<!-- ECI Corpus File:   (mul01)                                             -->
<!--       Component:   (b), Part: 33                                       -->
<!-- Copyright ACL 1993.                                                    -->
<!-- Copyright Union Bank Switzerland 1987-1992.                            -->
<!-- Used with permission.                                                  -->
<!-- UBS Economic Notices, 89,90,91                                         -->
<div0 type=file lang=fre n="econnot/ubs-en.6.91.fr">
<head>
UBS Economic Notices (fre) 6/1991
</head>

<p>
<hi rend=2...3>
Le particularisme suisse - jusqu'où?
</hi>
</p>

<p>
<hi rend=8...nl>
Nikolaus Senn, Président du Conseil d'administration de l'Union de Banques
Suisses *
* Version abrégée de l'exposé tenu à l'Assemblée générale de l'UBS le 17 avril
1991 à Zurich.
</hi>
</p>

<p>
Le 700e anniversaire de la Confédération se prête bien à la rétrospective et
aux mises au point. Parallèlement, pour ne pas dire surtout, il nous faut
envisager l'avenir. Notamment parce que nous vivons une époque de
bouleversements et de mutations qui embrassent tout autant la technique que
l'économie, la société que la politique.
</p>

<p>
Les résultats économiques de la Suisse sont globalement positifs. Mesuré au
produit national brut par habitant, nous appartenons aux nations les plus
riches du globe. En outre, la prospérité - aussi en comparaison internationale
- est relativement bien répartie. Un taux de chômage le plus faible du monde,
un réseau de sécurité sociale aux mailles serrées et les solides relations de
partenariat entre employeurs et employés sont les principaux piliers de la paix
sociale dans notre pays. La recherche innovatrice, l'esprit d'entreprise et
l'ouverture sur le monde passent - du moins en économie - pour des qualités
typiquement suisses. Le niveau de formation des Suisses ne craint pas non plus
la comparaison. Quant à nos charges salariales, elles sont plus lourdes que
dans d'autres pays, mais la haute qualification et la productivité de la
main-d'oeuvre les compensent. Ces aspects qualificatifs justifient donc le
bien-fondé de la bonne réputation du "Made in Switzerland".
</p>

<p>
Parallèlement, il est incontestable que l'avance prise sur nos principaux
concurrents s'est réduite. Nos avantages traditionnels de site au niveau
fiscal, de l'inflation et de taux d'intérêt ont fondu, parfois de notre faute,
le plus souvent parce que nos voisins ont fait des progrès. Cela nous oblige à
intensifier notre développement.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Décollage vers quels horizons?
</hi>
</p>

<p>
C'est en Europe que la contrainte au bouleversement historique s'exerce avec le
plus de force. La Communauté européenne crée le plus grand marché intérieur du
monde, tandis que le communisme a déclaré forfait en Europe orientale. Par
ailleurs, la séparation du monde depuis des décennies en systèmes totalitaires
et Etats démocratiques tend à s'estomper. L'Europe resserre les rangs et la
Suisse ne peut ignorer cette évolution . Elle doit - d'une manière ou d'une
autre - s'intégrer à la famille européenne. L'objectif lointain d'union
politique de l'Europe n'est toutefois acceptable pour nous qu'avec une
structure fédérative de la communauté.
</p>

<p>
Depuis quelque temps, la plupart des pays industriels occidentaux essaient de
stimuler la croissance en facilitant davantage la percée des forces du marché
par le biais de la déréglementation et de la libéralisation. En Suisse, le
desserrement du carcan des prescriptions de l'Etat, susceptible de favoriser
l'économie, ne se fait malheureusement que peu sentir. L'économie de marché y
bat plutôt en retraite au moment où la foi dans les capacités du marché brise
les chaînes du dirigisme en Europe de l'Est. Pendant que, par exemple, la
Hongrie supprime l'Office national des prix, nous soumettons ici à surveillance
les taux du crédit, après les prix.
</p>

<p>
Nous devons davantage aider au décollage de l'économie de marché chez nous, si
nous ne voulons pas être submergés par la nouvelle dynamique de l'économie
mondiale. Le succès international ne dépend plus uniquement de la compétitivité
des entreprises; les Etats doivent aussi s'employer à fidéliser les sociétés
devenues plus mobiles en offrant des conditions de site attrayantes. On ne peut
gagner cette compétition internationale en attendant simplement l'EEE. Il nous
faut agir de notre propre initiative. Nous pouvons, indépendamment de
l'évolution des négociations sur l'EEE, revoir la réglementation concernant
l'accès au marché de l'emploi ou libéraliser la loi protectionniste sur les
marchés publics, pour réaliser enfin le marché intérieur suisse. Est-ce que la
politique agricole ne doit vraiment être adaptée qu'en vue de l'EEE? Et que je
sache, Bruxelles ne bloque en aucun cas l'adoption d'une législation praticable
sur les sociétés anonymes, en révision depuis des décennies.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Système fiscal efficace
</hi>
</p>

<p>
Dans l'optique du banquier, le problème soulevé par la fiscalité, la stabilité
monétaire et la question de la place boursière Suisse sont des domaines
particulièrement sensibles. Même après la votation du 2 juin sur la réforme
fiscale, nous seront encore loin d'un système fiscal attrayant et efficace sur
le plan international. Ainsi, la Suisse est encore l'un des rares pays
industriels à pénaliser le courage de prendre des risques en soumettant la
création et l'expansion d'une entreprise à un droit de timbre d'émission. Quant
à la retenue à la source sur les intérêts et les dividendes, nous occupons la
position peu enviable de lanterne rouge avec un impôt anticipé de 35%. Le droit
de timbre de négociation sur les opérations boursières continuera de frapper
les achats et les ventes de titres, même après l'entrée en vigueur de la loi
révisée sur les droits de timbre, alors que cette taxe a été supprimée sur les
places financières concurrentes. Affectant la société et l'actionnaire, la
double imposition des bénéfices constitue enfin un anachronisme lourd de
conséquences. Nos principaux concurrents (Allemagne fédérale, Grande-Bretagne
et France) s'en sont aperçus et ont agi en conséquence. Il est essentiel que
nous interprétions aussi les signes des temps et que nous mettions tout en
oeuvre sur le plan fiscal afin de permettre à nos entreprises de lutter à armes
égales avec la concurrence étrangère.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Rétablir la stabilité monétaire
</hi>
</p>

<p>
La stabilité monétaire est le deuxième pilier de la compétitivité
internationale. Elle englobe une
inflation et des taux d'intérêt de faible niveau, mais aussi une valeur
extérieure stable du franc suisse. Sur ces deux fronts, la Suisse a perdu du
terrain au cours des années quatre-vingt. Le taux de renchérissement dépasse
depuis plus de cinq ans celui de nos principaux concurrents sur le marché
mondial et s'est aussi répercuté sur les taux d'intérêt. Compte tenu de la
politique monétaire restrictive, il en a résulté une disparition du
différentiel d'intérêt en faveur des taux suisses du court terme. Quant aux
taux du long terme, ils ont aussi fortement haussé.
</p>

<p>
Je doute cependant que cette tension des taux d'intérêt signe notre arrêt de
mort de pays à loyer de l'argent modéré. L'interconnexion progressive des
marchés de l'argent et des capitaux ne permettra plus à l'avenir des
différentiels d'intérêt substantiels et durables sur le plan international. En
revanche, une politique monétaire axée sur la stabilité des prix aura un effet
modérateur sur le niveau des taux. La stabilité des prix reconquise et le
volume de l'épargne restant élevé, je peux tout à fait m'imaginer un retour à
un loyer de l'argent modéré - ou relativement modéré.
</p>

<p>
L'évolution du franc suisse jouera également un rôle non négligeable.
L'investisseur international ne se satisfait d'une rémunération plus faible que
s'il peut compter sur une monnaie
forte. En 1990, le franc suisse a regagné un attrait, donc une fermeté, à
laquelle la réorientation de la politique monétaire n'est pas étrangère.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Devenir une place boursière moderne
</hi>
</p>

<p>
En tant que banquier, le maintien et l'amélioration de la compétitivité de la
place financière suisse me tiennent particulièrement à coeur et le négoce des
titres est à ce sujet d'une actualité brûlante. La Bourse a pour mission
d'assurer l'équilibre entre les fonds épargnés et investis et de répartir les
risques inhérents. Par la transformation des montants, des délais et des
risques, les marchés boursiers contribuent de façon déterminante à
l'exploitation économique de l'épargne. Le financement des entreprises est
d'autant moins onéreux que la Bourse remplit bien et avec efficacité sa
mission.
</p>

<p>
La place boursière a perdu une partie de son éclat d'antan ces dernières
années. Cela est d'autant plus regrettable que les années quatre-vingt ont été
le théâtre d'un certain passage du financement bancaire traditionnel à la
mobiliérisation. La situation de la Suisse ne s'est pas plus dégradée dans le
secteur boursier que dans d'autres domaines, mais les places financières
étrangères ont sensiblement gagné en attrait. Ainsi l'Allemagne fédérale a
récemment voté une loi d'encouragement
en faveur de sa place financière, tandis que la France essaie aussi d'accroître
la compétitivité de sa corbeille par le soutien de l'Etat. Cela vaut aussi pour
la Grande-Bretagne et le Luxembourg. C'est pourquoi il serait grand temps
d'agir en Suisse dans ce domaine. Abstraction faite du handicap que présente le
droit de timbre de négociation, tois points me paraissent à ce sujet
essentiels:
</p>

<p>
Premier point: il s'agit d'améliorer les informations sur le négoce des titres
et la présentation des comptes annuels. On n'insistera jamais assez sur
l'importance qu'ont de bonnes informations pour la Bourse. Une répartition
optimale des risques économiques par le biais de la Bourse n'est possible que
si on dispose de données détaillées sur le volume et la structure des
opérations boursières, ainsi que d'un rapport expressif sur l'entreprise. Dans
cet esprit, l'UBS a présenté pour la première fois cette année des comptes
consolidés sur la base des directives de la CE.
</p>

<p>
Deuxième point: la demande d'assouplir autant que possible la pratique des
restrictions à la transmissibilité des actions n'est pas non plus contestée.
Cela ne signifie toutefois pas que nous devons renoncer à toutes les
restrictions en matière de droit de vote. Vu l'exiguïté du territoire, notre
pays serait mal inspiré d'exposer les
entreprises à un raz de marée ruineux d'OPA résultant de mesures de
libéralisation irréfléchies. C'est pourquoi la possibilité de limiter la
détention d'actions nominatives à un pourcentage déterminé est à maintenir pour
éviter les excès. En outre, les sociétés devraient aussi être en mesure
d'exclure certains groupes de personnes du cercle des détenteurs d'actions
nominatives, ne serait-ce que pour répondre aux dispositions légales (de la Lex
Friedrich ou de la Loi sur les banques notamment). Il faut cependant rejeter
toute habilitation arbitraire du conseil d'administration et les éventuels
motifs permettant de refuser l'inscription doivent être clairement stipulés
dans les statuts.
</p>

<p>
Le Code suisse des offres publiques d'achat est étroitement lié à cette
problématique. Il doit permettre aux actionnaires et aux organes de la société
de décider en toute connaissance de cause lors d'une OPA. Il contribue à éviter
les manipulations du marché en assurant le respect par les intéressés des
règles de bonne foi. Le futur droit boursier devrait aussi régler clairement
ces questions. La publication des prises de participations dans des sociétés
cotées en Bourse à partir d'un pourcentage déterminé et l'obligation de
soumettre une offre publique dès qu'une certaine valeur est dépassée sont
notamment des points essentiels. Il faut également s'assurer que tous les
actionnaires de la même catégorie sont traités de façon identique lors d'une
OPA. La confiance dans nos Bourses s'en trouvera renforcée.
</p>

<p>
Troisième et dernier point: je considère la réforme du fédéralisme boursier
comme des plus urgentes. Les premiers pas sur cette voie ont déjà été
accomplis. Avec la SOFFEX, lancée avec succès il y a environ trois ans, les
opérateurs du marché ont montré leur inépuisable capacité à innover et
l'attrait des Bourses suisses s'en est trouvé sensiblement amélioré. Effectué
auparavant sur sept places boursières, le négoce des titres sera concentré sur
les trois plus grandes Bourses de Zurich, Genève et Bâle d'ici la fin de 1991.
La mise en place de la Bourse Electronique Suisse prévue en 1992 - qui traitera
d'abord le secteur des obligations en francs suisses - vise aussi à améliorer
l'efficacité du négoce des valeurs mobilières.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Stratégie d'avenir!
</hi>
</p>

<p>
La politique doit aussi abandonner la défensive pour une stratégie axée sur
l'avenir, si la Suisse ne veut pas être ravalée de l'état de cas particulier à
celui de candidate à l'assainissement. En redécouvrant les atouts traditionnels
de notre système libéral, l'ouverture sur le monde et la stabilité, nous
pouvons, j'en suis convaincu, aborder avec confiance le huitième siècle de
notre existence et le troisième millénaire.
</p>

<p>
<hi rend=2...3>
Coût élevé de la main-d'oeuvre en Suisse
</hi>
</p>

<p>
Dans le choix du site d'implantation d'une entreprise, la disponibilité et
le coût des facteurs de production jouent un rôle aussi essentiel que
l'environnement économique. Composantes du coût, les salaires et prestations
sociales - les coûts de main-d'oeuvre - pèsent aussi lourdement dans la balance
que le niveau des taux d'intérêt réel ou la charge fiscale. Or, dans la
comparaison internationale des coûts de main-d'oeuvre recensés dans l'industrie
transformatrice, la Suisse s'est rangée en 1990 au nombre des sites de
production les plus chers du monde.
</p>

<p>
Les coûts de main-d'oeuvre assumés par une entreprise sont constitués des
salaires et des charges salariales accessoires. Ces dernières englobent les
prestations sociales légales, conventionnelles et facultatives ainsi que les
charges imputables aux jours chômés; elles varient fortement d'un pays à
l'autre suivant le développement du système social et leur mode de financement,
et grèvent par conséquent le budget des entreprises de manière différenciée. A
cet égard, les industriels japonais sont les plus favorisés avec une part de
30% des charges accessoires au salaire horaire contre 103% en Italie où elles
dépassent même le salaire brut.
</p>

<p>
En 1990, la Suisse s'est classée au deuxième rang des sites de production les
plus chers en totalisant Fr. 31.54 de coûts de main-d'oeuvre par heure de
travail. Si les salaires horaires y ont été les plus élevés (Fr. 20.95), les
charges salariales accessoires n'en ont pas moins été nettement inférieures à
celles de l'Allemagne. Elles se sont en effet établies à Fr. 10.58, soit un peu
plus de 50% du salaire horaire moyen contre Fr. 14.98 (85%) en Allemagne
(ouest). De très grandes disparités sont apparues au sein du futur marché
communautaire. Alors que les industriels ouest-allemands ont déboursé en
moyenne Fr. 32.51 pour une heure de travail, leurs homologues implantés au
Portugal, site de production le plus avantageux de la CE, s'en sont tirés avec
à peine Fr. 6.13.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Incidence des fluctuations des taux de change
</hi>
</p>

<p>
Comparer les coûts de main-d'oeuvre sur une base instantanée conduit à des
distorsions dues à leur conversion à des taux de change en vigueur sur le
moment; dans l'optique d'une implantation, il s'agit de se fier à des
paramètres valables à plus long terme, tels la parité des pouvoirs d'achat par
exemple. Site de production le plus cher au monde au milieu des années 80 pour
ce qui concerne le facteur travail, les Etats-Unis se sont retrouvés en 1990 au
nombre des pays à faibles coûts de main-d'oeuvre, le dollar s'étant
déprécié au bas mot de 43% par rapport au franc suisse en l'espace de cinq ans.
Bénéficiant de la faiblesse de sa monnaie en 1989, la Suisse a pu pour sa part
réduire son handicap concurrentiel après avoir connu entre 1986 et 1988 les
coûts de main-d'oeuvre les plus élevés au plan international.
</p>

<p>
Les pays où les coûts de main-d'oeuvre ont subitement augmenté (sous l'effet de
l'inflation principalement) ont souvent pu limiter la détérioration de leur
compétitivité au niveau international en procédant à une dévaluation de leur
monnaie. En Italie et en Grande-Bretagne notamment -- deux pays se
caractérisant traditionnellement par des taux d'inflation relativement élevés
-- les coûts de main-d'oeuvre ont haussé au plan national de respectivement
168% et 173% au cours des dix dernières années, soit pratiquement trois fois
plus qu'en Suisse. La dépréciation de la lire et de la livre durant cette
période a toutefois permis de combler largement ce désavantage concurrentiel.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Handicap concurrentiel atténué par une productivité élevée du travail
</hi>
</p>

<p>
Indépendamment des coûts de main-d'oeuvre en termes nominaux, la productivité
du travail -- production par personne occupée -- joue un rôle primordial dans
la compétition internationale.  Des coûts de main-d'oeuvre élevés pouvant en
effet être compensés par un niveau élevé de productivité, un soin tout
particulier doit être voué à ces deux facteurs dans l'évaluation à plus long
terme des avantages liés à un site de production.  Si l'augmentation de la
productivité est supérieure à celle des coûts de main-d'oeuvre en termes
réels, il en résulte une baisse du coût unitaire par heure ouvrée.  Au cours
des dix dernières années, ce sont les Etats-Unis qui se sont le mieux profilés
sur ce plan:  de 1980 à 1990, les coûts de main-d'oeuvre y ont diminué de 0,6%
en termes réels par année alors que la productivité s'est accrue dans le même
temps à un rythme annuel de 3,3%.  Si la Grande-Bretagne a enregistré
l'augmentation annuelle des coûts de main-d'oeuvre la plus forte des pays
industrialisés (3,8%), elle n'en a pas moins réalisé des gains de productivité
plus élevés (5,5%) - dus pour l'essentiel à des mesures de rationalisation
prises dans l'industrie où l'emploi a reculé annuellement de 2,8% durant la
période considérée.  Le bilan est un peu moins réjouissant en Allemagne de
l'Ouest où l'accroissement de la productivité n'a dépassé que de peu
l'augmentation des coûts de main-d'oeuvre, de sorte que la diminution des
coûts unitaires par heure ouvrée est restée inférieure à la moyenne.  Un peu
plus enviable est la situation du Japon où la progression en termes réels des
coûts de main-d'oeuvre a été nettement plus faible que celle de la
productivité, et ce malgré que le Japon ait été le seul pays à occuper
davantage de personnes dans l'industrie en 1990 qu'en 1980.  Derrière les
Etats-Unis, le pays à avoir enregistré l'augmentation la plus faible des coûts
réels de main-d'oeuvre a été l'Italie, elle-même suivie de la Suisse.
S'agissant de l'amélioration de la productivité, la Suisse n'est parvenue qu'à
se maintenir dans la moyenne internationale au cours des dernières années.
L'Italie et la France n'ont pas réussi non plus à améliorer leur productivité
de manière substantielle en dépit du nombre important de suppressions
d'emplois survenues dans l'industrie.
</p>

<p>
Les coûts de main-d'oeuvre et la productivité constituent à n'en pas douter un
critère de mesure important de la compétitivité sur le plan international.
Toutefois, d'autres facteurs tels la stabilité politique, la paix sociale, le
niveau des taux d'intérêt réels et la charge fiscale notamment doivent
également être pris en considération. Preuve en est la Suisse qui, en dépit de
coûts de main-d'oeuvre élevés, est parvenue jusqu'ici à soutenir la concurrence
internationale grâce à des possibilités de refinancement plus avantageuses, des
taux d'intérêt relativement plus bas et un niveau de formation plus élevé de sa
main-d'oeuvre. Dans l'aménagement des structures de l'économie, il s'agira dès
lors de vouer à l'avenir également une importance toute particulière à ces
facteurs.
<hi rend=8...nl>
Elisabeth Messner
</hi>
</p>

<p>
<hi rend=2...3>
Prévisions sur les rendements de l'écu
</hi>
</p>

<p>
L'importance de l'unité de compte européenne écu croît constamment tant pour
la gestion de fortunes que le financement d'entreprises. Les raisons de détenir
cette monnaie vont de l'effet de diversification des placements en écus
(réduction des risques d'intérêt et de change) à la possibilité d'investir
indirectement sur des marchés très bien rémunérés mais manquant d'aisance
(Espagne notamment). Compte tenu de cette évolution, le besoin de prévisions
régulières sur les taux de l'écu augmente aussi. Il s'agit en l'occurrence,
outre la qualité des prévisions, de garantir la cohérence avec les prévisions
sur les taux d'intérêt pour les pays du SME. On y parvient, car les analyses
présidant aux arbitrages impliquent une relation simple entre les taux de l'écu
et le niveau pondéré des taux d'intérêt des pays du SME.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Un panier de monnaies nommé écu
</hi>
</p>

<p>
L'écu (European currency unit) est l'unité monétaire de la Communauté
européenne, définie comme panier des douze monnaies de la CE. Les montants en
monnaie nationale par écu, applicables depuis septembre 1989, sont indiqués
dans le tableau (colonne 1). La composition de l'écu est revue tous les cinq
ans en fonction de la part de chaque pays de la CE au
commerce intercommunautaire, du produit national et des réserves monétaires.
Elle est alors révisée si nécessaire.
</p>

<p>
Le cours de l'écu en dollars américains (relation $US/ECU) correspond à la
somme des montants de toutes les monnaies nationales qui sont converties en
dollars américains. La contre-valeur exprimée en dollars de DM 0.6242
correspond à $US 0.3648 (cf. colonne 3) pour un cours DM/$US de 1.71. La somme
de toutes les contre-valeurs en dollars donne le cours en dollars de l'écu, à
savoir 1.2035 $US dans notre exemple. Ce procédé permet de déterminer le taux
de change de l'écu vis-à-vis de n'importe quelle monnaie étrangère. Il suffit
de remplacer, dans la colonne 2, les cours du dollar par le taux de change de
la monnaie de référence désirée. L'écu est coté en permanence vis-à-vis des
principales monnaies sur les marchés des changes.
</p>

<p>
Bien que les montants en monnaie nationale restent constants pour de longues
périodes, la valeur extérieure de l'écu et le poids des monnaies du SME dans le
panier fluctuent en fonction des taux de change du moment du fait des
conversions indiquées. Par exemple, la part du mark allemand était de 30,31% au
21 mai 1991 (cf. colonne 4), et ce indépendamment de la monnaie de référence.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Repères pour les rendements de l'écu
</hi>
</p>

<p>
Des indicateurs fiables de l'évolution des taux d'intérêt sont indispensables
pour les analyses de performance et les prévisions. Le taux des europlacements
à trois mois est un indicateur apprécié pour le rendement du court terme. En ce
qui concerne le long terme, cela pose certains problèmes du fait que le marché
des capitaux de l'écu manque d'homogénéité. Nous utilisons l'obligation 10 3/4%
de l'Etat italien comme référence du rendement du marché des capitaux pour nos
prévisions, parce que ce titre arrive à échéance en l'an 2000, qu'il a un
excellent rating et est bien négociable. Sa durée résiduelle diminuant
constamment, l'obligation de référence doit être remplacée régulièrement - par
exemple tous les ans -, afin de garantir une durée relativement constante de
l'emprunt considéré. Dans le cadre de cette étude, nous recourons à une autre
série chronologique, car l'obligation de référencere susmentionnée n'a été
émise qu'en avril 1990.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Rendement théorique de l'écu
</hi>
</p>

<p>
Les séries chronologiques pour l'écu ne remontant pas suffisamment dans le
temps, les modèles économétriques s'avèrent pour le moment inadéquats. C'est
pourquoi le biais de la prévision des taux d'intérêt dans les pays du SME
avec constitution subséquente d'une moyenne reste la démarche habituelle. Le
calcul d'une simple moyenne pondérée des taux d'intérêt du SME n'est toutefois
pas à recommander pour deux raisons: la structure effective des placements en
écus n'est pas correctement reproduite et il en résulte, en outre, des chiffres
systématiquement surévalués. Le rendement de l'écu se laisse beaucoup mieux
cerner au moyen d'un portefeuille d'obligations en monnaies du SME.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Constitution d'un portefeuille simulation
</hi>
</p>

<p>
La constitution d'un portefeuille ne renfermant que des obligations en monnaies
du SME permet de reproduire les caractéristiques d'une obligation en écus.
L'idée de base consiste à détenir dans le portefeuille des obligations de
chacune des monnaies du SME en fonction de leur part dans le panier de l'écu.
Par exemple, l'obligation en marks dans le tableau vaut DM 44.68 (cf. colonnes
5 et 6), pour un intérêt servi de 8,39% et une durée de dix ans. Compte tenu de
la part du mark de 30,31 dans le panier de l'écu, cela donne une position DM de
44,68 x 30,31 = ECU 13.54 dans le portefeuille. La somme de toutes les
positions des obligations en monnaies du SME s'élève à ECU 40.87 (cf. colonne
7). Le portefeuille simulation promet
un remboursement de ECU 100.- à l'échéance. Comme il présente la structure de
remboursement d'une obligation en écus à coupon zéro ayant une valeur nominale
de ECU 100 et une durée de dix ans, 40.87 est en même temps le prix théorique
de cette obligation en écus.
</p>

<p>
Il ressort des analyses que le portefeuille doit se rapprocher au plus près des
prix effectifs des obligations en écus. Si le prix d'une obligation en écus
négociée était inférieur à la valeur du portefeuille, on pourrait réaliser sans
risque des gains d'arbitrage au moyen d'un achat à terme dans cette obligation
et parallèlement une vente dans le portefeuille simulation. La même chose
serait valable, mais évidemment avec des signes contraires, si le prix de
l'obligation en écus négociée était supérieur à la valeur du portefeuille.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Relation d'arbitrage entre rendements de l'écu et des monnaies du SME
</hi>
</p>

<p>
L'analyse précédente se réfère au rapport de prix des placements en écus et en
monnaies du SME.  Il est possible d'en déduire une relation analogue pour les
rendements de ces placements.  Le rendement théorique en écus ne correspond
toutefois pas à la simple moyenne pondérée des rendements du SME, car cette
manière de procéder conduit trop systématiquement à des distorsions
d'évaluation.  Le tableau est à ce sujet explicite:  le rendement de notre
obligation notionnelle (synthétique) en écus (= rendement du portefeuille
simulation) s'élève à 9,36% et avoisine ainsi de près le rendement du titre de
référence (emprunt 10 3/4% de l'Etat italien 1990-2000).  En revanche, la
simple moyenne pondérée de 9,47% fournirait une approximation relativement
mauvaise.
</p>

<p>
La valeur approximative de cette relation est indiquée dans le graphique au
moyen des obligations en écus pour la période de janvier 1987 à avril 1991. La
corrélation est très étroite entre les rendements observés et calculés en
théorie pour les obligations en écus. C'est pourquoi, la relation d'arbitrage
en découlant permet une bonne approximation du taux. Le taux théorique du
marché des capitaux est cependant systématiquement trop faible car basé sur le
rendement des emprunts d'Etat. En outre, le rendement moyen observé des
emprunts en écus renferme une prime servant à couvrir les solvabilités
médiocres, du fait que nombre de débiteurs ne peuvent se prévaloir de la
garantie de l'Etat.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Modèle des "quatre monnaies" pour les prévisions des taux sur l'écu
</hi>
</p>

<p>
Si nous voulons prévoir le rendement de l'écu en fin d'année, nous inscrivons
les rendements attendus des monnaies du SME pour fin 1991 dans la colonne 5 et
obtenons le taux correspondant de l'écu. Ce procédé est relativement laborieux,
car il faut d'abord prévoir les douze taux d'intérêt des pays du SME. En nous
limitant aux marchés les plus fluides du SME (mark allemand, livre sterling,
franc français, florin), on couvre toutefois 70% de la valeur de l'écu. Cette
méthode est valable à condition de re-calculer les nouveaux poids de l'écu pour
le "modèle des quatre monnaies" à partir des pondérations monétaires dans le
panier. Les monnaies très bien rémunérées étant exclues du portefeuille, notre
"modèle des quatre monnaies" est assorti d'un rendement plus faible. L'écart
des rendements de l'écu par rapport aux "rendements des quatre monnaies"
ressort du graphique. L'écart avec les obligations demeure relativement
constant. Cette relation est facile d'application du fait que seules quatre
valeurs sont à prévoir pour déduire le rendement théorique de l'écu. En outre,
l'écart mentionné est ajouté afin de conserver un rendement de l'écu qui soit
cohérent avec les
prévisions de taux pour les placements en monnaies du SME.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Conclusion
</hi>
</p>

<p>
Les poids du "modèle des quatre monnaies" s'avèrent stables. On peut donc
renoncer à des ajustements relativement fréquents des pondérations monétaires,
ne serait-ce que parce que les monnaies du SME ont beaucoup gagné en stabilité.
Un rythme d'ajustement trimestriel devrait suffire. Par contre, une
repondération est indispensable en cas d'adhésion de nouveaux pays de la CE au
SME ou d'ajustement des taux directeurs. Le modèle théorique est utile dans ce
genre de situations, parce qu'il permet d'analyser l'incidence des variations
de certaines composantes du SME sur le rendement de l'écu. En temps normal, la
"relation des quatre monnaies" offre cependant une solution qualitative
suffisante pour déduire les prévisions des taux de l'écu.
<hi rend=8...nl>
Dominique Salamin
</hi>
</p>

<p>
Cet article est une version abrégée d'une étude parue en allemand dans
"VOWI-Standpunkt", No 51. Elle est disponible à l'adresse suivante:
</p>

<p>
Union de Banques Suisses, département Economie politique, case postale, 8021
Zurich, tél. (01) 234 49 22.
</p>

<p>
<hi rend=2...5>
Opérer de manière sélective
</hi>
</p>

<p>
Le comportement d'une Bourse dérive essentiellement des perspectives
conjoncturelles attribuées à l'économie du pays. Or, l'évolution de l'économie
des différents pays est aussi divergente que les perspectives des branches:
alors que certains marchés offrent des opportunités d'achat, les autres ne
suscitent vraiment pas l'intérêt. Aux
<hi rend=8...5>
Etats-Unis
</hi>
, plusieurs indicateurs
sont à nouveau orientés à la hausse. Une nouvelle décrue des taux d'intérêt y
est cependant improbable, la Réserve fédérale estimant que, loin de s'imposer
pour des questions conjoncturelles, un assouplissement de l'approvisionnement
en liquidités n'aurait pour effet que d'accentuer la menace inflationniste. Le
marché américain des actions est surcapitalisé; il n'y a donc aucune hâte à
s'engager dans des titres cycliques. On continuera de privilégier des valeurs
solides présentant une bonne croissance bénéficiaire.
</p>

<p>
L'économie
<hi rend=8...5>
britannique
</hi>
sortira de sa récession actuelle au cours du
second semestre. En effet, la bonne tenue du dollar est un véritable baume pour
les comptes des pertes et profits des entreprises du pays. On prévoit
d'ailleurs que l'inflation reviendra à 6% vers le milieu de l'année, ce qui a
d'ores et déjà permis à la Banque d'Angleterre de baisser son taux de base à
plusieurs reprises. Toutefois, tant qu'aucun signe tangible ne sera venu
confirmer la reprise économique, la Bourse continuera à évoluer latéralement.
Maintenant que les investisseurs sont sortis de leur retraite, les titres
d'entreprises affichant un chiffre d'affaires et des bénéfices en hausse se
démarqueront des autres par des plus-values substantielles. L'industrie des
biens d'équipement et les valeurs de qualité liées au dollar, surtout,
devraient éveiller l'intérêt.
</p>

<p>
En
<hi rend=8...5>
Suisse
</hi>
aussi, les stimulants conjoncturels ont perdu de leur vigueur;
ils devraient cependant sortir de leur léthargie vers la fin de l'été. Le
plafonnement du taux d'inflation à 6% incite la Banque nationale à maintenir un
cours restrictif et lui fait exclure toute baisse significative des taux pour
le moment. Après avoir enregistré un sommet annuel en mai, la Bourse de Zurich
peut être considérée comme
correctement capitalisée; elle devrait désormais s'orienter vers la
consolidation. Un raffermissement du billet vert stimulerait avant tout les
valeurs de branches non cycliques à vocation exportatrice (telles que la
pharmacie ou l'alimentation); un recul des taux d'intérêt redonnerait de l'élan
aux actions, notamment des banques et des assurances.
</p>

<p>
L'économie
<hi rend=8...5>
allemande
</hi>
traverse une phase de ralentissement de la demande
intérieure et de fléchissement des exportations. Mais la Bundesbank a écarté
l'idée d'une détente des taux. Bien que le redressement du dollar améliore les
perspectives des entreprises, leurs bénéfices ne s'amélioreront guère en 1991.
En effet, un revirement de tendance ne pourrait s'opérer que sous l'effet de
nouveaux facteurs fondamentaux comme un redressement conjoncturel dans les pays
importateurs ou des taux d'inflation plus bas. Le record annuel de l'indice DAX
a résulté de la demande des investisseurs étrangers qui estimaient que
Francfort avait pris du retard sur les autres Bourses. Du point de vue
historique et comparativement au marché obligataire, la Bourse allemande est
cependant fortement capitalisée. On profitera de réactions en baisse pour
constituer
des positions en valeurs de qualité (services publics, banques, assurances).
</p>

<p>
A l'instar de l'Allemagne, le
<hi rend=8...5>
Japon
</hi>
connaît une légère baisse de régime.
Mais la part élevée des investissements au PNB enregistrée l'an dernier augure
d'une croissance supérieure à la moyenne pour les années 90, même si,
actuellement, l'économie nippone se tasse un peu. L'allégement de la pression
inflationniste, allié à la détente des taux attendue, va renforcer l'attrait du
marché des actions, actuellement dans une période de calme plat. On attend,
pour la mi-août, un geste de la Banque du Japon susceptible de déclencher une
hausse des cours. A notre avis, tout portefeuille international devrait
contenir environ 10% d'actions japonaises, de préférence des secteurs
technologie, construction et automatisation industrielle.
<hi rend=8...nl>
S. Mehlisch
</hi>
</p>

<p>
<hi rend=2...5>
Tendance baissière persistante des taux d'intérêt
</hi>
</p>

<p>
La tendance baissière de la plupart des taux d'intérêt et des rendements sur
les marchés financiers internationaux, observée depuis le début de cette année,
s'est poursuivie au printemps. Les fluctuations ont néanmoins été moins amples
que précédemment, sauf lorsqu'elles ont été favorisées par l'abaissement
officiel de taux directeurs. Cela a été nécessaire pour stimuler la conjoncture
notamment aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, pays frappés par la récession,
alors que des mesures analogues des banques centrales d'Italie et d'Espagne
étaient surtout dues à des raisons de change. Bien que la politique monétaire
n'ait pas été assouplie, les taux d'intérêt en Suisse se sont eux aussi
repliés, suivant la tendance générale.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Abaissement des taux directeurs pour lutter contre la récession
</hi>
</p>

<p>
Le 30 avril 1991, la Réserve fédérale a ramené le taux d'escompte d'un
demi-point à 5 1/2% et réduit d'un nouveau quart de point le taux des fonds
fédéraux, important pour le refinancement des banques.  Cet assouplissement
était conforme à la position du gouvernement américain qui, lors de la réunion
des ministres des finances et des chefs des banques centrales du G7, avait
demandé en vain un abaissement des taux d'intérêt concerté sur le plan
international.  Il n'en demeure pas moins que le marché a été surpris, étant
donné que le Fed s'était précédemment montré plutôt réservé et qu'on notait
les signes d'une reprise imminente de la conjoncture.  Par ailleurs, on
commençait à mettre en doute l'indépendance de la Réserve fédérale.  Les
données publiées par la suite sur l'inflation et qui en confirmaient le
ralentissement n'ont cependant pas fait regretter l'assouplissement qui venait
d'avoir lieu.  Ayant pu se refinancer plus avantageusement à court terme, les
banques commerciales en ont fait bénéficier leur clientèle de crédit sous la
forme d'un taux débiteur de base inférieur, tandis que le niveau des
rendements sur le marché obligataire américain est demeuré pratiquement
inchangé en dépit de quelques écarts passagers.
</p>

<p>
A la mi-avril déjà, puis le 24 mai, la Banque d'Angleterre a révisé sa
politique de taux d'intérêt en faveur de l'économie britannique elle aussi
plongée dans la récession, en abaissant le taux d'intervention sur le marché de
l'argent d'un demi-point dans les deux cas. Ici également, les banques lui ont
emboîté le pas en ramenant le taux d'intérêt de base à 11 1/2/%, tandis que le
marché obligataire, pour sa part, ne réagissait guère. Le net ralentissement de
la montée des prix, constaté en mai, était dû en premier lieu à un effet de
base statistique et avait été escompté par le marché depuis un certain temps.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Attentisme au Japon
</hi>
</p>

<p>
Une forte opposition à une réduction des taux directeurs concertée sur le plan
international a surtout été observée en Allemagne et au Japon. Ces deux pays ne
sont en effet qu'au début d'une phase de ralentissement conjoncturel et sont
donc intéressés, dans l'immédiat, à des taux d'intérêt
élevés. Au Japon, les conditions s'améliorent cependant pour un abaissement ne
serait-ce que symbolique du taux d'escompte. Parallèlement au tassement de
l'économie, le renchérissement semble avoir atteint son point culminant et,
simultanément, la croissance de la masse monétaire s'est notablement ralentie.
Même si elle a relevé à plusieurs reprises la nécessité de réduire encore
l'excédent monétaire, la Banque du Japon a néanmoins toléré une baisse  du taux
de l'argent au jour le jour au-dessous de 8%. Quant au rendement des emprunts
d'Etat en mai, il est demeuré particulièrement stable, comme en avril, soit à
6,6%.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Nivellement des taux en Europe
</hi>
</p>

<p>
En Allemagne, la question d'un assouplissement de la politique monétaire ne
s'est pas encore posée. Sur le marché, on s'attendait même passagèrement à un
nouveau relèvement du taux directeur pour soutenir le mark et favoriser les
importations de capitaux. Même après l'annonce du remplacement du président de
la Bundesbank, M. Pöhl, par le vice-président actuel, M. Schlesinger, la
politique autonome et pour l'instant restrictive de la Bundesbank ne
devrait en rien se modifier. Alors que les banques centrales d'Italie et
d'Espagne ont pu réduire leurs taux directeurs en raison de la bonne tenue de
leurs monnaies au sein du SME, il n'en a pas été de même de la Banque de
France. Du fait de ces mouvements opposés, la CE a fait un pas de plus vers des
taux plus uniformes, même s'il ne pourrait s'agir que d'un phénomène passager.
Quant au marché financier suédois, il a réagi avec euphorie, par une baisse des
taux, à la décision de la banque centrale d'aligner la valeur extérieure de la
couronne sur l'écu.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Légère détente sur le marché du franc
</hi>
</p>

<p>
Sur le marché des placements à court terme en francs, dont les taux avaient
encore évolué en dents de scie en avril, le niveau de l'intérêt a commencé à
baisser en mai. En ce qui concerne les dépôts à trois mois en eurofrancs, la
diminution a été d'un demi-point à peine. La rémunération des dépôts à terme
des banques a elle aussi régressé dans la même mesure, tandis que le rendement
des créances comptables de la Confédération a nettement moins reculé.
</p>

<p>
Le fait que le taux de l'argent au jour le jour ait subi les fluctuations les
plus fortes - chute passagère à 6 1/2% puis remontée à 8% -, tout en demeurant
lui aussi légèrement inférieur en fin de compte à son niveau précédent, ne
permet pas de conclure que la Banque nationale assouplira sa politique
monétaire. Cela ne devrait être le cas qu'au second semestre de cette année,
d'autant plus que les prévisions concernant l'inflation sont relativement
bonnes. La Banque nationale est également d'avis que la conjoncture doit se
ralentir plus sensiblement pour juguler le renchérissement intérieur. La
politique monétaire ne sera par conséquent assouplie qu'ultérieurement et dans
une mesure moins prononcée que ce qu'on admettait jusqu'ici. La détente
intervenue dans l'intervalle sur le marché était due pour l'essentiel à
l'interdépendance des taux d'intérêt sur le plan international et était
éventuellement favorisée par une demande de liquidités moindre de la part des
banques, vu la croissance modérée des crédits pour des raisons
conjoncturelles.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Optimisme sur le marché des capitaux
</hi>
</p>

<p>
Les rendements sur le marché obligataire suisse ont continué de baisser, mais à
un rythme un peu moins soutenu. Le rendement moyen des emprunts de la
Confédération s'était déjà réduit à 6% en avril; après une reprise temporaire,
il a encore diminué, soit à 5,79%, niveau le plus bas depuis le début de 1990.
Comparativement aux principaux marchés nationaux des capitaux, le marché suisse
s'est par conséquent montré le plus optimiste en ce qui concerne l'évolution
des taux d'intérêt à long terme. Le potentiel de baisse semble, ici aussi, plus
grand que sur les places étrangères où - surtout aux Etats-Unis - les taux
pourraient même se ressaisir, compte tenu de la ranimation prévue de la
conjoncture. Un retour aux faibles rendements des emprunts en francs suisses,
usuels il y a peu d'années encore, est cependant très improbable en raison des
mouvements internationaux de capitaux. La lente diminution de la rémunération
des placements à court terme s'oppose également à une telle évolution.
</p>

<p>
Après les très nombreuses émissions du début de l'année, le marché primaire
s'est apaisé. Consécutivement à la clôture de quelques émissions bancaires, le
calme plat a affecté en mai les emprunts suisses surtout, dont le volume des
quatre premiers mois avait encore dépassé de 19% celui de la période comparable
de 1990. Quant aux nouveaux emprunts en francs suisses de débiteurs étrangers
peu nombreux eux aussi, ils concernaient en premier lieu des placements privés,
dont de nombreux japonais une nouvelle fois.
<hi rend=8...nl>
C. Frey
</hi>
</p>

<p>
Marché des changes
</p>

<p>
<hi rend=2...5>
Evolution en dents de scie
</hi>
</p>

<p>
Les divergences sur la politique des taux d'intérêt, dans le contexte
d'évolutions conjoncturelles déphasées entre les principaux pays
industrialisés, ont exercé une influence prépondérante sur le marché des
changes. L'insistance de Washington pour que l'Allemagne et le Japon lâchent la
bride en ce qui concerne la politique de crédit n'ayant rencontré aucun écho,
le communiqué publié après la rencontre du G7 de fin avril n'a fait aucune
mention du niveau exagéré du dollar. En mai, le marché a connu un apaisement
notable, succédant à une période de fluctuations inhabituellement fortes des
relations de change. Par conséquent, les banques centrales, qui s'étaient
signalées par des ventes de dollars, n'ont plus vu matière à intervenir après
l'assouplissement effectué par la Réserve fédérale. Les facteurs suivants ont
influé tour à tour sur le comportement des opérateurs: les problèmes de santé
de M. Bush, la démission du président de la Bundesbank, M. Pöhl, le nouveau
gouvernement en
France, les abaissements des taux en Grande-Bretagne, Italie, Espagne, Suède,
au Danemark et en Australie, de même que la décision unilatérale de la Suède de
lier la couronne à l'écu. Le souhait exprimé par le gouverneur de la banque
centrale australienne de dévaluer sa monnaie de 5% a également retenu
l'attention.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Le dollar à son sommet de treize mois
</hi>
</p>

<p>
Le dollar a évolué comme suit: Fr. 1.4130 le 5 avril, Fr. 1.4050 le 11, Fr.
1.5025 le 29, Fr. 1.4245 le 15 mai, Fr. 1.4800 le 31. Il n'a été touché que
temporairement par la perte, en deux mois à peine, de près d'un demi-million
d'emplois aux Etats-Unis. La perspective d'une réduction des taux ne l'a pas
non plus affecté, le marché ayant estimé qu'un desserrement du carcan monétaire
ne pourrait qu'accélérer le retournement conjoncturel qui se dessine aux USA.
Cet optimisme n'ayant pu être démonté par des chiffres peu reluisants sur
l'activité économique, le dollar a encore gagné du terrain, forçant les banques
centrales à intervenir à nouveau. Le billet vert s'est même envolé après
l'absence de déclarations sur sa valeur
extérieure à la réunion du G7. Au début mai, la monnaie américaine a amorcé une
descente consécutive à la réduction du taux d'escompte américain, perçue par le
marché comme une mesure "politique". La maladie du président Bush a aussi eu un
léger impact sur le dollar. Le billet vert ne s'est finalement repris qu'à la
suite de couvertures massives de positions en dollars au lendemain de la
décision unilatérale du gouvernement suédois de lier la couronne à l'écu ainsi
que de signes d'amélioration de la conjoncture.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Le mark montre des faiblesses
</hi>
</p>

<p>
Le mark cotait 1.6760 par dollar le 5 avril, 1.6885 le 10, 1.7825 le 29 et
1.7325 le 31 mai. Par rapport au franc suisse, il se négociait à Fr. 84.31 le 5
avril, 85.47 le 18, 83.42 le 23 et 85.43 le 31 mai. En avril, le mark n'a été
freiné que provisoirement dans sa baisse par l'augmentation décrétée par la
Bundesbank du taux pour les mises en pension, de 8,5% à 8,6%, et par la
perspective de la poursuite d'une politique monétaire restrictive. Outre le
scepticisme affiché dans l'appréciation des données économiques de base, la
défaite électorale de la CDU en Rhénanie-Westphalie et les rumeurs précédant la
démission du
président de la Bundesbank, M. Pöhl, ont également entamé la cote du mark. Par
la suite, le marché estimant que la monnaie allemande avait été par trop
négligée, celle-ci a repris du terrain, en relation avec les baisses des taux
aux USA et en Europe. Au sein du SME, le mark a également profité du
fléchissement du franc français, induit par des doutes quant au maintien de la
politique économique actuelle de l'Hexagone.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
Le yen gagne des points
</hi>
</p>

<p>
Le yen s'échangeait à 136.25 par dollar le 5 avril, 134.40 le 16, 139.45 le 22
et 138.25 le 31 mai. Les espoirs d'un prochain assouplissement de la politique
monétaire nippone ont été nourris par la publication au printemps des données
conjoncturelles du Japon. L'expansion de la masse monétaire, qui était encore
de 13,2% en mai 1990, s'est réduite à 3,7%. Par ailleurs, les premières
estimations sur la croissance en termes réels du produit national brut, qui
devrait s'être accélérée lors du premier trimestre 1991, confirme la justesse
d'une politique monétaire prudente. La poussée du yen par rapport à toutes les
monnaies sauf les monnaies de la zone dollar est due, outre à
l'augmentation de l'excédent commercial, à la fermeté de la position des
autorités monétaires ainsi qu'à la mauvaise humeur manifestée à plusieurs
reprises par des représentants du gouvernement à propos du cours élevé du
billet vert. Le yen a ainsi grimpé à fin avril à son maximum sur douze mois de
Fr. 1.08. Le regain de rumeurs quant à un abaissement du taux d'escompte a par
la suite provisoirement amené une correction à Fr.1.05.
</p>

<p>
<hi rend=6...7>
La livre résiste bien
</hi>
</p>

<p>
La livre cotait $ 1.7790 le 5 avril, $ 1.7980 le 10, $ 1.6650 le 29 et $ 1.7020
le 31 mai. La monnaie britannique a profité des revers du mark sur une longue
période. A la mi-avril, la livre a atteint pour la première fois depuis son
entrée dans le SME (octobre 1990) la barre des DM 3.00 - et ce en dépit de la
réduction du taux de base de 12 1/2 à 12% - avant de gagner du terrain. Par la
suite, la livre a été en mesure de digérer, grâce au différentiel d'intérêt en
sa faveur, l'annonce de cuisantes défaites du parti conservateur aux élections
communales et lors d'une réélection au pays de Galles ainsi qu'un nouvel
abaissement du taux de base à 11 1/5%.
<hi rend=8...nl>
H. Theiler
</hi>
</p>

<p>
<hi rend=2...5>
Climat d'incertitude
</hi>
</p>

<p>
La marasme régnant depuis longtemps sur le marché a subsisté en avril et en
mai, les cours évoluant dans une étroite fourchette. En avril, l'or a oscillé
entre $ 351.50 et $ 364 l'once, la marge de fluctuation se rétrécissant entre $
354.50 et $ 361.50 l'once en mai. Durant ce dernier mois, l'argent s'est
quelque peu affermi. Le plafond est demeuré à $ 4.11 l'once comme en avril et
le plancher à $ 3.98 l'once contre $ 3.91 l'once en comparaison mensuelle. En
mai, contrairement à avril, les prix sont cependant le plus souvent demeurés
au-dessus des $ 4 l'once. Quant au platine, il s'est également montré assez
stable et a même légèrement faibli. Depuis le 10 avril, il est constamment
resté au-dessous des $ 400 l'once.
</p>

<p>
Les raisons de cette léthargie sont multiples. Conséquence d'une inflation
largement contenue depuis des années, le métal jaune ne joue plus son rôle de
valeur refuge. En outre, considérés à long terme, les taux d'intérêt (réels),
sont toujours relativement très élevés. Ensuite, les séquelles financières de
la guerre du Golfe pèsent encore lourdement sur la demande du Proche et du
Moyen-Orient.
Par ailleurs, le peu d'attractivité des places de négoce émousse l'intérêt
spéculatif des investisseurs pour les métaux précieux. La demande dépend donc
essentiellement des besoins de la bijouterie et d'autres industries
transformatrices. Ajoutons encore qu'en dépit de prix comprimés, la production,
d'or notamment, ne cesse d'augmenter car l'exportation du métal représente une
source substantielle de devises pour certains pays. C'est pourquoi les
variations de cours se réduisent à l'influence momentanée des mouvements du
dollar, aux données essentielles sur l'évolution de l'économie aux Etats-Unis
(taux de chômage, commerce extérieur), à la politique des taux d'intérêt des
banques centrales ou aux grèves et autres perturbations affectant le travail
dans les mines des principaux producteurs. Dès que le cours du métal jaune
avoisine les $ 360 l'once, il suscite une offre accrue des extracteurs, alors
qu'à l'opposé, la demande physique des manufacturiers empêche un glissement
au-dessous des $ 350 l'once.
</p>

<p>
Le 31 mai, l'or a clôturé à $ 360.50 l'once, l'argent à $ 4.15 l'once et le
platine à $ 376 l'once.
<hi rend=8...nl>
W. Beckmann
</hi>
</p>
</div0>
