 %.

Autres modifications : la taxe de 5,15 % sur les contrats d'assurance-vie sera supprimée à partir du 1er juillet 1990. D'autre part, les droits de mutation sur les fonds de commerce seront supprimés jusqu'à 100 000 F de cession, ramenés au taux de 6 % pour les cessions comprises entre 100 000 F et 300 000 F et à 11,8 % pour les cessions supérieures à 300 000 F.

Le barème de l'impôt de solidarité sur la fortune s'enrichit d'un taux marginal de 1,3 %, qui jouera pour la partie de la fortune dépassant 40 millions. Le " taux 0 " du barème jouera jusqu'à un capital de 4,1 millions.

Enfin, un taux de TVA à 2,1 % va être créé pour les médicaments remboursés par la Sécurité sociale.

La lettre signée de Mr Guy Perrier, directeur du centre de production d'Automobiles Peugeot de Sochaux (Doubs), que chacun des 23 000 salariés a reçu, samedi 16 septembre, n'a, semble-t-il, pas entamé la détermination des grévistes, qui ont repris leur mouvement lundi 18 septembre au matin. Selon la direction de l'établissement, la mobilisation du personnel était comparable à celle du vendredi 15 septembre (820 grévistes à 8 h 30) et la production toujours très fortement perturbée.

Du côté des syndicats, on indiquait que " le nombre des grévistes a encore progressé dans l'atelier de carrosserie ". Sur les quatre chaines de fabrication d'où sortent des 205, des 405, des 505 et des 605, une seule fonctionne partiellement grâce à la mobilisation, selon les syndicats, d'intérimaires.

Dans la lettre qu'il a adressée aux salariés, le directeur de l'établissement a lancé un appel à " reprendre le travail dans le calme " afin de " ne pas compromettre le lancement de la 605 ", le nouveau modèle haut de gamme de Peugeot. Après avoir organisé dans la matinée une série de rassemblements à l'intérieur de l'usine, la CGT et la CFDT ont appelé à un meeting pour 17 heures devant les grilles, qui devait être suivi d'une manifestation en ville.

"Tous les ateliers sont désormais concernés par la grève. Le conflit sera dur et il risque d'être long. Nous sommes prêts", soulignait lundi matin Mr Doris Dall'o, secrétaire du syndicat CGT de Peugeot- Sochaux, la principale organisation syndicale de l'usine, qui rappelait que cette grève est "à Sochaux la plus importante jamais vue depuis 1968". Selon lui, la revendication de 1500 F d'augmentation du salaire mensuel est "tout à fait réaliste". En revanche, Force ouvrière s'en tient à une revalorisation de 250F alors que la section sochalienne de la CFE-CGC a pris des positions plus modérées que son président national, Mr Marchelli. Elle exclut en effet de s'associer à la grève et a lancé "un appel à la sagesse", réclamant l'ouverture de négociations salariales afin de mettre en place une formule d'intéressement non plafonné.

De nombreux grévistes de Peugeot-Sochaux - dont certains s'étonnent de l'initiative prise par leurs camarades de Mulhouse de manifester le 18 septembre à Paris devant le siège de PSA - espèrent désormais que "la pression des actionnaires de Peugeot contribuera à pousser Mr Jacques Calvet, PDG du groupe, à se décider à enfin négocier sur les salaires".

Alors que le conflit de Peugeot-Mulhouse entre dans sa troisième semaine, le " front " s'est déplacé, lundi 18 septembre, vers Paris. Arrivés de Mulhouse à 9 heures dans la capitale en autobus, une cinquantaine de cadres sont venus en délégation avec la CGC et espéraient être reçus par la direction du groupe PSA.

A Mulhouse, la prise de travail de l'équipe du matin s'est effectuée sans incident mais, selon les syndicats CGT, CFDT, CFTC et FO, de 1 000 à 1 200 grévistes s'étaient réunis à la gare de Mulhouse. A 8 h 15, un train spécial les emmenait à Paris où ils étaient attendus à 12 h 15.

A la demande de la CGT, les manifestants devaient être accueillis par des ouvriers de l'usine Peugeot de Poissy. Dans un tract diffusé lundi matin, en effet, la CGT (30 % aux élections professionnelles) appelait le personnel de Poissy à des assemblées générales suivies de débrayages " pour un départ collectif en RER à 10 h 30 ". Normalement, le cortège devait converger vers l'avenue de la Grande-Armée, où se trouve le siège de PSA, pour protester " sous les fenêtres de Mr Jacques Calvet ", le président de Peugeot SA.

Le week-end avait été marqué par la montée d'un ton des déclarations syndicales. La CGC demande l'ouverture de négociations et pourrait rejoindre les syndicats ouvriers dans la grève, a indiqué Mr Jean-Pierre Chaffin, président de la fédération métallurgie CGC. Le propos a été repris dimanche par Mr Paul Marchelli, président de la CGC, qui réclame " un changement radical " d'attitude de la part de la direction " dans les 24 heures ". Le syndicat CSL (confédération des syndicats libres), qui représente plus de 40 % du personnel de l'usine de Poissy, demande à son tour à la direction d'ouvrir " de larges négociations " dans un tract diffusé lundi matin.

A Mulhouse même, le syndicat départemental CFTC de la métallurgie du Haut-Rhin a demandé au préfet " d'intervenir personnellement " dans le conflit Peugeot et de procéder " le cas échéant " à la désignation " d'un médiateur ". Le président du conseil général du Haut-Rhin, Mr Jean-Jacques Weber, député UDF-CDS, a estimé, le 17 septembre, que les salariés de Peugeot " doivent pouvoir bénéficier eux aussi des succès commerciaux dont ils sont les moteurs ". Numéro deux du Parti socialiste, Mr Henri Emmanuelli a estimé pour sa part que le PDG de PSA utilise des méthodes " du dix-neuvième siècle plutôt que du vingt et unième siècle ". Quand Mr Jean-Pierre Chevènement, interrogé dimanche sur TF1, il a déclaré que, si Mr Calvet était " dans sa logique ", il était cependant urgent de " négocier ".

Deux pétroliers sont entrés en collision en mer du Nord, dimanche 17 septembre, avant l'aube à l'embouchure de la Humber, au nord-ouest de l'Angleterre. Le tanker Phillips Oklahoma, battant pavillon libérien mais appartenant à la compagnie américaine Phillips 66, chargé de 54 000 tonnes de brut de la mer du Nord, a éperonné un pétrolier à l'ancre dans la Humber : le Fiona, battant pavillon maltais, chargé de 51 000 tonnes de pétrole raffiné. Le feu, qui s'était immédiatement propagé aux deux navires, a été rapidement maitrisé.

Mr Claude Cornilleau, cinquante-trois ans, traducteur, président du Parti nationaliste français et européen (PNFE), qui avait été interpellé mercredi 13 septembre (le Monde du 15 septembre) à son domicile de Crécy-la-Chapelle (Seine-et-Marne), dans le cours de l'enquête sur les attentats commis en mai et décembre 1988 contre les foyers Sonacotra de Cannes et Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), a été transféré, dimanche 17 septembre, à Grasse, où Mr Jean-Pierre Murciano, juge d'instruction, l'a inculpé d'association de malfaiteurs.

Mr Cornilleau, qui a refusé de s'expliquer devant le magistrat instructeur hors de la présence de son avocat, a été incarcéré à la maison d'arrêt de Grasse. Treize personnes ont déjà été inculpées, dans ce dossier, dont huit sont en détention à Nice et à Grasse.

L'arrestation de Mr Cornilleau semble indiquer que le PNFE, en tant que tel et non plus seulement quelques-uns de ses adhérents locaux, pourrait avoir joué un rôle dans les attentats contre les foyers de la Sonacotra sur la Côte-d'Azur. Les enquêteurs du SRPJ de Nice auraient, en effet, établi que ce parti d'extrême droite, créé en 1985 par Mr Cornilleau, ancien militant du Front national comme plusieurs de ses coinculpés, avait réuni juste avant, à Paris, un congès national au cours duquel des projets d'actions " musclées " contre les immigrés auraient été évoqués. Ce congrès avait été suivi d'autres réunions sur les mêmes thèmes.

Un examen plus approfondi des documents saisis au domicile et au bureau de Mr Cornilleau permettra de mieux cerner l'éventuelle responsabilité de celui-ci et celle d'autres dirigeants du PNFE qui doivent être entendus. Le juge d'instruction ne disposait pas, à ce stade de l'enquête, des éléments suffisants pour conclure à une initiative parisienne concernant les attentats sur la Côte d'Azur. Les policiers niçois ont, en outre, fait une perquisition au siège de la Fédération professionnelle indépendante de la police à Paris qui n'a, semble-t-il, donné aucun résultat.

Deux personnes avaient été blessées dans l'attentat contre le foyer Sonacotra de Cannes, le 9 mai 1988, et à Cagnes-sur-Mer, le 19 décembre suivant, une personne avait été tuée et onze autres blessées, dont deux sérieusement atteintes.

Au début des années 70, Robert Faurisson, agrégé de lettres et maitre assistant à l'université Paris-III, n'avait pas à rougir de sa carrière. Dans le petit milieu de la critique littéraire, ce turbulent professeur avait des adeptes, qui se grisaient de la lecture " faurissonienne " des poèmes de Rimbaud, et des contempteurs, qui notaient d'un zéro pointé son décryptage érotique des Voyelles. Personne ne songeait à le comparer à un Roland Barthes ou à un Gérard Genette, mais enfin il existait, ludion légèrement sulfureux, bousculant les traditions de la vieille Sorbonne.

Paru en 1961 dans la revue Bizarre, son " A-t-on lu Rimbaud ? " - complété en 1971 par " L'Affaire Rimbaud " - lui valait, une fois pour toutes, considération et polémique. Etiemble en personne avait pris la plume dans le Monde, en février 1962, pour contester ses assertions, lui rappelant au passage que son analyse ne pouvait se prévaloir d'être inédite puisque lui-même avait expliqué les Illuminations " par l'érotique et la solitude ". En conclusion, Etiemble renvoyait Faurisson à ses polissonneries : " La rigueur dont il se pique, si je la connais ! Celle même des interprétations paranoiaques-critiques si chères à Salvador Dali, que l'anagramme d'André Breton a immortalisé en Avida Dollars " (1).

Il en aurait fallu plus pour décourager l'ancien khâgneux surnommé par ses camarades " le petit rat ". Persuadé des vertus de sa méthode critique - une " méthode Ajax ", diront ses étudiants, puisqu'elle récure et décape, - il récidiva en s'attaquant aux Chants de Maldoror. En 1972, il présentait sa thèse sur la " Bouffonnerie de Lautréamont " devant un jury éminent en démontrant à sa manière que ce poète flamboyant et romantique masquait en réalité un auteur comique. " Vous faites du poujadisme intellectuel ", lui lançait alors Pierre Albouy. Robert Faurisson décrocha néanmoins la mention " très honorable " (2).

De sa fréquentation des poètes, le professeur avait définitivement acquis le goût du paradoxe. Pour lui, à n'en pas douter, les auteurs sont fréquemment le contraire de ce qu'ils prétendent être. Ainsi avait-il déjà dépouillé Arthur Rimbaud de sa cape de " voyant " pour lui offrir les manchettes de lustrine et la visière de mica du " plus rigoureux des Parnassiens ". Et c'est durant ces années qu'il prit pour habitude de dénoncer les prétendues " mystifications " des autres.

Mais ce trait de caractère remonte bien sûr plus loin ou plus haut, précisément à son enfance. " Vous savez, ça a commencé très tôt, confiera-t-il à un journaliste. On m'a dit que le Père Noël existait, et puis il n'existait plus : je n'ai pas supporté (3). " De là - risquons l'explication, - cet acharnement à prendre le contrepied des faits les mieux établis et des opinions dominantes. Durant la seconde guerre mondiale - il a une quinzaine d'années à la Libération, - il hait les Allemands. Mais leur reflux en 1944 attise aussitôt sa compassion.

Finalement, ce littéraire n'est pas insensible à la politique. Alors qu'il enseigne au lycée de jeunes filles de Vichy, en 1962, un juge d'instruction l'envoie quelques jours à la maison d'arrêt de Riom pour offenses au chef de l'Etat. Son étude de Voyelles lui a dessillé les yeux, et il donne une interprétation de son cru du sigle OAS...

Si la chronique des interprétations de Robert Faurisson dérape publiquement en 1977, le professeur commence en fait à s'intéresser aux chambres à gaz et au génocide des juifs durant la seconde guerre mondiale dès les années 60. C'est alors qu'il lit Passage de la Ligne et le Mensonge d'Ulysse, deux livres de Paul Rassinier, socialiste et ancien déporté à Buchenwald et Dora. Or Rassinier conteste très vivement la qualité de maints témoignages sur les camps et avance que les chambres à gaz furent bien moins nombreuses qu'il n'est généralement dit.

Ce " flambeau "-là, Faurisson s'en saisit avec la froideur d'un entomologiste et la passion enragée d'un futur martyr. A l'en croire, lui seul va dépouiller toutes les archives sur le sujet, faisant surgir contradictions et mensonges. Il visite les camps de la mort avec le regard d'un arpenteur, et en revient avec une certitude, ou plutôt une foi : les chambres à gaz n'ont jamais existé. Se rend-il bien compte qu'il a quitté le domaine de la critique littéraire, où la provocation et le pamphlet ont leurs lettres de noblesse pour aborder un territoire encore brûlant de douleur ?

Il n'y tient plus. En 1977, alors qu'il est maitre de conférences à l'université Lyon-II, il rédige une note dans laquelle il annonce, selon ses propres termes, sa " bonne nouvelle ", et la diffuse auprès de ses amis et collègues... Dans ce premier texte, le professeur Faurisson se garde bien de dévoiler toute sa pensée, mais la seule négation de l'existence des chambres à gaz provoque déjà un tollé. Ce docteur d'Etat se voit contraint de suspendre ses cours en raison d'un arrêté du président Lyon-II en date du 17 novembre 1978. A la même époque, un groupe d'étudiants le poursuit à la sortie de la faculté et réussit à l'intercepter place Bellecour : le professeur est atteint au visage par des gaz lacrymogènes, et porte plainte.

Ce n'est plus " L'affaire Rimbaud " mais l'affaire Faurisson. Une polémique qui trouve, à l'époque, largement sa place dans les colonnes du Monde et se prolongera à coups de droits de réponse (4). Entre-temps, cet universitaire atypique a cependant révélé sa pensée : de la négation d'une partie (les chambres à gaz), il est passé à la négation du tout (le génocide).

Dans son ivresse de la démythification à tout prix, il assure : " Cette invention est d'origine essentiellement sioniste. Elle a eu des retombées politico-financières dont l'Etat d'Israël est le principal bénéficiaire. Jamais Hitler n'a donné l'ordre de tuer ne serait-ce qu'un seul homme en raison de sa race ou de sa religion. " La critique, l'analyse, le doute, sont par définition respectables, indispensables chez un historien. Mais ces qualités ne reposent-elles pas ici sur un préjugé " hénaurme " : les juifs-sionistes ont dupé le monde ?

Rien ne l'arrête, rien ne le rebute. Le voilà historien, s'auto-proclamant expert en gaz asphyxiant, comptable du nombre des vivants et des cadavres, traducteur émérite des archives du IIIe Reich et des témoignages des anciens chefs de camp. Il s'adosse à quinze ans de recherches... Qui dit mieux ? Pourtant, son ouvrage Mémoire en défense, paru en 1980, s'apparente à un formidable fourre-tout où l'on rebondit difficilement de pièce annexe en pièce annexe (6).

Ce sont de nouveaux amis qui l'éditent : le groupe de La Vieille Taupe, appellation qui doit tout à Karl Marx. Le parrainage peut surprendre. Il s'agit de militants d'ultra-gauche antistaliniens pour lesquels il convient de rappeler que les camps d'extermination nazis n'ont pas dépassé dans l'horreur les goulags et que le totalitarisme de Staline n'a rien eu à envier à celui de Hitler. Pierre Guillaume, chef de file de La Vieille Taupe, écrit en 1980 : " D'autres tâches beaucoup plus importantes nous attendent. La question des chambres à gaz a cessé de nous intéresser intellectuellement. "

Qu'importe à Robert Faurisson ! Il est désormais connu, sinon reconnu. On parle de lui. Il est poursuivi en justice, condamné. Mais, en dépit des débours que lui occasionnent ces procès, qui lui fera croire que des magistrats peuvent s'instaurer juges de son combat et de la forme qu'il lui a donnée ? Car Robert Faurisson semble n'avoir jamais réalisé que plusieurs historiens qualifiés de " révisionnistes ", c'est-à-dire contestant l'histoire de la seconde guerre mondiale telle qu'elle est communément admise, l'ont précédé sans jamais provoquer de telles passions.

Serait-il la victime de son mauvais génie, ce talent d'iconoclaste bienvenu en littérature et indécent dès lors qu'il fouaille des plaies encore vives ? Robert Faurisson n'a en tout cas pas pris la peine de répondre à Me Serge Klarsfeld, qui lui demandait, voilà plusieurs années : " Où sont nos familles, monsieur Faurisson ? Où sont nos parents ? Cachés sous de faux noms, comme les nazis ? "

Le président de la République, Mr François Mitterrand, le maire de Paris, Mr Jacques Chirac, et les responsables de l'association SOS-attentats, présidée par Mme Françoise Rudetzki, ont rendu hommage, dimanche soir 17 septembre, à Paris, à toutes " les victimes du terrorisme " au cours d'une brève cérémonie organisée à l'occasion du troisième anniversaire de l'attentat de la rue de Rennes.

Devant le 140 de la rue de Rennes, dans le 6e arrondissement, où le 17 septembre 1986, sept passants furent tués et cinquante et un autres blessés par un engin explosif de forte puissance, le chef de l'Etat a dévoilé une plaque " A la mémoire de toutes les victimes du terrorisme ".

MM Mitterrand et Chirac, puis Mme Françoise Rudetzki, après avoir déposé une gerbe sur le trottoir même où fut déposée la bombe, se sont entretenus avec les familles des victimes et les survivants très émus.

L'émotion est grande, le ton reste réservé. Ainsi, cette enseignante venue avec son compagnon, qui n'a guère envie de parler aux personnalités présentes. Le 4 février 1986, elle achetait des livres pour ses élèves chez Gibert Jeune quand des explosifs ont dévasté le magasin. depuis, elle porte une perruque. Cette femme élégante craque en évoquant le drame. Elle montre les photos de son crâne " scalpé " par la déflagration. " Depuis huit mois, j'attends l'autorisation de la Sécurité sociale pour continuer les opérations. Ses experts me refusent le remboursement des soins car, pour eux, c'est esthétique. Je dois me battre sans répit contre le fonds de garantie qui devrait compléter les frais médicaux et les pertes de salaire. Les aller et retour entre l'hôpital et la vie normale m'interdisent de retrouver ma vie antérieure. Cette cérémonie est bien la première marque d'intérêt des autorités. Et encore, ils se paient notre tête. Nos droits sont ignorés, nous n'arrivons même pas à savoir où en est l'enquête. Le juge Boulouque a bien travaillé, mais il ne semble pas en faveur et ne fait pas ce qu'il veut. "

L'agression dont a été victime Mr Robert Faurisson est évidemment inadmissible. Comme toute agression physique, quelle qu'en soit la victime et quels que soient les mobiles des agresseurs. Il ne faut chercher en aucune façon à l'excuser ou à la justifier. Un " passage à tabac " n'est jamais " normal ", contrairement à ce qu'affirme Mme Beate Klarsfeld, même s'il était le fait de juifs en colère, extrêmement sensibles à tout ce qui touche à l'Holocauste, et non de provocateurs.

Les auteurs de l'agression de Vichy font beaucoup d'honneur à l'universitaire " révisionniste " en lui attribuant le déclenchement de l'affaire du carmel d'Auschwitz. Chacun sait que ce conflit entre juifs et catholiques a des raisons beaucoup plus complexes, liées à l'histoire de la Pologne et à sa situation présente.

Loin de défendre la " mémoire juive ", l'agression commise à Vichy risque de faire apparaitre les juifs comme intolérants. Ils se seraient bien passés de cette " affaire " supplémentaire, après celles du carmel d'Auschwitz, de la dernière déclaration de Mr Le Pen sur l'" Internationale juive " et de la mise en scène des propos scandaleux de Claude Autant-Lara... A force de tout mélanger, on va finir par donner l'illusion d'un " problème juif " en France, qui, heureusement, n'existe pas. Nous sommes en 1989.

C'est en grande partie sur son nom et le crédit personnel dont il jouit dans les sphères internationales que Mr Sid'Ahmed Ghozali a réussi le tour de force d'éviter à l'Algérie un rééchelonnement de sa dette au cours de l'année écoulée. Il est parti plaider la cause algérienne à Washington devant le FMI et la Banque mondiale, et a été entendu. FMI et Banque mondiale ont globalement apporté 1 milliard de dollars aux finances algériennes. Payant de sa personne, il s'est également rendu à Paris pour développer son argumentaire aux quatorze premières banques françaises. Grâce à lui, une bouffée d'oxygène a été insufflée à l'économie algérienne.

Au moment où l'Algérie doit s'ouvrir économiquement sur l'Occident et sur l'Europe en particulier, qui donc mieux que lui, qui fut ambassadeur à Bruxelles et accrédité auprès de la Communauté économique européenne, pourrait présider aux destinées de la diplomatie algérienne ?

En 1977, il est nommé ministre de l'énergie et des industries pétrochimiques. Mais il est écarté de ce secteur en mars 1979 par Mr Chadli, fraichement élu. Mr Ghozali, ne conservera pas longtemps le portefeuille de l'hydraulique. Le président de la République l'exclut brutalement du gouvernement, le 14 octobre suivant, pour avoir failli à la solidarité gouvernementale. Mr Ghozali qui réclamait au bureau politique du FLN et au gouvernement un débat sur la politique énergétique du pays, s'en était violemment pris à son successeur, Mr Belkacem Nabi, avant d'envoyer aux quelque deux cents membres du comité central du FLN une lettre expliquant sa position.

A cette époque, le pouvoir, tout occupé à " déboumédiéniser " l'Etat, était ravi de saisir l'occasion d'exclure Mr Ghozali de la gestion des affaires, comme il l'avait fait avec MM Belaid Abdessalam et Abdelaziz Bouteflika dès mars 1979.

Après une traversée du désert relativement brève, Mr Ghozali était placé " en réserve de la République ", au sein du corps diplomatique, de 1984 à 1988. C'est Mr Kasdi Merbah qui le sortit de son " exil bruxellois " pour le nommer ministre des finances dans son gouvernement. Il est aujourd'hui, protocolairement, immédiatement placé après le chef du gouvernement. Les péripéties de 1979 sont oubliées.

Chef du gouvernement : Mr Mouloud Hamrouche (*).

Affaires étrangères : Mr Sid'Ahmed Ghozali (***).

Justice : Mr Ali Benflis (**).

Affaires religieuses : professeur Said Chibane (*).

Intérieur : Mr Mohamed Salah Mohammedi (*).

Collectivités locales : Mr Benali Henni (*).

Education : Mr Mohamed El-Mili Brahimi (*).

Universités : professeur Abdessalam Ali-Rachedi (*).

Jeunesse : professeur Abdelkader Boudjemaa (*).

Formation professionnelle : Mr Abdennour Keramane (**).

Organisation du commerce : Mr Smail Goumeziane (*).

Affaires sociales : Mr Mohamed Ghrib (***).

Emploi : Mr Mohamed Kara-Amar (*).

Agriculture : Mr Abdelkader Bendaoud (*).

Industrie : Mr Hacene Kahlouche (*).

Equipement : Mr Chérif Rahmani (***).

Mines : Mr Saddek Boussena (**).

Transports : Mr El-Hadi Khédiri (**).

Postes et télécommunications : Mr Hamid Sidi Said (*).

Santé : professeur Akli Kheddis (*).

Secrétaire d'Etat aux Affaires maghrébines : Mr Abdelaziz Khellef (**).

Secrétaire général du gouvernement : Mr Ahmed Medjhouda (*).

Depuis le coup d'Etat du 19 juin 1965 qui a porté au pouvoir le colonel Houari Boumediène, le portefeuille de la défense est détenu par le chef de l'Etat. Le secrétaire général du ministère de la défense, le général Mustapha Chelloufi, figurait sur la liste protocolaire du dernier gouvernement Merbah.

Une semaine jour pour jour après sa nomination, c'est un cabinet resserré que le nouveau chef du gouvernement, Mr Mouloud Hamrouche, a présenté samedi 16 septembre au président Chadli. Il ne compte plus que quinze ministres, cinq ministres délégués, un secrétaire d'Etat et le secrétaire général du gouvernement. Deux ministères disparaissent purement et simplement : celui des moudjahidins, les anciens combattants de la guerre d'indépendance, et celui de l'information et de la culture. Le tourisme et l'artisanat, deux secrétariats d'Etat, font également les frais de cette réorganisation gouvernementale.

Le jour de sa nomination, Mr Hamrouche avait annoncé qu'il s'attaquerait à la structure même du gouvernement, pour gagner en efficacité. En condensant à l'extrême son cabinet, le nouveau chef du gouvernement veut arriver à développer " une pratique de gestion gouvernementale collective indispensable à la cohérence et à la cohésion de l'action ". En affirmant que la " préoccupation majeure " de son cabinet est de " mener à terme, dans les meilleures conditions et de façon résolue les réformes politiques, économiques et sociales, conformément à la lettre et à l'esprit de la Constitution " adoptée par référendum le 23 février dernier, Mr Hamrouche s'est expliqué sur la suppression des deux ministères.

" Nous considérons, a-t-il dit, que la protection des moudjahidins et des ayants droit de la guerre de libération nationale gagne à être confiée à leur organisation, plus indiquée que l'administration pour gérer leurs intérêts dans un cadre démocratique ". Le premier ministre a également indiqué que " la gestion du secteur de l'information, dans l'esprit de la Constitution, n'est plus compatible désormais avec une prise en charge ministérielle ", tout en précisant que " les dispositifs et les mécanismes d'administration indépendante de ce secteur seront très prochainement déterminés par la loi ".

Les ministères de l'industrie lourde et des industries légères fusionnent en une seule structure qui gérera également les activités pétrochimiques auparavant dépendantes du ministère de l'énergie. Les attributions du ministère du commerce sont transférées au ministère de l'économie.

Seulement huit des vingt-trois membres du gouvernement siégeaient déjà dans le cabinet de Mr Kasdi Merbah. Trois d'entre eux changent de portefeuille. Mr Sid'Ahmed Ghozali, ancien ministre des finances, devient ministre des affaires étrangères, en remplacement de Mr Boualem Bessaieh.

Mr Cherif Rahmani quitte la jeunesse et les sports. Il prend le ministère de l'équipement, qui, selon toute vraisemblance, absorbe les travaux publics, l'hydraulique, la construction et l'urbanisme. A quarante-cinq ans, Mr Rahmani s'impose comme une valeur sûre au sein de la nouvelle génération.

Cinq ministres conservent les mêmes charges que dans le gouvernement précédent. Mr Ali Benflis, reste ministre de la justice. Mr Abdenour Keramane, secrétaire d'Etat à la formation professionnelle, garde le même secteur, mais devient ministre délégué auprès du ministre de la jeunesse. Mr Saddek Boussena, ministre de l'énergie et des industries pétrochimiques, demeure dans son domaine, mais perd toutes les activités industrielles et devient ministre des mines. Mr El Hadi Khediri conserve le ministère des transports et Mr Abdellaziz Khellef, le secrétariat d'Etat aux affaires maghrébines.

Les quinze autres membres du cabinet, sont des nouveaux. Inconnus du grand public, ils sont reconnus pour leurs compétences. Le premier d'entre eux, Mr Mouloud Hamrouche, apparemment seul membre de ce gouvernement à avoir porté l'uniforme d'officier supérieur de l'armée algérienne, a choisi de confier le ministère de l'économie à un autre " homme de l'ombre ", Mr Ghazi Hidouci, conseiller du président Chadli pour les affaires économiques. Agé de cinquante ans, Mr Hidouci est un farouche défenseur de l'ouverture économique. Il est à l'origine des réformes engagées dans ce secteur et notamment celle concernant " l'autonomie des entreprises publiques ".

Les affaires religieuses sont confiées à un professeur d'ophtalmologie, le docteur Said Chibane. A soixante-cinq ans, il est le doyen du gouvernement, et frère de l'ancien ministre des affaires religieuses. Mr Abderrahmane Chibane. Le docteur Said Chibane, d'une famille d'oulémas, s'était prononcé ouvertement en faveur de l'arabisation des études de médecine.

Mr Mohamed-Salah Mohammedi, jusqu'alors secrétaire général du gouvernement, est nommé ministre de l'intérieur.

Le gouvernement sortant de Mr Kasdi Merbah avait déjà sonné le glas de la seule légitimité histo- rique. Mr Mouloud Hamrouche a lui aussi préféré les technocrates aux barons du FLN et les civils aux militaires. Il a puisé dans plusieurs viviers. Sept ministres ont exercé les plus hautes responsabilités au sein des grandes sociétés nationales (1), quatre sont professeurs de médecine, trois sont magistrats de formation, quatre sont des spécialistes de la planification et ont exercé au Plan et à l'Aménagement du territoire, trois sont issus des structures du ministère de l'intérieur. Le ministre de l'agriculture, Mr Abdelkader Bendaoud, benjamin de l'équipe, a trente-quatre ans. Il est agronome. C'est un homme du secteur. Il a, en outre, été secrétaire général de l'Union nationale des paysans algériens (UNPA).

Le ministre de l'industrie, Mr Hassan Kahlouche, est ingénieur des pétroles, formé aux Etats-Unis. Député, il dirigeait la commission économique de l'Assemblée populaire nationale depuis 1984.

Enfin, chargé d'un domaine particulièrement sensible, l'éducation, Mr Mohamed El-Mili Brahimi, frère de l'ancien premier ministre Abdelhamid Brahimi, sacrifié en victime expiatoire au lendemain des sanglants événements d'octobre 1988, avait été président de la commission éducation, formation et culture au sein du FLN, il y a une dizaine d'années, avant d'être nommé ambassadeur.

Mr Mouloud Hamrouche a composé un cabinet de choc qui devra affronter d'emblée plusieurs problèmes épineux. Les pénuries - jusqu'à présent gérées avec soin - se sont étendues ces derniers mois à des produits aussi sensibles que le tabac, engendrant un mécontentement grandissant. La rentrée scolaire approche, avec son cortège habituel de difficultés. Cette année encore, l'Algérie scolarisera en première année d'école fondamentale quelque sept cent cinquante mille nouveaux élèves, ce qui n'est pas si simple, et la rentrée universitaire suivra d'ici à un mois. Voilà pour les premiers obstacles qui s'inscrivent sur un fond de souvenirs douloureux. Le 5 octobre n'est pas loin. Et les promesses faites il y a un an n'ont pas toutes été tenues, loin s'en faut. La rumeur bruisse dans les quartiers populaires laissant entendre, ici et là, que le tragique anniversaire sera célébré.

Les Algériens, sceptiques, attendent du concret et jugeront l'action gouvernementale sur pièces. Ils en sont à leur troisième gouvernement en un an et manifestent à chaque fois qu'ils en ont l'occasion leur manque de confiance dans les institutions.

On s'en était toujours douté, mais, perestroika aidant, on en a de multiples preuves : la religion est vivante, bien vivante, en Union soviétique. Les religions, devrait-on plutôt dire, car cet empire ébranlé, cette mosaique de peuples non consentants, est aussi divisé du point de vue religieux qu'ethnique.

Dimanche 17 septembre, ce sont plus de cent mille catholiques d'Ukraine occidentale (Galicie) qui ont manifesté à Lvov pour se rappeler au bon souvenir de Moscou et du Vatican et réclamer la légalisation de leur Eglise uniate, dont Staline était persuadé être venu à bout pour la plus grande joie de l'Eglise nationale russe orthodoxe. De rite byzantin, ces quelques millions de catholiques obstinés ne veulent pas rompre avec Rome, mais ne veulent pas pour autant adopter le rite latin, qui est celui des catholiques des pays baltes, nombreux surtout en Lituanie. Hier encore clandestins, ils descendent dans la rue pour demander à la fois le droit à la religion de leur choix et une plus grande autonomie de l'Ukraine.

Leur première demande n'est pas près d'être satisfaite tant il est vrai que les revendications religieuses recoupent souvent les revendications nationales et risquent d'ajouter encore à l'atomisation de l'empire. Mr Gorbatchev, baptisé à sa naissance, ne peut pas voir d'un bon Óil la démarche des uniates ukrainiens, puisqu'elle réveille la querelle d'influence qui oppose depuis des siècles dans cette région les catholiques à l'Eglise nationale russe.

Or, à quelques exceptions près, vite réprimées, l'Eglise orthodoxe russe n'a jamais beaucoup marchandé son soutien au régime en place au nom de la défense du panslavisme. Ses patriarches ne sont jamais en retard d'un ralliement et, alors qu'on assiste à une forte résurgence de l'esprit grand-russe, Mr Gorbatchev n'a pas intérêt à infliger une humiliation supplémentaire aux princes d'une Eglise aussi soumise.

Le dégel n'affecte pas que les chrétiens (sans oublier les protestants d'Estonie, les baptistes réfractaires au service militaire, l'Eglise orthodoxe autocéphale de Géorgie et celle, apostolique, d'Arménie). Plus difficile à observer, il agite aussi de plus en plus les Républiques musulmanes d'Asie centrale et leurs dizaines de millions d'habitants. Ici et là, déjà, les autorités civiles ont dû s'incliner devant des manifestants et accepter, comme à Tachkent, le remplacement de tel ou tel hiérarque religieux connu pour sa corruption et son asservissement au pouvoir politique.

Quatre jours après l'assassinat du procureur Mme Carmen Tagle (que l'ETA vient de revendiquer officiellement dans un communiqué), le gouvernement reprend l'initiative dans sa lutte contre les séparatistes basques. Le spectaculaire coup de filet de la Garde civile, samedi 16 et dimanche 17 septembre, a permis de démanteler l'un des principaux commandos de l'ETA et de mettre la main sur une partie de l'infrastructure de l'organisation.

L'opération policière a commencé samedi, vers 22 heures, sur l'autoroute reliant Bilbao à Hendaye, lorsqu'un fort contingent de gardes civils a arrêté, au poste de péage d'Irun, un camion circulant en direction de la frontière française toute proche. Quatre membres de l'ETA, couchés à l'intérieur du véhicule, ont alors tenté de s'échapper. Selon la version de la police, l'un d'entre eux est mort, à la suite de l'explosion d'une grenade qu'il s'apprêtait à lancer, tandis qu'un autre était tué, alors qu'il tirait à la mitraillette sur les policiers. Parmi ces derniers, trois ont été blessés, tandis que les deux autres passagers du camion étaient finalememt capturés, ainsi que le chauffeur.

Les deux membres de l'ETA tués sont Juan Oyarbide, alias " Txiribitas ", et Manuel Urrionabarrenetxea, dit " Manu ". L'un de leurs compagnons arrêtés est Juan Arruti, connu comme " Paterra ". Tous trois formaient le " commando Araba " de l'ETA, l'un des plus recherchés, et accusé, au total, selon le directeur de la Garde civile, Mr Luis Roldan, de trente-neuf assassinats. Tout porte à croire que les membres du commando cherchaient à se réfugier provisoisement en territoire français, en raison de la pression croissante des forces de l'ordre. Urrionabarrenetxea avait déjà failli être arrêté, le 21 août, dans le centre de Vitoria, et s'était échappé de justesse, tirant sur les policiers.

L'opération s'est ensuite poursuivie dans la nuit de samedi et la journée de dimanche. Vingt-six personnes, soupçonnées de collaborer avec le commando, ont été arrêtées dans les trois provinces basques, et une quinzaine d'appartements habituellement utilisés par l'ETA ont été découverts. Plus de 200 kilos d'explosifs, des armes et des faux documents ont été saisis.

Comme de coutume, l'opération policière a provoqué la mobilisation des organisations proches de l'ETA. Quelques manifestations de protestation ont eu lieu dimanche après-midi et plusieurs véhicules, dont trois autobus, ont été brûlés, notamment à Renteria et à Hernani, près de Saint-Sébastien, bastions traditionnels des indépendantistes.

Parallèlement à la pression policière, le gouvernement tente de resserrer l'étau international autour de l'organisation séparatiste. Confirmant les rumeurs dont avait fait état la presse de Madrid, le président du gouvernement, Mr Felipe Gonzalez, a laissé entendre qu'il songeait à demander l'extradition des membres de l'ETA déportés en Amérique latine, et notamment ceux qu'a expulsés l'Algérie vers la République dominicaine, après l'échec, en avril dernier, des " conversations d'Alger ".

A Saint-Domingue se trouvent actuellement plusieurs " gros bonnets " de l'organisation, dont Eugenio Etyvestea, dit Antxon, et les membres " historiques " du commando Madrid, Ignacio Aracama Mendia et Anna Belem Gonzalez.

Les autorités dominicaines viennent toutefois de provoquer la surprise en affirmant qu'il était superflu de mettre en Óuvre la procédure d'extradition et qu'elles étaient disposées à livrer immédiatement, sans autre forme de procès, les activistes de l'ETA au gouvernement espagnol. Une déclaration qui a, paradoxalement, mis ce dernier dans une position incommode : on ignore, en effet, si l'Espagne s'était initialement engagée auprès de la France et de l'Algérie à ne pas demander le rapatriement des membres de l'ETA envoyés outre-Atlantique par ces deux pays.

Les autorités chinoises se sont efforcées, au cours du week-end, de donner l'image d'un pouvoir raisonnable quoique décidé à rester ferme. C'est en particulier le sens d'une " révélation " faite par le porte-parole du gouvernement, Mr Yuan Mu, concernant l'ancien secrétaire général du parti communiste Mr Zhao Ziyang, limogé durant la crise du printemps : à l'en croire, Mr Zhao " est libre ", il vit à Pékin, perçoit toujours les mêmes émoluments et jouit des mêmes avantages matériels que lorsqu'il dirigeait le parti.

Quelle que soit la valeur qu'on y attache, cette précision sur la nature de la disgrâce de Mr Zhao témoigne d'un certain adoucissement de ton à son égard : " jusqu'à présent ", on ne lui reproche que des agissements tombant dans la catégorie des affaires " internes au parti ", qui ne sont, en principe, pas passibles de poursuites en justice.

Les déclarations du porte-parole ont été faites à une délégation d'un journal économique japonais, le Sangyo Keizai Shimbun, et on été publiées par la presse de Pékin lundi, ce qui leur confère un poids particulier.

Cette intervention modérée de la part d'un homme proche de Mr Li Peng coincide avec le retour de Mr Deng Xiaoping devant les caméras de télévision et cadre avec le ton rassurant que le vieux dirigeant a voulu donner à ses propos. Mr Deng a assuré, samedi, à un visiteur (le Monde daté 17-18 septembre) que, " malgré les troubles, la nouvelle direction adhérera aux politiques de réforme et d'ouverture suivies depuis dix ans, maintiendra la stabilité et l'unité, se conformera au principe consistant à concentrer son attention sur la tâche centrale qu'est la construction économique tout en respectant les quatre principes fondamentaux (du socialisme) ".

Le vieux dirigeant, qui passe pour avoir pesé de tout son poids afin que le pouvoir modère ses critiques à l'encontre de Mr Zhao, a expliqué la crise du printemps par le fait que " certains camarades s'étaient entièrement plongés dans leur tâche spécifique sans porter suffisamment attention aux développements idéologiques et politiques, et ont manqué de vigilance devant la gravité de la corruption, adoptant pour combattre cette dernière des mesures inefficaces ". Le propos est visiblement destiné à Mr Zhao, mais n'est pas chargé d'une excessive sévérité. Mr Deng s'est dit confiant dans la capacité de la direction à " tenir compte des leçons de ces troubles et lutter contre la corruption de manière à édifier une administration propre ", grâce à quoi " la Chine avancera de façon plus stable, plus équilibrée et à enjambées plus grandes " dans la voie du développement.

Plus encore que ces déclarations sans surprise, ce sont les rumeurs ayant couru depuis trois mois sur son état physique qui rendaient ce retour de Mr Deng important. Tout le monde, son visiteur en particulier, le juge " en excellente santé ". Bronzé, Mr Deng a assuré avoir nagé dans la mer au cours de l'été, " car je n'aime pas les piscines couvertesIl n'avait pas l'air d'hésiter trop dans son élocution, à en juger par les extraits de la rencontre diffusés à la télévision. Sa main ne tremblait pas excessivement.

On se demande toujours, dans ces conditions, quelle est l'étendue exacte de son influence dans la gestion quotidienne, compte tenu des volontés exprimées par le premier ministre dimanche. Mr Li, selon des sources japonaises, a exclu toute levée prochaine de la loi martiale à Pékin, concession que lui demandait son interlocuteur, arguant au contraire de ce qu'elle était indispensable en raison de la présence en ville de " centaines " d'armes volées par les émeutiers à l'armée durant la répression militaire de juin.

Plus de mille Allemands de l'Est sont encore arrivés en République fédérale, pendant le week-end, via la Hongrie et l'Autriche. Le nombre des arrivées, depuis que la Hongrie a ouvert sa frontière, le 10 septembre, a dépassé, samedi 16 septembre, la barre des quinze mille. Six mille personnes étaient déjà passées en Autriche avant le 10 septembre. D'autres Allemands de l'Est, craignant de ne pas obtenir l'autorisation de se rendre en Hongrie, tentent des fuites clandestines. Deux d'entre eux ont ainsi réussi à franchir la frontière inter-allemande en Basse-Saxe, dimanche, tandis qu'un autre était intercepté par les gardes est-allemands. Des tentatives de fuite, pas toutes réussies apparemment, ont eu lieu aussi à la frontière entre la Tchécoslovaquie et la Hongrie. L'accès à la Tchécoslovaquie est libre pour les Allemands de l'Est, mais les gardes tchécoslovaques font la police pour le compte de la RDA et réclament les autorisations nécessaires au passage en Hongrie. Par ailleurs, dans un entretien avec une radio berlinoise, le ministre des affaires étrangères ouest-allemand, Mr Hans Dietrich Genscher, a estimé, dimanche, que les pays occidentaux devaient proposer un plan d'aide aux Etats socialistes engagés dans des réformes, incluant notamment un allégement de la dette.

La Hongrie ne reviendra pas sur sa décision d'ouvrir sa frontière avec l'Autriche, a déclaré le premier ministre hongrois, Mr Miklos Nemeth, dans un entretien au quotidien ouest-allemand Bild am Sonntag. Mr Nemeth a fait référence, pour justifier cette décision, à la fois aux engagements pris dans le cadre du processus d'Helsinki et à Mr Gorbatchev : " Si nous voulons construire la maison commune européenne dont parle Mikhail Gorbatchev, nous ne pouvons en isoler les pièces au moyen de barbelés ", a-t-il notamment déclaré.

Dans une note officielle remise à l'ambassadeur est-allemand à Budapest, les autorités hongroises ont également rappelé à la RDA qu'elle avait accepté, au début de cette année, le document final de la conférence de Vienne sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE), qui est très clair sur le droit à la libre circulation.

Enfin, le gouvernement hongrois invoque l'article 62 de la convention de Vienne sur les traités internationaux qui stipule qu'un accord peut être dénoncé quand les conditions dans lesquelles il a été signé ont fondamentalement changé. L'attribution aux citoyens hongrois de passeports valables pour tous les pays du monde est, selon les autorités de Budapest, un des éléments de ce " changement fondamental " en vertu duquel elles demandent aux dirigeants est-allemands de renégocier l'accord de 1969 qui réglementait la circulation entre les deux pays et aux frontières extérieures de la Hongrie.

Le gouvernement hongrois a cependant tenu à souligner que cette politique d'ouverture des frontières n'est valable que pour des citoyens qui peuvent être accueillis dans un pays tiers, en l'occurrence la RFA. La convention de Genève sur les réfugiés servira de référence pour d'éventuels autres réfugiés. La Hongrie a été, cet été, le premier pays de l'Est à adhérer à cette convention, dont l'entrée en vigueur est prévue à partir du 1er octobre. En outre, le gouvernement envisagerait un traitement spécial pour les réfugiés de souche hongroise - dont plusieurs milliers, en provenance de Roumanie, se trouvent en Hongrie - visant à leur reconnaitre immédiatement la nationalité hongroise. Aucune décision n'a cependant été prise ; les juristes hongrois y réfléchissent encore.

Budapest. - Le Forum démocratique hongrois (FDH), principale force d'opposition du pays, a remporté samedi 16 septembre sa quatrième victoire électorale contre le Parti socialiste ouvrier (PSOH) au pouvoir. Cette victoire s'ajoute à celles déjà enregistrées par l'opposition dans trois scrutins partiels en juillet et en août derniers, les premiers vraiment libres depuis 1947. Ces élections laissent prévoir des résultats douloureux pour le PSOH dans la perspective des élections législatives libres prévues en juin prochain.

Le nouveau président sud-africain, Mr Frederik De Klerk, n'a pas fait preuve de beaucoup de hardiesse pour constituer son équipe gouvernementale, dont la tâche principale sera d'entreprendre les réformes promises. Certes, il y a six nouveaux ministres dans le cabinet de dix-sept membres annoncé samedi 16 septembre, mais ceux-ci ont été nommés pour remplacer les démissionnaires du gouvernement de Mr Pieter Botha. Aucun poste-clef ne change de titulaire. Ainsi, on retrouve MM " Pik " Botha (affaires étrangères), Barend Du Plessis (finances), Adriaan Vlok (loi et ordre), Magnus Malan (défense) et Kobie Coetsee (justice).

Comme attendu, Mr Gerrit Viljoen, qui prend la succession de Mr Chris Heunis, démissionnaire, sera la figure de proue du gouvernement. Il hérite à la fois du portefeuille du développement constitutionnel et de celui de l'éducation nationale, détenu précédemment par Mr De Klerk. Modéré, proche du président, Mr Viljoen aura pour tâche principale d'entamer le dialogue avec les chefs de la communauté noire.

Agé de soixante-trois ans, cet intellectuel brillant, ancien président du Broederbond (société secrète afrikaner très influente dans les sphères du pouvoir), est connu pour sa souplesse mais ne parait pas disposer du punch nécessaire pour faire face à sa redoutable mission. Ancien administrateur général en Namibie de 1978 à 1980, il est à l'origine du découpage administratif du territoire suivant des principes ethniques.

Pour ce qui concerne l'autre priorité du régime, l'économie, Mr De Klerk a fait appel à un baron de l'industrie minière, Mr Wim De Villiers, ancien président de Gencor, numéro deux dans ce secteur. Il aura en charge l'administration et la privatisation, et devra à la fois tenter de réduire les dépenses publiques beaucoup trop élevées et s'occuper du lourd dossier de la privatisation, actuellement dans sa phase préparatoire.

Autre fait notable dans cette nouvelle équipe, la nomination d'une femme, Mme Rina Venter, au poste de la santé et de la population, la première d'un gouvernement nationaliste depuis quarante et un ans. Deux anglophones, MM George Bartlett (transports), travaux publics et répartition des terres) et Kent Durr (commerce, industrie et tourisme), font leur entrée dans l'équipe ministérielle. Une façon de remercier la communauté anglo-phone dont les suffrages ont dépassé ceux des Afrikaners lors des élections du 6 septembre.

D'autre part, le ministère de l'information a été supprimé et son titulaire, Mr Stoffef Van Der Merwe, est promu à l'aide au développement et à l'éducation.

Rien donc de véritablement révolutionnaire, alors que l'on s'attendait à l'entrée en scène de personnalités connues pour leur ouverture. Les " poids lourds " demeurent en place. Les Indiens et les métis restent sur la touche. Il faudra encore attendre pour voir l'arrivée d'un ou deux ministres noirs, dont le président Botha avait souvent parlé, dans le gouvernement. Des changements prudents, un cabinet équilibré et centriste pour faire plaisir à tout le monde, et qui témoigne de l'approche en douceur du nouveau chef de l'Etat.

Le Cap (AFP). - Le pasteur Allan Boesak, président de l'Alliance mondiale des Eglises réformées, a annoncé, samedi 16 septembre, que les actions de protestation de masse continueraient afin de tester la sincérité du gouvernement dans sa tolérance à l'égard de l'opposition. Il célébrait, dans une banlieue métisse du Cap, l'office religieux des obsèques d'un garçon de treize ans, tué par la police selon l'opposition, dans la nuit du 6 au 7 septembre, lors des émeutes qui ont embrasé plusieurs townships noires et métisses des environs du Cap. " Si le gouvernement n'ouvre pas maintenant les portes de la démocratie, un fleuve de sang va couler ", a prévenu Mr Boesak.

Le pasteur Boesak a annoncé que des " actions non violentes " organisées par le Mouvement démocratique de masse (MDM) et dirigées contre les lieux réservés aux Blancs reprendraient d'ici à la fin du mois. Les premières cibles, a-t-il précisé, seront Strand Beach et Blouberg Beach, deux plages réservées aux Blancs dans les environs du Cap.

" Voyons ce qu'ils feront cette fois. C'est le test de sincérité du gouvernement ", a déclaré le pasteur Boesak, faisant allusion aux deux grandes marches de protestation autorisées, mercredi au Cap et vendredi à Johannesburg, par le gouvernement sud-africain. Plusieurs membres de l'opposition libérale ont salué cette attitude du gouvernement.

De son côté, un porte-parole du Mouvement pour la liberté afrikaner (BVB) a indiqué qu'il appelait tous les " mouvements frères " à se joindre à une marche, au terme de laquelle une lettre de protestation contre les excès des militants anti-apartheid serait remise au ministre de la loi et de l'ordre, Mr Adriaan Vlok. Le BVB a accusé le gouvernement de " prendre parti pour les forces qui ridiculisent et provoquent la police, et de préparer la voie à la prise du pouvoir par le Congrès national africain (ANC) ".

Le ministre israélien de la défense, Mr Itzhak Rabin, était attendu lundi 18 septembre au Caire, où il se rendait à l'invitation du président Hosni Moubarak. Il devait y discuter, à la suite des propositions de paix égyptiennes, de la façon dont pourraient se tenir des pourparlers palestino-israéliens, préliminaires à la tenue d'élections dans les territoires occupés. On indique de source informée au Caire, rapporte notre correspondant Alexandre Buccianti, qu'une liste de personnalités palestiniennes " de l'intérieur " et de la diaspora est en préparation en vue de composer la délégation susceptible d'entamer des négociations avec les Israéliens. Parmi les noms cités figurent ceux de MM Fayçal el Husseini, Mohamed Melhem et Akram Hannieh. Ces deux derniers ont été expulsés des territoires occupés. On note, en outre, la présence en Egypte de personnalités palestiniennes " de l'intérieur ", parmi lesquelles MM Gamil el Tariki, président du Syndicat de la presse palestinienne dans les territoires, Ghassan El Chakaa, syndicaliste, et Bassam El Sayeh, fils du président du Conseil national palestinien (qui joue le rôle de Parlement en exil). D'autre part, Mr Yasser Arafat s'est rendu dimanche au Caire, où il avait déjà fait un bref séjour la veille.

Itzhak Rabin, superstar de la politique israélienne ? La question fait en tout cas les titres d'une bonne partie de la presse qui estime que le ministre de la défense, qui devait être l'hôte du président Hosni Moubarak lundi 18 septembre au Caire, n'a jamais paru aussi puissant. Et ce, aussi bien dans sa propre formation, le Parti travailliste, dirigé par Mr Shimon Pérès, vice-premier ministre, qu'au sein d'un gouvernement d'union nationale présidé par le chef du Likoud, Mr Itzhak Shamir, et dont le ministre des affaires étrangères est Mr Moshe Arens. C'est dire que le rendez-vous du Caire, organisé à l'invitation des Egyptiens, a dû faire pas mal de jaloux à Jérusalem.

Il illustre, très clairement, la position centrale occupée par Mr Rabin sur la scène politique israélienne. C'est sans doute parce qu'ils considèrent qu'il est aujourd'hui un des hommes-clés de la situation politico-diplomatique que les Egyptiens ont convié le ministre de la défense à venir dans la capitale égyptienne. L'entretien, prévu pour quelques heures seulement, devait porter sur les récentes propositions égyptiennes (le Monde daté 17-18 septembre) destinées à relancer un processus de négociations à partir du projet israélien d'élections en Cisjordanie et à Gaza - un projet qui fut précisément l'Óuvre du ministre de la défense.

Comme c'est ce même Itzhak Rabin qui, l'hiver dernier, fut l'avocat puis l'artisan de la participation des travaillistes au gouvernement d'union nationale, il est aussi " le seul, écrit le quotidien Haaretz, à pouvoir brandir de manière crédible la menace d'un départ des travaillistes du gouvernement ", au cas où il jugerait que ses partenaires du Likoud s'opposent aux tentatives en cours pour relancer des négociations. Cela donne du poids, et les Egyptiens paraissent l'avoir parfaitement compris.

Il y a plus. Ministre de la défense à l'heure du soulèvement palestinien dans les territoires occupés, Mr Rabin est le maitre-d'oeuvre de la politique de " la main de fer " - ce qui arrange bien Mr Shamir et le Likoud. Visage buriné, voix rocailleuse, éternelle cigarette aux lèvres, Mr Rabin a rarement fait part d'états d'âme dans l'exercice de ses fonctions. Mais l'homme n'est pas si simple.

Ancien premier ministre (1974-1977), chef d'état-major lors de la guerre de six jours (en juin 1967), ancien responsable du Palmach (les unités d'élite de la Hagannah, avant la création de l'Etat), Itzhak Rabin est aussi le dirigeant politique israélien qui a le plus crûment décrit à ses compatriotes la vraie nature du soulèvement palestinien : expression d'une revendication nationale, partagée par l'ensemble de la population de Cisjordanie et de Gaza et qui ne saurait trouver de règlement que politique. Depuis bientôt deux ans, le ministre de la défense l'a dit et répété à longueur d'entretiens.

Ce mélange de comportement rugueux, de parler franc et de gros bon sens lui vaut la sympathie de l'opinion. A soixante-sept ans, le numéro deux du parti travailliste est aujourd'hui, à en croire tous les sondages, l'homme politique le plus populaire du pays - et de très loin. Au début du mois, l'historienne et influente journaliste Idith Zertal écrivait dans l'hebdomadaire Hair : " Sa force politique actuelle, la confiance illimitée dont il jouit auprès de l'opinion publique, dans son parti, et, d'une manière générale, sur la scène politique rappellent la position qui fut celle de Ben Gourion et Golda Meir au sommet de leur carrière ; cela lui permet aujourd'hui de faire adopter n'importe quel plan. " Avec un brin de scepticisme ironique, mais aussi d'espoir, la journaliste interrogeait : " Saura-t-il rallier les rendez-vous de l'Histoire ? ".

L'invitation à se rendre au Caire a été transmise à Mr Rabin dans la soirée de vendredi par l'ambassadeur d'Egypte en Israël, Mr Mohamed Bassiouni. Celui-ci venait de présenter officiellement aux quatre principaux responsables du gouvernement les propositions égyptiennes ; elles doivent permettre - espère Le Caire - de convoquer une conférence réunissant les Israéliens et une délégation palestinienne pour débattre de l'organisation d'élections dans les territoires occupés.

Le " forum des quatre ", déjà réuni vendredi, a été de nouveau convoqué samedi soir, mais sans réussir à se mettre d'accord sur la réponse à apporter à l'initiative du président Moubarak. MM Shamir et Arens (Likoud) ne veulent pas donner suite à des propositions égyptiennes qu'ils ont qualifiées de " champ de mines " et qui, estiment-ils, s'éloignent beaucoup trop du projet israélien. Les travaillistes Pérès et Rabin sont d'un avis contraire ; ils évoquent une " occasion historique " à saisir et qui devrait permettre de redonner vie au projet du gouvernement d'élections dans les territoires.

La décision finale sera prise en cabinet restreint - qui regroupe cinq ministres du Likoud et cinq du parti travailliste - d'ici deux à trois semaines. Entretemps, Mr Shamir peut toujours espérer que l'OLP rejettera l'initiative du président Moubarak - ce qui permettrait au premier ministre de faire l'économie d'une crise au sein du gouvernement d'union nationale.

Le conflit se durcit chez Peugeot. Lundi 18 septembre, des salariés du groupe devaient manifester à Paris. Le président, Mr Jacques Calvet, se trouve confronté - comme le premier ministre avec les fonctionnaires - à un même problème : comment faire comprendre aux salariés la nécessité de maintenir une certaine rigueur de gestion, alors que tous savent que la crise est finie. Encore en " convalescence ", l'économie française comme la firme automobile ont retrouvé la santé. L'après-crise appelle des relations sociales d'un type nouveau.

La crise est finie. Les économies industrialisées - dont la France - ont retrouvé, d'une manière durable, les chemins d'une croissance soutenue. Les experts sont de plus en plus nombreux à partager ce jugement." Nous sommes repartis pour dix nouvelles glorieuses ", nous confiait, il y a peu, l'un des principaux dirigeants du patronat français, faisant ainsi référence à la formule de Jean Fourastié sur les trente années " glorieuses " de l'après-guerre (1945-1975), période à forte croissance. Certains économistes du ministère des finances français, comme ceux du FMI (Fonds monétaire international) et du GATT (Accord général sur les échanges et les tarifs douaniers) pensent comme lui. Tous jugent qu'il n'est pas utile de divulguer la bonne nouvelle. Elle pourrait, selon eux, faire renaitre des revendications corporatistes et, de ce fait, casser la dynamique retrouvée.

Contrairement aux sombres prévisions des experts, les pays industriels continuent, en 1989, à enregistrer des rythmes de croissance très élevés. L'euphorie est générale : l'effondrement boursier d'octobre 1987 est complètement oublié. Annulé même : sur toutes les grandes places financières, les indices ont retrouvé des niveaux records, reflétant la bonne santé des entreprises. Dégageant de substantiels bénéfices - les résultats semestriels publiés actuellement confirment la tendance, - les entreprises investissent massivement, créant désormais de nouvelles capacités de production... et des emplois. Les profits d'hier font les investissements d'aujourd'hui et les emplois de demain : le cercle vertueux du capitalisme semble réenclenché.

Partout, dans les pays industriels capitalistes, la croissance est forte. En Allemagne fédérale et en France elle pourrait approcher cette année les 4 % ! Globalement, après avoir crû de 5 % en 1988, la production mondiale devrait progresser, en 1989, de 3 % à 3,5 %, selon le GATT. Le volume du commerce mondial est, lui aussi, en plein boom, retrouvant ses rythmes des années 60 : 8,5 % en 1988, entre 6 % et 7,5 % en 1989. Contre toute attente et contrairement à ce qui avait toujours été observé dans le passé outre-Atlantique, la croissance américaine, retrouvée en 1982, se poursuit dans la durée (pour la septième année consécutive).

" Le cycle, exceptionnellement long que nous constatons aux Etats-Unis ne semble pas vouloir prendre fin ", relève un économiste français. Pour lui comme pour d'autres, cette observation confirmerait le caractère obsolète de la théorie américaine des cycles.

Les économies des pays développés (et celles de certains pays en développement) ont connu, depuis le début des années 80, des changements structurels que les modèles macro-économiques traditionnels prennent mal en compte. Bénéficiant d'un environnement international à nouveau favorable (le coût réel du pétrole a, par exemple, baissé de moitié par rapport à son sommet de 1980), ces économies y ont puisé de nouvelles sources de croissance. Quels sont ces changements structurels ?

Dans leur dernier rapport, publié le 15 septembre, les experts du GATT repèrent trois catégories de transformations qui expliquent que " l'économie mondiale soit entrée dans une période au cours de laquelle les taux moyens de croissance de la production et du commerce... seront plus élevés qu'ils ne l'ont été depuis le début des difficultés économiques des dernières années 60 et des premières années 70 " : ce sont " les changements des politiques " économiques, " les innovations technologiques dans la production de biens et de services " et " les nouvelles méthodes du monde des affaires ".

Les politiques engagées à la fin des années 70 et au début des années 80, à dominante libérale (les programmes de baisse d'impôts, de réduction des dépenses publiques, de privatisation et de déréglementation...) ont effectivement favorisé un assainissement économique dans la plupart des grands pays industriels. Les conditions d'une croissance renouvelée étaient ainsi créées. Plusieurs séries d'innovations technologiques sont venues l'alimenter. Dans la production, celles-ci favorisent des gains de productivité importants. Du côté de la demande, elles engendrent un nouveau style de consommation.

Au cours des " trente glorieuses ", la croissance économique avait été tirée par la demande des ménages en logements et en équipements ménagers. Aujourd'hui, des besoins restent certes à satisfaire dans ces domaines. Mais un nouveau modèle (une nouvelle " norme ", comme diraient les théoriciens français de la " régulation ") de consommation tend à émerger. La puce électronique, en particulier, transforme un grand nombre de produits, des biens dont sont avides les nouveaux consommateurs. Chaque Français, ou presque, a son téléphone ; il achète aujourd'hui un répondeur, un appareil sans fil. Certains acquièrent une télécopieuse ou un radiotéléphone. La nouvelle demande porte cependant surtout sur les services : le tourisme, par exemple, connait un véritable boom dans tous les pays industriels.

Des structures relativement assainies, des politiques moins interventionnistes, des gains de productivité renouvelés et une nouvelle demande : " On peut attendre une croissance qui continue aux Etats-Unis, en Asie et, en général, dans les économies de marché ", expliquait, jeudi 14 septembre, devant les membres de la commission des finances de l'Assemblée nationale Mr Robert Eisner, le président de l'Association des économistes américains.

La crise serait donc finie. Après une période de croissance molle - les années 70 et le début des années 80, - les pays occidentaux auraient retrouvé des rythmes de croissance soutenue (autour de 3% ou 4% par an). Il faut rappeler que les experts estiment que, sur une longue période, les pays industriels ont une vitesse de croisière qui tourne autour de 1% l'an.

Mais si "la" crise est finie, le monde occidental n'en a pas fini pour autant avec "les" crises. En effet, de nombreux déséquilibres - humains et financiers - subsistent, sources potentielles de tensions. Le tiers-monde (et l'Afrique en particulier) n'a pour l'instant que peu profité du retour à la croissance de l'économie mondiale. Dans les pays industriels, le chômage massif né au cours de la crise n'a pas disparu, même si certains pays ont réussi à le réduire. Aux Etats-Unis, le taux de chômage a été divisé par deux (5,2% de la population active est aujourd'hui sans emploi) par rapport à son sommet, alors qu'il reste supérieur à 9% dans la CEE - 2% seulement de moins par rapport au pic de 1985. Parallèlement, et paraxodalement, ce chômage coexiste avec une situation de pénurie de main-d'Óuvre qualifiée.

Les déséquilibres sont aussi financiers. Considérés dans leur ensemble, les pays industriels continuent à épargner insuffisamment par rapport à ce qu'ils investissent. C'est surtout le cas des Américains, qui accumulent des déficits inquiétants à l'égard du reste du monde. La dette des pays en développement laisse également planer une menace pour l'ensemble de l'économie mondiale.

En France, comme dans les autres pays européens, l'après-crise est commencée. Le retour à la croissance impose sans doute d'imaginer un nouveau type de relations sociales. Mr Michel Rocard, premier ministre, et Mr Jacques Calvet, président de Peugeot SA, sont l'un et l'autre convaincus que, malgré la prospérité retrouvée, il faut maintenir les disciplines qui ont permis de sortir de la crise. Ils ont sans doute raison. Mais cela ne peut pas suffire. Le "pacte de croissance" proposé par le premier ministre est une réponse à cette situation nouvelle. A écouter les propos de Mr Calvet, il semble que le patronat privé français n'ait pas encore de propositions pour faire face aux conflits de l'après-crise.

Cinq personnes ont été tuées et vingt-sept autres blessées par l'explosion d'une bombe à bord d'un autobus en Azerbaidjan, samedi 16 septembre, a indiqué lundi la Pravda.

L'attentat est survenu près de Jevlach, dans un autobus qui assurait la liaison entre Tbilissi, capitale de Géorgie et Bakou, capitale de l'Azerbaidjan. La bombe était placée sous un siège. " Par chance, le chauffeur n'a pas été touché par l'explosion et a pu arrêter le véhicule, l'empêchant de tomber dans un ravin ", a indiqué le vice-ministre de l'intérieur de l'Azerbaidjan, Akif Rafiev.

L'enquête est conduite par le KGB et le ministère de l'intérieur.

Le groupe australien Quintex de Mr Christopher Skase a vraisemblablement gagné l'enchère qui l'opposait au groupe News Corp. de Mr Rupert Murdoch pour le contrôle de Metro Goldwyn Mayer-United Artists (le Monde du 16 septembre). MGM a en effet accepté, vendredi 15 septembre, une offre définitive de Quintex pour l'ensemble de la société.

Le groupe australien va donc prendre le contrôle des quatre mille trois cents films du catalogue United Artists, mais aussi des trente-quatre films de MGM produits depuis 1986, des activités télévision de MGM (soit mille sept cent cinquante de programmes déjà diffusés, et la production de séries réputées) et de son logo, le célèbre lion rugissant. Mais Quintex, une société australienne de télévision, paiera cher cet ensemble : au total 1,5 milliard de dollars (presque 10 milliards de francs).

Quintex, le nouveau " dompteur " de MGM-UA, devra maintenant trouver des partenaires pour l'aider à financer son acquisition et rentabiliser les catalogues MGM et surtout United Artists.

Arrêté le 14 août, le kinésithérapeute français Xavier Lemire, de l'organisation Handicap International a été libéré le 14 septembre. Entre-temps, il a subi " trois à cinq heures d'interrogatoires par jour ", toujours par la même personne, une sorte de " magistrat " (en réalité, probablement un responsable du Khad, les services secrets afghans). Il lui posa des questions sans fin pour tenter de débusquer l'espion derrière cet individu, à l'évidence louches, aux yeux du pouvoir, qui a choisi d'entrer en Afghanistan pour aller relever d'autres camarades dans la province de Hérat, où fonctionne un atelier d'orthopédie.

Pendant trente jours, il expliqua sa " vocation humanitaire " et le rôle de Handicap International et, pendant trente nuits, revécut ces moments tragiques : " Après une heure de route, au détour d'une dune, nous avons brusquement aperçu une colonne importante d'une douzaine de véhicules. J'ai dit à Vincent (Vincent Gernigon) : " Mr.., planque-toi ". Je me suis recroquevillé dans le camion, et la fusillade a aussitôt commence. Cela a duré quinze à vingt minutes. Malheureusement, Vincent a été touché, tué sur le coup ".

Xavier Lemire, qui a effectué une halte samedi 16 septembre au soir à New-Delhi, avant de rentrer dimanche matin à Paris, est libre, et ses blessures se cicatrisent. Pour la énième fois, il raconte son histoire, ses vingt-cinq jours à l'hôpital de Kaboul, ses trois jours de prison, et le reste : cet incroyable voyage de plus de deux semaines à travers l'Afghanistan avec un groupe de moudjahidins apparemment mal organisés ; cette attente dans le village de Marja ; la location d'un camion qui finira par s'enliser ; les liasses d'afghanis qu'il faudra verser à plusieurs reprises ; l'algarade entre le chauffeur et le chef du groupe et les huit hommes en armes qui montent dans le camion sans y être invités ; le matériel abandonné au milieu du désert, et " plus rien à manger, plus d'eau potable " ; la décision, enfin, de repartir vers la frontière devant la tournure des événements, la recherche d'un guide...

Xavier Lemire, pourtant, n'incrimine personne : " Nous avions choisi le Jamiat (Jamiat-i-Islami, formation fondamentaliste modérée) parce qu'ils nous donnaient le plus de garanties d'indépendance. Ce n'est pas de leur faute. C'est " un grain de sable " qui a créé une catastrophe, un problème technique. "

Xavier Lemire, trente-six ans, a accompli de nombreuses missions humanitaires "Thailande, Calcutta, Mozambique, Angola et enfin Afghanistan". Il ne remet rien en cause. Il va se reposer. Après ? " J'essaierai de trouver une mission plus calme. "

Le retrait des troupes indiennes du territoire sri-lankais sera accéléré pour être achevé avant le 31 décembre, et la force indienne de maintien de la paix (environ quarante-cinq mille hommes) observera un cessez-le-feu dans ses opérations contre les militants tamouls du LTTE (Tigres libérateurs de l'Eelam tamoul) : tel est l'essentiel de l'accord intervenu entre l'Inde et Sri-Lanka rendu public lundi 18 septembre à New-Delhi. Cet accord met théoriquement fin à la présence indienne dans l'ile. Colombo s'est engagé à prendre toutes les mesures pour renforcer l'administration de la province nord-est (à majorité tamoule) et à maintenir l'ordre dans cette région.

Le gouvernement sri-lankais a ordonné, dimanche 17 septembre, une vaste opération de répression contre les groupes de tueurs liés, à des degrés divers, au pouvoir et responsables de nombreux massacres ces dernières semaines. Vendredi et samedi, ces véritables " escadrons de la mort " ont attaqué trois villages situés près de la ville de Kandy, à environ 90 kilomètres au nord-est de Colombo, exterminant, selon les estimations, entre quatre-vingt-dix et cent cinquante personnes, tous des civils, femmes et enfants compris (le bilan des violences depuis le début de la semaine dépasserait trois cents morts).

Les assaillants, qui, selon des témoins, étaient habillés de vêtements militaires, ont mis le feu à une cinquantaine d'habitations. L'un des villages, Menikhinna, est réputé l'un des bastions des extrémistes cinghalais du JVP (Front de libération du peuple). Ce massacre constituerait une opération de représailles après la mort, en début de semaine, de seize personnes appartenant à des familles de militaires et probablement assassinées par le JVP.

Cette organisation a, en effet, menacé de tuer les membres des familles de policiers et soldats qui refuseraient de démissionner. En retour, les murs de la capitale se sont couverts d'affiches anonymes indiquant que " Douze personnes seront exécutées pour chaque famille de soldat attaqué ". Selon un porte-parole militaire, cité par l'agence Associed Press, l'enquête qui vient d'être lancée aura notamment pour but de vérifier si les armes utilisées par les " escadrons de la mort " sont les mêmes que celles dont se servent les gardes du corps des hommes politiques. Les membres du gouvernement et les parlementaires sont, en effet, autorisés à utiliser les services de dix gardes du corps, rémunérés sur des fonds publics.

" Cela signifie, estime cet officier qui souhaite garder l'anonymat, que les deux cent vingt-cinq membres du Parlement ont au moins deux mille deux cent cinquante gardes du corps sous leurs ordres, et l'un des ministres est connu pour être protégé par plus de soixante-quatre hommes en armes. " Ces " armées privées ", ajoute l'officier, peuvent facilement être transformées en " machines à tuer ", puisque les forces de sécurité et la police ne feront rien pour mettre un terme à leurs actions. Quarante-cinq membres des forces armées auraient cependant été arrêtés dans le cadre de l'enquête en cours.

Dans une nouvelle tentative pour obtenir la cessation des hostilités de la part des extrémistes cinghalais, le gouvernement de Mr Premadasa a offert de suspendre toutes les actions militaires contre le JVP, à condition que celui-ci accepte de participer aux négociations de paix (les pourparlers qui se sont ouverts le 13 septembre et qui rassemblent la plupart des partis politiques, y compris les séparatistes tamouls du LTTE - Tigres libérateurs de l'Eelam tamoul, - ont été ajournés). Un communiqué gouvernemental explique que seule une réponse positive du JVP permettra d'" identifier " les groupes de tueurs... dont chacun sait, à Colombo, qu'ils sont formés et financés par des représentants du pouvoir.

" Le prince Sihanouk ne reviendra pas à Phnom-Penh car il n'y a pas de solution politique au problème cambodgien ", a déclaré, samedi 16 septembre, le premier ministre du régime de Phnom-Penh, Mr Hun Sen. " Dans le passé je me suis montré flexible à l'égard du prince, désormais je serai inflexible. Il ne reviendra pas au Cambodge, a-t-il ajouté. Il était temps pour moi de dire à mon peuple qu'il n'y aura pas de solution politique. " La veille, il avait violemment dénoncé l'alliance entre le prince et les Khmers rouges, affirmant qu'" on peut très bien se passer de Sihanouk, qui veut revenir avec les Khmers rouges ".

Ces déclarations fermes du chef du régime de Phnom-Penh - qui est attendu cette semaine en visite à Bangkok - interviennent alors que se poursuit la phase finale du retrait des troupes vietnamiennes en présence de 350 jounalistes étrangers et que les activités de la résistance s'intensifient.

Téhéran (AFP). - Le président iranien Ali Akbar Hachemi Rafsandjani a déclaré, dimanche 17 septembre, que les troupes irakiennes seraient repoussées "par la force" sur la frontière internationale "s'il s'avérait que l'ennemi ne voulait pas rendre les territoires iraniens qu'il occupe". Dans un discours prononcé à Téhéran devant les commandants des corps de gardiens de la révolution et des volontaires, Mr Rafsandjani a dénoncé le refus de Bagdad d'évacuer quelque 2000 kilomètres carrés de territoire iranien qu'il occupe encore. "L'Iran ne nourrit aucune ambition territoriale mais ne cédera pas un pouce de sa terre islamique", a-t-il dit.

"Nous ne cherchons à arracher à l'Irak aucune concession illogique, mais nous ne lui ferons de notre côté aucune concession, même si la situation actuelle doit durer dix ans", a ajouté le chef de l'Etat iranien. "Le régime irakien persiste à vouloir obtenir de nous des concessions sur le fleuve Arvand (le Chatt Al-Arab pour les Irakiens), mais nous opposerons dans les négociations autant de résistance que nous en avons montré pendant la guerre."

De son côté, le guide de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, a fait parvenir aux commandants des gardiens de la révolution un message dans lequel il leur demande de "rester prêts à défendre le pays, de ne laisser apparaitre aucune faiblesse et de coopérer fraternellement avec l'armée".

Le secrétaire général du Quai d'Orsay, Mr François Scheer, est arrivé, dimanche 17 septembre, à Téhéran, pour s'entretenir avec les dirigeants iraniens du contentieux financier bilatéral. Il a été accueilli à son arrivée par le vice-ministre des affaires étrangères iranien, Mr Mahmoud Vaezi. Mr Scheer devait effectuer, lundi, une visite au siège de l'Organisation de l'énergie atomique iranienne.

Le Comité tripartite arabe (Algérie, Maroc, Arabie saoudite) a présenté, samedi, un plan en sept points qui constitue son verdict entre les belligérants au Liban. La Syrie et ses alliés libanais l'ont accueilli sur-le-champ avec enthousiasme, le camp chrétien avec consternation.

Le premier point du plan de règlement arabe est un ordre de cessez-le-feu immédiat. Le second prévoit la constitution d'une commission inter-libanaise, présidé par Mr Lakhdar Ibrahimi, délégué du Comité arabe au Liban, pour superviser le cessez-le-feu et contrôler les navires soupçonnés de transporter armes ou munitions pour l'une quelconque des parties belligérantes.

Le troisième point enjoint la levée du blocus (du réduit chrétien) et la réouverture de l'aéroport de Beyrouth dès que la commission précitée sera à l'Óuvre.

Le quatrième point est une répétition de l'ordre de cessez-le-feu, assortie, cette fois, d'un appel à l'arrêt des campagnes médiatiques. Le cinquième est une invite à tous les pays concernés, notamment à ceux qui ont apporté leur soutien au Comité arabe, pour qu'ils cessent les fournitures d'armes à toutes les parties au Liban, le triumvirat soulignant qu'il a trouvé une pleine coopération de la part de tous les pays qu'il a sollicités à ce sujet, ce qui, implicitement, désigne l'Irak qui fournit des armes au camp chrétien.

Le sixième point comporte une convocation de l'Assemblée nationale libanaise pour le 30 septembre, en vue de préparer et de discuter le document de l'entente nationale, en un lieu qui fera l'objet de concertations de Mr Ibrahimi avec les députés, à Beyrouth, étant précisé que cette réunion parlementaire se tiendra après consolidation du cessez-le-feu, levée du blocus maritime et réouverture de l'aéroport. Le septième point annonce l'arrivée de Mr Ibrahimi à Beyrouth, le 17 septembre, pour mettre ces résolutions en application.

Les déclarations du général Michel Aoun, premier ministre en exercice dans le réduit chrétien, en attendant le complément d'information et les explications de Mr Ibrahimi, traduisent la déception et l'embarras du camp chrétien face à ce qu'il considère - jusqu'à plus ample informé - comme une volte-face du triumvirat arabe.

Après avoir mis en accusation la Syrie pour obstructionnisme il y a un mois et demi, à la colère de ce pays - ce qui avait remis le feu aux poudres - le triumvirat lui donne soudain satisfaction sur toute la ligne. Non seulement, en effet, il n'est plus question du retrait des troupes syriennes du Liban, ni même de la Syrie sur aucun plan - ce qui, à vrai dire, était prévisible si l'on voulait obtenir la coopération de Damas pour sortir de l'impasse, - mais il n'est plus question, non plus, d'observateurs arabes ou onusiens pour superviser la trêve, ou, au moins, l'embargo sur les armes. Sans compter que cette surveillance s'applique expressément au littoral et donc à l'armée libanaise, mais guère aux frontières terrestres avec la Syrie, qui reste maitresse des mouvements de son armée au Liban, avec la signification politique que cela implique.

Dans ces conditions, on comprend que Damas ait aussitôt donné son plein accord, relayé par ses alliés libanais, notamment par le premier ministre en secteur musulman, Mr Selim Hoss.

Pour se réconforter quelque peu, on se persuade dans le camp chrétien qu'un retrait des troupes syriennes de Beyrouth-Ouest est convenu entre le triumvirat et Damas, quitte à laisser aux Syriens l'apparence d'en prendre l'initiative de leur plein gré et de le baptiser " regroupement ". Une allusion - très sibylline - à ce sujet est relevée dans la conférence de presse de l'émir Saoud El Fayçal, ministre saoudien des affaires étrangères, qui a accompagné la proclamation du plan en sept points, où il parlait de " l'extension de la souveraineté libanaise à l'ensemble du territoire ", après réalisation de l'entente nationale. On souligne dans le secteur chrétien que, non seulement Mr Ibrahimi, retardant sa venue à Beyrouth, s'est aussitôt après la proclamation de Djeddah rendu à Damas, où il a rencontré le vice-président Khaddam et le ministre Chareh - ce qui n'était pas prévu, - mais que l'émir Saoud El Fayçal lui-même y a porté un message du roi Fahd au président Assad. Etait-ce pour rappeler à ce dernier quelque engagement ? Y aurait-il des clauses secrètes complétant cette proclamation et la rééquilibrant ? Les spéculations vont bon train à Beyrouth.

Quoi qu'il en soit, pour le général Aoun, il va être aussi difficile d'accepter, dans son ensemble, le plan de Djeddah que de le rejeter en bloc. Dans une interview télévisée diffusée dimanche soir, mais enregistrée samedi à midi avant la proclamation de ce plan, il a rappelé les lignes de force constantes de sa politique, dont certaines répondent, a priori, à ses dispositions. Ainsi, il s'en tient au principe que la réforme ne peut intervenir " à l'ombre de l'occupation ", émettant des réserves sur la représentativité du Parlement et de ce qui en reste au bout de dix-sept ans d'autoprorogation de son mandat, sans cependant rejeter expressément le projet de convocation des députés à un débat sur l'entente.

Le général Aoun a réitéré, avec force, ses attaques contre la Syrie, Israël et surtout les Etats-Unis. Il s'est finalement montré ferme, tout en donnant des indications de ce qu'il pourrait faire pour ne pas paraitre s'opposer au programme du comité arabe et ne pas se retrouver (à la place de la Syrie) dans le rôle de l'accusé. Après tout, souligne-t-on dans son entourage, si le rapport du comité arabe mettant Damas en accusation est passé sous silence dans la proclamation de Djeddah, il n'est pas renié pour autant et il demeure une pièce capitale du dossier.

Arrivé dimanche soir à Beyrouth - soumise, une fois de plus, à des bombardements durant la nuit, - Mr Ibrahimi a rencontré, en secteur musulman, MM Berri (chef de la milice chiite Amal) et Hoss. Lundi, il devait s'entretenir avec le général Aoun.

Sur le dessin humoristique ayant figuré à la page une de l'édition du 7 septembre de votre journal, il est indirectement affirmé que les banques luxembourgeoises se prêtent au blanchiment de l'argent de la drogue.

" Art. 8-1. - Seront punis d'un emprisonnement de un à cinq ans et d'une amende de 5 000 francs à 50 000 000 francs ou l'une de ces peines seulement, ceux qui auront sciemment facilité ou tenté de faciliter la justification mensongère de l'origine des ressources ou des biens de l'auteur de l'une des infractions mentionnées à l'article 8 sous a) et b) ou ceux qui auront sciemment ou par méconnaissance de leurs obligations professionnelles apporté leur concours à toute opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit d'une telle infraction.

" Art. 8-2. - Dans les cas prévus à l'article 8 sous a) et b), le tribunal, sans préjudice de l'article 42 du code pénal, ordonne en outre la confiscation des biens meubles ou immeubles, divis ou indivis, du condamné qui auront été acquis au moyen du produit de l'infraction. "

Ces dispositions pénales sont à l'heure actuelle les plus sévères parmi les législations européennes en matière de répression contre le trafic de la drogue et le blanchiment du produit de ce trafic.

Au cas où vous disposeriez de détails précis sur une affaire de blanchiment mettant en cause une banque luxembourgeoise, je vous saurais gré de bien vouloir me les communiquer, afin que les autorités puissent en être saisies.

Au cas contraire, je vous prie de rectifier de façon adéquate l'affirmation ne correspondant pas à la réalité, diffusée dans votre édition citée ci-dessus.

JUSQU'AU massacre de Pékin, l'opinion française sur la Chine a été massivement gouvernée par la mode, une mode qui applaudissait les avatars successifs du communisme chinois : son avatar totalitaire inspiré par Mao Zedong, et son avatar modernisateur inventé par Deng Xiaoping. La surprise épouvantée de l'opinion contribue largement à expliquer son retournement contre les dinosaures qui dirigent aujourd'hui la Chine. Le danger, pourtant, serait qu'elle se retourne sans se modifier en profondeur, et que la nécessaire protestation ne se double pas d'une véritable réflexion sur les enjeux de la décomposition politique qui frappe le communisme chinois.

L'ouvrage de Patrice de Beer arrive donc à temps. Car ce n'est pas d'abord un livre sur la crise d'avril-juin mais la première véritable fresque des " années Deng Xiaoping ". Inspiré et nourri par un séjour de correspondant du Monde en Chine qui s'est achevé en 1987, c'est un vrai livre de journaliste, qui combine dans un style alerte le reportage et l'histoire immédiate.

Patrice de Beer ne se contente pas de faire l'historique des événements - encore que l'un de ses meilleurs chapitres décrive la " guerre de succession " qui s'est ouverte après l'échec des manifestations étudiantes de l'hiver 1986. Il ne se contente pas, non plus, de multiplier les anecdotes et les petits faits vrais - bien que ceux-ci soient souvent originaux et significatifs : il n'est pas indifférent, par exemple, que 20 % des cinq cents employés du ministère de la justice aient entre eux des liens de parenté ; et l'on trouve dans ce livre des portraits intéressants de plusieurs dirigeants politiques ou d'intellectuels comme l'astrophysicien Fang Lizhi et le journaliste Liu Binyan.

Non, le cÓur de l'ouvrage est l'analyse des contradictions de toute nature que la politique de modernisation déclenchée en 1978 a engendrées. Patrice de Beer en donne une esquisse saisissante lorsqu'il définit le processus réformiste des années 1986-1988 comme une " démocratisation de fait devenue en quelque sorte une dictature tempérée par l'anarchie ". Le communisme ? A aucun moment il n'a disparu, et Patrice de Beer rappelle son scepticisme ancien sur les intentions ultimes de Deng Xiaoping : la réforme, c'était un détour, voire une manÓuvre, à aucun moment les objectifs politiques n'avaient changé.

Et pourtant, le journaliste reconnait que la modernisation a eu d'immenses effets économiques et sociaux, qui ont largement modifié la problématique politique : la crise du printemps est sortie du progrès, non de la stagnation. La décollectivisation agricole et l'ouverture du pays sur l'étranger, notamment, apparaissent comme des acquis fondamentaux, très difficiles à remettre en cause. En même temps, la modernisation est très inégale et, par bien des côtés, pathogène, dans la mesure où elle est mise en Óuvre par un appareil corrompu et inefficace. Patrice de Beer multiplie les exemples de réformes freinées, détournées ou accaparées.

Ainsi, cet ouvrage est en fait une analyse des difficultés et des dérapages de la réforme chinoise. En cela, il se démarque fondamentalement de la littérature hagiographique ou abstraitement dénonciatrice qui avait accompagné les premières années de la modernisation denguiste. Une tentation bien française eût été de l'habiller de considérations idéologiques. Par prudence, l'auteur s'en garde bien - jusqu'à éviter, ce qui est parfois dommage, un parallèle trop appuyé avec l'expérience Gorbatchev.

Voici un ouvrage sur les pays communistes qui ne se contente pas de déguiser ou de contester la progagande officielle, mais donne toute leur importance aux évolutions sociales qui modifient et nuancent la texture du pouvoir - le cas n'est plus unique, mais il n'est pas si fréquent. A aucun moment non plus l'auteur n'oublie que la Chine est un immense pays, dont près de 80% de la population vivent dans des zones rurales où les différences de conditions sont incroyables. La facilité serait alors d'écarter d'un revers de main les revendications démocratiques (ou plutôt républicaines) du printemps dernier, en montrant à quel point elles étaient socialement minoritaires. Patrice de Beer n'y succombe pas. Il montre comment la même crise de transition a trouvé des expressions différentes dans l'économie, la société et la culture. Il repère également les influences étrangères qui ont favorisé l'émancipation de la conscience sociale - tout en remarquant justement que, placés devant un choix politique qu'ils percevaient comme radical, les dinosaures de Pékin ont frappé sans tenir compte du monde extérieur.

La crise chinoise est à la fois hâtée et relativisée par le fait qu'elle se développe dans un vieil empire humilié mais qui en a subi bien d'autres, dont les traditions intellectuelles et morales ont été érodées, non détruites. Le confucianisme revient à la surface : il ronge le système, et en même temps lui offre un surcroit de légitimité.

Le résultat est un livre très ordonné mais abondant, à la fois reportage et guide politiques, qui éclaire le lecteur, mais en abolissant les tentations simplificatrices : " Des millions de jeunes et de moins jeunes déferlant sur la place Tiananmen, le fils de Deng Xiaoping convoquant les journalistes pour affirmer qu'il n'est pas un escroc, des gens ordinaires pillant des wagons de chemin de fer, des gangsters attaquant des trains en rase campagne, des femmes vendues à l'encan, un couple d'homosexuels essayant de se marier, des dizaines de millions de paysans affluant vers les villes à la recherche de travail : voilà l'image que donne la Chine après quarante ans de communisme. "

Cette description est mille fois préférable aux louanges comme aux dénonciations toutes faites. Elle rappelle que la situation chinoise ne se résume ni aux éditoriaux du Quotidien du peuple ni aux exubérances citadines. Elle fait comprendre que, derrière les apparences et les conjonctures, le facteur décisif est le travail de la société chinoise sur elle-même. Mais elle comporte aussi de réels inconvénients. Tout d'abord, celui de placer sur le même plan des phénomènes d'importance inégale : nous aurions pour notre part accordé beaucoup plus d'importance à la masse paysanne (sur laquelle le livre revient certes dans plusieurs chapitres), et pas seulement pour des raisons économiques et sociales : parce que l'absence d'écho du mouvement démocratique dans les campagnes chinoises scelle son infirmité politique.

L'auteur, certes, fait vertu de son métier de journaliste ; mais l'on aimerait parfois qu'il aille au bout de sa propre ligne de pensée. A plusieurs reprises affleure, par exemple, une méfiance à l'égard du réformisme de Zhao Ziyang. On aurait aimé qu'il pose plus nettement la question de savoir si la politique chinoise ouvre un véritable espace à une tendance qui ne serait pas seulement techno-modérantiste, mais effectivement réformiste. Et l'on aurait plus encore aimé connaitre son pronostic d'avenir. Car la rupture politique engendrée par le massacre du début juin est à la fois spectaculaire et énigmatique. Jusqu'où peut aller la " déclivité répressive " qui caractérise actuellement la politique chinoise ? Quelles sont ses limites objectives ? Il y a là un vrai problème que la colère de l'opinion néglige souvent.

Patrice de Beer accorde toute leur place aux innovations sociales et intellectuelles apparues depuis quelques années. Mais il montre bien, également, que les " vieux démons " sont toujours en embuscade : la division, le népotisme et la corruption, l'envie (la fameuse " maladie des yeux rouges ") et ce despotisme qui n'a pas craint de faire couler le sang. A le lire, on imagine possible un retour politique des partisans de Zhao Ziyang, après la mort de Deng Xiaoping, mais beaucoup plus difficilement la victoire sociale et politique d'un véritable réformisme démocratisant : il faudra de très longues années pour que la société chinoise bascule dans la modernité.

Or - c'est la deuxième leçon du livre - la Chine n'est pas seulement un Etat communiste, mais un immense pays pauvre empêtré dans ses traditions, qui se trouve dans une transition extrêmement douloureuse entre le passé et le présent. Pendant que le pouvoir réprime ses élites et menace de retourner en arrière, les problèmes s'accumulent et leur solution se fait de plus en plus difficile. La crise ouverte du communisme offre la véritable occasion d'un " réveil du dragon " chinois : mais les plus graves difficultés sont sans doute encore à venir.

LE " printemps de Pékin " s'est terminé par une répression sanglante à l'initiative du gouvernement communiste. Depuis lors, la Chine ne fait plus la " une " de l'actualité. Les condamnations des puissants pays occidentaux risquent de ne pas excéder la sanction verbale tant il est vrai que les intérêts économiques en jeu concernent aussi bien les entreprises privées que le peuple chinois ; et les hommes d'affaires, rapatriés au moment du massacre, retournent donc à Pékin où l'ordre règne à nouveau. Bref, les bouchers de la place Céleste (Tiananmen) passent pour les vainqueurs de l'histoire.

On peut se demander comment un massacre si cruel a pu se produire à la fin de notre siècle marquée par l'emprise de tendances mondialistes et démocratiques. A fortiori, il parait à première vue impensable que cet épisode survienne dans une Chine quadri-millénaire, réputée pour la continuité de son histoire et le pacifisme de son peuple. Le " pays du Milieu ", étymologiquement, désigne l'emplacement géographique, mais il indique aussi l'impact de la modération, le goût du juste milieu.

En pleine révolution culturelle, à l'apogée de sa grandeur et de sa gloire, Mao Zedong, dans un poème, indiquait que la politique des premiers empereurs (deuxième siècle av. J.-C.) avait été pratiquée sous toutes les dynasties. Clairvoyance historique du Grand Timonier ? Certes. Mais, surtout, mise en évidence d'une réalité politique. Les Qin s'appuyaient sur une doctrine, le légisme, qui fournira, à partir du premier empereur, l'essence de la politique de l'Etat chinois. Issu de la période chaotique des Royaumes combattants (476-221 av. J.-C.), le légisme s'était donné pour objectif de fonder un Etat tout-puissant capable de mettre fin à une situation déplorable. Pour faire régner l'ordre, tous les moyens étaient bons. Dans ce sens, le légisme est parent du machiavélisme. Cette doctrine est d'abord une théorie qui légitime l'autocratie avant de devenir l'ossature théorique du régime impérial. Le secret de l'ordre, pour les légistes, c'est le pouvoir politique absolu de l'empereur. Aucun rapport d'égalité n'est concevable entre sujets et suzerain. Pour les légistes, la puissance d'un Etat se fonde sur la faiblesse du peuple. Dans cette logique, le but ultime de l'Etat est d'affaiblir celui-ci. Cela se traduit par la mainmise sur les ressources agricoles et commerciales. La terre, considérée à l'époque comme la seule source de la richesse, était propriété de l'Etat, ou du moins placée sous son contrôle, tandis que le commerce des céréales, du sel et du fer était monopolisé par le pouvoir politique. Ces pratiques révèlent une sorte de subordination de la rationalité économique aux exigences de la domination politique.

Pour achever de verrouiller son emprise sur le peuple, le légisme avait installé une dictature idéologique. Après la fondation de l'Empire, consolider le trône devenait la tâche essentielle de la cour impériale. Eriger l'autorité absolue de l'idéologie officielle, interdire la diffusion de toute autre pensée que la doctrine autorisée, telles étaient les missions idéologiques des légistes. Qin Shihuang, le premier empereur, n'avait-il pas enterré vivants quelque cinq cents lettrés et brûlé la quasi-totalité des Óuvres confucéennes ?

Paradoxalement, le régime impérial, qui devait son apparition à la doctrine légiste, ne l'a reconnue comme idéologie officielle que pendant une dizaine d'années. Le légisme a ensuite cédé la place au confucianisme, devenu, pendant deux mille ans, la seule idéologie officielle de la Chine.

Phénomène curieux, le communisme venu de l'Occident n'échappe guère à la tradition cyclique de la culture politique chinoise. Surgi dans une Chine divisée, déchirée par les seigneurs de la guerre et les puissances occidentales, le Parti communiste a sorti le pays de la guerre civile à l'aide d'une armée de paysans et a réussi à fonder une république unifiée au nom du peuple. Mao et le Parti ont bénéficié de la perte du soutien populaire accordé à Tchiang Kai-chek. Si la jeune République populaire a su réaliser des performances remarquables, c'est parce que le peuple chinois a participé avec enthousiasme à la fondation du nouvel ordre. Autrement dit, Mao et son parti ont été les héritiers du mythe du mandat céleste.

Cependant, Mao ne pouvait pas recourir aux valeurs traditionnelles confucéennes à l'instar des fondateurs des dynasties impériales. Par chance, le communisme coincide parfaitement avec les enseignements légistes : pouvoir politique absolu, possession étatique des moyens de production et dictature idéologique ; à cela près que le marxisme-léninisme s'est substitué au confucianisme comme idéologie d'Etat.

Pour conserver le mandat céleste, Mao a largement exploité la vieille utopie paysanne, qui se résume en une sorte de communisme primitif. L'instauration des communes populaires, le Grand Bond en avant, n'étaient-ils pas proposés officiellement comme l'anticipation de l'avènement du communisme ? Pour la majorité des Chinois, cet avènement correspond à la Grande Concorde du Livre des rites, l'un des cinq grands classiques du confucianisme. Dans ce sens, la révolution culturelle, lancée par Mao avec la participation d'une masse fanatisée, tend à illustrer ce rêve eschatologique de concordance ou d'harmonie universelle.

En même temps, le pouvoir communiste n'a jamais cessé de jouer la carte légiste, surtout dès qu'il s'est agi de liberté de pensée et d'expression. On se souvient d'avoir ressenti une impression d'ambiance printanière lorsque Mao en 1956 déclara solennellement la politique des Cents Fleurs. Pourtant, ce songe éphémère a été rapidement balayé par la campagne antidroitiste de 1957. Et puis, l'Histoire se répétant, en 1959, en 1960, en 1962, les campagnes prenaient différents noms : " Lutte contre les tendances droitistes ", " Lutte contre le révisionnisme ", etc. Ces tentatives successives de museler toute forme de contestation ont culminé avec la révolution culturelle.

Le massacre de la place Tiananmen, après la campagne contre la " pollution spirituelle " de 1983 et celle contre le " libéralisme bourgeois " de 1987, s'inscrit dans cette logique. Au début des années 40, Mao n'avait pas hésité à user de la répression envers les intellectuels qui osaient le contester ; en 1987, Deng Xiaoping n'a pas eu non plus le moindre scrupule à se déclarer prêt à faire couler le sang si c'était nécessaire.

Mais le monde a changé, la Chine aussi. Durant deux mille ans, le confucianisme et le légisme ont pu cohabiter dans une Chine isolée du reste du monde. De même, légisme et communisme ont fait bon ménage en profitant de la fermeture du pays longtemps favorisée par le contexte international.

Aujourd'hui, il n'est plus question d'invoquer les obstacles naturels ou la politique des nations. La réforme économique lancée par Deng Xiaoping il y a dix ans a signé l'arrêt de mort du communisme utopique. Le mouvement démocratique du " printemps de Pékin ", et, surtout, le massacre qui a suivi révèlent la perte du mandat céleste du régime. N'oublions pas que la tyrannique dynastie des Qin n'a pu régner plus de quinze ans ! Quel sera le bail céleste du gouvernement actuel ?

Avec l'arrivée d'un nouveau délégué, il est temps de réinventer une politique de développement régional.

POUR redonner vigueur à une politique en perte de vitesse, plutôt que d'en changer ceux qui en tiennent les rênes, ne serait-il pas plus judicieux, d'abord et avant tout, d'en changer le nom? La question mérite d'être posée à propos de l'aménagement du territoire. "Marque déposée" depuis les années 50 et officiellement à partir de 1963 quand fut créée la DATAR (Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale) avec, à l'époque, Olivier Guichard à sa tête, l'aménagement du territoire n'en finit pas de décliner, de renaitre de ses cendres et, à nouveau, de s'enliser. L'appellation même, galvaudée, abstraite à force d'être répétée, et mise à mal par la décentralisation et par l'ouverture européenne, ne fait plus recette.

De 1981 à 1983, Michel Rocard portait le titre de ministre d'Etat chargé du plan et de l'aménagement du territoire dans le gouvernement Mauroy. Depuis qu'il a emménagé à Matignon, il se contente d'un ministre délégué auprès du ministre de l'industrie chargé de l'aménagement du territoire et des reconversions, Jacques Chérèque, qui, au demeurant, fait ce qu'il peut.

Réduire une politique de solidarité géographique et d'organisation judicieuse du potentiel économique à un sous-produit des choix industriels des entreprises friserait évidemment l'absurdité et il appartient au(x) gouvernement(s) d'y réfléchir pour l'avenir. Mais, dans l'immédiat, pourquoi ne pas tirer les conséquences des évolutions récentes : rôle croissant des collectivités locales ; nécessité d'une action interministérielle et d'un soutien politique affirmé au plus haut niveau ; importance de la prospective autant que de la planification ; poids des préoccupations économiques ; risques de concurrence fratricide entre régions et villes dans l'Europe de 1993 ?

Pourquoi ne pas proposer par exemple un ministère de la coordination et du développement territoriaux ? Un ministère qui, outre l'actuelle DATAR (qui a besoin à sa tête d'un délégué général ou d'un directeur, mais pas des deux, comme c'est le cas aujourd'hui), devrait logiquement prendre sous sa coupe certains services du Commissariat du Plan, ainsi que des ministères de l'équipement et de l'environnement, la délégation à la ville et - bien que cette suggestion soit considérée comme sacrilège place Beauvau - la très puissante direction générale des collectivités locales qui constitue traditionnellement l'un des piliers les plus solides du ministère de l'intérieur.

Voilà, en cette rentrée, un sujet de réflexion pour J. Chérèque et pour le nouveau délégué à l'aménagement du territoire qui, dans les prochains jours, sera appelé à remplacer Jean-François Carrez, très proche collaborateur de Pierre Méhaignerie, nommé à ce poste en mai 1987 et qui a quasiment disparu de la scène publique depuis six mois. Mais l'ancien syndicaliste CFDT devenu ministre a déjà tracé son programme de travail d'ici à la fin de l'année.

Outre le dossier très chaud de la reconversion du site des chantiers navals de La Ciotat rendue difficile pour l'Etat par les surenchères de la CGT, les projets ou les foucades de Bernard Tapie et le rôle décisif des collectivités locales, J. Chérèque veut exhumer une question toujours très sensible pour la majorité des élus locaux, à savoir l'aménagement rural. Plus de deux cents cantons, surtout en montagne, sont en effet en quasi-perdition démographique, économique et culturelle.

La Commission européenne va certes dégager des crédits substantiels ; mais un véritable plan de bataille contre la désertification avec les élus concernés s'impose d'urgence. J. Chérèque va travailler en étroite liaison avec le Sénat, notamment Jean François-Poncet, ancien ministre de Valéry Giscard d'Estaing, sénateur et président (UDF) du conseil général du Lot-et-Garonne.

Le traitement ponctuel des mutations industrielles et des reconversions économiques (une ville frontière comme Modane va prendre de plein fouet l'ouverture européenne de 1993) constitue le deuxième dossier important du ministre. Ici et là apparaissent des incendies contre lesquels il faudra agir vite. Quant aux reconversions lourdes (textile des Vosges ou du Nord, industrie ferroviaire du Valenciennois, redéploiement des garnisons militaires selon le plan Chevènement), elles exigent des actions opiniâtres et à long terme.

De plus en plus, le gouvernement veut, sur le terrain économique et social, travailler la main dans la main avec les régions et les villes. Avec les premières, les contrats de plan signés pour la période 1989-1993 prévoient des engagements de l'Etat pour 52 milliards de francs et des conseils régionaux pour 46 milliards de francs.

Cependant le gouvernement veut affiner sa politique et établir avec certaines villes une programmation des grands équipements et des " chartes de développement ". Sont avancés les noms, par exemple, de Saint-Nazaire, Lorient, Le Mans, le couple Nancy-Metz ou le quadripôle du Poitou-Charentes, La Rochelle, Poitiers, Niort et Angoulême.

Quant à la ville de Nantes, qui dispute à Rennes et Bordeaux le titre de métropole de l'Ouest atlantique européen, elle sera, le 24 novembre, la capitale de l'aménagement du territoire : J. Chérèque a décidé d'y réunir ses collègues de la CEE pour un séminaire de travail. Cette rencontre sera une première de ce type.

Dans cette énumération déjà longue, on ne saurait oublier l'un des onze "travaux d'Hercule" de Michel Rocard, à savoir la réorganisation de l'Ile-de-France : un chantier qui, de l'aveu même du premier ministre, prendra cinq à dix ans. Début octobre, des décisions devraient être annoncées par Michel Delebarre et Pierre Joxe sur le logement et l'urbanisme, ainsi que le principe d'une taxe significative sur le stock des bureaux, surtout dans l'Ouest parisien.

Le budget de 1990 sera-t-il meilleur qu'en 1989, année médiocre s'il en fut? "Oui sans aucun doute, affirme-t-on dans l'entourage de J. Chérèque. Sauf sur un point : les primes qui permettent d'attirer en France les grands investissements étrangers." Or, sur ce point, même si d'année en année la France améliore ses performances et devient plus séduisante (13000 emplois étrangers annoncés l'an dernier au lieu de 9000 en 1987), elle présente encore des handicaps par rapport aux ponts d'or que peuvent offrir la Grande-Bretagne, la RFA ou la Belgique.

Dans la perspective de 1993, plusieurs dizaines d'entreprises américaines, canadiennes, japonaises ou scandinaves, font aujourd'hui le tour des pays de la CEE pour y installer des usines ou des centres de recherche et prêtent une oreille particulièrement attentive aux plus offrants. A l'Etat et aux villes de savoir mettre en avant et en complémentarité leurs atouts.

Les événements d'Union soviétique ébranlent les croyances dans les vertus de la collectivisation et de la planification.

LES mutations en Europe de l'Est et, plus encore, la perestroika en URSS, ont aujourd'hui des retombées sur cette partie du tiers-monde qui a choisi de suivre, de près ou de loin, l'exemple du modèle de développement soviétique. L'URSS semble vouloir y exporter, par la persuasion ou la pression (1), la double stratégie appliquée sur son propre territoire : réformer l'économie planifiée et l'ouvrir aux capitaux étrangers.

La nouvelle attitude soviétique est justifiée à Moscou par le coût élevé - en aide économique à fonds perdus et en avantages à sens unique - de ces pays en développement à orientation socialiste (POS), dont, par ailleurs, l'image n'est plus très attrayante dans le reste du tiers-monde. A la crise économique que traversent ces pays s'ajoute une crise de confiance : la perestroika y déstabilise des " croyances " bien ancrées quant aux vertus de la planification, de l'industrialisation accélérée et de la collectivisation pour accéder au développement.

- Des restrictions - pouvant aller jusqu'à l'interdiction - à l'entrée de nouveaux investissements directs étrangers dans le pays.

Une vingtaine de pays ont tenté d'implanter ce modèle dans un environnement sous-développé (voir tableau page 22). Trois sont membres du COMECON (Cuba, Mongolie, Vietnam); d'autres sont observateurs auprès de cette organisation internationale; un dernier groupe rassemble des pays ayant proclamé leur orientation socialiste, déclaration reconnue par Moscou. Tous ont rencontré quelques problèmes en cherchant à adapter le modèle de développement économique socialiste aux conditions locales.

Le modèle s'est révélé pratiquement inapplicable dans les pays les plus pauvres, telles l'Ethiopie ou la Tanzanie. Face à de faibles débouchés pour l'industrie, l'importante sous-utilisation des capacités de production industrielle installées s'est encore aggravée lorsque la dette extérieure a obligé de réduire les importations des pièces détachées et des autres intrants nécessaires. L'incapacité de la distribution étatisée à approvisionner tout le pays en produits agricoles, la résistance d'une partie des paysans à la collectivisation et une production alimentaire croissant moins vite que la population ont provoqué crise et famine.

Dans d'autres pays, le modèle n'a été appliqué que moyennant de sérieuses entorses ou des réformes préalables. En Birmanie, les entreprises d'Etat sont tenues de faire des profits, le crédit bancaire est développé, l'exportation est prioritaire, la production d'opium et le trafic de l'héroine sont tolérés. Le Mozambique a reprivatisé des entreprises nationalisées, dès 1980 ; il a adhéré ensuite au FMI et à la Banque mondiale, a signé les accords de Lomé et obtenu une aide des Etats-Unis.

Un troisième cas de figure est celui où l'implantation du modèle a pu s'appuyer sur une rente pétrolière ou minière. L'Algérie a longtemps été citée en exemple de financement réussi d'une industrialisation socialiste dans le tiers-monde, jusqu'au retournement à la baisse des cours mondiaux du pétrole ; avec celui-ci, la dette extérieure de l'Angola et du Congo a explosé.

Ailleurs, l'aide internationale a tenu le même rôle que la rente dans le financement de ce type de développement coûteux. Il s'agit de l'aide du COMECON en l'occurrence. Cuba et le Vietnam reçoivent ensemble plus de 60 % de l'aide soviétique au tiers-monde, et réalisent plus des trois quarts de leurs échanges extérieurs avec leurs partenaires du COMECON. C'est donc ici que la nouvelle stratégie de l'URSS est le plus vivement ressentie.

Le bilan est double : les POS forment un ensemble hétérogène, la récession y est plus ou moins prononcée (jusqu'à une baisse de 7 % du PNB en Ethiopie en 1984), l'inflation plus ou moins incontrôlée (700 % au Vietnam l'an dernier). De plus, aucun d'entre eux n'a été protégé de la crise économique et de l'endettement extérieur par un modèle supposé garantir l'indépendance économique et le développement. Leur hétérogénéité même explique que ces pays aient réagi différemment au sujet des politiques d'ajustement et au vent des réformes soufflant des pays de l'Est.

Douze des vingt pays recensés ont à présent entrepris de gérer et d'obtenir le rééchelonnement de leur dette extérieure au moyen de politiques d'ajustement assez orthodoxes, pour six d'entre eux dans le cadre d'un programme du FMI. On y enregistre des mesures désormais classiques : dévaluations à répétition de la monnaie locale, limitation des importations, soutien aux exportations, réduction du déficit budgétaire, du nombre des fonctionnaires et des hausses de salaires, privatisation de banques et d'entreprises publiques, redistribution des terres à des agriculteurs privés, hausse des tarifs publics ou des impôts, et augmentation du rôle des prix et du marché libres. Et des résultats également classiques.

A Madagascar, où cette politique économique remonte à 1980, on peut en juger sur la durée. Les déficits publics et extérieurs ont diminué, certains marchés parallèles ont disparu, des ressources ont été réallouées à l'agriculture et les infrastructures existantes ont été remises en marche. Par contre, la hausse des prix, la baisse du niveau de vie, les licenciements et une grave famine au sud du pays sont source de mécontentement dans la population. Des entrepôts furent pillés à Tananarive en 1986 et des commerçants en 1987.

Les mêmes politiques d'austérité, suivies de conséquences sociales analogues, ont déclenché des formes variées de résistance dans les onze autres POS concernés : indiscipline au travail, absentéisme, agitation étudiante, manifestations, émigration. De tels effets pervers ne sont pas pour rien dans l'attitude cubaine d'opposition résolue à tout ajustement (bien que Cuba ait dû rééchelonner sa dette dès 1982).

La politique d'ajustement est en général le prélude à une réforme du système économique. La seconde peut même être décidée sans la première, ainsi en Corée du Nord ou, plus récemment, en Mongolie. Certes, comme en Europe de l'Est, les options réformatrices sont différenciées. La réforme coréenne de 1984 se borne à réduire le nombre des ministères industriels et à décentraliser les décisions vers des associations d'entreprises intégrées ; autorisées à vendre et à exporter librement au-delà des quotas planifiés, elles ne sont pas sans rappeler les combinats de la RDA.

La réforme économique, entamée en 1987 en Mongolie (2), s'aligne sur la perestroika, alors que, au Vietnam, au Laos, en Algérie, elle prend un tour plus radical. Cuba parait aujourd'hui isolé, parmi les POS, dans son refus absolu de réformer le modèle de développement, et est le seul Etat à critiquer ouvertement la perestroika en URSS. Pour combien de temps encore, étant donné son fort besoin d'aide économique soviétique?

Au contraire, l'un après l'autre, ces pays adoptent des lois incitatives, parfois assez libérales, pour attirer les capitaux étrangers, en commençant par la Birmanie en 1977 et en finissant par le Laos et l'Ethiopie l'an dernier. Seuls le Cambodge et la Mongolie ne disposent pas encore d'une législation à cet effet, certains POS appliquant la leur de manière restrictive au secteur du tourisme exclusivement (Cuba, Syrie).

Pourquoi un tel revirement ? Ici, la nouvelle stratégie soviétique n'explique pas tout. La valeur de la dette extérieure dépasse la moitié du produit national dans la plupart des POS et le capital de prêt se fait plus rare. La crise de la dette a convaincu ces pays que le système bancaire international pouvait être beaucoup plus contraignant pour la politique de développement nationale que la présence d'investisseurs directs étrangers.

La réticence de ceux-ci, suite aux expropriations, a mis les POS à l'écart des flux internationaux de technologie et accentué leur retard. Le COMECON n'a jamais pu remplacer totalement les anciens échanges avec le Nord. C'est donc la pénurie de produits, de techniques et de capitaux, aggravée par la dette, qui a forcé l'ouverture de ces pays aux multinationales.

En outre, depuis le début des années 80, plusieurs pays d'Europe de l'Est, eux-mêmes endettés, se font plus insistants pour récupérer un jour leurs créances sur les POS, et comprennent mal que ces derniers n'acceptent pas aisément des politiques d'ajustement aussi strictes que les leurs.

Le désappointement ainsi engendré tourne à la désillusion lorsque des conseillers économiques soviétiques ou est-européens cherchent à expliquer aux dirigeants du tiers-monde socialiste qu'il est temps de réévaluer les performances du modèle de développement soviétique d'avant Gorbatchev. Y compris à l'usage des pays moins développés. On constate alors que la perestroika outre-mer fait des vagues !

"PAYSAN : le patron ne mangera plus de ta pauvreté. " Le général Velasco faisait cette promesse, le 24 juin 1969, en proclamant la loi de réforme agraire. Vingt ans après, quel est le bilan ?

Les hacendados ont disparu. Mais les bureaucrates et les intermédiaires ont pris leur place. Les paysans sont encore plus pauvres, et, aujourd'hui comme hier, les habitants des villes saignent à blanc le monde rural à cause d'une absurde politique de prix. D'après le syndicalisme agricole, 150 000 hectares sont restés en jachère cette année du fait de la hausse du coût des semences et engrais et 300 000 le seraient la prochaine campagne.

La production et la productivité de la terre ont diminué. Le pays dépend plus que jamais des importations et de la charité internationale pour pourvoir à l'alimentation de vingt-deux millions de Péruviens.

Les tensions sociales ont atteint le paroxysme : barrages de routes, grèves et invasions de terres se succèdent. Le gouvernement a répliqué par la répression et l'arrestation de dirigeants agricoles. Cette agitation quasi insurrectionnelle est un excellent bouillon de culture pour le Parti communiste-Sentier lumineux qui s'est proposé " d'incendier la prairie pour asphyxier les villes ".

Pour essayer de résoudre les problèmes critiques du trinôme " paysan-terre-eau ", dans un des pays les moins bien lotis du continent sur le plan agricole (2,2 % des terres sont cultivées toute l'année, 4 % le sont de manière saisonnière, et 14 % sont aptes à l'élevage), le général Velasco a exécuté la plus grande transformation structurelle du pays depuis l'empire inca.

Il a exproprié 10 millions d'hectares appartenant à des haciendas (76 % des terres étaient aux mains de 0,4 % de grands propriétaires, et 83 % des paysans ne possédaient que 5,5 % de la terre), pour les transformer en exploitations autogestionnaires, bénéficiant théoriquement à 350 000 familles.

Toutefois, les militaires ont commis plusieurs erreurs : ils ont bureaucratisé la réforme dans la crainte qu'elle ne leur échappe. Ils ont avancé trop lentement dans les Andes, si bien que les grands propriétaires ont eu le temps de décapitaliser les haciendas. Ils n'ont touché ni aux minifundia ni aux communautés indigènes qui gravitaient autour des grandes propriétés andines. Enfin, ils n'ont pas eu de politique en matière de prix, de prêts et d'assistance technique.

En six ans, pourtant, les relations féodales ou de surexploitation disparaissent complètement. La production se maintient, avec des hauts et des bas suivant les secteurs, mais la dette pèse déjà lourdement sur les coopératives. Puis, progressivement, le dilettantisme et la corruption vont s'étendre, la productivité diminuer. De 1977 à 1980, le processus de réforme agraire piétine.

A partir de 1981, peu après que l'ex-président Fernando Belaunde, chassé par l'armée en 1968, a repris le pouvoir, le processus révolutionnaire fait carrément marche arrière. Le régime libéral fait miroiter aux paysans l'avantage d'être propriétaires et non pas simple employés d'une entreprise autogestionnaire, parasitée par des bureaucrates et des syndicalistes. La libre option au changement de modèle est reconnue officiellement, et la parcelacion, ou démembrement des coopératives, prend facilement sur la côte Pacifique.

Aujourd'hui, 75 % des coopératives ont divisé leurs terres en lopins individuels dans tout le pays. C'est dire que le monde rural a changé trois fois de visage en vingt ans : du latifundium à la coopérative, et de la coopérative à une mosaique de parcelles.

Aldo Rubini, l'ancien propriétaire de l'hacienda viticole d'Ocucaje, vante cette nouvelle forme de proprieté : " Avant, le paysan ne travaillait que trois ou quatre heures par jour. Il le fait, désormais, du lever au coucher du soleil, et, de surcroit, il emploie toute sa famille. " C'est indéniable. Mais les services communautaires, comme l'école, le dispensaire, ont disparu, et les travailleurs saisonniers sont au chômage.

Que se passera-t-il en cas de caprice climatique ? La faillite. Et quelle sera la solution lorsque la progéniture des petits propriétaires aura grandi ? Soit l'exode des jeunes vers les bidonvilles surpeuplés de la capitale, soit un nouveau partage du lopin, qui ne sera que le partage de la misère.

Cette contre-réforme ignorait, à la fois, et le faible potentiel agricole du pays, et la soif de terre. Lorsque le président social-démocrate Alan Garcia a pris le pouvoir en 1985, il a essayé de remédier aux défauts de la réforme et de la contre-réforme, préconisant, entre autres, la réorientation de la consommation - pour " manger ce que nous produisons ", - l'attention prioritaire à la région très déprimée du " trapèze andin ", l'expansion de la frontière agricole et la régionalisation pour décentraliser l'administration.

Sur le papier, le plan Garcia était une leçon de bon sens. Il fut mal appliqué dans un premier temps, puis laissé de côté lorsque, à partir de 1988, la crise économique - récession et hyper-inflation - a obligé à mettre en Óuvre un programme d'austérité. La production agricole et l'élevage ont perdu près de 11 points pendant le premier trimestre de 1989 en comparaison de 1988. Les importations d'aliments ont dépassé les 500 millions de dollars.

Les aberrations sont telles que la viande de mouton achetée à Puno, producteur national, a un coût plus élevé que celle importée d'Australie... Même constatation avec la pomme de terre du pays, qui est plus chère que les pâtes fabriquées avec du blé américain...

Le pays n'exporte plus de sucre. Son nouveau secteur de pointe est l'agro-industrie de la coca : la cocaine rapporte environ un milliard de dollars...

Selon les statistiques de la FAO, la production agricole par habitant a diminué de près de 33 % entre 1970 et 1986. C'est un record à la baisse en Amérique latine.

La réforme agraire est aussi la cible du Parti communiste-Sentier lumineux : les guérilleros ont d'abord lancé la consigne de ne cultiver que ce qui est strictement nécessaire aux besoins de chaque famille. Puis ils se sont attaqués aux coopératives : une trentaine de coopératives ont été saccagées, seize d'entre elles ont été complètement détruites, parmi lesquelles Cahuide (une des plus prospères du pays), et une dizaine d'autres l'ont été de façon partielle.

Alpachaca, ferme-pilote de l'université d'Ayacucho, a été la première à être prise d'assaut par les terroristes ; les tracteurs ont été dynamités, les vaches Brownsuiss décapitées. Depuis, des centaines d'alpagas ont été dépecés, des milliers de truites d'élevage empoisonnées, des dizaines d'installations ou du matériel ont été la proie des flammes. Plusieurs ingénieurs agronomes ont été assassinés, ainsi que trois coopérants, dont deux jeunes Français.

Pourquoi un tel acharnement ? Le but est de détruire " les relations d'exploitation semi-féodales ". Semi-féodal le centre expérimental d'insémination artificielle de la Raya ? La fabrique de fromage de Sicuani ? L'Institut d'études rurales, dirigé depuis vingt-cinq ans par les pères français d'Ayaviri ? En huit ans, le sabotage du Sentier lumineux a entrainé des dégâts matériels pour 2 millions de dollars. Une somme très élevée si elle est replacée dans ce contexte d'extrême misère.

Extrême misère, faim de terre, agitation paysanne, terrorisme, c'est dans ce cadre que se déroulera la prochaine élection présidentielle d'avril 1990. Pour ne pas perdre la guerre contre la subversion et céder le terrain aux trafiquants de coca, la Gauche unie préconise l'autogestion comme système économique, la régionalisation comme alternative au centralisme, et l'autodéfense pour faire face à la violence. Pour la droite, il s'agit d'accélérer la contre-réforme et de convertir le Pérou en " un pays de propriétaires ", selon l'expression de l'écrivain Mario Vargas Llosa.

"ON évite les grands desseins pour s'épargner de nombreux déçus. " " Il n'est pas réaliste de laisser l'Etat en état. " De nombreuses formules de ce type, frappées pour attirer l'Óil, émaillent le livre de Denis Olivennes et Nicolas Baverez : l'Impuissance publique.

Il fallait du courage pour remettre sur le métier un sujet si débattu depuis des décennies. Simon Nora, qui connait la musique, a eu raison de pousser à la roue, comme le confient nos auteurs dans leurs remerciements.

Il ne faut jamais cesser d'enfoncer ce clou. Le moment est d'autant mieux choisi que Michel Rocard semble être particulièrement sensible à l'appauvrissement de l'administration et qu'il a envie de marquer son passage par une " remise à plat " du secteur public et des propositions d'envergure à moyen et long terme plutôt que par les rapetassages habituels.

Ce sont deux très jeunes normaliens, énarques et hauts fonctionnaires (vingt-huit et vingt-neuf ans) qui prennent la plume. Ils sont du sérail mais n'ont pas encore eu le temps de " s'encrasser ", et l'on sent qu'ils n'ont pas du tout envie de construire leur carrière sur le " mol oreiller " de la bureaucratie française.

Les blocages, les raisons de la difficulté d'une vraie réforme sont évidemment rappelés ; mais ces analyses, excellentes, restent cursives. Une idée simple : les entreprises privées sont régulées par l'aval (clients), la puissance publique par l'amont (budget).

" L'Etat répond à une logique de conformité, les entreprises à une logique d'efficacité " et " l'évaporation permanente de la responsabilité tout au long de la colonne de distillation qu'est l'Etat est la cause principale de l'improductivité publique. " Si bien que toutes les tentatives de réforme ont toutes échoué parce qu'elles revenaient à plaquer sur une mécanique une et indivisible, fortement cohérente, des formes de régulation qui lui étaient étrangères.

Le drame, mieux constaté aujourd'hui, est que l'improductivité de l'Etat érode la compétitivité des entreprises, qui devront se battre sans impedimenta, en 1993, dans une Europe ouverte. Quoi faire ? D'abord sortir de la dichotomie habituelle entre le plus et le moins d'Etat. Cette logique est stérile.

Nos auteurs croient beaucoup à la notion de " quasi marché " que Pierre Mendès France avait déjà essayé de faire passer dans les esprits. Sans doute ceux-ci sont-ils plus mûrs aujourd'hui pour l'accepter, avec le paquet de l'" économie mixte ". De quoi s'agit-il ? Une formule très simple : l'Etat peut laisser au marché le soin d'assurer certaines missions publiques, les usagers ayant alors plus de chances d'être satisfaits, mais il se réserverait un rôle d'encadrement, de compensation ou d'incitation. Denis Olivennes et Nicolas Baverez donnent quatre exemples probants : France-Télécom, la télévision, l'assurance-maladie et l'Université, détaillant très concrètement les mesures libératrices.

La " vache sacrée " du statut de la fonction publique doit être évidemment considérée de près. Le pacte implicite en vertu duquel on échange une garantie d'emploi et une productivité médiocre contre une faible rémunération et l'absence de gestion des ressources humaines, ne peut être prorogé.

Là aussi, il s'agit de combiner les conventions collectives pour les secteurs d'intervention publique " concurrencés " et de préserver la garantie de l'emploi pour les seuls fonctionnaires dépositaires de l'autorité dans le domaine régalien (armée, justice, fisc, police préfectorale). Les rémunérations seraient composées de deux éléments : salaire indiciaire fondé sur une grille nationale commune à l'ensemble de la fonction publique et rémunération conventionnelle.

Les inerties sont si fortes que de telles propositions doivent répondre à une ambition à long terme portée par les pouvoirs publics, les fonctionnaires et leurs organisations représentatives. L'hypothèque syndicale est lourde, mais il ne s'agit pas de " casser " l'outil revendicatif. Du moins faut-il susciter un large soutien de l'opinion pour aider les syndicats à comprendre que c'est aussi leur intérêt de ne pas voir se multiplier les coordinations anarchiques, elles aussi fruits de la sclérose.

Un livre qu'il faut garder à portée de main si l'on veut aider à passionner - dans le bon sens - un débat qui s'est trop trainé au ras du sol.

Autre démarche intéressante, de deux sociologues cette fois, Michel Wieviorka et Sylvaine Trinh, à propos d'une entreprise publique si puissante qu'on n'a pas craint d'y voir un État dans l'État : EDF. Il ne s'agit pas d'une monographie mais d'un vrai travail de spéléologie qui a pris trois ans de recherches et de rencontres au sein du groupe concerné.

Dans cet essai de la grande tradition de la sociologie des organisations où s'illustrent Michel Crozier et Alain Touraine, le plus captivant est de suivre l'évolution vers l'aggiornamento du " modèle fondateur " de l'EDF. Nos auteurs dégagent en fin de parcours trois lignes de force.

La première concerne les relations entre la direction et les syndicats. La position des acteurs se durcit : retour en force de la CGT, mais attitudes de la direction beaucoup plus fermes. L'atmosphère de crise domine plus que la mise en place de nouveaux rapports sociaux.

Deuxième nouveauté : EDF se désengage beaucoup plus vis-à-vis de l'État, grâce aux contrats d'objectifs et à la possibilité pour l'entreprise de conclure des accords de partenariat avec des groupes industriels et de s'ouvrir à de nouveaux champs d'activité. Enfin, le thème de l'Europe est de plus en plus présent au sein de l'établissement, qui voit d'un bon Óil les mutations à venir du fait des prix de l'électricité relativement faibles que nous pratiquons.

Tout au long de leur route, nos auteurs n'ont jamais mis sous le boisseau les vices du " modèle EDF " ; lourdeur, blocages bureaucratiques, médiocrité de l'action commerciale, sureffectifs, poids de la CGT unique en France, hypertrophie du parc nucléaire. Comment, dans ces conditions, cette entreprise apparait-elle aussi comme innovatrice dans le domaine du management ?

Selon nos auteurs, c'est parce qu'elle a toujours été un acteur du développement : reconstruction d'après-guerre, programme hydraulique et même programme nucléaire " ont impliqué une forte tension de tous, une intégration de l'ensemble pour répondre à de grands défis ". L'effort de mobilisation appartient à la culture de l'établissement (1). C'est ce principe qu'ont découvert plus récemment la plupart des grandes entreprises françaises.

Les " ratés de la machine " n'ont pas trop endommagé son image. Sa capacité d'entrainement reste intacte, mais vers quoi ? L'Europe suffira- t-elle, alors que la CGT s'ingénie à en souligner surtout les risques ?

PROJECTIONS, perspectives, prévisions, projets, foi, espérance, utopie, volontarisme... Large est la gamme de nos attitudes face au futur.

Le modèle trimestriel du département d'économétrie de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) explique le récent renouveau de croissance de l'économie française à la fois par la politique économique et par un environnement international favorable (1). Il permet aussi de dégager quelques perspectives pour 1989 et 1990: la croissance resterait supérieure à 3% en 1989, mais s'atténuerait à nouveau l'an prochain, tandis que l'inflation, modérée pour l'instant, pourrait s'accentuer (2). L'économie française demeure très sensible au contexte international et la "contrainte extérieure" risque de se faire sentir plus nettement en 1990.

Un modèle intégré mondial pour la simulation et pour l'analyse (MIMOSA) a été mis au point par une équipe commune OFCE-CEPII (Centre d'études prospectives et d'informations internationales). Il est constitué par une modélisation économétrique détaillée des six plus grands pays industriels occidentaux, une modélisation économétrique simplifiée de neuf zones géographiques couvrant le reste du monde et une modélisation des échanges entre ces quinze pays et zones pour quatre catégories de marchandises et deux catégories de services. Il fait apparaitre que la croissance économique mondiale pourrait se situer autour de 3,5% dans la période qui vient (3).

MIMOSA permet aussi de caractériser les perspectives des économies nationales pour les prochaines années: pour les Etats-Unis, une voie étroite bordée de risques, notamment celui de l'inflation ; les limites du recentrage sur la demande interne pour le Japon, qui ne réussira probablement pas à résorber son excédent extérieur, la trajectoire "exemplaire" de l'Allemagne fédérale qui, avec une croissance modérée, un faible niveau d'inflation et un solde extérieur positif, améliore la situation de l'emploi ; pour l'Italie, "vilain petit canard", la prospérité (croissance relativement forte et solde extérieur équilibré) sans la vertu (déficit public important et inflation relativement élevée). La France, elle, aurait beau s'astreindre à la vertu (faible inflation, faibles déficits publics et extérieurs), elle n'en serait guère gratifiée: croissance modérée et reprise de la progression du chômage, avec, en fin de période, le plus fort taux de chômage des grands pays industrialisés.

Jean-Marcel Jeanneney, président de l'OFCE, nous invite à ne pas avoir dans ces résultats "une foi aveugle". Les projections décrivant "ce qui, en l'absence de "chocs" perturbateurs, aura probablement lieu, si les économies et les politiques économiques poursuivent sur leur lancée..." ; or nombre de chocs ou de changements sont susceptibles de survenir dans les prochaines années.

Quant à la perspective, elle indique, sans constituer une prévision, la " croyance en une assez bonne probabilité que le tracé corresponde à ce que l'avenir sera effectivement(4) ". Ces distinctions sont claires, même si les études présentées montrent comme on glisse aisément de projection en perspective (3) ou de perspective en prévision (2)...

Et s'agissant de prévision, "deux grandes erreurs" - c'est un des artisans du modèle MIMOSA qui le constate - ont été commises au cours de la dernière décennie. En 1982 et en 1988: "A chaque fois une inflexion majeure de la croissance mondiale (...) a été manquée(5) ".

Analysant les perspectives de l'économie française, Jean-Marcel Jeanneney estime que des facteurs nouveaux doivent être pris en compte: diffusion des effets des technologies nouvelles, conséquences stimulantes de la déréglementation, prise de conscience par les Français des retombées bénéfiques de la prospérité des entreprises, perspectives ouvertes par l'Acte unique européen.

"Ces considérations diverses, écrit-il, me conduisent à penser qu'il n'est pas interdit d'espérer qu'au cours des prochaines années la croissance soit en France supérieure, d'un point peut-être, à celle projetée...(3) ". Le mot "espérer" est sans doute ici employé dans un sens affaibli, pour exprimer une attitude d'esprit intermédiaire entre la perspective et la prévision.

Mais va-t-on pouvoir longtemps encore résumer par le taux de croissance un diagnostic économique ? On sait depuis plus d'un siècle qu'un taux de croissance économique (comptabilisé) élevé peut être atteint sur la base de coûts humains et sociaux (le plus souvent non comptabilisés) très lourds. Ce fut le cas tout au long de l'industrialisation européenne et nord-américaine ; c'est encore le cas pour certaines catégories de populations dans le Nord, et pour beaucoup au Sud.

On prend de plus en plus conscience qu'une croissance forte (en termes d'activités économiques comptabilisées) peut être fondée sur une large destruction des ressources (forêts, sols, faune...) ou s'accompagner de dommages graves à l'environnement (air, eau, sols, océans...) - destruction et dommages non comptabilisés. Le World Ressources Institute, de Washington, cherche d'ailleurs à calculer, à partir du produit intérieur brut, un produit intérieur net, en déduisant la part du "produit" qui correspond simplement à une amputation du patrimoine naturel (6).

Symétriquement, faut-il compter dans la croissance, au même titre et de la même manière que la production de biens destinés à satisfaire des besoins, les activités supplémentaires mises en Óuvre pour efffacer les effets de pollutions ou d'atteintes graves à l'environnement ? Plus largement, ne doit-on pas saisir la croissance, comme le développement, dans une approche éthique ?

C'est ce que nous propose René Lenoir, directeur de l'ENA (7). Sa vision du monde est sombre: "Les Etats dits développés consacrent 1 200 milliards de dollars par an à fabriquer des armes (...). Le flottement total des monnaies a bouleversé l'économie mondiale au début des années 80 et nui aux pays du Sud (...). La déconnection du mouvement des marchandises et de la sphère financière n'est pas saine (...). Par une aberration de l'esprit (...), beaucoup de gens en sont venus à considérer le marché comme le seul régulateur possible, voire même comme une finalité, alors qu'il n'est qu'une composante (...).

"Le formidable endettement des ménages dans les pays occidentaux (...) approche d'une limite au-delà de laquelle une nouvelle crise est inévitable (...). (Il faut) éviter que les écarts de revenus, à défaut de se réduire, ne se creusent davantage (...)." Et finalement, "la régulation par le Plan a échoué à l'Est dans tous les pays socialistes.

" La régulation par le marché est insuffisante à l'Ouest: la force de l'argent et l'appétit de lucre n'y sont pas bornés par des règles strictes. Seul un rapport éthique peut permettre d'atteindre un degré d'organisation de la planète où l'indispensable liberté n'aboutisse pas à l'écrasement des pauvres et des faibles."

Projections et perspectives nous éclairent ; elles le font d'autant mieux qu'elles sont établies à partir de modèles bien informés et rendant bien compte de la réalité. Une fois connus leurs enseignements, trois familles d'attitudes sont possibles: le refus d'agir (fatalisme ou confiance dans les mécanismes automatiques) ; le pragmatisme (naviguer à vue, en composant avec les vents et les courants) ; l'effort conscient orienté par quelques choix éthiques et politiques fondamentaux. C'est à revenir à cette troisième attitude que nous invite René Lenoir.

"Trois milliards d'habitants d'Afrique et d'Asie disposent en moyenne de moins de 0,6 tonne d'équivalent-pétrole (TEP) (1) par an - bois de feu compris. Près de trois cents millions d'habitants d'Amérique du Nord consomment chacun plus de 7 TEP par an (...). Les pays actuellement en développement ne pourront se contenter de la portion congrue sous peine de déséquilibre mondial majeur."

Dette et taux d'intérêt: L'endettement international: approches, stratégies et paradoxes, Economie appliquée, 1988, no 4 (dernier numéro paru). La transmission des mouvements de taux d'intérêt: interdépendances et comportements, Revue française d'économie, printemps 1989. Taux d'intérêt à long terme, Bulletin trimestriel de la Banque de France, juin-juillet 1989. Marchés internationaux des capitaux : vers un nouvel équilibre, Paribas conjoncture, juillet 1989.

L'économique et le social: Les emplois du temps des Français: jeunes, hommes et femmes, actifs et inactifs, chômeurs et retraités, Economie et statistique, juillet-août 1989. Les revenus en France (salaires, activités non salariales, revenus sociaux): évolution 1985-1988, Documents du CERC (Centre d'études des revenus et des coûts), 2e trimestre 1989. La rentabilité du social: chômage de longue durée, réductions des inégalités, stratégies d'insertion, Revue française des affaires sociales, avril-juin 1989. Politiques familiales en Angleterre et dans les deux Allemagnes ; l'Espagne, pays d'immigration, Population, mars-avril 1989.

Varia: Espagne et France: mutations de crise, spécialisation, protection sociale, régions. Economies et sociétés (hors série), 1989, no 2. Les télécommunications, le marché et le service public ; les ingénieurs, le risque technologique et l'environnement: les syndicats européens et le temps de travail, Sociologie du travail, 1989, no 3.

Aucune revue d'économie parmi les cinq cents revues auxquelles la Revue des revues a consacré, dans ses six numéros de 1986, 1987 et 1988, un article, une note de présentation ou un commentaire. Mais dans son numéro 7, qui vient de paraitre, Joëlle Devillard publie, sous le titre " L'hégémonie des revues d'économie anglo-saxonnes ", une étude bibliométrique de six revues économiques, trois américaines (The American Economic Review, The Journal of Economic Literature et le Journal of Political Economy) et trois britanniques (Economica. The Economic Journal et The Review of Economic studies).

S'en dégagent les principaux domaines couverts par l'ensemble de ces six revues prestigieuses pendant la période 1980-1987 : économie générale - la théorie microéconomique l'emportant sur la macroéconomie - économie de l'incertain, théorie des jeux et théorie de la négociation. S'en dégagent aussi, bien sûr, les spécificités de chacune...

Un encadré de deux pages, de Philippe Jeannin, présente un tableau succinct des revues françaises.

COMME le thème de la " contrainte extérieure " refait à nouveau surface avec la " détérioration " des chiffres de la balance commerciale et la politique du partage des fruits de la croissance, je reviendrai cette semaine sur ce sujet déjà abordé dans la précédente chronique.

S'il s'agit de rappeler, en brandissant cette expression, qu'un pays, à moins d'emprunter, ne peut dépenser à l'étranger, notamment sous forme d'importations de marchandises et de services, plus qu'il ne gagne de devises, on n'a dit qu'une chose, certes importante mais banale, dont on peut se demander si elle justifie l'emploi de ce néologisme technocratique.

Importante certes, mais, en dépit du bon sens de bon aloi qui semble l'inspirer, cette constatation ne donne de la réalité qu'une image tronquée, propre à encourager la vision " mercantiliste " des échanges avec l'extérieur. Selon cette vision, seule l'exportation a un caractère dynamique ; en vendant à l'étranger, l'entreprise X acquiert un certain montant de monnaie étrangère, laquelle représente, à due concurrence, un pouvoir d'achat à l'étranger (pas seulement dans le pays importateur si la devise acquise est une monnaie convertible). C'est par ce moyen que les Français peuvent disposer d'une certaine faculté d'importation, soit que cette dernière soit utilisée par l'exportateur lui-même (cas exceptionnel), ou qu'elle le soit par toute autre personne qui, sur le marché des changes, aura acheté les devises que l'exportateur y aura vendues.

Dans ce schéma, c'est donc - sauf, comme déjà noté, en cas d'emprunt de devises - le montant des exportations, sous toutes leurs formes (marchandises services, titres de sociétés françaises, etc.), qui fixe les bornes de ce qu'on a appelé ici la faculté importatrice. Ce n'est pas faux, mais visiblement incomplet. Si l'exportation doit être considérée comme le " moteur " de l'échange, il faut admettre que c'est aussi le cas pour nos partenaires commerciaux. Or les exportations de l'Allemagne ou de l'Espagne vers la France sont les importations de la France en provenance de l'Allemagne et de l'Espagne. On est ainsi amené à s'interroger sur le rôle dynamisant, pour la France (ou tout autre pays), de ses propres importations dans un régime d'ouverture sur le marché international.

Que ce rôle soit, dans la même perspective, positif n'est pas douteux. Si un résident français achète, mettons, une voiture italienne, il met ipso facto un certain pouvoir d'achat en francs entre les mains de l'exportateur italien, pouvoir d'achat qui - c'est cela l'important - ne pourra être utilisé qu'en France, soit par un Italien, soit par un non-Italien (puisque, via les circuits du marché des changes, l'Italien détenteur de francs aura très bien pu les céder à un Américain, à un Belge ou à un Mexicain). C'est cet aspect des choses qui est occulté par la vision " mercantiliste " (les théoriciens mercantilistes du dix-huitième siècle n'étaient pas toujours aussi simplistes, mais prenons le vocabulaire comme il est) selon laquelle une exportation est a priori à encourager et une importation tout au plus à tolérer. Le découragement des importations, dont il reste encore des traces (sous la forme, par exemple, du contingentement - et du contingentement à un niveau ridiculement bas - des voitures japonaises), a pour effet indirect de ralentir, voire d'arrêter s'il est pratiqué systématiquement, la diffusion à l'extérieur du montant, qui n'est pas une grandeur fixe ni déterminable par avance, de la capacité étrangère d'achat en France.

C'EST cette dynamique des échanges qui est le phénomène central et dont aucun modèle économétrique, si complexe soit-il, ne peut entièrement rendre compte. D'où l'effet de surprise que cause actuellement - après maintes autres " surprises " similaires dans le passé - le puissant essor du commerce international si nécessaire que le rapport publié la semaine dernière par le GATT évalue à 8,5 % en volume pour 1988. Cela n'empêche pas les experts du GATT de présenter pour l'année en cours des prévisions (+ 7 %) probablement déjà dépassées dans la réalité.

Reste à savoir, pour en revenir à notre schéma, comment sera effectivement dépensé en France le pouvoir d'achat étranger dont la création provient des importations françaises en provenance de l'étranger. C'est ici, on s'en doute, qu'intervient la " compétitivité " - un mot plus facile à employer qu'à définir - de l'appareil de production français. Ces francs que par nature ils ne peuvent dépenser qu'en France, les étrangers ne seront enclins à les employer à l'achat de marchandises et de services français de toutes sortes que si ces achats leur paraissent, d'une façon ou d'une autre, intéressants, notamment sous le double rapport du prix et de la qualité. Ils pourront aussi acheter des actions de la Bourse française, des immeubles situés en France, etc., tous biens dont l'attrait est, aussi, lié, mais beaucoup plus indirectement, aux conditions économiques générales et particulières régnant dans notre pays (dont la rentabilité des actifs est une des plus importantes).

Mais supposons que tout cela ne suffise pas à remplir la totalité du pouvoir d'achat en francs dont on dispose à l'extérieur de la France, parce que les biens offerts par cette dernière ne sont pas assez compétitifs sur le marché international. Que vont faire les étrangers (disons, plus exactement, les non-résidents) des francs dont ils disposent ? Dans l'hypothèse ici envisagée, la question vaut d'autant plus d'être posée que c'est souvent lorsque les produits made in France se vendent le moins bien sur le marché international que les Français éprouvent le plus d'appétit pour les marchandises importées, distribuant par là même un pouvoir d'achat en francs accru aux fournisseurs extérieurs de la France. Il ne reste bientôt guère plus, dans ce cas, aux détenteurs étrangers de francs qu'un seul emploi pour dépenser ces derniers : dans l'achat des titres de la dette publique, ou privée, française, dont les taux ont, entre-temps, monté de façon suffisamment compétitive.

Notre schéma, cependant, n'est pas capable de rendre compte complètement de la notion galvaudée, mais rarement explicitée, de " contrainte extérieure ". C'est qu'il existe beaucoup de circonstances où l'insuffisance de la capacité concurrentielle de l'appareil productif français n'est, en réalité, qu'un alibi pour expliquer le déficit extérieur et l'endettement supplémentaire qui s'ensuit. Cela se produit chaque fois qu'une bonne dose de pouvoir d'achat sans contrepartie est, selon l'expression consacrée, qui a au moins le mérite de dire ce qu'elle veut dire, " injectée " dans l'économie. Dans ce cas, l'appareil de production français aurait beau être parfaitement compétitif, il est, par construction, incapable de faire face à la totalité de la demande nouvelle puisque, par hypothèse, celle-ci a été nourrie par une création monétaire (crédit de l'Institut d'émission à l'Etat ou à l'économie, ou bien aux deux à la fois) sans contrepartie du côté de l'offre de biens et de services.

On serait tenté de penser que si on trouvait le moyen de convaincre les bénéficiaires du nouveau pouvoir d'achat d'avoir la gentillesse d'attendre que la production nationale soit prête à répondre aux débouchés accrus qui lui sont ainsi apparemment offerts, le problème serait résolu : on pourrait continuer indéfiniment, à condition de bien doser son effet, à distribuer du pouvoir d'achat, autrement dit à stimuler la demande, sans craindre le déséquilibre extérieur. Cependant, comme on sait, ce n'est pas ainsi que l'économie fonctionne. L'infiniment complexe machine économique est vite détraquée (et pas seulement dans sa composante échanges avec le monde extérieur) si toute demande supplémentaire ne procède pas d'une capacité accrue d'offre sur le marché. Autrement dit, priorité à l'offre. De cela les hommes politiques sont à peu près convaincus aujourd'hui et c'est le grand changement.

OR tous les raisonnements fondés sur l'argument de la contrainte extérieure, si on y regarde de près, reposent sur cette interrogation : jusqu'où peut-on aller dans la stimulation de la demande interne sans voir se creuser dangereusement le déficit de la balance extérieure ? La réponse est simple, et cela quel que soit le pays (malgré le préjugé contraire) : on ne peut pas aller très loin. C'est pourquoi les modèles destinés à mesurer cette contrainte ne sont pas faux, à proprement parler, puisqu'ils font tous ressortir la relation " injection " de demande supplémentaire égale déséquilibre extérieur (à taux d'inflation inchangé, c'est-à-dire si l'inflation n'annule pas l'effet de l'injection). Ainsi du modèle ajouté récemment au tableau de bord du gouvernement et selon lequel à toute augmentation d'un milliard de la masse des traitements du secteur public correspondrait un accroissement de 700 millions du déficit de la balance commerciale. A ce compte, une prime de 1 000 F par fonctionnaire, de l'Etat, correspondant à une dépense d'environ 2,5 milliards, provoquerait un déficit de 1,75 milliard.

Cependant, dans le cas présent, la distribution du nouveau (et modeste pouvoir d'achat) nous est présentée comme un résultat du partage des fruits de la croissance retrouvée. Si tel est bien le cas, le modèle pourrait se trouver en défaut, car la condition principale pour qu'il soit " vrai " manquerait, à savoir que la demande ne soit pas la contrepartie d'une production déjà accrue.

Dans une étude récente émanant du Centre d'observation économique et publiée par la chambre de commerce et d'industrie de Paris sous le titre " Le déficit français des échanges de produits manufacturés ", on peut lire de la " contrainte extérieure " que, " compte tenu d'une hausse donnée des exportations, elle détermine le taux de croissance de la demande intérieure compatible avec le maintien de l'équilibre extérieur, qui, en outre, est fonction de l'élasticité - revenu des importations ". Cette définition éclaire à sa façon, je veux dire obscurcit, les données du problème, car, premièrement, il est douteux qu'on puisse parler dans l'absolu d'une " hausse donnée " des exportations, car il suffit que les non-résidents déplacent si peu que ce soit leurs préférences quant à l'emploi de leur pouvoir d'achat en francs (qu'ils préfèrent soudainement acheter des actions de la Société générale plutôt que des voitures Peugeot) pour que le volume des exportations diminue sans effet sur l'équilibre extérieur (endettement) global ; deuxièmement, tout dépend de la cause du " taux de croissance de la demande intérieure ".

Le risque d'un dérapage extérieur n'existe que s'il s'agit d'une demande créée par une " relance " (" injection " de pouvoir d'achat) et non pas par une reprise de l'activité générale. Quant à l'" élasticité - revenu des importations ", c'est une notion qui n'intéresse guère l'équilibre global de la balance extérieure (je veux dire obtenu sans endettement) aussi longtemps que la croissance des revenus est engendrée par la croissance de l'activité et non pas l'inverse. Conclusion : la notion de " contrainte extérieure " n'intervient que s'il y a création de demande supplémentaire par les méthodes de la relance, et, dans ce cas, le problème est insoluble.

Une dernière remarque : ce n'est pas un hasard si les déficits et les excédents appararemment irréversibles se concentrent dans les grands pays qui sont au centre des grands mouvements de capitaux, c'est-à-dire des déplacements du pouvoir d'achat sans cause économique immédiate : Etats unis, Japon, Allemagne.

LA hausse d'été serait-elle terminée? Après deux mois de forte progression des cours (+ 10,5%) et des premiers jours de septembre particulièrement brillants, la Bourse a marqué une pause. L'indice CAC clôturait la semaine à 538,14 points perdant 0,51% par rapport à son dernier record historique de 540,9 inscrit lundi 11 septembre.

Ce mouvement de consolidation souhaité de toute part a été favorisé par la perspective de publication vendredi d'une batterie d'indicateurs économiques américains. Pour la deuxième fois en trois semaines, la place a été contaminée par ce virus paralysant, ce "syndrome des indices", dont les premiers signes sont apparus voilà deux ans, allant ensuite en s'aggravant. A tel point qu'aujourd'hui le moindre chiffre inquiète et que son attente inhibe les opérateurs. Précisément, le calendrier des deux derniers jours était très chargé avec, pour vendredi, pas moins de cinq statistiques américaines, parmi lesquelles la balance commerciale du mois de juillet.

Les trois premières séances illustrèrent parfaitement cet attentisme avec des indices oscillant entre - 0,19% et + 0,23%. La baisse de 1% du Dow Jones à Wall Street et le possible relèvement des taux en Allemagne pesaient un peu plus sur cette tendance jeudi. La journée se terminait sur un repli de 0,53 %.

L'augmentation de 0,4 % des ventes de détail au mois d'août outre-Atlantique étant conforme aux prévisions, elle n'eut aucun effet sur le marché. Tout le monde se réservait pour le grand jour. Timidement, dès l'ouverture vendredi, les valeurs s'appréciaient de 0,01 %. La tendance se raffermissait durant la matinée, les investisseurs réagissant cependant peu au 0,2 % de hausse des prix enregistré en France le mois dernier. Ils préféraient attendre 14 h 30, heure à laquelle étaient publiés successivement le chiffre du commerce extérieur de juillet, les prix à la production d'août, les stocks des entreprises pour le même mois, la production industrielle et enfin le taux d'utilisation de ces capacités de production.

De cette avalanche de données, le marché n'en retiendra qu'une: les 7,58 milliards de dollars de déficit commercial. Un résultat nettement meilleur que prévu, puisqu'on parlait de 9 milliards de dollars contre 8,17 milliards le mois précédent. Cette confirmation de la vigueur économique des Etats-Unis éloignant le spectre d'une récession fut saluée par une hausse des valeurs de 0,31 %. La journée la plus redoutée se révélait finalement être la meilleure des cinq séances.

La semaine aura une fois de plus été rythmée par les annonces de résultats semestriels des entreprises. A l'exception de la progression des bénéfices de 25,7 % des Comptoirs modernes, les autres déçurent. A commencer par ceux du groupe BSN (+ 12,4 %) ou du constructeur de matériel électrique Legrand (+ 4,5 %). La déconvenue viendra de la CSEE (Compagnie des signaux et d'entreprises électriques) dont les pertes pour les six premiers mois de l'année avoisinent les 150 millions de francs.

Les intervenants réagirent peu à la progression des gains de Michelin (1,627 milliard contre 1,256 milliard, dont 250 millions de résultats exceptionnels) publiés tardivement vendredi. Ils étaient plus intéressés par les rumeurs venues des Etats-Unis prêtant à la firme de Clermont-Ferrand l'intention d'acheter Uniroyal. Bibendum, fidèle à sa tradition, se refusait à confirmer ou infirmer la nouvelle de l'acquisition du deuxième fabricant de pneus d'Amérique du Nord, numéro cinq mondial.

La perspective d'éventuelles pertes chez Euromarché alimenta une série de bruits divers entrainant une flambée des cours. Des analystes évoquaient une possible réorganisation de cette firme de distribution, alors que d'autres prédisaient un passage imminent sous la coupe du Printemps... Cette agitation contribua à l'effervescence observée autour des sociétés du groupe Lazard (Eurafrance, Rue Impériale...), actionnaire, via Viniprix, d'Euromarché. Au chapitre des rumeurs, les deux leaders restent Eurotunnel et la Navigation mixte. Le consortium chargé de construire le tunnel sous la Manche a pâti cette semaine de multiples bruits en provenance de Londres. Le groupe aurait des difficultés dans la réalisation de la voie entre Douvres et la capitale britannique. Un écho de plus à ajouter à une liste risquant d'être longue et variée jusqu'à l'achèvement de cet ouvrage en 1993.

L'épais mystère entourant la Navigation mixte provoque de plus en plus de questions. Qui ramasse le capital du holding dirigé par Marc Fournier ? Des alliés de la direction en place, comme le laissent entendre certains gestionnaires, ou des raiders ? Les actionnaires institutionnels semblent pour l'heure à l'écart de l'un ou l'autre des scénarios, se contentant, surtout, pour l'un d'entre eux - les AGF - de renforcer leurs participations. La Compagnie d'assurances est passée de 4,7% à plus de 5% et pourrait aller jusqu'à 10% pour des motifs fiscaux. Elle n'entend toutefois pas lancer une OPA. Une nationalisation rampante serait peu appréciée du public, affirmaient des gérants.

Au même moment, pour la première fois dans la courte histoire des privatisations, une privatisée en absorbe une autre. L'opération n'est toutefois pas surprenante, puisqu'il s'agit de la Société générale et de sa filiale alsacienne, la Sogénal, dont elle détient déjà 65,19% des parts. Toutefois, les parités avancées ne semblent pas satisfaire les autorités boursières. La Banque propose en effet une action A Société générale pour quatre Sogénal, alors que le président de la Bourse de Nancy, où est négociée la Sogénal, estime qu'une pour trois serait "plus approprié". Selon lui, "un certain nombre d'éléments importants ne sont pas pris en compte " dans cette évaluation, notamment les actifs " très particuliers " détenus par l'établissement alsacien à l'étranger. Cette conception différente est importante pour l'offre publique d'échange. En se basant sur les cours affichés mercredi, jour de l'annonce de l'opération, soit 527 F par la Société générale, le cours de reprise de la Sogénal ressort à environ 132 F, dans l'hypothèse évoquée par la banque, et à 176 F pour celle du responsable de la Bourse régionale. Le dernier cours inscrit par la Sogénal était de 124,50 F. Elle avait été proposée, lors de sa privatisation, en avril 1987, à 125 F.

Sur le marché à règlement mensuel, la semaine aura aussi été marquée par un gonflement anormal des transactions autour de la Société générale. Ce renforcement n'a rien à voir avec l'opération décrite ci-dessus. Il s'agit en fait de la poursuite du reclassement des actions de cette banque auprès de mains amies après l'échec de la prise de contrôle par Marceau Investissement au début de l'année.

Enfin, sur le second marché, le mouvement d'introduction de nouvelles sociétés interrompu pendant l'été a repris mardi avec l'arrivée de Spir Communication. Le succès observé au premier semestre lors de la quinzaine d'opérations similaires s'est confirmé. Cette firme, spécialisée dans la presse gratuite, la radio et la distribution de prospectus, proposait 375 000 titres au prix de 240 F l'unité. Elle sera submergée par plus de 44 millions de demandes. La procédure d'offre publique de vente a permis de servir seulement 0,84 % de la demande. La cote officielle, quant à elle, s'apprête à accueillir le 25 septembre la Mitsui Bank (voir encadré). D'Amérique nous viendra à l'automne Mickey et son Eurodisneyland. La société chargée de construire et d'exploiter le plus grand parc européen de loisirs à Marne-la-Vallée proposera des actions uniquement aux ressortissants des Etats membres de la CEE. Un beau dessein animé des meilleures intentions européennes.

Les affaires sont les affaires. Il est donc normal que les milieux français du même nom se réjouissent de l'accord sur le rééchelonnement d'une partie de la dette irakienne : les conditions avantageuses faites à Bagdad vont permettre à la COFACE (Compagnie française d'assurance du commerce extérieur) de garantir à nouveau les entreprises françaises opérant en Irak. Ce n'était plus le cas depuis 1986, les Irakiens, épuisés par leur effort de guerre contre l'Iran, ayant cessé à cette date de payer leurs achats militaires et civils.

Le cessez-le-feu entre l'Iran et l'Irak a permis à Bagdad de retrouver un peu d'oxygène. Ses négociateurs sont coriaces : il aura fallu près d'un an pour parvenir à l'accord, qui n'a rien de léonin puisque Bagdad va disposer de six, voire neuf ans, pour s'acquitter de l'essentiel de ses dettes échues à la fin de 1989.

L'endettement total du régime irakien atteint 16 milliards de dollars. Et, pour faire plier ses partenaires, Bagdad sait parfaitement utiliser la concurrence et faire miroiter la perspective de fabuleux contrats pour la reconstruction d'un pays en partie ravagé par la guerre.

On sait parfaitement à Paris que bon nombre de ces contrats n'auront, s'ils sont signés, rien de civil. Si l'Irak est à la recherche d'une nouvelle respectabilité financière, c'est avant tout pour renforcer sa panoplie militaire. Ce n'est pas par hasard si la Société Dassault a applaudi, dès vendredi, la signature de l'accord. Il constituait la condition nécessaire à l'aboutissement de négociations sur la vente de cinquante Mirage-2000. On sait aussi que les Irakiens ont tissé un réseau financier et industriel pour avoir accès aux technologies militaires de pointe et se doter, par exemple, de missiles à moyenne portée perfectionnés.

Alors qu'aucun traité de paix n'est en vue entre Téhéran et Bagdad, alors que l'Irak vient de s'immiscer dans l'imbroglio libanais pour faire pièce à son frère ennemi syrien, alors que le conflit israélo-arabe peut rebondir à tout moment, contribuer au réarmement irakien (ou iranien, d'ailleurs) constitue une lourde responsabilité. La remarque ne vaut d'ailleurs pas que pour Paris, mais aussi pour Moscou, fournisseur traditionnel de l'Irak, qui vient néanmoins de signer un vaste accord de coopération avec l'Iran, et pour la Grande-Bretagne, tentée de reprendre pied sur le marché des armes irakien.

Au moment où la célébration d'un nouveau climat international est à la mode, et où on se préoccupe d'en finir avec les conflits régionaux, n'y a-t-il pas quelque irresponsabilité à jeter de l'huile sur des feux mal éteints ? Rêvons plutôt... Pourquoi ne pas imaginer une concertation entre ces pays - et d'autres - sur le thème : oui à la reconstruction, non au surarmement ?

IL n'y avait pas de personnage plus heureux que Philippe Dufetelle lorsque neuf cents Verts ont fait irruption dans les municipalités à la faveur des élections de mars dernier. S'il avait parfois douté de son propre engagement, cette victoire le rassurait définitivement. Lui-même, sept ans auparavant, avait sauté le pas en quittant les écolos purs et durs pour rallier une équipe municipale. Celle de Dominique Baudis, candidat à la mairie de Toulouse. C'était le 23 décembre 1982. Ce jour-là, la Dépêche annonçait que le docteur Dufetelle et quatre de ses complices figureraient sur la liste Baudis. " Une décision aussi ambiguë que surprenante, commentait le journaliste. Un événement qui va faire du bruit à Toulouse même et à l'échelon national. "

En effet, le docteur Dufetelle, qui avait alors vingt-neuf ans, avait déjà maintes fois défrayé la chronique. Ancien militant de la Jeunesse étudiante chrétienne, soixante-huitard enthousiaste, objecteur de conscience, écologiste de choc, il s'était affirmé jusque-là comme un opposant résolu à la politique municipale de Pierre Baudis, maire de Toulouse depuis douze ans et père du candidat.

Dans son curriculum vitae, Philippe Dufetelle pouvait inscrire d'éloquentes références. Depuis dix ans, partout où il était passé, il avait semé des associations contestataires. Cet ancien rugbyman avait souvent mis son mètre quatre-vingt-sept et ses cent kilos au service de la cause écologiste. La télévision l'avait montré enchainé à un platane menacé par les tronçonneuses d'une entreprise autoroutière. L'organisateur de la première manif à vélo qui avait jeté dans les rues mille cinq cents chevelus sur deux roues, c'était lui. Lui encore qui, pour alimenter sa coopérative de bouffe " bio ", roulait jusqu'en Camargue chercher du riz non traité. Malgré sa tête d'adolescent auquel on aurait donné le Bon Dieu sans confession, il avait été la bête noire des renseignements généraux.

Lors de chaque élection, les policiers ressortaient sa fiche. Dufetelle avait fait campagne pour René Dumont en 1974. Il avait été lui-même candidat aux législatives de 1978, puis aux européennes de 1979. En 1982, le voilà au départ des municipales. Même sous la blouse d'étudiant en médecine il a réussi à faire sensation. Le titre de sa thèse de doctorat : " Nuisances et risques de la centrale nucléaire de Golfech. " Un travail catastrophique pour EDF, mais irréfutable et qui lui vaut une mention " très bien ". Puis une diffusion à 7 500 exemplaires et deux années de conférences-débats à travers la France, au cours desquelles avec un sourire angélique et des questions pointues, aujourd'hui encore restées sans réponse, il torpille la belle assurance des nucléaristes.

Et voilà qu'avec ce palmarès de combattant il passe à l'ennemi avec armes et bagages, entrainant avec lui plusieurs transfuges. Stupéfaction, désarroi et colère dans le clan écologiste. L'explication est pourtant simple. Dufetelle-le-surdoué est en avance de quelques années sur son temps. " Après dix ans de militantisme dans les rangs du contre-pouvoir, explique-t-il, j'avais envie de réaliser enfin quelque chose. Or, une fois encore, à ce scrutin, nous allions à l'échec. Les socialistes avaient concocté une loi électorale qui nous éliminait si nous ne faisions pas 5 % au premier tour et nous obligeait à entrer dans une autre liste si nous obtenions entre 5 % et 10 %. Alors autant y aller tout de suite, mais en posant nos conditions. Les socialistes toulousains n'ont pas bougé. Baudis, lui, est venu me chercher. Il m'a garanti l'indépendance politique, quatre élus, un poste d'adjoint et un programme d'environnement en dix points. "

Dufetelle accepte et se retrouve au Capitole. Le plus jeune adjoint qu'on y ait vu depuis bien longtemps. Il y découvre l'administration municipale et le goût amer du pouvoir. Comme adjoint à l'environnement, il n'a à sa disposition qu'un modeste " bureau des plaintes " peuplé d'une trentaine d'employés un peu assoupis. Il veut les dynamiser et engager trois ingénieurs. Le service se met en grève. Passé ce cap difficile, le nouvel adjoint doit se tailler une place entre les mastodontes que sont les directions de la propreté, de la circulation, de l'urbanisme et des espaces verts. Il obtient finalement un petit service autonome, quelques responsabilités et un budget de 400 000 F. Le fauteuil qu'il espérait n'est qu'un strapontin. Bien entendu ses anciens amis le traitent de " pourri " et soulignent à l'envi son impuissance.

L'usine d'incinération crache sa pollution sur la ville. Impossible d'arracher les 25 millions d'investissements nécessaires à sa transformation. La voirie installe les voitures sur les trottoirs et continue à massacrer les platanes. Quant aux pistes cyclables, elles n'avancent qu'à la vitesse d'un escargot.

Mais le docteur Dufetelle parait increvable. A son foyer, à ses deux enfants, à sa clientèle, il ajoute deux passages quotidiens à la mairie et des séances de travail dans toutes les commissions où il peut avoir quelque influence. Des journées de douze heures. Il arrache ainsi le quintuplement de son budget, l'aménagement en cheminement piéton des berges de la Garonne, le muselage des cheminées les plus polluantes, la modification du POS pour sauvegarder le patrimoine architectural toulousain. Et, pas découragé, il remet ça avec l'équipe Baudis aux élections de 1989. " La pire catastrophe qui pouvait m'arriver ", dit son épouse, médecin comme lui.

Philippe Dufetelle sourit. " Si ce n'était pas le travail à la mairie, ce serait autre chose ", dit-il. " Je suis actif. " Mais le grand gaillard s'empâte. Il n'a plus une minute pour faire du sport, hormis un peu de vélo et du jardinage, le dimanche. Et ce Méridional à l'accent chantant est un gourmand. Sa spécialité : le couscous occitan, dans lequel il remplace le mouton par du confit de canard.

Alors ne regrette-t-il vraiment rien ? " Je suis le Brice Lalonde toulousain ", dit-il. Et j'observe que des centaines de Verts ont fait comme moi. Ils apprennent le métier de gestionnaire municipal. Il faut en passer par là. " Déjà l'adjoint fourbit de nouveaux projets. Son rêve : devenir le patron de l'Agence pour la qualité de l'air. Mais avec une taxe sur les industriels lui donnant de vrais moyens financiers, comme celle que prélèvent les agences de l'eau. La haute silhouette du docteur Dufetelle, trente-six ans ce printemps, n'a pas fini de se profiler dans le paysage politico-écologique.

SUIVANT les chiffres que vient de publier le ministère de la culture et de la communication, les vingt régions métropolitaines qui ont été prises en compte (1) ont, entre 1984 et 1987, augmenté de 30% leur effort financier en faveur de la culture à laquelle ont été consacrés en 1984 12,50 F et en 1987 16,30 F par habitant (francs constants corrigés de l'inflation).

Alors que leurs investissements ont été moins élevés en 1987 que trois ans plus tôt (- 5% en francs constants), les conseils régionaux ont beaucoup développé leurs interventions en fonctionnement : celles-ci ont été multipliées, en francs constants, par 2,3 entre 1984 et 1987. Certains d'entre eux ont plus que triplé ce poste (Corse, Aquitaine, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Centre).

Toutefois, malgré cette progression très sensible en valeur absolue, ce secteur régresse en valeur relative : alors que la part du budget global consacré à la culture était en 1984 de 4,1%, elle n'est plus en 1987 que de 2,8%, ce qui s'explique par l'importante croissance des budgets régionaux (+ 90% en trois ans) entrainée par les transferts de compétence (lycées notamment).

Cela dit, les conseils régionaux ont profondément modifié la répartition de leurs dépenses. En effet, le doublement des dépenses de fonctionnement (multipliées par 2,3 en francs constants de 1984 à 1987) porte la part de celles-ci dans le budget culturel à 47% alors que, en 1984, les dépenses d'investissements prédominaient encore nettement (74% contre 53% en 1987).

Ce changement d'orientation ainsi que l'apparition des dépenses de fonctionnement directes, quoique faibles et concentrées sur quelques postes (services culturels, centres et services d'information, activités commémoratives), constituent sans doute les prémices d'un changement de comportement des régions à l'égard de la gestion de la culture.

Les associations régies par la loi de 1901 et les organismes assimilés à des établissements publics (orchestres régionaux, centres dramatiques nationaux, lieux d'enseignement scolaire ou universitaire de la culture régionale...) sont les principaux bénéficiaires de cette nouvelle répartition des ressources. Ils en restent les destinataires essentiels avec les associations para-régionales (office et agences régionaux, FRAC...) et les communes.

On note aussi une évolution sensible des objectifs culturels des régions.

La production artistique (création, diffusion ou distribution des Óuvres) représente en 1987 plus du tiers des dépenses des régions dans le domaine culturel. La musique, l'art lyrique et la danse constituent à eux seuls près de la moitié de ce poste : les régions ont multiplié par deux entre 1984 et 1987 les subventions de fonctionnement aux orchestres régionaux et autres formations musicales, aux théâtres lyriques, aux compagnies chorégraphiques et aux festivals.

Derrière la musique viennent le théâtre (18 % des opérations de production artistique) et l'art contemporain (13 % des dépenses de production artistique).

Les opérations de conservation du patrimoine, des musées et des bibliothèques arrivent en deuxième place dans l'ordre des priorités. C'est, cette fois, surtout par le biais de l'investissement que cet objectif est financé par les régions puisqu'il représente près de la moitié de leurs dépenses culturelles en capital en 1987.

Le premier poste est, bien sûr, le patrimoine architectural. Viennent ensuite les musées avant les bibliothèques et la lecture publique.

L'animation polyvalente marque en revanche le pas par rapport aux autres domaines. En effet, l'investissement quasi structurel sur les salles polyvalentes et les MJC est très sensiblement inférieur en 1987 à celui de 1984 (respectivement - 90 % et - 19 % en francs constants). Par ailleurs, les subventions de fonctionnement aux organismes d'action culturelle polyvalente ont augmenté moins vite que les autres dépenses.

De même, on note que la formation artistique est l'un des secteurs où l'effort des régions diminue relativement : les régions ont moins participé en 1987 à l'équipement des écoles qu'en 1984, et la croissance de leur soutien en fonctionnement (+ 67 % en francs constants) est moins accentuée que pour les autres postes.

La métropole lilloise veut s'ouvrir à ses voisins belges. Coincée contre la frontière, l'agglomération de Lille-Roubaix-Tourcoing ne fonctionne qu'à 180 degrés : quand on a discuté du SDAU (schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme) au début des années 70, les cartes ont été présentées en blanc de l'autre côté de la frontière. Pourtant les échanges sont nombreux de part et d'autre, les villes s'inscrivent en continu dans le paysage ; mais les lignes de bus s'arrêtent à 100 mètres de la douane et les voyageurs doivent descendre, franchir la frontière à pied et reprendre un bus de l'autre côté.

Aujourd'hui, l'agglomération qui nourrit des rêves de métropole européenne, à mi-chemin entre Paris et Bruxelles, veut s'ouvrir à 360 degrés. Depuis quelque temps l'idée est dans l'air d'un prolongement de la future ligne de métro qui doit rallier Lille - Roubaix - Tourcoing au-delà de la frontière, jusqu'au cÓur de la ville belge de Mouscron. Le bourgmestre, Mr Detremmerie, est demandeur.

Mr Pierre Mauroy, maire de Lille, député du Nord et nouveau président de la communauté urbaine, voit dans ce projet tout un symbole et espère recevoir l'appui financier de la Commission européenne. Mais il ne veut pas trop précipiter les choses et ne veut pas froisser les susceptibilités des Wallons et des Flamands en Belgique. " A eux de dire s'ils se sentent intéressés par des offres de coopération, déclare-t-il.

Mr André Diligent, maire centriste de Roubaix, sénateur du Nord et nouveau premier vice-président de la communauté urbaine, plaide dans le même sens et souhaite la mise en place d'une commission permanente pour associer les Belges " à nos zones d'activité, à nos aménagements et réseaux de transport, à l'élaboration aussi d'un nouveau SDAU ".

Le Seibu Museum of Art de Tokyo organise jusqu'à la fin septembre une exposition George Sand : deux cents dessins, photos, gravures, objets et documents divers.

Le Seibu Museum est un peu le Beaubourg nippon. Ses expositions récentes ont été consacrées à Henri Michaux, Jacques-Henri Lartigue, Jean Dubuffet, Yves Klein, et quelques autres de même importance. Pour l'organisation de cette exposition, le conservateur, Mr Tsuyoshi Faito, est venu en Berry rencontrer Mme Christiane Sand, veuve du fils adoptif d'Aurore, la petite-fille de l'écrivain, et héritière à ce titre d'un riche ensemble documentaire sur le romantisme français.

" La difficulté, explique Mme Christiane Sand, a été de ne pas abuser d'une documentation écrite illisible pour les Japonais. " L'accent a donc été mis sur les objets, et surtout sur les dessins et les gravures (de George Sand elle-même, de son fils Maurice et de plusieurs artistes contemporains), et sur la photographie : des clichés rares, réalisés par exemple par Alfred de Musset, et l'intégrale de la vingtaine de portraits de George Sand pris par Nadar à diverses époques de sa vie.

La mairie de Clermont-Ferrand a décidé de se doter d'un nouveau moyen d'améliorer la gestion financière de la ville. Elle va associer autour d'un chef de file, qui sera le Crédit local de France, quatre établissements bancaires de la place : la Banque populaire du Massif central, la Caisse régionale du Crédit agricole, la Banque nationale de Paris et la Société générale.

L'objectif de cette opération est que la ville obtienne une meilleure offre financière, cumulant les produits les plus attractifs de chacun des établissements, tout en évitant une trop grande dispersion. En outre, le Crédit local de France assurera une mission permanente de conseil, d'étude des offres financières, d'analyse de la conjoncture et de suivi actif de la dette.

Le protocole porte sur un montant global d'emprunt de 85 millions de francs pour 1989, auquel s'ajoute une ligne permanente de trésorerie de 20 millions de francs.

Cette nouvelle méthode de gestion des emprunts et de la dette est déjà utilisée par quelques grandes collectivités en France.

Laurent Fabius a annoncé, dans une interview à Paris-Normandie, le lancement effectif du projet de " métro léger " (en réalité un tramway identique à celui qui circule à Grenoble) pour l'agglomération de Rouen (400 000 habitants) dont il préside le Syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM).

Avec les élus socialistes de l'agglomération de Rouen il avait pourtant manifesté les plus grandes réserves sur ce projet lancé par le maire de Rouen, Jean Lecanuet, en 1987. AU PS on jugeait le métro léger " trop cher par rapport aux services rendus " et on reprochait à Jean Lecanuet de ne pas avoir considéré l'ensemble des problèmes des déplacements urbains. Finalement le projet initial est retenu dans ses grandes lignes par Laurent Fabius.

Avec un réseau long de 12 kilomètres ce système de transport en commun en site propre comprendra deux lignes reliant le centre de Rouen à Sotteville-lès-Rouen pour l'une et au Grand-Quevilly pour l'autre. L'avant-projet détaillé devrait être adopté à la fin de 1989 et les travaux commenceront à la fin de 1990 pour une ouverture prévue dans le courant 1993. Son coût est évalué à 1,5 milliard de francs.

Après vingt-cinq années d'hésitation, la Lorraine décide de se doter d'un aéroport régional. Cette volonté, affirmée le 25 juin 1986 par le conseil régional, vient de se traduire par la pose de la première pierre de la future aérogare. L'investissement global s'élève à 378,33 millions de francs (valeur 1989) financé à hauteur de 142,5 millions de francs par la région lorraine, 129,1 millions par l'Etat, 64,47 millions de francs par le FEDER et 42,3 millions de francs par les autres collectivités locales.

L'aéroport de Lorraine, qui doit entrer en service à l'automne de 1991, sera doté d'une piste de 2 500 mètres et d'un système permettant les atterrissages par tous les temps. Il emploiera quelque deux cents personnes, dont sept contrôleurs aériens et vingt-cinq électroniciens de la direction générale de l'aviation civile, qui a décidé d'y implanter son antenne régionale couvrant l'ensemble du grand-Est, à savoir la Lorraine, l'Alsace, Champagne-Ardenne, la Bourgogne et la Franche-Comté. La capacité d'accueil du futur aéroport lorrain sera de trois cent mille à trois cent cinquante mille passagers par an.

Pour lui trouver un nom, un concours est lancé auprès des jeunes Lorrains de huit à dix-huit ans.

Le premier lycée de la mode, entièrement consacré aux formations des métiers de l'habillement, a ouvert ses portes à Cholet, en Maine-et-Loire. Deux cent quarante élèves ont été accueillis, dont une quinzaine de garçons. L'établissement offrera quatre cents places en rythme de croisière. Il devrait faire le plein l'an prochain.

Les formations proposées sont de trois niveaux, avec des passerelles possibles : BEP industries de l'habillement, brevet de technicien, BTS industries de l'habillement et stylisme-modélisme, plus une section expérimentale de modélisme industriel.

Financé par la région, le lycée aura coûté 30 millions de francs pour les bâtiments et 14 millions pour les équipements. Ce nouvel établissement devrait répondre à un besoin évident de l'industrie locale. Le Choletais est en effet après Paris le deuxième centre national de production de la confection textile. Très menacées les entreprises ont dû " délocaliser " une partie de plus en plus importante de leurs fabrications dans des pays à main-d'Óuvre bon marché : Inde, Moyen-Orient, Macao. Mais cette pratique a ses limites et pour répondre avec souplesse et rapidité aux demandes il faut conserver un volant - entre 30 % et 50 % de la production - de fabrication sur place. Pour cela les industriels locaux ont besoin impérativement de jeunes bien formés, très professionnels, que devrait pouvoir leur fournir le nouveau lycée.

Saisi discrètement par un administrateur de la Cinq, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a décidé, vendredi 15 septembre, qu'un éventuel changement de président de la chaine ne remettrait pas en question l'autorisation qui lui a été accordée. MM Jérôme Seydoux et Silvio Berlusconi ont ainsi obtenu le feu vert pour l'offensive qu'ils comptent mener, dès lundi, contre Mr Robert Hersant.

Ce n'est que partie remise. Le conseil d'administration de la Cinq, annulé in extremis le 15 septembre par Mr Robert Hersant, se tiendra dès lundi 18. Mr Silvio Berlusconi et Mr Jérôme Seydoux l'ont réclamé avec insistance, comme ils en ont le droit, puisqu'ils possèdent, à eux deux, plus de 25% du capital. Et les deux anciens propriétaires de la Cinq comptent bien, cette fois, mener l'opération jusqu'à son terme : l'éviction de Mr Robert Hersant de la présidence.

Pour réussir ce spectaculaire coup de force, MM Seydoux et Berlusconi doivent disposer d'une majorité au conseil. Ils ont trouvé un allié décisif avec le Groupama. Ces mutuelles agricoles, qui n'ont pas d'autres investissements significatifs dans l'audiovisuel, considèrent la Cinq comme un placement financier, quelque peu décevant pour le moment. Neutre jusqu'à présent dans les batailles internes de la chaine, le Groupama semble prêt soudain à voler au secours du tandem Seydoux-Berlusconi. La raison : le groupe Chargeurs SA de Mr Seydoux aurait promis de racheter ultérieurement le paquet d'actions détenu par les mutuelles (16,83 %). Interrogé par la rédaction du Monde, le représentant du Groupama au conseil d'administration de la Cinq n'a voulu "ni confirmer ni démentir" ces informations.

L'opération de Mr Seydoux et de Mr Berlusconi comportait néanmoins un risque. Le changement de président n'est-il pas, au regard de la loi, une modification susceptible d'entrainer le retrait de l'autorisation accordée à la chaine par la CNCL ? Surtout si, contrairement à ce qui s'est passé à TF 1, il ne s'agit pas seulement d'un changement d'homme, mais d'un véritable bouleversement du rapport des forces entre actionnaires. MM Seydoux et Berlusconi sont rassurés depuis vendredi : le CSA n'y a vu "aucune objection".

Une voie royale parait donc ouverte aux acteurs du coup de force. MM Seydoux et Berlusconi sont déterminés à reprendre les rênes de la Cinq et à en changer radicalement la gestion. Des sources concordantes évoquent même le nom de Mr Hervé Bourges comme futur directeur général en remplacement de Mr Philippe Ramond. La présidence de la chaine irait à Mr Jérôme Seydoux. Mais ce dernier n'étant pas nommément administrateur de la chaine, la manÓuvre demandera quelques détours.

Si l'opération de MM Seydoux et Berlusconi est couronnée de succès lundi, tous les problèmes n'en sont pas réglés pour autant. L'éventuelle reprise des actions du Groupama par Mr Jérôme Seydoux risque de se heurter au droit de préemption des autres actionnaires. Elle peut aussi amener le CSA à réexaminer l'autorisation accordée à la chaine. De plus, même avec les actions des mutuelles, Mr Seydoux et son allié Mr Berlusconi ne sont pas assurés d'une majorité du capital de la Cinq. Ils obtiendraient en effet, 48,63 % des parts. Pour franchir la barre de la majorité, il leur faudrait trouver des alliés auprès du groupe Les Echos (4,2 % environ) ou du Crédit lyonnais (5,31 %). Le groupe britannique Pearson qui a repris les Echos est vendeur. Le Crédit lyonnais, établissement nationalisé, est l'un des plus gros banquiers du groupe Hersant. Le patron du Figaro, qui n'entend sans doute pas se laisser déposséder aussi facilement de son pouvoir, a encore des possibilités de contre-offensive.

L'audiovisuel français est entré glorieusement dans l'ère du paradoxe. Il y a quelques semaines, un conseil supérieur de l'audiovisuel - théoriquement contrôlé par des membres de gauche - a porté à la tête des télévisions publiques un président, classé à droite. Aujourd'hui, ce président choisit comme directeurs généraux d'Antenne 2 et de FR 3 deux personnalités socialistes. Mieux encore : si l'opposition, toutes tendances confondues - dénonce avec véhémence ces nominations, le pouvoir socialiste, lui, est loin de s'en féliciter. Le PS se tait, gêné ; les ministères concernés sont partagés entre la consternation et la fureur.

Officiellement, on pratique avec virtuosité la langue de bois : le gouvernement n'a aucun commentaire à faire sur les choix de Mr Guilhaume et respecte son indépendance. On se contente, dans les cabinets, d'ironiser sur l'attitude de l'opposition qui, hier, encensait les mérites du président des chaines publiques et se déchaine, aujourd'hui, contre ses choix. Mais derrière cette attitude de façade, le pouvoir est sérieusement embarrassé par l'habileté tactique de Mr Philippe Guilhaume.

Le président d'Antenne 2 et de FR 3 a fait en effet une lecture très personnelle de la réforme du service public. Loin de doter - comme le voulait l'esprit de la loi - les deux chaines de responsables à part entière, il a divisé le pouvoir entre quatre têtes. Un partage d'autant plus retors que dans le schéma de Mr Guilhaume, Mme Ruggieri et Mr Cavada, professionnels des programmes, dépendent de Mr Gaillard et de Mme Alduy, gestionnaires néophytes dans le domaine de la télévision. On ne pouvait mieux diviser pour tenter de régner. Mr Guilhaume s'emploie, d'ailleurs, à conforter son propre pouvoir en constituant discrètement, autour de lui, un cabinet important, capable de traiter tous les problèmes d'Antenne 2 et de FR3.

Le gouvernement et le Parti socialiste, qui tenaient plus que jamais à l'autonomie des deux chaines face à leur président comun, n'ont guère de moyens pour s'opposer à la stratégie de Mr Guilhaume. Ils ne peuvent critiquer ses choix sans mettre en cause du même coup deux personnalités socialistes. Pratiquer la politique du pire en s'opposant aux ambitions budgétaires du président d'Antenne 2 et de FR3 serait suicidaire : l'asphyxie financière du service public relancerait l'agitation dans les chaines et le gouvernement apparaitrait comme le premier responsable de la crise.

Reste la guérilla quotidienne. Le pouvoir ne dispose que d'un seul instrument : les conseils d'administration d'Antenne 2 et de FR3. Les représentants de l'Etat et du Parlement peuvent tenter d'y défendre l'esprit de la réforme de Mme Catbherine Tasca et de Mr Jack Lang. Dès leur prochaine réunion, les conseils d'administration seront saisis des choix de Mr Guilhaume. Les représentants de l'Etat ne vont certes pas refuser les directeurs généraux, mais ils comptent bien faire remarquer au président du service public qu'il a outrepassé ses prérogatives en choisissant lui-même les directeurs d'antenne. Mieux encore : les représentants du pouvoir rappeleront que les directeurs généraux d'Antenne 2 et de FR 3 sont seuls responsables des choix de personnes et de programmes. Et que les conseils d'administration votent le budget de fonctionnement de Mr Guilhaume et de son cabinet. Belles batailles en perspectives !

Au-dessus de la mêlée, le président de la République reste ostensiblement à l'écart des mésaventures quotidiens de la télévision. Aux dires de tous ceux qui l'ont approché récemment, Mr François Mitterrand ne songe aujourd'hui qu'à la constitutionnalisation du Conseil supérieur de l'audiovisuel, promis dans la " Lettre aux Français ". Le revers subi par son gouvernement et sa majorité sur la réforme du service public pourrait - ultime paradoxe - lui en fournir l'occasion. Prenant l'opposition à contre-pied, le chef de l'Etat pourrait rapidement proposer aux Français ou au Congrès d'approuver en même temps la réforme du Conseil constitutionnel et la pérennisation du CSA dans les institutions de la République. A moins que la crise en cours sur la Cinq et les démêlés du pouvoir avec Mr Robert Hersant ne viennent encore en fois emoisonner l'atmosphère politique.

Bien qu'il figure sur la liste d'investiture rendue publique par les instances nationales de l'UDF, le président et doyen du conseil général des Alpes-de-Haute-Provence, Mr Maurice Boniface (apparenté UDF), qui, au début de l'été, avait fait discrètement savoir qu'il songeait à présenter sa candidature pour le renouvellement de l'unique siège de sénateur, a renoncé à cette idée "par souci d'union". "Je n'ai jamais fait officiellement acte de candidature", tient-il à préciser, avant d'ajouter : "J'avais seulement fait part de mes intentions au sein du groupe UDF du conseil général, qui m'a d'ailleurs apporté un soutien unanime."

Mais voilà, pour le malheur du président de l'assemblée départementale, le RPR - sept conseillers généraux sur les quinze de la "majorité relative" de droite (1) - avait également son candidat en la personne de Mr Henri Savornin, maire de Montclar, conseiller général du canton de Seyne-les-Alpes. "Lors de la réunion commune que nous avons tenue après deux semaines d'atermoiements et face à une situation que je sentais bloquée, j'ai pris la décision libre et réfléchie de ne pas me présenter", déclare Mr Boniface. Ce renoncement a répondu à l'attente ; mieux même, il a comblé d'aise le RPR. "Il aurait été préjudiciable de nous laisser en primaire alors que nos deux mouvements se réclament de l'union et travaillent ensemble à l'intérieur de l'assemblée départementale. Je me suis donc rallié sans marchandages ni compromis à la candidature de Mr Savornin ", confie encore Mr Boniface (2).

Une décision qui, pour certains, honore le " président ", mais que d'autres estiment regrettable, car, assurent-ils, " il pouvait mieux faire que le candidat du RPR ". Pour l'instant, Mr Fernand Tardy (PS), candidat à sa propre succession, reste le favori (avec une vingtaine de voix d'avance, selon les pointeurs du microcosme local) dans un scrutin qui se limite à une triangulaire entre la droite, le PS et le PCF qu'arbitreront les quatre cent soixante-sept grands électeurs. Situation qui fait dire à un supporter de Mr Boniface : " Il a pris une sage décision. D'abord, parce que la présidence de l'assemblée départementale est une charge suffisamment lourde. Ensuite, parce qu'un président de conseil général ne peut se permettre de perdre."

ARDECHE : primaire à droite.

La candidature de Mr Amédée Imbert (UDF-CDS), conseiller général et maire de Privas, crée un suspens à droite. Si sa présence dans cette consultation électorale ne menace pas la réélection de l'homme fort du département, Mr Henri Torre (UDF-PR), président du conseil général, elle pourrait gêner celle de Mr Bernard Hugo (RPR), conseiller général et maire d'Aubenas. Fort de l'appui de Mr Torre avec qui il fait équipe, Mr Hugo, président de l'Association des maires de l'Ardèche, demeure toutefois favori. Minoritaire, la gauche se présente, pour sa part, divisée, les candidats du PC, MM Serge Plana et Alain Rissou, soulignant qu'ils ne se situent pas "aux côtés de la majorité présidentielle", représentée par MM Michel Teston et Henri Bouvier.

ARDENNES : un trouble-fête à droite.

Sénateur centriste depuis dix-huit ans, Mr Maurice Blin a, cette fois-ci, fait équipe avec Mr Jacques Sourdille (RPR), président du conseil général, l'autre sénateur sortant, Mr Christian Masson (RPR) ayant choisi de ne pas se représenter. Ce mariage de raison entre le CDS et le RPR risque cependant d'être perturbé par la candidature - jugée " malencontreuse " par Mr Blin - de Mr Michel Daval (UDF-PR) qui ne bénéficie pas de l'investiture de son parti. Maire d'un petit village de la périphérie de Charleville-Mézières, Mr Daval dispose d'un atout non négligeable : il préside depuis six ans l'association départementale des maires qui regroupe quelque quatre cents élus sur un millier de grands électeurs. Sans illusion excessive, le Parti socialiste espère tirer parti de cette fracture à droite, en choisissant de présenter deux hommes de terrain, MM Abel Noreck et Lucien Bauchard, tous deux conseillers généraux.

ARIEGE : Mr Authuis (PS), sans effort.

Sénateur socialiste sortant, Mr Germain Authié envisage l'avenir avec un légitime optimisme... même en étant opposé à un représentant du PC et à deux candidats de l'opposition UDF-RPR. La raison d'une telle sérénité : la majorité des cinq cent quatre-vingt-six grands électeurs de ce département sont soit membres du Parti socialiste soit sympathisants. Un seul tour devrait donc suffire à Mr Authuié, qui pourrait améliorer son score de 1980 (70 %).

Le déficit de la ville d'Angoulême n'est pas de 37 millions de francs en 1989, comme l'affirmait l'audit remis en juin, mais de 47 millions sur un budget total de l'ordre de 600 millions de francs.

La chambre régionale des comptes vient encore d'alourdir de 10 millions de francs le "trou" découvert dans les comptes de la ville à l'arrivée de Mr Georges Chavanes (UDF-CDS), maire depuis mars dernier.

La dernière campagne municipale avait tourné, pour l'essentiel, autour de l'endettement de la ville. Le slogan "Angoulême, la ville qui vit en images" de Mr Jean-Michel Boucheron, député socialiste et maire sortant, s'opposait à l'affirmation "Angoulême, ville ruinée" de Mr Chavanes.

Dès son élection, le nouveau maire a fait réaliser un audit par un cabinet privé. Les conclusions rendues en juin étaient accablantes pour l'ancien maire socialiste : le budget primitif de 1989 avait été établi "de mauvaise foi", dissimulant un déficit de 37 millions.

Les conseillers municipaux socialistes hurlèrent, accusant Mr Chavanes de vouloir "rayer cette ville de la carte des villes dynamiques ", et s'en remettant à la sagesse de la chambre régionale des comptes.

Celle-ci vient de donner son avis : non seulement les magistrats confirment les conclusions de l'audit, mais, en plus, ils admettent le déficit de 10 millions supplémentaires, retrouvé entre-temps par Mr Chavanes.

La chambre ne met cependant pas le couteau sur la gorge à la nouvelle équipe municipale. Elle lui propose de réaliser 12 millions d'économies tout de suite, en renvoyant aux exercices ultérieurs la résorption totale du déficit.

La solution passe par la subvention d'équilibre que Mr Chavanes a demandée au ministère de l'intérieur, dans la mesure où il s'est fait élire sur le thème de la pause de la fiscalité locale.

Mr Chavanes est catégorique : " Les polémiques sur la gestion de (mon) prédécesseur doivent cesser ", dit-il. Beaucoup, à Angoulême, ont déjà traduit : si le maire obtient sa subvention d'équilibre, il n'y aura pas de poursuites judiciaires de la part de la ville envers l'ancien maire, qui, justement, a été - pendant quelques semaines - secrétaire d'Etat aux collectivités locales auprès de Mr Pierre Joxe.

Neuvième banque mondiale en termes d'actifs, future numéro deux à dater de sa fusion avec Taiyo Kobe Bank en avril 1990 (le Monde du 30 août), la banque japonaise Mitsui Bank sera introduite le 25 septembre à la cote officielle de la Bourse de Paris.

Précédées par les établissements financiers Nippon Shinpan et Nikko Securities, les banques japonaises, après Londres, essaiment à Paris. Sumitomo, Fuji, Mitsubishi, Sanwa et - dernière en date mais première mondiale - Dai Ichi Kangyo ont ainsi fait leur entrée au palais Brongniart entre novembre 1988 et mars 1989.

A l'unisson des banquiers japonais, Mr Kenichi Kamiya, président de la Mitsui Bank, affirme que Paris sera la place européenne la plus dynamique dans les années à venir. Mitsui, qui y a récemment promu son bureau de représentation au rang de succursale à part entière, entend développer ses relations avec les entreprises nippones établies en France. Mais elle ne fait pas mystère de ses ambitions commerciales auprès des entreprises françaises.

Dans sa "bataille de France", la banque ne manque pas d'atouts. Elle affiche, pour le dernier exercice, un résultat avant impôts de 8,2 milliards de francs et un bénéfice net de 3,2 milliards. Ses capitaux propres ont doublé en quatre ans. Contrainte à des efforts de productivité en raison des faibles marges pratiquées au Japon, peu engagée sur les pays à risques, Mitsui devrait être une concurrente sérieuse pour les banques françaises.

Cette introduction se fera sous l'égide de la Société générale, de la Caisse nationale de crédit agricole et de Nomura France.

Comme c'est souvent le cas lors des déplacements du président de la République, ce qui, à l'origine, devait être une simple visite privée et amicale a fini par prendre une allure officielle. Invité par Mme Christine Arnothy, écrivain et veuve de l'ancien directeur du Parisien libéré, Claude Bellanger, à inaugurer, vendredi 15 septembre, à Martigny, dans le Valais, une exposition consacrée à la Révolution et à la presse, Mr Mitterrand a également rencontré le président de la Confédération helvétique, Mr Jean-Pascal Delamuraz, et le chef du département fédéral des affaires étrangères, Mr René Felber. Une occasion d'exalter la liberté de la presse et " l'excellence des relations entre la France et la Suisse ".

Rendant hommage à Claude Bellanger, qui fut l'un de ses compagnons de la Résistance et qui a réuni une collection de quelque dix mille documents relatifs à la presse, Mr Mitterrand a rappelé que, " comme on le disait dans le Valais, la liberté de la presse, c'est le boulevard de la République. Pour y arriver, il a fallu rien de moins qu'une révolution".

Le chef de l'Etat a également fait valoir que "la liberté de la presse n'est jamais définitivement acquise, même dans nos pays, et que le devoir des responsables de l'Etat est d'y rester attentif". Mr Mitterrand a ensuite mis en garde contre "la menace permanente du pouvoir de l'argent" ou contre les risques "de grands moyens audiovisuels qui seraient mis à la seule disposition d'un pouvoir ignorant des libertés fondamentales". Et de citer le fondateur du Monde : "Hubert Beuve-Méry disait : Former un homme, lui donner des éléments d'information c'est quand même autre chose que de lui donner une paire de chaussures ou un chapeau."

Le président de la République a exprimé le vÓu que les liens unissant la France et la Suisse se renforcent encore afin que chacun puisse jouer son rôle dans l'avenir de l'Europe. Mr Mitterrand, qui est déjà venu à quatre reprises en Suisse depuis qu'il est président, a confirmé qu'il y reviendrait encore deux fois avant la fin de l'année. D'abord, il reverra le président de la Confédération le 13 novembre au Centre européen de recherche nucléaire à Genève, puis, le 15 décembre, à Bâle, où, avec le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl, il participera à une rencontre au sommet des trois pays frontaliers.

Les communistes alignent six candidats pour les trois sièges de sénateur à pourvoir dans le Doubs. A côté de la liste investie par les instances nationales du PCF, les " reconstructeurs " de la " Fédération communiste du Doubs ", constituée en association indépendante, sollicitent, en effet, les suffrages des grands électeurs sans autre espoir, il est vrai, que d'affirmer leur résistance aux tentatives de normalisation dont ils sont l'objet.

Les Verts se présentent également dans le département. Ils l'avaient décidé avant la réunion du conseil national interrégional (CNIR) en août et précisent que cette candidature, justifiée par un score voisin de 12 % aux dernières élections européennes, n'a pas créé de situation de litige au sein du mouvement écologiste.

Les trois sortants, MM Louis Souvet, le nouveau maire de Montbéliard (RPR), Georges Gruillot, président du conseil général (RPR), et Jean Pourchet (UDF), entré au Sénat en août 1988 à la suite du décès d'Edgar Faure, dont il était le suppléant, auront aussi à affronter une liste de la majorité présidentielle et un candidat du Front national.

Interrogé, vendredi 15 septembre, sur le nouvel ordre des préséances établi par décret en conseil des ministres (le Monde du 15 septembre), Mr Jacques Chirac a estimé qu'en France " le protocole est trop tâtillon ". A propos du rang attribué au maire de Paris dans les cérémonies publiques - le 21e rang, après le préfet de la région Ile-de-France et le préfet de police, - Mr Chirac a ajouté : " Je ne trouve pas tout à fait normal que le maire de Paris soit situé dans ces conditions ", mais, " si c'était autrement, cela voudrait dire aussi que le maire de chef-lieu, dans un département, devrait passer avant le préfet ". Le maire de Paris a souligné, toutefois, qu'il n'avait " jamais été très attaché aux questions protocolaires ".

A la suite de la crise opposant l'état-major du Front national à sa fédération du Bas-Rhin (le Monde du 16 septembre), le secrétaire général du mouvement d'extrême droite, Mr Carl Lang, a fait savoir que Mr Dominique Chaboche avait été chargé d'une "mission d'information et de consultation auprès des cadres et des militants afin de mettre en place dans les meilleurs délais une nouvelle équipe dirigeante".

La RDA a-t-elle le moyen d'empêcher ses ressortissants de se rendre en Hongrie ? Le leur interdire ou imposer aux voyages en Hongrie des restrictions semblables à celles qui s'appliquent à la Pologne serait en fait extrêmement impopulaire et d'un coût politique très élevé pour les autorités de Berlin-Est.

La Hongrie est, en effet, après la Tchécoslovaquie (pays frontalier pour lequel aucune formalité n'est imposée sinon un change obligatoire de devises), la destination la plus prisée en Europe de l'Est par le tourisme individuel est-allemand. On ne va guère en URSS que dans le cadre de séjours organisés par les Jeunesses communistes (FDJ) ou l'Office du tourisme est-allemand. Les plages de la mer Noire, en Bulgarie ou en Roumanie, sont très lointaines. Quant à la Pologne, frontalière, où les Allemands de l'Est avaient coutume de séjourner en grand nombre, l'accès y est réservé depuis le début des années 80, c'est-à-dire depuis le début de l'agitation sociale dans ce pays, aux voyages organisés.

Le sentiment d'enfermement étant sans doute le grief le mieux partagé par les Allemands de l'Est - c'est lui qui a contraint les autorités à lâcher du lest ces dernières années sur les autorisations de voyage en Occident, - il parait politiquement difficile d'imposer de nouvelles contraintes aux déplacements vers les " pays frères ", déjà considérablement restreints.

Comme le fait remarquer le quotidien ouest-allemands, Frankfurter Allgemeine Zeitung, ces restrictions, pour être véritablement efficaces, devraient, en outre, s'appliquer au transit par la Hongrie, c'est-à-dire à tous les voyages par train ou par route vers la Roumanie et la Bulgarie, ce que ces deux pays, pour des raisons économiques, verraient d'un mauvais Óil. Il n'est guère surprenant, dès lors, que les autorités de Berlin-Est aient affirmé, à plusieurs reprises, qu'elles n'avaient pas l'intention de modifier les réglementations en vigueur pour les déplacements vers la Hongrie.

Elles ont cependant la possibilité de les appliquer de façon plus restrictive, car l'accès à la Hongrie n'est pas totalement libre. Il faut être muni d'une autorisation de la police est-allemande dont l'obtention prend entre trois et cinq semaines. Beaucoup d'Allemands de l'Est se la procurent plusieurs mois à l'avance, ce qui explique sans doute que les sorties vers la Hongrie aient continué à un rythme habituel, alors que la crise était déjà ouverte.

Cette autorisation était jusqu'ici quasi automatiquement accordée sauf, semble-t-il, dans le cas de quelques personnes considérées comme contestataires. Il n'est pas dit qu'il en sera de même à l'avenir.

Le mouvement de ces dernières semaines pourrait, en outre, inciter les autorités de Berlin-Est à limiter les autorisations de séjour provisoire en République fédérale accordées assez largement ces dernières années. Mais le problème, là encore, pour les autorités, serait l'impopularité d'une telle attitude, particulièrement en ce moment.

On estime, de sources concordantes, à plus de vingt mille à présent le nombre d'Allemands de l'Est qui se sont réfugiés en RFA depuis le début de l'été en franchissant la fameuse " frontière verte " entre la Hongrie et l'Autriche. Selon le ministère de l'intérieur à Budapest, quelque 25 000 ressortissants est-allemands séjournant en Hongrie comme touristes (sur un total de 60 000) ont regagné normalement leur pays au milieu de la semaine dernière. Néanmoins, l'exode continue et plusieurs centaines de réfugiés sont arrivés vendredi en RFA.

Vendredi 15 septembre, la Hongrie a durci le ton en lançant un avertissement aux plus " orthodoxes " du camp socialiste, en leur demandant de ne pas provoquer une rupture des relations avec Budapest. Dans une interview au journal gouvernemental Magyar Hirlap, Mr Laszlo Kovacs, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, a reconnu que " les divergences importantes et occasionnelles entre la Hongrie et ses partenaires est-européens étaient inhabituelles et préoccupantes (...), mais (dans les circonstances actuelles) elles sont dans l'ensemble naturelles, car il existe des différences fondamentales entre ces Etats (RDA, Roumanie et Tchécoslovaquie) et la Hongrie concernant leur développement économique et social ". Budapest, a-t-il confirmé, n'entend pas, pour le moment fermer, la " frontière verte " ni se brouiller non plus définitivement avec la RDA.

De son côté, le gouvernement est-allemand a de nouveau rejeté vendredi tout idée de réforme pour tenter d'endiguer la vague d'émigration. Mr Günther Mittag, membre du comité central du SED chargé de l'économie, écrivait, par exemple, dans le quotidien du parti, Neues Deutschland, que " les propositions de réformes faites par des gens (notamment le chancelier Helmut Kohl, NDLR) ne comportent qu'une seule idée : ils veulent une réforme qui mette fin au socialisme. Merci beaucoup, je n'en veux pas ! "

Toutefois, certaines dissonances apparaissent. L'Eglise protestante est-allemande estimait le même jour que l'avenir de la RDA risquait d'être compromis si le gouvernement est-allemand différait encore longtemps l'application de réformes démocratiques. A l'ouverture du synode annuel, à Eisenach, l'évêque Werner Leich a déclaré que l'exode actuel traduisait un " désespoir ". Reprenant les suggestions faites la semaine dernière par un autre ecclésiastique, l'évêque a réclamé la libéralisation des médias, la levée de l'interdiction de manifester, la libre circulation des personnes, une modification de la loi électorale et la convertibilité du mark est-allemand.

Par ailleurs, à Berlin-Est, l'Initiative pour la paix et les droits de l'homme a protesté, vendredi, contre le maintien en détention de six personnes interpellées le 11 septembre à Leipzig au cours d'une manifestation.

A Bonn, enfin, un dirigeant du Parti chrétien-démocrate (CDU), Mr Heiner Geissler, a proposé que le prix Nobel de la paix 1989 soit attribué à la Hongrie pour sa décision d'avoir ouvert sa frontière avec l'Autriche aux réfugiés est-allemands. Cette proposition n'a toutefois pratiquement aucune chance d'être retenue puisque les candidatures pour le prix doivent parvenir, chaque année, au plus tard dans le courant du mois de février.

L'aspiration à plus de démocratie dans les pays de l'Est, qui s'est manifestée récemment par l'exode de milliers d'Allemands de l'Est vers la RFA, est un phénomène " irréversible ", a estimé, vendredi 15 septembre, le ministre français des affaires étrangères, Mr Roland Dumas.

Commentant pour la première fois les récents événements, Mr Dumas a déclaré à RTL que ce " formidable mouvement traduit incontestablement une formidable aspiration à plus de liberté et de réformes en profondeur dans les pays de l'Est ".

Mr Dumas a jugé que les Occidentaux devaient " encourager tout ce qui va dans le sens de la réforme ". Il a cependant ajouté qu'il ne fallait pas " aller jusqu'à prôner la déstabilisation des pays de l'Est, ce qui pourrait provoquer un choc en retour ".

Dans cette perspective, le ministre a une nouvelle fois appelé l'Occident, " qui a souhaité l'évolution de la Pologne ", à " faire plus et mieux " pour aider ce pays. Mr Dumas, qui se rend, lundi 18 septembre, à Varsovie, pour signer un accord économique entre la CEE et la Pologne, a ajouté que la Communauté devait " s'ingénier à trouver une aide de longue durée qui réponde exactement aux besoins " polonais.

Evoquant la division de l'Allemagne, Mr Dumas a estimé que " l'aspiration à l'unité de la nation allemande est une aspiration légitime dans l'esprit des Allemands ", et relevé que, " du reste, cette réunification est en train de se faire presque par osmose, par la base, à défaut de se faire par les institutions ".

Enfin, Mr Dumas a indiqué que le président Mitterrand, qui s'est rendu depuis un an en URSS, en Pologne, en Tchécoslovaquie et en Bulgarie, avait l'intention de poursuivre ses visites dans les pays de l'Est. Il a précisé que le principe d'un voyage du chef de l'Etat français en RDA " est acquis ", mais que " sa date n'est pas encore fixée ".

Mr Horst Sindermann, président de la Chambre du peuple de la RDA, s'est fâché : il vient d'annuler, dans des termes très vifs, la visite prévue pour le 18 septembre d'une délégation de quatorze députés SPD en Allemagne de l'Est. Dans une lettre adressée à Mr Horst Ehmke, qui devait conduire ce groupe, Mr Sindermann affirme que les objectifs poursuivis par les sociaux-démocrates pour ce voyage étaient " totalement dirigés vers la confrontation et l'ingérence dans les affaires intérieures de la RDA ".

Le président de la Chambre du peuple justifie cette décision en qualifiant les propos tenus la semaine dernière au Bundestag par MM Ehmke et Hans Jochen Vogel, (président du SPD), de " provocateurs et insultants ". Ces derniers avaient exhorté les dirigeants est- allemands à " s'engager dans la voie des réformes, ou à laisser leur place à d'autres ". Commentaire de Mr Ehmke : " Les dirigeants de la RDA refusent non seulement toute réforme, mais aussi toute discussion à ce propos. "

Pour le député FDP Ulrich Irmer, cette décision de Berlin signifie tout simplement que " le SED est devenu fou à lier ". La vague d'émigration, via la Hongrie, de milliers de citoyens de la RDA a boulerversé tous les usages qui s'étaient établis dans les relations politiques entre les deux Allemagnes. Tous les partis s'interrogent sur l'attitude, de préférence commune, à adopter face à une direction est-allemande qui se raidit dans sa forteresse.

L'embarras...

Le SPD est cependant le parti qui subit le plus durement le contrecoup du durcissement de l'attitude de la RDA. Sa ligne fondée sur le dialogue constant avec le Parti communiste est-allemand (SED) s'appuyait sur l'espoir que la discussion et la confrontation courtoise avec les hommes au pouvoir à Berlin-Est pouvaient promouvoir des réformes de l'autre côté du mur. Ce dialogue avait abouti, au mois de septembre 1987, à la signature d'un document élaboré par une commission mixte SED-SPD, dirigée par Mr Ehrard Eppler, pour les sociaux-démocrates, et le professeur Otto Reinhold, pour les communistes est-allemands. Sans cacher les divergences idéologiques profondes existant entre les deux partis, ce document insistait sur les racines historiques communes du communisme et de la social-démocratie, et sur leur responsabilité conjointe dans la défense de la paix et de la sécurité commune en Europe. Publié à la veille de la visite de Mr Erich Honecker en RFA, ce texte représentait la contribution du SPD à cette politique du " changement par le rapprochement ", qui était menée sur le plan étatique par le gouvernement du chancelier Kohl. C'était l'époque où les hommes politiques ouest-allemands de tous bords ne manquaient pas une occasion de se faire photographier à coté de Mr Honecker.

Aujourd'hui, Mr Ehrard Eppler est saisi par le pessimisme. L'objectif de ce dialogue avec le SED était, pour le SPD, de permettre au forces réformatrices à l'intérieur et à l'extérieur du SED de s'appuyer sur un texte officiel dûment paraphé pour mener leur action. Or, constate aujourd'hui Mr Eppler, " cela est incompatible avec le maintien du monopole d'un parti sur le pouvoir et la vérité ". Et il prévient : " Si aujourd'hui encore la majorité des habitants de la RDA voient le salut de leur pays dans une réforme de l'Etat plutôt que dans sa disparition, je crains que dans les deux ans qui viennent cette majorité ne devienne minorité. " D'autres sociaux-démocrates vont même plus loin et estiment, comme l'ancien chancelier Willy Brandt, qu'on ne peut pas exclure que se déroulent bientôt en RDA des manifestations de masse demandant le rattachement à la RFA...

Comment éviter que se produisent à Berlin-Est ou à Leipzig des événements semblables à ceux qui se sont déroulés ce printemps sur la place Tieananmen de Pékin ? Cette manière de poser le problème, impensable il y a quelques mois, est maintenant au centre des réflexions des responsables ouest-allemands, et pas seulement des sociaux-démocrates. De très vives discussions avaient eu lieu au sein du groupe parlementaire SPD sur l'opportunité du voyage qui vient d'être annulé.

Si MM Ehmke et Egon Bahr, vieux routiers du dialogue avec Berlin-Est, s'étaient prononcés pour son maintien, plusieurs jeunes députés, comme MM Norbert Gansel et Karsten Voigt, étaient plutôt favorables à son annulation. " Il faut passer de la politique de changement par le rapprochement à une politique de changement par la prise de distance ! ", s'était écrié Mr Gansel. Sous la pression de cette nouvelle génération, qui reproche à la précédente de privilégier les rapports avec la hiérarchie communiste et de négliger le dialogue avec les forces contestatrices qui naissent au sein de la société, le président du parti, Mr Hans Jochen Vogel, avait dû monter la barre très haut pour faire avaliser le principe de cette visite : la délégation social-démocrate exigeait de pouvoir rencontrer des représentants des divers groupes d'opposition qui viennent de se créer en RDA, comme le Forum démocratique ou Action démocratique. Elle exigeait en outre de pouvoir tenir, à Berlin-Est, une conférence de presse internationale pour faire le bilan de cette rencontre. Le refus opposé par Berlin-Est à ces exigences n'est pas pour déplaire aux sociaux-démocrates : attaqué violemment par la CDU, qui lui reproche sa complaisance envers le SED, le SPD peut ainsi arguer qu'il sait, lui aussi, faire preuve de fermeté.

Mr Gorbatchev se serait bien passé de la visite officielle qu'il doit effectuer en RDA au début du mois d'octobre. Obligée, puisque l'absence du secrétaire général soviétique aux cérémonies du quarantième anniversaire de l'Etat est-allemand aurait constitué un manquement remarqué au " protocole socialiste ", cette visite, estime-t-on dans les directions du comité central, constituera en effet un exercice politique particulièrement délicat.

Car, quoi qu'il dise ou ne dise pas, MrGorbatchev devrait, pense-t-on, bénéficier à Berlin-Est de manifestations de sympathie qui, outre qu'elles pourraient prendre des " aspects divers ", exprimeront un soutien de la société et non pas du gouvernement. Autrement dit, et bien qu'ils ne le disent pas directement, les conseillers du secrétaire général craignent que celui-ci ne se retrouve dans la situation qu'il a connue à Pékin, au printemps dernier, et à Prague, il y a deux ans, lorsque des foules l'acclamaient pour mieux conspuer leurs dirigeants.

Tout en démentant formellement que Mr Faline, le chef du département international du comité central, ait adressé à la mi-août, comme vient de l'écrire Die Welt, un rapport très alarmiste sur la situation en RDA, on confirmait vendredi 15 septembre au comité central, que l'URSS est aujourd'hui inquiète de l'immobilisme de la direction est-allemande. Après les déclarations faites à ce sujet, mardi dernier, au Monde par un haut responsable soviétique, il apparait donc que le Kremlin se place d'ores et déjà dans la perspective d'une relève en Allemagne de l'Est et tient à se démarquer de Mr Honecker et de son équipe.

Ni les changements intervenus depuis plus de vingt ans dans les relations entre les deux Allemagnes, ni l'évolution générale de l'Europe et du monde " n'ont encore trouvé leur reflet dans la vie politique de la RDA, qui est restée, sous bien des aspects, celle du passé ", disait par exemple un responsable de l'appareil du comité central.

Tous soulignaient également qu'aux yeux de Moscou l'Allemagne fédérale se laisse en ce moment aller à un " double jeu " en agitant l'idée d'une réunification rapide, alors qu'elle a reconnu les frontières de l'après-guerre, c'est-à-dire l'existence de deux Etats allemands. Cela signifie que la campagne de mises en garde lancée depuis le début de la semaine contre Bonn ne va pas cesser de sitôt. Parallèlement pourtant, l'équipe de Mr Gorbatchev va continuer à faire savoir qu'elle considère que le meilleur et le seul moyen d'empêcher les Allemands de l'Est de vouloir passer la frontière est de rendre leur pays vivable.

Les fuites, petites phrases et autres clins d'Óil vont, à n'en pas douter, se multiplier et les Izvestia, le quotidien soviétique le plus engagé dans la perestroika ont déjà franchi un pas de plus en citant très abondamment vendredi, sous le titre de " Pourquoi s'en vont-ils ? ", un article du quotidien berlinois Junge welt. Seul de la presse est-allemande (et avec quels soutiens ?) ce journal avait en effet publié en milieu de semaine un article appelant à ouvrir une " discussion " sur les moyens de rendre la RDA " plus attrayante pour les forces créatrices " et d'en faire une " source de joie pour chacun de ses citoyens ".

L'économie américaine a enregistré en fin de semaine une série de bons résultats, qui ont immédiatement fait bondir le dollar (voir par ailleurs la rubrique " Devises et or ").

La meilleure de ces nouvelles est probablement l'annonce d'une forte réduction du déficit commercial, limité à 7,6 milliards de dollars en juillet, son niveau le plus bas depuis les 6,8 milliards de dollars de décembre 1984.

Le chiffre de juillet confirme donc l'amélioration enregistrée ces derniers mois : à l'exception de mai (- 10,1 milliards de dollars), les déficits mensuels ont été constamment inférieurs à 10 milliards de dollars depuis le début de l'année, atteignant en moyenne 8,8 milliards sur sept mois, contre 11,1 milliards par mois au second semestre 1988.

Les prévisions officielles tablent maintenant sur un déficit limité à 108 milliards de dollars pour l'année, après 119,7 milliards en 1988.

La nette amélioration enregistrée en juillet s'explique par une réduction des importations (- 2,6 %) plus forte que celle des exportations (- 1,8 %). La valeur des achats de pétrole a continué à augmenter (+ 1,4 %) malgré la baisse des prix, mais les importations de biens manufacturés ont fortement reculé (- 3,4 %).

Faut-il en déduire que l'activité a commencé à ralentir comme le pensent bon nombre d'économistes ? La réponse est incertaine. Par rapport à juillet 1988, l'ensemble des importations progresse de 9,3 % tandis que les exportations augmentent de 15,5 %. Ces chiffres montrent que les achats comme les ventes restent à un haut niveau. L'évolution de la production industrielle en août confirme cette forte activité : l'indice a augmenté de 0,3 % en un mois, ce qui est la plus forte progression en quatre mois.

Toutes ces bonnes nouvelles n'auraient pas été complètes si l'inflation n'avait donné elle aussi des signes de recul : en août les prix de gros ont baissé de 0,4 %, ce qui annonce vraisemblablement un ralentissement des hausses de prix de détail au cours des prochains mois, hypothèse d'autant plus vraisemblable que les ventes au détail ont augmenté modérément en août.

Mr Valéry Giscard d'Estaing (UDF) : " Les considérations politiques l'ont emporté sur les questions de compétence professionnelle ", estime l'ancien président de la République. " Il est regrettable que les gens au pouvoir n'arrivent pas à se faire à l'idée que les nominations dans l'audiovisuel français doivent être fondées exclusivement sur la compétence. "

Au PR : Mr François d'Aubert, député de la Mayenne, estime que les nominations sont " aberrantes sur le plan technique " et assure qu'on aboutira " à des blocages et à encore plus d'incompréhension entre gestionnaires et saltimbanques ". D'autre part, le député PR affirme que " ces nominations reflètent une lamentable cuisine politique " dans laquelle " le marquage socialo-élyséen est flagrant ".

Un grand " bof ! " de lassitude et de déception résume le sentiment de la rédaction d'Antenne 2. " On ne connait pas Mr Gaillard mais lui non plus ne connait pas la télévision ", note ce reporter du service étranger afin d'expliquer l'apathie d'une entreprise morose. " Il y a dix ans, la nomination d'un ancien conseiller de Giscard aurait déclenché assemblées générales et protestations en rafales. Là, on est un peu effondrés, mais il n'y a pas de vagues. " D'autant moins de vagues que le directeur de l'information, Claude Carré, apprécié par l'ensemble de la rédaction, ne semble pas devoir quitter son poste.

La Société des journalistes d'Antenne 2, dès jeudi soir, a réagi en affirmant que la chaine " avait besoin d'un grand professionnel plutôt que d'un haut fonctionnaire n'ayant pas l'expérience de l'audiovisuel " et qu'A 2 " laissée à vau-l'eau ces dernières années, avait besoin d'un électrochoc ". Mais l'attentisme règne. Et la mobilisation, pour ou contre les nouveaux dirigeants, ne semble pas à l'ordre du jour.

La récente " tournée des popotes " de Mr Philippe Guilhaume dans la société, et le soin qu'il a pris à ménager le personnel et les représentants syndicaux, avaient pourtant été appréciés.

Du côté des cadres de la chaine, c'est cependant la déception qui prévaut également. " A aucun des trois postes-clés de la chaine, on ne trouve des gens de programme qui donnent confiance dans l'avenir. Ce n'est pas comme ça qu'on redressera le service public. "

Le conseil d'administration d'Antenne 2, qui doit officialiser les nominations, devrait se réunir rapidement. La nouvelle équipe devra s'atteler en priorité aux choix budgétaires de l'an prochain, en infléchissant éventuellement, d'ici le vote de la loi de finances, le projet provisoire établi avec la tutelle.

Un des présentateurs-vedettes de la chaine publique précise : " On a surtout envie que les choses fonctionnent et qu'on se mette à travailler. "

La fédération SNJ (Syndicat national des journalistes) de l'audiovisuel exprime son "inquiétude" : Mr Philippe Guilhaume, "en divisant et en partageant à l'extrême le pouvoir de décision, a renforcé son propre pouvoir d'arbitrage et celui de son cabinet. Compte tenu de l'urgence, de l'énormité de la tâche, de l'importance des enjeux et de la puissance des partenaires extérieurs, il est à craindre que le président ait sous-estimé le danger de constitution de clans, de chapelles et de citadelles, et donc surestimé ce que sont les limites d'un arbitrage".

Le syndicat national FO de radiotélévision "se réjouit", pour sa part, "de la nomination conjointe de gestionnaires et de saltimbanques, garantie du succès de l'entreprise et constate qu'une fois de plus, le milieu politique et la presse écrite n'ont rien compris au problème du service public de l'audiovisuel".

Après la désignation officielle, vendredi 15 septembre, des directeurs généraux d'Antenne 2 et de FR 3, Mr Philippe Guilhaume s'est longuement expliqué sur ses choix, critiqués par l'opposition.

Le président commun d'Antenne 2 et FR3 a souligné, le 15 septembre, au cours de la première émission " Objections " à France-Inter, que, " à aucun moment, aucun des responsables de l'Etat ou du Conseil supérieur de l'audiovisuel n'a exercé sur lui de quelconques pressions ". Mr Guilhaume a déploré, commentant les nominations proposées aux directions d'Antenne 2 et de FR 3 qu'on " ne s'occupe que de l'écume des choses, que des étiquettes partisanes ", ce qui est à ses yeux " complètement secondaire ". " Le problème est de savoir si l'un et l'autre seront capables pendant trois ans de remplir la tâche rude qui les attend ", a-t-il ajouté.

Interrogé sur la raison du choix de " gestionnaires " à la direction d'Antenne 2 et de FR 3, Mr Guilhaume a déclaré : " J'avais spontanément imaginé que des hommes d'antenne devraient être nommés à la direction des chaines de service public. Après de multiples réunions avec les salariés et les syndicats, j'ai découvert que les problèmes sont d'abord des problèmes de gestion, d'organisation, de trésorerie. "

A propos du refus de Mr Jean-Pierre Elkabbach, qu'il avait pressenti pour prendre la direction d'antenne de FR 3 (le Monde du 16 septembre), Mr Guilhaume s'est refusé à tout commentaire sur cette décision " personnelle ", en se bornant à ajouter : " Quand on joue au bridge, il faut respecter les règles du bridge, pas celles de la belote. "

Mr Guilhaume a promis un " ajustement mécanique des grilles " de programmes des deux chaines fin octobre, et " une nouvelle grille début janvier ". Quant aux disparités salariales à l'intérieur des chaines et entre les deux chaines, Philippe Guilhaume a affirmé que " les problèmes seront tous réglés de façon concertée ".

On peut trouver Jean-Marie Cavada, le nouveau directeur d'antenne de FR 3, ambitieux ou réservé, arrogant ou, au contraire, infiniment courtois, " pète-sec " ou amical. Il est, de toute façon, habité par la passion du métier. C'est un vrai professionnel, qu'on pourrait croire né dans le studio d'une radio ou d'une télévision tant il aime le métier sous toutes ses faces, en discuter, y réfléchir, tant il aime la " machine ".

Né dans les Vosges, en février 1940, cet orphelin qui vient de l'Assistance publique a eu très tôt la vocation du journalisme. Il débute à vingt ans à Nancy, dans une petite radio régionale, " monte " à Paris en 1969 pour entrer à France-Inter, où il gravit rapidement les échelons. Il entre à la télévision en 1972 comme chef du service de politique étrangère et présente le journal. Il quittera Antenne 2 à l'arrivée de Jean-Pierre Elkabbach, avec lequel il ne s'entend pas. En 1978, quand il arrive à FR 3 comme directeur de l'information, il est déjà " le jeune homme qui monte ". On parle du " style Cavada ", un style rapide, nerveux, accrocheur, à l'anglo-saxonne (modèle qu'il admire le plus). En un an, il fait doubler l'écoute de " Soir 3 ". Mais Cavada ne s'entend pas très bien non plus avec Claude Lemoine, alors directeur général de la troisième chaine, il la quitte pour passer à TF 1, où il est nommé directeur de l'information en décembre 1980.

Comme Patrice Duhamel, Jean-Marie Cavada passe pour défendre un giscardisme bon teint, bien qu'il se défende d'incarner un camp ou un autre. L'arrivée de la gauche bouscule les cartes. Menacé à plusieurs reprises, critiqué par les uns, défendu par les autres (y compris au sommet du nouveau pouvoir), il franchit le 10 mai sans encombre, mais finit par démissionner de son poste en 1982. Après avoir été chargé d'une mission d'étude (placard doré...), Cavada quitte TF 1 pour se consacrer au projet de télévision privée du groupe Hersant, jusqu'à ce que Claude Contamine l'appelle auprès de lui pour occuper le poste de directeur d'antenne sur Antenne 2, poste qu'il abandonnera plus tard pour se consacrer au magazine " La marche du siècle ", qui connait un grand succès.

Fougueux de caractère, impatient d'appliquer les théories qu'il élabore, de bousculer grilles et habitudes, cet homme qui peut être affable et chaleureux déteste se retrouver dans une situation où il doit cautionner une structure (ou un produit) qu'il n'a pas voulu ou qu'il désapprouve. Soucieux d'efficacité, très attentif aux moyens, il n'a sûrement pas accepté cette nouvelle responsabilité sans garantie ni promesse. On sait ce qu'il veut faire de FR 3 : puisqu'il n'a pas caché ses ambitions ni ses idées, au contraire, depuis plusieurs mois ! Une chaine d'informations, riche en magazines et en grands reportages qui permettrait aux régions d'exister. Une chaine avec une programmation haut de gamme, type Channel Four. Un vrai pari pour ce fou de travail.

Le président zairois, le maréchal Mobutu, vient de nommer un " délégué spécial à la francophonie " en la personne de Mr Mbuze Nsomi. Agé de quarante-six ans, il est licencié en philosophie et lettres de l'université de Louvain (Belgique) et a été successivement ministre de l'orientation nationale (1977), ministre de la culture et des arts (1977 à 1979) et ambassadeur du Zaire, notamment en Israël et en Grande-Bretagne. Kinshasa doit organiser en 1991 le quatrième sommet francophone.

Mr Deng Xiaoping est réapparu, samedi 16 septembre, après plus de trois mois d'absence, à l'occasion d'une entrevue accordée à un professeur américain d'origine chinoise, Mr T.D. Lee, a annoncé l'agence Chine nouvelle, qui n'a fourni aucun détail sur ces entretiens. Le numéro un chinois avait fait sa dernière apparition en public le 9 juin - au lendemain des massacres de la place Tiananmen - pour féliciter les militaires pour leur action.

L'absence de Mr Deng, dont les médias ne cessent de vanter les mérites, avait alimenté de multiples spéculations sur son état de santé. Déjà certains l'avaient cru mort début juin, d'autres l'avaient dit malade durant l'été, ce que Pékin, mais aussi les milieux dissidents à l'étranger, avaient démenti.

D'autres bruits avaient couru sur les difficultés politiques auxquelles il aurait eu à faire face à un moment où les éléments les plus conservateurs tiennent le haut du pavé, menaçant les réformes que Mr Deng avait lancées dans sa période " réformiste " il y a une dizaine d'années.

Vendredi, le chef de l'Etat, le général Yang Shangkun, avait estimé que la Chine avait besoin de " deux ou trois ans " pour surmonter ses difficultés actuelles.

Recevant une délégation parlementaire soviétique dirigée par Mr Lukyanov, premier vice-président du Soviet suprême, il avait ajouté que, d'ici là, l'URSS et la Chine devaient développer leur coopération, entretenir des relations " amicales " et " échanger leur expérience ".

Enfin, à Taiwan, le gouvernement nationaliste s'apprête à déposer un projet de loi autorisant l'établissement sur l'ile des dissidents ayant fui le contingent depuis le 4 juin. Cette mesure permettrait à quelque soixante dissidents réfugiés à Hongkong de pouvoir obtenir l'asile politique à Taiwan.

Après deux semaines de relative accalmie dans la capitale colombienne, les attentats à la bombe ont repris vendredi 15 septembre. Trois bombes ont partiellement détruit des succursales bancaires du nord de Bogota. Une personne a été blessée. Un autre engin a détruit un centre commercial. La police affirme contrôler la situation, mais a indiqué qu'une véritable campagne de " terrorisme téléphonique " maintient la population dans un état de panique. Les écoles, collèges et universités sont particulièrement visés tout comme les édifices publics. Plusieurs alertes ont obligé à des évacuations d'urgence.

Dans le sud-ouest du pays, à Cali, trois bombes ont explosé - toujours dans des banques - blessant grièvement cinq personnes. Dans la ville de Medellin, les autorités ont annoncé l'arrestation de vingt-huit personnes soupçonnées d'être à l'origine de la vague de terreur qui a secoué la capitale du trafic de cocaine. Selon le commandant de la quatrième brigade de l'armée, le général Jose Gregorio Torres, la plupart d'entre elles appartiennent à l'ELN (Armée de libération nationale, procubaine), qui aurait prêté ses services aux trafiquants de drogue.

Le gouvernement a d'autre part ordonné à l'aviation colombienne d'abattre tout avion soupçonné de servir au trafic de drogue. " Tout avion détecté alors qu'il vole sans autorisation ou dans des circonstances suspectes sera abattu ", a indiqué un porte-parole du ministère de la défense. Cette mesure sans précédent s'appliquera aux avions survolant des zones interdites ou réglementées, aux appareils sans plan de vol autorisé et à ceux qui se poseraient sur des aéroports clandestins. Dans chaque base aérienne, deux avions militaires, pourvus de leur armement, ont été placés en état d'alerte permanente.

Une petite lueur d'espoir vient de s'allumer à l'horizon d'un Salvador meurtri par neuf années de guerre civile qui a déjà provoqué soixante-dix mille morts. Réunis mercredi 13 et jeudi 14 septembre à Mexico, des représentants de la guérilla d'extrême gauche du FMLN (Front Farabundo Marti de libération nationale) et du gouvernement Alfredo Cristiani (élu il y a six mois président de la République sous l'étiquette du mouvement d'extrême droite ARENA) ont progressé dans la recherche d'un retour à la paix.

" L'accord de Mexico ", cosigné vendredi 15 septembre, en présence de l'évêque auxiliaire de San Salvador, Mgr Rosa Chavez, déclare que les deux parties belligérantes vont, tout d'abord, " se concerter en vue d'un cessez-le-feu ". Une première réunion aura lieu les 17 et 18 octobre prochains, à San-Jose, au Costa-Rica. D'autres réunions suivront à raison d'une tous les trente jours. Chaque fois, deux représentants de l'Eglise salvadorienne assisteront aux travaux, et des représentants d'organisations internationales (ONU et OEA) pourront être présents.

Toutefois la prudence demeure de mise parmi les observateurs. Beaucoup estiment que Mr Cristiani ne cherche peut-être qu'à " gagner du temps ". Ils soulignent, en particulier, le fait que la délégation de San Salvador ne comprenait aucun officier d'active - alors que le poids des forces armées dans ce pays en guerre est évidemment déterminant.

On s'accorde ici à penser que le nouveau climat entre Washington et Moscou a joué un rôle très important dans l'évolution d'une situation demeurée très longtemps bloquée. La guérilla ne pourra sans doute plus compter, à terme, sur la bienveillance de l'URSS qui lui était acquise du fait de la présence du Parti communiste au sein du FMLN. Quant aux autorités, elles ne peuvent plus non plus tenir pour certaine l'aide automatique des Etats-Unis.

Windhoek (AFP). - Un mystérieux ressortissant irlandais, suspect numéro un dans l'assassinat, le 12 septembre, de Me Anton Lubowski, un dirigeant blanc d'Organisation du peuple du Sud-Ouest africain la Swapo, comparaitra sans doute lundi devant un tribunal de Windhoek pour y être inculpé de meurtre, a indiqué, vendredi 15 septembre, la police namibienne.

Un porte-parole de la police a confirmé que le suspect s'appelait Donald Acheson, comme l'a révélé un quotidien pro-Swapo de Windhoek, The Namibian. Cet homme, âgé d'une cinquantaine d'années, avait été arrêté à Windhoek mercredi, vingt-quatre heures après qu'Anton Lubowski eut été abattu devant son domicile.

Le porte-parole a refusé de commenter d'autres informations du Namibian, selon lesquelles le suspect, détenteur d'un passeport de la République d'Irlande, était un protestant né à Belfast (Irlande du Nord) et avait servi dans une organisation paramilitaire loyaliste d'Ulster, avant d'opérer maintenant pour son propre compte comme mercenaire.

La police, qui " étudie toutes les hypothèses ", avait indiqué, jeudi, qu'elle enquêtait sur l'existence de liens éventuels entre cet homme et l'Armée républicaine irlandaise. Le Namibian affirme que ces rumeurs concernant l'IRA avaient pour but d'accréditer l'hypothèse d'un règlement de comptes interne à la Swapo. Selon cette hypothèse, un courant au sein de l'organisation aurait engagé un tueur pour liquider Anton Lubowski.

Une grande marche contre l'apartheid, qui a réuni environ dix mille manifestants, s'est déroulée dans le calme vendredi 15 septembre au centre de Johannesburg, après que la justice sud-africaine l'eut autorisée à la toute dernière minute. Une marche analogue, mais qui avait réuni plus de trente mille manifestants, avait déjà eu lieu mercredi au Cap après que le nouveau président sud-africain Frederik De Klerk lui eut personnellement donné le feu vert.

Parmi les manifestants de Johannesburg, partis de la cathédrale anglicane de Sainte-Marie pour aboutir, sans incident, au quartier général de la police de Vorster Square, on notait la présence d'un policier de réserve blanc en civil - seul policier présent parmi les manifestants, - qui arborait une pancarte proclamant " La police contre les abus de pouvoir de la police ". Plusieurs drapeaux que la loi interdit de déployer - celui du Congrès national africain (ANC, interdit), jaune, vert et noir, et celui du Parti communiste sud-africain (SACP), rouge - flottaient au-dessus de la foule.

Aux approches de la marche, qui a mis un peu plus d'une heure à parcourir les 1 500 mètres séparant la cathédrale du quartier général de la police, les forces de l'ordre ont maintenu un profil volontairement très bas.

Organisée par le Conseil sud-africain des Eglises (SACC), la marche était conduite par son secrétaire général, le révérend Frank Chikane. Huit mille manifestants environ étaient partis de Sainte-Marie, où un service religieux avait précédé le départ de la marche, emmenée par de nombreux ecclésiastiques et enseignants. Deux mille autres marcheurs s'y sont joints en cours de route.

Le tribunal de première instance de Johannesburg, que le pouvoir avait chargé de trancher la question de savoir si cette manifestation devait être interdite ou autorisée, a donné son accord vingt minutes seulement avant que la marche ne débute.

Auparavant, lors du service religieux célébré à la cathédrale, on avait noté la présence, au premier rang des fidèles, de Winnie Mandela, l'épouse de Nelson Mandela. Certains observateurs ont interprété cela comme une réhabilitation par les milieux anti-apartheid noirs suite aux accusations dont elle-même et surtout ses gardes du corps avaient été l'objet après l'assassinat, en janvier à Soweto, d'un jeune militant.

A Pretoria, une autre manifestation, pourtant déclarée illégale, a réuni un millier de Noirs que la police - dont les consignes ont visiblement changé - s'est abstenue de disperser.

La presse soviétique rend compte largement, samedi 16 septembre, de l'entretien que Mr Mikhail Gorbatchev a eu, mercredi, avec les dirigeants des Républiques baltes. Il apparait que le chef du Kremlin a ainsi tenté de désamorcer le débat sur " la question nationale ", à laquelle sera consacré, mardi, un plénum du comité central du PC soviétique.

A l'issue d'une véritable réunion au sommet, mercredi 13 à Moscou, Mr Gorbatchev et les dirigeants baltes viennent d'ébaucher les grandes lignes d'un modus vivendi entre l'URSS et les trois plus nationalistes de ses Républiques. Annoncés dès vendredi dans les pays baltes où ils semblent avoir été bien accueillis, les résultats de cette réunion ont été publiés, samedi, par l'ensemble de la presse centrale. Ils devraient ainsi contribuer à dédramatiser les débats du plénum que le comité central consacre, mardi 19, à la question nationale.

D'avance, Mr Gorbatchev a en effet désamorcé les critiques des conservateurs en énonçant " trois principes fondamentaux par rapport auxquels il n'y a, dans l'intérêt du peuple soviétique et des peuples baltes, aucun droit à dévier ". Le premier de ces principes est que " tous les problèmes doivent être réglés par un effort conjoint, dans le cadre de la fédération ". Le deuxième est celui de " l'unité du parti (car il est) le principal garant de la perestroika et du processus de renouveau national et que personne d'autre que lui ne peut accomplir cette tâche de manière organisée et déterminée ".

Le troisième, enfin, est celui du respect de " l'égalité des droits des citoyens de toutes, nationalités ". En clair donc, Moscou n'admettra pas que les Républiques baltes - ni évidemment aucune autre - adoptent unilatéralement des dispositions inacceptables pour le pouvoir central, que leurs partis communistes rompent avec le parti soviétique et qu'elles appliquent des mesures discriminatoires à l'encontre des ressortissants soviétiques (russes, le plus souvent) résidant sur leur territoire sans en être originaires.

Il s'agit des trois points les plus sensibles sur lesquels Moscou et les pays baltes sont déjà engagés dans des parties de bras de fer. Tant sur les pouvoirs des Parlements républicains que sur l'autonomie des partis et le statut des immigrants russes, les négociations restent donc à mener. Elles seront dures. Leurs résultats seront conditionnés par les rapports de forces du moment, mais Mr Gorbatchev a d'ores et déjà, pour sa part, donné satisfaction à ses interlocuteurs sur quatre points tout aussi fondamentaux.

Premièrement, dit en effet le communiqué, " la seule voie de dépassement des tensions " passe par " un dialogue mené à partir de positions de principe, une ouverture dans la définition de la ligne du parti et l'intégration de toutes les forces saines de la perestroika ". Langue de bois décryptée, cela veut dire que les partis baltes ont toute liberté pour tenter de mener leur barque au milieu de la tempête nationaliste.

" Le besoin a été souligné ", en deuxième lieu, " de renforcer le rôle des partis communistes des Républiques et leur indépendance ainsi que de leur permettre, dans le cadre du programme et des statuts du PCUS, de résoudre par eux-mêmes certaines questions organisationnelles, financières et personnelles et de déterminer des actions en conformité avec les spécificités et les traditions propres à leurs Républiques ".

Il s'agit là d'une révolution, car les partis républicains sont ainsi autorisés à agir comme bon leur semble à la seule condition de continuer d'appartenir au parti soviétique. De même que les Républiques peuvent obtenir autonomie et souveraineté à la seule condition de ne pas faire sécession, les partis républicains pourront déterminer leur politique nationale à la seule condition de ne pas se lancer dans un schisme déclaré.

" En envisageant leur avenir dans l'appartenance à l'Union soviétique, déclare ensuite le communiqué, les travailleurs des Républiques baltes se déclarent en faveur d'une dimension politique et économique réelle de la souveraineté de leurs Républiques et d'un passage rapide à l'autonomie économique. " " Tout délai en ce domaine est donc perçu négativement ", est-il ajouté, de sorte que Mr Gorbatchev donne raison aux Baltes qui se plaignent de la mauvaise volonté des organisations centrales à cet égard.

Quatrième point, et non le moindre, "une préoccupation a été exprimée concernant le travail des médias", qui sont appelés à montrer plus de "flexibilité" et de "tact" dans leur couverture des événements baltes. Autrement dit, la critique quotidienne, et le plus souvent d'une grossière mauvaise foi, dont les Baltes sont abreuvés depuis quelques mois devrait cesser.

Le conditionnel s'impose bien sûr, puisque Mr Gorbatchev et son équipe sont loin d'exercer un contrôle total sur l'ensemble de la presse. Dès vendredi pourtant, la Pravda ouvrait ses colonnes à Mr Brazauskas, premier secrétaire de Lituanie, devenu la bête noire des conservateurs, qui lui reprochent sa trop grande souplesse avec le Sajudis, le tout-puissant mouvement nationaliste de sa République. "Jusqu'en 1940, la Lituanie a été un Etat souverain, la mémoire en est vivace dans le peuple (...), comment ne pas prendre ce fait en considération ?" lit-on ainsi dans l'organe du comité central.

"Si le parti ne réalise pas la volonté du peuple, est-il le parti du peuple ?" demande encore Mr Brazauskas, qui explique aussi qu'un "homme politique réaliste ne peut pas ne pas tenir compte" de l'influence du Sajudis, que "l'époque du confort monopartiste est révolue" et que les sécessionnistes ne représentent qu'une infime minorité délibérément montée en épingle par la presse conservatrice.

A travers cette interview, le changement de ton est radical. Les problèmes sont posés à plat, calmement expliqués, et Mr Brazauskas, tant à destination de Moscou que de sa population, demande : " De quelle sortie de l'URSS peut-on parler, alors que les besoins de l'industrie lituanienne en métaux, pétrole, gaz, coton, laine et produits chimiques sont assurés à presque 100 % par l'Union ? "

Après ce sommet, il y a toute chance que le projet de réforme des liens entre les Républiques soit adopté par le comité central, mais il restera ensuite aux dirigeants des Républiques baltes à faire accepter ce modus vivendi aux vrais dirigeants des Républiques - ceux des fronts populaires.

La plupart d'entre eux savent parfaitement jusqu'où ne pas aller trop loin et savent aussi qu'ils n'ont aucun intérêt à acculer Mr Gorbatchev à l'échec ou à la répression. Déterminés mais ouverts au compromis aussi, ils entretiennent des liens directs et très étroits avec l'entourage du secrétaire général, mais cela n'assure pas pour autant qu'un équilibre va, bon an mal an, s'établir entre Mr Gorbatchev et les Baltes.

Car, depuis le début de l'été, la campagne de presse lancée contre les nationalistes par les conservateurs a creusé un peu plus encore le fossé entre les trois Républiques et Moscou. La violente déclaration adoptée, durant les vacances de Mr Gorbatchev, par le comité central (le Monde du 29 août) n'a pas arrangé les choses et l'audience des sécessionnistes s'est aujourd'hui accrue - tout particulièrement en Lituanie.

" Les dirigeants du Sajudis devraient comprendre qu'à part prononcer le mot de sécession ils peuvent rigoureusement faire ce que bon leur semble, y compris demander leur adhésion à des organisations internationales ", déclarait au début de la semaine au Monde un responsable soviétique. Le problème est qu'il y a des mots magiques et que " sécession " en est aujourd'hui un en URSS.

La France et l'Irak ont réglé leur contentieux financier grâce à la signature d'un accord de rééchelonnement des dettes accumulées par l'Irak à l'égard de la France.

Cet accord de rééchelonnement, signé à Bagdad le jeudi 14 septembre et rendu public à Paris le vendredi 15, porte sur 8,5 milliards de francs, dont 1,5 milliard sera versé immédiatement à l'Etat français.

Il met un terme à près d'une année de négociations financières entre les deux pays, et ouvre la voie à une normalisation des relations commerciales entre la France et l'Irak.

De nombreuses entreprises françaises pourraient être intéressées par des projets de reconstruction d'un pays qui a vu son économie ravagée par une longue guerre avec son voisin iranien.

Le chef de l'Etat, qui a entrepris une série de rencontres avec les dirigeants de la CEE, aura des entretiens avec le premier ministre belge, Mr Wilfried Martens. Dans le cadre de cette tournée, Mr Mitterrand doit avoir, mardi 19 septembre, à Lisbonne, des conversations avec le premier ministre portugais, Mr Anibal Cavaco Silva. - Le président de la République se rendra en Belgique le 27 septembre dans le cadre de la présidence française de la Communauté européenne.

Le marché des capitaux retient son souffle dans l'attente d'une très grande émission obligataire de 1,5 milliard de dollars que doit lancer bientôt la Banque mondiale. Ses promoteurs veulent en faire une opération à caractère " planétaire ", dont ils espèrent, tant du point de vue de la distribution des titres que de leur négoce, qu'elle surmontera les frontières qui séparent l'euromarché du marché national américain. Ils n'ont, à cette fin, ménagé aucun effort. Voilà un an déjà que le contour de la transaction a été tracé à grands traits. Après consultation de plus de 125 établissements financiers dans seize pays, ils ont précisé leur projet et vanté ses mérites, dont le principal est celui d'une très grande liquidité sur le marché secondaire (voir le Monde daté 11-12 juin).

Comme pour lui donner davantage de relief, ce gigantesque emprunt devrait voir le jour dans le cadre des travaux préparatoires de la réunion annuelle des institutions de Bretton-Woods, qui va, dans quelques jours, mobiliser à Washington une grande partie de la communauté financière.

La caution apportée par de nombreuses banques européennes - Deutsche Bank en tête - qui sont associées à des établissements d'outre-Atlantique, notamment Salomon Brothers, ne saurait laisser aucun doute : il s'agira vraiment d'une transaction internationale. Mais, d'un point de vue technique, pour l'essentiel, les règles en vigueur à New-York seront suivies. Les obligations seront nominatives (alors qu'elles sont au porteur sur l'euromarché), le versement des intérêts sera semestriel (il est annuel sur l'euromarché) et le montage de l'opération se fera à l'américaine. Après avoir décidé de la durée, les banques et l'emprunteur se mettront d'accord sur une marge par rapport au rendement procuré par les obligations du Trésor américain. Puis, au moment du lancement, le coupon d'intérêt et le prix d'émission seront fixés en conséquence.

De concessions faites aux usages européens, il n'y a guère que la cotation des titres à Luxembourg. Mais dans la façon dont la transaction est présentée, dans le ton même des brochures qui la décrivent, il serait difficile de nier son origine américaine. Jusque dans cette candeur inimitable qui fait écrire à un propagandiste qu'on ne pourra apprécier la contribution de ce nouveau type d'emprunt qu'une fois lancées "une ou davantage" de ces émissions.

Dès lors, il n'est pas surprenant que dans certains milieux euro-bancaires se manifestent quelques appréhensions. Ceux des établissements qui s'appuient sur une solide clientèle de particuliers pour placer les euro-obligations demeurent perplexes devant la multiplication récente des signes d'assujettissement de l'euromarché aux méthodes américaines dans le compartiment du dollar.

Une telle évolution, disent-ils, peut parfaitement convenir aux investisseurs institutionnels, mais elle ne laisse guère de place aux investisseurs privés. Or, ajoutent-ils, la contribution de ces derniers est essentielle pour la stabilité du marché. On estime, en effet, à environ 25 % la proportion des euro-obligations qui finissent par se placer dans des portefeuilles de particuliers, le plus souvent pour y rester jusqu'à l'échéance. Et puis, si l'on met davantage l'accent sur la distribution des titres auprès de grandes institutions, ne va-t-on pas inciter les autorités à renforcer leur contrôle, notamment du point de vue fiscal ? Un organisme de placement collectif ou une compagnie d'assurances ne se soucient pas forcément de la forme des titres acquis, qu'elle soit nominative ou au porteur. Toute la question de la retenue à la source risquerait alors de se poser encore en des termes nouveaux. L'euromarché en serait transformé, et il n'est pas certain qu'il puisse répondre avec autant de souplesse qu'il l'a fait jusqu'à présent aux besoins de financement internationaux.

Pour ce qui est de l'accueil qui sera réservé à l'émission " planétaire " de la Banque mondiale, on prévoit généralement qu'il sera très chaleureux. Plus encore que le rendement et la négociabilité des titres, la qualité de la dette devrait s'avérer décisive à cet égard. Les difficultés nouvelles du marché des titres de second choix aux Etats-Unis - ces junk bonds que certains traitent d' "obligations de pacotille" - ont considérablement renforcé l'attrait des placements en valeurs de tout premier plan. Le compartiment des junk bonds aux Etats-Unis a été très affecté, jeudi 14 septembre, à l'annonce des difficultés financières de la société canadienne Campeau.

Dans ce contexte, on a quelque peine à comprendre les tentatives de certains emprunteurs japonais à solliciter le marché international des capitaux directement, en l'absence de la garantie que leur apportait naguère en de semblables occasions une banque réputée, ou même l'Etat. Comme il s'agit de petites transactions (qui s'avéreront illiquides sur le marché secondaire), elles sont presque obligatoirement destinées aux épargnants privés, qui ne prennent pas toujours la précaution d'examiner minutieusement toutes les modalités et les détails de l'emprunt.

Parmi les dernières émissions euro-obligataires de type classique qui ont effectivement été lancées, celle de 150 milliards de lires lancée pour le compte de Volkswagen a été la mieux acceptée. Emises au prix de 101,875%, les obligations seront rémunérées au taux de 12,5 % l'an durant cinq ans. L'attrait des taux d'intérêt nominaux très élevés est toujours vif et, comme les autorités monétaires minimisent le danger d'un réaménagement monétaire au sein du système européen, les investisseurs ne se laissent pas décourager par l'importance de l'inflation, qui, en Italie, est présentement de l'ordre de 7 %. Si, comme on le prévoit, un emprunt international est lancé au début de la semaine prochaine en pesetas, il est également probable que les prêteurs ne seront pas davantage effrayés par un indice du coût de la vie en progression de 6,5 % cette année en Espagne. L'emprunt Volkswagen en lires est dirigé par le Credito Italiano. Il fait l'objet d'un contrat d'échange très avantageux pour le constructeur automobile allemand, qui dispose finalement de fonds en dollars à taux variables qui lui coûtent 0,5 % de moins que la référence internationale du Libor. Très secoué ces derniers jours, le marché de l'euro-franc français, s'il devait offrir de nouvelles émissions la semaine prochaine, aurait vraisemblablement à proposer des coupons de 9 % pour aiguiser l'appétit des prêteurs.

Deux deutschemarks pour un dollar. Ce niveau, atteint brièvement à la mi-juin, n'a pas été observé durablement depuis octobre 1986. Et si cette barre a effectivement été franchie à deux reprises cette semaine, il serait prématuré de dire que la devise américaine se situe désormais au-dessus de cette parité symbolique.

La séance du vendredi 15 septembre a offert un magnifique exemple de la grande instabilité qui affecte les marchés des changes depuis quelques mois et qui faisait dire récemment à un cambiste : "Le dollar peut actuellement gagner ou perdre plusieurs figures (centimes) en quelques minutes, sans même que l'on s'en aperçoive." Les études publiées simultanément, pour la première fois cette semaine, par vingt banques centrales (à l'exception notable de la Bundesbank) indiquent que le volume quotidien de transactions sur les marchés des changes a doublé en trois ans, et dépasse actuellement la somme astronomique de 500 milliards de dollars (le Monde du 15 septembre). Pas étonnant qu'avec de tels volumes le marché des changes soit parfois victime de secousses sévères. Vendredi 15 septembre, le dollar, qui s'échangeait en Europe à 6,6665 F et 1,9761 DM, a atteint en cours de séance à New York 6,7540 F et 2,0035 DM avant de chuter et de terminer la journée à 6,6280 F et 1,9665 DM. Plus de 12 centimes d'écart en une seule séance !

A l'annonce d'une très forte diminution du déficit commercial américain en juillet (7,58 milliards de dollars, le déficit du mois de juin ayant été révisé à 8 milliards), l'appétit pour la devise américaine, modéré au cours des séances précédentes, a dans un premier temps redoublé. Les banques centrales sont rapidement intervenues pour contenir la hausse, au niveau de 1,9950 DM environ. Mais, si la flambée de la devise américaine a été interrompue par les interventions concertées des principales banques centrales, ainsi que par des prises de bénéfice à partir de 2 deutschemarks, une série de rumeurs a provoqué par la suite une véritable dégringolade des cours, la devise américaine perdant plus de 3 % en moins d'une demi-heure.

L'explication réside dans la diffusion des propos qu'aurait tenus à Paris un responsable - anonyme - du Trésor américain, témoignant de l'inquiétude de celui-ci face à la hausse récente de la monnaie américaine. Surtout, une peur soudaine relative au marché des " junk bonds " (obligations à haut risque et à taux d'intérêt élevé) s'est emparée du marché américain ; toute la semaine, le marché des " junk bonds " avait chuté en raison de l'annonce des difficultés financières du groupe canadien Campeau, l'un des plus importants émetteurs de ces " obligations pourries ". On murmurait, vendredi, à New-York, que les difficultés de Campeau commençaient à être ressenties dans le secteur bancaire.

C'est pourquoi, si les statistiques américaines publiées vendredi (en plus du commerce extérieur, la production industrielle, l'utilisation des capacités de production, les prix de gros, les stocks des entreprises) indiquent une poursuite de la fermeté de la croissance économique américaine, cela n'a pas suffi à établir le billet vert sur des niveaux plus élevés. Une belle preuve que les réflexions des opérateurs sur les données dites fondamentales des économies sont parfois bien vite balayées par des rumeurs et des paniques soudaines.

La devise allemande a, pour sa part, largement bénéficié ces derniers jours des rumeurs d'instauration par la Bundesbank d'un taux super-Lombard. En conséquence, le franc français a subi un accès de faiblesse le 13 septembre, la devise allemande remontant jusqu'à 3,3770 F, alors que son cours était inférieur à 3,37 F au début de la semaine. Vendredi, le franc reprenait du terrain, aidé par la forte poussée du dollar, et la devise allemande était cotée à Paris à 3,3731 F.

Autre rumeur, beaucoup plus ténue il est vrai : celle d'une réévaluation de la peseta, qui caracole toujours en tête du système monétaire européen, et oblige la Banque centrale à intervenir régulièrement pour maintenir la monnaie espagnole à l'intérieur de sa marge de fluctuations. Le ministre espagnol des finances, Mr Carlos Solchaga, a déclaré, le 13 septembre, qu'une telle réévaluation était exclue et que les mesures économiques restrictives décidées récemment devraient se traduire prochainement par un ralentissement de la consommation. Le débat sur la " surévaluation " de la peseta espagnole ne soulève qu'un intérêt modéré sur les marchés des changes ; les opérateurs estiment que l'importance des déséquilibres commerciaux du pays interdit toute révision à la hausse des fourchettes de parité de la peseta, à l'occasion de l'entrée officielle de cette devise, aux côtés de l'escudo portugais, dans la composition du panier de l'ECU, le 21 septembre.

Déjà morose à la rentrée du début de septembre, le marché de Paris a carrément versé dans le pessimisme cette semaine, sous la menace supposée d'un nouveau relèvement des taux directeurs de la Banque fédérale d'Allemagne. Cette banque centrale inquiète considérablement les milieux financiers français et européens. Bien qu'elle n'ait pris aucune décision à la réunion de son conseil la semaine dernière, laissant inchangé à 7 % son taux Lombard (avances sur titres consenties aux banques), on la voit, semaine après semaine, relever doucement la barre sur les taux domestiques à court terme.

Lors des dernières enchères appliquées cette semaine aux pensions à vingt-huit jours de la Bundesbank, la fourchette des taux a monté d'un nouveau cran (6,85 % à 7,10 %). Ce mouvement signifie deux choses : la première est que le niveau de 7 % est désormais atteint et consolidé ; la seconde est que le taux de ces pensions est en train de déborder celui du Lombard considéré traditionnellement comme un butoir et un plafond. En conséquence, la rumeur de la création d'un " super-Lombard " à 8 % a couru de plus belle, de même que celle d'un relèvement des taux suisses.

Sans doute Mr Poehl, le président de la Bundesbank, préoccupé par la saturation des capacités de production en RFA et par l'approche de négociations salariales qui s'annoncent dures, se montre-t-il en public sceptique sur l'efficacité d'une nouvelle augmentation des taux, notamment sur le boom des exportations. Mais lui-même et surtout le conseil de la Bundesbank - où les représentants des banques centrales des provinces (länder), majoritaires, restent très orthodoxes, voire conservateurs - sont hypersensibles à tout danger d'une résurgence de l'inflation.

Le sentiment que, sur les taux à court terme tout au moins, les banques centrales mènent la danse et maintiennent des taux élevés, de même que les rumeurs précitées, font l'efet d'un véritable épouvantail sur le marché français, ruinant le bel optimisme du mois d'août. Cet optimisme, on le sait, reflétait l'espoir alors inébranlable des opérateurs d'une baisse des taux à court terme entrainant fatalement celle des taux à long terme, donc des rendements des obligations.

Tout cela se traduit naturellement par une baisse du MATIF, où le cours de l'échéance de septembre frôlait 110,50 au début du mois d'août, au plus haut depuis l'automne 1986, et celui de l'échéance décembre Un cours de 110, sur un marché à terme comme le MATIF, signifie que les opérateurs anticipent un rendement futur et assez proche (trois mois) d'un peu plus de 8 %. Une telle anticipation avait même gagné le marché du comptant, le rendement de l'obligation assimilable du Trésor (OAT) 8 1/8 1999, l'une des plus traitées, tombant à 8,30 % au début d'août.

Eh bien, déjà remonté à 8,45 % la semaine dernière, ce rendement a bondi à 8,58 % - 8,65% cette semaine. De son côté, le cours de l'échéance décembre sur le MATIF, déjà en net recul il y a huit jours à un peu plus de 109, a fléchi encore, touchant 107,75 pour remonter un peu aux environs de 108.

De plus, le phénomène d'inversion actuel (taux du court terme dépassant celui du long terme), qui traduit l'espoir d'une baisse des taux à court terme, gêne de plus en plus les opérateurs, du moins ceux qui doivent conserver en portefeuille des obligations. Ils le font en empruntant sur le marché monétaire à un taux supérieur à celui du rendement qu'ils obtiennent sur leurs obligations, ce qui n'est pas du tout confortable.

D'où une pression en faveur d'une correction des "excès" de l'été dernier, pression accentuée par les retournements de position de la spéculation sur le MATIF, où les acheteurs qui avaient anticipé la hause des cours et la baisse des rendements se dépêchent de revendre ce qu'ils avaient acquis il y a un mois, tandis que d'autres opérateurs raisonnent en sens inverse, vendant à découvert. Le MATIF va chuter à 106 ou même 105. Il semble toutefois que ces vendeurs commencent à acheter et que d'autres opérateurs se portent acquéreurs aux cours actuels, estimant que trop c'est trop et que le pessimisme ambiant est exagéré. Le gonflement des transactions quotidiennes sur le MATIF - plus de cent mille contrats et 500000 F chaque jour - peut l'indiquer.

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que le marché primaire des obligations ne soit pas à la fête. Les prêteurs et souscripteurs qui peuvent placer à court terme leurs disponibilités en obtenant des rémunérations supérieures à celles des obligations ne sont nullement pressés d'investir et se tiennent sur la réserve.

De leur côté, les banques qui placent les émissions et les garantissent ne sont pas très enthousiastes pour aller au combat avec des commissions de plus en plus rabotées. Cela explique, par exemple, les difficultés qu'a rencontrées cette semaine l'emprunt du Crédit national (1 milliard de francs), lancé avec un rendement réel de 8,65 %, et qui n'arrive à se placer qu'à près de 8,92 % en ajoutant les ristournes sur commission de placement.

L'emprunt du Crédit foncier de la semaine dernière souffre un peu moins, de même que celui du CEPME (700 millions de francs), ce dernier parce qu'il est plus court (un peu moins de sept ans) et qu'il arrive à offrir, ristourne comprise, un rendement supérieur à 8,90 %. Décidément, l'inversion des taux qui nous vient du monde anglo-saxon commence à poser bien des problèmes. Souhaitons qu'elle ne dure pas et que, suivant la formule consacrée, on en sorte par le haut ou par le bas ; pour l'instant, c'est le brouillard.

La volonté manifestée ces jours derniers par les Etats-Unis de reprendre " sous condition " les négociations visant à rétablir l'accord international sur le café, rompu le 3 juillet, n'a pas eu de répercussion sur les cours mondiaux. Une livre d'arabica se traitait, le 15 septembre, à 79,75 cents, soit environ 1 000 dollars la tonne, atteignant l'un de ses niveaux les plus bas depuis quatorze ans.

Conscients de la contradiction réelle entre leur action pour lutter contre le trafic de drogue en Colombie et leur responsabilité dans le non-renouvellement de l'accord café, les Etats-Unis ont fait savoir le 12 septembre au ministre colombien des affaires étrangères leur désir de reprendre le dialogue sur ce terrain. Le sous-secrétaire américain aux affaires latino-américaines, Mr Lawrence Eagleburger, a précisé qu'il souhaitait voir augmenter la part de marché des cafés arabica, dits " autres doux ", provenant d'Amérique centrale, une condition que le Brésil et la Colombie ont jusqu'ici toujours refusée.

Les Etats-Unis demandent aussi la suppression du double marché, qui consiste pour les pays membres de l'accord international à écouler au-delà de leur quota d'exportation un café " touriste " auprès de pays non-membre, à des prix inférieurs de moitié au cours officiel.

Les Colombiens sont restés sceptiques devant l'attitude américaine, qui consiste, ni plus ni moins, à replacer le débat autour des questions qui ont précisément fait achopper les nombreuses négociations menées ces derniers mois entre producteurs et consommateurs.

" Il manque une véritable volonté politique ", notait, jeudi 14 septembre, le président de la Fédération des producteurs colombiens de café, Mr Jorge Gardenas. Celui-ci pensait bien sûr aux Etats-Unis, mais aussi, en réalité, aux soixante-quatorze pays signataires de l'accord, les producteurs comme les consommateurs. Mr Gardenas a, en particulier, reproché aux torréfacteurs américains d'exercer des pressions sur l'administration Bush pour que la situation actuelle de marché libre, qui permet un approvisionnement à bas prix, soit maintenue le plus longtemps possible. Le président des Etats-Unis, Mr George Bush, n'a d'ailleurs pas répondu au plan d'urgence sur le café que lui a demandé son homologue colombien.

Le conseil de l'Organisation internationale du café (OIC), qui doit se réunir du 25 septembre au 6 octobre prochain à Londres, devra probablement accepter un compromis avec les Etats-Unis. La situation sur le marché empire en effet de jour en jour. En 1989, les cinquante producteurs membres de l'OIC devraient perdre quelque 3,7 milliards de dollars si les cours poursuivent leur chute libre. " Les planteurs (de Colombie) ont déja perdu 500 millions de dollars depuis juillet ", se plaignait récemment un délégué colombien.

" Nous sommes dans la situation la plus critique des trente dernières années et, en valeur réelle, les cours se situent actuellement à leur plus bas niveau depuis les années 20. La seule solution est de rétablir au plus vite les quotas d'exportation."

Pour les Etats-Unis comme pour l'ensemble de la communauté internationale, le temps est sans doute venu de ne plus considérer comme anecdotique ou folklorique le poids du café, qui reste, dans de nombreux pays d'Amérique du Sud et d'Afrique, la principale recette d'exportation. La Colombie mais aussi le Costa-Rica, le Salvador, la Guatemala, la Côte-d'Ivoire, l'Ouganda et l'Ethiopie sont fortement liés tantôt à l'arabica, tantôt au robusta. Le commerce mondial du café représente chaque année 10 milliards de dollars.

L'inquiétude des producteurs est d'autant plus vive que le cacao, souvent localisé dans les mêmes zones géographiques, connait un marasme comparable à celui du café. Suspendu depuis février en raison d'une crise de liquidités due aux retards de paiement par les producteurs de leurs cotisations, l'accord international reste en sommeil. La campagne cacaoyère excédentaire - pour la cinquième année consécutive - et le poids de la récolte ivoirienne exercent sur les cours une forte pression baissière. Producteurs et consommateurs restent divisés quant au niveau du prix minimal à garantir. Division, voilà bien le maitre mot en cours dans les allées des plantations tropicales.

Le chancelier ouest-allemand, Mr Helmut Kohl, cinquante-neuf ans, devait être hospitalisé, vendredi 15 septembre, à l'hôpital universitaire de Mayence (centre de la RFA), où il subira une opération de la prostate dans les prochains jours, a annoncé le porte-parole du gouvernement fédéral.

Mme Dolores Ibarruri, surnommée la " Pasionaria ", quatre-vingt-treize ans, a été hospitalisée, mercredi 13 septembre à Madrid, pour une pneumonie. Président du Parti communiste d'Espagne (PCE), Mme Ibarruri s'est rendue célèbre, pendant la guerre civile espagnole, par ses interventions passionnées à la radio, exhortant les forces républicaines à vaincre les troupes de Franco.

Les électeurs de la commune de Saint-Pierre, dans le sud de la Réunion, étaient appelés, dimanche 17 septembre, à élire leur conseil municipal. Trois listes étaient en présence : l'une conduite par la fédération socialiste locale et dirigée par un médecin, Mr Daoudjee; une liste d'opposition RPR, menée également par un médecin, Mr André-Maurice Pihouée; et enfin celle conduite par le maire sortant, Mr Elie Hoarau (député PCR, non inscrit).

Si, en 1983, Mr Elie Hoarau avait fait alliance avec une fraction de la droite modérée de Saint-Pierre et les responsables locaux du Parti socialiste, cette fois-ci le PCR est seul contre tous. La rupture avec les socialistes s'est opérée peu après le premier tour des élections municipales du 12 mars dernier. Ce jour-là, en effet, mis en position de ballottage difficile par Mr André-Maurice Pihouée, le député communiste décidait unilatéralement de considérer comme nulles les mille cinq cents voix recueillies par deux listes mineures, et il se proclamait élu.

Le tribunal administratif, puis le Conseil d'Etat, ont annulé ces résultats.

Le débat entre le candidat du PCR et celui du RPR a porté essentiellement sur la santé des finances communales et, surtout, sur l'appartenance de Saint-Pierre à un syndicat intercommunal, mis en place dans six mairies communistes dès 1983 et présidé par le secrétaire général du PCR, Mr Paul Vergès.

La perte de Saint-Pierre porterait un rude coup à la politique de coopération intercommunale mise en place par Mr Vergès d'autant plus qu'une des communes du SIVOMR - Saint-Leu - a été perdue par le PCR aux dernières municipales et que le député barriste, Mr André Thien-Ah-Koon, ne ménage pas ses efforts pour inciter le maire de cette commune à quitter le syndicat.

Le groupe agro-industriel italien Ferruzzi a perdu, le 14 septembre, les cerveaux de sa branche de négoce international de grains basée à Paris. Dans la soirée de jeudi, Mr Frank Gleeson, patron du trading, et son second, Mr Rolland Gagliardini, ont démissionné avec éclat, deux mois après un autre négociant, Mr Maurice Elbaz. La direction de Ferruzzi a confirmé ces départs, qu'elle explique par des " différends sur les stratégies de négoce ". Le groupe, dirigé par Mr Raul Gardini, envisage, dans une formule qui reste très floue, de " réorganiser ses activités de négoce international dans le secteur des produits agricoles ".

Une certaine agitation régnait en fin de semaine dans le milieu fermé du négoce européen, certains professionnels s'interrogeant à voix haute sur l'avenir de Ferruzzi dans la compétition très particulière des échanges céréaliers, où il s'est engagé depuis seulement 1985. Au cours des deux dernières années, le groupe de Ravenne avait affiché de grandes ambitions, espérant par son agressivité ravir des parts de marché aux géants du grain que sont les américains Cargill et Continental ou le français Louis-Dreyfus. Pour entrer en force sur ces marchés à hauts risques, Ferruzzi avait débauché le champion du négoce de chez Cargill, qui n'était autre que Frank Gleeson.

En très peu de temps, le groupe italien est devenu un interlocuteur de poids dans les échanges de blé et de soja, en particulier vers l'URSS et la Chine. En 1988-1989, Ferruzzi s'est arrogé le tiers des ventes de céréales françaises vers l'Union soviétique (500 000 tonnes) et 85 % environ des exportations vers Pékin. Les concurrents ne manquaient pas de grincer des dents face à ce nouvel adversaire qui employait une arme jugée, à terme, suicidaire : consentir des rabais de 4,5 voire 6 dollars par tonne aux acheteurs, en espérant que les autorités de Bruxelles combleraient le manque à gagner par le jeu des restitutions (subventions à l'exportation). " Ils ne pouvaient pas apprendre en deux ans ce que nous avons mis un siècle pour comprendre ", entendait-on vendredi dans une grande maison de négoce international qui espérait voir les banquiers de Ferruzi s'intéresser de plus près à ses opérations sur les marchés de grain. Depuis 1986, la stratégie offensive du groupe en la matière lui aurait occasionné des pertes de l'ordre de 200 millions de dollars (1). " C'est toujours facile de vendre quand on casse les prix, commentait encore un négociant concurrent. Mais c'est difficile de gagner de l'argent sur de telles affaires. "

Les démissions des deux " traders " de choc interviennent deux mois après la décision du Chicago Board of Trade de liquider la position de 23 millions de boisseaux que Ferruzi détenait sur le marché du soja. Soupçonné de vouloir étrangler ce marché, le groupe italien a dû déboucler ses contrats d'achat, perdant au passage plusieurs millions de dollars. Si on dément, dans les bureaux parisiens de Ferruzi, vouloir abandonner purement et simplement le négoce international, le recentrage sur les produits exclusivement liés à l'activité industrielle du groupe parait probable. Le " roi vert " Raul Gardini juge sans doute trop coûteuse la défense de son titre précaire de nouveau géant du grain.

Réunis le dimanche 23 juillet à Paris, en présence d'un dirigeant du PCI, des communistes italiens résidant en France ont décidé de s'organiser de façon autonome par rapport au PCF. C'est la fin d'un statu quo qui durait depuis près de trente ans. C'est aussi la confirmation des mauvaises relations qu'entretiennent aujourd'hui les deux partis.

Le Parti socialiste aura-t-il un jour comme principal partenaire sur sa gauche, en France, le Parti communiste... italien ? Question iconoclaste ! Et pourtant. Au Parlement européen, la question n'est plus incongrue car les deux parties se verraient bien les piliers d'une nouvelle gauche élargie au-delà des frontières nationales. Une chose est sûre, les dirigeants du PCI ne se sentent plus beaucoup d'affinités avec ceux du PCF puisque les deux partis ne siègent plus au sein du même groupe multinational à Strasbourg (le Monde du 20 juillet). Les communistes français se sont associés à leurs homologues portugais, grecs et irlandais du Nord pour former un groupe de quatorze membres (coalition de la gauche), tandis que les communistes italiens ont rallié à leur cause le parti frère espagnol, un député danois et un élu grec afin de constituer un groupe de vingt-huit membres (Gauche unitaire européenne). Aucun des deux groupes n'a jugé utile de faire figurer l'adjectif "communiste" sur son étiquette.

Cette mésentente entre les deux partis - elle porte essentiellement sur l'intégration politique européenne à laquelle le PCF est farouchement opposé - n'avait pas eu, jusqu'à présent, de prolongement en France même. C'est chose faite depuis le 23 juillet, car des communistes d'origine italienne résidant en France se sont constitués en "fédération", "section" ou "association", selon les termes utilisés par les une et les autres. Il s'agit là de la fin d'un compromis, vieux de près de trente ans et, pour la direction du PCF, de la violation d'un principe intangible : " Il y a en France une seule classe ouvrière, donc un seul Parti communiste."

Au début des années 60, les deux partis sont respectivement dirigés, en France, par Thorez et, en Italie, par Togliatti. Au cours de cette décennie, beaucoup d'Italiens émigrent. Environ six millions. Une partie importante d'entre eux s'installent en France. Le PCF et le PCI passent un accord de coopération : les émigrants communistes adhèrent au PCF mais, pendant les campagnes électorales italiennes, le PCI envoie en France des permanents pour inciter au vote au-delà des Alpes. Bon gré, mal gré, l'accord fonctionne jusqu'en 1984, d'autant que le responsable de l'immigration au PCF est lui-même un Italien, Mr Mario Fornaciari. Cependant, à partir de cette date, les relations sont beaucoup plus conflictuelles entre les deux partis. Les divergences se creusent sur l'Europe, et des émigrés italiens font part de leurs difficultés à militer au sein du PCF.

" C'était irrespirable ", confie l'un d'entre eux. " On pouvait difficilement s'exprimer en dehors des orientations fixées par la direction ", ajoute un autre. Si bien qu'en 1989 la direction du PCI dépêche en France un membre de la commission émigration, Mr Ugo Boggero. Avec quatre de ses " camarades ", permanents du parti italien, sa tâche est évidemment de faire du " rabattage " électoral pour le scrutin européen en Italie. Mais pas seulement.

De mai à juillet, Mr Boggero fait la tournée des popotes. Officiellement, la direction du PCF ignore sa présence en France. Il écoute les doléances, il explique " le réformisme fort ", qui devient un concept clé de son parti. En quelque sorte, il prend le pouls de sa base " émigrée " afin de pouvoir faire une présentation circonstanciée au secrétaire à l'organisation du PCI, Mr Piero Fassino, à la fin juillet.

Une évidence saute alors aux yeux : ces communistes italiens de France veulent s'organiser de façon autonome, et la direction du PCI a grand besoin d'eux, notamment lors des nombreuses consultations électorales, pour assurer sa prééminence sur le Parti socialiste italien. " La direction du parti a senti la nécessité de renforcer les liens avec tous les immigrés italiens. Cette nécessité n'est ni un aval ni une consigne, c'est un choix politique ", confie Mr Boggero, avec la touche diplomatique qui sied à ce genre de situation.

Et, pour se faire pleinement comprendre, le dirigeant italien ajoute : " On ne donne pas d'ordre. " Dans le cas d'espèce, la direction du PCI n'avait pas besoin de forcer le destin. " Nous avons demandé à être organisés également en dehors des périodes électorales ", dit Mr Egilfredo Franchi, ancien permanent du PCF, qu'il a quitté au milieu des années 80. " Nos débats étaient vraiment écoutés par l'envoyé du PCI ", surenchérit Mr Vincenzo Caiazzo, vieux divorcé du PCF. Tous deux siègent parmi les dix-neuf membres du comité électoral formé à l'occasion des élections européennes, et qui a décidé de rester en place afin d'assurer la mise sur pied de l'organisation autonome du PCI en France.

Saisissant l'occasion de la publication d'un article d'Ouest-France dans son édition de Quimper consacré à une rencontre de Mr Fassino avec le maire rocardien de la ville, Mr Bernard Poignant et le maire " rénovateur " communiste d'une localité voisine, Mr Jean-Pierre Jeudy, l'Humanité du 12 septembre, a décidé de crever l'abcès. Le PCF souhaite maintenant que l'affaire soit réglée au plus haut niveau. Il est vrai que la résurgence de cette forme de polycentrisme - Moscou n'est plus le lieu central du communisme - ne plait guère aux dirigeants français. Ils ont toujours considéré que le PCI avait popularisé le concept du polycentrisme dans les années 60 pour leur propre profit, Rome remplaçant Moscou.

Les deux partis ne sont vraiment plus sur la même longueur d'ondes. Et l'on se demande bien à quoi servira une rencontre entre MM Jean-Claude Gayssot et Piero Fassino, les deux secrétaires à l'organisation, sinon à prendre acte d'un désaccord. La raison en est simple : Mr Boggero considère que " l'accord des années 60 est dépassé ", et que " pour représenter les communistes italiens, il y a le Parti communiste italien ".

" Pourquoi n'avez-vous pas réalisé de films en Géorgie depuis si longtemps ? Vous préférez voyager et tourner ailleurs ?

- Ce n'est pas mal de voyager ! On peut évidemment rester sur place, ne pas bouger, mais je crois que ses années de galère ont beaucoup servi à Cervantès, et que Kipling a pas mal cueilli en allant en Inde. C'est le conseil habituel des Russes qui nous disent : Restez chez vous en Géorgie, et parfois nous vous présenterons ailleurs comme un phénomène local, un champignon du folklore. Ça ne me convient pas.

- Pourtant, aujourd'hui, les conditions chez vous sont plus favorables pour y tourner ce que vous voulez.

- Cela me gêne de parler de cela. D'abord, je ne veux pas m'opposer à Gorbatchev parce que beaucoup de ceux que je méprise sont contre lui, et je ne veux pas être avec lui non plus, car je ne veux appartenir à aucun cercle, à aucune Eglise. Dans mon pays, il y a des conflits sanglants, et c'est dramatique. De plus, tous les cireurs de bottes sont devenus progressistes, et ça me fait vomir. Avant, on savait distinguer des gens comme Tarkovski ou Paradjanov de ceux qui courbaient le dos. Aujourd'hui, si tu ne craches pas sur le passé, tu es nul, et tu n'as même pas le droit d'être rétrograde.

- Considérez-vous que c'est être rétrograde que d'aller en Afrique pour y chercher une société utopique ?

- Je suis avant tout Géorgien. C'est ce qui détermine mon éthique, ma culture, mon regard sur le monde. Mes copains et moi, à Tbilissi, vivons selon ces critères. Le village où j'ai tourné en Afrique existe vraiment, ce n'est pas un mode de vie utopique.

- Pourquoi avoir choisi le Sénégal ?

- J'étais allé en Côte-d'Ivoire, en Guinée-Bissau, et tout à fait par hasard je suis tombé sur cet endroit. Car je crois sincèrement que si on a un devoir à remplir il y a une main invisible qui vous indique la route. Il semblait en effet impossible de trouver sur ce continent, qui est en plein chaos aujourd'hui, un village où les gens ne sont ni mesquins, ni jaloux, ni rapaces, et ont une grande correction. De plus ils savent chanter, ce qui me touche particulièrement car on ne sait plus chanter nulle part.

- Avez-vous vécu avec les villageois avant d'écrire le scénario ?

- Comme toujours j'avais un squelette d'histoire, totalement inventée, qui se passait dans un pays imaginaire car je ne pars jamais de la réalité. Puis j'ai pensé que cela aurait plus de relief de la situer dans un lieu où les tracteurs sont inconnus. D'où l'idée de l'Afrique. Si je dis que c'est un lieu fonctionnel, pas du tout africain, les intellectuels noirs me reprocheront de les considérer comme des insectes. En revanche, si je prétends que c'est tourné dans une vraie région connue de moi seul et dont j'ai minitieusement observé la vie, on me croira !

- Que vous ont apporté les habitants du village, la chair du film?

- Ils savaient danser, ils avaient des réactions extraordinaires, ils ont nourri l'histoire. Je n'ai pas sous-titré ce qu'ils disent, j'ai mis de temps en temps des cartons résumant la situation car, selon moi, tout est compréhensible et transparent, il n'y a pas de dramaturgie orale.

- Vous montrez une fascination pour les femmes fortes : dès le début, celle qui chevauche un crocodile, celle qui tire à l'arc dans la forêt. Face à ces amazones, les hommes lavent le linge.

- Il est permis de s'amuser. Et puis je voulais tout de suite indiquer que c'était un conte, qu'il ne fallait pas prendre cette histoire pour la réalité. Par ailleurs, ces femmes fortes viennent peut-être inconsciemment de mes souvenirs de guerre où les femmes faisaient les travaux les plus durs quand tous les hommes étaient partis au front. Elles coupaient le bois, chassaient, tuaient les cochons. Il y avait même des princesses géorgiennes fragiles et raffinées qui ont été déportées dans les camps de Sibérie et ont survécu. Je crois beaucoup à la capacité de résistance des femmes.

- Comment s'est passé le tournage?

- J'avais une équipe formidable, bourrée de tact, car ils ont su établir un vrai rapport avec les gens du village, qui affichaient un grand mépris au départ pour tout ce qui ressemblait à un cinéaste. Heureusement que cette population était divinement bien, car c'était dur de travailler avec la chaleur et les insectes. Mais ils représentaient le summum de ce que j'ai connu comme culture rurale, plus même qu'en Géorgie!"

Les films d'Otar Iosseliani sont toujours des histoires de villages. Peu importe leurs horizons. Qu'ils soient géorgiens (la Chute des feuilles, le Merle chanteur, Pastorale), parisien (les Favoris de la lune), basque (Euskadi) ou, comme ici, africain, le metteur en scène déroule la même trame, à l'infini. Des histoires de villages, c'est-à-dire de voisinage, de familles, de mariages, de brouilles, de repas pris en commun, de beuveries, de danses et de chants - très important, le chant. Insensiblement se dessinent le profil d'une communauté, le portrait d'une cité et de ses habitants. Sans phrases, le fonctionnement d'une société, les rouages d'un système sont mis à nu.

Ici, nous sommes sans doute en Casamance, au sud du Sénégal. Quelques paillottes vivent à l'écart de la civilisation, même si les lourds camions d'une exploitation forestière les frôlent de temps à autre. Les habitants, que les catalogues illustrés de vente par correspondance, trouvés par hasard, n'intriguent même pas, vaquent à leurs petites affaires. Ils pêchent ou chassent à l'arc, lavent leur linge à la rivière, creusent un puits. Ils se rencontrent, se chamaillent, se quittent, se retrouvent. Dans l'organisation minuscule des pouvoirs, le matriarcat semble l'emporter. Un trio de grandes jeunes femmes aux seins agressifs est particulièrement actif, ainsi qu'une très vieille dame, ravinée de rides et cassée en deux, mi-sorcière mi-forgeron, dont les interventions auprès d'une petite statuette de bois font merveille. Grâce à elle, la magie est quotidienne : la pluie tombe quand il faut et les têtes coupées se recollent. La caméra égrenne lentement les plaisirs et les jours, le travail et la paresse ordinaire. Elle s'attarde avec volupté sur le jaune d'un certain costume de paille, le rouge sang d'un fruit qui éclate près de la tête d'un dormeur ou l'éclair d'une flèche qui miroite à la surface de l'eau.

Mais la civilisation se rapproche : les arbres tombent de plus en plus près du village. Les habitants d'une autre agglomération, qui fuient leurs maisons, jettent l'alarme. Les enfants succombent aux distributions de bonbons, et l'une des femmes au prestige d'une Land Rover. Yéré, son mari, part à sa recherche, accompagné d'un âne. Le voyage ne peut être qu'initiatique : il rencontrera les représentants des grandes religions qui se partagent la planète. Grâce à l'islam, il gagne un couvre-chef, le christianisme lui fait découvrir l'usage du pantalon, et l'Etat, l'utilité d'une pièce d'identité. Quant au parti, il l'initie aux joies des réunions politiques avec pionniers cravatés de rose et banderoles frappées de slogans (en géorgien). Il retrouvera sa femme mais pas son village, déserté, brûlé. Comme les belles aux seins pointus, maintenant drapées d'élégants boubous, Yéré rejoindra la grande ville. Quant au petit dieu de bois, multiplié par quatre ou cinq, il est offert sur un bout de trottoir aux amateurs de souvenirs.

L'innocence et le bonheur sont perdus quand la communauté originelle se dissout. Le message est clair mais jamais insistant, et l'humour présent dans chaque image. Les esprits chagrins épingleront quelques détails erronés. Qu'importe, Iosseliani n'est pas un ethnologue mais un moraliste. Il n'y a pas une image exotique dans ce film, ni un plan gratuit. Ce Géorgien nonchalant, qui semble revenu de tout, va au cÓur des choses avec une simplicité redoutable. A noter que les dialogues de ce film, coproduit par la France et la RFA, présenté par l'URSS à Venise, sont dits par des acteurs non professionnels, recrutés sur place, qui utilisent leur langue, inconnue sous nos latitudes. Une vingtaine de cartons suffisent aux spectateurs pour suivre, sans problèmes, le déroulement de l'action : la chute d'un paradis.

L'écrivain et poète américain Robert Penn Warren est mort des suites d'un cancer, vendredi 15 septembre à Stratton dans le Vermont, a annoncé son épouse, l'écrivain Eleanor Clark. Il était âgé de quatre-vingt-quatre ans.

Né en avril 1905 dans le Kentucky, Robert Penn Warren est l'un des auteurs marquants de la littérature du sud des Etats-Unis. Il fut, dans les années 20, membre du mouvement agrarien qui militait pour un retour aux valeurs économiques et culturelles régionales. Son Óuvre est nourrie de l'histoire, des mythes et du folklore sudisteS. Mais, à la différence de William Faulkner, auquel on le compara souvent et un peu indûment, Robert Penn Warren était aussi un cosmopolite qui connaissait l'Europe et sa culture.

Dans ses romans - Aux portes du ciel (1943), les Fous du roi (1946, prix Pulitzer), la Caverne (1959), Les eaux montent (1964) (1), - Robert Penn Warren met en scène des personnages frustes au langage brutal. A travers des intrigues complexes, souvent tirées d'épisodes historiques, il s'est surtout attaché à illustrer ses idées philosophiques et morales sur l'innocence et la culpabilité, la quête de soi, la liberté...

Professeur d'université (après des études à Oxford), critique influent marqué par les théories du New Criticism, Robert Penn Warren publia également de nombreux recueils de poèmes.

Après avoir échoué dans l'OPA qu'il avait lancée au printemps dernier contre le groupe publicitaire anglais BMP (Boase-Massimi-Pollitt), le cinquième groupe français de publicité BDDP (Boulet-Dru-Dupuy-Petit) vient de conclure un accord d'association avec le groupe néerlandais Ara (sixième aux Pays-Bas) et renforce ainsi son réseau en Europe. BDDP a acheté 51 % du capital d'Ara, les managers du groupe néerlandais acquièrent 34 %, tandis que le groupe publicitaire américain Omnicom (qui contrôlait Ara depuis 1978 à travers sa holding regroupant BBDO et DDB Needham) en conserve seulement 15 %. Ara retrouve ainsi son indépendance face à sa maison mère, avec laquelle la concurrence devenait vive. Mr Jean-Claude Boulet, président de BDDP, a indiqué que cet accord était le résultat d'une " opération amicale ".

A l'occasion de son quarantième anniversaire, le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) organise une vente aux enchères d'Óuvres modernes et contemporaines qui aura lieu à Drouot Montaigne (15, avenue Montaigne, Paris-8e) le mardi 26 septembre à 20 h 30.

Il s'agit d'Óuvres originales offertes au MRAP par quelque cent trente-cinq peintres et sculpteurs. Les fonds recueillis aideront le MRAP dans son combat contre le racisme, qui est, comme l'écrit Claude Roy dans la plaquette de présentation, une lutte " contre la bêtise et la haine ". Ces Óuvres seront exposées le lundi 25 septembre de 13 heures à 22 heures, ainsi que le mardi 26, de 11 heures à 16 heures.

Deux militants communistes ont été condamnés vendredi 15 septembre, par le tribunal de grande instance d'Alès (Gard) à cinq et deux ans de privation de droits civiques pour fraude électorale lors des élections cantonales de mars 1985 dans le secteur d'Alès-Ouest. Deux autres militants communistes - MM Francis Iffernet, responsable CGT des mineurs du bassin d'Alès, et Jean-Michel Suau, lui aussi conseiller municipal - ont été pour leur part relaxés.

- Le rapporteur du projet de loi sur le financement des partis politiques, Mr Robert Savy, député socialiste de Haute-Vienne, s'est déclaré, vendredi 15 septembre, favorable à l'abandon des poursuites contre les hommes politiques impliqués dans des délits financiers par " l'application immédiate d'une loi plus douce ". " Il ne s'agit pas, a-t-il expliqué, de rétroactivité de la loi, ni d'amnistie, mais de l'application du principe juridique utilisé au moment du changement de la législation en matière d'interruption volontaire de grossesse.

Il ne faut plus poursuivre des hommes politiques tous les trois mois. Fixer un objectif est une chose ; encore faut-il se donner les moyens techniques d'y parvenir ". Mr Savy a admis que l'élaboration du nouveau texte serait " une entreprise très difficile ".

Un ancien gendarme belge, Madani Bouhouche, suspecté d'avoir participé à l'assassinat d'un homme d'affaires libanais début septembre à Anvers, a été arrêté, vendredi 15 septembre, à Torremolinos, dans le sud de l'Espagne. Madani Bouhouche avait déjà été emprisonné, puis relâché, à la suite d'un autre assassinat, celui d'un ingénieur de la Fabrique nationale d'armes belge, le 7 janvier 1986. Cet assassinat aurait pu, selon certains observateurs, être lié à la tragique affaire des tueurs du Brabant wallon, cette bande qui avait semé la terreur en Wallonie de 1983 à 1985. L'assassinat de l'homme d'affaires libanais à Anvers pourrait être, quant à lui, lié au trafic de drogue.

Après avoir, ces dernières années, poussé loin de ses fourneaux les plus grands maitres queux de l'Internationale communiste, Mr Achille Occhetto, petite toque italienne et maitre d'Óuvre du " Cours nouveau ", s'attaque au père fondateur de la filiale transalpine, celle qui fit jadis les beaux jours des clients de l'Internationale numéro 3.

Il s'appelait Palmiro Togliatti. C'est lui, derrière un jeune étudiant sarde à lunettes rondes du nom d'Antonio Gramsci, qui avait fondé, en 1921, le Parti communiste italien. Lui qui, après la mort de Gramsci dans les geôles fascistes seize ans plus tard, s'était saisi du sceptre de ce qui allait devenir la plus puissante des Eglises marxistes de l'Occident : le PCI.

Et c'est cet homme-là, ce mythe froid, sévère et sacré, que les communistes new look voudraient passer à la trappe ? " Ce n'est plus du replâtrage, s'indigne un vieux sénateur du parti, c'est un autogénocide pur et simple ! " N'exagérons rien et disons simplement que, pour préparer l'avenir, le PCI se croit obligé non seulement de liquider brutalement son dipe, mais de rejeter aussi tout son passé aux oubliettes.

Comme toutes les tempêtes, celle-ci a éclaté au cÓur de l'été, à la mi-août, avec un long article de l'Unita, organe officiel du parti, intitulé : " Il était une fois Togliatti et le communisme réel ". Suivait une sorte de réquisitoire, équilibré mais ferme, sur le philosoviétisme invétéré du " mythe " dans les années d'après-guerre, c'est-à-dire en pleines ténèbres staliniennes. " Togliatti a constamment cherché un pacte de fer avec Moscou ", écrit notamment Mr Biagio De Giovanni. Ce dernier, philosophe et membre de la nouvelle direction du parti, a rédigé le vademecum de la ligne réformiste et social-démocrate du " cours nouveau ". Il est évidemment très proche du secrétaire général Occhetto qui avait lui-même ouvert le feu, quelques semaines plus tôt, en évoquant, lors de l'inauguration d'un buste de Togliatti, " la coresponsabilité " du saint homme avec le stalinisme. Allusion à l'appui donné par Togliatti à la répression de 1956 contre la Hongrie ?

La vieille garde a réagi comme un seul homme et dénoncé la répudiation sacrilège.

Mais les gardiens de l'orthodoxie n'étaient pas au bout de leurs peines. Passe encore que le jeune secrétaire général - Mr Occhetto a cinquante-quatre ans - s'arrange pour être absent de la traditionnelle cérémonie commémorative de la mort - à Yalta en 1964 - de celui que les plus anciens camarades continuent d'appeler " le meilleur ". Mais quand Alberto Asor Rosa, polémiste appointé, ex-hérétique de la foi orthodoxe, compagnon de vacances d'Achille Occhetto et directeur de Rinascita, la revue " théologique " du parti, annonce qu'il va faire sauter de la prochaine édition la mention " fondée par Palmero Togliatti ", c'en est trop. L'apoplexie guette les vétérans, et Mme Nilde Iotti, présidente de l'Assemblée nationale et ancien compagnon du " meilleur ", décide de lancer la contre-offensive.

Les " bourgeois " du " cours nouveau " ont reculé. Togliatti restera sur la couverture du magazine que, après tout, il a effectivement fondé. Et Achille Occhetto, dans l'Unita de jeudi dernier, prend la plume pour dénoncer ceux qui l'accusent de " vouloir congédier Togliatti et placardiser Berlinguer ". " Togliatti, ajoute-t-il cependant, pensait et opérait selon les critères de l'époque de la guerre froide et de la logique des blocs. " Pour ce qui concerne le nouveau parti, " il a fait un choix politique différent dans un monde différent (...) et nous n'avons pas l'intention de revenir en arrière. " A bon entendeur...

Un soldat britannique a été tué, samedi matin 16 septembre, en Irlande du Nord, a annoncé la police locale, le Royal Ulster Constabulary (RUC). Le soldat, tué par une rafale de balles peu après minuit, était en train de réparer avec un collègue une antenne de radio dans le commissariat de Coalisland dans le comté de Tyrone, au sud de Belfast, a indiqué le RUC.

Le meurtre de sang-froid d'un policier désarmé par un délinquant récidiviste a relancé le débat, jamais clos en Grande-Bretagne, sur le rétablissement de la peine de mort, abolie en 1965. Anthony Hugues, qui a passé quinze des quarante-deux années de sa vie en prison pour divers méfaits, au point d'acquérir le surnom de " Rudolph Hess ", a tiré à bout portant, le 14 septembre, sur un policier qui procédait à un banal contrôle d'identité et a achevé l'inspecteur qui gisait à terre. Il s'est suicidé quelques heures plus tard, alors qu'il était cerné par la police, après avoir cherché sans succès à parler à un prêtre catholique.

Mme Thatcher a réagi, sur le perron du 10 Downing Street, en déclarant qu'elle était " favorable au rétablissement de la peine de mort parce qu'il y a des crimes si horribles que leurs auteurs devraient savoir qu'ils s'exposent à un tel châtiment ". La Fédération de la police a également réclamé la remise en service de la potence, au moins pour le meurtre de policiers et de gardiens de prison. Il est probable que le congrès du Parti conservateur, qui doit se tenir à la mi-octobre à Blackpool, sera saisi d'une motion invitant le gouvernement à choisir entre armer les policiers et rétablir la peine de mort.

L'inspecteur Raymond Coddling est le vingt et-unième policier tué en service depuis 1980. Le vingtième l'avait été en avril, battu à mort par des voyous alors qu'il surveillait un débit de boissons clandestin à Birmingham.

Les Britanniques continuent généralement de préférer que les bobbies ne soient pas armés en permanence. Le tendance actuelle est d'ailleurs de réduire encore le petit nombre de policiers munis d'une arme à feu tout en leur donnant une meilleure formation pour le maniement de celle-ci. La majorité de l'opinion suit cependant Mme Thatcher à propos de la peine de mort. Le Parlement, qui a régulièrement voté depuis 1965 contre le rétablissement de la peine capitale, est tout aussi régulièrement accusé par la presse populaire d'ignorer les inquiétudes des gens simples, exposés à la délinquance, et de vivre dans un monde à part.

Mme Thatcher n'a jamais fait mystère de ses convictions, mais elle laisse ses ministres voter selon leur conscience. Le ministre de l'intérieur, Mr Douglas Hurd, est ainsi un abolitionniste passionné. Les débats aux Communes sur la peine de mort sont généralement de bonne tenue, et suivis d'un scrutin où chaque parlementaire fait son choix en dehors de toute discipline de parti. Le dernier en date, le 7 juin 1988, avait vu une légère augmentation de la majorité opposée au retour de la potence. Celle-ci avait atteint 123 voix, contre 112 lors du précédent vote sur le même sujet en avril 1987.

Chaque fois, sociologues et experts affirment, statistiques à l'appui, que la peine de mort ne constitue nullement une dissuasion. Mme Thatcher n'en croit rien et a encore répété jeudi que la situation changerait si les délinquants " n'étaient pas assurés, quoi qu'ils fassent, de ne pas perdre la vie ". Le propos est populaire, même si en pratique il n'engage à rien.

Un train de journalistes avait été convié, vendredi 15 septembre, à la générale du parcours-spectacle célébrant la victoire de Valmy, que le président de la République devait présider samedi après-midi.

Il pleuvait vendredi à Valmy, comme en 92. Pour une reconstitution historique soucieuse de vérité, on aurait peut-être pu trouver le vilain temps bienvenu. Pour une " évocation de la victoire " sous forme de parcours-spectacle au milieu des champs, il aurait mieux valu qu'il en fût autrement. A Valmy, quand il pleut, cela fait de la boue, et l'on s'est crotté. Pas tellement tout au long du parcours lui-même, équipé d'un sol praticable, mais pour y arriver, dans les parages du campement changeant quelque peu l'ordinaire du troufion de service, toujours cependant de corvée de pluches pour la potée offerte aux visiteurs après une bonne heure et demie passée dans les intempéries, avec, pour ouvrir la marche, deux bÓufs et un cordon de militaires. Les militaires parce que le ministère de la défense est le patron de la fête, les bÓufs de l'Aubrac parce que Bartabas - fondateur du théâtre équestre Zingaro, - qui a pensé la mise en scène du spectacle, leur a reconnu le pas d'un promeneur qui regarde autour de lui.

Et quatre cents personnes de suivre, pour la plupart empêtrées dans la presque-cellophane des capuchons distribués à l'entrée du parcours, avec un programme fort heureusement plastifié. Celui-ci annonce dans l'ordre du Sarkis : Valmy comme bataille miroir, en douze stations du Buren, proposant " une relecture pour un regard actif " ; une Óuvre de Vilmouth : A quelques plombes du mat ; et, moins faciles à localiser, des exercices de la garde républicaine, Cent chevaux pour la liberté, conduits par Bartabas ; la Peinture d'une bataille, de Leccia, et un parcours musical avec tambours, trompes et fanfare des Trois Huit. De quoi faire quelque chose de pas facile à faire : mélanger les genres, les gens et les pinceaux, le tout sur un site banal, en espérant que le public entendra ces propositions sonores, plastiques et visuelles commémorant l'événement.

L'idée est assez belle : un Valmy sans Prussiens et sans Autrichiens, sans folklore, sans cocarde, qui soit le contraire même d'un " Si Valmy m'était conté ", où les spectateurs sont priés de se faire eux-mêmes leur cinéma, partant des orientations données par des artistes contemporains prompts à dépasser l'anecdote. Mais le résultat est un peu décevant, en tout cas ce jour de générale, où l'on n'a pas tout vu. Où les toiles rayées rouge et blanc de Buren, à cause du vent, n'ont pas pu être tendues, de sorte que son couloir de tissu ménageant des points de vue sur le paysage et les lieux où se sont déroulés les événements avait trop de trous et pas assez de perspective.

Le parcours de Sarkis, dans le petit bois, s'est trouvé mieux servi par la grisaille ambiante, d'où pouvaient émerger forts et vifs, entre les arbres, les noms évocateurs de batailles populaires écrits en lettres au néon sur les parois de cabanes de tôle réparties le long du chemin. Chaque station : Ayacucho, Madrid, Potemkine, Tiananmen... ayant son environnement sonore, chansons populaires, voix d'enfants, air d'opéra, aboiements, pour recréer un fond de vécu au quotidien. Présent et passé, souvenirs personnels et mémoire collective, c'est en toute fidélité à lui-même que l'artiste a fait son Valmy.

Celui de Vilmouth appelle le soleil et le ciel bleu des fêtes, sans quoi sa roue foraine associée au moulin légendaire tourne sans produire d'images capitales, sans fonctionner vraiment. Quant aux interventions surprises de la garde républicaine traversant le cortège, on n'en a pas vraiment remarqué grand-chose, pas plus qu'on a eu le temps de goûter le lâcher de chevaux sauvages, qui étaient cent, qui auraient dû être mille pour l'épopée.

Le parcours s'achève sur un tableau de bataille, le grand genre, en somme, avec hélicoptères et pirotechnie, les hélicoptères au nombre de vingt, faisant front au public, cette fois assis sur des gradins. Du Coppola sans les moyens. Du travail intéressant si on le considère d'un point de vue de plasticien, mais si minable, parait-il, aux yeux des habitués des grandes parades du Bourget ou d'ailleurs.

Cette dernière prestation, les autres aussi font penser, au fond, que ce parcours - spectacle, orchestré par Patrick Bouchain, a un peu la consistance de ce qu'on appelle dans le domaine de la peinture une " première idée " : une ébauche de grand tableau avec tous ses ingrédients, ses thèmes, ses points forts, mais auxquels il manque des articulations, des passages, de la couleur, des rehauts, et quelques personnages supplémentaires pour enlever le morceau. L'ennui, c'est que " Valmy : Naissance d'une nation " coûte déjà assez cher : 15 millions de francs, 10 venant du ministère de la défense et 5 millions de la Mission du Bicentenaire. N'y avait-il pas moyen d'économiser un peu en dépenses de communication et de promotion ?

L'historien Denis Richet est mort, vendredi 15 septembre, à Paris, à l'âge de soixante-deux ans. France-Culture lui rendra hommage dans son émission "Les lundis de l'histoire", le 25 septembre.

Parmi les historiens de sa génération, celle qui, dans le sillage de Fernand Braudel et d'Ernest Labrousse, a assuré la réputation de l'histoire française, Denis Richet, mort brutalement à l'âge de soixante-deux ans, avait une place originale. Il a été un magnifique éveilleur de vocations. Ses enseignements à la Sorbonne puis à l'université de Tours, son séminaire à l'Ecole des hautes études (où il avait été appelé en 1968 par Fernand Braudel, dont il était très proche), ont appris à beaucoup le métier d'historien, fait de rigueur et de discipline dans la démarche de recherche, de liberté critique dans la volonté de compréhension.

Appuyés sur une profonde connaissance des historiens français du dix-neuvième siècle, qu'il aimait lire et relire, informés des recherches les plus récentes, ses cours, transmis entre étudiants comme des trésors sans prix, constituent une Óuvre en eux-mêmes. En 1973, ils ont fourni la trame d'un petit livre, la France moderne : l'esprit des institutions, qui bouscule avec une intelligence dérangeante les descriptions convenues de l'Ancien Régime.

Le domaine de travail de Denis Richet était la France d'entre les guerres de Religion et la Fronde. D'une thèse entreprise sur la société parisienne à l'époque de la Ligue, il avait acquis une familiarité unique avec les archives de la capitale, qui a nourri ses plus beaux articles. A travers ces études - consacrées à la géographie sociale parisienne, à l'articulation entre fractures politiques et divisions religieuses, à la constitution d'une noblesse de robe au service de la monarchie, - Denis Richet a construit une vision neuve d'une période qu'il tenait pour décisive dans la formation de l'Etat moderne.

Pour un plus large public, le nom de Denis Richet est surtout lié à un livre, publié en 1965 et écrit en collaboration avec François Furet, maintes fois réédité et traduit depuis : la Révolution française. Ce qui ne devait être à l'origine que le simple commentaire d'un recueil d'images devint la première véritable remise en question de l'interprétation "classique" de la Révolution, identifiée alors à celle d'Albert Soboul. Accueilli avec fureur par les tenants de la lecture marxiste, le livre a fait son chemin et, même si ses deux auteurs ont ensuite emprunté des chemins divergents, leur Óuvre commune a été à l'origine du profond renouvellement qui a saisi l'historiographie de la Révolution.

Enseignant attentif, exigeant d'abord pour lui-même, soucieux de faire partager son goût de l'histoire (il coproduit l'émission de France-Culture "Les lundis de l'histoire" quasiment depuis sa création), Denis Richet n'a pu achever l'Óuvre écrite promise par son savoir et son talent. L'histoire qu'il aimait ne connaissait ni dogmes ni frontières : libre, elle parcourait le temps long de l'histoire de France aux trois premiers siècles de sa modernité, entre seizième et dix-huitième siècle, pour, à partir de l'amont, mieux comprendre l'événement fondateur de notre monde contemporain.

Le Lion d'or de la quarante-sixième Mostra de Venise attribué à la Ville du chagrin du Taiwanais Hou Hsiao-Hsien, c'est une excellente nouvelle : le film de ce réalisateur de quarante-deux ans, à qui l'on doit déjà Un été chez grand-père et la Fille du Nil, est d'une beauté et d'une vigueur remarquables (cf. le Monde du 14 septembre). Le Grand Prix spécial du jury à Et la lumière fut, d'Otar Iosseliani, l'auteur géorgien de Pastorale et des Favoris de la lune, confirme la reconnaissance internationale d'un tempérament enivrant (voir l'entretien avec Michel Ciment). Le Lion d'argent au film du Portugais Joao Cesar Monteiro, Souvenirs de la maison jaune, histoire d'un pauvre bougre de Lisbonne, coupable d'un modeste attentat à la pudeur et qui, enfermé à l'asile psychiatrique, décide d'" en faire baver aux autres ", est un encouragement inattendu. Il est assez déconcertant également que de même Lion d'argent couronne ex aequo la Mort d'un maitre de thé, de Kei Kumai, Óuvre d'un dépouillement hypnotique.

Que le prix d'interprétation aille aux deux comédiennes de She's been away de Peter Hall, Peggy Ashcroft et Geraldine James - elles aussi un pied dans l'asile et l'autre sur les sentiers de la liberté, - on ne peut que l'approuver, aucune comédienne n'ayant su s'imposer seule cette année. Quant au double prix d'interprétation masculine pour Marcello Mastroianni et Massimo Troisi dans Che ora è d'Ettore Scola, il est indiscutable, nous l'avons même suggéré dès hier.

Une mention spéciale a été accordée aux jeunes délinquants chantants de Scugnizzi de Nanni Loy. L'Osella du meilleur scénario à Jules Feiffer pour I want to go home d'Alain Resnais, l'Osella de la meilleure photographie à Australia de Jean-Jacques Andrien, c'est de la petite monnaie que les intéressés pourraient aussi bien ne pas ramasser. Un palmarès un peu bancal - mais ils le sont tous - pour une sélection officielle dont on a déjà dit qu'elle étonnait autant par ses choix que par ses refus, en écartant de la course nombre d'excellents films présents au Lido mais hors compétition.

Paris et Bagdad ont signé, jeudi soir 14 septembre, un important accord sur le rééchelonnement de la dette irakienne à l'égard de l'Etat français, accord qui porte sur une somme de 8,5 milliards de francs. La nouvelle n'a été rendue publique que vendredi après-midi par le ministère français de l'économie et des finances.

Selon les termes de l'accord, Bagdad s'engage à verser immédiatement 1,5 milliard de francs, tandis que les 7 autres milliards de francs dus seront rééchelonnés sur six ans avec trois ans de délai de grâce, précise-t-on au ministère de l'économie et des finances. Cette somme de 8,5 milliards de francs représente le total des échéances que l'Irak devait honorer entre la mi-mai 1988 et la fin 1989.

La dette totale de Bagdad à l'égard de la France s'élève à plus de 6 milliards de dollars, dont 4 milliards (plus de 25 milliards de francs) sont garantis par la Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur (COFACE). La France supporte à elle seule près d'un quart de la dette irakienne, qui s'élèverait à la fin 1987 à 15,8 milliards de dollars, selon les chiffres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Depuis la fin des combats dans le golfe Persique, en juin 1988, l'Irak refusait de payer les échéances prévues.

La négociation sur le rééchelonnement a duré près d'un an. C'est en novembre 1988 que les deux pays étaient convenus de confier à un comité d'experts franco-irakien le règlement du problème des arriérés de Bagdad.

Elle a été conclue par une délégation comprenant des représentants des ministères français des affaires étrangères, des finances, de la défense et du commerce extérieur qui s'est rendue cette semaine à Bagdad et qui était dirigée par Mr Philippe Rémond, directeur adjoint de la direction des relations économiques extérieures (DREE) du ministère des finances.

Cet accord ouvre la voie à une normalisation des relations commerciales entre la France et l'Irak, indique-t-on de source française.

En juin dernier, le ministre de la défense, Mr Jean-Pierre Chevènement, avait affirmé que la coopération entre les deux pays pourrait " reprendre sur une base assainie " lorsqu'un arrangement sur le contentieux financier aurait été trouvé. Cet assainissement pourrait aider à la négociation d'un gros contrat de 22 milliards de francs (le Monde du 2 juin) comprenant en particulier la vente de cinquante Mirage, 2000 par la société Dassault.

Plusieurs journalistes, dont un rédacteur et un photographe de l'Agence France-Presse, qui avaient garé leurs voitures, le 15 septembre, à proximité d'une des entrées du centre de production Peugeot de Sochaux, ont retrouvé leurs véhicules très abimés : pneus lacérés à coups de couteau, joints des vitres arrachés, carrosseries cabossées. Selon de nombreux témoins, indique l'AFP, ces déprédations sont imputables à des membres du personnel de sécurité du centre, conduits par un cadre de l'entreprise.

La société canadienne Bombardier a annoncé, le 15 septembre, qu'elle rachèterait d'ici à la fin de l'année le constructeur ferroviaire français ANF-Industrie, au groupe Ateliers de construction du nord de la France (ANF) pour la somme de 22 millions de dollars canadiens (123 millions de francs).

ANF-Industrie, qui est installé à Crespin (Nord), emploie mille cent cinquante personnes et occupe la deuxième place dans l'industrie ferroviaire française loin derrière GEC-Alsthom. Il a participé, au côté de ce dernier, à la construction des trains à grande vitesse, mais son cheval de bataille est le turbotrain qu'il a vendu à la SNCF, aux Etats-Unis, en Iran et en Egypte. Il a coopéré à la construction de deux cent vingt-cinq motrices pour le métro de New-York. Il fabrique, par ailleurs, des voitures de banlieue à deux niveaux, des autorails et des bogies.

Pour ANF-Industrie, qui avait contribué en 1988 aux pertes (83 millions) de sa maison-mère ANF, le rachat par Bombardier est l'ultime étape d'un plan de restructuration commencé, en 1988, par Mr Claude Etchegaray et qui s'est traduit par de sévères réductions d'effectifs. Le constructeur français se trouve, désormais, associé à une équipe dynamique qui vient de remporter une bonne part du marché des navettes du tunnel sous la Manche. En effet, Bombardier, sa filiale belge Brugeoise et Nivelles-Constructions ferroviaires et ANF-Industrie ont reçu une commande de matériels roulants du consortium Eurotunnel pour un montant total de 3,6 milliards de francs.

En rachetant ANF-Industrie, le québécois Bombardier (motos neige, métros, avions Canadair et Shorts) ne fait pas que renforcer sa présence en Europe où le marché ferroviaire est à la fois le plus dynamique du monde et le plus réservé aux industries nationales. Il s'approprie la technologie du turbotrain qui pourrait séduire les Américains pour desservir à plus de 200 km/h le corridor Boston-New-York.

Le gouvernement français ne devrait pas trouver à redire à ce rachat : la SNCF n'est pas fâchée d'avoir un autre fournisseur que GEC-Alsthom et cette société préfère, de loin, voir arriver en France Bombardier - qui l'aide à vendre son TGV en Amérique du Nord - que le redoutable helvético-suédois ABB.

Le syndicat CGT de la brasserie de Mutzig (Bas-Rhin) a annoncé, jeudi 14 septembre, qu'elle prenait "la responsabilité de la production" et du soutirage des fûts : en effet, la direction, qui compte fermer cette unité (150 salariés) à la fin de l'année, a annoncé l'arrêt du brassage à la fin de septembre et de la mise en fûts en octobre. Selon la CGT, la direction aurait proposé de continuer à payer les ouvriers jusqu'à la date officielle de fermeture (le 31 décembre), malgré l'arrêt de la production, ce qui, pour le syndicat, ne respecte pas la "dignité" des ouvriers.

Dans le conflit des usines Peugeot à Sochaux et à Mulhouse, la situation est totalement bloquée. Le 15 septembre, les grévistes ont voulu " riposter " aux propos tenus la veille par Mr Jacques Calvet, le PDG du groupe PSA, d'où un nouveau durcissement constaté dans les deux centres. " Les déclarations de Calvet, ont confié des syndicalistes, ont galvanisé la combativité des grévistes. Elles les ont incités à débrayer plutôt qu'à travailler. "

Au centre de Sochaux (23 000 salariés), près de 4 000 manifestants (sur une équipe du matin qui compte 7 000 personnes) ont défilé, dans la matinée, dans l'usine, où selon les syndicats, la production était " pratiquement paralysée " puis dans les rues de la sous-préfecture de Sochaux-Montbéliard. L'après-midi, on a retrouvé le même scénario mais avec moins de participants : un peu plus de 2 000 personnes selon les syndicats CGT, CFDT, FO et CFTC. Les chiffres avancés par la direction étaient très inférieurs : 1 250 grévistes le matin et 875 l'après-midi.

Le samedi 16 septembre, le centre de Sochaux était fermé, la direction ayant décidé de ne pas faire appel, comme cela se déroule chaque semaine, à des travailleurs volontaires qui produisent en moyenne 800 à 900 voitures. Les grévistes du matin, comme de l'après-midi, se sont prononcés, " massivement " selon les syndicats, pour la poursuite de la grève lundi 18 septembre. La direction a indiqué que Sochaux n'avait pu réaliser le 15 septembre que 15 % de sa production normale qui est de 1820 véhicules par jour.

Au centre de Mulhouse (12000 salariés), les grévistes ont commencé, le 15 septembre, par occuper les quatre portes d'accès de l'usine, ce qui a provisoirement contraint les non-grévistes à gagner leurs postes de travail à pied. Les manifestants (2000 selon les syndicats, 300 selon la direction sur une équipe de 3800 salariés) ont voulu prouver qu'ils étaient " beaucoup plus nombreux que ne le prétendait la direction ". L'après-midi, les grévistes ont défilé dans les différents bâtiments du centre. Les chaines de fabrication ont recommencé à fonctionner au ralenti : 300 " 205 " ont été produites, selon la direction, contre 1300 en temps normal. La grève a été reconduite pour lundi et les syndicats CGT, CFDT, FO et CFTC ont avancé le projet d'une " manifestation à Paris sous les fenêtres de Calvet, pour l'obliger à négocier ".

A Clermont-Ferrand, nous indique notre correspondant, Mr Jean Kaspar (CFDT) a déclaré que Mr Calvet " jouait avec le feu ". " Mr Calvet, a affirmé le secrétaire général de la CFDT, a parlé de l'importance des investissements industriels et de recherche. Il serait grand temps qu'il comprenne que le social est un investissement tout aussi important. " " La stratégie de Mr Calvet, a ajouté Mr Kaspar, est une stratégie de contournement, d'intimidation, voire de tentative de répression. C'est tout à fait inacceptable et dangereux, socialement mais aussi économiquement. "

Interrogé sur la 5, le 15 septembre, Mr Henri Krasucki a manié l'ironie à propos de Mr Calvet : " Il a été élu cette année premier PDG de France, voyez le résultat. On a vanté sa manière de gérer, les gens gagnent autour de 5000 F. " Comme on lui demandait s'il souhaitait le départ de Mr Calvet, le secrétaire général de la CGT a répondu : " Ce n'est pas un problème d'homme, c'est un problème d'orientation. " Quant à la Confédération des syndicats libres (CSL), toujours bien implantée dans le groupe, elle a dénoncé l'" insuffisance de dialogue social ", depuis le début du conflit, et mis en cause des " décisions patronales arbitraires qui ont débouché sur un échec, compromettant la réussite économique ".

Interdite de Coupe Davis et de Coupe de la Fédération depuis onze ans, l'Afrique du Sud a été suspendue de la Fédération internationale de tennis (FIT), vendredi 15 septembre.

Réunie à Buenos-Aires (Argentine), l'assemblée générale de la FIT a, en effet, adopté " à une écrasante majorité ", une motion présentée par les fédérations du Nigéria, du Danemark, de Finlande, de Norvège et de Suède, tendant à la suspension de l'Afrique du Sud " jusqu'à ce qu'elle abandonne sa politique d'apartheid ". Cette décision intervient trois semaines après que le bureau de l'Association des joueurs professionnels (ATP) a retiré du Tour 1990 les tournois prévus au Cap et à Johannesburg. Elle sera réexaminée par la FIT tous les ans.

Personnellement peu favorable à une mesure d'exclusion, le président de la FIT, Philippe Chatrier, dont le mandat a été renouvelé pour deux ans, a précisé que deux éléments ont été déterminants dans le vote de cette motion : " En premier lieu, les joueurs sud-africains étaient d'ores et déjà interdits de jeu dans douze pays ; ensuite, de nombreux Etats faisaient pression sur leurs joueurs nationaux pour qu'ils n'aillent pas disputer de tournoi en Afrique du Sud. "

Il s'agissait aussi pour la FIT, qui avait obtenu la réinscription du tennis au programme des Jeux olympiques en 1988, après soixante-quatre ans d'absence, de se mettre en règle avec le Comité international olympique (CIO), qui a confirmé lors de sa récente session à Porto-Rico l'interdiction des Jeux en 1992 faite à tout athlète ayant concouru en Afrique du Sud.

Rodolphe Gilbert, 26e joueur français, a créé le 15 septembre la surprise de la cinquième journée du National de tennis, qui se dispute à Saint-Tropez (Var). Il a battu en quarts de finale Olivier Delaitre, classé 9e (4-6, 6-2, 6-1). En demi-finales, il rencontrera Eric Winogradsky, no 7, qui a éliminé Philippe Pech, no 13. L'autre demi-finale devait mettre en présence Arnaud Boestch, no 11, et Olivier Soules, no 14. La finale dames devait opposer Isabelle Demongeot, no 5, et Nathalie Herreman, no 9.

Mr Robert Maxwell a estimé, le 15 septembre, que TF 1 ne gagnait pas assez d'argent pour assurer son développement en Europe. Le patron de presse britannique a indiqué qu'il avait discuté avec le PDG de la chaine française, Mr Patrick Le Lay, des moyens à mettre en Óuvre pour accroitre les gains de TF 1.

Mr Robert Maxwell (qui détient 13,1 % du capital de TF 1 depuis la cession des actions de la Syalis en août dernier) a précisé qu'il était nécessaire que TF 1 acquière un portefeuille de films et crée une société de vidéo au plan européen. " La chaine doit trouver d'autres sources de financement que la seule publicité, surtout sur un marché français fortement concurrentiel et sur lequel il y a trop de chaines ", a-t-il ajouté.

Interrogé sur l'éventualité d'une augmentation de capital de la chaine, Robert Maxwell a indiqué qu'il n'était pas question de faire appel aux actionnaires tant que TF 1 n'aurait pas " donné la preuve qu'elle peut vraiment gagner de l'argent sur le marché français qui est le sien ".

En s'efforçant de jouer les médiateurs entre Israéliens et Palestiniens pour rapprocher les positions sur d'éventuelles élections dans les territoires occupés, le président égyptien, Mr Hosni Moubarak, a suscité une première réaction à Jérusalem : embarras et tiraillements au sein du cabinet d'union nationale.

A trois reprises cette semaine, les principaux responsables du gouvernement ont discuté à huis clos des propositions égyptiennes. Mais, vendredi soir 15 septembre, ils n'avaient toujours pas pu se mettre d'accord sur l'attitude à adopter. Le chef du gouvernement, Mr Itzhak Shamir, et son collègue du Likoud Moshe Arens, ministre des affaires étrangères, estiment qu'Israël n'a pas encore à répondre à l'initiative égyptienne ; il n'y a pas lieu d'en débattre, disent-ils, tant que le plan de paix proposé en avril dernier par le gouvernement israélien - notamment le projet d'élections dans les territoires - n'aura pas fait l'objet d'une " acceptation de principe " claire et nette du côté arabe.

Les travaillistes Itzhak Rabin (défense) et Shimon Pérès (finances) sont d'un avis contraire ; ils veulent donner suite à la démarche du rais, qu'ils considèrent comme équivalant bel et bien à une " acceptation de principe " du plan israélien. Impossible de se défiler et de ne pas répondre, disent-ils, alors qu'un interlocuteur arabe fait une offre de négociation à partir d'une proposition israélienne.

Le débat - qui va bien au-delà de cette querelle assez formelle - se poursuivra la semaine prochaine aux Etats-Unis, d'où Mr Rabin est tout juste de retour et où MM Arens et Pérès sont attendus en visite officielle. Au cas où " les Palestiniens " - en clair, l'OLP - donneraient leur aval aux propositions égyptiennes, on prête une double intention aux Etats-Unis : ils multiplieraient les pressions pour que les Israéliens les acceptent à leur tour et accorderaient à Mr Yasser Arafat le visa permettant au chef de l'OLP de se rendre à New-York à la prochaine session de l'assemblée générale des Nations unies. Pour l'heure, le feu vert palestinien aux propositions du Caire ne parait nullement acquis, comme en témoignent nombre de réactions au sein de l'OLP en général hostiles ou réservées à l'égard de l'initiative de Mr Moubarak.

Celle-ci remonte au début du mois de juillet dernier. Sollicités par les Etats-Unis et, discrètement, par Mr Rabin, qui autorise alors certaines personnalités nationalistes des territoires à se rendre au Caire, les Egyptiens élaborent un texte en dix points (le Monde du 13 septembre). Il s'agit d'un catalogue de conditions et de précisions devant permettre aux Palestiniens de souscrire au projet israélien d'élections en Cisjordanie et à Gaza : participation des résidents arabes de Jérusalem au scrutin, garantie qu'une période de régime d'autonomie ne serait qu'intérimaire avant une négociation sur le statut définitif des territoires, laquelle devrait être fondée sur le principe de la "paix en échange d'un compromis territorial ".

Sur cette base, une délégation palestinienne pourrait accepter d'entamer les négociations avec les Israéliens. C'est du moins ce qu'espèrent les Egyptiens, qui ont tenté de convaincre Mr Arafat.

Selon certains quotidiens israéliens, Mr Moubarak souhaiterait que de tels pourparlers aient lieu au Caire - éventuellement sous parrainage américano-soviétique - et aimerait pouvoir lancer les invitations lors du discours qu'il prononcera à la tribune de l'ONU le 29 septembre.

Les diplomates égyptiens ont fait preuve d'imagination pour contourner le traditionnel obstacle à la composition d'une délégation palestinienne acceptable pour tout le monde. Pour Israël, une telle délégation ne devrait comprendre que des résidents des territoires ; pour l'OLP, il est inconcevable que des représentants du mouvement national de l'"extérieur" ne soient pas associés aux négociations. Le Caire suggère donc que ces représentants-là soient choisis parmi certains des militants nationalistes qui ont été bannis de Cisjordanie et de Gaza par les Israéliens.

Sur les dix points, comme sur la procédure et la composition de la délégation palestinienne, les travaillistes sont à peu près d'accord. Mr Shamir et ses collègues du Likoud sont beaucoup plus réticents et tout particulièrement opposés à ce que des militants nationalistes expulsés des territoires se joignent à une éventuelle délégation palestinienne.

Du côté des Palestiniens, l'accueil n'est pas vraiment enthousiaste. Si les cercles nationalistes modérés des territoires (en gros, proches du courant central du Fath) trouvent des " aspects positifs " à la démarche égyptienne, ils la jugent très incomplète, notamment parce qu'elle ignore le principe du " droit à l'autodétermination du peuple palestinien ". Ces mêmes cercles sont d'autant moins portés au compromis qu'ils sont aujourd'hui en concurrence avec une nouvelle génération de militants, plus jeunes et plus radicaux - appartenant souvent au Front démocratique et au Front populaire, les branches extrêmes de l'OLP, ou encore au courant islamiste.

Sans raison apparente, puisque le cessez-le-feu devrait être, en principe, solennellement proclamé samedi 16 septembre par le triumvirat arabe (Algérie, Maroc, Arabie saoudite) à partir de minuit, les canonnades ont brusquement repris vendredi après-midi, pour ne cesser qu'à l'aube de samedi.

Quels pouvaient donc être la signification et l'objectif de cette meurtrière flambée de la dernière heure, dont les médias du camp chrétien accusent les Syriens, alors que ceux du secteur musulman l'attribuent à la " clique de Michel Aoun ", et dont ont été victimes - lourd bilan, surtout pour un bombardement sans objet - treize personnes (huit morts dans le réduit chrétien, cinq en secteur sous contrôle syrien).

Les explications sont nombreuses : ultime pression de l'un ou l'autre camp sur le triumvirat, conséquence du flou et du mystère entourant toujours les décisions dudit triumvirat, tentative de saboter à l'avance son plan de pacification, voire même défoulement de dernière heure avant l'arrêt des hostilités. Aucune ne tient.

En fait, tant que n'aura pas été diffusé à Rabat, Alger et Ryad le communiqué des trois chefs d'Etat, et que le ministre saoudien des affaires étrangères n'aura pas donné, dans une conférence de presse, les explications complémentaires annoncées, il ne sera pas possible de se rendre compte en quoi le triumvirat s'est rétracté au regard de son rapport de début août, qui avait provoqué la colère de Damas. En même temps, si la Syrie continue de refuser de discuter du retrait de ses troupes du Liban et de lier la levée du blocus aux négociations interlibanaises sur l'entente nationale et si le général Aoun continue de refuser de négocier des réformes institutionnelles avant que la Syrie n'ait admis le principe du retrait de ses troupes, le risque est grand que le cercle vicieux persiste.

Les étudiants dissidents et les membres des partis d'opposition birmans sont souvent victimes d'arrestations et de tortures, ont indiqué des étudiants qui ont fui le mois dernier leur pays pour rejoindre les zones rebelles, à la frontière thailandaise. Ces allégations font suite aux déclarations de responsables du département d'Etat accusant le régime militaire birman de torturer de façon systématique les prisonniers politiques et de poursuivre la répression commencée après le putsch militaire du 18 septembre 1988. Les Douze ont récemment protesté contre "l'aggravation de la politique répressive en Birmanie".

Un étudiant a raconté qu'il avait fui Rangoun pour échapper à une nouvelle vague d'arrestations; il était un ancien garde du corps du chef de l'opposition, Mme Aung San Suu Kyi, assignée à résidence en juillet. Il dit que la plupart des collaborateurs de cette dernière sont en prison et qu'il a assisté à l'arrestation de l'un d'eux, qui a été roué de coups par les soldats. Des policiers ont aussi planté des clous dans les genoux de l'un de ses amis.

D'autres informations ont fait état de " marches de la mort " organisées par l'armée, qui a contraint des étudiants dissidents à marcher ou à servir de porteurs dans la jungle du nord du pays ; ils étaient également battus et torturés. Un certain nombre d'entre eux sont morts.

Rangoun a démenti ces informations. Le secrétaire du SLORC (Conseil pour la restauration de la loi et l'ordre), le brigadier-général Khin Nyunt, a, dans une conférence de presse tenue le 9 septembre, dénoncé " les mensonges diffusés par la presse étrangère ". Il s'en est pris au Congrès américain, dont des membres ont écrit une lettre dénonçant les autorités militaires : " La Birmanie est un pays indépendant, elle n'est le satellite de personne et ne se laissera dicter son sort par personne ", a-t-il affirmé.

Le général Khin Nyunt a enfin accusé les responsables de l'opposition de collusion avec l'étranger : ainsi l'ancien premier ministre U Nu a-t-il été accusé d'avoir visité huit pays étrangers, l'ex-ministre de la défense Tin U d'avoir écrit à des chefs d'Etat et de gouvernement étrangers ainsi qu'à Amnesty International, et Mme Aung San Suu Kyi d'" avoir reçu des étrangers et des diplomates sans jamais faire de rapport (aux autorités) ni leur demander l'autorisation ".

- Environ mille deux cents étudiants et membres du parti du Congrès népalais (interdit) ont été arrêtés vendredi 15 septembre dans plusieurs villes du pays, ont annoncé des sources proches de ce parti ; ce qui porterait à trois mille le nombre de personnes incarcérées au cours de la " semaine de réveil du peuple " organisée depuis le 9 septembre par le Congrès pour réclamer la fin du système de parti unique. Pour sa part, le ministère de l'intérieur a affirmé que six cent vingt-quatre personnes seulement avaient été interpellées et que quatre cent vingt-trois avaient déjà été libérées.

La grève s'est encore durcie, le 15 septembre, aux usines Peugeot de Sochaux et de Mulhouse. Le mouvement a été reconduit pour lundi. Aucune négociation n'était annoncée le 16 septembre. Par la voix de Mr Fauroux, le gouvernement a fait savoir qu'il s'inquiéterait d'un éventuel dérapage des salaires, mais qu'il redouterait la poursuite du conflit.

Faut-il un " pacte de croissance " chez Peugeot ? L'actualité sociale de ces derniers jours incitait à poser la question vendredi, alors que Mr Michel Rocard continuait son tour de piste syndical en recevant une CGT hostile et une CFTC prudente. Ailleurs, bien loin de Matignon, la grève se durcissait à Sochaux et à Mulhouse... Le soir Mr Calvet se disait " follement angoissé " par la compétition mondiale, tandis qu'il présentait en région parisienne des nouveaux modèles de XM Diesel.

Non loin de Matignon, des industriels français et allemands, réunis autour de leurs ministres respectifs, rue de Grenelle, parlaient de coopération européenne, et Mr Fauroux semblait s'inquiéter d'un possible dérapage salarial chez la firme au lion. Une réaction logique : si Mr Calvet, patron " dur ", lâche du lest, nul ne peut prévoir ce qui peut se passer ailleurs, dans ces dizaines de grandes entreprises françaises dont les résultats semestriels actuellement publiés démontrent la bonne santé.

Alors, tandis que sur Europe 1, vendredi matin, le ministre du travail, Mr Jean-Pierre Soisson, souhaitait que " la négociation s'engage chez Peugeot " et appelait Mr Calvet à " faire une juste appréciation de la réalité ", on ne peut s'empêcher de considérer le conflit actuel comme un symbole de la remise en question la rigueur salariale de ces dernières années.

Le 19 avril dernier, en effet, pendant qu'à Paris Mr Calvet annonçait les bons résultats de son groupe pour 1988 (138 milliards de francs de chiffre d'affaires et 8,8 milliards de bénéfices), les ouvriers de l'usine de Mulhouse interrogés par notre correspondant déclaraient : "Nous devrions être davantage récompensés pour les efforts qu'on nous a demandés."

Aujourd'hui que les théories de l'économiste libéral Martin Weitzmann sur l'"économie de partage" semblent s'intégrer au discours socialiste, il n'est pas étonnant que, jusque dans les usines, on réclame quelques signes tangibles de ce nouveau mot d'ordre. Tout compris, les augmentations chez Peugeot cette année totaliseront en moyenne 4,4 %, soit à peine un point de plus que l'inflation prévue. 1 % est-ce du "partage" ?

Mr Calvet a pour sa part des réponses toutes prêtes à ce genre de raisonnement : sur un marché aussi imprévisible que celui de l'automobile, on ne peut s'engager sur des augmentations de salaires généralisées qui risqueraient d'obérer la course à la compétitivité. Le Salon automobile de Francfort lui a fourni l'occasion d'insister avec éclat sur la menace japonaise et l'état de guerre dans lequel le marché se trouve, argument imparable selon sa logique.

Il ne faut pas oublier que Mr Calvet, dont le groupe est le premier contribuable de France (5,7 milliards de francs d'impôts en 1988), est depuis des mois engagé dans un bras de fer avec les pouvoirs français et européen sur deux dossiers : la voiture propre (avec le coût supplémentaire qu'elle entraine) et les quotas de voitures japonaises en Europe (qui devraient progressivement disparaitre). Il y a là, en filigrane, une autre négociation sur le thème. "Impossible de lâcher du lest sur les salaires dans de telles conditions"...

On comprend mieux, dès lors, la prudence gouvernementale à l'égard de ce qui se passe dans cette firme symbolique, mais privée.

Samedi matin, Mr Fauroux nous confirmait d'ailleurs cette attitude. " Il faut éviter un dérapage généralisé des salaires, indiquait-il, et il n'y aura pas de nouveau " Grenelle ". Dans ce cadre, c'est à Mr Calvet, comme à tout chef d'entreprise, de négocier avec ses syndicats. Je n'ai pas à intervenir. Il doit simplement le faire au mieux, dans le cadre général des grands équilibres définis par le gouvernement et compte tenu des possibilités de son entreprise. "

Il reste donc à Mr Calvet à définir au plus vite sa conception du partage : continuera-t-il à privilégier l'individualisation des augmentations de salaires assortie d'un peu d'intéressement ? Ou s'engagera-t-il dans la voie plus large de l'intéressement généralisé et d'une négociation d'ensemble ? L'économie de partage, comme les autres grandes théories économiques, ne se décrète pas.

Après le pôle européen de plasturgie d'Oyonnax, l'Ain met au point, de manière pratiquement simultanée, un projet de plate-forme agroalimentaire - un agropole - à Bourg-en-Bresse.

Sur cette plate-forme seront associés des moyens de formation supérieure (dispensés sous l'égide de l'IUT de l'université Lyon I), une unité de recherche, principalement tournée vers les applications industrielles et des laboratoires d'analyse, le tout devant fonctionner en parfaite osmose avec le milieu industriel local et régional.

Concrètement, la plate-forme s'articule autour d'une halle technologique de 1 500 mètres carrés, complétée par les laboratoires et le centre de formation. L'ensemble, d'une superficie totale de 3 000 mètres carrés, est inscrit dans une zone industrielle spécifique prévue à la sortie nord de Bourg-en-Bresse, le long de la RN 83 et de la future rocade est.

Le coût global du projet, dont l'ensemble des partenaires ont accepté le financement (sans pour autant déterminer sa part), se situe entre 60 et 62 millions de francs, dont 20 millions pour les seuls travaux de voirie. Le chiffre d'affaires de la plate-forme devrait se situer entre 3 et 13 millions de francs.

- La rencontre organisée par l'Association pour la recherche et la diffusion des initiatives (ARDI) sur les initiatives culturelles municipales aura lieu à Colmar, le 23 septembre, et non le 29 comme il a été indiqué par erreur dans le Monde du 15 septembre.